AXE 3 : les frontières internes et externes de
l’Union Européenne
C’est quoi l’Europe ?
C’est un continent, un lieu de civilisation et un espace historiquement
conflictuel :
Elle s’étend de « l’Atlantique à l’Oural (=chaîne de montagne en Russie) »
- Paroles repris dans un discours de Charles de Gaulle, d’un géographe
russe du XVIIIe siècle, à l’époque où la Russie copier la France. La
définition des frontières de l'Europe relève ainsi d'un accord historique
plutôt que d'une nécessité géographique absolue.
Avant de devenir des frontières géographiques, c’est un lieu de
civilisation :
Qu’est-ce qui rapproche les pays de l’Europe ? : un héritage greco-
latin et judéo-chrétien (terme qui est encore discuté) et aussi une
certaine constitution de l’individu qui a des droits, c’est-à-dire des
Lumières, un héritage scientifique du XVIIe siècle, celle de la beauté
du XIXe siècle (le romantisme), …
Les grands mouvements culturels ont été communs à tout le continent. Il y
a bien des points d’unité commune pro-européenne. Il y a aussi des
morphologies architecturales, avec le fait que l’église est au milieu du
village, etc.
Cependant, c’est tout de même un espace historique très conflictuel :
Déjà, l’Europe est divisée en 50 états et pays.
L'Europe, malgré sa division historique en de nombreux États, a toujours
été traversée par une aspiration à l'unité, héritée de la grandeur de
l'Empire romain. Cette « nostalgie impériale » a façonné les mentalités, où
des identités nationales fortes coexistent avec un sentiment
d'appartenance à une histoire et une culture commune. La diversité
européenne, marquée par des conflits passés et un idéal d'unité actuel
(comme l'UE), témoigne de cette tension constante entre fragmentation et
désir d'un destin partagé.
Il y a eu des structures qui ont été organisées :
Concert européen (Congrès de Vienne) : vise à réunir les chefs
d’État pour gérer le bien commun européen, afin de garder une
situation pacifique.
Ex : les fleuves du Danube et du Rhin font l’objet d’accords.
Ce concert n’arrête par les guerres (guerre franco-prussienne en 1870)
mais empêche les conflits généralisés : = guerre ou une série de
guerres impliquant un grand nombre de pays ou de régions du monde.
I. L’Union Européenne, un espace sans frontières pour
dépasser les frontières ?
A- L’Europe redéfinit les frontières
D’abord un projet politique :
L'expression « guerre civile européenne de 30 ans » est une interprétation
historique proposée par l'historien allemand Ernst Nolte pour décrire la
période allant de 1914 à 1945. Au lieu de considérer la Première Guerre
mondiale (1914-1918) et la Seconde Guerre mondiale (1939-1945) comme
deux conflits distincts, Nolte les analyse comme les phases successives
d'une seule et même "guerre civile" à l'échelle européenne.
Les nations européennes songent sérieusement à une unité européenne
après les guerres. Elles doivent finir pour contribuer à peser dans un
Nouveau Monde, sinon il y aura un basculement vertigineux, surtout dans
un monde bipolaire (américain VS soviétique), il se pourrait que l’Europe
se pose dans un contexte de Guerre Froide.
Plusieurs étapes :
Approfondissement : plus de liens entre les États européens, ils
déléguent davantage de compétences aux institutions
européennes. Voir au-delà, il y a un pouvoir suprême = la
souveraineté.
Ex : la France est absolument souveraine : faire les lois, battre monnaie,
décider de la paix de la guerre. Il faut se poser la question de ce qu’il
relève de la nation et ce qu’il relève du continent.
Peut-on en 1950 déléguer les pouvoirs à quelqu’un ?
Élargissement : intégration de nouveaux états à l’ensemble. C’est
assez complexe car il y a des états qui ont posé problème à
l’adhésion de l’union européenne.
Ex : - L'adhésion de la Turquie à l'UE a été problématique malgré son
ancrage géographique et historique en Europe, en raison du vote de sa
population pour des partis islamistes, soulevant des questions sur la
compatibilité avec les valeurs européennes.
- L'approche distante du Royaume-Uni envers l'UE, marquée par la
préservation de sa souveraineté, a pu influencer la direction de
l'intégration européenne avant le Brexit.
- L'Ukraine, quant à elle, voit l'adhésion à l'UE comme un
rapprochement démocratique, mais son poids démographique et les
défis internes rendent le processus complexe.
Des politiques sont mises en place telles que la PAC (Politique
Agricole Commune) et le programme Ariane. Ces exemples illustrent
concrètement la délégation de compétences de la part des États
membres vers l'Union Européenne dans des domaines spécifiques : La PAC
est une politique commune qui gère l'agriculture au niveau européen,
tandis qu'Ariane est un programme spatial européen. => Ces initiatives
démontrent la volonté des États de coopérer et de mettre en commun des
ressources pour atteindre des objectifs communs qui seraient plus
difficiles à réaliser individuellement.
Ce qui a motivé la construction de l’union européenne :
- Pacifisme latent (inexprimé) : la guerre et ses horreurs < paix.
- Réalisme, politique
- Impératif économique : avoir du charbon et de l’acier pour
reconstruire
Les traités de l’UE
C’est tout d’abord une union entre l’Italie, l’Allemagne, la France et le
BENELUX (Belgique, Pays-Bas et Luxembourg).
1950 : avec Robert Schuman et Jean Monnet = père de l’Europe. Ces
derniers proposent la mise en commun de la production de charbon et
d’acier de la France et de l’Allemagne, dans le but de rendre la guerre. Il y
a donc un rapprochement qui serait = « doux commerce ». Et puis en
1951 : Création d’un marché commun de charbon et d’acier = CECA
(Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier)
Certains souhaitent autre chose :
1953 : échec du projet de CED (Communauté Européenne de
Défense= viser à créer une armée européenne commune) à la suite d’un
vote défavorable de l’Assemblée nationale française. À ce moment, la
France et ne cède pas ; elle vote nom, car on toucherait à la souveraineté.
Si ce traité est voté = fin de la France. Même s’il y a une volonté de se
rapprocher, certaines nations veulent garder leur vie.
1957 : Traité de Rome avec 2 communautés distinctes ont été
construites :
- Création de la CEE (Communauté économique européenne) qui
a pour but de créer un grand marché commun (libre circulation des
hommes et des marchandises) grâce a l’union douanière
(suppression des droits de douane).
- Création de l’EURATOM (CEEA = Communauté Européenne de
l’énergie atomique) qui a pour but un développement en commun
et à des fins pacifiques, de l’énergie atomique en Europe = de
favoriser le développement et l'utilisation pacifique de l'énergie
nucléaire en Europe.
Avant de mettre des projets sur le marché, il y a des normes sociales,
sanitaires et aujourd’hui environnemental à suivre. Il institution valide ou
pas la mise en place d’un produit : La Commission Europe. Elle est
responsable de proposer de nouvelles législations, de mettre en œuvre les
décisions du Parlement européen et du Conseil de l'UE, de gérer le budget
de l'UE et de veiller à l'application du droit de l'UE (en tant que "gardienne
des traités"). Ses membres, appelés commissaires, sont nommés pour un
mandat de cinq ans.
Puis on va lentement vers un autre projet :
1979 : création du Parlement européen, qui vise à vérifier toutes les
décisions en lien avec l’Union européenne = Ils votent les lois
européennes et vérifient ce que font les autres institutions de l'UE, comme
la Commission européenne.
Les compétences de l'UE, comme la PAC, devraient être soumises au
contrôle démocratique du Parlement européen, élu par les citoyens. Le
Conseil européen, réunissant les chefs d'État et de gouvernement, définit
les grandes orientations politiques de l'UE. Ainsi, de plus en plus de
compétences lui ont été attribués.
Ex : la Convention européenne des droits de l’Homme est tout en
haut. Elle établit un catalogue de droits et libertés fondamentaux (droit à
la vie, interdiction de la torture, liberté d'expression, etc.) et met en place
un mécanisme de contrôle par la Cour européenne des droits de l'homme
à Strasbourg. C'est un texte juridique contraignant pour les États qui l'ont
ratifiée.
L’Europe, c’est d’abord l’abolition des frontières, notamment économique.
Il reste à cette époque à abolir les frontières politiques (celles qui limite le
déplacement des personnes)
1985 : l’ensemble des états européens signent les Accords Schengen,
qui entrent en vigueur en 1995. Elles instaurent un espace de libre,
circulation des personnes entre les états signataire (suppression des
contrôles aux frontières intérieures), tout en garantissant, une protection
renforcée aux frontières extérieurs de cet espace.
1992 : Traité de Maastricht Ce traité a transformé la Communauté
Économique Européenne (CEE) en Union Européenne (UE), marquant un
élargissement des compétences au-delà de la simple économie. On
dépense nos euros sur des espaces assez larges. Ainsi, elle met en place
des critères sur la parité monétaire.
+ mise en place des critères de Maastricht, qui supposent que :
- Le déficit public doit être inférieur à 3% du PIB
- Et la dette publique inférieure à 60 % du PIB
- L’inflation ne doit pas être supérieur de + de 1,5 % par rapport au
taux d’inflation, moyen des trois états membres les plus performants
- Les taux d’intérêt à long terme ne doivent pas être supérieurs de +
de 2 % par rapport à ceux des trois états membres les plus
performants.
- Les pays membres doivent respecter une marge de fluctuation de
leur taux de change par rapport à un taux de change pivot.
Une dévaluation : est une baisse officielle de la valeur d'une
monnaie par rapport à une ou plusieurs autres monnaies ou par
rapport à l'or (dans les systèmes de change fixes). L'objectif
principal est généralement de rendre les exportations moins chères
et les importations plus coûteuses, ce qui peut améliorer la balance
commerciale.
En effet, la stabilité plaît bien à l'économie : Des taux de change stables,
comme ceux recherchés au sein de la zone euro, réduisent l'incertitude
pour les entreprises engagées dans le commerce international et facilitent
les investissements.
La limitation de la dette et la réduction du déficit public en dessous de 3 %
du PIB sont des critères clés du Pacte de stabilité et de croissance de
l'Union Européenne.
L'objectif est d'assurer une gestion budgétaire saine pour éviter des
crises économiques et garantir la stabilité de l'euro.
Cependant, une conséquence de ces politiques peut être la réduction des
dépenses publiques, ce qui peut avoir des implications sur les services
publics et la croissance économique.
L’Europe devient de plus en plus libéral et cette abolition des frontières et
donc multiforme : perte de compétences et de souveraineté. Le
protectionnisme est donc moins présent.
Adhésion à l’Europe
Il y a la question de l’extension de ses frontières, avec plusieurs
vagues/étape d’élargissement : D’abord, il faut savoir qu’un État peut
mettre un veto sur l’insertion d’un autre.
1957 : L’Europe des 6 = elle servait l’impérialisme français.
1973 : Auparavant, la France, sous de Gaulle, avait opposé son veto à
l'adhésion du Royaume-Uni (+ Irlande), du Danemark et de la
Norvège, en partie par souci de souveraineté. Pompidou lèvera ce veto,
ouvrant la voie à leur adhésion (sauf pour la Norvège qui votera contre),
illustrant la tension constante entre intégration européenne et
préservation de la souveraineté nationale.
1981 : Grèce : les considérations historiques et culturelles ont primé
(Comment voulez vous exclure le pays d’Aristote), même si les critères
économiques n'étaient pas pleinement satisfaits à l'époque. C'était une
décision politique forte, ancrée dans l'héritage de la civilisation
européenne.
1986 : Espagne et Portugal : consolide la démocratie dans ces pays
après des périodes de dictature et élargissant l'Europe vers le sud.
2004 : basculement majeur avec l'adhésion d'un grand nombre de
pays, principalement d'Europe centrale et orientale. Cette
intégration a réuni des nations avec des histoires et des cultures
différentes, et parfois des niveaux de développement économique
disparates. L’Allemagne (favorable) et la France (plus sceptique) reflètent
bien les débats et les inquiétudes de l'époque quant à la capacité de l'UE à
intégrer un si grand nombre de nouveaux membres.
2007 : Roumanie et Bulgarie : La peur de la concurrence,
symbolisée par la figure du « plombier polonais », était une préoccupation
réelle en France et dans d'autres pays d'Europe de l'Ouest. Cela a conduit
au maintien de certaines restrictions, illustrant la complexité de l'abolition
des frontières, notamment sur le plan social et fiscal. La politique de
Bolkestein, visant à libéraliser les services au sein de l'UE, a cristallisé
ces craintes de dumping social.
Le dumping social : une situation où des entreprises bénéficient
d'avantages compétitifs en employant de la main-d'œuvre à des
coûts inférieurs par rapport aux normes en vigueur dans d'autres
pays. Cela peut créer une concurrence déloyale et exercer une
pression à la baisse sur les salaires et les conditions de travail dans
les pays où les normes sont plus élevées.
Frontières qui reculent :
Le Brexit en 2015 (référendum) et 2019 (sortie officielle) : Les
motivations étaient multiples, incluant une volonté de reprendre le
contrôle des lois et de limiter l'immigration en provenance des pays
d'Europe de l'Est. L'émigration de l'Europe de l'Est vers d'autres pays de
l'UE après les élargissements de 2004 et 2007 avait en effet suscité des
débats et des tensions dans certains États membres.