Buschini
Thèmes abordés
Buschini
Thèmes abordés
Université de Genève
analogue a été formulée par Jean Piaget (1932, 1945) lorsqu’il opposait la pensée de
l’enfant à la pensée de l’adulte. Dans l’enfance règne une pensée pré-opératoire qui
ne s’achève qu’à l’adolescence, où débute la maîtrise des opérations de la logique
formelle, caractéristiques de la pensée opératoire des adultes.
Alors que chez Piaget une forme de raisonnement remplace l’autre au cours du
développement, que chez Lévy-Bruhl elles relèvent de cultures différentes, et que
chez Durkheim elles sont radicalement distinctes, l’innovation de Moscovici consiste
à proposer une approche plus dynamique dans laquelle plusieurs modes de
raisonnement coexistent en tout individu (Moscovici, 1981). Même les adultes dont le
développement cognitif leur permet de maîtriser les principes du raisonnement
logique utilisent fréquemment une pensée représentative plus symbolique. Le fait
que deux modes de pensée puissent coexister, non seulement chez un même
individu, mais également au sein d’une même représentation sociale, a été
dénommé par Moscovici (1961) polyphasie cognitive1 (voir aussi Jovchelovitch,
2008). La vie quotidienne génère en effet de nombreuses contraintes qui nous
poussent à prendre des décisions, ou à adopter des positions, qui ne suivent pas
forcément les principes de la logique formelle. Dans le sens commun, le contenu des
objets sur lesquels portent les raisonnements prime sur les principes formels,
contrairement au raisonnement scientifique, où l’objet étudié se soumet à ces
principes (Clémence & Doise, 1995; Lorenzi-Cioldi & Clémence, 2010; Moscovici &
Hewstone, 1983 ; voir Doise, 1990). Ainsi, lorsque Jovchelovitch et Gervais (1999)
étudient la représentation sociale de la santé et de la maladie dans la communauté
chinoise en Angleterre, elles observent qu’à l’exception des plus âgés, vivant isolés
dans leur société d’accueil, ses membres mobilisent à la fois des pratiques et des
connaissances liées à la médecine chinoise traditionnelle et à la médecine moderne
occidentale, sans contradiction apparente. De même, dans sa célèbre étude de la
représentation sociale de la folie, réalisée dans un milieu rural où des malades
mentaux sont placés dans des familles d’accueil par l’hôpital psychiatrique, Denise
Jodelet (1989a) constate un fait troublant. Alors même qu’on déclare dans ces
familles que la folie n’est pas contagieuse, tant la vaisselle propre au malade que
son linge sont lavés à part. Cette pratique de séparation des eaux de lavage, qui
1
Polyphasie cognitive : capacité d’un système cognitif (pensée individuelle) ou socio‐cognitif (représentation
sociale) à tolérer en son sein la présence d’éléments de connaissance incompatibles.
Les représentations sociales 3
n’est certes pas mentionnée spontanément, dénote clairement l’idée d’une contagion
de la folie qui est par ailleurs sincèrement niée (hébergerait-on des malades si on les
pensait contagieux ?). Il s’agit là encore d’un exemple frappant de polyphasie
cognitive.
Le rôle dynamique que Moscovici confère aux représentations sociales situe celles-ci
à l'interface du psychologique et du sociologique. Ce positionnement implique que
les représentations sont tout à la fois des objets sociaux se modifiant au gré de
l'interaction humaine, et des objets cognitifs possédant une organisation et une
cohérence internes. Ce dernier aspect des représentations éloigne la notion du sens
que lui attribuait Durkheim, pour qui représentations individuelles et collectives
relevaient de deux registres radicalement distincts, les premières étant variables et
temporaires, les secondes partagées et en quelque sorte intemporelles. Sur le plan
historique, cette transformation en profondeur de la notion de représentation a été
rendue possible par ce qu'il est convenu d'appeler en psychologie le « new look », la
révolution cognitive des années 1950 qui a mis au premier plan l'étude des
processus mentaux. Cette nouvelle orientation de la discipline a en effet largement
supplanté l’approche behavioriste qui met l’accent sur des données observables – à
savoir les réponses apportées par un organisme passif à un stimulus externe –,
ouvrant la voie à ce que l'on dénomme le cognitivisme, notamment en psychologie
sociale. L'étude du fonctionnement psychologique s'est dès lors appuyée sur le
postulat selon lequel des états psychologiques internes, conçus comme des activités
cognitives individuelles, sont à la fois le produit et le facteur générateur, des
comportements, opinions et attitudes.
C'est ainsi qu'à partir des années 1960, l'étude des activités représentatives des
individus emprunte deux chemins résolument différents: l'un, le courant de la
cognition sociale qui va prédominer dans le monde anglo-saxon, traitera de biais
cognitifs dans la perception et le jugement, comme le suggère la célèbre métaphore
du cognitive miser (Fiske & Taylor, 1984; Ross & Nisbett, 1991). L'autre, inauguré
par Moscovici, traitera les représentations sociales comme étant des modes de
communication situés à l'articulation du social et du psychologique, se refusant ainsi
de considérer la pensée humaine comme étant affectée de biais. Dans sa
perspective, ceux-ci en fonderaient plutôt la richesse.
Les représentations sociales 4
Dans le modèle des entités, les groupes sont envisagés comme des ensembles
discrets, mutuellement exclusifs et exhaustifs. Le trait distinctif d'un groupe est son
homogénéité: ses membres partagent les mêmes caractéristiques au même degré.
Les attributs du groupe représentent leur essence, ce sans quoi ils deviendraient
« autre chose » que ce qu'ils ne sont. Pour illustrer, ce type de représentation
mentale du groupe émerge souvent dans les mouvements de revendications
identitaires. Le nationalisme ethnique, affirme Hobsbawm (1995), « est la croyance
que l'identité d'un groupe consiste en quelques caractéristiques existentielles,
supposées primordiales, immuables et donc permanentes et individuelles, partagées
par tous les membres du groupe et par aucun autre » (pp. 500-501). Le modèle en
prototypes postule en revanche une organisation cognitive de l'information basée sur
des degrés d'appartenance à une catégorie. Le prototype est le centre de gravité
d'un groupe, un résumé qui exhibe les attributs les plus fréquents de ses membres.
La possession de tous les attributs définissant le groupe n'est plus, comme pour les
entités, un critère nécessaire d'appartenance. Il en découle que les groupes ne sont
jamais très homogènes et qu'ils ne se démarquent pas les uns des autres par des
frontières nettes. Chaque groupe est représenté par un petit nombre d'individus,
qualifiés de « centraux », de « bons exemples ». Ce modèle encourage la diversité
au sein du groupe, une diversité qui peut revêtir l'aspect de différences individuelles,
mais le plus souvent de contrastes entre des sous-ensembles de personnes (p. ex.,
les femmes au foyer, les femmes managers, etc.). Un prototype entretient donc, dans
une certaine mesure, les particularités individuelles. Mais c'est au modèle en
exemplaires de souligner le plus fortement ces particularités. Ce modèle récuse
l'idée que la représentation mentale d'un groupe soit basée sur un petit nombre de
caractéristiques modales plus ou moins intensément partagées par les membres du
Les représentations sociales 5
groupe. Il n'accorde pas non plus de rôles particuliers aux membres les plus typiques
du groupe. Il postule, inversement, que les individus récoltent et entreposent en
mémoire de l'information beaucoup plus concrète, circonstanciée, se rapportant à
chacun des membres du groupe. Selon Smith (1992), « Un exemplaire ... diffère d'un
prototype ou d'un schème qui implique généralement des connaissances abstraites
sur les propriétés typiques ou attendues d'un groupe social. Les exemplaires (les
représentations cognitives d'individus) peuvent s'échelonner de représentations très
détaillées et complètes de personnes spécifiques (ma mère ou mon collègue) à des
représentations minimales comportant seulement deux ou trois attributs » (p. 109).
C'est donc bien l’élaboration d’une représentation sociale des groupes collection et
agrégat qui permet de conférer une signification aux différentes propriétés formelles
des groupes conceptualisées dans le courant de la cognition sociale. Ce sont bien
des paramètres qui ressortissent aux interactions sociales, et notamment à leur
inscription au sein d’une hiérarchie sociale, qui permettent de contempler sous un
jour nouveau les représentations mentales du groupe formalisées à tour de rôle par
des modèles congnitifs rivaux et inarticulés. Nos travaux montrent ainsi que les
groupes de statut supérieur propagent des conceptions du monde et de soi en
Les représentations sociales 6
termes individualistes, tandis que les dominés demeurent rivés à des conceptions
plus collectivistes (Lorenzi-Cioldi, 2009; Iacoviello & Lorenzi-Cioldi, 2013).
En résumé, les positions des groupes dans la hiérarchie sociale rendent compte de
l'aspect qu'assument les groupes sociaux en termes d'entités, de prototypes ou
d'exemplaires. On passe ainsi de modèles qui rivalisent d'élégance de par leurs
propriétés formelles, à des modèles complémentaires et nécessaires, les uns autant
que les autres, pour décrire la manière dont les groupes dominants et les groupes
dominés s'inscrivent dans les représentations quotidiennes. Comme l'affirment
Rateau, Moliner, Guimelli et Abric (2011), les courants de recherche qui visent à
« établir des liens entre les processus socio-représentationnels et d’autres processus
traditionnellement étudiés dans le domaine de la cognition sociale, apparaissent
comme la voie la plus prometteuse en ce qui concerne de futurs développements de
la théorie » (p. 478).
Cette recherche documentaire ne s'appuie que sur des revues et éditeurs indexés
par les bases de données et, à ce titre, ne saurait prétendre à l'exhaustivité.
Néanmoins, il est intéressant de noter que, parmi les articles recensés, la majeure
partie (51,9 %) est écrite dans la langue d'échange de la communauté scientifique,
attestant la volonté de diffusion de cette théorie. La proportion de publications en
portugais (14,2 %) est similaire à celle réalisée en français (17,3 %), langue originelle
de la théorie. Cela atteste d'une diffusion importante dans les pays lusophones, due
en grande partie au succès qu'a rencontré la théorie au Brésil. Viennent ensuite
l'allemand (6,9 %), l'espagnol (4,8 %) et l'italien (2,3 %), les autres langues d'Europe
centrale ou des pays scandinave ne dépassant pas 1 % chacune. Mais cette
apparente faiblesse doit être relativisée au regard de la faible proportion de revues
scientifiques de langues européennes indexées dans les bases de données que
nous avons utilisées.
Approche anthropologique
Approche structurale
Moins simples, mais plus fiables car plus indirectes, deux autres méthodes ont été
proposées par Pascal Moliner. Toutes deux s'appuient sur l'élaboration d'un scénario
minimal et ambigu pour tester la centralité d'un élément. Il s'agit d'un petit texte qui
décrit de manière floue et minimale l'objet de représentation sans le nommer. La
technique d'induction par scénario ambigu (Moliner, 1993) consiste ensuite à
conclure ce texte en précisant soit qu'il s'agit de l'objet de représentation étudié, soit
qu'il ne s'agit pas de cet objet. Les participants sont ensuite répartis aléatoirement en
deux groupes correspondant respectivement aux deux scénarii. Ils doivent alors
évaluer les éléments du contenu recueillis dans une phase antérieure comme plus
Les représentations sociales 13
ou moins caractéristiques de l'objet décrit par le scénario. Lorsque l'on compare les
moyennes obtenues par chaque élément dans les deux groupes, la présence d'une
différence significative révèle la centralité de l'élément évalué. En revanche, si
l'élément est évalué de la même manière dans les deux groupes, on en conclut qu'il
joue un rôle périphérique dans la représentation. La technique de mise en cause
(Moliner, 1994b) repose sur la même logique, mais procède de manière inverse. À
l'issu du scénario, ce sont les éléments de contenu qui sont niés individuellement.
Les participants doivent alors juger si l'objet décrit dans le scénario peut être ou non
l'objet de représentation. Comme le noyau central d'une représentation en assure à
la fois le sens et la stabilité, il n'est pas négociable. La disparition d'un de ses
éléments mène logiquement à la disparition de la représentation. Si la présence d'un
élément central est mise en cause en conclusion du scénario, les participants
devraient unanimement déclarer que l'objet décrit n'est pas l'objet de la
représentation. Ainsi, lorsque Moliner étudie la représentation sociale de l'entreprise,
il présente à ses participants le texte suivant : « Depuis de nombreuses années,
SOLITEC réunit plusieurs dizaines de personnes aux compétences et aux intérêts
divers. Chacune de ces personnes contribue à sa manière au fonctionnement de
cette organisation qui est reconnue comme l’une des plus importantes de sa
spécialité ». Les participants doivent ensuite décider si SOLITEC est une entreprise
si, par exemple, elle n'est pas un lieu d'épanouissement personnel ou si elle ne fait
pas de profit. Le profit étant un élément central de la représentation sociale de
l'entreprise, sa mise en cause provoque un refus de reconnaître en SOLITEC une
entreprise, refus que l’analyse statistique permet de considérer comme unanime. Ce
n'est en revanche pas le cas pour l'épanouissement personnel. Il est également
possible de faire l’économie du scénario en demandant directement aux participants
si l’objet de la représentation étudiée serait encore cet objet en l’absence de
l’élément testé. Les résultats obtenus par cette approche se résument souvent à
dégager, parmi une liste de caractéristiques, celles qui sont centrales pour la
représentation sociale étudiée. Ainsi par exemple la représentation sociale des
études (Flament, 1995, 1999 ; Moliner, 1995 ; Moliner & Tafani, 1997 ; Tafani &
Bellon, 2001) est composée d’un nombre d’éléments considérés comme importants
par les individus interrogés (entre 10 et 20, selon les groupes interrogés). Pourtant,
parmi ces éléments, seuls quelques-uns font partie du noyau central de la
représentation. Ce sont essentiellement le développement des capacités de réflexion
Les représentations sociales 14
Le rôle crucial que joue le noyau central, non seulement au sein de la représentation,
mais également au sein de l’approche structurale, laisse dans l’ombre le reste de la
représentation, composé d’éléments périphériques, mais aussi les relations que tous
ces éléments, y compris centraux, peuvent entretenir les uns avec les autres. Pour
échapper à cet aspect réducteur, l’analyse de similitude, et plus récemment la
technique des schèmes cognitifs de base, peuvent utilement venir compléter
l’identification du statut des éléments de la représentation. Cette dernière technique,
proposée par Guimelli et Rouquette (1992), permet également de se prononcer sur
la centralité des éléments associés à l’objet de représentation étudié (voir Guimelli,
2003 ; Rouquette & Rateau, 1998), mais en examinant systématiquement comment
les participants évaluent différentes relations pouvant exister entre les éléments que
la représentation leur évoque et l’objet même de la représentation. Les auteurs
soumettent aux participants 28 relations qu’ils considèrent comme exhaustives au
prix parfois d’une certaine redondance. Ces schèmes cognitifs de base se
répartissent en relations descriptives (par exemple : « l’objet de représentation
signifie la même chose que votre réponse »), de praxie (« on utilise l’objet de
représentation pour faire votre réponse ») et d’attribution (« l’objet de représentation
a pour effet, entraîne votre réponse »). L’aspect systématique de cette technique en
fait à la fois la richesse et la faiblesse. En effet, si toutes les relations sont
examinées, elles sont parfois, selon l’objet étudié et les éléments évalués, difficiles à
comprendre, voire artificielles.
politique (par exemple, La psychologie est souvent utilisée pour détourner l'attention
des vrais problèmes sociaux affrontés par les individus), vers le type d, ouvertement
clinique (La psychologie peut produire une meilleure connaissance de soi chez les
individus). Les participants (selon les enquêtes : des étudiants en psychologie, des
praticiens dans différents secteurs cliniques et assistanciels) exprimaient leur degré
d'accord avec une série de propositions reflétant chacun des types d'images. Une
analyse des moyennes a d'abord fait apparaître que les items relevant du type a, les
plus politiques, étaient consensuellement refusés, tandis que les items relevant des
types intermédiaires, b et c, étaient massivement acceptés (les items de type d
apparaissant comme moins consensuels). Ainsi, les types b et c se ressemblent, et
contrastent avec le type a. Bien différent est toutefois le portrait des résultats qui
émerge lorsqu'on soumet les mêmes données à l'analyse factorielle. Les
corrélations, comme le premier facteur de l'analyse, font apparaître une intense
covariation des items qui composent les types a et b, à savoir des items,
respectivement, refusés et acceptés. La covariation d'items aussi hétérogènes sur le
plan de leurs degrés d'acceptation s’est avérée due au fait que les deux images
rendent compte de l'intervention du psychologue sur la société. Ce facteur peut par
conséquent être nommé « politique ». Son émergence s'explique de la manière
suivante: l'extrémisme inscrit dans le type a occasionne le rejet des items
correspondants, tandis que le caractère plus modéré du type b amène l'acceptation
de ces items – sur un fond commun d’interventionnisme politique. L'hétérogénéité
des items qui relèvent de ces deux types se limite donc au niveau de l’accord qu’ils
suscitent. Le facteur qui fait covarier ces deux types d’items représente bien un enjeu
politique autour duquel des psychologues de différentes orientations et insertions
professionnelles se positionnent différemment, saturant fortement jusqu’à faiblement
le facteur (pour d'autres détails, cf. Doise, Clémence, & Lorenzi-Cioldi, 1992, pp. 88-
96).
Le second exemple concerne la manière dont les individus ancrent leurs perceptions
dans des frontières entre groupes. Selon la théorie des rôles sociaux (Wood & Eagly,
2010), les stéréotypes de genre découlent de ce qu'hommes et femmes occupent
des places et explicitent des rôles sociaux différents, agentiques-instrumentaux pour
les uns, communiaux-expressifs pour les autres. Cette idée, compatible avec la
perspective des groupes collections et agrégats (Lorenzi-Cioldi, 2009), permet de
Les représentations sociales 17
faire l'hypothèse qu'en présence d'un conflit catégoriel entre un principe organisateur
fondé sur le genre et un principe organisateur fondé sur le statut professionnel, les
individus vont pencher pour ce dernier.
Des étudiants universitaires décrivaient deux cadres et deux employés, pour une
moitié de sexe masculin et pour l'autre moitié de sexe féminin, en leur assignant des
adjectifs qui étaient reportés sur une liste (Lorenzi-Cioldi, 1997). Ces adjectifs
comprenaient les stéréotypes habituellement utilisés pour décrire d'une part les
cadres et les hommes (par exemple, indépendant-e, compétitif-ve) et d'autre part les
employés et les femmes (chaleureux-se, sensible). Cette tâche de répartition des
adjectifs permet de comprendre la manière dont les participants se représentent les
frontières entre les catégories relevant du sexe et de la profession. Plus précisément,
elle permet de mettre en évidence le critère qui organise les représentations des
cibles: statutaire ou selon le genre. Une analyse appropriée des réponses à cette
tâche a montré l'émergence chez les participants de deux critères principaux de
répartition des cibles. D'abord, et de manière prépondérante, les participants
opposent les deux cadres aux deux employés. Hommes et femmes apparaissent
donc comme interchangeables au sein de chaque rôle professionnel. Les adjectifs
qui fondent ce clivage désignent les qualités les plus utiles en vue d'expliciter l'un ou
l'autre rôle professionnel: les cadres sont décrits comme décidé-es, indépendant-es,
et compétitif-ves, alors que les employés sont susceptibles et gentil-les. Le second
critère isole la femme employée, décrite comme sensible et émotive, et l'oppose aux
deux cadres dans leur ensemble, qui sont décrits par des traits agentiques.
Ces résultats ne mettent donc pas en évidence des oppositions marquées entre les
hommes et les femmes en tant que tels: l'opposition des sexes est subordonnée aux
différences entre professions ou statuts. D'une part, les contenus expressifs sont
davantage associés au statut professionnel le moins prestigieux (plutôt qu'aux
femmes comme telles) tandis que les contenus instrumentaux le sont avec le statut
de cadre (plutôt qu'aux hommes comme tels). D'autre part, l'appartenance sexuelle
de la cible interagit avec son statut professionnel: certaines caractéristiques
expressives sont en effet imputées exclusivement à la femme qui occupe le rôle
d'employée, tandis que la division entre les sexes n'apparaît d'aucune manière au
sein des cadres, à savoir le statut supérieur (cf. Lorenzi-Cioldi, Buschini, Baerlocher,
& Gross, 2010). L'employée est particularisée notamment pour ce qui est de ses
Les représentations sociales 18
Il est difficile d’illustrer cette approche avec des résultats précis, tant ceux-ci reposent
sur l’interprétation de matériaux qualitatifs et sont le plus souvent illustrés par des
extraits d’entretiens. Les conclusions sont ainsi établies à partir d’entretiens,
considérés comme des faits empiriques participant de la construction discursive des
représentations et de la réalité sociale. Lorsque les recherches portent sur de
véritables objets de représentation sociale, ce qui est loin d’aller de soi lorsque
McKinlay, Potter et Wetherell (1993) étudient les décisions d’un jury devant se
prononcer sur l’admission dans une association d’artisanat, les résultats illustrent
parfaitement l’aspect à la fois dynamique et polémique des représentations sociales
qui participent à la construction des identités sociales (voir par exemple Moloney &
Walker, 2007). C’est le cas, par exemple, des travaux de Howarth (2007) qui
s’intéresse au racisme dans le système scolaire anglais. Il s’agit là d’un véritable
objet de représentation sociale dans la mesure où le racisme est un objet qui non
seulement génère des enjeux importants, notamment identitaires, qui impliquent et
engagent les individus dans des rapports polémiques, mais aussi présente un niveau
d’abstraction et de complexité lui permettant d’articuler différentes notions pour
Les représentations sociales 19
former une théorie de sens commun. En ce sens, pour paraphraser Howarth (2006),
les représentations ne sont pas des constructions anodines, comme le fait de se
mettre d’accord sur la production artisanale d’un candidat postulant pour entrer dans
une association par exemple, mais de véritables outils permettant d’exercer un
regard critique sur la société.
Enfin, une approche originale s'est développée en Italie sous l'impulsion de De Rosa
(1994, 2002, par exemple). Visant à appréhender les représentations sociales dans
toutes les dimensions qu'elles sont susceptibles de revêtir, en accordant une place
importante à leurs manifestations iconiques, cette approche combine différentes
méthodes et techniques tant qualitatives que quantitatives. Non seulement elle capte
les représentations à différents niveaux qui dépassent celui nécessairement
considéré du discours, au moyen de techniques variées (réseau sémantique,
productions cartographiques ou iconiques, etc.), mais elle soumet chacune de ces
productions à différentes formes d'analyse de données. Pour ces raisons, cette
manière d'aborder les représentations sociales se présente comme une approche qui
prend le parti de recourir à une pluralité méthodologique. En outre elle cherche à
déterminer la nature des liens entre les représentations sociales et les autres
concepts ou paradigmes relevant de l'étude de la pensée sociale, tels que l'attitude,
le stéréotype, l'idéologie, etc. À titre d'illustration, on pourra se référer à la recherche
de De Rosa et Bocci (2013) sur l'évolution historique de la représentation sociale de
la folie en Italie, appréhendée notamment par interview, échelles de distance sociale,
différenciateur sémantique, réseau associatif et production iconique (dessin d'une
personne normale, dessin d'une personne folle et dessin que ferait une personne
folle). L'analyse de ce matériel, et notamment des productions picturales, indique
clairement une évolution de la représentation de la folie au cours du développement
allant de la déviance (criminel) vers une folie médicalisée (malade, atteinte cérébrale,
etc.) puis une folie psychologique (dépressif, déséquilibre émotionnel, victime
sociale, etc.). Mais, parallèlement à cette évolution, émerge une pensée mythique ou
magique renvoyant à la monstruosité de la folie et dénotant une représentation
polyphasique.
chapelle, ou, moindre mal, font preuve d'une bienveillante ignorance mutuelle. Rares
sont les tentatives de collaboration entre les différentes approches ou les recherches
qui tentent d'en combiner plusieurs (pour des exceptions, voir Moliner, 1994a, 1995 ;
Tafani & Bellon, 2001). Les motifs d'opposition les plus évoqués ne sont pourtant
guère fondés. Ainsi, l'antagonisme récurrent entre qualitatif et quantitatif est un
leurre, puisqu'étudier les représentations sociales nécessite d'en comprendre à la
fois le contenu et les processus (Jodelet, 1984). Le contenu est accessible par des
techniques qualitatives, parmi lesquelles figure l'indispensable recueil d'un discours
construit, que celui-ci soit oral ou écrit (entretiens ou collectes de textes). Or,
déterminer les processus en fonction desquels ce contenu s'élabore ou la manière
dont il se structure, passe forcément par une analyse quantitative. La part relative
accordée aux versants qualitatif et quantitatif dépend de nombreux facteurs, au
nombre desquels le temps et les moyens à disposition pour réaliser la recherche, la
précision ou l'accent mis sur les processus étudiés, ou encore les objectifs de
standardisation et de comparaison. Mais ce n'est en aucun cas un motif
d'incompatibilité entre approches. Pas plus que ne le sont les différents modèles
proposés par ces approches, puisqu'ils relèvent en dernier ressort du développement
de composantes particulières de la théorie des représentations sociales
(objectivation, ancrage, structure, systèmes de communication, métasystème,
pratiques, polyphasie, etc.) et de ce fait peuvent, voire doivent, être intégrés.
Malgré ces intérêts divers portés aux différents aspects de la théorie, les deux
processus majeurs que sont l’objectivation et l’ancrage ont toujours été pris en
compte dans l’étude des représentations sociales depuis le travail fondateur de
Moscovici. Même si certaines orientations vouent davantage d’intérêt à l’un des deux
processus, elles n’ignorent jamais l’autre. Considérons ces deux processus qui,
conjointement, participent à la construction dynamique des représentations sociales.
Objectivation et ancrage
SIDA a aujourd’hui perdu son caractère polémique. Elle est désormais devenue une
représentation sociale stable par l’intégration relativement consensuelle dans le sens
commun des découvertes scientifiques réalisées depuis lors, malgré l’apparition
régulière de courants minoritaires comme le barebaking par exemple (Berg, 2009).
D’autres représentations plus anciennes connaissent le mouvement inverse. Ainsi
par exemple, la représentation sociale du mariage vient de perdre son caractère
hégémonique, ou de représentation collective dans le sens de Durkheim, pour
redevenir une représentation sociale polémique lors des récents débats sur le
mariage homosexuel.
Concluons ainsi avec Doise, Clémence et Lorenzi-Cioldi (1992) que « Les deux
dynamiques de l’objectivation et de l’ancrage sont apparemment opposées: l’une
vise à créer des vérités évidentes pour tous et indépendantes de tout déterminisme
social et psychologique, l’autre désigne au contraire l’intervention de tels
déterminismes dans leur genèse et transformation » (p. 15).
Évoluant vers davantage d'abstraction, vers le milieu des années 1970, l'androgyne
devient alors un être de fusion: il est à la fois mâle et femelle, homme ou femme
intégrant avec harmonie les tempéraments des deux sexes dans une synthèse
nouvelle. Cette androgynie réalise la coalescence de la masculinité et de la féminité
et propose l'avènement d'une personnalité aux comportements singuliers et
originaux.
Pouvant difficilement exister dans une société qui persiste à proposer des modèles
de comportement marqués par la différence sexuelle, cet être hybride, qui a joué un
rôle important de transition dans la valse des représentations, évolue dès le début
des années 1980 vers une conception plus angélique en termes de transcendance
du masculin et du féminin. Ici, l'abstraction atteint son paroxysme et la personne
androgyne échappe aux catégories de la pensée pré-existantes qui en assuraient la
familiarité et la compréhension sous des formes le plus souvent pathologiques.
L'androgynie psychologique désigne alors l'absence ou le non-emploi d'un schème
Les représentations sociales 24
Les trois conceptions de l'androgynie sont ancrées le long d'un axe temporel qui est
aussi celui des affrontements inlassables entre des prises de position tout à la fois
idéologiques, politiques et scientifiques. Selon la définition pionnière de co-présence
de masculinité et de féminité, la personne androgyne incorpore les définitions
consensuelles des sexes. C'est la société, avec ses inégalités, faite individu. Selon la
définition de fusion, l'androgyne opère la synthèse des qualités sexuées, il les
désagrège et les reformule à sa guise. Ce n'est toutefois que selon la définition
angélique, plus abstraite, que l'individu androgyne est censé se départir d'une
société divisée et inégalitaire. En évoluant de cette manière d'une conception plutôt
passive, où il attend d'expliciter des comportements stéréotypiques selon les
situations rencontrées, à une conception active, où l'individu a la liberté d'imaginer de
nouvelles situations, l'androgyne fortifie sa personnalité en devenant indifférent à la
division sexuelle.
Pour s’édifier, le sens commun a besoin d’une base sur laquelle assembler des
matériaux au moyen d’un mortier ou d’un ciment. Cette base est constituée par les
individus, les matériaux par du contenu sémantique et symbolique dont le lien et la
cohérence s’établissent grâce à la communication. La communication joue un rôle
essentiel dans le sens commun. Véritable véhicule des représentations sociales, elle
en assure en effet l’élaboration et la transmission. En ce sens, les représentations
sociales ont parfois été associées à la rumeur (Rouquette, 1975, 1996) ou à
l’épidémie (Sperber, 1989). Mais la communication permet également aux
représentations de se décliner selon différents styles ou différentes logiques
(Moscovici, 1961). Dans toute construction il faut un maître d’œuvre. Cette fonction
est occupée par le métasystème normatif (Moscovici, 1976, pp. 253-255). Ce
Les représentations sociales 25
métasystème dépend des interactions qui s’établissent entre les différents milieux
culturels et sociaux dans lesquels les individus sont intégrés. Il exerce à la fois un
contrôle, une validation et une régulation sur la manière dont les représentations vont
s’établir comme des systèmes sociocognitifs sur les fondations que constituent les
individus, qui sont autant de systèmes cognitifs dépositaires d’une partie des
représentations sociales. Cette relation entre métasystème normatif et systèmes
cognitifs éclaire la polyphasie cognitive sous un angle qui la rend moins surprenante.
En effet, les systèmes cognitifs étant régis par des normes sociales et non pas par la
logique formelle, la coexistence d’éléments incompatibles, ou relevant de logiques
différentes, ne pose aucun problème et fait sens. Le métasystème normatif préside à
la manière dont les éléments constitutifs de la représentation vont être sélectionnés
et communiqués. Or ce métasystème dépend étroitement des milieux culturels et
sociaux. Dans son étude princeps de la psychanalyse, Moscovici (1961) étudie ces
variations à travers la presse française des années 50. Son analyse lui permet de
distinguer trois modes de communication médiatique.
La diffusion, tout d’abord, est principalement utilisée par la presse d’information qui,
s’adressant au plus grand nombre, vise à transmettre et répandre le plus rapidement
possible un contenu supposé d’intérêt général. Dans ce but, elle tend à minimiser et
négliger les différences sociales des individus auxquels elle s’adresse. Son but n’est
pas tant d’influencer ou de convaincre que de permettre à chacun de se forger une
opinion et de trouver des occasions de conduite. La vulgarisation scientifique
exemplifie ce mode de communication de masse très répandu dans nos sociétés.
Depuis le milieu du XXème siècle, les sociétés modernes ont subi des
transformations rapides, notamment au niveau des technologies de l’information et
de la communication dont Internet est une des manifestations les plus
emblématiques. Ces transformations ont considérablement modifié les manières de
communiquer. Si les modes de communication identifiés par Moscovici demeurent
pertinents, il convient de les compléter en tenant compte de cette nouvelle réalité qui
foisonne de représentations sociales, comme le signale désormais Moscovici lui-
même (1995, p. 19) : « On parle à leur propos [les réseaux d’information et les
réalités virtuelles] de révolution informatique ou des “autoroutes” de l’information.
Pourtant, ce dont il s’agit et ce qui est véhiculé, ce sont des représentations ».
Moscovici évoque une nouvelle forme, un nouveau style, une nouvelle logique de
représentation : une cyber-représentation. Cependant, il ne va pas jusqu’à envisager
qu’elle puisse être régulée par un métasystème et un mode de communication qui lui
seraient propres.
Relevons enfin que l’ensemble des modes de communication peuvent être utilisés
par une même source. Par exemple, le milieu publicitaire peut, selon ses objectifs
stratégiques, informer pour présenter un nouveau produit (diffusion), inciter pour
conforter une image de marque (propagation), ou dénigrer dans ses positionnement
Les représentations sociales 28
Conclusion
ex., maladie ou technologie nouvelles), ainsi que par les perspectives nouvelles dans
lesquelles ils sont reconsidérés (p. ex., le mariage homosexuel, débats autour de
l’impact de la colonisation). L’étude des tensions, des polémiques et des conflits
intergroupes est au cœur de cette approche.
Références
Allport, G. W., & Postman, L. J. (1945). The basic psychology of rumor. Transactions
of the New York Academy of Sciences, Series II, VIII, 61–81. Traduction
française (1965). Les bases psychologiques des rumeurs. In A. Lévy (Ed.),
Psychologie Sociale. Textes fondamentaux anglais et américains (pp. 170–
185). Paris: Dunot.
Bauer, M. W., & Gaskell, G. (1999). Towards a paradigm for research on social
representations. Journal for the Theory of Social Behaviour, 29 (2), 163–186.
Bauer, M. W., & Gaskell, G. (Eds.) (2002). Biotechnology: the making of a global
controversy. New York: Cambridge University Press.
Billig, M. (1993). Studying the thinking society: Social representations, rhetoric and
attitudes. In G. Breakwell & D. Canter, Empirical approaches to social
representations (pp. 39–62). Oxford: Oxford University Press.
Clémence, A., Doise, W., & Lorenzi-Cioldi, F. (1994). Prises de position et principes
organisateurs des représentations sociales. In C. Guimelli (Ed.), Structures et
transformations des représentations sociales (pp. 119–152). Neuchâtel et Paris:
Delachaux et Niestlé.
Les représentations sociales 31
De Rosa, A. S., & Bocci, E. (2013). Resisting cognitive polyphasia in the social
representations of madness. In A.S. De Rosa (Ed.), Social representations in
the ‘social arena’ (pp. 268–333). Hove and New York: Routledge.
Doise, W. (1992). L’ancrage dans l’étude sur les representations sociales. Bulletin de
Psychologie, XLV, 405, 189–195.
Doise, W., Mugny, G., de Paolis, P., Kaiser, C., Lorenzi-Cioldi, F., & Papastamou, S.
(1982). Présentation d'un questionnaire sur les psychologues. Bulletin Suisse
des Psychologues, 3, 189–206
Duveen, G., & Lloyd, B. (1990). Social representations and the development of
knowledge. Cambridge: Cambridge University Press.
Fiske, S. T., & Taylor, S. E. (1984). Social cognition. New York: Random House.
Flament, C., Degenne, A., & Vergès, P. (1971). Similarity analysis. Paris: Éditions de
la Maison des sciences de l'homme.
Green, E. G., & Clémence, A. (2008). Discovery of the faithfulness gene: a model of
transmission and transformation of scientific information. British Journal of
Social Psychology, 47(3), 497–517.
Howarth, C. (2006). A social representation is not a quiet thing: exploring the critical
potential of social representations theory. British Journal of Social Psychology,
45(1), 65–86.
Howarth, C. (2007). “It’s not their fault that they have that colour skin, is it?”: Young
British children and the possibilities for contesting racializing representations. In
G. Moloney & I. Walker (Eds.), Social representations and identity: Context,
process, and power (pp. 131–156). New York and Basingstoke (U.K.): Palgrave
Macmillan.
Lakoff, G., & Johnson, M. (1980). Metaphors we live by. Chicago: University of
Chicago Press.
Lloyd, B., & Duveen, G. (1992). Gender identities and education. The impact of
starting school. Hemel Hempstead: Harvester Wheatsheaf.
Lorenzi-Cioldi, F. (2001). The when and the why of how: From mental
representations to social representations. In K. Deaux & G. Philogène (Eds.),
Representations of the social: Bridging theoretical traditions (pp. 217–227).
Oxford: Blackwell.
Les représentations sociales 35
Lorenzi-Cioldi, F., & Clémence, A. (2004). Group processes and the construction of
social representations. In M. B. Brewer & M. Hewstone (Eds.), Social cognition
(pp. 299–320). Oxford: Blackwell.
Lorenzi-Cioldi, F., Buschini, F., Baerlocher, E, & Gross, F. (2010). Individuation in job
offers as a function of the status of the occupation. Social Science Information,
49, 267–281.
McKinlay, A., Potter, J., & Wetherell, M. (1993). Discourse analysis and social
representations. In G. Breakwell & D. Canter (Eds.), Empirical approaches to
social representations (pp. 134–156). Oxford: Oxford University Press.
Moliner, P. (1993). I.S.A. : L’induction par scénario ambigu. Une méthode pour
l’étude des représentations sociales. Revue Internationale de Psychologie
Sociale, 6(2), 7–21.
Moliner, P., & Tafani, É. (1997). Attitudes and social representations: a theoretical
and experimental approach. European Journal of Social Psychology, 27, 687–
702.
Les représentations sociales 36
Moloney, G., & Walker, I. (Eds.) (2007). Social representations and identity: Context,
process, and power. New York and Basingstoke (U.K.): Palgrave Macmillan.
Moscovici, S. (2008). Psychoanalysis. Its image and its public, trans. by David
Macey, with an introd. by Gerard Duveen. Cambridge: Polity Press.
Piaget, J. (1932). Le jugement moral chez l’enfant. Paris: Félix Alcan (avec le
concours de sept collaborateurs).
Piaget, J. (1945). Les opérations logiques et la vie sociale. In J. Piaget (Ed.), Études
sociologiques (pp. 143–171). Genève: Droz, 1967.
Les représentations sociales 37
Potter, J., & Litton, I. (1985). Some problems underlying the theory of social
representations. British Journal of Social Psychology, 24, 81–90.
Rateau, P., Moliner, P., Guimelli, C., & Abric, J.C. (2011). Social Representation
Theory. In P. Van Lange, A. Kruglanski & T. Higgins (Eds.), Handbook of
theories of social psychology, vol. 2 (pp. 478–498). London and Thousand
Oaks, CA: Sage.
Ross, L., & Nisbett, R. E. (1991). The person and the situation: Perspectives of social
psychology. Philadelphia: Temple University Press.
Schachter, S., & Burdick, H. (1955). A field experiment on rumor transmission and
distortion. Journal of Abnormal and Social Psychology, 50, 363–371.
Wood, W., & Eagly, A. H. (2010). Gender. In S. T. Fiske, D. T. Gilbert & G. Lindzey
(Eds.), Handbook of social psychology, Vol 1, 5th ed. (pp. 629–667). Hoboken,
NJ: John Wiley & Sons.
Moscovici's theory emphasizes the dual processes of objectivation and anchoring, focusing on transforming scientific knowledge into common sense and situating it within existing knowledge structures. Contrastingly, Abric's structural approach prioritizes identifying and analyzing the central and peripheral elements of a representation, concentrating on their organization and how they form a stable core while allowing adaptability through peripheral components .
A social representation becomes polemic when it divides groups based on ideological, cultural, or moral differences, as opposed to being universally accepted (hegemonic). This is illustrated by the representation of marriage, which shifted from a hegemonic state to a polemic status during debates on same-sex marriage, indicating societal divisions over new interpretations and values challenging traditional norms .
Objectivation transforms abstract entities into concrete ones that become the figurative core of known categories, imposing a simple structure that replaces the object it represents. Anchoring situates the representation within a network of existing, socially recognized knowledge, defining its meaning and use. While objectivation provides the stability and permanence of a social representation, anchoring allows it to adapt to new societal debates. This dynamic interplay leads to the evolution of social representations, allowing them to be stable yet adaptable .
The interview is termed the 'royal road' because it allows researchers to delve deeply into the nuanced contents of social representations directly from individuals, capturing in-depth opinions, attitudes, and beliefs. This method is preferred for its ability to fully explore the complex landscape of representational content beyond superficial associations or evocations .
Anchoring reveals that social representations are embedded in a socio-cultural context, where they help groups establish their social positions relative to others. By defining meanings and usages within known frameworks, anchoring contributes to the expression and formation of social relationships and facilitates the negotiation of public debates, indicating its role in shaping societal dynamics and collective perceptions .
The concept of the androgyne demonstrates how scientific representations influence and transform social perceptions. Initially viewed through rigid gender binaries, subsequent scientific discourse on androgyny promoted a more fluid and adaptable understanding. This shift reveals the interplay as scientific efforts to redefine such concepts impact societal norms, challenging stereotypes and bridging differences between expert knowledge and everyday social frameworks .
Jean-Claude Abric's structural approach to social representations is centered on the concept of the 'central core theory,' which posits that a social representation is organized around some central elements that form a consensual core. This core provides the representation with both its meaning and stability. Peripheral elements allow for individual variations and flexibility, but the central core remains stable, ensuring consistency in the representation .
The representation of AIDS initially sparked significant controversy in the 1980s, being variously perceived as divine punishment, a CIA biological weapon, or ethnically linked, depending on the group's ideology. Over time, scientific discoveries led to a more consensual understanding in common sense, stabilizing its representation as less contentious and more grounded in established knowledge, despite occasional minority views like barebacking .
In the structural approach, four scenarios arise when examining elements based on frequency and importance: 1) elements frequently mentioned and prioritized likely occupy a central position, 2) infrequently mentioned yet prioritized elements are contrasting, suggesting centrality for specific groups, 3) frequently mentioned but deemed less important are peripheral, and 4) infrequently mentioned and peripheral elements signal low importance both in frequency and perceived significance .
Peripheral elements in Jean-Claude Abric's structural theory serve as a buffer allowing the representation to adapt to individual and situational variations. While the central core ensures stability and meaning, peripheral elements accommodate change and flexibility, enabling the representation to remain robust in the face of external challenges and diverse interpretations .