Cours Composite Pi
Cours Composite Pi
Département Mécatronique
Matériaux Composites
(Cours)
Yamen Maalej
Professeur, ENIT
Table des matières
1
Chapitre 1
1.1 Définition
Un matériau composite est l’assemblage de deux ou plusieurs matériaux non miscibles. En général,
on distingue un matériau rigide et résistant à phase discontinue répartie dans une phase continue.
La phase discontinue qui joue le rôle de l’inclusion est habituellement plus dure avec des propriétés
mécaniques supérieures à celles de la phase continue qui joue le rôle de la matrice. La matrice conserve
leur dispositions géométriques aux fibres et leur transmet les sollicitations auxquelles est soumise
la pièce. Le matériau ainsi obtenu est très hétérogène et fortement anisotrope dont les propriétés
résultent :
• des propriétés des matériaux constituants,
• de leur distribution géométrique,
• de la nature de l’interface matrice-renfort.
1.2 Classification
Selon la nature de la matrice et des fibres, les matériaux composites sont classés suivant les couples
d’associations utilisés :
• Composite à matrice organique (résine) avec des fibres ;
— minérales : verre, carbone
— organique : Kevlar
— métallique : bore, aluminium
— naturel : Alpha, Chanvre, lin (appelé couramment Bio-Composites)
— nanoscopique : plaquettes d’argile Montmorionnite, nanotubes de carbone ... (appelé cou-
ramment Nano-Composites)
• Composite à matrice métallique (aluminium, titane) avec des fibres de carbone, de bore ou de
carbure de silicium.
• Composite à matrice minérale (céramique) avec des fibres de bore
Cette dernière classe de matériau est particulièrement recommandée pour les applications à fort
chargement thermique (allant jusqu’à 1000o C)
2
1.3 Caractéristiques volumétrique et massique du mélange 3
Ces teneurs dépendent directement du procédé de fabrication. Le tableau 1.1 donne l’ordre de gran-
deur des teneurs en volume vf pour les principaux procédés de fabrication :
effort
Métallique Unidirectionnel
allongement allongement
Figure 1.1 – Comparaison du comportement à la rupture
Afin de déterminer la limite à la rupture du composite unidirectionnel en fonction de celle des fibres
et de la matrice, on propose d’utiliser les hypothèses suivantes :
• Pas de décohésion fibre-matrice : l’interface fibre-matrice reste parfaite.
• Les fibres se rompent avant la matrice (comportement fragile des fibres).
En utilisant ces hypothèses de modélisation, la limite à la rupture dans le sens longitudinal (celui des
fibres) σRl d’un unidirectionnel s’écrit :
σRl = vf . σR,f + (1 − vf ) . σm (1.8)
où σR,f représente la contrainte à la rupture des fibres et σm la contrainte dans la matrice au moment
de la rupture des fibres.
Afin de déterminer σm , on utilise l’hypothèse d’adhésion parfaite fibre-matrice ce qui se transforme
1.5 Anisotropie des matériaux composites 5
e2 = et
e2 = et′
e1 = el
Figure 2.1 – Composite unidirectionnel UD
8
2.2 Constantes élastiques 9
En utilisant la loi de comportement à l’échelle micro (2.3) et l’égalité des déformations (2.2), le
module d’Young longitudinal à l’échelle macro peut alors s’écrire :
Sf f Sm m
Elc = E + E (2.4)
S S
Les fractions de surfaces peuvent être remplacées, modulant la longueur, par les fractions volumique
du renfort v f et de la matrice v m = 1 − v f . On abouti alors à la loi de mélange suivante :
Elc = v f E f + (1 − v f ) E m (2.5)
Au cas où le module des fibres est très grand devant celui de la matrice, on peut approximer ce
module longitudinal par :
Elc ≃ v f E f quand E f ≫ E m (2.6)
σtc
σtf 000000000
111111111
111111111
000000000
000000000
111111111 kf
000000000
111111111
000000000
111111111
000000000
111111111 ⇐⇒
σtm
000000000
111111111
000000000
111111111
000000000
111111111
000000000
111111111
000000000
111111111 km
000000000
111111111
000000000
111111111
Ftc Ftc
Figure 2.3 – Modèle rhéologique de l’essai de traction transversale
transversale. En adoptant ce modèle rhéologique, l’essai de traction transversal conduit aux relations
suivantes :
Où S est la surface en traction et L, Lf , et Lm désignent respectivement les longueurs dans le sens
de la traction transversale du composite UD, de la composante de cette longueur en fibres et de celle
en matrice.
Les fractions de longueurs peuvent êtres remplacées, modulant la surface en traction, par les fractions
volumique du renfort v f et de la matrice v m = 1 − v f . La relation entre les déformations (2.7) s’écrit
alors :
ǫct = v f ǫft + (1 − v f ) ǫm
t (2.8)
En utilisant la loi de comportement à l’échelle micro (2.3), cette déformation peut s’écrire :
f
σtc f σt
m
f σt
=v + (1 − v ) m (2.9)
Etc Ef E
Enfin, l’égalité des contraintes (2.7) nous donne alors la loi des mélanges pour le module d’Young
transversal à l’échelle macro :
1 vf (1 − v f )
= + (2.10)
Etc Ef Em
ou encore :
Ef Em
Etc = = m (2.11)
(1 − v f ) + v f EE f
f
v f + (1 − v f ) EEm
Au cas où le module des fibres est très grand devant celui de la matrice, on peut approximer ce
module transversal par :
Em
Et ≃ m quand E f ≫ E m
c
(2.12)
v
2.2 Constantes élastiques 11
ǫcl = ǫfl = ǫm
l
ǫct = v f ǫft + (1 − v f ) ǫm
t (2.13)
La division de ces deux dernières équations nous donne alors la loi des mélanges pour le cœfficient
de Poisson νltc :
ǫc
νltc = ct = v f ν f + (1 − v f ) ν m (2.14)
ǫl
τltc γltc
γltm
m m
e
11111111111
00000000000
00000000000
11111111111 γltf
00000000000
11111111111
e f f
τltc
Figure 2.4 – Modélisation de l’essai de cisaillement
développement limité d’ordre 1 est alors appliqué (γ ≪ 1 7→ sin γ ≃ γ , cos γ ≃ 1 et tan γ ≃ γ).
En suivant cette modélisation, la distorsion angulaire du composite γltc peut être exprimée en fonction
de celle des fibres γltf et de la matrice γltm :
Le matériau étant en cisaillement, les contraintes dans les fibres et la matrice sont alors égaux :
Par ailleurs, les relations entre les contraintes de cisaillement et les distorsions angulaires sont gérées
par les lois de comportement à l’échelle micro et s’écrivent :
Ef
τltf = Gf γltf avec Gf =
2(1 + ν f )
Em
τltm = Gm γltm avec Gm = (2.17)
2(1 + ν m )
2.2 Constantes élastiques 12
En utilisant la loi de comportement à l’échelle micro (2.17) et l’égalité des contraintes de cisaillement
(2.16), l’équation (2.15) s’écrit :
em + ef ef em
= + (2.18)
Gclt Gf Gm
Les fractions d’épaisseurs peuvent être remplacées, modulant la surface en cisaillement, par les frac-
tions volumiques du renfort v f et de la matrice v m = 1 − v f . On abouti alors à la loi de mélange
suivante :
1 vf (1 − v f )
= + (2.19)
Gclt Gf Gm
ou encore :
Gf Gm
Gclt = = m (2.20)
(1 − v f ) + v f GGf
f
v f + (1 − v f ) GGm
Au cas où le module de cisaillement des fibres est très grand devant celui de la matrice, on peut
approximer ce module de cisaillement par :
Gm
Gclt ≃ quand Gf ≫ Gm (2.21)
vm
1 νtlc
− 0
Elc Etc Ēlc νtlc Ēlc 0
c
ν 1
en souplesse : [S] = − ltc 0 et en rigidité : [R] = c c
νlt Ēt Ētc 0
El Etc
c
1 0 0 Glt
0 0
Gclt
Elc Etc
dans laquelle : Ēlc = et Ēt
c
= .
1 − νltc νtlc 1 − νltc νtlc
Avec :
Elc = v f E f + (1 − v f ) E m
1 vf (1 − v f )
= +
Etc Ef Em
ǫc
νltc = ct = v f ν f + (1 − v f ) ν m
ǫl
1 vf (1 − v f )
= +
Gclt Gf Gm
Le comportement d’un pli unidirectionnel étant identifié, on propose dans le chapitre suivant, de
réaliser l’empilement de différentes couches d’unidirectionnel afin d’obtenir la loi de comportement
du matériau stratifié qui en résulte.
Chapitre 3
3.1 Généralités
3.1.1 Définition
Le stratifié est un matériau composite constitué par un empilement de plusieurs couches (ou plis)
d’unidirectionnel, de tissus ou de mats avec des orientations différentes pour chaque pli. Cette opé-
ration d’empilement est appelé : drapage.
Lors de la conception du stratifié, le nombre de pli à placer dans chacune des orientations est tributaire
des sollicitations mécaniques qui s’exercent sur la pièce.
alors la nature des fibres constituant chaque couche comme le montre l’exemple suivant :
[45V /0C /−45K ] qui désigne un stratifié à 3 couches : 1ière → 45◦ en fibre de Verre, 2ième → 0◦
en fibre de Carbone, 3ième → −45◦ en fibre de Kevlar.
x
θ
Figure 3.1 – Systèmes d’axes d’orthotropie (l, t) et de références (x, y) d’un Pli
ǫxy σxy
Tout calcul effectué, on obtient la loi de comportement en souplesse suivante :
1 νyx µxy
ǫx Ex − Ey Gxy σx
ǫy = − νxy 1 ηxy
σy (3.9)
E Ey Gxy
x
µx ηy 1
ǫxy σxy
Ex Ey Gxy
avec :
1
Ex (θ) = 4 4
c s 2 2
1 νtl
+ +c s −2
El Et Glt Et
1
Ey (θ) = 4
c4
s 2 2
1 νtl
+ +c s −2
El Et Glt Et
1
Gxy (θ) =
(c2 − s2 )2
2 2
1 1 νtl
4c s + +2 +
El Et Et Glt
νyx νxy νtl 4 4 2 2 1 1 1
(θ) = (θ) = (c + s ) − c s + −
Ey Ex Et El E t Glt
c2 s2
µxy µx 2 2 νtl 1
(θ) = (θ) = −2sc − + (c − s ) −
Gxy Ex E2l E2t Et 2Glt
ηxy ηy s c νtl 1
(θ) = (θ) = −2sc − − (c2 − s2 ) −
Gxy Ey El Et Et 2Glt
3.3 Théorie des stratifiés 16
µxy
On remarque dans cette loi de comportement (3.9), l’existence de deux termes de couplage ( et
Gxy
ηxy
) entre les déformations de traction (ǫx , ǫy ) et les contraintes de cisaillement σxy . Ce couplage
Gxy
apparaı̂t puisque le pli n’est plus chargé dans ses axes d’orthotropie, un chargement de traction induit
alors (à cause de l’anisotropie) une distorsion angulaire.
Il est à noter que ces termes de couplage sont des fonctions impaires de θ. Le couplage disparaı̂t pour
les angles θ = 0 où θ = π/2 ce qui revient à charger le matériau unidirectionnel suivant ses axes
d’orthotropie.
Ē12 (θ) = Ē21 (θ) = c2 s2 (Ēl + Ēt − 4Glt ) + (c4 + s4 )νtl Ēl
Ē13 (θ) = Ē31 (θ) = −cs{c2 Ēl − s2 Ēt − (c2 − s2 )(νtl Ēl + 2Glt )}
Ē23 (θ) = Ē32 (θ) = −cs{s2 Ēl − c2 Ēt + (c2 − s2 )(νtl Ēl + 2Glt )}
expression dans lesquelles :
Ēl = El /(1 − νlt νtl )
Ēt = Et /(1 − νlt νtl )
N y dx
dx z
T xy
n
ek :
x T xy dy k e/2
N x dy :
:
: 0
:
: e/2
2
1
En tenant en compte de la variation des contraintes par couche du stratifié, l’expression de ces solli-
citations membranaires s’écrivent :
où (σx )k désigne la contrainte de traction suivant la direction x dans la couche numéro k du
stratifié.
où (σy )k désigne la contrainte de traction suivant la direction y dans la couche numéro k du
stratifié.
où (σxy )k désigne la contrainte de cisaillement au plan (x, y) dans la couche numéro k du
stratifié.
3.3 Théorie des stratifiés 18
Expression dans laquelle nous avons utilisé l’hypothèse d’adhésion parfaite entre les différents pli de
façon à avoir une égalité des déformations : ǫk = ǫ pour tout pli k.
Un réarrangement des termes de cette expression conduit à la forme suivante :
nième pli
X
k
N x = A11 ǫx + A12 ǫy + A13 ǫxy avec A1j = Ē1j ek (j = 1..3) (3.15)
k=1er pli
nième pli
X
k
N y = A21 ǫx + A22 ǫy + A23 ǫxy avec A2j = Ē2j ek (j = 1..3) (3.16)
k=1er pli
nième pli
X
k
T xy = A31 ǫx + A32 ǫy + A33 ǫxy avec A3j = Ē3j ek (j = 1..3) (3.17)
k=1er pli
L’ensemble des équations (3.15), (3.16) et (3.17) peuvent alors se mettre sous une forme matricielle :
Nx A11 A12 A13 ǫx nième pli
X
N y = A21 A22 A23 ǫy avec Aij = Ēijk ek = Aji (3.18)
1. Les cœfficients Aij (3.18) du tenseur reliant les efforts généralisés de membrane aux défor-
mations se représentent en une opération de sommation sur le comportement de chacun des
plis constituant le stratifié. Ainsi, dans le cadre de cette théorie classique des stratifiés, ces
cœfficients Aij sont indépendants de l’ordre d’empilement des plis.
2. L’examen du tenseur [A] (3.18) montre que les flux d’efforts en traction N x où N y engendrent
des distorsions angulaires ǫxy . Ce couplage disparaı̂t si les termes A13 et A23 sont nuls.
En effet, dans le cas d’un stratifié équilibré, c’est à dire représentant autant de plis à un angle
(+θ) que de plis (−θ), les termes Ē13 et Ē23 sont antisymétriques en θ et donc s’éliminent
pour les paires de plis à ±θ dans le calcul de A13 et A23 .
La loi de comportement d’un stratifié équilibré s’écrit alors :
3.3 Théorie des stratifiés 19
Nx A11 A12 0 ǫx
N y = A21 A22 0 ǫy (3.19)
T xy 0 0 A33 ǫxy
3. La loi de comportement reliant les contraintes aux déformations peut être déduite en substi-
tuant aux flux d’efforts N x , N y et T xy (3.18) des contraintes homogénéisées (moyenne globale
sur les sections) :
Nx Ny T xy
σxh = , σyh = , et h
σxy = (3.20)
e e e
L’exposant h est mentionnée afin de distinguer cette contrainte (fictive) homogène équivalente,
constante dans la section, de la contrainte dans chaque couche du stratifié qui elle dépend de
l’emplacement dans la section.
En combinant les équations (3.20) et (3.18), on en déduit alors la loi de comportement du
stratifié, rendu “homogène” sous la forme :
σxh ǫx A11 A12 A13
h 1
avec [Rhc ] =
h
σy = [Rc ] ǫy A21 A22 A23 (3.21)
e
h
σxy ǫxy A31 A32 A33
Puisque les termes constitutifs des Aij sont indépendants de l’ordre d’empilement des plis, les
quotients eek peuvent être réarrangés pour constituer les proportions pθl (%) des familles de
◦
Comme exemple, les termes de la matrice de rigidité d’un stratifié [0/−452 /452/90]s , s’écrivent :
h 1 ◦ ◦ ◦ ◦ ◦ ◦ ◦ ◦
Rij = Aij = Ēij0 p0 (%) + Ēij−45 p−45 (%) + Ēij45 p45 (%) + Ēij90 p90 (%)
e
De plus, si tous les plis constituant ce stratifié sont de même épaisseur, on en déduit :
h 1 1 ◦ 1 ◦ 1 ◦ 1 ◦
Rij = Aij = Ēij0 + Ēij−45 + Ēij45 + Ēij90
e 6 3 3 6