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Revue de l’Université de Moncton
L’idéologie du « topicalisme » thématique dans les romans
africains : de Yambo Ouologuem à Calixthe Beyala
Kasongo M. Kapanga
Volume 37, numéro 1, 2006 Résumé de l'article
Cet article traite de la polémique sur la qualité du roman africain qui
Traversées de l’écriture dans le roman francophone intervient quand on octroie un prix littéraire à une oeuvre, et ce, depuis René
Maran avec Batouala (1921) jusqu’à Calixthe Beyala avec Les honneurs perdus
URI : https://id.erudit.org/iderudit/016715ar (1996). Le but consiste à relever les éléments discursifs constants et nouveaux
DOI : https://doi.org/10.7202/016715ar de cette polémique. Deux thèses se côtoient et essayent de se neutraliser. D’un
côté, il y a la notion d’une Afrique immaculée à laquelle on apprend tout grâce
aux béquilles épistémologiques offertes par l’Occident. De l’autre côté, on
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postule une Afrique capable d’inventer ses propres outils pour son expression
et sa créativité artistique, quitte à ce qu’elle s’inspire des modèles existants.
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Revue de l'Université de Moncton
ISSN
0316-6368 (imprimé)
1712-2139 (numérique)
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M. Kapanga, K. (2006). L’idéologie du « topicalisme » thématique dans les
romans africains : de Yambo Ouologuem à Calixthe Beyala. Revue de
l’Université de Moncton, 37(1), 111–129. https://doi.org/10.7202/016715ar
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Revue de l’Université de Moncton, vol. 37, no 1, 2006, p. 111-129
L’IDÉOLOGIE DU « TOPICALISME » THÉMATIQUE DANS
LES ROMANS AFRICAINS : DE YAMBO OUOLOGUEM
À CALIXTHE BEYALA
Kasongo M. Kapanga
University of Richmond, VA
Résumé
Cet article traite de la polémique sur la qualité du roman
africain qui intervient quand on octroie un prix littéraire à
une œuvre, et ce, depuis René Maran avec Batouala (1921)
jusqu’à Calixthe Beyala avec Les honneurs perdus (1996).
Le but consiste à relever les éléments discursifs constants et
nouveaux de cette polémique. Deux thèses se côtoient et
essayent de se neutraliser. D’un côté, il y a la notion d’une
Afrique immaculée à laquelle on apprend tout grâce aux
béquilles épistémologiques offertes par l’Occident. De l’autre
côté, on postule une Afrique capable d’inventer ses propres
outils pour son expression et sa créativité artistique, quitte à
ce qu’elle s’inspire des modèles existants.
Mots clés : Beyala, roman africain, réception, critique du
roman, Ouologuem.
Abstract
This presentation stems from the debate on the quality of
the African novel each time an African work — here the
novel — is awarded a literary prize. This has been the case
since René Maran’s Batouala and until recently with
Calixthe Beyala’s Les honneurs perdus (1996). The paper
examines discursive elements both constant and new
foregrounded at each period of the debate. There are two
competing theories at the heart of the discussion that are
trying to neutralize each other. On the one hand, there is the
entrenched belief of the African continent still in need of
epistemological assistance. On the other hand, there is an
Africa posited as capable of putting together its own
112 Revue de l’Université de Moncton, vol. 37, no 1, 2006
instruments to express herself and nurture her artistic
creativity.
Key words : Beyala, African novel, reception, criticism of
African novel, Ouologuem.
Introduction
Dans les essais critiques sur la littérature africaine, qu’elle soit de
langue française ou anglaise, l’on a souvent reproché aux écrivains
africains de s’incruster dans une voie qualifiée de « topicaliste » ou
« documentariste », considérée être du ressort du journalisme. Les
critiques anglophones tels que Larson (1971) et Olney (1973) ont utilisé
ce terme pour désigner la tendance des auteurs africains à se servir des
crises conjoncturelles et des problèmes courants de l’ère postcoloniale
comme toile de fond de leur œuvre fictionnelle. Le même reproche est
formulé à propos des œuvres francophones soit par les mêmes critiques ou
d’autres tels que Benot (1970) et Kanters (1968). Par exemple, le roman
Dramouss de Camara Laye (1966) avait été jugé inadéquat à cause d’une
focalisation jugée exagérée sur le situationnel — le Goulag de Sékou
Touré — au détriment d’une créativité artistique et littéraire. Cependant,
ni la fréquence de cette condamnation ni la virulence des propos n’ont
amené les écrivains africains à s’éloigner radicalement de la pratique
qualifiée de documentariste. Au contraire, l’absence d’un système
d’opposition au niveau institutionnel laissait à quelques téméraires, dont
les écrivains, assez d’espace pour interpeller les dérapages politiques et
réclamer une bonne gouvernance. Face à ce qu’ils perçoivent comme un
devoir sacré, certains écrivains tels que Chinua Achebe, Wole Soyinka,
Ngugi Wa Thiong’o, Ahmadou Kourouma et tant d’autres, s’accrochent
jusqu’à ce jour au rôle didactique que leur confèrent leurs activités
littéraires. Ils usent de la même logique que Sembène Ousmane qui,
conscient de son impuissance d’atteindre les masses africaines
analphabètes par les livres, a choisi le cinéma pour pallier au fossé de
communication entre le messager et les masses.
La critique littéraire a toujours souhaité voir le roman africain se
construire selon les règles structurelles, les modèles préétablis et inspirer
les nouvelles créations : réitération du modèle réaliste oblige (Palmer,
1972). C’est à cette conjoncture que la question de généalogie,
L’idéologie du « tropicalisme » thématique dans les romans africains 113
d’anticipation, et de la réalisation de certaines étapes dans l’évolution
romanesque se pose avec acuité1. Elle se manifeste à des moments forts et
opportuns où la critique littéraire s’interroge sur l’état du roman africain.
Tout octroi d’un prix littéraire ramène sous les projecteurs la question de
la qualité et de la valeur des œuvres fictionnelles africaines ou antillaises
(Beyala, 1996; Camara Laye, 1954; Chamoiseau, 1992; Mabanckou,
2006; Maran, 1921; Ouologuem, 1968). Pour cerner les paramètres de
cette critique et sa logique d’intervention, il est indispensable de jeter un
regard rétrospectif sur ces moments significatifs révélateurs de l’état du
roman africain. Deux écoles de pensée émergent et se font concurrence.
D’un côté, il y a une Afrique à laquelle on apprend l’art romanesque grâce
aux modèles réalistes du 19e siècle. D’autre part, on postule une Afrique
capable d’inventer ses propres outils narratifs tout en s’enrichissant des
modèles existants dans les diverses écritures (ethnologiques, historiques).
En outre, ce retour en arrière permettra d’évaluer les prises de position et
la pertinence qu’elles ont dans le contexte actuel.
1. Le modèle réaliste du 19e siècle
L’historique de la genèse de la littérature africaine moderne du 20e
siècle — allusion est ici faite aux pionniers tels que Lilyan Kesteloot,
Senghor, et les autres — en situe le début au tournant du siècle dernier, à
la croisée de la rencontre de l’Europe et de l’Afrique. Amorcée dans une
atmosphère de conquête de l’autre, la rencontre s’est transformée en une
relation qui repose sans équivoque sur l’usage de la force. L’Europe
s’engageait en Afrique avec l’intention de mieux la connaître pour la
« civiliser », la domestiquer, et l’asservir avec plus d’efficacité. La
démarche établissait autant qu’elle confirmait un cadre de pouvoir qui
allait régir les relations entre le nouvel arrivé et l’indigène. L’un était doté
d’un ordre épistémologique qui lui accordait un savoir-faire herculéen,
alors que l’autre, mis dans une situation d’indigence, attirait à sa rescousse
l’intervention extérieure aventureuse. L’Afrique comme objet d’écriture
avait motivé l’émergence de la littérature exotique et celle de la littérature
coloniale dont la mission consistait à rapporter avec fidélité2. Plus tard,
l’idéologie de la négritude reprenait ce manichéisme initial qui avait laissé
dans son sillage de douloureuses expériences, mais cette fois-ci en
l’enfermant dans une logique raciale. Comme le dit Fanon (1961), cette
logique obnubilait deux phases antérieures, qui d’une manière ou d’une
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autre, débouchait sur un « cul-de-sac », une attitude qui embrouillait
l’ordre généalogique des choses. Quand les Africains avaient commencé
d’écrire, les critiques les rattachaient automatiquement au domaine
anthropologique dont un des buts était la découverte des terres acquises
pour mieux les apprivoiser (Chanda, 2004 : 30). Leurs cris n’étaient pas
que « littérature de contestation de la domination coloniale et
d’affirmation de la différence africaine », mais s’inscrivaient également
dans un plan d’investigation anthropologique des nouveaux peuples
(idem)3. Lebel nous rappelle cette manière de concevoir la création
littéraire comme suit :
1. C’est d’abord la période d’exploration et d’occupation
effective du pays, à laquelle correspondra une
littérature de découverte et de conquête, représentée
par des récits de voyage, des comptes-rendus des
missions, des notes de routes, des carnets de campagne
et des reportages;
2. Puis vient la période de reconnaissance méthodique et
d’organisation, qui donnera naissance à une littérature
technique et documentaire, c’est-à-dire à des ouvrages
écrits par des spécialistes, par des savants et par des
vulgarisateurs;
3. Enfin le pays est administré normalement et s’ouvre au
progrès matériel et moral; une littérature touristique et
une littérature d’imagination domineront et se
confondront parfois, bien que ces deux courants,
comme nous le montrerons plus loin, doivent être
distingués, la curiosité qui les alimente n’étant pas de
la même essence (1931 : 76).
Le fondement de ces déclarations révèle la primauté dont jouissent les
structures du pouvoir où les relations entre les entités en présence sont
régies, comme l’a si bien exprimé Césaire (1969) à travers Caliban, par la
maîtrise de l’épistémologie, base de légitimation de l’autorité politique et
économique. Caliban a découvert que le rapport des forces entre lui et
Prospéro a pour fondement le savoir enfermé dans les gros livres auxquels
il n’a pas accès :
L’idéologie du « tropicalisme » thématique dans les romans africains 115
D’abord ce n’est pas vrai. Tu ne m’as rien appris du
tout. Sauf, bien sûr à baragouiner ton langage pour
comprendre tes ordres. […] Quant à ta science, est-ce
que tu me l’as jamais apprise, toi ? Tu t’en es bien
gardé! Ta science, tu la gardes égoïstement pour toi
tout seul, enfermée dans les gros livres que voilà
(Césaire, 1969, Une Tempête, Acte I, scène 2).
L’épistémologie devient un instrument permettant d’asseoir sa
domination et, à la fois, une finalité en elle-même pour maintenir un
équilibre de l’état des choses. On retrouve plutôt, bien qu’en filigrane
mais épelée d’une façon évidente, la conception d’une Afrique terra
nullius, terre vierge, l’image d’un continent en mal d’école en attente
d’une main salvatrice pour la conjurer d’un gnosticisme superstitieux
(Sycorax la mère de Prospéro). La voie qui amena l’Europe de l’état de
barbarie à celui de civilisation, avec à son point culminant sa panoplie de
découvertes, était mise généreusement à la disposition des peuples « sans
écritures ». Ainsi dans le domaine littéraire, l’écriture conçue comme le
fondement de toute activité littéraire, donnait-elle un tracé tout indiqué
aux peuples qui découvraient les merveilles de l’alphabet4. Plus tard,
quand les échelons inférieurs auront été gravis, l’accès aux formes plus
sophistiquées — dans ce cas le roman — se poursuivrait par des processus
calibrés d’adoption et d’adaptation. Malgré l’importance reconnue de
l’oralité, l’apparition du roman et son évolution disposaient d’un scénario
tout tracé : les structures et les critères de sanction remontaient au modèle
réaliste du 19e siècle.
Les transformations du roman en Europe (Dickens, Balzac, Flaubert,
Zola, Gide, …) ont eu lieu dans une situation d’évolution sociale et de
changement de mode de production économique, notamment le
capitalisme. La démocratisation du savoir et les changements dans le
mode de production des biens avaient propulsé la bourgeoisie à l’avant-
plan de la scène politique avec pour corollaire la focalisation sur le
personnage (l’individuel). Les théoriciens du roman tels qu’Ian Watt et
Georg Lukács ont établi la trajectoire du roman pris dans sa croissance
comme un processus organique dont on peut discerner l’évolution. Les
critères primordiaux d’un roman réaliste comprennent la trame à histoires
réelles, les personnages bien évoqués et vraisemblables, les épisodes de la
116 Revue de l’Université de Moncton, vol. 37, no 1, 2006
trame évoluant selon un engrenage logique, et le dénouement. Comme
tout organisme vivant, le roman africain devait naître (L’Enfant noir,
Larson, 1971), se consolider (Palmer, 1972), atteindre sa maturité,
s’émanciper et éventuellement se métamorphoser en une forme plus
sophistiquée telle que le nouveau roman (Ouologuem, 1968). Le
traitement de deux romans illustrera ces schèmes discursifs examinés, à
savoir A Man of the People (Achebe, 1966) et Le Devoir de violence
(Ouologuem, 1968).
2. Critique littéraire et documentarisme
Les réactions au « documentarisme » du roman se divisaient en deux
groupes diamétralement opposés : condamnation et approbation. Lorsque
A Man of the People de Chinua Achebe fut publié en 1966, deux facteurs
importants contribuèrent au succès immédiat de l’œuvre, si on exclut la
réputation déjà assise du romancier. D’abord, le roman fut primé d’un
New Statesman Award, une reconnaissance légitime qui le propulsa sur la
scène internationale. Ensuite, à cause de son dénouement jugé prophétique
— annonciateur d’un coup d’état — non seulement le roman fut-il qualifié
de « documentariste », mais des critiques tels que Olney (1973), Palmer
(1972) et Larson (1971), s’appuyant sur les critères des grands romans du
19e siècle, le mirent au compte du simple journalisme, surtout quand deux
mois plus tard, le général Ironsi prenait le pouvoir à Lagos amorçant ainsi
une des périodes les plus contestées de l’histoire nigériane. Le jugement
des critiques revenait continuellement à l’évolution du genre romanesque
par rapport à la distance restante à parcourir. Pour Palmer, A Man of the
People était une œuvre bâclée; pour Roscoe (1971), on avait affaire à du
simple reportage; pour Larson, on avait devant soi un roman de
« situation » qui se penche sur l’éphémère à la manière journalistique. Le
passage suivant de Palmer résume mieux la condamnation du
documentarisme décrié par ces critiques :
De plus en plus, A Man of the People ressemble
davantage à un tract chaque fois que le souci majeur
d’Achebe d’exposer les maux du système politique de
son pays prend le dessus. Achebe est tellement
déterminé à délivrer un message didactique qu’il
n’arrive pas à créer des situations, des personnages, et
L’idéologie du « tropicalisme » thématique dans les romans africains 117
une trame susceptible de porter le roman de façon
convaincante vers un dénouement adéquat. (1972 : 84,
ma traduction)
Roscoe (1971 : 130) reprenait les idées de déception en soulignant
davantage le caractère fictionnel sous lequel les œuvres romanesques
doivent se tisser : « C’est l’illusion de la vie et non la vie réelle comme
telle qui nous fascine. A cette fin, nous disposons des masses médias : la
radio, la télévision, et surtout les journaux [...]; mais une œuvre
fictionnelle doit créer, et pas copier » (ma traduction). Larson (1971)
rappelle la quasi-nécessité de s’en tenir à cette stipulation en grande partie
pour répondre aux attentes de la critique. Il est vrai qu’une œuvre
fictionnelle doit déployer toute sa capacité de transformation, de gestion,
et surtout d’intégrité de l’articulation de l’art romanesque. Cependant,
tous les critiques n’avaient pas rejeté l’élément documentaire comme
nuisible.
Au contraire, certains l’ont embrassé sans réserve en y décelant plutôt
de grandes vertus susceptibles de révéler au lecteur la complexité du vécu
africain. Parmi ces critiques, le Camerounais Melone s’avéra être le
défenseur le plus acharné et il soulignait la valeur allégorique de la
République fictive de Bori :
Le drame de Bori, telle une allégorie, prend alors
valeur de symbole à l’échelle africaine. Il résume à lui
tout seul, mais avec toute la force qui naît de la
concentration dramatique, ce qu’on a appelé les
maladies infantiles de l’Indépendance; le manque
d’autorité des dirigeants, qu’ils confondent très vite
avec la dictature sans discernement, le goût du lucre
excessif né d’une endémique pauvreté, l’insuffisance
des cadres, le désordre de l’économie et par-dessus
tout l’exacerbation des passions politiques liée à une
maladive propension à la palabre (1973 : 103).
On retrouvera dans cette ligne Simon Gikandi, Ngugi Wa Thiong’o,
Berth Lindfors, Gareth Griffith et Sunday Anozie. Contrairement au
roman nigérian décrié pour son documentarisme, Le devoir de violence
(1968) souleva une admiration chez plusieurs critiques à cause de ses
qualités narratives qui l’approchaient du nouveau roman.
118 Revue de l’Université de Moncton, vol. 37, no 1, 2006
Le couronnement spectaculaire de Yambo Ouologuem du Prix
Renaudot n’était pas un acte fortuit parce que l’œuvre se distinguait par sa
virtuosité langagière, son verbe remarquable, et ses impétueuses
combinaisons d’expressions idiomatiques. Selon les comptes-rendus et
l’avis des nombreux critiques, Ouologuem avait séduit les milieux
littéraires parisiens par sa verve, son charme poétique, son style et son
élan irrésistible de tester les limites du langage. L’enthousiasme montre
qu’il s’agissait aussi d’affirmer le principe de filiation, de généalogie et de
dynamisme pour ceux qui privilégiaient la progression diachronique du
roman africain. Si la critique parisienne s’était réjouie de l’abandon des
sentiers battus aux complaintes contestataires propres à la négritude, en
revanche, elle prenait acte de l’évolution du roman africain vers
l’adoption des caractéristiques du roman moderne, voire du nouveau
roman. Le Monde salua l’œuvre comme « le premier grand roman africain
[…] digne de ce nom » (cité par Miller, 1983). Quant à Kanters (1968) du
Figaro Littéraire, il le trouvait « un livre très beau et très fort ». Pour sa
part, Peyre (1969) le décrivait comme « un très grand livre ». Pour
Bosquet (1968), Yambo Ouologuem était « un grand intellectuel noir »
qui après Senghor méritait d’être considéré comme « l’un des rares
intellectuels d’envergure internationale que l’Afrique noire ait donné au
monde ». La meilleure description qui donne une vision positive globale
du roman reste sans doute celle de Benot :
Rien de plus émouvant, on dirait presque réconfortant,
que l’unanimité des critiques littéraires parisiens, qui
s’est manifestée au sujet du premier roman d’un
universitaire malien : Le devoir de violence de Yambo
Ouologuem. Tout le monde était enfin d’accord sur la
« qualité littéraire » (notion vague, mais denrée de
grande consommation chez les éditeurs et les critiques)
de ce roman, que l’on s’empressait d’ailleurs
d’opposer à tout le reste de la production romanesque
africaine de langue française (1970 : 127).
Les commentaires chaleureux n’étaient pas l’apanage de la seule
France, car l’accueil de la traduction anglaise dans le monde anglo-saxon
en fut tout autant enthousiaste jusque sur les côtes américaines. Le New
Times Book Review soulignait le caractère moderniste du roman en
L’idéologie du « tropicalisme » thématique dans les romans africains 119
rappelant à ses lecteurs que le fait que Ralph Hunter avait traduit Günter
Grass, Ferdinand Céline et Yambo Ouologuem n’était certes pas dû au
hasard5. Ces trois auteurs avaient une base commune par leur façon de
s’embarquer dans la création littéraire en adoptant une conception
moderne, l’étape la plus récente du genre romanesque. À juste titre, la
maîtrise par Ouologuem de cet art poussait dans l’ombre le genre engagé
des premières années militantes, pour privilégier la célébration artistique
et la vertu transformatrice de la littérature. Toutefois, on est en droit de se
poser des questions sur les éléments romanesques pertinents qui ont
permis ce succès.
D’abord, l’accueil enthousiaste de ce roman était dû au refus de
l’auteur malien d’adopter le ton dur accusateur contre l’Europe qui était la
mode de l’époque. Il avait eu l’audace de s’extraire des sempiternelles
jérémiades pour rappeler à l’Afrique et aux Africains le rôle complice
qu’ils ont joué dans leurs propres malheurs. Par cette œuvre, un Africain
disculpait l’Europe d’une tache rappelant les brutalités du commerce
triangulaire et l’exploitation ignominieuse du continent noir. Comme le
film Adanggaman (2001) de Roger Gnoan M’Bala, Ouologuem avait
courageusement dénoncé la part active du continent dans son triste sort en
dénonçant les fossoyeurs autochtones. Ainsi avec Ouologuem, une page
douloureuse de l’histoire de l’Afrique venait d’être tournée. Ensuite, le
roman révélait que l’adoption des techniques narratives avait évolué dans
la direction anticipée.
Malgré l’accueil enthousiaste, des réactions d’indignation contre
Ouologuem dominaient chez d’autres critiques, surtout les Africains.
Selon ces derniers, l’utilisation d’autant d’énergie à une fin apologétique
auprès du « colonisateur » ne rendait justice ni à l’histoire ni à la cause de
l’Afrique meurtrie par tant de brutalités6. Avoir une œuvre reconnue de
façon spéciale pour ses qualités littéraires aurait été un badge d’honneur
collectif si elle avait mis à l’avant-plan la recherche des voies et moyens
pour extraire l’Afrique des multiples obstacles qui compliquaient son
existence. En plus, le contenu du roman avait suscité des rancœurs et une
réaction viscéralement hostile à l’auteur malien tel que Mpiku l’illustre :
Selon Ouologuem, il n’y a rien de valable dans la
Négraille si ce n’est que du mépris. Le salut ne peut
venir que de l’extérieur. Le roman se termine sur une
120 Revue de l’Université de Moncton, vol. 37, no 1, 2006
scène où l’Évêque et le Saïf, « parlent la même langue
pour la première fois », la langue d’amour comme
l’enseigne la religion chrétienne (1971 : 139).
Le refus de s’incruster dans le documentarisme au nom d’un
humanisme quelconque a contribué à l’isolement d’Ouologuem. Si son
cas avait soulevé des indignations qui forceront son éclipse, le « cas
Beyala », par contre, n’aura causé qu’une simple désapprobation sans
conséquences punitives significatives7. Est-ce que le « salut » de Beyala
vient du fait qu’elle a pris ses distances vis-à-vis du reportage jugé
monotone des années antérieures ? Autrement dit, si elle a atteint le
diapason souhaité, quels sont les éléments qui démontrent cette
maturation ? La controverse offre une occasion propice à tester la solidité
de l’épistème du roman africain et d’examiner la question de tutelle et de
généalogie qui divise la classe littéraire.
3. Beyala ou le test du modèle réaliste
Le scénario d’Ouloguem s’est reproduit dans le cas de Beyala pour son
roman Les honneurs perdus primé du Prix de l’Académie Française
(1996) et aujourd’hui célèbre par les accusations de plagiat. Après
l’annonce du prix, Pierre Assouline déclencha « l’affaire Beyala » par son
article dans le magazine Lire où il montrait des passages étrangement
similaires à ceux dans l’œuvre de Ben Okri, The Famished Road. Plus
tard, suivirent d’autres passages curieusement « proches » de ceux de
Quand j’avais 5 ans je m’ai tué de l’Américain Howard Buten; de ceux de
La Vie devant soi de Roman Gary. Assouline s’interroge avec indignation
sur les raisons d’un choix aussi maladroit :
L’affaire aurait pu en rester là si à l’automne dernier,
quelques hommes encore verts particulièrement
enthousiastes de son œuvre ne s’étaient mis en tête de
lui faire obtenir le Grand Prix du roman de
L’Académie Française pour son dernier livre au titre
prémonitoire, Les honneurs perdus. D’autres candidats
étaient en lice. Albin Michel, maison bénite des dieux
en 1996 dans la course au succès, présentait même
d’autres auteurs, à la réputation immaculée, eux, tels
qu’Eve de Castro et Christiane Singer. Las! Pour des
L’idéologie du « tropicalisme » thématique dans les romans africains 121
raisons qui n’apparaissent pas très littéraires, il fallait
que ce fût Beyala et nulle autre. En tout cas, certains
Académiciens déployèrent tout leur talent et leur
entregent afin d’entraîner toute la Compagnie sur cette
pente savonneuse (1997 : 9).
Malgré les preuves probantes d’emprunts crus, abattre Beyala n’aurait
pas été une mince affaire. D’abord, la romancière camerounaise s’est
hissée à un niveau littéraire imposant par son talent et sa créativité
littéraire. Depuis Mariama Bâ, nulle écrivaine africaine n’a imposé sa
voix avec autant d’autorité sur la scène littéraire francophone ces deux
dernières décennies. Chevrier rappelle ses débuts fracassants sur la scène
littéraire en ces termes :
L’irruption sur la scène littéraire de Calixthe Beyala en
1987 a fait l’effet d’un pavé dans la mare. Car, non
seulement son texte est une déclaration de guerre à la
société patriarcale traditionnelle, mais encore
s’accompagne-t-il d’un véritable programme destiné à
rétablir la femme dans ses droits les plus élémentaires
(2001 : 22).
Mais aussi, sa présence sur la scène littéraire baigne souvent dans une
atmosphère de controverse et de débats houleux. Pontié rappelle le
lecteur, preuve à l’appui, que Beyala adore la mise en vedette et aime
œuvrer sous les coups des projecteurs alimentés par une bonne
polémique :
Madame Beyala le sait très bien, et l’a voulu ainsi. La
quarantaine passée, elle déclare volontiers avoir atteint
aujourd’hui une maturité personnelle et littéraire qui la
protège de tous les dangers. Chacun sait, par ailleurs,
que créer la polémique est le seul vrai péché mignon
de la romancière. Bousculer l’ordre établi fait toujours
un peu avancer les choses. Et Calixhe Beyala, elle,
avance droit devant elle… (2003 : 74)
Elle s’accroche sans broncher, égale à sa réputation de « femme
rebelle » et prend la parole dans un pré-carré jadis l’apanage privilégié
d’une catégorie d’hommes8. Sa maîtrise et sa compréhension du monde
122 Revue de l’Université de Moncton, vol. 37, no 1, 2006
des éditeurs parisiens lui ont donné une certaine latitude de manœuvre. Si
ces accusations n’ont pas asséné un coup fatal à sa carrière littéraire, cela
est dû aux conditions d’écriture et à l’espace idéologique où elle s’est
investie. Ils ont amorti le choc au point d’enrager les défenseurs
d’Ouologuem qui lui, à son époque, s’était vu mis à l’index sans le
moindre espoir de réhabilitation. Comme l’œuvre d’Ouologuem, celle de
Beyala s’est engagée à réitérer les schèmes établis par les instances
dominantes qu’elle veut illustrer.
La situation n’a pas évolué selon les prédictions rigides de Larson, de
Olney ou de Palmer, bien que les règles du roman réaliste restent toujours
la mesure d’appréciation. La thématique de Beyala plonge dans le sol
africain, mais tout en ayant à l’esprit sa nouvelle réalité franco-africaine
où on la surprend en pleine négociation pour l’espace migratoire dans une
France en pleine mutation. Elle fait partie d’une génération d’écrivains,
celle des « Africains sur Seine » selon le terme de Cazenave (2003), qui
ne se concentrent plus exclusivement sur les problèmes africains.
Contrairement à la génération de Mongo Beti, ils ne ressentent pas le
devoir d’écrire inéluctablement l’Afrique, mais de s’en servir pour
illustrer aussi, les problèmes de leur nouvelle patrie. Abdouraman Waberi
(1995) tranche radicalement en privilégiant sa fonction d’écrivain
d’abord, et ensuite les impératifs d’écrire l’Afrique en réponse à ses
origines africaines. Ils transposent les problèmes locaux à un niveau plus
globalisant comme l’écrivain congolais Manbackou avoue :
Par ailleurs, loin de mésestimer les périodes
antérieures des lettres africaines, on constate que les
thématiques aujourd’hui traitées par les écrivains
dépassent l’idée de la collectivité, du « message
obligatoire » qui ôtait à la création toute son
indépendance. Les textes des auteurs de la nouvelle
génération publiés en France scrutent l’individu dans
sa condition quotidienne. C’est le cas pour les
écrivains comme Daniel Biyaoula, Calixthe Beyala,
Yodi Karone, Gaston Paul Effa, Jean-Luc
Raharimanana. Si le « message » est toujours présent,
il n’est plus impératif et a épousé les turbulences
actuelles des sociétés africaines. Alors que chez
L’idéologie du « tropicalisme » thématique dans les romans africains 123
Présence africaine ont paru plusieurs romans au sujet
de l’immigration, Le Seuil, Stock, Le Serpent à
Plumes et Actes Sud ont publié des titres qui évoquent
le génocide du Rwanda. Dans un même registre, les
« enfants soldats » ont inspiré Ahmadou Kourouma
dans son dernier roman Allah n’est pas obligé (2001 :
88).
Toutefois, que Beyala soit classée ou pas sous un nouveau label qui
corresponde à une réalité migratoire n’enlève en rien sa focalisation sur
les problèmes africains comme matière active de son écriture. Elle fait
revivre les basses couches de la population africaine et notamment celle
des femmes. L’intérêt qu’elle leur porte témoigne d’une conscience aiguë
de la classe intellectuelle africaine, celle qui a les moyens de s’exprimer.
S’expliquant son acharnement à présenter des jeunes héros « séquestrés »
(Megri, Tanga, Ateba, Loukoum), elle se pose en porte-parole vigilante
pour les Africains :
Je parle de l’intérieur, et non de l’extérieur : c’est une
génération sacrifiée, une génération perdue. Mais peut-
être qu’on s’en sortira. Mais Dites-moi : quel est le
jeune Africain de trente ans qui, après avoir fait de
bonnes études, a trouvé du travail, une bonne place
dans son pays ? Personne. On est devenu des clochards
malgré nos diplômes. J’ai des diplômes, d’accord. Je
vis de quoi ? Cette jeunesse se pose des questions et
moi je m’interroge. […] Il faut prendre le fond du
problème, regarder sa peau de misère et dire : voilà ce
qu’on a fait de mon peuple. C’est ça l’histoire. On ne
peut pas construire le présent sans regarder le passé
(Matateyou, 1996 : 610).
S’il est vrai que ces œuvres et ces personnages baignent dans une
Afrique familière à la romancière, celle-ci s’exprime : « à l’intersection de
plusieurs territorialités géographiques et intellectuelles » et met en avant
« un brouillage de l’identité nationale au profit d’une pluralité
d’affiliations » (Moudileno, 2007). Son écriture éclate dans plusieurs
directions en s’engageant sur des voies sociales diverses où elle
entrevoyait un rôle à jouer même en tant que simple observatrice. Que
124 Revue de l’Université de Moncton, vol. 37, no 1, 2006
l’on se range dans la ligne de sa pensée, de ses personnages, ou de ses
actions, Beyala démontre que le documentarisme et la créativité artistique
peuvent intervenir en symbiose sur le champ littéraire. Son dernier roman,
La Plantation s’inspire de la situation politique et économique du
Zimbabwe sous la désastreuse politique agricole de Robert Mugabe.
4. Le fondement du documentarisme …
Le militantisme et le documentarisme littéraire continuent dans le
roman africain. Bien qu’il y ait d’autres moyens de communication,
d’autres tribunes pour défendre les démunis, d’autres tribus de confiance,
et d’autres hérauts pour transmettre des messages, la situation précaire des
populations africaines interpelle sans arrêt les écrivains qui servent encore
d’instruments fiables de conscientisation et de caisses de résonance de
leurs cris. Les guerres meurtrières en Afrique n’ont pas trouvé meilleurs
avocats que les écrivains. Le génocide du Rwanda était un sujet tellement
brûlant que la mise sur pied du projet « Écrire par devoir de mémoire »
sous la houlette de Fest’ Africa a suscité des ambiguïtés inutiles et
compromettantes. Inutiles parce que c’était évident que les écrivains
n’allaient pas rester indifférents aux horreurs survenues. Compromettantes
parce que la démarche frôlait les limites de la manipulation médiatique
que certains ont décriée comme prélude du roman sur commande. En
dépit de cette réserve, certes légitime, ce voyage a abouti à l’écriture de
romans tels que L’Ombre d’Imana de Véronique Tadjo (2000), L’Aîné des
orphelins de Thierno Monénembo (2000), et Murambi de Boris Diop
(2000). L’Africain, interpellé par les exigences globales, doit puiser dans
son tréfonds pour contribuer à l’universel en articulant les besoins
essentiels à une existence digne et un traitement équitable pour chacun.
Toutefois, l’attention portée au quotidien de l’Afrique court le risque de
banalisation et de saturation; elle peut faire concurrence à la presse
quotidienne, surtout dans cette ère de l’instantané et de la numérisation.
On devrait dès lors envisager qu’à l’horizon, s’il se profile une phase
politique où la presse sera entièrement dévouée à informer le public, ainsi
rendra-t-on caduque la vigilance totale de l’écrivain.
Une analyse minutieuse des discours révèle trois éléments principaux à
la base de cette situation. D’abord, il y a le vide initial et le chaos (au sens
grec du terme) en mal d’organisation, de reconnaissance et de
L’idéologie du « tropicalisme » thématique dans les romans africains 125
légitimation. Ensuite, il y a la primauté et l’affirmation du modèle hérité
du système scolaire qui sert de pierre angulaire dans l’appréciation de
l’œuvre africaine. Il s’agit de ce que Mateso (1986 : 64) appelle « une
pédagogie du réalisme ». Enfin, il y a l’anticipation de voir le parcours se
répéter comme les schèmes classiques le laissent entrevoir. La solidité de
cet epistème du discours colonial colle à l’espace épistémologique africain
et exige des solutions de transformation, d’adoption et d’adaptation au
vécu du continent. Nier toute filiation du roman africain au modèle
européen serait une contradiction de l’histoire coloniale et du vécu.
Premièrement, il y a eu l’imposition et l’adoption des langues
européennes qui ont créé un nouvel espace pour de nouvelles expressions
littéraires, de nouvelles règles et revendications, et de nouveaux idéaux9.
Ensuite, en tant que fait historique, idéologique ou culturel, la formation
intellectuelle de l’élite africaine, qu’elle soit formelle (Senghor) ou faite
sur le tas (Sembène Ousmane, Werewere Liking), s’est façonnée aux
mêmes sources des connaissances que celle de leurs collègues européens.
La librairie, comme le désigne Foucault (1969), en tant qu’ordre
épistémologique qui reflète l’organisation du savoir et sa distribution, a
été soumise aux mêmes conditions de dispensation. En guise de rappel,
Samba Diallo a été nourri aux mêmes sources du savoir (dispensé par
maître N’Diaye) que son condisciple Jean Lacroix : « Nous occupons la
même table, dans la classe de M. N’Diaye, répondit Samba Diallo, sans
quitter Jean du regard. Seulement, nous n’avions eu guère l’occasion de
nous parler […] n’est-ce pas ? » (Kane, 1961). Les structures de
production comme celles de validation dépendent étroitement des
institutions de décision — telles que les infrastructures de production du
livre, les jurys des prix littéraires, les critiques dans les média — dont le
contrôle échappe parfois/souvent aux Africains. Le maintien des relations
tutélaires susceptibles de continuer à légitimer une relation de
subordination dans un tourbillon de pratiques discursives est ce que les
critiques africains et d’autres récusent à juste titre.
Conclusion
La question de généalogie et la filiation du roman africain sont liées à
l’ordre épistémologique. L’apparition n’était pas le fait d’une génération
spontanée, mais un long processus qui s’est nourri de l’imaginaire des
instances locales au contact avec un extérieur imposant, fût-il taré. Cette
126 Revue de l’Université de Moncton, vol. 37, no 1, 2006
littérature a été précédée et s’est nourrie des écrits exotiques et coloniaux,
de la prise de conscience qui a défini l’époque de la négritude; elle a
intensifié sa traversée en cherchant désespérément à raffermir son
originalité. La dynamique conventionnelle nous oblige à nous interroger
sur le futur de cette traversée sous ses diverses formes et ses
métamorphoses les plus récentes. Est-ce que la fonction didactique de nos
écrivains s’estompera au moment où les structures d’expression seront à
la totale disposition du peuple qui pourra ainsi s’exprimer sans
intermédiaire ? Est-ce que l’odeur du père peut cesser d’être aliénante
pour devenir un élément d’identification dans la quête archéologique ?
Cette question résume tout le dilemme de l’ordre épistémologique et de
légitimation que confronte l’Afrique. Le romanesque et l’humanitaire,
dans leurs versions respectives du vécu, se liguent avec pour objectif de
s’adresser à tous (Hilarun Grigorion avec Rouge Brésil et Jean-Christophe
Rufin avec Globalia) et constituent une illustration du vécu moulé dans
l’art romanesque pour faire passer un message collectif10. Serait-elle la
voie que choisira le roman africain en tant qu’expression d’une expérience
collective dans ce contexte de mondialisation ?
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1
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2
Comme sources bibliographiques, voir A. Roland Lebel, Histoire de la Littérature Coloniale en
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africaine d’expression française. Paris : Silex.
3
La plupart de ces écrivains tels que Maran, Bakary Diallo, Ousmane Socé, Hampâté Bâ et même
Camara Laye, ont œuvré dans une atmosphère propice à une floraison d’écrits guidée par une
curiosité anthropologique.
4
On a la connaissance de l’existence de l’écriture sur le continent africain à la fin du 19e siècle. Il
s’agit des Bamoum au Cameroun, les Vai au Sierra Leone, et les Nsibidi au Nigeria. Voir
l’ouvrage de Locha Mateso intitulé La Littérature africaine et sa critique. (1986). Paris :
Karthala.
5
« Seven Books of Special Significance Published in 1971 », New York Times Book Review, p. 3.
dans son article intitulé « A New Mood in the African Novel », West Africa , vol. 20, septembre
1969, p. 1113, Abiola Irele a comparé le roman à La nausée de Sartre et Les Chants de Maldoror
de Lautréamont.
6
Parmi ces critiques, on peut citer Thomas Hale, Wole Soyinka, Mpiku, Achebe etc…
7
L’article de Pierre Assouline s’intitule « L’Affaire Beyala rébondit : L’Académie française a pris
le risque de cautionner un auteur dont l’œuvre est truffée de plagiat », Lire, 252 (février 1997) : 8.
11.
8
Terme utilisé par Odile Cazanave sur les pionnières de l’écriture féminine africaine, L’Harmattan
1996.
9
Pour Chinua Achebe par exemple, l’anglais est une langue africaine que les Africains utilisent et
devraient plier à leurs conditions pour leurs besoins de communication optimale. Ils ne sont pas
redevables à l’Angleterre même si celle-ci en a été la première locutrice.