COURS DE CONTENTIEUX FISCAL :Pr AKONO ONGBA .
PARTIE II : LA CONTESTATION JURIDICTIONNELLE DE
L’IMPOT
La contestation de l’impôt peut être portée au juge par un contribuable, n’ayant
pas eu satisfaction de la décision rendu par l’autorité administrative, au terme de
la phase administrative de la contestation de l’impôt, précédemment étudié. Cette
éventualité justifie l’existence de procédures juridictionnelles de contestation de
l’impôt. A cet égard, il convient de donner une réponse scientifique à deux
préoccupations majeures et complémentaires. La première concerne les clés et
les autres principes de répartition des compétences entre le juge
administratif et le juge judiciaire en matière de contentieux fiscal (Chapitre
1), la seconde préoccupation qui est complémentaire de la première, oblige à
rendre compte de l’office du juge administratif camerounais statuant en
matière fiscale (chapitre 2).
Page 37
COURS DE CONTENTIEUX FISCAL :Pr AKONO ONGBA .S
CHAPITRE I : LA DETERMINATION DES COMPETENCES
JURIDICTIONNELLES EN MATIERE FISCALE
en droit positif camerounais, il est intéressant d’observer qu’il n’existe point de
juge spécialisé en matière fiscale. L’on pourrait encore dire qu’en l’état actuel de
l’organisation judiciaire ou plutôt juridictionnelle du Cameroun, il n’existe pas
de juridiction ou de juge fiscal. Pour autant, deux principaux ordres de
juridictions partagent la compétence en matière des résolutions des litiges
fiscaux. Il s’agit du juge administratif ou des juridictions administratives
d’une part, et du juge judiciaire ou des juridictions judiciaires. La réalité ci
dessus décrite justifie donc la nécessité d’étudier les règles de répartition des
compétences entre les deux ordres de juridictions ci-dessus désignés.
A cet égard, sous réserve d’approfondissement ultérieurs l’on peut formuler les
règles générales suivantes : d’une part le contentieux de l’’assiette de l’impôt
ressortit à la compétence du juge administratif (section 1) ; en matière de
recouvrement, le juge administratif et le juge judiciaire exercent des
compétences partagées, même si le dernier cité bénéficie d’un monopole de
compétence en ce qui concerne les infractions fiscales. (section 2). En tout
cas, il important d’observer que la répartition des compétences entre le juge
judiciaire et le juge administratif repose essentiellement sur des critères
majeurs tels : la phase du processus d’imposition, au cour de laquelle intervient
la contestation de l’impôt ou encore de manière subsidiaire, la nature des
impositions contestées, selon que ces dernières sont directes ou indirectes.
SECTION I : L’ATTRIBUTION DU CONTENTIEUX DE L’ASSIETTE
AU JUGE ADMINISTRATIF
Depuis la période coloniale, jusqu’à ce jour, le droit positif camerounais attribue
le contentieux de l’assiette des impôts au juge administratif. Tel est l’état
d’appareillage normatif constant, même si ce dernier a subit des aménagements
récents (Para1). La jurisprudence administrative quant à elle, révèle que le juge
camerounais n’hésite pas à conférer une traduction jurisprudentielle aux règles
posées par le législateur (Para 2).
Page 38
COURS DE CONTENTIEUX FISCAL :Pr AKONO ONGBA .S
Para 1) L’ASSISE NORMATIVE DE LA COMPETENCE DU JUGE
ADMINISTRATIF EN MATIERE DU CONTENTIEUX DE L’ASSIETTE
DES IMPOTS
L’on peut se contenter de réaliser une discrimination arbitraire entre les
instruments normatifs, qui consacrent la compétence du Juge administratif, en
matière d’assiette de l’impôt. A cet égard, l’on peut distinguer les textes qui
consacrent cette compétence de manière implicite(A) de ceux qui affirment ladite
compétence de manière moins ambigüe et donc davantage explicites (B).
A) LA CONSECRATION IMPLICITE
Le pouvoir juridique, en vertu duquel, le juge administratif camerounais est
habilité à connaitre du contentieux de l’assiette des impôts et notamment des
impôts directs, résulte d’une interprétation non seulement de la loi
constitutionnelle du 18 janvier 1996 (1), des instruments législatifs et
réglementaires (2).
1) La constitutionnalisation tacite
La consécration implicite de la compétence du juge administratif camerounais
en matière fiscale peut procéder d’une interprétation de l’article 40, de la loi
constitutionnelle de 1996, qui dispose notamment : « la chambre
administrative connait de l’ensemble du contentieux administratif de l’Etat
et des autres collectivités publiques ». Le dernier alinéa ajoute que cette
juridiction « connait de tout autre litige qui lui est expressément attribué
par la loi ». L’analyse de cet article 4à de la loi constitutionnelle du 18 janvier
1996, révèle la cohabitation de deux principales techniques juridiques. Il s’agit
de la clause générale de compétence d’une part et de l’attribution législative
expresse d’autre part.
L’on peut percevoir la consécration d’une clause générale de compétence à
travers la disposition selon laquelle la chambre administrative de la cour
Suprême connait de l’ensemble du contentieux administratif de l’Etat et des
autres collectivités publiques.
Quant à la technique de l’attribution législative de compétence, celle-ci résulte
de la disposition constitutionnelle selon laquelle, la chambre administrative
de la Cour Suprême connait de tout autre litige à elle attribué expressément
par la loi.
Page 39
COURS DE CONTENTIEUX FISCAL :Pr AKONO ONGBA .S
Ces dispositions constitutionnelles bienque implicites consacrent la compétence
du Juge administratif en matière fiscale, car si l’on considère que le
contentieux de l’impôt est par essence un contentieux administratif, alors il
est aisé d’en inférer (déduire) que ce contentieux relève de manière implicite
de la compétence du Juge Administratif. Qu’en est il des dispositions
législatives et réglementaires qui consacrent de manière tout aussi implicite
la compétence ?
2) La définition législative et réglementaire
L’on peut s’en tenir à la lettre de l’article 3 de la loi n 2006/022 du 29 décembre
2006 fixant l’organisation et le fonctionnement des tribunaux administratifs
pour en déduire la compétence de ceux-ci en matière fiscale. Cet article 3
dispose : « les tribunaux administratifs connaissent en premier ressort des
élections régionales et municipales et en dernier ressort de l’ensemble du
contentieux administratifs de l’Etat, des CTD, et des Etablissements
publics, sous réserve des dispositions de l’article 14(2) de la présente loi ».
Si c’est hors de doute que le contentieux fiscal est par essence un contentieux
administratif, alors l’attribution de l’ensemble du contentieux administratif aux
tribunaux administratifs, permettent de considérer que ces juridictions
connaissent également des contestations afférentes à l’assiette de l’impôt.
Bien plus, la création d’une section du contentieux fiscal et financier par l’article
9 (1) de la loi ci-dessus convoquée au sein de la Chambre administrative de
la Cour Suprême, semble parachever le processus d’attribution implicite du
contentieux fiscal au juge administratif. Peut être est ce la raison pour laquelle
de rendre compte de l’affirmation plus explicite de la compétence du Juge
administratif camerounais en matière fiscale.
B) L’AFFIRMATION EXPLICITE DE LA COMPETENCE DU JUGE
ADMINISTRATIF EN MATIERE FISCALE
L’on peut se réferer à deux catégories d’instruments normatifs qui consacrent de
manière moins ambigüe la compétence du juge administratif camerounais en
matière d’assiette de l’impôt. La première remonte à la période coloniale(1),
tandis que la seconde est plus actuelle (2).
1) La production normative du législateur colonial
L’on peut se référer à deux principaux instruments normatifs qui consacrent
la compétence du juge administratif camerounais en matière fiscale. Il s’agit
Page 40
COURS DE CONTENTIEUX FISCAL :Pr AKONO ONGBA .S
d’une part, du décret du 05 Aout 1881, concernant l’organisation et la
compétence des Conseils du Contentieux administratif dans les colonies
de la Martinique, de la Guadeloupe et de la Réunion et réglementant la
procédure à suivre devant ces conseils. Il s’agit d’autre part du décret du
30 décembre 1912, portant régime financier des colonies. En son article
100, le premier décret ci-dessus invoqué dispose : « tout contribuable qui
se croit surtaxer peut adresser au directeur de l’intérieur (gouverneur),
dans les trois mois qui suivent, la publication des rôles dans chaque
commune, sa demande en charge ou en réduction. I à l’expiration de ces
trois mois, l’affaire n’a pas été définitivement jugé par le Conseil, le
contribuable n’est plus tenu au payement des termes suivants ».
Il faut bien observer que le Conseil dont il s’agit ici, est le Conseil du
Contentieux administratif, première juridiction administrative coloniale.
Davantage explicite, paraissent les termes de l’article 162 du décret du 30
décembre 1912, portant régime financier des colonies qui dispose : « le
contentieux des contributions perçues sur rôle relève de la juridiction
administrative ». en substance, l’on retient que depuis la période coloniale,
le contentieux de l’assiette des impôts, en particuliers les impôts directs,
relève de la compétence du juge administratif. Cette solution ou cet état du
droit est resté presqu’inchangé jusqu’à ce jour, nonobstant quelques
innovations mineures.
2) LA PRODUCTION LEGISLATIVE ACTUELLE
Il suffit de revisiter les dispositions pertinentes du Livre de procédure fiscale
et de la législation relative à la fiscalité locale, pour observer que la règle
d’attribution du Contentieux de l’assiette des impôts notamment directs, au
juge administratif est restée en vigueur jusqu’à ce jour. Tel est l’objet de
l’article L126 du LPF1, qui dispose : « en matière d’impôts directs et des
taxes sur la valeur ajoutée, et de taxes assimilées, les décisions rendues
par le ministre en charge des finances et qui ne donnent pas entièrement
satisfaction aux intéressés, peuvent être attaquées devant les tribunaux
administratifs ».
Dans le même ordre d’idées, en dépit de quelques spécificités de la phase
administrative de contestation des impôts locaux, l’article C140 de l’annexe
1 LPF : Livre de Procédure Fiscale
Page 41
COURS DE CONTENTIEUX FISCAL :Pr AKONO ONGBA .S
du CGI2 portant fiscalité locale, dispose que les recours contentieux portés
devant la juridiction administrative obéissent aux formes et procédures
prévus par le LPF pour les impôts d’Etat.
Il est important de marquer que depuis la loi des finances 2016, le législateur
camerounais a annulé ou supprimé l’émission d’un titre de perception,
qui était la procédure suivant laquelle étaient assis les impôts indirects. C’est
en vertu de ce titre de perception, que le contentieux des impôts indirects était
dévolu au juge judiciaire. La suspension de cette procédure depuis l’exercice
fiscal 2016, est la raison pour laquelle le juge administratif connait désormais
du contentieux de l’assiette de tout type d’impôts invariablement directs
ou indirects.
PARA 2 : LA TRADUCTION JURISPRUDENTIELLE DE LA
COMPETENCE DU JUGE ADMINISTRATIF CAMEROUNAIS
L’analyse de la jurisprudence camerounaise s’avère intéressante à un double
titre, non seulement le juge administratif affirme et précise l’étendue de sa
compétence en matière fiscale (A), mais aussi ce juge n’hésite point à
procéder à une extanction de sa propre compétence en matière de cotisations
sociales (B).
A) LA CONFIRMATION JURISPRUDENTIELLE DE LA
COMPETENCE DU JUGE ADMINISTRATIF EN MATIERE
D’IMPOTS DIRECTS
Depuis la période coloniale jusqu’à ce jour, la jurisprudence administrative
camerounaise révèle que le juge administratif est compétent pour connaitre
des contestations relatives aux impôts directs. Il connait à cet égard, de
deux principaux types de recours : il s’agit des recours en annulation des
actes d’impositions et des actes en réduction ou en décharge d’impôt.
Au sujet du premier type de recours, l’on peut s’inspirer de la décision n 324
du 10 décembre 1954 société Desrotours et Cheffangon c/ Administration
du Territoire. Dans cette espèce, la requérante sollicitait l’annulation de
l’article 803 du role supplémentaire n 1, mis en recouvrement le 1er Aout
1953, relative à une imposition de 96053 francs. Se prononçant sur sa
2 CGI : Code Général des Impôts
Page 42
COURS DE CONTENTIEUX FISCAL :Pr AKONO ONGBA .S
propre compétence, le CCA3 affirma : « Considérant que les Conseils du
Contentieux Administratif sont compétents pour statuer sur les
demandes en annulation, formées par les contribuables qui soutiennent
que la taxe qui leur est demandée n’est pas due »
De la même façon, le juge administratif se déclare encore compétent pour
connaitre des recours des contribuables tendant à obtenir une décharge ou
une réduction d’impôt. Tel fut le cas dans l’affaire Siwe André, décision n
332 du 10 décembre 1954, où le juge affirma : « considérant que le conseil
est compétent pour connaitre de ce recours qui a trait au dégrèvement
des contributions directes ». Plus intéressante encore, est l’affaire Sté
Immobilière africaine des chargeurs réunis c/ Etat du Cameroun
Oriental, objet de l’arrêt 163 du 6 juillet 1971. Dans cette espèce, la
requérante avait saisit la Cour Fédérale de Justice, en vue d’obtenir une
décharge de ses impositions, au motif de la violation d’une convention
internationale. Faisant suite à ce recours, la juridiction fédérale
affirme : « considérant que les conventions internationales constituent
des sources du droit interne, que leur violation peut être invoquée à
l’appui d’un recours devant le juge administratif ;
Considérant qu’on se trouve en présence d’un cas parmi d’autres de
surimposition, que le fait que ce cas tire sa source d’une clause
conventionnelle est différent ;
Considérant au surplus que l’article 240 du CGI précise dispose « tout
contribuable qui s’estime surimposé, peut s’adresser au Tribunal d’Etat,
devenu Chambre administrative de la Cour de séant, en vue d’obtenir
un dégrèvement ». Dès lors, celle-ci doit se déclarer compétente à
connaitre du litige qui oppose la Sté des Chargeurs réunis à l’Etat ».
En clair, le juge administratif camerounais, connait du contentieux des
impôts directs et à cet égard, des recours soient en annulation, soient en
réduction ou en décharge de celles-ci. Bien plus, ce juge se déclare encore
compétent pour connaitre du contentieux des cotisations sociales.
B) L’EXTANCTION DE LA COMPETENCE DU JUGE
ADMINISTRATIFS AU CONTENTIEUX DES COTISATIONS
SOCIALES
3 CCA : Conseil du Contentieux Administratif
Page 43
COURS DE CONTENTIEUX FISCAL :Pr AKONO ONGBA .S
D’entrée de jeu, il faut rappeler qu’une nuance substantielle est à établie entre les
impôts au sens strict et les cotisations sociales. En effet, dans la doctrine
française, les cotisations sociales apparues au lendemain de la Seconde GM4, sot
un prélèvement destiné à couvrir les risques de la vie professionnelle. Il s’agit
notamment de la maladie, des accidents de travail, de la vieillesse et du chômage.
En droit camerounais, la nature juridique des cotisations sociales ne présente pas
d’ambigüité particulière. Toutefois, la question relative au contentieux de ce type
de prélèvement public obligatoire, est restée imprécise jusqu’à l’avènement de
l’arrêt n 57/CS/CA ADD5 du 22 avril 1976. En effet, suivant les dispositions
pertinentes de l’article 7 de la loi n 67/LF du 12 juin 1967, relative à la
prévoyance sociale, le contentieux des cotisations relève d’une procédure
spéciale. Cette interprétation des dispositions légales ci-dessus citée, ne fut pas
celle retenue par le juge administratif à la faveur de l’affaire Noumeni Guissi,
les faits de l’espèce sont les suivants : le requérant, Me. Noumeni Guissi,
Huissier de Justice dans la ville de Dschang, sollicitait d’une part, l’annulation
de l’arrêté n201 du 26 Juin 1971 du préfet de la Menoua, rendant exécutoire
l’état de ses cotisations sociales dues à la CNPS. D’autre part, il sollicitait la
condamnation de l’Etat à lui verser 500 000 frs à titre de dommages et intérêts, en
vertu du préjudice que lui avait causé la décision du préfet. Pour sa part, l’Etat du
Cameroun sollicita « in limine letis » 6 l’incompétence de la Chambre
administrative de la Cour Suprême, au motif que les litiges relatifs à la
prévoyance sociale, faisait l’objet d’un contentieux spécifique conformément à
l’article 63 de la loi n 67 du 12 juillet 1967, relative au contentieux de la
prévoyance sociale et de l’article 14 de l’ordonnance du 22 mai 1973.
La Juridiction administrative rejeta l’argumentaire de l’Etat et se déclara alors
compétente pour connaitre des litiges relatifs aux cotisations sociales. La
motivation du juge consistait alors à expliquer que, l’arrêté qui rend exécutoire
l’état des cotisations sociales est un acte administratif, dont la légalité peut
être appréciée par le juge administratif. Tel est l’état actuel de la jurisprudence
administrative camerounaise, comme en témoigne le propos du juge dans l’espèce
Woila Voyage c/Etat du Cameroun du 31 mars 2010. Dans cette espèce, le juge
affirme : « attendu que selon la loi n 2001/017 du 19 décembre 2001, portant
réaménagement des procédures des procédures de recouvrement des
4 GM : Guerre Mondial
5 ADD : Avant Dire Droit
6 « In limene letis » : au début du procès et avant tout débat au fond
Page 44
COURS DE CONTENTIEUX FISCAL :Pr AKONO ONGBA .S
cotisations sociales, le contentieux relatif aux cotisations sociales, relève de
la compétence exclusive du juge administratif ».
En tout état de cause, le droit positif camerounais, attribue le contentieux de
l’assiette des impôts indirects au juge administratif. Depuis la loi de finances
2016, ce juge connait désormais du contentieux de l’assiette de tout type
d’impôt, y compris celui des impôts indirects. C’est la raison pour laquelle, on
peut observer que dans la jurisprudence administrative constante, le juge connait
des recours en annulation et même des recours en décharge ou en réduction
d’impôts. Bien plus, depuis l’affaire Nomeni NGuissi Emile de 1976 c/ Etat du
Cameroun, le juge administratif a lui-même procédé à une extanction de sa
compétence au contentieux des cotisations sociales, avant cette solution ne
fasse l’objet d’une validation législative, à la faveur de la loi du 19 décembre
2001 portant réaménagement des procédures de couverture des cotisations
sociales.
Il convient à présent de rendre compte de la compétence du juge judiciaire en
matière fiscale.
SECTION II : LA COMPETENCE DU JUGE JUDICIAIRE EN
MATIERE FISCALE
Le 22 décembre 2018
Le juge administratif ne dispose pas d’un monopole de compétence en matière
de résolution des litiges fiscaux. Ces derniers peuvent encore être portés au
juge judiciaire, selon qu’il s’agit des impôts indirects, des mesures de droit
commun en matière de recouvrement, ainsi que la répression des infractions
fiscales. Fidèle à notre approche positiviste, la restitution de la teneur et de
l’étendue des compétences du juge judiciaire en matière fiscale, consistera à
revisiter l’appareil normatif qui consacre ladite compétence (Para 1), ainsi que
la précision jurisprudentielle qui en est faite par le juge administratif lui-
même lorsqu’il est saisi d’un recours fiscal (P2).
PARA 1 : LE FONDEMENT NORMATIF DE LA COMPETENCE DU
JUGE JUDICIAIRE EN MATERE FISCALE
Il convient de convoquer quelques instruments normatifs consacrant la
compétence du juge judiciaire en matière fiscale (A) avant de rendre compte de
Page 45
COURS DE CONTENTIEUX FISCAL :Pr AKONO ONGBA .S
quelques explications théoriques concourant à la compréhension de cet
appareillage normatif (B).
A) LA CONSECRATION NORMATIVE DE LA COMPETENCE DU
JUGE JUDICIAIRE EN MATIERE DE FISCALE
L’on peut se référer à deux principaux instruments normatifs afin de
déterminer la compétence du juge judiciaire en matière fiscale. Il s’agit
d’abord du régime financier des colonies. Du 30 Décembre 1912. Dans le
même ordre d’idées, on peut convoquer le CGI pour le compte de l’exercice
fiscal de 2018.
En effet, l’article 164 du régime financier des colonies dispose : « le
contentieux des contributions perçues sur liquidation relève des
juridictions judiciaires ». Le CGI quant à lui, envisage la compétence du
juge judiciaire à travers de nombreuses dispositions, c’est ainsi que l’article
412 dispose « le redevable qui conteste le bien fondé de la réclamation
ou la quotité des sommes réclamées peut former opposition dans les trois
mois de la réception de la notification du titre de perception ou de la
contrainte après payement préalable des droits. Le redevable (assujetti
aux impôts indirects ; contribuable est un assujetti aux impôts directs).
L’opposition est motivé avec assignation à jour fixe, devant le tribunal
d’instance compétent, dans ce cas l’opposant est tenu d’élire domicile
dans la commune où siège la juridiction».
par ailleurs, l’article 419 attribue le contentieux des droits
d’enregistrement au juge judiciaire. Il dispose « L'introduction et
l'instruction des instances ont lieu devant les tribunaux civils de la
situation du Centre des Impôts chargé de la perception des droits ».
en tout état de cause, comme dans le cadre de la contestation des impôts
directs, la saisine du juge judiciaire statuant en matière fiscale est sujette à
l’introduction d’une réclamation préalable devant l’administration
fiscale. Tel et l’économie de l’article 418 du CGI qui dispose : « avant
d’introduire une instance contre l’administration, tout redevable doit au
préalable adresser une requête au ministre dont relève la DGI aux fins
de savoir quelle suite peut être donnée à sa réclamation. A défaut de
répondre dans les quatre mois qui suivent ou le cas de réponse
défavorable, le redevable pourra assigner valablement l’Etat en
Page 46
COURS DE CONTENTIEUX FISCAL :Pr AKONO ONGBA .S
justice ». Les dispositions normatives qui précèdent, indiquent à suffire que
depuis la période coloniale jusqu’à ce jour, le juge judiciaire connait par
essence, c’est-à-dire du point de vue de leur nature, les contestations relatives
aux impôts indirects et aux droits d’enregistrement. Il est intéressant
d’observer que devant ces juges, le redevables qui conteste l’imposition mis
à sa charge, reste tenu comme dans le cadre de la contestation des impôts
directs à l’introduction d’une demande préalable devant le ministre en charge
des finances avant la saisine éventuelle de la juridiction judiciaire
compétente.
Au-delà de la nature des impositions dont la contestation peut être déférée au
juge judiciaire, ce dernier connait des mesures de droits commun en matière
de recouvrement. Il s’agit notamment, de la mise en demeure valant
commandement de payer, de la saisie et de la vente. La vente, tel est
précisément l’économie de l’article L55 du LPF, qui dispose que : « les
mesures de droit commun en matière de recouvrement constituent des
poursuites judiciaires ». C’est la raison pour laquelle, seuls les tribunaux
judiciaires sont compétents pour en connaitre.
Par contre, toujours dans le cadre du contentieux des recouvrements, les
mesures particulières qui sont régies par les articles L70 à L80 du LPF,
relèvent de la compétence du juge administratif. Il s’agit notamment de
la fermeture d’établissement, du blocage des comptes bancaires et de
l’exclusion des marchés publics dont la contestation peut être portée
devant le juge administratif. En clair, le contentieux du recouvrement,
présente une ambigüité certaine. Celle-ci réside dans le partage des
compétences entre le juge administratif et le juge judiciaire. Le dernier cité,
connait de la contestation des mesures de droit commun prises par
l’administration en vue de procéder au recouvrement des impositions
auprès d’un contribuable défaillant ou récalcitrant. Le premier cité quant
à lui, c’est-à-dire le juge administratif, connait de la contestation des
mesures particulières, parce que celles-ci sont prises au moyen de la
technique de l’acte administratif.
Au-delà du partage de compétences ci-dessus envisagé, le juge judiciaire
connait de manière exclusive le contentieux de la répression des
infractions fiscales. C’est ainsi par exemple que, ce juge peut infliger des
sanctions principales allant de 1 à 5ans d’emprisonnement et d’une
amende variant de 500 000 fcfa à 5 000 000 fcfa quiconque se soustrait
ou tente de se soustraire frauduleusement à l’établissement ou au
Page 47
COURS DE CONTENTIEUX FISCAL :Pr AKONO ONGBA .S
payement total ou partiel des impôts établis par la CGI. Les peines visent
toute personne qui fait passer des écritures inexactes ou fictives dans les
Livres journaux et l’inventaire prévu par l’acte uniforme de l’OHADA.
En sus des (faits) perçus principales ci-dessus indiqués, le juge judiciaire peut
également prononcer des peines complémentaires. Il reste à présent à rendre
compte des considérations théoriques qui justifient la compétence du juge
judiciaire en matière fiscale.
B) LES JUSTIFICATIONS DE LA COMPETENCE DU JUGE
JUDICIAIRE EN MATIERE FISCALE
La compétence du juge judiciaire à connaitre des contestations fiscales tient à
deux ordres de justifications. Les unes sont strictement juridiques, les autres
de nature économiques.
Au plan juridique d’une part, la doctrine avance que juge judiciaire
connait des mesures de droit commun en matière de recouvrement, parce
que celles-ci sont essentiellement des actes de nature privée, relevant du
droit privé et dont la contestation ne peut être mieux connue et mieux
traitée que devant les juridictions civiles. Certains auteurs ont du reste
tendance à assimiler ces mesures de recouvrement de droit commun aux
procédures et autres actes proches des voies d’exécution g dont le
contentieux est essentiellement judiciaire. En plus des mesures de droit
commun en matière de recouvrement, la compétence du juge judiciaire en
matière fiscale s’explique encore au plan pénal par la nécessité pour le juge
répressif d’infliger des sanctions pénales aux auteurs des infractions
spécifiquement fiscales.
En dehors des observations qui précèdent, la compétence du juge judiciaire en
matière fiscale s’explique encore par des considérations strictement
économiques. A cet égard, l’on peut se référer aux explications magistrales du
Professeur Bernard CASPAGNEDE dans la thèse de doctorat intitulée
« la répartition des compétences en matière fiscale en droit français ».
L’auteur explique que, au plan strictement économique, la compétence du
juge judiciaire en matière fiscale se justifie par le caractère essentiellement
instable et occasionnel des éléments économiques frappés par les impôts
indirects. En vérité, les actes de production, de circulation et de
Page 48
COURS DE CONTENTIEUX FISCAL :Pr AKONO ONGBA .S
consommation des biens suscitent des contestations d’un privé susceptible
d’être résolu par une juridiction judiciaire.
Au bénéfice des clarifications théoriques qui précèdent, l’on retient que le juge
judiciaire connait valablement des contestations fiscales. L’étendue de sa
compétence est du reste précisée par la jurisprudence administrative
compétente, qui indique quelques fois au moyen d’un déclinatoire de
compétence, les matières fiscales dont la contestation ressortit à la compétence
du juge judiciaire.
PARA 2 : LA PRECISION JURISPRUDENTIELLE DE LA
COMPETENCE DU JUGE JUDICIAIRE EN MATIERE FISCALE
La jurisprudence administrative camerounaise constante montre que le juge
administratif camerounais se déclare incompétent au profit du juge judiciaire
dans deux principaux domaines : il s’agit des mesures de droit commun en
matière de recouvrement (A), il s’agit également du contentieux des impôts
indirects (B).
A) L’AFFIRMATION JURISPRUDENTIELLE DE
L’INCOMPETENCE DU JUGE ADMINISTRATIF EN
MATIERE DE SAISIE ET DE VENTE
En contentieux fiscal camerounais, la règle consacrée par la jurisprudence
constante est que le juge administratif est incompétent pour connaitre des
saisies opérées par l’administration au titre de recouvrement des impôts.
Telle est la solution consacrée par l’Assemblée Plénière de la CFJ7 dans un
arrêt n 8 du 17 octobre 1968, MVE NDONGO, procureur général c/NGADA
Victor. Dans l’espèce, le requérant contestait la décision du préfet consistant
à saisir sa marchandise en vue de procéder au recouvrement des impôts dus.
La CFJ opéra alors un déclinatoire de compétence, en expliquant que, non
seulement la saisit des marchandises d’un contribuable était constitutive de
voie de fait, mais surtout la contestation de cette mesure relève de la
compétence du juge judiciaire. Le juge affirme : « attendu que ses
attributions ne comportent le pouvoir de requérir et de saisir par l’emploi
de la force publique les biens d’un contribuable, qu’il a agit en
7 CFJ : Cour Fédéral de Justice
Page 49
COURS DE CONTENTIEUX FISCAL :Pr AKONO ONGBA .S
méconnaissance flagrante des pouvoirs qui lui sont reconnus dans un
domaine que le législateur a placé sous la protection de l’autorité
judiciaire ».
Dans le même sens, le juge se déclare encore incompétent en matière de vente.
Tel est l’objet de l’affaire AMSECON-COM du 26 mars 1994. En l’espèce,
le juge de la chambre administrative affirme : « attendu que l’article 304 du
CGI, dispose clairement que les poursuites comprennent trois degrés : le
commandement, la saisie et la vente. Ces trois degrés constituent des
poursuites judiciaires, c’est-à-dire que seuls les tribunaux judiciaire sont
compétent pour statuer sur la régularité et la validité de la procédure de
recouvrement forcé de l’impôt du à l’Etat. Et qu’il s’en suit que, s’agissant
du cas d’espèce, seuls lesdits tribunaux sont habilités à dire si
l’administration en réalisant la vente aux enchères a commis des faute
préjudiciables à AMSECON-COM, le juge administratif étant
incompétent ».
dans le même sens, voir également CS/CA jugement n84 du 29 septembre
1994, Lele Gustave c/ Etat du Cameroun. En dehors de la saisie et de la vente,
le juge administratif camerounais se déclare encore incompétent en matière de
l’impôt indirect.
B) LA NEGATION DE LA COMPETENCE DU JUGE
ADMIINISTRATIF EN MATIERE D’IMPOTS INDIRECTS
L’on peut se contenter de commenter deux principales décisions rendues par
la Chambre Administrative de la Cour suprême pour observer comment cette
juridiction se déclare incompétente en matière de contestation des impôts
indirects. La première espèce est le jugement n 72/CS/CA du 24 juin 1976,
affaire les Galeries MEKA c/Etat du Cameroun. L’on peut également
s’inspirer de l’ordonnance n 11/ORSE/PCA/CS (ordonnance de sursis à
exécution) du 24 janvier 1987, groupement des exportateurs c/Etat du
Cameroun. Dans la première espèce, la requérante avait saisit la chambre
administrative de la cour Suprême en vue d’obtenir l’annulation d’un titre de
perception établie à sa charge par le receveur central de l’enregistrement des
timbres d’Ebolawa. Se prononçant sur la requête, la juridiction administrative
se déclara incompétente en ces termes : « Considérant qu’il résulte des
Page 50
COURS DE CONTENTIEUX FISCAL :Pr AKONO ONGBA .S
dispositions de l’article 91 alinéa 2 du Code d’enregistrement que le
redevable qui conteste le bien fondé d’un titre de perception peut former
opposition dans les trois mois de la réception de la notification,
l’opposition est motivée avec assignation à jour fixe devant le TPI8, qu’il
s’en suit que la Chambre administrative est incompétente pour connaitre
des oppositions formées par les redevables contre les titres établis par le
service de l’enregistrement et du timbre ».
C’est dans le même sens que fut rendue l’ordonnance groupement des
exportateurs c/ Etat du Cameroun, du 24 janvier 1987. Voici les propos
du juge en l’espèce « Attendu tout d’abord qu’il y’a lieu de rappeler que
les réclamations faites par les exportateurs concernent leurs impositions
au droit de timbre proportionnel, lequel constitue un impôt indirect.
Attendu d’autre part, qu’aux termes de l’article 97 du CET 9 et de la
Curatelle, le redevable qui conteste le bien fondé de la réclamation ou de
la quotité des sommes réclamées peut faire opposition dans les trois mois
de la réception de la notification ; l’opposition est motivée avec
assignation à jour fixe devant le TPI ; Attendu que la faculté qui
appartient au président d’ordonner dans certaines conditions le sursis à
exécution des décision administratives déférées devant la chambre
administrative, ne s’exercent que dans les limites de la compétence de
cette juridiction, que si comme dans le cas de l’espèce, la chambre
administrative a été incompétemment saisie, cette incompétence rends
inapplicable les dispositions de l’article 16 de la loi n 75/17 du 8 décembre
1975 suscité ».
A tout prendre, les juridictions jurisprudentielles ci-dessus mobilisées
achèvent de montrer que la juridiction administrative camerounaise réaffirme
son incompétence de manière constante à connaitre du contentieux des impôts
indirects. Il convient à présent de s’attarder sur la spécificité de ce juge,
statuant en matière fiscale.
8 Tribunal Première Instance
9 Code d’Enregistrement de Timbre
Page 51
COURS DE CONTENTIEUX FISCAL :Pr AKONO ONGBA .S
Page 52
COURS DE CONTENTIEUX FISCAL :Pr AKONO ONGBA .S
CHAPITRE II : L’OFFICE DU JUGE ADMINISTRATIF
CAMEROUNAIS STATUANT EN MATIERE FISCALE
La spécificité de l’office du juge administratif statuant en matière fiscale, tient
à deux considérations essentielles : la première est relative au rôle de ce juge
dans la marche ou dans le déroulement du procès fiscal, la seconde
concerne les pouvoirs exercés par le juge dans la perspective de la
résolution de la contestation fiscale. Les observations qui précèdent
commandent donc d’examiner de manière successive, le rôle du juge dans le
cadre de l’instruction du procès fiscal(S1) et les pouvoirs exercés par ce
même juge dans ce type de contentieux spécifique(S2).
SECTION 1 / L’INSTRUCTION DES RECOURS FISCAUX
Une clarification conceptuelle s’impose. D’abord, celle-ci consiste à rappeler
l’objet de l’instruction en droit processuel. Il s’agit de rechercher les différents
éléments nécessaires à l’établissement de la conviction du juge de manière à
permettre à celui-ci de rendre un jugement juste et équitable. Dans ce cadre, les
questions de preuve jouent un rôle déterminant. Il s’agit précisément de savoir : à
qui incombe la charge de la preuve devant le juge administratif statuant en
matière fiscale (para1) d’une part, d’autre part, il s’agit de rechercher les
moyens de preuve recevable ou non devant le juge administratif (para 2).
PARA 1 : L’ADMINISTRATION DE LA CHARGE DE LA PREUVE
Afin d’établir la pertinence du recours porté devant sa juridiction, le juge
administratif camerounais statuant en matière fiscale, indique la partie au procès
à laquelle incombe la charge de la preuve. A cet égard, le juge applique deux
solutions alternatives, tantôt il attribue la charge de la preuve au demandeur (A),
tantôt il oblige les deux parties à lui rapporté d’une manière solidaire la preuve de
leurs allégations (B).
A) L’ATTRIBUTION DE LA CHARGE DE LA PREUVE AU
DEMANDEUR
Le principe classique en contentieux administratif est que, la charge de la
preuve incombe au demandeur, tel est la règle consacrée par l’adage « actori
incumbit probatio » : la pertinence de cette règle, tient à quelques considérations
théoriques majeures.
Page 53
COURS DE CONTENTIEUX FISCAL :Pr AKONO ONGBA .S
D’une part, il appartient à la personne ou au justifiable qui saisit le juge de
rapporter la preuve du bien fondé de ses allégations. En Contentieux
administratif général, l’adage « actori incumbit probatio » s’explique par
la présomption de conformité à la loi de l’acte administratif, il s’en suit
que l’obligation incombe au recourant qui conteste ou qui invoque, l’illégalité
dudit acte, d’en rapporteur la preuve devant le juge administratif. Dans le
cadre du Contentieux administratif de l’impôt, la jurisprudence administrative
camerounaise, montre que le juge administratif statuant en matière fiscale
applique l’adage « actori incumbit probatio ». Tel fut par exemple le cas dans
la décision n 450 du 25 février 1956, compagnie forestière du Cameroun
c/Administration du Territoire, « considérant qu’il appartient à tout
contribuable de rapporter la preuve de ses allégations ; que si l’imposition
à laquelle il est assujetti est erroné, il doit lors de sa réclamation, présenter
tout document et pièces comptables permettant de juger de sa situation
réelle ». Dans le même sens décision n 780 du CCA du 22 Mai 1959, Pipinis
Georges c/administration du territoire, la jurisprudence de la chambre
administrative de la cour Suprême est restée constante quant à cette règle. C’est
que semble indiquer le jugement n 42 CS/CA du 26 juin 1980, Ngakeu
Pierre c/Etat du Cameroun. Le juge affirme : « considérant qu’il
appartient à l’intéressé conformément aux dispositions du paragraphe 4
de l’article 256 sus visé, d’apporter la preuve de l’exagération de
l’imposition ». Voir également CS/CA jugement n 45 du 8 février 2005,
Sté Nkutté et compagnie c/Etat du Cameroun. En matière fiscale,
l’administration de la charge de la preuve ne consiste pas seulement à attribuer
ladite charge au demandeur, quelques fois, le juge peut être appelé à procéder
à une réorganisation de ladite charge.
B) LA REORGANISATION DE LA CHARGE DE LA PREUVE
Le juge administratif statuant en matière fiscale procède à une réorganisation
de la charge de la preuve suivant deux approches alternatives. Il peut
s’agir d’attribuer ladite charge de manière exclusive au défendeur, tout
comme dans d’autre cas, le juge peut appeler les deux parties de manière
solidaire de rapporter la preuve de leurs prétentions.
L’hypothèse de l’attribution de la charge de la preuve au défendeur, est
généralement considérée comme une inversion du principe classique consacré par
Page 54
COURS DE CONTENTIEUX FISCAL :Pr AKONO ONGBA .S
l’adage « actori incumbit probatio ». Cette solution est généralement appliquée en
matière de redressement contradictoire. En effet, dans le cadre des procédures
de redressement, le fisc est tenu de rapporter au juge la preuve de la
notification de ses observations en réponse à celle préalablement introduite
par le contribuable. Bien plus, il appartient à l’administration fiscale de rapporter
la preuve de la forclusion du contribuable suite à une procédure de
redressement, tel est le raisonnement tenu par CFJ au terme de l’arrêt n
146/CFJ/CAY du 23 mars 1971, Sté immobilière des assureurs du Cameroun
c/ Etat du Cameroun Oriental. Le juge affirme dans cette espèce « considérant
que l’Etat du Cameroun Oriental ne rapporte pas et n’offre pas de rapporter
la date de la notification à celle de la décision de rejet du recours gracieux
par la secrétaire d’Etat aux finances, que dans l’ignorance de cette date, il
échet de dire et de juger que le recours contentieux a été introduit dans les
délais de loi » dans le même sens, voir également Jugement n 58/ADD CS/CA
du 30 septembre 1982, Socada c/Etat du Cameroun. Le juge
affirme : « attendu que dans ses écriture en réplique du 22 janvier 1981, la
Socada n’a jamais eu notification de la lettre n 725/102 du 18 décembre 1978.
Attendu qu’il y’a lieu de demander à l’administration d’apporter la preuve
de cette notification ». La jurisprudence ci-dessus convoquée, montre fort bien
que, l’administration de la preuve peut conduire le juge à opérer une translation
de la charge de la preuve vers le défendeur.
Il arrive également que le juge demande aux deux parties au procès fiscal, de
rapporter d’une manière solidaire la preuve de leurs prétentions. L’on parle
alors de l’administration solidaire de la preuve par les parties, lorsque les
preuves présentées par le demandeur ou par le défendeur s’avèrent
insuffisantes, peu concluantes, contradictoires ou en tout cas peu plausibles.
C’est ce qui fut jugé ou décidé par le CCA, dans une affaire n 73 du 21
décembre 1951, Ali Moukarin c/ Administration du territoire. Le requérant
sollicitait, le bénéfice de la prescription concernant les impositions à lui réclamées
au titre de l’année 1943-1944, le CCA décida, qu’en l’absence d’éléments
permettant de déterminer le départ du décompte des enquêtes, il convenait
de renvoyer les parties pour complément d’enquête, le juge affirme : « en la
forme, considérant que le conseil ne trouve pas au dossier les justifications
suffisantes pour pouvoir déterminer le départ du délais impartis pour le
compte des enquêtes ; ADD, l’affaire est renvoyée pour complément
d’enquête à la diligence de parties. Dans le même sens, voir décision n 332
Page 55
COURS DE CONTENTIEUX FISCAL :Pr AKONO ONGBA .S
CCA du 10 décembre 1954, Siwe André contre administration du territoire,
voir aussi arrêt n 179/CS/CA du 29 mars 1971, Sté les Boulangeries réunies
c/Etat du Cameroun Oriental.
En plus de la question de la charge de la preuve, l’instruction des recours fiscaux
devant le juge administratif oblige également à interroger les moyens de preuves
susceptibles d’être mobilisés devant le juge administratif.
PARA II : LA MOBILISATION DES DIFFERENTS MOYENS DE
PREUVE
En contentieux administratif général, le législateur camerounais, consacre
diverses mesures d’instructions. Il s’agit notamment de l’expertise, la décente
sur les lieux, les enquêtes et les témoignages. En matière fiscale par contre,
si l’on peut observer que l’expertise semble bénéficier des faveurs du juge
administratif (A), l’on souligne aisément que le juge administratif statuant
en matière fiscale, valide également divers autres moyens de preuve. C’est
le cas de la décente sur les lieux, de l’enquête, de la preuve testimonial et même
es simples présomptions (B).
A) LA PRIORISATION DE L’EXPERTISE
En CAG10 , l’expertise est régit par les articles 84 à 93 de la loi n 2006/022
du 29 décembre 2006, fixant l’organisation et le fonctionnement des
tribunaux administratif. En matière fiscale, cette mesure d’instruction fait
l’objet des articles L134 et L138 du LPF. Il semble donc bien curieux
d’observer que le législateur fiscal camerounais, aux termes du LPF, semble bien
peu disert au sujet de la descente sur les lieux, de l’audition des témoins et la
vérification des écritures. En tout cas, le juge administratif camerounais
prescris l’expertise, lorsqu’il est établit que la bonne foi du contribuable est
insuffisante à démontrer la pertinence de ses allégations. C’est ce qui affirmé par
le CCA dans sa décision n 162 du 05 décembre 1962, Abtour Georges c/
Administration du Territoire : « Considérant que le Sieur Abtour G. se
contente d’arguer de sa bonne foi en ce qui concerne la tenue de la
comptabilité, qu’il n’apporte aucune preuve formelle, à l’appui des chiffres
qu’il avance et des bénéfices qu’il réclame. ADD le conseil nomme M focillon
10 Contentieux Administratif Général
Page 56
COURS DE CONTENTIEUX FISCAL :Pr AKONO ONGBA .S
Kaffo Sillon, en qualité d’expert aux fins de déterminer la valeur probante
desdites pièces concernant les exercices 1942 à 1945 ». Dans le même sens,
voir décision n 445 du 25 février 1956 du CCA Fondja Paul c/Administration
du Territoire. Voir également arrêt n 371 du T.E du 8 Avril 1967, Soleilac c/
Etat du Cameroun.
La jurisprudence administrative montre bien que, le juge administratif statuant en
matière fiscale reçoit encore d’autres moyens de preuve, à l’effet d’établir sa
conviction quant à la pertinence d’un recours fiscal. Les moyens de preuve
envisagés ici sont les descentes sur les lieux, les enquêtes, le témoignage, ainsi
que de simples présomptions. En ce qui concerne la descente sur les lieux, la
CFJ valida en matière fiscale cette mesure d’instruction dans un arrêt n
88/CFJ/CAY du 30 septembre 1969, Baccino Jules : « considérant que pour
départager les parties, il est utile d’une part d’ordonner la production par
l’Etat du rapport de contrôle établi par le service de l’assiette, aussi bien que
la liste des gérants des dépôts litigieux. D’autre part, une descente sur les
lieux afin de vérifier l’existence des établissements imposés ».
Ensuite, pour ce qui est de l’enquête, cette mesure d’instruction fut ordonné par
le juge dans le cadre de l’arrêt n 107/CFJ/CAY du 8 décembre 1970, Bengono
Denis c/Etat du Cameroun Oriental, le juge affirme : « considérant que sieur
Bengono Denis, sollicite une enquête pour rapporter la preuve de l’abandon
du domicile conjugal par son épouse, qu’il échet en conséquence de faire droit
à cette demande ».
Enfin, le juge admet la preuve testimoniale et les autres présomptions comme
moyens de preuve. C’est ce que révèle la décision du 10 décembre 1954, Sté
Desrotours Echeffam c/administration du territoire « Considérant que la
détention dans ce même lieu où se débite des boissons à emporter d’un
plateau de 7 verres, et à la présence derrière le comptoir de capsules de
bouteilles constitue la présomption certaines que l’on vend des boissons à
consommer surplace ; que cette présomption non détruite par la requérant
s’est au contraire corroborée par des explications contradictoires et
embarrassées de son gérant ».
La dernière décision ci-dessus convoquée achève de relever que le juge
administratif reçoit favorablement les simples présomptions comme moyens de
preuve. De même qu’il accorde quelque fois du crédit aux témoignages qui
Page 57
COURS DE CONTENTIEUX FISCAL :Pr AKONO ONGBA .S
peuvent contribuer à établir sa conviction quant à la pertinence du recours fiscal
porté à son appréciation.
En toute hypothèse, la spécificité de l’office du juge administratif statuant en
matière fiscale, réside pour une part essentiel dans le régime probatoire de ce
contentieux. L’essentiel à retenir à cet égard est que le procès administratif en
général, étant par essence inquisitorial, il revient au juge dans le cadre spécifique
du contentieux fiscal d’administrer la charge de la preuve et de déterminer les
moyens de preuve susceptibles de confirmer la plausibilité du recours soumis à
son appréciation. Un autre élément non moins déterminant de la particularité de
l’office du juge administratif camerounais, statuant en matière fiscale, est la nature
des pouvoirs exercés par celui-ci.
SECTION II : LA NATURE DES POUVOIRS DU JUGE
ADMINISTRATIF EN MATIERE FISCALE
Ainsi que l’indique la jurisprudence administrative camerounaise, le juge
administratif de l’impôt exerce deux principaux types de pouvoirs, il s’agit d’une
part de l’annulation des impositions illégales ou irrégulières (Para 1). Ce juge
exerce également des pouvoirs de pleine juridiction. En vertu de ceux-ci, la
jurisprudence administrative montre que le juge peut condamner
l’administration à restituer au contribuable les impositions illégales ou
irrégulièrement recouvrées. Bien plus, c’est encore en vertu de ses pouvoirs de
pleine juridiction (para 2) que le juge peut condamner l’administration à réparer
le préjudice résultant de l’acquittement d’une imposition mal fondée ou recouvrée
de manière irrégulière.
Fin du cours de contentieux fiscal.
Page 58