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Auschwitz

Le document commémore la libération d'Auschwitz, principal camp de la mort nazi, où un million de Juifs ont été exterminés entre 1942 et 1945. Il présente des témoignages de déportés, des statistiques sur les victimes et un contexte historique sur la Seconde Guerre mondiale et la Shoah. Ce numéro spécial vise à rappeler l'horreur de ces événements et l'importance de la mémoire collective.

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Auschwitz

Le document commémore la libération d'Auschwitz, principal camp de la mort nazi, où un million de Juifs ont été exterminés entre 1942 et 1945. Il présente des témoignages de déportés, des statistiques sur les victimes et un contexte historique sur la Seconde Guerre mondiale et la Shoah. Ce numéro spécial vise à rappeler l'horreur de ces événements et l'importance de la mémoire collective.

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L’ACTUALITÉ EN 10 MINUTES PAR JOUR DÈS 13 ANS

L’entrée de la gare
d’Auschwitz, en Pologne.
Dans ce camp nazi,
un million de Juifs ont
été exterminés entre
1942 et janvier 1945.

Getty Images

IL Y A 80 ANS, LA LIBÉRATION
D’AUSCHWITZ
D’AUSCHWITZ
NUMÉRO SPÉCIAL • Le principal camp de la mort nazi. P. 2-3 • Des déportés racontent
l’enfer. P. 4-5 • Reportage: des ados français visitent ce lieu de mémoire de la Shoah. P. 6-7
02 NUMÉRO SPÉCIAL IL Y A 80 ANS, LA LIBÉRATION D’AUSCHWITZ NUMÉRO SPÉCIAL 03

CONTEXTE
AUSCHWITZ, PRINCIPALE « USINE DE MORT » NAZIE
1 En 1939, l’Alle-
magne nazie a
envahi la Pologne,
2 À partir de 1943,
les Alliés ont
reconquis peu à
États-Unis et le
Royaume-Uni par
le sud (débarque­
3 Au fur et à mesure
de leur progression,
les troupes alliées
des Juifs. Le
27 janvier 1945,
l’Armée rouge
Six millions de Juifs d’Europe (sur neuf millions) sont morts
lors de la Shoah (aussi appelée Holocauste). Les massacres commis
Territoire du IIIe Reich

déclenchant la peu les territoires ments en Italie, à ont découvert libérait ainsi le par les Allemands ont débuté dès le début de la Seconde Guerre Varsovie
Seconde Guerre occupés par partir de l’Afrique les camps nazis, camp d’Auschwitz, mondiale. Mais le 20 janvier 1942, à la conférence de Wannsee POLOGNE
Berlin
mondiale. Puis elle les Allemands : du Nord), puis par notamment ceux y trouvant environ (Berlin), des chefs nazis ont organisé la « solution finale à la
ALLEMAGNE
a soumis une vaste l’URSS par l’est l’ouest (débarque­ qui étaient destinés 7 000 déportés question juive » : la déportation méthodique des Juifs vers des
partie de l’Europe. du continent, les ments en France). à l’extermination très affaiblis. camps de la mort. Ouvert en 1940, agrandi en 1941, Auschwitz Auschwitz
est alors devenu le plus grand de leurs camps d’extermination. FRANCE

« Les déportés AUSCHWITZ COMPTAIT


EN FAIT 3 GRANDS CAMPS 3 Auschwitz III-Monowitz

n’ayant pas été 1 Auschwitz I-Stammlager


Ouvert en 1940, il est un camp d’inter-
2 Auschwitz-Birkenau
Camp d’extermination construit en octobre
Entre 1942 et 1944, environ 40 camps sont
installés dans les environs. Auschwitz III,
le plus grand, ouvre fin 1942 à Monowitz.

gazés avaient
nement puis un camp de concentra- 1941. Il compte plus de 300 baraquements Ces camps annexes jouxtent des usines
tion pour des prisonniers politiques et jusqu’à 7 chambres à gaz (Zyklon B) métallurgiques, des industries chimiques,
polonais. À partir de l’été 1941 arrivent et trois blocs de krematoriums. des fonderies et des mines. Les déportés
des prisonniers de guerre soviétiques À partir de 1942, des prisonniers juifs, sont utilisés comme main-d’œuvre,

une espérance
(soldats de l’URSS ayant été capturés). tsiganes, homosexuels, résistants… arrivent notamment par IG Farben (qui produit
de toute l’Europe. Les Juifs constituent du caoutchouc synthétique). Ils meurent
le plus grand nombre de déportés. vite et sont aussitôt remplacés.

Getty Images
de vie de 3 mois » Des enfants rescapés
à Auschwitz, le 27 janvier 1945.

L
’historien polonais tion ici sont passés par ce nuit, ils ressentaient une peur méfiance. Ils ont été accusés
Piotr Cywinski dirige stade, ni vivants ni morts, extrême, un danger de mort d’avoir collaboré à l’extermi-
le musée d’État avec juste des réactions auto- imminent. N’importe quoi ris- nation des Juifs. Mais ils
d’Ausch­witz-Birkenau. matiques, primitives. On les quait d’arriver. La perspective devaient accomplir les pires
Il publie Auschwitz : une appelait les muselmann. » n’était pas de survivre jusqu’à des travaux. Aucun n’était
monographie de l’humain • Survivre. « Que se passe-t-il demain, mais seulement la volontaire. Ils étaient réguliè-
(éd. Calmann-Lévy). chez des humains transposés prochaine demi-heure. » rement tués et remplacés. En
dans un endroit où ils n’ont • Sonderkommandos. « Ils octobre 1944, des centaines
L’EXPERT plus le droit d’être humains ? travaillaient directement à la ont essayé de se révolter. »
Ils arrivaient avec une éduca- machine de mort. Ils étaient • Mémoire. « Hitler pensait
• Déshumanisés. « La plupart tion, une culture, des valeurs mieux nourris et mieux logés, que certaines personnes
des déportés étaient gazés à de respect, d’amitié… Tout certains les regardaient avec étaient des êtres humains et
leur arrivée à Auschwitz. Pour disparaissait dès leur arrivée. que d’autres ne l’étaient pas. Heinrich Himmler Rudolf Höss Josef Mengele
les autres, jeunes et en bonne Les chances de survie étaient Le reste est la conséquence (1900-1945) (1900-1947) (1911-1979)
santé, l’espérance de vie était différentes selon les origines. « Beaucoup de de ces idées. Tout était dans Ce proche d’Adolf Hitler est le chef Officier SS, il commande le camp Surnommé « l’ange de la mort »,
suprême de la SS. Il est l’un des de mai 1940 à novembre 1943. Il ce physicien nazi mène, pour des
de trois mois. Peu nourris et Par exem­ple, c’était très dur rescapés ont ses écrits. Entre son arrivée
organisateurs de la « solution finale », augmente les capacités d’extermi- « recherches », des expériences
soumis à un travail de force- pour les Grecs, car personne au pouvoir et le début de la
né, ils n’avaient plus, à la fin, ne parlait leur langue et peu
survécu car ils guerre, six années se sont
le plan nazi d’extermination des
Juifs d’Europe. À la fin de la guerre,
nation et décide d’utiliser le Zyklon B.
En mai-juin 1944, il fait gazer
sur des déportés (des enfants,
des jumeaux…) à Auschwitz-
que la peau et les os. Ils d’entre eux connaissaient le ont réussi à se écoulées. Il faut peu de temps il tente de négocier avec les Alliés.
Arrêté le 22 mai 1945, il parvient
320 000 Juifs (jusqu’à 10 000/jour).
Capturéen 1946, il témoigne au procès
Birkenau. Ces cobayes meurent
presque systématiquement lors
étaient incapables de travail- yiddish. Beaucoup de resca- détacher de leur pour qu’une propagande à se suicider avant d’être jugé. de Nuremberg (tribunal créé par les des expérimentations. Après s’être
ler, de réfléchir. Les consé- pés ont survécu parce qu’ils populiste emporte les foules.

ART PRESSE
Alliés pour juger les grands criminels caché pendant quatre ans, Mengele
quences de la faim sur l’esprit ont réussi à se détacher de monde et de Cela fait réfléchir aujourd’hui, nazis). Il est condamné à mort par la s’enfuit en 1949 en Amérique du Sud,
sont terribles. La plupart de leur monde, de leurs habitu­ leurs valeurs. » surtout que ces idées circulent justice polonaise et pendu en 1947. où il décède en 1979.
ceux qui sont morts en déten- des, de leurs valeurs. Jour et vite sur les réseaux sociaux. »

MOTS CLÉS pour encadrer les autres prisonniers, réclamer du peuple, de prétendre SS criminels (surtout des Allemands)… (Ukraine, Lituanie…) de 1922 à 1991. Il
y compris en usant de la violence. suivre sa volonté et défendre ses SchutzStaffel, organisation policière Les Juifs portaient une étoile jaune, s’agissait d’une dictature communiste.
Alliés Krematorium intérêts, contre les torts causés par et paramilitaire nazie (protection parfois croisée avec une autre couleur. Yiddish
Ici, pays ayant combattu l’Allemagne À Auschwitz II-Birkenau, installation ses prétendus ennemis (ex. : les élites d’Adolf Hitler, gestion des camps, Typhus Langue des Juifs d’Europe de l’Est.
nazie : Royaume-Uni, Canada, URSS couplant une chambre à gaz (pour tuer politiques ou économiques). troupes d’élite…). Grave maladie infectieuse transmise Zyklon B
(à partir de 1941), États-Unis (idem)… les déportés) et un four crématoire Sonderkommando Triangle par les poux. Insecticide utilisé par les nazis pour
Armée rouge (pour brûler les corps). Unité de travail formée de prisonniers Ici, triangle en tissu dont la couleur URSS exterminer les Juifs dans les camps.
Forces armées de l’URSS. Populisme forcés de participer au processus indiquait le motif de l’arrestation. Union des républiques socialistes IIIe Reich (1933-1945)
Kapo Désigne, pour un parti ou une d’extermination (principalement, Rouge : prisonniers politiques ; marron : soviétiques, vaste pays ayant regroupé Nom donné à l’Allemagne nazie
Déporté choisi par les Allemands personnalité politique, le fait de se transporter les corps vers les fours). Tsiganes ; rose : homosexuels ; vert : la Russie et d’autres pays voisins (dictature dirigée par Adolf Hitler).

Samedi 25 janvier 2025 • 2d cahier (2/2) WWW.PLAYBACPRESSE.FR 2d cahier (2/2) • Samedi 25 janvier 2025
04 NUMÉRO SPÉCIAL IL Y A 80 ANS, LA LIBÉRATION D’AUSCHWITZ NUMÉRO SPÉCIAL 05

CHIFFRES CLÉS À RETENIR


« Chaque moment compte, « Des morts
1,3 million 1,1 million 60 000 partout »
de personnes ont été
déportées à Auschwitz
y sont morts, dont 1 million de Juifs
(environ 1/3 des Juifs exterminés dans
déportés ont été évacués d’Auschwitz par les SS
lors de « marches de la mort » vers d’autres camps,
car on n’en a pas d’autre »
entre avril 1940 et 1945. les camps nazis) et 20 000 Tsiganes. début 1945, face à l’avancée de l’Armée rouge.
HENRI BORLANT
RAPHAËL ESRAIL nait crasseux, plus notre
(1927-2024)

« Nous n’avions plus rien d’humain »


(1925-2022) état était lamentable, plus
Déporté à 15 ans, en 1942
Juif, résistant à 18 ans la haine à notre égard aug-
(interviews parues en 2005
et déporté à 19 ans, mentait. En arrivant, on
et 2015).
en 1944 (interview nous donnait une gamelle
GINETTE KOLINKA pèse plus que 26 kilos et nue devant d’autres per- J’étais crasseuse, je n’avais parue en 2017). pour six, sans cuillère, avec

Capt. d’écran YouTube Mémorial Shoah


Loriane Pavan
«
Née en 1925, déportée souffre du typhus. Son sonnes et que je voyais des pas de culotte, on avait des un peu de soupe très
à 19 ans, en 1944 (extraits père, son frère, son neveu corps nus. Quand on m’a diarrhées. Je subissais, sans Chaque déporté a liquide. Sans savon ni ser-
d’interviews parues et l’une de ses sœurs sont tatouée [NDLR : un numéro réfléchir ! J’ai vécu l’horreur : sa propre histoire. viette, on ne pouvait pas
en 2009 et 2023). morts en déportation. sur le poignet], je n’ai rien la saleté, l’odeur, la fumée des Mais le destin était collec- se laver. On ne pouvait ni
TÉMOIGNAGE

«
senti tellement j’avais honte. corps brûlés… On était battus. tif : l’issue était la mort. aller aux toilettes ni boire
Je croyais aller dans un C’était fini, je n’étais plus Des femmes mouraient par 80 % des déportés étaient de l’eau, car elle était
camp de travail. À l’arri- Ginette. Pendant des mois, terre, tabassées à coups de gazés dès leur arrivée à et de la solidarité entre impure. On n’avait pas
vée à Birkenau, je me suis dit j’ai couché à côté de femmes botte. Ils tuaient systémati- Auschwitz. Dans mon groupes communautaires. d’habits, pas de pull, pas
que ces nazis n’étaient pas si dont je ne me rappelle ni le quement celles qui étaient co nvo i d e 1 2 0 0 p e r – Nous n’étions pas consi­ de chaussettes… Pire que
Sipa/François Greuez

méchants, car ils proposaient nom ni le visage. Mais je me trop jeunes ou trop vieilles sonnes, seuls 166 hommes dérés comme des êtres des chiens. Malgré tout, TÉMOIGNAGE

«
aux personnes fatiguées ou souviens des latrines, grande pour travailler. Si vous étiez et 59 femmes sont entrés humains, mais comme de nous avons essayé de
malades de monter dans des pièce où tout le monde devait fatigué, malade, ou si votre dans le camp. Les autres la vermine à éliminer. Tout continuer à vivre comme Le premier jour, j’ai dû faire
camions pour rejoindre le faire ses besoins. C’était tête ne leur revenait pas, ont été tués immédiate- était fait pour renforcer des hommes. Par exemple, mes besoins devant tout le
camp. J’ai encouragé mon immonde, si humiliant. À Bir- c’était la mort. Il fallait faire de ment. Cela dépasse l’en- cette idée. Plus on deve- en nous passant un peu monde. J’ai vu mon père obligé
père et mon frère à y aller. Ils kenau, je ne me suis jamais la place pour les nouveaux tendement. Nous n’avions d’eau sur le visage dès que de se mettre tout nu. Ils nous ont
TÉMOIGNAGE ont été exterminés : c’étaient lavée. On était désinfectés déportés. Le soir, les nazis aucun droit, sauf celui c’était possible. Il fallait donné des vêtements rayés,
de faux camions de la Croix- tous les deux ou trois mois. retrouvaient leurs enfants, de d’être battus ou tués. Des « Nous n’avions tenir. Chaque moment humides, pas lavés, pleins de
Dénoncée comme juive et
arrêtée, elle est déportée
Rouge. J’en ai des remords.
Avec les autres personnes
l’âge des petits qu’ils avaient
tués dans la journée. Si on ne
déportés devenaient des
kapos, faisant régner une
aucun droit, compte, car on n’en a pas
d’autre. C’est une forme de
poux. Le matin, il y avait l’appel
des kommandos. Nous partions
« J’étais sauf celui d’être
»
le 13 avril 1944. Elle se “aptes au travail”, nous avons l’a pas vécu, on ne peut pas discipline de fer, appli- résistance. Pour soi-même travailler au pas. Il fallait courir,
retrouve à Auschwitz- marché jusqu’au camp. Les crasseuse, je se rendre compte de ce qu’on quant les ordres des nazis. battus ou tués. » et pour le reste de porter des caisses. On travaillait
Birkenau. À son retour en
France, le 6 juin 1945 (après
femmes ont été rassemblées
et obligées de se déshabiller
n’avais pas de a subi. Dans un tel endroit, on
n’a plus rien d’humain. Pas de
Mais il y avait de l’entraide l’humanité. sans savoir pourquoi. Après la
soupe du midi, on travaillait
culotte, on avait
»
être passée par les camps entièrement, on nous a rasé pardon pour ces nazis, ni encore et on rentrait avant la nuit.
des diarrhées »
« J’ai été retenue dans l’orchestre »
de Bergen-Belsen et de les cheveux, les poils… C’était pour ceux qui nous ont Pour dormir, nous étions huit par
Theresienstadt), elle ne la première fois que j’étais dénoncés. paillasse. Le système était fait
pour nous anéantir. On savait
VIOLETTE n’était plus nécessaire de qu’on allait mourir, et vite. Ceux

Capt. d’écran YouTube Mémorial Shoah


voler de la nourriture, ni qui lâchaient prise n’avaient plus
JACQUET-
« J’ai eu envie de me suicider » un an dans les cuisines. J’étais
nourri et au chaud, mais vio- SILBERSTEIN
d’attendre debout dans le
froid. Nous avons joué des
aucune force. Il y avait des morts
partout, et l’odeur de chair brû-
(1925-2014)

«
lemment battu par les Polo- marches militaires pour lée… C’était un univers très
SIMON GUTMAN Il fait extrêmement un gourdin. Le père a refusé. nais. Tout le temps, on voyait Déportée à 18 ans, les entrées et sorties des violent, même entre nous. De la
(1923-2020) froid en Pologne. Il Le fils a refusé lui aussi de arriver des convois, avec des en 1943 (interview détenues qui partaient tra- violence intéressée. Mais il y avait
Déporté à 19 ans, en 1942, gelait dur la nuit. Parfois, on tuer son père. L’Allemand les femmes et des enfants. Il y parue en 2005). vailler. Les femmes défi- aussi de la solidarité entre ceux

«
par le premier convoi nous mettait dehors, nus, à a tués tous les deux. Il a répé- avait la sélection. Un gradé laient au pas, cinq par qui parlaient la même langue. Au
de Juifs de France (inter- 3 h du matin. On nous asper- té l a m ê m e s cè n e ave c SS levait sa main. Le pouce On a fait monter cinq, ce qui permettait aux bout d’un moment, on a des
view parue en 2002). geait d’eau glacée. Nous dor- d’autres, puis il m’a fait sortir levé, il montrait la gauche ou ma mère dans un TÉMOIGNAGE SS de les compter plus réflexes : ne pas se trouver sur le
mions dans des sortes de des rangs. Il a dit : “Il n’y a la droite sans regarder ceux camion. Je ne savais pas facilement. De temps en passage d’un kapo, ne pas regar-
Mémorial de la Shoah/Coll. S. Gutman

cages à poules. Le matin, on qu’un seul gars qui va rester qu’il envoyait à la mort. Les ce que cela voulait dire. femmes. Nous étions ins- temps, nous jouions de la der un SS dans les yeux, se rele-
découvrait des copains qui en vie. C’est lui, parce qu’il est prisonniers s’approchant trop J’ai demandé à la femme tallées dans un bloc propre variété. Parfois, des SS ver quand on vous tabasse et se
ne bougeaient plus. On se propre.” J’ai aussi travaillé des barbelés près des mira- qui tatouait mon numéro et rangé. Nous étions venaient nous écouter. mettre au garde-à-vous, manger
levait parmi les cadavres. Je dors étaient abattus. J’ai eu si ma mère partait travail- habillées chaudement et il Mais nous n’avons jamais son pain au lieu de le garder pour
me souviens d’un jour où j’ai envie d’y aller, de me suicider. ler dans une usine. Elle m’a joué au mess (cantine) des ne pas se le faire voler. Il n’y aurait
brisé une flaque gelée. L’eau « Aux cuisines, Je me suis dit : “Personne ne répondu en désignant les officiers. Et contrairement pas eu de survivants sans solida-
était très sale, mais je me suis j’étais nourri et pleurera ta mort.” Mais j’ai cheminées : “Ta mère est « Il n’était plus à ce que certains cinéastes rité. Par exemple, lors de l’appel,
lavé le visage. À l’appel, un
Allemand triangle vert s’est
au chaud, mais renoncé. Je pensais que, de
toute façon, j’allais crever,
passée dans la chambre
à gaz. C’est une usine de
nécessaire ont fait croire, on ne nous
a jamais demandé de jouer
qui durait des heures parce qu’il
y avait tellement de morts que le
violemment de voler de la
» » »
amusé à choisir un père et mais je ne voulais pas leur la mort.” Je l’ai crue tout lors de la sélection ou du compte n’était jamais bon, si vous
TÉMOIGNAGE son fils. Il a demandé au pre- frappé. » faire le plaisir de voir de suite. Puis j’ai été rete- nourriture. » fonctionnement des ne teniez plus debout,
mier de tuer le second avec ma lâcheté. nue dans l’orchestre des chambres à gaz. d’autres vous redressaient.

Samedi 25 janvier 2025 • 2d cahier (2/2) WWW.PLAYBACPRESSE.FR 2d cahier (2/2) • Samedi 25 janvier 2025
06 NUMÉRO SPÉCIAL IL Y A 80 ANS, LA LIBÉRATION D’AUSCHWITZ NUMÉRO SPÉCIAL 07

À LIRE, À VOIR
Si c’est
un homme,
de Primo Levi
(Pocket)
Le récit autobio-
g ra p h i q u e d ’ u n
Juif italien survi-
vant d’Auschwitz,
écrit en 1946. Un
témoignage unique sur la machine
de mort nazie.

Adieu
Birkenau,
de Ginette

Léna Gomez
Kolinka
(Albin Michel)
2 La vie (en BD)
de Ginette
1. Les lycéens ont parcouru
Kolinka, de sa
le camp de concentration
déportation à
d’Auschwitz I, avant de

Léna Gomez
marcher vers le centre Auschwitz-Birkenau à 19 ans, en
d’extermination de Birkenau, avril 1944, jusqu’à son dernier pas-
1 situé à plusieurs kilomètres. sage dans ce camp, à 95 ans, pour
accompagner des élèves, en 2020.
2. Le portail du camp

Des lycéens français


comporte toujours la sinistre
Auschwitz:
inscription Arbeit macht
frei («Le travail rend libre»). une mono-
Cette entrée est désormais graphie de

dans les pas des déportés


celle du musée à la l’humain, de
mémoire des victimes. Piotr Cywinski
(Calmann-Lévy)
3. Près de 80000
chaussures d’hommes, À travers des cen-

D
de femmes et d’enfants taines de témoi-
epuis plus de 20 ans, le Mémo- tés en camion vers les chambres à gaz. cer son matricule en allemand. Là, c’est gnages complexes

Léna Gomez
assassinés dans les
rial de la Shoah et la région «En une à deux secondes, le choix était le bâtiment où avaient lieu les expérimen- chambres à gaz sont et concrets, exprimant la peur, la
Île-de-France organisent des fait», explique Olivier Lalieu, historien au tations médicales. Et voici les latrines conservées au musée souffrance, la mort, les valeurs
voyages d’étude à Auschwitz Mémorial de la Shoah et guide régulier collectives. Quand elle venait ici, Ginette d’Auschwitz. 3 morales, l’auteur, historien (lire son
pour des lycéens français. Une vingtaine auprès des élèves. «Il n’y avait aucune Kolinka (lire son interview p.4) insistait interview p.2), montre la réalité
de classes menant des projets sur la logique. Un jour, les prisonniers de moins toujours pour que les élèves voient cet cendres”, précise Olivier Lalieu. Depuis Lalieu. Il est nécessaire que vous gardiez humaine à Auschwitz.
mémoire de la Shoah sont sélectionnées de 16 ans étaient tous gazés. Ceux du endroit. Pour elle, il représente le sym- le début de notre visite, nous avons déjà ces traces en mémoire. Dans une ou
chaque année pour une visite guidée des convoi du lendemain partaient travailler.» bole ultime de l’humiliation.» passé plus de temps à Birkenau que la deux générations, elles n’existeront La Liste de
lieux. Marchant sur les traces des dépor- plupart des déportés assassinés dès leur plus.» Devant les fours crématoires et les Schindler,
tés, ces ados intègrent cette expérience •Baraquements. Lentement, la cohorte •Lac des cendres. Un long chemin, pavé arrivée.» Les élèves observent une minute chambres à gaz, des élèves se sèchent de Steven
à leurs travaux mémoriels. Le 17 décem- des élèves se dirige vers l’entrée du par des déportés, relie le camp de de silence. «En classe, on avait vu des discrètement les yeux. «On a vu les hor- Spielberg
bre, L’ACTU a suivi 130 lycéens issus de camp. Quelques maisons s’y trouvent. concentration au camp d’extermination photos, confie Aurore, 16 ans. Là, psycho- reurs du nazisme et son côté froid, (1995)
sept établissements lors de leur visite de Dans un jardin, on aperçoit des jouets d’Auschwitz-Birkenau, où se trouvaient logiquement, c’est bien plus dur. On a rationnel. Chacun a géré à sa façon, mais En s’inspirant
l’ancien camp de la mort. d’enfant. «Comment font les gens pour les centres de mise à mort (infographie littéralement refait le chemin des Juifs.» on s’est tous approprié cette réalité», de l’histoire
habiter là?», souffle un lycéen. Des bâti- p.3). Certains baraquements sont tou- Pour Philomène, 16 ans, «voir cette réa- observe Octave, 17 ans. «Venir est essen- (vraie) d’Oskar
REPORTAGE (PAR LÉNA GOMEZ) ments de brique, tous identiques, s’ali- jours visibles, d’autres ont été détruits lité réhumanise les victimes, alors que tiel, juge César, à côté de lui. C’est une Schindler, un
gnent sous la pluie. Olivier Lalieu détaille par les nazis pour effacer les preuves de tout était fait ici pour les déshumaniser». partie de l’histoire du monde qu’il est industriel allemand ayant sauvé
•Judenrampe. Le bus dépose les élèves la fonction de chaque baraquement. «Ici, leurs crimes. Les élèves s’arrêtent au nécessaire d’avoir en tête. Un penseur des Juifs, ce film aborde la dépor-
sur les rails, à quelques centaines de le lieu où les prisonniers étaient désha- milieu d’un bois de bouleaux où s’étend •Traces. D’anciens baraquements ont disait: “Celui qui ne connaît pas l’histoire tation et le fonctionnement du
mètres de l’entrée d’Auschwitz I. Jusqu’en billés et où était tatoué leur numéro. La une mare. «Les prisonniers affectés à la été transformés en musée. Les élèves est condamné à la revivre.”» camp d’Auschwitz-Birkenau.
avril 1944, c’est là, sur la «rampe des première chose, quand on arrivait à crémation des corps y déversaient les passent de salle en salle, observent en
juifs», que les convois de déportés ont Auschwitz, c’était d’apprendre à pronon- restes des morts. On l’appelle le “lac des silence les objets dont ont été dépossé- LE SAVIEZ-VOUS ? «La voix des témoins»
été débarqués. Puis les détenus étaient dés les déportés. Valises sur lesquelles Le Mémorial de la Shoah, à Paris,
acheminés directement dans le camp.
« Il est nécessaire de garder ces traces en mémoire. des noms sont inscrits, lunettes, chaus- La ville d’Auschwitz a été renommée diffuse sur sa chaîne YouTube
Immédiatement, les nazis sélectionnaient sures… Derrière une vitre, un amoncelle- ainsi par les Allemands. Quel est (@memorialdelashoah) environ
les déportés aptes au travail. Les autres, Dans une ou deux générations, elles n’existeront plus. » ment de cheveux. «Cette matière orga- son nom en polonais? 50 témoignages de rescapés des
soit 80% des arrivants, étaient transpor- nique tombe en poussière, avertit Olivier Oświęcim. camps nazis.

Samedi 25 janvier 2025 • 2d cahier (2/2) WWW.PLAYBACPRESSE.FR 2d cahier (2/2) • Samedi 25 janvier 2025
08 INTERVIEW TÉLÉ Par A. N.-C. (en conférence de presse) CAMILLE LOU ET HUGO BECKER

CV Camille Lou, née en 1992 dans le Nord, a joué


dans les séries Les Bracelets rouges (2018), Le
cinéma, théâtre et séries (Le Baron noir, Je te
promets…). Ils jouent dans Tout le bleu du ciel,
Bazar de la Charité (2019), Cat’s Eyes… Hugo film en 2 parties diffusé lundi sur TF1 et Netflix.
Becker, né en 1986 en Moselle, jongle entre Il est adapté du best-seller de Mélissa Da Costa.

“Après avoir vu ce film, on a envie


de vivre et de créer des liens forts”
Vous incarnez Joanne et Émile, les héros du film Tout le bleu du ciel.
Qui sont-ils et vous sentez-vous proches d’eux?
Hugo Becker: Émile est atteint d’une démence précoce, une maladie
dégénérative incurable. J’aime sa manière de voir et d’aborder la vie,
avec beaucoup d’humour, pour cacher sa pudeur. Et j’admire sa capa-
cité à prendre des décisions radicales. Ce voyage en van avec Joanne
va le faire grandir, le faire devenir «homme», mais en gardant une
énorme part d’enfance en lui. Je trouve ça vraiment très beau.
Camille Lou: Joanne est une femme brisée qui va se reconstruire en
aidant Émile. Cela a été un vrai challenge de l’incarner, car au début elle
est très fermée à cause de sa souffrance, tandis que je suis empathique,
souriante, joyeuse et pas du tout pudique. Mais je me retrouve dans sa
douceur, sa nature généreuse et son besoin de donner de l’amour.

Qu’est-ce qui vous a séduits dans ce projet?


H.B.: L’histoire tellement forte et puissante. Cette question: «Il se passe
quoi si demain on fout le camp?», on se la pose tous, je crois. Et puis, je
n’avais jamais joué un personnage comme Émile. Par ailleurs, j’avais déjà
tourné avec Camille et je savais qu’on serait sur la même longueur
d’onde, que l’on pourrait compter l’un sur l’autre. Enfin, j’aime beaucoup
la sensibilité du réalisateur, Maurice Barthélemy. Le film raconte un road-
trip et on en a vécu un aussi, lors du tournage. Et ça, c’est génial comme
aventure ! Bref, tout m’enthousiasmait.
C.L.: Il y a une alchimie rare entre Hugo et moi et cela a été déterminant.
J’avais lu le roman de Mélissa Da Costa, dont le film est une adaptation,
et je m’étais dit que j’adorerais jouer dans cette histoire. Quelques mois
plus tard, on me proposait le projet! Pour moi, c’était le destin.

L’histoire n’est pas très joyeuse. Cela ne vous a pas freinés?


C.L.: Pour moi, elle est au contraire belle, lumineuse, pleine d’espoir. François Lefebvre
H.B.: Après avoir vu ce film, on a envie de vivre, d’exprimer ce que l’on
ressent, de créer des liens plus forts avec ceux qu’on aime, de voyager,
de vivre des moments forts, de ne pas passer sa vie à faire des choses
qui ne nous plaisent pas.

BIENTÔT EN INTERVIEW L’athlète française Stéphanie Gicquel, spécialiste des courses d’endurance longue distance
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