4) PHILOSOPHIE ET SCIENCE
La science peut se définir comme un « ensemble de connaissances et de recherches
méthodiques ayant pour but la découverte des lois des phénomènes ». Elle étudie toujours
une partie déterminée de la réalité. Cette définition de la science l’oppose à bien des égards
à la philosophie. Car, contrairement à celle-ci qui est personnelle, la science se veut
impersonnelle, objective et universelle. L’objectivité scientifique signifie que la valeur de ses
résultats ne dépend pas des humeurs, de la personnalité, des goûts du savant.
De ce fait, la science aboutit à des résultats unanimes, apodictiques et nécessaires. Parce
qu’elle part toujours de l’observation des faits à la découverte des lois universelles en
passant par des hypothèses et des vérifications. D’où le caractère universel de ses résultats.
Là est aussi sa différence, son "opposition" ou sa divergence avec la pensée philosophique
qui refuse toute forme d’unanimité ou de consensus. Le philosophe part du doute, de
l’étonnement, et arrive souvent à des résultats personnels : toute philosophie porte la
marque, l’identité de son auteur ou de son époque. Donc la philosophie et la science n’ont
pas la même démarche, ...
Doit-on conclure que la science et la philosophie sont définitivement séparées par un divorce
absolu ?
La philosophie et la science sont des savoirs rationnels et critiques. Elles cherchent à donner
un sens et une explication rationnelle à la vie. Ces points de ressemblances montrent qu’elles
peuvent être compatibles. En effet, n’oublions pas que pendant l’Antiquité et même jusqu’au
17 siècle, il n’y avait pas de séparation ou de distinction entre la philosophie et la science. De
ce fait, les premiers philosophes étaient en même temps les premiers savants ou
scientifiques. Par exemple Thales, Platon, Pythagore et même Descartes étaient à la fois
philosophes et scientifiques. Ainsi la philosophie était la mère des sciences ou la science des
sciences car elle contenait et englobait tous les savoirs rationnels. Aristote soutenait que « le
philosophe est celui qui possède la totalité du savoir dans la mesure du possible ». C’est ce
que Descartes a voulu montrer en disant : «la philosophie est comme un arbre dont les
racines sont la métaphysique, le tronc la physique et les branches qui sortent de ce tronc se
réduisent à trois principales que sont la médecine, la mécanique et la morale »,...
Aujourd’hui encore la philosophie et la science sont étroitement liées. L’une ne peut aller
sans l’autre. En effet, la philosophie doit obligatoirement réfléchir sur la science
(épistémologie). Car celle-ci ne cesse d’inquiéter l’humanité dans ces applications techniques
telles que le clonage, l’euthanasie, les armes nucléaires, la transvaluation sexuelle... C’est en
face de cette situation que nous pouvons dire avec Abel Rey que la première tâche de la
philosophie c’est de « penser la science ». C’est dire que la philosophie ne peut rester
indifférente devant les productions technoscientifiques ou quand les sciences et techniques
empiètent sur la dignité humaine. Elle doit "moraliser" ou conscientiser la science car une «
science sans conscience n'est que ruine de l'âme » ( François Rabelais).