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L'approche Transversale Des Littératures Francophones

Le document est un compte rendu de l'ouvrage de Dominique Combe sur les littératures francophones, qui aborde les enjeux politiques et les polémiques entourant le terme 'francophone'. Il critique l'anglophilie dans la reconnaissance des écrivains francophones et propose une approche 'transversale' qui croise différentes aires littéraires. Cependant, le compte rendu souligne également des erreurs et des généralisations dans l'analyse des mouvements littéraires et des auteurs francophones.

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L'approche Transversale Des Littératures Francophones

Le document est un compte rendu de l'ouvrage de Dominique Combe sur les littératures francophones, qui aborde les enjeux politiques et les polémiques entourant le terme 'francophone'. Il critique l'anglophilie dans la reconnaissance des écrivains francophones et propose une approche 'transversale' qui croise différentes aires littéraires. Cependant, le compte rendu souligne également des erreurs et des généralisations dans l'analyse des mouvements littéraires et des auteurs francophones.

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Spirale
Arts • Lettres • Sciences humaines

L’approche « transversale » des littératures francophones


Les littératures francophones. Questions, débats, polémiques
de Dominique Combe, Presses Universitaires de France,
Licence Lettres », 242 p.
Ching Selao

Numéro 239, hiver 2012

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Éditeur(s)
Spirale magazine culturel inc.

ISSN
0225-9044 (imprimé)
1923-3213 (numérique)

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Selao, C. (2012). Compte rendu de [L’approche « transversale » des littératures
francophones / Les littératures francophones. Questions, débats, polémiques de
Dominique Combe, Presses Universitaires de France, Licence Lettres », 242 p.]
Spirale, (239), 61–62.

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ESSAI

L’approche « transversale »
des littératures
francophones PAR CHING SELAO

LES LITTÉRATURES FRANCOPHONES.


Questions, débats, polémiques de Dominique Combe
Presses Universitaires de France, « Licence Lettres », 242 p.

N é dans le contexte colonial du XIXe


siècle mais ressuscité par Senghor
dans les années 1960, le mot « francopho-
avec Londres, pour d’ailleurs la surpasser,
contrairement à Paris qui demeure le
centre de la « République mondiale des
nie » n’a cessé d’être rattaché aux enjeux lettres » francophones (Pascale Casanova,
politiques de la France et de nourrir le Seuil, 1999). Combe n’hésite pas non plus à
soupçon qui pèse sur le substantif autant souligner le souci de l’image politique des
que sur son adjectif. « “Francophone” est universités anglo-saxonnes, en particulier
un mot-tabou, un mot “piégé” qui a si américaines, dont l’ouverture remar-
mauvaise réputation qu’on lui préfère quable aux études francophones
des périphrases : “de langue française”, témoigne à la fois d’un réel intérêt pour
“d’expression française”, “en français” », les cultures minoritaires et d’une stratégie
écrit Dominique Combe dans son plus pour « attirer les étudiants issus des mino-
récent ouvrage. La dernière périphrase à rités, afin de bénéficier des subventions
avoir créé une polémique médiatique est accordées par l’État pour la “discrimination approche comparatiste, que l’on pourrait
bien sûr celle de « littérature-monde en positive” ». Le critique aspire, par ces argu- appeler une « approche-monde » exigeant
français » (Le Monde, 16 mars 2007). ments, à déconstruire certains « mythes » une culture extraordinaire, dont fait
Impossible, dans un ouvrage consacré aux entretenus par les signataires du mani- preuve l’auteur à maints endroits, peut
littératures francophones publié après feste mais démentis par les historiens, difficilement éviter les généralités, voire
2007 et, qui plus est, contenant le mot notamment celui d’« une colonisation bri- les raccourcis discutables. Les passages sur
« polémiques » dans son titre, de ne pas tannique supposée relativement plus l’historique du français et de l’anglais, de
revenir sur ce fameux manifeste sonnant souple et libérale [en opposition] à une même que sur la colonisation britannique
le glas de la francophonie et annonçant colonisation française plus brutale ». Le qui repose sur les préjugés ethnocen-
l’avènement d’une « littérature-monde » « retard » de l’institution française face à triques et les intérêts économiques, cultu-
non pas multilingue, ce qui serait plus la reconnaissance des écrivains franco- rels et linguistiques similaires à ceux de la
logique, mais en français. Malgré cette phones tiendrait plutôt, selon Combe, au colonisation française, sont extrêmement
prophétie d’une littérature mondiale fait que « la France contemporaine com- précis, répondant ainsi pertinemment
monolingue, Combe relève l’« anglophi- mence à peine à reconnaître sa nature mais longuement aux arguments des
lie » de plusieurs signataires, entre autres postcoloniale ». signataires du manifeste. Le critique s’at-
Tahar Ben Jelloun, Alain Mabanckou, tarde par ailleurs aux rapports conflictuels
Jacques Godbout et Anna Moï. En réaction des écrivains à leurs langues. Citant
contre cette anglophilie, le critique rap-
L’« APPROCHE-MONDE » d’abord les propos d’écrivains africains sur
pelle que la reconnaissance rapide et Optant pour une approche « transversale leur rapport à la langue anglaise et sur les
« massive » des écrivains issue d’anciennes et synthétique », trop « rare » dans le « chicanes » entre eux (le rebelle Ngugi wa
colonies britanniques, qui n’est pas champ francophone « à la différence du Thiong’o qui a dit « non » à l’anglais,
exempte de polémiques, n’est pas la domaine postcolonial anglophone », Wole Soyinka qui n’aurait pu être nobé-
preuve d’une ouverture inconditionnelle Combe fait « croise[r] différentes aires des lisé sans l’anglais, Chinua Achebe qui a
de l’institution littéraire anglo-saxonne, littératures francophones », du Sud comme écrit en anglais le classique africain
mais le résultat d’un immense marché où du Nord, en plus d’embrasser le vaste Things Fall Apart), Combe aborde ensuite
plusieurs centres entrent en concurrence monde littéraire anglo-saxon. Cette la diglossie des écrivains francophones. Il

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y est question du « monolinguisme de livre par rapport à d’autres aires géo- dans Libération, cité à trois reprises,
l’autre » de Derrida, de la « bilangue » de graphiques. Soulignant l’émergence est présenté comme un texte d’Alain
Khatibi, de la « surconscience linguistique » d’une littérature canadienne-française Mabanckou. De plus, le prénom de
de Lise Gauvin, du « butin de guerre » de dont le malheur est de ne pas avoir « sa l’écrivain né à Djibouti est tantôt
Kateb, de l’« imaginaire des langues » de langue à elle », comme le constatait orthographié Abdourrahme, tantôt
Glissant, du « dualisme linguistique » ana- avec regret Crémazie dans sa lettre bien Abdourrahmane, mais jamais Abdou-
lysé par Memmi, du « droit de mal écrire » connue de 1867, Combe s’arrête ensuite rahman… Plus près de nous, l’auteure
de Ramuz, de la traduction ou de l’auto- à la période marquante des années d’origine haïtienne Marie-Célie Agnant
traduction chez Beckett… Bref, de nom- soixante où s’impose l’appellation « lit- devient « Marie-Céline Agnant » et Sergio
breux exemples et concepts nourrissent ce térature québécoise ». Une attention Kokis devient « Kokkis ». On se surprend
que Combe appelle « les francophonies particulière est accordée aux écritures aussi à lire que le premier référendum
plurilingues ». migrantes, qui dériveraient des « théo- au Québec a eu lieu en 1980 au milieu
ries postcoloniales [qui] ont en quelque du livre, mais en 1981 dans le dernier
Mais si le rapport aux langues est exa- sorte inventé une catégorie nouvelle : chapitre, un peu comme le créole qui est
miné de près, certaines affirmations sur migrancy, la migrance, qui a donné à la langue officielle en Haïti depuis 1961
les mouvements et les auteurs importants son tour naissance à la catégorie des et quelques pages plus loin depuis 1965.
des littératures francophones dites du Sud littératures ou écritures migrantes ». On S’il est possible de classer ces erreurs
gagneraient sans doute à être élaborées demeure ici sceptique, car n’est-ce pas à dans la catégorie des coquilles qui par-
ou nuancées, surtout dans un livre publié Émile Ollivier que l’on doit le néolo- sèment l’ouvrage, on ne peut toutefois
dans une collection à vocation didactique. gisme « migrance », forgé à partir de la pas mettre sur le compte de la typogra-
En quoi consistait exactement l’indigé- souffrance de son expérience migra- phie cette phrase placée en note infra-
nisme ? Le « doudouisme » ? Qui en étaient toire et de sa vigilance devant les dis- paginale : « [Le prix du Gouverneur géné-
les représentants ? Un mouvement cours sur l’exil ? De même, peut-on dire ral a été] attribué pour la première fois à
comme la négritude n’a-t-il pas suscité des que « c’est le succès d’auteurs comme un anglophone en 2007, Yann Martel,
polémiques bien avant Éloge de la créo- Dany Laferrière […], Ying Chen […], Wajdi pour Le Règne (sic) de Pi, ce qui n’a évi-
lité ? Les enjeux étaient-ils les mêmes en Mouawad […], qui a largement contri- demment pas manqué de susciter des
Afrique et dans les Caraïbes ? Ces rappels bué à la diffusion du terme, rapide- polémiques… ». De quelles polémiques
pourraient certes sembler répétitifs au lec- ment adopté par les critiques et les linguistiques est-il ici question ? Fina-
teur averti, comme peuvent l’être les pro- universitaires » ? N’est-ce pas plutôt les liste au Prix du Gouverneur général en
pos sur le rapport conflictuel des écrivains, universitaires qui ont largement 2001 dans la catégorie de langue
mais ne sont-ils pas nécessaires dans un contribué à la diffusion du concept anglaise « Fiction » pour Life of Pi, Martel
ouvrage « pédagogique » ? En ce sens, est- d’écritures migrantes ? Plusieurs écri- n’a d’ailleurs pas obtenu ce prix cana-
ce juste d’affirmer que Fanon, souvent cité vains, Laferrière en tête, ont profité de dien, même si son roman allait rempor-
en raison de son influence dans les études cet engouement tout en dénonçant les ter le prestigieux Booker Prize en 2002.
postcoloniales, « célébra[i]t la Négritude inventions des professeurs qui enfer-
césairienne » (Memmi parlait pour sa part ment les auteurs d’origine étrangère
d’une « condamnation radicale » en 1971) ? dans un « ghetto littéraire ». Et com-
LA POLÉMIQUE
Ou de réduire Tahar Ben Jelloun, qui a une ment passer sous silence cette affirma- En guise de « conclusion », Dominique
œuvre importante dans le concert des lit- tion pour le moins malheureuse, aucu- Combe reprend un article déjà publié au
tératures francophones de tous horizons, à nement commentée, dans un ouvrage sujet du manifeste paru dans Le Monde en
quelques déclarations – tout à fait contes- dont l’un des objectifs est pourtant 2007. On a la curieuse impression, en refer-
tables, il est vrai – sur la francophonie et d’analyser les polémiques : « Monique mant le livre, que dans l’histoire des litté-
l’anglophonie ? Puisqu’il s’agit de polé- LaRue, romancière et essayiste, accuse la ratures francophones toutes confondues
miques, son roman goncourisé, La nuit critique et les éditeurs de favoriser les seule cette polémique méritait une ana-
sacrée, n’a-t-il pas soulevé l’ire de certaines “Néo-Québécois”, qui bénéficient d’un lyse approfondie. Les mouvements fonda-
féministes ? effet d’exotisme, comme les romanciers teurs, la question de l’engagement ou de
francophones antillais ou maghrébins à l’oralité, l’écriture des femmes, pour ne pas
Paris. » De quoi provoquer une autre dire l’écriture féministe, n’ont-ils pas eu
LE QUÉBEC ET polémique… leurs lots de débats passionnés et passion-
LES ÉCRITURES MIGRANTES nants qui mériteraient autant d’atten-
Le pluriel du titre de l’ouvrage de Combe D’autres erreurs ont également de quoi tion ? L’approche transversale et « multi-
s’inscrit dans une tendance qui veut étonner, comme Laferrière qui serait lingue », quoique intéressante à plusieurs
insister sur la diversité des littératures toujours « installé au Québec et en Flo- égards lorsque les aires et les corpus sont
francophones. L’expression se veut ride » en 2010 ou l’attribution à Fanon circonscrits, paraît ici être davantage moti-
inclusive, mais ne peut être que problé- dans la bibliographie de l’article fonda- vée par le désir de répondre aux écrivains
matique pour les chercheurs puis- teur de Senghor sur la francophonie signataires de ce manifeste que par le
qu’elle implique des connaissances de dans la revue Esprit en 1962. L’écrivain souci d’offrir une histoire rigoureuse des
toute la francophonie littéraire. Comme Abdourahman Waberi est pareillement littératures francophones à partir des
la Suisse et la Belgique, le Québec victime d’une erreur de « paternité » : débats et des polémiques qui ont marqué
occupe une place privilégiée dans ce un de ses articles publié en mars 2006 leur évolution.

62 SPIRALE 239 | HIVER | 2012

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