1.
1 – Comprendre l’hydroélectricité : principe fondamental
L’hydroélectricité, c’est avant tout l’art de transformer la force de l’eau en électricité. Cette
transformation repose sur une logique physique simple mais puissamment exploitée : faire
tomber de l’eau d’une certaine hauteur pour activer une turbine, qui à son tour fait tourner un
alternateur, générant ainsi du courant électrique.
C’est un cycle de conversion en trois étapes :
Énergie potentielle (eau en hauteur),
Énergie mécanique (rotation de la turbine),
Énergie électrique (production du courant).
Mathématiquement, l’énergie potentielle est exprimée par :
Avec :
: masse de l’eau (kg)
: gravitation terrestre (9,81 m/s²)
: hauteur de chute (m)
Lorsque l’eau dévale cette hauteur avec un débit , la puissance hydraulique brute s’exprime :
Cette puissance brute est ajustée par un rendement global , pour obtenir la puissance
effective :
Les rendements atteignent fréquemment 90 %, ce qui en fait l’une des technologies les plus
efficaces du mix énergétique.
1.1.1 – Architecture d’une centrale hydroélectrique
Une centrale hydroélectrique, ce n’est pas qu’une turbine et un alternateur : c’est une
infrastructure complexe, répartie en plusieurs sous-systèmes. Chaque élément est conçu pour
maximiser le rendement global tout en assurant une exploitation sûre et durable.
1. L’ouvrage de retenue (barrage ou dérivation)
C’est l’élément fondateur : il stocke l’eau et crée la hauteur de chute. Trois grandes typologies
existent :
Poids : barrage massif qui oppose sa masse à la pression de l’eau,
Voûte : utilise les parois rocheuses pour répartir les efforts latéraux,
Contrefort : structure allégée soutenue par des appuis triangulés.
Le barrage est équipé de déversoirs pour la gestion des crues, de vannes de vidange et d’une
retenue utile pour stabiliser la production.
2. Prise d’eau
C’est la porte d’entrée du système. Elle canalise l’eau depuis le réservoir vers les conduites
forcées. Elle filtre les débris grâce à des grilles, évite les vortex et les prises d’air et régule le
débit via des vannes.
3. Conduite forcée
Ce tuyau sous pression transporte l’eau jusqu’à la turbine. Conçu en acier ou en béton armé, il
est dimensionné pour résister à la pression statique et limiter les pertes de charge :
avec : coefficient de friction, : longueur, : diamètre.
4. Turbine hydraulique
C’est le convertisseur énergétique central. Il existe plusieurs types selon le site :
Pelton : hautes chutes (>300 m), faibles débits,
Francis : chutes intermédiaires (10-200 m),
Kaplan : basses chutes (<30 m), grands débits.
Chaque turbine est conçue avec des profils optimisés et des matériaux résistants à la
cavitation.
5. Alternateur synchrone
Il convertit la rotation mécanique en électricité triphasée. Il fonctionne à vitesse constante
pour assurer la synchronisation avec le réseau.
Formule : , avec : fréquence (Hz), : vitesse (tr/min), : nombre de pôles.
6. Transformateur élévateur
Il adapte la tension produite (ex : 6,6 kV) à une tension de transport (ex : 63 ou 225 kV). Il est
refroidi par huile (ONAF/ONAN), protégé contre les surtensions (parafoudres ZnO).
7. Automatisme, contrôle, protection
C’est le cerveau opérationnel. Il inclut :
Contrôle PID de la turbine,
Synchronisation avec le réseau (phase/tension),
SCADA pour supervision à distance,
Protections électriques (surcharges, déséquilibres, courts-circuits).
Conclusion technique
L’hydroélectricité repose sur une architecture rigoureuse, où chaque composant est conçu
pour optimiser la conversion d’énergie. Cette robustesse en fait une solution fiable, durable et
parfaitement compatible avec les objectifs d’électrification décarbonée. Elle constitue aussi
une base de comparaison essentielle pour comprendre le fonctionnement et les enjeux des
hydroliennes immergées.
1.2 – Historique et évolution technologique de l’hydroélectricité
L’utilisation de la force de l’eau pour produire de l’énergie remonte à plusieurs millénaires,
mais c’est au XIXe siècle que l’hydroélectricité prend sa forme moderne. Dès 1882, la
première centrale hydroélectrique à Appleton (Wisconsin, États-Unis) utilise une turbine
entraînée par un cours d’eau pour produire de l’électricité, marquant un tournant majeur.
Le XXe siècle est celui de la maturité :
Développement des alternateurs à grande puissance,
Barrages emblématiques (Hoover, Itaipu, Trois-Gorges),
Intégration aux politiques énergétiques nationales (EDF, TVA, etc.).
Au XXIe siècle, les évolutions portent sur :
L’optimisation aérodynamique des turbines (CFD),
Les systèmes de régulation numérique (PLC, SCADA),
La maintenance prédictive par capteurs intelligents,
Le déploiement de micro-hydro pour l’accès décentralisé à l’énergie.
L’hydroélectricité est ainsi passée d’une technologie pionnière à un pilier de la transition
énergétique bas carbone.
1.3 – Ressource hydroélectrique et potentiel exploitable
A. Les fondements physiques de la ressource
Deux grandes formes d’énergie hydraulique sont exploitées :
1. Énergie potentielle gravitationnelle
Utilisée dans les centrales à chute, elle dépend de la hauteur entre le point de stockage de
l’eau et la turbine.
: masse volumique (1000 kg/m³)
: débit (m³/s)
: hauteur de chute (m)
C’est la forme la plus mature et efficace.
2. Énergie cinétique
Prélevée dans les courants fluviaux ou marins via des hydroliennes :
: surface balayée (m²)
: vitesse de l’eau (m/s)
Cette ressource est très sensible aux variations de vitesse (v^3).
B. Typologie des sites hydrauliques
Haute chute (>200 m) : débit faible, turbines Pelton
Moyenne chute (30-200 m) : turbines Francis
Basse chute (<30 m) : gros débits, turbines Kaplan
Hydrocinétique : sans barrage, exploite courants directs
Marémotrice : marées (amplitudes > 5 m)
C. Potentiel mondial
Données IEA/IRENA :
Potentiel technique mondial > 16 000 TWh/an
25 % actuellement valorisés
Zones à fort potentiel : Congo, Amazone, Gange
D. Intermittence et pilotage
Contrairement à l’éolien ou au solaire, l’hydroélectricité peut être stockée (retenue), pilotée
(vannes), et réglée en fréquence (services réseau). Elle constitue ainsi un outil régulateur
stratégique du système électrique.
1.4 – Avantages, contraintes et durabilité de l’hydroélectricité
A. Atouts techniques majeurs
Rendement élevé : jusqu'à 92 %, grâce à la densité de l'eau et aux systèmes directs.
Pilotage dynamique : modulation rapide de la puissance en réponse à la demande
(quelques secondes).
Longévité : plus de 50 ans pour les structures civiles, jusqu'à 40 ans pour les
mécanismes tournants.
Stockage indirect : grâce aux STEP, possibilité de stocker de l’énergie à grande
échelle.
B. Contraintes techniques et environnementales
Topographie spécifique : besoin d'un relief favorable, d'un débit stable et d'une bonne
géologie.
Impacts écologiques : perturbation des écosystèmes aquatiques, émissions de
méthane dans les barrages tropicaux.
Risques humains : déplacements de populations, conflits d’usage de l’eau.
C. Résilience et modernisation
Compatibilité mix énergétique : parfaite intégration dans un scénario décarboné.
Micro-hydro : solutions pour sites isolés, équipements compacts.
Rétrofit : conversion de barrages existants non équipés.
Conclusion
L’hydroélectricité se distingue comme une technologie de pointe, robuste et adaptable. Elle
incarne une convergence entre performance technique, respect environnemental et résilience
énergétique. Elle offre un terrain d’expression idéal pour l’ingénieur moderne, en croisant
génie civil, électrotechnique, hydraulique et automatisme.