Revue IAvolume 43
Revue IAvolume 43
Soussana J.F.
L’agroécologie considère les systèmes de culture et d’élevage comme des écosystèmes particuliers
dans lesquels le milieu naturel est transformé par des pratiques agricoles. Elle cherche à comprendre le
fonctionnement de ces systèmes pilotés par l’homme et utilisant les interactions dans le monde du
vivant. En corollaire, l’ingénierie agro-écologique permet de mieux accorder les régulations naturelles,
au sein des écosystèmes, avec l’intervention humaine.
Dans son document d’orientation 2010-2020, l’Inra a identifié l’agroécologie comme l’un des deux
chantiers scientifiques prioritaires. Apparue dans la première moitié du 20ème siècle en tant que nouvelle
discipline ayant l’ambition de croiser agronomie et écologie, l’agroécologie est également associée,
selon les circonstances, à un ensemble de pratiques agricoles ou à un mouvement social. Mais c’est
bien l’émergence, la reconnaissance et le rayonnement de la discipline scientifique qui sont visés dans
le cadre de ce chantier prioritaire, dont la première phase s’est appuyée sur une étude bibliométrique
originale, sur l’analyse des priorités scientifiques et du positionnement de l’Inra (Inra, 2012).
L’étymologie nous rappelle que le mot agronomie dérive des deux racines grecques agros : « champ »,
et nomos : « loi ». La question de la norme, de cette loi, qui s’appliquerait aux champs est donc
fondatrice de l’agronomie, ou au sens large des sciences agronomiques. Partant des racines grecques
oikos, « la maison, l’habitat » et logos « la science, le discours », l’écologie étudie les interactions entre
organismes vivants et leurs relations avec l’environnement. Apparu dans les années 1930, le
néologisme agroécologie définissait donc une science du monde vivant au champ, sans pour autant
prescrire une nomos, une loi. Le terme a cependant été utilisé depuis pour désigner un nouveau
modèle agricole, qui concilierait les enjeux économiques et environnementaux de l’agriculture (CEP,
2013).
Le corpus scientifique utilisant le terme agroécologie (ou son synonyme agro-écologie) est relativement
limité (environ 1500 articles indexés dans l’ensemble des bases de données internationales depuis les
années 1950). Néanmoins, l’étude du monde vivant au champ s’est rapidement développée et les
passerelles entre l’écologie et les sciences agronomiques concernent aujourd’hui près de 6000 articles
indexés par an. L’agroécologie n’a pas vraiment acquis le statut de discipline scientifique, mais s’est
développée et intéresse aujourd’hui un large ensemble interdisciplinaire incluant l’écologie, les sciences
de l’environnement, les sciences agronomiques et les sciences humaines et sociales. La dimension
sociale et économique porte en tant que telle des enjeux de connaissance relatifs, par exemple, à la
conception de nouveaux systèmes techniques et aux processus de partage et généralisation des
innovations.
Les recherches en agroécologie portent sur une large gamme d’échelles spatiales et temporelles,
certaines étant liées aux milieux, d’autres aux activités agricoles. D’un point de vue spatial, cette
gamme va de la communauté microbienne du sol au paysage ou à la région, en passant par
l’exploitation agricole. Les territoires sont identifiés par des systèmes de production et des milieux
(climat local, sol, système hydrologique). Ils intègrent une biodiversité, des processus écologiques
(plasticité des organismes et des populations, assemblage des espèces, flux et cycles
biogéochimiques, …) et des activités humaines (adaptabilité des systèmes de production, vulnérabilité
économique,…). Les enjeux consistent donc à évaluer les flux écologiques et biogéochimiques, à
comprendre les interactions entre les milieux, les activités et ces flux. Le temps long, historique et
géologique, a laissé son empreinte sur les sols, les paysages mais aussi les génomes. Les échelles
J.F. Soussana
Les écotechnologies, l’écologie des systèmes alimentaires et l’agroécologie pour l’action n’ont pas été
placées au cœur de ce chantier scientifique, mais ces thèmes s’inscrivent dans la continuité directe des
réflexions conduites et font également l’objet de recherches.
L’Inra apparait aujourd’hui comme un acteur incontournable des recherches interdisciplinaires en agro-
écologie. Il figure au troisième rang mondial dans ce domaine en termes de productions scientifiques et
dispose de nombreux atouts avec plus d’une centaine d’équipes scientifiques de plusieurs
départements, de méta-programmes sur les services des écosystèmes et sur la gestion intégrée de la
santé végétale et animale, du soutien d’une trentaine d’unités expérimentales et d’observatoires de
recherches en environnement répartis sur le territoire national. Au plan national, les recherches en
agroécologie se structurent au sein d’un groupe thématique de l’alliance de recherche sur
l’environnement (Allenvi). Les recherches de l’alliance contribuent également à la dimension
internationale de l’agroécologie ; le Cirad et l’Inra ont ainsi participé au symposium international (2014)
de la FAO sur l’agroécologie pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Dans ce contexte, l’Inra a
organisé fin 2013, avec l’appui du Ministère en charge de l’agriculture et de l’ACTA, un colloque
Agroécologie & Recherche qui a rassemblé 350 participants, dont une moitié de partenaires de la
recherche (développement agricole et profession, ministères et collectivités territoriales, environnement
et coopération internationale) (Inra, 2013a). Il comprenait un forum visant à discuter des grands enjeux
sociétaux de l’agroécologie en tant que praxis. Il comprenait aussi trois ateliers rassemblant des acteurs
du développement, de la formation et de la recherche. Ces ateliers ont permis d’aborder les principaux
leviers techniques de transition vers des pratiques agroécologiques : mieux utiliser la biodiversité, gérer
les paysages et les territoires et boucler les grands cycles.
-‐ Le premier atelier a été consacré à l’utilisation accrue des différentes composantes de la
biodiversité. Au sein de la composante cultivée, il est possible d’associer plusieurs composantes (ex.
agroforesterie), plusieurs espèces végétales (rotations longues, cultures intermédiaires, associations)
ou animales (pâturage mixte), plusieurs variétés d’une même espèce (mélanges variétaux). La diversité
associée aux parcelles peut également être modifiée en gérant les bordures, ou en favorisant l’habitat
d’auxiliaires. Cette valorisation de la biodiversité concerne aussi bien les cultures annuelles que les
cultures pérennes et l’élevage.
-‐ Le second atelier était consacré à la gestion des paysages et des bassins versants et de
l’ensemble des régulations qui s’y déroulent. Gérer, individuellement ou collectivement, une mosaïque
paysagère ou un bassin versant et intégrer cette gestion agro-écologique dans l’aménagement et le
développement d’un territoire peuvent permettre de mieux préserver des ressources cruciales pour
l’agriculture (l’eau et les sols) et de renforcer la régulation des bio-agresseurs et la pollinisation. Il s’agit
de travailler sur l’organisation spatiale des parcelles, des ateliers de production, des espaces interstitiels
et d’infrastructures écologiques, comme les haies, les zones humides ou les bosquets. Ces éléments
peuvent être mieux maîtrisés collectivement, à l’échelle du paysage ou du bassin versant. Par exemple,
pour la gestion de la qualité de l’eau et pour la régulation des bioagresseurs.
-‐ Le troisième atelier portait sur les cycles du carbone, de l’azote et du phosphore qui sont à la
base des productions végétales et animales. Une ouverture excessive de ces cycles entraîne des
pertes et des gaspillages de nutriments, de matière organique des sols et d’énergie, ainsi que des
problèmes de pollution de l’eau, de l’air et d’émissions de gaz à effet de serre. Les transitions agro-
écologiques favorisent le bouclage des grands cycles, en combinant une série de pratiques : fixation
biologique d’azote, stockage de carbone et de nutriments dans la matière organique des sols,
recyclages et valorisation des engrais de ferme, intégration des systèmes de culture et d’élevage. Le
potentiel représenté par ces transitions peut être renforcé grâce à des recherches sur la biologie et
l’écologie des sols, sur les symbioses racinaires, sur les cycles biogéochimiques et sur les technologies
et options de recyclage et de valorisation des effluents.
Chaque atelier a été construit en trois temps afin de proposer un bilan : des innovations sur le terrain (1.
aujourd’hui), puis du potentiel des recherches (2. les possibles) et des transitions envisageables (3.
l’avenir) (Figure 1). Plusieurs questions avaient été posées par le comité de pilotage (formé de
représentants du MAAF, de l’ACTA et de l’Inra) du colloque à ces ateliers. Elles portaient sur les circuits
d’innovation, la coordination des acteurs, les parcours de formation, la place des nouvelles technologies
et des ruptures scientifiques, la conception de systèmes multi-performants, la robustesse et la résilience
des systèmes, leur insertion dans les territoires et les filières, mais aussi sur les facteurs du
changement (économie, travail, risque).
Chaque intervention lors de ces ateliers a été préparée par un groupe souvent pluridisciplinaire et pluri-
organismes. Ce travail collectif, original, a offert un ample éclairage sur les expériences de terrain, sur
les bases scientifiques, sur les transitions vers l’agro-écologie et sur les freins et barrières. Au total, 112
exemples couvrant la plupart des filières agricoles et les enjeux des territoires ont été présentés au
cours de ces trois ateliers. Plusieurs d’entre eux illustraient les convergences entre les leviers d’action ;
ainsi, la biodiversité des sols est importante pour le bouclage des cycles, la gestion des paysages peut
favoriser la biodiversité, etc…
Figure 1. Organisation des trois ateliers thématiques du colloque Agroécologie et Recherche (Octobre 2013).
Les discussions dans les différents ateliers ont convergé vers quelques messages généraux. Ainsi, les
connaissances scientifiques mises en avant sont bien souvent absentes de la formation initiale des
agriculteurs. Leur mise en œuvre suppose un effort d’observation accru et une réflexion élargie : de la
parcelle à l’agro-écosystème et au paysage, du raisonnement de la fertilisation à celui du cycle des
éléments et de la saison à la dynamique pluriannuelle. L’organisation du travail dans l’exploitation est
donc modifiée, puisqu’il s’agit d’ajuster continuellement les décisions en fonction des observations, ce
qui peut prendre un temps important surtout durant les périodes de transition. Des indicateurs et des
outils spécifiques de formation et d’aide à la décision sont donc nécessaires, ainsi que des technologies
nouvelles pour faciliter l’observation et l’interprétation et pour gagner du temps dans l’exécution de
pratiques plus complexes. La question d’agro-équipements adaptés se pose aussi en agroécologie,
puisqu’il faut disposer d’outils spécifiques pour certains itinéraires techniques et pour certains systèmes
(semis sous couverts, mélanges, agroforesterie, etc…). Ces changements questionnent également
l’organisation des filières comme le montre une étude conduite par l’Inra (Inra, 2013b) sur les freins et
leviers à la diversification des cultures.
Ce numéro spécial d’Innovations Agronomiques’ a été construit à partir des ateliers du colloque.
Chaque partie fait ainsi l’objet d’un exposé introductif, puis plusieurs exemples de recherches et
d’innovations sont fournis. Enfin, une synthèse offre un panorama du potentiel de recherche et
d’innovation dans chaque domaine. Ces contributions fournissent un éclairage original sur les
interactions entre recherches et pratiques et soulignent le potentiel d’innovation de l’agroécologie pour
conjuguer les performances économiques, environnementales et sociales de l’agriculture.
Références bibliographiques
CEP, 2013. L’agroécologie : des définitions variées, des principes communs. Analyse, n°59, Juillet
2013. Les publications du Centre d’Etudes et de Prospective du Ministère de l’Agriculture, de la Forêt
et de l’Agroalimentaire.
Résumé
Ce texte constitue l’introduction à l’atelier « utiliser la Biodiversité » du colloque agroécologie du 17
Octobre 2013. Il est inspiré des échanges qui ont eu lieu au sein du groupe thématique ‘Agro-écologie
et sol’ d’AllEnvi. Il énonce les enjeux et pose les bases conceptuelles relatives à l’utilisation de la
biodiversité pour la gestion des agroécosystèmes.
Mots-clés : Paradigme de l’agriculture, complémentarité de gamme, balayage des échelles, principes
écologiques, interactions biotiques, adaptation, résilience.
d’une batterie d’intrants sophistiqués et propres à apporter une solution adaptée spécifique à chaque
nouveau problème.
Ce constat conduit à repenser en profondeur le paradigme de la production agricole dans une autre
direction, basée sur les interactions biotiques et régulations biologiques qui peuvent exister dans des
écosystèmes plus complexes. La démarche consiste à réintroduire et entretenir la biodiversité des
agrosystèmes aux différentes échelles. Illustré avec les productions végétales, elle peut se traduire par
la conduite de différentes plantes/cultures de manière simultanée et/ou imbriquée afin de valoriser au
mieux l’espace et tirer profit de la complémentarité des caractéristiques adaptatives et fonctionnelles de
ces espèces. Une démarche similaire peut couvrir l’élevage ainsi que l’interface entre productions
végétales et animales avec la conduite d’un troupeau dans un verger, par exemple. Dans son principe
d’exploiter au mieux toute la gamme des conditions et ressources offertes, on peut qualifier ce
paradigme de ‘complémentarité de gamme’.
Outre une refonte en profondeur des modes de gestion de ces systèmes, mener une complémentarité
de gamme nécessite de revoir les objectifs de l’amélioration génétique, afin de définir des variétés et
des races animales adaptées non plus à un environnement simplifié et artificialisé, mais à un milieu
biotique et abiotique plus complexe et plus riche en interactions de natures diverses. En restaurant une
logique de complémentarité de gamme, on vise à mieux occuper l’ensemble des habitats, milieux et
strates qu’offre l’environnement ainsi modifié. Une conséquence de cette nouvelle orientation est la
diversification accrue de chaque territoire ce qui conduira à repenser en aval les modes de
commercialisation, organisation des filières et réseaux de distribution.
Il y a un pari sous-jacent que l’extension de l’occupation de toutes les niches écologiques disponibles
est en mesure de générer plus de biomasse que les nécessaires interactions biotiques entre
organismes n’en détourneront par assurer leur maintien. Sur ce delta positif de biomasse et après une
phase transitoire d’ajustement des génotypes, des assemblages d’espèces et des organisations
spatiales, les meilleures complémentarités de gamme pourraient être ainsi globalement supérieures et
plus durables que les stratégies découlant du choix des meilleurs génotypes dans le meilleur
environnement possible.
Trouver comment passer du meilleur génotype dans le meilleur environnement possible à celui de la
meilleure complémentarité de gamme dans un environnement hétérogène et moins prévisible constitue
toutefois un changement de paradigme profond qui nécessite le développement de connaissances
génériques capable d’extrapoler à partir de situations pionnières. Le bénéfice que l’on attend de
combinaisons de pratiques dépend notamment de leur capacité à bien valoriser les conditions locales.
Se passer d’intrants chimiques ne peut notamment se concevoir sans exploiter des savoirs nouveaux
ou oubliés, accroitre nos capacités d’observation et développement d’outils d’aide à la décision. Ceci
appelle en particulier au développement de technologies nouvelles pour le diagnostic de l’état sanitaire
des cultures et des troupeaux (Ephytia, barcoding, etc.) et la clarification des modalités d’utilisation de
ces connaissances par les acteurs.
compensation. La moindre réussite d’un individu sera mise à profit par ses voisins pour mieux exploiter
la ressource libérée. Ainsi, si la composition d’un mélange prairial peut varier selon les années, les
conditions météorologiques ou la charge en animaux, la complémentarité des besoins, la facilitation,
voire la compétition entre espèces pour l’accès aux ressources lumineuses ou édaphiques donnera
généralement lieu à la fermeture du couvert et à un entrelacs racinaire complet (Corre-Hellou et al.
2014). L’assemblage sera ainsi plus régulier et vigoureux que la simple somme des participants. La
diversification des espèces partageant un même espace est alors gage d’une certaine stabilité qui peut
elle-même être renforcée si différentes espèces partagent des caractéristiques communes. La
généralisation de cette idée se retrouve dans le principe de redondance fonctionnelle entre les
espèces composant le peuplement. A l’instar de certains systèmes agricoles notamment tropicaux pour
lesquels la logique de gamme couvrant différentes strates tout au long de l’année s’exprime pleinement
comme dans un jardin créole ou des systèmes agroforestiers (Correia et al., 2010), les agricultures des
milieux tempérés pourraient reconstruire des solutions adaptées, sélectionner les variétés selon leur
expression en mélange et/ou choisir des couverts d’intercultures ou d’inter-rangs compensant
notamment les exportations des denrées récoltées ainsi que leur impact sur les états du milieu.
Le paradigme de complémentarité de gamme fait largement appel à la biodiversité, qu’elle soit
introduite ou naturellement présente, et à notre capacité à la manipuler. Un assemblage naturel non
régi par l’homme passe les filtres de la sélection naturelle, se développe sur les ressources auto-
générées et s’autorégule dans un équilibre dynamique. A l’inverse, un milieu agricole intensif est moins
autonome car dominé par quelques espèces, races ou variétés domestiquées et par les espèces
sachant profiter des facilités offertes : adventices, ravageurs des cultures ou parasites du bétail, par
exemple. En extrayant des ressources, les chaines trophiques naturelles sont aussi raccourcies. La
biodiversité présente dans l’agrosystème intensif se caractérise ainsi par un déficit relatif en
macroorganismes et des chaines trophiques courtes. Différents travaux scientifiques montrent que
l’absence de certaines espèces clés réduit en retour l’ensemble de la diversité hébergée (Estes et al.,
2011). Tirer un meilleur profit de la biodiversité constitue ainsi un axiome de base pour
l’agroécologie. Sans doute ne faut-il pas pour autant en attendre une vertu universelle mais plutôt
différentes formes d’expression de son intérêt, susceptibles de fournir de nouvelles externalités.
L’introduction de biodiversité nécessite de considérer plusieurs échelles et niveaux d’organisation.
L’exemple de la lutte intégrée contre les ravageurs permet de combiner des diversités relevant de
différentes échelles emboitées : au niveau individuel de chaque plante (une diversité de gènes de
résistance) au niveau populationnel (un mélange d’individus portant des gènes ou combinaisons de
gènes différents) au niveau du peuplement végétal (cultures plurispécifiques) et au niveau du paysage
par une mosaïque de zones variées. Certaines zones pourront héberger des ressources hôtes sur
lesquelles la sélection naturelle privilégiera chez les ravageurs des caractères adaptatifs
potentiellement divergents de ceux favorables sur la culture. Ce même principe de réduction du
potentiel adaptatif est par exemple connu pour être mis en pratique dans la stratégie de refuge en lien
avec le déploiement de variétés résistantes. D’autres zones dans et hors des parcelles peuvent
entretenir des cortèges d’auxiliaires à même de contenir la charge parasitaire à un faible niveau. Ainsi,
une répartition des variétés/espèces dans l’espace et dans le temps autorise à élargir la gamme des
situations de cohabitation avec des pathogènes. Les atteintes à la santé des cultures ou des troupeaux
seront occasionnellement ou régulièrement présentes, mais d’intensité et d’impact réduit. La recherche
devra mieux s’approprier les relations entretenues entre les changements d’échelles et les causes de
variation de l’intensité des régulations biologiques et ses autres conséquences sur la stabilité d’un
réseau trophique (Bascompte, 2010 ; Thébault et Fontaine, 2010).
La complémentarité de gamme peut aussi être réfléchie dans l’optique de maximiser les gradients
environnementaux occupés : organisation des systèmes racinaires sur des horizons différents,
couverture temporelle élargie avec des espèces tolérant bien des extrêmes climatiques (température ou
humidité par exemple). La plus grande rareté de niches écologiques vacantes qui devrait en résulter est
à même de limiter l’expansion des espèces indésirables. Cette stratégie peut être étendue à un
principe d’optimisation de l’occupation de l’espace. Ceci suggère toutefois d’inscrire plus
explicitement la capacité de robustesse et de compétitivité des espèces domestiquées sur une gamme
élargie de critères abiotiques et biotiques (www6.inra.fr/micmac-design). Si les variétés cultivées
actuellement montrent de fortes capacités à capturer et valoriser les nutriments, ceci s’est fait de
manière concomitante à l’érosion de la capacité de résistance aux agressions biotiques (contrôlées par
d’autres moyens) ou à une réduction de la gamme de tolérance aux stress abiotiques. Des études ont
été conduites pour réévaluer la performance des variétés ou des rotations culturales sur des pas de
temps plus longs (Oury et al., 2003). Un tel classement révèle mieux les capacités de robustesse et de
rusticité. Les variétés disposant de composantes de rattrapage dans l’élaboration du rendement ne sont
jamais en première place une année donnée mais expriment bien leur potentiel dans la productivité
moyenne et la faible variance autour de cette valeur. D’autres travaux montrent que les variétés dites
élites ne sont pas les plus performantes pour les cultures associées. Choisir et sélectionner les variétés
ou races adaptées à des conduites agro-écologiques constitue un réservoir potentiel majeur de progrès
(Meynard, et al 2009).
Enfin, deux autres bénéfices potentiels de la complémentarité de gamme sont classiquement
envisagés. Le premier explore un principe de la complémentarité de capture et d’utilisation des
ressources entre espèces végétales avec l’exemple bien connu des associations graminée et
légumineuse fixatrice d’azote comme illustration (généralisé en écologie, sous le vocable de
‘facilitation’). La seconde renvoie à la capacité accrue d’un couvert composite à ‘absorber’ des
conditions climatiques exceptionnelles telles que des crues ou périodes de sécheresse. Si les
conditions extrêmes sont par définition rares, leur effet n’en est pas moins majeur (Holling, 1973 ;
Dynesius et Jansson, 2000) et leur occurrence d’autant plus inévitable que l’on considère des pas de
temps longs. Les scientifiques parlent du principe de résistance et de résilience de l’agro-
écosystème quand ils évoquent l’élargissement des potentialités adaptatives avec la diversification des
espèces partageant un même espace. De plus, la présence concomitante d’hétérogénéités à la fois
spatiales et temporelles est gage d’une désynchronisation des cycles biologiques ayant une propriété
stabilisante
(Vinatier et al., 2009). Enfin, pour maintenir les caractéristiques et propriétés de
l’environnement, une part des ressources produites doit rester sur place afin de soutenir le
fonctionnement de l’écosystème. Ceci est réuni dans une catégorie particulière des services
écosystémiques dits de ‘support’. Les scientifiques ne disposent pas encore d’évaluation de la
proportion des ressources que recouvre ce ‘métabolisme de base’ de l’agro-écosystème et la place
qu’occupe le recyclage de la matière organique dans ce processus.
sur des sols non couverts et nichent dans des milieux prairiaux fermés, le simple redécoupage de la
matrice paysagère des cultures et des prairies pourrait étendre les capacités d’accueil. D’une manière
générale, tout organisme potentiellement limité dans ces déplacements sera sensible à la disposition
spatiale et temporelle des ressources (Blitzer et al., 2012). Les pollinisateurs qui doivent pouvoir
s’alimenter tout au long de la saison ont besoin de trouver des floraisons relais pour couvrir l’ensemble
des périodes critiques. Une rupture de l’approvisionnement, même de durée courte, peut réduire
drastiquement la viabilité démographique et les effets sont souvent non proportionnels aux facteurs
responsables. Il y a donc à étendre un principe général d’adéquation des échelles d’organisation
des territoires et des politiques publiques avec les échelles biologiques. Cette cohérence bénéficiera
aux agriculteurs en intensifiant notablement les régulations biologiques favorables à la santé des
cultures et des troupeaux, ou en contenant mieux les bio-agresseurs qui dispersent depuis un front de
colonisation.
Conclusion
La diversité biologique a été façonnée mais a aussi répondu à des changements majeurs dont ceux
d’origine climatique. Elle ressort aujourd’hui comme un moteur incontournable de nouveaux systèmes
de production susceptibles de fournir des services multiples. Le paradigme de complémentarité de
gamme illustre la volonté d’étendre les possibilités d’économies d’intrants en s’appuyant sur la
biodiversité. On commence à savoir en évaluer à la fois les principes sous-jacents, les contraintes et les
bénéfices attendus sur le court comme sur le moyen terme. Dans une période charnière entre
paradigmes, il est normal que toutes les ‘solutions’ ne soient pas encore réunies ; aussi beaucoup de
pistes étudiées sont encore à l’état de potentiel. Au-delà du changement de paradigme, c’est aussi de
nouvelles relations avec les agriculteurs qui doivent être créées, pour associer étroitement
connaissances scientifiques et savoirs locaux, une condition nécessaire à l’émergence de nouveaux
systèmes. En partant de l’existant, d’autres pistes explorent les moyens d’accroitre les performances
par l’intégration d’innovations dans des systèmes plus conventionnels (Guyomard et al., 2013).
Enfin, d’un point de vue éthique, une telle posture sur la place donnée à la biodiversité dans nos
productions agricoles conduit à la fois à porter plus d’attention et de respect à la richesse des
organismes et des paysages que nous occupons et, dans le même temps à accepter d’accroitre notre
main mise ou au moins notre responsabilité sur ces ressources dont le coté naturel, spontané et
désintéressé s’estompe avec l’accroissement des attentes qu’on leur attribue.
Références bibliographiques
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Résumé
L’agriculture actuelle est majoritairement basée sur l’exploitation d'un faible niveau de diversité
spécifique (nombre d'espèces) et génétique. Mais de plus en plus d’études démontrent la plus-value de
la diversité au sein des écosystèmes sur la stabilité de la production et les services environnementaux.
Nous présentons dans ce document plusieurs exemples de l’importance de la diversité génétique intra-
parcelle au sein des espèces cultivées, en particulier le blé et les prairies semées, pour le contrôle des
bioagresseurs, le maintien de la biodiversité sauvage associée aux cultures, mais aussi pour la stabilité
de la production et le maintien de l’équilibre des espèces semées en mélanges plurispécifiques. Cet
impact significatif de la diversité génétique sur les services attendus des peuplements semés laisse
entrevoir des pistes intéressantes d’amélioration des espèces pour leur utilisation en mélanges. Il s’agit
maintenant d’approfondir les connaissances des mécanismes à la base de ces effets afin de raisonner
les assemblages et développer de nouvelles méthodologies.
Mots-clés : Diversité intraspécifique, blé, prairies semées, contrôle des maladies, biodiversité
associée.
Abstract: Benefit of within-field genetic diversity for the stability of production and other
ecosystem services
The current agriculture is mainly based on the exploitation of low species and genetic diversity. But an
increasing number of studies display the benefit of diversity on the stability of production and current
environmental issues. In this paper, we show several examples of the importance of within-field genetic
diversity in crops, particularly wheat and temporary grasslands, for pest and disease control, for
maintenance of wild biodiversity but also for the stability of the production and species coexistence in
multi-species mixtures. The significant impact of the genetic diversity of the expected services blazes
the trail for improving species for their use in mixtures. There is a need now to further document the
mechanisms underlying these effects in order to better design blends and develop new breeding
strategies.
Keywords: Intraspecific diversity, wheat, temporary grasslands, diseases control, wild biodiversity.
Introduction
L’agriculture actuelle est majoritairement basée sur l’exploitation d'un faible nombre d'espèces cultivées,
qui elles-mêmes présentent généralement une variabilité génétique réduite et sont installées en cultures
monospécifiques. On constate aussi une uniformisation des modes d’occupation des sols et des
pratiques. Or, de nombreuses études (Allard, 1961 ; Rasmusson et al., 1967 ; Tilman et al., 1996 ;
Hockett et al., 1983 ; Hector et al., 1999 ; Finckh et al., 2000 ; Grime, 2006 ; Nyfeler et al., 2009)
I. Litrico et al.
démontrent la plus-value de la diversité sur la stabilité de la production, notamment face aux aléas
climatiques (Tilahun, 1995 ; Lesica et Allendorf, 1999 ; Tilman et al., 2001), ainsi que sur les enjeux
environnementaux (Frey et Maldonado, 1967 ; Hajjar et al., 2008 ; Vlachostergios et al., 2011) et en
particulier via un impact positif sur le maintien et la régulation de la biodiversité sauvage associée aux
cultures.
Plusieurs mécanismes, non exclusifs, sous-jacents à la plus-value de la diversité spécifique sont
proposés.
- Le mécanisme de complémentarité d’utilisation des ressources entre espèces
fonctionnellement différentes. Fondée sur le principe de limite de ressemblance (‘limiting
similarity’), l’hypothèse largement avancée est que des espèces possédant des niches
différentes, donc des façons différentes d’utiliser les ressources, auront plus de chance de
coexister dans une communauté (MacArthur et Levins, 1967 ; Abrams, 1983). De plus, des
interactions bénéfiques (facilitation, mutualisme,…) à au moins une des espèces présentes
sans aucun effet néfaste sur les autres, pourraient permettre d’améliorer les performances du
peuplement.
- Le mécanisme d’échantillonnage (’sample effect’) pourrait permettre de maintenir une certaine
régularité des services du peuplement. En effet, face aux conditions variables du milieu, à
l’échelle d’une ou plusieurs années, la diversité pourrait tamponner les variations via
l’augmentation de la probabilité de présence d’une espèce adaptée à l’environnement à un
instant donné. Cette espèce contribue ainsi de façon efficace à la production du service attendu
et peut augmenter en fréquence sous des effets de la sélection si les conditions de
l’environnement se stabilisent.
- Le mécanisme basé sur la redondance qui se traduit par la présence de plusieurs espèces
assurant la même fonction dans le peuplement, ce qui garantit la stabilité de la fonction face à
la perte d’une partie des espèces initiales, sous l’effet d’un stress par exemple.
Ces mécanismes sont bien décrits au niveau des communautés d’espèces en écologie. Mais ils
peuvent être appréhendés à des niveaux d’organisation inférieurs et donc valoir au niveau génotypique
intraspécifique, c’est-à-dire entre génotypes d’une même espèce. L’introduction de diversité
intraspécifique pourrait ainsi améliorer la production de services de la culture et leur stabilité.
Aujourd’hui, il est important de valoriser cette plus-value de la diversité face aux défis de l’adaptation de
l’agriculture, au changement climatique et à la réduction des intrants (Tilman et al., 2001 ; Gaba et al.,
2014). De plus, cette plus-value de la diversité génétique intraspécifique s’exprime aussi bien pour des
cultures monospécifiques que pour des peuplements plus complexes. Dans la suite de ce document,
nous exposons des exemples de cette plus-value, sur différents types de services produits par une
culture monospécifique, le blé, et sur le service de production de biomasse de peuplements semés plus
complexes et multifonctionnels que sont les prairies temporaires plurispécifiques.
génétiquement diversifiés (associations variétales) sur les services écosystémiques suivants : (i) la
régulation des populations de pathogènes et (ii) la biodiversité des communautés d’organismes
sauvages associés.
1.1 Régulation des maladies
1.1.1 Mécanismes à la base de la régulation des maladies
L’impact de la diversité intra-spécifique sur le développement des maladies bénéficie de nombreuses
études, grâce à l’intérêt des phytopathologistes pour les associations variétales, et leur utilisation pour
contrôler des épidémies de certains agents pathogènes (champignons et bactéries phytopathogènes).
Dans une association variétale, une résistance accrue se manifeste lorsque le mélange comporte une
fréquence suffisante de variétés résistantes, du fait de trois mécanismes principaux, illustrés sur la
Figure 1a,b,c (Finckh et al., 2000) :
- L’effet de dilution : les plantes sensibles sont en plus faible densité dans la parcelle, ce qui
limite l’efficacité de propagation de la maladie ;
- L’effet de barrière : les plantes résistantes font écran et piègent les spores lors de leur
dispersion, protégeant ainsi les plantes sensibles ;
- L’effet de prémunition : contrairement à une parcelle mono-variétale, qui ne va laisser se
développer que les souches aptes à attaquer la variété, un mélange variétal héberge une plus
grande diversité de souches, certaines ne se développant que sur quelques constituants du
mélange. Lorsqu’une souche attaque une plante, et que cette variété possède les gènes de
résistance qui lui correspondent (souche non virulente), alors la plante déclenche différentes
réactions de défense, qui la protégeront des attaques ultérieures par des souches virulentes,
pour lesquelles elle ne possède pas de gènes de résistance spécifique.
A ces trois mécanismes viennent s’ajouter deux effets supplémentaires (Figure 1 d,e) :
- L’effet de sélection disruptive : dans une association variétale, un parasite polycyclique (qui
effectue plusieurs cycles biologiques sur une année) va passer d’une variété à une autre, et
être confronté à des résistances variées, ce qui limitera la sélection d’une souche de forte
agressivité ;
- L’effet de compensation : une variété fortement attaquée par un parasite ne pourra pas se
développer correctement (appareil végétatif et racinaire), et l’espace libéré pourra être colonisé
par les plantes voisines résistantes, ce qui maintiendra le rendement du peuplement.
Il est important de savoir que si les associations variétales peuvent avoir une forte efficacité dans le
contrôle d'agents pathogènes dont l'explosion épidémique nécessite de nombreux cycles de
multiplication dans la saison (rouilles oïdiums…), d’autres maladies (le mildiou de la laitue, …) ne sont
que faiblement affectées par cette diversité génétique.
1.1.2 Mise en évidence de l’intêret des associations variétales chez les céréales
Quelques exemples célèbres illustrent l’intérêt agronomique de la diversité intra-spécifique, comme
l’utilisation d’associations variétales d’orge en ex-RDA dans les années 80 pour contrôler une épidémie
sévère d’oïdium (Mundt, 2002), ou le semis en rangs alternés de variétés sensible et résistante de riz
en Chine (Zhu et al., 2000). Dans ces deux exemples, l’efficacité de la résistance du mélange a permis
de réduire les traitements fongicides. En France, une expérimentation réalisée par l’équipe de C. de
Vallavieille-Pope, en collaboration avec une dizaine d’agriculteurs et un meunier, a comparé le
comportement de quatre variétés et de leur association en mélange équilibré, et permis de confirmer
l’intérêt des associations variétales pour le contrôle des maladies telles la septoriose, les rouilles et
oïdium. Cette étude a également révélé les effets positifs de cette diversité intra-parcellaire sur la
qualité du grain, ou la stabilité du rendement (De Vallavieille-Pope et al., 2004), soulignant les effets de
compensation et d’exploration complémentaire des ressources sur la parcelle, d’autant plus importants
que les situations de stress sont marquées. L’assemblage variétal permet donc de renforcer les
résistances à un agent pathogène donné, mais également de construire un peuplement ayant une
tolérance élevée à un plus grand nombre de maladies. Il est effectivement difficile de sélectionner sur
de nombreux critères simultanément, et il est donc rare de trouver des variétés multi-résistantes.
L’assemblage de variétés ayant des spectres de résistance complémentaires permet donc de
compenser les défauts de certaines composantes, et ainsi autoriser des baisses significatives de
traitements phytosanitaires. Nous avons de plus entrevu d’autres effets bénéfiques, sur le rendement
ou la qualité des productions, qui mériteraient des études plus approfondies, pour aboutir à une
compréhension des mécanismes équivalente à celle acquise sur le contrôle des maladies.
pour les communautés dépendantes. Chez le peuplier par exemple, Bailey et al. (2005 ; 2006), Leroy et
al. (2006) et Schweitzer et al. (2006) ont trouvé un lien entre un locus contrôlant la variation d’un
caractère quantitatif biochimique, la composition des communautés associées à l’arbre et certains
services écosystémiques. Plus précisément, les auteurs montrent qu’il existe une variabilité génétique
pour le niveau de tanins dans les feuilles, caractère qui influe sur la structure des communautés
associées d’arthropodes terrestres, de macro-invertébrés aquatiques et de champignons endophytes,
et indirectement sur des processus écosystémiques tels que la minéralisation de l’azote et la
décomposition des matières organiques (Bailey et al., 2005 ; Driebe et Whitham 2000 ; Schweitzer et
al., 2004 ; Whitam et al., 2006 ). Ainsi, une forte diversité génétique et phénotypique chez une espèce
structurante peut conduire à une diversité de conditions environnementales locales, induisant plus de
diversité spécifique des communautés associées et affectant les processus écosystémiques qui en
dépendent (Whitham et al., 2006 ; Wimp et al., 2004). Par exemple, la diversité de la communauté
d’arthropodes est très corrélée à la diversité génétique de la population d’arbres qui l’accueille (r2 =
0.591, P = 0.006) (Wimp et al., 2004). Bien documentée dans les écosystèmes naturels, l’influence de
la diversité génétique sur la biodiversité des communautés a plus rarement été étudiée dans les
agroécosystèmes cultivés où l’on peut considérer que l’espèce cultivée est structurante pour
l’écosystème (Chateil et al., 2013). Une étude de ce type a été conduite, en partenariat entre le
Museum National d’Histoire Naturelle et l’INRA (Chateil et al., 2013), et est présentée ci-dessous.
1.2.2 Effet de la diversité génétique intra-parcelle du blé sur les communautés associées
Une expérimentation a été mise en place pour étudier la relation entre diversité génétique et
phénotypique d’une culture de blé et la biodiversité des espèces sauvages associées de cette culture à
l’échelle de la parcelle. Le dispositif expérimental mis en place sur une ferme en agriculture biologique
(AB) en France (Chaussy, 95) était composé de 10 parcelles (60 m x 60 m) semées alternativement
d’une variété lignée pure et d’un mélange hétérogène de variétés et populations. La biodiversité des
collemboles, araignées linyphiides, autres araignées, carabes prédateurs, carabes herbivores et plantes
adventices a été estimée (richesse spécifique et indice de diversité de Shannon). Les deux niveaux de
diversité génétique mis en place pour le blé se sont bien traduits par des différences très significatives
de diversité phénotypique notamment au niveau de l’architecture des plantes et de la phénologie. Mais
aucune réponse à cette diversité semée n’a été détectée pour les plantes sauvages, soit qu’elles ne
soient pas sensibles à la diversité de l’espèce cultivée, soit que leur réponse ne soit pas détectable aux
échelles temporelles et spatiales de l’expérience. En revanche, plusieurs taxons d’arthropodes
(collemboles, araignées, carabes prédateurs) sensibles à l’architecture de la végétation ont montré une
réponse positive à la diversité génétique (et/ou phénotypique) du blé, avec des communautés plus
diverses dans le mélange que dans la variété pure -réponse observée au niveau de la richesse
spécifique ou d’indices de diversité en relation avec l’abondance des espèces (Figure 2).
Le lien positif observé entre diversité génétique cultivée intra-parcelle et biodiversité de certains taxons
d’arthropodes peut s’expliquer par un effet de la diversité génétique de l’espèce structurante, ici le blé,
sur la diversité des ressources alimentaires disponibles pour les herbivores, tels que les collemboles qui
trouveraient une plus grande variété de composés biochimiques disponibles dans la litière des
mélanges de blé. Pour les araignées, on peut plutôt invoquer l’hypothèse de l’hétérogénéité structurale
qui dit qu’une plus grande diversité de l’espèce structurante génère une architecture végétative plus
complexe et ainsi une plus grande diversité d’habitats.
D’autres effets de la diversité génétique cultivée pourraient intervenir. Par exemple, dans une étude sur
des mélanges d’orge, Ninkovic et al. (2011) ont montré que les coccinelles adultes, Coccinella
septempunctata, un insecte prédateur polyphage, préféraient une combinaison spécifique de deux
génotypes aux cultures pures de chacun d’eux avant que les aphides (nourriture préférée des
coccinelles) n’arrivent sur la culture et après qu’ils en soient partis. De plus, au laboratoire, Ninkovic et
al. (2011) ont montré que les coccinelles étaient plus attirées par le mélange d’odeurs de ces deux
génotypes. Ces résultats soutiennent l’hypothèse que les composés volatiles des plantes attirent ou
repoussent les coccinelles adultes, contribuant à la sélection d’habitats favorables et montrent que la
diversité génotypique cultivée est un déterminant des interactions au sein de communautés multi-
trophiques.
Figure 2 : (a) Richesse spécifique et (b) Indice de Diversité de Shannon pour différents
taxons dans le mélange de variétés (barres blanches) et dans la culture mono-variétale
(barres grises) (moyenne ± SE). F et P-values testent l’effet diversité dans l’ANOVA (les
valeurs significatives sont en gras).Extrait de Chateil et al. (2013).
De la même façon, dans le cas des communautés microbiennes associées aux systèmes racinaires des
espèces cultivées, il a été montré que le génotype de Medicago truncatula affectait les communautés
microbiennes du sol rhizosphérique (Zancarini et al., 2012 ; 2013), qui elles-mêmes vont en retour
influencer la croissance de la plante à travers une amélioration de la disponibilité en azote du sol ou
une stimulation du développement racinaire. Il serait intéressant d’étudier l’impact de mélanges de
génotypes d’une espèce cultivée sur ces communautés microbiennes du sol rhizosphérique et l’effet
induit sur la croissance du peuplement cultivé.
En conclusion de ces exemples exposés, il est donc urgent de généraliser l’étude de la relation diversité
génétique cultivée - biodiversité sauvage associée, à plusieurs gammes de diversité génétique de
l’espèce cultivée. De même, l’impact d’une biodiversité accrue sur d’autres services écosystémiques
reste à évaluer. Il est notamment attendu un certain nombre de feed-back de la biodiversité sauvage
sur les performances de la culture via la prédation (auxiliaires), la pollinisation ou la stimulation des
propriétés édaphiques.
Effect size
(c)
Coefficient de variation
Alors que la biomasse totale du mélange cumulée sur une année ne diffère pas entre les micro-
mélanges au sein de chaque régime hydrique, la réponse au stress hydrique des micro-mélanges dont
les espèces abritent une plus grande diversité génotypique est meilleure. En effet, lorsque l’on compare
l’effect size, calculé à partir du log du ratio (biomasse sous stress hydrique / biomasse en condition
irriguée), on constate (Figure 3b) un effect size significativement différent de zéro sauf pour les micro-
mélanges avec la diversité intraspécifique la plus importante. Cet effect size égal à zéro correspond à
une différence non significative entre la production de biomasse cumulée sous contrainte hydrique et
celle sous régime non limitant en eau. La diversité génétique des espèces composant le mélange a
donc permis une meilleure réponse de la production de biomasse sous stress hydrique. Lorsque l’on
s’intéresse aux variations de la production de biomasse cumulée au cours de l’année, estimées par le
coefficient de variation temporelle, il apparait clairement une plus grande stabilité de la production de
biomasse pour les mélanges contenant une plus grande diversité intraspécifique (Figure 3c).
Cette expérimentation a donc permis de mettre clairement en évidence, la plus-value de la diversité
génotypique sur la réponse au stress hydrique et la stabilité de la production de peuplements prairiaux
plurispécifiques.
Dans l’ensemble des expérimentations décrites ci-dessus, la diversité génétique a été approchée par
un nombre de génotypes, ce qui est cohérent avec les pratiques actuelles dans la mesure où chez un
grand nombre d’espèces cultivées une variété est composée par un seul génotype (lignée pure, hybride
F1). Mais cette situation n’est pas exclusive, il existe des variétés qui abritent une diversité génétique
significative. C’est le cas de variétés de certaines espèces cultivées, comme les espèces prairiales. Ces
variétés, dites variétés synthétiques sont des populations artificielles, donc un pool de génotypes
différents, qui résultent de la multiplication sexuée pendant un nombre déterminé de générations et
provenant de la descendance en fécondation libre d’un nombre limité de constituants (de quatre à
plusieurs centaines de génotypes) sélectionnés pour leur valeur propre. La gamme de diversité trouvée
dans les associations variétales est donc relativement large selon les espèces considérées. Se pose
alors la question de l’intérêt d’associer des variétés qui sont elles-mêmes déjà diversifiées.
L’expérimentation décrite ci-dessous nous donne des éléments de réponse à cette interrogation.
2.1.2 Effet de la diversité variétale d’espèces prairiales sur la stabilité de production du mélange
et l’équilibre des espèces dans le mélange (Projet ANR- Bioadapt PRAISE 2013-2017)
Un dispositif expérimental prévu pour une durée de six ans, a été mis en place fin 2011 chez le
semencier Jouffray-Drillaud à Saint Sauvant. Quinze mélanges, chacun composé de sept espèces
prairiales (Ray-grass anglais, Dactyle, Fétuque, Luzerne, Lotier, Trèfle blanc et Trèfle violet) ont été
implantés en microparcelles en pleine terre (5x3m), avec trois niveaux de diversité variétale synthétique
(1, 3 et 6 variétés / espèce), une densité de semis équivalente à ce qui se fait en pratique et aucun
intrant. Afin d’éviter un effet propre des variétés utilisées, trois mélanges contenant une seule variété
par espèce ont été installés : le mélange 1 qui contient des variétés élites pour chacune des espèces, le
mélange 4 qui contient des variétés dites performantes pour chacune des espèces et le mélange 5 qui
contient des variétés dites « sud » (c’est-à-dire sélectionnées pour des zones plus sèches et plus
chaudes que la zone d’étude) pour chacune des espèces. Concernant les mélanges plus divers, les
mélanges 2 et 3, les variétés de chacune des espèces ont été choisies pour être contrastées sur leur
phénologie, leur architecture et leur pool génétique originel. Le dispositif est répliqué trois fois. La
biomasse produite par chaque microparcelle a été estimée trois fois par an et un tri des espèces a été
systématiquement conduit sur un sous échantillon de chaque microparcelle.
L’analyse des données n’a pas mis en évidence de différence de biomasse cumulée entre les différents
mélanges (Figure 4a), excepté pour le mélange 5 qui produit une quantité de biomasse cumulée
inférieure aux autres mélanges, différence qui s’explique par l’adaptation des variétés, qui composent le
mélange, à des conditions climatiques plus chaudes et sèches que les conditions environnementales du
site d’étude. Dans le cadre de cet essai, la diversité variétale n’a donc pas influencé la production de
biomasse cumulée mais nous avons mis en évidence sa plus-value sur la stabilité spatio-temporelle de
cette production. En effet, la variation temporelle de la production, mesurée par le coefficient de
variation dans le temps, est plus faible dans le mélange 3 (Coef=0.03) que dans les autres mélanges
(coef=0.18 pour le mélange 1). Cet effet de la diversité variétale sur la stabilité de la production est
aussi visible à l’échelle spatiale. Le coefficient de variation entre parcelles ensemencées avec le même
mélange est plus faible pour le mélange le plus diversifié (Figure 4b).
Dans cette expérimentation, ainsi que dans celle décrite précédemment, la diversité génétique des
espèces qui composent le mélange prairial a permis de stabiliser la production dans le temps mais
aussi dans l’espace. Alors que la diversité génétique des variétés synthétiques n’est absolument pas
négligeable, nous avons tout de même mis en évidence un effet positif de l’augmentation du nombre de
variétés des espèces sur la production du mélange plurispécifique prairial. Cet effet peut s’expliquer par
le fait que la création des variétés synthétiques se fait via une sélection de moyenne et une diminution
de variance des traits. Cette diminution de variance pourrait donc être en deçà de la diversité génétique
nécessaire à la stabilité de la production et cela d’autant plus que les variétés choisies dans l’essai sont
des variétés contrastées. Leur association permettait ainsi une augmentation significative de la variance
des traits d’intérêt.
Biomasse totale cumulée (g. 0.25m-²) Coefficient de variation spatiale de la biomasse (b)
700
(a) 0,8
600
Mélange 1 0,7
Mélange 2 Mélange 1
500
Mélange 3
0,6 Mélange 2
Mélange 4 Mélange 3
400
0,5
Mélange 5
300
0,4
200
0,3
100
0,2
0
0,1
2012
2013
2014
cumul
0
années
Temps
Figure 4 : (a) Biomasse cumulée par an et sur trois ans dans des microparcelles plurispécifiques
ensemencées avec des niveaux de diversité variétale par espèce variable (1 var/esp pour les mélanges
1, 4 et 5 ; 3 var/esp pour le mélange 2 et 6 var/esp pour le mélange 3). (b) coefficient de variation entre
microparcelles de différents mélanges.
Cet effet de la diversité génétique sur la stabilité de la production est extrêmement intéressant en
particulier dans un contexte d’aléas climatiques et de faibles intrants. Mais un des problèmes récurrents
de l’exploitation des peuplements plurispécifiques est la perte, parfois rapide, de certaines espèces
composant initialement le mélange. Or les résultats de l’essai en microparcelles montrent un effet
bénéfique de la diversité variétale des espèces qui composent le mélange sur leur coexistence. A partir
des mesures d’abondance de chaque espèce au sein de chaque mélange, nous avons calculé l’indice
d’équitabilité de Piélou (Pielou, 1966) qui permet de mesurer la répartition des individus au sein des
espèces, sur la base du la diversité spécifique maximale (sept espèces dans notre cas). La valeur de
cet indice varie de 0 (dominance d’une des espèces) à 1 (équirépartition des individus dans les
espèces). La valeur de cet indice (Figure 5) est plus importante dans le mélange 3 qui possède la plus
grande diversité variétale que dans les autres mélanges. La diversité variétale a, dans cet essai, un
effet positif sur l’équilibre des espèces dans le mélange, ce qui est particulièrement intéressant en
termes de qualité attendue de la prairie.
0,4
Face à l’intérêt grandissant de la diversité spécifique dans les parcelles cultivées (faible invasibilité,
production en intrants limitants, effet positif sur les services environnementaux…), la mise en évidence,
par ces études, de l’effet de la diversité génétique intra-spécifique pour la production et la qualité du
mélange laisse entrevoir des pistes intéressantes d’amélioration des espèces pour leur utilisation en
mélanges. Mais les hypothèses fonctionnelles de l’effet de cette diversité génétique sur la valeur des
peuplements doivent être identifiées et testées afin de définir les traits et les gammes de diversité
nécessaires pour améliorer les services attendus.
En conclusion, l’introduction de la diversité dans les agroécosystèmes apparait être une voie
prometteuse pour la gestion des services écosystémiques et les résultats des recherches actuelles sur
le levier génétique confortent ce sentiment. Face aux défis de l’agriculture de demain (aléas
climatiques, réduction des intrants,…), la diversité génétique se présente donc comme un levier d’action
efficace. Actuellement, les recherches sur l’introduction de la diversité à l’échelle parcellaire visent à
mobiliser les connaissances pour raisonner les assemblages variétaux et spécifiques les plus
performants ainsi que leur conduite pour optimiser les services attendus. Mais il s’agit maintenant
d’acquérir les connaissances, en particulier en analysant les mécanismes à la base des effets de la
diversité génétique pour raisonner ces assemblages et développer de nouvelles méthodologies de
sélection pour l’obtention de variétés dédiées à une utilisation en mélange, voire l’obtention directe de
mélanges interspécifiques améliorés.
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Note : Cette contribution reprend, en français, les conclusions des articles “Mixed grazing systems of
goats with cattle in tropical conditions: an alternative to improving animal production in the pasture" ( S.
d’Alexis, F. Periacarpin, F. Jackson et M. Boval) paru dans Animal, 2014, Volume 8, 1282-1289 et de
“Mixed grazing systems of sheep and cattle to improve liveweight gain: a quantitative review” (d'Alexis
S., Sauvant D., Boval M.,) paru dans Journal of Agricultural Science, 2014, 152, 655-666.
Résumé
Le pâturage mixte de petits et gros ruminants constitue une conduite agro écologique pour améliorer les
croissances individuelles et à l'hectare, en valorisant les complémentarités alimentaires des espèces
animales, tout en réduisant l’impact du parasitisme gastro-intestinal pour les petits ruminants. Pour des
ovins, une méta-analyse de la littérature a mis en évidence un gain de poids individuel de + 15 g
/animal/jour, variable en fonction du stade physiologique considéré (allaitement, pré ou post-sevrage) et
un gain à l’hectare de + 29 % en pâturage mixte, comparé à du pâturage d’ovins seuls. Pour des
caprins, une expérimentation de deux ans en milieu tropical a révélé un gain individuel de + 14 g de
poids vif/animal/jour en mixte, et un gain global à l’hectare doublé, voire plus, si l’on considère la
biomasse présente, mieux exploitée en pâturage mixte. Pour les bovins conduits en mixte, le gain est
moins net, fluctue entre les études, mais est a minima équivalent à celui enregistré pour des bovins
pâturant seuls.
Outre l’intérêt pour la production, cette conduite favorise la diversification écologique, le turn-over de la
biomasse, la réduction des coûts de production et de l’usage des anthelminthiques classiques,
favorable à des produits carnés de qualité, sans résidus chimiques.
Mots-clés : Mixte, croissance, parasitisme, prairie, agroécologie
benefit is less clear, fluctuates between studies but individual growth is at least equivalent to that
recorded for cattle grazing alone.
In addition to the interest for animal production this strategy promotes ecological diversification, the
turnover of biomass, reducing production costs and the use of conventional anthelmintic, favourable for
products of good quality, without chemical residues.
Keywords: growth, parasitism, pastures, agroecology
diverses études ne combinent pas nécessairement les mêmes variables, les plus étudiées étant celles
en lien avec le parasitisme, le fourrage, le comportement alimentaire et les performances de croissance
pour évaluer les bénéfices du pâturage mixte. Les performances de croissance qui constituent un
indicateur clé, résultant des divers mécanismes impliqués dans la conduite des systèmes d’élevage, ne
sont pas toujours considérées dans les études. Ainsi à partir de 179 articles traitant du pâturage mixte,
seuls 9 rapportent des performances de croissance. Les bénéfices du pâturage mixte peuvent en effet
varier avec le climat, l'état physiologique des animaux, la pression de pâturage et les proportions entre
les espèces de ruminants considérées. Ainsi, l'amélioration des performances des moutons ou des
bovins en pâturage mixte, apparait en effet davantage comme la résultante d'une combinaison de
facteurs (Fraser et al., 2007). Les études publiées sur les systèmes de pâturage mixte impliquent
principalement des ovins et des bovins avec des avantages manifestes pour les ovins, à la fois en
matière de production mais aussi de réduction du parasitisme gastro-intestinal. En revanche les études
impliquant des caprins et des bovins sont plus rares.
Figure 1 : Divers types d’associations d’ovins et de de bovins étudiés dans la littérature, considérant des
dimensions spatiales et temporelles différentes
Pour les ovins, un gain des performances individuelles a été quantifié à + 14.5 g de poids vif/animal/jour
(d’Alexis et al., 2014). Des variations de ce gain en fonction de l’état physiologique de l'animal ont aussi
été mises en évidence, avec une démarche d’analyse à la fois en intra-expériences et entre
expériences réalisées, dans les diverses publications (Figure 2). Ainsi, pour les agneaux en pré et post-
sevrage, le gain moyen représente près de 30% du poids vif initial. Les brebis en lactation, avec un taux
de croissance moyen généralement beaucoup plus faible que les jeunes, ont tendance à grossir deux
fois plus vite quand elles pâturent en mixte avec des bovins, que seules. Ce gain est particulièrement
intéressant quand on sait que les brebis sont plus sensibles à l'infestation parasitaire durant cette
période (Cobon et Sullivan 1992 ; Schichowski et al., 2010).
Figure 2 : Performances de croissance individuelles d’ovins à différents stades physiologiques (brebis allaitantes,
moutons en post ou pré-sevrage) conduits au pâturage en mixte avec des bovins, ou seuls (Témoin)
Pour les bovins, contrairement aux ovins, l’analyse des données publiées n’a pas mis en évidence de
gain systématique de la performance par individu en pâturage mixte par rapport à du pâturage mono-
spécifique (d’Alexis et al., 2014). Dans certains travaux, il n’y a pas eu de gains (Bennett et al., 19701,
Wright et al., 2006), alors que d’autres auteurs ont relaté soit des baisses de performances de - 15 à -
20% (Culpin et al., 19641), ou alors des performances accrues, de + 3,4 à + 6,6% (Nolan et Connolly,
1989), voire de + 10% pour Ocokoljic et al. (19691). Les informations recueillies dans ces études n’ont
pas aidé à comprendre les raisons de ces différences d’une étude à l’autre. Néanmoins même quand
un gain a été enregistré pour les bovins, celui-ci reste en général plus faible que pour les moutons, qui
semblent mieux tirer profit du pâturage mixte.
En considérant la surface globale exploitée par les deux espèces, et le bénéfice global à l’hectare,
l’intérêt du pâturage mixte est notable, en comparaison du pâturage mono-spécifique (d’Alexis et al.,
2012, 2014). L’analyse des données publiées met en évidence un accroissement du croît de poids vif
des ovins de + 28,6% (g/kg PV/ha), en mixte en comparaison d’ovins pâturant seuls, pour une surface
équivalente. Même si le gain individuel des bovins en mixte n’est pas important comparé à des bovins
conduits seuls, considérant la production à l’hectare, il y a un gain global de + 25 %.
Nous avons également pu comparer le bénéfice du pâturage mixte par rapport à des élevages mono
spécifiques. Dans ce cas, la performance globale avec les deux espèces a été comparée à un gain
théorique, devant servir de base de comparaison entre les diverses études considérées. Ce gain
théorique considère alors le même nombre d’ovins et de bovins nécessaire à une conduite en mixte,
mais avec des performances de croissance moyennes obtenues dans des conduites contrôle, en mono-
spécifique. Il y a alors un avantage net du pâturage mixte, en comparaison d’un élevage de moutons
seuls ou de bovins seuls qui seraient élevés sur une même surface. Ainsi, la comparaison du croît en
1 Non inclus dans la base de données d’Alexis et al. (2014) car ne comportant pas les critères de performances requis
mixte pour les ovins est de + 236 g / j / ha en moyenne, soit environ 8% de plus que le gain théorique.
Ce résultat est nouveau par rapport à d'autres travaux plus ponctuels, qui n’ont pas vraiment identifié un
gain global significatif par hectare (Walker, 1954 ; Ebersohn, 1966 ; Reynolds et al., 1971). Néanmoins,
il faut préciser que pour les éleveurs intéressés essentiellement par la production d’ovins, le gain par
hectare quand ces ovins sont élevés en mixte est moindre que quand ils sont élevés seuls (de - 47%),
en raison du plus faible nombre de moutons élevés en mixte et compensé par la présence des bovins
pâturant la même surface par rapport au pâturage mono spécifique. Pour les éleveurs concernés
uniquement par la production de bovins, le gain de croît des bovins est également plus faible (-32%).
En revanche dans ces systèmes mixtes, les éleveurs peuvent tirer profit de la diversité des produits, ce
qui nécessite que leurs stratégies soient affinées en fonction des fluctuations saisonnières des prix du
marché, afin d'optimiser leur profit global annuel.
Parmi les facteurs dont dépend la performance globale de la conduite en mixte, hormis le climat, l’état
physiologique des animaux, les modalités de la conduite en rotation ou en continu, la proportion de
moutons dans l’association et le chargement constituent des facteurs essentiels qui peuvent être gérés
par l’éleveur pour accroître le bénéfice à l’hectare de cette conduite. L’analyse des données publiées
indique qu’au-delà d’un certain ratio entre le chargement en ovins par rapport au chargement en bovins
sur la même parcelle, d’une valeur de 0.36, il y a une diminution de la performance globale (Figure 3).
Cette valeur seuil représente un ratio de 5 ovins par bovin et constitue en fait la ration la plus
appropriée pour la satisfaction des besoins individuels, tout en limitant la concurrence entre les
individus au sein d’une même espèce mais également entre les espèces associées. Le ratio de 4 ovins
par bovin est plus couramment indiqué dans des études isolées (Hamilton et Bath, 1970).
Contrairement à l’impact du ratio ovins/bovins, le rôle du chargement pour augmenter le gain de
l’association ne ressort pas clairement de l’analyse de la littérature en raison de la grande disparité
dans la prise en compte du chargement dans les traitements considérés ; le chargement pouvant être
très différent ou pas, entre la conduite en mixte et celle témoin, testées dans une même étude.
En fait, les impacts du ratio ovin/bovin ou du chargement sont étroitement liés. Dans la littérature,
certains travaux ont surtout testé des ratios similaires, à différents chargements. Le lien entre ratio et
chargement apparait complexe et sans aucun doute essentiel à comprendre, afin de bien gérer le
pâturage mixte, mais des études complémentaires sont alors nécessaires.
Figure 3 : Performance globale moyenne en pâturage mixte (g/ha/jour) en fonction de la proportion de poids vif
d’ovins dans l'association
Figure 4 : Performances de croissance individuelles de chevrettes infestées ou non infestées, quand elles sont
conduites en pâturage mixte avec des bovins, ou pas (Témoin)
Pour les bovins en revanche, le gain de croissance a été de 400 g/j quelle que soit la conduite testée.
Ce gain est du même ordre que ce qui a été mesuré dans d'autres milieux pâturés avec des bovins
Créoles et Nellore (Boval et al., 2002 ; Ribeiro et al., 2008). Mais des croissances plus importantes
peuvent être obtenues au pâturage, allant jusqu’à 800 g/j sans supplémentation (Mahieu et Naves,
2008 ; do Canto et al., 2009), voire 1200 g/j (Agastin et al., 2014).
Néanmoins en considérant la performance globale par hectare et par kg de MS disponible et en
additionnant les gains de poids vif des caprins et des bovins, celle-ci a été largement accru en pâturage
mixte (d’Alexis et al., 2014), comparé au pâturage avec une seule espèce, que l’on considère la surface
exploitée (0.30 g PV/m²/jour vs 0.14) et encore plus quand on considère la biomasse présente par unité
de surface (1.88 vs 0.52 g PV/kgMS/jour). En effet la quantité de fourrage présente en continu et
mesurée sur les parcelles conduites en mixte, a été plus faible que sur les parcelles pâturées par une
seule espèce de ruminant (1.88 vs. 2.25 t MS/ha), même si aucune évolution significative des
caractéristiques chimiques de la prairie n’a été observée. Ainsi, la teneur en matières azotées totales a
été la même quelle que soit la gestion des parcelles. Ces résultats assez inattendus et notamment la
plus faible biomasse, observée dès le 3ème mois après le début de l’étude, peuvent s’expliquer par une
meilleure utilisation de l'herbe en pâturage mixte et par une meilleure complémentarité entre les deux
espèces animales pour leur alimentation (Goetsch et al., 2010), les chevrettes consommant plus les
parties supérieures du couvert qu’elles pincent, quand les bovins prélèvent toutes les parties du couvert
herbacé, aidés de leur langue très préhensile. Le pâturage par ces deux espèces génère alors des
biomasses résiduelles moindres.
agro-écologique d’intérêt, potentiellement praticable dans une large gamme de contextes, pour
promouvoir autrement la production de ruminants.
Parce que cette stratégie est basée sur la diversification écologique (diverses espèces de ruminants et
de nématodes), et qu’elle permet de valoriser des pâturages naturels en réduisant les biomasses
résiduelles avec un effet bénéfique vraisemblable sur le turn-over de la biomasse, elle présente un
intérêt indéniable pour l’intensification écologique de la production animale. En considérant les
performances à l’hectare, basées sur une biomasse à moindre coût et à moindre recours aux
anthelminthiques chimiques, la transformation de la biomasse végétale en biomasse animale se fait
dans des conditions optimales pour des produits de qualité sans résidus ou contaminants chimiques.
L’impact positif sur la biomasse résiduelle constitue par ailleurs un atout exploitable pour revaloriser des
espaces enherbés, sans recourir à la mécanisation qui compacte les sols et contraint la macrofaune,
dont le rôle est essentiel à la bonne fertilité des sols et la pérennité des pâturages.
Outre les coûts de production plus réduits par unité de surface exploitée (moindres frais de clôtures, de
gardiennage et d’intrants), le pâturage mixte permet à la fois d’augmenter et de diversifier les sources
de revenus de l’éleveur. Celui-ci peut en effet tirer profit des plus fortes productions globales à l’hectare,
ainsi que de la diversité des produits. L’alternance de produits issus des bovins ou des petits ruminants,
peut en effet être exploitée en fonction de la demande du marché et des variations des prix (de la
viande, du lait ou autres, tels que les peaux) pour chaque espèce de l’association, plus ou moins prisée
dans certaines régions à certains moments de l’année. D’autre part, en raison des conditions d’élevage
au pâturage, avec peu d’intrants, un label qualité de la viande devrait permettre de mieux valoriser
encore les produits générés par cette conduite alternative. Des analyses économiques plus fines sont
nécessaires en fonction des zones où cette conduite est à mettre en œuvre. Mais au vu des éléments
techniques connus, le pâturage mixte permettrait à la fois de réduire les dépenses de production et
d’obtenir des produits de qualité, de bonne valeur marchande.
Outre ces nombreux avantages, la question de l'adoption effective de cette stratégie demeure, et le
partage des connaissances avec les éleveurs doit être renforcé, comme souligné par des coopératives
et des organisations professionnelles favorables au pâturage mixte pour les ovins (Coffey, 2001 ;
Chichesier, 2009 ; Lemus, 2012). Les contraintes qui sont souvent rencontrées concernent en effet la
fébrilité à faire évoluer les équipements et l’organisation bien rodée d’exploitations spécialisées mono
spécifiques, en une organisation pour la gestion simultanée de plusieurs espèces et de stocks
d’animaux de renouvellement. Néanmoins, compte tenu de l'impact du parasitisme sur la production et
l'inefficacité croissante des vermifuges chimiques, certaines organisations professionnelles parient
fortement pour une adoption croissante par les agriculteurs, qui ont besoin d’être mieux informés et
soutenus.
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Résumé
Les vergers constituent un habitat pérenne, multi-strate et complexe, potentiellement favorable dans le
temps et dans l’espace, au maintien des chaînes trophiques et à la régulation naturelle des ravageurs.
Or, ils dépendent fortement de l’utilisation des pesticides, ce qui compromet leur durabilité et
l’expression de ce potentiel de régulation. Deux expérimentations en verger de pommiers ont analysé
(1) la réduction de l’utilisation des pesticides permise par la combinaison de plusieurs leviers dans le
système de culture ‘verger’ et (2) l’effet de la gestion des ressources et habitats du couvert herbacé de
l’inter-rang du verger sur les arthropodes auxiliaires du pommier et la régulation naturelle, estimée par
la prédation de proies sentinelles. L’objectif de réduction de l’utilisation des insecticides est globalement
atteint ; en revanche, un matériel végétal de moindre sensibilité est nécessaire pour gérer les maladies
en système bas-intrants. L’introduction de ressources (sarrasin dans l’inter-rang central du verger) ou
leur modulation (via la hauteur du couvert) s’accompagne d’effets variables selon les auxiliaires, même
pour des espèces de régime alimentaire proche telles Forficula auricularia et F. pubescens. Par ailleurs,
en dépit de la présence accrue d’auxiliaires, le taux de prédation peut être moins élevé en présence de
ces ressources supplémentaires, questionnant leur attractivité qui s’exercerait au détriment du pommier.
Ceci illustre la complexité des processus impliqués dans la régulation naturelle. Plusieurs pistes sont
proposées pour reconcevoir des vergers dans un cadre d’agroécologie.
Mots-clés : Pommier, verger, design, pratiques culturales, lutte biologique par conservation,
expérimentation système, couvert herbacé, bande fleurie, sarrasin
Abstract: Agroecological practices to better manage pests in perennial systems. The case
study of apple orchard
Orchards are perennial, multi-layer and complex habitats likely to maintain foodwebs and to contribute
to pest suppression within time and space. However, they also rely on a heavy use of pesticides, which
is not sustainable and can alter this ecosystem service of pest suppression. Two experiments in apple
orchard analyzed (1) the possible reduction in pesticide use through combinations of various levers in
the orchard system and (2) the effect of the management of resources and habitats in the ground cover
of the orchard alleys on natural enemies of apple and pest suppression estimated by the predation rate
of sentinel preys. The goal of pesticide use reduction was achieved for insecticides but not for
fungicides, highlighting the importance of low susceptibility cultivars in the redesign of low-input
orchards. Buckwheat sowing in the central alley of the orchard or the management of the grass height
differently affected natural enemies. Besides, increasing abundance of natural enemies in the case of
additional plant resources did not always induced an increase in predation rate; it is likely that the
attractiveness of flower strips or grass covers is detrimental to foraging and predation by natural
enemies in the apple tree canopy. This attests of the complexity of processes involved in pest
suppression. Proposals are made to redesign innovative orchard systems in the framework of
agroecology.
S. Simon et al.
Keywords: Apple, orchard design, cultural practices, conservation biocontrol, system experiment,
grassy ground cover, flower strip, buckwheat
Introduction
Les vergers sont des systèmes de culture qui présentent des caractéristiques spatiales et temporelles
spécifiques : plusieurs strates (arborée, herbacée), des structures ramifiées (arbres), une organisation
spatiale particulière (alternance rang et inter-rang, de gestion différente), permanence de la culture et
des aménagements tels que les haies brise-vent régulièrement présentes en bordure de parcelle
(Simon et al., 2010). Cet habitat pérenne, multi-strate et complexe est donc potentiellement favorable,
dans le temps et dans l’espace, au maintien des chaînes trophiques, et donc à la présence in situ (et
tout au long de la saison) de prédateurs et parasitoïdes, organismes auxiliaires qui interviennent dans la
régulation naturelle des ravageurs.
Or, à de rares exceptions près, les vergers actuels sont des systèmes de culture largement dépendants
des intrants chimiques (Réseau Dephy-FERME, 2014) : ils visent la production de fruits frais, pour des
niveaux de productivité élevés et une qualité ‘zéro défaut’, appréciée notamment sur la base de
l’aspect visuel (normes commerciales liées au calibre, à la coloration, à l’absence de défaut
d’épiderme…). La pérennité de l’arbre fruitier ne permet par ailleurs pas d’utiliser les successions
culturales pour limiter les populations de bio-agresseurs pouvant réaliser leur cycle biologique dans le
verger. Ces contraintes orientent fortement les choix de plantation et de conduite des vergers actuels,
mais également les critères de sélection variétale en amont : les objectifs de production sont privilégiés,
en recourant principalement à des intrants (produits phytopharmaceutiques) pour limiter les risques de
dégâts, avec peu de considération de systèmes de culture alternatifs plus autonomes et plus propices à
l’expression des régulations naturelles (Ricci et al., 2011). Cette situation remet en cause la durabilité
des vergers actuels, du fait d’impacts environnementaux, sur la santé humaine, mais également parce
que la production recourt à des intrants qui impactent les processus de régulation (mortalité des
auxiliaires, directe et/ou indirecte via la suppression des ressources) (Aubertot et al., 2005).
Si l’injonction de réduction de l’utilisation des pesticides du plan national Ecophyto pointe cette situation
et a permis des progrès, les pistes explorées relèvent principalement de l’efficience (optimiser
l’utilisation des pesticides) et de la substitution (remplacer des méthodes ‘chimiques’ par des méthodes
‘non-chimiques’) (Hill et MacRae, 1995). Il y a donc un défi particulier pour (re)concevoir les vergers et
leurs pratiques afin de favoriser les régulations naturelles tout en préservant le potentiel de production
et diminuer ainsi les impacts environnementaux des pratiques actuelles, mais également pour préserver
l’image ‘nature’ et ‘santé’ des fruits (Berrie et Cross, 2006). Une telle démarche nécessite (Figure 1)
(1) de s’appuyer sur un ensemble de pratiques cohérentes à mettre en œuvre dans cet objectif, dans le
cadre d’une approche système (Meynard, 2012) et (2) d’être en mesure de mobiliser diverses pratiques
agroécologiques (Wezel et al., 2014), et donc de connaître leurs conditions de mise en œuvre en verger
et leurs effets potentiels sur les services écosystémiques visés (i.e., la régulation des ravageurs) dans
un système de culture présentant des spécificités d’organisation spatiale et de pérennité.
Cet article présente deux expérimentations en verger de pommiers, qui illustrent des travaux répondant
aux deux points ci-dessus : (1) la combinaison de plusieurs leviers d’action pour réduire l’utilisation des
pesticides a été testée dans le cadre d’une expérimentation système en verger de pommiers conduite
depuis 2005 à l’INRA de Gotheron (Drôme) ; (2) un focus a été réalisé à l’INRA d’Avignon sur une
composante spécifique du verger que constitue le couvert herbacé des inter-rangs, et sur sa gestion qui
conditionne ressources et habitat pour certains arthropodes du verger. Les résultats présentés
permettent enfin de discuter diverses pistes pour reconcevoir des vergers plus durables.
Figure 2 : Différents leviers mis en œuvre dans ‘BIO Melrose’. Les chiffres renvoient au paragraphe suivant
Ce verger est en production, et l’utilisation moyenne des pesticides est de 22.7 IFT dont 5.6 IFT de
biocontrôle pour la période 2009-2013. Le niveau de rendement est affecté par une forte alternance de
production, qui oscille entre 39 t/ha (2013) et 7 t/ha (2014). Les principaux dégâts de bioagresseurs sur
fruits sont liés à la tavelure (87.5% de dégâts sur fruits à la récolte en 2013, année avec de nombreuses
contaminations au printemps ; 7.1% en 2014) et au puceron cendré (16.3% en 2013 ; 1.8% en 2014),
les dégâts de carpocapse étant faibles à très faibles.
1.3 Effets de la bande fleurie sur l’infestation par les pucerons et la prédation
La présence de pollinisateurs et d’auxiliaires (divers taxons tels les coccinelles, punaises, araignées,
hyménoptères) a été observée au niveau de la bande de sarrasin pendant la période de floraison
(données non présentées).
L’effet de la bande fleurie pour la protection du verger a été évalué à partir de l’analyse de l’infestation
du verger et de la prédation en fonction de la distance à la bande fleurie, pour 3 distances étudiées :
adjacent (< 2 m de la bande fleurie, rang encadrant la bande), proche (< 7 m, rang suivant) ou éloigné
(environ 20 m, 3 rangs d’arbres séparent la bande fleurie du rang éloigné), et 2 mesures pour chaque
distance (côtés Ouest et Est par rapport à la bande fleurie).
La présence des principaux pucerons du pommier et la sévérité de l’infestation (taille de la colonie en
4 classes : ‘0’ pas de puceron, ‘1’ individus isolés, ‘2’ petite colonie infestant moins d’1 feuille et ‘3’
grosse colonie infestant plus d’une feuille) ont été évaluées par observation visuelle de 2 rameaux par
arbre pour 20 arbres par ligne d’arbre, rameaux et arbres étant pris au hasard en excluant les arbres de
bout de ligne et les pollinisateurs.
Au printemps 2013 et 2014, les niveaux d’infestation par le puceron cendré D. plantaginea sont élevés
et similaires quelle que soit la distance à la bande fleurie. Seule la sévérité de l’infestation par le
puceron vert (Aphis spp.) est moindre dans les rangs adjacents et éloignés de la bande fleurie par
rapport aux rangs proches se situant spatialement entre les deux précédents (Anova : F2,5 = 16.85 ;
p<0.05). Ceci peut être dû à une redistribution des pucerons (immigrant au printemps) et/ou des
auxiliaires au sein du verger en lien avec la bande fleurie même si l’importante variabilité de l’infestation
et les résultats non significatifs de 2014 ne permettent pas de conclure.
La technique des œufs sentinelle de Glen (1977), reprise par Monteiro et al. (2013), a été utilisée pour
évaluer l’activité de prédation des œufs de carpocapses par les auxiliaires. Des œufs pondus sur des
feuilles de ponte en élevage de carpocapse (INRA, Avignon) ont été exposés en verger. Ces
bandelettes ont été agrafées à la face inférieure de feuilles d’arbres dans le verger, en excluant les
pollinisateurs et les arbres de bout de ligne. Après 2.5 jours, les bandelettes ont été récoltées et le taux
de prédation a été évalué par le nombre d’œufs disparus divisé par le nombre d’œufs exposés.
Le taux de prédation, plus élevé en été, varie fortement au sein de chaque modalité quelle que soit la
date d’exposition (Figure 3). En juin, la prédation est plus faible en situation adjacente par rapport aux
rangs proches, les rangs éloignés ne se différenciant pas des deux autres (Anova : F2,5 = 13.17 ;
p<0.05) : on observe donc à cette date un différentiel de prédation lié à la bande fleurie. Cette dernière
peut agir comme un ‘puits’ du fait de sa forte attractivité pour les auxiliaires au sein du verger ou
modifier la redistribution des auxiliaires au sein du verger ; cette situation n’est toutefois pas retrouvée
plus tard en saison (août, Figure 3).
Figure 3 : Taux de prédation (moyenne ± SE) d’œufs sentinelle exposés en 2014 dans la frondaison du pommier
en fonction de la distance du rang à la bande fleurie de sarrasin. Le verger comporte 8 lignes orientées Nord-Sud
et la bande de sarrasin a été implantée dans l’inter-rang central. Les six rangs à l’étude sont situés de part et
d’autre de la bande fleurie ; ils sont adjacents (< 2 m de la bande fleurie, rang encadrant la bande), proches
(< 7 m, rang suivant) ou éloignés (environ 20 m, 3 rangs séparent la bande fleurie du rang éloigné).
les ressources et/ou les habitats pour de nombreux organismes, ce qui affecte potentiellement la
communauté d’arthropodes du verger (Horton et al., 2003).
L’effet de ces pratiques a été étudié en verger expérimental selon un dispositif en blocs randomisés.
L’objectif a été de déterminer en quoi la hauteur d’enherbement, qui traduit différents régimes de
gestion du couvert herbacé, affecte la communauté du verger et le potentiel de prédation. Le but
appliqué est de savoir si les pratiques de fauche peu fréquentes peuvent être préconisées avec comme
objectif une meilleure régulation naturelle.
Les forficules et araignées représentaient respectivement 96.8% et 3.0% du total des 20 537 auxiliaires
recensés. Deux espèces de forficules Forficula auricularia (26.5%) et F. pubescens (73.49%) sont
présentes. L’abondance des araignées (Salticidae, Gnaphosidae, Miturgidae, Philodromidae,
Thomisidae et Clubionidae par ordre d’abondance décroissant) n’est pas affectée par la hauteur du
couvert, de même que l’abondance de F. auricularia (Figure 4b) qui présente les mêmes variations
saisonnières quelle que soit la hauteur du couvert. En revanche, l’abondance de F. pubescens (Figure
4c) est significativement différente entre modalités en juillet, avec les effectifs les plus élevés dans la
modalité ‘Haut’ (p<0.001) et les plus faibles dans le couvert ‘Bas’, la modalité ‘Intermédiaire’ se situant
entre les deux autres (p=0.014). En août, l’abondance de F. pubescens décroît et les modalités ‘Haut’ et
‘Intermédiaire’ présentent des effectifs plus élevés que la modalité ‘Bas’ (p<0.001) (Figure 4c).
La hauteur du couvert herbacé, liée à la fréquence des tontes, affecte l’abondance et l’activité de
prédation de F. pubescens, prédateur généraliste du verger : en juillet et août, le couvert ‘Haut’
s’accompagne d’effectifs plus élevés mais d’une moindre prédation d’œufs par rapport au couvert ‘Bas’.
Ce résultat peut être expliqué par la présence importante de ressources alternatives dans le couvert
herbacé de la modalité ‘Haut’ (observation de F. pubescens consommant du pollen de Senecio spp.).
L’activité de prédation du forficule commun F. auricularia, autre prédateur généraliste présent tôt en
saison et également prédateur d’œufs de carpocapse (Glen, 1977), n’est en revanche pas
proportionnelle à son abondance, et il est probable que cette espèce se nourrisse d’autres proies telles
les pucerons cendrés (Dib et al., 2010) en mai et juin.
Cette étude illustre la difficulté de décliner des principes écologiques à l’échelle du verger et en termes
de bénéfice pour la protection des cultures : si l’augmentation de biomasse végétale, de ressources
potentielles et de complexité de l’habitat du couvert ‘Haut’ au sein du verger s’accompagne bien de
l’augmentation de l’abondance de certains prédateurs, l’activité de prédation estimée pour certains
stades de ravageurs (œufs de carpocapse) n’est pas affectée (début de saison) ou peut l’être
négativement du fait de la ‘dilution’ de la proie proposée dans un ensemble de ressources potentielles.
Il est également possible que l'utilisation de proies sentinelles pour l'estimation de la prédation
introduise un biais de mesure liée à l'attractivité ou la localisation de la proie sentinelle par rapport à la
proie naturelle.
De cette étude, il ressort que la hauteur du couvert herbacé, et donc son entretien, affectent certains
groupes d’auxiliaires (tous n’ont pas été étudiés ici) et le potentiel de prédation dans le verger : les
producteurs disposent donc d’un levier pour favoriser cette prédation, sous réserve que les
connaissances sur les effets, les périodes d’intervention et modalités optimales (tonte un rang sur deux)
soient investiguées plus largement pour pouvoir proposer des préconisations. Par ailleurs, la date à
laquelle est appliquée la fauche pourrait également être vue comme un moment clef favorisant le
transfert de certains auxiliaires de la strate herbacée vers la frondaison (hypothèse à confirmer).
Enfin, selon les ravageurs et auxiliaires considérés, ces mécanismes peuvent différer, en lien avec la
biologie, le comportement et la capacité de déplacement de ces arthropodes, leurs interactions (ex,
compétition, prédation intra-guilde), la proximité physique des strates, la disponibilité en ressources
alternatives, les perturbations liées aux pratiques culturales, les conditions de milieu (microclimat,
possibilités d’échapper à la prédation…) (Lawton, 1983 ; Straub et al., 2008 ; Simon et al., 2010). Ceci
illustre la complexité des relations entre les différents niveaux trophiques impliqués dans la régulation
naturelle.
Conclusions
Les résultats d’expérimentation présentés ici illustrent (1) la nécessité d’une gestion à l’échelle du
système de culture et de l’agrosystème pour limiter fortement le recours à des méthodes directes de
gestion des bioagresseurs et (2) la complexité de la manipulation de l’habitat des auxiliaires en vue de
les favoriser : l’introduction de ressources (sarrasin intercalé au milieu du couvert herbacé à dominante
de graminées) ou leur modulation (hauteur du couvert, présence de fleurs) s’accompagne d’effets
variables selon les auxiliaires, même pour des espèces de régime alimentaire proche telles F.
auricularia et F. pubescens. Par ailleurs, en dépit de la présence accrue d’auxiliaires (couvert ‘Haut’,
sarrasin), le taux de prédation peut être moins élevé à certaines dates en présence de ces ressources
supplémentaires : au-delà de possibles limites de l’estimation de la prédation par des proies sentinelles,
une hypothèse est que l’attractivité des ressources introduites ou gérées est forte et s’exerce au
détriment de la prospection et de la prédation par les auxiliaires dans la frondaison du pommier. Quels
enseignements peut-on plus largement tirer de ces expériences ?
Concernant le potentiel de réduction de l’utilisation des pesticides, le verger ‘BIO Melrose’ parvient
partiellement (selon les années et les cibles) à satisfaire cet objectif et à produire une récolte en
quantité et qualité satisfaisantes (l’alternance de production est principalement liée à la variété, même si
de fortes attaques de pucerons peuvent accentuer le phénomène). La suppression des insecticides
contre le puceron cendré au printemps, permise par la mise en œuvre d’un ensemble de méthodes
(gestion fertilisation, conduite, applications de kaolin), ne compromet pas la récolte ni la longévité du
verger. Les méthodes de substitution disponibles permettent également un contrôle satisfaisant du
carpocapse. En revanche, en dépit d’une faible sensibilité aux maladies de la variété Melrose, il n’est
pas possible de s’affranchir largement de l’utilisation des fongicides, et les dégâts peuvent être élevés
malgré l’utilisation répétée de soufre, qui affecte par ailleurs certains auxiliaires tels les Hyménoptères
parasitoïdes. Ceci renvoie à la nécessité, pour concevoir des vergers peu dépendants des pesticides,
de disposer de matériel végétal peu sensible à un ensemble de bioagresseurs et présentant une
résistance durable (cf. contournement, dans de nombreuses zones de production, du gène Vf de
résistance à la tavelure) : à la fois l’amont, pour la création de gammes variétales possédant ces
caractéristiques, et l’aval, pour la mise en marché de fruits issus de nouvelles variétés, sont donc
interpelés par cet enjeu de réduction des pesticides en protection des cultures (Ricci et al., 2011).
Comme illustré dans ce travail, l’augmentation des ressources dans le verger repose sur des processus
complexes, qu’il convient de continuer à investiguer pour mieux pouvoir les mobiliser en protection des
cultures. La présence d’auxiliaires peut également s’accompagner de prédation à différentes périodes
du cycle d’un ravageur (ex. prédation de puceron cendré à l’automne, lors du vol de retour ; Wyss et al.,
1995) : les effets de la prédation seront alors visibles à la génération suivante et/ou au printemps
suivant. Le cadre de nos études doit donc considérer avec attention cet aspect, ainsi que des effets sur
des ravageurs autres que ceux ciblés (Brown, 2001).
D’autres pistes (Figure 5) seraient à explorer, en particulier celles liées à la localisation et à la
reconnaissance de la plante-hôte pour proposer des vergers et aménagements limitant la perception de
la plante-hôte par le ravageur (effets barrière et dilution, stratégies push-pull)… Ceci peut s’envisager
au niveau des arbres en culture (clones), avec rupture de la monotonie génétique, par exemple via des
mélanges variétaux ou d’espèces, et/ou plus largement dans l’espace de production, à aménager avec
diverses espèces cultivées ou sauvages.
Figure 5 : Diversification végétale de l’agro-écosystème et combinaison de différentes approches pour gérer les
ravageurs.
Remerciements
Les auteurs remercient Sandrine Maugin (INRA Avignon) pour la fourniture d’oeufs de carpocapse,
Lachaize-Muller Amaya (INRA Avignon) pour son aide au verger et au laboratoire et toute l’équipe
Système Verger Agroécologique de l’INRA Gotheron pour entretenir et faire vivre le dispositif
‘BioReco’ et plus particulièrement A. Fleury, L. Galet, O. Guibert, D. Riotord pour les travaux
e
présentés ici. Ces travaux ont reçu des financements du 7 Plan Programme de l’Union Européenne
(FP7/ 2007-2013, grant agreement n°265865), et du programme ANR DynRurABio et du
métaprogramme INRA SMaCH pour le financement de la thèse ayant permis l’étude de la hauteur du
couvert herbacé.
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Résumé
La mise en œuvre de principes agroécologiques repose sur une meilleure connaissance des processus
biologiques et biogéochimiques et non plus exclusivement chimiques. C’est un changement profond
dans l’approche des agro-écosystèmes, associé à un changement d’échelle, de la parcelle au paysage.
Comment la valorisation de la biodiversité peut-elle améliorer la résilience des systèmes agricoles ?
Comment de nouvelles combinaisons d’espèces ou de variétés permettent-elles de valoriser des
ressources limitées ? Cette synthèse s’appuie sur des exemples concrets illustrant comment
réintroduire ou gérer autrement la biodiversité cultivée ou associée. La modélisation est au cœur des
recherches à entreprendre. Les technologies de l’information ouvrent de nouvelles voies pour le partage
d’informations, la mise à disposition d’outils de diagnostic de la biodiversité et pour l’aide à la décision.
Mieux utiliser la biodiversité suppose de renforcer la concertation entre acteurs et de faire évoluer les
parcours de formation et les métiers du conseil agricole.
Mots-clés : biodiversité, diversité génétique, écologie, système de production
Introduction
La biodiversité rassemble l’ensemble de la diversité du vivant, des gènes aux écosystèmes. Jusqu’à
maintenant, l’agriculture a principalement utilisé la diversité génétique intra-spécifique dans des
conditions contrôlées pour permettre l’expression maximale des génotypes sélectionnés. De ce fait, les
écosystèmes cultivés ont été simplifiés et artificialisés, avec des conséquences positives (forte
M. Tixier-Boichard et F. Lescourret
productivité, standardisation et simplification des pratiques, contrôle des pathologies) mais aussi des
impacts négatifs sur l’environnement (pollutions, disparition d’espèces, dégradation de la biodiversité
dite associée). Les dégradations subies par les milieux naturels mettent en danger la ressource même
sur laquelle l’agriculture repose.
L’agroécologie suppose de repenser l’agriculture en plaçant les interactions biotiques et les régulations
biologiques au cœur des processus de production. Une meilleure connaissance des interactions
biologiques doit permettre de développer des pratiques innovantes, valorisant les conditions locales.
L’enjeu majeur est de replacer la biodiversité au sein des systèmes et territoires agricoles, afin
d’accroitre la flexibilité et la résilience des systèmes, sans compromettre leur viabilité économique.
Réintroduire et entretenir la biodiversité à différentes échelles conduit à augmenter l’hétérogénéité
spatiale et temporelle des systèmes de production. Dès lors, maîtriser l’assemblage des génotypes, des
ressources naturelles et des pratiques suppose de mieux connaître les régulations biologiques. Les
concepts connus en écologie tels que la redondance fonctionnelle, la réduction du potentiel adaptatif
des bioagresseurs1, ou la complémentarité d’utilisation des ressources, sont à mobiliser pour
développer des agrosystèmes compatibles avec les processus biologiques.
Les réflexions de l’atelier ont été organisées autour de trois séquences :
• S’appuyer sur des exemples actuels (aujourd’hui), pour montrer comment la biodiversité peut
être mieux utilisée,
• Identifier les pistes de recherche, les savoirs et les technologies mobilisés afin d’aller au-delà
des expériences pionnières (les possibles),
• Analyser les verrous et les leviers d’action permettant aux agriculteurs de s’engager vers la
transition et de la re-conception des systèmes de production (l’avenir).
Ce trio de séquences a été présenté pour trois grands systèmes de production : les grandes cultures,
l’élevage et les cultures pérennes. Des questions et propositions très similaires ont émergé pour ces
trois grands systèmes. Cette synthèse s’articulera donc sur les trois séquences ‘aujourd’hui/les
possibles/l’avenir’ en intégrant les différentes filières de production dans chaque séquence. Les auteurs
et titres des 9 interventions de l’atelier sont cités dans la liste de références ci-après.
1 Il s’agit de privilégier, par exemple avec des zones dédiées hébergeant des ressources hôtes, des caractères adaptatifs
divergents de ceux favorables sur la culture.
Figure 1 : Un exemple d’ajout de biodiversité cultivée : le ‘push-pull’ assisté pour gérer les mouches des légumes
à La Réunion, projet CASDAR GAMOUR.
Le même principe est à la base des essais de pâturage mixte bovin-caprin aux Antilles.
Une autre approche de la diversité spécifique a été illustrée par le développement d’un outil de
quantification de l’offre alimentaire pour les pollinisateurs : la production mensuelle de nectar et de
pollen est calculée en fonction des espèces et des surfaces de floraison observées (coopératives du
réseau In Vivo).
Enfin, la lutte contre les maladies des plantes en cultures pérennes peut bénéficier de l’utilisation de la
diversité microbienne. D’efficacité variable, cette stratégie peut se révéler un complément utile à
d’autres stratégies.
1.1.3 Biodiversité « associée »
Ceci regroupe la biodiversité semi-naturelle associée aux plantes cultivées ou aux animaux d’élevage,
qui joue un rôle crucial dans le fonctionnement des agroécosystèmes. Plusieurs projets de recherche
montrent comment utiliser la diversité floristique et faunistique pour développer des indicateurs du bon
état agro-écologique pour les bordures de champs ou pour les systèmes d’élevage d’herbivores ou de
polyculture-élevage. Ainsi, le projet CASDAR INDIBIO analyse les effets des pratiques agricoles sur
l’abondance et la richesse spécifique de la faune et de la flore dans le cas des systèmes d’élevage, afin
d’identifier des indicateurs reliant pratiques agricoles et biodiversité. Un indicateur de valeur
pollinisatrice de la flore adventice a été développé par l’INRA de Nancy-Colmar afin de mettre en
relation la diversité de la flore adventice avec la fourniture de ressources trophiques pour les insectes
pollinisateurs. Il y a une relation entre la valeur pollinisatrice de la communauté végétale et l’abondance
des pollinisateurs (Figure 2). L’obtention d’une bonne valeur pollinisatrice peut se faire en maximisant
l’abondance de l’espèce végétale ayant la valeur la plus importante mais il est possible qu’une diversité
des espèces dans la communauté végétale engendre une diversité plus grande des pollinisateurs
(mécanismes de préférence, voire spécificité).
1 2,5 70
60 4,00
0,8 2
50
3,00
0,6 1,5 40
2,00
0,4 1 30
20 1,00
0,2 0,5
10 0,00
0,00 2,00 4,00 6,00 8,00 10,00
0 0 0
Valeur pollinisatrice de la bordure
REF PIC REF PIC REF PIC
Thèse C.Ricou.
Bockstaller et al., 2012
Indicateur
de
valeur
pollinisatrice
Taille,
couleur,
forme
des
fleurs,
quantité
Diversité
des
leviers
d’actions
et
qualité
de
nectar/pollen
⇒ Maîtrise de la flore adventice
• vulpin : 1,0 ⇒ Service de pollinisation amélioré
• renouée persicaire : 3,6 => Rendement amélioré ?
• bleuet : 6,9
• …
Figure 2 : Etude des relations entre la diversité des espèces adventices et l’abondance d’insectes pollinisateurs
(Ricou et al., 2014). REF = situation de référence (conventionnelle) ; PIC = protection intégrée des cultures.
Indices de diversité. L’indice de Simpson calcule la probabilité que deux individus sélectionnés aléatoirement
dans un milieu donné soient de la même espèce. L’indice de Shannon est basé sur l’abondance des différentes
espèces relativement à l’abondance totale.
Dans un système laitier de montagne, utiliser la biodiversité des prairies a eu un effet favorable sur la
qualité gustative des fromages mais un effet négatif sur les quantités de lait.
Plusieurs exemples ont aussi montré comment développer des pratiques favorisant les interactions
biologiques : bandes florales en maraîchage, enherbement en viticulture, agroforesterie.
Enfin, la diversité des espèces auxiliaires peut être utilisée pour promouvoir des systèmes de culture
fondés sur l’optimisation du service de biocontrôle fourni par les insectes entomophages (projets
CASDAR Entomophage et AuxiMore).
Certes, il peut exister un biais dans l’analyse de ces exemples, dans la mesure où des projets ayant
connu des échecs, ou des difficultés à atteindre l’objectif annoncé, n’ont pas été présentés, alors qu’il
en existe certainement. Cependant, les nombreux exemples proposés montrent la prise de conscience
par les acteurs du développement agricole de l’intérêt à mieux utiliser la biodiversité. De nombreuses
pistes d’innovation sont déjà explorées.
1.2 Trois composantes importantes communes aux différentes filières ont été
soulignées.
1.2.1 La première est l’importance de la concertation multi-acteurs
D’une part, il est à noter qu’un changement de pratiques impacte tous les niveaux de la filière. Plus que
jamais, la co-construction des questions de recherche et des solutions à tester sur le terrain devient
nécessaire. Par exemple le Réseau de Recherches Antibiotiques Animal (R2A2) rassemble environ 90
personnes représentant les différentes disciplines de recherche, les acteurs du développement agricole,
les vétérinaires praticiens, les services ministériels et l’industrie pharmaceutique. D’autre part,
l’innovation peut se situer à différents niveaux de la filière y compris jusqu’aux industries de
transformation aval; il faut donc une concertation entre acteurs des différents segments de la filière pour
combiner différents types d’actions. Toutefois, le lien avec les consommateurs est peu ressorti des
discussions. Or, il est capital de montrer aux consommateurs les efforts réalisés pour mieux préserver
et utiliser la biodiversité, afin d’expliquer les caractéristiques des nouveaux produits ou nouveaux
systèmes. C’est toute la question de l’affichage environnemental pour les produits agricoles, qui va au-
delà de l’enjeu de la biodiversité.
1.2.2 La deuxième composante est la nécessaire évolution de la formation
Le formateur devient un médiateur, un facilitateur, et accompagne les acteurs de terrain dans leurs
tentatives innovantes. Par exemple, le programme Agriculture et biodiversité de la LPO2 permet de
rendre les agriculteurs autonomes dans la gestion de la biodiversité et d’en faire un atout intégré aux
pratiques, et non une contrainte. Dans le projet Ecobordure, un indicateur de l’état agro-écologique
des bordures de champs a été développé à partir d’un relevé de groupes d’espèces végétales qui
reflètent l’influence des pratiques agricoles. Conçu par les chercheurs, l’outil a été utilisé comme
support pédagogique dans des lycées agricoles. Plusieurs acteurs (ONCFS3, association Hommes et
territoire, Chambres d’agriculture de Bretagne) ont rejoint l’INRA et les lycées pour valider, interpréter et
adapter l’outil à différentes situations (Figure 3).
1.2.3 La troisième composante est l’implication de l’enseignement agricole technique
Les référentiels de formation favorisent la prise en compte des connaissances et savoir-faire
agroécologiques dans les filières (production, aménagement), par exemple à travers les approches
pluridisciplinaires et globales de l’exploitation. Les difficultés rencontrées concernent la mise à jour
régulière des savoirs et des approches pédagogiques des enseignants, dans un domaine complexe où
les connaissances ne sont pas toujours consolidées et/ou accessibles. Par ailleurs, la biodiversité et
son intégration dans les pratiques sont l’objet de controverses. Les exploitations agri-horticoles des
établissements servent d’observatoires et de laboratoires privilégiés. Beaucoup d’actions sont mises en
place (enherbement des vignes, aménagements de haies et bandes fleuries pour auxiliaires,
agroforesterie, production biologique, circuits courts pour produits maraîchers ...), en lien avec des
partenaires des territoires. Mais l’évaluation de la biodiversité et des services rendus reste complexe et
manque de protocoles et d’outils simples et abordables avec des apprenants. Il est aussi proposé de
s’appuyer sur les réseaux thématiques des lycées agricoles qui favorisent la diffusion des ressources,
informations et expériences issues de différentes démarches (tels que BiodivEA, Hortipaysage). Ils
contribuent aussi à développer les liens indispensables entre recherche, développement et formation
autour de questions posées par les acteurs de terrain.
Figure 3 : Déroulement du projet Ecobordure, de la conception d’un indicateur à son intégration dans la
formation et à son utilisation sur le terrain. (Deguine et al., 2012).
Figure 4 : Les TIC au service de la connaissance de la biodiversité et de la surveillance de la santé des plantes
(D’après D. Blancard, http://ephytia.inra.fr/fr/Home/index).
Les principaux freins au changement ont été bien identifiés. Un premier frein est la perte de repères et
l’augmentation des incertitudes produites par le changement. Un levier possible est alors de préférer
l’accompagnement d’un processus progressif plutôt qu’un conseil prescriptif avec des schémas-type ;
on retrouve ici la nécessaire évolution du conseil agricole et des liens recherche-formation-
développement. Un second frein est le poids des standards que s’imposent les filières (cahier des
charges prescriptifs). Une solution afférente est d’agir à l’échelle des filières ou des territoires pour
mieux coordonner l’effort de re-conception, et d’encourager l’organisation collective à l’échelle du
territoire. Un troisième frein est la complexification du métier d’agriculteur. Cette crainte largement
partagée mérite d’être vérifiée, le travail sera différent mais ne sera peut-être pas plus complexe. C’est
au contraire un nouveau métier d’agriculteur qui peut se dessiner. Un dernier frein identifié, et non des
moindres, est le risque de perte de compétitivité économique. Il s’agit alors de développer des
politiques publiques pour aider à la transition, de mobiliser les outils de l’économie de l’environnement,
et de privilégier les mesures à obligation de résultats.
Conclusion
La mise à l’épreuve de certains principes de l’écologie dans les agrosystèmes a déjà commencé. Il ne
s’agit pas de réaliser une simple transposition mais bien de développer des concepts, des techniques et
méthodes d’accompagnement au changement. La biodiversité a montré sa capacité d’adaptation aux
changements majeurs par le passé, mais elle a été mise en danger par l’artificialisation extrême des
systèmes de production. Il n’est pas question de revenir en arrière, mais de re-concevoir les systèmes
de production sur la base d’une meilleure connaissance des processus biologiques, de leur dynamique
spatiale et temporelle. Mieux utiliser la biodiversité, à toutes ses échelles, conduit à exploiter au mieux
la gamme des conditions et ressources offertes, ce qu’on peut résumer par un concept de
complémentarité de gamme. Un enjeu majeur est d’apprendre à combiner savoirs locaux, technologies
modernes et connaissances scientifiques nouvelles pour trouver des solutions économiquement viables
et adaptées à chaque contexte. Le lien recherche-formation-développement est à repenser en ce sens.
Références bibliographiques
Bockstaller C., Lassere-Joulin F., Slezack-Deschaumes, S., Piutti S., Villerd J., Amiaud B., Plantureux
S., 2011. Assessing biodiversity in arable farmland by means of indicators: an overview. Oléagineux
Corps gras Lipides 18, 137-144.
Deguine J.P., Rousse P., Atiama-Nurbel T., 2012. Agroecological crop protection: concepts and a
case study from Reunion. In: Larramendy Marcelo L., Soloneski Sonia (eds.). Integrated pest
management and pest control: current and future tactics. Rijeka : InTech, pp.63-76.
Ricou C., Schneller C., Amiaud B., Plantureux S., Bockstaller C., 2014. A vegetation-based indicator
to assess the pollination value of field margin flora. Ecological Indicators, sous presse.
http://gamour.cirad.fr/site/index.php
www6.inra.fr/micmac-design
www.solibam.eu
http://www.eap49.educagri.fr/developpement-durable/4-developpement-durable/246-biodivea-ou-
biodiversite-dans-les-exploitations-agricoles
http://www.reseau-horti-paysages.educagri.fr/wakka.php?wiki=HORTICULTURE
Vers une agro-écologie des territoires, pour une gestion durable des services
écosystémiques : de l’observation à l’expérimentation
Résumé
Ce texte constitue l’introduction à l’atelier « Gérer les paysages, les territoires » du colloque
agroécologie du 18 Octobre 2013. Il est inspiré des échanges qui ont eu lieu au sein des zones ateliers
(SOERE ZA). Il énonce les enjeux et pose les bases conceptuelles relatives à une prise en compte de
la dimension du paysage et des territoires pour l’agroécologie.
Mots-clés : Biodiversité, services écosystémiques, expérimentation, échelles spatiales, écologie du
paysage, Zone Atelier
l'activité biologique de certains groupes d'organismes présents dans les écosystèmes. Ainsi, une
gestion inappropriée peut altérer fortement les services écosystémiques, alors qu’à l’inverse, certaines
formes de gestion peuvent se révéler bénéfiques. Certains services, comme la fertilité des sols,
affectent directement la production agricole, d’autres plus indirectement, comme les services rendus par
les insectes auxiliaires des cultures. La durabilité de ces services peut nécessiter des actions de
protection, comme la limitation de l’érosion des sols ou la conservation des ressources génétiques.
Enfin, certains services n’ont pas de liens directs avec l’agriculture, mais répondent à des attentes de la
société (par ex. biodiversité patrimoniale).
Ces différents services peuvent être antagonistes entre eux, et ainsi générer des conflits entre acteurs.
De plus, ils interagissent à un ensemble d’échelles spatiales (de la parcelle au paysage) et temporelles
(de la saison à la décennie). Ainsi, l’organisation des activités agricoles au sein d’un paysage, ou d’un
bassin versant, affecte le bilan hydrique et la qualité de l’eau, ainsi que la qualité des sols, la
pollinisation et la régulation des bioagresseurs. Cependant, un agriculteur agit à l’échelle de son
exploitation, alors que l’objectif de conservation de la biodiversité ou, plus généralement, des objectifs
environnementaux (cycles biogéochimiques, qualité de l’eau, gaz à effet de serre…), se placent à
l’échelle des paysages et des territoires agricoles, ce qui nécessite une approche collective.
L’articulation entre « exploitation agricole » et « territoire rural » est ainsi devenue un enjeu pour les
politiques publiques. D’autant qu’à cette échelle, les objectifs des différents usagers du territoire ne sont
pas forcément partagés : certains peuvent appréhender la biodiversité comme une ressource, d’autres
comme un frein au développement.
relancer la production de luzerne et rétablir les échanges entre producteurs de luzerne et éleveurs
locaux, est de développer les débouchés pour cette production dans le territoire. Ce projet, complexe et
novateur, implique de concevoir des modes de gestion adaptés aux objectifs attendus, mais aussi des
règles de gouvernance permettant des échanges durables entre acteurs du territoire. Enfin, la troisième
opération s’adresse aux citoyens et fait l’hypothèse que préserver la biodiversité repose sur son
appropriation par tous les citoyens. De cette hypothèse a par exemple découlé un programme de
science participative « Mon village, espace de biodiversité », qui vise à ce que les citoyens
s’approprient leur territoire afin de s’impliquer individuellement dans la gestion collective de la
biodiversité. Nous faisons l’hypothèse que c’est par la mise en place d’un programme de culture
scientifique autour des services rendus par la biodiversité que sera atteint un objectif partagé à l’échelle
du territoire (habitants, collectivités, toutes les écoles primaires et les deux collèges). Le projet est
centré sur les services écosystémiques liés à la gestion des « espaces verts » des villages (jardins
privés, espaces communaux, écoles, prairies et vergers du péri-village, bords des routes).
Conclusion
La gestion de l’insertion des activités agricoles dans les paysages et les territoires offre des leviers pour
l’agroécologie. Ces leviers concernent notamment l’organisation spatiale des parcelles, des ateliers de
production, des espaces interstitiels (bandes enherbées, …) et des infrastructures écologiques (haies,
zones humides…). Les défis environnementaux dans les espaces ruraux impliquent non seulement la
prise en compte de la biodiversité et son rôle support dans la gestion des services écosystémiques, et
l’analyse et l’action à l’échelle des territoires. Prendre en compte la dimension territoriale et temporelle
de l’ensemble des acteurs du territoire est donc essentiel pour promouvoir des pratiques basées sur les
résultats de recherche en agro-écologie. Le potentiel représenté par ces transitions peut être renforcé
grâce à des recherches sur l’agro-écologie des paysages, sur le fonctionnement des bassins versants
et sur l’organisation de la biodiversité dans les espaces agricoles. Gérer, individuellement ou
collectivement, une mosaïque paysagère ou un bassin versant et intégrer cette gestion agro-écologique
dans l’aménagement et le développement d’un territoire peut permettre de mieux préserver des
ressources cruciales pour l’agriculture (l’eau et les sols) et de renforcer la régulation des bio-agresseurs
et la pollinisation. En retour, la recherche interdisciplinaire menée à l’échelle des territoires, autorise
aujourd’hui un nouveau type d’approches, basé sur la recherche intervention et impliquant directement
à la fois les acteurs du territoire et les chercheurs. Au-delà même du territoire, la prise en compte des
échelles spatiales emboitées est importante : par exemple, les agriculteurs n'utilisent pas que le
territoire de leur exploitation ; au travers des achats d'aliments du bétail, ils impactent aussi des
territoires qui peuvent être lointains (soja importé d'Amérique Latine) ou relativement proches (foin ou
déshydraté de luzerne). Ceci a des effets distants, par exemple, sur la biodiversité et la qualité de l'eau
qu'il faut intégrer dans les réflexions sur l’agroécologie.
Références bibliographiques
Actes du colloque agroécologie, 2013. www.inra.fr/Chercheurs-etudiants/Agroecologie/Tous-les-
dossiers/L-agro-ecologie-a-l-Inra-la-recherche-s-organise/Atelier-gerer-les-activites-agricoles-a-l-
echelle-des-paysages
Résumé
Cet article présente une démarche de conception et évaluation d’alternatives de distributions spatiales
de systèmes de culture en vue de progresser dans la résolution des problèmes de gestion quantitative
de l’eau dans un bassin à déficit hydrique chronique, le bassin aval de l’Aveyron. Cette démarche
combine modélisation et participation. Un dispositif participatif a permis à deux groupes d’acteurs
(agriculteurs d’une part, gestionnaires de l’autre) de concevoir des alternatives de changement pour le
territoire d’étude. La modélisation a pris une place essentielle dans ce dispositif de conception en
permettant d’avoir une représentation partagée, dynamique et spatialement explicite du territoire sur
laquelle ont pu s’appuyer les acteurs pour concevoir les alternatives et que les chercheurs ont utilisée
pour simuler l’impact sur les prélèvements en eau et le débit des cours d’eau. L’expérience conduite
doit être vue comme le début d’un processus itératif de conception pour aller vers des solutions
efficaces et acceptables. Ce premier pas a déjà permis de faire évoluer l’attitude des deux groupes
d’acteurs vers une volonté de plus travailler en commun.
Mots-clés : Agronomie du territoire, système socio-écologique, paysage agricole, gestion spatiale de
l'eau, méthode participative, connaissance hybride, modélisation intégrée, modélisation multi-agent,
modèle de comportement d'agriculteur.
1.2 Une réglementation qui évolue pour répondre aux défis des changements
globaux
En réponse à ces perspectives de diminution de la ressource et d’accroissement des besoins en eau,
des lois sur l’eau ont vu le jour et leur mise en œuvre pose de nouveaux défis à l’agriculture.
En France, la loi sur l'eau de 1992 (articles L.210-1 et suivants du Code de l'environnement) consacre
l’eau en tant que "patrimoine commun de la Nation" et institue un système de planification et de gestion
décentralisée et concertée à travers les Schémas Directeurs d'Aménagement et de Gestion des Eaux
(SDAGE) et les SAGE (Schéma d'Aménagement et de Gestion des Eaux). Les zones de répartition des
eaux (ZRE), où est constatée une insuffisance autre qu'exceptionnelle des ressources par rapport aux
besoins en eau, sont définies peu après (décret du 29 avril 1994) pour faciliter la conciliation des
intérêts des différents utilisateurs de l'eau. D’un point de vue quantitatif, les SDAGE fixent les Débits
d’Objectifs d’Etiage (DOE) et les Débits de Crises (DCR) pour les points nodaux du réseau
hydrologique. Le DOE est un débit de référence qui permet d’assurer la coexistence normale de tous
les usages et le bon fonctionnement du milieu aquatique. Le DCR est le débit de référence en dessous
duquel seules les exigences de santé, de salubrité publique, de sécurité civile et d’alimentation en eau
potable et les besoins des milieux naturels peuvent être satisfaites (Comité de Bassin Adour-Garonne,
2009).
Pour les bassins en déséquilibre, dans le Bassin-Adour-Garonne, les SDAGE introduisent des Plans de
Gestion des Etiages (PGE), documents contractuels, qui définissent les règles de partage de l’eau entre
usages et milieux pour la période d’étiage. Ils préconisent des mesures de gestion de l’offre (des
ressources) et des demandes (les prélèvements) de manière à respecter les DOE, 8 années sur 10.
Malgré ces dispositifs législatifs et réglementaires, un grand nombre de bassins hydrographiques
présentent des déficits chroniques (Figure 1). Prenant acte de cette situation, la France a adopté le
30 décembre 2006 la loi sur l'eau et les milieux aquatiques (dite « LEMA », Loi n°2006-1772 du 30
décembre 2006, décret d’application du 24 septembre 2007 et circulaires du MEDDTL du 30 juin 2008
et 3 août 2010) qui a comme objectif une « gestion équilibrée et durable de la ressource en eau » qui
prenne en compte « les adaptations au changement climatique ». Elle prévoit de nouvelles modalités de
réglementation des autorisations de prélèvements agricoles qui doivent être appliquées en priorité au
sein des ZRE. Elle instaure la définition de volumes prélevables (Vp) pour l’agriculture par unité
hydrologique élémentaire (sous-bassin versant) compatibles avec la ressource réellement disponible
pour cet usage. Le plafonnement des prélèvements au Vp doit permettre de satisfaire les DOE 8
années sur 10 et donc de ne plus gérer la crise que lors d’épisodes climatiques exceptionnels comme
cela avait été défini dès la loi sur l’eau de 1992. Ce Vp est attribué et géré par une nouvelle personne
morale publique ou privée appelée « organisme unique de gestion collective » (OUGC). Ce dernier,
désigné par le préfet sur dossier de candidature, doit être fondé à représenter les irrigants.
1.3 Une profession agricole qui défend l’irrigation et revendique une gestion de
l’offre
La profession agricole n’a pas accueilli favorablement cette réforme des volumes prélevables. En zones
de grandes cultures, l’intérêt principal de l’irrigation est de permettre de conduire des cultures irriguées,
majoritairement du maïs, sur des sols souvent considérés comme inadaptés aux céréales d’hiver ou
aux cultures de printemps en sec. Le maïs valorise très bien l’eau, il a une très forte productivité
potentielle et une des plus fortes marges brutes par hectare irrigué (Levy et al., 2005).
Le syndicat agricole majoritaire estime que la nouvelle réglementation met en danger la viabilité des
exploitations et des filières agricoles en place parce qu’elle conduit à des restrictions récurrentes sur
l’irrigation (Pagnol, 2013). La profession agricole demande que l’offre et les modalités de gestion soient
adaptées aux besoins du secteur agricole. Elle envisage deux leviers d’actions : la révision des DOE et
la construction d’ouvrages de stockage de l’eau. Il est en effet communément accepté que les DOE
sont un construit social et scientifique dont l’objectivation est problématique (Fernandez et Trottier,
2012). En ce qui concerne la construction de nouvelles retenues, malgré une volonté financière de l’Etat
(MAAPRAT et MEEDDTL, 2011), il devient difficile de trouver des sites et des maitres d’ouvrage (Debril
et Therond, 2013).
en conservant un revenu décent aux agriculteurs. L’article présent s’intéresse à ce dernier objectif, pas
forcément partagé a priori par toutes les parties concernées, et présente une approche ayant pour but
de concevoir et évaluer avec les acteurs d’un territoire à déficit hydrique chronique des distributions
spatiales de systèmes de culture en vue de limiter les crises de gestion quantitative de l’eau.
2. Le site d’étude
Le bassin Adour Garonne (BAG) est un bassin représentatif des enjeux de la GQE : il présente un
déficit pluviométrique estival marqué ; les réserves stockées sont insuffisantes en année sèche, ou leur
position n’est pas adaptée à l’intensité et la distribution spatiale des prélèvements agricoles dans les
bassins versants. Par conséquent, les pouvoirs publics cherchent à réduire les déficits en diminuant les
prélèvements pour l’irrigation. Selon l’Agence de l’Eau Adour-Garonne, l’irrigation est responsable de
70% des prélèvements du bassin en période d’étiage. Malgré les stocks d’eau alloués à l’irrigation et au
soutien d’étiage, il est impossible de satisfaire les débits d’objectif d’étiage, voire les débits de crise
dans de nombreux sous-bassins.
Figure 2 : Localisation du territoire irrigué en région Midi Pyrénées et à l’aval du BV Aveyron. Présentation du
registre parcellaire graphique : îlots irrigables, surfaces toujours en herbes et autres îlots.
Le territoire d’étude a été choisi pour son caractère représentatif des enjeux de gestion quantitative de
l’eau en Adour-Garonne (identification collaborative avec l’Agence de l’Eau), notamment le
dépassement récurrent du DOE lié à l’irrigation. Il correspond à la partie du bassin de l’Aveyron située
en aval des Causses du Quercy. C’est un espace dominé par la grande culture céréalière, la production
de semences et l’arboriculture. La diversité des systèmes de productions est importante. L’élevage,
surtout bovin et en déclin, a été repoussé sur les zones de coteaux et de causses périphériques. La
surface de notre terrain d’étude est d’environ 840 km², avec une SAU d’environ 40 000 ha dont 26% de
surfaces toujours en herbe, et 34% de surface irriguée entre 2007 et 2009 répartis au sein de 1150
exploitations. 43% de ces exploitations pratiquent l’irrigation sur environ 38% de leur SAU. Les volumes
prélevés pour l’irrigation dans le secteur représentent environ de 15 à 20 hm3 selon le type climatique
de l’année, soit 70% des prélèvements pour l’irrigation sur le BV Aveyron. Le déficit hydrique en année
quinquennale sèche est estimé à environ 7 hm3 soit plus d’un tiers des prélèvements.
Sur ce territoire, comme dans d’autres, d’importants problèmes de communication et de gestion des
antagonismes existent entre les acteurs de la gestion de l’eau et ceux de la gestion des espaces dès
lors qu’il s’agit de mettre en œuvre une « gestion spatiale de l’eau » (Narcy et Mermet, 2003 ; Gober et
al., 2013). Les premiers sont représentés par l’administration en charge du respect de la loi sur l’eau et
les milieux aquatiques (LEMA 2006) (DDT et police de l’eau), les gestionnaires opérationnels et
financiers de l’eau (Conseil Général du Tarn-et-Garonne), ainsi que les acteurs du territoire qui
participent à la protection et la défense des milieux aquatiques (fédération de la pêche, association
environnementale, bureaux spécifiques des collectivités). Les seconds sont avant tout les agriculteurs,
et par extension la diversité des représentants de la profession. Gestionnaires des sols de l’espace
agricole, ils sont responsables des pratiques d’assolement et de culture à l’origine de la demande en
eau.
distribution spatiale des pratiques agricoles et la GQE par rapport à la situation actuelle (système de
référence).
Pour construire cette représentation, nous avons mis en œuvre une démarche de spatialisation des sols
et des systèmes de culture dans le territoire permettant de décrire et localiser les pratiques culturales à
l’échelle territoriale. Cette démarche est décrite dans un article scientifique (Murgue et al., soumis) et
résumée dans la Figure 3. Elle est basée sur l’hybridation de connaissances issues de bases de
données développées de manière générique sur l’ensemble du territoire français (par exemple le
Registre Parcellaire Graphique et les cartes de sol) et de connaissances locales, issues de bases de
données locales (par exemple des cartes de sols plus précises) ou de savoirs d’acteurs. Nous avons eu
en particulier recours à un atelier de zonage à dire d’acteurs (cartographie participative) et à des
enquêtes en exploitation agricole. Au-delà, des données sur les pédoclimats et l’agriculture, cette
représentation intègre également des données sur les ressources en eau et les équipements
hydrauliques (ex. réseaux d’irrigation). L’intégration de ces différentes sources de données a été
réalisée au travers d’allers-retours entre des analyses de bases de données et des entretiens auprès
d’experts.
Figure 3 : Itinéraire méthodologique utilisé pour décrire les systèmes de culture (SDC) du territoire et les
distribuer dans l’espace.
Ce travail, inspiré du processus d’hybridation de l’information présenté dans les travaux de diagnostic
territorial développés par Lardon et Pivetot (2012), a permis de développer un Système d’Information
Géographique (SIG) formalisant la structure du territoire d’étude. Il intègre une description de rotations
de culture types, leur distribution dans les îlots des exploitations du Registre Parcellaire Graphique
rattachés à des zones paysagères identifiées par des critères pédologiques et géomorphologiques, et
une liste de déterminants de leur mise en œuvre dans le parcellaire (Tableau 1).
En parallèle, sur la base de la plateforme de modélisation et simulation MAELIA (Therond et al., 2014),
nous avons développé un modèle multi-agent représentant les processus clefs de la situation de
gestion de l’eau : les systèmes de culture (pratiques agricoles décrites sous formes de règles de
décisions et associées aux zones paysagères et rotations types), la croissance des cultures,
l’hydrologie des ressources en eau de surface et souterraines, la gestion des barrages et des
restrictions d’usage. Murgue et al. (2014) présentent plus en détail ce modèle de territoire et ses
performances.
Tableau 1 : Eléments principaux du SIG construit pour représenter le système de référence
Elément du territoire Informations disponibles
Parcelles cultivées surface, séquence 2006-09, système de culture pratiqué (rotation + ITK)
Ilots de culture surface, géolocalisation, forme, pente, irrigabilité, % surfaces irriguée
Exploitations SAU, assolement 2009, % surfaces irriguée, élevage, classe d’âge, forme juridique
Ressources géolocalisation (cours d’eau et nappes d’accompagnement, plan d’eau)
Points de prélèvement géolocalisation, type de ressource
Morpho-pédologie type de sol, zone morpho-pédologique, zone paysagère.
Le travail de formalisation des options de changement exprimées par les acteurs a été réalisé en
laboratoire et a suivi deux étapes. Dans un premier temps, les documents produits pendant les ateliers,
et notamment la retranscription de l’enregistrement des sessions, ont permis au chercheur de traduire le
discours du groupe sur chaque option de changement en concepts représentables dans le SIG
représentant le terrain d’étude. Par le développement de connaissances partagées entre chercheurs et
acteurs, le travail de construction et de formalisation de la représentation partagée de la situation
actuelle a permis de faciliter grandement cette opération de traduction et de minimiser les biais liés à
cette opération. Puis, dans un deuxième temps, nous avons utilisé les méthodes de la géomatique pour
formaliser dans le SIG ces options de changement.
Murgue et al. (2015) décrivent plus précisément cette étape de co-conception et formalisation d’options
de changement.
Tableau 2 : Idées de changement issues du brainstorming de l’atelier « garants de la LEMA », résultats bruts. Le
symbole ‘•’ reprend le scoring des participants, indiquant les idées qui leur paraissaient les plus intéressantes à
approfondir.
Interdire en zone/période A partir d’une date (début juillet), les prélèvements ont un
Réglementaire
à risque impact très important sur les petits cours d’eau, les interdire
Tableau 3 : Options de changement approfondies lors de l’atelier avec le groupe agricole. Certaines se
rejoignent dans les concepts qu’elles manipulent, nous avons choisi de les regrouper en groupes d’options.
Alternative1
Alternative2
Le collectif des gestionnaires et environnementalistes a adopté une approche plus territoriale. Les
participants ont orienté leur réflexion sur des situations problématiques (un type de pratique de culture
sur un type de ressource, dans un contexte paysager) plutôt que sur un levier d’action au sein de
l’ensemble du territoire. Le groupe s’est attaché à localiser les zones d’action prioritaires pour le
changement en citant des critères de proximité à certains types de ressource et des zones paysagères
cibles. Ils ont aussi choisi de créer un groupe d’options « réorganisation du territoire » qui articule
plusieurs types d’idées (techniques, organisationnelles, spatiales) à plusieurs niveaux d’organisation
(parcelle, exploitation, unité hydrologique, territoire). Certaines propositions sont en rupture avec le
système actuel (e.g. circuits courts, agriculture communautaire) dont certaines concernent les pratiques
agricoles (e.g. développement de l’élevage herbager en tête de bassin, ou des techniques culturales
simplifiées (TCS) sans phytosanitaire). Cependant, si certaines options décrites par les gestionnaires et
environnementalistes touchent aux systèmes de cultures, elles se limitent au choix d’espèces. Enfin, le
collectif a aussi fait des propositions concernant des aspects de gestion opérationnelle de l’eau
(planification des lâchers en fonction des besoins).
Seules les alternatives sélectionnées et approfondies par les acteurs ont été formalisées et évaluées.
Nous présentons ici les évaluations de deux alternatives proposées par les agriculteurs (Tableau 3).
L’alternative 1, consistant à semer plus tôt des maïs plus précoces, visait à décaler le cycle du maïs afin
d’arrêter l’irrigation plus tôt dans la saison et donc limiter leur impact sur les étiages. L’alternative 2,
consistant à limiter la pratique de la monoculture en maïs grain par l’introduction de céréales d’hiver
dans la rotation, visait à réduire les surfaces irriguées, donc les prélèvements en eau, en vue de réduire
le déficit du bassin. Ces alternatives ont été considérées comme acceptables par les agriculteurs si
seulement 20% de la sole de maïs de l’exploitation agricole était affectée par les changements pour
l’alternative 1 et 40% pour l’alternative 2.
L’implémentation de ces deux alternatives, y compris en poussant les changements au-delà des seuils
d’acceptabilité proposés par les agriculteurs, montre que l’impact sur la réduction du déficit en eau du
bassin est potentiellement très limité, et sans rapport avec les objectifs poursuivis (Figures 5 et 6).
10
8
6
4
2
0
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
Sit.
Actuelle
Opt.
Préc.
20%
Opt.
Préc.
100%
Figure 5 : Evaluation des prélèvements d’eau (hm3) des surfaces en maïs grain pour la situation actuelle (gris), le
scénario proposé pour lequel 20% de la sole de maïs de l’exploitation sont concernés par le changement
(alternative 1, rouge) et une variante où toute la sole de maïs est concernée par le changement (barre verte).
L’alternative 1, telle que proposée, consiste à introduire du maïs plus précoce et semé plus tôt dans la sole, à
hauteur de 20% de celle-ci. On constate que cette alternative ne conduit pas à des économies d’eau
significatives. Si on modifie 100% de la sole de maïs, l’économie d’eau reste marginale (moins de 0.1 hm3)
Figure 6 : Evaluation des prélèvements d’eau (hm3) des surfaces irriguées pour la situation actuelle (gris), le
scénario proposé pour lequel 40% de la sole de maïs de l’exploitation sont remplacés par une rotation
maïs/maïs/céréale (alternative 2, rouge) et une variante où toute la sole de maïs en monoculture est concernée
(en vert). On constate que les économies d’eau deviennent significatives dès lors que l’ensemble des
monocultures de maïs est remplacé par des rotations, mais que ces économies d’eau ne dépassent pas 5 hm3.
Conclusion
Nous avons conduit ici une démarche de conception et d’évaluation d’alternatives de distributions
spatiales de systèmes de culture en vue de progresser dans la résolution des problèmes de gestion
quantitative de l’eau dans un bassin à déficit hydrique chronique. Cette démarche basée sur l’utilisation
de la modélisation et de résultats de simulation dans un dispositif participatif de conception pose encore
de nombreux problèmes méthodologiques. Du côté de la modélisation, le modèle de territoire développé
est basé sur la plate-forme MAELIA, mais son instanciation sur le bassin d’étude a nécessité l’intégration
de nouvelles fonctions à cette plateforme et a mobilisé de nombreuses bases de données. Il est à prévoir
que l’instanciation sur de nouveaux bassins nécessite un effort non négligeable de collecte de données,
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Gestion territoriale des adventices : effets des propriétés du paysage sur les
communautés adventices et sur leur régulation par les carabidae
Petit S.1, Labruyere S.1, Trichard A.1,2, Ricci B.1, Bohan D.A.1
1 INRA UMR1347 Agroécologie, 17 rue Sully, BP 86510, F-21065 Dijon Cedex, France
2 DRAAF Bourgogne, 4 bis rue Hoche, BP 87865, F-21078 Dijon Cedex, France
Correspondance : [email protected]
Résumé
La gestion des territoires est un levier potentiel pour la gestion des bio-agresseurs et de la biodiversité
des agro-écosystèmes. Nous proposons ici un état des connaissances sur les effets du paysage sur les
adventices de culture. Nous traitons d’abord des effets directs de l’organisation des paysages sur la
richesse et les niveaux d’infestation en adventices. Nous analysons ensuite les effets des propriétés du
paysage sur les carabes, prédateur de graines contribuant à la régulation biologique des adventices.
Notre analyse montre que (i) le paysage affecte la richesse et la composition des communautés
d’adventices et de carabes, les paysages hétérogènes abritant des communautés plus diversifiées, (ii)
les abondances totales de ces deux groupes semblent peu affectées par le paysage et (iii) l’intensité de
la prédation de graines dépend du contexte paysager mais cet effet dépend de l’identité des espèces
prédatrices. Ces résultats suggèrent que des paysages agricoles hétérogènes permettent le maintien
d’une biodiversité plus importante sans pour autant accentuer les niveaux d’infestation adventices ; de
plus, en abritant des communautés de carabes diversifiées, ces paysages hétérogènes pourraient
autoriser la provision de services plus stables dans le temps et plus nombreux, notamment la régulation
de plusieurs types de bio-agresseurs de culture.
Mots-clés : Hétérogénéité, richesse spécifique, abondance, granivorie
Introduction
La réduction de la dépendance aux herbicides est un enjeu sociétal fort et d’actualité, l’utilisation
récurrente de phytosanitaires ayant un impact environnemental de moins en moins acceptable,
notamment sur la qualité de l’eau et des sols. La lutte chimique contribue également au déclin de la
biodiversité des agro-écosystèmes, directement sur les adventices de cultures mais aussi indirectement
sur les organismes qui dépendent des adventices. La plante, la fleur et les semences des adventices
sont en effet une ressource trophique pour de nombreuses espèces de micromammifères, d’oiseaux et
d’insectes, dont des pollinisateurs (Marshall et al., 2003). Malgré ces constats, la gestion des
adventices repose encore aujourd’hui principalement sur la lutte chimique. Cette dépendance s’explique
par la large gamme d’herbicides disponibles, leur facilité d’utilisation et, malgré une augmentation des
cas de résistances, leur efficacité sur la quasi-totalité des espèces adventices. En parallèle, les
connaissances actuelles n’offrent pas encore forcément de solutions génériques alternatives à la lutte
chimique pour gérer la flore adventice de façon à minimiser les pertes de rendements.
Le contexte d’une nécessaire réduction de l’utilisation d’herbicides a néanmoins stimulé un certain
nombre de recherches en France, notamment celles menées dans le cadre du projet ANR ADVHERB
‘Gestion agro-écologique de la flore adventice dans des systèmes à bas niveaux d’herbicides’. L’objectif
du projet était d’identifier de nouveaux systèmes de culture permettant de gérer les adventices, de
maintenir le caractère productif des cultures et, pourquoi pas, d’offrir une plus-value environnementale
en termes de services écologiques ou de maintien de la biodiversité. Globalement, les résultats de ce
projet1 indiquent qu’au niveau de la parcelle agricole, les systèmes de production intégrée économes en
herbicides et basés sur la diversification des rotations et l’utilisation de leviers de gestion agronomique
alternatifs aux herbicides représentent le compromis le plus intéressant en termes de durabilité
économique, sociale et environnementale. Ces systèmes intégrés permettent également un contrôle
des infestations d’adventices tout en ayant potentiellement un effet positif sur la biodiversité
d’adventices.
Le second volet des recherches du projet portait sur l’évaluation du potentiel de l’organisation dans
l’espace et dans le temps des territoires agricoles comme levier potentiel dans la gestion des
adventices, en termes de niveau d’infestation et de biodiversité. Cette organisation se réfère à
l’agencement spatio-temporel des systèmes de cultures et des habitats semi-naturels dans le paysage,
l’hypothèse étant que cette organisation peut impacter la biodiversité et l’abondance des espèces dans
les parcelles cultivées (Tscharnke et al., 2012). De façon traditionnelle, les malherbologues se sont
exclusivement focalisés sur l’impact de la gestion parcellaire sur le risque d’infestation adventice. Mais
ces espèces sont susceptibles de se disperser à une échelle supérieure à celle des parcelles, ce qui
suggère qu’une gestion intégrée au niveau du paysage pourrait être complémentaire de la gestion
parcellaire. De plus, l’émergence de nouvelles problématiques de gestion - par exemple l’expansion
géographique de la résistance aux herbicides à l’échelle de territoires (Dauer, 2009) - conduit
aujourd’hui à élargir les échelles d’analyse. D’autre part, les communautés adventices sont en
interaction avec de nombreuses autres espèces ou communautés de l’agroécosystème (Petit et al.,
2011). Certaines de ces interactions ont pour effet potentiel une régulation naturelle de l’abondance des
adventices. Parmi ces interactions, la prédation des graines suscite un intérêt croissant car les
quantités consommées par les prédateurs présents dans les parcelles suggèrent que ce processus
pourrait contribuer au contrôle naturel des adventices (Westerman et al., 2006). Là encore,
l’organisation spatiale et temporelle des territoires agricoles pourrait représenter un levier de gestion
intéressant pour maximiser l’abondance des consommateurs de graines et l’intensité de la prédation
des adventices dans les parcelles cultivées.
1 Le détail des résultats est disponible dans un volume précédent de la revue (Petit et al., 2013a)
Dans ce papier, nous présentons l’état des connaissances sur le rôle des propriétés du paysage
agricole sur la flore adventice. Nous traitons d’abord de la question des effets directs de l’organisation
des paysages sur la biodiversité et les niveaux d’infestation en adventices. Nous analysons ensuite les
connaissances sur l’impact indirect des propriétés du paysage sur les adventices, par le biais des effets
de ces propriétés sur les organismes qui contribuent à la régulation biologique naturelle des adventices.
Cette synthèse des connaissances alimente une discussion sur la contribution potentielle de la gestion
des territoires à la mutation vers une agriculture minimisant sa dépendance aux phytosanitaires.
Dans les paysages agricoles, l’hétérogénéité apparait comme une propriété clé pour le maintien de la
biodiversité (Benton et al., 2003). Cette hétérogénéité des mosaïques agricoles peut se décrire en
utilisant différents degrés de résolution thématique (c’est-à-dire en catégorisant les occupations du sol
de manière plus ou moins détaillée) ; le choix dépend du processus écologique que l’on cherche à
expliquer. A un niveau assez grossier, le calcul d’hétérogénéité peut se baser sur des grandes classes
d’occupation du sol, par exemple milieux cultivés, milieux semi-naturels, urbain. Si un même type
d’occupation du sol a des fonctions écologiques différentes en fonction de son usage, il peut être
nécessaire de les différencier, par exemple prairies de fauche permettant la nidification d’oiseaux
menacés vs. prairies pâturées qui ne le permettent pas (Sabatier et al., 2014). De la même façon, on
peut différencier les types de cultures annuelles, par exemple si certaines sont un habitat pour un
ravageur alors que les autres ne le sont pas (Veres et al., 2013). Il peut aussi être pertinent de
différencier les variétés d’une même culture ; c’est par exemple le cas dans les études sur la
propagation de maladies du blé dans le paysage, chaque variété de blé présentant une résistance
donnée (Hossard et al., 2010). Pour certains organismes, il est pertinent de représenter le paysage des
pratiques agricoles, c’est-à-dire une cartographie des types et de l’intensité des pratiques qui les
influencent. Ainsi, pour les adventices, l’importance de la prise en compte de la pression phytosanitaire
herbicide dans les parcelles voisines pour expliquer localement la présence ou l’absence des espèces a
été démontrée (Alignier et al., 2013). Ces exemples soulignent l’importance de représenter l’espace
d’une façon qui soit fonctionnelle pour l’organisme que l’on considère de façon à pouvoir rendre compte
de l’hétérogénéité qui est perçue par cet organisme – on parle alors d’hétérogénéité fonctionnelle
(Fahrig et al., 2011). Cette tâche est souvent loin d’être triviale ; dans de nombreux cas, un organisme
détecte et répond à des hétérogénéités qui sont difficiles, voire impossibles à détecter par l’humain– on
parle alors d’hétérogénéité cachée (Vasseur et al., 2014).
Au-delà de ces différentes façons de quantifier l’hétérogénéité du paysage dans l’espace, il est
important de noter que l’une des spécificités de l’agroécosystème est sa nature extrêmement
dynamique, notamment du fait des successions culturales. Cette hétérogénéité temporelle a des
implications importantes pour les organismes qui y vivent et les processus écologiques comme la
régulation biologique. Les organismes doivent en effet être adaptés à cette mosaïque changeante, soit
en disposant de mécanismes de dispersion dans l’espace (mobilité des individus) ou de dispersion
dans le temps (longévité des semences adventices dans le stock semencier).
situées dans des paysages dominés par des parcelles de cultures annuelles de grande taille est
appauvrie. On note aussi surtout que ces effets du paysage ne sont pas systématiquement détectés,
surtout en ce qui concerne l’effet de la composition du paysage, c’est-à-dire la proportion de cultures
annuelles et la diversité des habitats. Il est probable que les effets du paysage soient dans ce cas
masqués par un effet prépondérant d’une gestion parcellaire très intensive (ainsi les espèces
adventices qui seraient dans un paysage ‘propice’ ne peuvent se maintenir dans la parcelle) ou bien
que les paysages comparés dans ces études ne soient pas suffisamment contrastés en termes de
contextes paysagers. Enfin, il est à noter que peu d’études se sont intéressées aux effets du paysage
sur l’abondance totale en adventices dans la parcelle alors qu’en termes de gestion des paysages
agricoles il semble pourtant crucial de déterminer si certaines propriétés du paysage pourraient
contribuer à réduire les risques d’infestation. Sur les huit études recensées, sept n’ont détecté aucun
effet du paysage sur l’abondance. La huitième étude montre que les abondances sont plus faibles dans
les paysages où les parcelles sont les plus grandes mais ceci pourrait être lié au fait que les parcelles
de grande taille sont souvent gérées de façon plus intensive. Ces résultats suggèrent que si le paysage
peut potentiellement augmenter le nombre d’espèces arrivant dans une parcelle donnée, l’abondance
des espèces va être majoritairement tributaire de la gestion agricole parcellaire. Richesse et abondance
ne semblant pas être affectées par le même type de facteur, on peut donc imaginer des stratégies de
gestion cohérentes entre niveau parcellaire et paysager et qui optimiseraient la richesse en adventices,
importante au maintien de nombreux services agro-écologiques sans pour autant augmenter le niveau
global d’infestation des parcelles.
(-‐)
(-‐) (+)
Figure 2 : Synthèse des résultats montrant l’effet de 4 variables décrivant la composition, la structure et la
gestion du paysage autour des parcelles sur le nombre d’espèces adventices trouvées dans la parcelle. (-) effet
négatif de la variable et (+) effet positif de la variable sur le nombre d’espèces (source = les 29 articles recensés
entre 2003 et 2014 dans des revues scientifiques internationales indexées dans le Web of Science ; les études
ont été menées principalement en Europe et dans des parcelles en céréales d’hiver).
rongeurs, et de nombreux insectes généralement au printemps et été. On peut citer les fourmis
moissonneuses, abondantes dans les champs de céréales en milieu méditerranéen, certaines espèces
de criquets et de nombreuses espèces de coléoptères carabidés (Adephaga, Carabidae) qui sont
souvent les principaux invertébrés consommateurs de graines d’adventices en milieu tempéré.
interventions. Ainsi, les carabes granivores disparaissent de la parcelle en semis direct après la
moisson du blé alors que les carabes omnivores y demeurent. Des outils de biologie moléculaire sont
actuellement en cours de développement pour analyser les contenus stomacaux des carabidés afin de
confirmer l’identité de leurs proies (Sheppard et Harwood, 2005). Ce type d’analyses permettra
d’identifier quelles espèces de carabes contribuent le plus à la prédation des graines adventices et
notamment à la prédation des espèces adventices fortement compétitives avec les cultures.
Mai
Août
Septembre
100 mètres
Figure 3: Taux de prédation de graines de Capselle, abondance de carabes granivores et omnivores (valeurs
faibles en jaune pâle à fortes en rouge) au cours du temps dans deux parcelles de blé adjacentes, à gauche avec
labour et à droite en semis direct sous couvert. En mai, la prédation dans le labour et le non-labour est liée à la
fois aux granivores et aux omnivores ; en août la prédation en labour est essentiellement liée aux granivores qui
ont quitté la parcelle en non-labour alors que la prédation en non-labour, toujours importante, est liée aux
omnivores ; en Septembre, la prédation est plus importante en labour et est en lien avec l’abondance de
granivores et omnivores alors qu’en non-labour, la prédation est faible et liée à la présence de quelques
omnivores (d’après Trichard et al., 2014).
Même si l’entière complexité des interactions trophiques n’est pas encore totalement comprise
aujourd‘hui, il apparait clairement que la présence et l’abondance des différentes espèces de carabes
vont affecter le niveau de prédation d’adventices dans la parcelle. Cette composition des communautés
de carabes est elle-même tributaire de facteurs locaux et paysagers.
agricoles associées (régime et profondeur de travail du sol, traitements phytosanitaires) sont également
des facteurs importants (revue de Kromp, 1999) avec généralement une abondance et une diversité de
carabes plus élevées dans les systèmes moins intensifs (Maisonhaute et al., 2010). La disponibilité en
ressources alimentaires dans la parcelle, qui varie au cours de la saison, semble également être un
déterminant important de la présence et de l’abondance des différentes espèces (Bohan et al., 2011 ;
Dhiel et al., 2012).
Au-delà du périmètre de la parcelle cultivée, la présence d’habitats semi-naturels favorables augmente
la richesse spécifique dans la parcelle (Landis et al., 2000). Ces habitats de bordure (haies, bandes
herbacées, bandes fleuries) peuvent fournir des ressources alimentaires supplémentaires et/ou des
abris face aux perturbations liées aux interventions agricoles dans la parcelle cultivée (Holland et
Fahrig, 2000; Woodcock et al., 2010). Si certaines espèces accomplissent la totalité de leur
développement dans la culture (espèce A, Figure 4), les perturbations et les conditions hivernales dans
les cultures sont impropres à la survie d’autres espèces pour qui les cultures représentent un habitat
éphémère, favorable uniquement pendant la période de croissance de la culture. Les habitats de
bordure fournissent alors des sites pour l’hivernation et/ou la ponte (Wissinger, 1997). Ce schéma de
fonctionnement est appelé recolonisation cyclique (espèce B, Figure 4). Au printemps, les carabes
ayant hiverné dans les milieux semi-‐naturels adjacents aux cultures colonisent les parcelles cultivées, y
circulent pour s'alimenter et se reproduire. Après la récolte, ils reviennent dans les bordures des
cultures pour hiverner ou pondre des œufs et les formes hivernantes (adultes ou larves) y survivent
jusqu'à la mise en place de la culture suivante. De même que les bordures, les prairies environnant les
cultures annuelles peuvent offrir des ressources alimentaires supplémentaires et des sites refuges à
certaines espèces, notamment les phytophages (Purtauf et al., 2005a).
De nombreuses espèces de carabes utilisent plusieurs types d’habitat pour boucler leur cycle et sont
relativement mobiles. Ceci explique que les propriétés de composition et de configuration du paysage
entourant les parcelles cultivées affectent les communautés de la parcelle centrale. Cet effet du
paysage est notable sur des étendues spatiales variant de 200 m à 1 km de rayon autour de la parcelle.
A ces échelles, de nombreuses études menées dans différents pays et contextes paysagers ont montré
un effet positif global de l’hétérogénéité du paysage, et notamment la proportion d’habitat semi-naturels
et d’habitats de bordure, sur le nombre d’espèces (voir par exemple Aviron et al., 2005). La réponse
des espèces de carabes aux variables paysagères va varier en fonction des paysages étudiés mais
aussi des caractéristiques des espèces de carabes qui dominent les communautés. Plusieurs études
montrent que la réponse des carabes au paysage dépend du groupe trophique (Purtauf et al., 2005b ;
Vanbergen et al., 2010). Les espèces phytophages semblent plus sensibles à leur environnement local,
notamment la quantité de ressources alimentaires, alors que les carnivores sont plus sensibles à la
composition du paysage (Purtauf et al., 2005b). D’autre part, les espèces très mobiles réagissent plus
fortement aux caractéristiques du paysage environnant que les groupes ayant une mobilité limitée
(Thies et al., 2003) tandis que les espèces peu mobiles sont sensibles au degré de connectivité entre
habitats. Enfin, pour les carabes à recolonisation cyclique, les espèces se reproduisant au printemps
(hivernant à l’âge adulte) bénéficieraient davantage d’un paysage environnant diversifié que des
reproducteurs d’automne (Purtauf et al., 2005b). On voit donc que pour les carabes occupant les
milieux cultivés, la réponse d’une espèce particulière va dépendre de plusieurs de ses traits biologiques
et de facteurs extérieurs, à la fois locaux et paysagers.
Les effets du paysage sur l’abondance totale des carabes est beaucoup moins tranchée, c’est-à-dire
que si l’hétérogénéité du paysage impacte positivement le nombre d’espèces, cela ne se traduit pas
forcément par une abondance totale accrue. Dans certains cas, on observe même une abondance
totale plus importante dans des paysages simplifiés (voir par exemple Woodcock et al., 2010). Ce
manque de réponse semblerait indiquer que les quelques espèces qui se maintiennent dans les
paysage à faible hétérogénéité sont bien adaptées à la plupart des pratiques agricoles et que leur
abondance se trouve accrue et compense ainsi en densité la perte locale des autres espèces. Parmi
ces espèces, on trouve de nombreux omnivores, caractérisés par une capacité opportuniste et
plastique à se nourrir de différentes ressources, ce qui explique leur dominance numérique dans les
communautés de carabes des milieux cultivés.
Figure 4 : L’espèce A passe
Parcelle Bordure
l’ensemble de son cycle dans la
parcelle cultivée alors que l’espèce
B B hiverne dans la bordure et
B
1.
Etablissement
de
la
culture occupe la parcelle uniquement
A pendant la croissance de la culture
(recolonisation cyclique).
B B
3.
Après
récolte
de
la
culture
A
diversifiés. Dans ce cas, la prédation de graines ne dépend que de la présence d’une ou deux espèces
ce qui peut apparaitre comme risqué si ces espèces venaient à décliner.
Conclusions
La gestion des territoires est identifiée comme un levier potentiel important pour la gestion des bio-
agresseurs de cultures et pour la biodiversité des agro-écosystèmes. Nous montrons ici que les
propriétés du paysage peuvent avoir une influence directe et indirecte sur la flore adventice des
parcelles cultivées. Le premier constat est que le maintien de l’hétérogénéité dans le paysage agricole
est généralement synonyme du maintien de la richesse en espèces. Cette richesse en espèces est
importante, notamment parce qu’elle garantit la provision stable de fonctions et services écologiques
diversifiés dans l’agroécosystème. Le deuxième élément issu de cet état des lieux est que si les
propriétés du paysage affectent la composition des communautés, on détecte peu d’effets sur les
abondances totales, pour des raisons sans doute différentes. Dans le cas de la flore adventice, on
détecte plutôt un effet de la gestion parcellaire, ce qui reflète en partie le fait que les pratiques de
gestion mises en place sont une réponse aux densités d’adventices observées dans la parcelle. Dans le
cas des carabes, les paysages peu diversifiés semblent autoriser la prolifération d’espèces plastiques
hyper-adaptées aux perturbations agricoles et peu dépendantes de la présence d’éléments non-cultivés
dans le paysage. Enfin, il apparait que le contexte paysager des parcelles influence l’intensité des
processus de régulation biologique dans la parcelle cultivée. Cet effet peut dépendre de l’identité des
espèces qui portent le service de régulation ; néanmoins, on peut s’attendre à une provision de services
plus stable dans le temps et plus diversifiée - par exemple prédation d’adventices, de pucerons et de
limaces - si la communauté de prédateurs est diversifiée.
Remerciements: Les recherches présentées ont été menées dans le cadre de l’ANR-STRA-08-02
Advherb ‘gestion agroécologique de la flore adventice’ ainsi que dans l’ANR-12-AGRO-0006 ‘Viabilité
d’une gestion écologique renforcée de la santé des plantes dans les paysages agricoles’. Les thèses
de Aude Trichard et Sarah Labruyère ont été financées respectivement par le Ministère de
l’Agriculture et le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche.
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Guichard L.1, Ballot R.1, Halska J.2, Lambert E.6, Meynard J.M.3, Minette S.4, Petit M.S.5, Reau R.1,
Soulignac V.6
1 UMR 211 agronomie, INRA / AgroParisTech, F-78 850 Thiverval-Grignon
2 Chambre Départementale d’Agriculture de Saône-et-Loire, BP 522, F-71010 Mâcon cedex
3 UMR SAD-APT INRA/AgroParisTech, F-78 850 Thiverval-Grignon
4 Chambre Régionale d’Agriculture de Poitou-Charentes, CS 45002, F-86550 Mignaloux-Beauvoir
5 Chambre Régionale d’Agriculture de Bourgogne, CS 70066, F-21800 Quétigny
6 IRSTEA Unité MOTIVE Centre de Clermont-Ferrand, CS20085, F-63178 Aubière
Correspondance : [email protected]
Résumé
AgroPEPS est un outil web collaboratif de gestion des connaissances dédié à l’agroécologie, conçu
pour et avec les futurs utilisateurs dans le cadre du RMT Systèmes de culture innovants. Il a pour
objectifs de capitaliser les connaissances et expériences disponibles afin de permettre à différents
acteurs du monde agricole de concevoir, piloter, gérer et faire l’apprentissage de systèmes de culture
innovants et performants d’un point de vue économique, environnemental et social. Aujourd’hui
développé sous forme de prototype il met a disposition des utilisateurs 150 techniques, décrites et
structurées en fonction de cinq enjeux de développement durable (l’eau, l’air, le sol, les ressources
fossiles et la biodiversité). Pour y accéder, AgroPEPS dispose de fonctionnalités de recherche
syntaxique classique par moteur de recherche et de fonctionnalités de recherche sémantique
permettant un meilleur ciblage. Ce concept d’outil trouve un écho très favorable dans le monde du
développement, de la recherche et de la formation : on dénombre fin janvier 2015 près de 240.000
connexions au site depuis sa mise en ligne pourtant restée “confidentielle” compte-tenu du caractère de
prototype de l’outil. Mais son évolution sous la forme d’un outil abouti reste encore à formaliser.
Mots-clés : Systèmes de culture innovants, apprentissage, connaissances, partage d’expériences,
agriculteurs, conseillers, formateurs
Keywords: Innovative cropping system, learning, knowledge, sharing experiences, farmers, advisors,
trainers
Introduction
La transition vers des systèmes de culture agroécologiques nécessite un changement en profondeur
des systèmes actuels (Hill et MacRae, 1995 ; Butault et al. 2010 ; Meynard, 2012). Cependant, les
agriculteurs modifient rarement d’un coup et radicalement leurs systèmes, mais adoptent
progressivement des pratiques ‘alternatives’ (Chantre et al., 2010 ; Mischler et al., 2008), issues des
organismes de R&D, et souvent, aussi, de l’expérience d’autres agriculteurs. Or, les informations sur les
connaissances mobilisables pour la conception et la mise en œuvre de systèmes de culture durables
sont dispersées et souvent non formalisées, car détenues en partie par des praticiens, voire non
facilement disponibles (Meynard et al., 2010). D’une manière générale, revisiter les systèmes agricoles
à l’aune de l’agroécologie ne peut se faire sans bénéficier de connaissances sur les régulations
biologiques dans les agro-écosystèmes, qui sont en interaction étroite avec les pratiques culturales et
les aménagements paysagers. Or, ces régulations sont extrêmement variables en fonction des
conditions locales. Le rôle des acteurs non-scientifiques, disposant de telles connaissances localisées,
est aujourd’hui largement reconnu et mis en avant comme une condition nécessaire au développement
d’une agro-écologie en action (Warner, 2007). La question reste posée des caractéristiques que doivent
revêtir ces connaissances pour qu’elles soient considérées comme « actionnables » par des
agriculteurs en transition (Toffolini, travaux en cours). Des approches participatives apparaissent donc
aujourd’hui bénéfiques et indispensables pour favoriser l’articulation entre connaissances scientifiques
et savoirs locaux, ainsi que le partage des connaissances et des expériences entre les acteurs
concernés par la conception de systèmes agricoles innovants.
Comme le soulignait récemment le rapport Guillou, adressé au Ministre de l’Agriculture (Guillou et al,
2013), ce partage des connaissances et des expériences serait grandement facilité par la mise au point
d’outils d’accompagnement interactifs, facilement appropriables par les acteurs concernés. Ces outils
pourraient être mobilisés pour imaginer des ruptures en matière d’itinéraires techniques et de systèmes
de culture, mais aussi pour s’inspirer de conduites ou de systèmes éprouvés dans des
expérimentations ou mis au point dans des exploitations particulièrement innovantes.
Le Réseau Mixte Technologique « Systèmes de culture innovants » (RMT SdCI) s’est saisi de cette
réflexion dès 2008, ce qui l’a conduit à développer AgroPEPS, un outil web collaboratif, système
d’information et de gestion de connaissances dédié à l’agroécologie, et permettant d’apprendre, de
comprendre et d’innover. Cet article présente ce prototype. Après une première partie resituant les
éléments de contexte spécifiques ayant guidé le travail mené dans le cadre du RMT, est proposée une
présentation générale d’AgroPEPS, permettant au lecteur de comprendre le fonctionnement général de
l’outil et les spécificités de son architecture informatique, ainsi que le type de connaissances mises à
disposition au travers de l’outil. La troisième partie présente une illustration des connaissances et de
leur articulation sur la thématique de la biodiversité. Enfin, nous terminons par les perspectives de
développement d’un tel outil, actuellement à l’état de prototype, sous une forme aboutie.
1 L'IRSTEA a développé un système générique nommé KOFIS (Soulignac, 2012) qui construit et stocke des objets
opérationnels de connaissances en exploitant des interactions entre acteurs pour explorer et innover. KOFIS est doté de
deux espaces informatiques sémantiques.
accessibles en lecture à tous les utilisateurs de l’outil et modifiables uniquement par des utilisateurs
avec des droits particuliers (appelés « contributeurs »).
(2) Un espace d’échanges (C) qui permet à tous les utilisateurs de partager leur expérience sur des
techniques alternatives, leur combinaison, ou des nouveaux systèmes de culture, des observations de
terrain, et de proposer des enrichissements du contenu de l’espace (K). L’espace (C) organise une
confrontation et des synergies entre savoirs scientifiques et empiriques, en vue de concevoir, piloter et
mettre en œuvre des systèmes innovants. Il est ouvert à tous les utilisateurs de l’outil, contrairement à
l’espace (K) qui, lui, est réservé aux seuls « contributeurs » référencés.
A l’origine du projet…
Techniques*décrites** un prototype
par*un*collec3f*d’acteurs*
*sur*l’espace*wiki*
Espace'de' PS Espace
connaissances' ro-PE d’échanges
Ag
Au final, Agro-PEPS est composé de trois parties indivisibles : (1) une structure informatique qui a
bénéficié des acquis de KOFIS, outil développé par l’IRSTEA ; (2) une structure agronomique conçue
par l’INRA avec les Instituts Techniques et les Chambres d’Agriculture ; (3) un contenu (base de
connaissances dynamique) issu de l’activité et de l’animation agronomique du collectif du RMT
« Systèmes de Culture Innovants », élargi pour la circonstance.
5"enjeux! Ressources
Eau Air Sols Biodiversité
fossiles
spécifiques pour chaque objectif : efficacité de la technique pour l’atteindre, indice de confiance (fiabilité
de la technique) et nombre d’expériences connues. Sont également listées dans cette rubrique les
échelles spatiale et temporelle d’efficacité, qui peuvent différer des échelles de mise en œuvre (par
exemple, récolter les menues pailles se fait ponctuellement sur une culture, mais les effets ne se
ressentent que l’année suivante, voire au bout de plusieurs années).
(3) Les effets attendus de la technique sur la durabilité du système de culture : dans cette rubrique, les
effets de la technique sur le système de culture sont décrits à la fois par des indicateurs qualitatifs et
par des champs de texte. On distingue les effets environnementaux, agronomiques, économiques et
sociaux. Grâce aux éléments réunis dans cette partie, l’utilisateur a une idée qualitative multicritère des
effets de la technique.
(4) Des liens vers des références utiles pour aller plus loin. Les ressources bibliographiques utilisées
pour la rédaction de la page (littérature scientifique et littérature grise) sont listées dans cette rubrique.
Les techniques encore peu développées ont plus souvent mobilisé la littérature scientifique. Les
références opérationnelles et en français sont privilégiées, afin que les documents soient facilement
accessibles aux différents publics cibles. Des liens hypertexte sont enregistrés chaque fois que cela est
possible.
(5) Des informations sur les organismes vivants favorisés ou défavorisés par la technique : cette
rubrique permet de relier une technique et les organismes sur lesquels elle est susceptible d’exercer
une influence. Le terme « organismes vivants » a été choisi pour regrouper bioagresseurs et auxiliaires.
La rubrique propose un indicateur qualitatif de l’influence de la technique sur l’espèce considérée (type
d’influence et intensité).
Figure 3 : Capture d’écran de la présentation d’une technique (« implanter des bandes herbeuses et florales et
bordure des parcelles ») – extrait présentant le statut de la technique et son sommaire interactif
Les pages de l’espace de connaissances sont accessibles en lecture à tout utilisateur de AgroPEPS
avec 2 types de statuts : « page en cours de création » tant qu’elles n’ont pas été relues et amendées
par 4 rédacteurs, ou « page aboutie » au-delà. Ce dernier statut n’implique pas pour autant que les
pages soient « figées » : elles peuvent et doivent continuer à évoluer sous l’impulsion du collectif de
rédacteurs potentiels et des échanges auxquels elles donnent lieu.
A terme, les pages de l’espace de connaissances seront rédigées par un collectif de rédacteurs appelé
« contributeurs » dans le cadre de fonctionnalités wiki. Ce pool de contributeurs détient des droits
particuliers en écriture, avec traçabilité des propositions. Il est constitué d’acteurs issus d’institutions
variées, et ayant une expertise reconnue dans un ou plusieurs domaines traités.
2.1.3 Fonctionnalités développées pour accéder aux connaissances
Afin de faciliter l’accès aux techniques décrites dans l’espace de connaissances, plusieurs
fonctionnalités de recherche ont été développées :
- La recherche classique par utilisation du moteur de recherche est proposée par défaut. Le moteur de
recherche utilise des mots-clés saisis par l’utilisateur. Ces mots sont recherchés en priorité dans le titre
des pages, et dans un second temps dans leur contenu. Les pages dont le titre ou le contenu contient
la chaîne de caractères saisie par l’utilisateur sont affichées dans les résultats. Mais cette recherche est
en définitive assez peu sélective et renvoie souvent à un nombre de pages très important.
- Le prototype mobilise également des fonctionnalités de recherche sémantique (web sémantique)
permettant de faciliter les recherches. Ce mode de recherche propose de filtrer les pages selon un ou
plusieurs filtres : par objectif, par enjeu ou thématique, par type de technique ou encore par
bioagresseur potentiellement défavorisé (ou favorisé) par une technique, et aussi leurs combinaisons.
Ces fonctionnalités permettent un meilleur accès aux connaissances que la recherche syntaxique.
connaissances si elle est trop polémique ou trop commerciale. Il joue un rôle de « modérateur » en
régulant les échanges, en évitant les débordements, l’utilisation du site à des fins commerciales ou
revendicatives…
Si cette organisation entre acteurs est satisfaisante dans le cadre du prototype, la version aboutie de
AgroPEPS à l’avenir devra s’appuyer sur des modalités de gouvernance et de gestion mieux précisées
et renouvelées afin d’assurer le bon fonctionnement du système d’information.
Prenons le cas d’un agriculteur qui cherche comment favoriser les auxiliaires dans ses parcelles en
grande culture. S’il tape « auxiliaires » dans le moteur de recherche, celui-ci l’oriente vers les deux
thématiques « favoriser les auxiliaires » et « limiter la pression sur auxiliaires ». En cliquant sur la
première, il arrive sur une liste qui comporte actuellement 22 pages, soit autant de techniques ou de
démarches qui peuvent contribuer à son objectif. Quatre autres pages contiennent des informations sur
des moyens de limiter la pression exercée sur les auxiliaires. Parmi les pages répertoriées, on trouve
par exemple « cultiver des associations d’espèces annuelles », « implanter des cultures intermédiaires
attractives pour les auxiliaires » ou encore « optimiser le choix des matières actives en fonction de leur
écotoxicité ».
Cet utilisateur aurait aussi pu aboutir à ces listes de résultats via le déroulement de l’arborescence de
classification des pages en choisissant l’enjeu « biodiversité », puis la thématique « auxiliaires ». A
terme, via les fonctionnalités sémantiques du site, il pourra également rechercher les techniques
permettant de réguler un bioagresseur en particulier à l’aide des auxiliaires, ou encore les moyens de
réduire l’utilisation de pesticides sur une culture donnée.
Cet agriculteur commence par consulter la page « implanter des cultures intermédiaires attractives pour
les auxiliaires ». Il découvre les espèces qui peuvent être conseillées, et un exemple de couvert (35
kg/ha de sarrasin semés au semoir en ligne après un blé). Il note les effets attendus sur le système de
culture, notamment le surcoût lié à la semence qui est cependant très variable (10 à 100 euros/ha). Le
lien hypertexte vers la fiche du réseau IBIS2 lui permet d’approfondir ses connaissances, et lui procure
différents conseils opérationnels.
Par contre, il ne trouve pas d’élément sur les possibilités d’implantation entre deux cultures de maïs
grain, situation fréquente sur les terrains argileux de sa région qui se prêtent peu au semis de couverts
intermédiaires. Comme il est visiteur identifié, il clique sur le lien vers l’espace d’échanges. Il peut alors
poser sa question sur le forum où d’autres utilisateurs peuvent lui répondre. La veille menée sur
l’espace d’échanges par le comité de rédaction permet, quelques temps plus tard, de résoudre cette
question et de traiter les éléments de réponse qui y sont apportés par d’autres utilisateurs. Il y a
notamment des exemples locaux postés par des agriculteurs, dont la validité est confirmée par des
techniciens. Cela donne lieu à une mise à jour de la page dans l’espace des connaissances, qui est
ainsi enrichie.
4. Perspectives
Une phase de test par mise à disposition du prototype dans des situations d’usage variées a été menée
en 2012. Ces tests ont mis en lumière l’importance du travail de synthèse effectué et la somme de
connaissances ainsi recueillie dans l’outil. Ils font également ressortir des perspectives d’évolution de
l’outil qui en découlent concernent en particulier (1) l’élargissement du contenu à des combinaisons de
techniques et d’exemples d’itinéraires techniques et de systèmes de culture, à des règles de décision,
et à l’établissement de liens vers d’autres sites (par exemple, sites de l’INRA sur la biologie des
bioagresseurs, sur la biologie des microorganismes des sols, …) ; (2) l’amélioration de l’ergonomie, en
particulier pour mieux mettre en avant les différents modes de recherche de techniques innovantes, et
favoriser l’enrichissement de l’espace de connaissances par l’espace d’échanges.
Ces perspectives sont reprises par le RMT Systèmes de Culture Innovants, dans son programme 2014-
2018. Il se fixe comme objectif de faire évoluer l’outil sous une forme aboutie permettant de mettre à
disposition d’un large public les informations utiles à la conception de systèmes de culture répondant
aux enjeux globaux et locaux, comme aux problématiques techniques et agronomiques rencontrées par
les agriculteurs (par exemple, impasse en désherbage en systèmes colza – blé – orge des Plateaux de
Bourgogne, en non labour) pour contribuer directement à la transition vers des systèmes plus durables
et indirectement à un déverrouillage des systèmes techniques actuels.
2 Le projet IBIS (Intégrer la Biodiversité dans les Systèmes d'exploitation agricoles) a été déposé par la Chambre régionale
d'agriculture du Centre puis sélectionné dans le cadre de l'appel à projets de développement agricole et rural de 2007
(financement CASDAR du Ministère de l'Agriculture).
connaissances. Trouver des financements pérennes dans l’ambiance concurrentielle des organismes
professionnels agricoles n’est pas aisé, et le choix du maître d’ouvrage est critique. Car selon (Mendras
1975), « Pour être acceptée, une innovation doit s’insérer dans le système technique existant, le
perfectionner mais ne pas le contredire ; elle doit de plus rencontrer un besoin ressenti et ne pas aller à
l’encontre du système de valeurs ni du système de pouvoir ».
L’émergence des RMT a permis de faciliter le dialogue entre organismes et les échanges
méthodologiques, mais n’a pas résolu la question du partage des moyens sur un outil pluraliste d’intérêt
public, sur lequel personne ne peut espérer récolter un bénéfice particulier, qu’il soit financier ou
d’estime. Un mode de gouvernance décentralisée est certainement à inventer entre institutionnalisation
et participation individuelle. Il peut s’inspirer aussi de certaines règles de régulation propres à la
gouvernance de Wikipédia (Cardon 2008).
Conclusion
AgroPEPS est un prototype de système informatisé de gestion des connaissances en agriculture (1)
évolutif pour créer et donner accès à de la connaissance « nouvelle » et non formalisée, (2) dans le
cadre d’un processus collaboratif fédérant différents métiers (conseillers, chercheurs, enseignants,
agriculteurs, ...), (3) et structuré autour de deux espaces informatisés « miroir » pour favoriser
l’interaction entre acteurs et la créativité sur la base de connaissances opérationnelles.
Par ses caractéristiques, AgroPEPS est un outil de nature à contribuer à de nouveaux modes de
production de connaissances au service de l'innovation. La structure même d’AgroPEPS rend les
acteurs – l’INRA, l’IRSTEA, leurs partenaires de la R&D, les agriculteurs- forces de proposition pour
agir. Ils peuvent être pourvoyeurs de nouvelles connaissances, ou contribuer à éclairer le domaine de
validité d’une technique par exemple, ou décrire un système. Ils sont également au cœur du processus
de conception, et l’outil peut contribuer, en donnant à « voir » les réflexions d’acteurs innovants, à
favoriser les transitions. Au-delà de la production potentielle de nouveautés sur le plan technique (des
itinéraires ou systèmes de culture performants, économes et adaptés à leurs contraintes, des
organisations spatiales de systèmes de culture), cet outil pose aussi des questions de recherche,
essentielles pour l’évolution de l’agriculture et du développement agricole : quelle nature de
connaissances, quelle formalisation de ces connaissances pour favoriser la conception innovante, par
les agriculteurs, de leurs propres manières de produire ? Comment, dans ce cadre, combiner
connaissances scientifiques, dûment validées, mais pas toujours actionnables, et connaissances de
terrain, tournées vers l’action, mais plus locales et souvent moins précises ? Quels outils, quelles
nouvelles organisations des acteurs pour libérer l’imagination et la créativité et favoriser la transition
vers des systèmes de production durables qui restent largement à inventer ?
Références bibliographiques
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web collaboratif d'informations techniques et d'échanges. Poster. Colloque RMT Systèmes de culture
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pour l'Ingénieur de Clermont-Ferrand
Warner K.D., 2007. Agroecology in action: Extending alternative agriculture through social networks.
Cambridge: MIT Press.
Résumé
Prendre en compte l’échelle du paysage permet de mieux appréhender les différents niveaux
d’interaction entre les activités agricoles, l’environnement et les ressources qu’il fournit (sol, eau,
biodiversité), et d’explorer ainsi de nouvelles voies pour la transition agroécologique. Prendre en
compte le territoire permet de traiter des interactions entre différents systèmes de production, les
espaces non cultivés, non agricoles et leurs interfaces, entre les professionnels agricoles et les autres
acteurs du territoire. L’objectif est de repenser l’agriculture dans un nouveau rapport aux ressources
naturelles, aux acteurs et filières du territoire qu’ils soient ou non liés à l’agriculture. La transition
agroécologique à l’échelle des paysages et des territoires met en œuvre des innovations de nature
techniques, comme celles associées à la gestion des espaces interstitiels et des infrastructures
écologiques mais également sociales pour mettre en place des formes nouvelles de gestion collective
et de gouvernance territoriale.
Mots-clés : Agroécologie, territoire, paysage, bassin versant, régulation, flux biologiques, flux
biogéochimiques, pollinisation, bioagresseurs.
Introduction
Le territoire représente un niveau essentiel pour analyser et mettre en œuvre la transition
agroécologique. Les processus biogéochimiques et écologiques se déploient à des échelles plus larges
que celles de l’exploitation agricole. Prendre en compte l’échelle du paysage permet de mieux
appréhender les différents niveaux d’interaction entre les activités agricoles, l’environnement et les
ressources qu’il fournit (sol, eau, biodiversité), et d’explorer ainsi de nouvelles voies pour la gestion
agroécologique. Ces ressources dépendent non seulement de la gestion à l’échelle d’une parcelle
C. Gascuel-Odoux et D. Magda
donnée, mais également de la manière dont cette gestion s’organise dans les paysages, est adaptée à
son environnement, crée de l’hétérogénéité et des agencements bénéfiques (Massol et Petit, 2014 ;
Fisher et al., 2014). En mettant en évidence l’importance de l’agencement dans l’espace et le temps
des activités agricoles, l’objectif est de repenser l’agriculture dans un nouveau rapport aux ressources
naturelles, tant en termes de service d’approvisionnement, autant que de régulation écologique et
biogéochimique. Prendre en compte le territoire permet de poser les questions de l’insertion de
l’agriculture dans un contexte plus large, notamment des interactions entre les différents systèmes de
production, de la gestion des espaces non cultivés et des interfaces, des relations entre les
professionnels agricoles et les autres acteurs du territoire (Duru et al., 2014).
Un enjeu majeur pour l’agroécologie est donc non seulement d’innover dans la conception des
systèmes de production et des modes de gestion sur des bases écologiques, mais également de
produire des innovations à l’échelle des territoires pour concevoir de nouvelles formes d’organisation
qui contribuent à la gestion durable des ressources. Ces innovations sont de nature technique comme
celles associées à la gestion des espaces interstitiels (bandes enherbées, haies, …) et des
infrastructures écologiques (bocage, zones humides…) mais également sociales pour mettre en place
des formes nouvelles de gestion collective et de gouvernance territoriale. La modélisation permet de
formaliser les complexités des interactions spatio-temporelles. Elle est au cœur de cette problématique,
attendue dans sa capacité à fournir des scénarios d’exploration, par exemple sur les changements
d’usage des sols, et à prédire des impacts, là où l’expérimentation est impossible. Ces scénarios et les
simulations issues des modèles sont essentiels, comme outils de concertation entre les acteurs
porteurs de différents enjeux (collectivités territoriales, entreprises, ONG, citoyens) et devant s’accorder
sur un projet de territoire, et comme outils pour accompagner la mise en place de politiques publiques
territorialisées pour les pouvoirs publiques.
Cet article constitue la synthèse d’un atelier du colloque Agroécologie qui s’est tenu le 17 Octobre 2013,
atelier intitulé « Gérer les paysages et les territoires ». Cet atelier s’est organisé autour de trois
séquences cherchant à 1) montrer les retours d’expériences de gestion agroécologique mises en œuvre
à l’échelle des territoires (‘aujourd’hui’) ; 2) expliciter les pistes de recherches et les démarches en cours
pour de nouveaux développements d’action (‘les possibles’) ; 3) analyser les verrous et les voies pour
des innovations (‘l’avenir’).
l’eau, par le choix d’assolement en systèmes irrigués, par l’introduction de nouvelles cultures, intégrant
des stratégies d’esquive (semis et variétés précoces), le choix de variétés plus tolérantes au stress
hydrique, de matériels d’irrigation basse pression minimisant la dérive (rampes sur enrouleurs, pivots
basse pression, goutte-à-goutte), des outils nouveaux de pilotage de l’irrigation, passe par l’analyse de
leurs performances intrinsèques mais également au regard des caractéristiques et des enjeux du
territoire, et notamment de leur insertion possible dans les exploitations agricoles (coût, faisabilité) et les
filières (existantes ou à développer).
Les innovations techniques portent sur les structures et la gestion des espaces non agricoles du
paysage (haie, talus, murets, fossés, mares), structures qui sont d’ores et déjà pleinement intégrées
dans les stratégies de gestion de l’exploitation et du territoire. Des expériences de reconstruction, de
gestion de ces éléments du paysage sont mises en place. Ces éléments du paysage régulent la
biodiversité, la qualité de l’eau et du sol, enjeux qui sont perçus comme des objectifs de l’exploitation
agricole. Cependant, les acteurs de terrain peinent à objectiver les effets de ces éléments du paysage,
dans le contexte spécifique dans lequel ils s’insèrent, et plus encore à identifier les synergies et
antagonismes qu’ils peuvent soulever. De nombreux exemples de terrain ont été cités. Parmi eux,
citons le SMEGA (Syndicat Mixte Environnement de Goëlo et de l’Argoat) qui a acquis une expérience
de 10 ans dans la création de nouveaux bocages : 200 km de haies bocagères ont été mises en place ;
un nombre important de linéaires anciens a été protégé par l’intermédiaire de documents d’urbanisme ;
des ouvertures de champs ont été déplacées ; des plaquettes de vulgarisation des techniques
d’entretien et de valorisation des produits issus de l’entretien ont été réalisées. Citons aussi l’expérience
de l’impluvium de Vittel, qui a travaillé sur la réhabilitation de l’arbre sous différentes formes dans le
paysage (49 km de haies vives, 200 ha verger, 25 ha agroforesterie depuis 1992), pour protéger la
qualité d’eaux souterraines ; des actions de maîtrise de l’érosion en réaménageant l’ensemble du
territoire ont été mises en place (bassin de Bourville, Pays de Caux). Des initiatives en Languedoc-
Roussillon dans des exploitations arboricoles et de maraîchage du bassin versant de l’Etang de l’Or et
en Camargue favorisent la mise en place de haies composites, de bandes fleuries, avec un entretien
raisonné par des interventions mécaniques réduites, ou l’aide à la nidification de rapaces nocturnes ou
de chauve-souris par la conservation des arbres morts (voire par l’installation de nichoirs). Ces mesures
s’accompagnent d’une protection raisonnée des cultures, en utilisant des amendements à base de
minéraux naturels et de compost et en cherchant à réduire l’usage des intrants.
Les innovations sont associées à de nouvelles formes de coordination entre acteurs et de gouvernance
des territoires. Les exemples ont montré comment les dispositifs déjà existants (syndicat,
coopératives,..) sont mobilisés dans des projets de gestion de ressources naturelles qu’ils soient
motivés ou encadrés par la mise en place de politiques publiques (Natura 2000, MAE,..) ou issues
d’initiatives pour répondre à des enjeux socio-économiques locaux. Les innovations locales de ce type
sont nombreuses. Par exemple, le Bassin versant des Autizes alimentant le marais Poitevin en Vendée,
inscrit dans un contexte à fort enjeu environnemental, touristique (Marais Poitevin) et agricole (cultures
irriguées à forte valeur ajoutée) a vu la construction de dix réserves de substitution, ce qui a permis de
réduire les prélèvements d’eau d’irrigation en été et de maintenir des débits estivaux. Le projet s’est
accompagné de la mise en place d’une gestion collective d’un volume prélevable, de mesures de
restrictions des prélèvements et des tarifications mutualisées à l’échelle du bassin versant entre tous les
irrigants, sans distinction de l'origine des volumes (nappe, eaux de surface ou réserves de substitution).
Avant chaque début de campagne, chaque irrigant choisit une répartition par quinzaine de son quota,
selon une fonction de répartition. En cours de campagne, le suivi des indicateurs de milieux
(piézométrique, débit de cours d'eau ou niveau du marais) déclenchent, par anticipation de
franchissement de courbes seuils, un taux de restriction du volume prélevable proportionné aux risques
encourus par le milieu. Ces restrictions sont actualisées deux fois par mois lors d'un comité de gestion
et validées par arrêtés préfectoraux. L’innovation réside dans une approche collective combinant les
intérêts économiques et environnementaux, dans une vision de long terme.
De nouvelles formes et structures de gouvernance se mettent en place, telles que les structures OUGC
(Organisme Unique de Gestion Collective), les CLE des SAGE (Commission locale de l’Eau, des
Schéma d’Aménagement et de Gestion de l’Eau). Ces nouvelles structures doivent s’articuler avec des
dispositifs divers déjà en place (Natura 2000, TVB, SRCE, SCOT). La multiplication de ces structures
rendent difficile la contribution efficace de certains acteurs, et en premier lieu des chercheurs et des
ONG qui y sont multi-sollicités. On note l’importance de la montée en puissance des échelles de la
commune, de l’intercommunalité et de la région. Par exemple, pour protéger les ressources en eau
potable, des cultures énergétiques à très faibles intrants ont été implantées dans le cadre d’un projet de
territoire communal (Amerzwiller, Alsace). Les niveaux de la commune, de l’intercommunalité pour
importants qu’ils soient ne disposent souvent pas de ressources humaines et de compétences
suffisantes pour aborder des situations complexes, posant la question du bon niveau de mutualisation
(formation, réseaux d’échange pour le partage d’expériences, outils d’aide à l’élaboration de projet de
territoire,…).
La nécessité de développer l’accompagnement à l’échelle des territoires dans la mise en place de la
gestion agroécologique a été fortement mise en avant pour l’ensemble des situations présentées. Cet
accompagnement se décline à différents niveaux. Il s’agit tout d’abord de la qualité des outils qui vont
permettre d’élaborer des diagnostics au niveau des territoires dans leurs différentes dimensions
(écologiques, agricoles et socio-économiques) et d’élaborer des scénarios pour explorer l’impact des
changements techniques ou d’usage. Il s’agit aussi d’accompagner les prises de décision individuelle
mais surtout permettre de faciliter les concertations entre acteurs pour la définition et la mise en œuvre
d’une gestion collective. Des innovations sont particulièrement attendues sur la pédagogie autour de
ces outils car les agriculteurs n’intègrent pas encore cette dimension comme une dimension clé pour
eux-mêmes et pour le ou les territoires dans lesquels ils s’insèrent. Ces outils doivent reposer sur les
bases scientifiques, mais être acceptés par les agriculteurs, couvrir potentiellement de nombreuses
situations, être en lien étroit avec les pratiques agricoles des agriculteurs et mis en œuvre par des
personnes formées et compétentes. Ainsi, presque 1000 hectares en cultures dérobées (pâturées ou
fauchées pour le fourrage) produisant du nectar et du pollen ont été semés avec un mélange à base de
légumineuses dans les départements de Savoie et de Haute-Savoie. Plus d’une centaine d’hectares
d’intercultures mellifères et pollinifères a été mise en place en Beauce dans les départements d’Eure-et-
Loir, du Loir-et-Cher et du Loiret. Etant donné les contraintes liées à cette pratique agricole (semis
précoce, en période sèche, risque de grenaison), une méthode d’accompagnement des acteurs locaux
concernés a été mise en place pour favoriser les échanges, pour mieux comprendre leurs enjeux, ainsi
que pour désamorcer d'éventuels conflits d'usage des ressources du territoire (méthode « Acteurs-
Ressources-Dynamiques-Interactions » issu du collectif CoMod).
Des changements majeurs des parcours de formation seront nécessaires car des compétences
nouvelles des professionnels du développement sont nécessaires pour accompagner la gestion
collective, notamment sur deux points : 1) les conseillers doivent allier des compétences techniques à
celles d’animateur, de facilitateur ou de médiateur à l’échelle du territoire ; 2) la relation au savoir vit une
vraie révolution avec les TIC (Techniques de l’Information et de la Communication), qui nécessiteront
d’externaliser systématiquement l’intégralité de l’information technique ou scientifique, et parallèlement
de développer les capacités de repérage des informations. Les modalités de face à face pédagogique
sont en train de changer, partant de la pratique de l’apprenant pour aller vers la recherche de solutions
adaptée à sa propre situation. Le présentiel doit ainsi prendre plusieurs formes, afin d’assurer un
apprentissage progressif. Les compétences sont de repérer les diversités de représentations sociales,
d’articuler l’intérêt collectif et le projet stratégique (d’entreprise, de collectivité ou de filière), de
développer pour le formateur une posture d’accompagnateur, médiateur et/ou facilitateur plus que de
référent en terme de connaissance. 42 exploitations de l’enseignement agricole se sont engagées dans
le plan Ecophyto entre 2009 et 2012 et ont mis en place des systèmes de culture innovants. Cet
engagement s’est articulé autour de deux objectifs : proposer, tester et valider des hypothèses
agronomiques répondant aux objectifs du plan Ecophyto ; créer, évaluer et capitaliser des situations
pédagogiques. L’enjeu est de développer la formation aux nouvelles agricultures contribuant à la
transition agroécologique, et ainsi de contribuer au plan Ecophyto au niveau local, régional et national.
d’un écosystème. Repenser le rôle des structures paysagères au sein de réseaux trophiques,
considérant les flux et les ratios biogéochimiques et biologiques qui y prennent place, peut permettre de
généraliser leur fonction. Le défi de la production multi services au sein des territoires relève également
d’une meilleure compréhension des interactions des processus écologiques et biogéochimiques avec
les processus sociologiques à l’échelle des territoires. Ces processus sociologiques participent aux
arbitrages entre services, et aux conditions de leur gestion collective. L’intégration des dimensions
techniques, écologiques, sociologiques et économiques apparaît encore comme un défi de recherche à
cette méso-échelle.
⇒ Modèles
épidémiologiques
⇒ Gènes
de
résistance
des
variétés
⇒ Modèles
multicritère
de
raisonnement
du
choix
variétal
Figure 1 : L’hétérogénéité du paysage a un rôle sur la propagation des maladies, l’émergence de gènes de
résistance. La modélisation permet de tester l’effet de différentes configurations de la distribution des cultures et
variétés de blé dans le paysage sur les risques épidémiologiques.
Les pistes de gestion nécessitent l’identification des « offreurs » et des « demandeurs » de services
écosystémiques. Le cas le plus simple est celui où l’agriculteur est à la fois l’offreur et le demandeur. En
ce sens, les surfaces de compensation écologique intégrées dans la conditionnalité des aides lui offre
l’opportunité de raisonner leur gestion en lien avec ses productions. Compte tenu du parcellaire des
exploitations et des interactions entre habitats, il est probable que des actions concertées entre voisins
soient pertinentes. Il s’agit alors de gérer un bien de club : en dehors de l’apport de compétences et de
l’animation d’opérations groupées, l’intervention publique n’est pas nécessaire dès lors qu’il y a identité
entre le groupe des gestionnaires des habitats d’intérêt et celui des bénéficiaires, comme le montre
l’exemple suivant. L’association Bois Paysan en Ariège fédère une trentaine d’agriculteurs désireux de
valoriser les produits de leurs bois, sous diverses formes. Ils se sont organisés et dotés de matériels en
commun. Ils réfléchissent à la dimension territoriale de leur développement et aux complémentarités à
favoriser. Les choses se compliquent dès lors que les gestionnaires des habitats d’intérêt sont différents
des bénéficiaires. Dans ce cas, les services écosystémiques sont des biens publics locaux qui
nécessitent une intervention publique pour organiser l’offre (par exemple la trame verte et bleue), la
demande et les canaux de financement, si possible selon le principe bénéficiaire payeur. Ces services
sont souvent diffus, mal connus, ainsi que les bénéficiaires. Ainsi l’intervention publique est très
coûteuse en coûts d’information et de transaction, comme le montre l’analyse des mesures
agroenvironnementales (projets STEWPOL et ITAES).
Les voies explorées par la recherche s’appuient sur des approches relatives aux systèmes complexes,
c’est-à-dire des approches systémiques, intégrées, multi-échelles et multidisciplinaires. Un premier
enjeu est de pouvoir appréhender une partie de la complexité des interactions entre processus
techniques, écologiques et socio-économiques pour proposer des outils et des dispositifs pour l’action.
Un deuxième enjeu est de pouvoir produire des connaissances et des outils génériques mais qui
puissent aussi prendre en compte les spécificités et contingences propres à chaque territoire. Un
troisième enjeu est de pouvoir développer des démarches innovantes articulant l’observation,
l’expérimentation, la modélisation et la participation des acteurs.
Les dispositifs d’observation sont des dispositifs intéressants pour développer une agroécologie du
territoire. L’observation sur le long terme permet d’avoir des successions de différents arrangements
spatiaux au sein des mosaïques paysagères, et de suivre des évolutions en fonction des politiques
publiques, des contextes économiques, climatiques. Les dispositifs de recherche s’organisent autour de
dispositifs de type ORE (Observatoire de Recherche en Environnement), notamment de RBV (Réseau
des Bassins Versants), ou des Zones Ateliers (ZAs). Ces dispositifs incluent certains aspects
expérimentaux. Ils peuvent constituer des dispositifs intéressants pour développer des approches
interdisciplinaires notamment entre sciences sociales, sciences agronomiques et de l’environnement.
Par exemple la zone atelier de Chizé et la zone Atelier Armorique ont vu leur paysage se modifier, par
des MAE Biodiversité et Eau pour la première, par l’implantation de bandes enherbées le long du cours
d’eau et la protection des zones humides ripariennes pour la seconde. Ces modifications cumulées au
cours du temps sont des situations expérimentales intéressantes. Certains territoires, par exemple les
bassins versants littoraux ou les territoires qui alimentent les captages en eau potable, sont des lieux
d’expérimentation qui peuvent aussi apporter une information pluridisciplinaire et de long terme,
complémentaires aux dispositifs mis en place par la recherche. De nouvelles infrastructures agro-
écologiques ont été implantées très rapidement sur des dizaines de milliers de kilomètres sur
l’ensemble de la France, pour protéger la qualité des eaux de surface, constituant aussi des situations
expérimentales intéressantes. L’information recherchée vise en général à l’élaboration de démarches
prédictives (que se passe-t-il si….). Des démarches rétrospectives (analyse des observations passées)
sont également complémentaires, notamment pour mieux prédire des impacts de situations atypiques
(conjonctions d’évènements et périodes climatiques atypiques, épidémiologie,…).
La modélisation intégrant le lien aux acteurs et à l’action reste un champ à explorer. Beaucoup
d’approches et d’outils de modélisation spatialisée ont été développés à l’échelle du paysage pour
prédire les effets d’arrangements spatiaux et temporels des espaces agricoles, des infrastructures
écologiques sur les dynamiques biogéochimiques et écologiques. Les travaux sur l’ORE OMERE
(bassin versant de recherche méditerranéen) ont montré par la modélisation, l’impact des structures
paysagères sur les transferts d’eau et de matière. La géométrie des réseaux de fossés impacte le
ruissellement de surface, avec un rôle important de la densité, modulé par la géométrie intrinsèque des
réseaux de fossés. D’autres travaux ont montré le rôle de la localisation spatiale des traitements
phytosanitaires sur la pollution des eaux. Ces travaux ont montré que la seule optimisation des
mosaïques paysagères n’est pas suffisante pour atteindre le respect des normes de qualité des eaux.
Les modèles et surtout les simulations qui en sont issues constituent non seulement des outils pour la
recherche pour explorer de nouvelles questions, mais aussi des outils mobilisables dans les processus
de décision et de construction des projets de territoires et dont l’application dans des contextes
opérationnels se met en place. La modélisation est ainsi utilisée pour aider à l’élaboration de projets de
territoire (Figure 2). Les changements de systèmes de production, de pratiques culturales (choix de
variétés, date de semis,…), mais aussi de localisation des systèmes de cultures constituent différents
leviers pour proposer des configurations spatio-temporelles plus adaptées aux dynamiques
biologiques : telle culture à tel endroit, à coté de telle ou telle autre ; des prairies reconfigurées pour
permettre l’optimisation de la circulation des animaux, du pâturage,…etc… Ces changements
s’inscrivent dans une démarche participative reposant sur la mise en débat de scénarios (acceptabilité)
et des évaluations multicritères (performances, multifonctionnalités et services).
Plateforme MAELIA
« Concevoir des modalités de gestion
durable des étiages à l’échelle des
bassins versants »
Figure 2 : Pour gérer la ressource en eau, la modélisation intègre différents acteurs, agricoles et non agricoles,
et différents niveaux de gestion. La plateforme MAELIA vise à tester des scénarios relatifs aux systèmes
agricoles, à la gestion de l’eau.
La phase de scénarisation d’un projet de territoire apparait comme un objet de recherche en soi :
comment construire des scénarios, comment traduire ces scénarios en expérimentations numériques
sur modèles, comment finalement aider les acteurs dans la construction de leur projet de territoire ?
Pour être opérationnelle, la modélisation cherche à mieux intégrer, dans des démarches participatives,
les stratégies d’acteurs, voire à intégrer les savoirs et connaissances des acteurs issus de leur
expérience propre. Des applications sont en cours sur des territoires porteurs d’enjeux, sur la plaine de
la Crau, en termes de gestion quantitative de la ressource en eau, sur les bassins versants « Algues
Vertes » de la Bretagne, sur lesquels il faut imaginer des systèmes bovins laitiers à très faibles fuites de
nitrate. Par exemple, dans le projet ACASSYA (Figure 3), le volet biophysique a permis de préciser le
rôle des haies et de la nappe sur les transferts d’azote, le volet modélisation a permis de simuler des
scénarios de rupture qui préservent la cohérence des exploitations. Enfin, le volet socio-technique a
fourni un diagnostic multidisciplinaire du territoire, co-construit avec les acteurs locaux. Au final, dix
fermes pilotes ont commencé à mettre en œuvre les changements proposés. La modélisation a permis
de montrer que la généralisation de ces changements à l’ensemble des exploitations permettrait de
réduire de 30% les fuites de nitrate vers l’eau, tout en maintenant la production laitière du territoire.
Figure 3 : Pour élaborer le projet de territoire d’un bassin versant littoral vers une agriculture à très basses fuites
de nitrate, la modélisation est utilisée, dans une boucle de progrès, pour aller du diagnostic, à l’élaboration de
scénarios de changement de pratiques, de systèmes agricoles et de structures du paysage et à l’évaluation des
impacts, faisant intervenir acteurs (agriculteurs), décideur territorial (communauté de commune) et chercheurs.
Sur le bassin aval de l’Aveyron (500 km), dans le cadre d’ateliers participatifs mobilisant la diversité des
acteurs du territoire et avec comme support une modélisation agro-hydrologique du territoire, un travail
a permis de proposer des pistes de changement des systèmes de culture en aval qui permettent à la
fois de limiter l’occurrence des crises de gestion de l’eau en période d’étiage et de satisfaire les besoins
en alimentation des élevages de la partie amont (Burger-Leenhardt et al., 2015).
Les outils d’analyses et de méta-analyses sont également des outils nouveaux qui doivent permettre de
mieux spécifier les impacts des éléments du paysage. Ces impacts apparaissent très variables d’une
situation à l’autre. Les analyses et méta-analyses peuvent contribuer à identifier les facteurs explicatifs
d’effets positifs et négatifs, et donc d’ajuster au mieux les recommandations à des contextes
spécifiques.
Le développement de la bioindication fait également partie des outils pour des approches intégrées. Le
projet européen HAIR a permis de mettre en évidence le rôle de la structure du paysage sur les
contaminations des cours d’eau par les pesticides grâce à des approches de bioindication (invertébrés
et vitesse de dégradation de litière d’aulne) dans des situations paysagères contrastées. Le
développement d'autres approches de bioindication appliquées aux pesticides basées sur les
diatomées et les invertébrés sont à l’étude dans le cadre de projets en partenariat avec l'Onema.
Les technologies participent à la fois à la compréhension du fonctionnement biophysique du territoire et
du lien entre acteurs par la mise à disposition d’informations nouvelles aux échelles du territoire. Les
technologies de types capteurs de l’environnement contribuent à une connaissance en temps réel des
territoires. L’acquisition d’une information à haute résolution spatiale et haute fréquence (proxi-détection
pour les sols et les eaux, écologie haut débit et de repérage), à bas coûts (capteurs divers de
l’environnement), sont utiles pour construire les modélisations, pour valider les résultats de
modélisation, et réaliser les diagnostics et projections pour un territoire donné (adaptation, stratégies
développement). Par exemple, on peut actuellement spatialiser la réserve en eau des sols par
cartographie à haute résolution (100 m) pour mieux renseigner les ressources en eau disponibles
(GlobalSoilMap, www.globalsoilmap.net).
Les technologies de l’information contribuent à construire du lien entre acteurs, par le partage de
l’information qu’elles permettent, et in fine, une meilleure appropriation des enjeux du territoire. Cette
information partagée peut être de l’observation ou des résultats de simulation.
Les nouvelles technologies doivent permettre de mieux assembler des informations, des scénarios et
des modèles, pour créer des portefeuilles de services qui assemblent des connaissances sectorielles
entre acteurs (entre gestionnaires de l’eau et agriculteurs par exemple), notamment par une information
en « temps réel », ou à différents horizons temporels. Ces portefeuilles de service devront permettre de
mieux arbitrer entre services. Il s’agit de portefeuilles de service pour la gestion de l’eau, pour
l’agriculture, permettant d’anticiper des changements tactiques, au cours de l’année, ou des
changements stratégiques à plus long terme.
Les technologies au sens large doivent intégrer l’ingénierie écologique à l’échelle du paysage. Des
espaces « artificiels », zones humides construites par exemple, peuvent contribuer à l’atténuation des
impacts à l’échelle du paysage. Des expérimentations sont encore nécessaires pour améliorer leur rôle
de régulation, notamment en abordant le compartiment microbiologique qui contrôle ces régulations.
L’atténuation du transfert de pesticides par une zone humide artificielle a été étudiée dans le cadre du
projet Life ARTWET. Une réduction des volumes à traiter augmente l’efficacité avec des taux
d’abattement forts (>40%), surtout pour les molécules les plus mobiles (isoproturon), mais encore très
variables.
enjeux agroécologiques (captage, littoraux,…). Une autre proposition est d’analyser le lien recherche /
action / innovation, et de trouver dans le champ des technologies nouvelles de l’information les moyens
de diffuser, propager des innovations à l’échelle des paysages et des territoires. Ce niveau
d’organisation ne dispose pas, à l’inverse des niveaux relatifs aux filières, de lieux ou de réseaux
d’échanges dédiés, alors même que l’échelle du paysage et du territoire apparaît déterminante. Il s’agit
aussi d’amener des acteurs et des scientifiques à concevoir ensemble des innovations, à rechercher les
moyens pour accompagner l’élaboration de projets de territoires. Certains groupes de recherche
travaillent à ces questions (COMOD, Comm’Inov).
La question de la résilience s’étudie particulièrement bien à une échelle territoriale, sur le temps long et
par la notion de risque. La résilience s’évalue dans le temps, intégrant notamment des phases de
crises, notamment de crises climatiques. Le changement climatique est ainsi au cœur des enjeux de
résilience. Vue sous cet angle, une proposition est de définir les objets promoteurs de « régulation » de
ces crises, à l’échelle des territoires (infrastructures agroécologiques, espace de biodiversité,…). Les
acteurs (adhérent, participant, constructeur) contribuent également au développement de la résilience,
par les choix faits pour leur territoire. La production de scénarios participe à l’évaluation de la résilience
et des risques. L’action publique (politiques publiques) peut elle-même être interrogée en tant que
facteur de résilience : son action doit s’évaluer sur le long terme et sur la capacité des instruments mis
en place à « absorber » des crises (climatiques, économiques,…).
Le thème de la régulation des bioagresseurs et de la pollinisation a souligné la grande faiblesse mais
aussi la difficulté de l’évaluation des actions, du fait que cette évaluation s’inscrit dans le temps et dans
une diversité de situations, avec des niveaux d’information jugés encore insuffisants. Cependant, deux
concepts apparaissent clés pour évaluer les fonctions des mosaïques paysagères : l’hétérogénéité et la
connectivité. Ces concepts sont utilisés pour différentes fonctions liés aux mosaïques paysagères. Les
éléments du paysage ou infrastructures agroécologiques ont fait l’objet de typologies, et il serait
important de passer de typologies descriptives à des typologies fonctionnelles, sur un large spectre de
fonctions, au niveau environnemental, écologique et agroécologique. De situations spécifiques, il faut
tirer des généralités, mais l’inverse est aussi vrai : de généralités, il faut savoir proposer des adaptations
spécifiées pour un contexte donné. L’information peut être un levier pour faire connaitre généralités et
spécificités des éléments du paysage, et faire in fine reconnaitre la complexité des systèmes. Cette
information doit être réfléchie sur le plan de l’accès, du partage, de la temporalité de mise à disposition
(temps réel). Sur chacun des thèmes, sont apparus des lacunes, notamment sur le lien au climat, à
l’énergie, aux systèmes alimentaires. Ces thèmes gagneraient ainsi à être replacés dans un contexte
d’enjeux plus larges, celui de la gestion intégrée des ressources prenant en compte différents enjeux
(eau, air, biodiversité, bien être).
Conclusion
Les conditions de réussite d’une transition agroécologique à l’échelle d’un territoire peuvent être
résumées autour d’un certain nombre de critères : une volonté politique affirmée à l’échelle collective ;
la définition d’objectifs et de priorités d’action, et la démonstration de l’adéquation entre les deux bien
établie ; une animation collective pour encourager et suivre le collectif ; des commissions regroupant les
différents acteurs du territoire et travaillant ensemble sur des sujets ciblés, à rechercher des solutions
collectives ; des structures consultatives associant la société civile à l’action publique de manière à
l’associer aux solutions envisagées ; l’implication des structures économiques (coopératives,
négoces, ….) qui sont des acteurs majeurs auprès des agriculteurs.
Si les leviers pour la transition agroécologique paraissent importants à l’échelle du territoire, les champs
et verrous de recherche sont encore très nombreux et la communauté prête à les prendre en charge
encore dispersée. L’échelle du territoire demande une intégration interdisciplinaire, le développement et
Références bibliographiques
Duru M., Fares M., Therond O., 2014. A conceptual framework for thinking now (and organising
tomorrow) the agroecological transition at the level of the territory. Cahiers Agricultures 23 (2), 84-95.
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www.inra.fr/Chercheurs-etudiants/Agroecologie/Tous-les-dossiers/L-agro-ecologie-a-l-Inra-la-
recherche-s-organise/Atelier-boucler-les-grands-cycles
Quels leviers pour une gestion plus durable des cycles biogéochimiques dans
le cadre de la transition agroécologique ?
Pellerin S.1, Martinez J.2
1 INRA, UMR 1391 ISPA Interactions Sol-Plante-Atmosphère, F-33883 Villenave d'Ornon Cedex
2 IRSTEA, Centre de Rennes, F-35044 - Rennes Cedex
Correspondance : [email protected] ; [email protected]
Résumé
Ce texte constitue l’introduction à l’atelier « Boucler les grands cycles biogéochimiques » du colloque
agroécologie du 18 Octobre 2013. Il est inspiré des réalisations des Chambres d’agricultures, des
instituts techniques, des journées d’échange entre les départements Environnement et Agronomie (EA),
Physiologie Animale et Système d’Elevage (PHASE) et Sciences pour l’Action (SAD), des travaux sur
les procédés de l’Irstea. Il énonce les enjeux et pose les bases conceptuelles relatives à la réduction
des émissions d’azote et de phosphore dans l’environnement, au stockage du carbone dans les sols. Il
montre que les leviers mobilisables pour engager la transition agroécologique se situent à différents
niveaux d’organisation emboités.
Mots-clés: Cycles biogéochimiques, azote, phosphore, carbone, produits organiques, recyclage
Abstract: Levers for a more sustainable management of biogeochemical cycles in the context
of the agroecological transition
This text is the introduction to the workshop “Closing major biogeochemical cycles” of the symposium on
Agroecology, on October 18th. It is based on concrete achievements of Agricultural Chambers and
technical institutes, the discussions between Inra scientific divisions (Agronomy and Environment, EA,
Animal physiology and breeding systems, PHASE, sciences for Actions, SAD), and on recent findings
from Irstea on recovery processes. The issues are exposed and conceptual bases on how to reduce
nitrogen and phosphorus emissions and increase carbon storage are proposed. It is concluded that
levers towards the agroecological transition can be found at several embedded organization levels.
Keywords: Biogeochemical cycles, nitrogen, phosphorus, organic products, recycling.
prairie permanente et la réduction des apports au sol de matières organiques dans les régions où
l’élevage a disparu ont contribué à une réduction du stock de carbone organique des sols.
L'augmentation prévue de la population mondiale place l'agriculture face à un double défi : augmenter la
production, pour satisfaire la demande alimentaire croissante et les besoins non alimentaires émergents
(biocarburants), tout en contribuant à la préservation de l'environnement et en gérant durablement les
ressources indispensables dont dispose la planète pour la production agricole. La gestion des cycles
des éléments minéraux, en lien avec celui du carbone, se situe au cœur de cette problématique car ils
sont à la fois indispensables à la croissance des végétaux et des animaux et des polluants potentiels de
l'environnement. La fabrication des engrais minéraux azotés et phosphatés fait appel à des ressources
non renouvelables, en cours de raréfaction (gaz naturel et énergie pour la synthèse chimique d'azote
minéral, roches phosphatées pour la fabrication d'engrais P). Réciproquement, l'agriculture peut
contribuer à la régulation du cycle du carbone, et donc à l'atténuation du changement climatique, via le
stockage de C dans les sols et dans la biomasse ou via la production d'énergie renouvelable
(méthanisation par exemple).
Le raisonnement de la fertilisation minérale et la gestion de la teneur en carbone organique des sols
sont un des domaines de l'agronomie où le système de recherche-développement a produit et agrégé
des connaissances qui ont permis l'élaboration d'outils de diagnostic et d'aide à la décision utilisés à
grande échelle. Le concept de "Fertilisation raisonnée", développé dans les années 70, visait une
optimisation de la fertilisation à l'échelle parcellaire annuelle (la bonne dose, au bon moment et au bon
endroit), avec comme objectif de satisfaire les besoins de la culture tout en minimisant les fuites vers
l'environnement. Les apports d'engrais minéraux phosphatés sur les sols agricoles français ont été
divisés par 3 entre les années 1970 et 2010 (UNIFA, 2012), ce qui est probablement lié en partie au
contexte économique incitant aux économies d'intrants, mais aussi aux outils de raisonnement de la
fertilisation phosphatée déployés pendant cette période qui ont accompagné une réduction raisonnée
des apports. L'usage des engrais minéraux azotés est également en baisse depuis la fin des années
80, mais de façon beaucoup moins marquée, et le bilan azoté des sols agricoles français demeure en
moyenne largement excédentaire. Il subsiste des hétérogénéités inter-régionales fortes, avec des
régions largement excédentaires en N et/ou P, notamment pour des raisons structurelles (Figure 1).
CENTRE BRETAGNE
Figure 1: Stocks et flux de P à l'échelle régionale: exemple des régions Centre (région de grande culture) et
Bretagne (région d'élevage intensif). En région Bretagne, le bilan P des sols est largement excédentaire, du fait
surtout des entrées via les aliments animaux importés. En région Centre, le bilan P des sols est proche de
l'équilibre, mais ceci grâce à des entrées via des engrais minéraux P importés. La spécialisation régionale entre
productions animales et végétales est un frein à ce que les ressources en effluents d'élevage d'une région
soient utilisées en substitution des engrais minéraux importés dans l'autre (Senthilkumar et al., 2012).
Le raisonnement de la fertilisation à l'échelle parcellaire reste plus que jamais d'actualité, car des
marges de progrès importantes subsistent à cette échelle, mais la montée en puissance des enjeux
environnementaux (qualité de l'air et de l'eau, changement climatique,…) avec lesquels les pratiques de
fertilisation interfèrent, les progrès des connaissances (e.g. cascade de l'azote) et les objectifs de la
transition agro-écologique militent pour la mobilisation d'un spectre beaucoup plus large de leviers,
d'ores et déjà disponibles ou à consolider, et se situant à différents niveaux d'organisation et échelles
spatiales incluant des échelles larges.
2. Quels leviers pour gérer plus durablement des cycles biogéochimiques dans
le cadre de la transition agro-écologique?
Le concept de cascade de l'azote (Galloway, 2008) a illustré dans le cas de cet élément que toute
molécule d'azote réactif fabriquée industriellement et utilisée en agriculture, même dans le cadre d'une
fertilisation raisonnée, était susceptible d'impacter successivement différents compartiments de
l'environnement au fur et à mesure des transferts et transformations de l'azote jusqu'à son retour à l'état
d'azote moléculaire N2 inerte. La fabrication d'engrais minéraux azotés et phosphatés fait appel à des
ressources non renouvelables et est à l'origine d'émissions de gaz à effet de serre en amont de
l'exploitation agricole pour la fabrication et le transport des engrais. Ce double constat met en exergue
l'importance d'un premier groupe de leviers, visant à réduire la dépendance des agrosystèmes aux
engrais minéraux de synthèse en diversifiant les entrées d'azote (e.g. légumineuses), en améliorant
l'efficience de prélèvement et d'utilisation des éléments minéraux par les cultures et en favorisant le
recyclage des produits organiques :
- Augmenter la part des légumineuses dans les systèmes de culture et les prairies, afin d'augmenter
l'entrée d'azote dans les écosystèmes cultivés par fixation symbiotique. En France la surface en
protéagineux a fortement diminué depuis les années 90, et on assiste à une sorte de "verrouillage"
tendant à exclure de plus en plus ces espèces des systèmes de grande culture du fait de la raréfaction
des possibilités de collecte, des débouchés, de la disponibilité en conseils techniques. Les surfaces en
légumineuses fourragères pures ont également fortement diminué depuis les années 60 du fait de
l'évolution des modes d'alimentation animale (usage massif de soja importé) et de la ségrégation
géographique entre zones de production animale et de production végétale. L'accroissement des
surfaces en légumineuses passe largement par l'identification de débouchés nouveaux, en alimentation
humaine et animale ou pour l'extraction de composés à forte valeur ajoutée. L'amélioration des
performances économiques des systèmes à base de légumineuses est nécessaire, ainsi qu'une
évaluation environnementale comparée des différentes voies d'approvisionnement en protéines
végétales. L'effort d'amélioration génétique des espèces légumineuses étant relativement récent, des
possibilités de progrès importantes existent pour augmenter et stabiliser leur rendement. Une plus
grande connaissance du fonctionnement de la symbiose permettrait d'en optimiser les services
attendus. Au-delà de la question des débouchés et des performances économiques des systèmes
incluant des légumineuses, un renouvellement de l'intérêt pour ces espèces passe par leur intégration
dans une démarche globale d'agroécologie à même de valoriser l'ensemble des possibilités d'insertion
dans les systèmes de culture (e.g. légumineuses en culture principale ou en interculture, légumineuses
en culture pure ou en association,…) et l'ensemble des services rendus (apport d'azote à valoriser à
l'échelle pluriannuelle, rupture du cycle des pathogènes,…).
- Accroitre l'efficience de prélèvement et d'utilisation des éléments minéraux N et P par les cultures
et les animaux et réduire les fuites vers l’environnement. Certains leviers, de nature technique, sont
d'ores et déjà disponibles comme l’ajustement des apports aux stricts besoins des cultures ou des
animaux (outils de raisonnement et de pilotage de la fertilisation ou des rations, localisation des engrais,
choix des dates et des formes d’apport,…), les cultures intermédiaires ou intercalaires permettant
d'immobiliser temporairement l'azote minéral dans la biomasse pour éviter sa lixiviation, la couverture
des fosses de stockage d'effluents et le brulage ou la méthanisation, l'enfouissement des produits
organiques à l'épandage pour éviter la volatilisation ammoniacale, la présence de motifs paysagers
(bandes enherbées, haies, zones humides naturelles ou artificielles) réduisant le risque érosif et
favorisant l'interception du P associé aux particules terreuses lors d'épisodes de ruissellement (bandes
enherbées, haies), les rangées d'arbres permettant l'interception d'azote ammoniacal volatilisé et les
zones humides permettant d'abattre la charge en nitrate des eaux par dénitrification. D'autres leviers,
*(MgNH4PO4, 6H2O, forme cristalline obtenue à partir du P dissous est un engrais dont l’efficacité est comparable
à celle des engrais issus de la chimie).
Encadré 2: Leviers organisationnels pour accroitre le recyclage à l’échelle d’un territoire. Exemples de
scénarios de gestion collective des effluents porcins dans la province d’Aragón en Espagne
L’objectif de ce projet visait la démonstration sur le terrain de la possibilité de mettre en œuvre trois scenarii
distincts de gestion des lisiers de porcs pour favoriser le recyclage et/ou réduire les impacts environnementaux
dans trois régions de la province espagnole d’Aragon. La mise en œuvre de chaque scénario s’est appuyée sur
la création d’une entreprise locale de gestion des lisiers (SWME) regroupant au moins 30 exploitations : (i)
meilleure répartition des effluents sur les cultures en zone de surfaces d’épandage suffisantes à Tauste, (ii)
transport combiné réseau hydraulique/route des exploitations de productions porcines vers les exploitations de
productions végétales proches à Maestrazgo, et (iii) traitement pour limiter la charge en azote et en phosphore à
Peñarroya de Tastavins où les surfaces d’épandage sont largement insuffisantes. Le fonctionnement des trois
entreprises locales s’appuie sur l’utilisation d’un logiciel spécifique de gestion des déjections.
L’agriculture contribue aux émissions de gaz à effet de serre (20% des émissions en France), mais elle
peut aussi favoriser l’atténuation du réchauffement climatique en réduisant ses émissions, en favorisant
le stockage de carbone organique dans les sols et la biomasse et en contribuant à la production
d’énergie renouvelable (biomasse, biogaz,…). La prise en compte de cet enjeu émergent est central
dans le cadre de la transition agro-écologique car les systèmes agricoles proposés devront à l’avenir
concilier des objectifs d’adaptation au changement climatique, de maintien voire d’augmentation de la
production et d’atténuation des émissions. Certains leviers techniques évoqués dans le paragraphe ci-
dessus pour réduire la dépendance des agrosystèmes aux engrais de synthèse contribuent à l’objectif
d’atténuation des émissions, notamment de N2O. D’autres leviers permettent de favoriser le stockage
de carbone dans les sols et dans la biomasse. Il s’agit notamment :
- du maintien des prairies permanentes, et de l’allongement de la durée des prairies temporaires.
Sous prairie permanente le stock de carbone organique est en moyenne 1.5 fois plus élevé que sous
culture. A surface équivalente le maintien d’une prairie temporaire sur 4 ans permet un stockage de
carbone plus important que deux séquences de prairie de 2 ans disjointes dans le temps ou dans
l’espace.
- de la réduction du travail du sol (semis direct, labour occasionnel, travail superficiel). Certains
résultats récents ont conduit à revoir à la baisse le potentiel de stockage additionnel de carbone dans le
sol en non labour car celui-ci serait non systématique, et moindre que ce qui avait été écrit
précédemment (Dimassi et al., 2014). Cette pratique garde cependant tout son intérêt du fait de la
moindre consommation d’énergie (et donc d’émission de CO2) et vis-à-vis d’autres enjeux (réduction du
risque érosif par ex). Un effort complémentaire d’acquisition de données sur le bilan gaz à effet de serre
complet (stockage additionnel de C, émission de N2O,…) des différentes pratiques de travail du sol est
nécessaire, en fonction du contexte pédoclimatique. L’évaluation multicritère de ces pratiques est
également indispensable (effet sur le recours aux herbicides notamment).
- de l’ensemble des pratiques favorisant la couverture permanente du sol, accroissant par là même
les entrées de carbone et/ou son stockage dans les sols et la biomasse comme les cultures
intermédiaires et intercalaires, les bandes enherbées, les mulchs vivants, l’agroforesterie et les haies.
Outre leur effet favorable sur le stockage de C la plupart de ces pratiques ont aussi un effet positif vis-à-
vis d’autres enjeux (réduction des fuites de nitrate, limitation du risque érosif, préservation de la
biodiversité et esthétique des paysages)
A l’ensemble des leviers techniques évoqués ci-dessus, se plaçant plutôt à l’échelle de la parcelle et du
système de culture, s’ajoutent d’autres leviers permettant d’optimiser la gestion des cycles
biogéochimiques à l'échelle des territoires, via le choix d'un usage des sols et de cultures tenant
compte du pédoclimat et des risques de fuite associés (lixiviation d'azote, transfert de P par érosion,…)
et l’aménagement des paysages (introduction d’espaces semi-naturels aux endroits appropriés, etc…).
A l'évidence, ces leviers, mobilisables pour une meilleure gestion des cycles biogéochimiques, doivent
aussi considérer d'autres enjeux (e.g. gestion quantitative de l'eau, biodiversité,…), avec dans certains
cas des synergies à valoriser (e.g. intérêt des motifs paysagers pour la préservation des auxiliaires de
culture) mais aussi des antagonismes possibles (e.g. abattement de la charge en nitrate mais
production de N2O dans les zones humides).
gestion des ressources non renouvelables utilisées pour produire des fertilisants, déplaçant la réflexion
du raisonnement de la fertilisation à la gestion durable des cycles biogéochimiques dans leur ensemble.
Il en résulte un cahier des charges plus exigeant, mais aussi un spectre de leviers mobilisables élargi.
Une première analyse montre que ces leviers peuvent être techniques et/ou organisationnels et
concerner différents niveaux (parcelle, exploitation, territoire, filière,…). Il apparait aussi qu'un nombre
significatif de ces leviers sont mobilisables dès maintenant, mais que d'autres supposent un effort
supplémentaire de recherche et/ou de développement.
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Plassard C.1, Robin A.2, Le Cadre E.3, Marsden C.3, Trap J.4, Herrmann L.5,6, Waithaisong K.3,1,
Lesueur D.5,6, Blanchart E.7, Chapuis-Lardy L.4, Hinsinger P.1
1 INRA, UMR Eco&Sols, 2 Place P. Viala, F-34060 Montpellier
2 CIRAD, UMR Eco&Sols, 2 Place P. Viala, F-34060 Montpellier
3 Montpellier SupAgro, UMR Eco&Sols, 2, Place P. Viala, F-34060 Montpellier
4 IRD, UMR Eco&Sols, 2 Place P. Viala, F-34060 Montpellier
5 School of Life and Environmental Sciences, Faculty of Science and Technology, Deakin University,
Antananarivo, Madagascar
Correspondance : [email protected]
Résumé
Les ions orthophosphates (Pi) représentent les seules formes de phosphore (P) utilisable par les
cultures. Dans les sols, ils sont généralement présents à de faibles concentrations dans la solution, en
raison des nombreux processus géochimiques contraignant leur mobilité et disponibilité. Les plantes et
les micro-organismes associés, au travers de relations rhizosphériques, symbiotiques et par la
prédation des populations microbiennes, modifient considérablement la quantité de P que la plante est
capable d’acquérir tout au long de sa croissance (biodisponibilité). Cette revue décrit les différents
processus (modifications des racines, rôle du pH, des anions organiques, des enzymes, de la
microfaune et de la macrofaune) qui peuvent modifier la biodisponibilité du P dans la rhizosphère. Des
pistes pour mieux valoriser le potentiel intrinsèque des végétaux et de l’écologie des organismes du sol
et optimiser l’acquisition de P des cultures à partir du sol sont proposées.
Mots-clés : Architecture racinaire, poils racinaires, modélisation biogéochimique, rhizosphère, anions
organiques, pH du sol, exsudation, enzymes, micro-organismes solubilisateurs de P, microfaune, vers
de terre, mycorhizes.
Introduction
Le phosphore (P) est le cinquième élément composant la matière vivante. Quelle que soit sa forme,
l’atome de P est toujours associé à des atomes d’oxygène pour former le groupement phosphate PO43-.
La formation d’une liaison anhydride d’acide entre deux groupements phosphate (ex. ATP) riche en
énergie (∆G° de -7,3 kcal mol-1) lui confère un rôle central dans le stockage de l’énergie cellulaire. Le
groupement phosphate entre aussi dans la composition de nombreuses molécules comme les acides
nucléiques (ADN, ARN), les enzymes, les phosphoprotéines et les phospholipides, ce qui lui confère un
rôle structurel fondamental. Malgré une importance indéniable dans le cycle du vivant,
l’approvisionnement en P à partir du milieu reste toutefois une contrainte majeure pour de nombreux
organismes vivants du sol, en particulier pour les plantes. Ceci est dû au fait que seuls les ions
orthophosphates (H2PO4- et HPO42-) notés Pi peuvent être absorbés par les êtres vivants. Ainsi, quelle
que soit la richesse en P total d’un sol, seule une infime fraction de ce P est disponible pour les
organismes vivants lors de leur cycle de développement. Ce P disponible est soit dans la solution du sol
avec des concentrations très faibles en ions orthophosphates libres (de 0,1 à 10 µM) (Hinsinger, 2001),
soit sous des formes de P qui vont pouvoir alimenter rapidement le pool de Pi de la solution du sol. De
nombreux processus gouvernent la libération de Pi vers la solution du sol comme la sorption ou
l’immobilisation de P, mais également les interactions avec les cations et la matière organique. Tous
ces processus limitent drastiquement la disponibilité et la mobilité de Pi comparativement à d’autres
éléments nutritifs comme l’azote (N) et le potassium (K). Ainsi, les modèles de nutrition ont identifié très
tôt que la vitesse de diffusion des ions orthophosphates est le facteur limitant majeur de l’acquisition de
P par les végétaux (Barber, 1995 ; Fardeau, 1993). Or, les plantes, en interagissant avec les
microorganismes du sol, peuvent largement modifier l’environnement au voisinage des racines, c'est-à-
dire la rhizosphère qui est une zone « bio-influencée » par la plante, à la base du concept de
« biodisponibilité » (Harmsen, 2007). La biodisponibilité du P dans le sol peut ainsi varier
considérablement d’une espèce végétale à l’autre selon ses capacités à modifier elle-même la
disponibilité de Pi ou via les organismes naturellement présents dans sa rhizosphère. Cet article vise à
faire le point sur les connaissances actuelles concernant les processus gouvernant la biodisponibilité de
P dans la rhizosphère, qu'ils relèvent des plantes elles-mêmes ou des activités microbiennes ou
fauniques du sol (Figure 1).
1. Exploration du sol
1.1 Croissance, architecture et poils racinaires
La croissance des racines et les modifications de l’architecture racinaire sont les premières stratégies
mises en œuvre par les espèces végétales pour acquérir P quand il est limitant (Wrage et al., 2010). En
particulier, un travail de modélisation récent (Pagès, 2011) a montré que l’augmentation de la longueur
totale des racines est une stratégie très efficace pour acquérir des éléments peu mobiles comme le Pi.
Ceci peut expliquer pourquoi les Poaceae, (comprenant les céréales cultivées) et leurs systèmes
racinaires fasciculés explorant un large volume de sol, sont plus efficaces pour acquérir le Pi que des
espèces dont les racines pivotantes moins ramifiées explorent un volume de sol plus faible (Hinsinger et
al., 2015). Beaucoup d’études réalisées sur le haricot et le soja ont aussi montré que les génotypes
avec un système racinaire ramifié en surface étaient plus performants que les génotypes avec un
système racinaire peu ramifié et profond. Le caractère « angle racinaire » apparaît donc comme un trait
important pour sélectionner des génotypes adaptés à une carence en P (Lynch, 2007), au moins dans
les agroécosystèmes qui ne sont pas trop contraints par la sécheresse.
Figure 1 : Cycle simplifié du P montrant la répartition du stock total de P du sol entre les diffrents pools de P. La
plante ne peut utiliser que le pool de phosphate inorganique (Pi) libre dans la solution du sol à partir duquel elle
absorbe les ions orthophosphates (H2PO4- /HPO42-). Une meilleure exploration du sol permet d’augmenter l’accès
au pool de Pi libre. Le pool de Pi libre est alimenté par le pool de P minéral plus ou moins facilement disponible
via les phénomènes de désorption et/ou de solubilisation. Il peut aussi être alimenté par la minéralisation du P
complexé au carbone via des liaisons monoester (R-O-P) ou diester (R-O-P-O-R’) constituant le P organique du
sol. Dans un sol, le pool de Pi libre représente une infime fraction du P total du sol. Les différentes fonctions sont
influencées par a) les variations de pH ; b) la production d’anions organiques ; c) la production de phosphatases
ou de phytases, d) l’immobilisation de P dans la fraction microbienne du sol.
limitantes en P ou non produisent autant de racines latérales, avec une longueur comparable. Par
contre, les racines des plantes carencées en P sont plus ramifiées (Peret et al., 2014).
A côté de la croissance racinaire, on considère que les poils racinaires, qui sont des extensions des
cellules épidermiques, présentent un potentiel très important pour augmenter l’efficacité d’acquisition du
P du fait de leur faible coût en carbone (Brown et al., 2013). Des travaux pionniers utilisant des mutants
d’orge sans poils racinaires ont montré que l’extension de la zone d'appauvrissement en P (environ 1
mm de la surface de la racine) était la moitié de celle mesurée sur un génotype normal produisant de
longs poils racinaires (Gahoonia et al., 1997). Ces auteurs ont aussi montré que la longueur des poils
racinaires était corrélée positivement avec l’acquisition de P chez l’orge. Plus récemment, Brown et al.
(2013) ont montré par modélisation que la meilleure stratégie pour augmenter l’efficacité d’acquisition
du P via les poils racinaires serait d’augmenter leur longueur et leur durée de vie plutôt que leur densité.
Très récemment, l’utilisation des rayons X dans un synchrotron a permis d’obtenir des images des
interactions des poils racinaires de racines de blé avec l'arrangement tridimensionnel des agrégats
dans le sol (Keyes et al., 2013). Les résultats obtenus montrent que la diminution de P dans la solution
de sol est plus localisée que celle opérée par les racines et est fortement dépendante de l’orientation du
poil racinaire et de son contact avec les agrégats de sol. Finalement, les auteurs ont pu calculer que les
surfaces de contact développées par les poils racinaires et les racines étaient équivalentes, ce qui
démontre bien l’importance des poils racinaires dans l’acquisition de P. Les travaux de Vandamme et al.
(2013) ont aussi montré que l’efficacité d’acquisition de P par différents génotypes de soja dépendait
d’abord du phénotype « poils racinaires » et ensuite de la symbiose mycorhizienne. La prise en compte
de la plasticité du système racinaire en réponse aux perceptions de la plante à son environnement a été
récemment modélisée (Leitner et al., 2010), ce qui ouvre des perspectives intéressantes pour des
applications de placement des engrais phosphatés afin d’optimiser l’acquisition du P par les plantes.
augmenter le volume de la rhizosphère qui peut alors être désignée par le terme de
« mycorhizosphère » (Jansa et al., 2005), augmentant ainsi la capture des ressources inaccessibles
aux racines non mycorhizées. Ceci est particulièrement important pour les nutriments peu mobiles
comme le P (Hinsinger et al., 2011b). Alors que la longueur des poils racinaires est d’environ 1 mm, les
hyphes des champignons endomycorhiziens peuvent s’étendre jusqu’à plusieurs cm de la surface de la
racine (Jakobsen et al., 1992). On peut par ailleurs remarquer que la symbiose endomycorhizienne
diminue généralement la croissance des poils racinaires des racines colonisées, bien que cet effet
puisse dépendre de l’espèce fongique (Sun et Tang, 2013). Cependant, cet effet dépressif sur les poils
racinaires est largement compensé par la croissance des hyphes qui peut représenter jusqu’à 1 m de
filament fongique par mm de longueur de racine (Allen, 2007). De plus, le diamètre très faible des
hyphes leur permet de pénétrer dans la porosité fine du sol qui est inaccessible aux poils racinaires et
aux racines.
Les modifications de pH dans la rhizosphère sont un levier puissant pour déterminer la disponibilité des
formes inorganiques de P (Hinsinger, 2001). Dans les sols neutres à alcalins, le P inorganique est
représenté largement par différentes formes de phosphates de Ca (principalement des apatites), tandis
que dans les sols acides et profondément altérés, particulièrement abondants en zone tropicale, la plus
grande partie du Pi est liée aux minéraux argileux 1/1 et aux oxy(hydr)oxydes de Fe et d’Al (Jones et
Oburger, 2011). La quantité d’ions orthophosphates (Pi) retenue par adsorption sur les sites d’échanges
dépend du pH de la solution du sol. En effet, le pH de la solution de sol détermine la quantité de
charges développées à la surface des argiles, de la matière organique et des oxy(hydro)xydes de fer et
d’aluminium du sol et les formes d’ions orthosphosphates. Les travaux de Devau et al. (2009) montrent
l’importance du pH sur la disponibilité du phosphore en modifiant l’adsorption des ions phosphates. Par
ailleurs, le phosphore apporté au sol par les engrais phosphatés peut être précipité par les formes libres
de calcium, de fer ou d’aluminium plus ou moins abondantes selon le type de sol, et conduire à la
néoformation de minéraux stables (Tisdale et al., 1985). Selon le cation, la même variation de pH
produit des effets opposés car une acidification augmente la solubilisation des phosphates de Ca alors
qu’elle diminue la solubilité des phosphates de Fe et d’Al (Figure 2).
Outre leurs effets sur la dissolution/précipitation de ces minéraux phosphatés, les variations de pH dans
la rhizosphère engendrées par les racines ou les micro-organismes peuvent fortement modifier le
potentiel d’adsorption des minéraux, et donc la disponibilité de Pi (Geelhoed et al., 1999), conduisant
finalement à la libération de Pi au profit de compartiments plus disponibles pour la plante. Devau et al.
(2010) ont développé une approche de modélisation mécaniste qui a révélé que l'augmentation du pH
dans la rhizosphère de blé dur a également affecté la charge de surface des minéraux argileux dans les
sols neutres, et par conséquent la désorption de Pi adsorbé sur ces minéraux qui sont abondants dans
la plupart des types de sols. De plus, ces auteurs ont montré que la concentration en Ca affectait
fortement les charges de surface des minéraux argileux, charges qui sont donc susceptibles de changer
à la suite de l'absorption de Ca par les racines. Finalement, cette approche de modélisation a permis de
montrer qu’une augmentation, aussi bien qu'une diminution, de pH pouvait entraîner une augmentation
de la disponibilité du P du sol (Devau et al., 2011).
Les racines des plantes peuvent augmenter ou diminuer le pH de la rhizosphère jusqu’à trois unités pH
selon le pouvoir tampon du sol (Hinsinger, 2013), principalement via un efflux ou un influx de protons
résultant de l’absorption d’un excès de charges positives ou négatives par les cellules de la racine
(Hinsinger et al., 2003). Ces procédés sont rapides et présentent une variabilité spatiale et temporelle
considérable au voisinage des racines actives (Blossfeld et al., 2013). L’alimentation azotée des plantes
influence très fortement les variations de pH dans la rhizosphère car l’absorption d'ammonium induit
toujours une acidification (absorption d’un excès de cations) alors que l'absorption de nitrate induit
plutôt une alcalinisation (absorption d’un excès d’anions).
Une nutrition azotée ammoniacale appliquée à des cultures en sols neutres ou proches de la neutralité
doit donc augmenter l’acquisition de P. Par exemple, Hinsinger et Gilkes (1996) ont montré une plus
grande dissolution d'apatite lorsque le ray-grass a été cultivé en présence d’ammonium par rapport au
nitrate, due au renforcement de l'acidification de la rhizosphère. Une forte acidification de la rhizosphère
des légumineuses alimentées par la fixation symbiotique de l’azote est également observée, en
particulier autour des nodosités (Blossfeld et al., 2013). Cependant, la nature des minéraux phosphatés
peut jouer sur la capacité des légumineuses à acquérir le Pi. Pearse et al. (2006) ont montré qu’après
une application de phosphate de calcium, les espèces de lupin sont plus efficaces que le blé pour
acquérir le P du sol, alors que le résultat contraire est observé si on applique du phosphate
d’aluminium. Ces résultats sont en accord avec les effets de l’acidification et de l’alcalinisation
rhizosphériques sur la dissolution de ces deux composés. Ces propriétés contrastées des céréales et
des légumineuses peuvent être utilisées pour cultiver ces espèces en association, ce qui pourrait
amener un effet de facilitation entre espèces (Betencourt et al., 2012 ; Hinsinger et al., 2011a). D’autre
part, l'application des engrais phosphatés avec des engrais ammoniacaux peut également favoriser la
prolifération des racines et améliorer la disponibilité du P en raison de l'acidification localisée induite par
l’ammonium (Jing et al., 2010).
Les changements de pH de la rhizosphère ne proviennent pas seulement de la physiologie des racines
mais aussi des populations microbiennes associées aux racines. Dans le cas des champignons
endomycorhiziens, il n’y pour l’instant pas de preuve que cette symbiose soit responsable de
changements importants de pH dans la mycorhizosphère. Par contre, la capacité à dissoudre des
minéraux phosphatés insolubles fournis dans un milieu de culture solide est un trait fonctionnel
couramment utilisé pour sélectionner des microorganismes dits « solubilisateurs de phosphate » (PSM
pour P-Solubilizing Microorganisms). Dans la plupart des cas, le phosphate tricalcique est utilisé pour
effectuer des tests de solubilisation qui sont positifs si la colonie bactérienne est capable de créer un
halo de dissolution autour d’elle (Mehta et Nautiyal, 2001). Ce test, très simple à mettre en œuvre,
donne néanmoins des résultats peu fiables et insuffisants pour identifier des souches PSM vraiment
efficaces (Bashan et al., 2013). Ces auteurs préconisent plutôt d'utiliser une combinaison de deux ou
trois formes phosphatées ensemble ou en tandem, selon le type de sol et l'utilisation finale des
bactéries ciblées : phosphate de calcium (y compris les phosphates naturels) pour les sols alcalins, et
phosphates de fer ou d’aluminium pour les sols acides. Cette stratégie réduirait sans doute
significativement le nombre potentiel de souches solubilisatrices de P, mais maximiserait les chances
de sélectionner des souches les plus efficaces, capables de contribuer à la nutrition phosphatée des
plantes. En plus des sources de P utilisées pour les sélections, il serait également possible de mesurer
les activités de solubilisation des bactéries selon la source d’azote, en fournissant de l’ammonium ou du
nitrate. La comparaison des résultats pour ces deux milieux donnerait des premières indications sur les
mécanismes de solubilisation qui peuvent résulter soit d’une acidification issue de l’équilibre anions-
cations (visible sur NH4+) ou de la production d’anions organiques accompagnés de protons (visible sur
NO3-).
capables de favoriser la libération de Pi par (i) échange de ligands des sites d’adsorption du P et (ii) la
complexation d'ions métalliques tels que Ca, Al ou Fe impliqués dans l’immobilisation du P.
Chez les plantes, les acides carboxyliques résultent du métabolisme et sont produits à partir des
produits de la photosynthèse. Une fois produits par la machinerie métabolique, les acides carboxyliques
sont complètement dissociés dans le cytoplasme et se trouvent donc sous leur forme anionique avec
une ou plusieurs charges négatives selon le composé (Jones et al., 2003). Pour agir sur la mobilisation
de P, ils doivent être libérés dans le milieu extérieur par des systèmes de transport qui sont des canaux
anioniques (Wang et al., 2007). Pour maintenir la neutralité électrique du transport de carboxylates, une
quantité équivalente de charges positives doit les accompagner. Lorsque ces charges positives sont
des protons, on a alors une acidification du milieu ; lorsque les charges positives sont d’autres cations
comme le potassium, la libération de carboxylates ne s’accompagne pas d’une acidification.
La capacité des plantes à libérer des carboxylates a été étudiée chez de nombreuses espèces au cours
des dernières décennies, et les résultats montrent des variations considérables entre espèces et des
flux plutôt faibles pour de nombreuses espèces d’intérêt agronomique. Les légumineuses semblent
avoir une plus grande capacité pour libérer des carboxylates que les autres espèces, en particulier le
lupin blanc au niveau de ses racines protéoïdes (Lambers et al., 2013). Le lupin blanc a donc été utilisé
comme espèce modèle pour étudier les mécanismes de synthèse et les facteurs qui régulent la
libération des carboxylates. Parmi les facteurs, une faible disponibilité en Pi augmente le nombre et la
biomasse des racines protéoïdes ainsi que le flux de citrate (Shen et al., 2005). En système simplifié,
les racines de lupin produisent du citrate autour des racines protéoides mais aussi du malate. Les
travaux de Zhu et al. (2005) ont montré que le citrate est libéré avec plusieurs cations, alors que le
malate est libéré principalement avec des protons, ce qui indique que le lupin blanc est capable de
libérer à la fois des carboxylates et des acides carboxyliques. La plupart des études sur le lupin blanc
ont porté sur le citrate et le malate, mais des résultats récents ont montré que l'oxalate était libéré dans
le sol rhizosphérique à des vitesses six fois plus élevées que les deux autres anions organiques
(Mimmo et al., 2011). Cependant, dans cette dernière étude, les plantes ont été cultivées dans des
conditions non stériles, et l’oxalate peut provenir soit des racines, soit des populations microbiennes (ou
des deux). De façon plus générale, la nature des carboxylates prédominants libérés varie en fonction de
l'espèce végétale. De plus, Pearse et al. (2007) ont aussi démontré que la libération de carboxylates
n’explique qu'en partie les capacités des différentes espèces à accéder aux diverses formes de P peu
solubles du sol.
L’ajout de carboxylates marqués dans la rhizosphère montre que ces molécules sont dégradées
rapidement par les populations microbiennes, avec des temps de demi-vies de quelques heures (Jones,
1998). Cependant, les microorganismes de la rhizosphère peuvent également produire des
carboxylates, comme l'acide malique, l'acide oxalique ou l'acide citrique détectés en culture pure (Khan
et al., 2007), avec des quantités et des types de carboxylates produits variant avec la souche
microbienne.
La libération concomitante de protons ou d’autres cations avec les carboxylates peut avoir un effet
considérable sur la libération de Pi dans le sol, comme montré par Palomo et al. (2006). Ces auteurs
ont comparé l'impact de l'acide citrique (citrate-H) et du citrate de potassium (citrate-K) dans la
mobilisation et l'acquisition de Pi par de jeunes plants de maïs (Zea mays) cultivés dans deux types de
sols acides. Dans un Cambisol, l’acide citrique a augmenté d’un facteur 10 la concentration en Pi
mesurée dans la solution du sol par rapport à celle mesurée dans l'eau, alors qu’un effet beaucoup plus
lent et quatre fois plus faible a été obtenu en présence de citrate-K. En revanche, dans le Podzol,
l'addition d’acide citrique n'a pas augmenté la concentration en Pi dans la solution alors que le citrate-K
a abouti à un effet significatif. La même tendance a été observée lorsque différents carboxylates ont été
appliqués, avec ou sans co-acidification, dans plusieurs types de sols (Oburger et al., 2011). Dans ces
travaux, le citrate, qui comporte trois fonctions carboxyles, est toujours le carboxylate le plus efficace
pour augmenter la mise en solution de P, quel que soit le type de sol. Cependant, en utilisant une
approche de modélisation, Duputel et al. (2013) ont constaté que lorsque le sol contient de grandes
quantités de minéraux argileux, le citrate apporté à faible concentration (10 µmol kg-1 de sol) réduit la
disponibilité en Pi dans la solution en augmentant son adsorption par des interactions électrostatiques
avec les ions Ca adsorbés. Pris dans leur ensemble, ces résultats indiquent que l’effet réel des anions
organiques sur l’augmentation de la biodisponibilité de P va dépendre de multiples facteurs, comme
leur vitesse de production par les racines et les populations microbiennes qui leur sont associées, leur
forme, leur persistance, et finalement, la nature du sol.
l'activité des microorganismes produisant des activités phosphatase alcaline ne sont pas directement
liées.
Les activités phosphatase sont régulées par un certain nombre de facteurs, comme la disponibilité du Pi
du sol ou son contenu en matière organique (Nsabimana et al., 2004 ; Snajdr et al., 2008 ; Stursova et
Baldrian, 2011). Inversement, la quantité de Pi disponible dans les sols n’est pas toujours liée à l'activité
phosphatase (Venkatesan et Senthurpandian, 2006), et l'application de Pi peut réprimer la synthèse de
phosphomonoestérases dans le sol (Nannipieri et al., 2011). En utilisant la dilution isotopique du 33P,
Spohn et al. (2013) ont suggéré que la libération des exsudats racinaires par la plante était une
stratégie pour augmenter la minéralisation microbienne de P organique et la disponibilité du P. Les
changements dans les activités phosphatasiques du sol ont été attribués à des changements dans la
composition des communautés microbiennes (Nannipieri et al., 2011). L'application des outils
moléculaires pour étudier le cycle du P dans les communautés microbiennes est plus difficile que pour
le cycle de N, en raison des difficultés à cibler des gènes spécifiques impliqués dans le cycle du P.
Cependant, des méthodes récemment développées portant sur la détection de gènes de
phosphomonoestérases alcalines ont été appliquées avec succès dans les sols. Par exemple, la
communauté bactérienne produisant la phosphatase alcaline (par suivi du gène ALP) a été utilisée pour
comparer la gestion des essais de terrain à long terme, montrant que la fertilisation affecte les bactéries
à ALP dans la rhizosphère de plants d’orge (Chhabra et al., 2013 ; Tan et al., 2013). Ces gènes ALP
ont également été utilisés pour comparer les activités phosphatasiques dans la rhizosphère du blé
cultivé en monoculture ou en culture associée avec des légumineuses. Les résultats montrent que
l’espèce végétale affecte plus fortement la composition de la communauté d'espèces mobilisant le P
que le mode de culture (Wang et al., 2007 ; Wang et al., 2012). Cependant, ces études ont porté sur un
seul type de phosphatase, et il est urgent de développer des nouveaux outils ciblant d'autres gènes et
de déterminer les enzymes les plus efficaces pour hydrolyser le P organique dans les sols.
présentes chez les légumineuses, comme le soja. A ce jour, aucune enzyme PAP n’a été purifiée à
partir de bactéries (Jorquera et al., 2008a).
Si les plantes possèdent des phytases qui sont actives au moment de la germination des graines pour
remobiliser les réserves de Pi contenues dans le phytate des graines, elles sont généralement peu
capables d’utiliser le phytate comme seule source de P lorsqu’il est fourni dans le milieu extérieur. Ceci
est dû au fait que les espèces végétales ne sécrètent pas leurs phytases dans le milieu extérieur,
comme cela a été montré chez A. thaliana (Richardson et al., 2001). Utiliser les phytases microbiennes
apparaît donc comme une option prometteuse pour mobiliser les réserves de phytate dans les sols
pauvres en Pi. Pour améliorer l’acquisition de P par les plantes, Richardson et al. (2001) ont introduit
par génie génétique la phytase fongique (PhyA) de A. niger dans les plantes d’A. thaliana. Après
transformation, les activités phytase mesurées dans les racines des plantes transformées ont été 20
fois supérieures à celle mesurées dans les plantes non transformées. Les plantes transgéniques ont
mieux utilisé le P du phytate que les plantes sauvages, avec une augmentation de leur croissance et du
P contenu dans la biomasse aérienne (Richardson et al., 2001). Toutefois, ces effets positifs sur la
croissance des plantes ont surtout été observés lorsque les expériences ont été menées dans des
conditions artificielles, en l'absence de sol, alors que la sécrétion de phytase dans les plantes
transgéniques a rarement permis d'améliorer la croissance et l’acquisition de P des plantes cultivées en
présence de sol (George et al., 2005). Cette absence d’effet de la phytase dans le sol a été attribuée à
une possible adsorption du substrat et de l’enzyme sur les minéraux et la matière organique du sol, qui
varie selon le pH du sol, conduisant à une perte de l'activité phytase jusqu'à 95% (Giaveno et al., 2010).
Burns et al. (2013) ont émis que des procédés d’immobilisation de certaines enzymes du sol pouvaient
protéger leur activité. Cette stratégie a été étudiée récemment par Trouillefou et al. (2014). Ces auteurs
ont montré que la protection de l’enzyme de A. niger dans des nanomatériaux a effectivement permis
d’augmenter l’acquisition de P par de jeunes plantules de Medicago truncatula en conditions simplifiées
(substrat solide à base de sable). Si cet effet positif se maintenait en conditions de sol, cette innovation
pourrait avoir un avenir.
Comme pour la solubilisation du P minéral, la rhizosphère abrite des bactéries capables de minéraliser
le phytate (Jorquera et al., 2008b). La densité et les propriétés de ces populations ont été établies à
partir de sols rhizosphériques prélevés chez des haricots cultivés sous Pi suffisant ou déficient
(Maougal et al., 2014). Seul le sol déficient en Pi a entraîné un enrichissement de la rhizosphère en
bactéries minéralisatrices de phytate par rapport au sol non-rhizosphérique. Les quatre mêmes genres
bactériens (Gram-) ont été isolés pour les deux concentrations en P inorganique : Pseudomonas,
Pantoea, Enterobacter et Salmonella. Les capacités de ces souches à libérer du Pi en minéralisant le
phytate ont été mesurées en culture liquide. Les bactéries isolées de la rhizosphère du sol déficient en
P ont libéré plus rapidement et en plus grande quantité du Pi à partir de phytate que celles provenant
du sol où P était en quantité jugée suffisante pour la croissance du haricot. Parmi ces genres,
Salmonella a été le plus actif pour libérer le Pi, bien qu’il n’ait été trouvé qu’une seule fois pour chaque
condition de P. En revanche, Pseudomonas, qui libère le Pi moins vite que Salmonella, était
abondamment présent dans les deux conditions de culture. Comme suggéré par Maougal et al. (2014),
ce genre bactérien pourrait être impliqué dans l’adaptation des légumineuses à de faibles disponibilités
de P dans le sol. Ces bactéries minéralisatrices de phytate pourraient donc être utilisées comme bio-
inoculant pour les cultures.
trophiques (prédation) ou non trophiques (modification de l’environnement abiotique) exercées par des
activités fauniques sur les populations microbiennes de la rhizosphère ont notamment été étudiées.
En éliminant les cellules bactériennes âgées, les microbivores augmentent l'abondance relative des
cellules jeunes avec une activité métabolique plus élevée. Il est donc fréquent d'observer que l'activité
microbienne du sol est plus élevée en présence de protozoaires ou de nématodes par rapport au sol
sans prédateurs (Coleman et al., 1978). Par exemple, la présence de nématodes bactérivores
augmente les activités phosphatasiques mesurées dans le sol rhizosphérique du maïs, quel que soit le
stade de croissance de la plante, tandis que la biomasse microbienne a tendance à diminuer (Djigal et
al., 2004a ; Djigal et al., 2004b). Irshad et al. (2012) ont montré que la présence de nématodes
bactérivores est indispensable pour que de jeunes plantes de pin maritime puissent acquérir du P à
partir de phytate. Cet effet a été attribué à une augmentation potentielle de l'activité minéralisatrice du
phytate par Bacillus subtilis. En plus d'accroître l'activité microbienne, les prédateurs peuvent également
modifier la composition des communautés microbiennes dans la rhizosphère, en se nourrissant de
façon sélective (Rosenberg et al., 2009). On a ainsi pu démontrer que les changements induits par une
prédation sélective des communautés microbiennes pouvaient favoriser certaines fonctions
microbiennes, comme la nitrification (Griffiths, 1989). Puisque les bactéries du sol sont des acteurs
majeurs dans la régulation du devenir du P du sol, en particulier pour le P organique, les changements
dans la composition de la communauté bactérienne induits par la prédation pourraient être l'une des
voies les plus importantes expliquant les effets des prédateurs microbiens sur le cycle du P dans le sol.
De nombreuses expérimentations indiquent que l’addition de microbivores produit un effet positif sur la
croissance des racines des plantes inoculées, indépendamment du niveau de nutriments disponibles
pour la plante (Bonkowski et Clarholm, 2012 ; Bonkowski et al., 2009). Par exemple, Jentschke et al.
(1995) ont observé une meilleure croissance de l’épicéa (jusqu’à +160%) en présence de protozoaires,
malgré un apport d’éléments minéraux rendant les conditions du milieu non limitantes. Ils ont aussi
observé une architecture racinaire modifiée avec une meilleure croissance des racines latérales.
Comme cet effet est similaire à celui qui est observé avec l’inoculation de bactéries PGPR (voir section
1.2), Bonkowski et Brandt (2002) ont suggéré que les prédateurs puissent augmenter les populations
PGPR par une prédation sélective de ces souches, augmentant ainsi la libération de substances
hormonales dans la rhizosphère. Comme indiqué précédemment, une meilleure croissance des racines
(surtout leur ramification) peut augmenter le volume d'exploration du sol et finalement l'absorption de P
de la solution du sol (voir section 1.1). Une meilleure croissance des racines peut aussi augmenter la
rhizodéposition, intensifiant en retour la croissance des populations bactériennes et les relations proies-
prédateurs (Bonkowski, 2004). L’ensemble de ces interactions bactéries PGPR-microbivores dans la
rhizosphère peut conduire à une modification de l’équilibre hormonal entre parties aériennes et racines
(Krome et al., 2010), modifiant en retour la croissance de la plante. Cependant, l’effet de la prédation
sur les modifications de la croissance du système racinaire et de son architecture pourrait aussi résulter
d’une augmentation des populations microbiennes nitrifiantes et la disponibilité du nitrate dans la
rhizosphère. En effet, le nitrate agit comme une molécule « signal », capable de moduler le
développement de la plante en régulant l'expression d'un certain nombre de gènes (Sakakibara, 2003),
ce qui pourrait produire des effets semblables aux hormones. Une disponibilité plus forte en nitrate
induite par la prédation pourrait donc aussi améliorer l’acquisition de P par la plante via une meilleure
croissance en longueur du système racinaire.
Comme évoqué précédemment, la symbiose mycorhizienne joue un rôle très important dans
l’acquisition de P par de nombreuses plantes. En réduisant le nombre de bactéries et en libérant les
nutriments bloqués dans la biomasse bactérienne dans le sol, les protozoaires et les nématodes
peuvent modifier la concurrence qui existe entre les bactéries et les champignons mycorhiziens pour les
éléments minéraux, en particulier P. De plus, en augmentant l’activité minéralisatrice des bactéries, la
prédation peut stimuler le transfert de P du sol du réservoir de P organique vers celui du P inorganique.
On peut donc penser que la présence simultanée de microbivores et des champignons mycorhiziens
permettrait d'optimiser l’acquisition de P par les plantes dans des conditions limitantes en P.
Malheureusement, ces interactions ont été très peu examinées, à part chez le pin maritime,
ectomycorhizé ou non. Les premiers résultats obtenus en conditions très simplifiées (gel d’agarose)
montrent un effet très important de la présence de nématodes sur l’acquisition de P à partir de phytate,
mais ne révèlent pas d’effet synergique entre mycorhization et prédation (Irshad et al., 2012). Ceci
pourrait être dû au type de support utilisé et d’autres expérimentations en conditions de sol sont
nécessaires pour confirmer cette hypothèse.
Jusqu’ici, aucun effet direct des phages (virus) n’a été montré sur le cycle de P. Cependant, les phages
pourraient bien jouer un rôle important dans le turnover du P microbien car ils sont capables d’infecter
des bactéries et d’avoir un impact potentiellement important sur la dynamique des populations qui sont
leurs hôtes. En effet, les phages peuvent entraîner 20% à 40% de mortalité bactérienne par lyse
cellulaire. Cette mortalité pourrait à son tour influencer la disponibilité en ressources, comme celle
provenant du P microbien (Kimura et al., 2008 ; Suttle, 2005). Contrairement aux écosystèmes
aquatiques, les études portant sur l'impact des phages sur les communautés microbiennes dans les
écosystèmes terrestres, et en particulier dans les sols, sont plutôt récentes (Buee et al., 2009 ; Kimura
et al., 2008 ; Li et al., 2013 ; Swanson et al., 2009). Des populations d’environ 107 à 109 particules
virales ont été estimées par g de sol nu ou dans du sol rhizosphérique (Ashelford et al., 2003 ; Swanson
et al., 2009 ; Williamson et al., 2013). La lysogénie, qui correspond au cycle de vie dans lequel le
génome du phage (le prophage) est maintenu dans le chromosome bactérien ou comme élément extra-
chromosomique, est relativement fréquente chez les bactéries du sol. Elle a été constatée pour des
bactéries bénéfiques isolées à partir de végétaux comme Azospirillum (Williamson et al., 2008). Enfin,
de nombreuses cellules visiblement infectées par des phages ont été observées dans le sol (Takahashi
et al., 2013). Pris dans leur ensemble, ces éléments suggèrent que la lyse bactérienne par les phages
pourrait aussi contribuer de façon non négligeable – mais qui reste à quantifier – au turnover du P
microbien dans le sol et donc à la disponibilité en P pour les plantes.
ions phosphates et des groupes carboxyles d'une glycoprotéine de mucus produit par les vers de terre
dans leur intestin (Chapuis-Lardy et al., 2009 ; Lopez-Hernandez et al., 1993), et (iii) une augmentation
de l'activité microbienne lors de la digestion (Lopez-Hernandez et al., 1993). La question de l’adsorption
de Pi sur le complexe d’échange du sol a été abordée en détail avec Pontoscolex corethrurus
(Glossoscolecidae), une espèce endogée très répandue en climat tropical. Lopez-Hernandez et al.
(1993) ont montré que pour deux sols tropicaux ayant une capacité d’adsorption de Pi contrastée, les
turricules frais avaient une plus grande disponibilité en P que le sol non-ingéré. D’autre part, l’utilisation
du traçage isotopique 32P a permis de montrer que (i) la concentration en phosphate dans la solution et
(ii) la vitesse d’échange avec les ions phosphate adsorbés sur les constituants du sol étaient
augmentées dans les turricules produits par P. corethurus (Chapuis et Brossard, 1995). Ces résultats
ont été confirmés pour deux sols malgaches ingérés par P. corethrurus (Chapuis-Lardy et al., 2009).
Les auteurs ont ainsi pu montrer que l’ingestion d’un sol à haut pouvoir fixateur vis-à-vis des ions
orthophosphates par un ver de terre endogé induisait une transformation du P inorganique du sol en
une forme plus rapidement échangeable, qui peut alimenter le pool de Pi disponible dans la solution du
sol.
Les turricules contiennent aussi de fortes quantités de P organique (par exemple, pour P. corethrurus,
probablement issues d'une ingestion sélective des particules fines du sol (Chapuis-Lardy et al., 1998).
Plusieurs études ont signalé une augmentation de l'activité enzymatique des déjections de vers de terre
et la stimulation de l'activité microbienne dans ces déjections (Chapuis-Lardy et al., 1998 ; Le Bayon et
Binet, 2006 ; Lopez-Hernandez et al., 1993). Cependant, Zhang et al. (2000) ont observé une
augmentation de P inorganique dans le sol en présence de vers de terre, en dépit d'une diminution des
phosphatases acides et alcalines dans les turricules de vers de terre, suggérant que le P organique est
minéralisé dans l'intestin plutôt que dans les turricules. Cette hypothèse avait déjà été suggérée par
Devliegher et Verstraete (1996). Ces auteurs ont montré que l'augmentation du P inorganique dans les
sols en présence de vers de terre était due à la production de phosphatases alcalines par les vers de
terre et une stimulation de la production de phosphatase microbienne (acide) par l'activité des vers de
terre. Ces données sont favorables à un processus de minéralisation du P organique associé à l'intestin
plutôt qu’aux turricules. Dans l'ensemble, la plus grande disponibilité de Pi observée en présence de
vers de terre peut être reliée à un turnover accéléré d’un matériel présentant une teneur accrue en P
organique. Cette augmentation de Pi corrélée à une diminution de P organique a également été
mesurée par Coulis et al. (2014) ; ces auteurs ont aussi mis en évidence une meilleure acquisition du P
par les plantes (pois chiche notamment) en présence du ver de terre endogé tempéré Allolobophora
chlorotica. Toutefois, en fonction des espèces dominantes, l'activité des vers de terre pourrait aussi
entraîner la protection du P organique dans les macro-agrégats stables et une fixation supérieure de Pi
sur les hydroxydes de fer et d’aluminium (Scheu et Parkinson, 1994a;b ; Suarez et al., 2004). Toutes
les hypothèses sur les transformations du P organique portées par les vers de terre et leurs effets sur le
cycle de P du sol pourraient être vérifiées en utilisant les isotopes radioactifs 32P ou 33P.
Ces effets des vers de terre sur l’augmentation de Pi dans le sol pourraient être amplifiés par la
mycorhization qui augmente le volume de sol exploré. De rares travaux le suggèrent, comme par
exemple une étude utilisant du 32P pour suivre le devenir du P dans le sol et entre des plantes inoculées
avec des champignons endomycorhiziens en présence d'un ver de terre endogé tempéré (Aporrectodea
caliginosa) (Tuffen et al., 2002). Les résultats obtenus montrent un transfert plus élevé de 32P dans le
sol ainsi qu’entre les plantes (donneur ou receveur) endomycorhizées en présence de vers de terre.
Néanmoins, on peut conclure que les vers de terre changent nettement l'état biogéochimique du P
(disponibilité, pool de P organique, activités enzymatiques) dans leurs intestins et dans le sol où ils sont
actifs (la drilosphère, sensu stricto (Lavelle et al., 1997), comprenant les turricules et les parois des
galeries. Toutefois, leur impact sur la dynamique de P et la disponibilité de Pi dans le sol dépend des
propriétés particulières du sol, de la source de P organique et des comportements spécifiques des vers
pour creuser leurs galeries ainsi que leurs préférences alimentaires. Il convient donc de coupler les
études s’appuyant, en mésocosmes, sur l’outil isotopique à des quantifications en milieu réel des
groupes trophiques dominants et des quantités de sol ingérées en fonction du milieu (climat, usage des
terres et type de sol).
L’optimisation de l’utilisation des ressources en P est donc possible à différentes échelles spatiales des
plus fines comme celles relevant des microorganismes aux plus larges comme la parcelle agricole, et
impliquant différents acteurs scientifiques, agriculteurs, sélectionneurs et industriels.
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Résumé
Par leur capacité à s’associer avec des bactéries du sol fixant l’azote atmosphérique, les légumineuses
ont la particularité de pouvoir être cultivées sans utiliser d’engrais azotés, et d’être une source d’azote
au niveau du système de culture. Cette propriété leur confère un rôle particulier dans la gestion des flux
d’azote au sein des systèmes de culture, et dans les bilans environnementaux qui en découlent. Dans
une première partie, nous décrivons le processus de fixation symbiotique de N2 au cours de la culture,
en considérant sa réponse à la disponibilité en nitrate, et aux autres facteurs environnementaux et
facteurs génétiques. Après avoir établi un bilan des quantités d’azote accumulées dans les organes
récoltés, les pailles et le sol, nous explicitons i) la façon dont la minéralisation des résidus de
légumineuses peuvent contribuer à l’alimentation en azote de la culture suivante, ainsi que l’adaptation
des itinéraires techniques qui permettent de valoriser au mieux cet azote ii) les autres bénéfices et
risques liés à l’introduction de légumineuses dans des systèmes de culture peu diversifiés. Les bilans
environnementaux relatifs à l’insertion des légumineuses dans les systèmes de culture mettent en
évidence les pertes d’azote potentielles, liées aux risques de lixiviation, et les bénéfices essentiellement
liés à la réduction de fertilisation azotée.
Mots-clés : Azote, nitrate, fixation symbiotique, effets précédents, systèmes de culture, impacts
environnementaux.
Introduction
La nutrition azotée des plantes de la famille des légumineuses est assurée par deux voies
complémentaires : absorption de l’azote minéral du sol par les racines, comme chez tous les végétaux
supérieurs, et fixation de l'azote atmosphérique, processus propre à ces espèces, grâce à une
symbiose avec des bactéries du sol. Cette spécificité confère aux cultures de légumineuses la
particularité d’être cultivées sans apport d’engrais azotés et de produire des graines riches en
protéines. Toutefois, le processus de fixation symbiotique est régulé par la plante, et varie en fonction
des conditions environnementales, en particulier la disponibilité en nitrate du sol. Par ailleurs, les
résidus aériens laissés au sol suite aux cultures de légumineuses sont riches en azote ; avec les
éléments issus du système racinaire, ils peuvent ainsi contribuer à la nutrition azotée des cultures
suivantes dans la succession culturale, à condition d’adapter leur gestion agronomique pour optimiser
l’utilisation de cet azote et éviter les pertes. Enfin, les économies d’engrais azotés permises par
l’introduction de légumineuses dans les systèmes de culture permettent d’éviter les impacts
environnementaux négatifs associés à l’utilisation d’engrais chimiques. Les cultures de légumineuses
ont par conséquent un rôle agronomique majeur à jouer dans la gestion des flux azotés de systèmes de
culture économes en intrants azotés, et performants du point de vue environnemental.
quand l’azote minéral se raréfie. De façon générale, la présence de nitrate dans la solution du sol limite
la fixation symbiotique. Les légumineuses ont une grande plasticité pour utiliser la fixation de l’azote de
l’air ou l’absorption de l’azote minéral du sol, selon les sources d’azote disponibles.
Les effets du nitrate sur la fixation symbiotique sont illustrés sur l’exemple du pois cultivé au champ.
Une relation générale a été établie entre le pourcentage de l’azote accumulé par la plante issu de la
fixation symbiotique, sur l’ensemble du cycle de la plante, et le contenu en azote minéral disponible
dans la couche labourée au semis, en conditions d’alimentation hydrique, minérale et sanitaires non
limitantes (Voisin et al., 2002b). La relation indique que la fixation symbiotique est inhibée de façon
proportionnelle à la quantité d’azote minéral disponible au semis, et devient nulle pour une disponibilité
supérieure à 380 kg.ha-1.
100
données Dijon 1999
Figure 1 : Contribution de la
données Dijon 2000 fixation symbiotique à l'acquisition
totale d'azote par le peuplement
N issu de la fixation symbiotique (%)
0
0 50 100 150 200 250 300 350 400 450
N minéral dans la couche labouré au semis (kg N. ha-1)
on considère que la nodulation a lieu suite à la perception d'un signal de carence en azote provenant
des parties aériennes (Jeudy et al., 2010), lorsque la disponibilité en azote minéral dans le sol est trop
faible pour subvenir aux besoins de la plante (Voisin et al., 2002). Ainsi, plus la disponibilité en nitrate
est élevée, plus la nodulation démarre tardivement ; et plus la disponibilité en nitrate est élevée, plus la
quantité de nodosités observée à la floraison est faible.
Lorsque la nodulation a lieu, le nombre de nodosités mis en place au sein du système racinaire de la
légumineuse est proportionnel aux besoins en azote de la plante pour sa croissance (Voisin et al.,
2010). En absence ou à faible disponibilité en nitrate, la régulation du nombre de nodosités est donc la
principale composante d’ajustement de la fixation de N2 aux autres facteurs de l’environnement
déterminant la croissance, ajustant ainsi précisément l’offre en azote par la fixation symbiotique à la
demande en azote pour la croissance, et optimisant ainsi les coûts en carbone associés à la symbiose.
Comme pour toutes les espèces, ces besoins en azote sont essentiellement déterminés par le niveau
de croissance aérienne (Lemaire et al., 2007 ; Devienne-Barret et al., 2000), qui dépend de la surface
foliaire en place (variable en fonction du stade de développement de la plante) et du niveau de
rayonnement solaire. Via des régulations faisant intervenir le statut azoté de la plante, ces besoins
déterminent ainsi le niveau maximal d’activité fixatrice. Le niveau réel d’activité fixatrice dépend de la
biomasse des nodosités présentes, et de l’offre en carbone disponible au sein des nodosités pour
réaliser cette fonction. Cette offre en carbone varie en fonction du stade de développement : en effet, le
pourcentage de carbone photosynthétique alloué aux parties racinaires diminue au cours du cycle de la
plante, au fur et à mesure de l’apparition et du remplissage des graines, fortement consommatrices en
assimilats carbonés (Voisin et al., 2003).
En cours de culture, une augmentation brutale de la disponibilité en nitrate sur un système fixateur en
place (donc adapté à des conditions de disponibilité en nitrate plus faibles), affecte négativement la
fixation symbiotique. Des observations chez le pois (Naudin et al., 2011) ont montré qu’une exposition
temporaire au nitrate entraîne toujours une diminution de la fonction d’activité fixatrice des nodosités.
L’effet sur la structure des nodosités dépend de la période d’exposition au nitrate : aux stades végétatifs
et à floraison, la présence de nitrate induit une diminution ou un arrêt de la croissance des nodosités,
alors qu’au stade de remplissage des graines, elle entraine une entrée en sénescence prématurée des
nodosités. Une fois l'application de nitrate levée, la capacité de la plante à restaurer son appareil
fixateur et son activité fixatrice dépend du stade de développement. Chez le pois, une réversibilité de la
fixation symbiotique est possible en début de cycle, jusqu’à la floraison, puis diminue au cours du cycle
de la plante pour être nulle en fin de cycle.
1.2.3 Conséquences sur la dynamique de fixation symbiotique au cours du cycle
En culture pure, le prélèvement de l’azote par une culture de légumineuse se divise en trois étapes.
Cette dynamique, quantifiée sur le pois, est transposable à toutes les légumineuses à graines.
(1) En début de cycle de culture, les besoins en azote nécessaires à la mise en place de la plantule
sont assurés par la semence, l’autonomie étant proportionnelle à la taille de la graine.
(2) A partir de la levée, l’absorption de nitrates provenant de l'azote minéral dans le sol prend le relais
puis diminue au fur et à mesure de l'épuisement du nitrate présent dans le sol. La fixation symbiotique
démarre dès que les réserves de la graine et les reliquats azotés ne permettent plus de subvenir aux
besoins en azote pour la croissance, soit au bout d'environ 235 degrés-jours après le semis chez le
pois. Les premières nodosités du pois sont visibles dès le stade 3-4 feuilles. Leur mise en place a lieu
au détriment des racines. Les reliquats azotés du sol au semis favorisent le démarrage de la
croissance, permettant une disponibilité en nutriments carbonés et azotés suffisante au sein de la
plante, pour une mise en place rapide des nodosités. Des niveaux d'azote minéral supérieurs à 50
kg.ha-1 environ retardent la mise en place des nodosités chez le pois et limitent la fixation symbiotique.
La fixation symbiotique augmente au cours de la phase végétative au fur et à mesure de la mise en
place des nodosités, pour devenir majoritaire puis exclusive dès la fin de la phase végétative. Puis, la
légumineuse a la capacité de basculer d’une voie à l’autre, en fonction de la disponibilité en azote
minéral du sol et des besoins de la plante, sauf si le fonctionnement des nodosités a été longtemps
inhibé (notamment par des stress environnementaux).
(3) A partir du début du remplissage des graines, la fixation symbiotique décroît : cette baisse est
interprétée comme une conséquence de la compétition pour les nutriments carbonés issus de la
photosynthèse qui est exercée par les graines au cours de leur remplissage, aux dépens des nodosités
(dont l'efficience est aussi diminuée par leur vieillissement). En plus de ce facteur intrinsèque majeur,
des facteurs environnementaux défavorables (par exemple des stress hydriques) peuvent contribuer à
accélérer la diminution de la fixation symbiotique en fin de cycle.
Par ailleurs, le tassement du sol, le plus souvent associé à de mauvaises conditions d’implantation, est
un autre facteur limitant fréquent de la fixation symbiotique, du fait d’une limitation en oxygène du
fonctionnement des nodosités dans les parties tassées, et du fait de la localisation plus superficielle des
nodosités qui résulte du tassement, les rendant plus sensibles à d'éventuels dessèchements du sol en
surface.
Conséquences sur le rendement et la qualité des graines : en conditions de culture optimales, le
mode de nutrition azotée (fixation symbiotique vs. absorption d’azote minéral) n’a pas d’incidence sur le
rendement et la teneur en protéines des graines (Voisin et al., 2002a). Autrement dit, en conditions
agricoles, la fixation symbiotique peut subvenir aux besoins en azote de la plante. Toutefois, dans les
conditions où la fixation symbiotique est limitée, un stress azoté prolongé diminue la production de
matière sèche. Il agit aussi in fine sur le rendement en graines, essentiellement en diminuant le nombre
de graines au m², et leur teneur en protéines (Doré et al., 1998). Le déterminisme de la qualité des
graines, i.e de leur teneur en protéines (en moyenne 24 % chez le pois soit 3.8% N), est complexe : elle
est fonction du rapport entre l'accumulation d'azote et l'accumulation de matière sèche dans les graines,
déterminées par des mécanismes indépendants, et donc affectées différemment par les stress. La
variabilité de la teneur en protéines des graines de pois n’est pas négligeable (entre 18 et 26% en 2014
selon les lots collectés, la plupart des lots étant proche de 22-23%). Cette variabilité, comparable entre
années, peut avoir des origines génétiques, mais les conditions environnementales expliquent la plus
grande partie des fluctuations.
1.3.2 Variation en fonction de facteurs génétiques
Certaines espèces fixent mieux l’azote que d’autres. Le haricot commun, peu efficace, a une fixation
azotée inférieure à ses besoins en azote. D’autres légumineuses à graines, telles que la féverole ou le
soja, sont de bons fixateurs d’azote, couvrant ainsi l’ensemble de leurs besoins non couverts par l’azote
minéral présent dans le sol. Ainsi, même s’il existe une variabilité importante pour chaque espèce entre
contextes pédoclimatiques, on observe des différences marquées de taux de fixation moyens entre
espèces (Herridge et al., 2008). En France, parmi les légumineuses à graines, le pois, le pois chiche, la
lentille, et le soja ont des taux de fixation moyens de l’ordre de 60-70 %. Le haricot se distingue par des
taux de fixation moyens plus faibles (autour de 40 %), et la féverole et le lupin par des taux moyens plus
élevés (autour de 70-80 %). Les légumineuses fourragères (trèfle, luzerne, prairies) présentent des taux
de fixation moyens encore plus élevés, de 80 à 100 %.
Il existe également une variabilité génétique dans la tolérance aux stress. La sensibilité à la présence
de nitrate varie par exemple avec l’espèce hôte : le trèfle et le pois sont moins sensibles au nitrate que
le lupin, le pois chiche, le soja ou la luzerne (Harper et Gibson, 1984). Le lupin est par ailleurs assez
peu sensible à l’acidité des sols mais très sensible à une forte alcalinité qui limite la survie des bactéries
symbiontes dans le sol et affecte la nodulation et la croissance. La réussite de la fixation est par ailleurs
conditionnée à la présence de bactéries symbiotiques efficientes dans le sol. Ainsi, alors que les
cultures de légumineuses d’origine tropicale (soja) nécessitent une inoculation au semis, le pois et la
féverole, le lupin et les légumineuses fourragères trouvent en général dans les sols français des
souches indigènes de bactéries qui leurs sont adaptées. Toutefois, pour certaines espèces (lupin,
luzerne), une inoculation peut s’avérer bénéfique dans certaines conditions de pH. Chez le pois, des
interactions souches-variétés pour la croissance de la plante ont été rapportées (Hobbs et Mahon
1983 ; Laguerre et al., 2007). Une bonne efficience en combinaison avec une association à un
ensemble de variétés cultivées est le caractère recherché dans la sélection de souches qui sont
utilisées pour l’inoculation.
9 maïs 9
8 8 Blé
rendement (t ha-1)
Rendement (t ha-1)
7 blé 7 Orge
0 0
1.4 1.6 1.8 2.0 2.2 2.4 2.6 2.8 1.4 1.6 1.8 2.0 2.2 2.4 2.6 2.8
Coût en carbone de production des graines
Coût en carbone de production des graines (g glucose par g de graine)
(g glucose par g de graine)
Figure 2 : Relation entre le coût en carbone de la production de graines en fonction de leur composition (donnée
par les Tables de nutrition animale; Sauvant et al, 2002) et leur potentiel de rendement A : en Europe, donnés
par le rendement maximum enregistré parmi les principaux pays producteurs sur la période 1994- 2004 (données
FAO et Eurosta ; Munier-Jolain et Salon, 2005) B : en France : moyenne annuelle française la plus élevée sur la
période 1994-2012 (Sources : Eurostat, SCEES, UNIP). NB : Pour pouvoir comparer les performances de
production des espèces, des courbes d'iso-production (IP) ont été tracées, chacune représentant une valeur
constante du produit du cout énergétique d'un gramme de graine par le rendement.
Une comparaison plurispécifique a mis en relation pour 18 espèces leur rendement potentiel en fonction
du coût énergétique de la synthèse de leurs graines (Munier-Jolain et Salon, 2005). Les rendements les
plus élevés sont obtenus chez les espèces riches en amidon (maïs, blé, riz), les rendements les plus
faibles chez les espèces riches en huile (soja, colza, tournesol), les espèces riches en protéines (pois,
lupin, féverole) présentant des niveaux de rendement intermédiaires. Cependant, à l'intérieur de chacun
de ces groupes, des différences de performances existent entre espèces ; ces différences peuvent être
en partie expliquées par des différences d'intensité de la sélection. En effet, les espèces faisant l’objet
d’une sélection avancée (par ex maïs et blé) ont des niveaux de rendement et d'indice de récolte que
l'on peut considérer plus proches de leur maximum, comparées à des espèces du même groupe moins
améliorées génétiquement à ce jour (sorgho et blé dur par exemple). Les légumineuses à graines
appartiennent à cette seconde catégorie. Pour ces espèces, pour lesquelles la sélection est récente en
Europe, il existe donc encore un potentiel d'amélioration conjointe de teneur en protéines et du
rendement ainsi que l’illustrent des travaux conduits chez le pois (Burstin et al., 2007) et le soja (Cober
et Voldeng, 2000).
1.4.2 Répartition de l’azote entre graines et pailles
A maturité, l’azote prélevé dans les parties aériennes se répartit entre les graines, récoltées, et les
parties végétatives (tiges, feuilles) le plus souvent laissées au sol après récolte. Chez le pois, l'indice de
récolte de la biomasse, qui indique la fraction de biomasse aérienne représentée par les graines,
présente une forte variabilité entre situations. Sa valeur est comprise entre 0.30 et 0.65, et elle n'est pas
corrélée à la biomasse totale de la plante (Lecoeur et Sinclair, 2001a), contrairement à d'autres
espèces comme le maïs, le sorgho, l'arachide, le blé, l'orge ou le tournesol.
L'indice de récolte de l'azote, qui représente la fraction de l'azote dans les graines, montre en revanche
chez le pois une remarquable stabilité pour une large gamme de rendements limités par des facteurs
abiotiques (Lecoeur et Sinclair, 2001b). Une valeur moyenne de 0.80 a été déterminée pour une
gamme de situations incluant des contraintes hydriques, thermiques et azotées, correspondant à une
gamme de rendements compris entre 3,6 et 61,3 q.ha-1. Les 20 % d'azote restant dans les parties
végétatives aériennes correspondent à des pools d'azote structural qui ne peuvent être remobilisés. En
revanche, les contraintes biotiques conduisent souvent à une réduction du niveau final de remobilisation
de l'azote des parties végétatives, et donc à une quantité d’azote contenue dans les pailles plus
importante.
La quantité d’azote contenue dans les résidus des cultures de légumineuses varie en fonction du stade
de la culture, de l’espèce, de la biomasse totale accumulée par le couvert végétal, et de sa
transformation en rendement (pour les légumineuses à graines), le tout étant sous l’influence des
conditions pédoclimatiques au cours du cycle cultural. Pour le pois protéagineux, espèce la plus
cultivée des légumineuses à graines en France, la teneur en azote des résidus aériens est en moyenne
de 1,22 ± 0,28 kg N par quintal de matière sèche. En comparaison, les références moyennes de teneur
en N pour les résidus des céréales sont de 0,6-0,7 pour le blé tendre, 0,7-0,8 pour l’orge de printemps,
0,6-0,8 pour le colza, 0,9-0,95 pour le maïs (Arvalis, 2011). Cependant, comme la quantité de biomasse
laissée par le pois est généralement moins importante que celle des résidus de céréales ou de colza,
au champ, on observe des quantités équivalentes d’azote laissées par les résidus aériens de pois et
des autres cultures.
1.4.3 Une quantité importante d’azote souterrain
L'azote des parties souterraines d'une culture est la somme de l'azote contenu dans son système
racinaire et de la libération de composés azotés dans le sol au voisinage de ses racines (la
rhizodéposition). Alors qu'elle a longtemps été négligée, des études récentes au champ montrent que la
partie souterraine de l’azote d’une culture représenterait une part conséquente de l’azote de la plante
entière (Fustec et al., 2010 pour synthèse).
La rhizodéposition est le phénomène général par lequel des composés carbonés et azotés sont libérés
par les racines dans le sol pendant la croissance de la plante. Les mécanismes par lesquels les
rhizodépôts majeurs sont libérés dans le sol sont (i) la sénescence et la décomposition des racines et
des nodosités, (ii) l'exsudation de composés solubles par les racines, (iii) le renouvellement des cellules
de la coiffe racinaire, et (iv) la sécrétion de mucilage. La majorité de l'azote rhizodéposé provient de la
sénescence et de l'exsudation racinaire. La rhizodéposition est difficile à mesurer mais un effort
significatif a été réalisé ces dix dernières années pour développer des méthodes permettant une
quantification au champ (mais qui restent très lourdes à effectuer). Il a été montré que la rhizodéposition
augmente avec l'âge de la plante et sa teneur en azote (Mahieu et al., 2007). Les rhizodépots
constituent une source de carbone et d'azote pour la microflore du sol et pour les plantes voisines ou
les cultures suivantes. Les fonctions écologiques des rhizodépots sont diverses et restent encore mal
connues. La rhizodéposition n’est pas spécifique des légumineuses. Néanmoins, les quantités en jeu
sont plus importantes chez les légumineuses. La part de chaque mécanisme de rhizodéposition est
variable selon les espèces : l’exsudation représente jusqu’à 20% de l’azote rhizodéposé pour le trèfle
blanc, mais moins de 5% pour la luzerne. Pour le pois, les estimations sont variables mais des mesures
au champ ont montré que l'azote souterrain pourrait représenter environ 30% de l'azote total accumulé
par la plante, la biomasse racinaire et la rhizodéposition comptant respectivement pour environ 10 et 90
% de cet azote (Mahieu et al., 2007).
On observe ainsi une tendance à la diminution du risque de fuite de nitrate vers les nappes souterraines
pendant l’interculture, dans les rotations intégrant du soja par rapport aux monocultures de maïs (Reau
et al., 1998).
En revanche, les phénomènes s’inversent lors de la campagne suivante. Le stock d’azote minéral dans
le sol après récolte d’un blé de pois est significativement plus faible par rapport à celui d’un blé de blé :
observé pendant trois années successives sur deux sites expérimentaux ; l’écart moyen est de 24 kg
N/ha sur un site et 30 kg N/ha sur le second entre les précédents pois et blé fertilisé. Ces résultats sont
confirmés sur un autre dispositif comparant des cultures non fertilisées, avec une réduction significative
de 7 kg N/ha du stock d’azote minéral après un blé de pois par rapport à un blé de blé (soit environ 25%
de réduction). Le différentiel selon les précédents se maintient pour le stock d’azote minéral à l’entrée
de l’hiver : ceux-ci sont en effet significativement plus faibles pour un blé qui suit un pois par rapport à
un blé de blé, avec en moyenne une réduction de 18 kg N/ha en entrée hiver. Ce résultat semble
majoritairement expliqué par une meilleure efficience d’absorption de l’azote par la culture qui suit le
pois, probablement grâce à un système racinaire plus sain. Les simulations de pertes en azote sur 20
ans, à partir de ces observations, confirment une inversion du risque de lixiviation entre le premier et le
second hiver après la culture de pois. Les pertes de nitrate suite à un blé de pois (28 kg N/ha en
moyenne) sont réduites en moyenne de 7 kg N/ha par rapport à celles qui suivent un blé de blé
(35 kg N/ha en moyenne), mais cet écart n’est pas significatif au seuil de 5% (Beillouin et al., 2014). En
conclusion, à l’échelle de la succession pluri-annuelle, l’introduction de pois dans une rotation céréalière
n’augmente pas les risques de lixiviation, en particulier par rapport à des successions incluant des blés
de blé, grâce à une compensation des risques de lixiviation entre le premier automne (pertes nitriques
hivernales supérieures de 0 à 10 kg N/ha) et le second automne (quantité d’azote lixivié inférieure de 7
kg N/ha).
2.1.3 Cas des associations céréales-légumineuses à graines
Le fonctionnement des associations de cultures entre une céréale et une légumineuse à graines est
très dépendant de la disponibilité en azote minéral dans le sol. La céréale, dont le système racinaire
croit de manière plus rapide et plus précoce que celui de la légumineuse, épuise rapidement l’azote
minéral disponible dans le sol, forçant ainsi la légumineuse à recourir à la fixation symbiotique pour
répondre à ses besoins en azote. Ainsi, la proportion d’azote contenu dans les parties aériennes de la
culture à la récolte, issu de la fixation, est systématiquement plus élevée dans une légumineuse
associée que dans une culture monospécifique de légumineuse (Corre-Hellou et al., 2006). Plus la
quantité d’azote minéral est élevée dans le sol, plus la céréale en bénéficie et se développe, au
détriment de la légumineuse, moins compétitive (Corre-Hellou et al., 2006), ce qui conduit à une
proportion de céréale plus importante dans la récolte. Cette très bonne efficience d’utilisation de l’azote
minéral conduit à des reliquats d’azote minéral dans le sol à la récolte plus faibles que dans le cas
d’une légumineuse pure (Thomsen et Hauggaard-Nielsen, 2008 ; Pelzer et al., 2012), et du même ordre
de grandeur que ceux derrière une céréale pure ayant reçu la même fertilisation. En revanche, les
effets précédents des associations sur la dynamique de l’azote sont peu connus à ce jour.
favorisés par un retour fréquent du colza dans la parcelle. L’insertion de légumineuses dans la rotation
peut ainsi contribuer à réduire les risques de ces maladies.
D’une manière générale, l’introduction d’une nouvelle culture dans les successions, suffisamment
fréquente à l’échelle d’un territoire, a également pour conséquence de diversifier les assolements. Cette
diversification apporte également une diversification de la faune et de la flore sauvages, et donc une
diversité de mécanismes de régulation : pollinisateurs auxiliaires potentiels prédateurs de bio-
agresseurs, perturbation visuelle ou olfactives, etc. Ainsi, la diversité des espèces cultivées dans les
paysages constitue un moyen de réduire les infestations de ravageurs à dispersion aérienne importante
(Rusch et al., 2010). Sur colza par exemple, il existe des corrélations très significatives, à l’échelle de
petites régions agricoles, entre la fréquence de colza et la quantité de produits phytosanitaires utilisés,
en particulier d’insecticides (Schott et al., 2010). L’introduction de légumineuses contribue alors à
réduire la fréquence du colza, et donc l’usage de pesticides.
2.2.2 Augmentation des risques
L'augmentation de la part des légumineuses dans la rotation peut avoir pour conséquences
l’augmentation des populations des pathogènes (survie, dispersion, pouvoir pathogène,...) effectuant
une partie de leur cycle sur ces espèces. Ainsi, en France, la pourriture racinaire du pois due à
Aphanomyces euteiches, est apparue à partir des années 1990 (Wicker et al., 2001) suite à
l'augmentation des surfaces en pois et plus particulièrement en raison des fréquences de retour trop
élevées au sein des rotations. Cette maladie pour laquelle il n'existe aucun moyen de lutte, a causé de
très sévères pertes de rendement et a engendré un abandon de la culture par certains producteurs et
un mouvement du pois vers les terres à moindre potentiel de rendement. Les risques de pourriture
racinaire qui affecte le pois mais aussi la lentille et certaines variétés de vesce, pourraient également
être accrus du fait de l’augmentation de la présence de plantes hôtes comme certaines légumineuses
utilisées en inter-culture (même si les CIPAN et fourrages d’été multiplient beaucoup moins l’inoculum,
du fait de leur cycle très court et en sol souvent sec, que lorsqu’elles sont cultivées en culture principale
au printemps).
Plusieurs bio-agresseurs ont vu leur fréquence accrue avec l’augmentation de la fréquence de la
légumineuse hôte : les nématodes de la tige de la féverole (Ditylenchus dipsaci gigas) plus fréquents
dans les années 2010 ; la bruche de la féverole (Bruchus rufimanus), dont le risque s’est également
accentué au cours de ces deux dernières campagnes agricoles. Sur une culture de colza, le sclérotinia
n’est a priori pas significativement favorisé par un précédent pois, par rapport à un précédent céréale,
constat observé dans l’ensemble des expérimentations du segment ‘pois-colza’ réalisées sur les trois
années de 2008 à 2010 (Carrouée et al., 2012). Cependant, les conditions de ces campagnes ont été
peu favorables à cette maladie, malgré des tests pétales indiquant un niveau de risque élevé, et il serait
nécessaire de valider ces tendances dans des situations de forte pression sclérotinia et dans des
conditions pédoclimatiques plus variées. Par ailleurs, les conséquences de l’augmentation de la
fréquence de couverts incluant des légumineuses (CIPAN, couverts de service ou associations de
cultures) dans les successions culturales doivent être quantifiées et étudiées plus précisément quant
aux pressions sanitaires nouvelles que cela peut engendrer.
(Carrouée et al., 2012). Le blé dur cultivé en rotation avec un soja, par rapport à une monoculture de
blé dur, a un gain de rendement de 23,4 q/ha (moyenne sur 3 ans) (Vogrincic, 2007). Les phénomènes
explicatifs sont en partie, mais pas uniquement, liés à l’azote. La conjugaison de différents facteurs est
en cause : minéralisation de l’azote organique des résidus aériens et souterrains, meilleure structure du
sol, meilleur état sanitaire du système racinaire, car moins de maladies d’origine tellurique, grâce à
l’alternance ou la diversité des familles botaniques.
Par ailleurs, les effets précédents des légumineuses impactent aussi positivement la qualité des
produits de récolte de la culture suivante : moins de mycotoxines dans les grains de la culture suivante
de céréales et une teneur en azote qui peut être améliorée. La teneur en azote des produits récoltés
(graines ou biomasse) est souvent plus élevée pour une culture de céréale suivant une légumineuse
par rapport à cette même culture si elle suit une non-légumineuse (s’il n’y a pas eu de problème de
croissance de la légumineuse), avec des différences importantes selon les conditions climatiques de
l’année et selon l’espèce de légumineuse. Pour la teneur en protéines du blé, alors que le climat
(notamment la pluviométrie) est souvent considéré comme le facteur numéro 1 avec un enjeu de 1 à
1,5 point (sur 11 à 12,5 % de MS), la parcelle (type de sol, précédent, matière organique) est le facteur
numéro 2 avec un enjeu entre 0,5 et 1 point, avant la variété et la fertilisation azotée. Une
expérimentation en agriculture biologique en Midi-Pyrénées (2004-2005) montrait que le précédent
féverole était plus favorable, avec un écart de rendement de 7.1 q/ha et une teneur en protéines plus
élevée de 0,6 % pour le blé suivant la féverole par rapport au blé consécutif au soja (Prieur et Justes,
2006).
2.3.2 Conséquences sur l’itinéraire technique de la culture suivante
Les effets d’une culture de légumineuse sur les flux azotés à court et moyen termes permettent une
réduction de la fertilisation azotée sur la culture suivante. Ainsi, les outils de raisonnement de la
fertilisation azotée quantifient l’effet précédent légumineuse par un surplus de fourniture d’N de 20 à 50
kg/ha par rapport à un précédent pailles, valeurs retrouvées dans la littérature scientifique (Evans et al.,
2001 ; Stevendon et Kassel, 1996 ; Engstöm, 2010). Cependant, cette fourniture est en réalité très
variable et peut monter jusqu’à 80 kg N/ha en parcelles agricoles, valeur mesurée sur des cultures
suivantes, blé ou colza, non fertilisées (Doré, 1992). Ce surplus d’azote disponible pour la culture
suivante, lié à la légumineuse, est délicat à prévoir car il est variable selon l’espèce, son mode
d’exploitation, ses performances, les conditions pédoclimatiques, et le mode de gestion de la
succession culturale. En réalité, les agriculteurs ne mettent que très peu en œuvre les écarts de doses
de fertilisation selon le précédent, recommandées par les outils de préconisation (Schneider et al.,
2010).
Les autres effets bénéfiques des cultures de légumineuses peuvent également se traduire par des
variations de l’itinéraire technique de la culture suivante. Ainsi, les effets sur la rupture des cycles des
pathogènes, la réduction de l’inoculum maintenu dans le sol, et l’alternance des périodes de semis, et
donc de levée des adventices, sur le cycle et le développement des adventices, conduisent à des
réductions d’application de pesticides sur la culture suivante pouvant aller jusqu’à 35%, et jusqu’à 15%
à l’échelle de la succession (Duc et al., 2010), à condition d’optimiser le contrôle, ce qui n’est pas
toujours réalisé (Carrouée et al., 2012). Enfin, l’introduction d’espèces de diversification, dont les
légumineuses, permet l'alternance des matières actives utilisées sur une même parcelle, ce qui permet
de limiter le risque d'apparition d'adventices, de maladies ou de ravageurs pouvant acquérir une
résistance à une matière active trop souvent employée sur une culture donnée. Cela doit ainsi
contribuer, à terme, à limiter les traitements effectués sur l'ensemble de la sole de l'exploitation agricole.
N graines :
54 % Azote exporté = 181 kgN/ha
N atmosphérique fixé : 181 kgN/ha (54 %)
59 %
195 kgN/ha
Figure 3 : Exemple de calcul du solde azoté d’une culture de pois. Moyenne des valeurs observées sur 7
références ESA, INRA, ARVALIS (ITCF) en France, dans des systèmes conventionnels fertilisés ou avec
élevage, excédentaires en azote (2000-2003) (rendement en grain du pois de 55 q/ha, teneur en protéines de
24%, taux de fixation azotée de 60%) et estimation de l’azote dans les parties souterraines à 30% de l’ensemble
de la plante (d’après Mahieu et al., 2007).
1 On ne considère pas, ici, l’azote des effluents d’élevage, celui-ci résultant d’un recyclage de l’azote « externe »
2 On entend par azote réactif (souvent noté Nr) tous les composés azotés biologiquement, photochimiquement ou
radiativement actifs dans l’atmosphère et la biosphère terrestre et aquatique. Nr inclut donc les formes de l’azote réduites
industriels. Il faut toutefois noter que l’apport d’azote par les légumineuses concerne essentiellement les
légumineuses prairiales (les 3/4), les légumineuses étant devenues marginales dans les systèmes de
grande culture français (moins de 3 % des surfaces). Au-delà de ces chiffres très significatifs, les
légumineuses présentent certaines spécificités dans la cascade de l’azote. Par rapport aux engrais
industriels, l’azote réactif produit par la fixation symbiotique des légumineuses est incorporé à la matière
organique. Il est donc moins labile et il y a un couplage fort avec le cycle du carbone. La libération
d’azote réactif (production d’exsudats, décomposition des résidus) en surface ou dans le sol est donc
moins intense et plus continue que pour les apports d’engrais industriels, ce qui diminue a priori les
risques de pertes vers l’environnement.
Figure 4 : Flux et
transformation de l’azote
sur une culture de
légumineuses
(e.g., ammoniac [NH3] et ammonium [NH4+]) ou oxydées (e.g., oxyde d’azote [NOx], acide nitrique [HNO3], protoxyde
d’azote [N2O], et nitrate [NO3–]) et les formes organiques (e.g., urée, amines, protéines et acides nucléiques).
général des pailles de légumineuses à graines récoltées à maturité), mais montent à 10 % de l’azote
contenu dans les résidus des parties aériennes pour des teneurs proches de 4 % (cas général des
résidus de légumineuses légumières récoltées avant maturité) (de Ruijter et al., 2010). Plus tard dans le
processus de décomposition et lorsque l’enfouissement est plus profond, les processus de
transformation de l’azote organique en azote minéral (minéralisation) et de transformation de l’azote
minéral par nitrification3 et dénitrification4 sont à l’origine des productions de formes labiles de l’azote
qui peuvent être libérées vers l’air (N2O, NO) ou les eaux (NO3-, AOD). Lorsqu’elle est lente, cette
production de formes mobiles d’azote réactif peut être valorisée efficacement par le couvert en place.
Mais cette production peut parfois être rapide, soit en raison des conditions climatiques, soit parce que
les quantités d’azote enfouies sont importantes. Cependant pour les légumineuses à graines, les
quantités d’azote contenues dans les résidus ne sont généralement pas élevées, limitant donc ces
risques. Cette libération d’azote peut se dérouler sur des périodes longues et risque de ne pas être en
phase avec les besoins en azote des cultures suivantes. Le risque de lixiviation de nitrate, voire d’AOD,
et d’émission de N2O est alors important. Muller et al. (1993) ont montré que l’azote d’une culture
pouvait se retrouver dans le nitrate lixivié plusieurs années après l’enfouissement.
3.2.3 Impacts environnementaux des légumineuses comparées à des cultures fertilisées
Le Tableau 1 dresse le bilan environnemental des cultures de légumineuses, par comparaison à une
culture recevant une fertilisation azotée. L’analyse prend en compte simultanément des indicateurs
reflétant plusieurs types d’impacts potentiels sur l’environnement, afin d’éviter les transferts de pollution
qui se produisent lorsque l’amélioration d’un critère augmente un autre type de pollution
environnementale.
Le bilan est globalement plus favorable aux cultures de légumineuses, en grande partie du fait de
l’absence d’apports externes d’engrais minéraux ou organiques, qui engendrent des impacts négatifs
chez les cultures fertilisées. Ainsi, des analyses de cycle de vie ont montré que, comparée à un blé ou
un colza (recevant 190 et 160 kg d’engrais azotés respectivement), une culture de pois, qui ne reçoit
pas d’engrais, permet de réduire de près de 50 % l’énergie fossile consommée, 70 % les gaz à effet de
serre émis et de 85 % les gaz acidifiants, dans des systèmes céréaliers non irrigués (Carrouée et al.,
2012).
Toutefois, une attention particulière doit être portée à la gestion des risques liés aux résidus de
légumineuses, riches en azote, dont la minéralisation, plus rapide que celle des céréales, peut
engendrer des pertes dans l’environnement.
3.2.4 Impacts environnementaux de systèmes agricoles incluant des légumineuses
Parce que les impacts des légumineuses sur les flux d’azote prennent leurs effets à une échelle
pluriannuelle, l’amélioration des bilans azotés et environnementaux liée à l’introduction des
légumineuses doit s’apprécier et se piloter non pas à l’échelle de la culture, mais à l’échelle de la
succession et des systèmes de culture, en considérant les modifications de pratiques induites sur
l’ensemble de la rotation. Ainsi, à l’échelle de la rotation, la présence de légumineuses engendre des
changements dans les pertes d’azote qui convergeaient plutôt vers des effets favorables si la part
d’azote fixée est importante (moins d’émissions de polluants et de gaz à effet de serre, (dont le N2O)
par rapport à des cultures fertilisées), si les risques de pertes de nitrates par lixiviation en automne et en
hiver après minéralisation de leurs résidus sont minimisés, et si la dose d’azote apporté sur la
3 La nitrification est une réaction d’oxydation qui permet la transformation de l’azote ammoniacal en nitrate
4 La dénitrification est une réaction de réduction qui permet la transformation du nitrate en azote gazeux en milieu appauvri
en oxygène. N2O est un produit intermédiaire qui peut être à la fois libéré au cours de cette transformation, mais aussi
transformé en azote gazeux inerte (N2)
succession culturale est réduite en tenant compte de la minéralisation de l’azote provenant des résidus
de légumineuse.
Tableau 1 : Bilan environnemental des cultures de légumineuses
Problématique Risques légumineuses/
Processus Bilan
environnementale cultures fertilisées
Plus faibles.
Emissions directes et
indirectes de N2O Risques liés à la gestion
des résidus Une convergence d’effets
positifs liés à de moindres
Meilleur bilan apports en engrais.
Changement
énergétique lié à une
climatique Consommation d’engrais Attention à la gestion des
moindre utilisation
d’engrais industriels résidus vis-à-vis des
émissions de N2O
Stockage de carbone Favorable
Dans des systèmes céréaliers à base de colza et céréales à paille de différentes régions françaises,
Carrouée et al. (2012) ont montré qu’il était possible d’insérer du pois protéagineux en améliorant
significativement les effets sur une série de critères d’impacts environnementaux, sans dégrader les
autres. L’analyse a été menée en s’appuyant sur la méthodologie des ACV qui a été appliquée sur 56
systèmes de culture, conventionnels et intégrés, pour la Bourgogne, la Moselle et la Beauce dunoise
irriguée, avec cinq rotations reprises dans chaque région. Sur la succession culturale, les rotations avec
du pois montrent ainsi des impacts plus faibles que les témoins "Colza-Blé-Orge" et "rotation riche en
céréales" par hectare et par € de marge semi-nette, avec des réductions d’énergie fossile de l’ordre 10
% et d’émissions de gaz à effet de serre de l’ordre 15 % au total sur les trois ans (Carrouée et al.,
2012 ; Voisin et al., 2013).
Un autre exemple d’étude ACV en grandes cultures (Thiébeau et al., 2010) couvrait spécifiquement le
cas de deux fermes conventionnelles type de Champagne crayeuse (zone betteravière) reflétant
chacune environ 450 exploitations, une dont la proportion de légumineuses est de 5 %, l’autre dont la
proportion est de 20 %. Les résultats de l’ACV indiquent une diminution des impacts liés au
changement climatique (- 4 %) et d’utilisation d’énergie non-renouvelable (- 5 %) par hectare de SAU
pondéré des assolements respectifs, en faveur des exploitations disposant de 20 % de surface occupée
par des cultures de légumineuses. Ramenées à l’échelle d’une exploitation de 169 ha disposant de
20 % de surface en légumineuses, cela évite le rejet de plus de 16 400 kg équivalent CO2 et économise
153 500 MJ d’énergie non-renouvelable.
Enfin, de façon générale, la réduction des apports d’engrais azotés est de loin le principal levier
d’amélioration des performances environnementales des systèmes de culture céréaliers, à
performances économiques équivalentes (mis à part le choix de l’origine de l’engrais et des modalités
d’application). Ainsi, dans les secteurs sous contrainte de réduction d’engrais azoté (comme dans
certains bassins d’alimentation de captage), l’introduction de cultures de légumineuses paraît
particulièrement intéressante pour maintenir les performances économiques grâce à une forme d’azote
écologique » provenant la fixation symbiotique, en limitant les risques de perte de rendement et de
marge pour les cultures fertilisées.
Conclusion
Cette synthèse reprend les atouts agroécologiques des légumineuses, liés à la fixation symbiotique et à
leur statut de cultures de diversification dans les systèmes de culture. Selon la nomenclature du
Millenium Ecosystem Assessment (2005), on distingue trois types de services écosystémiques
spécifiquement liés à la fixation symbiotique et aux flux d’azote associés: (i) un service
d’approvisionnement, lié à la production de graines et de fourrages riches en protéines pour
l’alimentation humaine et animale, (ii) un service de support (ou soutien) lié à la fourniture d’azote
symbiotique au système de culture, du fait d’une part de l’absence de fertilisation azotée sur les cultures
de légumineuses, et d’autre part d’une amélioration de la fertilité azotée du sol pour la culture suivante,
et (iii) un service de régulation, lié à la réduction des émissions de gaz à effet de serre et à la
consommation réduite en énergie fossile induites par les économies en intrants azotés réalisées à
l’échelle du système de culture, pouvant de ce fait contribuer à l’atténuation du changement climatique.
Toutefois, les légumineuses peuvent également contribuer aux impacts négatifs qui accompagnent les
systèmes de production agricole, via l’augmentation du risque de lixiviation de l’azote issu des résidus
de culture, et l’accroissement de certains problèmes biotiques dû à leur faible compétitivité vis-à-vis des
adventices et à leur forte sensibilité aux maladies. Il faut tenir compte de ces dys-services dans une
évaluation globale de l’intérêt des légumineuses dans les systèmes de culture. Mais ces risques sont
gérables, notamment en adaptant la conduite des cultures suivant les légumineuses.
Malgré ces atouts et les enjeux qui en découlent, les légumineuses à graines représentent aujourd’hui
moins de 3 % des surfaces de grandes cultures françaises et européennes. Dans le contexte climatique
réglementaire et économique actuel, les agriculteurs sont en effet réticents à cultiver des légumineuses
à graines (Schneider et al., 2010), invoquant une trop faible rentabilité par rapport aux céréales. Malgré
une volonté croissante de concevoir des agroécosystèmes plus diversifiés dans l’objectif d’une gestion
agroécologique des systèmes de production agricole (Hill et MacRae 1995 ; Altieri, 1999 ; Le Roux et
al., 2008), la réintroduction des légumineuses à graines dans les systèmes de grande culture se heurte
à un système agro-industriel verrouillé en faveur des espèces dominantes (Voisin et al., 2013) et dont il
est difficile de sortir (Meynard et al., 2013).
Ainsi, la grande majorité des systèmes de culture actuels utilisent très peu les différents services
agronomiques associés aux fonctions des légumineuses, qu’elles soient liées aux flux d’azote ou à la
diversification. L’une des raisons est que ces services sont plus difficiles à piloter que des services
reposant sur des intrants chimiques, car leurs effets doivent être appréhendés à moyen et long termes,
et qu’ils sont moins bien connus du monde agricole. De même, les surfaces de légumineuses
fourragères cultivées en cultures pures (essentiellement de luzerne), ont fortement diminué au cours de
la deuxième moitié du XXème siècle, pour se stabiliser autour de 400 000 ha. Toutefois, ce contexte
défavorable est à relativiser par la place importante occupée aujourd’hui par les légumineuses
fourragères dans les prairies temporaires. En effet, les légumineuses fourragères se sont maintenues
dans les associations prairiales des prairies temporaires, qui sont restées relativement stables des
années 1960 aux années 2000 (autour de 2.5 millions d'hectares, dont 35 à 40% d’association avec
légumineuses, voire 75% dans certaines régions). Dans les systèmes de culture où elles sont insérées,
la maitrise de la conduite des associations végétales permet en effet la valorisation des services
procurés par les légumineuses, pour la fourniture d’azote au système de culture et la production de
protéines végétales pour l’alimentation des animaux, dans un contexte économique qui leur est
favorable, face au coût élevé des protéines de soja. Cette situation laisse entrevoir des possibilités
d’évolution future favorables pour les légumineuses dans les systèmes de grande culture.
Toutefois, les services environnementaux associés aux cultures de légumineuses sont aujourd'hui mal
valorisés, parce qu'on manque encore de références, et parce qu’ils n'ont pas de valeur marchande, ce
qui reste le cas de la plupart des services environnementaux (Kinzig et al., 2011). Enfin, si les fonctions
écologiques des légumineuses (en particulier la fixation symbiotique) ont été beaucoup étudiées, elles
ont été quantifiées sur un nombre restreint d’espèces ; et on manque encore aujourd’hui de références
sur leur traduction en services agronomiques et environnementaux, ainsi que leurs variations en
fonction des conditions pédoclimatiques.
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Résumé
La Réunion importe de grandes quantités de nutriments, que ce soit pour l’alimentation de la population
ou pour l’élevage. L’excédent structurel de nutriments y est important et croissant avec l’augmentation
de la population. Par ailleurs le secteur agricole reste fortement dépendant d’importations d’engrais.
C’est dans ce contexte que les acteurs concernés par cette problématique dans l’ouest de la Réunion
ont adhéré à un projet participatif pour co-construire et évaluer des solutions acceptables de recyclage
des déchets organiques d’origine aussi bien agricole qu’urbaine ou agro-industrielle. Le projet a été
organisé de manière à favoriser un apprentissage collectif. L’aboutissement de ce processus a pris la
forme de scénarios prospectifs. Un scénario « minimal » vise la production d’un co-compost à base
d’effluents d’élevage et de déchets verts. Un scénario « optimal » prolonge le premier scénario par
l’émergence d’une seconde filière produisant des engrais organiques et organo-minéraux. L’utilisation
de fertilisants concentrés, imposée par les nombreuses contraintes du territoire, limite le potentiel de
bénéfices agro-écologiques in situ. Mais la réalisation du scénario optimal devrait à terme permettre de
réduire de moitié ou plus l’utilisation d’engrais importés sur le territoire d’étude.
Mots-clés : Compost, engrais, co-compostage, symbiose industrielle, concertation
Introduction
L’intérêt actuel pour le bouclage des cycles biogéochimiques trouve son origine dans une population
croissante dont le régime alimentaire change avec le niveau de développement et une ségrégation
croissante des lieux de production et de consommation. Ces mutations devenaient très marquées en
Occident au milieu du XIXe siècle, ce qui en ce début de la deuxième révolution agricole amenait Marx,
à dénoncer, déjà, la rupture « métabolique » entre l’homme et le sol (Foster, 1999). La préoccupation
environnementale majeure était alors la diminution de la fertilité du sol. Si l’arrivée de l’engrais artificiel,
notamment la synthèse d’engrais azoté, a fait oublier cette préoccupation, la rupture des cycles n’a
cependant pas cessé de s’exacerber depuis, par la mondialisation, l’urbanisation, les changements
alimentaires et la spécialisation des secteurs agricoles. Le retour récent de la préoccupation du
bouclage de cycles comme une dimension de l’agroécologie peut donc être vu comme le constat
d’échec des pratiques « modernes » à combler le fossé métabolique de Marx : le maintien de la fertilité
des sols demande plus que l’apport d’engrais artificiels, et le bouclage des cycles dépasse le seul
secteur agricole.
Dans un contexte de raréfaction généralisée, l’écologie industrielle se propose d’exploiter localement
des gains d’efficience matériel et énergétique par une approche intersectorielle visant à établir des
connexions entre activités, appelée symbiose industrielle (au sens large : toute production due au
travail de l’homme) et popularisé sous le terme d’économie circulaire. La recherche d’une telle
symbiose intersectorielle autour des résidus organiques, qui constituent les principales « pertes » des
cycles biogéochimiques, semble pertinente dans de nombreux territoires.
On peut distinguer deux types de territoires à fort potentiel pour un tel recyclage intégré de résidus
organiques (Wassenaar et al., 2014) : les mégapoles à forte croissance fonctionnant avec leurs
élevages périurbains intensifs, comme puits d’un hinterland agricole aux sols qui s’appauvrissent
progressivement ; et les territoires confinés et isolés à forte croissance démographique. Le potentiel y
est fort, non seulement en termes de bénéfices agroécologiques, mais aussi en termes d’atténuation de
problèmes environnementaux. L’existence d’un tel potentiel est essentielle car il prédispose a priori les
acteurs à s’engager dans une symbiose industrielle.
La Réunion représente un exemple du second type de territoire à fort potentiel avec des importations
d’engrais pour un secteur agricole (avec une SAU qui représente 17% de la surface totale, et dont seul
22% présentent des pentes inférieures à 10%) qui reste fortement dépendant de cette entrée externe,
et des importations de fortes quantités de nutriments, que ce soit pour l’alimentation de la population ou
pour l’élevage. La canne à sucre, clé de voûte de l’agriculture réunionnaise, occupe près de 60% de la
SAU et la prairie près de 30% (Figure 1), mais l’agriculture se diversifie : les fruits et légumes locaux
approvisionnent 70% du marché du frais et les exploitations cannières consacrent globalement 10% de
leur SAU à des cultures de diversification (DAAF 2014). Les flux économiques d’exportation étant très
faibles, en termes de nutriments, l’excédent structurel y est important et croît avec l’augmentation de la
population (actuellement 850 000 habitants, la population réunionnaise continue d'augmenter d'environ
10 000 personnes par an. Source : INSEE 2014). L’impact sur la pression foncière de cette croissance
démographique contraint encore davantage le développement de l’activité agricole qui, dans le cadre
réglementaire national et européen, éprouve déjà de grandes difficultés dans la réalisation de son
ambition d’augmenter la part de la production locale dans le marché local (produits maraîchers et
d’élevage). Dans le même temps, les résidus organiques produits par les activités urbaines et agro-
industrielles ne sont plus acceptés dans des centres d’enfouissement devenus saturés. Le souhait de
valoriser ces nouveaux résidus en agriculture a fait naître une compétition autour de surfaces
d’épandage réglementaires.
C’est dans ce contexte que les acteurs concernés par cette problématique sur une sous-partie de l’île,
l’ouest de la Réunion, ont été amenées à adhérer à un projet participatif pour co-construire et évaluer
des solutions acceptables de recyclage des déchets organiques d’origine aussi bien agricole qu’urbaine
ou agro-industrielle. Ainsi, cet article présente le projet Girovar « Gestion intégrée des résidus
organiques par la valorisation agronomique à la Réunion », financé par le Ministère de l’agriculture dans
le cadre du programme CasDar, et qui a cherché à susciter la symbiose industrielle évoquée
précédemment.
l’île. Souvent comparées entre elles dans un cadre réglementaire focalisé sur l’azote, toutes ces
matières ont des propriétés physicochimiques qui diffèrent fortement, que ce soit en composition
nutritive, en caractéristiques physiques ou en biodégradabilité. Au-delà d’une compétition d’élimination
réglementaire de déchets, il y a donc là surtout une complémentarité potentielle.
contraintes interviennent dès lors que l’on imagine des changements dans la situation actuelle. C’est le
cas notamment des normes nationales qui, dès lors que l’on souhaite utiliser des matières fertilisantes
de manière plus libre que sous le statut de déchet, définissent de manière uniforme un ensemble de
critères que ces « produits » doivent satisfaire (NFU 42-001, NFU 44-051, NFU 44-095). Bien que
garants d’une qualité stable et caractérisée, certains de ces seuils génériques peuvent se révéler
inadaptés dans des situations précises et de ce fait localement gêner des projets de valorisation. C’est
le cas à la Réunion avec les seuils de teneurs en éléments trace métallique (ETM), définis par rapport à
un fond pédogéochimique métropolitain « moyen », correspondant à des teneurs très faibles par rapport
à celles des sols réunionnais (Doelsch et al., 2006a ; Doelsch et al., 2006b). Comme plusieurs résidus
organiques y dépassent ces seuils réglementaires de teneurs en ETM, qui plus est, le plus souvent
d’origine pédogénétique, une demande de dérogation préfectorale est en cours d’instruction. Un autre
point important est que ces normes définissent des listes « positives » de matières autorisées pour
fabriquer ces produits. Ces listes sont basées sur des situations et des états de connaissance qui
deviennent progressivement « historiques » ; aussi leur actualisation est fastidieuse car elle nécessite
un accord au niveau national voire européen, et cela en l’absence d’une procédure explicite. Ce
problème se pose par exemple pour les projets français de valorisation agricole de digestats de
méthanisation (Coop de France et FNCUMA 2011).
L’élaboration de tout système faisant appel à des procédés de transformation (de résidus en produits)
est également encadrée par la législation relative aux « installations classées pour la protection de
l'environnement » (ICPE). En fonction du régime ICPE, des répercussions plus ou moins importantes
sont constatées sur la liberté de localisation, de combinaison d’activités sur un site, et en termes
d’équipement d’une installation, avec par conséquent des répercussions économiques pouvant être très
significatives. Dans le cas du territoire étudié, cela a constitué un des facteurs qui ont amené à
l’abandon d’un scénario de méthanisation, relevant d’un régime ICPE très contraignant.
Ce tableau est complété par des caractéristiques de la Réunion qui conditionnent sur le plan
économique les velléités de changement systémique présentant des coûts d’investissement et de
fonctionnement importants. En effet, si la situation ultrapériphérique et la possibilité de définition
d’instruments financiers publiques adaptés sont a priori favorables à la valorisation de ressources
locales, la situation de trésorerie des agriculteurs les empêche souvent d’investir sur le long terme et la
petitesse du marché intérieur peut devenir une contrainte à la rentabilité d’installations industrielles
ambitieuses.
Les chercheurs à l’initiative du projet ont fédéré un premier cercle de partenaires en leur proposant
d’associer un large collectif de représentants des parties prenantes à une démarche scientifique
d’exploration des hypothèses suivantes :
- La gestion des matières organiques gagnerait à être organisée à l’échelle de l’intercommunalité ;
- Les matières organiques « brutes » ne sont pas bien adaptées aux besoins des cultures et aux
contraintes des agriculteurs ;
- La production et la commercialisation de produits fertilisants organiques normés, adaptés aux
besoins des plantes et aux contraintes des agriculteurs, à partir des matières organiques présentes
sur le territoire, permettraient de résoudre partiellement mais durablement les problèmes
environnementaux et de réduire les importations d’engrais de synthèse.
Ce faisant, le projet adoptait un paradigme post-normal (Funtowicz et Ravetz 1993). D’une part, les
incertitudes inhérentes au socio-écosystème sont trop importantes pour être résolues par une simple
application de recherches antérieures menées en d’autres temps, en d’autres lieux et sous d’autres
conditions. D’autre part, les enjeux liés à la valorisation des matières organiques sont trop importants
pour que soient envisagées des solutions approximatives ou expérimentales. L’adoption de ce
paradigme a conduit les porteurs du projet à associer experts et « parties prenantes » à l’ensemble du
processus d’exploration des hypothèses : de l’étape du diagnostic à l’évaluation des solutions co-
construites en passant par les choix d’orientations intermédiaires.
La démarche adoptée s’inspire de plusieurs propositions méthodologiques. Douthwaite et al. (2002) et
leur démarche de « Follow the Technology » (FTT) proposaient ainsi d’associer les acteurs à
l’évaluation in situ de solutions technologiques « plausibles ». Le chercheur se fait alors
accompagnateur de l’innovation paysanne. La Modélisation d’Accompagnement (Commod) (Etienne,
2011) se base sur le même principe d’accompagnement des acteurs pour l’exploration d’innovations
organisationnelles, mais en mobilisant des étapes de modélisation (conceptuelle, jeux de rôles,
simulation multi-agents) pour explorer les conditions et les conséquences de scénarios sans
nécessairement de mise en œuvre concrète. La méthodologie adoptée dans le cadre du projet Girovar
s’inspire de ces deux méthodes en mettant en œuvre un accompagnement de représentants des
parties prenantes dans l’exploration des conditions et des conséquences de la mise en œuvre d’une
technologie jugée plausible. Des expérimentations au champ, initialement prévues pour susciter des
innovations paysannes, n’ont malheureusement pas pu être mises en œuvre dans le temps imparti au
projet.
Figure 2 : Etapes de co-construction, mettant en évidence les interactions entre les niveaux de concertation
institutionnel (beige), technique (rouge) et pratique (bleu).
Le lien entre les différentes arènes a été assuré par l’équipe projet. Le passage d’une arène à une autre
s’est accompagné d’une traduction des scénarios pour ne mettre en discussion que les aspects
intéressant chaque collectif : les orientations stratégiques et l’intérêt général au niveau institutionnel, les
options techniques et les aspects physico-chimiques au niveau technique, les conséquences pratiques
et les coûts au niveau pratique. Les supports de communication ont également été adaptés aux
différents publics : ont ainsi été produits des représentations schématiques graphiques, des jeux de rôle
et des supports matériels pour les représentants des groupes cibles, des présentations powerpoint
soigneusement reçues et des « éléments de langage » pour le niveau institutionnel, des rapports
d’études, tableurs et autres documents techniques pour le niveau technique.
transformation ou le positionnement par rapport à d’autres filières de traitement des déchets. Au sein de
ce dispositif, les chercheurs ont un double rôle ce qui s’est traduit en pratique par une animation qui
mettait en scène un binôme :
- Un chercheur spécialiste des matières organiques qui assure l’exploration technique des promesses
plausibles en alimentant le processus d’exploration des « promesses plausibles » en connaissances
scientifiques : modèles, données de référence, études de cas.
- Un chercheur spécialiste de la concertation qui accompagne l’évolution des différents collectifs et
s’assure de la qualité du processus d’exploration des « promesses plausibles », exploration qui, comme
le suggèrent Callon et al. (2001) porte à la fois sur le contenu technique des scénarios de valorisation
de matière organique et sur les contours et les propriétés des collectifs qui y sont associés.
collecte d’effluents permet d’assurer un approvisionnement de la station en matières aussi fraîches que
possible). Les déchets verts remonteraient de la plateforme du Port une fois collectés, triés et broyés
via les camions de collecte de déchets verts.
concentrée et de élevage
mobile de refus
broyat de déchets
14% de vinasse
verts besoin de manutention : Siccité 70%
concentrée, soit 600 t
1 jh/semaine
MB/an, hypothèse : projet
de concentration réalisé
EOM-LLB : ~5000 t MB/an de CC-LLB une chaîne industrielle de ~6 000 t/an d’engrais
mélange organo-minéral, en
engrais organo- complément d’engrais
granules
minéral à base de minéral une chaîne de compression
CC-LLB (à froid) et de granulation teneurs N-P2O5-K2O
5-4-8%
3-5 t/h : 8-12000 t/an
NFU 42 001
besoin surfacique : minimum
EO-FVB : 1900 t MB/an de CC-FVB 6 200 m2 1 900 t/an d’engrais
organique, en granules
engrais organique 340 t MB/an de farines
à base de CC- animales (plumes et sang) teneurs N-P2O5-K2O
FVB 4-2-4%
NFU 42 001
Tableau 1 : Principales caractéristiques techniques des procédés de transformation des circuits de valorisation.
L’évaluation logistique et économique de ce scénario s’appuie sur un modèle informatique
multidisciplinaire conçu pour le projet. Elle suggère que l’utilisation du produit par les agriculteurs ne
représenterait qu’une faible part de la production, du fait des charges de transport et des contraintes de
mécanisation. L’utilisation simulée concernerait très majoritairement le maraîchage. Cette première
évaluation du scénario aboutit donc aux recommandations suivantes :
• une évolution de cette demande à la hausse,
• l’émergence d’une filière en aval (voir le scénario Optimal),
• un dimensionnement des installations revu à la baisse.
Remerciements
Ce travail a été réalisé avec la contribution financière du compte d’affectation spéciale
«Développement agricole et rural » du Ministère de l’alimentation, de l’agriculture et de la pêche.
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Résumé
Les transitions agroécologiques visent à favoriser le bouclage des grands cycles pour limiter les pertes
et gaspillages, et pour maitriser des impacts environnementaux négatifs. Ces transitions combinent une
série de leviers : fixation biologique d’azote, stockage de carbone et de nutriments dans la matière
organique des sols, recyclages et valorisation des engrais de ferme, intégration plus étroite des
systèmes de culture et d’élevage. Ces leviers mobilisent des recherches sur la biologie et l’écologie des
sols, sur les symbioses racinaires, sur les cycles biogéochimiques et sur les technologies et options de
recyclage et de valorisation des effluents, y compris des effluents d’origine urbaine. Cette synthèse
s’appuie sur des exemples concrets illustrant comment agir sur les cycles biogéochimiques pour
accroitre l’accès aux ressources, améliorer leur efficience et limiter les fuites vers l’environnement. La
modélisation, l’expérimentation dans des dispositifs contrôlés et au champ, l’observation long terme
sont au cœur des recherches à entreprendre. Les actions se déclinent à différentes échelles d’espace,
d’échelles fines telles que les interactions sol-plante aux territoires.
Mots-clés : Carbone, azote, phosphore, agroécologie, cycles biogéochimiques, sol, légumineuses.
Agro-ecological transitions are intended to close the cycle of major elements to decrease losses and
waste, and to reduce negative environmental impacts. They combine several levers: biological nitrogen
fixation, carbon and nutrients storage in the soil organic matter, recycling and agronomic utilization of
manure, improved integration between crop and livestock production systems. Improving efficiency of all
these levers mobilize research on soil biology and ecology, root symbioses, biogeochemical cycles and
technologies for better recycling and recovery of waste, including waste from urban areas. This
synthesis is based upon case studies illustrating how to act on biogeochemical cycles to increase plant
access to nutrients, to improve nutrient efficiency and to decrease nutrient emissions to the
environment. Research to be undertaken will rely on modelling, controlled laboratory and field
experiments as well long term observatories. The practical implications will take place at different levels
in space, from plant soil interaction in the rhizosphere to territory.
Keywords: Carbon, nitrogen, phosphorus, agro-ecology, biogeochemical cycles, soil, legumes
Introduction
Les cycles biogéochimiques du carbone, de l’azote et du phosphore ont été profondément modifiés ces
dernières décennies par l’intensification, la spécialisation et la concentration géographique des activités
agricoles (Galloway et al., 2008). La consommation des végétaux (fourrages verts ou conservés,
grains,…) par les animaux découple plus ou moins les cycles du carbone, de l’azote et du phosphore.
JL. Peyraud et al.
L’animal émet des composés azotés très mobiles dans l’urine, composés qui peuvent très rapidement
conduire à des émissions de NH3, NO2 ou NO3. De plus, les ruminants émettent du méthane, en
contrepartie de leur capacité à recycler l’essentiel du carbone de la biomasse cellulosique (fourrages,
pailles des céréales). Les productions animales intensives font souvent appel à une alimentation
animale extérieure au territoire, déséquilibrant alors fortement les bilans d’éléments, notamment dans le
cas des ateliers hors sol. Les formes réactives de l’azote et du phosphore sont beaucoup plus
abondantes depuis quelques décennies, entrainant des pollutions de l’eau et de l’air par notamment des
émissions de gaz à effet de serre ; le stock de carbone des sols a diminué dans certaines zones
géographiques. Les pratiques en agriculture et en élevage, à la base des productions végétales et
animales, sont questionnées (Bonaudo et al., 2014 ; Dumont et Bemues, 2014). Ces quelques
considérations mettent en évidence l’importance d’optimiser, voire de repenser la boucle cultures–
aliments–animaux-effluents–sol pour une agriculture plus efficiente, limitant ses émissions dans
l’environnement.
Les transitions agroécologiques visent à favoriser le bouclage des grands cycles pour limiter les pertes
et gaspillages et diminuer les émissions vers l’environnement. Elles combinent différents leviers :
fixation biologique d’azote, stockage de carbone et de nutriments dans la matière organique des sols,
recyclage et valorisation des engrais de ferme, intégration plus étroite des systèmes de culture et
d’élevage. Le potentiel représenté par ces transitions peut être renforcé grâce à des recherches sur la
biologie et l’écologie des sols, sur les symbioses racinaires, sur les cycles biogéochimiques, sur les
technologies et options de recyclage et de valorisation des effluents, y compris des effluents d’origine
urbaine (Thomas et al., 2014). Comment favoriser la fermeture des cycles dans de nouveaux systèmes
de production agricole ? Quels sont les bénéfices attendus ? Quelles sont les pistes d’innovation ?
Quelles mesures envisager pour faciliter ces transitions ?
Cet article constitue la synthèse d’un atelier du colloque Agroécologie qui s’est tenu le 17 Octobre 2013,
atelier intitulé « Boucler les grands cycles biogéochimiques ». Cet atelier s’est organisé autour de trois
séquences cherchant à : 1) montrer les retours d’expériences de gestion agroécologique mises en
œuvre (‘aujourd’hui’) ; 2) expliciter les pistes de recherches et les démarches en cours pour de
nouveaux développements d’action (‘les possibles’) ; 3) analyser les verrous et les voies pour des
innovations (‘l’avenir’).
domestiques » mis en place dans un cadre européen pour réduire les émissions de gaz à effet de serre
et générer des crédits carbone. En ce qui concerne le couplage cultures-élevage, l’évolution des
pratiques culturales a permis la réduction des excédents azotés dans les fermes laitières de Bretagne.
La répartition territoriale des cultures et des zones d’épuration est une autre dimension à prendre en
compte pour réussir ce couplage. De même, la dimension internationale doit être considérée, alors que
les échanges internationaux de légumineuses peuvent induire de forts déséquilibres entre les entrées et
le potentiel de retour au sol : il faut ainsi, dans certaines régions, limiter le recours aux importations de
soja, sources protéiques bien valorisées dans l’alimentation des animaux, mais qui ne rendent pas les
services écosystémiques d’une culture protéagineuse locale et induisent au final des excédents d’azote
et de phosphore au sol.
Les technologies développées concernent d’abord l’évaluation des flux d’azote et les équipements
d’épandage permettant une fertilisation raisonnée, reconnue par la certification Ecoépandage. Ensuite,
le développement de nouveaux procédés vise essentiellement la gestion des effluents d’élevage, par la
méthanisation à la ferme, l’extraction de l’azote et du phosphore des lisiers, afin d’externaliser ou de
recycler au mieux les excédents qui ne pourraient être assimilés dans les cycles biogéochimiques des
agrosystèmes à proximité immédiate des élevages.
Concernant l’utilisation des légumineuses, les savoirs mobilisés sont au carrefour de l’agronomie et de
l’écologie fonctionnelle et font appel à de nombreuses disciplines, la biologie végétale, l’écophysiologie,
la microbiologie des sols, l’agronomie. Les innovations autour de la fixation symbiotique mobilisent la
génétique et la génomique, notamment pour optimiser la fonction de fixation symbiotique des
légumineuses, les relations hôtes-symbiote et l’exploration spatiale du sol par une architecture racinaire
optimale. L’écophysiologie apporte des connaissances pour comprendre le fonctionnement des
peuplements complexes, comprenant notamment des légumineuses. La biologie et la microbiologie des
sols permettent l’investigation des communautés microbiennes du sol, de leur rôle sur les cycles du
carbone et de l’azote, l’identification des gènes impliqués dans les fonctions relatives à ces cycles
(fixation, dénitrification,…) et l’analyse des effets des pratiques sur ces processus, tels que les effets
des modalités de restitution des effluents d’élevage au sol ou encore les modalités de travail du sol. La
biogéochimie intègre ces fonctionnements, en relation soit avec les dynamiques des microorganismes
du sol, soit avec les conditions physico-chimiques de pH ou de redox, pour expliquer les couplages
entre cycles du carbone, de l’azote et du phosphore à différentes échelles, mais aussi les transferts
d’éléments qui leur sont liés (métaux tel que Cuivre et Zinc,…).
Concernant, l’évolution des techniques, l’agronomie au sens large et les sciences animales apportent
les connaissances sur la gestion des cultures, notamment sur les peuplements multi espèces et les
rotations, ainsi que sur la nutrition animale et les possibilités de réduire les apports, et au final les rejets
d’azote et de phosphore. Comprendre ces cycles, c’est permettre d’adapter la gestion des cultures aux
phases de libération des nutriments, c’est développer des associations végétales (cultures annuelles et
prairies) où les proportions des différentes espèces peuvent être maîtrisées, permettant in fine d’avoir
un pool végétal en constante assimilation des nutriments libérés dans le sol. C’est aussi concevoir des
complémentarités raisonnées entre élevage et culture, recherchant les synergies pour l’utilisation des
ressources végétales (et de leur co-produits) par les animaux, et la valorisation des éléments contenus
dans les effluents pour la production végétale, et plus globalement pour la durabilité des sols. Dans le
cas des ruminants un rôle particulier est dévolu à la prairie et à ses modes d’exploitation (fauche ou
pâturage) et son positionnement sur le territoire qui auront des incidences en terme de stœchiométrie,
c’est-à-dire de transmission des pools de C, N et P au long de la chaîne trophique, notamment du
végétal à l’animal, et de leurs retours au sol.
Les savoirs mobilisés sont aussi transversaux et font appel à la modélisation, notamment la
modélisation multi-échelle des flux de C, N et P dans les différents compartiments de l’environnement,
l’évaluation ex ante des systèmes de productions et de cultures, par des outils d’analyse multicritères.
Ainsi, l’outil SIMEOS-AMG permet d’orienter la décision des agriculteurs afin de mieux gérer la matière
Prises de décisions
Exploitation et action
Animal, effluent,
végétal, sol
Connaissances/Compréhension
des processus élémentaires
Figure 1 : Les différents niveaux d’analyse pour le bouclage des cycles biogéochimiques.
A l’échelle locale, et au niveau du sol, il s’agit de mieux piloter la dynamique de la flore microbienne du
sol, par le choix des espèces et des variétés, d’introduire des rhizobium permettant de réduire le N2O du
sol en N2 (Bourion et al, 2015), de développer des conduites de travail du sol aptes à mieux stocker du
carbone. En ce qui concerne les plantes, l’accès à de larges collections de ressources génétiques et de
mutants permet d’identifier des génotypes aux caractéristiques intéressantes pour la fixation
symbiotique de l’azote atmosphérique. Des expérimentations au champ ont montré que les génotypes
de pois effectuent un choix parmi les souches de Rhizobium indigènes présentes dans le sol (Bourion
et al., 2007; Laguerre et al., 2007) (Figure 2). Plus généralement, l’étude des interactions plantes-
microorganismes ouvre un champ d’application important pour améliorer la nutrition des plantes à bas
niveau d’intrants. Enfin, le transfert des compétences des légumineuses à d’autres espèces d’intérêt
constitue une voie particulièrement innovante pour créer des génotypes aptes à utiliser les différentes
formes de l’azote polluantes pour l’eau et l’air (NH4+, NO3- comme les non légumineuses, mais aussi
N2O). Au niveau de l’animal, il s’agit de réduire les émissions de méthane entérique, et plus
généralement d’améliorer l’efficacité digestive et la robustesse à l’utilisation de régimes alimentaires
sub-optimaux ainsi que de limiter les émissions (CH4, NH3, N03, N2O) liées à la gestion des effluents.
A une échelle plus large, celle de l’exploitation, du territoire, les pistes consistent à améliorer les outils
d’aide à la décision pour la gestion des matières organiques et la fertilisation des cultures. L’objectif est
de développer des approches systémiques et intégrées des systèmes de production et des territoires. A
l’échelle du système d’élevage, les recherches évoluent vers un véritable phénotypage environnemental
concernant l’animal, le troupeau, les effluents, les pratiques et le contexte climatique. La modélisation
doit permettre de dégager les complémentarités entre les différents niveaux d’intervention et les risques
de transfert de pollution.
L’analyse de la robustesse des innovations tient en plusieurs défis : obtenir une meilleure régularité des
rendements, notamment sur les légumineuses ; avoir des fourrages ou des méteils pouvant mieux
valoriser l’eau en période hivernale pour leur croissance, par exemple par des mélanges de type
céréales-protéagineux (qui peuvent toutefois poser la question de la bonne recharge des nappes), mais
pouvant aussi mieux résister à la sécheresse ; la recherche de nouveaux compromis entre conduite des
ruminants et production fourragère, par exemple en faisant mieux coïncider la période des vêlages avec
celle de la production maximale de fourrage. Une robustesse des cultures plus importante vis-à-vis de
la variabilité climatique est attendue de la recherche. Les émissions de formes azotées et phosphorées
vers l’eau et l’air sont en effet pour partie liées à la variabilité climatique, les périodes de sécheresse ne
permettant pas le développement des cultures et engendrant donc des excès de nutriments par non
consommation de la fertilisation prévue, les périodes humides étant celles de transfert et de
biotransformation très actives, génératrice d’émissions vers l’eau. Concevoir des agrosystèmes
résistant à la variabilité climatique est un défi. Les transitions fragilisent les systèmes et la question des
instruments à mettre en place pour limiter les conséquences des aléas climatiques (assurance,
solidarités,…) est posée.
Figure 2 : Trois génotypes de pois présentant des architectures contrastées de racines nodulées (a. Frisson, b.
P118, c. P121) montrent une variabilité du choix de souches de Rhizobium parmi celles présentes de façon
indigène au champ. Deux variétés cultivées sont aussi analysées dans cet essai (Athos, Austin). Chaque type de
souche est symbolisé par une couleur différente (Bourion et al., 2007 ; Laguerre et al., 2007). Différentes
combinaisons variétés x souches de rhizobium / mycorhizes sont testées pour améliorer l’architecture racinaire et
la tolérance aux stress (programme PeaMust, Coord. J. Burstin).
La conception des systèmes agricoles innovants peut s’appuyer sur des approches systémiques multi-
échelles d’un point de vue à la fois spatial et temporel. C’est le cas du projet Casdar Girovar (Figure 3).
Au niveau spatial, le niveau de l’exploitation est le niveau pertinent pour aborder les systèmes de
culture, les systèmes d’élevage et leur complémentarité. Le niveau territoire permet une quantification
des flux d’éléments chimiques, tant sous forme d’aliments que d’effluents, tant sur des courtes que des
longues distances. Prendre en compte les impacts de ces flux est essentiel pour évaluer les systèmes
agricoles. Au niveau temporel, il s’agit de mieux prendre en compte les effets de long terme, effets de
stockage et déstockage de l’azote, du phosphore et du carbone, ces effets pouvant s’inscrire sur
plusieurs décennies. De manière plus subtile, les écosystèmes sont modifiés par des accumulations
dans les sols et les nappes, modifiant les communautés de microorganismes, et donc les fonctions
biogéochimiques des sols. Le couplage des modèles de flux de C, N et P avec les modèles de
dynamique des communautés microbiennes est un enjeu pouvoir prendre en compte la biodiversité de
ces communautés et pas seulement leur biomasse.
Figure 3 : Projet Casdar Girovar : Gestion Intégrée des Résidus Organiques par la Valorisation Agronomique à
La Réunion (Wassenaar et al., 2015).
Finalement, il est attendu des agroécosystèmes des services de production et de régulation vis-à-vis
des cycles biogéochimiques. Ces services peuvent être conflictuels, antagoniques, spécifiques pour un
contexte donné. Une approche multi-services, de bouquet ou panier de services, des agroécosystèmes
est attendue, de manière à mieux connaitre les synergies ou au contraire les trade-off entre services qui
seraient à arbitrer et mieux objectiver, ceux qui sont à privilégier (éventuellement à rémunérer) en
fonction de tel ou tel contexte.
Les méthodes ou dispositifs utiles à mobiliser pour la transition agroécologique sont nombreux :
plateforme expérimentale de mesure des émissions atmosphériques issues des bâtiments d’élevage
(Megeve à Rennes), plateforme expérimentale sur l’approche intégrée de chaines de production,
collecte, transformation et valorisation d'effluents d'élevage (Rennes), dispositifs d’expérimentation long
terme sur les agrosystèmes (SOERE PRO, ACBB, respectivement dédiés aux effets liés à des apports
d’effluents d’élevage et aux agrosystèmes), dispositifs d’expérimentation système (PIC, SFI, Mirecourt,
Epoisses, Lusignan, AlterAvi) d’ores et déjà situés dans le champ de l’agroécologie, dispositifs
d’expérimentation territoire que constituent les zones ateliers (SOERE ZA), dispositifs d’observations
territoriaux que constitue le réseau des bassins versants (SOERE RBV), les enquêtes et suivis de
réseaux d’exploitation (ECOPHYTO,…), les démarches participatives. L’enjeu est d’inscrire plus encore
ces dispositifs dans le champ de l’agroécologie.
Les approches d’évaluation, que ce soit par l’analyse multicritère ou par la modélisation, participent à la
conception des agroécosystèmes. Les méthodes d’analyse multicritère sont nombreuses et font l’objet
Figure 4 : Coût de la mesure en fonction de la tonne de CO2 évitée. (Etude GES. Pellerin et al., 2013).
Les freins au changement ont aussi des dimensions sociales et économiques, au niveau de
l’organisation des filières et des politiques publiques. Des expertises récentes comme l’Etude GES
(Pellerin et al., 2013) ont permis d’éclairer les lien entre dispositif/mesure et coût (Figure 4). Cependant
leur mise en œuvre peut poser des difficultés à différents niveaux. Au niveau des agriculteurs, la plus
grande complexité de gestion des systèmes utilisant moins d’intrants chimiques et le risque
d’accroissement de la sensibilité à l’aléa, voire l’accroissement de la charge de travail ou le besoin en
capital sont autant de freins à une évolution des systèmes de production. Au niveau des filières, la
demande pour des produits homogènes et en quantités toujours plus importantes est aussi un frein
majeur. En outre, il existe un effort de sélection très hétérogène selon les espèces, avec un progrès
génétique moins rapide chez les légumineuses, un accès difficile au conseil technique et des
références techniques trop peu abondantes. L’accroissement des surfaces en légumineuses dépendra
aussi de l’identification de débouchés nouveaux et stables soutenus par exemple par des
contractualisations pluri-annuelles. Un levier complémentaire se situe au niveau des débouchés
alimentaires, valorisant par exemple les qualités nutritionnelles des graines de légumineuses. On peut
aussi imaginer des innovations technologiques dans le domaine des bio-raffineries (par exemple
l’extraction de protéines foliaires ou de lipides, les sucres pouvant être des matières premières pour
d’autres industries). Il existe donc des difficultés à traiter au champ et en aval, liées à des productions
plus hétérogènes, ou plus variables dans le temps, tant en termes de qualité que de quantité. Le
couplage cultures-élevage entre exploitations d’un territoire ou entre régions engendre des freins
importants liés à la complexité de gestion.
D’un point de vue économique, la certification des appareils (gestion des intrants, …) et des pratiques
peut permettre une labellisation utile pour faire reconnaitre les changements réalisés. Accroitre le
recyclage constitue un levier important pour valoriser les effluents d’élevage ou les ressources urbaines
dont l’innocuité est à vérifier. Au niveau des politiques publiques, un enjeu pour l’avenir est
l’évaluation et la rémunération de services autres que les services de production, le soutien tant aux
pratiques vertueuses qu’à la prise de risque inhérent à un changement de système de production. Des
exemples de coordination des acteurs ont été soulignés comme des contrats de commercialisation, des
certificats d’éco-épandage.
Conclusions
De l’agronomie et des systèmes d’élevage à l’agroécologie, on relèvera trois grands types de
leviers pour mieux boucler les cycles biogéochimiques :
- La biologie des organismes : communautés microbiennes, plantes et animaux sont à
mieux caractériser dans de nouveaux contextes environnementaux, avec de nouvelles
pratiques agricoles et d’élevage, telles que des associations et successions culturales plus
hétérogènes, permettant la disponibilité des éléments minéraux aux phases critiques et leur
biotransformations sous des formes stables. Les caractéristiques d’adaptation et de nutrition
sont particulièrement importantes et les interactions entre plantes et microorganismes, ou
animaux et microorganismes sont à mieux explorer ; une meilleure connaissance du
fonctionnement biologique des sols est indispensable ;
- Des approches intégrées, multi-échelles et multi-compartiments, couplant les cycles
biogéochimiques C-N-P dans les plantes, les sols, les eaux, les aliments et effluents,
traversant un continuum parcelle, exploitation, bassin versant et territoire, analysant les phases
de couplage et découplage de ces éléments, les phases d’équilibre et de déséquilibre dans les
ratios mis en jeu entre ces éléments chimiques.
- Des approches multi-services, un accompagnement des agriculteurs, une implication des
filières et toutes les parties prenantes, une incitation et soutien des politiques publiques à
l’évolution des systèmes agricoles.
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