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Buschini

Les représentations sociales sont des formes de connaissance commune sur des objets de la réalité sociale, influençant les interactions entre groupes et la perception de l'environnement. La théorie, développée par Serge Moscovici, propose que plusieurs modes de raisonnement coexistent chez un individu, ce qui permet une compréhension dynamique des représentations sociales. Ce domaine d'étude a gagné en importance en psychologie sociale, reliant les processus psychologiques et sociologiques dans la construction de la réalité sociale.

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Thèmes abordés

  • représentations de la solidari…,
  • approches méthodologiques,
  • représentations de l'exclusion,
  • psychologie sociale,
  • mentalités collectives,
  • représentations de l'éducation,
  • représentations du genre,
  • représentations de l'égalité,
  • représentations mentales,
  • représentations de la culture
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Buschini

Les représentations sociales sont des formes de connaissance commune sur des objets de la réalité sociale, influençant les interactions entre groupes et la perception de l'environnement. La théorie, développée par Serge Moscovici, propose que plusieurs modes de raisonnement coexistent chez un individu, ce qui permet une compréhension dynamique des représentations sociales. Ce domaine d'étude a gagné en importance en psychologie sociale, reliant les processus psychologiques et sociologiques dans la construction de la réalité sociale.

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  • représentations de l'éducation,
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  • représentations de la culture

Représentations sociales

Fabrice Buschini, Fabio Lorenzi-Cioldi

To cite this version:


Fabrice Buschini, Fabio Lorenzi-Cioldi. Représentations sociales. In, L. Bègue, & O. Desrichard
(Eds.). Traité de psychologie sociale. La science des interactions humaines, DeBoeck Supérieur,
pp.393-415, 2013, 9782804182472. �hal-04301094�

HAL Id: hal-04301094


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Représentations sociales

Fabrice Buschini & Fabio Lorenzi-Cioldi

Université de Genève

Les représentations sociales renvoient à une forme de connaissance de sens


commun portant sur différents objets de la réalité sociale qui sont au cœur des
conversations quotidiennes (p. ex., le Sida, le genre, les nouvelles technologies, la
santé, l’intelligence, etc.). Elles jouent un rôle important dans les interactions entre
groupes sociaux, dans la manière dont leurs membres perçoivent et comprennent
leur environnement, et communiquent entre eux.

Émergence d'un concept

La théorie des représentations sociales, initialement formulée par Serge Moscovici


(1961, 1976, 2008), repose sur la prémisse que les individus utilisent plus d’une
forme de raisonnement. Cette idée se retrouve chez plusieurs chercheurs dans le
domaine des sciences humaines. En sociologie tout d’abord, Émile Durkheim (1898)
établit une distinction entre représentations individuelles et collectives. Pour cet
auteur, les représentations individuelles renvoient à des états cognitifs propres à
l’individu. La communication de ces états nécessite l’intervention de la collectivité
afin de les transformer en pensées sous la forme d’images, de mots, de symboles,
etc. À l’inverse, les représentations collectives s’imposent à tous les membres de la
collectivité dans la mesure où elles incarnent ces pensées sous une forme
institutionnalisée. En anthropologie, c’est Lucien Lévy-Bruhl (1922, 1949) qui, à
travers l’examen des cultures dites « primitives », distingue deux modes de
raisonnement qu'il dénomme mentalité civilisée et mentalité primitive. La première
repose essentiellement sur un raisonnement logique, tandis que la seconde repose
sur une pensée magique où domine la notion de participation. Dans cette forme de
pensée, les êtres et les choses qui composent l’univers participent les uns des
autres. Les frontières entre les individus, les animaux, les plantes et même les
mondes (comme ceux des rêves et de l’éveil, par exemple) sont poreuses. La
participation qui est au cœur de la mentalité primitive est incompatible avec la
mentalité civilisée où règnent en maîtres les principes d’identité, de non contradiction
et du tiers exclu, bases de la logique formelle. En psychologie, une distinction
Les représentations sociales 2

analogue a été formulée par Jean Piaget (1932, 1945) lorsqu’il opposait la pensée de
l’enfant à la pensée de l’adulte. Dans l’enfance règne une pensée pré-opératoire qui
ne s’achève qu’à l’adolescence, où débute la maîtrise des opérations de la logique
formelle, caractéristiques de la pensée opératoire des adultes.

Alors que chez Piaget une forme de raisonnement remplace l’autre au cours du
développement, que chez Lévy-Bruhl elles relèvent de cultures différentes, et que
chez Durkheim elles sont radicalement distinctes, l’innovation de Moscovici consiste
à proposer une approche plus dynamique dans laquelle plusieurs modes de
raisonnement coexistent en tout individu (Moscovici, 1981). Même les adultes dont le
développement cognitif leur permet de maîtriser les principes du raisonnement
logique utilisent fréquemment une pensée représentative plus symbolique. Le fait
que deux modes de pensée puissent coexister, non seulement chez un même
individu, mais également au sein d’une même représentation sociale, a été
dénommé par Moscovici (1961) polyphasie cognitive1 (voir aussi Jovchelovitch,
2008). La vie quotidienne génère en effet de nombreuses contraintes qui nous
poussent à prendre des décisions, ou à adopter des positions, qui ne suivent pas
forcément les principes de la logique formelle. Dans le sens commun, le contenu des
objets sur lesquels portent les raisonnements prime sur les principes formels,
contrairement au raisonnement scientifique, où l’objet étudié se soumet à ces
principes (Clémence & Doise, 1995; Lorenzi-Cioldi & Clémence, 2010; Moscovici &
Hewstone, 1983 ; voir Doise, 1990). Ainsi, lorsque Jovchelovitch et Gervais (1999)
étudient la représentation sociale de la santé et de la maladie dans la communauté
chinoise en Angleterre, elles observent qu’à l’exception des plus âgés, vivant isolés
dans leur société d’accueil, ses membres mobilisent à la fois des pratiques et des
connaissances liées à la médecine chinoise traditionnelle et à la médecine moderne
occidentale, sans contradiction apparente. De même, dans sa célèbre étude de la
représentation sociale de la folie, réalisée dans un milieu rural où des malades
mentaux sont placés dans des familles d’accueil par l’hôpital psychiatrique, Denise
Jodelet (1989a) constate un fait troublant. Alors même qu’on déclare dans ces
familles que la folie n’est pas contagieuse, tant la vaisselle propre au malade que
son linge sont lavés à part. Cette pratique de séparation des eaux de lavage, qui

1
Polyphasie cognitive : capacité d’un système cognitif (pensée individuelle) ou socio‐cognitif (représentation
sociale) à tolérer en son sein la présence d’éléments de connaissance incompatibles.
Les représentations sociales 3

n’est certes pas mentionnée spontanément, dénote clairement l’idée d’une contagion
de la folie qui est par ailleurs sincèrement niée (hébergerait-on des malades si on les
pensait contagieux ?). Il s’agit là encore d’un exemple frappant de polyphasie
cognitive.

Le rôle dynamique que Moscovici confère aux représentations sociales situe celles-ci
à l'interface du psychologique et du sociologique. Ce positionnement implique que
les représentations sont tout à la fois des objets sociaux se modifiant au gré de
l'interaction humaine, et des objets cognitifs possédant une organisation et une
cohérence internes. Ce dernier aspect des représentations éloigne la notion du sens
que lui attribuait Durkheim, pour qui représentations individuelles et collectives
relevaient de deux registres radicalement distincts, les premières étant variables et
temporaires, les secondes partagées et en quelque sorte intemporelles. Sur le plan
historique, cette transformation en profondeur de la notion de représentation a été
rendue possible par ce qu'il est convenu d'appeler en psychologie le « new look », la
révolution cognitive des années 1950 qui a mis au premier plan l'étude des
processus mentaux. Cette nouvelle orientation de la discipline a en effet largement
supplanté l’approche behavioriste qui met l’accent sur des données observables – à
savoir les réponses apportées par un organisme passif à un stimulus externe –,
ouvrant la voie à ce que l'on dénomme le cognitivisme, notamment en psychologie
sociale. L'étude du fonctionnement psychologique s'est dès lors appuyée sur le
postulat selon lequel des états psychologiques internes, conçus comme des activités
cognitives individuelles, sont à la fois le produit et le facteur générateur, des
comportements, opinions et attitudes.

C'est ainsi qu'à partir des années 1960, l'étude des activités représentatives des
individus emprunte deux chemins résolument différents: l'un, le courant de la
cognition sociale qui va prédominer dans le monde anglo-saxon, traitera de biais
cognitifs dans la perception et le jugement, comme le suggère la célèbre métaphore
du cognitive miser (Fiske & Taylor, 1984; Ross & Nisbett, 1991). L'autre, inauguré
par Moscovici, traitera les représentations sociales comme étant des modes de
communication situés à l'articulation du social et du psychologique, se refusant ainsi
de considérer la pensée humaine comme étant affectée de biais. Dans sa
perspective, ceux-ci en fonderaient plutôt la richesse.
Les représentations sociales 4

Or c'est précisément pour situer cette nouvelle discipline des représentations


sociales que nous allons tout d'abord la confronter avec quelques notions de la
cognition sociale.

Des représentations mentales aux représentations sociales

La littérature qui relève de la cognition sociale a amplement documenté l’existence


de différentes représentations mentales du groupe, dont les principales sont les
entités, les prototypes, et les exemplaires.

Dans le modèle des entités, les groupes sont envisagés comme des ensembles
discrets, mutuellement exclusifs et exhaustifs. Le trait distinctif d'un groupe est son
homogénéité: ses membres partagent les mêmes caractéristiques au même degré.
Les attributs du groupe représentent leur essence, ce sans quoi ils deviendraient
« autre chose » que ce qu'ils ne sont. Pour illustrer, ce type de représentation
mentale du groupe émerge souvent dans les mouvements de revendications
identitaires. Le nationalisme ethnique, affirme Hobsbawm (1995), « est la croyance
que l'identité d'un groupe consiste en quelques caractéristiques existentielles,
supposées primordiales, immuables et donc permanentes et individuelles, partagées
par tous les membres du groupe et par aucun autre » (pp. 500-501). Le modèle en
prototypes postule en revanche une organisation cognitive de l'information basée sur
des degrés d'appartenance à une catégorie. Le prototype est le centre de gravité
d'un groupe, un résumé qui exhibe les attributs les plus fréquents de ses membres.
La possession de tous les attributs définissant le groupe n'est plus, comme pour les
entités, un critère nécessaire d'appartenance. Il en découle que les groupes ne sont
jamais très homogènes et qu'ils ne se démarquent pas les uns des autres par des
frontières nettes. Chaque groupe est représenté par un petit nombre d'individus,
qualifiés de « centraux », de « bons exemples ». Ce modèle encourage la diversité
au sein du groupe, une diversité qui peut revêtir l'aspect de différences individuelles,
mais le plus souvent de contrastes entre des sous-ensembles de personnes (p. ex.,
les femmes au foyer, les femmes managers, etc.). Un prototype entretient donc, dans
une certaine mesure, les particularités individuelles. Mais c'est au modèle en
exemplaires de souligner le plus fortement ces particularités. Ce modèle récuse
l'idée que la représentation mentale d'un groupe soit basée sur un petit nombre de
caractéristiques modales plus ou moins intensément partagées par les membres du
Les représentations sociales 5

groupe. Il n'accorde pas non plus de rôles particuliers aux membres les plus typiques
du groupe. Il postule, inversement, que les individus récoltent et entreposent en
mémoire de l'information beaucoup plus concrète, circonstanciée, se rapportant à
chacun des membres du groupe. Selon Smith (1992), « Un exemplaire ... diffère d'un
prototype ou d'un schème qui implique généralement des connaissances abstraites
sur les propriétés typiques ou attendues d'un groupe social. Les exemplaires (les
représentations cognitives d'individus) peuvent s'échelonner de représentations très
détaillées et complètes de personnes spécifiques (ma mère ou mon collègue) à des
représentations minimales comportant seulement deux ou trois attributs » (p. 109).

Les travaux de la cognition sociale font état de tentatives répétées et laborieuses


pour valider un modèle de représentation mentale des groupes aux dépens des
modèles concurrents. Ces modèles décrivent des formes disparates de pensée qu'il
convient de restituer aux conditions concrètes de la vie des individus dans leurs
groupes. En effet, dans la perspective des représentations sociales, ces différentes
représentations du groupe ne sont plus mutuellement exclusives. Les modèles
cognitifs acquièrent un sens nouveau lorsqu'ils sont examinés en fonction de la place
qu'occupent les groupes dans la structure sociale (Moscovici, 1986, p. 72-74). Les
groupes dominants se présentent comme des collections de personnes disparates,
tandis que les groupes dominés se présentent comme des agrégats de personnes
plus similaires et indifférenciées. Ainsi, si les dominés surgissent comme des entités
dotées d'une essence s'appliquant uniformément à tous leurs membres, les
dominants semblent organisés autour d'un petit nombre de cas typiques, des
exemplaires, voire des coalitions de personnalités à part entière (cf. Lorenzi-Cioldi,
2001; Lorenzi-Cioldi & Clémence, 2004).

C'est donc bien l’élaboration d’une représentation sociale des groupes collection et
agrégat qui permet de conférer une signification aux différentes propriétés formelles
des groupes conceptualisées dans le courant de la cognition sociale. Ce sont bien
des paramètres qui ressortissent aux interactions sociales, et notamment à leur
inscription au sein d’une hiérarchie sociale, qui permettent de contempler sous un
jour nouveau les représentations mentales du groupe formalisées à tour de rôle par
des modèles congnitifs rivaux et inarticulés. Nos travaux montrent ainsi que les
groupes de statut supérieur propagent des conceptions du monde et de soi en
Les représentations sociales 6

termes individualistes, tandis que les dominés demeurent rivés à des conceptions
plus collectivistes (Lorenzi-Cioldi, 2009; Iacoviello & Lorenzi-Cioldi, 2013).

En résumé, les positions des groupes dans la hiérarchie sociale rendent compte de
l'aspect qu'assument les groupes sociaux en termes d'entités, de prototypes ou
d'exemplaires. On passe ainsi de modèles qui rivalisent d'élégance de par leurs
propriétés formelles, à des modèles complémentaires et nécessaires, les uns autant
que les autres, pour décrire la manière dont les groupes dominants et les groupes
dominés s'inscrivent dans les représentations quotidiennes. Comme l'affirment
Rateau, Moliner, Guimelli et Abric (2011), les courants de recherche qui visent à
« établir des liens entre les processus socio-représentationnels et d’autres processus
traditionnellement étudiés dans le domaine de la cognition sociale, apparaissent
comme la voie la plus prometteuse en ce qui concerne de futurs développements de
la théorie » (p. 478).

Présence d’une théorie

Étudier les représentations sociales est un moyen efficace d'observer et de


comprendre comment les groupes humains interprètent et construisent, à la fois
sémantiquement et symboliquement, leur réalité. La manière dont les individus et les
groupes se représentent leur environnement social influence leurs comportements et
leurs interactions. Ces enseignements de la théorie des représentations sociales
(Moscovici, 1961) sont aujourd'hui bien établis. En quarante ans, les représentations
sociales ont d'ailleurs su s'imposer comme un domaine d'investigation important de
la psychologie sociale. Les conférences internationales biennales qui lui sont
consacrées depuis 1992 en témoignent, fédérant des chercheurs de nombreux pays,
provenant de tous les continents. La théorie des représentations sociales, certes à
l'écart des courants dominants de la psychologie sociale américaine – la traduction
en langue anglaise de l'ouvrage qui la fonda est somme toute récente (Moscovici,
2008) – se révèle pourtant féconde et dynamique.

Une recherche bibliographique dans les principales bases de données en


psychologie (PsychInfo, PsyCritique, Psycharticle, Psychindex, et Eric), sélectionnant
les publications comportant le terme de « social representations » (en langue
anglaise) dans leur titre, illustre la diffusion de la théorie des représentations
sociales. La recherche, effectuée en février 2013, a produit un échantillon de 643
Les représentations sociales 7

publications. Parmi celles-ci, 23% sont des articles purement théoriques ou


méthodologiques. Mais la majorité des articles concerne l'application de la théorie à
des domaines spécifiques. Parmi ceux-ci émergent des travaux portant sur
l’interculturel et la psychologie communautaire (17%), la santé et la maladie (16%) et
le SIDA (7%), la politique et l’idéologie (11%), le développement et l’éducation (9%),
les organisations, l’économie et le travail (8%), la communication et le multimédia
(7%), le genre et les rôles familiaux (5%), les relations interpersonnelles et
intergroupes (4%), la mémoire sociale (2%), et l’environnement (2%). Le reste de ces
articles (6%) renvoie à l’utilisation de la notion de représentation sociale dans
d’autres disciplines que la psychologie sociale ou en la comparant à d'autres notions
de la discipline. Cette variété témoigne de la préoccupation de la théorie pour
comprendre l’émergence et l’évolution de problématiques sociétales. On remarque
ainsi que les thématiques traitées par la théorie sont en phase avec les débats de
société, ce qui renforce sa spécificité en regard de la cognition sociale, et en fait un
véritable baromètre des courants qui produisent et agitent les sociétés.

Cette recherche documentaire ne s'appuie que sur des revues et éditeurs indexés
par les bases de données et, à ce titre, ne saurait prétendre à l'exhaustivité.
Néanmoins, il est intéressant de noter que, parmi les articles recensés, la majeure
partie (51,9 %) est écrite dans la langue d'échange de la communauté scientifique,
attestant la volonté de diffusion de cette théorie. La proportion de publications en
portugais (14,2 %) est similaire à celle réalisée en français (17,3 %), langue originelle
de la théorie. Cela atteste d'une diffusion importante dans les pays lusophones, due
en grande partie au succès qu'a rencontré la théorie au Brésil. Viennent ensuite
l'allemand (6,9 %), l'espagnol (4,8 %) et l'italien (2,3 %), les autres langues d'Europe
centrale ou des pays scandinave ne dépassant pas 1 % chacune. Mais cette
apparente faiblesse doit être relativisée au regard de la faible proportion de revues
scientifiques de langues européennes indexées dans les bases de données que
nous avons utilisées.

Après cette évocation de la diffusion et des domaines d’application de la théorie des


représentations sociales, considérons-en les principales approches théoriques.

Les approches et leurs méthodes


Les représentations sociales 8

Pour des raisons à la fois historiques et géographiques, différentes façons


d'appréhender les représentations sociales ont vu le jour. À chacune correspond une
lecture particulière de la théorie princeps, mais aussi une manière propre d'étudier
les représentations dans le champ social. Cinq approches principales peuvent être
distinguées. Comme toute classification, celle-ci est imparfaite et ne rend que
partiellement compte du fonctionnement de ce domaine de recherche. Elle permet
néanmoins d'en fournir une cartographie claire.

Approche anthropologique

Pour l'approche anthropologique, les représentations sociales sont « une forme de


connaissance courante, dite “de sens commun”, caractérisée par les propriétés
suivantes : 1. elle est socialement élaborée et partagée ; 2. elle a une visée pratique
d’organisation, de maîtrise de l’environnement (matériel, social, idéel) et d’orientation
des conduites et des communications ; 3. elle concourt à l’établissement d’une vision
de la réalité commune à un ensemble social (groupe, classe, etc.) ou culturel
donné » (Jodelet, 1991, p. 668). Cette approche étudie les représentations sociales
de manière monographique au sein même du contexte social dans lequel elles sont
produites. Il s’agit en effet d’obtenir une connaissance détaillée et approfondie de ces
constructions sociales, en les étudiant sous tous les aspects dont elles relèvent
(communications, pratiques, conflits, histoire, mémoire, institutions, symboles, etc.).
Pour ce faire, cette approche adopte une méthodologie essentiellement qualitative,
en se servant d’une palette d’outils qu’elle emprunte à plusieurs disciplines des
sciences humaines. Dans l’anthropologie, tout d’abord, elle puise les techniques
d’observation participante où le chercheur étudie son objet en s’immergeant dans le
contexte même de production, interagissant au quotidien avec les acteurs de ce
contexte social et requérant l’aide d’informateurs privilégiés qui y occupent un statut
particulier (notables, prêtres ou chamans, médecins ou guérisseurs, etc.). À la
psychologie, elle emprunte les techniques d’entretien, notamment non directif. Les
questionnaires d’enquête qu’elle élabore sont habituellement l’apanage de la
sociologie. Et elle a recours aux techniques d’analyse d’archives en usage en
histoire pour traiter le matériel écrit (documents, récits, registres, etc.) ou oral (rituels,
contes, mythes, etc.) transmis au cours des générations. Malgré ces multiples
emprunts, le regard porté sur l’objet d’étude est résolument celui de la psychologie
sociale. Dans la mesure où cette approche s'est tout d'abord développée, sous
Les représentations sociales 9

l'influence des travaux de Serge Moscovici (1961) et de Denise Jodelet (1984,


1989a, 1989b), au sein même du laboratoire de psychologie sociale de l'École des
Hautes Études en Sciences Sociales, qu'il fonda et qu'elle dirigea ensuite, elle est
parfois qualifiée d'école de Paris. Mais elle a également inspiré outre-Manche un
intérêt pour la genèse des représentations sociales, avec notamment les études de
Duveen et Lloyd sur la représentation des genres, menées dans une optique
développementale (Duveen & Lloyd, 1990 ; Lloyd & Duveen, 1992), ou pour leur
aspect diachronique, avec le modèle Toblerone proposé par Bauer et Gaskell (1999)
pour étudier les représentations sociales, notamment celle des biotechnologies
(2002).

Une illustration de l’approche anthropologique est fournie par l’étude déjà


mentionnée de Jodelet (1989a) sur la représentation sociale de la maladie mentale.
Cette étude de terrain, au sein d’une communauté regroupant une dizaine de
communes où des malades mentaux sont hébergés par des habitants sous le
contrôle de l’institution psychiatrique, s’est étendue sur quatre années. Elle a permis
à Jodelet d’observer un véritable système social, en le resituant dans le contexte
historique où il s’est développé. Ce faisant, elle a pu accéder non seulement à la
représentation sociale de la folie de ce milieu rural, mais aussi aux pratiques qui y
sont liées. Elle observe ainsi des pratiques instituantes de mise à l’écart des malades
qui, bien qu’incompatibles avec les prescriptions de l’hôpital psychiatrique, sont
entretenues par une pression normative de la communauté. Le fait d’assigner une
place et un statut à part aux malades permet ainsi d’apaiser des tensions présentes
au sein de la communauté et avec les communes environnantes. Mais c’est surtout
une manière de combattre des craintes identitaires provenant de la proximité des
malades et de leur contagiosité symbolique signifiée par les pratiques de séparation
des eaux déjà évoquées. La maladie mentale relève quant à elle davantage de l’être
que de l’avoir. Contrairement à d’autres pathologies que l’on peut avoir, la folie
atteint l’essence même du malade : il est malade, il est fou. Elle apparaît comme une
substance qui, à l’image d’un processus physico-chimique caillant les fluides
animaux, va affecter l’équilibre de l’organisme, assuré par l’antagonisme de ses deux
composantes que sont le cerveau, renvoyant au social, et les nerfs, à la nature. Les
causes attribuées communément aux comportements permettent de préciser le type
d’atteinte. Il est possible d’orienter les comportements en agissant sur leurs causes
Les représentations sociales 10

culturelles que sont l’éducation et la mentalité. En revanche, les causes naturelles


que sont le caractère et la maladie vont déterminer des comportements impossibles
à influencer. Les malades mentaux sont généralement sous la coupe d’une atteinte
des nerfs, hormis pour la figure de l’innocent, sorte d’arriéré ou d’idiot du village, qui
se démarque au sein de leur taxonomie. Le maboul et l’épileptique souffrent d’un
détraquement ou d’un désordre des nerfs, habituel pour le premier et sous forme de
crises effrayantes pour le second. Les progrès de la psychopharmacologie les font
apparaître comme des figures du passé. Le fou mental et le gars du cabanon sont au
contraire des figures actuelles dont l’atteinte nerveuse moins visible affecte le
caractère. En ce sens ils sont perçus comme plus dangereux, car leur comportement
est orienté vers autrui par leur malignité pour le premier ou leur hardiesse pour le
second.

Approche structurale

L'approche structurale s'est quant à elle initialement développée à l'université d'Aix-


en-Provence, grâce aux travaux de Jean-Claude Abric (p. ex., 1976, 2003b; Rateau,
Moliner, Guimelli, & Abric, 2011) et de Claude Flament (1987, 1989, 1994). Comme
elle considère que les représentations sociales sont des « ensemble[s] organisé[s]
d’informations, d’opinions, d’attitudes et de croyances à propos d’un objet donné »
(Abric, 2003a, p. 59), cette école s'intéresse essentiellement à la manière dont ces
éléments s'organisent, c'est-à-dire à la structure des représentations sociales. Au
moyen d'une approche quantitative qui s'appuie sur différentes techniques et
méthodes de recueil et d'analyse de données, elle vise à repérer comment les
éléments d'une représentation sociale s'organisent en déterminant leur statut. Elle
est à l'origine de la théorie du noyau central qui stipule que toute représentation
sociale se structure autour de quelques éléments centraux qui forment un noyau
consensuel. Celui-ci assure à la représentation à la fois son sens et sa stabilité. Les
autres éléments de la représentation, périphériques par définition, permettent aux
variations individuelles d'apparaître. C’est par l’intermédiaire de leurs éléments
périphériques que des représentations portant sur différents objets (p. ex., sexualité
et SIDA) s’articulent au sein d’un système représentationnel.

L'étude de la structure d'une représentation comporte trois étapes. Après avoir


inventorié le contenu de la représentation, on repère comment l'ensemble des
Les représentations sociales 11

éléments qui la constituent s'organisent et on s'assure ensuite du statut des éléments


en testant leur centralité. Pour avoir accès au contenu de la représentation d'un
objet, la voie royale reste selon Abric (2003b) l'entretien, mais l'auteur mentionne
également des techniques d'associations ou d'évocations verbales qui, pour des
raisons pratiques, sont plus souvent privilégiées par cette approche. Il s'agit alors de
demander aux participants d'associer des mots ou expressions à partir d'un mot
inducteur formé par le nom de l'objet de représentation étudié, et donc d'indiquer
tous les mots ou expressions que leur évoque ce mot inducteur. Ces associations ou
évocations peuvent être soit hiérarchisées soit libres, selon que l’on demande aux
participants de ranger leur production par ordre d'importance pour l'objet de la
représentation, ou que l’on postule que l'ordre de production reflète cette importance.
Pour repérer comment se structure le contenu représentationnel, différentes
techniques sont utilisées. En croisant, pour toutes les associations, les critères de
fréquence (nombre de fois où l'élément de contenu est mentionné) et d'importance
(rang moyen conféré à l'élément), quatre cas de figure apparaissent. Certains
éléments sont à la fois mentionnés fréquemment et cités en priorité par les individus.
Ils occupent très probablement une place centrale dans la représentation. Au
contraire, les éléments considérés comme peu importants par les individus (classés
dans les derniers rangs) joueraient un rôle périphérique dans la représentation. Ils se
situent alors dans une première ou une seconde zone périphérique, selon leur forte
ou faible fréquence d'apparition. Quant aux éléments cités prioritairement, mais peu
fréquemment, ils sont dits contrastés, dans la mesure où ils sont probablement
centraux, mais uniquement pour un sous-groupe de la population interrogée qui
aurait donc une représentation différente de l'objet. Une autre technique consiste, à
partir d'un contenu préalablement recueilli, à demander aux participants de le classer
par importance à l'aide de regroupements contrastés successifs de taille équivalente.
Chaque participant doit ainsi indiquer le petit groupe d'éléments qu'il estime être le
plus caractéristique de l'objet et celui (de même taille) qu'il estime le moins
caractéristique. Parmi les éléments restants, il répète la même procédure avec des
regroupements de même taille. Et ainsi de suite jusqu'à épuisement des éléments.
On attribue ensuite une note croissante aux différents regroupements en allant du
moins caractéristique au plus caractéristique. Les résultats de ce questionnaire de
caractérisation apparaissent à l'examen des distributions de fréquence de chaque
élément de contenu. Un histogramme des fréquences en forme de « J » dénote
Les représentations sociales 12

probablement un élément central de la représentation; lorsqu'il approche la forme


gaussienne du « ∩ », il dénote un élément périphérique; et lorsqu'il revêt la forme du
« U », un élément contrasté.

Inspirée de la théorie des graphes, l'analyse de similitude (Flament, Degenne, &


Vergès, 1971) est une méthode qui permet non seulement d'étudier la structure des
représentations sociales, mais également d'en fournir une description graphique
sous la forme de l'arbre maximum. Il s'agit, parmi tous les arbres possibles du
système de similitude, de celui dont la somme des arêtes (intensité des liens
unissant deux éléments) est la plus forte. Dans cette représentation graphique, les
éléments qui entretiennent le plus de liens avec d'autres éléments (fort degré de
voisinage) ont de grandes chances de faire partie du noyau central de la
représentation. Mais ce critère n'est pas suffisant pour statuer. Il faut également tenir
compte de la force des liens qui unissent les éléments, car celle-ci peut moduler ce
critère de voisinage. En outre, Flament (1996) met en garde contre la tentation de
considérer que la structure des données mise à jour par l'analyse de similitude
correspond de manière isomorphe à la structure de la représentation de l'objet
étudié. Il mentionne à ce propos le cas d'éléments que l'analyse de similitude peut
faire apparaître comme excentrés, alors qu'ils font partie du noyau central de la
représentation. C'est pourquoi s'assurer du véritable statut d'un élément de
représentation, en testant sa centralité, est indispensable (Moliner, 1994b). La
technique la plus simple est celle de la reconnaissance de l'objet. Elle consiste à
demander aux individus si les éléments de contenu préalablement recueillis sont
certainement, peut-être, ou pas du tout, caractéristiques de l’objet de la
représentation sociale.

Moins simples, mais plus fiables car plus indirectes, deux autres méthodes ont été
proposées par Pascal Moliner. Toutes deux s'appuient sur l'élaboration d'un scénario
minimal et ambigu pour tester la centralité d'un élément. Il s'agit d'un petit texte qui
décrit de manière floue et minimale l'objet de représentation sans le nommer. La
technique d'induction par scénario ambigu (Moliner, 1993) consiste ensuite à
conclure ce texte en précisant soit qu'il s'agit de l'objet de représentation étudié, soit
qu'il ne s'agit pas de cet objet. Les participants sont ensuite répartis aléatoirement en
deux groupes correspondant respectivement aux deux scénarii. Ils doivent alors
évaluer les éléments du contenu recueillis dans une phase antérieure comme plus
Les représentations sociales 13

ou moins caractéristiques de l'objet décrit par le scénario. Lorsque l'on compare les
moyennes obtenues par chaque élément dans les deux groupes, la présence d'une
différence significative révèle la centralité de l'élément évalué. En revanche, si
l'élément est évalué de la même manière dans les deux groupes, on en conclut qu'il
joue un rôle périphérique dans la représentation. La technique de mise en cause
(Moliner, 1994b) repose sur la même logique, mais procède de manière inverse. À
l'issu du scénario, ce sont les éléments de contenu qui sont niés individuellement.
Les participants doivent alors juger si l'objet décrit dans le scénario peut être ou non
l'objet de représentation. Comme le noyau central d'une représentation en assure à
la fois le sens et la stabilité, il n'est pas négociable. La disparition d'un de ses
éléments mène logiquement à la disparition de la représentation. Si la présence d'un
élément central est mise en cause en conclusion du scénario, les participants
devraient unanimement déclarer que l'objet décrit n'est pas l'objet de la
représentation. Ainsi, lorsque Moliner étudie la représentation sociale de l'entreprise,
il présente à ses participants le texte suivant : « Depuis de nombreuses années,
SOLITEC réunit plusieurs dizaines de personnes aux compétences et aux intérêts
divers. Chacune de ces personnes contribue à sa manière au fonctionnement de
cette organisation qui est reconnue comme l’une des plus importantes de sa
spécialité ». Les participants doivent ensuite décider si SOLITEC est une entreprise
si, par exemple, elle n'est pas un lieu d'épanouissement personnel ou si elle ne fait
pas de profit. Le profit étant un élément central de la représentation sociale de
l'entreprise, sa mise en cause provoque un refus de reconnaître en SOLITEC une
entreprise, refus que l’analyse statistique permet de considérer comme unanime. Ce
n'est en revanche pas le cas pour l'épanouissement personnel. Il est également
possible de faire l’économie du scénario en demandant directement aux participants
si l’objet de la représentation étudiée serait encore cet objet en l’absence de
l’élément testé. Les résultats obtenus par cette approche se résument souvent à
dégager, parmi une liste de caractéristiques, celles qui sont centrales pour la
représentation sociale étudiée. Ainsi par exemple la représentation sociale des
études (Flament, 1995, 1999 ; Moliner, 1995 ; Moliner & Tafani, 1997 ; Tafani &
Bellon, 2001) est composée d’un nombre d’éléments considérés comme importants
par les individus interrogés (entre 10 et 20, selon les groupes interrogés). Pourtant,
parmi ces éléments, seuls quelques-uns font partie du noyau central de la
représentation. Ce sont essentiellement le développement des capacités de réflexion
Les représentations sociales 14

et l’enrichissement personnel, auxquels viennent s’adjoindre, selon les groupes


interrogés ou les critères adoptés par les chercheurs pour s’assurer du caractère
consensuel de l’élément (seuil de réfutation arbitraire, test du χ2, de Kolmogorov-
Smirnov, etc.), l’acquisition de connaissances, de qualifications, l’accès à un niveau
de culture et, parfois, l’obtention d’un diplôme, la préparation d’un avenir, la
nécessité de travail et de volonté.

Le rôle crucial que joue le noyau central, non seulement au sein de la représentation,
mais également au sein de l’approche structurale, laisse dans l’ombre le reste de la
représentation, composé d’éléments périphériques, mais aussi les relations que tous
ces éléments, y compris centraux, peuvent entretenir les uns avec les autres. Pour
échapper à cet aspect réducteur, l’analyse de similitude, et plus récemment la
technique des schèmes cognitifs de base, peuvent utilement venir compléter
l’identification du statut des éléments de la représentation. Cette dernière technique,
proposée par Guimelli et Rouquette (1992), permet également de se prononcer sur
la centralité des éléments associés à l’objet de représentation étudié (voir Guimelli,
2003 ; Rouquette & Rateau, 1998), mais en examinant systématiquement comment
les participants évaluent différentes relations pouvant exister entre les éléments que
la représentation leur évoque et l’objet même de la représentation. Les auteurs
soumettent aux participants 28 relations qu’ils considèrent comme exhaustives au
prix parfois d’une certaine redondance. Ces schèmes cognitifs de base se
répartissent en relations descriptives (par exemple : « l’objet de représentation
signifie la même chose que votre réponse »), de praxie (« on utilise l’objet de
représentation pour faire votre réponse ») et d’attribution (« l’objet de représentation
a pour effet, entraîne votre réponse »). L’aspect systématique de cette technique en
fait à la fois la richesse et la faiblesse. En effet, si toutes les relations sont
examinées, elles sont parfois, selon l’objet étudié et les éléments évalués, difficiles à
comprendre, voire artificielles.

Approche des principes organisateurs

L'approche des principes organisateurs de prises de position individuelles des


représentations sociales, parfois dénommée approche dynamique ou socio-
dynamique, a été développée par Willem Doise (1986, 1990) et ses proches
collaborateurs (Clémence, Doise, & Lorenzi-Cioldi, 1994). Selon Doise (1986, p. 85),
Les représentations sociales 15

les représentations sociales sont des « principes générateurs de prises de position


liées à des insertions spécifiques dans un ensemble de rapports sociaux et
organisant les processus symboliques intervenant dans ces rapports ». Toute
représentation sociale repose ainsi sur une base commune. Mais, contrairement à
l'approche structurale, le consensus n’est pas localisé dans la nécessaire présence
d'éléments de contenu, jugés essentiels pour l'objet de représentation. Le consensus
porte ici sur la présence de dimensions ou de principes qui sous-tendent, et donc
structurent, l'objet de représentation. Si les individus s'accordent sur l'existence de
ces principes, ils diffèrent en revanche sur le sens ou l'importance qu’ils leur
accordent. Ils occupent donc des positions particulières sur ces dimensions qui
relèvent non point du hasard ou de leur idiosyncrasie, mais d'insertions sociales
différentes, que Doise (1992) qualifie d'ancrages. Une méthodologie quantitative,
combinant différentes méthodes d'analyse de données, notamment
multidimensionnelles, est privilégiée par cette approche (Doise, Clémence, &
Lorenzi-Cioldi, 1992). Elle procède en trois étapes qui reflètent ses postulats
théoriques. Il convient tout d'abord de mettre à jour le champ commun de la
représentation, son contenu, au moyen par exemple d'entretiens réalisés autour de
l'objet étudié, à partir desquels seront élaborées différentes propositions. Il faut
ensuite repérer comment se structure ce contenu, afin d'en dégager les principes
organisateurs, en soumettant par exemple les évaluations des propositions à une
analyse multidimensionnelle. Pour terminer, les prises de position sont précisées sur
ces principes, par exemple en comparant les moyennes qu'obtiennent certains
groupes sur les dimensions d'une analyse factorielle, ou plus directement, à travers
la réalisation d'une analyse factorielle des correspondances ou d'une analyse
discriminante. Illustrons cette approche par deux exemples.

Un programme d'études sur les représentations du travail des psychologues, exposé


de manière détaillée ailleurs (Doise, Mugny, De Paolis, Kaiser, Lorenzi-Cioldi, &
Papastamou, 1982; Palmonari, 1981), illustre le rôle des principes organisateurs
dans l’émergence de prises de position contrastées à propos d’un même objet de
représentation. Plusieurs enquêtes furent réalisées à l'aide d'un questionnaire portant
sur quatre types d'images du travail des psychologues. Ces images, identifiées ici
par des lettres de l'alphabet, peuvent être sommairement ordonnées sur un
continuum d'engagement politique. La typologie évolue du type a, ouvertement
Les représentations sociales 16

politique (par exemple, La psychologie est souvent utilisée pour détourner l'attention
des vrais problèmes sociaux affrontés par les individus), vers le type d, ouvertement
clinique (La psychologie peut produire une meilleure connaissance de soi chez les
individus). Les participants (selon les enquêtes : des étudiants en psychologie, des
praticiens dans différents secteurs cliniques et assistanciels) exprimaient leur degré
d'accord avec une série de propositions reflétant chacun des types d'images. Une
analyse des moyennes a d'abord fait apparaître que les items relevant du type a, les
plus politiques, étaient consensuellement refusés, tandis que les items relevant des
types intermédiaires, b et c, étaient massivement acceptés (les items de type d
apparaissant comme moins consensuels). Ainsi, les types b et c se ressemblent, et
contrastent avec le type a. Bien différent est toutefois le portrait des résultats qui
émerge lorsqu'on soumet les mêmes données à l'analyse factorielle. Les
corrélations, comme le premier facteur de l'analyse, font apparaître une intense
covariation des items qui composent les types a et b, à savoir des items,
respectivement, refusés et acceptés. La covariation d'items aussi hétérogènes sur le
plan de leurs degrés d'acceptation s’est avérée due au fait que les deux images
rendent compte de l'intervention du psychologue sur la société. Ce facteur peut par
conséquent être nommé « politique ». Son émergence s'explique de la manière
suivante: l'extrémisme inscrit dans le type a occasionne le rejet des items
correspondants, tandis que le caractère plus modéré du type b amène l'acceptation
de ces items – sur un fond commun d’interventionnisme politique. L'hétérogénéité
des items qui relèvent de ces deux types se limite donc au niveau de l’accord qu’ils
suscitent. Le facteur qui fait covarier ces deux types d’items représente bien un enjeu
politique autour duquel des psychologues de différentes orientations et insertions
professionnelles se positionnent différemment, saturant fortement jusqu’à faiblement
le facteur (pour d'autres détails, cf. Doise, Clémence, & Lorenzi-Cioldi, 1992, pp. 88-
96).

Le second exemple concerne la manière dont les individus ancrent leurs perceptions
dans des frontières entre groupes. Selon la théorie des rôles sociaux (Wood & Eagly,
2010), les stéréotypes de genre découlent de ce qu'hommes et femmes occupent
des places et explicitent des rôles sociaux différents, agentiques-instrumentaux pour
les uns, communiaux-expressifs pour les autres. Cette idée, compatible avec la
perspective des groupes collections et agrégats (Lorenzi-Cioldi, 2009), permet de
Les représentations sociales 17

faire l'hypothèse qu'en présence d'un conflit catégoriel entre un principe organisateur
fondé sur le genre et un principe organisateur fondé sur le statut professionnel, les
individus vont pencher pour ce dernier.

Des étudiants universitaires décrivaient deux cadres et deux employés, pour une
moitié de sexe masculin et pour l'autre moitié de sexe féminin, en leur assignant des
adjectifs qui étaient reportés sur une liste (Lorenzi-Cioldi, 1997). Ces adjectifs
comprenaient les stéréotypes habituellement utilisés pour décrire d'une part les
cadres et les hommes (par exemple, indépendant-e, compétitif-ve) et d'autre part les
employés et les femmes (chaleureux-se, sensible). Cette tâche de répartition des
adjectifs permet de comprendre la manière dont les participants se représentent les
frontières entre les catégories relevant du sexe et de la profession. Plus précisément,
elle permet de mettre en évidence le critère qui organise les représentations des
cibles: statutaire ou selon le genre. Une analyse appropriée des réponses à cette
tâche a montré l'émergence chez les participants de deux critères principaux de
répartition des cibles. D'abord, et de manière prépondérante, les participants
opposent les deux cadres aux deux employés. Hommes et femmes apparaissent
donc comme interchangeables au sein de chaque rôle professionnel. Les adjectifs
qui fondent ce clivage désignent les qualités les plus utiles en vue d'expliciter l'un ou
l'autre rôle professionnel: les cadres sont décrits comme décidé-es, indépendant-es,
et compétitif-ves, alors que les employés sont susceptibles et gentil-les. Le second
critère isole la femme employée, décrite comme sensible et émotive, et l'oppose aux
deux cadres dans leur ensemble, qui sont décrits par des traits agentiques.

Ces résultats ne mettent donc pas en évidence des oppositions marquées entre les
hommes et les femmes en tant que tels: l'opposition des sexes est subordonnée aux
différences entre professions ou statuts. D'une part, les contenus expressifs sont
davantage associés au statut professionnel le moins prestigieux (plutôt qu'aux
femmes comme telles) tandis que les contenus instrumentaux le sont avec le statut
de cadre (plutôt qu'aux hommes comme tels). D'autre part, l'appartenance sexuelle
de la cible interagit avec son statut professionnel: certaines caractéristiques
expressives sont en effet imputées exclusivement à la femme qui occupe le rôle
d'employée, tandis que la division entre les sexes n'apparaît d'aucune manière au
sein des cadres, à savoir le statut supérieur (cf. Lorenzi-Cioldi, Buschini, Baerlocher,
& Gross, 2010). L'employée est particularisée notamment pour ce qui est de ses
Les représentations sociales 18

tendances à l'empathie. Sa sensibilité, son émotivité, et sa chaleur soulignent


l'attention qu'elle prête à autrui dans une relation de subordination, et ce à l'opposé
des cadres qui, homme et femme, sont caractérisés précisément par leur carence
d'expressivité et par leur esprit analytique et logique.

Les approches basées sur l’analyse discursive ou iconique

Un autre moyen d'aborder les représentations sociales consiste à les étudier à


travers le langage en s'intéressant à la manière dont elles s'élaborent dans le
discours. Que ce soit sous l'angle définitionnel (Lahlou, 1998), narratif (Jovchelovitch,
2002 ; Laszlo, 2002), dialogique (Markova, 2003), rhétorique (Billig, 1993),
métaphorique (Lakoff & Johnson, 1980), ou dans une optique, parfois plus radicale,
d'analyse du discours (Parker & Burman, 1993 ; Potter & Litton, 1985), cette
approche des représentations sociales, prédominante au Royaume-Uni, se
concentre essentiellement sur le langage en tant que construction et interaction
sociale et élément fondateur de la réalité sociale. Le langage représente, pour cette
approche, le moyen principal sinon unique d'accéder à la pensée sociale (pour une
critique d'une psychologie discursive radicale, voir De Rosa, 2006).

Il est difficile d’illustrer cette approche avec des résultats précis, tant ceux-ci reposent
sur l’interprétation de matériaux qualitatifs et sont le plus souvent illustrés par des
extraits d’entretiens. Les conclusions sont ainsi établies à partir d’entretiens,
considérés comme des faits empiriques participant de la construction discursive des
représentations et de la réalité sociale. Lorsque les recherches portent sur de
véritables objets de représentation sociale, ce qui est loin d’aller de soi lorsque
McKinlay, Potter et Wetherell (1993) étudient les décisions d’un jury devant se
prononcer sur l’admission dans une association d’artisanat, les résultats illustrent
parfaitement l’aspect à la fois dynamique et polémique des représentations sociales
qui participent à la construction des identités sociales (voir par exemple Moloney &
Walker, 2007). C’est le cas, par exemple, des travaux de Howarth (2007) qui
s’intéresse au racisme dans le système scolaire anglais. Il s’agit là d’un véritable
objet de représentation sociale dans la mesure où le racisme est un objet qui non
seulement génère des enjeux importants, notamment identitaires, qui impliquent et
engagent les individus dans des rapports polémiques, mais aussi présente un niveau
d’abstraction et de complexité lui permettant d’articuler différentes notions pour
Les représentations sociales 19

former une théorie de sens commun. En ce sens, pour paraphraser Howarth (2006),
les représentations ne sont pas des constructions anodines, comme le fait de se
mettre d’accord sur la production artisanale d’un candidat postulant pour entrer dans
une association par exemple, mais de véritables outils permettant d’exercer un
regard critique sur la société.

Enfin, une approche originale s'est développée en Italie sous l'impulsion de De Rosa
(1994, 2002, par exemple). Visant à appréhender les représentations sociales dans
toutes les dimensions qu'elles sont susceptibles de revêtir, en accordant une place
importante à leurs manifestations iconiques, cette approche combine différentes
méthodes et techniques tant qualitatives que quantitatives. Non seulement elle capte
les représentations à différents niveaux qui dépassent celui nécessairement
considéré du discours, au moyen de techniques variées (réseau sémantique,
productions cartographiques ou iconiques, etc.), mais elle soumet chacune de ces
productions à différentes formes d'analyse de données. Pour ces raisons, cette
manière d'aborder les représentations sociales se présente comme une approche qui
prend le parti de recourir à une pluralité méthodologique. En outre elle cherche à
déterminer la nature des liens entre les représentations sociales et les autres
concepts ou paradigmes relevant de l'étude de la pensée sociale, tels que l'attitude,
le stéréotype, l'idéologie, etc. À titre d'illustration, on pourra se référer à la recherche
de De Rosa et Bocci (2013) sur l'évolution historique de la représentation sociale de
la folie en Italie, appréhendée notamment par interview, échelles de distance sociale,
différenciateur sémantique, réseau associatif et production iconique (dessin d'une
personne normale, dessin d'une personne folle et dessin que ferait une personne
folle). L'analyse de ce matériel, et notamment des productions picturales, indique
clairement une évolution de la représentation de la folie au cours du développement
allant de la déviance (criminel) vers une folie médicalisée (malade, atteinte cérébrale,
etc.) puis une folie psychologique (dépressif, déséquilibre émotionnel, victime
sociale, etc.). Mais, parallèlement à cette évolution, émerge une pensée mythique ou
magique renvoyant à la monstruosité de la folie et dénotant une représentation
polyphasique.

Témoins et garantes de la richesse du domaine de recherche, ces cinq approches


des représentations sociales sont souvent présentées comme autosuffisantes, et
donc potentiellement incompatibles, dans un regrettable mais commode esprit de
Les représentations sociales 20

chapelle, ou, moindre mal, font preuve d'une bienveillante ignorance mutuelle. Rares
sont les tentatives de collaboration entre les différentes approches ou les recherches
qui tentent d'en combiner plusieurs (pour des exceptions, voir Moliner, 1994a, 1995 ;
Tafani & Bellon, 2001). Les motifs d'opposition les plus évoqués ne sont pourtant
guère fondés. Ainsi, l'antagonisme récurrent entre qualitatif et quantitatif est un
leurre, puisqu'étudier les représentations sociales nécessite d'en comprendre à la
fois le contenu et les processus (Jodelet, 1984). Le contenu est accessible par des
techniques qualitatives, parmi lesquelles figure l'indispensable recueil d'un discours
construit, que celui-ci soit oral ou écrit (entretiens ou collectes de textes). Or,
déterminer les processus en fonction desquels ce contenu s'élabore ou la manière
dont il se structure, passe forcément par une analyse quantitative. La part relative
accordée aux versants qualitatif et quantitatif dépend de nombreux facteurs, au
nombre desquels le temps et les moyens à disposition pour réaliser la recherche, la
précision ou l'accent mis sur les processus étudiés, ou encore les objectifs de
standardisation et de comparaison. Mais ce n'est en aucun cas un motif
d'incompatibilité entre approches. Pas plus que ne le sont les différents modèles
proposés par ces approches, puisqu'ils relèvent en dernier ressort du développement
de composantes particulières de la théorie des représentations sociales
(objectivation, ancrage, structure, systèmes de communication, métasystème,
pratiques, polyphasie, etc.) et de ce fait peuvent, voire doivent, être intégrés.

Malgré ces intérêts divers portés aux différents aspects de la théorie, les deux
processus majeurs que sont l’objectivation et l’ancrage ont toujours été pris en
compte dans l’étude des représentations sociales depuis le travail fondateur de
Moscovici. Même si certaines orientations vouent davantage d’intérêt à l’un des deux
processus, elles n’ignorent jamais l’autre. Considérons ces deux processus qui,
conjointement, participent à la construction dynamique des représentations sociales.

Objectivation et ancrage

L’objectivation consiste dans la transformation d’un concept ou d’une idée abstraite


en une image destinée à en faciliter la compréhension et la reconnaissance.
L’objectivation peut ainsi être conçue comme une forme de domestication de la
réalité sociale : quelque chose d’abstrait est transformé en quelque chose concret
qui devient le noyau figuratif ou prototype d’une catégorie connue et familière (p. ex.,
Les représentations sociales 21

Moscovici, 1986). Objectiver comporte des opérations de simplification et de


structuration. La simplification se produit par la sélection d’un petit nombre
d’éléments constitutifs de l’objet de représentation, qui sont ensuite recombinés sous
la forme de ce que Moscovici nomme un « modèle figuratif » ou un « noyau
imageant ». Par la simplicité de sa structure, il va s’imposer à tous, et se substituer à
l’objet même qu’il représente, acquérant ainsi toutes les caractéristiques d’un objet
réel.

Si l’objectivation explique comment les éléments représentés d’un objet s’intègrent


en tant que termes de la réalité sociale, l’ancrage « permet de comprendre la façon
dont [ces éléments] contribuent à exprimer et à constituer des rapports sociaux. »
(Moscovici, 1961, p. 317). L’ancrage consiste à situer l’objet de représentation au
sein d’un réseau de connaissances existantes et socialement reconnues, afin d’en
définir précisément le sens et l’usage. Ce processus d’ancrage permet aux différents
groupes de la société d’édifier les rapports sociaux qu’ils entretiennent en spécifiant
les positions particulières qu’ils occupent par rapport à l’objet et qui les opposent aux
autres groupes, ou les en rapprochent. Ainsi, autant l’aspect figuratif d’une
représentation est l’élément stable de celle-ci, dont l’évidence et la simplicité lui
garantissent à la fois une pérennité et une adaptabilité à son environnement, autant
l’ancrage ouvre le champ des possibles en indiquant la manière dont les débats de
société s’emparent de cette représentation.

Cet antagonisme fonctionnel de l’objectivation et de l’ancrage confère aux


représentations sociales un aspect dynamique. Ainsi, les représentations sociales,
selon la place qu’elles occupent dans les débats sociaux, peuvent être tour à tour
extrêmement polémiques, relativement stables, voire sédimentées ou
hégémoniques, selon le terme de Moscovici. L’évolution de la représentation sociale
du SIDA illustre la manière dont une représentation polémique peut se stabiliser.
Clivant fortement les sociétés dans les années 1980, l’irruption de cette maladie
inconnue dans le champ social est interprétée de manières différentes en fonction de
l’idéologie des groupes sociaux : punition divine face à des mœurs dépravés pour les
milieux catholiques intégristes, arme biologique échappée des laboratoires de la CIA
pour des militants de la gauche, origine ethnique noire pour les milieux racistes, etc.
Si à l’époque ces différentes positions s’affrontent dans la manière dont il faut
comprendre et répondre à la maladie, et considérer les malades, la représentation du
Les représentations sociales 22

SIDA a aujourd’hui perdu son caractère polémique. Elle est désormais devenue une
représentation sociale stable par l’intégration relativement consensuelle dans le sens
commun des découvertes scientifiques réalisées depuis lors, malgré l’apparition
régulière de courants minoritaires comme le barebaking par exemple (Berg, 2009).
D’autres représentations plus anciennes connaissent le mouvement inverse. Ainsi
par exemple, la représentation sociale du mariage vient de perdre son caractère
hégémonique, ou de représentation collective dans le sens de Durkheim, pour
redevenir une représentation sociale polémique lors des récents débats sur le
mariage homosexuel.

Concluons ainsi avec Doise, Clémence et Lorenzi-Cioldi (1992) que « Les deux
dynamiques de l’objectivation et de l’ancrage sont apparemment opposées: l’une
vise à créer des vérités évidentes pour tous et indépendantes de tout déterminisme
social et psychologique, l’autre désigne au contraire l’intervention de tels
déterminismes dans leur genèse et transformation » (p. 15).

Il est important de rappeler que si les différentes approches des représentations


sociales étudient ces deux processus, certaines mettent davantage l’accent sur l’un
d'eux. Ainsi par exemple, l’approche structurale se focalise sur l’objectivation à
travers la mise en évidence du noyau central d’une représentation, alors que
l’approche des principes organisateurs se focalise sur les ancrages à travers la mise
en évidence des prises de position de différents groupes à propos d’un même objet
de représentation.

Illustrons cette dynamique de l'objectivation et de l'ancrage à travers un exemple.


Comme l’a montré le travail fondateur de Moscovici sur la compréhension de la
théorie psychanalytique dans le public (1961, 2008), des transformations majeures
de l'information scientifique se produisent lorsqu'elle s'inscrit dans le sens commun
(Green & Clémence, 2008). Au départ abstraite et spécifique dans sa manipulation
experte, l'information acquiert progressivement une signification figurative,
métaphorique ou symbolique, en circulant dans la pensée quotidienne. En se
stabilisant, cette information fournit des points de référence communs aux agents
sociaux.

Sur la base du postulat fondamental de la théorie des représentations sociales


posant une symétrie entre pensée scientifique et sens commun, il est possible de
Les représentations sociales 23

considérer le mouvement inverse, qui va de ce dernier vers le débat scientifique.


L'élaboration de l'idéal androgyne en psychologie offre une illustration saisissante de
ce mouvement. Les transformations successives des conceptions de la personne
androgyne peuvent être lues selon cette clé. On y repère en effet l'effort des
scientifiques visant à promouvoir et à légitimer une conception désirable de la
personne humaine qui soit à même de se départir des représentations courantes de
l'ambiguïté et de la déviance sexuelles.

On a ainsi assisté à l’émergence de trois principales figures de l'androgyne (cf.


Lorenzi-Cioldi, 1994). Au départ, vers le pôle le plus concret, il est un être double,
mâle ou femelle selon les circonstances. Quel que soit son sexe, cet individu-
caméléon se décrit par les stéréotypes des deux sexes, et les alterne dans ses
comportements. Il est par conséquent plus souple, adaptable, flexible. Mais,
présupposant l'existence du masculin et du féminin, il renoue avec la logique binaire
du genre et ne s'avère finalement pas en mesure de braver les modèles d'identité
qu’il aspire à supplanter. Bien au contraire, cette androgynie épargne, voire exalte, la
dualité des sexes, et remplace le devoir de l'homme d'être masculin et celui de la
femme d'être féminine avec celui, doublement contraignant, d'être les deux en
alternance.

Évoluant vers davantage d'abstraction, vers le milieu des années 1970, l'androgyne
devient alors un être de fusion: il est à la fois mâle et femelle, homme ou femme
intégrant avec harmonie les tempéraments des deux sexes dans une synthèse
nouvelle. Cette androgynie réalise la coalescence de la masculinité et de la féminité
et propose l'avènement d'une personnalité aux comportements singuliers et
originaux.

Pouvant difficilement exister dans une société qui persiste à proposer des modèles
de comportement marqués par la différence sexuelle, cet être hybride, qui a joué un
rôle important de transition dans la valse des représentations, évolue dès le début
des années 1980 vers une conception plus angélique en termes de transcendance
du masculin et du féminin. Ici, l'abstraction atteint son paroxysme et la personne
androgyne échappe aux catégories de la pensée pré-existantes qui en assuraient la
familiarité et la compréhension sous des formes le plus souvent pathologiques.
L'androgynie psychologique désigne alors l'absence ou le non-emploi d'un schème
Les représentations sociales 24

de catégorisation basé sur la dichotomie du genre: ni mâle ni femelle. La réification


des stéréotypes sexuels est ainsi escamotée par une définition qui appréhende la
personne androgyne de manière négative, par ce qu'elle n'est pas ou ne fait pas. De
cette manière, la personne androgyne, telle qu'elle est conçue par les scientifiques,
est devenue sans corps en quelque sorte. Mais de ce fait, elle échappe désormais
aux jugements de sens commun liés à la déviance, l'homosexualité, voire
l'hermaphroditisme.

Les trois conceptions de l'androgynie sont ancrées le long d'un axe temporel qui est
aussi celui des affrontements inlassables entre des prises de position tout à la fois
idéologiques, politiques et scientifiques. Selon la définition pionnière de co-présence
de masculinité et de féminité, la personne androgyne incorpore les définitions
consensuelles des sexes. C'est la société, avec ses inégalités, faite individu. Selon la
définition de fusion, l'androgyne opère la synthèse des qualités sexuées, il les
désagrège et les reformule à sa guise. Ce n'est toutefois que selon la définition
angélique, plus abstraite, que l'individu androgyne est censé se départir d'une
société divisée et inégalitaire. En évoluant de cette manière d'une conception plutôt
passive, où il attend d'expliciter des comportements stéréotypiques selon les
situations rencontrées, à une conception active, où l'individu a la liberté d'imaginer de
nouvelles situations, l'androgyne fortifie sa personnalité en devenant indifférent à la
division sexuelle.

Métasystèmes et modes de communication

Pour s’édifier, le sens commun a besoin d’une base sur laquelle assembler des
matériaux au moyen d’un mortier ou d’un ciment. Cette base est constituée par les
individus, les matériaux par du contenu sémantique et symbolique dont le lien et la
cohérence s’établissent grâce à la communication. La communication joue un rôle
essentiel dans le sens commun. Véritable véhicule des représentations sociales, elle
en assure en effet l’élaboration et la transmission. En ce sens, les représentations
sociales ont parfois été associées à la rumeur (Rouquette, 1975, 1996) ou à
l’épidémie (Sperber, 1989). Mais la communication permet également aux
représentations de se décliner selon différents styles ou différentes logiques
(Moscovici, 1961). Dans toute construction il faut un maître d’œuvre. Cette fonction
est occupée par le métasystème normatif (Moscovici, 1976, pp. 253-255). Ce
Les représentations sociales 25

métasystème dépend des interactions qui s’établissent entre les différents milieux
culturels et sociaux dans lesquels les individus sont intégrés. Il exerce à la fois un
contrôle, une validation et une régulation sur la manière dont les représentations vont
s’établir comme des systèmes sociocognitifs sur les fondations que constituent les
individus, qui sont autant de systèmes cognitifs dépositaires d’une partie des
représentations sociales. Cette relation entre métasystème normatif et systèmes
cognitifs éclaire la polyphasie cognitive sous un angle qui la rend moins surprenante.
En effet, les systèmes cognitifs étant régis par des normes sociales et non pas par la
logique formelle, la coexistence d’éléments incompatibles, ou relevant de logiques
différentes, ne pose aucun problème et fait sens. Le métasystème normatif préside à
la manière dont les éléments constitutifs de la représentation vont être sélectionnés
et communiqués. Or ce métasystème dépend étroitement des milieux culturels et
sociaux. Dans son étude princeps de la psychanalyse, Moscovici (1961) étudie ces
variations à travers la presse française des années 50. Son analyse lui permet de
distinguer trois modes de communication médiatique.

La diffusion, tout d’abord, est principalement utilisée par la presse d’information qui,
s’adressant au plus grand nombre, vise à transmettre et répandre le plus rapidement
possible un contenu supposé d’intérêt général. Dans ce but, elle tend à minimiser et
négliger les différences sociales des individus auxquels elle s’adresse. Son but n’est
pas tant d’influencer ou de convaincre que de permettre à chacun de se forger une
opinion et de trouver des occasions de conduite. La vulgarisation scientifique
exemplifie ce mode de communication de masse très répandu dans nos sociétés.

La propagation est un mode de communication qui s’adresse à un groupe spécifique.


Elle vise à indiquer à ce groupe comment intégrer des informations nouvelles,
dérangeantes ou déconcertantes, dans son système de raisonnement, de jugement
et de valeurs. En ce sens, la propagation s’exerce dans un rapport d’autorité qui tient
compte de l’histoire, des valeurs et des croyances du groupe. Sélectionnées et
organisées en système, les informations transmises visent à renforcer ou créer des
attitudes chez les membres du groupe, afin qu’ils adoptent certains comportements.
La presse catholique de l’époque sert d’exemple à Moscovici pour illustrer ce mode
de communication médiatique.
Les représentations sociales 26

La propagande s’adresse également à un groupe particulier pour lui signifier


comment comprendre les informations nouvelles afin de sauvegarder ses intérêts.
Tout autant autoritaire, le rapport dans lequel elle se manifeste rappelle avec
insistance au groupe ce qui l’oppose aux autres groupes. La propagande remplit
ainsi une fonction régulatrice en contribuant à l'affirmation et au renforcement de
l'identité du groupe. Elle remplit également une fonction organisatrice en construisant
une représentation des adversaires et des idéologies à combattre. Condamnée à
être omniprésente pour assurer l’encadrement des membres du groupe auxquels elle
impose des comportements réactifs, la propagande vise à transmettre des
stéréotypes à propos des adversaires. C’est avec la presse communiste que
Moscovici illustre ce mode de communication.

Depuis le milieu du XXème siècle, les sociétés modernes ont subi des
transformations rapides, notamment au niveau des technologies de l’information et
de la communication dont Internet est une des manifestations les plus
emblématiques. Ces transformations ont considérablement modifié les manières de
communiquer. Si les modes de communication identifiés par Moscovici demeurent
pertinents, il convient de les compléter en tenant compte de cette nouvelle réalité qui
foisonne de représentations sociales, comme le signale désormais Moscovici lui-
même (1995, p. 19) : « On parle à leur propos [les réseaux d’information et les
réalités virtuelles] de révolution informatique ou des “autoroutes” de l’information.
Pourtant, ce dont il s’agit et ce qui est véhiculé, ce sont des représentations ».
Moscovici évoque une nouvelle forme, un nouveau style, une nouvelle logique de
représentation : une cyber-représentation. Cependant, il ne va pas jusqu’à envisager
qu’elle puisse être régulée par un métasystème et un mode de communication qui lui
seraient propres.

La rumeur médiatique pourrait être ce nouveau mode de communication.


Contrairement à la rumeur classique qui se transmet par le bouche à oreille et
suppose la coprésence d’interlocuteurs appartenant à un même groupe social, la
rumeur médiatique repose sur des communautés virtuelles. « Sans aucun doute,
l’appartenance à ces communautés s’exprime d’une manière nouvelle qui parfois se
substitue au face à face, et elle peut être vécue à distance en même temps que
d’autres appartenances à des communautés virtuelles ou réelles: en agissant selon
les normes et règles collectivement établies, avec des dialectes et des rituels
Les représentations sociales 27

spécifiques, qui ont la capacité de stimuler la participation à des décisions et des


initiatives communes » (Moscovici, 1995, p. 20). Dans son acception classique, la
rumeur a tout d’abord été considérée comme une forme de communication
pathologique introduisant une distorsion de l’information et devant à tout prix être
corrigée (Knapp, 1944). Son étude expérimentale désormais classique (Allport &
Postman, 1945) a mis en évidence trois processus conduisant à une distorsion : la
réduction qui correspond à une perte importante d’information, l’accentuation qui se
manifeste par la perception, la rétention et la reproduction sélectives d'un nombre
limité d’éléments, et l’assimilation qui se manifeste par une orientation des deux
processus précédents en fonction des habitudes, des intérêts et des sentiments de
ceux à qui elle s'adresse. Pourtant, la rumeur prend une apparence moins néfaste
lorsqu’elle est étudiée en situation naturelle (Schachter & Burdick, 1955) ou
lorsqu’elle est comprise comme un mode de communication pertinent pour
l’élaboration d’une pensée de sens commun (Kapferer, 1987 ; Morin, 1969 ;
Rouquette, 1975). Prise dans cette seconde acception, les processus de réduction et
d’accentuation, d’une part, et d’assimilation, d’autre part, résonnent intimement avec
ceux d’objectivation et d’ancrage. En effet, la réduction et l’accentuation interviennent
dans la construction du noyau figuratif d’une représentation, de même que l’ancrage
dans une prise de position relève de l’assimilation. La rumeur médiatique diffère des
trois autres modes de communication, par le public auquel elle s’adresse, par
l’objectif qu’elle se fixe et par la manière dont elle s’exerce. Les informations sont ici
transmises au sein de relations basées sur une équivalence des statuts entre
récepteurs et sources de la communication, dans la mesure où leurs positions sont
interchangeables. Ces relations sont à la fois particulières, car établies de proche en
proche, et globales, puisqu’elles s’établissent très rapidement au sein de vastes
réseaux interconnectés. Au delà de son caractère informatif, fréquemment
personnalisée, la rumeur médiatique vise davantage à partager des impressions ou
des émotions dont la finalité est de créer et entretenir des liens. Mais l’étude et
l’analyse approfondies de ce nouveau mode de communication restent à réaliser.

Relevons enfin que l’ensemble des modes de communication peuvent être utilisés
par une même source. Par exemple, le milieu publicitaire peut, selon ses objectifs
stratégiques, informer pour présenter un nouveau produit (diffusion), inciter pour
conforter une image de marque (propagation), ou dénigrer dans ses positionnement
Les représentations sociales 28

comparatifs (propagande). Mais aussi, de manière inattendue, il peut surprendre au


moyen de bannières incidentes aux pages web (rumeur médiatique).

Conclusion

Ne privilégiant ni les représentations collectives, au sens que Durkheim a donné à


cette notion, ni les représentations mentales, au sens de la cognition sociale, l’étude
des représentations sociales fonde un nouvel espace où l’articulation des niveaux
individuel et collectif permet d’accéder à une véritable pensée sociale. Pour terminer,
évoquons les angles spécifiques par lesquels les différentes approches des
représentations sociales décrites dans ce chapitre abordent cette pensée sociale.

Comme les différentes approches privilégient certains aspects de la théorie des


représentations sociales, elles diffèrent quant à leur pertinence dans la prise en
compte de différents objets représentationnels. L’approche structurale, qui met au
premier plan le consensus et l’objectivation, a été principalement appliquée à la
manière dont des groupes sociaux spécifiques se représentent des objets sociaux
existants, dans le but d’en dégager les composantes essentielles par l’intermédiaire
de leur noyau central. Parfois critiquée comme étant excessivement schématique,
cette approche a pourtant connu des développements prometteurs, notamment en
montrant le rôle que jouent les pratiques dans l’évolution des représentations
sociales (Flament, 1987, 1994 ; Guimelli, 1998), en enrichissant la distinction entre le
central et le périphérique par une dimension évaluative (cf. le modèle bidimensionnel
de Moliner, 1994a, 1995), et en proposant des méthodologies astucieuses
permettant d’accéder aux éléments de la représentation (cf. la zone muette des
représentations et les techniques de substitution, Abric, 2003a). Comme elle permet
un accès rapide au contenu du noyau central, cette approche se révèle
particulièrement adaptée à des domaines où il est urgent de connaître la position de
groupes particuliers sur des objets pour lesquels il s’agit de prendre des décisions ou
d’élaborer des stratégies (p. ex., politique, santé publique, marketing, publicité).

Quant à l’approche des principes organisateurs, elle privilégie l’ancrage en


s’intéressant aux différentes prises de position existant au sein d’une population. Ce
faisant, elle a montré son pouvoir heuristique dans la compréhension d’objets
sociaux présentant un caractère de nouveauté et potentiellement polémiques. Cette
nouveauté peut se manifester par l’émergence soudaine de l’objet dans la société (p.
Les représentations sociales 29

ex., maladie ou technologie nouvelles), ainsi que par les perspectives nouvelles dans
lesquelles ils sont reconsidérés (p. ex., le mariage homosexuel, débats autour de
l’impact de la colonisation). L’étude des tensions, des polémiques et des conflits
intergroupes est au cœur de cette approche.

L’approche anthropologique se distingue des précédentes dans la mesure où,


privilégiant une connaissance de type monographique, elle ambitionne d’étudier, à
différentes étapes de l’analyse, toutes les dimensions et les processus intervenant
dans les représentations sociales. En conséquence, elle présente l’avantage d’être
calée sur l’objet étudié et sur un groupe spécifique, et d’en apporter une
connaissance approfondie, au prix d’une focalisation sur l’objet qui laisse au second
plan des préoccupations visant une compréhension plus transversale des
phénomènes de représentation.

Enfin, les approches en termes d’analyse discursive ou iconique trouvent leur


spécificité dans le medium par lequel elles accèdent au contenu des représentations.

Toutefois, au delà de leurs particularités et des oppositions qu’elles suscitent parfois,


ces approches oeuvrent de conserve pour prendre en compte et décrypter le sens
commun afin de parvenir à une meilleure connaissance des interactions humaines.
Les représentations sociales 30

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NJ: John Wiley & Sons.

Common questions

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Moscovici's theory emphasizes the dual processes of objectivation and anchoring, focusing on transforming scientific knowledge into common sense and situating it within existing knowledge structures. Contrastingly, Abric's structural approach prioritizes identifying and analyzing the central and peripheral elements of a representation, concentrating on their organization and how they form a stable core while allowing adaptability through peripheral components .

A social representation becomes polemic when it divides groups based on ideological, cultural, or moral differences, as opposed to being universally accepted (hegemonic). This is illustrated by the representation of marriage, which shifted from a hegemonic state to a polemic status during debates on same-sex marriage, indicating societal divisions over new interpretations and values challenging traditional norms .

Objectivation transforms abstract entities into concrete ones that become the figurative core of known categories, imposing a simple structure that replaces the object it represents. Anchoring situates the representation within a network of existing, socially recognized knowledge, defining its meaning and use. While objectivation provides the stability and permanence of a social representation, anchoring allows it to adapt to new societal debates. This dynamic interplay leads to the evolution of social representations, allowing them to be stable yet adaptable .

The interview is termed the 'royal road' because it allows researchers to delve deeply into the nuanced contents of social representations directly from individuals, capturing in-depth opinions, attitudes, and beliefs. This method is preferred for its ability to fully explore the complex landscape of representational content beyond superficial associations or evocations .

Anchoring reveals that social representations are embedded in a socio-cultural context, where they help groups establish their social positions relative to others. By defining meanings and usages within known frameworks, anchoring contributes to the expression and formation of social relationships and facilitates the negotiation of public debates, indicating its role in shaping societal dynamics and collective perceptions .

The concept of the androgyne demonstrates how scientific representations influence and transform social perceptions. Initially viewed through rigid gender binaries, subsequent scientific discourse on androgyny promoted a more fluid and adaptable understanding. This shift reveals the interplay as scientific efforts to redefine such concepts impact societal norms, challenging stereotypes and bridging differences between expert knowledge and everyday social frameworks .

Jean-Claude Abric's structural approach to social representations is centered on the concept of the 'central core theory,' which posits that a social representation is organized around some central elements that form a consensual core. This core provides the representation with both its meaning and stability. Peripheral elements allow for individual variations and flexibility, but the central core remains stable, ensuring consistency in the representation .

The representation of AIDS initially sparked significant controversy in the 1980s, being variously perceived as divine punishment, a CIA biological weapon, or ethnically linked, depending on the group's ideology. Over time, scientific discoveries led to a more consensual understanding in common sense, stabilizing its representation as less contentious and more grounded in established knowledge, despite occasional minority views like barebacking .

In the structural approach, four scenarios arise when examining elements based on frequency and importance: 1) elements frequently mentioned and prioritized likely occupy a central position, 2) infrequently mentioned yet prioritized elements are contrasting, suggesting centrality for specific groups, 3) frequently mentioned but deemed less important are peripheral, and 4) infrequently mentioned and peripheral elements signal low importance both in frequency and perceived significance .

Peripheral elements in Jean-Claude Abric's structural theory serve as a buffer allowing the representation to adapt to individual and situational variations. While the central core ensures stability and meaning, peripheral elements accommodate change and flexibility, enabling the representation to remain robust in the face of external challenges and diverse interpretations .

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