Santé bucco dentaire :
Définition
La carie dentaire est une maladie infectieuse, multifactorielle, qui détruit
progressivement les tissus durs de la dent (émail, dentine, puis pulpe)
sous l’effet de l’acide produit par les bactéries de la plaque dentaire, en
particulier en présence de sucres fermentescibles.
Sites de localisation
Les caries peuvent se développer à différents endroits des dents :
1. Surfaces occlusales : creux et sillons des molaires et prémolaires.
2. Surfaces proximales : entre les dents, difficiles à nettoyer.
3. Collets dentaires : près de la gencive (caries cervicales).
4. Racines dentaires : surtout chez les personnes âgées ou en cas de
récession gingivale.
Description et évolution
L’évolution de la carie se fait en plusieurs stades :
1. Déminéralisation de l’émail : sans douleur, parfois une tache
blanche.
2. Atteinte de la dentine : cavité visible, douleurs au froid, au sucré.
3. Atteinte pulpaire : douleur vive (pulpite), surtout nocturne.
4. Complications : nécrose pulpaire, abcès dentaire, cellulite, voire
complications générales si non traitée.
Épidémiologie des caries
Très fréquente : la carie est l’une des maladies les plus répandues dans le
monde.
Prévalence élevée chez l’enfant : notamment entre 6 et 12 ans.
Inégalités sociales : les caries sont plus fréquentes dans les populations
défavorisées.
Facteurs de risque : mauvaise hygiène bucco-dentaire, alimentation riche
en sucres, absence de soins préventifs (fluoration, brossage régulier).
Définition
La gingivite est une inflammation des gencives, souvent causée par une
accumulation de plaque dentaire à la jonction entre la dent et la gencive.
Elle constitue le premier stade des maladies parodontales.
Causes
Plaque dentaire (bactéries et débris alimentaires)
Mauvaise hygiène bucco-dentaire
Tabac
Modifications hormonales (grossesse, puberté)
Certaines maladies systémiques (diabète, VIH)
Carences nutritionnelles (notamment en vitamine C)
Médicaments (ex. : anticonvulsivants, immunosuppresseurs)
Signes cliniques
Gencives rouges, gonflées
Saignement au brossage ou spontanément
Sensation de douleur ou d’inconfort
Mauvaise haleine
Recul modéré de la gencive (dans certains cas)
Évolution
Réversible si prise en charge précoce
En absence de traitement : progression vers une parodontite (atteinte de
l’os de soutien de la dent)
Complications
Parodontite : déchaussement des dents
Perte de dents
Abcès gingival ou parodontal
Lien possible avec des maladies systémiques (cardiopathies, diabète mal
équilibré, accouchement prématuré)
Traitement
Amélioration de l’hygiène buccale (brossage + fil dentaire)
Détartrage professionnel chez le dentiste
Bains de bouche antiseptiques (chlorhexidine à court terme)
Traitement de la cause sous-jacente (diabète, arrêt du tabac, ajustement
médicamenteux)
Suivi régulier pour éviter les récidives
Des cas particuliers :
1. Gingivite chez la femme enceinte
Définition :
Inflammation des gencives liée aux changements hormonaux de la
grossesse, notamment l’augmentation des œstrogènes et de la
progestérone.
Physiopathologie :
Hypersensibilité des tissus gingivaux aux bactéries de la plaque dentaire.
Augmentation de la vascularisation gingivale.
Possible modification du microbiote buccal.
Caractéristiques cliniques :
Gencives rouges, œdémateuses, saignantes au brossage.
Survient généralement entre le 2ᵉ et le 8ᵉ mois de grossesse.
Parfois apparition d’un épulis gravidique (masse gingivale bénigne).
Prise en charge :
Renforcement de l’hygiène bucco-dentaire.
Détartrage professionnel.
Suivi régulier chez le dentiste.
Traitement chirurgical rare sauf en cas d’épulis très volumineux ou gênant.
2. Hypertrophie gingivale
Définition :
Augmentation de volume des gencives, souvent due à une hyperplasie des
tissus gingivaux.
Causes fréquentes :
Médicamenteuses : phénytoïne, cyclosporine, inhibiteurs calciques
(nifédipine).
Inflammatoire : mauvaise hygiène buccale.
Hormonale : puberté, grossesse.
Génétique : fibromatose gingivale héréditaire.
Aspect clinique :
Gencives épaisses, fermes, parfois recouvrant partiellement les dents.
Gêne fonctionnelle (mastication, élocution), saignements.
Prise en charge :
Élimination des facteurs favorisants (médicaments, plaque).
Amélioration de l’hygiène buccale.
Gingivectomie dans les cas sévères.
3. Gingivite ulcéro-nécrotique aiguë (GUNA)
Définition :
Forme grave de gingivite, d’apparition brutale, liée à une infection
bactérienne anaérobie.
Étiologies et facteurs favorisants :
Stress, immunodépression, tabac, hygiène bucco-dentaire défaillante.
Infections virales concomitantes (EBV, VIH).
Manque de sommeil, malnutrition.
Tableau clinique :
Douleur intense.
Gencives rouges, saignantes, avec ulcérations et nécrose papillaire.
Halitose fétide.
Fièvre possible, adénopathies cervicales.
Traitement :
Détartrage en douceur.
Antibiotiques : métronidazole + amoxicilline si nécessaire.
Bain de bouche antiseptique (chlorhexidine).
Antalgiques, hygiène buccale rigoureuse.
Repos, correction des carences.
Définition :
Les aphtes sont de petites lésions ulcéreuses superficielles, douloureuses,
non contagieuses, qui apparaissent sur les muqueuses buccales (langue,
joues, lèvres, palais ou gencives). On parle d’aphte simple ou d’ulcération
aphteuse.
Causes :
Les causes exactes ne sont pas toujours connues, mais plusieurs facteurs
sont impliqués :
Facteurs locaux : microtraumatismes (morsures, brossage agressif,
appareil dentaire).
Alimentation : certains aliments acides ou irritants (noix, ananas, tomates,
épices).
Stress, fatigue, anxiété.
Carences : fer, acide folique, vitamine B12.
Déséquilibre hormonal (ex : menstruations).
Maladies systémiques : maladie de Behçet, maladie cœliaque, VIH,
maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI).
Médicaments : AINS, bêtabloquants, chimiothérapies.
Signes cliniques :
Petites ulcérations rondes ou ovales, à fond jaune ou gris, entourées d’un
halo rouge.
Très douloureuses, surtout au contact d’aliments ou à la parole.
Localisation fréquente : face interne des joues, langue, plancher buccal,
lèvres.
Absence de fièvre dans les formes simples.
Évolution :
Les aphtes simples guérissent spontanément en 7 à 14 jours sans
cicatrice.
Réapparition possible (formes récidivantes).
Complications :
Rares dans les formes simples, mais possibles en cas de formes sévères
ou systémiques :
Douleurs intenses empêchant alimentation/parole.
Surinfection.
Aphtose récidivante sévère ou maladie de Behçet à évoquer si atteinte
génitale, oculaire, cutanée.
Traitement :
Objectif :
Soulager la douleur, favoriser la guérison, prévenir les récidives.
Mesures générales :
Éviter les aliments irritants ou acides.
Maintenir une bonne hygiène bucco-dentaire avec brossage doux.
Supprimer les facteurs favorisants (stress, carences).
Traitements locaux :
Antiseptiques locaux : bain de bouche à la chlorhexidine.
Anesthésiques locaux : lidocaïne gel ou spray.
Corticoïdes locaux : triamcinolone en pâte adhésive.
Cas particuliers :
Aphtose récidivante ou sévère : consultation spécialisée.
Recherche de cause sous-jacente : carence, maladie générale.
Traitement spécifique selon l’étiologie (ex : colchicine ou thalidomide pour
maladie de Behçet).
Définition
La fluorose dentaire est une anomalie de l’émail dentaire causée par une
exposition excessive au fluor pendant la période de formation des dents
(enfance). Elle se manifeste par des altérations de l’apparence de l’émail,
allant de légères taches blanches à des colorations brunes et une érosion
de l’émail dans les cas sévères.
Causes
Consommation excessive de fluor :
Eau potable trop fluorée.
Utilisation excessive de dentifrices fluorés chez les jeunes enfants.
Suppléments de fluor pris sans contrôle médical.
Aliments ou boissons contenant du fluor en excès.
Signes
Taches blanches opaques sur l’émail (formes légères).
Striations ou marbrures blanches.
Colorations brunâtres.
Perte de translucidité de l’émail.
Pores, piqûres ou effritement de l’émail (formes sévères).
Évolution
Stable après la formation des dents : la fluorose n’évolue plus une fois
l’émail mature.
L’aspect esthétique peut s’aggraver avec le temps à cause de la
pigmentation et de l’érosion.
Complications
Altération de l’esthétique du sourire (problème psychologique ou social).
Vulnérabilité accrue de l’émail à l’érosion.
Dans les cas sévères : atteinte fonctionnelle de la dent (sensibilité,
fragilité).
Traitement
Formes légères :
Polissage dentaire.
Microabrasion.
Formes modérées à sévères :
Blanchiment dentaire (éclaircissement).
Facettes ou couronnes pour couvrir les dents abîmées.
Suivi régulier chez le dentiste.
Prévention
Surveillance de la teneur en fluor de l’eau potable.
Utilisation appropriée du dentifrice fluoré (quantité adaptée à l’âge).
Éviter l’ingestion de dentifrice chez les jeunes enfants.
Suppléments fluorés uniquement sur prescription.
Éducation des parents et des enfants sur l’hygiène bucco-dentaire.
4. L’hygiène en santé bucco-dentaire
L’hygiène bucco-dentaire est un élément fondamental de la santé
générale. Elle vise à prévenir les affections dentaires (caries, gingivites,
parodontites) et à maintenir une bouche propre et fonctionnelle. Cette
hygiène repose sur plusieurs piliers, dont l’hygiène alimentaire, l’utilisation
de fluor, et les soins quotidiens (brossage, fil dentaire, etc.).
A. L’hygiène alimentaire
L’alimentation joue un rôle essentiel dans la santé bucco-dentaire. Les
habitudes alimentaires influencent directement la formation de caries et
d’autres affections buccales.
1. Les aliments cariogènes :
Ce sont les aliments riches en sucres simples (saccharose, glucose,
fructose), notamment :
Bonbons, chocolats, pâtisseries
Boissons sucrées (sodas, jus de fruits industriels)
Collations sucrées répétées au cours de la journée
Ces sucres sont fermentés par les bactéries de la plaque dentaire,
produisant des acides qui attaquent l’émail et entraînent des caries.
2. La fréquence des prises alimentaires :
Il vaut mieux consommer les sucreries de façon ponctuelle pendant un
repas que de grignoter toute la journée. Chaque prise sucrée relance
l’attaque acide.
3. Les aliments protecteurs :
Certains aliments ont un effet protecteur :
Les produits laitiers (calcium, phosphate)
Les fruits et légumes riches en fibres qui stimulent la salivation
L’eau fluorée
4. Conseils pratiques :
Limiter les aliments sucrés et acides
Favoriser une alimentation équilibrée
Boire de l’eau après chaque repas
Éviter les grignotages fréquents
b. Le fluor et les dents
Le fluor est un oligoélément naturel qui joue un rôle central dans la
prévention des caries.
1. Mécanisme d’action :
Il renforce l’émail en facilitant la reminéralisation
Il rend les dents plus résistantes aux attaques acides
Il inhibe l’activité des bactéries cariogènes
2. Sources de fluor :
Eau potable : dans certaines régions, l’eau est fluorée
Dentifrices fluorés : principale source pour la plupart des gens
Compléments fluorés : prescrits chez les enfants à risque élevé de caries
Gels ou vernis fluorés : appliqués chez le dentiste pour les cas spécifiques
3. Utilisation selon l’âge :
Avant 6 mois : pas de fluor systématique
De 6 mois à 6 ans : dentifrice adapté avec faible teneur en fluor et
quantité contrôlée
Après 6 ans : dentifrice avec dose normale de fluor
Surveillance par le dentiste ou le médecin si complémentation nécessaire
4. Risques liés à un excès :
Fluorose dentaire : tâches blanches ou brunes sur les dents en cas de
surconsommation de fluor durant l’enfance
Importance de respecter les doses recommandées
1. Le brossage dentaire
Objectif :
Éliminer la plaque dentaire, les résidus alimentaires, prévenir les caries,
les maladies des gencives et la mauvaise haleine.
Fréquence :
2 à 3 fois par jour, idéalement après chaque repas.
Technique :
Utiliser une brosse à dents souple.
Brosser pendant 2 minutes.
Effectuer des mouvements rotatifs ou de la gencive vers la dent (jamais
horizontalement).
Ne pas oublier la face interne des dents, les molaires, et la langue
(brossage doux de la langue pour éviter les bactéries responsables de la
mauvaise haleine).
Dentifrice :
Utiliser un dentifrice au fluor pour renforcer l’émail dentaire et prévenir les
caries.
2. Le fil dentaire
Objectif :
Éliminer la plaque et les résidus entre les dents, là où la brosse ne passe
pas.
Fréquence :
1 fois par jour, idéalement le soir avant le coucher.
Technique :
Utiliser environ 30-40 cm de fil.
L’enrouler autour des majeurs et le tenir avec les pouces et index.
Glisser doucement le fil entre les dents, jusqu’à la gencive, puis le faire
glisser le long de chaque face de la dent en forme de « C ».
Utiliser un segment propre pour chaque interstice.
3. Autres moyens d’hygiène bucco-dentaire
a. Brossettes interdentaires
Petites brosses conçues pour nettoyer entre les dents, surtout utiles chez
les porteurs de prothèses, bridges ou implants.
b. Bain de bouche
Complément au brossage.
Antiseptiques (chlorhexidine), fluorés ou rafraîchissants.
À utiliser avec modération (risque de déséquilibre de la flore buccale si
surutilisé).
c. Gratte-langue
Permet d’enlever les dépôts sur la langue responsables de la mauvaise
haleine.
d. Chewing-gums sans sucre (xylitol)
Stimulent la salivation, réduisent l’acidité buccale.
À mâcher après un repas si le brossage immédiat est impossible.
e. Régime alimentaire
Éviter les aliments sucrés collants.
Boire de l’eau après les repas.
Privilégier les aliments riches en fibres qui nettoient naturellement les
dents (pommes, carottes crues…).
f. Visites régulières chez le dentiste
Tous les 6 à 12 mois.
Détartrage, détection précoce des caries et maladies gingivales.