SABA2016SA0288
SABA2016SA0288
Saisine n° « 2016-SA-0288 »
Le directeur général
Maisons-Alfort, le 16 février 2018
AVIS
de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation,
de l’environnement et du travail
Elle fournit aux autorités compétentes toutes les informations sur ces risques ainsi que l’expertise et l’appui scientifique
technique nécessaires à l’élaboration des dispositions législatives et réglementaires et à la mise en œuvre des mesures
de gestion du risque (article L.1313-1 du code de la santé publique).
Ses avis sont publiés sur son site internet.
SOMMAIRE
1. Contexte et objet........................................................................................................... 3
2. Organisation de l’expertise ........................................................................................... 5
3. Analyse et conclusions du CES SABA et du GT BEA .................................................. 6
3.1. Contextes .............................................................................................................. 6
3.1.1. Contexte philosophique .................................................................................... 6
3.1.2. Contexte sociétal.............................................................................................. 8
3.1.3. Contexte juridique : l’émergence légale de la notion de bien-être animal ...... 10
3.2. Bases scientifiques de la notion de bien-être .................................................. 12
3.2.1. Introduction .................................................................................................... 12
3.2.2. Les animaux êtres sensibles .......................................................................... 13
3.2.3. Les animaux êtres conscients ........................................................................ 14
3.2.4. Conclusion : de la sensibilité à la conscience ................................................ 15
3.3. Définition du bien-être et concepts associés ................................................... 15
3.4. L’évaluation du bien-être ................................................................................... 18
3.4.1. Introduction .................................................................................................... 18
3.4.2. Les premières approches du bien-être des animaux ..................................... 18
3.4.3. Evolutions depuis le rapport Brambell ............................................................ 20
3.4.4. Approches scientifiques de l’évaluation du bien-être ..................................... 20
3.4.5. Evaluation pratique du bien-être des animaux ............................................... 21
3.4.6. Welfare Quality® ............................................................................................ 23
3.5. Conclusion .......................................................................................................... 25
4. Conclusions et recommandations de l’Agence ........................................................... 26
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1. CONTEXTE ET OBJET
Le bien-être des animaux qui vivent sous la dépendance des humains, animaux de compagnie,
utilisés à des fins scientifiques, de zoo et d’élevage, prend une place de plus en plus importante
dans notre société. La considération pour les animaux a longtemps été limitée à la répression des
actes de cruauté, mais la dénonciation des conditions d’élevage par Ruth Harrison (Harrison 1964)
en Grande-Bretagne suivie de la mise en place du Comité Brambell1 marque un tournant dans le
regard des citoyens sur les animaux dont ils partagent l’existence ou qu’ils utilisent pour leur
propre compte. Un important travail scientifique et réglementaire a été réalisé par la Communauté
Européenne, aiguillonnée par les associations de protection animale pour donner corps à ces
notions. Suite à la Convention européenne sur la protection des animaux dans les élevages signée
par les Etats membres du Conseil de l’Europe2, plusieurs directives européennes ont réglementé
l’utilisation des animaux à des fins scientifiques, la détention d’animaux sauvages dans un
environnement zoologique, les pratiques de l’élevage et de la mise à mort des animaux élevés
pour leur production à des fins de consommation ou autre (fourrure, par exemple)3.
En 2002, l’Office International des Epizooties (OIE), référence internationale pour la santé
animale et les zoonoses et rebaptisé depuis Organisation Mondiale de la Santé Animale (avec le
même acronyme, OIE), devient l’organisme international phare en matière de bien-être animal4.
Cette organisation intergouvernementale se voit confier la charge d’incorporer dans des Codes
déjà existants des prescriptions relatives au bien-être animal, voire de proposer des
recommandations spécifiques sur ce sujet. A la suite de ce travail, une norme ISO a été publiée5.
Dans le même temps, en élevage, la productivité par animal a continué à augmenter de
façon spectaculaire par la conjonction des avancées en génétique, en alimentation, en conception
des bâtiments d’élevage, en conduite du troupeau… Beaucoup de ces évolutions en sciences des
productions animales, principalement focalisées sur la maximisation de la production et sur la
réduction des coûts, ont négligé les conséquences fonctionnelles sur les animaux. On peut citer
ainsi la qualité des aplombs et la possibilité de se mouvoir sans douleur, la facilité de la mise-bas,
la survie des jeunes animaux, les relations sociales, les relations mère-jeune et la sensibilité aux
maladies. Ces évolutions ont pu conduire également à la programmation de l’élimination des
animaux considérés sans valeur économique. La démarche générale a été très productiviste : la
qualité de vie des animaux a été prise en compte de façon limitée dans les pratiques, et tant
qu’elle n’interférait pas avec le niveau de production6.
Cependant, l’intérêt des citoyens pour les conditions de vie et de mort des animaux ne
cesse d’augmenter. Selon une nouvelle étude publiée le 15 mars 2016 par la Commission
européenne (Eurobaromètre7), 94 % des citoyens européens accordent de l’importance au bien-
être des animaux d’élevage et 82 % pensent que les animaux d'élevage devraient être mieux
protégés qu'ils ne le sont actuellement. Cet intérêt a été progressivement pris en compte par les
1
Brambell, Roger (1965), Report of the Technical Committee to Enquire Into the Welfare of Animals Kept Under Intensive Livestock Husbandry
Systems, Cmd. 2386 (Great Britain. Parliament), H.M. Stationery Office, pp. 1–84 [« Le Rapport Brambell »] [Link]
[Link]
2
[Link]
3
[Link]
4
[Link]
5
ISO/TS 34700:2016 Animal welfare management -- General requirements and guidance for organizations in the food supply chain.
[Link]
6
Denis B. (coord.) Éthique des relations Homme/animal, Pour une juste mesure. Ed. France agricole, 2015
7
[Link]
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2. ORGANISATION DE L’EXPERTISE
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3.1. Contextes
[Link] philosophique
La relation des hommes et des animaux, aussi bien domestiques que sauvages, est multimillénaire
(Patou-Mathis 2009). Cette relation a accompagné l’évolution humaine, en particulier à travers la
domestication, qui a amené à une relation profonde entre les hommes et leurs animaux. En effet,
les rapports de dépendance réciproque entre les sociétés humaines et certaines populations
animales ont été tels que les animaux se sont progressivement modifiés dans leur physiologie et
leur comportement via le processus de domestication qui induit notamment des modifications
génétiques (Price 1984, Mignon-Grasteau et al. 2005). En miroir, la présence animale a
intimement déterminé les cultures humaines au point de les modeler. Ce processus est loin de se
réduire, même dans les élevages actuels, à ses aspects purement économiques et comprend des
dimensions symboliques et affectives. Cette tension au sein de la relation humaine à l’animal entre
un pôle utilitaire d’exploitation et un pôle plus affectif a croisé la réflexion des philosophes qui se
sont très tôt souciés de cette question en s’efforçant d’en élucider la dimension éthique.
Ainsi, dans des contextes de relation aux animaux historiquement variés, la réflexion
philosophique s’est principalement centrée sur l’objectif de limitation des souffrances10. Jeremy
Bentham par exemple déclarait au sujet des animaux : « La question n’est pas : Peuvent-ils
raisonner ? ou : Peuvent-ils parler ? mais : Peuvent-ils souffrir ? »11. Plus récemment, les résultats
scientifiques sur les compétences des animaux en termes de sensibilité et de conscience (chapitre
3.2.) confirment le bienfondé de ce souci moral et en accroissent la portée en l’étendant du volet
négatif (minimisation des douleurs/ souffrances) à un volet positif (maximisation des plaisirs). « La
sensibilité, cette capacité à ressentir (et exprimer) des états mentaux comme la douleur et le
plaisir, la souffrance et la satisfaction, commune aux hommes et aux animaux, précède chez les
premiers ce qui les distingue des seconds (la parole, la raison, la symbolisation, etc.). » (Larrère
2007).
Ce lien de conséquence entre reconnaissance de la sensibilité des animaux et souci moral à
leur égard fait l’objet d’un certain consensus à l’époque contemporaine. Déjà au XVIIIème siècle,
aussi bien en France qu’en Angleterre, le fondement éthique de la relation de l’homme et des
animaux tendait à reposer sur la sensibilité de ces derniers. Ainsi, en 1755, plus de trente années
avant Jeremy Bentham, Jean-Jacques Rousseau déclarait : « Il semble, en effet, que si je suis
obligé de ne faire aucun mal à mon semblable, c’est moins parce qu’il est un être raisonnable que
parce qu’il est un être sensible ; qualité qui étant commune à la bête et à l’homme, doit au moins
donner à l’une le droit de n’être point maltraitée inutilement par l’autre »12. De nos jours, dans les
pays de langue anglaise où le discours philosophique ou éthique sur la question animale s’est bien
davantage - et depuis bien plus longtemps - développé et structuré qu’en France, ce fondement
est commun aux différents courants, en particulier les deux principaux que sont l’utilitarisme et le
déontologisme dont les représentants contemporains majeurs sont respectivement Peter Singer
10
Souffrance : Fait d’éprouver une douleur physique ou morale (Trésor de la Langue Française, CNRS).
11
Bentham J. An Introduction to the Principles of Morals and Legislation [1789], Oxford, Clarendon Press, 1907, n. 1, p. 311.
12
Rousseau JJ. Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, Préface, Gallimard, La Pléiade, t. III, p. 126.
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(1975) et Tom Regan (1983). Ces deux courants diffèrent cependant sur leurs conclusions. Le
premier – l’utilitarisme – raisonne en effet en termes d’utilité pour le plus grand nombre : est
éthiquement préférable ce qui avantage le plus grand nombre possible d’êtres sensibles (donc
incluant les animaux autres que les humains) avec pour horizon la plus grande quantité possible
de bonheur ou de satisfaction des préférences. Le déontologisme (du grec deon, devoir) en
revanche raisonne à partir de principes et plus précisément de droits : est moralement obligatoire
ce qui respecte les droits des individus. Or, dans cette conception, les animaux autres que
l’homme comptent précisément parmi les titulaires de droits, du moins pour une grande part
d’entre eux, car le critère fondamental de la sensibilité se combine chez les auteurs avec d’autres
critères comme la capacité de conscience et de projection de soi et de ses désirs. A ces deux
courants anglo-saxons, il convient toutefois d’ajouter une troisième conception plus ancrée dans la
tradition continentale, celle des devoirs humains envers les animaux. A la différence de la
conception des droits, ces devoirs sont conçus non comme émanant de l’animal mais comme
provenant du sujet humain pour s’appliquer ensuite aux animaux. Ces obligations s’appliquent
donc d’abord à soi-même avant de s’adresser à l’animal. Emmanuel Kant, qui est la référence
philosophique majeure de ce courant, parle ainsi d’obligations indirectes envers les animaux : à
ses yeux en effet, ces obligations se rattachent au fait que le sujet humain en tant que sujet
rationnel doit s’interdire toute cruauté et en général tout comportement qui l’amènerait à dégrader
sa dignité et sa capacité de maîtrise de soi en s’abandonnant à ses impulsions13.
Ces orientations théoriques croisent les deux options pratiques majeures à l’égard du bien-être
animal : le welfarisme et l’abolitionnisme. Le welfarisme (de l’anglais welfare = bien-être) vise à
améliorer la condition des animaux sous la responsabilité des humains et en particulier les
animaux d’élevage sans contester le principe de cette mise sous tutelle humaine. L’abolitionnisme
pour sa part conteste le principe même de l’élevage et de façon générale toute appropriation et
exploitation des animaux par les humains, ce qui place en conséquence logique le souci du bien-
être animal sous le signe essentiellement du welfarisme. Sauf exception, les déontologistes sont
abolitionnistes (comme Tom Regan), les utilitaristes et les tenants des devoirs envers les animaux
sont welfaristes.
Le souci du bien-être peut cependant prendre plusieurs formes : soit se réduire à minimiser le
plus possible les causes supposées de souffrance ou d’inconfort, soit chercher à favoriser
l’expression des comportements propres à l’espèce, voire ceux préférés par l’individu, en
disposant dans son environnement des moyens pour cette fin. Cette dernière perspective est celle
des éthiques de l’intégrité qui peuvent aller jusqu’à recommander la restitution – dans les limites
du possible – des conditions d’un milieu naturel au point d’y réintroduire les risques qui y sont liés
(par exemple le risque sanitaire et la présence de prédateurs dans des élevages semi-ouverts).
Dans ce dernier cas, la possibilité de contradictions avec la préoccupation du bien-être animal est
paradoxalement engagée. Dans la recherche du bien-être, une vision plus modérée consiste à
respecter certaines conditions d’environnement permettant l’expression des comportements
propres à l’espèce.
13
« L'homme compte parmi ses droits celui de tuer les animaux (mais sans torture) ou de leur imposer un travail, à la condition qu'il n'excède point
leurs forces [...] La reconnaissance même pour les services longtemps donnés par un vieux cheval ou un vieux chien (comme si c'étaient des
personnes de la maison) appartient indirectement au devoir de l'homme, si on le considère relativement à ces animaux, mais considéré
directement il s'agit toujours d'un devoir de l'homme envers lui-même. » Kant E. Métaphysique des mœurs, Doctrine de la vertu [1795], p. 117-118,
Vrin, Paris, 1968.
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[Link] sociétal
On pourrait cependant penser que toute cette réflexion philosophique ne fait que doubler la
capacité des éleveurs ou des détenteurs d’animaux à assurer eux-mêmes le bien-être de ces
derniers du fait de motifs qui leur sont propres. Cette motivation à prendre soin des animaux sous
leur dépendance tient essentiellement à trois facteurs qu’il est difficile de hiérarchiser :
L’éleveur, ou le détenteur d’animaux, peut développer lui-même une empathie pour l’animal
avec qui il a des relations particulières. La qualité de vie des animaux sous sa dépendance
conditionne dans une certaine mesure son propre équilibre et sa qualité de vie personnelle.
La qualité de vie des animaux apparaît fondamentalement comme une condition de
cohérence technique de la pratique d’élevage, dans une logique selon laquelle la
négligence ou les mauvais traitements sont globalement contre-productifs même s’ils
peuvent toujours advenir.
Enfin, il s’exerce sur l’éleveur une pression du regard sociétal, doublé éventuellement d’un
contrôle réglementaire et institutionnel. Ce regard est fonction des contextes historiques et
culturels et se révèle souvent hétérogène au sein même de chacun de ces contextes. Il
peut varier depuis un niveau d’intérêt très bas confinant à l’indifférence jusqu’à une
véritable demande voire une exigence de l’opinion publique.
Idéalement, il serait donc envisageable de considérer que le bien-être animal devrait être porté
par les éleveurs et détenteurs d’animaux eux-mêmes. Ils sont d’ailleurs censés pouvoir le prendre
en charge dans leur pratique et leur vie quotidienne sans qu’il soit requis que d’autres s’en
préoccupent. Plusieurs facteurs expliquent principalement - sans que la liste soit close - pourquoi il
n’en est pas, ou plutôt pourquoi il ne peut plus en être ainsi :
Depuis plusieurs décennies, les pratiques d’élevage évoluent vers des formes de
production qui voient disparaître ou, du moins, fortement reculer, le caractère individualisé
de la relation de l’homme aux animaux, rendant plus difficile l’observation des problèmes
éventuels. Même quand cette relation est individualisée, l’identification des indicateurs de
bien-être n’est pas toujours assurée, soit par manque d’informations sur ce qui est
réellement signifiant pour l’animal, soit par « surexposition » à des comportements et
postures des animaux observés par les éleveurs ou les détenteurs devenant la norme
même quand ils sont déviants. Ceci est connu aussi dans les soins aux humains (Lesimple
et Hausberger 2014).
La détention des animaux de compagnie dans des milieux de plus en plus urbanisés pose
également le problème du respect du bien-être de l’animal.
La sensibilité des animaux a pris le statut d’un fait reconnu, du fait en particulier de la
recherche scientifique. Elle a été récemment consacrée par le code civil, même si les
modalités précises de cette sensibilité selon les espèces restent largement à définir. Quoi
qu’il en soit, la sensibilité et la conscience animales sont devenues des données
incontestables qu’il faut désormais prendre en compte (chapitre 3.2.).
La montée dans les sociétés modernes des préoccupations à l’égard de la douleur et de la
qualité de vie chez l’être humain est une tendance historique constatée. Une référence
majeure en ce domaine est celle de l’ouvrage de Roselyne Rey (Rey 1993). Elle s’applique
également aux animaux14. Elle se traduit par l’émergence d’une demande sociétale et
l’exigence d’un droit de regard des citoyens et des consommateurs sur les traitements
14
[Link]
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appliqués aux animaux (voir, par exemple, l’Eurobaromètre publié par la Commission
européenne, référencé dans l’introduction).
Le contrôle croissant de l’Etat et de la loi sur la société civile et les pratiques est également
un fait historique caractéristique des sociétés modernes.
La question du bien-être animal émerge chaque fois que les humains interfèrent avec les
animaux. Elle concerne l’élevage de production, de commerce mais également l’utilisation des
animaux à des fins de recherche scientifique et d’enseignement, les activités de chasse, de pêche
ou celles sportives et culturelles (zoos, corridas…). Enfin, le rapport aux animaux de compagnie
peut connaître des formes particulières d’assistance de l’animal aux humains (chien de travail,
chien de chasse) ou de médiation animale pour les humains (chiens et primates d’assistance,
chevaux…). Pour toutes ces formes qui mettent en jeu des animaux et leur bien-être, le contrôle
de la puissance publique et la mise en place de cadres réglementaires sont de plus en plus
considérés comme une exigence sociétale.
La question du bien-être animal doit être différenciée selon les espèces, mais aussi selon les
différents cadres de relation à l’animal, même si la question de la qualité de vie de l’animal est
commune. La notion de bien-être est ainsi une question qui apparaît comme une préoccupation
constante à tous les niveaux du rapport des humains aux animaux et qui en même temps implique
des attitudes et des actions différentes de la part des éleveurs, des responsables de laboratoire ou
d’activités diverses impliquant des animaux, des citoyens et des consommateurs ou de tout
détenteur d’un animal de compagnie.
Aujourd’hui de nouvelles revendications émergent. Les mouvements « animalistes » estiment
pour leur part que le vrai problème réside dans le bien-fondé de l’élevage comme relation
d’exploitation de l’animal par l’homme. C’est là une question morale que chacun doit résoudre par
un positionnement personnel, de façon contextualisée par les influences, les connaissances et les
sensibilités qui le caractérisent. Cependant, il importe de souligner que l’élevage assure de fait la
permanence d’une relation des humains aux animaux dans un monde où le rapport à la nature, et
en particulier à l’ensemble des êtres vivants non humains de manière générale, connaît une crise
d’une gravité inédite. Cette crise s’explique par l’urbanisation, la distanciation de la population
humaine des systèmes de production animale et par le questionnement sur la conservation des
espèces animales sauvages en réponse à la modification de leurs biotopes par l'action humaine.
Pour certains, l’interrogation sur le bien-fondé de l’élevage et autres formes d’exploitation des
animaux conduit en outre à disqualifier la question du bien-être : si le fait de régenter et de
s’approprier la vie animale est moralement condamnable dans son principe même, toute tentative
de régulation, évoluant de fait dans cette sphère, est alors suspecte et participe à cette immoralité
à un degré ou à un autre. Ce n’est pas ce que nous proposons. Notre point de vue sera donc celui
couramment qualifié de « welfariste » dans les références internationales, c’est-à-dire visant à
améliorer les conditions de vie des animaux plutôt qu’à contester l’existence de leur dépendance
vis-à-vis des humains et d’en interroger la finalité (position dite « abolitionniste » en parallèle avec
l’esclavage des humains).
De même, il faut considérer la diversité des espèces animales en jeu. La qualification des
animaux en fonction de l’espèce tend à être considérée comme discriminatoire par les
mouvements abolitionnistes se réclamant de l’anti-spécisme. Ce terme, d’origine anglo-saxonne, a
été forgé par ces mouvements en référence à ceux de racisme, sexisme etc., pour dénoncer le
« privilège » que s’octroie l’espèce humaine dans ses rapports aux animaux. Cette différence
suivant les espèces nous apparaît pourtant primordiale en ce qu’elle détermine les différences
dans les besoins et les comportements, même si les variations individuelles au sein de ces
espèces peuvent être très importantes et doivent également être prises en compte. A cet égard, la
référence philosophique à Martha Nussbaum (États-Unis), philosophe des droits, semble
éclairante (Nussbaum, 2006). Cette auteure met en avant le critère de l’espèce comme le repère
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majeur permettant d’apprécier les « droits » des animaux et d’y répondre autant que possible. En
France, Chapouthier (2016) estime également que ce critère est décisif du point de vue éthique
pour évaluer les différents traitements faits aux animaux en fonction des degrés de sensibilité et de
conscience qu’on peut leur attribuer.
Ajoutons que, comme on l’a vu plus haut, le contexte de relation à l’animal est également
fondamental. Les causes de perturbation ou de mal-être ne sont pas en effet les mêmes quand on
passe des conditions de vie des animaux d’élevage à celles des animaux de laboratoire, de
compagnie ou en parc zoologique, bien que la même espèce, le lapin par exemple, puisse se
trouver dans ces différentes catégories. La notion de bien-être en tant qu’état de l’animal est
commune, mais les approches doivent être différenciées en fonction des espèces, des
caractéristiques individuelles, ainsi que des différents cadres des relations des humains avec les
animaux. Le bien-être est ainsi une question qui apparaît à la fois comme une préoccupation
constante traversant tous les niveaux du rapport humain aux animaux et qui doit être déclinée
selon qu’elle s’adresse aux éleveurs, aux responsables de laboratoire ou d’activités diverses
impliquant des animaux, aux consommateurs, ou à tout un chacun propriétaire ou détenteur d’un
animal familier. Au sein de chacune de ces catégories, un certain équilibre est à rechercher entre
les avantages pour les humains (élevage, compagnie, expérimentation…) et pour les animaux et
les contraintes que ces derniers ont à subir et qu’il s’agit de minimiser autant que possible. Le
bien-être animal est donc devenu dans le même temps un problème et une exigence qu’il convient
de considérer comme tels. L’ensemble des parties prenantes est appelé à être impliqué afin de
rechercher des modalités acceptables pour tous.
L’évolution de la considération des humains à l’égard des animaux s’est également inscrite dans
l’histoire du droit. Dans la tradition juridique, l’animal n’était pris en considération par le droit que
comme une chose au service de l’homme. Il était un bien dont l’homme pouvait disposer à sa
guise. Il n’était donc considéré qu’au regard de ses utilités et n’était protégé que comme élément
du patrimoine de son propriétaire. Jusqu’au 19ème siècle, l’animal ne bénéficiait d’aucune
protection au regard de ses qualités d’être vivant et sensible. Son propriétaire pouvait le maltraiter
sans encourir la moindre sanction.
Il fallut attendre la fin du 19ème siècle pour voir émerger un début de protection de l’animal en
droit. En France, la première loi de protection animale fut la loi Grammont du 2 juillet 1850 qui
incrimina les mauvais traitements exercés en public et abusivement contre les animaux
domestiques. Il s’agissait cependant dans l’esprit des auteurs davantage de protéger la moralité
publique que l’animal lui-même. Ce n’est qu’à partir des années 1960 que se développa en France
une protection juridique de l’animal. Un décret du 7 septembre 1959 fit disparaître la condition
tenant à ce que les mauvais traitements soient publics pour pouvoir être sanctionnés et institua la
remise de la bête maltraitée à une œuvre de protection animale. Dans le sillage de ce texte, un
autre décret du 21 octobre 1959 interdit l’emploi de l’aiguillon pour le maniement des animaux de
rente. De nouvelles incriminations furent également créées, telles que le délit d’acte de cruauté. La
protection de l’animal n’était alors qu’une protection contre la souffrance. Elle imposait des interdits
qui étaient cependant assez limités puisque les mauvais traitements et les actes de cruauté 15
n’étaient punissables que s’ils étaient commis sans nécessité. Ainsi, aucune norme d’élevage ne
se souciait des conditions de vie des animaux.
15
Loi n°63-1143 du 19 novembre 1963.
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A partir de la fin des années 1960, de nouvelles normes de protection animale émergèrent.
Ces normes n’eurent pas pour objectif de sanctionner des comportements générateurs de
souffrance pour l’animal, dans le cadre d’une démarche répressive. Au contraire, elles
s’inscrivirent dans une démarche préventive de la souffrance animale, imposant des obligations
positives au propriétaire quant à la manière de traiter ses animaux. Ces obligations positives
eurent pour objectif, d’une part, d’assurer une protection de l’animal contre les mauvais traitements
qu’il pourrait subir et, d’autre part, de garantir un niveau minimum de bien-être aux animaux. C’est
donc dans le cadre de cette nouvelle démarche que la notion de bien-être animal a émergé en
droit. Cette démarche préventive s’est peu à peu imposée comme nouveau pilier de la protection
animale au plan européen.
Le premier texte intégrant la notion de bien-être animal dans le corpus juridique français fut la
Convention européenne sur la protection des animaux en transport international signée par la
France le 13 décembre 1968 et ratifiée le 9 janvier 1974. Cette convention fait directement
référence à la notion de bien-être animal dans son préambule. Par la suite, la Convention
européenne sur la Protection des animaux dans les élevages du 10 mars 1976, signée et ratifiée
par la France en 1978, fit également directement référence au bien-être animal16. De nombreuses
autres conventions européennes adopteront des dispositions protectrices des animaux imposant
des obligations garantissant un niveau minimum de bien-être animal17.
Au sein de l’Union européenne, le droit communautaire développa de nouvelles dispositions
adoptant une démarche similaire à celle des conventions européennes visant à protéger l’animal et
à préserver son bien-être. L’objectif était alors d’harmoniser les législations des différents États
membres en matière de protection animale afin d’éviter des distorsions de concurrence entre les
Etats sur le marché communautaire18. Aujourd’hui, le bien-être animal est devenu l’un des objectifs
dont l’Union européenne et les États membres doivent tenir pleinement compte lorsqu'ils formulent
et mettent en œuvre la politique communautaire dans les domaines de l'agriculture, des transports,
du marché intérieur et de la recherche (Article 13 du Traité sur le fonctionnement de l’Union
européenne qui a refondu en un seul texte l’ensemble des traités fondateurs).
16
Le terme « bien-être » se trouve deux fois dans la version anglaise (welfare) mais n’est traduit qu’une seule fois en « bien-être animal » dans la
version française à l’article 7 de la Convention.
17
Convention européenne sur la protection des animaux d'abattage, 10 mai 1979 ; Convention européenne sur la protection des animaux
vertébrés utilisés à des fins expérimentales ou à d'autres fins scientifiques du 18 mars 1986 ; Convention européenne pour la protection des
animaux de compagnie du 13 novembre 1987.
18
Directive 74/577/CE du Conseil relative à l'étourdissement des animaux avant l'abattage ; Directive 86/609/CEE du Conseil du 24 novembre
1986 concernant le rapprochement des dispositions législatives, réglementaires et administratives des États membres relatives à la protection des
animaux utilisés à des fins expérimentales ou à d'autres fins scientifiques ; Directive 91/628/CEE du Conseil du 19 novembre 1991 relative à la
protection des animaux en cours de transport et Directive 98/58/CE du Conseil, du 20 juillet 1998 concernant la protection des animaux dans les
élevages.
19
Loi n° 76-629 du 10 juillet 1976 relative à la protection de la nature, JORF du 13 juillet 1976 p. 4203.
20
Codifié à l’article R214-17 du Code rural.
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des conditions d’hébergement des animaux et autres modes de détention inadaptés. Si ces textes
ne visent jamais expressément les exigences de respect du bien-être de l’animal, les dispositions
qu’ils contiennent s’inscrivent pourtant dans une démarche similaire à celle des institutions
européennes qui ont fait du bien-être animal l’un de leurs objectifs prioritaires en matière de
protection animale.
Au plan international, il est fait très rarement mention du bien-être animal dans les textes des
grandes organisations issues de l’ONU (OMC, FAO, OMS, UNESCO, OIT, Codex alimentarius,
etc.). Cependant, au début des années 90, l’OIE s’est intéressé à la notion de bien-être animal. En
2002, à la demande de ses États membres et constatant que la santé des animaux est une
composante fondamentale de leur bien-être, l’OIE a élargi son mandat pour y inclure les normes
sur le bien-être animal4. Les premières normes intergouvernementales de l’OIE sur le bien-être
animal ont été publiées en 2005. L’OIE en donne une définition dans son Code terrestre : le bien-
être animal « désigne la manière dont un animal évolue dans les conditions qui l’entourent ». Les
principes directeurs de l’OIE en matière de bien-être animal se réfèrent également aux « Five
freedoms » définies pour les animaux d’élevage par le Farm Animal Welfare Council (FAWC, GB)
en 1979 (voir paragraphe 3.4.2). Toutefois, ces recommandations de l’OIE n’ont pas de valeur
contraignante pour les Etats membres de l’OIE contrairement au droit communautaire, ce qui pose
des problèmes de distorsions de concurrence.
Désormais, le bien-être animal s’est imposé comme une notion clé de la protection animale,
tant en droit français qu’en droit européen. Initialement l’émergence de la notion de bien-être
répondait au souci d’améliorer les conditions d’élevage des animaux qui s’étaient dégradées à
mesure que se développait l’élevage intensif et industriel21. Désormais l’exigence de respect du
bien-être animal a été étendu à tous les champs des utilisations animales, qu’il s’agisse d’animaux
d’élevage, d’expérimentation ou même de compagnie. Cependant, les règles de bien-être animal
sont fonction des utilisations car les contraintes imposées à l’animal ne sont pas les mêmes. Pour
autant les objectifs du bien-être animal sont communs quelle que soit l’utilisation. Le bien-être peut
à ce titre être défini comme une notion commune à toutes les utilisations animales mais dont la
mise en œuvre est propre à chacune.
[Link]
21
Elevage intensif : élevage dont la productivité est maximisée avec optimisation des intrants.
Elevage industriel : processus utilisant les techniques/méthodes mises au point dans le cadre de la production industrielle, en particulier la
segmentation des filières et des tâches, la spécialisation des ateliers, l’automatisation, le salariat.
Voir par exemple Porcher J., 2001. Le travail dans l’élevage industriel de porcs. Souffrance des animaux, souffrance des hommes. Dans Burgat
F. Les animaux d’élevage ont-ils droit au bien-être. Inra Ed., Paris, France, 24-65.
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technique et artificielle et que, d'autre part, évoquer des états psychiques associés à la conscience
pour certains animaux n'implique pas que ces états soient les mêmes que ceux décrits chez les
humains. En outre, les progrès de la recherche, en particulier en éthologie, montrent de plus en
plus la proximité entre les capacités psychiques des humains et de certaines espèces animales ce
qui rend difficile le contournement de ce vocabulaire. Quoi qu’il en soit, il nous semble utile de
préciser que nous n'avons employé ce vocabulaire qu'en en mesurant bien les limites.
Les bases scientifiques des réflexions sur le bien-être des animaux peuvent être abordées de
façon fondamentale et appliquée. Elles concernent d’abord l’analyse des caractéristiques
psychiques22 des animaux, qualifiés d’êtres sensibles. Par ailleurs, la prise en compte et
l’évaluation du bien-être dans les situations pratiques (élevage, expérimentation, animaux familiers
et de zoo) s’appuient sur des considérations zootechniques, physiologiques, comportementales…
qui seront évoquées ci-dessous (chapitre 3.4).
L’étude du bien-être consiste à analyser la façon dont l’animal ressent la situation qu’il vit.
Cette situation est définie en termes de plaisirs23 et de déplaisirs. Pour Cabanac (1995, 1996), le
plaisir est la valeur de référence de l’animal dans sa prise de décision. L’idée centrale est que
l’animal cherche à minimiser ses déplaisirs, comme les douleurs ou la privation sociale, et à
maximiser ses plaisirs, par exemple d’ordre alimentaire ou social.
Dans les textes, la référence à la notion d’être sensible apparaît dans le rapport Brambell (1965)
dans la formulation « feelings of animals »24, c’est-à-dire le ressenti des animaux. Il a été traduit
par la « sensibilité des animaux », terme repris dans la loi française (Art L.214-1 du Code rural)25,
puis dans le Code civil : « Les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilité. » (Loi du 16
février 2015, Article 515-14). Il faut cependant remarquer que les termes « animaux » et «
sensibilité » ne sont pas définis par le législateur. De plus, le cadre juridique de l'UE invoque en
anglais le couple de termes « sentient / sentience », qui a été traduit en français par « sensible /
sensibilité », comme critère clé en matière de bien-être animal (UE, Traité de Lisbonne, 2007)26.
Aussi est-il important de définir ces termes et les contenus associés, avant d’analyser leurs liens
avec le bien-être animal. Du fait de la référence constante aux termes anglais dans le domaine du
bien-être des animaux (« animal welfare ») il a paru nécessaire de reprendre les définitions
données dans cette langue.
Les mots « sentient » et « sensible » ont tous deux une origine latine : « sentient » = «
capable of feeling », du latin sentientem ; le sens « conscious » (of something) [conscient (de
22
Les deux adjectifs « psychique » et « mental » ont des significations très proches. Ils ont d’ailleurs la même étymologie, l’une grecque, l’autre
latine. Ils font référence à l’esprit et à la pensée. Le terme « mental » insiste plus sur les capacités intellectuelles (Qui appartient au mécanisme de
l'esprit; qui fait appel aux facultés intellectuelles ; TLF CNRS), tandis que « psychique » est plus global (Qui appartient au psychisme, qui concerne
l'esprit, la pensée ; TLF, CNRS). Les deux termes sont utilisés dans ce document de façon équivalente.
23
Plaisir : État affectif agréable, durable, que procure la satisfaction d'un besoin, d'un désir ou l'accomplissement d'une activité gratifiante (TLF,
CNRS).
24
« Welfare is a wide term that embraces both the physical and mental well-being of the animal. Any attempt to evaluate welfare therefore must
take into account the scientific evidence available concerning the feelings of animals that can be derived from their structure and functions and
also from their behaviour » (Rapport Brambell, Report of the technical committee to enquire into the welfare of animals kept under intensive
livestock husbandry systems, 1965).
25
« Tout animal étant un être sensible doit être placé par son propriétaire dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son
espèce. » (Loi n°76-629 du 10 juillet 1976 relative à la protection de la nature, Chapitre II : De la protection de l'animal. Art L.214-1 du Code rural).
26
« […] the Union and the Member States shall, since animals are sentient beings, pay full regard to the welfare requirements of animals […] » «
[…] la Communauté et les Etats membres tiennent pleinement compte des exigences du bien-être des animaux en tant qu’êtres sensibles, [...] »
(UE, Traité de Lisbonne, 2007).
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quelque chose)] date de1815 (Online Etymology Dictionary). Le français « sensible » a été
emprunté au latin impérial sensibilis, au sens passif « ce qui peut être ressenti », puis au sens actif
« doué de sensibilité », dérivé de sensum / sentire (sentir) (Trésor de la Langue Française (TLF),
CNRS27).
Le terme français « sensible » a deux dimensions (TLF, CNRS ; Dictionnaire Larousse),
Une dimension strictement sensorielle : qui peut éprouver des sensations, capable de
percevoir des impressions. Claude Bernard écrit par exemple « Les êtres vivants sont tous
sensibles, même les végétaux. » (Principes de médecine expérimentale, 1878, p. 155).
Une dimension en rapport avec son contenu psychique : qui est capable de ressentir des
émotions. « La sensibilité, cette capacité à ressentir (et exprimer) des états mentaux
comme la douleur et le plaisir, la souffrance et la satisfaction, commune aux hommes et
aux animaux, précède chez les premiers ce qui les distingue des seconds (la parole, la
raison, la symbolisation, etc.). » (Larrère 2007).
Les émotions, et en particulier la douleur et la souffrance, ont bien été étudiées chez les
animaux (Boissy et al. 2007, Guichet 2010, Expertise collective Inra « Douleurs animales »
200914). Une émotion peut être définie comme une réponse affective suite à l’évaluation qu’un
individu, humain ou animal, fait de la situation dans laquelle il se trouve (nouveauté, soudaineté,
valence, correspondance aux attentes, contrôlabilité…). Outre la composante évaluative, trois
composantes permettent de décrire les émotions : subjective (ce que l’individu ressent), motrice
(ce que l’individu montre aux autres : mouvements, expression faciale...) et physiologique
(modification du fonctionnement de l’organisme (sécrétion de cortisol ou de la fréquence cardiaque
par exemple) (Boissy et al. 2007).
Le terme anglais « sentient », qui n’est pas actuellement dans la langue française, est défini de
façon différente dans son acception commune et dans le contexte du bien-être des animaux. Dans
le langage commun, il a un contenu très proche de celui du terme français « sensible » ainsi que
défini ci-dessus, limité à la « perception »28, ou étendu au « feeling »29. Par contre, les auteurs
impliqués dans les réflexions sur le bien-être des animaux tels Gary Francione (Rutgers University,
USA)30 et Donald M. Broom (University of Cambridge, GB)31, lui donnent un sens beaucoup plus
large, jusqu’à recouvrir ce que l’on entend par conscience, telle que définie ci-dessous.
L’expertise collective conduite par l'Inra sur la conscience animale32 définit la conscience comme
« l’expérience subjective, ou phénoménale, que les animaux ont de leur environnement, de leur
27
[Link]
28
« Definition of sentient: able to see or feel things through the senses » (Oxford learners UK).
29
« Definition of sentient: 1: responsive to or conscious of sense impressions <sentient beings> 2: aware 3: finely sensitive in perception or
feeling » (Merriam Webster, US) « 1. Having sense perception; conscious. 2. Experiencing sensation or feeling. » (The American Heritage®
Stedman's Medical Dictionary).
30
« A sentient being is a being who is subjectively aware; a being who has interests; that is, a being who prefers, desires, or wants. Those
interests do not have to be anything like human interests. If a being has some kind of mind that can experience frustration or satisfaction of
whatever interests that being has, then the being is sentient. » (Gary L. Francione 2012)
[Link]
31
« Sentience: having the awareness and cognitive ability necessary to have feelings » « Sentient being: one that has some ability: (i) to evaluate
the actions of others in relation to itself and third parties; (ii) to remember some of its own actions and their consequences; (iii) to assess risk; (iv) to
have some feelings; and (v) to have some degree of awareness. » (Sentience and Animal Welfare, D.M. Broom 2014 ; voir aussi Broom 2010).
32
[Link]
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propre corps et/ou de leurs propres connaissances ». Elle permet de caractériser la façon dont
l’animal ressent la situation qu’il vit. On distingue :
des niveaux de conscience allant du coma à la pleine conscience. Ainsi, les techniques
d’étourdissement lors de l’abattage des animaux ont pour objectif de modifier leur niveau
de conscience. Elles n’ont d’ailleurs pas pour objectif d’induire la mort de l’animal mais son
inconscience, c’est à dire dans ce cas précis, son incapacité à ressentir de la douleur et
des émotions négatives.
des contenus qui permettent à l’animal d’adopter des conduites flexibles et adaptées. Les
réponses conscientes mettent en jeu un nombre important de structures nerveuses
activées de façon coordonnée (théorie de l’espace de travail global, Dehaene et Changeux
2011). Elles combinent des composantes cognitives (de traitement des informations),
émotionnelles et volitives (du domaine de l’action et des préférences). Suivant les espèces
animales et leur contexte écologique, des contenus différents peuvent être disponibles,
allant d’une conscience minimale, c’est à dire un traitement limité de ce que l’animal
perçoit, à une conscience complexe faisant appel à toutes les compétences possibles
mentionnées ci-dessus.
Il ressort de l’analyse conduite dans le cadre de l’expertise collective qu’il est possible de
distinguer deux concepts forts, la sensibilité et la conscience, qui peuvent être considérés comme
suffisants pour traduire l’ensemble de la palette des caractéristiques psychiques des animaux sans
nécessiter d’autres termes, tels que la « sentience ». Aussi, par rapport à la question de franciser
les termes « sentience / sentient », le maintien des termes « sensibilité / sensible » est retenu par
le GT, avec le sens défini précédemment. On aurait ainsi un continuum de la sensibilité perceptive
ou sensorielle présente chez la plupart des êtres vivants à la sensibilité émotionnelle (ou
« sentience » ou « conscience minimale », Bronfman et al. 201633), présente chez un grand
nombre d’espèces animales mobiles, et à une conscience plus complexe caractéristique des
animaux les plus évolués. C’est ce concept qui est mis en avant par exemple dans le préambule
de la Charte nationale portant sur l’éthique de l’expérimentation animale : « considérant que les
animaux sont des êtres sensibles, susceptibles de souffrir, dotés de capacités cognitives et
émotionnelles, et ayant des besoins physiologiques et comportementaux propres à chaque
espèce ; […]34 ».
33
« The minimal state of consciousness is sentience. This includes any phenomenal sensory experience – exteroceptive, such as vision and
olfaction; interoceptive, such as pain and hunger; or proprioceptive, such as the sense of bodily position and movement. » (Bronfman et al., 2016).
34
[Link]
Charte_nationale_portant_sur_l_ethique_de_l_experimentation_animale_243579.pdf
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particulièrement influencée par les moyens dont l’animal dispose pour s’adapter à son milieu
(« coping ») (Broom et Johnson 1993, Veissier et Boissy 2007). D’autres définitions s’appuient plus
spécifiquement sur la nature sensible et consciente des animaux et en particulier leur capacité à
ressentir la douleur et plus largement des émotions telles que la souffrance, la frustration ou
encore le plaisir (Duncan 1993). Cette capacité à ressentir des émotions a été très tôt mise en
avant par le Rapport Brambell (voir paragraphe 3.2.2 et note de bas de page n°25). Soulignons à
ce propos que l’énoncé des « Five Freedoms » par ce même rapport fait souvent office, à tort, de
définition du bien-être, alors qu’il s’agit principalement des conditions requises pour le bien-être.
En effet, comme pour le concept de stress, le bien-être de l’animal est un état à la fois mental et
physique : « Welfare is a state of complete mental and physical health, where the animal is in
harmony with its environment » (Hughes 1976). Cette définition est en miroir de celle de la santé
donnée par l’OMS (1946) : « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social,
et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité »35.
C’est dans ce cadre conceptuel que l’EFSA (2012b) et l’OIE (Organisation mondiale de la
santé animale) se sont placées pour définir le bien-être des animaux : « On entend par bien-être la
manière dont un animal évolue dans les conditions qui l’entourent. Le bien-être d’un animal
(évalué selon des bases scientifiques) est considéré comme satisfaisant si les critères suivants
sont réunis : bon état de santé, confort suffisant, bon état nutritionnel, sécurité, possibilité
d’expression du comportement naturel, absence de souffrances telles que douleur, peur ou
détresse. […] La notion de bien-être animal se réfère à l’état de l’animal, le traitement qu’un animal
reçoit est couvert par d’autres termes tels que soins, conditions d’élevage et bientraitance. »36
Le bien-être d’un animal est l’état mental et physique positif lié à la satisfaction de ses
besoins physiologiques et comportementaux, ainsi que de ses attentes. Cet état varie en
fonction de la perception de la situation par l’animal.
Le concept de bien-être s’applique à la dimension mentale du ressenti de l’animal dans
son environnement. Il se place avant tout aux niveaux individuel (par opposition au
groupe) et contextuel (chaque environnement impacte différemment l’individu). On
détermine alors un niveau de bien-être pour un individu particulier dans un environnement
donné (hic et nunc). Ce positionnement ne vise pas à minimiser l’importance du groupe ;
celui-ci fait partie de l’environnement de l’individu, au niveau duquel s’évalue le bien-être.
La dimension mentale porte l’attention sur le fait qu’une bonne santé, un niveau de
production satisfaisant ou une absence de stress ne suffisent pas. Il faut aussi se soucier
de ce que l’animal ressent (Rapport Brambell 1965, Duncan 1993), des perceptions
subjectives déplaisantes, telles que la douleur et la souffrance (Dawkins 1988), mais aussi
rechercher les signes d’expression d’émotions positives (satisfaction, plaisir… ; Boissy
et al. 2007). L’étude des comportements et de l’état physiologique et sanitaire de l’animal
donne une vision intégrée de son adaptation à l’environnement et de son bien-être (voir ci-
dessous).
35 Préambule à la Constitution de l'Organisation mondiale de la Santé, tel qu'adopté par la Conférence internationale sur la Santé, New York, 19
juin -22 juillet 1946; signé le 22 juillet 1946 par les représentants de 61 Etats (Actes officiels de l'Organisation mondiale de la Santé, n°. 2, p. 100)
et entré en vigueur le 7 avril 1948.
36 OIE Code sanitaire pour les animaux terrestres - 20/07/2015, titre 7 bien-être animal, chapitre 7.1 Introduction sur les recommandations relatives
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Termes associés
La qualité de vie consiste en « une évaluation subjective et dynamique par l'individu de ses
conditions de vie (internes et externes) et de la proportion dans laquelle celles-ci
rencontrent ses attentes (qui peuvent être innées ou acquises et qui peuvent ou non inclure
l'anticipation d'évènements futurs). La qualité de vie résulte en -ou inclut- une réponse
affective (émotionnelle). Cette évaluation pourrait être un processus conscient ou non, dont
la complexité dépend des capacités cognitives de l'animal » (traduit de Wiseman-Orr et al.
200637). Ainsi définie, la qualité de vie est très proche de celle du BEA définie ci-dessus, au
point que pour certains, ces deux concepts sont indissociables38. Cependant, la qualité de
vie a une dimension temporelle et prend en considération la satisfaction de l’individu
pendant toute sa vie en intégrant son passé, sa vision du futur mais aussi les conditions de
sa mort39.
Pour les animaux qui sont sous la dépendance des humains, il est du ressort de ceux-ci
que la relation de l’animal à son environnement soit la plus harmonieuse possible et
certains nomment cette action humaine envers l’animal, la bientraitance40. Si la
bientraitance est un préalable au bien-être des animaux, il est nécessaire cependant de
prendre en compte le point de vue de l’animal pour s’assurer de l’efficacité des mesures
prises pour assurer son bien-être. De plus, dans certains environnements extrêmes,
37 Texte original : « the subjective and dynamic evaluation by the individual of its circumstances (internal and external) and the extent to which
these meet its expectations (that may be innate or learned and that may or may not include anticipation of future events), which results in, or
includes, an affective (emotional) response to those circumstances (the evaluation may be a conscious or unconscious process, with a complexity
appropriate to the cognitive capacity of the individual) » (Wiseman-Orr et al. 2006. American Journal of Veterinary Research 67:1826-1836).
38 [Link] ; [Link]
39[Link]
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comme l’abattoir, il peut être difficile d’assurer un véritable bien-être aux animaux, ce qui
n’empêche pas toutes les actions de bientraitance qui visent à leur protection41.
[Link]
Dans cette section, le contenu pratique de la définition proposée ci-dessus et les approches
permettant d’évaluer le bien-être sont explicités. Il est important de spécifier que la définition du
bien-être est différente de son évaluation, mais il doit y avoir un lien clair entre les deux termes, la
définition devant servir de guide pour l’évaluation en pratique.
La définition du BEA proposée dans la section précédente a été élaborée sur la base des
connaissances actuelles sur la nature sensible et consciente des animaux. Elle est « animal-
centrée » et s’adresse donc à un animal dans son individualité. Elle doit être lue de manière à
concerner tous les animaux sensibles, quels que soient leur espèce, race, sexe, stade de
développement, degré de domestication et le contexte dans lequel ils sont affectés par les
humains. Cette démarche permet d’explorer de façon approfondie le bien-être et la qualité de vie
d'un animal. Cependant, elle demeure indirecte parce que nous ne pouvons pas accéder
directement à l’état mental de l'individu, mais nous essayons de l’inférer à partir de ses réponses
comportementales, physiologiques et neurobiologiques. Aussi faut-il se prémunir du risque
d’anthropomorphisme, à savoir d'exprimer une vue humaine de ce que l'animal éprouve (Nagel
1974).
Alors que les premières tentatives d’évaluation du BEA concernaient les animaux de production,
on reconnaissait aussi que le bien-être des animaux était compromis dans d'autres contextes où
les animaux étaient gérés par des humains, par exemple chez les animaux de zoo (voir pour revue
Baratay et Hardouin-Fugier 1998). Ainsi, Hediger (1950, 1955) a identifié la pauvreté des enclos et
le manque d'opportunités comportementales comme des causes majeures d’altération du bien-être
des animaux de zoo, comme en témoignent les comportements stéréotypés. Russell et Burch
(1959) ont publié un travail séminal sur le traitement éthique des animaux de laboratoire. Ils ont
discuté de questions telles que la conscience des animaux et ce que cela pourrait signifier en
termes de souffrance animale. Dans ce travail, ils ont proposé un raisonnement clé utilitariste du
traitement éthique des animaux de laboratoire. Il est basé sur le remplacement des animaux dans
la recherche, la réduction du nombre d'animaux utilisés et le raffinement des expériences dans la
mesure du possible ; ces principes sont maintenant connus comme « les 3Rs »42.
Pour ce qui concerne le monde de l’élevage, suite au rapport Brambell1, le gouvernement
britannique a créé un comité qui l’a conseillé sur ces questions, le FAWC43. Le comité Brambell
avait pour mission de définir les normes minimales de bien-être en vue de satisfaire les besoins
fondamentaux des animaux dans les conditions de l’élevage intensif. Mais il a également déclaré
41 Règlement (CE) 1099/2009 du Conseil du 24 septembre 2009 sur la protection des animaux au moment de leur mise à mort - [Link]
[Link]/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:32009R1099&from=FR
42 [Link]
43 Le conseil officiel qui a conseillé le gouvernement du Royaume-Uni sur le bien-être des animaux d'élevage a reçu trois noms: « Farm Animal
Welfare Advisory Committee » (1966-1979); « Farm Animal Welfare Council » (1979-2010); et « Farm Animal Welfare Committee » (2010-présent).
Pour des raisons de simplicité, nous avons utilisé son abréviation, FAWC, tout au long de ce rapport.
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que les animaux étaient des êtres sensibles et pouvaient souffrir mentalement aussi bien que
physiquement. Fait important, le comité a également reconnu que l'observation du comportement
était un moyen d'interpréter comment un animal exprime sa perception de son environnement. Les
points clés du rapport Brambell ont été repris très largement par le Conseil de l’Europe en 197644.
Le cadre qui sous-tend historiquement l’approche pratique du bien-être animal, connu sous
l’expression des « Five freedoms » du fait de son énoncé anaphorique en anglais, et traduit en
français par l’expression des « Cinq libertés », a été initialement publié par la FAWC en 197945,
puis en 2009 dans sa forme actuelle46. Cet énoncé inclut, en termes généraux, des indications sur
ce que les humains doivent offrir aux animaux pour assurer leur bien-être :
Absence de faim et de soif par la possibilité d’accéder librement à de l‘eau et de la
nourriture saines pour le maintien d’un bon niveau de santé et de vigueur ;
Absence d’inconfort grâce à un environnement approprié, incluant un abri et une aire de
repos confortables ;
Absence de douleur, de blessures et de maladie par des mesures de prévention ou un
diagnostic rapide, suivi du traitement approprié ;
Liberté d’expression d’un comportement normal grâce à un espace suffisant, des
installations adaptées et la compagnie d’autres congénères ;
Absence de peur et de détresse en veillant à garantir des conditions de vie et un traitement
des animaux évitant toute souffrance mentale.
Bien qu'il ait été reconnu dès les années 1960 que les animaux étaient des êtres sensibles et
pouvaient souffrir, l’attribution de capacités cognitives au-delà de la souffrance a alors été
considérée comme anthropomorphique et non scientifique. Ce point de vue a mis l'accent sur la
vision humaine du bien-être des animaux, les humains satisfaisant les besoins des animaux, où
les « besoins des animaux » étaient définis par les humains. L’analyse portait ainsi sur la
bientraitance plus que sur la compréhension du point de vue de l’animal.
Cependant, cette approche par les « Cinq libertés » a été (et elle est encore) opérationnelle et
a permis de mettre en avant les éléments jugés importants à leur époque et nécessaires pour
obtenir une situation « acceptable » (selon Brambell) pour les animaux d’élevage intensif. Ce
cadre d’évaluation a été appliqué depuis à de nombreuses situations et a permis d’importants
développements pratiques. Son intérêt réside en outre dans la vision holistique du bien-être en
élevage.
44 Council of Europe. 1976. European Convention for the Protection of Animals kept for Farming Purposes, Strasbourg. ETS - 87.
45 « freedom from thirst, hunger or malnutrition ;
appropriate comfort and shelter ;
prevention, or rapid diagnosis and treatment, of injury and disease;
freedom to display most normal patterns of behavior; freedom from fear. »
(Farm Animal Welfare Council 1979;
[Link] ).
46 « - Freedom from hunger and thirst, by ready access to water and a diet to maintain health and vigour.
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Depuis la première formulation des « Cinq libertés » en 1979, une grande partie des réflexions sur
le bien-être des animaux s’est déroulée dans le cadre de la production et de l’expérimentation
animales. De plus, depuis cette époque, notre compréhension de la satisfaction physique et notre
capacité à l’évaluer ont considérablement augmenté. Cela a modifié la façon dont nous pouvons
aborder les trois premières « libertés ». Cependant, au cours de cette période, notre
compréhension des capacités émotionnelles et cognitives des animaux (libertés 4 et 5) a subi un
changement de paradigme (Kuhn 1970). Par exemple, nous reconnaissons maintenant que les
animaux ont des besoins comportementaux, comme le besoin de construire un nid et pas
seulement d'être pourvus d'un nid (Castrén et al. 1993). De plus, la plupart des scientifiques et des
juristes reconnaissent désormais que les animaux ont des capacités psychiques, alors que,
lorsque le rapport Brambell a été publié en 1965, il était difficilement accepté que les animaux non-
humains puissent avoir ces capacités. Parallèlement à nos nouvelles connaissances sur les
capacités psychiques des animaux, on a de plus en plus tenu compte des variations considérables
existant entre les espèces et même entre les individus au sein d'une même espèce ou même
d’une population. Cette variation émerge de nombreux facteurs dont l’âge, l’état physiologique, le
génotype, l'environnement et l'expérience antérieure… Elle peut se manifester sous plusieurs
formes notamment de caractéristiques comportementales (par exemple, des individus audacieux
ou timides au sein de la même population), souvent désignées par le terme de « personnalité »
(Sih et al. 2004 ; Koolhaas et Van Reenen 2016). Toute définition du bien-être et son application
ont à prendre en compte ces variations.
Une grande partie de l’activité de recherche sur le bien-être animal à partir des années 1980 a été
axée sur l’identification des indicateurs négatifs du bien-être dans la lignée des études sur le stress
(Dantzer et Mormede 1979, 1983 ; Broom et Johnson 1993, Veissier et Boissy 2007). Par
exemple, il fallait identifier les sources de stress et la cause des blessures pendant le transport
pour les réduire ou les éviter. De telles études exploraient préférentiellement les réponses
physiologiques des animaux (par exemple la fréquence cardiaque ou le test à l'ACTH pour le
stress) ou la caractérisation des blessures (Knowles et Broom 1990, Knowles et al. 1994). On
pouvait aussi avoir recours à des indicateurs de production, de comportement ou de santé (chute
de la ponte, croissance ralentie, boiteries, cannibalisme…).
En comparaison au rapport Brambell, notre définition va plus loin en prenant en compte la notion
d’état mental positif et de satisfaction des attentes des animaux. Il nous faut aussi savoir ce que
l’animal veut vivre ou veut éviter, ainsi qu’évaluer son état mental. On évolue ici vers la prise en
compte de l’animal en tant qu’individu avec des motivations, des préférences et des attentes qui lui
sont propres. Cette démarche (pour rechercher des indicateurs positifs et négatifs) a été adoptée
par tous les comités consultatifs britanniques de bien-être animal (par exemple, Zoos Expert
Committee 2012). D’importants progrès ont été permis par le développement de paradigmes
expérimentaux, dont les tests de préférence, et observationnels qui permettent aux humains de
poser de telles questions aux animaux :
La motivation d'un individu à atteindre des objectifs précis dans son environnement a été
étudiée en mesurant la quantité de travail qu'un animal est prêt à effectuer par les
techniques de conditionnement opérant. Il a été démontré, par exemple, que les porcs
travaillent pour obtenir des contacts sociaux, de la nourriture ou du matériel de nidification.
De plus, leurs priorités changent selon leur état physiologique (Arey 1992). Cette
méthodologie a également été utilisée par exemple pour évaluer les priorités du vison
(Mustela vison) pour accéder à diverses ressources et à les utiliser (Cooper et Mason
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2000) ainsi que pour évaluer les conséquences sur le bien-être de l’animal de ne pas
pouvoir accéder aux ressources clés (Mason et al. 2001).
Le lien entre le bien-être, état persistant, et les émotions, réactions fugaces, a été étudié
chez plusieurs espèces animales via la modification des processus cognitifs au moyen
d’expériences intitulées « de biais cognitif » (Boissy et al. 2007, Mendl et al. 2009, Paul
et al. 2005, Henry et al. 2017). Grâce à ces dispositifs, il est possible d'explorer, par
exemple, comment l'état émotionnel d'un animal peut affecter plus ou moins durablement
sa représentation de la situation (son jugement), sa mémoire et ses prises de décision.
L’étude des comportements permet, en outre, d’évaluer les capacités d’adaptation de
l’animal face aux contraintes (coping) et offre des perspectives d’optimisation des
conditions de vie. On peut montrer par exemple que la présence du partenaire préféré
permet une meilleure adaptation face à un évènement stressant (Beehner et al. 2005, Mc
Cormick 201247).
Certains comportements sont des indicateurs très sensibles aux conditions de
l’environnement. C’est le cas par exemple du toilettage (par exemple, chez le chat, Amat
et al. 2016), de certaines vocalisations (par exemple, chez la souris, Lahvis et al. 2011).
Pour d’autres indicateurs, la signification peut changer en fonction de l’âge de l’individu
comme les comportements de jeu (chez le cheval, Hausberger et al. 2012 ; chez le porc,
Newberry et al. 1988 et chez le bovin, Jensen et Lynn 2000). La prise en compte de l’état
attentionnel des animaux constitue aussi une piste prometteuse pour rendre compte de la
sensibilité des animaux aux conditions de l’environnement. Ainsi chez des chevaux en box,
il a été montré que le temps passé en observation calme de l'environnement était corrélé
avec l'état de leur colonne vertébrale (évalué par électromyogramme par exemple) : plus
les chevaux étaient attentifs aux stimulations extérieures, moins ils avaient de tensions
musculaires le long de leur colonne (Rochais et al. 2016a). Un manque d'attention envers
des stimulations externes, comme par exemple une approche humaine, associé à des
immobilités prolongées (apathie) signale au contraire un état de détresse ou de dépression
(Fureix et al. 2012, Rochais et al. 2016b).
Notre définition du bien-être s’adresse à l'animal en tant qu’individu, mais l'évaluation pratique se
situe souvent dans le contexte de groupes d’animaux aussi bien en élevage qu’à l’abattoir pour les
animaux de production et dans les animaleries dans le cas des animaux de laboratoire. La
première étape consiste à évaluer l’état de bien-être au niveau de l’individu dans son
47[Link]
re%20in%20Relation%20to%20New%20Legislation%20Opportunities%20for%20Behavioural%20Researchers/McCormick_MB2012.pdf
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environnement (hic et nunc). Une deuxième étape consiste en l’intégration des données
individuelles au niveau du groupe (l’exploitation par exemple).
L’évaluation du bien-être au niveau individuel se base sur les évaluations de l’état
physiologique et de l’état de santé de l’animal, de son comportement, de sa réactivité vis-à-vis de
l’homme. Elle prend aussi en compte les caractéristiques de l’environnement (Fraser et al. 2013).
Une question importante est de savoir comment passer de la compréhension acquise en étudiant
le bien-être des individus à l’évaluation du bien-être global d’un groupe. Plusieurs systèmes de
labellisation du bien-être des animaux de ferme ont été développés et utilisés à grande échelle,
par exemple, Freedom Foods48 au Royaume-Uni, Beter Leven49 aux Pays-Bas, Neuland ou Für
mehr Tierschutz50 en Allemagne (Roguet et al. 2016). Les premières démarches d’évaluation du
bien-être à l’échelle des groupes ou troupeaux ont été principalement basées sur les ressources à
fournir aux animaux (bientraitance) plutôt que sur l’évaluation de leur bien-être ou de leur qualité
de vie (Bartussek 1999, Main et al. 2001). Ce n’est que dans les années 2000 que les procédures
d’évaluation ont progressivement intégré la dimension « animal », mettant l’accent sur la recherche
de résultats et pas seulement de moyens, et prenant en compte des indicateurs et des mesures
sur l’animal. L’objectif visait une démarche d’évaluation objective et quantitative du bien-être,
centrée sur l’animal. Différents outils ont été ainsi élaborés avec des niveaux de complexité plus
ou moins importants, conditionnant l’échantillon évalué, le nombre d’indicateurs et la durée de
l’évaluation, ainsi que l’identification de voies d’actions pour l’amélioration du bien-être. On peut
citer en particulier le Bristol Welfare Assurance Program (GB, BWAP 200451), le Pork Quality
Assessment (USA, PQA+ 2003-2009)52, le British Pig Executive (GB, BPEX 201053), et à l’échelle
européenne les projets Welfare Quality®54 (Blokhuis et al. 2013) et AWIN55 (Animal Welfare
Indicators project). Dans tous les cas, ces démarches reposent sur la mise en œuvre fonctionnelle
des « Cinq libertés ». On peut aussi mentionner l’existence de grilles d’évaluation spécifiques,
comme le guide d’évaluation du bien-être des animaux à l’abattoir de l’American Meat Institute
(Grandin 2013).
A titre d’exemple, la démarche adoptée dans le projet Welfare Quality® est développée ci-
dessous pour illustrer le degré de complexité d’un outil d’évaluation et la question d’une évaluation
globale. Les protocoles initiaux ont été construits pour un nombre limité d’espèces de production
(porc, poules pondeuses et poulets à l’engrais, bovins sauf veaux), comme amorce d’une
démarche d’évaluation des dispositifs d’élevage partagée à l’échelle européenne et assortie d’un
objectif d’aide à la décision dans les actions à mener pour améliorer le bien-être. A l’échelle
européenne, les premiers protocoles Welfare Quality® constituent un référentiel, à partir duquel de
nouveaux protocoles ont été développés, avec des améliorations dans les procédures et des
ajustements à de nouvelles espèces (ovins, caprins, équins, dinde), ce qui a été fait par exemple
dans le projet AWIN.
48 [Link]
49 [Link]
50 [Link] ; [Link]
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53 [Link]
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Le projet Welfare Quality® a été une vaste initiative financée par l'UE qui intégrait les multiples
dimensions du bien-être animal (« Welfare Quality Research Project » contrat européen N° FOOD-
CT-2004-506508). Le projet a impliqué plus de 200 partenaires de 13 pays européens et 4 pays
d’Amérique centrale et du Sud. Les partenaires ont mis au point des méthodes d'évaluation du
bien-être, établissant 12 critères issus de quatre principes directeurs qui donnent lieu à de
multiples mesures utilisées dans la pratique (cf. Tableau 1). Les critères de bien-être ont été
développés à partir des « Cinq libertés » ; ils incluent des mesures individuelles réalisées sur
l’animal et une évaluation des ressources. L’évaluation qualitative du comportement (critère
numéro 12) est une tentative pour aller au-delà des cinq « libertés » en intégrant l’évaluation d’un
état émotionnel positif. Hormis l’évaluation de la satisfaction des attentes des animaux, les
différents aspects de notre définition sont donc pris en compte dans cette démarche.
Les mesures sont ensuite combinées pour fournir un score de bien-être global pour l'unité
d'élevage. Il a été reconnu qu'une ferme ne pouvait être considérée comme respectant le bien-être
des animaux que si toutes les « dimensions » (cf. Tableau 1) du bien-être atteignaient un score
« acceptable » (valeur établie dans le projet Welfare Quality®). Il n’y a pas de compensation entre
les dimensions. Souvent, les mesures sur les animaux prennent plus de temps et sont plus
complexes que les critères fondés sur les ressources. Cependant, il a été possible de montrer que
les mesures réalisées sur les animaux (état corporel, état sanitaire, comportements et réactivité
comportementale), répondent aux trois principales exigences de tout système d'évaluation :
validité, répétabilité et faisabilité (Forkman et Keeling 2009). La grille d’évaluation de Welfare
Quality® est actuellement considérée comme un référentiel qui est décliné dans des formes
simplifiées et opérationnelles adaptées aux diverses conditions dans lesquelles le bien-être est
évalué. Elle a été la base des protocoles d’évaluation des risques publiés par l’Efsa (2012a) et
l’Anses (2015).
La démarche du projet Welfare Quality® a été développée pour la mesure du bien-être des
animaux d'élevage. Sa logique systématique semble pouvoir s'appliquer à d'autres contextes,
notamment dans les zoos ou les parcs naturels. Elle a même été appliquée à l’analyse du bien-
être des abeilles mellifères, la colonie étant l’unité fonctionnelle d’intérêt. Cependant, il est difficile
de conclure qu’elle peut être appliquée au bien-être des animaux de laboratoire ou des animaux
de compagnie sans davantage de recherche.
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56[Link] p. 69-70.
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3.5. Conclusion
L’importance du bien-être des animaux qui vivent sous la dépendance des humains (animaux
d’élevage, de compagnie, de zoo, de cirque, d’expérimentation…) s’est affirmée progressivement
au cours des 50 dernières années. Dans le contexte des animaux de production, la prise en
considération du bien-être s’est imposée plus récemment aussi bien chez les citoyens -
consommateurs que chez les professionnels impliqués dans l’élevage, ainsi que chez tous les
acteurs impliqués dans l’élaboration et le commerce des produits d’origine animale. L’analyse du
bien-être des animaux nécessite une prise en compte des composantes liées à l’animal et des
nombreuses influences associées aux facteurs sociaux et physiques du milieu de vie de l’animal
qui peuvent modifier l’évaluation du risque d’atteinte à son bien-être.
Dans ce rapport, le concept de bien-être animal a été replacé dans ses contextes,
philosophique, sociétal et juridique, qui influencent sa prise en compte et la signification qui lui est
conférée. Une attention particulière a été portée aux bases scientifiques de la notion de bien-être,
qui repose sur les caractéristiques psychiques des animaux, êtres sensibles et conscients. Dans
ce domaine de l’univers mental des animaux, les connaissances sur les contenus de conscience
sont encore limitées dans les diverses espèces, même si on se restreint aux principales espèces
domestiques. L’impact du mode d’élevage et/ou des différents stades de développement de
l’individu sur le contenu psychique des animaux est encore insuffisamment étudié.
La définition du concept de bien-être proposée par les experts du CES SABA et du GT BEA
est centrée sur l’état mental de l’individu dans son environnement. Cette dimension mentale porte
l’attention sur le fait qu’une bonne santé, un niveau de production satisfaisant ou une absence de
stress ne suffisent pas. Il faut aussi prendre en compte ce que l’animal ressent, les perceptions
subjectives déplaisantes, telles que la frustration, la douleur et la souffrance, mais aussi
rechercher les signes d’expression d’émotions positives. Cette définition se démarque clairement
du concept de bientraitance qui fait référence aux actions humaines positives envers l’animal. Si la
bientraitance est un préalable indispensable au bien-être des animaux, il est nécessaire cependant
de se tourner vers l’animal pour s’assurer de l’efficacité de ces mesures pour assurer son bien-
être. En outre, la définition proposée reconnait la variation de l’état mental de l’animal en fonction
de sa perception de la situation, ce qui laisse la possibilité d’évoluer en intégrant les nouvelles
connaissances sur les états mentaux des animaux et en particulier sur leur niveau de conscience.
L’évaluation du bien-être des animaux nécessite une bonne connaissance non seulement de la
biologie des espèces concernées, y compris de leurs antécédents évolutifs, mais aussi des
méthodes adaptées à cette évaluation. L’analyse des comportements et de l’état physiologique et
sanitaire de l’animal donne une vision intégrée de son bien-être. Ces mesures sur les animaux
sont conjuguées aux données sur l’environnement dans les protocoles d’évaluation du bien-être.
Pour un usage pratique sur le terrain, de nombreuses grilles d’évaluation ont été élaborées avec
des degrés de complexité variables. Il est indispensable que des outils spécifiques soient
développés selon les espèces, les stades de développement, les conditions de l’environnement.
L’utilisation de plus en plus répandue d’outils d’évaluation sous forme de grilles donne une vision
plus objective et plus précise de la situation vis-à-vis du bien-être des animaux, dépendant du
contexte de leur rapport aux humains. Le développement de ces connaissances fournira une base
solide pour l’analyse du risque d’atteinte du bien-être des animaux.
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Cet avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, proposé conjointement par le
CES SABA et le GT BEA, en s’appuyant sur une réflexion approfondie de l’évolution du contexte
philosophique, sociétal et juridique de la perception du bien-être des animaux, met à disposition
une définition du bien-être animal prenant en compte l’évolution des connaissances scientifiques et
synthétise les réflexions des experts sur les méthodes requises pour son évaluation. Il constitue la
base essentielle qui définira le cadre des futurs travaux de recherche et d’expertise de l’Agence et
sur laquelle l’Anses se fondera pour ses avis ultérieurs dans ce domaine.
Dr Roger Genet
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MOTS-CLES
Bien-être animal, BEA, qualité de vie, bientraitance, comportement, sensibilité, émotion, cognition,
conscience, état mental, besoins, ressenti, attentes, protection animale, évaluation du BEA
Animal welfare, quality of life, well being, animal behavior, animal behaviour, sentience, emotion,
cognition, consciousness, mental state, needs, feelings, expectations, animal protection, welfare
assessment
BIBLIOGRAPHIE
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Normes
NF X 50-110 (mai 2003) Qualité en expertise – Prescriptions générales de compétence pour une
expertise. AFNOR (indice de classement X 50-110).
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RAPPORTEURS
Président
M. Pierre MORMEDE – INRA Toulouse + physiologie du stress, physiologie du
comportement, neurobiologie, psychobiologie, neuroendocrinologie, génétique, bien-être
du porc.
Membres
Mme Lucille BOISSEAU-SOWINSKI - Université de Limoges + droit animalier.
M. Alain BOISSY – INRA Clermont + éthologie, psychobiologie, physiologie du
comportement, physiologie du stress, zootechnie, filière ruminants.
M. Xavier BOIVIN – INRA Clermont + éthologie, sociologie du bien-être animal,
zootechnie, bien-être des ruminants et des chevaux.
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Saisine n° « 2016-SA-0288 »
■ CES SABA
Président
M. Etienne THIRY – Faculté de médecine vétérinaire de Liège (BE) – Compétences en
virologie, immunologie.
Membres
Mme Suzanne BASTIAN – Oniris Nantes – Compétences en épidémiologie, bactériologie,
parasitologie.
Mme Catherine BELLOC - Oniris Nantes – Compétences en Médecine des animaux
d'élevage, monogastriques.
M. Alain BOISSY – INRA – Compétences en éthologie, bien-être animal, ruminants,
zootechnie.
M. Jordi CASAL - Universitat Autonoma de Barcelona (ES) – Compétences en zoonose,
épidémiologie quantitative, maladies animales exotiques, analyse quantitative des risques.
M. Christophe CHARTIER – Oniris Nantes – Compétences en parasitologie, pathologie
des petits ruminants, technique d'élevage, épidémiologie.
M. Eric COLLIN – Vétérinaire praticien – Compétences en pathologie des ruminants.
M. Frédéric DELBAC – CNRS – Compétences en abeilles, épidémiologie, parasitologie,
microbiologie.
M. Christian DUCROT – INRA – Compétences en épidémiologie quantitative, prion,
antibiorésistance, écopathologie.
Mme Barbara DUFOUR – ENV Alfort – Compétences en épidémiologie, maladies
infectieuses, pathologie des ruminants.
M. Guillaume FOURNIÉ - Royal Veterinary College (UK) – Compétences en évaluation
des risques quantitative et qualitative, modélisation, épidémiologie.
M. Jean-Pierre GANIÈRE – Oniris Nantes – Compétences en maladies contagieuses,
règlementation, zoonoses.
M. Dominique GAUTHIER - Laboratoire départemental 05 – Compétences en faune
sauvage, lagomorphes, méthodes de diagnostic.
M. Etienne GIRAUD – INRA – Compétences en antibiorésistance, environnement,
approche globale de la santé animale.
M. Jacques GODFROID - Université Arctique de Norvège (NO) – Compétences en
évaluation des risques, zoonose, épidémiologie, tuberculose, bactériologie, faune sauvage
marine.
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PARTICIPATION ANSES
Coordination scientifique
Mme Julie CHIRON – Coordinateur scientifique - Anses
Mme Florence ÉTORÉ Chef d’unité UERSABA – Adjointe – Anses
Mme Charlotte DUNOYER – Chef d’unité UERSABA - Anses
Secrétariat administratif
M. Régis MOLINET – Anses
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