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Texte 6 Explication de Texte Corrigee

Dans 'La Peau de chagrin', Raphaël, le protagoniste, partage avec son ami Emile un récit rétrospectif sur sa passion pour la comtesse Foedora, révélant une admiration intense et presque mystique. Le texte explore la nature de son amour, qui évolue d'une admiration idéalisée à une prise de conscience de sa souffrance et de son désespoir, culminant dans une réflexion sur la fatalité de ses sentiments. Cette passion, bien que profondément ressentie, s'avère être un amour à sens unique, entraînant Raphaël vers une possible autodestruction.

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Texte 6 Explication de Texte Corrigee

Dans 'La Peau de chagrin', Raphaël, le protagoniste, partage avec son ami Emile un récit rétrospectif sur sa passion pour la comtesse Foedora, révélant une admiration intense et presque mystique. Le texte explore la nature de son amour, qui évolue d'une admiration idéalisée à une prise de conscience de sa souffrance et de son désespoir, culminant dans une réflexion sur la fatalité de ses sentiments. Cette passion, bien que profondément ressentie, s'avère être un amour à sens unique, entraînant Raphaël vers une possible autodestruction.

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TEXTE 6 : EXPLICATION DE TEXTE CORRIGEE

[Présentez d'abord Balzac, puis notre roman.]


Dans La Peau de chagrin, la deuxième partie s'intitule « La Femme sans
coeur ». Cette partie est faite essentiellement d'un long récit rétrospectif
(retournant en arrière dans l'histoire des personnages). Le narrateur de ce « récit
dans le récit » n'est autre que Raphaël, le personnage principal. Il raconte toute
sa vie à son ami Emile, dans l'espoir de lui faire comprendre pourquoi lui,
Raphaël de Valentin, était fermement décidé à se suicider quelques heures
auparavant, jusqu'au moment où il a retrouvé plusieurs de ses amis. Cela
l'amène à dépeindre à Emile les sentiments passionnés de désir amoureux qu'il a
éprouvés pour son premier amour, la belle comtesse Foedora.
Depuis de nombreuses pages, Emile n'intervient plus et le dialogue s'est
transformé en monologue, mais Raphaël ne semble pas s'apercevoir que son
ami est bien incapable de suivre ses discours ; ou même saoul et endormi,
comme les autres invités après la fête à laquelle ils viennent de participer. Pris
dans son récit, le héros s'efforce ici d'analyser ce qui s'est passé en lui durant les
moments (qu'il vient de qualifier de « scènes mystiques ») où il est tombé
passionnément amoureux de Foedora.
Dans ce contexte, nous pouvons nous demander quelle image ou quelle analyse
Raphaël nous donne de sa passion amoureuse.

D'emblée, le texte s'ouvre sur des exclamations lyriques. Les moments


passés avec Foedora sont présentés en bloc et au pluriel, comme des moments
suspendus hors du temps, sous l'emprise d'invincibles « fascinations » : dans
les deux premières phrases, il ne peut que souligner l'intensité magique de ces
moments d'émerveillement et de contemplation. Aucune autre action de sa
part que « voir » n'est rapportée. Le caractère unique de Foedora est simplement
affirmé par les italiques dans « la voir », mais non décrit ni défini. Ces moments
de ravissement, il souligne donc qu'il a eu un plaisir infini à les vivre et à les
prolonger puisqu'il se dépeint « plongé dans une extase ineffable », mais ce
dernier mot indique bien qu'il ne peut nous en donner une idée, ni les analyser
pour lui-même : « heureux, de quoi ? Je ne sais. »
Cette ouverture donne le ton, mais à partir de la ligne 1220 notre narrateur-
personnage s'efforce tout de même de dépeindre la femme ainsi adorée, même
si nous retrouvons rapidement le « je ne sais » dans : « je ne sais quel
phénomène ». Raphaël évoque d'abord, un peu comme un peintre, les effets de
la lumière sur le visage de Foedora (jusqu'à la ligne 1227): il en parle comme
d'une métamorphose « qui le faisait resplendir », terme lyrique où se retrouve le
ton initial. Il est frappant de constater que pour mieux se faire comprendre, le
jeune homme utilise le « nous » et prend une image poétique, mais que c'est un
rapprochement avec « les lignes lointaines de l'horizon quand elles se perdent
dans le soleil ; l'idée d'éloignement est trois fois suggérée dans ces quelques
mots. Il admire passionnément Foedora, fait un éloge dont le sujet peut être
sensuel car il s'agit de sa « peau » avec son « duvet », de ses « contours »
dessinés « mollement », et pourtant sa façon d'admirer cette femme et d'en
parler fait d'elle une beauté distante et inaccessible.
Comparaisons et métaphores connotent l'amour aux lignes 1225-1226,
cependant c'est la lumière du jour (personnifiée) qui épouse parfaitement la
peau de la jeune femme, c'est elle qui est le sujet grammatical des verbes
« caresser » et « s'unir ». Selon une autre comparaison (Raphaël les multiplie
pour approcher l'idée de cette beauté inexprimable), la grâce de la femme aimée
est elle-même comme une source de lumière, « plus vive que la lumière
même ». Nous sommes dans le registre de la poésie lyrique amoureuse, dans la
ligne d'une tradition littéraire qui remonte au moins à Pétrarque. Quand la
description n'est pas poétique, elle est picturale : aux lignes 1227-1229 (et
plus loin 1233-34), on apprécie les changements d'éclairage sur la « douce
figure », faisant varier ses « teintes » ou ses « tons ». Ou bien encore, on se
rapproche de l'évocation d'une statue animée, par les images choisies : « son
front de marbre » ; « le corail intelligent de ses lèvres »... Ce dernier est certes
qualifié d'« intelligent », mais ce faisant c'est à la lettre le matériau qui est
personnifié, et non la personne qui est louée directement. Ce corail est le sujet
grammatical de trois verbes pronominaux : « s'animait, se dépliait, se repliait »,
telles qu'elles sont décrites, ces lèvres semblent agir toutes seules, vues en gros
plan par les yeux captivés de Raphaël. De même, quand Raphaël croit percevoir
une pensée qui traverse sa belle idole, le visage décrit semble réagir élément par
élément, tant le locuteur leur attribue une vie propre : « son œil paraissait
rougir, sa paupière vacillait, ses traits ondulaient agités par un sourire ». Il
s'agit bien de moments de contemplation et de fascination, l'attention de
l'adorateur est dirigée avec acuité vers la femme aimée, vers chacun de ses
traits, mais bien peu pour créer un échange avec elle ou un partage. Cette
partie de la description se conclut par une étrange phrase : « à chaque accident,
elle avait parlé » (lignes 1234-1235). Que désigne « accident » ? Le mot semble
pris dans son sens philosophique : « ce qui peut être modifié sans que la chose
elle-même change de nature », par exemple l'état solide ou non, le poids, la
couleur. Raphaël semble sensible à chaque phénomène qu'il perçoit chez
Foedora, mais seulement à la surface de sa personne, si l'on peut s'exprimer
ainsi.
Peut-être croit-il le contraire, mais le sens de « elle avait parlé » est ambigu.
Nous assure-t-il qu'à chaque infime modification observée sur Foedora, il
comprend ce qu'elle exprime « comme si elle avait parlé » (aussi bien) ? Ce
serait une communication muette entre eux, mais il est le seul à l'affirmer. Ou
bien avoue-t-il avec ce plus-que-parfait qu'il n'écoute pas vraiment ses paroles
et les perçoit après coup, tant il est plongé dans son état d'extase ? Quoi qu'il en
soit, son récit n'est pas celui d'une scène décisive, ne l'oublions pas. Il évoque
ce qu'il a perçu habituellement de Foedora, sans dialogues, dans un
discours centré sur ses propres sensations de jeune homme ébloui. Cela
devient explicite dans la phrase : « chaque nuance de beauté donnait des fêtes
nouvelles à mes yeux, révélait des grâces inconnues à mon coeur » (l. 1235-
1236). En tant que narrateur s'adressant à Emile, il semble désormais plus
lucide sur la qualité de la communication qu'il a eue avec Foedora : « je voulais
lire un sentiment, un espoir, dans toutes ces phases du visage », cela n'implique
pas qu'il les lisait vraiment, au contraire. Et il a peut-être compris depuis qu'à
l'époque il a idéalisé Foedora, sa beauté ; l'amour qu'il ressentait suffisait à lui
faire trouver (seul) un absolu d'harmonie en elle.
Nous en trouvons la confirmation dans le mot « phases du visage » : ce mot ne
se dit pas pour les aspects d'un visage, mais normalement pour un astre (les
phases de la lune). Les impressions causées à Raphaël par la contemplation des
aspects de cette femme se propagent en lui « comme un son dans l'écho »,
comparaison purement matérielle ; cela dit bien qu'il vibre de toute sa
sensibilité mais non qu'il perçoit vraiment la personne qui est devant lui et
ce qu'elle dirait. En effet, les « discours muets » qu'il recueille d'elle (un
oxymore à remarquer à la ligne 1238) viennent des « nuances de [sa] beauté » et
ne sont pas donc pas faits de mots, ils court-circuitent le langage en passant
« d'âme à âme ». On comprend qu'il ait pu qualifier ces moments de
« mystiques », il croit être directement relié à l'âme d'un être céleste en
observant le visage de Foedora. C'est ainsi qu'il s'imprègne d'« impressions
profondes » (durables) à partir de « joies passagères » (lignes 1239-1240), en
somme, c'est ainsi que son attirance et sa fascination pour elle deviennent un
amour passionné.
Dans les lignes suivantes, les états et sensations décrits franchissent d'ailleurs de
nouveaux degrés : plus d'images de douce extase, ni d'impressions délicates et
nuancées, c'est le mot « délire » qui sert pour évoquer ce que lui cause la voix
de Foedora. En racontant cela, Raphaël sait donc qu'il perdait toute lucidité.
Selon son récit, il était prêt à surmonter sans mal l'épreuve d'une brûlure par le
feu (« ne pas sentir un charbon ardent au creux de ma main ») pour une seule
caresse de sa bien-aimée (simplement ses « doigts chatouilleux » dans ses
cheveux). Les verbes sont à l'irréel du passé (conditionnel passé dans « j'aurais
pu », « elle aurait passé »), il s'agit d'un investissement de soi absolu, mais
totalement virtuel et idéal, ce qui permet aussi de comprendre la référence
historique qui sert de modèle chevaleresque: « imitant je ne sais quel prince de
Lorraine ».
Le jeune homme conclut lui-même de deux façons. D'abord il résume et juge le
changement profond que sa passion pour Foedora a produit en lui en naissant
peu à peu : « ce n'était plus une admiration, un désir, mais un charme, une
fatalité ». « Charme » a le sens de « sortilège », « enchantement » au sens
magique de ce mot. « Fatalité » apporte l'idée qu'il subit une action supérieure à
ses forces, puissante et invincible comme un destin tragique. Donc il n'est plus
maître de lui-même.
Sous cet éclairage, on comprend mieux la deuxième conséquence mentionnée
aux lignes 1245-1247 : « si elle souffrait, je souffrais, et je lui disais le
lendemain : vous avez souffert ! » L'amoureux partage à distance les états de la
femme qu'il aime, beau signe d'union des cœurs, mais qu'il est seul à éprouver
dans un amour à sens unique. D'ailleurs, son récit affirme que ce partage non
réciproque a eu lieu, mais les adverbes soulignent qu'il s'est agi d'un phénomène
confus : « je voyais indistinctement », « et participais vaguement à sa vie ». Il
en a témoigné à l'intéressée, et c'est le seul propos rapporté de tout notre texte :
« vous avez souffert ! » Cependant, le récit ne rapporte aucune réponse de
Foedora à cette preuve d'amour que Raphaël pense donner.

Ce texte d'abord intensément lyrique, à la gloire de la femme adorée,


évolue donc au fil de son évocation vers un début d'auto-analyse de l'amoureux.
Depuis les moments racontés ici, le jeune homme a commencé à mieux saisir la
nature de sa passion à sens unique, qui est d'ailleurs son premier amour. Il
permet au lecteur (plus qu'à Emile probablement endormi) de comprendre
pourquoi cet amour l'a amené au point de vouloir se suicider.
En effet, son éblouissante passion et la merveilleuse comtesse se confondent
presque dans le récit de ses sentiments. Le texte révèle comment s'est
développé une passion amoureuse vécue par toute sa sensibilité, mais sur
un mode poétique et mystique, avec toute la puissance d'un idéal suprême
qu'il a cru concrétiser. Elle l'a entraîné dans son propre monde, un monde
d'une folle énergie et irrésistiblement attirant pour lui, jusqu'au bord de
l'autodestruction, et cependant virtuel.
Au fond, la violence de cette passion qui amène à l'autodestruction ne vient-elle
pas des idéaux absolus et romantiques de Raphaël ?
Est-ce Foedora qui est responsable de l'impasse où le héros s'est engagé de toute
son âme, ou bien porte-t-il dans son propre psychisme cet idéalisme qui touche
au délire, s'accompagne de tous les excès ? Raphaël ne fait qu'esquisser
l'analyse, c'est au lecteur de la poursuivre.

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