L’appellation « zarzuela » provient du nom d’un lieu de villégiature royal au nord de Madrid,
le Palacio de la Zarzuela (litt. « palais de la ronceraie »)2 où furent données au XVIIe siècle les
premières soirées théâtrales et musicales dites Fiesta de la zarzuela ; un intitulé rapidement
abrégé et simplifié en zarzuela, sous l’influence de Pedro Calderón de la Barca, grand
librettiste alors de ce genre lyrique.
La zarzuela avait cependant été en Espagne précédée vingt ans plus tôt de pièces entièrement
chantées qu'on n'appelait pas encore « opéras », telles La gloria de Niquea (1622) et La selva
sin amor (1627), sur un livret de Félix Lope de Vega, à la façon de ce qu’il en était depuis peu
en Italie3. L'opéra espagnol va ainsi désormais poursuivre son chemin, à côté de son dérivé : la
zarzuela.
La zarzuela aux XVIIe et XVIIIe siècles
La première œuvre de zarzuela répertoriée est El jardín de Falerina, datée de 1648. À
l'origine spectacle de cour, la zarzuela va ensuite essaimer dans les théâtres ouverts à tous,
essentiellement à Madrid avant de se répandre dans toute l’Espagne, puis, dès la fin du XVIIe
siècle, dans les Amériques et jusqu’aux Philippines, à travers des ouvrages et des
compositeurs aux styles très différents. Parmi les compositeurs majeurs et les œuvres
importantes des XVIIe et XVIIIe siècles, il convient de mentionner : Juan Hidalgo, auteur de
Celos aun del aire matan (1660) et Los celos hacen estrellas (1672) ; Sebastián Durón, auteur
de Salir el amor del mundo (1696) et El imposible mayor en amor le vence Amor (vers 1700) ;
Antonio Literes, auteur de Acis y Galatea (1708) et Júpiter y Semele (1718) ; José de Nebra,
auteur de Viento es la dicha de amor (1743) et Ifigenia en Tracia (1747) ; Antonio Rodríguez
de Hita, auteur de Briseida (1768) et Las labradoras de Murcia (1769) ; Luigi Boccherini,
auteur de Clementina4 (1786)...
Jusqu’à la moitié du XVIIIe siècle, les thèmes des livrets sont exclusivement mythologiques
(cas de Júpiter y Semele et Ifigenia en Tracia, par exemple), pour ensuite s’infléchir vers des
sujets les plus divers et souvent avec des personnages de tous les jours (cas de Las labradoras
de Murcia et Clementina). Cette évolution doit beaucoup au librettiste Ramón de la Cruz,
principal instigateur de ce renouvellement du genre. Le style musical quant à lui s’apparente à
celui de l’art lyrique baroque dans le reste de l’Europe, avec toutefois des traits propres (que
l’on trouverait dans la musique religieuse espagnole de l’époque) ; puis, à partir de la seconde
moitié du XVIIIe siècle, prenant un caractère davantage symphonique dans l’orchestration, de
plus en plus mêlé de formes typiquement espagnoles (passacailles, fandangos, sarabandes,
chacones)5,6.
La zarzuela aux XIXe et XXe siècles
Au début du XIXe siècle, le genre connaît une renaissance, prenant parfois un ton léger que
l’on pourrait rapprocher de l’opérette (apparue en France vers 1840), surtout vers la fin du
XIXe siècle et début du XXe siècle. Mais la très grande majorité des zarzuelas possèdent une
tonalité dramatique, rarement portée à l’amusement et conduisant souvent à des fins tragiques
(la meilleure correspondance esthétique serait plutôt l’opéra-comique français ou le singspiel
allemand, en raison notamment de la présence de dialogues parlés).
Citons, parmi les compositeurs remarquables et les œuvres célèbres des XIXe et XXe siècles :
Emilio Arrieta, Francisco Asenjo Barbieri, Federico Moreno Torroba, Ernesto Lecuona,
compositeur cubain auteur de la célèbre María la O9 (1930)...
Pour ces deux siècles considérés, la zarzuela peut se partager en deux familles principales : la
zarzuela « grande » et la zarzuela « chica » (petite). La première, généralement en trois actes,
est destinée à occuper une soirée entière de représentation, sur des sujets historiques (cas de
Pan y toros et de La bruja) ou dramatiques (cas de Curro Vargas et de Las golondrinas).
Musicalement, elle porte tout d’abord l’influence du bel canto, pour peu à peu s’en libérer par
des formes de chant qui lui sont propres, tout en restant parfois sensible aux courants lyriques
du reste de l’Europe (Grand Opéra à la française, wagnérisme, vérisme…). La seconde
catégorie, généralement en un acte et d’une durée d’environ une heure, revêt un caractère plus
spécifique : avec des intrigues et personnages contemporains, issus du petit peuple et des
prolétaires, de Madrid en particulier, notamment pour le género chico (« genre petit »), sous-
genre de la zarzuela chica ; et des rythmes musicaux très souvent puisés aux sources
espagnoles (cas de La Gran Vía et de La verbena de la Paloma). Carlos Arniches figure alors
l’un des florissants librettistes de ces sujets gouailleurs mais non nécessairement joyeux. Il en
serait de même pour les zarzuelas des Amériques hispaniques, qui régulièrement s’inspirent
de thèmes autochtones et du folklore local10,11,12,13.
Postérité de la zarzuela
Depuis la fin des années 1970, le goût pour les spectacles lyriques a entraîné un nouvel intérêt
pour les Espagnols envers la zarzuela.