Offredeformation
Offredeformation
Juin 2001
Frédéric KLETZ
Frédérique PALLEZ
60 boulevard Saint Michel, F- 75272 Paris Cedex 06
Direct : 01 40 51 91 01 (ou 08) Fax : 01 40 46 03 01 Secrétariat : 01 40 51 90 96 E-mail : [email protected], [email protected]
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Résumé
Le Centre de Gestion Scientifique de l’Ecole des Mines de Paris s’est vu confier au printemps
2000 par l’Agence de Modernisation des Universités et des Etablissements (AMUE) une
étude visant à mieux comprendre les mécanismes de constitution de l’offre de formation des
établissements universitaires, tout au long du processus allant de l’émergence du projet dans
l’université jusqu’à l’ouverture du diplôme, en passant par les procédures d’habilitation du
ministère. La question sous-jacente consistait à se demander si l’on pouvait lire à travers ce
processus la constitution d’une stratégie en matière d’offre de formation, stratégie qui pourrait
être reliée à la montée en puissance de l’établissement universitaire en tant qu’acteur à part
entière.
Pour réaliser ce travail, les deux chercheurs ont suivi tout particulièrement deux
établissements de la vague contractuelle 2001, dans le cheminement qui les mène à proposer
leurs projets au ministère, pour renouvellement ou création. L‘étude s’est ensuite prolongée
au ministère, où ont été analysés les mécanismes d’évaluation des diplômes et le lien avec la
procédure de contractualisation.
Le constat général qui a été fait peut se résumer schématiquement comme suit :
Les projets une fois proposés sont évalués au sein de l’établissement sur un certain nombre
de qualités formelles, plus que sur leur contenu ou leur adéquation à une politique
d’ensemble. Il en résulte des améliorations destinées à en faire de « bons » dossiers pour le
ministère, mais un tri limité. Quant aux renouvellements de diplômes, ils font l’objet d’un
examen assez rapide, qui n’est pas fondé sur une réelle évaluation ex post, et les propositions
de suppression sont rarissimes.
Du côté du ministère, la spirale observée dans les universités n’est guère contrecarrée par les
procédures d’expertise, qui évaluent les formations essentiellement de manière « intrinsèque »
au diplôme, au détriment d’un cadre d’évaluation « intra-établissement », où pourrait
s’effectuer le lien avec la stratégie de l’établissement et émerger des arbitrages.
3
Quant à la difficulté d’articulation de l’offre avec une stratégie d’établissement, tant dans les
établissements qu’au ministère, elle est liée à la fois
- à l’existence de procédures relativement disjointes (entre procédure de
construction du projet d’établissement, puis du contrat, et procédure d’instruction
des dossiers de diplôme),
- à des difficultés cognitives et organisationnelles de connaissance et de
représentation de l’offre globale d’un établissement : étendue de « la carte » des
formations par rapport aux compétences et au temps disponibles pour l’instruction
des dossiers, absence de représentation de cette carte, manque d’instruments
synthétiques,
- à la « viscosité » inévitable de l’évolution des filières, qui ne peut être
qu’incrémentale, dans un contexte où, comme on l’a dit, celles-ci sont intimement
liées à l’initiative personnelle et à la carrière d’enseignants-chercheurs, et où les
modes de gouvernement des universités, par nature non hiérarchiques, l’évitement
des conflits et des confrontations directes freinent toute velléité de remise en cause
globale plus rapide ou volontariste, empêchant notamment la suppression de
diplômes existants,
- à la doctrine d’autonomie des établissements, développée par le ministère, qui
interdit à ce dernier de s’immiscer trop brutalement dans les choix effectués par
l’équipe présidentielle.
Pourtant, sous l’effet notamment de la stabilisation des effectifs étudiants, des évolutions
semblent en cours, tant dans les universités qu’au ministère, qui visent à professionnaliser et
rationaliser les procédures, à développer le lien entre procédure d’habilitation des diplômes et
réflexion sur les stratégies d’offre « intra-établissement » ou « inter-établissement ». Le
rééquilibrage de ces différents regards sur l’offre de formation passe sans doute par le
développement de procédures spécifiques, dont quelques exemples sont donnés, et par une
clarification des rôles du ministère. In fine, c’est peut-être paradoxalement par le
renforcement d’un pôle de compétence au ministère que passe le développement d’une
autonomie des établissements, qui se traduise par la mise en œuvre effective d’une stratégie
globale en matière d’offre de formation.
4
SOMMAIRE
Introduction p.6
Première partie
L’offre de formation : une spirale inflationniste, une articulation problématique avec la
stratégie de l’établissement p.10
II-2 D’une position d’expertise à une position de co-élaboration des diplômes et des
politiques p.37
II-3 Une évaluation « light » ? p.38
II-4 Rééquilibrer les cadres d’évaluation p.39
II-5 Clarifier les rôles du ministère p.40
II-6 Les sous produits de la procédure : renforcer simultanément l’autonomie des
universités et les compétences du ministère p.41
ANNEXES p.43
1 - Projets de création de diplômes dans deux établissements, pour la durée du
contrat p.43
2- Elaboration de l’offre de formation dans deux établissements : procédures et
commissions p.44
A L’établissement P. p.44
B L’établissement N. p.48
3- Groupe de travail sur la constitution de l’offre de formation des universités p.52
6
Introduction
Le présent texte est destiné à faire le point sur ces différents éléments. Il s’attache à dégager
un certain nombre d’enseignements, à partir d’un matériau d’observation et d’analyse
rassemblé du printemps 2000 à l’été 2001. Il vise notamment à donner un premier éclairage à
la question : l’offre de formation d’une université traduit-elle une stratégie d’établissement ?
Evidemment, la constitution d’une telle carte de l’offre doit tenir compte de paramètres très
variés et de contraintes internes et externes :
Tout ceci laisse supposer que l’offre de formation à un moment donné n’est que la résultante
de couches sédimentaires successives, et évolue selon un processus par nature lent, qui
renvoie à une politique de longue haleine, rendue périlleuse par les changements réguliers de
l’équipe présidentielle, et par la recherche constante de compromis entre divers paramètres
parfois contradictoires (comment concilier, par exemple, priorités du ministère et ressources
pré-existantes ?).
Malgré la nécessité d’une stratégie claire en matière de formation, affirmée tant par les
responsables universitaires que par ceux du ministère, on pressent donc la difficulté à
opérationnaliser des objectifs généraux, tout en intégrant les diverses contraintes qui viennent
d’être esquissées.
Le constat général que nous avons fait à l’issue de la recherche confirme cette crainte ; on
peut le résumer schématiquement en trois points :
On esquissera ensuite une réflexion sur des voies possibles d’évolution du dispositif. On se
demandera en particulier quels contenus nouveaux pourraient être donnés à la notion
d’autonomie, à travers les choix effectués en matière d’évaluation de l’offre de formation.
- La structuration des choix par les instruments et les procédures, le poids des logiques
d’acteurs
Les chercheurs du Centre de Gestion Scientifique de l’Ecole des Mines ont été amenés depuis
longtemps à mettre en évidence le caractère structurant des instruments et des procédures dans
les choix des organisations. Dans le cas présent, cette hypothèse se révélait d’autant plus
importante que la constitution de l’offre de formation, tant au niveau des établissements que
du ministère, suit un processus lourd, encadré par un certain nombre de règles, par un
calendrier, par un formalisme administratif, destinés entre autres à garantir que les normes
propres à tout diplôme national sont bien respectées. Même si l’offre de formation n’est pas
déterminée par ce processus très contraignant, on pouvait faire l’hypothèse qu’il modelait
fortement le résultat, au moins sur le plan formel.
8
Cela dit, les procédures et les instruments n’ont pas de vie totalement indépendante des
acteurs qui les utilisent, qui les subissent, ou qui les créent. Il était donc indispensable
d’analyser comment les logiques des différents groupes d’acteurs intervenant dans le
processus se constituent et se déploient au fil des procédures de genèse, de formalisation, et
d’expertise de l’offre, en les utilisant à leur profit le cas échéant. En particulier, devait être
analysée la manière dont des logiques contradictoires (logiques disciplinaires et logique
d’établissement par exemple) pesaient sur les choix effectués, et comment s’effectuaient les
arbitrages réalisés.
Afin de répondre aux questions évoquées plus haut, et conformément aux hypothèses de
recherche qui viennent d’être énoncées, le CGS a donc choisi de suivre concrètement et
finement les procédures utilisées dans des établissements universitaires, ainsi qu’au ministère,
pendant une durée suffisante pour avoir la vision d’ensemble du processus.
Dans un premier temps, deux sites universitaires furent sélectionnés, avec l’aide de l’AMUE,
pour servir de terrain concret d’observation et d’étude : N. et P., établissements tous deux
pluridisciplinaires, avec lesquels ils ont interagi tout au long de l'année 2000. La période était
particulièrement propice : faisant partie de la "vague 2001", les deux sites préparaient leur
campagne d’habilitation, en même temps que leur projet d’établissement, en vue du
renouvellement de leur contrat quadriennal. Or, les périodes de renégociation des contrats
sont bien sûr des moments privilégiés, pour analyser les supports argumentaires développés
sur une offre de formation, et voir comment se raccordent les projets particuliers avec la
vision d'ensemble sous-jacente à l'offre.
Dans ce contexte, nous avons pu accompagner les deux établissements dans leur travail, et
dans le processus d’élaboration de leur offre de formation. Plus précisément, nous avons suivi
de près quelques projets de création de diplômes, notamment en interrogeant les porteurs et
les directeurs d’UFR concernés ; nous avons participé à des commissions d’expertise, à des
CEVU et à un CA. Nous avons aussi pu enfin interroger l’équipe dirigeante sur la
caractérisation globale de l’offre de formation, ses mécanismes d’évolution, et le lien effectué
avec la stratégie de l’établissement, notamment dans le cadre de la procédure de
contractualisation.
Cette analyse détaillée a été complétée par la mise en place d’un groupe de travail destiné à
apprécier la généralité des résultats obtenus, et esquisser une typologie des établissements en
fonction de leur politique d’offre de formation, en discutant ces derniers avec des
représentants d’autres établissements.
Dans un second temps, nous nous sommes intéressés aux mécanismes d’expertise et de
décision sur les diplômes, et de négociation du contrat au niveau du ministère. Nous avons pu
interroger un certain nombre d’acteurs intervenant dans le processus : conseillers
pédagogiques, conseillers d’établissement, responsables de la Direction de l’Enseignement
Supérieur (sous-directions du service des contrats et des formations). Nous avons pu
également assister aux réunions des instances intervenant tout au long de la procédure
d’habilitation (Ceppe - « Commission d’expertise des projets pédagogiques des
établissements »- de mars et mai, et Cneser de fin mai) .
9
* *
Première partie
Ainsi P. propose-t-il 71 projets de nouveaux diplômes nationaux, dont 27 en 2001 (sur 147
existant en 1999-2000, hors DEA et 3ème cycle médical) ; N. propose la création de 48
nouveaux diplômes nationaux, dont 13 en 2001 (sur 157 existant en 1999-2000). Dans les
deux cas, aucune suppression n’est prévue, si ce n’est des regroupements de quelques
diplômes (DESS notamment). On trouvera le détail de ces éléments chiffrés dans le tableau en
annexe 1. On notera que la reconstitution même d’un tel tableau est assez délicate, et que,
selon les conventions adoptées et les chiffres recherchés1 , on peut faire varier sensiblement
ces données. Il s’agit donc d’une version possible parmi d’autres.
On notera que, pour des universités de taille comparable (environ 25 000 inscrits à P., et
environ 20 000 à N. à la rentrée 2000), les projets sont sensiblement plus nombreux à P. qu’à
N., alors que le nombre de diplômes nationaux existant en 1999-2000 est proche. Ce
phénomène est dû essentiellement au nombre de diplômes professionnalisés prévus à P, dans
le cadre de son contrat quadriennal.
Nonobstant ces différences, les nouveaux projets sont dans les deux cas nombreux, et
viennent s’ajouter à l’existant, compte tenu de la rareté des suppressions. C’est d’ailleurs un
phénomène assez général, rencontré dans la majorité des universités, même si évidemment il
peut connaître ici ou là des nuances : par exemple, comme l’ont montré les débats dans le
groupe de travail que nous avons organisé, le caractère mono-disciplinaire de l’établissement,
son orientation moins forte vers les formations professionnalisantes par rapport aux
formations générales, ou encore son ancienneté (ou sa « maturité »)2 apparaissent comme
autant de facteurs modérateurs du développement de l’offre.
1
Par exemple diplômes habilités ou diplômes ouverts, IUP comptés pour 1 ou 3 diplômes, décompte des
mentions, etc.
2
voir annexe 3
11
C’est en fait un véritable appel à projets qui constitue le mode d’organisation principal de
cette phase de constitution de l’offre de formation.
Dans les deux établissements P et N, la procédure est lancée, à partir de la demande officielle
du ministère, par la Présidence et les VP-CEVU, qui demandent à chaque UFR, ou chaque
enseignant, de leur remonter des dossiers concernant leurs projets de nouveaux diplômes,
selon le modèle du ministère (modèle jugé très complet par bon nombre de nos
interlocuteurs).
La procédure appelle donc elle-même une dynamique de projets qui, si elle aboutit
effectivement à générer une très forte offre, laisse beaucoup d’autonomie aux porteurs,… et
de silence en ce qui concerne la stratégie globale.
Reste à savoir comment sont triés ces projets au sein des commissions d’expertise et des
instances collectives de décision. Mais intéressons-nous d’abord aux logiques qui poussent les
enseignants à répondre.
Il semblerait que la deuxième raison qui explique la spirale inflationniste soit liée aux
logiques individuelles et aux stratégies des enseignants.
A chaque diplôme est associé le nom d’un enseignant, son responsable. Par ricochet, c’est la
discipline (ou sous-discipline) liée au diplôme, qui sera associée à l’image de l’enseignant, qui
est donc incité à faire apparaître son nom à côté de celui d’un diplôme, et, par là-même, à
délimiter les frontières de sa responsabilité et de ses compétences, à trouver une place dans la
carte des diplômes (« son » diplôme, dans « son » domaine de compétences). L’obligation
statutaire de remplir son service d’enseignement sera ainsi assurée au profit de ce même but
d’identification du domaine de compétences d’un individu, quitte à ce que l’enseignant
concerné abandonne d’autres cours pour se consacrer à l’enseignement qu’il crée.
Inversement et par les mêmes mécanismes, toute potentialité de suppression de diplôme est
12
vécue par son responsable comme une remise en cause personnelle et déstabilise l’équilibre
subtil entre trois éléments : le profil et les compétences d’un enseignant en poste, son activité
de recherche et le contenu de son enseignement. D’autant que la nécessité de « faire son
service », déjà évoquée, risque dans ce cas de faire éclater encore davantage cet équilibre en
le forçant à accepter un enseignement peut-être plus éloigné de ses centres d’intérêt
personnels.
Enfin cette logique des enseignants ne trouve pas toujours de véritable contrepoids dans une
politique d’UFR, qui freinerait certaines velléités individuelles, et organiserait la cohérence de
l’offre d’enseignement au niveau disciplinaire.
Ces stratégies sont d’ailleurs renforcées par un autre mécanisme lié aux logiques des
laboratoires de recherche : les formations, y compris DESS et licences professionnelles, sont
conditionnées, dans un certain nombre de cas, par la dynamique de la recherche et les secteurs
à y développer. Ce sont les centres de recherche les plus structurés et dynamiques qui sont
souvent à l’origine des nouveaux diplômes, ce qui favorisera les recrutements dans le champ
concerné, venant étoffer leur équipe de recherche. On a donc affaire à une stratégie moins
d’établissement que d’enseignants-chercheurs ou de laboratoires.
Une fois les demandes formulées, quelle forme d’instruction des dossiers est mise en place ?
Dans les deux sites objets de nos investigations, et ceci est corroboré par nos autres contacts
universitaires, nous avons pu observer l’existence d’une assez longue chaîne de procédures
instituées d’expertise et d’étude des dossiers proposés par les enseignants : des commissions
étudient les demandes selon des modalités propres3 à chaque établissement (cf. annexe 2) ;
puis plusieurs réunions du CEVU sont consacrées aux différentes catégories de diplômes,
avec émission d’un avis ; puis le CA valide l’ensemble, en faisant parfois un certain nombre
de remarques, avec à nouveau, le cas échéant, des discussions et débats plus ou moins
approfondis...
Ces réunions sont souvent préparées par un long travail des rapporteurs et/ou du VP CEVU, et
de nombreuses « navettes » existent avec les porteurs de projets.
Ces navettes portent toutefois majoritairement sur la forme du dossier : telle rubrique pas ou
mal remplie, telle formulation à revoir, telle donnée ou orientation à mieux mettre en
valeur,… En revanche, les observations de fond sont en plus faible nombre. Il est vrai que,
quand ils existent, les rapporteurs (toujours des enseignants) sont choisis à dessein parmi les
non-spécialistes du domaine, et que, plus généralement, les commissions s’interdisent de
porter un jugement sur les contenus, faisant l’hypothèse que cet examen a eu lieu en amont,
entre spécialistes de la discipline, en conseils d’UFR.
Au total, cette procédure aboutit à un tri limité des demandes : après quelques aller-retours, au
prix parfois de longues négociations et multiples corrections (qui prennent dans quelques cas
– rares- la forme de reconfiguration ou de regroupement de propositions), le diplôme reçoit un
avis favorable. En revanche, elle a permis d’améliorer la qualité de présentation et
l’argumentaire des dossiers, maximisant ainsi leurs chances de réussite au niveau ministériel.
3
Ainsi, pour P., un ou deux rapporteurs sont désignés pour étudier chaque dossier, alors qu’à N., l’ensemble des
membres de la commission est destinataire des dossiers (cf annexe 2)
13
L’évitement des conflits et des confrontations directes (par exemple, les évaluateurs se
réfugient souvent derrière les consignes du ministère pour faire leurs remarques),
l’impossibilité de se faire une « juste » idée du véritable intérêt de la proposition, la volonté
de ne pas intervenir dans les affaires internes des UFR, le devoir de réserve, le respect de
l’autonomie et de l’avis des enseignants, la volonté de laisser jouer la dynamique de projets,
sont autant d’explications à ce phénomène.
Ce processus est conforté par le fait que, dans la procédure d’instruction des projets, les
contraintes de moyens ne sont que marginalement prises en compte. Certes, dans les dossiers,
sont inscrits les volumes horaires exigés par les projets, mais il n’y a pas apparemment de
consolidation de ces heures pour analyser l’impact global sur l’université, du moins au niveau
du CEVU ; cette indication n’est pas considérée comme un véritable critère d’évaluation du
diplôme. Il semblerait que ce phénomène repose sur l’hypothèse selon laquelle le coût lié à la
création de diplôme sera compensé via la procédure San Remo. Mais quid de la baisse ou de
la stabilisation des effectifs, qui touche à des degrés divers les universités, et de l’effet
potentiel de cannibalisation entre diplômes ?
L’offre de formation d’une université n’est évidemment pas constituée que des
nouveaux diplômes soumis à l’habilitation ; elle comprend majoritairement des diplômes
existants dont le renouvellement est demandé. Or on peut noter que les universités ne profitent
que marginalement de cette phase d’examen des dossiers de réhabilitation pour remettre à plat
l’offre déjà existante.
D’une part, les « performances » des diplômes, leur image auprès des étudiants, bref
l’évaluation des enseignements (pour les fois –rares- où elle existe) ne semble jamais prise en
compte dans l’instruction du dossier, sauf sous l’angle des effectifs inscrits.
Pourtant, cette période de préparation du contrat quadriennal, avec constitution préalable d’un
projet d’établissement, et campagne d’habilitation, constitue une occasion extrêmement
14
favorable (peut-être unique) pour une remise à plat globale4 , s’appuyant à la fois sur un bilan
de l’existant et de nouvelles orientations. Comme on le voit, il n’en est rien. La procédure est
en quelque sorte dépassée par la dynamique d’offre qu’elle crée elle-même. Ainsi, par
exemple, le décompte total des créations de diplôme n’est pas pris en compte dans le
processus, et, en tout cas, il n’y a pas d’objectifs émis a priori sur ce total, pas de cadrage
quantitatif préalable (il n’y a pas de limite supérieure explicite au-delà de laquelle
l’établissement jugerait peu raisonnable la création de nouveaux diplômes). Quant au cadrage
qualitatif, il est fait semble-t-il de manière assez informelle, par exemple sous forme de
quelques réunions dans les composantes. L’offre apparaît dans ce processus peu maîtrisée
globalement, à tout le moins difficilement lisible pour l’extérieur, ce qui aboutit, sinon à une
explosion, du moins à un certain surdimensionnement de cette offre.
Au total, l’articulation entre projets de diplômes et politique globale semble donc délicate à
réaliser, même s’il existe des nuances quant à la capacité des établissements à exprimer et à
maîtriser une stratégie en matière d’offre de formation. Nous allons maintenant tenter d’en
comprendre les raisons, au-delà des procédures qui viennent d’être décrites. Nous en
viendrons à nous demander s’il existe une stratégie globale d’offre dans les établissements
universitaires, et comment elle se formule.
Nous venons d’analyser la manière dont se constitue la carte des formations, diplôme par
diplôme, dans un processus qui met l’accent sur les nouveaux projets plus que sur l’existant.
A l’évidence, ce type de processus ne facilite pas l’expression d’une politique globale, ni a
priori, ni a posteriori, d’autant plus qu’il existe peu d’instruments de représentation de l’offre
globale, et que peu de personnes au sein de l’établissement sont en mesure d’avoir cette vision
transversale. On a noté par exemple que même des indicateurs quantitatifs assez frustes
comme le nombre de diplômes par catégorie sont peu présents dans les débats des comités.
Tout au plus apparaît le nombre de nouveaux projets.
4
Les établissements signalent toutefois que l’application des arrêtés Bayrou les avait conduits il y a peu de
temps à une remise à plat de l’ensemble de leur offre de formation, au moins sous l’angle réglementaire, ce qui
avait permis de revoir les maquettes de l’ensemble des diplômes.
15
Ce point a été analysé dans la partie précédente pour ce qui concerne la phase interne à
l’établissement. On a vu que les procédures d’élaboration des nouveaux diplômes dans les
établissements reposaient sur un processus « bottom-up », destiné à favoriser l’initiative des
porteurs de projet, et que le mode d’examen en interne de ces projets privilégiait la conformité
à des critères formels de qualité des dossiers, plus qu’une hypothétique cohérence avec une
politique globale. Peu d’arbitrages ont lieu entre les projets, le volontarisme des instances
dirigeantes se bornant à des propositions de regroupement entre des projets qui semblent
porter sur des champs connexes, et à un étalement dans le temps des créations.
Ce fonctionnement est d’ailleurs cohérent avec les procédures d’instruction des mêmes
dossiers au Ministère, puisque, comme on l’explicitera dans la partie suivante, ceux-ci sont
soumis à des experts disciplinaires et à une « commission d’expertise des projets
pédagogiques des établissements » (CEPPE), qui les examinent préalablement à la
négociation du contrat quadriennal.
Effectivement, quand on lit des projets d’établissement, on constate que s’ils mentionnent
bien les principaux projets de diplôme, les axes thématiques qu’ils développent, en matière de
politique d’offre de formation, sont en général suffisamment larges pour ne pas brider les
initiatives créatrices des porteurs de projet et pour permettre la saisie d’opportunités en cours
de contrat. Nous reviendrons plus loin sur ce point, en nous demandant ce que peut être la
formulation d’une offre de formation.
5
voir la description de la procédure en annexe 2
16
Indépendamment des processus décrits qui ne favorisent pas une vision transversale et globale
de l’offre de formation, existent des problèmes intrinsèques relatifs à la connaissance, et, en
amont, à la représentation de cette offre.
D’une part, en termes quantitatifs, on a vu que les diplômes d’un établissement universitaire
se comptent en centaines au total, et en dizaines dans chaque niveau de diplôme, mises à part
les licences professionnelles nouvellement créées. Ce volume explique à lui seul la difficulté
de connaissance exhaustive de l’offre, qui a pour conséquence que seules quelques personnes
dans l’établissement ont une vision complète des formations existantes. Il explique aussi au
passage qu’il soit très difficile, matériellement, de passer en revue à l’occasion du contrat
quadriennal, dans un laps de temps limité, l’ensemble de l’existant avec le même niveau de
détail que pour les projets6 , ce qui nécessiterait des centaines d’heure de réunions.
Par ailleurs, vient s’adjoindre une difficulté supplémentaire pour atteindre une connaissance
globale de l’offre de formation, c’est celle de sa représentation. Le ministère demande à
chaque établissement, à l’occasion du contrat quadriennal, de lui fournir une cartographie de
l’offre de formation. Nous avons pu examiner celle réalisée par N., qui visualise, pour les huit
« secteurs » disciplinaires identifiés, les filières de formation, avec les cheminements
possibles entre les niveaux.
Si cette présentation clarifie considérablement les choses par rapport à de simples listes de
diplômes, même ordonnées par champ disciplinaire et par niveau, elle manifeste bien le
foisonnement et la complexité de l’offre dans certaines disciplines. De plus, la difficulté de
lisibilité graphique, due notamment à la multiplication des passerelles entre filières, peut,
paradoxalement, être un signe positif, selon certains de nos interlocuteurs, car elle indiquerait
une recherche de décloisonnement fort encouragée au ministère.
Remarquons enfin que la structuration choisie n’est pas neutre et oriente le jugement.
L’université P souhaiterait par exemple choisir un autre mode de présentation, fondé sur une
nomenclature des débouchés, mais n’a pas encore finalisé ce projet. Cela dit, il est frappant de
constater que ces cartographies ne semblaient pas exister il y a quelques années (sauf
partiellement sur des initiatives locales dans certaines UFR), et qu’elles ne servent pas de
support à la discussion dans les instances auxquelles nous avons participé (Commissions
préparatoires, CEVU, CA).
Cela dit, même dans l’hypothèse où une politique volontariste, s’appuyant sur une
connaissance exhaustive de la carte des formations, viendrait encadrer et susciter les projets
de diplômes, et où, symétriquement, on identifierait les filières à supprimer, il nous semble
qu’en tout état de cause, la transformation de l’offre ne pourrait s’effectuer que très
progressivement.
6
à P., la commission passait en revue les projets à raison d’une heure en moyenne par dossier
17
- qu’il est très difficile de supprimer une filière, et que ceci ne peut se faire qu’à dose
homéopathique, et sur plusieurs années, voire plusieurs contrats ; en effet, on l’a dit,
c’est au niveau de chaque individu concerné qu’un équilibre entre des compétences
personnelles, des axes de recherche, et des enseignements doit être retrouvé après
avoir été déstabilisé ;
- qu’à l’inverse, les nouveaux projets7 sont essentiellement déterminés en termes de
contenu, par le vivier des porteurs de projet (qui est relativement fourni dans les deux
établissements étudiés, mais pas nécessairement dans les disciplines où les équipes
présidentielles souhaiteraient des développements) ; la création de nouveaux postes,
ou les redéploiements, peuvent venir appuyer et orienter cette dynamique, mais elle est
elle-même contrainte par différentes forces (adéquation à une stratégie de recherche,
résorption de sous-encadrements, équité entre les composantes, « masse critique »
d’un laboratoire, etc.).
En outre, l’ouverture effective des diplômes, une fois passée l’étape de l’habilitation, n’est pas
automatique : le président de l’établissement peut faire intervenir des arguments financiers
pour retarder ou suspendre des ouvertures. A N. par exemple, ont été évoqués dès le CA où
était débattu le projet d’établissement des « rythmes » de création acceptables pour
l’établissement en termes financiers (2 à 3 licences professionnelles et 3 à 4 DESS par an).
L’évolution de la carte des formations est donc nécessairement un processus qui procède par
petits pas, et qui ne peut guère s’appuyer que sur quelques principes généraux comme ceux
que l’on trouve dans les projets d’établissement. Le mode de gouvernement des universités,
fondé davantage sur la conviction et les jeux d’influence que sur l’autorité hiérarchique,
empêche de toute façon toute évolution brutale. Une conséquence en est qu’il est
probablement illusoire de rechercher à un instant donné une cohérence complète entre les
filières proposées aux étudiants et la stratégie exprimée dans un projet.
Mais si la cohérence complète paraît illusoire, pour toutes les raisons qui viennent d’être
indiquées, ceci n’explique-t-il pas en partie les formulations relativement générales des
stratégies universitaires en matière d’offre qui figurent dans les projets d’établissements ? Une
formulation en thématiques assez transversales est-elle évitable ?
Les projets d’établissement, dans leur composante « offre de formation » font état d’objectifs
assez transversaux, qui font écho aux axes généraux de la politique du Ministère.
Certes, on trouve aussi dans ces textes, à un moindre degré, des objectifs plus thématiques,
mais aucune hiérarchisation forte n’est opérée entre les différents axes de développement, ce
qui est d’ailleurs cohérent avec la réticence devant l’idée de pôles d’excellence, ou de
spécialisation de l’établissement.
7
seul moyen de donner de la « plasticité » à l’offre de formation, selon un de nos interlocuteurs
18
La formulation d’une stratégie en matière d’offre de formation est donc toujours assez
générale, pour des raisons tenant notamment au mode de gouvernement des universités, et à la
faiblesse des outils d’évaluation. On conçoit en effet la prudence d’expression nécessaire et
l’obligation de se limiter à des objectifs transversaux (prise en compte des débouchés,
professionnalisation, complétude des filières, lutte contre l’échec, souplesse des cursus, …)
qui puissent, sans blesser les collègues, éveiller un écho favorable au ministère et entrer en
résonance avec certains des axes politiques indiqués dans les circulaires et dans le manuel
diffusé par le ministère à tous les établissements d’une vague.
On comprend aussi que grâce à cette expression assez générale d’une politique, la plupart des
projets émanant de la base puissent trouver place dans une rubrique ; réciproquement,
l’affirmation de ces grands thèmes, si elle ne suffit pas, semble-t-il, à arbitrer entre les projets,
donne un cadre qui peut permettre d’infléchir à la marge certains d’entre eux au moment de
leur instruction, à condition qu’ils soient suffisamment énoncés par les VP CEVU, intériorisés
par les rapporteurs, rappelés par des procédures. Cette marge de manœuvre est-elle
complètement utilisée dans la procédure d’instruction des dossiers ?
On sait enfin que l’absence ou l’imperfection des méthodes et des outils d’évaluation rend de
toute façon illusoire des formulations plus précises qui ne pourraient pas permettre de
rapprochement, à l’issue d’un contrat, entre les intentions affichées et les résultats.
présentés, le discours se limitant, dans les meilleurs cas, à une affirmation de modération sur
le rythme d’introduction des nouveaux diplômes (du type 4 à 5 par an).
On peut comprendre ce fait car les établissements universitaires mettent toujours en avant la
nécessaire mutualisation des moyens qui est à la base de leur fonctionnement entre filières
« riches » et filières « pauvres », s’appuyant notamment sur le fait que le système San Remo
dote les différentes filières selon des critères qu’ils contestent.
Cela dit, et de plus en plus, avec la stagnation-régression des effectifs, ces principes de
mutualisation sont remis en cause, notamment au niveau des composantes dites « surdotées »,
qui renâclent à céder des moyens aux composantes les plus démunies. Dans cette logique, des
tentatives ponctuelles de calcul de coût par diplôme voient le jour, mais ne sont pas encore
intégrées dans les discussions.
Plus globalement, la baisse des effectifs va vraisemblablement pousser à une plus grande
maîtrise du développement de l’offre. En d’autres termes, la variable principale de régulation
est davantage actuellement l’entrée dans l’établissement que la sortie (les débouchés). Or si
les universités sont maintenant rompues à faire de bons dossiers pour augmenter leur capacité
d’accueil, la nécessité de limiter le nombre de créations est nouvelle pour elles. De surcroît, le
réflexe des enseignants ou des composantes qui perdent de l’effectif consiste souvent à
proposer de nouveaux diplômes pour attirer les étudiants.
Toute la question est donc celle de la construction d’un apprentissage, en interne, dans les
établissements, qui permette de faire face à cette situation nouvelle. Nous verrons en dernière
partie que cet apprentissage nous semble passer en partie par un travail sur la «mécanique »
même de genèse et d’instruction des dossiers. Mais cet apprentissage dépend aussi de la
conception développée par le ministère en matière d’offre de formation, et des dispositifs qui
traduisent (ou trahissent ?) cette conception. Nous allons donc les analyser dans une deuxième
partie.
20
Deuxième partie
Nous décrirons donc d’abord les deux procédures, et leurs points de contact. Dans un
deuxième temps, nous montrerons qu’elles constituent actuellement des filtres à large maille,
et nous chercherons à comprendre pourquoi, en analysant les critères d’habilitation et les
mécanismes qui mènent au dessin d’une offre de formation dans un établissement, avec une
attention particulière, comme pour l’analyse faite en interne dans les établissements, à la
manière dont les considérations stratégiques de l’université, en principe présentes dans son
projet, interviennent dans les débats et les choix effectués.
Ces deux procédures se déroulent actuellement sur près d’un an toutes les deux, selon des
rythmes et des étapes qui leurs sont propres (cf schéma ci-après), mais qui comportent un
8
Dont environ 2000 au titre de la vague contractuelle 2001
9
considérée pourtant comme une « petite » vague, la norme étant plutôt de 4000 dossiers
10
près de 900 diplômes
21
certain nombre de points de contact que nous allons expliciter. Par ailleurs, il faut noter
qu’une réflexion et des expérimentations sur l’amélioration du fonctionnement de ces
procédures sont en cours au ministère, notamment pour en réduire le délai et, éventuellement
la lourdeur, mais également, pour améliorer la cohérence entre une procédure d’habilitation
historiquement fondée essentiellement sur la conformité réglementaire et l’expertise
disciplinaire, et une procédure de contractualisation qui vise à instituer l’autonomie des
établissements sur la base d’une stratégie. Nous aborderons ces pistes d’évolution dans la
troisième partie.
Un certain nombre de consignes générales édictées par la DES ont été diffusées aux
universités presque un an auparavant (juillet 2000) sous forme d’une circulaire qui fixe les
grands axes et les règles de la campagne d’habilitation. Cette circulaire rappelle les axes
politiques du ministère en matière d’offre (diversification des parcours des étudiants et
professionnalisation de l’offre), et réaffirme la nécessité d’une « stratégie pédagogique de
l’établissement ». Elle donne des indications techniques sur la constitution des dossiers, ceux-
ci étant envoyés télématiquement au ministère sur la base de maquettes téléchargées.
Après réception des dossiers à l’automne 2000 (mais parfois bien plus tard), ceux-ci, créations
et renouvellements confondus, sont répartis entre huit « conseillers pédagogiques11 » (CP), en
fonction des disciplines concernées. Ces conseillers pédagogiques sont des universitaires,
travaillant pour le ministère pendant quelques années à temps partiel, sous la houlette d’un
coordonnateur, « chef de la mission pédagogique universitaire ».
Les conseillers pédagogiques répartissent à leur tour les dossiers entre des experts (entre 10 à
30 experts par CP), qui, à raison de 15 à 40 dossiers par personne, selon les disciplines, ont
pour tâche première de donner un avis sur le contenu pédagogique du dossier, mais aussi, à la
demande de certains CP, évaluent par exemple le positionnement du diplôme par rapport au
reste de l’université, ou même par rapport à la carte régionale (problème des doublons)12 . Ces
11
anciennement appelés chargés de mission pédagogique
12
Les conseillers pédagogiques qui les mandatent leur donnent des consignes plus ou moins précises, ou, plutôt
des grilles de lecture des dossiers. L’un d’eux, par exemple, attire leur attention sur ce qu’il considère comme
des « points nodaux », différents selon les niveaux de diplôme : par exemple, pour les Deug, le statut des
enseignants, ou l’organisation du tutorat ; la nature du mémoire (TER) en maîtrise, et la composition de l’équipe
enseignante ; pour les DESS, les contenus, les intitulés, le bilan en termes de placements et de stages pour les
renouvellements, etc.
22
avis, rédigés de manière assez libre, sont mis sur le serveur du ministère, à destination des CP,
qui, ensuite, homogénéiseront les avis et rédigeront leur propre évaluation. C’est ce dernier
texte qui sera diffusé au Ceppe (Comité d’expertise des projets pédagogiques des
établissements), en regard du diplôme concerné, assorti d’une lettre indiquant la catégorie
d’évaluation (F pour favorable, A pour demande d’aménagements, C pour demande de
compléments, D pour défavorable) .
Le choix des experts est évidemment fondamental. Ce sont des universitaires, en général
professeurs, de manière à éliminer l’enjeu de la carrière et à garantir une certaine expérience,
non impliqués dans les universités qu’ils expertisent, ayant une expérience professionnelle
reconnue et une bonne connaissance du milieu. Ils travaillent gratuitement et anonymement
(ce, depuis l’an dernier, pour éviter les fortes pressions dont ils étaient l’objet). Certains
d’entre eux sont experts plusieurs années de suite ; ils deviennent parfois ensuite conseillers
pédagogiques.
Compte tenu du nombre de dossiers qu’ils gèrent chacun, (plusieurs centaines), les conseillers
pédagogiques travaillent préférentiellement sur certaines catégories, et de toute façon,
davantage sur les créations que les renouvellements. Certains conseillers pédagogiques disent
ne regarder les dossiers en renouvellement que s’ils sont classés D par l’expert.
Après passage entre les mains des experts et des conseillers pédagogiques, les évaluations des
dossiers13 sont présentées et discutées au sein d’une instance consultative, le Ceppe, qui réunit
sous la présidence d’un universitaire reconnu (ancien président d’université), les conseillers
pédagogiques, les représentants des bureaux chargés de la réglementation et des bureaux
« géographiques »14 , les conseillers d’établissement15 . Cette instance passe en revue chaque
projet (renouvellements et créations), université par université, et statue sur la mention
attribuée par les conseillers pédagogiques. Plusieurs milliers de dossiers sont ainsi passés en
revue en deux jours, à raison d’1 à 2 minutes par dossier en moyenne 16 , les renouvellements
étant vus pour la forme sauf en cas de mention autre que F.
A la suite de ce premier Ceppe a lieu une « navette » avec les universités concernées et
notamment les porteurs de projet pour obtenir les précisions ou aménagements demandés. Un
deuxième Ceppe, un mois et demi plus tard, vient modifier les évaluations du premier Ceppe
en fonction des résultats des navettes effectuées.
13
la procédure décrite ici est celle qui concerne l’ensemble des diplômes, sauf les licences professionnelles et les
IUP, qui font l’objet d’une procédure d’expertise différente, dans une instance collective où sont représentés les
professionnels, avec une audition des porteurs de projet pour une grande partie des dossiers.
14
C’est-à-dire les bureaux de la sous-direction des « projets des établissements et de la politique contractuelle »,
qui ont en charge une zone géographique chacun14
15
universitaire assurant pour un groupe d’établissements, sur une zone géographique, le rôle d’intermédiaire
entre ministère et équipe présidentielle, notamment lors de la procédure de contractualisation, et des négociations
annuelles des moyens.
16
La dispersion est en fait assez forte puisque, de facto, toute une catégorie de dossiers ne donne lieu à aucune
discussion (les renouvellements classés F), et que sur certains dossiers particuliers, le débat peut aller jusqu’à
1/4h.
23
La dernière étape est le passage en Cneser des évaluations issues du deuxième Ceppe. Dans
cette instance, sont notamment représentés les différents syndicats d’étudiants et
d’enseignants. Elle est présidée par le chef du service des contrats et des formations. Après
quoi, le ministère fait des propositions au ministre qui signera les arrêtés d’habilitation.
24
Habilitation
3000 dossiers CP experts CP 1er CEPPE navettes 2ème CEPPE proposit minist CNESER habilitations
octobre 2000 14 mars 2001 10 mai2001 28-30 mai 2001 été 2001
Contractualisation
signature contrat vote en CA négoc avec négoc interne projet de réunions et contacts visite « interdirection»
l’établisst ministère contrat bilatéraux
Nous ne traiterons pas ici de la procédure de contractualisation dans son ensemble mais de ce
qui est nécessaire pour comprendre la relation avec la constitution de l’offre de formation.
La procédure suit un circuit schématisé ci-dessus, qui démarre à l’été ou à l’automne, selon le
moment où est arrivé le projet d’établissement au ministère. Le principe général en est de
réaliser une série d’expertises sur le projet transmis par l’établissement, de discuter les axes et
de négocier des infléchissements avec l’établissement, puis de rédiger un projet de contrat,
reprenant certains des points proposés dans le projet d’établissement. Ce projet de contrat sera
à son tour négocié en interne, au ministère, notamment sous l’angle financier, et avec
l’établissement, pour aboutir à la signature entre la DES et le président d’université. Pour la
vague 2001, le processus dure à peu près un an, puisque les projets arrivés à l’été ou à
l’automne 2000 devraient donner lieu à signature du contrat à l’été ou à l’automne 2001.
La première question qui se pose, une fois présentées succinctement ces procédures, est celle
de leur articulation, qui semble une condition nécessaire pour veiller à l’insertion des projets
de formation dans une stratégie générale de l’établissement.
17
désignés plus haut par « bureaux géographiques » pour renvoyer au découpage de leurs responsabilités
18
même si le Ceppe examine en plus un certain nombre de dossiers d’universités « hors contrat », c’est-à-dire
non concernées par la vague contractuelle en cours.
26
On peut par ailleurs repérer différentes formes de cette articulation, en termes d’acteurs
communs ou de procédures de rapprochement des deux dispositifs :
. d’une part, certains bureaux du ministère interviennent dans les deux circuits ; c’est
le cas des bureaux qui jugent la conformité réglementaire des dossiers19 et des bureaux
géographiques ;
. d’autre part, certains acteurs jouent un rôle de « go-between » entre ces deux
procédures, étant eux-mêmes placés dans une position de médiateurs entre
établissements et ministère : il s’agit des conseillers d’établissement qui, bien sûr,
participent à l’élaboration et à la négociation du contrat, mais qui ont également des
contacts avec les conseillers pédagogiques (quoique encore insuffisants et peu
formalisés selon certains de nos interlocuteurs20 ), et qui sont présents aux CEPPE et au
CNESER pour exposer la stratégie et les caractéristiques de l’université avant
l’examen individuel des diplômes ;
. enfin, le coordonnateur des conseillers pédagogiques a mis sur pied depuis cette
année (pour la vague 2001) des réunions sur l’offre de formation, dans lesquelles, pour
un groupe d’universités donné, sur une même zone géographique, les présidents
viennent présenter leur stratégie en matière d’offre de formation, en présence de
représentants des bureaux chargés de la conformité réglementaire et du bureau
géographique concerné.
Nonobstant ces tentatives intéressantes, on note toutefois deux problèmes qui gênent a priori
une articulation complète entre la construction d’une offre de formation, diplôme par diplôme,
et la stratégie en la matière de l’établissement :
??pour les établissements de la vague contractuelle, le ministère ne dispose que des projets
de création relatifs à l’année qui vient, car les dossiers des projets destinés à ouvrir les
années suivantes ne sont pas encore prêts (ils ne sont mentionnés que sous forme d’une
liste dans les documents envoyés au ministère). Donc, le Ceppe ne peut évaluer que les
projets de la première année du contrat. Même si les projets prévus à l’ouverture de la
première année du contrat sont majoritaires, ce système empêche la vision détaillée, au
moment de la préparation du contrat, du développement de l’offre pédagogique sur les
quatre ans du contrat.
??il faut rappeler que l’attribution des postes d’enseignants-chercheurs, qui se fait
annuellement, est indépendante du contrat, et bien sûr de la procédure d’habilitation, alors
que la qualité des dossiers de diplômes est très souvent liée dans les avis des experts à
l’existence et la compétence d’une équipe pédagogique permanente dans l’établissement.
19
Bureaux de la sous-direction « de la vie étudiante et des formations post baccalauréat » et de la sous-drection
« des certifications supérieures et de la professionnalisation »
20
des rencontres, bien qu’encore assez informelles et jugées insuffisamment nombreuses, s’organisent entre les
conseillers d’établissement et les conseillers pédagogiques ; il avait d’ailleurs été question cette année de
systématiser ces réunions, mais il semble que cela n’a pas été possible pour des raisons d’emploi du temps.
27
Ce constat est corroboré par les résultats de l’étude statistique menée par Evalua sur
habilitations des dix dernières années. Cette étude montre en particulier que, sur un groupe de
dossiers couvrant la période de 1996 à 1999, et comprenant 10% de créations et 90 % de
renouvellements, 70% des demandes de création et 85% des demandes de renouvellement
sont classées favorables21 .
Ces données sont cohérentes avec les observations que nous avons menées au printemps
2001 sur les 1780 dossiers en renouvellement et les 1018 demandes de création.
A noter que ces résultats chiffrés ne concernent pas les licences professionnelles, qui font
l’objet d’une procédure distincte, et que le taux de dossiers favorables par rapport aux projets
présentés est beaucoup plus faible pour cette catégorie (33%). La question de savoir quel rôle
21
cf Evalua- OVE Université Paris 8 « Evaluation de la capacité d’action des établissements d’enseignement
supérieur et de recherche sur la définition et l’évolution de leur offre de formation » - juin 2001.
On se reportera à ce rapport pour les détails, sachant que les chiffres cités sont à prendre comme des ordres de
grandeur, leur interprétation fine nécessitant un certain nombre de précautions indiquées dans le texte.
28
joue la procédure en la matière n’a pu être véritablement instruite, mais d’après quelques
opinions recueillies, cette procédure, qui comprend une audition pour une majorité des
projets, et qui fait participer des professionnels, semble plus sélective.
Les critères d’évaluation des diplômes utilisés tout au long de la chaîne d’évaluation sont
diversifiés, à la fois selon les acteurs, et selon les instances :
- les experts ont évidemment pour consigne de juger d’abord le contenu disciplinaire (à la
fois scientifique et pédagogique) du diplôme, mais aussi sa conformité réglementaire, sa
pertinence par rapport au milieu professionnel et aux débouchés (pour les diplômes
professionnalisés), sa cohérence par rapport aux autres formations de l’établissement
(problème des « doublons » ou des regroupements) ;
- les conseillers pédagogiques, qui font la synthèse des avis des experts, peuvent y
ajouter, en fonction de leur conception propre, un avis plus orienté vers des
considérations de carte régionale, ou d’évolution d’un champ disciplinaire ; cela leur est
d’ailleurs officiellement demandé ;
- enfin, le CEPPE essaie, selon son président, de marier vision réglementaire, vision
disciplinaire, et vision « établissement ». Les débats font apparaître principalement, en
ce qui concerne les nouveaux projets :
o la question des débouchés, de l’actualité du contenu, et de la lisibilité du
diplôme (pour les diplômes professionnalisés),
o le souci de la compétence et du volume de l’équipe pédagogique,
o la recherche de cohérence intra-universitaire (les doublons, les « gerbes » de
DESS, la multiplication des options et des mentions), et inter-universitaire (au
sein d’une zone géographique),
o la cohérence avec la politique de recherche.
des bureaux géographiques, les débats portent principalement sur quelques projets de
diplôme, pris isolément, sur lesquels la valeur intrinsèque du dossier en termes
disciplinaires semble prépondérante. Tout au plus a-t-on quelques questions sur
l’adéquation des moyens d’une université à ses projets de création.
La multiplicité des intervenants devrait donc permettre une multiplicité des regards et des
critères, explicitement souhaitée par le ministère. Si l’on met à part le contrôle de conformité
réglementaire, qui n’est pas à proprement parler une évaluation, on repère effectivement dans
les diverses évaluations, la mobilisation de trois grands types de critères que l’on pourrait
qualifier de
- disciplinaire, au sens de conformité à une norme de qualité de la discipline,
- gestionnaire, au sens de l’adéquation aux moyens disponibles,
- politique, au sens de l’adéquation à des objectifs.
Cela dit, même si ces trois critères sont présents dans les évaluations, cela n’empêche pas que
celles-ci sont encore centrées majoritairement sur le diplôme en tant que tel, au détriment d’un
regard portant sur l’offre de formation d’un établissement. Pour expliquer ce phénomène,
nous allons donc mobiliser la notion de « cadre d’évaluation », qui renvoie précisément à un
problème de cadrage, au sens presque photographique du terme, des évaluations menées.
Il est utile de distinguer dans les préoccupations mises en avant par le ministère pour
l’évaluation d’une offre de formation trois cercles concentriques qui élargissent de plus en
plus le jugement par rapport au diplôme pris isolément:
Pour concrétiser cette typologie, et comprendre ensuite le déséquilibre que nous constatons au
profit de l’évaluation intrinsèque, il est intéressant d’identifier les acteurs qui les portent.
On constate donc que peu d’acteurs portent un regard unique sur les dossiers. On pourrait en
déduire que, par le biais des procédures qui mettent en contact et rassemblent ces diverses
personnes, on obtient de facto l’évaluation « multi-cadres »recherchée.
Il nous semble que ce n’est pas le cas, et que la mécanique des procédures, le manque
d’instruments, la nature des relations entre les établissements et leur tutelle, la culture
universitaire, expliquent qu’on observe un déséquilibre entre les trois cadres qui viennent
d’être caractérisés, au profit d’une évaluation encore essentiellement « intrinsèque », et au
détriment du cadre «intra-établissement ». Ce déséquilibre s’observe notamment dans les
Ceppe, bien qu’il s’agisse d’instances volontairement composites, où la synthèse des points de
vue est censée s’effectuer23 .
22
même s’ils ont parfois pour interlocuteurs l’équipe présidentielle
23
Comme il est dit dans la circulaire de la directrice de la DES de juillet 2000 aux établissements concernant la
campagne d’habilitation 2001, « …le CEPPE, en formation plénière, présidé par un ancien président
d’université, examinera l’ensemble des dossiers, dans une approche régionale intégrant à la fois l’expertise, le
projet de l’établissement, la cohérence de l’offre et son développement sur la durée du contrat. » On repère bien
dans cet extrait définissant la fonction du Ceppe la mention explicite des trois cadres d’évaluation que nous
avons indiqués.
31
Trois grands types de raisons nous semblent expliquer que l’évaluation « intrinsèque » soit
prépondérante, alors que le cadre « inter-établissement » commence à apparaître, mais que le
cadre « intra-établissement » reste sous-représenté :
Nous développerons peu les deux premiers points. Le premier est un constat assez classique
qui contient sans doute une part de vérité mais qui ne fournit pas vraiment de levier pour
l’action : il ne faut guère s’étonner du poids de l’évaluation du diplôme, à caractère
essentiellement disciplinaire, quand on sait que les logiques disciplinaires sont encore très
prégnantes dans les universités, et que les experts et les conseillers pédagogiques, acteurs
centraux du processus, sont eux-mêmes universitaires. Le développement, par certains
conseillers pédagogiques, d’une vision « inter-établissement », avec un regard lui aussi
disciplinaire, nous semble une preuve supplémentaire de cette assertion, ce qui n’enlève rien à
l’intérêt de cette approche.
Le deuxième point, plus paradoxal, concerne la doctrine même développée par le ministère en
ce qui concerne les relations entre tutelle et établissements, qui est fondée sur l’idée
d’autonomie des établissements. Il y a donc une contradiction apparente entre l’idée que seuls
les dirigeants d’un établissement sont responsables de leur stratégie et de l’adéquation avec
les moyens, et l’idée que la procédure d’habilitation devrait prendre en compte le cadre
« intra-établissement », qui, précisément, a pour but de considérer ces éléments. Cette
contradiction, résolue dans la procédure de contractualisation par l’idée que le contrat est le
résultat d’une négociation sur la stratégie d’ensemble, ne trouve pas de remède dans la
procédure d’habilitation autre qu’une position de retrait du ministère sur cette question.
Nous nous pencherons davantage sur les effets des procédures et des instruments, car ils nous
semblent structurer fortement les résultats, malgré des volontés explicites des responsables du
ministère de faire évoluer les choses, et pourront plus loin nous permettre de suggérer des
voies d’action.
. le processus d’évaluation est avant tout fondé sur une instruction menée dossier par dossier
par des acteurs porteurs de logiques essentiellement disciplinaires (les experts et les
conseillers pédagogiques), qui travaillent donc dans un cadre « intrinsèque » au diplôme, ou
32
. il n’existe pas, en dehors des réunions «offre de formation » mises en place cette année par
le coordonnateur des CP, d’instance spécifiquement dédiée à l’évaluation de l’offre de
formation d’un établissement dans son ensemble, ni d’acteur au ministère chargé
spécifiquement de cette évaluation. Ces réunions sont sans doute prometteuses, mais elles
sont encore trop rapides et pas assez articulées avec la procédure d’habilitation stricto sensu
pour influer directement sur l’évaluation des projets pris individuellement. Par ailleurs, elles
ne s’appuient pas sur une instrumentation qui permettrait de discuter plus en détail de la
cohérence d’ensemble (cf ci-dessous).
. en ce qui concerne plus spécifiquement le fonctionnement du Ceppe, le fait qu’il s’agit d’une
procédure de masse qui réduit considérablement les débats sur les projets de diplômes, (sans
parler des renouvellements), interdit sans doute que le cadrage « établissement » puisse aller
au-delà d’une présentation en quelques minutes par le conseiller d’établissement de la
stratégie choisie par l’établissement. Le fait est qu’il ne peut guère y avoir dans ce cadre
temporel de contrepoids aux évaluations « intrinsèques », en général bien argumentées et
écrites, portées par les conseillers pédagogiques. Il n’y a guère non plus de comparaison de
profils d’université sur une même zone, et même pas toujours de regroupement temporel,
pendant les réunions du Ceppe, du traitement des dossiers d’universités comparables sur une
même zone géographique24 .
. quant aux supports matériels du travail du Ceppe, on peut remarquer qu’il s’agit d’un recueil
des diplômes, regroupés certes par université, mais classés ensuite par niveau de diplôme,
sans regroupement par filière disciplinaire, ou par grappe de discipline, et qu’aucun indicateur
quantitatif synthétique donnant au minimum le nombre de renouvellements et de créations par
établissement n’est fourni aux membres du Ceppe (ni à ceux du Cneser).
Le tableau qui vient d’être brossé suscite un certain nombre d’insatisfactions de la part des
acteurs de ce processus eux-mêmes, et on a déjà évoqué certaines expérimentations ou
initiatives prises par des responsables du ministère pour remédier à ces insatisfactions. Nous
verrons dans la troisième partie les évolutions en cours et les suggestions que l’on peut y
ajouter.
24
malgré le souhait explicite du président de traiter en continuité les universités comparables
25
La distribution au Cneser d’une cartographie pour un établissement, a été présentée comme une
expérimentation, et n’a d’ailleurs pas été utilisée ensuite dans les débats
33
Troisième partie
Une meilleure maîtrise de l’offre de formation, une articulation plus serrée entre cette offre et
projet d’établissement peuvent passer, à nos yeux, par un travail sur les procédures, les outils,
les calendriers. Nous en citerons quelques exemples ci-dessous, en distinguant les
propositions visant des changements au sein des établissements et celles concernant la
procédure ministérielle. Cette distinction a semblé nécessaire car même si une partie des
dysfonctionnements ont des origines communes (masse des diplômes à gérer, faibles tris,
déséquilibre entre les critères d’évaluation, …), nous verrons que les évolutions proposées
prennent des formes concrètes assez différentes.
Mais, en amont de ces réformes à caractère gestionnaire, une partie des réflexions proposées
vise aussi à s’interroger sur la nature même des évaluations à développer, et, in fine, sur les
fonctions que doit assumer le ministère dans ce dispositif.
Il semble, par exemple, possible d’améliorer l’organisation du travail pendant l’instruction des
dossiers, notamment avant examen en commission. Celle-ci repose sur la bonne volonté26 et la
compétence de quelques personnes : rapporteurs désignés dossier par dossier à P., collectif
des membres de la commission à N., et, dans les deux cas, VP Cevu au premier chef. Elle ne
s’appuie souvent que sur une faible formalisation des règles d’évaluation, y compris à
destination des rapporteurs ; alors qu’il existe des éléments quasi-systématiques à vérifier,
chaque rapporteur, faute de ces règles, n’exercera sa vigilance que sur des points limités.
26
Notons que seuls les VP Cevu bénéficient d’une décharge d’enseignement
34
matérielles en apparence mineures comme la mise en gras des changements apparus sur un
dossier entre deux commissions (après navette interne) pour faciliter la relecture, pourraient
également aider à accélérer et améliorer l’efficacité des procédures, et alléger le travail des
rapporteurs.
Lorsque nous assistions aux débats pendant les commissions d’expertise, nous avons
remarqué que pour bon nombre de dossiers, les évaluations et discussions faisaient souvent
apparaître des conditions ou des objectifs de fonctionnement (du type : tel diplôme ne prend
son intérêt qu’avec l’implication de professionnels et d’entreprises partenaires), mais sans
qu’on aille plus loin dans l’explicitation ou la formalisation. Lors de leur nouvel examen,
quatre ans plus tard dans la majorité des cas, les diplômes seront alors étudiés sans aucun
historique, le temps ayant évidemment effacé la mémoire de ces remarques faites oralement.
Mémoire évanouie, diplôme réétudié de manière lisse, sans histoire, sans caractéristique
propre objectivée. C’est d’autant plus regrettable que l’expertise des projets de création est
longue, sérieuse et détaillée, les évaluateurs s’étant imprégnés du dossier, et qu’on en perd
complètement la trace. De manière conjuguée à la faiblesse de la formalisation des objectifs
d’un diplôme, se pose donc le problème de la mémoire car le processus d’évaluation enrichit
le débat sur un diplôme, et peut faire émerger de nouveaux attendus, des objectifs plus précis.
Ce constat aboutit plus globalement à poser la question de la démarche d’évaluation dans son
ensemble. Actuellement, comme on a l’a vu, les procédures internes aux établissements
donnent une priorité à l’étude des projets de création, et passent plus rapidement sur les
dossiers de renouvellement. Un tel choix peut être vu, entre autres, comme le symptôme d’un
phénomène plus général, concernant la faible place accordée à l’évaluation des diplômes a
posteriori : pas de formalisation de critères d’évaluation, peu de quantification,... Or, on vient
de le voir, l’organisation d’une mémoire au sein de la procédure d’évaluation pourrait aider à
définir des buts et à évaluer les diplômes existants sur la base de ces objectifs. Cette
formalisation permettrait aux évaluateurs de systématiser leur évaluation, mais également
peut-être, en amont, aux enseignants de repenser leur offre de formation.
Nous prendrons sur ce vaste sujet, au cœur de nos analyses, l’exemple du cadrage de la
procédure d’appel à projets.
Sans brider l’initiative des porteurs de projet, une « lettre de cadrage » indiquant les
principaux axes de l’établissement en matière d’offre de formation pourrait guider davantage
35
les projets, et fournir des règles de tri et de hiérarchisation entre eux. Ce type de cadrage
existe déjà partiellement, mais il n’est souvent fait qu’oralement, et consiste davantage,
semble-t-il, à fournir des consignes pour remplir correctement les dossiers qui remonteront au
Ministère. Par ailleurs, il est probable que ce cadrage se ferait plus naturellement si la
préparation du projet précédait dans le temps la préparation des dossiers de diplôme, au lieu
de lui être parallèle ; un tel changement de calendrier pourrait être entraîné mécaniquement
par celui qui est prévu au ministère (cf plus haut).
Pourtant, l’écoute des débats autour des projets de création dans les universités nous donne à
penser qu’une autre piste d’évolution est peut-être plus féconde. Il nous a semblé en effet
qu’avec le développement des diplômes professionnalisants, les établissements se trouvent
confrontés concrètement à la problématique de la coordination et que des initiatives
transversales commencent à naître, spontanément, ou suscitées par quelques acteurs (comme
les VP Cevu ou certains directeurs d’UFR) : telle UFR propose tel diplôme, alors que telle
autre en a déjà ouvert dans un domaine voisin, telle composante recherche des compétences
ou une assistance pour monter tel diplôme,... Ainsi, la montée en charge de ces diplômes
participe à la constitution de réseaux internes, de prémisses de coopération, qu’il s’agit peut-
être de renforcer, mais qui semble d’ores et déjà plus productive que les exhortations du
ministère ou des présidents d’université à créer des diplômes pluri-disciplinaires,.
Il nous semble ainsi que l’offre de formation, dans le contexte actuel, qui donne une place de
choix aux diplômes professionnalisants, peut être un formidable levier d’action pour donner
corps au concept d’« établissement » autonome.
Aussi bien dans les établissements qu’au ministère, le critère « débouchés » prend
progressivement une place majeure dans l’évaluation des dossiers. Certes, ce critère paraît
légitimement important, et en droite ligne de la logique de professionnalisation des diplômes.
Mais lorsqu’on assiste aux débats d’évaluation, on s’aperçoit que dans certains cas, la
mobilisation de ce critère est un faux-semblant. En effet, d’une part les métiers concernés par
certains diplômes sont parfois peu formalisés ; d’autre part, l’instruction des besoins des
professionnels n’est pas toujours réalisée de manière rigoureuse par les porteurs de projets
(quelques lettres de soutien, quelques statistiques pas toujours bien centrées,...).
Ces quelques constatations débouchent sur un questionnement plus général sur l’intérêt de
cette démarche prise trop au pied de la lettre : substituer une logique de la demande à une
36
Sans être légitimes à intervenir sur le fond du problème, il nous semble que la volonté de
rétablir, à travers la procédure, un intérêt pour les débouchés est louable, et pédagogiquement
utile. Mais, d’une part il ne faudrait pas que les établissements se limitent à une gestion des
apparences, d’autre part, le balancier est peut-être allé trop loin, et les établissements
pourraient œuvrer au rétablissement d’un équilibre entre différents critères.
II Au niveau du ministère
Les initiatives déjà observées au ministère nous semblent pour l’instant relever de trois
volontés :
- mieux articuler habilitation et contrat en termes de calendrier,
- travailler plus en continu, plus en amont et de manière plus directe avec les porteurs de
projet,
- alléger la procédure.
Nous verrons que cette dynamique semble prometteuse et peut sans doute être amplifiée.
Toutefois, d’autres voies de réflexion nous apparaissent, liées au rééquilibrage vers le cadre
intra-établissement que nous avons défini plus haut, et à la multiplicité des rôles du ministère,
dont l’équilibre pourrait être modifié.
En premier lieu, donc, une meilleure articulation est souhaitée entre habilitation et
contractualisation, et des changements de calendrier sont en cours et devraient aboutir à une
inversion de calendrier pour la prochaine vague. De la sorte, les contrats 2003-2006 devraient
être signés avant le 31 décembre 2002, et les habilitations pourraient se dérouler ensuite, dans
le cadre d’un contrat déjà établi.
Mais on peut imaginer concilier les deux argumentations, comme le font certains
établissements, en organisant des débats avec les enseignants-chercheurs sur les grandes
orientations en matière d’offre de formation, sensiblement avant la procédure d’élaboration
37
des dossiers d’habilitation stricto sensu. Les UFR peuvent à cet égard jouer un rôle
fondamental d’évaluation ex ante des axes pertinents.
II-2 D’une position d’expertise à une position de co-élaboration des diplômes et des
politiques ?
En deuxième lieu, des évolutions sont en cours, qui montrent la volonté de certains acteurs du
Ministère d’intervenir plus en amont dans le processus d’élaboration des diplômes, et dans
une relation différente de la position d’expertise traditionnelle. Si l’on poussait cette logique
jusqu’au bout, on passerait ainsi d’une position de neutralité et d’expertise à une position de
co-élaboration des diplômes et des politiques. Notons que ceci peut d’ailleurs sembler
incompatible aux yeux de certains avec la doctrine de l’autonomie des universités.
Deux exemples nous semblent significatifs de cette évolution, qui illustrent le rôle de conseil
que peut jouer le ministère :
Ces éléments positifs ne doivent toutefois pas cacher qu’il ne s’agit encore que d’une
expérience, et qu’elle doit être elle-même améliorée. En effet, les contacts ont eu lieu
trop tard par rapport aux périodes de constitution des dossiers, et on a pu observer en
Ceppe par exemple que les dossiers alsaciens n’étaient pas parvenus significativement
en avance au ministère par rapport aux autres.
38
Dans cette voie, qui paraît très prometteuse, et qui conduit à amplifier le rôle de pédagogie et
de conseil que peut jouer le ministère, on pourrait prolonger les initiatives actuelles, de
diverses manières, par exemple :
- en prenant en compte les problèmes de calendrier qui se sont posés pour l’Alsace, et
en anticipant largement sur le moment où les dossiers doivent être constitués pour
établir les discussions entre les universités et le ministère ;
- en mettant en place une interaction plus directe, également après passage en Ceppe,
pour expliquer et commenter les évaluations réalisées, en utilisant par exemple les
conseillers d’établissement,
- en chargeant les conseillers pédagogiques d’un rôle de soutien spécifique à des
porteurs de projet, dans la durée (sur un an par exemple), sur quelques cas de diplômes
bien identifiés, « en difficulté » (effectifs en baisse), ou « pas mûrs ».
Sur la question de l’allégement, qui fait l’objet d’une réflexion interne au ministère, on peut se
demander, avant d’avancer des remèdes pratiques, si une procédure d’évaluation à la fois
exhaustive et composite, donc collective comme la procédure actuelle n’est pas condamnée à
être lourde.
Si cette hypothèse était vraie, on pourrait imaginer deux types de remèdes possibles :
- renoncer à l’exhaustivité,
- renoncer à certaines composantes de l’évaluation (ou, pour reprendre nos termes,
renoncer à une évaluation multi-cadres).
La première voie pourrait conduire par exemple à effectuer des évaluations par sondage, ou
systématiquement sur certains groupes de diplôme (diplômes professionnalisés, rénovation
des Deug,…), certaines disciplines (les disciplines scientifiques…), certaines thématiques ; ou
encore à traiter renouvellement et création différemment.
La deuxième voie, qui n’est d’ailleurs pas incompatible avec la première, pourrait mener par
exemple à l’idée de renoncer à l’évaluation intrinsèque pour se consacrer aux deux autres
cadres, largement moins pris en compte, on l’a vu. On pourrait alors compenser cet abandon
d’un contrôle a priori des diplômes27 par une évaluation a posteriori non exhaustive.
Sans vouloir pour l’instant explorer plus en détail ces évolutions, il est clair qu’elles écornent
d’une manière ou d’une autre les pratiques accolées à la notion de diplôme national.
Si une telle perspective paraissait impossible à brève échéance, d’autres pistes, touchant alors
uniquement à l’organisation, pourraient alors consister à jouer sur l’adéquation entre moyens
et charge de travail :
27
à noter que renoncer à une évaluation intrinsèque a priori des diplômes n’interdit pas, éventuellement, ce
conserver un contrôle réglementaire.
39
- allonger la durée de travail du Ceppe sans alourdir sa charge de travail, réforme qui est
envisagée puisqu’il est question de ne faire qu’une session au lieu de deux : de la
sorte, sans augmenter globalement le nombre de jours utilisés, et même en le
diminuant un peu (de 5 à 4 jours par exemple), on pourrait disposer d’une durée plus
importante pour évaluer les diplômes.
A supposer que le modèle actuel soit néanmoins conservé, si nous revenons explicitement sur
la procédure d’évaluation elle-même, on peut imaginer un certain nombre de procédures et
d’instruments qui puissent permettre au moins de rééquilibrer les trois cadres d’évaluation
définis plus haut, et surtout de redonner une place plus grande à la vision « intra-
établissement ».
Ces propositions demanderaient à être instruites plus finement et plus méthodiquement, ce qui
n’était pas l’objet de cette recherche, mais on peut en suggérer quelques exemples :
Même si le problème des moyens ne revêt pas la même urgence pour tous, le constat de la
baisse des effectifs peut aider à introduire ou renforcer cette préoccupation, à partir du
constat que l’offre est souvent trop riche pour une même zone et qu'il va falloir
commencer à la rationaliser. Certains établissements ont d’ailleurs déjà pris des initiatives
en ce sens 28 . De multiples questions restent toutefois ouvertes : quel régulateur pourrait
être légitime pour effectuer les arbitrages (au niveau national ou régional ) ? Quelle est la
zone géographique pertinente (nécessairement conventionnelle) ? Sur quels critères les
arbitrages pourraient-ils être effectués (critères d’excellence ou critères d’aménagement
du territoire ?). L’expérience menée par le ministère avec les quatre universités
alsaciennes, déjà évoquée, indique déjà une première voie : les quatre établissements ont
présenté leur stratégie d’offre de formation et leurs projets aux représentants du ministère,
ce qui leur a permis en outre de se rencontrer entre eux et de s’informer mutuellement.
28
cf annexe 3
40
Cette connaissance mutuelle est un préalable à toute discussion en termes de carte, même
si évidemment elle ne suffit pas à elle seule à entraîner les universités dans une régulation
ou une coordination régionale. Les réunions « offre de formation » montées par le
coordonnateur sur une zone géographique peuvent également constituer une préfiguration
de ce type d’approche, mais elles pourraient être plus instrumentées et favoriser davantage
le débat entre universités, au lieu de se limiter à des échanges bilatéraux .
c) monter des procédures de réflexion stratégique ex ante plus continues, hors procédure
d'évaluation, sur des champs disciplinaires ou des thématiques transversales (en
rapprochant les partenaires pertinents : experts d’un champ disciplinaire ou
pluridiciplinaire, universités situées dans une même zone, ou établissements proches
en termes de caractéristiques et de stratégie 29 ) .
Cela dit, la place que doit prendre l’évaluation et ses formes concrètes nous semble devoir
être définie en fonction du ou des rôles qui sont assignés au « ministère ». En effet, les
différentes instances du ministère assurent aujourd’hui différents rôles, qui ne sont pas
clairement distingués, vus des universités, et dont il n’est par ailleurs pas évident qu’il
faille conserver la totalité.
- le contrôle réglementaire
- le rôle traditionnel d’une tutelle, c’est-à-dire la définition d’une stratégie nationale,
l’allocation des moyens et la régulation,
- l’évaluation (a priori ou a posteriori),
- la pédagogie et le conseil.
Ces différentes fonctions sont actuellement assumées par des acteurs ou des instances qui
peuvent le cas échéant en assumer plusieurs (cf le Ceppe). Ce mélange n’est pas
forcément gênant, sauf s’il n’est pas clairement affiché, et si les règles de hiérarchisation
des différents avis ne sont pas lisibles aux yeux de tous. Actuellement, existe une certaine
confusion dans les esprits entre instance d'évaluation, instance garante du diplôme
national, instance d’allocation de moyens (au sens où l’habilitation vaudrait obligation
d’ouverture), et d’arbitrage politique.
29
cf analyses Evalua (op cité)
41
Or, le maintien ou non de ces fonctions au sein du ministère et leur dosage respectif
peuvent conduire à des modes d’organisation assez variés, à la fois en termes
institutionnels et en termes de procédure. Donnons-en trois illustrations :
. L’évaluation pourrait être externalisée : si en France, le choix a été fait d’une instance
d’évaluation organisée au sein du ministère, il existe d’autres systèmes possibles, où
l’évaluation est confiée à une instance indépendante extérieure30 . Le choix actuel a son
intérêt, car il peut permettre, au moins dans le principe, de mieux intégrer différents
points de vue, ou différents «cadres », mais il représente une charge pour l’organisme,
et, on l’a dit, contribue à l’image d’ambiguïté du Ceppe.
. Si, à l’inverse, il était souhaité que l’évaluation soit mise plus explicitement au
service d’objectifs dirigistes de la tutelle, il serait sans doute nécessaire d’introduire un
certain nombre d’indicateurs quantifiés, guidant les choix du Ceppe, ou d’une autre
instance travaillant explicitement sur des objectifs de régulation, en aval du Ceppe, à
partir des évaluations « in abstracto » du Ceppe ; ces indicateurs pourraient être du
type : quotas de création de diplômes par catégorie, ou par université, ordres de
priorité pour les créations, règles concernant le non-renouvellement de certains
diplômes, etc.
En conclusion de cette réflexion sur les pistes d’évolution, il ne faut pas méconnaître un effet
des dispositifs actuels, qui, in fine, est peut-être aussi important que les résultats directs de la
procédure d’évaluation. On a vu, en effet, que l’influence du Ministère sur le nombre et le
contenu des diplômes était marginale ; la doctrine de l’autonomie semble l’imposer. Mais
toute cette procédure est l’occasion de passer des messages, de pousser à l'autodiagnostic
grâce au rite de passage au ministère, et peut-être d’inculquer une culture d’évaluation
« multicadres » aux universités. D’une certaine manière, la procédure contractuelle elle-même
cherche à utiliser les mêmes ressorts, en donnant des instruments en interne à l’équipe
présidentielle, et finalement joue sur le mode de management des universités, en imposant
progressivement la vision de l’établissement31 .
Par ailleurs, nous nous sommes aperçus que l’ensemble de ces deux procédures est un
instrument de connaissance très puissant des situations internes des établissements, de leurs
problèmes, de leurs modes de gestion, et qu’une connaissance fine des universités existe au
ministère, malgré l’absence de procédure de capitalisation formalisée (pas de « fiche
signalétique » par université par exemple, ni de transmission de « mémoire » organisée au
sein des bureaux), et le turn-over des différents responsables (chargés de mission
30
Le système du Comité National qui évalue les chercheurs et les laboratoires affiliés au CNRS constitue aussi
un modèle intéressant
31
voir les enquêtes de C. Musselin et S. Mignot Gérard qui semblent confirmer cette dynamique
42
Or, d’une part, le rôle de conseil mis en évidence plus haut ne peut se renforcer qu’en
s’appuyant sur cette connaissance. D’autre part, l’idée d’une évaluation renforcée du cadre
« intra-établissement », dont nous avons analysé le caractère lacunaire, pourrait conduire à
confier explicitement cette fonction d’évaluation à certains agents du ministère, en profitant
de leur bonne connaissance des établissements (cf III-4).
Dans cette optique, on est conduit à soutenir l’idée que, paradoxalement, une autonomie
effective des universités passe peut-être par un renforcement du rôle du ministère dans
certains domaines, renforcement nécessitant des compétences stables et plus nombreuses dans
l’administration, ainsi que des instruments plus formalisés de représentation et de synthèse
des stratégies d’établissement 32 .
32
A cet égard, les représentations graphiques mises au point par Evalua pour synthétiser des « profils »
d’université et les comparer les unes aux autres constituent des préfigurations intéressantes de ce type d’outils.
(cf opus cité)
43
ANNEXE 1
N.
P.
33
hors DEA
34
hors DEA et 3è cycle médecine
44
ANNEXE 2
A- L’établissement P.
La procédure instituée à P. pour étudier les projets de diplômes fait appel à différentes
commissions et aux classiques « navettes » avec les porteurs de projets.
Pour cette vague, elle a débuté, avant que les commissions ne commencent à être mobilisées,
en janvier 2000, par l’organisation de réunions d’information auprès des porteurs de projets,
connus pour la plupart depuis l’automne 1999, pour leur expliquer comment remplir leurs
dossiers de demandes d’habilitation. En avril, ces réunions ont été complétées, suite à la
réception du livret de consignes que le Ministère envoie aux établissements de la vague
concernée. A noter que pour chaque dossier, P. demande en plus des grilles du ministère, un
certain nombre d’informations complémentaires, concernant notamment les modalités de
contrôle des connaissances et d’organisation des enseignements.
Nous décrirons ci-dessous les procédures commençant avec la remontée des projets de
diplôme à la Commission d’expertise pédagogique, jusqu’au CEVU, sans mentionner les
réunions, débats, et autres conseils internes aux UFR qui ont lieu préalablement (à la fois
parce qu’elles ne sont pas formalisées et homogènes, chaque UFR procédant comme elle
l’entend, et parce que nous n’avons pas pu observer directement cette phase d’« avant-
projet »).
Depuis quatre années, le CEVU a mis en place une Commission dédiée à l’analyse des projets
de diplômes et des renouvellements de diplômes existants, comprenant une petite dizaine de
membres,( essentiellement enseignants, mais aussi quelques administratifs et étudiants), en
grande majorité membres du CEVU. Ceux-ci constituent ainsi une petite équipe, se
connaissant bien, soudée autour de la VP-CEVU.
Cette Commission nomme pour chaque projet un rapporteur, enseignant 35 appartenant à une
autre discipline que celle concernée par le projet. Compte tenu du nombre de demandes (200
environ, avec 80% de demandes de renouvellement et 20% de projets nouveaux), chaque
35
Il a été tenté de nommer rapporteurs certains administratifs ; mais, bien que leur regard se soit révélé fort
pertinent selon la VP CEVU, cette expérience a été stoppée devant la réticence de certains enseignants à voir des
administratifs porter un jugement sur des sujets pédagogiques. Quant aux étudiants, il n’a pas été possible de les
impliquer suffisamment.
45
rapporteur a à étudier de multiples dossiers, chacun d’entre eux requérant un temps souvent
non négligeable d’instruction (de 3 à 5 heures, navettes comprises, selon l’évaluation de la
VP-CEVU, ce qui représenterait pour certains près de 400 heures de travail par rapporteur,
hors réunions).
Une réunion en avril sert à (in)former les nouveaux rapporteurs sur ce qu’on attend d’eux,
plutôt de manière informelle.
Une fois les dossiers distribués, chaque rapporteur ni struit ceux qu’il a reçus, et vient rendre
compte de son avis en réunion de la Commission. L’avis concerne avant tout la qualité
formelle du document, et beaucoup moins le contenu du diplôme, avec une attention
particulière à ce que chaque rubrique soit bien renseignée. Les éléments qui sont le plus
fréquemment regardés sont :
- place du diplôme dans la carte de l’offre régionale,
- débouchés prévus 36 ,
- conformité réglementaire aux textes (nombre d’heures, libellé du diplôme, MCC,
présence des langues vivantes, existence de deux sessions d’examen, et délai entre les
deux,…)
- cohérence dans l’argumentaire, entre contenu de la formation et débouchés prévus ou
objectifs poursuivis
- coopération entre composantes,
- pour les diplômes professionnalisants : participation des professionnels (pourcentage
d’heures de cours qu’ils assument, lettres de soutien,…)
- durée des stages
- ….
Toutefois, pour les demandes de renouvellement, les rapporteurs regardent aussi d’autres
critères, comme les effectifs d’étudiants concernés, l’insertion sur le marché du travail,…
L’examen des diplômes en commission demande en moyenne une heure pour les nouveaux
projets (d’après nos propres observations), mais beaucoup moins pour les renouvellements
(temps très variable, allant de 5 minutes à ½ h). C’est en général chaque rapporteur qui prend
la parole pour exposer son avis, mais la VP-CEVU, qui la plupart du temps a lu également les
dossiers, complète ce qui a été dit.
La Commission arrête alors un premier avis sur chaque demande, ce qui donne lieu à une
première navette avec les porteurs, que chaque rapporteur assure. Il récupère alors la version
suivante du dossier.
Dans 90% des cas, une seule navette suffit (d’après la VP-CEVU).
2°) Le CEVU
A la suite de ces allers-retours, des réunions du CEVU sont organisées pour faire le point sur
l’avancement des dossiers et émettre un avis officiel. A P., c’est le CEVU qui émet un avis
officiel sur les projets, avant envoi au Ministère, sans nouvelle discussion en CA, qui délègue
ses pouvoirs.
36
L’étude des débouchés est très diversement faite, selon que les enseignants ont déjà ou non des relations avec
les professionnels. Certains d’entre eux, en petit nombre semble-t-il, font appel au SCUIO de l’université.
46
C’est le CEVU qui finalement vote l’avis final sur chaque diplôme, avant transmission au
Ministère des demandes d’habilitation ou de renouvellement.
Remarquons pour finir que les procédures instituées d’examen des dossiers de diplômes, telles
qu’on vient de les décrire, ne mobilisent pas le projet d’établissement, qui est élaboré en
parallèle. Les différentes commissions et réunions du CEVU auxquelles nous avons pu
assister ne pratiquaient aucune articulation, explicite du moins, avec le projet quadriennal.
En termes chronologiques, cette élaboration a même été un peu retardée37 par rapport à la
remontée des dossiers de diplôme au ministère, puisque le projet n’a été achevé qu’à
l’automne. En effet, la procédure a débuté par un bilan du contrat précédent 38 , jumelé avec
une autoévaluation faite pour la CRE (Conférence des recteurs européens).
Puis, les grandes lignes de force du bilan et du futur contrat ont été présentées aux directeurs
de composantes en mai dernier, la procédure de réflexion sur le futur projet ayant en principe
commencé auparavant puisque les composantes étaient invitées à faire remonter leur propre
projet pour la fin mars. Quelques grands axes du projet d’établissement ont été présentés en
CA au mois de juillet 2000. Pour ce troisième projet, en particulier, l’accent a été mis sur la
nécessité de continuer à développer une offre de formation professionnalisée, et de développer
des filières à dimension européenne.
37
Sur le volet pédagogique, qui nous intéresse seul ici, car le volet recherche a, lui, été achevé avant l’été
38
les composantes avaient remonté leur propre bilan pour noël 1999
47
Une petite équipe, dirigée par un enseignant faisant partie de l’équipe de direction de
l’établissement, et composée de trois cadres administratifs, a ensuite rédigé le projet
d’établissement, dont une version a été discutée au CA du mois d’octobre.
48
B- L’établissement N.
Les procédures d’instruction et d’arbitrage entre les divers projets sont constituées par le
passage des dossiers dans diverses instances collectives : conseil de département, conseil de
gestion de l’UFR, commission des études, CEVU, Conseil d’Administration. Cette
énumération omet les passages en « bureau » de l’université, ainsi qu’en conseil restreint, et
les contacts bilatéraux qui peuvent avoir lieu à différents niveaux et à différents moments de
la procédure.
Le fonctionnement de la commission des études , ainsi que ceux du CEVU et du CA, ont pu
être étudiés à partir de participations des chercheurs à ces instances.
La Commission des Etudes est une instance chargée d’instruire les dossiers de demande de
diplôme avant le passage en CEVU. Ce passage en CEVU, consultatif, prépare lui-même la
séance du CA extraordinaire consacrée au quadriennal. (Rappel : la liste des demandes
d’habilitation doit parvenir au Ministère pour fin mai, les dossiers eux-mêmes étant demandés
pour fin septembre).
Au début de son mandat, la VP CEVU a essayé d’en modifier le fonctionnement pour en faire
une instance chargée de réguler les projets de diplôme. En particulier, l’idée était de dégager
des critères généraux qui permettent de retrouver une certaine équité entre les composantes
sur le plan des moyens, et qui donnent des moyens de cadrer l’offre de formation.
L’examen des projets de diplômes s’effectue collectivement sur la base des fiches transmises
à tous les membres ; les porteurs de projet ne participent pas à la commission, et il n’y a eu de
contacts bilatéraux qu’entre eux et la VP Cevu ; il n’y a pas de rapporteurs spécialisés par
dossier (la VP Cevu estime que le travail serait trop lourd pour les membres de la
commission, qui ne bénéficient d’aucune décharge d’enseignement au titre de leur
participation à cette commission) .
Les discussions (au cours de la séance à laquelle nous avons assisté), après avoir porté sur les
critères généraux d’arbitrage entre les projets, ont ensuite consisté à passer en revue les
projets de diplôme, par catégories, sur la base des dossiers envoyés par les porteurs de projet,
49
et d’un tableau récapitulatif établi par la VP Cevu, reprenant les principales caractéristiques
du projet et de sa maquette, et mettant notamment en évidence le nombre d’heures exigé par
le projet (ce qui est nouveau) .
Le principal objectif semble être de réduire un peu la liste, soit par regroupement, soit par
suppression, soit en renvoyant au prochain quadriennal. Il semble exister peu de critères
indiscutables permettant de juger sur le fond (information très incomplète sur les débouchés,
pas de discussion à ce niveau sur le contenu des enseignements, ni, encore moins, sur la
qualité des professeurs…). On essaie donc d’épurer la liste sur des critères généraux (neutres),
et sur une idée générale de rationalisation des moyens.
Parmi les cas sur lesquels la commission émet un avis réservé, on peut citer :
. des projets proposés par des composantes différentes, et qui ont l’air de tourner
autour des mêmes thèmes : l’idée dans ce cas est d’essayer de susciter des regroupements, de
manière à présenter un seul DESS, avec éventuellement des options ;
. des DESS qui sont trop proches, proposés par une composante qui en a déjà
beaucoup : la commission demande alors à la composante de choisir ;
. des filières trop vite complétées alors qu’on n’a encore aucun recul sur ce qui vient
d’être créé ;
. des DESS qui dénotent une absence de politique claire de l’UFR ;
. une maquette qui ne correspond pas aux normes, des moyens qui ne seront pas
suffisants : trop d’heures, effectifs trop faibles, pas d’ouverture à la FC ;
. des objectifs qui ne correspondent pas (apparemment) à ceux d’un DESS ;
. un projet avec lequel la stratégie de l’établissement est « incompatible ».
I-2 CEVU
Si la Commission des études apparaît comme un lieu où l’on tente de définir une politique
(par exemple sur le secteur des langues), et où des positions relativement malthusiennes,
cohérentes avec les contraintes affichées par la présidence, peuvent s’exprimer, les autres
instances de régulation ne suivent pas nécessairement toutes les propositions de la
Commission des études, et paraissent peu soucieuses de réaliser des arbitrages difficiles, qui
50
mettraient en péril le jeu subtil des relations et des positions des uns et des autres. Il est vrai
que la menace d’un choix effectué par le Ministère est sans doute vue par certains comme la
seule porte de sortie qui permette à la communauté de l’établissement de préserver ces
équilibres, et de sauver une relative paix sociale.
Sur la base de différents tableaux de synthèse, dont celui établi par la VP Cevu, dont nous
avons déjà parlé, le CEVU reprend un à un les projets passés devant la commission, et l’avis
ou les interrogations des membres de la commission sur chacun de ces projets sont présentés à
l’assemblée. Certains dossiers ont été améliorés ou transformés grâce à un contact bilatéral
entre VP Cevu et porteur de projet entre les deux réunions. Il est à noter toutefois que la
présence de certains porteurs de projet, ou une intervention du président dans son domaine
disciplinaire sont de nature à faire basculer l’opinion dans un sens opposé à celui préconisé
par la commission. Le Cevu n’agit donc pas comme une simple chambre d’enregistrement.
Il est à noter par ailleurs que le président tient un discours de rationalisation des moyens et
d’efficacité (il met l’accent par exemple sur la règle de l’effectif minimum proposée par la
commission des études), et fait le lien entre les projets de diplôme examinés et les axes du
projet d’établissement.
- mais une partie importante du Conseil a été consacrée à l’examen des projets de
diplômes déjà passés en CEVU, et qui avaient été rediscutés en bureau juste avant le
CA. Les débats, menés par le président, ont repris la liste intégrale des projets, en en
reprenant parfois l’argumentation dans le détail, et en faisant le lien avec différents
thèmes généraux. Parmi ces thèmes, au premier chef, on retrouve le problème de la
contrainte financière et, corrélativement, le débat sur les priorités à énoncer en matière
de nouveaux projets, ainsi que les éventuels arbitrages entre diplômes existants et
projets. On peut donc constate donc que, sous la pression d’une contrainte financière
qui n’est d’ailleurs pas précisément exprimée, des tentatives d’énonciation de priorités
a posteriori se font jour. Toutefois, elles ne vont pas jusqu’à leur terme puisque, in
fine, le CA n’arrive pas à trancher sur ces questions et laisse de facto au « Ministère »
le soin de réaliser ces arbitrages. Cette problématique apparaît particulièrement bien
sur le cas des langues, particulièrement crucial à N..
Il était prévu que le projet d’établissement, sous une forme un peu compacte (une trentaine de
pages), soit ensuite envoyé au Ministère au mois de juin, la signature du contrat devant
intervenir environ neuf mois après, soit vers le mois de mars. Rappelons également qu’un
bilan du contrat précédent avait été transmis au Ministère au début de l’année 2000.
39
Axe A : améliorer la qualité d la formation pour favoriser la réussite et l’insertion
Axe B : améliorer et développer les relations avec l’environnement
Axe C : améliorer la vie étudiante pour améliorer la réussite
Axe D : organiser et mobiliser des ressources pour accroître l’efficacité
Axe E : développer la recherche en SHS et valoriser ses résultats
52
ANNEXE 3
Participants :
- d’une part, confronter à d’autres universités les analyses tirées par les deux chercheurs
d’une étude approfondie dans deux établissements, pour apprécier la généralité de ces
résultats et esquisser une typologie des établissements en fonction de leur politique
d’offre de formation. Cette phase de la recherche vient clore le travail mené par le
CGS pour le compte de l’AMUE sur la constitution de l’offre de formation des
universités ;
- d’autre part, réfléchir aux voies d’expérimentation et de réflexion, en termes
d’instruments et de procédures notamment, qu’il pourrait être intéressant de
poursuivre dans le cadre de travaux futurs, pour mieux maîtriser l’offre de formation
des établissements universitaires.
- les déterminants de la création des diplômes dans les universités : des différences entre
établissements ?
- offre de formation : quels mécanismes de régulation ?
- la place des procédures ministérielles.
Au préalable, les chercheurs ont rappelé les principaux résultats de leur recherche dans les
deux établissements étudiés.
Ces résultats ont fait l’objet d’une note remise aux participants avant la réunion. Ils peuvent se
résumer brièvement comme suit :
La cohérence de l’offre de formation peut donc être observée à un niveau assez général, par
rapport à de grands axes définis par le ministère (professionalisation, internationalisation),
ainsi que par rapport à des moyens (via la procédure San Remo). Mais elle est plus
problématique, en terme de contenus, à l’intérieur de l’établissement, et entre établissements
d’une même zone géographique (problématique de la carte). Qu’est-ce donc que la stratégie
d’un établissement en matière de formation ?
Un participant estime que l’on peut identifier quatre variables déterminantes dans la capacité
d’un établissement à exprimer et à maîtriser une stratégie en matière d’offre de formation :
54
Un autre participant estime que, pour certaines universités, le mécanisme fondamental est
l’adossement à la recherche : les politiques d’emploi sont tirées par la dynamique de la
recherche (on recrute les enseignants dont la recherche a besoin), et les formations, y compris
DESS et licences pro, sont conditionnées par les secteurs de la recherche que l’établissement
souhaite développer. Du coup, les questions de cohérence se posent peu en tant que telles, le
socle des formations étant constitué des diplômes classiques, et la discussion n’ayant lieu que
sur quelques formations marginales, souvent testées d’abord sous forme de DU.
Un autre participant confirme le schéma exposé ci-dessus : ce sont les centres de recherche les
plus structurés et dynamiques qui sont à l’origine des nouveaux diplômes, les enseignants
créant de nouveaux diplômes pour favoriser les recrutements qui vont étoffer leur équipe de
recherche. En revanche, il ne croit guère à un mécanisme de valorisation de la recherche lors
de création d’IUP ou de licences pro. On a donc affaire à une stratégie de laboratoires, plus
que d’établissement.
Même si les participants apportent des nuances à l’analyse des chercheurs, tous s’accordent
sur l’existence du mécanisme d’appel à projet, et sur les faibles possibilités de suppression
(pour les diplômes existants) et de tri (pour les projets), ce qui aboutit, sinon à une explosion,
du moins à un certain surdimensionnement de l’offre .
Pour certains, ces mécanismes sont en partie contrebalancés par des procédures qui permettent
d’élaborer en commun les stratégies et de les communiquer (séminaires résidentiels, réunions
thématiques, circulation de documents, lettre de cadrage..), et/ou par une intériorisation des
objectifs stratégiques de l’établissement par les porteurs de projet, à la base.
Un participant fait alors remarquer que l’étude des débouchés des formations devrait
constituer un élément central de discussion ; or il considère qu’actuellement, cette étude n’est
pas faite sérieusement, notamment pour les formations professionnalisantes.
55
Un autre participant conteste cette affirmation en expliquant que, dans son établissement, les
débouchés sont un élément central du suivi de l’offre, y compris pour les filières généralistes.
La question posée par le premier intervenant est alors celle de l’expertise en la matière : la
préoccupation des débouchés ne suffit pas, il faut l’asseoir sur des modalités d’expertise
efficaces.
Un autre membre du groupe explique comment, dans son établissement, des professionnels
(élus du CEVU) ont été conviés à des sortes de jurys destinés à évaluer les projets de licences
professionnelles, présentés par leurs porteurs. Cela dit, il est conscient de la difficulté de
réaliser une adéquation durable entre des formations et des débouchés, compte tenu de la
fluctuation importante de ces derniers.
Pour un autre participant, il est assez délicat de trouver des professionnels suffisamment
imprégnés de culture universitaire pour juger de manière pertinente les projets de diplôme. Il
lui semble plus efficace de s’en remettre à l’expérience des porteurs de projet, d’ailleurs
souvent en contact avec les professionnels au travers de contrats de recherche.
Deux autres participants indiquent que, de surcroît, le réflexe des enseignants ou des
composantes qui perdent de l’effectif consiste souvent à proposer de nouveaux diplômes pour
attirer les étudiants. Cela dit, ajoute l’un d’eux, si c’est en créant un diplôme « à fort H/E »,
avec 25 étudiants, ce peut être intéressant.
La préoccupation des moyens, plus généralement, est encore absente des procédures internes
d’instruction des dossiers, mais, selon un intervenant, le problème risque surtout de se poser
en termes de postes, plus qu’en termes de budgets, d’autant que certains établissements tirent
des ressources importantes de la formation continue ou en alternance. Un participant fait aussi
remarquer que l’habilitation n’entraîne pas automatiquement l’ouverture.
Même si le problème des moyens ne revêt pas la même urgence pour tous, le constat de la
baisse des effectifs conduit cependant un des intervenants à l’idée qu’il faudra mener une
véritable politique d’aménagement du territoire, en mettant autour de la table les
établissements d’un même bassin, car l’offre est souvent trop riche pour une même zone. Le
problème est qu’il faudra trouver un régulateur extérieur, car, même si le phénomène
commence à être perçu, les universitaires ne pourront effectuer les arbitrages seuls.
L’expérience menée par le ministère avec les quatre universités alsaciennes, à l’initiative de
Strasbourg I, est alors évoquée (nous y reviendrons plus loin): les quatre établissements ont
présenté leur stratégie d’offre de formation et leurs projets aux représentants du ministère, ce
qui leur a permis en outre de se rencontrer entre eux et de s’informer mutuellement. Cette
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connaissance mutuelle est un préalable à toute discussion en termes de carte, mais, pour cet
intervenant, il sera nécessaire d’avoir un tiers régulateur pour aller plus loin.
Dans le même esprit, sont citées les réunions organisées depuis cette année au ministère, sous
la présidence du coordonnateur des conseillers pédagogiques, où les présidents des différents
établissements d’une même vague et d’une même zone géographique présentent leur projet
pédagogique en présence de leurs collègues.
La question est alors posée du type de régulateur qui pourrait être mis en place (au niveau
national ou régional ?), de la zone géographique pertinente (nécessairement
conventionnelle ?) et des critères sur lesquels les arbitrages pourraient être effectués. Sur ce
dernier point, il y a aux yeux de certains, un choix crucial à faire entre critères d’excellence et
critères d’aménagement du territoire.
Cela dit, note un participant, encore faut-il qu’il y ait une politique d’établissement, alors que
le système facultaire est toujours vivace. Ceci renvoie aux critiques que l’on peut faire du
système de gouvernement des universités, tel qu’il découle de la loi Savary, critiques
exprimées par un certain nombre d’universitaires qui mettent l’accent notamment sur le faible
pouvoir d’un président.
Les chercheurs résument d’abord leurs analyses (encore en cours) des procédures
d’habilitation et de contractualisation, au Ministère, et posent la question de l’articulation des
deux procédures et du rôle du Ministère vis-à-vis des établissements.
o certains bureaux du ministère interviennent dans les deux circuits (c’est le cas
des bureaux qui jugent la conformité réglementaire des dossiers) ;
o certains acteurs jouent un rôle de «go-between » entre ces deux procédures : il
s’agit des conseillers d’établissement qui participent à l’élaboration et à la
négociation du contrat, mais qui ont également des contacts avec les
conseillers pédagogiques et qui sont présents aux CEPPE pour exposer la
stratégie et les caractéristiques de l’université avant l’examen individuel des
diplômes ;
o enfin, le coordonnateur des conseillers pédagogiques a mis sur pied des
réunions sur l’offre de formation (déjà évoquées plus haut), dans lesquelles,
pour un groupe d’universités donné, sur une même zone géographique, les
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- cela dit, il faut noter deux éléments qui vont à l’encontre d’une intégration entre
procédure d’habilitation et stratégie d’établissement : d’une part, il semblerait que le
Ceppe n’examine que les projets de création relatifs à l’année qui vient, ce qui
empêche d’avoir la vision complète, au moment de la préparation du contrat, d’un
développement de l’offre pédagogique sur les quatre ans du contrat. Par ailleurs, il
faut rappeler que l’attribution des postes est indépendante du contrat, et bien sûr de la
procédure d’habilitation, alors que la qualité des dossiers de diplômes est souvent liée
dans les avis des experts à la qualité et la compétence d’une équipe pédagogique
permanente dans l’établissement.
Différentes strates interviennent dans l’expertise des demandes d’habilitation, avec des
regards différents :
- les experts jugent avant tout le contenu disciplinaire du diplôme, mais aussi, parfois,
sa conformité réglementaire, sa pertinence par rapport au milieu professionnel (pour
les diplômes professionnalisants), ou sa cohérence par rapport aux autres formations
de l’établissement (problème des « doublons » ou des regroupements) ;
- les conseillers pédagogiques, qui font la synthèse des avis des experts, peuvent parfois
y ajouter, en fonction de leur conception propre, un avis plus orienté vers des
considérations de carte régionale, ou d’évolution d’un champ disciplinaire ;
- enfin, le CEPPE essaie de marier, selon son président, vision réglementaire, vision
disciplinaire, et vision « établissement ». Les débats (limités, cela dit, à quelques
minutes par diplôme) font apparaître principalement, en ce qui concerne les nouveaux
projets,
o la recherche de cohérence intra-universitaire (les doublons, les « gerbes » de
DESS, la multiplication des options et des mentions), et inter-universitaire (au
sein d’une zone géographique),
o le souci de la compétence et du volume de l’équipe pédagogique,
o la question des débouchés, de l’actualité du contenu, et de la lisibilité du
diplôme (pour les diplômes professionnalisés),
o la cohérence avec la politique de recherche.
- Trois questions se posent alors : le caractère trop ponctuel de l’intervention sur les
dossiers ; le manque d’instruments de représentation et d’évaluation , notamment
pour assurer la mémoire du ministère ; la lourdeur de la procédure.
Le rôle du ministère
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Que ce soit par catégorie de diplômes, ou par sondage
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Pour terminer, sont synthétisées les différentes pistes de travail qui pourraient être
poursuivies, dont les expériences des uns et des autres, évoquées dans le cours de la réunion,
constituent parfois des préfigurations :
- procédures de régulation internes aux universités pour mieux maîtriser leur offre
(lettres de cadrage, modalités d’expertise des diplômes…)
- méthodes de régulation inter-universités, avec ou sans le ministère (cf nouvelle
procédure alsacienne, problème de tiers régulateur,…)
- évolution du rôle, des procédures et des outils du ministère, notamment en matière
d’évaluation de l’offre de formation (interaction plus en amont, et dans la durée,
avec les établissements, non-exhaustivité de l’évaluation, évaluation a
posteriori…)