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Roman, Rimbaud Analyse

L'analyse du poème 'Roman' d'Arthur Rimbaud met en lumière la révolte et l'ironie face au lyrisme amoureux traditionnel à travers quatre mouvements distincts. Rimbaud évoque la légèreté de la jeunesse, le plaisir de la nature, et les émotions amoureuses avec une distance ironique, tout en jouant sur les sonorités et les images. Le poème se termine sur une note circulaire, soulignant la transformation des sentiments et des perceptions liées à l'amour adolescent.

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Roman, Rimbaud Analyse

L'analyse du poème 'Roman' d'Arthur Rimbaud met en lumière la révolte et l'ironie face au lyrisme amoureux traditionnel à travers quatre mouvements distincts. Rimbaud évoque la légèreté de la jeunesse, le plaisir de la nature, et les émotions amoureuses avec une distance ironique, tout en jouant sur les sonorités et les images. Le poème se termine sur une note circulaire, soulignant la transformation des sentiments et des perceptions liées à l'amour adolescent.

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 commentaire composé

Roman, Rimbaud : analyse


Par Amélie Vioux • 3 novembre 2017 • 10 commentaires

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Voici une
analyse
du
poème
« Roman
» (« On
n’est pas
sérieux
quand on
a 17 ans »)
d’Arthur
Rimbaud
. Ce
poème
écrit en
1870 est
issu des
Cahiers
de Douai.

Roma
n,
Rimb
aud :
analy
se linéaire pour l’oral
Arthur Rimbaud, âgé de seulement 16 ans, a écrit
ce qui s’appellera les Cahiers de Douai, soit vingt-
deux poèmes, répartis en deux liasses.

Adolescent fugueur, Arthur Rimbaud est, en 1870,


en pleine révolte.

Le poème étudié est intitulé « Roman » : son titre


peut surprendre : il renvoie au genre littéraire du
roman ou au radical du mouvement romantique
contre lequel Rimbaud s’élève.

Le poème surprend également par sa disposition


en 4 mouvements – comme 4 chapitres –
composés chacun de deux quatrains.

Poème étudié
I

On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
– Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
– On va sous les tilleuls verts de la promenade.

Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !


L’air est parfois si doux, qu’on ferme la paupière ;
Le vent chargé de bruits – la ville n’est pas loin –
A des parfums de vigne et des parfums de bière…

II

– Voilà qu’on aperçoit un tout petit chiffon


D’azur sombre, encadré d’une petite branche,
Piqué d’une mauvaise étoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche…

Nuit de juin ! Dix-sept ans ! – On se laisse griser.


La sève est du champagne et vous monte à la
tête…
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite là, comme une petite bête…

III

Le coeur fou robinsonne à travers les romans,


– Lorsque, dans la clarté d’un pâle réverbère,
Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
Sous l’ombre du faux col effrayant de son père…

Et, comme elle vous trouve immensément naïf,


Tout en faisant trotter ses petites bottines,
Elle se tourne, alerte et d’un mouvement vif…
– Sur vos lèvres alors meurent les cavatines…

IV

Vous êtes amoureux. Loué jusqu’au mois d’août.


Vous êtes amoureux. – Vos sonnets La font rire.
Tous vos amis s’en vont, vous êtes mauvais goût.
– Puis l’adorée, un soir, a daigné vous écrire !…

– Ce soir-là…, – vous rentrez aux cafés éclatants,


Vous demandez des bocks ou de la limonade…
– On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
Et qu’on a des tilleuls verts sur la promenade.

Problématique
Comment Rimbaud prend-il dans ce poème une
distance ironique vis-à-vis du lyrisme amoureux
traditionnel ?

Plan linéaire
Nous analyserons la spécificité de chacun de ces 4
mouvement afin de souligner l’effet à la fois
progressif et circulaire du poème.

I – Un décor bucolique :
premier mouvement
Le premier vers, resté célèbre, donne le ton du
poème : « On n’est pas sérieux, quand on a dix-
sept ans. ».

Arthur Rimbaud ne relate pas une expérience


personnelle mais cherche plutôt à montrer
l’universalité d’une expérience. En effet, le
recours au présent de l’indicatif à valeur de
vérité générale et au pronom indéfini « on » (à la
place du « je ») confère d’emblée à ce poème une
portée universelle.

De plus, le poète semble prendre ses distances


avec les codes traditionnels de la versification.

Par exemple, sa légèreté transparaît à travers la


diérèse « sérieux » (à prononcer en trois syllabes
sé-ri-eux), qui mime justement l’absence de prise
au sérieux. Il en va de même à travers l’irruption
de tirets dans tout le poème, qui brise
l’alexandrin classique et propose une nouvelle
esthétique visuelle et rythmique.

Dans cette première strophe, le poète prend aussi


ses distances avec un mode de vie conventionnel,
que l’on peut trouver dans les estaminets du nord.

La phrase exclamative et nominale introduite


par « foin des » témoigne de la fougue de la
jeunesse.

Le poète refuse désormais la bière, les bulles et les


lieux qu’il fréquentait. En effet, le groupe nominal
« Des cafés tapageurs aux lustres éclatants »
symbolise un temps révolu. Les adjectifs
qualificatifs (« tapageurs », « éclatants ») laissent
transparaître le rejet du poète pour le bruit et les
apparences.

Ainsi, le dernier vers de la strophe se détache par


la typographie et par le changement radical de
décor : « On va sous les tilleuls verts de la
promenade. »

Loin de la vie trépidante de la ville, le poète prône


un art de vivre dans la nature, où le temps prend
son sens. Sa facétie se lit encore dans le rythme
nouveau du vers qui ne contient ni césure à
l’hémistiche ni rythme ternaire : « On va sous les
tilleuls verts de la promenade. »

Dans la deuxième strophe, l’enthousiasme du


poète transparaît à travers deux procédés
d’écriture. D’abord, la répétition du groupe
nominal « les tilleuls » et du terme « bon/bons »,
puis la phrase exclamative qui souligne l’émotion
du jeune homme. L’enthousiasme du poète est si
sincère et spontané qu’il ne craint pas les
répétitions.

De là, le poète laisse la nature pénétrer tous ses


sens : la vue (« les tilleuls verts »), mais aussi
l’odorat (« Les tilleuls sentent bons »), le toucher
(« L’air est parfois si doux ») ou l’ouïe (« Le vent
chargé de bruits »). Il s’agit d’une expérience
sensuelle intense.

Cette expérience ne fait pas oublier la présence de


la ville, comme l’indique l’apposition explicative
« la ville n’est pas loin » pour justifier les bruits
rapportés par le vent. Ainsi se mêlent deux
univers : celui de la nature, caractérisé par le
complément du nom « parfums de vigne » et celui
de la ville, caractérisé par le complément du nom
« parfums de bière » comme si le poète était
tiraillé entre deux univers.

II – Un abandon sensuel :
deuxième mouvement
Le deuxième mouvement donne l’impression
d’observer un tableau. Le présentatif « Voila
que » suscite l’émerveillement devant un décor
bucolique. Le verbe « on aperçoit » amplifie
l’hypotypose (impression de voir ce qui est décrit).
Les participes passés adjectivés « encadré »,
« piqué » et la mention des couleurs (« D’azur
sombre », « toute blanche ») accentuent l’aspect
pictural de la description.

L’effet de répétition avec l’adjectif petit (« un tout


petit chiffon », « une petite branche », « une
mauvaise étoile […] petite ») souligne la naïveté de
ce tableau naturel.

Sous la plume de Rimbaud, la nature se


métamorphose : le ciel devient ainsi « un tout
petit chiffon / D’azur sombre ». Le rejet du
complément du nom « D’azur sombre » au vers 10
témoigne de l’espièglerie du poète qui accole un
terme prosaïque de la vie quotidienne (« un tout
petit chiffon ») et un terme épique (« D’azur
sombre ».)

Néanmoins, l’harmonie du spectacle est rendue


par l’assonance en nasales tout au long de la
strophe, avec les rimes masculines « chiffon » et
« fond » et les termes « sombre » et « frissons ».

Dans la strophe suivante, l’enthousiasme du sujet


va crescendo comme l’illustrent les deux phrases
exclamatives nominales « Nuit de juin ! Dix-sept
ans ! »

Le poète s’abandonne à savourer ce temps


suspendu de la jeunesse, comme le suggère la
tournure passive « On se laisse griser ».

Le présent à valeur de vérité générale et les


pronoms sujets « on » permettent d’évoquer une
expérience universelle, et contribuent donc à
faire participer le lecteur à ce carpe diem.

D’ailleurs, le poète s’enivre de cette communion


avec la nature. La métaphore « La sève est du
champagne et vous monte à la tête » associe le
plaisir de la contemplation de la nature au plaisir
d’une boisson prestigieuse. On peut y voir
également une allusion sexuelle.

L’émotion transparaît dans les points de


suspension (v2 et v4) qui suggèrent l’abandon.

Enfin, les propositions juxtaposées au vers


suivant, avec la répétition du pronom personnel
sujet « on » matérialisent également cet abandon :
« On divague; on se sent aux lèvres un baiser« .

Cet abandon se fait de plus en plus sensuel. La


disposition du complément d’objet « un baiser /
Qui palpite là, comme une petite bête… » est
révélatrice. En effet, le rejet de la proposition
subordonnée relative « Qui palpite là » semble
mimer le rythme d’un cœur et la comparaison
entre le baiser et la petite bête suggère un désir
vivant et presque animal.

III – L’émotion amoureuse :


troisième mouvement
Le troisième mouvement s’ouvre sur une véritable
ode à la sensualité et à la liberté : «Le cœur fou
robinsonne à travers les romans ».

L’article défini « le » (« Le cœur fou ») permet de


dépasser la dimension anecdotique ou
autobiographique du poème : le poète décrit bien
une expérience universelle.

Le néologisme « robinsonne » est riche de sens. Il


fait référence au roman de Daniel Defoe,
Robinson Crusoé, ce qui est confirmé par le
complément circonstanciel qui suit « à travers les
romans ». On suppose que « robinsonner » signifie
errer en toute liberté, vagabonder, un thème
cher à Rimbaud lors de ses deux fugues et dans
ses poèmes. C’est un verbe associé toutefois ici à
l’amour.

Puis, le regard du poète se pose sur « une


demoiselle aux petits airs charmants ». Les
adjectifs épithètes, très simples et issus du
langage courants (petits, charmants) accentuent
la spontanéité et la fraîcheur de cette rencontre.

Deux compléments circonstanciels de lieu


encadrent l’apparition de cette jeune fille. Le
premier (« dans la clarté d’un pâle réverbère »)
pointe un détail urbain qui illumine la jeune
femme. Le second (« Sous l’ombre du faux col
effrayant de son père ») dénonce la soumission de
la fille à un père.

L’ironie est présente : « l’ombre du faux col »


insiste sur le poids des apparences sociales. Un
faux-col est un type de col de chemise très en
vogue au XIXème siècle, mais le choix de ce terme
par Rimbaud n’est pas anodin : la présence de
l’adjectif « faux » se moque discrètement de la
pédanterie des bourgeois.

Dans la strophe suivante, le lecteur se trouve


presque devant une page de roman comme
l’indique l’action de la demoiselle (« Elle se
tourne, alerte et d’un mouvement vif… »).

Le complément circonstanciel de manière est


brutalement arrêté par des points de suspension,
puis un tiret : la scène de séduction est davantage
suggérée que décrite.

Rimbaud joue également sur les sonorités :


l’allitération en dentales « Tout en faisant trotter
ses petites bottines » semble mimer le son
produit par les pas de la demoiselle.

Le lecteur n’aura pas accès à la suite des actions


ou des émotions de la demoiselle, mais à la
réaction sensuelle du jeune homme.

L’évocation des « cavatines », airs d’opéra doux


d’inspiration lyrique, est sans doute empreinte
d’ironie : Rimbaud s’amuse de la mièvrerie des
clichés romantiques. Mais justement, ces
cavatines « meurent » sur les lèvres du jeune
homme : la réalité de l’enthousiasme amoureux
est plus intense que les clichés.

IV – Le coup de foudre :
quatrième mouvement
Ainsi, dès la strophe suivante, Rimbaud clame le
sentiment amoureux, avec l’anaphore : « Vous
êtes amoureux. »

Cette phrase courte accentue l’effet du coup de


foudre : elle se présente comme une sentence,
qui s’abat brutalement sur le poète.

Le poète reste toutefois facétieux, comme le


signale le jeu des pronoms personnels : le « vous »
de « Vous êtes amoureux » s’adresse aussi bien au
poète lui-même, qui se regarde avec une distance
ironique, qu’au lecteur complice, qui a
certainement ressenti ces coups de foudre de
jeunesse.

L’hémistiche nominal « Loué jusqu’au mois


d’août » s’amuse ironiquement des effets du
coup de foudre.

L’asyndète (absence de liaison) entre les vers 2 et


3 accentue la rapidité des événements.

Mais elle révèle en réalité une opposition (« Vos


sonnets la font rire./Tous vos amis s’en vont »). En
effet, l’amour qui se noue entre les deux jeunes
gens a pour conséquence la fin des amitiés et le
début des reproches des camarades (« vous êtes
mauvais goût »).

Rimbaud évoque avec ironie la mièvrerie du


jeune homme amoureux, devenu méconnaissable
pour ses amis.

La femme aimée reste ainsi adulée comme


l’illustre la périphrase « l’adorée », qui renvoie au
topos de l’amour courtois.

L’exclamation « daigné vous écrire !… », suivie de


points de suspension, retranscrit l’émotion
puérile et paroxystique du jeune homme
lorsqu’un échange épistolaire se met en place.

La dernière strophe du poème crée un effet


circulaire. Ainsi, le complément circonstanciel
« Ce soir-là » fait écho à l’expression « Un beau
soir » au début du poème.

Les cafés ne sont plus « tapageurs » comme au


tout début ; ils sont désormais « éclatants ». « Des
bocks et de la limonade » deviennent « des bocks
ou de la limonade ». L’adolescent semble
fréquenter à nouveau les mêmes lieux, comme si
la liaison amoureuse avait été éphémère.

Enfin, le premier vers est repris mot pour mot :


« On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans. »,
avec une allusion à la promenade initiale sous les
tilleuls verts. Cet effet cyclique donne
l’impression que le jeune homme est revenu au
point de départ. L’intensité amoureuse semble
déjà être retombée, et prête à reprendre pour une
autre jeune fille.

Conclusion
Cette analyse a permis de mettre en évidence la
façon dont Rimbaud renouvelle le lyrisme
traditionnel.

À première vue, le lecteur distingue une structure


régulière, un décor bucolique propice pour une
rencontre amoureuse et le vocabulaire de
l’ivresse amoureuse. Mais Rimbaud exprime la
naissance du sentiment amoureux en jouant
avec les codes du lyrisme traditionnel. En effet,
son refus du « je », ses jeux sur les répétitions, sur
les rythmes et les sonorités, ses créations
lexicales, son détournement du topos de
l’amour courtois sont autant d’indices qui
indiquent une volonté de prendre ses distances
avec le lyrisme romantique. On retrouve cette
même distance ironique dans le poème « Rêvé
pour l’hiver ».

Roman, Arthur Rimbaud :


commentaire composé pour
l’écrit
En juillet 1870, en pleine guerre entre la Prusse et
la France, Arthur Rimbaud fugue.

Il quitte sa ville natale de Charleville-Mézières pour


entrer dans une période d’errance et de révolte.

Cette liberté et cette révolte se retrouvent dans


ses premiers essais poétiques et notamment dans
le poème « roman » , qui est à la fois une ode à la
simplicité de l’adolescence et du lyrisme mais
aussi la recherche d’une poésie moderne.

Comment Rimbaud parvient-il dans ce poème à


prendre une distance ironique vis-à-vis du lyrisme
traditionnel ?

Plan du commentaire littéraire :


Si Rimbaud écrit avec « Roman » un poème
lyrique traditionnel (I), son ironie (II) ouvre la voix
vers une poésie de la modernité dont il donne les
principes (III)

I – Une poésie lyrique


A – Une poésie autobiographique
Rimbaud écrit un poème autobiographique
puisque le temps de l’écriture (28 septembre
1870) correspond à l’âge de Rimbaud évoqué
dans le poème « dix-sept ans ». Cet ancrage
spatio-temporel précis fait donc signe vers
l’autobiographie et la sincérité.

Par ailleurs, les «cafés tapageurs», «parfums de


vigne», «parfums de bière» rappellent les
estaminets du nord-est de la France (estaminet
= café dans le Nord de la France), lieu d’errance
d’Arthur Rimbaud lorsqu’il entreprend sa
deuxième fugue fin septembre 1870.

Cette dimension autobiographique est accentuée


par la similitude de ce poème avec d’autres
poèmes de Rimbaud. «Les tilleuls sentent bons
dans les bons soirs de juin» rappellent
l’atmosphère naturelle et estivale du poème
« Sensation » écrit en mars 1870.

Le champ lexical du temps («dix-sept ans», «bons


soirs de juin», Nuit de juin ! », «jusqu’au mois
d’août», «dix-sept ans») évoque l’adolescence.

L’utilisation du pronom impersonnel « on » (« On


n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans. […]/- On
va sous les tilleuls. […]/on ferme […]/- on aperçoit»)
montre toutefois un souci de généralisation. Le
poème « Roman » est autobiographique mais
s’adresse à tous les lecteurs car l’expérience
évoquée est universelle.

B – Le lyrisme amoureux
Rimbaud évoque l’amour adolescent en
employant un registre lyrique.

Le champ lexical des sensations («sentent»,


«bons soirs», «si doux», «le vent», «parfums»,
«parfums», «on aperçoit», «doux frissons», «sève»,
«divague», «palpite», «clarté») convoque tous les
sens (odorat, vue, toucher, ouïe, goût) dans une
synesthésie qui rappelle la poésie de Baudelaire
dans « Correspondances » (Les Fleurs du Mal).

Cette convocation de tous les sens aboutit à une


ivresse intérieure comme le montre le champ
lexical de l’alcool : «bocks», «vigne», «bière»,
«champagne», «monte à la tête».

Mais cette ivresse est surtout celle de l’amour :


«lèvres», «baiser», «palpite», «cœur fou», «airs
charmants», «vos lèvres», «amoureux»,
«amoureux», «Vos sonnets», «l’adorée».

Toute la palette du sentiment amoureux est


d’ailleurs évoquée :
L’amour courtois par l’idéalisation de la
femme à travers l’adjectif « l’adorée«
La sensualité des «lèvres» et du «baiser».

Cet amour est celui d’un adolescent fougueux :

Les exclamations traduisent l’enthousiasme


de la jeunesse : […] les bons soirs de juin ! / […] Nuit
de juin ! Dix-sept ans ! […] a daigné vous écrire !».

Les phrases nominales «Nuit de juin ! Dix-sept


ans» montrent le surgissement rapide de l’amour.

Les répétitions font entendre à la fois une voix


enfantine répétitive et le plaisir de l’émotion
amoureuse nouvellement découverte : « Les
tilleuls sentent bons dans les bons soirs de juin » /
« A des parfums de vigne et des parfums de bière/
Vous êtes amoureux (2 fois) ».

Les nombreux points de suspension (9 vers


sur 32 se terminent avec des points de
suspension) traduisent ce goût adolescent pour le
mystère mais aussi l’hésitation et la timidité de
l’adolescent qui découvre un monde nouveau.

Transition : Cette poésie lyrique laisse place à une


attitude ironique de Rimbaud face au lyrisme
traditionnel.

II – Une poésie ironique


A – L’autodérision et l’illusion du
lyrisme romantique
Le lyrisme romantique dans « roman » est en
réalité l’objet d’une ironie de la part de Rimbaud.

Le titre « Roman » fait référence au genre littéraire


du roman mais aussi au courant romantique. Ce
titre laisse donc penser que le courant
romantique est l’objet de ce poème.

Or l’écriture romantique est reniée par Arthur


Rimbaud.

Tout d’abord le « je » lyrique est effacé par les


pronoms « on » ou « vous ».

Ensuite, le caractère exceptionnel du héros


romantique est banalisé par le pronom
impersonnel « on » et par le présent de vérité
générale qui suggère que cette expérience
amoureuse est vécue par tous.

Le sublime du romantisme est diminué par la


répétition de l’adjectif «petit[e]»: «petit chiffon»,
«petite branche», «petite et toute blanche», «petite
bête», «petits airs charmants», «petites bottines»
qui donne un caractère mignard et dérisoire à
l’amour décrit, aux antipodes du grandiose
romantique.

Ensuite la jeune fille aimée se dérobe au poète :


«Tout en faisant trotter ses petites bottines / Elle
se tourne, alerte […]». L’allitération en [t] fait
entendre la vivacité des petits pas de la jeune fille
et le champ lexical du mouvement montre que
la fille n’est que de passage : «Passe», «trotter», «se
tourne», «alerte», «mouvement vif».

Le passage rapide de la jeune fille montre que,


pour Arthur Rimbaud, le lyrisme amoureux est
transitoire.

Rimbaud utilise même le registre comique pour


caricaturer le jeune adolescent. Le terme
«l’adorée» est une hyperbole : ce terme crée un
décalage comique entre l’importance apparente
de la jeune fille et sa disparition à la fin du poème.

Enfin, Rimbaud prend une distance ironique face


à son propre lyrisme et à ses émotions
d’adolescent. Le vers «On n’est pas sérieux quand
on a dix-sept ans» mime ainsi la sagesse d’une
personne plus âgée.

Cette distance ironique est symbolisée par deux


procédés d’écriture redondants :
Les dix points de suspensions (« … ») qui
surjouent ironiquement un suspense imaginaire
Le mouvement circulaire du poème. En effet,
le premier quatrain est repris par le dernier
quatrain avec les mêmes rimes («dix-sept
ans»/ «limonade»/ «éclatants !» / «promenade»)
mais dans un ordre inversé comme si l’écriture
remontait le temps du poème et revenait un
début.

B – Une satire sociale


Rimbaud fait dans « Roman » la satire de la
société bourgeoise de « Charlestown »
(Charleville-Mézières) qu’il s’apprête à fuir le mois
qui suivra l’écriture du poème.

Cette satire transparaît au vers 20: « Sous l’ombre


effrayant du faux col de son père » : En un seul
vers, Rimbaud dresse un portrait satirique de la
bourgeoisie du XIXème siècle.

Ce vers est amusant car le père bourgeois n’a pas


de visage mais apparaît à travers la synecdoque
«faux-col» qui introduit dans un jeu de mots
l’idée d’illusion et de tromperie.

De plus, la lourdeur empesée du faux-col paternel


s’oppose à la légèreté de la jeune fille. La
préposition «Sous» renforce le caractère étouffant
d’une société patriarcale dont la jeunesse est
brimée par des codes dépassés.

Le terme «ombre» assimile la culture bourgeoise à


de l’obscurantisme.

Transition : Critique à l’égard du lyrisme


traditionnel et de la société bourgeoise de son
temps, Rimbaud propose une nouvelle forme
poétique.

III – Une nouvelle forme


poétique en préparation
A – Une poésie urbaine
Avec le poème « Roman » , Rimbaud fait la
synthèse de tous les genres littéraires.

Le titre « Roman » est antithétique et place le


lecteur dans une position paradoxale : il va lire un
poème qui porte le titre d’un autre genre littéraire
!

Les strophes ressemblent à un découpage en 

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