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Cours Analyse 5 21

Le document présente un module d'analyse sur les espaces vectoriels normés, abordant les définitions, les propriétés des normes, et des exemples spécifiques. Il détaille les concepts de suites dans ces espaces, ainsi que les normes équivalentes et leurs implications. Des exemples pratiques de normes sur des espaces de fonctions et de suites sont également fournis.

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Thèmes abordés

  • Propriétés de Borel,
  • Espaces vectoriels normés,
  • Applications bilinéaires,
  • Normes,
  • Adhérence d'une partie,
  • Dérivées d'ordre supérieur,
  • Théorème d'inversion locale,
  • Difféomorphismes,
  • Compactness,
  • Théorème de Schwarz
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Le document présente un module d'analyse sur les espaces vectoriels normés, abordant les définitions, les propriétés des normes, et des exemples spécifiques. Il détaille les concepts de suites dans ces espaces, ainsi que les normes équivalentes et leurs implications. Des exemples pratiques de normes sur des espaces de fonctions et de suites sont également fournis.

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  • Théorème d'inversion locale,
  • Difféomorphismes,
  • Compactness,
  • Théorème de Schwarz

Filière SMA S3

Intitulé du module Analyse 5

Semestre S3

Pr. Youssef AKDIM Année Universitaire 2020-2021

1
Table des matières

1 Espaces vectoriels normés 3

1.1 Normes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3

1.1.1 Définitions et Notations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3

1.1.2 Exemples de normes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4

[Link] Exemples des normes dans le cas des e.v.n. de dimension finie . 4

[Link] Norme Hilbertienne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4

[Link] Exemples de normes sur des espaces de fonctions . . . . . . . . 5

[Link] Exemples des normes sur des espaces de suites . . . . . . . . . . 6

1.1.3 Normes équivalentes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6

1.1.4 Distance associée à une norme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11

1.2 Suites dans un e.v.n. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11

1.2.1 Suites bornées . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12

1.2.2 Suites convergentes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13

1.2.3 Opérations algébriques et propriétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16

1.3 Espaces vectoriels complets . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18

2
Chapitre 1

Espaces vectoriels normés

1.1 Normes

1.1.1 Définitions et Notations

Dans ce chapitre, on désigne par K le corps R ou C et on désigne par E un K−espace


vectoriel.

Définition 1.1. Soit E un K−espace vectoriel. Une norme sur E est une application N de
E dans R+ vérifiant les quatre axiomes :
1) ∀x ∈ E, N (x) = 0 ⇒ x = 0 (axiome de séparation).
2) ∀x ∈ E, ∀λ ∈ K, N (λx) = |λ|N (x) (homogénéite).
3) ∀(x, y) ∈ E 2 , N (x + y) ≤ N (x) + N (y) (inégalité triangulaire).
Une norme est souvent notée k.k : x 7→ kxk.

Remarque 1.1. Pour tout x ∈ E, N (x) = 0 ⇔ x = 0.

En effet : Il suffit d’appliquer l’homogénéité de la norme avec λ = 0.

Définition 1.2. Un espace vectoriel normé (e.v.n.) est un couple (E, N ) où E est un
K−espace vectoriel et N est une norme sur E.

Exemples 1.1. 1) R muni de la valeur absolue |.| est un e.v.n.


2) C muni du module |.| est un e.v.n.

Proposition 1.1. Si N est une norme sur E, alors :


1) ∀x ∈ E, N (−x) = N (x).

3
4 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

2) ∀(x, y) ∈ E 2 , |N (x) − N (y)| ≤ N (x − y). (Inégalité triangulaire inverse).

En effet : 1) D’après l’homogénéité de la norme avec λ = −1.


2) Soit (x, y) ∈ E 2 . N (x) = N (x − y + y) ≤ N (x − y) + N (y) et donc N (x) − N (y) ≤ N (x − y).
D’autre part, En échangeant les rôles de x et y, on obtient N (y) − N (x) ≤ N (y − x) = N (x − y)
et finalement, |N (x) − N (y)| ≤ N (x − y).

Définition 1.3. Soient (E, NE ) et (F, NF ) deux e.v.n. une application f : E → F est dite
Lipschitzienne s’il existe un réel k > 0 tel que pour tous (x, y) ∈ E 2

NF (f (x) − f (y)) ≤ kNE (x − y).

Remarque 1.2. L’inégalité triangulaire inverse |N (x) − N (y)| ≤ N (x − y) implique que l’ap-
plication x 7→ N (x) est Lipschitzienne de (E, N ) dans (R+ , |.|).

1.1.2 Exemples de normes

[Link] Exemples des normes dans le cas des e.v.n. de dimension finie

Exemple 1.2. Les applications définies par : ∀x = (x1 , ..., xn ) ∈ Kn


v
Xn u n
uX
kxk1 = |xk |, kxk2 = t |xk |2 , et kxk∞ = max{|xk |, 1 ≤ k ≤ n}
k=1 k=1

sont des normes sur Kn , appelées des normes usuelles.

Remarque 1.3. Plus généralement, sur un espace vectoriel on peut avoir plusieurs normes,
peut-être même une infinité de norme distinctes.
n
X  p1
par exemple dans Kn , ∀p ∈ N∗ , on pose kxkp = |xk |p .
k=1
[Link] sont des normes sur Kn .

[Link] Norme Hilbertienne

Exemple 1.3. Si (E, (., .)) est un espace prehilbertien réel (espace vectoriel muni d’un produit
p
scalaire), alors k.k : x 7→ kxk = (x, x) est une norme sur E, appelée la norme hilbertienne
associée au produit scalaire (., .).

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


5 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

[Link] Exemples de normes sur des espaces de fonctions

Exemple 1.4. Soit E = B(I, K) (espace des fonctions bornées sur l’intervalle I de R à valeurs
dans K) que l’on peut aussi noté L∞ (I, K). Pour f ∈ E, on pose

kf k∞ = Sup{|f (x)|, x ∈ I}.

k.k∞ est une norme sur E appelée norme de la convergence uniforme.

En effet : • Soit f ∈ E. f est bornée sur I et donc |f | admet sur I une borne supérieure
dans R.
k.k∞ est donc une application de E dans R. De plus pour f ∈ E, ona |f | est positive sur I et
donc kf k∞ est un réel positif.
• Soit f ∈ E,

kf k∞ = 0 ⇒ ∀x ∈ I, |f (x)| ≤ 0 ⇒ ∀x ∈ I, f (x) = 0 ⇒ f = 0.

• Soient f ∈ E et λ ∈ K. Si λ = 0, alors kλf k∞ = k0k∞ = 0 = |0| × kf k∞ .


On suppose dorénavant λ 6= 0.
Pour tout x ∈ I, on a |λf (x)| = |λ| × |f (x)| ≤ |λ| × kf k∞ . Ainsi, |λ| × kf k∞ est un majorant de
{|λf (x)|, x ∈ I}. Puisque kλf k∞ est le plus petit de ces majorants, donc kλf k∞ ≤ |λ| × kf k∞ .
1 1
Pour tout λ 6= 0, on a kλf k∞ ≤ |λ| × kf k∞ . Par suite, kf k∞ = k (λf )k∞ ≤ kλf k∞ et donc
λ |λ|
|λ| × kf k∞ ≤ kλf k∞ .
Finalement, kλf k∞ = |λ| × kf k∞ .
• Soient (f, g) ∈ E 2 . Pour tout x ∈ I,

|f (x) + g(x)| ≤ |f (x)| + |g(x)| ≤ kf k∞ + kgk∞

Ainsi, kf k∞ + kgk∞ est un majorant de {|f (x) + g(x)|, x ∈ I}. Puisque kf + gk∞ est le plus
petit de ces majorants, donc kf + gk∞ ≤ kf k∞ + kgk∞ .
Finalement k.k∞ est effectivement une norme dans B(I, K).

Exemple 1.5. Soit E = L1 (I, K) l’espace des fonctions continues


Z et intégrables sur l’intervalle
I de R à valeurs dans K. Pour f ∈ E, on pose : kf k1 = |f (x)| dx.
I
k.k1 est une norme sur E appelée norme de la convergence en moyenne.

Exemple 1.6. Soit E = L2 (I, K) l’espace des fonctions continuessde carré intégrable sur l’in-
Z
tervalle I de R à valeurs dans K. Pour f ∈ E, on pose : kf k2 = |f (x)|2 dx.
I
k.k2 est une norme sur E appelée norme de la convergence en moyenne quadratique.

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


6 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

Remarque 1.4. Dans le cas particulier où E = C 0 ([a, b], K), (l’espace des fonctions continues
sur un intervalle borné [a, b]). k.k1 , k.k2 et k.k∞ sont trois normes sur E.
(à faire en exercice).

[Link] Exemples des normes sur des espaces de suites

Exemple 1.7. Soit E = l∞ (K) l’espace des suites bornées d’éléments de K. Pour u ∈ E, on
pose : kuk∞ = sup{|un |, n ∈ N}.
k.k∞ est une norme sur E.
(à faire en exercice).

Exemple 1.8. Soit E = l1 (K), l’espace des suites sommables d’éléments de K.


+∞
X
Pour u ∈ E, on pose : kuk1 = |un |.
n=0
k.k1 est une norme sur E.
(à faire en exercice).

Exemple 1.9. Soit E =vl2 (K) l’espace des suites de carré sommable d’éléments de K. Pour
u +∞
uX
u ∈ E, on pose : kuk2 = t |un |2 .
n=0
k.k2 est une norme sur E. (à faire en exercice).

1.1.3 Normes équivalentes

Définition 1.4. Soient E un K−espace vectoriel puis N et N 0 deux normes sur E. On dit que
N est équivalente à N 0 si et seulement si il existe deux réels strictement positifs α et β tels
que
∀x ∈ E, αN (x) ≤ N 0 (x) ≤ βN (x).

Théorème 1.1. Soit E un K−espace vectoriel. La relation "N est équivalente à N 0 " est une
relation d’équivalence sur l’ensemble des normes sur E.

Démonstration Notons R la relation considérée (N RN 0 c-à-d N est équivalente à N 0 ).


• Montrons que R est réflexive
Soit N une norme sur E. Soit α = β = 1, on a : pour tout x de E,

αN (x) ≤ N (x) ≤ βN (x).

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


7 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

Donc, N est équivalente à N . Ceci montre que R est réflexive.


• Montrons que R est symétrique
Soient N et N 0 deux normes sur E. Supposons que N soit équivalente à N 0 . Il existe deux reels
strictement positifs α et β, tels que, pour tout x ∈ E

αN (x) ≤ N 0 (x) ≤ βN (x).

On déduit que, pour tout x de E,

1 0 1
N (x) ≤ N (x) ≤ N 0 (x).
β α
1 1
Puisque , ∈ R+∗ alors N 0 RN . Ceci montre que R est symétrique.
α β
• Montrons que R est transitive.
Soient N, N 0 et N 00 trois normes sur E. Supposons N RN 0 et N 0 RN 00 , c-à-d il existe quatre
réels strictement positifs α, β, α0 et β 0 , tels que, pour tout x de E,

αN (x) ≤ N 0 (x) ≤ βN (x) et α0 N 0 (x) ≤ N 00 (x) ≤ β 0 N 0 (x).

Mais alors, pour tout x de E,

αα0 N (x) ≤ α0 N 0 (x) ≤ N 00 (x) ≤ β 0 N 0 (x) ≤ ββ 0 N (x).

Puisque αα0 et ββ 0 sont deux réels strictement positifs, alors N RN 00 . Ceci montre que R est
transitive.
Finalement, R est une relation d’équivalence sur l’ensemble des normes sur E.

Théorème 1.2. Dans un espace vectoriel de dimension finie, toutes les normes sont équiva-
lentes.

Démonstration Soit E un K−espace vectoriel de dimension finie n. Soit (e1 , ..., en ) une
base de E. On choisit sur E la norme
n
X n
X  21 n
X
2
kxk2 = k xi e i k = |xi | avec x = xi e i .
i=1 i=1 i=1

Soit ρ(.) une norme quelconque sur E.


Notons SE = {x ∈ E / kxk2 = 1} la sphère unité de E.
ρ est une application continue sur E (car d’après la remarque 1.2 on a ρ est Lipschitzienne).
∀x ∈ SE , ρ(x) 6= 0 ⇒ ρ(x) > 0 et SE est compacte (car SE est férmé borné et E est de
dimention finie),

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


8 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

donc ρ possède une borne supérieur M > 0 et une borne inférieure m > 0 sur SE . c-à-d ∀x ∈ SE
on a 0 < m ≤ ρ(x) ≤ M .
x
Maintenant, ∀x ∈ E \ {0} on a ∈ SE ,
kxk2
donc  
x
m≤ρ ≤M
kxk2
donc ∀x ∈ E, on a mkxk2 ≤ ρ(x) ≤ M kxk2 , ceci étant trivial pour x = 0.

Exemple 1.10. Sur l’espace vectoriel de dimension finie E = Rn . Les trois normes k.k1 , k.k2
et k.k∞ définies dans l’exemple 1.2 sont équivalentes, et ∀x ∈ Rn on a

kxk∞ ≤ kxk1 ≤ nkxk∞



kxk∞ ≤ kxk2 ≤ nkxk∞ .

n
X n
X
n
En effet • Pour tout x = (x1 , ..., xn ) ∈ R , kxk1 = |xi | ≤ kxk∞ = nkxk∞ .
i=1 i=1
Inversement, si i0 est un indice tel que kxk∞ = |xi0 |, alors

kxk∞ = |xi0 | ≤ |x1 | + ... + |xn | = kxk1 .

Donc, k.k∞ ≤ k.k1 ≤ nk.k∞ . Ceci montre que kxk1 et kxk∞ sont deux normes équivalentes.
• Pour tout x = (x1 , ..., xn ) ∈ Rn ,
v v
u n u n
u X
2
uX √
kxk2 = t |xi | ≤ t kxk2∞ = nkxk∞
i=1 i=1

Inversement, si i0 est un indice tel que kxk∞ = |xi0 |, alors


q q
kxk∞ = x2i0 ≤ x21 + ... + x2n = kxk2 .

Donc, k.k∞ ≤ k.k2 ≤ nk.k∞ . Ceci montre que k.k1 et k.k∞ sont deux normes équivalentes.
• Par transitivité, on en déduit que k.k1 et k.k2 sont deux normes équivalentes.

Remarque 1.5. On peut obtenir directement des inégalités entre k.k1 et k.k2 sans passer par
k.k∞ .

En effet : Pour x = (x1 , ..., xn ) ∈ Rn , l’inégalité de Cauchy-Schwarz fournit


√ p √
kxk1 = 1 × |x1 | + ... + 1 × |xn | ≤ 12 + ...12 |x1 |2 + ... + |xn |2 = nkxk2 .

D’autre part,
v v
u n s u n n
2 X
uX X u X
kxk2 = t 2
|xi | ≤ |xi ||xj | = t |xi | = |xi | = kxk1 .
i=1 1≤i,j≤n i=1 i=1

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


9 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

Remarque 1.6. Quand E est un K−espace vectoriel de dimension infinie, il est possible que
deux normes données sur E ne soient pas des normes équivalentes.

Exemple 1.11. Soit E = C 1 ([0, 1], R),l’espace des fonctions de classe C 1 de [0, 1] vers R on
pose : Z 1 Z 1
0
N (f ) = |f (x)| dx et N (f ) = |f (0)| + |f 0 (x)| dx.
0 0
1) Montrer que N 0 est une norme sur E, et que l’on a N ≤ N 0 .
2) Vérifier que N et N 0 ne sont pas équivalentes.

En effet 1) • Soit f ∈ E. f 0 est alors définie et continue Z sur le segment [0, 1].
1
On en déduit que N 0 (f ) existe dans R et N 0 (f ) = |f (0)| + |f 0 (x)| dx ≥ 0.
Z 1 0

• Soit f ∈ E. N 0 (f ) = 0 ⇒ |f (0)| + |f 0 (x)| dx = 0 ⇒ |f (0)| = 0 et ∀x ∈ [0, 1], |f 0 (x)| = 0


0
(fonction continue, positive, d’intégrale nulle),
donc f (0) = 0 et f 0 = 0 ⇒ f (0) = 0 et ∀x ∈ [0, 1], f (x) = f (0) ⇒ f = 0.
• Soient f ∈ E et λ ∈ R.
Z 1  Z 1 
0 0 0
N (λf ) = |λf (0)| + |λf (x)| dx = |λ| |f (0)| + |f (x)| dx = |λ|N 0 (f ).
0 0

• Soit (f, g) ∈ E 2 .
Z 1
0
N (f + g) = |f (0) + g(0)| + |f 0 (x) + g 0 (x)| dx
Z 1 0 Z 1
0
≤ |f (0)| + |f (x)|dx + |g(0)| + |g 0 (x)|dx
0 0
= N 0 (f ) + N 0 (g).

Donc N 0 est une norme sur E.


• Soit f ∈ E. Pour x ∈ [0, 1], on a
Z x Z x
0
|f (x)| = |f (0) + f (t)dt| ≤ |f (0)| + |f 0 (t)|dt
Z0 1
0

≤ |f (0)| + |f 0 (t)|dt = N 0 (f ).
0
Z 1 Z 1
Par suite, N (f ) = |f (x)|dx ≤ N 0 (f )dx = N 0 (f ), donc N ≤ N 0 .
0 0
2) Pour n ∈ N∗ et x ∈ [0, 1], posons fn (x) = xn .
1
Chaque fn est un élément de E tel que N (fn ) = et N 0 (fn ) = 1.
n+1
Supposons par l’absurde qu’il existe un réel strictement positif α tel que αN 0 ≤ N .
En particulier, pour tout n ∈ N∗ , αN 0 (fn ) ≤ N (fn ), ou encore
1
∀n ∈ N∗ , 0 < α ≤
n+1

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


10 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

Quand n tend vers +∞, on obtient 0 < α ≤ 0, ce qui est impossible.


Donc, il n’existe pas un réel strictement positif α tel que αN 0 ≤ N . Ceci montre que les normes
N et N 0 ne sont pas des normes équivalentes.

Exemple 1.12. Soit E = CP (T ) l’espace des fonctions continues de R dans R et périodiques


de période T , muni des trois normes suivantes : ∀f ∈ E
Z α+T
a) kf k1 = |f (t)| dt
α
 Z α+T  21
2
b) kf k2 = |f (t)| dt
α
c) kf k∞ = sup |f (t)|.
t∈R

Ces trois normes ne sont pas équivalentes

En effet : Il est clair que

kf k1 ≤ T kf k∞

kf k2 ≤ T kf k∞

kf k1 ≤ T kf k2 (d’après inégalité de Cauchy Schwarz).
Mais, si pour tout n ∈ N∗ , on considère la fonction fn définie sur [0, T ] par
 2
n T
x si 0 ≤ x ≤


 T 2 n


fn (x) = −n T 2T
x + 2n si ≤x≤


 T n n

 0 sinon
Nous avons alors
kfn k∞ = n
kfn k1 = T
r
2
kfn k2 = Tn
3
et il est facile de voir qu’on ne peut pas trouver des constantes c, c0 , c00 telles que pour tout n
on ait
kfn k∞ = n ≤ ckfn k1 = cT
r
2
kfn k∞ = n ≤ c0 kfn k2 = c0 Tn
r 3
2
kfn k2 = T n ≤ c00 kfn k1 = c00 T.
3
Théorème 1.3. Soient (E1 , N1 ), ..., (Ek , Nk ) des K−espaces vectoriels normes.
Pour x = (x1 , ..., xk ) ∈ E1 × ... × Ek , on pose N (x) = M ax{Ni (xi ), 1 ≤ i ≤ k}. Alors, N est
une norme sur E1 × ... × Ek .

Preuve Facile à vérifier.

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


11 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

1.1.4 Distance associée à une norme

Définition 1.5. Soit E un ensemble, une distance sur E est une application

d : E × E −→ R+
(x, y) 7→ d(x, y)
vérifiant :
1) d(x, y) = 0 ⇔ x = y, ∀(x, y) ∈ E × E,
2) d(x, y) = d(y, x), ∀(x, y) ∈ E × E,
3) d(x, z) ≤ d(x, y) + d(y, z), ∀(x, y, z) ∈ E × E × E.
Le couple (E, d) est appelé espace métrique.

Définition 1.6. Soit (E, N ) un espace vectoriel normé, on appelle distance associée à la
norme N l’application d de E × E dans R+ définie par :

∀(x, y) ∈ E × E, d(x, y) = N (y − x).

Remarques 1.7. 1) A partir des propriétés de N on vérifie facilement que d(x, y) = N (x−
y) est une distance sur E.
2) La distance d(., .) ainsi définie vérifie en plus

d(x + z, y + z) = d(x, y)
d(λx, λy) = |λ|d(x, y).

3) Les espaces vectoriels normés sont des cas particuliers d’espaces métriques.

1.2 Suites dans un e.v.n.

Définition 1.7. Soit (E, k.k) un K e.v.n.


Une suite dans E est la donnée d’une famille de vecteurs de E indexée par des entiers naturels.
On peut la décrire comme étant une application de N (ou une partie de N) à valeurs dans E

u : N −→ E
n −→ un .

On la désignera par (un )n∈N ou tout simplement (un ).

Exemples 1.13. 1) Dans E = R2 , on peut considérer la suite de terme général


 
1 1
un = n n , .
n ln(n) − n) n≥1

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


12 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

2) Dans E = CP (T ), on considère la suite de fonctions (fn )n dont le terme général est


donné par :  2
n T
x si 0 ≤ x ≤


 T n


fn (x) = −n T 2T
x − 2n si ≤x≤


 T n n

 0 sinon.
2) Dans l’espace M2 (R) des matrices carrées d’ordre 2. On considère la suite de terme
général  π π 
cos(n ) sin(n )
un =  2 2 .
π π
− sin(n ) cos(n )
2 2

1.2.1 Suites bornées

Définition 1.8. Soit (E, k.k) un K−espace vectoriel normé. Soit (un )n∈N une suite de E.

(un )n∈N est bornée si et seulement si ∃M ∈ R+ tel que ∀n ∈ N, kun k ≤ M.


 
Remarque 1.8. Dire que la suite (un )n∈N est bornée équivaut à dire que la suite kun k
n∈N
est une suite de réels majorée.

Exemple 1.14. On munit E = C 1 ([0, 1], R) des normes N et N 0 de l’exemple 1.11.


Pour n ∈ N∗ et x ∈ [0, 1], on pose fn (x) = (n + 1)xn .
Z 1

∀n ∈ N on a N (fn ) = (n + 1)xn dx = 1.
0

Donc, la suite (fn )n∈N∗ est une suite bornée de l’espace vectoriel (E, N ).
Z 1
∗ 0
∀n ∈ N , on a N (fn ) = 0 + (n + 1)nxn−1 dx = n + 1.
0

Puisque lim (n + 1) = +∞, alors la suite (fn )n∈N∗ n’est pas une suite bornée de l’espace
n→+∞
vectoriel (E, N 0 ).

Remarque 1.9. La notion de suite bornée dépend bien sur de la norme utilisée.

Théorème 1.4. Soit E un K−espace vectoriel. Soient N et N 0 deux normes sur E. Si N et N 0


sont équivalentes, alors pour tout suite (un )n∈N d’éléments de E, (un )n∈N est une suite bornée
de l’espace vectoriel normé (E, N ) si et seulement si (un )n∈N est une suite bornée de l’espace
vectoriel normé (E, N 0 ).

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


13 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

Démonstration Par hypothèse, il existe deux réels strictement positifs tels que
αN ≤ N 0 ≤ βN . Soit (un )n∈N une suite d’éléments de E. On suppose la suite (un )n∈N bornée
pour la norme N . Il existe donc M ∈ R+ tel que ∀n ∈ N, N (un ) ≤ M .
Donc pour tout n ∈ N,
N 0 (un ) ≤ βN (un ) ≤ βM

d’où, la suite (un )n∈N est bornée pour la norme N 0 .


Inversement, Il suffit d’échanger les rôles de N et N 0 .

Théorème 1.5. Soit (E, k.k) un K−espace vectoriel normé. L’ensemble l∞ (E) des suites d’élé-
ments de E qui sont bornées est un sous-espace vectoriel de (E N , +, .) avec E N est l’ensemble
des suites d’éléments de E.
De plus, l’application k.k∞ : (un )n∈N 7→ sup{kun k, n ∈ N} est une norme sur l∞ (E).

1.2.2 Suites convergentes

Définition 1.9. Soit (E, k.k) un K−espace vectoriel normé. Soient (un )n∈N une suite d’élément
de E et l ∈ E. La suite (un )n∈N converge vers l si et seulement si

∀ε > 0, ∃n0 ∈ N / ∀n ∈ N, (n > n0 ⇒ kun − lk ≤ ε).

La suite (un )n∈N converge si et seulement si il existe l ∈ E tel que la suite (un )n∈N converge
vers l, dans ce cas on écrit l = lim un ou simplement l = lim un . Dans le cas contraire, la
n→+∞
suite (un )n∈N diverge.

Remarque 1.10. (un )n∈N converge vers l ⇔ (un −l) converge vers 0E ⇔ (kun −lk)n∈N converge vers 0.

Théorème 1.6. Si une suite converge dans (E, k.k) vers une limite l, alors cette limite est
unique.

Démonstration Supposons que la suite (un )n∈N converge vers l et l0 deux éléments de E.
ε
Soit ε > 0. Il existe n1 ∈ N tel que pour n ≥ n1 , kun − lk ≤ ,
ε 2
0
et il existe n2 ∈ N tel que pour n ≥ n2 , kun − l k ≤ .
2
Soit n0 = max{n1 , n2 }, alors

ε ε
kl − l0 k ≤ kl − un0 k + kun0 − l0 k ≤ + = ε.
2 2

Donc ∀ε > 0, kl − l0 k ≤ ε ⇒ kl − l0 k = 0 donc l = l0 .

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


14 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

Exemple 1.15. Dans l’espace C 0 ([0, 1]) des fonctions continues sur [0, 1] à valeurs réelles, on
p
considère la suite fn (t) = n cos(t).
La suite (fn )n converge vers 1 au sens de la norme uniforme.

p p
En effet : On a : kfn − 1k∞ = sup | n cos(t) − 1| = 1 − n cos(1).
t∈[0,1]

n
D’autre part, pour 0 < x < 1 et grâce au théorème des accroissement finis(avec f (t) = t sur
[x, 1] ) il existe c ∈]x, 1[ tel que
1 1
√ 1 cn 1 tn
|1 − n x| = |1 − x| , ( car f 0 (t) = ),
n c n t

donc
√ 11 1 1 1
0 < |1 − n
x| ≤ |1 − x| , ( car c n ≤ 1 et ≤ ).
nx c x
1 − cos(1) 1
D’où, kfn − 1k∞ ≤ −→ 0.
cos(1) n n→+∞
Remarque 1.11. La notion de convergence est définie à partir d’une norme. Si on change de
norme dans l’espace vectoriel (et donc on change d’espace vectoriel normé), il est possible que
la suite considérée ne converge plus.

Exemple 1.16. Pour n ∈ N et x ∈ [0, 1], posons fn (x) = nxn . Chaque fn est un élément de
E = C 0 ([0, 1], R).
Pour tout n ∈ N, √
Z 1 √ n n
kfn k1 = nx dx = .
0 n+1
Ainsi lim kfn k1 = 0, et donc la suite (fn )n∈N converge vers la fonction nulle dans l’espace
n→+∞
vectoriel normé (E, k.k1 ).
D’autre part, pour tout n ∈ N
s
Z 1 r
n
kfn k2 = nx2n dx = .
0 2n + 1

1
Par suite, kfn k2 tend vers √ quand n tend vers +∞ et en particulier, kfn − 0k2 ne tend pas
2
vers 0 quand n tend vers +∞. Donc la suite (fn )n∈N ne converge pas vers la fonction nulle
dans l’espace vectoriel normé (E, k.k2 ).

Théorème 1.7. Soit E un K−espace vectoriel. Soient N et N 0 deux normes sur E.


Si N et N 0 sont équivalentes, alors pour tout l ∈ E et toute suite (un )n∈N , on a :
(un )n∈N converge vers l dans (E, N ) si et seulement si (un )n∈N converge vers l dans (E, N 0 ).

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


15 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

Démonstration On a N et N 0 deux norme équivalentes, donc il existe deux réels stricte-


ment positifs α, β ∈ R tels que αN ≤ N 0 ≤ βN .
Soit (un )n∈N une suite d’éléments de E. On suppose que la suite (un )n∈N converge vers l dans
e.v.n. (E, N ). Alors
ε
∀ε > 0, ∃n0 ∈ N / ∀n ∈ N, (n ≥ n0 ⇒ N (un − l) ≤
β
Donc pour tout n ≥ n0 , on a
ε
N 0 (un − l) ≤ βN (un − l) ≤ β .
β
D’où, la suite (un )n∈N converge vres l dans l’e.v.n. (E, N 0 ).
Inversement, Il suffit d’échanger les rôles de N et N 0 .

Exemple 1.17.Z 1 Reprenons l’exemple 1.11 desZ normes N et N 0 définies sur E = C 1 ([0, 1], R)
1
par N (f ) = |f (x)| dx et N 0 (f ) = |f (0)| + |f 0 (x)| dx.
0 0
Montrer que N et N 0 ne sont pas deux normes équivalentes

En effet : Pour n ∈ N et x ∈ [0, 1], posons fn (x) = xn . La suite (fn )n est une suite
d’éléments de E.
1
Pour tout n ∈ N, on a N (fn ) = et N 0 (fn ) = 1.
n+1
Donc, la suite (fn )n converge vers 0 dans l’espace vectoriel normé (E, N ) et ne converge pas
vers 0 dans l’espace vectoriel normé (E, N 0 ).
On en déduit que les normes N et N 0 ne sont pas des normes équivalentes.
 
0 n
Exemple 1.18. Dans l’espace E = C ([0, 1], R) on considère la suite fn (x) = x + x et la
n
fonction f (x) = x. Z
1 Z 1
1
On a, kfn − f k1 = |fn (t) − f (t)| dt = tn dt =
−→ 0,
0 0 n + 1 n→+∞
on déduit que (fn )n converge vers f au sens de la norme k.k1 .
Mais comme kfn − f k∞ = sup (|fn (t) − f (t)|) = 1 donc la suite (fn )n ne converge pas vers f
t∈[0,1]
au sens de la norme uniforme.
On peut se demander si la suite (fn )n converge au sens de la norme uniforme vers une autre
limite différente de f (x) = x.
supposons qu’il existe une fonction g telle que kfn − gk∞ −→ 0,
n→+∞
alors on aurait lim kfn − gk1 = 0 (car k.k1 ≤ k.k∞ ), ce qui n’est possible que si g = f .
n→+∞

Remarque 1.12. Les inégalités k.k1 ≤ αk.k2 ≤ βk.k∞ montrent que toute suite (un )n qui
converge pour la norme uniforme converge aussi au sens des normes k.k1 et k.k2 , de même une
suite qui converge au sens de la norme k.k2 converge aussi au sens de la norme k.k1 .

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


16 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

1.2.3 Opérations algébriques et propriétés

Dans ce paragraphe, E est un K−espace vectoriel et N une norme sur E.

Théorème 1.8. Si la suite (un )n∈N converge (pour la norme N ), alors la suite (un )n∈N est
bornée (pour la même norme N ).

Démonstration Soit (un )n∈N une suite d’éléments de E convergeant vers un certain élément
l de E. Il existe un entier n0 > 0 tel que pour n ≥ n0 , N (un − l) ≤ 1. Donc pour n ≥ n0 , on a

N (un ) = N (un − l + l) ≤ N (un − l) + N (l) ≤ 1 + N (l).

D’où, pour tout entier naturel n,

N (un ) ≤ max{N (u0 ), ..., N (un0 −1 ), 1 + N (l)}.

Ceci montre que la suite (un )n∈N est bornée.

Théorème 1.9. Si la suite (un )n∈N converge vers l et la suite (vn )n∈N converge vers l0 , alors
pour tout (λ, µ) ∈ K, la suite (λun + µvn )n∈N converge vers λl + µl0 .
Autrement dit, l’ensemble des suites convergentes d’éléments de E est un espace vectoriel sur
K et l’application u 7→ lim u est une application linéaire de l’espace des suites convergentes
d’éléments de E vers E.

Démonstration Soient (un )n∈N et (vn )n∈N deux suites d’éléments de E et soient λ et µ
deux éléments de K. Supposons que la suite (un )n∈N converge vers l ∈ E et la suite (vn )n∈N
converge vers l0 ∈ E.
ε
Soit ε > 0. Il existe n1 ∈ N tel que pour n ≥ n1 , N (un − l) ≤
2(|λ| + 1)
0 ε
et il existe n2 ∈ N tel que pour n ≥ n2 , N (vn − l ) ≤ .
2(|µ| + 1)
Soit n0 = max{n1 , n2 }. Pour n ≥ n0 , on a

N ((λun + µvn ) − (λl + µl0 )) = N (λ(un − l) + µ(vn − l0 ))


ε ε
≤ |λ|N (un − l) + |µ|N (vn − l0 ) ≤ |λ| + |µ|
2(|λ| + 1) 2(|µ| + 1)
ε ε
≤ (|λ| + 1) + (|µ| + 1) = ε.
2(|λ| + 1) 2(|µ| + 1)

On a montré que ∀ε > 0, ∃n0 ∈ N / ∀n ∈ N, (n ≥ n0 ⇒ N ((λun + µvn ) − (λl + µl0 )) ≤ ε) et


donc la suite (λun + µvn )n∈N converge vers λl + µl0 .

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


17 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

Théorème 1.10. Soient (un )n∈N une suite de E et (λn )n∈N une suite de K.
On suppose que la suite (un )n∈N converge vers l ∈ E et que la suite (λn )n∈N converge vers
λ ∈ K. Alors, la suite (λn un )n∈N converge vers λl.

Démonstration. Pour n ∈ N,

N (λn un − λl) = N (λn un − λn l + λn l − λl) = N (λn (un − l) + (λn − λ)l)


≤ |λn |N (un − l) + |λn − λ|N (l).

La suite (|λn |)n est une suite réelle bornée et la suite (N (un −l))n est une suite réelle convergeant
vers 0. Donc, |λn |N (un − l) tend vers 0 quand n tend vers +∞.
D’autre part, |λn − λ|N (l) tend vers 0 quand n tend vers +∞.
Par suite, |λn |N (un − l) + |λn − λ|N (l) tend vers 0 quand n tend vers +∞,
et finalement N (λn un − λl) tend vers 0 quand n tend vers +∞.
On en déduit que la suite (λn un )n converge vers λl.

Remarque 1.13. De façon plus générale, soit (E, N ) un e.v.n. muni d’un produit (e1 , e2 ) 7→
e1 .e2 distributif par rapport à l’addition et vérifiant pour tous scalaire λ.

λ(e1 .e2 ) = (λe1 ).e2 = e1 .(λe2 ) et tel que N (e1 .e2 ) ≤ N (e1 )N (e2 ).

Si la suite (un )n converge vers l et la suite (vn )n converge vers l0 , alors la suite (un vn )n converge
vers ll0 .

Théorème 1.11. Soit E un espace de dimension finie d ∈ N∗ . Soit B = (e1 , ..., ed ) une base
donnée de E. Soient (un )n∈N une suite d’éléments de E et l un élément de E.
X d d
X
Pour tout entier naturel n, on pose un = un,k ek et d’autre part, on pose l = lk ek .
k=1 k=1
La suite (un )n∈N converge vers l si et seulement si pour tout k ∈ {1, 2..., d}, la suite numérique
(un,k )n∈N converge vers le nombre lk .

Démonstration. Supposons que pour tout k ∈ {1, 2..., d}, la suite numérique (un,k )n∈N
d
X
converge vers le nombre lk . Alors, d’après les théorèmes 1.9 et 1.10, la suite (un )n∈N = (un,k )n∈N ek
k=1
d
X
converge vers lk ek ou encore la suite (un )n∈N converge vers l.
k=1
• Réciproquement, supposons que la suite (un ) converge vers l dans l’espace vectoriel normé
(E, k.k∞ ). Soit k ∈ {1, 2..., d}. Pour tout n ∈ N, |un,k − lk | ≤ kun − lk∞ .
Par hypothèse, kun − lk∞ tend vers 0 quand n tend vers +∞,

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


18 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

et donc pour tout k ∈ {1, 2..., d}, |un,k − lk | tend vers 0 quand n tend vers +∞ ou encore la
suite (un,k )n∈N converge vers lk .

1.3 Espaces vectoriels complets

Définition 1.10. Soit (E, N ) un espace vectoriel normé sur le corps K. une suite (un )n d’élé-
ments de E est dite de Cauchy si

∀ε > 0, ∃n0 tel que, ∀ p ≥ n0 , ∀ q ≥ n0 ⇒ N (up − uq ) < ε.

Remarque 1.14. Notons qu’une suite (un )n d’éléments de (E, N ) est dite de Cauchy si et
seulement si lim N (un+k − un ) = 0 indépendamment de l’entier k.
n→∞

t2 tn
 
0
Exemple 1.19. Dans C ([0, 1], R) la suite fn (t) = t + + ... + est une suite de Cauchy
2 n n
pour la norme k.k1 .

En effet : On a
Z 1
kfn+k − fn k1 = fn+k (t) − fn (t) dt
0
1 1 1
= + + ... +
(n + 1)(n + 2) (n + 2)(n + 3) (n + k)(n + k + 1)
1 1 1 1 1 1
= ( − )+( − ) + ... + ( − )
(n + 1) (n + 2) (n + 2) (n + 3) (n + k) (n + k + 1)
1 1 1
= − < −→ 0,
(n + 1) (n + k + 1) (n + 1) n→+∞
 
0
donc (fn )n est de Cauchy dans C ([0, 1], R), k.k1 .

Théorème 1.12. Si les normes N et N 0 sont équivalentes, et si (un ) est une suite de E qui
est de Cauchy pour l’une d’entre elles, alors elle est de Cauchy pour l’autre.

Démonstration. C’est facile à vérifier, il suffit d’utiliser la remarque 1.14 et le théorème


1.7.

Remarques 1.15. 1) Dans un e.v.n. (E, N ), si une suite converge alors elle est de Cauchy.
En effet :

lim N (un+k − un ) = lim N (un+k − l + l − un )


n→+∞ n→+∞

≤ lim N (un+k − l) + lim N (un − l) = 0.


n→+∞ n→+∞

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


19 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

2) La réciproque de ce résultat est fausse. Il y’a des espaces vectoriels normés qui possèdent
des suites de Cauchy non convergentes.

En effet : Par exemple, dans l’espace (C 0 ([0, 2]), k.k1 , on considère la suite suivante

1
0 si 0 ≤ x ≤ 1 −


n


1

un (x) = 1 + n(x − 1) si 1 − ≤ x ≤ 1


 n
 1 si 1 ≤ x ≤ 2.

1 1 1
Pour p, q ∈ N on a kup − uq k1 = ( − ) −→ 0,
2 p q p,q→+∞
donc (un )n est une suite de Cauchy dans (C 0 ([0, 2]), k.k1 ).
D’autre part, la suite (un )n converge simplement sur l’intervalle [0, 2] vers la fonction
 0 si x ∈ [0, 1[
u(x) =
 1 si x ∈ [1, 2],
(c-à-d : pour tout x fixé (un (x))n converge vers u(x)).
Puisque la fonction u(x) n’est pas continue sur [0,2], alors la suite (un )n ne converge pas dans
l’espace (C 0 ([0, 2]), k.k1 ).

Définition 1.11. Un e.v.n. (E, N ), est dit complet si toute suite de Cauchy d’éléménts de E
est convergente dans (E, N ). On dit aussi que (E, N ) est un espace de Banach.

Théorème 1.13. Soit E un espace vectoriel normé, si E est complet pour une norme N alors
il reste complet pour toute norme N 0 équivalente à N .

Démonstration. Si N 0 est une norme sur E équivalente à N , et si (un ) est une suite de
Cauchy pour N 0 et d’après le Théorème 1.12 elle est de Cauchy pour N , donc convergente
pour cette norme, et d’après le Théorème 1.7 elle va converger dans (E, N 0 ), donc (E, N 0 ) est
complet.

Théorème 1.14. Tout K−espace vectoriel de dimension finie est un espace de Banach.

d
X
Démonstration. Soit (e1 , ..., ed ) une base de E muni de la norme k.k1 (avec k xi ei k1 =
i=1
d
X    
|xi |) et soit un = (un,1 , ..., un,d ) une suite de Cauchy dans (E, k.k1 ) c’est à dire
i=1 n n

d
X
lim kun+k − un k1 = 0 ⇒ lim |u(n+k),i − un,i | = 0.
n→∞ n→∞
i=1

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


20 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

donc les suites numériques coordonnées {(un,1 )n , ..., (un,d )n } sont des suites de Cauchy dans
K. Comme K est complet alors chaque suite (un,i )n converge vers une limite li , c’est à dire
lim |un,i − li | = 0 pour tous les indices i = 1, 2, ..., d.
n→∞
Par conséquent la suite (un ) est convergente vers l = (l1 , l2 , ..., ld ) dans (E, k.k1 ).
d’où (E, k.k1 ) est un espace de Banach.

Remarque 1.16. Le cas des espaces de fonctions est différent, par exemple l’espaces C 0 ([a, b]),
ou CP (T ). Ces deux espaces ne sont pas complets pour les normes k.k1 et k.k2 alors qu’ils sont
complets pour la norme k.k∞ .

En effet.
• a) (C 0 ([0, 1]), k.k1 ) n’est pas complet :
t2 t3 tn
Considérons la suite (gn )n définie par gn (t) = t+ + +....+ . Nous avons vu dans l’exemple
2 3 n
1.19 que (gn )n est une suite de Cauchy dans (C 0 ([0, 1]), k.k1 ).
D’autre part, pour t ∈ [0, 1] la suite (gn (t))n converge vers g(t) = − ln(1 − t), et que cette
convergence est uniforme sur tout intervalle [0, A] avec A < 1. En effet :
n +∞ k +∞ +∞
X tk X t X tk X Ak
sup |gn (t) − g(t)| = sup | − | = sup | |≤ −→ 0
t∈[0,A] t∈[0,A] k=1
k k=1
k t∈[0,A] k=n+1 k k=n+1
k n→+∞

(car c’est le reste d’une série numérique convergente).


Supposons que la suite (gn )n converge au sens de k.k1 vers une limite ge ∈ C 0 ([0, 1]).
Soit A tel que 0 < A < 1 et posons
Z A Z A
un = |gn (t) − ge(t)| dt, et vn = |gn (t) − g(t)| dt
0 0

Comme 0 ≤ un < kgn − gek1 −→ 0, alors la suite (un ) est convergente vers 0.
n→+∞
De même nous avons 0 ≤ vn < A, sup |gn (t)−g(t)| −→ 0, (car (gn )n converge uniformément
t∈[0,A] n→+∞

vers g sur [0, A]), donc la suite (vn ) est convergente vers 0. Z A
Il en résulte que (un + vn ) converge vers 0, et comme un + vn ≥ |g(t) − ge(t)| dt alors
Z A 0

|g(t) − ge(t)| dt = 0 donc on aurait ge(t) = g(t) = − ln(1 − t) sur [0, A]. Ceci est valable
0
pour tout A < 1, donc ge(t) = g(t) = − ln(1 − t) sur [0, 1[, ce qui est impossible car ge doit être
continue sur [0, 1], alors que lim ln(1 − t) = ∞.
t→1
0
• b) (C ([0, 1]), k.k2 ) n’est pas complet :
Reprenons la même suite précédente (gn )n . Elle est une suite de Cauchy dans (C 0 ([0, 1]), k.k2 ).
En effet :

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


21 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

1
x2n 1
Z 
1
kgn − gn−1 k2 = 2
= √ .
0 n 2 n 2n + 1
n
X 1 X 1
Posons Sn = √ , on a kgp − gn k2 ≤ |Sp − Sn |. Or la serie √ est conver-
k=1
k 2k + 1 n
n 2n + 1
gente, donc la suite de ses sommes partielles (Sn ) est de Cauchy.
Par ailleurs, cette suite n’est pas convergente pour k.k2 , car sinon elle le serait au sens de k.k1
ce qui est impossible d’après a).
• c) (C 0 ([0, 1]), k.k∞ ) est complet :
Soit (gn )n une suite de Cauchy dans (C 0 ([0, 1]), k.k∞ ), on a pour tout t ∈ [0, 1]

|gn (t) − gp (t)| ≤ kgn − gp k∞

donc le suite (gn (t))n est de Cauchy dans R. Elle a donc une limite que nous noterons g(t), ceci
définit une fonction g. Il faudrait vérifier que g ∈ C 0 ([0, 1]) et que kgn − gk∞ −→ 0.
n→+∞
En effet : Soit ε > 0 puisque (gn )n est une suite de Cauchy il existe n0 tel que pour n ≥ n0 et
p ≥ n0 . on a pour tout t ∈ [0, 1], |gn (t) − gp (t)| < ε.
Pour n ≥ n0 fixé et faisant tendre p vers l’infini, on obtient

∀ε > 0 ∃n0 , / n ≥ n0 ⇒ ∀t ∈ [0, 1], |gn (t) − g(t)| < ε

c-à-d sup |gn (t) − g(t)| < ε donc g est la limite uniforme de (gn ).
t∈[0,1]
Reste à montrer que g est continue.
ε
Soit ε > 0, il existe n tel que pour tout t ∈ [0, 1], |gn (t) − g(t)| < , or gn est continue, donc
3 ε
pour tout t0 il existe un η > 0 tel que |t − t0 | < η, t ∈ [0, 1] ⇒ |gn (t) − gn (t0 )| < .
3
Ainsi pour |t − t0 | < η on a

|g(t) − g(t0 )| ≤ |g(t) − gn (t)| + |gn (t) − gn (t0 )| + |gn (t0 ) − g(t0 )| < ε.

D’où la continuité de g.

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


Filière SMA S3

Intitulé du module Analyse 5

Semestre S3

Pr. Youssef AKDIM Année Universitaire 2020-2021

1
Table des matières

1 Espaces vectoriels normés 4

1.1 Normes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4

1.1.1 Définitions et Notations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4

1.1.2 Exemples de normes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5

[Link] Exemples des normes dans le cas des e.v.n. de dimension finie . 5

[Link] Norme Hilbertienne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5

[Link] Exemples de normes sur des espaces de fonctions . . . . . . . . 6

[Link] Exemples des normes sur des espaces de suites . . . . . . . . . . 7

1.1.3 Normes équivalentes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7

1.1.4 Distance associée à une norme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12

1.2 Suites dans un e.v.n. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12

1.2.1 Suites bornées . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13

1.2.2 Suites convergentes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14

1.2.3 Opérations algébriques et propriétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17

1.3 Espaces vectoriels complets . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19

1.4 Suites extraites. Valeurs d’adhérence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23

1.5 Vocabulaire de topologie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25

1.5.1 Boules . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25

1.5.2 Voisinages . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26

2
3 TABLE DES MATIÈRES

1.5.3 Ouverts . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27

1.5.4 Fermés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30

1.5.5 Intérieur d’une partie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32

1.5.6 Adhérence d’une partie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32

1.5.7 Frontière d’une partie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34

1.5.8 Parties denses . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34

1.5.9 Parties Compactes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


Chapitre 1

Espaces vectoriels normés

1.1 Normes

1.1.1 Définitions et Notations

Dans ce chapitre, on désigne par K le corps R ou C et on désigne par E un K−espace


vectoriel.

Définition 1.1. Soit E un K−espace vectoriel. Une norme sur E est une application N de
E dans R+ vérifiant les quatre axiomes :
1) ∀x ∈ E, N (x) = 0 ⇒ x = 0 (axiome de séparation).
2) ∀x ∈ E, ∀λ ∈ K, N (λx) = |λ|N (x) (homogénéite).
3) ∀(x, y) ∈ E 2 , N (x + y) ≤ N (x) + N (y) (inégalité triangulaire).
Une norme est souvent notée k.k : x 7→ kxk.

Remarque 1.1. Pour tout x ∈ E, N (x) = 0 ⇔ x = 0.

En effet : Il suffit d’appliquer l’homogénéité de la norme avec λ = 0.

Définition 1.2. Un espace vectoriel normé (e.v.n.) est un couple (E, N ) où E est un
K−espace vectoriel et N est une norme sur E.

Exemples 1.1. 1) R muni de la valeur absolue |.| est un e.v.n.


2) C muni du module |.| est un e.v.n.

Proposition 1.1. Si N est une norme sur E, alors :


1) ∀x ∈ E, N (−x) = N (x).

4
5 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

2) ∀(x, y) ∈ E 2 , |N (x) − N (y)| ≤ N (x − y). (Inégalité triangulaire inverse).

En effet : 1) D’après l’homogénéité de la norme avec λ = −1.


2) Soit (x, y) ∈ E 2 . N (x) = N (x − y + y) ≤ N (x − y) + N (y) et donc N (x) − N (y) ≤ N (x − y).
D’autre part, En échangeant les rôles de x et y, on obtient N (y) − N (x) ≤ N (y − x) = N (x − y)
et finalement, |N (x) − N (y)| ≤ N (x − y).

Définition 1.3. Soient (E, NE ) et (F, NF ) deux e.v.n. une application f : E → F est dite
Lipschitzienne s’il existe un réel k > 0 tel que pour tous (x, y) ∈ E 2

NF (f (x) − f (y)) ≤ kNE (x − y).

Remarque 1.2. L’inégalité triangulaire inverse |N (x) − N (y)| ≤ N (x − y) implique que l’ap-
plication x 7→ N (x) est Lipschitzienne de (E, N ) dans (R+ , |.|).

1.1.2 Exemples de normes

[Link] Exemples des normes dans le cas des e.v.n. de dimension finie

Exemple 1.2. Les applications définies par : ∀x = (x1 , ..., xn ) ∈ Kn


v
Xn u n
uX
kxk1 = |xk |, kxk2 = t |xk |2 , et kxk∞ = max{|xk |, 1 ≤ k ≤ n}
k=1 k=1

sont des normes sur Kn , appelées des normes usuelles.

Remarque 1.3. Plus généralement, sur un espace vectoriel on peut avoir plusieurs normes,
peut-être même une infinité de norme distinctes.
n
X  p1
n ∗ p
par exemple dans K , ∀p ∈ N , on pose kxkp = |xk | .
k=1
[Link] sont des normes sur Kn .

[Link] Norme Hilbertienne

Exemple 1.3. Si (E, (., .)) est un espace prehilbertien réel (espace vectoriel muni d’un produit
p
scalaire), alors k.k : x 7→ kxk = (x, x) est une norme sur E, appelée la norme hilbertienne
associée au produit scalaire (., .).

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6 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

[Link] Exemples de normes sur des espaces de fonctions

Exemple 1.4. Soit E = B(I, K) (espace des fonctions bornées sur l’intervalle I de R à valeurs
dans K) que l’on peut aussi noté L∞ (I, K). Pour f ∈ E, on pose

kf k∞ = Sup{|f (x)|, x ∈ I}.

k.k∞ est une norme sur E appelée norme de la convergence uniforme.

En effet : • Soit f ∈ E. f est bornée sur I et donc |f | admet sur I une borne supérieure
dans R.
k.k∞ est donc une application de E dans R. De plus pour f ∈ E, ona |f | est positive sur I et
donc kf k∞ est un réel positif.
• Soit f ∈ E,

kf k∞ = 0 ⇒ ∀x ∈ I, |f (x)| ≤ 0 ⇒ ∀x ∈ I, f (x) = 0 ⇒ f = 0.

• Soient f ∈ E et λ ∈ K. Si λ = 0, alors kλf k∞ = k0k∞ = 0 = |0| × kf k∞ .


On suppose dorénavant λ 6= 0.
Pour tout x ∈ I, on a |λf (x)| = |λ| × |f (x)| ≤ |λ| × kf k∞ . Ainsi, |λ| × kf k∞ est un majorant de
{|λf (x)|, x ∈ I}. Puisque kλf k∞ est le plus petit de ces majorants, donc kλf k∞ ≤ |λ| × kf k∞ .
1 1
Pour tout λ 6= 0, on a kλf k∞ ≤ |λ| × kf k∞ . Par suite, kf k∞ = k (λf )k∞ ≤ kλf k∞ et donc
λ |λ|
|λ| × kf k∞ ≤ kλf k∞ .
Finalement, kλf k∞ = |λ| × kf k∞ .
• Soient (f, g) ∈ E 2 . Pour tout x ∈ I,

|f (x) + g(x)| ≤ |f (x)| + |g(x)| ≤ kf k∞ + kgk∞

Ainsi, kf k∞ + kgk∞ est un majorant de {|f (x) + g(x)|, x ∈ I}. Puisque kf + gk∞ est le plus
petit de ces majorants, donc kf + gk∞ ≤ kf k∞ + kgk∞ .
Finalement k.k∞ est effectivement une norme dans B(I, K).

Exemple 1.5. Soit E = L1 (I, K) l’espace des fonctions continues


Z et intégrables sur l’intervalle
I de R à valeurs dans K. Pour f ∈ E, on pose : kf k1 = |f (x)| dx.
I
k.k1 est une norme sur E appelée norme de la convergence en moyenne.

Exemple 1.6. Soit E = L2 (I, K) l’espace des fonctions continuessde carré intégrable sur l’in-
Z
tervalle I de R à valeurs dans K. Pour f ∈ E, on pose : kf k2 = |f (x)|2 dx.
I
k.k2 est une norme sur E appelée norme de la convergence en moyenne quadratique.

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7 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

Remarque 1.4. Dans le cas particulier où E = C 0 ([a, b], K), (l’espace des fonctions continues
sur un intervalle borné [a, b]). k.k1 , k.k2 et k.k∞ sont trois normes sur E, et il existe deux
constantes positive α et β tel que k.k1 ≤ αk.k2 ≤ βk.k∞ .
(à faire en exercice).

[Link] Exemples des normes sur des espaces de suites

Exemple 1.7. Soit E = l∞ (K) l’espace des suites bornées d’éléments de K. Pour u ∈ E, on
pose : kuk∞ = sup{|un |, n ∈ N}.
k.k∞ est une norme sur E.
(à faire en exercice).

Exemple 1.8. Soit E = l1 (K), l’espace des suites sommables d’éléments de K.


+∞
X
Pour u ∈ E, on pose : kuk1 = |un |.
n=0
k.k1 est une norme sur E.
(à faire en exercice).

Exemple 1.9. Soit E =vl2 (K) l’espace des suites de carré sommable d’éléments de K. Pour
u +∞
uX
u ∈ E, on pose : kuk2 = t |un |2 .
n=0
k.k2 est une norme sur E. (à faire en exercice).

1.1.3 Normes équivalentes

Définition 1.4. Soient E un K−espace vectoriel puis N et N 0 deux normes sur E. On dit que
N est équivalente à N 0 si et seulement si il existe deux réels strictement positifs α et β tels
que
∀x ∈ E, αN (x) ≤ N 0 (x) ≤ βN (x).

Théorème 1.1. Soit E un K−espace vectoriel. La relation "N est équivalente à N 0 " est une
relation d’équivalence sur l’ensemble des normes sur E.

Démonstration Notons R la relation considérée (N RN 0 c-à-d N est équivalente à N 0 ).


• Montrons que R est réflexive
Soit N une norme sur E. Soit α = β = 1, on a : pour tout x de E,

αN (x) ≤ N (x) ≤ βN (x).

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8 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

Donc, N est équivalente à N . Ceci montre que R est réflexive.


• Montrons que R est symétrique
Soient N et N 0 deux normes sur E. Supposons que N soit équivalente à N 0 . Il existe deux reels
strictement positifs α et β, tels que, pour tout x ∈ E

αN (x) ≤ N 0 (x) ≤ βN (x).

On déduit que, pour tout x de E,

1 0 1
N (x) ≤ N (x) ≤ N 0 (x).
β α
1 1
Puisque , ∈ R+∗ alors N 0 RN . Ceci montre que R est symétrique.
α β
• Montrons que R est transitive.
Soient N, N 0 et N 00 trois normes sur E. Supposons N RN 0 et N 0 RN 00 , c-à-d il existe quatre
réels strictement positifs α, β, α0 et β 0 , tels que, pour tout x de E,

αN (x) ≤ N 0 (x) ≤ βN (x) et α0 N 0 (x) ≤ N 00 (x) ≤ β 0 N 0 (x).

Mais alors, pour tout x de E,

αα0 N (x) ≤ α0 N 0 (x) ≤ N 00 (x) ≤ β 0 N 0 (x) ≤ ββ 0 N (x).

Puisque αα0 et ββ 0 sont deux réels strictement positifs, alors N RN 00 . Ceci montre que R est
transitive.
Finalement, R est une relation d’équivalence sur l’ensemble des normes sur E.

Théorème 1.2. Dans un espace vectoriel de dimension finie, toutes les normes sont équiva-
lentes.

Démonstration Soit E un K−espace vectoriel de dimension finie n. Soit (e1 , ..., en ) une
base de E. On choisit sur E la norme
n
X n
X  21 n
X
2
kxk2 = k xi e i k = |xi | avec x = xi e i .
i=1 i=1 i=1

Soit ρ(.) une norme quelconque sur E.


Notons SE = {x ∈ E / kxk2 = 1} la sphère unité de E.
ρ est une application continue sur E (car d’après la remarque 1.2 on a ρ est Lipschitzienne).
∀x ∈ SE , ρ(x) 6= 0 ⇒ ρ(x) > 0 et SE est compacte (car SE est férmé borné et E est de
dimension finie),

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9 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

donc ρ possède une borne supérieur M > 0 et une borne inférieure m > 0 sur SE . c-à-d ∀x ∈ SE
on a 0 < m ≤ ρ(x) ≤ M .
x
Maintenant, ∀x ∈ E \ {0} on a ∈ SE ,
kxk2
donc  
x
m≤ρ ≤M
kxk2
donc ∀x ∈ E, on a mkxk2 ≤ ρ(x) ≤ M kxk2 , ceci étant trivial pour x = 0.

Exemple 1.10. Sur l’espace vectoriel de dimension finie E = Rn . Les trois normes k.k1 , k.k2
et k.k∞ définies dans l’exemple 1.2 sont équivalentes, et ∀x ∈ Rn on a

kxk∞ ≤ kxk1 ≤ nkxk∞



kxk∞ ≤ kxk2 ≤ nkxk∞ .

n
X n
X
n
En effet • Pour tout x = (x1 , ..., xn ) ∈ R , kxk1 = |xi | ≤ kxk∞ = nkxk∞ .
i=1 i=1
Inversement, si i0 est un indice tel que kxk∞ = |xi0 |, alors

kxk∞ = |xi0 | ≤ |x1 | + ... + |xn | = kxk1 .

Donc, k.k∞ ≤ k.k1 ≤ nk.k∞ . Ceci montre que kxk1 et kxk∞ sont deux normes équivalentes.
• Pour tout x = (x1 , ..., xn ) ∈ Rn ,
v v
u n u n
u X
2
uX √
kxk2 = t |xi | ≤ t kxk2∞ = nkxk∞
i=1 i=1

Inversement, si i0 est un indice tel que kxk∞ = |xi0 |, alors


q q
kxk∞ = x2i0 ≤ x21 + ... + x2n = kxk2 .

Donc, k.k∞ ≤ k.k2 ≤ nk.k∞ . Ceci montre que k.k1 et k.k∞ sont deux normes équivalentes.
• Par transitivité, on en déduit que k.k1 et k.k2 sont deux normes équivalentes.

Remarque 1.5. On peut obtenir directement des inégalités entre k.k1 et k.k2 sans passer par
k.k∞ .

En effet : Pour x = (x1 , ..., xn ) ∈ Rn , l’inégalité de Cauchy-Schwarz fournit


√ p √
kxk1 = 1 × |x1 | + ... + 1 × |xn | ≤ 12 + ...12 |x1 |2 + ... + |xn |2 = nkxk2 .

D’autre part,
v v
u n s u n n
2 X
uX X u X
kxk2 = t 2
|xi | ≤ |xi ||xj | = t |xi | = |xi | = kxk1 .
i=1 1≤i,j≤n i=1 i=1

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10 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

Remarque 1.6. Quand E est un K−espace vectoriel de dimension infinie, il est possible que
deux normes données sur E ne soient pas des normes équivalentes.

Exemple 1.11. Soit E = C 1 ([0, 1], R),l’espace des fonctions de classe C 1 de [0, 1] vers R on
pose : Z 1 Z 1
0
N (f ) = |f (x)| dx et N (f ) = |f (0)| + |f 0 (x)| dx.
0 0
1) Montrer que N 0 est une norme sur E, et que l’on a N ≤ N 0 .
2) Vérifier que N et N 0 ne sont pas équivalentes.

En effet 1) • Soit f ∈ E. f 0 est alors définie et continue Z sur le segment [0, 1].
1
On en déduit que N 0 (f ) existe dans R et N 0 (f ) = |f (0)| + |f 0 (x)| dx ≥ 0.
Z 1 0

• Soit f ∈ E. N 0 (f ) = 0 ⇒ |f (0)| + |f 0 (x)| dx = 0 ⇒ |f (0)| = 0 et ∀x ∈ [0, 1], |f 0 (x)| = 0


0
(fonction continue, positive, d’intégrale nulle),
donc f (0) = 0 et f 0 = 0 ⇒ f (0) = 0 et ∀x ∈ [0, 1], f (x) = f (0) ⇒ f = 0.
• Soient f ∈ E et λ ∈ R.
Z 1  Z 1 
0 0 0
N (λf ) = |λf (0)| + |λf (x)| dx = |λ| |f (0)| + |f (x)| dx = |λ|N 0 (f ).
0 0

• Soit (f, g) ∈ E 2 .
Z 1
0
N (f + g) = |f (0) + g(0)| + |f 0 (x) + g 0 (x)| dx
Z 1 0 Z 1
0
≤ |f (0)| + |f (x)|dx + |g(0)| + |g 0 (x)|dx
0 0
= N 0 (f ) + N 0 (g).

Donc N 0 est une norme sur E.


• Soit f ∈ E. Pour x ∈ [0, 1], on a
Z x Z x
0
|f (x)| = |f (0) + f (t)dt| ≤ |f (0)| + |f 0 (t)|dt
Z0 1
0

≤ |f (0)| + |f 0 (t)|dt = N 0 (f ).
0
Z 1 Z 1
Par suite, N (f ) = |f (x)|dx ≤ N 0 (f )dx = N 0 (f ), donc N ≤ N 0 .
0 0
2) Pour n ∈ N∗ et x ∈ [0, 1], posons fn (x) = xn .
1
Chaque fn est un élément de E tel que N (fn ) = et N 0 (fn ) = 1.
n+1
Supposons par l’absurde qu’il existe un réel strictement positif α tel que αN 0 ≤ N .
En particulier, pour tout n ∈ N∗ , αN 0 (fn ) ≤ N (fn ), ou encore
1
∀n ∈ N∗ , 0 < α ≤
n+1

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11 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

Quand n tend vers +∞, on obtient 0 < α ≤ 0, ce qui est impossible.


Donc, il n’existe pas un réel strictement positif α tel que αN 0 ≤ N . Ceci montre que les normes
N et N 0 ne sont pas des normes équivalentes.

Exemple 1.12. Soit E = CP (T ) l’espace des fonctions continues de R dans R et périodiques


de période T , muni des trois normes suivantes : ∀f ∈ E
Z α+T
a) kf k1 = |f (t)| dt
α
 Z α+T  21
2
b) kf k2 = |f (t)| dt
α
c) kf k∞ = sup |f (t)|.
t∈R

Ces trois normes ne sont pas équivalentes

En effet : Il est clair que

kf k1 ≤ T kf k∞

kf k2 ≤ T kf k∞

kf k1 ≤ T kf k2 (d’après inégalité de Cauchy Schwarz).
Mais, si pour tout n ∈ N∗ , on considère la fonction fn définie sur [0, T ] par
 2
n T
x si 0 ≤ x ≤


 T 2 n


fn (x) = −n T 2T
x + 2n si ≤x≤


 T n n

 0 sinon
Nous avons alors
kfn k∞ = n
kfn k1 = T
r
2
kfn k2 = Tn
3
et il est facile de voir qu’on ne peut pas trouver des constantes c, c0 , c00 telles que pour tout n
on ait
kfn k∞ = n ≤ ckfn k1 = cT
r
2
kfn k∞ = n ≤ c0 kfn k2 = c0 Tn
r 3
2
kfn k2 = T n ≤ c00 kfn k1 = c00 T.
3
Théorème 1.3. Soient (E1 , N1 ), ..., (Ek , Nk ) des K−espaces vectoriels normes.
Pour x = (x1 , ..., xk ) ∈ E1 × ... × Ek , on pose N (x) = M ax{Ni (xi ), 1 ≤ i ≤ k}. Alors, N est
une norme sur E1 × ... × Ek .

Preuve Facile à vérifier.

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12 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

1.1.4 Distance associée à une norme

Définition 1.5. Soit E un ensemble, une distance sur E est une application

d : E × E −→ R+
(x, y) 7→ d(x, y)
vérifiant :
1) d(x, y) = 0 ⇔ x = y, ∀(x, y) ∈ E × E,
2) d(x, y) = d(y, x), ∀(x, y) ∈ E × E,
3) d(x, z) ≤ d(x, y) + d(y, z), ∀(x, y, z) ∈ E × E × E.
Le couple (E, d) est appelé espace métrique.

Définition 1.6. Soit (E, N ) un espace vectoriel normé, on appelle distance associée à la
norme N l’application d de E × E dans R+ définie par :

∀(x, y) ∈ E × E, d(x, y) = N (y − x).

Remarques 1.7. 1) A partir des propriétés de N on vérifie facilement que d(x, y) = N (x−
y) est une distance sur E.
2) La distance d(., .) ainsi définie vérifie en plus

d(x + z, y + z) = d(x, y)
d(λx, λy) = |λ|d(x, y).

3) Les espaces vectoriels normés sont des cas particuliers d’espaces métriques.

1.2 Suites dans un e.v.n.

Définition 1.7. Soit (E, k.k) un K e.v.n.


Une suite dans E est la donnée d’une famille de vecteurs de E indexée par des entiers naturels.
On peut la décrire comme étant une application de N (ou une partie de N) à valeurs dans E

u : N −→ E
n −→ un .

On la désignera par (un )n∈N ou tout simplement (un ).

Exemples 1.13. 1) Dans E = R2 , on peut considérer la suite de terme général


 
1 1
un = n n , .
n ln(n) − n) n≥1

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13 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

2) Dans E = CP (T ), on considère la suite de fonctions (fn )n dont le terme général est


donné par :  2
n T
x si 0 ≤ x ≤


 T n


fn (x) = −n T 2T
x − 2n si ≤x≤


 T n n

 0 sinon.
3) Dans l’espace M2 (R) des matrices carrées d’ordre 2. On considère la suite de terme
général  π π 
cos(n ) sin(n )
un =  2 2 .
π π
− sin(n ) cos(n )
2 2

1.2.1 Suites bornées

Définition 1.8. Soit (E, k.k) un K−espace vectoriel normé. Soit (un )n∈N une suite de E.

(un )n∈N est bornée si et seulement si ∃M ∈ R+ tel que ∀n ∈ N, kun k ≤ M.


 
Remarque 1.8. Dire que la suite (un )n∈N est bornée équivaut à dire que la suite kun k
n∈N
est une suite de réels majorée.

Exemple 1.14. On munit E = C 1 ([0, 1], R) des normes N et N 0 de l’exemple 1.11.


Pour n ∈ N∗ et x ∈ [0, 1], on pose fn (x) = (n + 1)xn .
Z 1

∀n ∈ N on a N (fn ) = (n + 1)xn dx = 1.
0

Donc, la suite (fn )n∈N∗ est une suite bornée de l’espace vectoriel (E, N ).
Z 1
∗ 0
∀n ∈ N , on a N (fn ) = 0 + (n + 1)nxn−1 dx = n + 1.
0

Puisque lim (n + 1) = +∞, alors la suite (fn )n∈N∗ n’est pas une suite bornée de l’espace
n→+∞
vectoriel (E, N 0 ).

Remarque 1.9. La notion de suite bornée dépend bien sur de la norme utilisée.

Théorème 1.4. Soit E un K−espace vectoriel. Soient N et N 0 deux normes sur E. Si N et N 0


sont équivalentes, alors pour tout suite (un )n∈N d’éléments de E, (un )n∈N est une suite bornée
de l’espace vectoriel normé (E, N ) si et seulement si (un )n∈N est une suite bornée de l’espace
vectoriel normé (E, N 0 ).

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14 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

Démonstration Par hypothèse, il existe deux réels strictement positifs tels que
αN ≤ N 0 ≤ βN . Soit (un )n∈N une suite d’éléments de E. On suppose la suite (un )n∈N bornée
pour la norme N . Il existe donc M ∈ R+ tel que ∀n ∈ N, N (un ) ≤ M .
Donc pour tout n ∈ N,
N 0 (un ) ≤ βN (un ) ≤ βM

d’où, la suite (un )n∈N est bornée pour la norme N 0 .


Inversement, Il suffit d’échanger les rôles de N et N 0 .

Théorème 1.5. Soit (E, k.k) un K−espace vectoriel normé. L’ensemble l∞ (E) des suites d’élé-
ments de E qui sont bornées est un sous-espace vectoriel de (E N , +, .) avec E N est l’ensemble
des suites d’éléments de E.
De plus, l’application k.k∞ : (un )n∈N 7→ sup{kun k, n ∈ N} est une norme sur l∞ (E).

1.2.2 Suites convergentes

Définition 1.9. Soit (E, k.k) un K−espace vectoriel normé. Soient (un )n∈N une suite d’élément
de E et l ∈ E. La suite (un )n∈N converge vers l si et seulement si

∀ε > 0, ∃n0 ∈ N / ∀n ∈ N, (n > n0 ⇒ kun − lk ≤ ε).

La suite (un )n∈N converge si et seulement si il existe l ∈ E tel que la suite (un )n∈N converge
vers l, dans ce cas on écrit l = lim un ou simplement l = lim un . Dans le cas contraire, la
n→+∞
suite (un )n∈N diverge.

Remarque 1.10. (un )n∈N converge vers l ⇔ (un −l) converge vers 0E ⇔ (kun −lk)n∈N converge vers 0.

Théorème 1.6. Si une suite converge dans (E, k.k) vers une limite l, alors cette limite est
unique.

Démonstration Supposons que la suite (un )n∈N converge vers l et l0 deux éléments de E.
ε
Soit ε > 0. Il existe n1 ∈ N tel que pour n ≥ n1 , kun − lk ≤ ,
ε 2
0
et il existe n2 ∈ N tel que pour n ≥ n2 , kun − l k ≤ .
2
Soit n0 = max{n1 , n2 }, alors

ε ε
kl − l0 k ≤ kl − un0 k + kun0 − l0 k ≤ + = ε.
2 2

Donc ∀ε > 0, kl − l0 k ≤ ε ⇒ kl − l0 k = 0 donc l = l0 .

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15 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

Exemple 1.15. Dans l’espace C 0 ([0, 1]) des fonctions continues sur [0, 1] à valeurs réelles, on
p
considère la suite fn (t) = n cos(t).
La suite (fn )n converge vers 1 au sens de la norme uniforme.
p p
En effet : On a : kfn − 1k∞ = sup | n cos(t) − 1| = 1 − n cos(1).
t∈[0,1]

n
D’autre part, pour 0 < x < 1 et grâce au théorème des accroissement finis(avec f (t) = t sur
[x, 1] ) il existe c ∈]x, 1[ tel que
1 1
√ 1 cn 1 tn
|1 − n x| = |1 − x| , ( car f 0 (t) = ),
n c n t
donc
√ 11 1 1 1
0 < |1 − n
x| ≤ |1 − x| , ( car c n ≤ 1 et ≤ ).
nx c x
1 − cos(1) 1
D’où, kfn − 1k∞ ≤ −→ 0.
cos(1) n n→+∞
Remarque 1.11. La notion de convergence est définie à partir d’une norme. Si on change de
norme dans l’espace vectoriel (et donc on change d’espace vectoriel normé), il est possible que
la suite considérée ne converge plus.

Exemple 1.16. Pour n ∈ N et x ∈ [0, 1], posons fn (x) = nxn . Chaque fn est un élément de
E = C 0 ([0, 1], R).
Pour tout n ∈ N, √
Z 1 √ n n
kfn k1 = nx dx = .
0 n+1
Ainsi lim kfn k1 = 0, et donc la suite (fn )n∈N converge vers la fonction nulle dans l’espace
n→+∞
vectoriel normé (E, k.k1 ).
D’autre part, pour tout n ∈ N
s
Z 1 r
n
kfn k2 = nx2n dx = .
0 2n + 1
1
Par suite, kfn k2 tend vers √ quand n tend vers +∞ et en particulier, kfn − 0k2 ne tend pas
2
vers 0 quand n tend vers +∞. Donc la suite (fn )n∈N ne converge pas vers la fonction nulle
dans l’espace vectoriel normé (E, k.k2 ).
On peut se demander si la suite (fn )n converge au sens de la norme k.k2 vers une autre limite
g différente de la fonction nulle.
supposons qu’il existe une fonction g 6= 0 telle que kfn − gk2 −→ 0,
n→+∞
alors on aurait lim kfn −gk1 = 0 (car k.k1 ≤ αk.k2 ), ce qui n’est possible que si g = 0 (d’après
n→+∞
l’unicité de la limite).

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


16 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

Remarque 1.12. Les inégalités k.k1 ≤ αk.k2 ≤ βk.k∞ montrent que toute suite (un )n qui
converge pour la norme uniforme converge aussi au sens des normes k.k1 et k.k2 , de même une
suite qui converge au sens de la norme k.k2 converge aussi au sens de la norme k.k1 .

Théorème 1.7. Soit E un K−espace vectoriel. Soient N et N 0 deux normes sur E.


Si N et N 0 sont équivalentes, alors pour tout l ∈ E et toute suite (un )n∈N , on a :
(un )n∈N converge vers l dans (E, N ) si et seulement si (un )n∈N converge vers l dans (E, N 0 ).

Démonstration On a N et N 0 deux norme équivalentes, donc il existe deux réels stricte-


ment positifs α, β ∈ R tels que αN ≤ N 0 ≤ βN .
Soit (un )n∈N une suite d’éléments de E. On suppose que la suite (un )n∈N converge vers l dans
e.v.n. (E, N ). Alors

ε
∀ε > 0, ∃n0 ∈ N / ∀n ∈ N, (n ≥ n0 ⇒ N (un − l) ≤
β

Donc pour tout n ≥ n0 , on a

ε
N 0 (un − l) ≤ βN (un − l) ≤ β .
β

D’où, la suite (un )n∈N converge vres l dans l’e.v.n. (E, N 0 ).


Inversement, Il suffit d’échanger les rôles de N et N 0 .

Exemple 1.17.Z 1 Reprenons l’exemple 1.11 desZ normes N et N 0 définies sur E = C 1 ([0, 1], R)
1
par N (f ) = |f (x)| dx et N 0 (f ) = |f (0)| + |f 0 (x)| dx.
0 0
Montrer que N et N 0 ne sont pas deux normes équivalentes

En effet : Pour n ∈ N et x ∈ [0, 1], posons fn (x) = xn . La suite (fn )n est une suite
d’éléments de E.
1
Pour tout n ∈ N, on a N (fn ) = et N 0 (fn ) = 1.
n+1
Donc, la suite (fn )n converge vers 0 dans l’espace vectoriel normé (E, N ) et ne converge pas
vers 0 dans l’espace vectoriel normé (E, N 0 ).
On en déduit que les normes N et N 0 ne sont pas des normes équivalentes.
 
0 n
Exemple 1.18. Dans l’espace E = C ([0, 1], R) on considère la suite fn (x) = x + x et la
n
fonction f (x) = x. Z
1 Z 1
1
On a, kfn − f k1 = |fn (t) − f (t)| dt = tn dt =
−→ 0,
0 0 n + 1 n→+∞
on déduit que (fn )n converge vers f au sens de la norme k.k1 .

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


17 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

Mais comme kfn − f k∞ = sup (|fn (t) − f (t)|) = 1 donc la suite (fn )n ne converge pas vers f
t∈[0,1]
au sens de la norme uniforme.
On peut se demander si la suite (fn )n converge au sens de la norme uniforme vers une autre
limite différente de f (x) = x.
supposons qu’il existe une fonction g telle que kfn − gk∞ −→ 0,
n→+∞
alors on aurait lim kfn − gk1 = 0 (car k.k1 ≤ k.k∞ ), ce qui n’est possible que si g = f .
n→+∞

1.2.3 Opérations algébriques et propriétés

Dans ce paragraphe, E est un K−espace vectoriel et N une norme sur E.

Théorème 1.8. Si la suite (un )n∈N converge (pour la norme N ), alors la suite (un )n∈N est
bornée (pour la même norme N ).

Démonstration Soit (un )n∈N une suite d’éléments de E convergeant vers un certain élément
l de E. Il existe un entier n0 > 0 tel que pour n ≥ n0 , N (un − l) ≤ 1. Donc pour n ≥ n0 , on a

N (un ) = N (un − l + l) ≤ N (un − l) + N (l) ≤ 1 + N (l).

D’où, pour tout entier naturel n,

N (un ) ≤ max{N (u0 ), ..., N (un0 −1 ), 1 + N (l)}.

Ceci montre que la suite (un )n∈N est bornée.

Théorème 1.9. Si la suite (un )n∈N converge vers l et la suite (vn )n∈N converge vers l0 , alors
pour tout (λ, µ) ∈ K, la suite (λun + µvn )n∈N converge vers λl + µl0 .
Autrement dit, l’ensemble des suites convergentes d’éléments de E est un espace vectoriel sur
K et l’application u 7→ lim u est une application linéaire de l’espace des suites convergentes
d’éléments de E vers E.

Démonstration Soient (un )n∈N et (vn )n∈N deux suites d’éléments de E et soient λ et µ
deux éléments de K. Supposons que la suite (un )n∈N converge vers l ∈ E et la suite (vn )n∈N
converge vers l0 ∈ E.
ε
Soit ε > 0. Il existe n1 ∈ N tel que pour n ≥ n1 , N (un − l) ≤
2(|λ| + 1)
0 ε
et il existe n2 ∈ N tel que pour n ≥ n2 , N (vn − l ) ≤ .
2(|µ| + 1)

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


18 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

Soit n0 = max{n1 , n2 }. Pour n ≥ n0 , on a

N ((λun + µvn ) − (λl + µl0 )) = N (λ(un − l) + µ(vn − l0 ))


ε ε
≤ |λ|N (un − l) + |µ|N (vn − l0 ) ≤ |λ| + |µ|
2(|λ| + 1) 2(|µ| + 1)
ε ε
≤ (|λ| + 1) + (|µ| + 1) = ε.
2(|λ| + 1) 2(|µ| + 1)

On a montré que ∀ε > 0, ∃n0 ∈ N / ∀n ∈ N, (n ≥ n0 ⇒ N ((λun + µvn ) − (λl + µl0 )) ≤ ε) et


donc la suite (λun + µvn )n∈N converge vers λl + µl0 .

Théorème 1.10. Soient (un )n∈N une suite de E et (λn )n∈N une suite de K.
On suppose que la suite (un )n∈N converge vers l ∈ E et que la suite (λn )n∈N converge vers
λ ∈ K. Alors, la suite (λn un )n∈N converge vers λl.

Démonstration. Pour n ∈ N,

N (λn un − λl) = N (λn un − λn l + λn l − λl) = N (λn (un − l) + (λn − λ)l)


≤ |λn |N (un − l) + |λn − λ|N (l).

La suite (|λn |)n est une suite réelle bornée et la suite (N (un −l))n est une suite réelle convergeant
vers 0. Donc, |λn |N (un − l) tend vers 0 quand n tend vers +∞.
D’autre part, |λn − λ|N (l) tend vers 0 quand n tend vers +∞.
Par suite, |λn |N (un − l) + |λn − λ|N (l) tend vers 0 quand n tend vers +∞,
et finalement N (λn un − λl) tend vers 0 quand n tend vers +∞.
On en déduit que la suite (λn un )n converge vers λl.

Remarque 1.13. De façon plus générale, soit (E, N ) un e.v.n. muni d’un produit (e1 , e2 ) 7→
e1 .e2 distributif par rapport à l’addition et vérifiant pour tous scalaire λ.

λ(e1 .e2 ) = (λe1 ).e2 = e1 .(λe2 ) et tel que N (e1 .e2 ) ≤ N (e1 )N (e2 ).

Si la suite (un )n converge vers l et la suite (vn )n converge vers l0 , alors la suite (un vn )n converge
vers ll0 .

Théorème 1.11. Soit E un espace de dimension finie d ∈ N∗ . Soit B = (e1 , ..., ed ) une base
donnée de E. Soient (un )n∈N une suite d’éléments de E et l un élément de E.
X d d
X
Pour tout entier naturel n, on pose un = un,k ek et d’autre part, on pose l = lk ek .
k=1 k=1
La suite (un )n∈N converge vers l si et seulement si pour tout k ∈ {1, 2..., d}, la suite numérique
(un,k )n∈N converge vers le nombre lk .

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


19 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

Démonstration. Supposons que pour tout k ∈ {1, 2..., d}, la suite numérique (un,k )n∈N
d
X
converge vers le nombre lk . Alors, d’après les théorèmes 1.9 et 1.10, la suite (un )n∈N = (un,k )n∈N ek
k=1
d
X
converge vers lk ek ou encore la suite (un )n∈N converge vers l.
k=1
• Réciproquement, supposons que la suite (un ) converge vers l dans l’espace vectoriel normé
(E, k.k∞ ). Soit k ∈ {1, 2..., d}. Pour tout n ∈ N, |un,k − lk | ≤ kun − lk∞ .
Par hypothèse, kun − lk∞ tend vers 0 quand n tend vers +∞,
et donc pour tout k ∈ {1, 2..., d}, |un,k − lk | tend vers 0 quand n tend vers +∞ ou encore la
suite (un,k )n∈N converge vers lk .

1.3 Espaces vectoriels complets

Définition 1.10. Soit (E, N ) un espace vectoriel normé sur le corps K. une suite (un )n d’élé-
ments de E est dite de Cauchy si

∀ε > 0, ∃n0 tel que, ∀ p ≥ n0 , ∀ q ≥ n0 ⇒ N (up − uq ) < ε.

Remarque 1.14. Notons qu’une suite (un )n d’éléments de (E, N ) est dite de Cauchy si et
seulement si lim N (un+k − un ) = 0 indépendamment de l’entier k.
n→∞

t2 tn
 
0
Exemple 1.19. Dans C ([0, 1], R) la suite fn (t) = t + + ... + est une suite de Cauchy
2 n n
pour la norme k.k1 .

En effet : On a
Z 1
kfn+k − fn k1 = fn+k (t) − fn (t) dt
0
1 1 1
= + + ... +
(n + 1)(n + 2) (n + 2)(n + 3) (n + k)(n + k + 1)
1 1 1 1 1 1
= ( − )+( − ) + ... + ( − )
(n + 1) (n + 2) (n + 2) (n + 3) (n + k) (n + k + 1)
1 1 1
= − < −→ 0,
(n + 1) (n + k + 1) (n + 1) n→+∞
 
0
donc (fn )n est de Cauchy dans C ([0, 1], R), k.k1 .

Théorème 1.12. Si les normes N et N 0 sont équivalentes, et si (un ) est une suite de E qui
est de Cauchy pour l’une d’entre elles, alors elle est de Cauchy pour l’autre.

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


20 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

Démonstration. C’est facile à vérifier, il suffit d’utiliser la remarque 1.14 et le théorème


1.7.

Remarques 1.15. 1) Dans un e.v.n. (E, N ), si une suite converge alors elle est de Cauchy.
En effet :

lim N (un+k − un ) = lim N (un+k − l + l − un )


n→+∞ n→+∞

≤ lim N (un+k − l) + lim N (un − l) = 0.


n→+∞ n→+∞

2) La réciproque de ce résultat est fausse. Il y’a des espaces vectoriels normés qui possèdent
des suites de Cauchy non convergentes.

En effet : Par exemple, dans l’espace (C 0 ([0, 2]), k.k1 , on considère la suite suivante

1
0 si 0 ≤ x ≤ 1 −


n


1

un (x) = 1 + n(x − 1) si 1 − ≤ x ≤ 1


 n
 1 si 1 ≤ x ≤ 2.

1 1 1
Pour p, q ∈ N on a kup − uq k1 = ( − ) −→ 0,
2 p q p,q→+∞
donc (un )n est une suite de Cauchy dans (C 0 ([0, 2]), k.k1 ).
D’autre part, la suite (un )n converge simplement sur l’intervalle [0, 2] vers la fonction
 0 si x ∈ [0, 1[
u(x) =
 1 si x ∈ [1, 2],
(c-à-d : pour tout x fixé (un (x))n converge vers u(x)).
Puisque la fonction u(x) n’est pas continue sur [0,2], alors la suite (un )n ne converge pas dans
l’espace (C 0 ([0, 2]), k.k1 ).

Définition 1.11. Un e.v.n. (E, N ), est dit complet si toute suite de Cauchy d’éléménts de E
est convergente dans (E, N ). On dit aussi que (E, N ) est un espace de Banach.

Théorème 1.13. Soit E un espace vectoriel normé, si E est complet pour une norme N alors
il reste complet pour toute norme N 0 équivalente à N .

Démonstration. Si N 0 est une norme sur E équivalente à N , et si (un ) est une suite de
Cauchy pour N 0 et d’après le Théorème 1.12 elle est de Cauchy pour N , donc convergente
pour cette norme, et d’après le Théorème 1.7 elle va converger dans (E, N 0 ), donc (E, N 0 ) est
complet.

Théorème 1.14. Tout K−espace vectoriel de dimension finie est un espace de Banach.

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


21 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

d
X
Démonstration. Soit (e1 , ..., ed ) une base de E muni de la norme k.k1 (avec k xi ei k1 =
i=1
d
X    
|xi |) et soit un = (un,1 , ..., un,d ) une suite de Cauchy dans (E, k.k1 ) c’est à dire
i=1 n n

d
X
lim kun+k − un k1 = 0 ⇒ lim |u(n+k),i − un,i | = 0.
n→∞ n→∞
i=1

donc les suites numériques coordonnées {(un,1 )n , ..., (un,d )n } sont des suites de Cauchy dans
K. Comme K est complet alors chaque suite (un,i )n converge vers une limite li , c’est à dire
lim |un,i − li | = 0 pour tous les indices i = 1, 2, ..., d.
n→∞
Par conséquent la suite (un ) est convergente vers l = (l1 , l2 , ..., ld ) dans (E, k.k1 ).
d’où (E, k.k1 ) est un espace de Banach.

Remarque 1.16. Le cas des espaces de fonctions est différent, par exemple l’espaces C 0 ([a, b]),
ou CP (T ). Ces deux espaces ne sont pas complets pour les normes k.k1 et k.k2 alors qu’ils sont
complets pour la norme k.k∞ .

En effet.
• a) (C 0 ([0, 1]), k.k1 ) n’est pas complet :
t2 t3 tn
+ +....+ . Nous avons vu dans l’exemple
Considérons la suite (gn )n définie par gn (t) = t+
2 3 n
0
1.19 que (gn )n est une suite de Cauchy dans (C ([0, 1]), k.k1 ).
D’autre part, pour t ∈ [0, 1] la suite (gn (t))n converge vers g(t) = − ln(1 − t), et que cette
convergence est uniforme sur tout intervalle [0, A] avec A < 1. En effet :
n +∞ k +∞ +∞
X tk X t X tk X Ak
sup |gn (t) − g(t)| = sup | − | = sup | |≤ −→ 0
t∈[0,A] t∈[0,A] k=1
k k=1
k t∈[0,A] k=n+1 k k=n+1
k n→+∞

(car c’est le reste d’une série numérique convergente).


Supposons que la suite (gn )n converge au sens de k.k1 vers une limite ge ∈ C 0 ([0, 1]).
Soit A tel que 0 < A < 1 et posons
Z A Z A
un = |gn (t) − ge(t)| dt, et vn = |gn (t) − g(t)| dt
0 0

Comme 0 ≤ un < kgn − gek1 −→ 0, alors la suite (un ) est convergente vers 0.
n→+∞
De même nous avons 0 ≤ vn < A, sup |gn (t)−g(t)| −→ 0, (car (gn )n converge uniformément
t∈[0,A] n→+∞

vers g sur [0, A]), donc la suite (vn ) est convergente vers 0. Z A
Il en résulte que (un + vn ) converge vers 0, et comme un + vn ≥ |g(t) − ge(t)| dt alors
0

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


22 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

Z A
|g(t) − ge(t)| dt = 0 donc on aurait ge(t) = g(t) = − ln(1 − t) sur [0, A]. Ceci est valable
0
pour tout A < 1, donc ge(t) = g(t) = − ln(1 − t) sur [0, 1[, ce qui est impossible car ge doit être
continue sur [0, 1], alors que lim ln(1 − t) = ∞.
t→1
• b) (C 0 ([0, 1]), k.k2 ) n’est pas complet :
Reprenons la même suite précédente (gn )n . Elle est une suite de Cauchy dans (C 0 ([0, 1]), k.k2 ).
En effet :

1
x2n 1
Z 
1
kgn − gn−1 k2 = 2
= √ .
0 n 2 n 2n + 1
n
X 1 X 1
Posons Sn = √ , on a kgp − gn k2 ≤ |Sp − Sn |. Or la serie √ est conver-
k=1
k 2k + 1 n
n 2n + 1
gente, donc la suite de ses sommes partielles (Sn ) est de Cauchy.
Par ailleurs, cette suite n’est pas convergente pour k.k2 , car sinon elle le serait au sens de k.k1
ce qui est impossible d’après a).
• c) (C 0 ([0, 1]), k.k∞ ) est complet :
Soit (gn )n une suite de Cauchy dans (C 0 ([0, 1]), k.k∞ ), on a pour tout t ∈ [0, 1]

|gn (t) − gp (t)| ≤ kgn − gp k∞

donc le suite (gn (t))n est de Cauchy dans R. Elle a donc une limite que nous noterons g(t), ceci
définit une fonction g. Il faudrait vérifier que g ∈ C 0 ([0, 1]) et que kgn − gk∞ −→ 0.
n→+∞
En effet : Soit ε > 0 puisque (gn )n est une suite de Cauchy il existe n0 tel que pour n ≥ n0 et
p ≥ n0 . on a pour tout t ∈ [0, 1], |gn (t) − gp (t)| < ε.
Pour n ≥ n0 fixé et faisant tendre p vers l’infini, on obtient

∀ε > 0 ∃n0 , / n ≥ n0 ⇒ ∀t ∈ [0, 1], |gn (t) − g(t)| < ε

c-à-d sup |gn (t) − g(t)| < ε donc g est la limite uniforme de (gn ).
t∈[0,1]
Reste à montrer que g est continue.
ε
Soit ε > 0, il existe n tel que pour tout t ∈ [0, 1], |gn (t) − g(t)| < , or gn est continue, donc
3 ε
pour tout t0 il existe un η > 0 tel que |t − t0 | < η, t ∈ [0, 1] ⇒ |gn (t) − gn (t0 )| < .
3
Ainsi pour |t − t0 | < η on a

|g(t) − g(t0 )| ≤ |g(t) − gn (t)| + |gn (t) − gn (t0 )| + |gn (t0 ) − g(t0 )| < ε.

D’où la continuité de g.

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23 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

1.4 Suites extraites. Valeurs d’adhérence

Définition 1.12. Soit (E, N ) un espace vectoriel norme. Soit (un )n∈N une suite d’éléments de
E. Une suite extraite de la suite (un )n∈N est une suite de la forme (uϕ(n) )n∈N , où ϕ est une
application de N dans N, strictement croissante sur N.

Exemple 1.20. (un+1 )n∈N , (u2n )n∈N , (u3n+7 )n∈N , (upn )n∈N où pn est le nme nombre premier,
sont des suites extraites de la suite (un )n∈N .

Remarques 1.17. Soit (un )n∈N une suite d’éléments de l’espace norme (E, N ).
1) Une suite extraite d’une suite extraite de la suite (un )n∈N est une suite extraite de la
suite (un )n∈N .
2) Si la suite (un )n∈N converge vers l, alors toute suite extraite de la suite (un )n∈N converge
vers l.

Définition 1.13. Soit (E, N ) un espace vectoriel norme. Soit (un )n∈N une suite d’éléments de
E et soit a ∈ E.
a est une valeur d’adhérence de la suite (un )n∈N si et seulement si il existe une suite extraite
de la suite (un )n∈N , convergente de limite a.

Remarques 1.18. 1) Soit (un )n∈N une suite d’éléments de E. Si la suite (un )n∈N converge,
alors la suite (un )n∈N a une valeur d’adhérence et une seule, a savoir sa limite.
Ainsi, si la suite (un )n∈N admet au moins deux valeurs d’adhérence distinctes, alors la
suite (un )n∈N diverge.
2) La réciproque est fausse. Une suite (un )n∈N peut avoir une valeur d’adhérence et une
seule et être divergente.
3) On peut aussi noter qu’une suite n’admet pas forcément de valeur d’adhérence.

Exemples 1.21. 1) Si (un )n∈N = ((−1)n )n∈N , alors u2n −→ 1 et u2n+1 −→ −1. Donc,
n→+∞ n→+∞
la suite (un )n∈N diverge.
2) La suite (un )n∈N = (0, 1, 0, 2, 0, 3, 0, ...) admet une unique valeur d’adhérence, a
savoir 0 mais est divergente car admet une suite extraite tendant vers +∞.
3) Soit (un )n∈N la suite définie par : ∀n ∈ N, un = n. Toute suite extraite de la suite
(un )n∈N tend vers +∞ quand n tend vers +∞ et donc toute suite extraite de la suite
(un )n∈N est divergente. La suite (un )n∈N n’admet pas de valeur d’adhérence.

Théorème 1.15. (Théorème de Bolzano-Weierstrass).


Soit E un K−espace vectoriel de dimension finie. De toute suite bornée, on peut extraire une

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24 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

sous-suite convergente ou encore toute suite bornée d’éléments de E admet au moins une valeur
d’adhérence.

Démonstration. Le résultat est immédiat si E = {0}.


Montrons le résultat par récurrence sur p = dim(E) ∈ N∗ .
En dimension finie, toutes les normes sont équivalentes. Ceci nous permet de choisir une norme
adaptée à la situation.
• Le cas p = 1 est le cas ou E = K. Le résultat est donc vrai quand p = 1 (d’après (le cours de
1er année) le théorème de Bolzano-Weirsrtass dans le cas où E = K).
• Soit p ≥ 1. Supposons que pour tout espace de dimension p, de toute suite bornée on puisse
extraire une sous-suite convergente.
Maintenant, soient E un espace de dimension p + 1 puis B = (e1 , ..., ep , ep+1 ) une base de E.
On munit E de la norme infinie associée a cette base notée N∞ .
Soit (un )n∈N une suite bornée d’éléments de E. Soit M un majorant de la suite (N (un ))n∈N .
p+1
X
Pour n ∈ N, posons un = un,k ek où pour chaque k ∈ {1, ..., p + 1}, un,k ∈ K. Posons encore
k=1
p
X
vn,p = un,k ek de sorte que vn,p est un vecteur de V ect(e1 , ..., ep ) tel que un = vn,p +un,p+1 ep+1 .
k=1
Pour tout n ∈ N, |un,p+1 | ≤ N∞ (un ) ≤ M . Donc, la suite (un,p+1 )n∈N est une suite de nombres
bornée. On peut extraire une sous-suite (uϕ(n),p+1 )n∈N convergeant vers un certain nombre lp+1 .
Mais alors la suite (uϕ(n),p+1 ep+1 )n∈N converge vers le vecteur lp+1 ep+1 . En particulier, cette
suite est bornée.
La suite (vϕ(n),p )n∈N = (uϕ(n) − uϕ(n),p+1 ep+1 )n∈N est une suite bornée (en tant que combinaison
linéaire de suites bornées) d’éléments de V ect(e1 , ..., ep ). Par hypothèse de récurrence, on peut
en extraire une suite (vψ(n),p )n∈N , convergente de limite un certain vecteur v de V ect(e1 , ..., ep ).
La suite (uψ(n),p+1 ep+1 )n∈N est aussi convergente en tant que suite extraite de la suite conver-
gente (uϕ(n),p+1 ep+1 )n∈N . Mais alors, la suite (uψ(n) )n∈N = (vψ(n),p )n∈N + (uψ(n),p+1 ep+1 )n∈N est
convergente en tant que somme de deux suites convergentes et a pour limite v + lp+1 ep+1 .
Le résultat est démontré par récurrence.

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25 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

1.5 Vocabulaire de topologie

1.5.1 Boules

Définitions 1.14. Soit (E, k.k) un K−espace vectoriel normé.


• Soient x0 ∈ E et r ∈]0, +∞[. La boule ouverte de centre x0 et de rayon r est B(x0 , r) = {x ∈
E / kx − x0 k < r}.
• Soient x0 ∈ E et r ∈]0, +∞[. La boule fermée de centre x0 et de rayon r est B 0 (x0 , r) = {x ∈
E / kx − x0 k ≤ r}.
• Soient x0 ∈ E et r ∈]0, +∞[. La sphère de centre x0 et de rayon r est S(x0 , r) = {x ∈
E / kx − x0 k = r}.
• La boule unité ouverte (resp. fermée) est B(0, 1) (resp. B 0 (0, 1)). La sphère unité est l’ensemble
des vecteurs de E de norme 1 ou encore l’ensemble des vecteurs unitaires de E.

Remarque 1.19. Les boules ouvertes (resp. fermées) dans l’espace vectoriel normé R sont les
intervalles ouvertes (resp. fermées).

Théorème 1.16. Soit (E, k.k) un K−espace vectoriel normé. Toute boule ouverte (resp. fer-
mée) est un convexe de l’espace vectoriel E.

Preuve • Soient x0 ∈ E et r ≥ 0. Soient (x, y) ∈ B 0 (x0 , r)2 et λ ∈ [0, 1].

k((1 − λ)x + λy) − x0 k = k(1 − λ)(x − x0 ) + λ(y − x0 )k


≤ |1 − λ|kx − x0 k + |λ|ky − x0 k = (1 − λ)kx − x0 k + λky − x0 k
≤ (1 − λ)r + λr = r.

Donc, ∀(x, y) ∈ B 0 (x0 , r)2 , ∀λ ∈ [0, 1], on a : (1−λ)x+λy ∈ B 0 (x0 , r). Ceci montre que B 0 (x0 , r)
est convexe.
• Soient x0 ∈ E et r > 0. Soient (x, y) ∈ B(x0 , r)2 et λ ∈ [0, 1].

k((1 − λ)x + λy) − x0 k = k(1 − λ)(x − x0 ) + λ(y − x0 )k


≤ |1 − λ|kx − x0 k + |λ|ky − x0 k = (1 − λ)kx − x0 k + λky − x0 k.

Si λ ∈]0, 1], on a λ > 0 et ky − x0 k < r et donc λky − x0 k < λr.


D’autre part, (1 − λ)kx − x0 k ≤ (1 − λ)r et donc k((1 − λ)x + λy) − x0 k < (1 − λ)r + λr = r.
Cette inégalité reste vraie quand λ = 0 car kx − x0 k < r.
Donc, ∀(x, y) ∈ B(x0 , r)2 , ∀λ ∈ [0, 1], on a : (1 − λ)x + λy ∈ B(x0 , r). Ceci montre que B(x0 , r)
est convexe.

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26 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

Exercice 1.1. Dessiner les sphères unités de E = R2 muni de k.k1 , k.k2 , k.k∞ .

Remarques 1.20. 1) Une définition équivalente le la convergence d’une suite (un )n∈N d’un
e.v.n (E, k.k) est :

(un )n∈N converge vers l ⇔ ∀ε > 0, ∃n0 ∈ N / ∀n ∈ N, (n > n0 ⇒ un ∈ B 0 (l, ε)).

1.5.2 Voisinages

Définition 1.15. Soit (E, N ) un espace vectoriel normé. Soient x0 un point de E et V une
partie de E.
V est un voisinage de x0 si et seulement si V contient une boule ouverte de centre x0 (et de
rayon strictement positif ). L’ensemble des voisinages de x0 se note V(x0 ).

Exemple 1.22. Par exemple, dans R, ]−∞, 2]∪[4, 9[ est un voisinage de 5 dans R car contient
1
]4, 5; 5, 5[= B(5, )
2
Remarques 1.21. 1) La définition précédente s’écrit avec des quantificateurs de la façon
suivante :
∀V ∈ P(E), V ∈ V(x0 ) ⇔ ∃r > 0 / B(x0 , r) ⊂ V.

2) Toute boule ouverte (non vide) de centre x0 est un voisinage de x0 .


3) Tout voisinage de x0 contient x0 .

Proposition 1.2. Soit (E, N ) un espace vectoriel normé. Soit x0 un élément de E.


• Une réunion quelconque (non vide) de voisinages de x0 est un voisinage de x0 .
• Une intersection finie (non vide) de voisinages de x0 est un voisinage de x0 .

Démonstration. • Soit (Vi )i∈I une famille non vide (c’est-a-dire I 6= ∅) de voisinages de
[
x0 puis V = Vi . Soit i0 ∈ I on a Vi0 contient une boule ouverte de centre x0 et V contient
i∈I
Vi0 . Donc, V contient une boule ouverte de centre x0 . Par suite, V est un voisinage de x0 .
\
• Soit (Vi )1≤i≤n une famille finie non vide (n ≥ 1) de voisinages de x0 puis V = Vi Pour
1≤i≤n
chaque i ∈ {1, 2, ..., n}, il existe ri > 0 tel que B(x0 , ri ) ⊂ Vi . Posons alors r = M in(r1 , ..., rn ).
r existe et est un réel strictement positif.
B(x0 , r) est une boule ouverte de centre x0 contenue dans chaque Vi et donc contenue dans V .
Par suite, V est un voisinage de x0 .

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


27 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

Remarque 1.22. Une intersection quelconque de voisinage de x0 n’est pas nécessairement un


voisinage de x0 .

En effet. Par exemple, l’intersection de tous les voisinages de x0 est {x0 } et n’est donc pas
un voisinage de x0 car ne contient aucune boule ouverte de centre x0 et de rayon strictement
positif.
\
Démontrons explicitement que V = {x0 }.
V ∈V(x0 )
\
D’une part, on a x0 ∈ V.
V ∈V(x0 )
D’autre part, Soit alors x ∈ E distinct de x0 . Soient r = N (x − x0 ) > 0 puis B = B(x0 , r). On
\
a x n’est pas dans B qui est un voisinage de x0 et donc x 6∈ V.
V ∈V(x0 )
\
Ceci montre que V = {x0 }.
V ∈V(x0 )

Proposition 1.3. Soit E un espace vectoriel muni de deux normes N et N 0 équivalentes. Soient
x0 un élément de E et V une partie de E.
V est un voisinage de x0 dans l’espace vectoriel normé (E, N ) si et seulement si V est un
voisinage de x0 dans l’espace vectoriel norme (E, N 0 ).

Démonstration. Soit V un voisinage de x0 pour la norme N . Il existe un réel r > 0 tel


que BN (x0 , r) ⊂ V , (BN (x0 , r) la boule dans l’espace normé (E, N )).
Les normes N et N 0 sont équivalentes. Donc, il existe un réel α > 0 tel que N ≤ αN 0 .
r
Pour x ∈ E, tel que x ∈ BN 0 (x0 , ) on a :
α
r
N 0 (x − x0 ) < ⇒ αN 0 (x − x0 ) < r ⇒ N (x − x0 ) < r ⇒ x ∈ BN (x0 , r)
α
r
Ceci montre que BN 0 (x0 , ) ⊂ BN (x0 , r) ⊂ V et donc V contient la boule ouverte de centre x0
r α
et de rayon pour la norme N 0 . Donc V est un voisinage de x0 dans l’espace norme (E, N 0 ).
α
En échangeant les rôles des normes N et N 0 , un voisinage de x0 dans (E, N 0 ) est un voisinage
de x0 dans (E, N ).

1.5.3 Ouverts

Définition 1.16. Soit (E, N ) un espace vectoriel normé. Soit θ une partie de E.
θ est un ouvert de E si et seulement si, ou bien θ est vide, ou bien θ est non vide et est voisinage
de chacun de ses points.

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


28 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

Remarques 1.23. 1) Conventionnellement, l’ensemble vide est une partie ouverte de l’es-
pace vectoriel normé (E, N ).
2) On doit noter aussi que E est une partie ouverte de l’espace vectoriel normé (E, N ).

Proposition 1.4. Soit (E, N ) un espace vectoriel normé. Soit x0 un élément de E. Toute boule
ouverte de centre x0 est un ouvert de E.

Preuve. Soient x0 ∈ E et R > 0 puis B = B(x0 , R). Montrons que B est voisinage de
chacun de ses points.
Soit x ∈ B. Soit r = R − N (x − x0 ). Puisque N (x − x0 ) < R, alors r est un réel strictement
positif. Soit b = B(x, r). Vérifions que b ⊂ B. Soit y ∈ b

N (y − x0 ) = N ((y − x) + (x − x0 )) ≤ N (y − x) + N (x − x0 ) < r + N (x − x0 ) = R.

Ainsi, tout y de b est dans B et donc b ⊂ B. Ceci montre que B est un voisinage de x.
D’où B est un ouvert de l’espace vectoriel normé (E, N ).

Proposition 1.5. Soit (E, N ) un espace vectoriel normé.


• Une réunion quelconque (non vide) d’ouverts de E est un ouvert de E.
• Une intersection finie (non vide) d’ouverts de E est un ouvert de E.

Preuve. • Soit (θi )i∈I (I 6= ∅) une famille d’ouverts de l’espace vectoriel normé (E, N ).
[
Soit θ = θi . Vérifions que θ est un ouvert de E. Si θ est vide, c’est fini. Sinon, θ n’est pas
i∈I
vide. Soit alors x0 ∈ θ. Il existe i0 ∈ I tel que x0 ∈ θi0 . θi0 est un ouvert de E et donc contient
une boule ouverte B de centre x0 . Mais alors θ contient B et donc θ est un voisinage de x0 .
Finalement,θ est voisinage de chacun de ses points et donc θ est un ouvert de l’espace vectoriel
normé (E, N ).
n
\
• Soit (θi )1≤i≤n une famille finie d’ouverts de l’espace vectoriel normé (E, N ). Soit θ = θi .
i=1
Vérifions que θ est un ouvert de E. Si θ est vide, c’est fini. Sinon, θ n’est pas vide. Soit alors
x0 ∈ θ. On a x0 est dans chaque θi et chaque θi est un ouvert. Donc, chaque θi est un voisinage
de x0 puis θ est un voisinage de x0 d’après la proposition 1.2.
Finalement, θ est voisinage de chacun de ses points et donc θ est un ouvert de l’espace vectoriel
norme (E, N ).
[
Exemples 1.23. 1) ]1, +∞[= ]n, n + 2[ est un ouvert de R.
n≥1
2) L’espace Rn est un ouvert de Rn

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29 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

3) ∆ = {(x1 , x2 ) ∈ R2 / x1 x2 > 0} est un ouvert de R2 . On peut voir ∆ comme ∆ =


∆1 ∪ ∆2 , avec ∆1 = {(x1 , x2 ) ∈ R2 / x1 > 0} ∩ {(x1 , x2 ) ∈ R2 / x2 > 0} est
l’intersection de deux ouverts donc c’est un ouvert de R2 .
∆2 = {(x1 , x2 ) ∈ R2 / x1 < 0} ∩ {(x1 , x2 ) ∈ R2 / x2 < 0} est l’intersection de deux
ouverts donc c’est un ouvert de R2 .
∆ est la réunion de deux ouverts, donc c’est un ouvert.
4) Ω = {(x1 , x2 ) ∈ R2 / x1 >, x2 > 0, x1 + x2 < 1} est un ouvert de R2 , car Ω =
∆1 ∩ B1 ((0, 0), 1) où B1 ((0, 0), 1) est la boule unité pour la norme k.k1 .

Définition 1.17. Une topologie sur un ensemble E est la donnée d’une famille T de partie de
E vérifiant :
i) E et ∅ appartiennent à T .
[
ii) Pour toute famille (θi )i∈I d’éléments de T , on a, θi ∈ T .
i∈I
n
\
iii) Pour toute famille finie (θ1 , θ2 , ..., θn ) d’éléments de T , on a, θi ∈ T .
i=1
Les éléments de T sont appelés les ouverts de E et E est dit espace topologique.

Exemple 1.24. 1) La famille formée de ∅ et R définit une topologie sur R.


2) La famille formée de ∅, R et les réunion d’intervalles ouverts de R définit une topologie
sur R.
3) L’ensemble P(R) des partie de R définit une topologie sur R.
4) La donnée d’une norme sur un espace vectoriel E définit une topologie sur E. La famille
des ouverts de cette topologie est celle des parties U de E qui vérifient

∀x ∈ U, ∃r ∈ R+∗ , / B(x, r) ⊂ U.

Proposition 1.6. Soit E un espace vectoriel muni de deux normes N et N 0 équivalentes. Soit
θ une partie de E.
θ est un ouvert de l’espace vectoriel normé (E, N ) si et seulement si θ est un ouvert de l’espace
vectoriel norme (E, N 0 ).

Démonstration. Soit θ un ouvert de l’espace vectoriel normé (E, N ). Si θ = ∅, alors θ est


un ouvert de l’espace vectoriel normé (E, N 0 ).
Sinon, θ est voisinage de chacun de ses points dans l’espace vectoriel normé (E, N ). D’après la
proposition 1.3, θ est encore voisinage de chacun de ses points dans l’espace vectoriel norme
(E, N 0 ) et est donc un ouvert de l’espace vectoriel normé (E, N ).

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


30 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

En échangeant les rôles des normes N et N 0 , on a aussi : si θ est un ouvert de l’espace vectoriel
normé (E, N 0 ), alors θ est un ouvert de l’espace vectoriel normé (E, N ).

Remarque 1.24. On a l’habitude de dire que : les topologies associées à des normes équivalentes
sont les mêmes.

1.5.4 Fermés

Définition 1.18. Soit (E, N ) un espace vectoriel normé. Soit F une partie de E. F est un
fermé de E si et seulement si le complémentaire de F dans E noté CE (F ) (ou F c ) est un ouvert
de E.

Remarque 1.25. Notons que« Fermé » n’est pas le contraire d’« ouvert ». En effet, dans R
par exemple, l’ensemble ]0, 1] n’est ni ouvert, ni fermé, et ∅ et R sont des parties de R à la fois
ouvertes et fermées.
De manière générale, ∅ et E sont des parties à la fois ouvertes et fermées de l’espace vectoriel
normé (E, N ).

Proposition 1.7. Soit (E, N ) un espace vectoriel normé. Soit x0 un élément de E.


Toute boule fermée de centre x0 est un fermé de E. Toute sphère de centre x0 est un fermé de
E.

Preuve. A faire en exercice.


a+b
Exemple 1.25. 1) Dans R, le segment [a, b] qui est encore la boule fermée de centre
2
b−a
et de rayon est un fermé de R.
2
2) L’intervalle de la forme ] − ∞, a] est un ferme de R car son complémentaire, à savoir
]a, +∞[, est ouvert. de même, [a, +∞[ est un ferme de R.

Proposition 1.8. Soit (E, N ) un espace vectoriel normé.


• Une intersection quelconque de fermés de E est un fermé de E.
• Une réunion finie de fermés de E est un fermé de E.

\ [
Preuve. • Soient (Fi )i∈I une famille de fermés puis F = Fi . Alors CE (F ) = CE (Fi )
i∈I i∈I
est un ouvert de E en tant que réunion d’ouverts de E d’après la proposition 1.5.
Donc, F est un ferme de E.

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


31 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

[ \
• Soient (Fi )1≤i≤n une famille finie de fermés puis F = Fi . Alors CE (F ) = CE (Fi )
1≤i≤n 1≤i≤n
est un ouvert de E en tant qu’intersection finie d’ouverts de E d’après la proposition 1.5.
Donc, F est un fermé de E.

Proposition 1.9. Soit E un espace vectoriel muni de deux normes N et N 0 équivalentes.


Soit F une partie de E. F est un fermé de l’espace vectoriel normé (E, N ) si et seulement si
F est un fermé de l’espace vectoriel normé (E, N 0 ).

Preuve. Soit F une partie de E. D’après la proposition 1.6, on a :

F fermé dans (E, N ) ⇔ CE (F ) ouvert dans (E, N ) ⇔ CE (F ) ouvert dans (E, N 0 )

⇔ F fermé dans (E, N 0 ).

Proposition 1.10. (Caractérisation séquentielle des fermés)


Soit (E, N ) un espace vectoriel normé. Soit F une partie non vide de E.
F est fermée si et seulement si pour toute suite convergente (un )n∈N d’éléments de F, lim un
n→+∞
est un élément de F .

Preuve. • Soit F un fermé non vide de l’espace vectoriel norme (E, N ). Soit (un )n∈N une
suite d’éléments de F , convergente, de limite l ∈ E. Montrons que l ∈ F .
Si l 6∈ F , alors l ∈ CE (F ). Puisque CE (F ) est un ouvert, il existe une boule ouverte B de centre
l et de rayon r > 0 qui soit contenue dans CE (F ). B ne contient aucun élément de F et en
particulier ne contient aucun terme de la suite (un )n∈N .
Ceci contredit le fait que la suite (un )n∈N converge vers l Donc, l ∈ F .
• Inversement : Supposons maintenant F non fermé. Donc, CE (F ) n’est pas ouvert. Il existe
donc l ∈ CE (F ) dont CE (F ) n’est pas un voisinage.
Toute boule ouverte de centre l contient un élément qui n’est pas dans CE (F ) et qui est donc
dans F . C-à-d,
1
∀n ∈ N, ∃un ∈ F / un ∈ B(l, ).
n+1
1 1
Par construction, ∀n ∈ N, N (un − l) < . Puisque tend vers 0 quand n tend vers
n+1 n+1
+∞, il en est de même de N (un − l), et donc la suite (un )n∈N converge vers l.
On vient ainsi de trouver une suite (un )n∈N d’éléments de F , convergente, dont la limite n’ap-
partient pas à F .
Par contraposition, si pour toute suite (un )n∈N d’éléments de F , convergente, lim un ∈ F ,
n→+∞
alors F est fermé.

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


32 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

1.5.5 Intérieur d’une partie

Définition 1.19. Soit A une partie de E. La réunion des ouverts de E inclus dans A est un
ouvert de E inclus dans A. C’est le plus grand (au sens de l’inclusion) ouvert de E inclus dans
◦ ◦
A. On l’appelle intérieur de A. On note A l’intérieur de A, et on a A ⊂ A.

Convention. L’intérieur de ∅ est ∅.

Exemple 1.26.

Toute boule ouverte de R contient au moins un irrationnel et un rationnel ou encore aucune


◦ ◦
boule ouverte de R n’est contenue dans Q ou dans R \ Q. Ceci montre que Q = ∅ et R \ Q = ∅.

Proposition 1.11. Un point x0 est dit intérieur de A (x0 ∈ A), si et seulement si

∃r > 0 tel que B(x0 , r) ⊂ A.


Preuve. • Si x0 ∈ A qui est un ouvert, donc ∃r > 0 tel que B(x0 , r) ⊂ A.

• Réciproquement, si ∃r > 0 tel que B(x0 , r) ⊂ A, alors x0 ∈ A car B(x0 , r) est un ouvert
contenu dans A et contient x0 .

Propriétés 1.1. Soit (E, N ) un espace vectoriel normé. Soient A et B deux partie de E. Alors,

i) A est un ouvert si et seulement si A = A.
◦
◦ ◦
ii) A = A.
◦ ◦
iii) Si A ⊂ B alors A ⊂ B.
◦ ◦
z }| { ◦ ◦ ◦ ◦ z }| {
iv) A ∩ B = A ∩ B et A ∪ B ⊂ A ∪ B.

Preuve. A faire à titre d’exercice.

1.5.6 Adhérence d’une partie

Définition 1.20. Soit (E, N ) un espace vectoriel normé. Soit A une partie non vide de E.
• Soit x0 un élément de E. x0 est adhérent à A si et seulement si tout voisinage de x0 rencontre
A, (c-à-d, ∀V ∈ V(x0 ), on a, V ∩ A 6= ∅).
• L’adhérence de A, notée A, est l’ensemble des points adhérents à A. Notons que A ⊂ A.

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


33 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

Convention. L’adhérence de ∅ est ∅.

Proposition 1.12. (Caractérisation séquentielle de l’adhérence d’une partie).


Soit (E, N ) un espace vectoriel normé. Soit A une partie non vide de E. Soit x ∈ E,
x est adhérent à A si et seulement si il existe une suite (xn )n∈N d’éléments de A, convergente,
de limite x.

Preuve. • Soit x ∈ A. Alors tout voisinage de x rencontre A. En particulier, ∀n ∈ N, ∃xn ∈


1
A / xn ∈ B(x, ).
n+1
1 1
Pour tout n ∈ N, on a N (xn − x) < . Puisque −→ 0 alors, la suite (xn )n∈N est
n+1 n + 1 n→+∞
une suite d’éléments de A qui converge vers x.
• Inversement. Soit x ∈ E tel qu’il existe une suite (xn )n∈N d’éléments de A qui converge vers
x. Soit V un voisinage de x. Il existe r > 0 tel que B(x, r) ⊂ V . Puisque la suite (xn )n∈N
converge vers x, il existe n0 tel que N (xn0 − x) < r. Mais alors xn0 est un élément de A qui
appartient à B(x, r) et donc à V . On a montré que tout voisinage de x rencontre A et donc que
x est adhérent à A.

Exemple 1.27. On sait que tout réel est limite d’une suite de rationnels et aussi que tout
réel est limite d’une suite d’irrationnels. Donc d’après la proposition précédent, on a Q = R et
R \ Q = R.

Proposition 1.13. (Caractérisation de l’adhérence d’une partie).


Soit (E, N ) un espace vectoriel normé. Soit A une partie de E.
A est le plus petit (au sens de l’inclusion) fermé de E contenant A.

Preuve. • Soit θ = CE (A) le complémentaire de A, alors θ est ouvert de E, en effet :


Soit x ∈ θ ⇒ x 6∈ A, donc il existe un voisinage ouvert V de x tel que V ∩A = ∅ ⇒ V ∩A = ∅
car sinon, ∃a ∈ V ∩ A donc a ∈ A, d’après la proposition 1.12 il existe une suite (an )n dans A
qui converge vers a. Or a ∈ V ouvert donc pour ε suffisament petit pour que B(a, ε) ⊂ V, il
existe un rang n0 à partir duquel on a an ∈ B(a, ε), mais alors on aura V ∩ A 6= ∅ ce qui est
faux.
Donc V ∩ A = ∅ ⇒ V ⊂ θ, d’où θ est ouvert (car voisinage de chacun de ses points).
• Montrons que A est le plus petit fermé contenant A : Si F est un fermé de E contenant A
alors A ⊂ F, en effet : soit a ∈ A alors a = lim an avec (an )n dans A ⊂ F . Mais comme F est
fermé, d’après la proposition 1.10 a ∈ F.

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


34 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

Propriétés 1.2. Soit (E, N ) un espace vectoriel normé. Soient A et B deux partie de E. Alors,
i) A est un fermé si et seulement si A = A.
ii) Si A ⊂ B alors A ⊂ B.
 
ii) A = A.
iv) A ∩ B ⊂ A ∩ B et A ∪ B = A ∩ B.

Preuve. A faire à titre d’exercices.

1.5.7 Frontière d’une partie

Définition 1.21. Soit (E, N ) un espace vectoriel norme. Soit A une partie de E.

La frontière de A est F r(A) = A ∩ (CE (A)) = A ∩ CE (A).

Par exemple, dans R, F r([0 , 1]) = {0 ; 1} ou aussi F r(Q) = Q ∩ (CE (Q)) = R.

1.5.8 Parties denses

Définition 1.22. Soit (E, N ) un espace vectoriel normé. Soit A une partie de E. A est dense
dans E si et seulement si A = E.
Plus généralement, Si A et B sont deux parties de E telles que A ⊂ B, alors A est dense dans
B si et seulement si B ⊂ A.

Remarque 1.26. D’après la caractérisation séquentielle de l’adhérence, A est dense dans E


si et seulement si tout élément de E est limite d’une suite d’éléments de A. Par exemple, Q et
R \ Q sont denses dans R.

1.5.9 Parties Compactes

Définition 1.23. Soit (E, N ) un espace vectoriel normé. Soit K une partie de E.
K est un compact de E si et seulement si ou bien K est vide, ou bien K est non vide et de toute
suite d’éléments de K, on peut extraire une sous-suite convergente, de limite appartenant à K.
Autrement dit, dans un espace compact, toute suite admet au moins une valeur d’adhérence.

Proposition 1.14. Soit (E, N ) un espace vectoriel normé. Soit K une partie non vide et
compacte de cet espace. Alors, K est fermée et bornée.

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


35 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

En effet. • Montrons que K est fermée.


Soit (xn )n∈N une suite d’éléments de K qui converge vers un certain élément l ∈ E. Puisque
K est compact, on peut extraire de cette suite une sous-suite (xϕ(n) )n∈N convergeant dans K.
Puisque la suite (xn )n∈N converge vers l, la suite extraite (xϕ(n) )n∈N converge également vers l
et donc l ∈ K.
D’où K est un fermé de l’espace vectoriel norme (E, N ).
• Montrons que K est bornée.
Supposons K non bornée. Pour chaque n ∈ N, il existe un élément xn dans K tel que N (xn ) ≥ n.
Soit (xϕ(n) )n∈N une suite extraite de la suite (xn )n∈N . Alors pour tout entier n, N (xϕ(n) ) ≥
ϕ(n) ≥ n. Ainsi, la suite (xϕ(n) )n∈N n’est pas bornée et donc n’est pas convergente, ce qui
contredit le fait que K est compact.
Donc K est bornée.

Théorème 1.17. (Théorème de Borel-Lebesgue)


Soit (E, N ) un espace vectoriel normé de dimension finie. Soit K une partie non vide de cet
espace.
K est compact si et seulement si K est fermé et borné.

Démonstration. • Soit K un compact non vide de l’espace vectoriel norme (E, N ). D’après
la proposition 1.14, on a K est une partie fermée et bornée de l’espace vectoriel norme (E, N ).
• Inversement : Soit K une partie non vide fermée et bornée de l’espace vectoriel normé (E, N ).
Soit (xn )n∈N une suite d’éléments de K. En particulier, la suite (xn )n∈N est bornée (car K est
borné). Puisque E est de dimension finie, d’après le théorème de Bolzano-Weierstrass (Théorème
1.15), on peut extraire de la suite (xn )n∈N une sous-suite convergente (xϕ(n) )n∈N vers un certain
l ∈ E. La suite (xϕ(n) )n∈N est une suite convergente d’éléments de K. Puisque K est fermé,
l ∈ K.
Donc K est un compact de l’espace vectoriel normé (E, N ).

Exemples 1.28. 1) Dans R, [a, b] est un compact car fermé et borné.


2) Les fermée bornés de Rn sont compacts. En particulière, pour tout x ∈ Rn et r ∈ R+ la
boule fermée B(x, r) est compact.

Proposition 1.15. Soit (E, N ) un espace vectoriel normé. Soit K un compact de cet espace.
Toute partie de K fermée dans l’espace (E, N ) est compacte de E.

Preuve. Soit A une partie non vide de K qui est un fermé de l’espace (E, N ). Soit (xn )n∈N

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


36 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

une suite d’éléments de A. (xn )n∈N est une suite d’éléments de K et on peut extraire une sous-
suite convergente (xϕ(n) )n∈N vers un certain élément l ∈ K.
(xϕ(n) )n∈N est alors une suite convergente d’éléments de A. Puisque A est fermée, l est dans
A. Donc, on a montre que de toute suite d’éléments de A, on peut extraire une sous-suite
convergeant dans A et donc A est compacte.

Définitions 1.24. • Soit E un ensemble, et A une partie de E. Un recouvrement de A est une


[
famille (Ui )i∈I de parties de E telle que A ⊂ Ui .
i∈I
• Si I est fini, on dit que le recouvrement est fini.
• Si ∀i ∈ I, Ui est un ouvert de A, on dit que (Ui )i∈I est un recouvrement ouvert de A. • Si
J ⊂ I et si (Ui )i∈J est encore un recouvrement ouvert de A, on dit que (Ui )i∈J est un sous
recouvrement du recouvrement (Ui )i∈I .

Définition 1.25. On dit qu’une partie A d’un e.v.n. (E, N ) possède la propriété de Borel, si
de tout recouvrement ouvert de A, on peut extraire un sous-recouvrement fini.

Remarque 1.27. Une partie A d’un e.v.n. (E, N ) possède la propriété de Borel, si de toute
famille de fermés de A d’intersection vide, on peut extraire un sous-famille fini d’intersection
vide.

En effet. Il suffit de passager aux complémentaires dans la définition 1.25, (car A ⊂


[ \
Ui ⇔ (Uic ∩ A) = ∅.
i∈I i∈I

Proposition 1.16. (Caractérisation de compacte)


Une partie A d’un evn (E, N ) est compacte si et seulement si elle possède la propriété de Borel.

Preuve. • Supposons A possède la propriété de Borel, montrons que A est compacte.


Supposons A n’est pas compacte, donc il existe une suite (un )n dans A qui ne possède pas de
valeur d’adhérence. On considère alors les ensembles An = {uk / k ≥ n}. L’adhérence de An
est formée des points de An et des valeurs d’adhérences de (un )n , donc A = A c’est à dire que
An est un fermé de A.
\
Puisque An = ∅ (car ∀n un 6∈ An+1 ) et d’après la remarque 1.27 il existe n1 , ..., np tels que
n
p p
\ \
Ani = ∅ ce qui contredit le fait que Ani = An0 avec n0 = max(n1 , ..., np ).
i=1 i=1
Donc (un )n possède de valeur d’adhérence, d’où A est compacte.
• La réciproque est laissée à titre d’exercice.

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


37 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés

Définition 1.26. Une partie A de (E, N ) est relativement compacte si son adhérence A est
compacte.

Propriétés 1.3. Soit E un espace vectoriel normé.


1) Une intersection quelconque de parties compactes de E est une partie compacte de E.
2) Une réunion finie de parties compactes de E est une partie compacte de E.

Preuve. 1) Soit (Ki ) une famille de parties compactes de E. Comme les compacts de E
\
sont les fermés bornés, donc pour tout i, Ki est un fermé borné, il en découle que K = Ki
i
est un fermé. De plus c’est évidement inclus dans n’import quel Ki . Donc d’après la proposition
1.15 K est un compact de E.
2) Soient K1 et K2 deux compacts de E, et soit (Ui )i∈I un recouvrement ouvert de K = K1 ∪K2 .
[
On a K1 ⊂ Ui et K1 compact donc il existe un sous recouvrement fini c-à-d ∃I1 fini tel que
[ i∈I [
K1 ⊂ Ui , de même ∃I2 fini tel que K2 ⊂ Ui .
i∈I1 i∈I2
[
Donc ∃J = I1 ∪ I2 fini tel que K ⊂ Ui , d’où K est compact.
i∈J

Proposition 1.17. Soit E = E1 × E2 × ... × En un produit de n espaces vectoriels normés. Si


pour tout i = 1, 2, ..., n, Ki est un compacte de Ei , alors le produit K = K1 × K2 × ... × Kn est
une partie compacte de E.

Preuve. A faire en exercice

Proposition 1.18. Soit E un espace vectoriel normé. Si K est une partie compacte de E, alors
K est bornée, fermée et complète.

Preuve. • D’après la proposition 1.14, on a K est une partie bornée et fermée.


• Soit (un )n une suite de Cauchy dans K. Puisque ce dernier est un compact on peut extraire
de (un ) une sous suite convergente (uϕ(n) ).
Nous avons ainsi (un )n une suite de Cauchy qui admet une sous suite convergente, elle est donc
convergente vers la même limite. Donc K est complet.

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


Table des matières

2 Fonctions continues sur un espace vectoriel normé 39

2.1 Limite d’une fonction en un point . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40

2.2 Continuité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44

2.2.1 Etude de quelques exemples sur les espaces fonctionnels. . . . . . . . . . 47

2.3 Théorème généraux sur la continuité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48

2.3.1 Opérations sur les fonctions continues . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48

2.3.2 Fonctions uniformément continues . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49

2.3.3 Théorème de Heine . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49

2.3.4 Continuité des applications linéaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51

2.3.5 Continuité dans des evn de dimension finie . . . . . . . . . . . . . . . . . 53

38
Chapitre 2

Fonctions continues sur un espace


vectoriel normé

Introduction

Sauf mention du contraire, les e.v.n. considérés sont des R espaces vectoriels.
Soient E et F deux e.v.n. une fonction f : E −→ F est une correspondance qui à un vecteur
x de E associe un et un seul vecteur y = f (x) de F appelé image de x par f . On note Df le
domaine de définition de f .
Le cas où E et F sont de dimension finie n et m respectivement, quant on se fixe une base
{e1 , e2 , ..., en } dans l’espace de départ, l’étude de telles fonction se ramène à celle des fonctions
de plusieurs variables réelles, (le nombre de variables est égal à la dimension de l’espace de
départ n) à valeurs vectorielles.

∀x ∈ Df , x = (x1 , x2 , ..., xn ), f (x) = f (x1 , x2 , ..., xn ) ∈ F

Si on se fixe une base {ε1 , ε2 , ..., εm } de F donc f (x) va s’écrire sous la forme :
m
X
f (x) = f (x1 , x2 , ..., xn ) = fj (x)εi = (f1 (x), f2 (x), ..., fm (x))
j=1

ceci nous permet de considérer f comme une fonction de Rn à valeurs dans Rm :

f: Rn −→ Rm
(x1 , x2 , ..., xn ) 7→ (f1 (x1 , x2 , ..., xn ), ..., fm (x1 , x2 , ..., xn )).
Les fonctions f1 , f2 , ..., fm sont appelées les fonctions composantes (ou coordonnées) de f ce
sont des fonctions de Rn à valeurs dans R.

Exemples 2.1.

39
40 Chapitre 2. Fonctions continues sur un espace vectoriel normé

1)
f: R2 −→ R
(x, y) 7→ f (x, y) = ln(x + y)
Df = {(x, y) ∈ R2 / x + y > 0} c’est le demi-plan supérieur limité par la droite y = −x.
2)
g: R2 −→ R
(x, y) 7→ g(x, y) = (exp(−(x2 + y 2 )), ln(1 − x2 − y 2 ))
Dg = {(x, y) ∈ R2 / x2 + y 2 < 1} = R2 ∩ B(O, 1) = B(O, 1).
3)
h: R2 −→ R3
xy 1 p
(x, y) 7→ h(x, y) = ( , , 1 − x2 − y 2 )
x2 2
+ y xy
Dh = {(x, y) ∈ R2 / x 6= 0, y 6= 0 et x2 + y 2 ≤ 1}
= B 0 (O, 1) \ {(x, 0), (0, y), avec − 1 ≤ x ≤ 1 et − 1 ≤ y ≤ 1}.

2.1 Limite d’une fonction en un point

Définition 2.1. Soient (E, [Link] ) et (F, [Link] ) deux espaces vectoriels normés. Soit f une appli-
cation définie sur une partie non vide D de E à valeurs dans F . Soient x0 un point adhérent
à D et l ∈ F .
f (x) tend vers l quand x tend vers x0 ou encore f a pour limite l quand x tend vers x0 si et
seulement si

∀ε > 0, ∃α > 0 / (∀x ∈ D), (kx − x0 kE ≤ α ⇒ kf (x) − lkF ≤ ε).

Ceci équivaut à dire que : lim (kf (x) − lkF ) = 0.


x→x0

Remarque 2.1. La définition précédente équivaut à : pour tout W voisinage de l dans F , il


existe V un voisinage de x0 dans E tel que f (V ∩ D) ⊂ W .

En effet. • Supposons que lim f (x) = l, et soit W ∈ V(l), et soit ε > 0 tel que B(l, ε) ⊂ W ,
x→x0
alors ∃r > 0 tel que f (B(x0 , r) ∩ D) ⊂ B(l, ε) ⊂ W.
Donc il existe V = B(x0 , r) ∈ V(x0 ) tel que f (V ∩ D) ⊂ W .
• Inversement, Pour tout ε > 0, la boule ouverte de centre l et de rayon ε est un voisinage W
de l, donc il existe V un voisinage de x0 dans E tel que f (V ∩ D) ⊂ W , mais comme V est un
voisinage de x0 , alors il existe un r > 0 tel que B(x0 , r) ⊂ V ,
donc ∀ε > 0, ∃r > 0 / (∀x ∈ B(x0 , r) ∩ D) ⊂ V ∩ D, on a f (x) ∈ W.

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


41 Chapitre 2. Fonctions continues sur un espace vectoriel normé

Proposition 2.1. Si f a une limite l en x0 , alors celle-ci est unique. On écrit alors

lim f (x) = l ou lim f (x) = l ou f (x) −→ l.


x→x0 x0 x→x0

Preuve. Supposons que f tende vers l et l0 quand x tend vers x0 .


Soit ε > 0, il existe α1 > 0 (resp. α2 > 0) tel que pour tout x de D, si kx − x0 kE ≤ α1 (resp.
ε ε
α2 ), on a k(f (x) − lkF ≤ (resp. kf (x) − l0 kF ≤ .
2 2
Soit x ∈ D tel que kx − x0 kE ≤ min{α1 , α2 }, on a

kl − l0 kF ≤ kl − f (x)kF + kf (x) − l0 kF ≤ ε.

Ainsi, ∀ε > 0, kl − l0 kF ≤ ε. On en déduit que kl − l0 kF = 0 puis que l = l0 .

Plus généralement, on peut définir la notion de limite suivant un sous-ensemble :

Définition 2.2. Soient (E, [Link] ) et (F, [Link] ) deux espaces vectoriels normés. Soit f une ap-
plication définie sur une partie non vide D de E à valeurs dans F . Soient ∆ une partie de D
puis x0 un point adhérent à ∆ et l ∈ F . Alors, x0 est adhérent à D et f (x) tend vers l quand
x tend vers x0 en restant dans ∆ si et seulement si

∀ε > 0, ∃α > 0 / (∀x ∈ ∆), (kx − x0 kE ≤ α ⇒ kf (x) − lkF ≤ ε).

Proposition 2.2. Si f a une limite en x0 , alors f a une limite suivant tout ensemble ∆ de D
en x0 , c-à-d lim f (x) = l ⇒ lim f (x) = l.
x→x0 x→x0
x∈∆

Preuve. Si pour tout x dans D, on a (kx − x0 kE ≤ α ⇒ kf (x) − lkF ≤ ε), alors en


particulier, pour tout x dans ∆, on a (kx − x0 kE ≤ α ⇒ kf (x) − lkF ≤ ε).

Exemples 2.2. 1) La fonction caractéristique de Q n’a pas de limite quand x tend vers 1
ou encore lim χQ (x) n’existe pas mais la limite de χQ quand x tend vers 1 en restant dans
x→1
Q existe et lim χQ (x) = 1.
x→1
x∈Q
xy
2) lim n’existe pas car, si on calcule cette limite suivant la droite y = x on
(x,y)→(0,0) x2
+ y2
1 1
trouve alors que suivant la droite y = −x c’est − .
2 2
Définition 2.3. Soient (E, [Link] ) et (F, [Link] ) deux espaces vectoriels normés. Soit f une ap-
plication définie sur une partie non vide D de E a valeurs dans F . f est bornée sur D si et
seulement si il existe un réel M tel que pour tout x de D, kf (x)kF ≤ M .

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


42 Chapitre 2. Fonctions continues sur un espace vectoriel normé

Proposition 2.3. Si f a une limite en x0 , alors f est bornée sur un voisinage de x0 .

Preuve. Pour ε = 1, il existe r > 0 tel que pour tout x de D, si kx − x0 kE ≤ r alors


kf (x) − lkF ≤ 1.
Soit V = B(x0 , r). Pour tout x de V ∩ D,

kf (x)kF = kf (x) − l + lkF ≤ kf (x) − lkF + klkF ≤ 1 + klkF .

Ceci montre que f est bornée sur V ∩ D.

Proposition 2.4. Si f a une limite l en x0 et g a une limite l0 en x0 , alors pour tout (λ, µ) ∈
K2 , λf + µg a une limite en x0 à savoir λl + µl0 .

Preuve. Soit ε > 0. Il existe α1 > 0 (resp. α2 > 0) tel que pour tout x de D,
ε ε
si kx − x0 kE ≤ α1 (resp. α2 ), alors kf (x) − lkF ≤ (resp. kg(x) − l0 kF ≤ ).
2(|λ| + 1) 2(|µ| + 1)
Soit α = min{α1 , α2 } > 0. Pour x ∈ D tel que kx − x0 kE ≤ α,

k(λf (x) + µg(x)) − λl + µl0 )kF = kλ(f (x) − l) + µ(g(x) − l0 )kF


|λ|ε |µ|ε
≤ |λ|kf (x) − lkF + |µ|kg(x) − l0 kF ≤ +
2(|λ| + 1) 2(|µ| + 1)
ε ε
≤ + = ε.
2 2
Ceci montre que la fonction λf + µg a une limite en x0 et que lim (λf (x) + µg(x)) = λl + µl0 .
x→x0

Proposition 2.5. (Théorème de composition des limites)


Soient (E, [Link] ), (F, [Link] ) et (G, [Link] ) trois espaces vectoriels normés. Soient f une application
définie sur un domaine D de E à valeurs dans F et g une application définie sur un domaine
D0 de F à valeurs dans G telles que f (D) ⊂ D0 .
Soit x0 adhérent à D.
On suppose que f a une limite l ∈ F quand x tend vers x0 . Alors l est adhérent à D0 .
On suppose de plus que g a une limite l0 ∈ G quand y tend vers l.
Alors, gof a une limite quand x tend x0 et lim gof (x) = l0 .
x→x0

Preuve. Tout d’abord, tout voisinage de l dans F rencontre f (D) et donc D0 . On en déduit
que l est adhérent à D0 .
Soit ε > 0. Il existe β > 0 tel que, pour tout y de D0 , si ky − lkF ≤ β, alors kg(y) − l0 kG ≤ ε
puis il existe α > 0 tel que, pour tout x de D, si kx − x0 kE ≤ α, alors kf (x) − lkF ≤ β.

Pour tout x de D tel que kx − x0 kE ≤ α, on a kg(f (x)) − l0 kG ≤ ε ce qui démontre la


proposition.

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43 Chapitre 2. Fonctions continues sur un espace vectoriel normé

Proposition 2.6. (Caractérisation séquentielle de la limite d’une fonction)


Soient (E, [Link] ) et (F, [Link] ) deux espaces vectoriels normés. Soient f une application définie
sur un domaine D de E à valeurs dans F . Soit a adhérent à D.
La fonction f a une limite l ∈ F quand x tend vers a si et seulement si, pour toute suite (xn )n
d’éléments de D, convergente, de limite a, la suite (f (xn ))n converge.
Dans le cas ou f (x) tend vers l quand x tend vers a, pour tout suite (xn )n d’éléments de D
telle que lim xn = a, on a lim f (xn ) = l.
n→+∞ n→+∞

Preuve. • Supposons que lim f (x) = l


x→a
Soit ε > 0. Soit α > 0 tel que pour tout x de D, si kx − akE ≤ α, alors kf (x) − lkF ≤ ε.
Puisque a est adhérent à D, il existe au moins une suite d’éléments de D convergeant vers a.
Soit (xn )n une suite d’éléments de D convergeant vers a. Il existe n0 ∈ N tel que, pour n >
n0 , kxn − akE ≤ α. Mais alors, pour n > n0 , kf (xn ) − lkF ≤ ε.
On a montre que ∀ε > 0, ∃n0 ∈ N / ∀n > n0 , kf (xn ) − lkF ≤ ε et donc la suite (f (xn ))n
converge vers l.
• Supposons que pour toute suite (xn )n d’éléments de D, convergente, de limite a, la suite
(f (xn ))n converge.
Soient (xn )n et (yn )n deux suites fixées d’éléments de D, convergentes, de limite a, puis (zn )n , la
suite définie par : ∀n ∈ N, z2n = xn et z2n+1 = yn . La suite (zn )n d’éléments de D, convergente,
de limite a et donc la suite (f (zn ))n converge vers un certain l ∈ F . Les suites (f (xn ))n et
(f (yn ))n sont des suites extraites de la suite convergente (f (zn ))n et ont donc même limite l Ceci
montre que pour tout suite (un )n d’éléments de D, convergente, de limite a, la suite (f (un ))n
converge vers l.
Supposons par l’absurde que f (x) ne tende pas vers l quand x tend vers a. Alors,

∃ε0 > 0 / ∀α > 0, ∃x ∈ D / (kx − akE ≤ α et kf (x) − lkF > ε0 ).

1
ε0 est ainsi dorénavant fixé. Pour chaque n ∈ N, il existe un ∈ D tel que kun − akE ≤ et
n+1
kf (un ) − lkF > ε0 .
1
Puisque tend vers 0 quand n tend vers +∞, la suite (un )n est une suite d’éléments de D,
n+1
convergente, de limite a. D’après ce qui précède, on doit avoir lim f (un ) = l ce qui contredit
n→+∞
le fait que ∀n ∈ N, kf (un ) − lkF > ε0 . Donc, f (x) tend vers l quand x tend vers a.

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44 Chapitre 2. Fonctions continues sur un espace vectoriel normé

2.2 Continuité

Définition 2.4. Soient (E, [Link] ) et (F, [Link] ) deux espaces vectoriels normés. Soit f une ap-
plication définie sur une partie non vide D de E à valeurs dans F . Soit x0 ∈ D. f est continue
en x0 si et seulement si

∀ε > 0, ∃η > 0 / (∀x ∈ D), (kx − x0 kE ≤ η ⇒ kf (x) − f (x0 )kF ≤ ε).

Autrement dit, f est continue en x0 si f est définie au voisinage de x0 et si lim f = f (x0 ).


x0
Si f est continue en tout point de D, on dit qu’elle est continue sur D. L’ensemble des fonctions
continues sur D à valeurs dans F se note C(D, F ) ou C 0 (D, F ).

Exemple 2.3. Soient f : E → F une application linéaire d’un e.v.n. de dimension finie d,
(E, k.k1 ) dans un e.v.n. (F, [Link] ), alors f est une application continue sur E.

En effet. Il suffit de montrer la continuité de f au point 0. Pour cela, on choisit une base
(ei )1≤i≤d de E. On a

Xd d
X
kf (x)kF = kf ( xi ei )kF ≤ |xi |kf (ei )kF .
i=1 i=1

Donc si on pose K = max(kf (e1 )kF , ..., kf (ed )kF ) on obtient kf (x)kF ≤ Kkxk1 qui est inférieur
ε
à ε > 0 dès que kxk1 est inférieur à η = .
K
Remarque 2.2. lim f (x) = a si et seulement si x0 est adhérent à D, et la fonction :
x→x0

fe : D ∪ {x0 } −→ F

 f (x) si x∈D
x 7→ f (x) =
e
 a si x = x0

est continue au point x0 . La fonction fe est dite obtenue à partir de f parprolongement par
continuité au point x0 .

On peut aussi traduire la continuité en x0 en terme de voisinage :

Proposition 2.7. Soient (E, [Link] ) et (F, [Link] ) deux espaces vectoriels normés. Soient f une
application définie sur un domaine D de E à valeurs dans F . Soit x0 un point de D. f est
continue en x0 si et seulement si ∀V ∈ V(f (x0 )), ∃U ∈ V(x0 ) / f (U ∩ D) ⊂ V.

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45 Chapitre 2. Fonctions continues sur un espace vectoriel normé

Preuve. • Supposons f continue en x0 . Donc,

∀ε > 0, ∃η > 0 / ∀x ∈ D, (kx − x0 kE ≤ η ⇒ kf (x) − f (x0 )kF ≤ ε).

r
Soit V un voisinage de f (x0 ) dans F . Il existe r > 0 tel que B(f (x0 ), r) ⊂ V . Soit ε = . Soit
2
η > 0 tel que pour x ∈ D, si kx − x0 kE ≤ η, alors kf (x) − f (x0 )kF ≤ ε.
Soit U = B(x0 , η).

x∈U ∩D ⇒ kx − x0 kE < η ⇒ kx − x0 kE ≤ η
r
⇒ kf (x) − f (x0 )kF ≤ ⇒ kf (x) − f (x0 )kF < r ⇒ f (x) ∈ B(f (x0 ), r)
2
⇒ f (x) ∈ V.

Ainsi, U est un voisinage de x0 tel que f (U ∩ D) ⊂ V .


• Supposons que ∀V ∈ V(f (x0 )), ∃U ∈ V(x0 ) / f (U ∩ D) ⊂ V . Soit ε > 0. V = B(f (x0 ), ε)
est un voisinage de f (x0 ) dans F . Il existe un voisinage U de x0 dans E tel que f (U ∩ D) ⊂ V .
r
Soit r > 0 tel que B(x0 , r) ⊂ U . Soit η = > 0.
2
Pour x ∈ D,
kx − x0 kE ≤ η ⇒ kx − x0 kE < r ⇒ x ∈ U ∩ D
⇒ f (x) ∈ V ⇒ kf (x) − f (x0 )kF < ε
⇒ kf (x) − f (x0 )kF ≤ ε.
On a montre que ∀ε > 0, ∃η > 0 / (∀x ∈ D), (kx − x0 kE ≤ η ⇒ kf (x) − f (x0 )kF ≤ ε) et
donc que f est continue en x0 .

Remarque 2.3. Si f est continue en x0 , et si D est une partie de E telle que x0 ∈ D, alors,
f (x0 ) ∈ f (D).

En effet. Soit θ un ouvert de F contenant f (x0 ), le problème est de montrer que θ ∩f (D) 6=
∅.
Soit alors U l’ouvert de E contenant x0 tel que f (U ) ⊂ θ, nous avons U ∩ D 6= ∅, donc
θ ∩ f (D) ⊃ f (U ) ∩ f (D) ⊃ f (U ∩ D) 6= ∅. Donc f (x0 ) ∈ f (D).

Théorème 2.1. Soit f : (E, [Link] ) −→ (F, [Link] ) une fonction. Les assertions suivantes sont
équivalentes :
i) f est continue
ii) Pour toute partie D de E, f (D) ⊂ f (D).
iii) L’image réciproque par f d’un fermé de F est un fermé de E.
iv) L’image réciproque par f d’un ouvert de F est un ouvert de E.

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46 Chapitre 2. Fonctions continues sur un espace vectoriel normé

Démonstration. i) ⇒ ii) : C’est la remarque 2.3.


ii) ⇒ iii) : Soit Φ un fermé de F , et A = f −1 (Φ), f (A) ⊂ f (A) ⊂ f (f −1 (Φ)) ⊆ Φ = Φ.
Donc A ⊂ f −1 (Φ) = A c-à-d A est un fermé de E.  c
−1 c −1
iii) ⇒ iv) : Soit θ un ouvert de F . On a f (θ ) = f (θ) .
iv) ⇒ i) : Soit x0 ∈ E. Soit ε > 0. Soit V = B(f (x0 ), ε). V est un ouvert de l’espace vectoriel
normé (F, [Link] ). Donc, U = f −1 (V ) est un ouvert de E. Puisque U est un ouvert, il existe r > 0
tel que B(x0 , r) ⊂ U .
r
Soit η = . Pour x ∈ E,
2

kx − x0 kE ≤ η ⇒ kx − x0 kE < r ⇒ x ∈ B(x0 , r) ⇒ x ∈ U ∩ D
⇒ f (x) ∈ V ⇒ kf (x) − f (x0 )kF < ε
⇒ kf (x) − f (x0 )kF ≤ ε.

Ainsi, f est continue en chaque x0 de E et donc f est continue sur D.

Exemple 2.4. A = {(x, y) ∈ R2 / xy > 1} est un ouvert de R2 .

En effet. La fonction
f: R2 −→ R
(x, y) 7→ xy − 1
est continue. L’ensemble ]0, +∞[ est un ouvert de R, donc A = f −1 (]0, +∞[).

Remarques 2.4. • L’image directe d’un ouvert par une application continue n’est pas néces-
sairement un ouvert. Pour s’en convaincre, il suffit de penser à l’application constante sur R.
• De même, l’image directe d’un fermé par une application continue n’est pas nécessairement
π
un fermé. Par exemple arctan([0, +∞[) = [0, [.
2
Proposition 2.8. Soit (an )n une suite de points de D ⊂ (E, [Link] ) qui converge vers a, alors :
f : D −→ (F, [Link] ) est continue en a si et seulement si la suite (f (an )) converge vers f (a)
dans F .

Preuve. Pour tout ε > 0 il existe η > 0 tel que, si x ∈ D et kx − akE < η alors kf (x) −
f (a)kF < ε, mais pour chaque η donné, on peut trouver un rang n0 tel que n ≥ n0 ⇒
kan − akE < η. Ainsi pour n ≥ n0 si an ∈ D, et kan − akE < η, on a kf (an ) − f (a)kF < ε.
Réciproquement, Montrons que f est continue. sinon, supposons que f n’est pas continue en a,
alors

∃ε > 0, / ∀η > 0, ∃xη tq xη ∈ D et kxη − akE < η et tel que kf (xη ) − f (a)kF ≥ ε.

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


47 Chapitre 2. Fonctions continues sur un espace vectoriel normé

1 1
Choisissons alors successivement η = 1, η = , ..., , η = , .... on obtient alors une suite (xn )
2 n
1
de points de D telle que kxn − akE < et kf (xn ) − f (a)kF ≥ ε.
n
Alors il existe une suite (xn ) de points de D , qui converge vers a et telle que lim f (xn ) 6= f (a),
n
ce qui est on contradiction avec les donné.

2.2.1 Etude de quelques exemples sur les espaces fonctionnels.

Exemple 2.5. Soit E = C([a, b]). Considérons l’application

f : E −→ R
Z b
ϕ 7→ ϕ(t)dt.
a
Pour tout couple (ϕ, ψ) d’éléments de E, on a
Z b Z b
|f (ϕ) − f (ψ)| = | (ϕ(t) − ψ(t))dt| ≤ |ϕ(t) − ψ(t)|dt = kϕ − ψk1 .
a a

Donc f est continue en chaque ψ0 de E si l’on munit de k.k1 . En effet : une condition suffisante
pour que |f (ϕ) − f (ψ0 )| soit inférieur à ε, est que kϕ − ψ0 k1 soit inférieur à ε.
Notons que f reste toujours continue si l’on munit E de la norme k.k2 ou k.k∞ du fait que

kϕ − ψk1 ≤ b − akϕ − ψk2 et kϕ − ψk1 ≤ (b − a)kϕ − ψk∞ .

Exemple 2.6. Toujours dans le même espace E on considère pour tout θ ∈ [a, b], l’application

µθ : E −→ R
ϕ 7→ ϕ(θ).
On a |µθ (ϕ) − µθ (ψ)| ≤ kϕ − ψk∞ . Il en résulte que µθ est continue dans (E, k.k∞ ).
Soit maintenant, E muni de la norme k.k1 .
π
On prend a = 0, b = , et on considère la suite dans E définie par fn (t) = cosn (t). On a
2
Z π Z α Z π
2
n n
2 π
kfn k1 = | cos (t)|dt = | cos (t)|dt + | cosn (t)|dt, où α ∈ [0, ],
0 0 α 2
Z α Z π
2 π
donc kfn k1 ≤ 1dt + | cosn (t)|dt ≤ α + cosn (α)
0 α 2
π ε
La suite (kfn k1 )n converge vers 0. En effet : Soit ε > 0, choisissons α ∈]0, [ tel que α ≤ ,
ε πε 2 2
alors pour tout n, on a kfn k1 ≤ + = ε.
2 2π
Notons que la suite µ0 (fn ) = 1, donc ne converge pas vers µ0 (0) = 0. Ansi, l’application µ0
n’est pas continue lorsque E est muni de la norme k.k1

Remarque 2.5. On constate sur ce dernier exemple que la notion de continuité dépend des
normes qu’on met sur E et F .

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


48 Chapitre 2. Fonctions continues sur un espace vectoriel normé

2.3 Théorème généraux sur la continuité

2.3.1 Opérations sur les fonctions continues

Les différents propositions sur les limites fournissent immédiatement les propositions sui-
vants :

Proposition 2.9. Si f est continue en x0 , f est bornée sur un voisinage (relatif ) de x0 .

Preuve. Découle immédiatement de la proposition 2.3

Proposition 2.10. Si f et g sont continues en x0 , alors pour tout (λ, µ) ∈ K, on a λf + µg


est continue en x0 .

Preuve. Découle immédiatement de la proposition 2.4

Proposition 2.11. Soient (E, [Link] ), (F, [Link] ) et (G, [Link] ) trois espaces vectoriels normés.
Soient f une application définie sur un domaine D de E à valeurs dans F et g une application
définie sur un domaine D0 de F à valeurs dans G telles que f (D) ⊂ D0 . Soit x0 ∈ D.
Si f est continue en x0 et g est continue en f (x0 ), alors gof est continue en x0 .

Preuve. Conséquence immédiate de la proposition 2.5.

Proposition 2.12. Soient (E, [Link] ) et (F, [Link] ) deux espaces vectoriels normés et D ⊂ E. Si
f : D −→ F et g : D −→ R sont continues en x0 ∈ D, alors f × g : D −→ F est continue
en x0 .

Preuve. Soit (xn )n une suite dans D convergente vers a. La suite (g(xn ))n converge vers
g(a), et la suite (f (xn ))n converge vers f (a), donc d’après le théorème 1.10 la suite (g(xn )f (xn ))n
converge vers g(a)f (a). Ceci est vrai pour toute suite (xn ) convergente vers a, donc la fonction
gf est continue au point a.

Remarque 2.6. Notons que si l’espace F est muni d’un produit h1 h2 tel que

kh1 h2 kF ≤ kh1 kF kh2 kF

et si f et g sont deux fonctions continues en a, alors gf est continue au point a.

Proposition 2.13. Soient (E, [Link] ) un evn, D ⊂ E et f : D −→ R une application continue


en x0 ∈ D. Si f (x0 ) 6= 0, alors il existe un voisinage V de x0 dans E tel que f ne s’annule pas
1
sur V ∩ D, de plus l’application : V ∩ D −→ R est continue en x0 .
f

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


49 Chapitre 2. Fonctions continues sur un espace vectoriel normé

|f (x0 )|
Preuve. Supposons que f (x0 ) 6= 0. En traduisant la continuité de f avec ε = > 0,
2
|f (x0 )|
il existe un voisinage U de x0 tel que pour tout x de U ∩ D, |f (x)| ≥ > 0. Ceci montre
2
1
déjà que la fonction est définie sur U ∩ D. De plus, pour x ∈ U ∩ D,
f

1 1 |f (x) − f (x0 )| 2|f (x) − f (x0 )|


− = ≤
f (x) f (x0 ) |f (x)||f (x0 )| |f (x0 )|2
1 1
Cette dernière expression tend vers 0 quand x tend vers x0 et il en est de même de | − |.
f (x) f (x0 )
1
Ceci montre la continuité de en x0 .
f

2.3.2 Fonctions uniformément continues

Définition 2.5. Soient (E, [Link] ) et (F, [Link] ) deux espaces vectoriels normés. Soit f une appli-
cation définie sur une partie non vide D de E à valeurs dans F . f est uniformément continue
sur D si et seulement si

∀ε > 0, ∃η > 0 / (∀(x, y) ∈ D2 ), (kx − ykE ≤ η ⇒ kf (x) − f (y)kF ≤ ε).

Remarques 2.7. 1) Notons que dans le cas de la convergence uniforme la fonction η ne


dépend pas de x et y, elle dépend seulement de ε.
2) Si f est uniformément continue sur D alors f est continue sur D.

Exemples 2.7. 1) Les application linéaires f : Rn −→ F sont uniformément continues.


Xn
En effet : kf (x) − f (y)kF = k (xi − yi )f (ei )kF ≤ M kx − yk1 ≤ ε dès que kx − yk1 ≤
i=1
ε
η= , où M = max(kf (ei )kF ).
M i
2) Une fonction lipschitzienne sur D est uniformément continue sur D.
3) Toute fonction de R dans R continue sur [a, b] y est uniformément continue (Analyse
S1). En fait ce résultat est un cas particulier de théorème de Heine.

2.3.3 Théorème de Heine

Théorème 2.2. (Théorème de Heine)


Soient (E, [Link] ) et (F, [Link] ) deux K-espaces vectoriels normés. Soient K un compact de l’espace
vectoriel normé (E, [Link] ) puis f une application de K vers F .
Si f est continue sur K alors f est uniformément continue sur K.

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


50 Chapitre 2. Fonctions continues sur un espace vectoriel normé

Démonstration. Soit f une application continue sur le compact K. Supposons par l’ab-
surde que f n’est pas uniformément continue sur K. Donc,

∃ε0 > 0 / ∀η > 0, ∃(x, y) ∈ D2 / (kx − ykE ≤ η et kf (x) − f (y)kF > ε0 ).

ε0 est ainsi dorénavant fixe.


1
Pour chaque n ∈ N, il existe (xn , yn ) ∈ D2 tel que kxn −yn kE ≤ et kf (xn )−f (yn )kF > ε0 .
n+1
1
Puisque pour chaque n ∈ N, kxn − yn kE ≤ , la suite (xn − yn )n∈N converge vers 0. La
n+1
suite (xn )n∈N est une suite d’éléments du compact K. Donc, on peut en extraire une sous-suite
(xϕ(n) )n∈N convergeant vers un certain élément a de K. La suite (xϕ(n) − yϕ(n) )n∈N converge
vers 0 en tant que suite extraite d’une suite de limite nulle.
Puisque pour tout n ∈ N, yϕ(n) = xϕ(n) − (xϕ(n) − yϕ(n) ), alors la suite (yϕ(n) )n∈N converge
également vers a.
Par continuité de f sur K et donc en a, on déduit que, f (xϕ(n) )−f (yϕ(n) ) tend vers f (a)−f (a) =
0 quand n tend vers +∞. Ceci contredit le fait que ∀n ∈ N, kf (xϕ(n) ) − f (yϕ(n) )k > ε0 . Donc,
f est uniformément continue sur K.

Proposition 2.14. Soient (E, [Link] ) et (F, [Link] ) deux K-espaces vectoriels normés. Soient K
un compact de l’espace vectoriel normé (E, [Link] ) puis f une application de K vers F , continue
sur K. Alors f (K) est un compact de l’espace vectoriel normé (F, [Link] ).

Preuve. Si K est vide, alors f (K) est vide et en particulier, f (K) est un compact de l’es-
pace vectoriel normé (F, [Link] ).
On suppose dorénavant K non vide de sorte que f (K) est non vide.
Soit (yn )n∈N une suite d’éléments de f (K). Il existe une suite (xn )n∈N d’éléments de K telle
que, pour tout n ∈ N, f (xn ) = yn . Puisque (xn )n∈N est une suite du compact K, on peut en
extraire une sous-suite (xϕ(n) )n∈N , convergente, de limite un certain élément x de K. Puisque
pour tout n ∈ N, yϕ(n) = f (xϕ(n) ) et puisque f est continue sur K et donc en x, la suite
(yϕ(n) )n∈N est convergente, de limite f (x) ∈ f (K).
On a montré que de toute suite d’éléments de f (K), on peut en extraire une sous-suite conver-
geant dans f (K) et donc f (K) est un compact de l’espace vectoriel normé (F, [Link] ).

Remarque 2.8. Attention : Le resultat "l’image réciproque d’un compact par une application
2x
continue est un compact" est faux. Par exemple, si f est l’application x −→ 2 , continue
x +1
sur R, on a f −1 ([−1, 1]) = R avec [−1, 1] compact et R pas compact.

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


51 Chapitre 2. Fonctions continues sur un espace vectoriel normé

Proposition 2.15. Soit un sous-ensemble A fermé borné d’un e.v.n. de dimension finie E.
Soit ϕ : A −→ R une application continue sur A, alors :
i) ϕ est majorée (i.e. il existe une constante réelle M telle que ϕ(x) ≤ M pour tout x ∈ A).
ii) Soit S = sup ϕ(x), alors il existe un point x0 ∈ A tel que S = ϕ(x0 ).
x∈A

Preuve. 1) Supposons ϕ n’est pas majorée, alors ∀k ∈ R il existe un a ∈ A tel que ϕ(a) > k.
Prenons successivement k = 1, 2, ..., n, ... on obtient alors une suite (an ) de points de A telle que
ϕ(an ) > n. La suite (an ) étant bornée, on peut en extraire une sous-suite (aψ(n) ) convergente
vers un certain l. A est fermé, donc l ∈ A, la continuité de ϕ entraine que la suite ϕ(aψ(n) )
converge vres ϕ(l), ce qui est absurde (car ϕ(aψ(n) ) > ψ(n) ≥ n ⇒ lim(ϕ(aψ(n) )) = +∞).
1 1
2) Pour tout ε > 0, il existe un a ∈ A tel que S − ε ≤ ϕ(a) et si on prend ε = 1, , ..., , ... on
2 n
obtient une suite (an ) qui vérifie
1 1
S− ≤ ϕ(an ) ≤ S +
n n
c’est à dire que (ϕ(an )) converge vres S. Puisque (an )n est bornée, on peut en extraire une sous-
suite (aψ(n) )n convergente vres l qui appartient à A car c’est un fermé. Donc la suite (ϕ(aψ(n) ))
converge vres ϕ(l), et par unicité de la limite S = ϕ(l).

Remarque 2.9. Soit (E, [Link] ) un K-espace vectoriel normé. Soient K un compact de l’espace
vectoriel normé (E, [Link] ) puis f une application de K vers R, continue sur K.
Alors f (K) est un compact de R et en particulier, f admet sur K un minimum et un maximum.

2.3.4 Continuité des applications linéaires

Notation. • L(E, F ) : L’ensemble des applications linéaires de E vers F .


• Lc (E, F ) : L’ensemble des applications linéaires de E vers F continues sur l’e.v.n. E.
Nous avons vu que dans le cas où E est un espace de dimension finie toute application linéaire
de E dans F est continue (exemple 2.3). Ce n’est plus le cas si E n’est pas de dimension finie.
Commençons par l’étude de l’exemple suivant :

Exemple 2.8. (Application linéaire non continue)


Soit E = R[X] l’espace vectoriel des fonctions polynômes à coefficients réel muni de la norme

kP k = sup (|P (t)|).


0≤t≤1

La forme linéaire
n ψ : P → P (3) n’est pas continue dans E car la suite de terme général
n
t 3
Pn (t) = tend vers 0, mais ψ(Pn ) = diverge.
2 2

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


52 Chapitre 2. Fonctions continues sur un espace vectoriel normé

Proposition 2.16. Soit f ∈ L(E, F ). Alors les assertions suivantes sont équivalentes :
i) f est continue en 0.
ii) f est continue sur E.
iii) f est uniformément continue sur E.
iv) f est Lipschitzienne.
v) f est bornée sur la boule unité.
vi) f est bornée sur la sphère unité.
vii) Il existe une constante M > 0 telle que kf (x)kF ≤ M kxkE pour tout x ∈ E.

Preuve. i) ⇒ ii)c On suppose que f est continue en 0, alors pour tout ε > 0 il existe η > 0
tel que pour tout x de E on a

kxkE ≤ η ⇒ kf (x)kF ≤ ε.

Pour tous x et y de E tels que kx − ykE ≤ η on a kf (x) − f (y)kF = kf (x − y)kF ≤ ε,


donc f est continue dans E, et même uniformément continue puisque η ne dépend que de ε.
ii) ⇒ iii)c Si f est continue sur E elle est continue en 0, donc f est uniformément continue sur
E (d’après la démonstration précédente).
iii) ⇒ iv)c On suppose que f est continue donc pour ε = 1 il existe η > 0 tel que kxkE ≤ η ⇒
kf (x)kF ≤ 1.
ηx
Pour tout x non nul de E on a donc kf ( )kF ≤ 1,
kxkE
1
donc kf (x)kF ≤ kxkE cette inégalité est valable aussi pour x = 0.
η
D’où, pour tous x et y de E on a

1
kf (x) − f (y)kF = kf (x − y)kF ≤ kx − ykE
η

et donc f est Lipschitzienne.


iv) ⇒ v)c On suppose que f est Lipschitzienne alors il existe k > 0 tel que pour tous x et y de
E:
kf (x) − f (y)kF ≤ kkx − ykE .

Soit y = 0, alors pour tous x de la boule unité B (B = BE (O, 1) ) on a kf (x)kF ≤ kkxkE ≤ k


donc f est bornée dans B.
v) ⇒ vi)c Evident.
vi) ⇒ vii)c On suppose que f est bornée sur la sphère unité S de E il existe un réel a > 0 tels
x x
que kf (x)kF ≤ a ∀x ∈ S. Pour tous x de E \ {0}, on a ∈ S donc kf ( )kF ≤ a
kxk kxkE

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


53 Chapitre 2. Fonctions continues sur un espace vectoriel normé

donc kf (x)kF ≤ akxkE cette inégalité est valable aussi pour x = 0.


vii) ⇒ i)c Evident.

Proposition 2.17. L’application

f −→ kf kLc (E,F ) = sup |f (x)|.


kxkE =1

définit une norme sur l’espace vectoriel Lc (E, F ).

Preuve. A faire en exercice

Définition 2.6. Soient E et F deux e.v.n., A ⊂ E et B ⊂ F . Une application f : A −→ B est


un homéomorphisme de A sur B si
i) f est une bijection de A sur B.
ii) f et f −1 sont continues.
Dans ce cas on dit que A et B sont homéomorphes.

Exemples 2.9. 1) L’application identique id : Rn → Rn est un homéomorphisme de Rn


sur Rn .
2) f : R → R qui à x associe x3 est un homéomorphisme de R sur R.
3) Soit
f : [0, 1[∪{2} −→ [0, 1]

 x si x ∈ [0, 1[
x 7→
 1 si x=2

f est une bijection continue, mais ce n’est pas un homéomorphisme car f −1 n’est pas
continue en 1.

2.3.5 Continuité dans des evn de dimension finie

Soit E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie n et p respectivement.


p
X
Soit (ε1 , ..., εp ) une base de F , on a vu qu’une application f de E dans F s’écrire : f = f i εi
i=1
et que la ième fonction composante

fi = pri of avec pri : Rp → R la ième projection


(y1 , ...yp ) 7→ yi

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


54 Chapitre 2. Fonctions continues sur un espace vectoriel normé

Proposition 2.18. f est continue en a si et seulement si pour tout i = 1, ..., p les applications
composantes fi sont continues au point a.

Preuve. • Comme fi = pri of, la continuité de f entraine évidement celle des application
fi .
• Réciproquement, supposons que les fi sont toutes continues en a. Remarquons que
p
X
f= ik ofk
k=1


ik : R → Rp
t 7→ (0, ..., 0, t, 0, ..., 0)
on déduit immédiatement la continuité de f à partir de celle des fk .

Remarque 2.10. Soit maintenant f une fonction définie sur un ouvert U d’un espace vectoriel
E de dimension finie n à valeurs dans F .
X
Soit (e1 , ..., en ) une base de E, tout vecteur x ∈ E s’écrit x = xi ei et f (x1 , ..., xn ) est une
1≤i≤n
fonction de n variables réelles.
X
Soit a = ai ei un point de U ⊂ E, on considère les n fonctions
1≤i≤n

λa,k : R → E
t 7→ (a1 , ..., ak−1 , t, ak+1 , ..., an )

et on définit la k ème fonction partielle de f au point a : R → F par

fa,k = f oλa,k

comme les applications λa,k sont continues au point ak , on déduit que si f est continue au point
a, alors pour tout k = 1, ..., n, la fonction partielle λa,k est continue au point ak .

La réciproque du résultat précédent n’est pas vraie. Il existe des fonctions dont toutes les
fonctions partielles sont continues mais f n’est pas continue

Exemple 2.10. (Exemple de Cauchy)


On considère l’exemple suivant dû à Cauchy
 xy
 si (x, y) 6= (0, 0)
ϕ(x, y) = x2 + y 2
0 si (x, y) = (0, 0)

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


55 Chapitre 2. Fonctions continues sur un espace vectoriel normé

Les fonctions partielles au point (0, 0), ϕ(0,0),1 et ϕ(0,0),2 sont identiquement nulles, pourtant, ϕ
1 1
n’est pas continue en (0, 0), car la suite ( , ) converge verts (0, 0) mais son image par ϕ est
n n
1
la suite constante qui ne saurait converger vers 0.
2

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


Table des matières

3 Applications Différentiables 57

3.1 Différentiabilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57

3.2 Opérations sur les différentielles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61

3.3 Dérivées Partielles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65

3.3.1 Dérivée suivant un vecteur (Dérivée directionnelle) . . . . . . . . . . . . 65

3.3.2 Dérivées partielles d’ordre 1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66

3.3.3 Lien entre la différentielle et les dérivées partielle . . . . . . . . . . . . . 68

3.3.4 Matrice jacobienne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 69

3.4 Dérivées d’ordre supérieur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71

3.4.1 Fonctions de classe C k . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71

3.4.2 Théorème de Schwarz . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 72

56
Chapitre 3

Applications Différentiables

3.1 Différentiabilité

Rappelons tout d’abord qu’une fonction f : R → R définie sur un voisunage de x0 est


différentiable en x0 s’il existe une application linéaire u : R → R et une fonction ε(h) de R
dans R qui tend vers 0 lorsque h tend vres 0, telle que

f (x0 + h) = f (x0 ) + u(h) + hε(h),

u est appelée la différentielle de f au point x0 notée df (x0 ). C’est une application linéaire de R
dans R, donc elle est complètement déterminée par un nombre réel qu’on note f 0 (x0 ) et qu’on
appelle dérivée de f en x0 .
df (x0 ) R → R
h 7→ f 0 (x0 ).h
Cette définition se généralise au cas des fonctions d’un evn dans un autre.
Soient E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie non nulle. On note k.k une norme
donnée sur E.

Définition 3.1. Soit f une application d’un ouvert non vide Ω de E vers F , soit a ∈ Ω.
• On dit que f est différentiable en a si et seulement si il existe une application linéaire L de
E vers F telle que
f (a + h) − f (a) − L(h)
lim = 0.
h→0 khk
• Il revient au même de dire que f est différentiable en a si et seulement si il existe une
application linéaire L de E vers F et une application ε définie sur un voisinage de 0 ∈ E telle
que, pour h au voisinage de 0,

f (a + h) = f (a) + L(h) + khkε(h)

57
58 Chapitre 3. Applications Différentiables

où lim ε(h) = 0.
h→0
• Il revient au même de dire que f est différentiable en a si et seulement si il existe une
application linéaire L de E vers F telle que, pour h au voisinage de 0 ∈ E,

f (a + h) = f (a) + L(h) + o(h)


1
où h 7→ o(h) est une fonction de h ∈ E, définie sur un voisinage de 0 et vérifiant lim o(h) =
h→0 khk
0.

Proposition 3.1. Si L existe, alors L est unique.

Preuve. On suppose qu’il existe deux applications linéaires L1 et L2 de E vers F telles que

f (a + h) = f (a) + L1 (h) + o(h) = f (a) + L2 (h) + o(h).


1
Alors, (L1 − L2 )(h) = o(h) ou encore lim (L1 − L2 )(h) = 0. Soit u un vecteur non nul de
h→0 khk
E. Pour t réel strictement positif, on pose h = tu.
1 1 1
(L1 − L2 )(h) = (L1 − L2 )(tu) = (L1 − L2 )(u)
khk ktuk kuk
Quand le reel t → 0 par valeurs supérieures, le vecteur h = tu tend vers 0 ∈ E.
On en deduit que
1 1
0 = lim (L1 − L2 )(tu) = (L1 − L2 )(u)
t→0 ktuk kuk
et donc (L1 − L2 )(u) = 0. Ainsi, pour tout vecteur non nul u, L1 (u) = L2 (u) ce qui reste vrai
quand u = 0 et donc L1 = L2 .

Définition 3.2. Soit f une application d’un ouvert non vide Ω de E vers F , différentiable en
un élément a ∈ Ω.
La différentielle de f en a est l’unique application linéaire L de E vers F telle que f (a + h) =
h→0
f (a) + L(h) + o(h).
On note df (a) ou dfa la différentielle de f en a. dfa est un élément de L(E, F ) vérifiant

f (a + h) = f (a) + dfa (h) + o(h).


h→0

La differentielle de f en a s’appelle aussi l’application linéaire tangente à f en a.

Exemples 3.1. 1) Soit (E, h, i) un espace euclidien. On note k.k la norme euclidienne
associée au produit scalaire h, i. Pour tout x de E, on pose f (x) = kxk2 . f est une
application de E dans R. Soit a ∈ E. Pour tout h de E,

f (a + h) − f (a) = ka + hk2 − kak2 = 2ha, hi + khk2 .

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


59 Chapitre 3. Applications Différentiables

L’application h 7→ 2ha, hi est une application linéaire de E vers R (c’est-a-dire une forme
1
linéaire sur E) et d’autre part, khk2 = o(h) car lim khk2 = lim khk = 0. Donc, f
h→0 h→0 khk h→0
est différentiable en a et
∀h ∈ E, dfa (h) = 2ha, hi.

2) La fonction définie de R2 → R par



 (x2 + y 2 ) sin 1
si (x, y) 6= (0, 0)

f (x, y) = x + y2
2

0 si (x, y) = (0, 0)

est différentiable en (0, 0) et sa différentielle en (0, 0) est l’application linéaire nulle.


f (h1 , h2 )
En effet. lim =0
(h1 ,h2 )→(0,0) k(h1 , h2 )k
3) Soit (E, N ) un e.v.n., l’application N : E → R+ n’est pas différentiable en 0.
En effet. Sinon on aura N (h) − N (0) − dN0 (h) = N (h)ε(h), c’est à dire N (h) − dN0 (h) =
dN0 (h)
N (h)ε(h) et donc lim 1 − = 0.
h→0 N (h)
dN0 (h)
De même en remplaçons h par −h, on déduit que lim 1 + = 0.
h→0 N (h)
dN0 (h) dN0 (h)
Si on fait la somme des deux égalités, on obtient,lim (1 + ) + (1 − ) = 0. ce
h→0 N (h) N (h)
qui donne 2 = 0 d’où la contradiction.

Remarques 3.1. 1) Soit f une application d’un intervalle ouvert non vide I de R à valeurs
dans un R-espace vectoriel E de dimension finie non nulle. Soit a ∈ I, alors,
f est différentiable en a si et seulement si f est dérivable en a. De plus, dans ce cas,

∀h ∈ R, dfa (h) = hf 0 (a).

2) Notons que, toute application différentiable au point a est nécessairement continue en a.

En effet. 1) On sait que f est dérivable en a si et seulement si f admet en a un dévelop-


pement limite d’ordre 1 et que dans ce cas, ce développement limité s’écrit

f (a + h) = f (a) + hf 0 (a) + o(h),


h→0

ce qui établit le resultat.


2) Puisque f est différentiable en a, f (a + h) = f (a) + dfa (h) + o(h). Maintenant, puisque E
h→0
est de dimension finie, on sait que l’application linéaire dfa est continue sur E (voir chapitre 2).
Donc, lim dfa (h) = dfa (0) = 0. On en déduit que
h→0
h6=0

lim f (a + h) = lim (f (a) + dfa (h) + o(h)) = f (a),


h→0 h→0
h6=0 h6=0

ce qui démontre la continuité de f en a.

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


60 Chapitre 3. Applications Différentiables

Lemme 3.1. Soit E1 × ... × En un produit d’espace de dimension finie Toute application mul-
tilinéaire f : E1 × ... × En → F (linéaire par rapport à chaque composante) est continue sur ce
produit, et on a
n
Y
kf (x1 , ..., xn )kF ≤ C kxi kEi .
i=1
Proposition 3.2. Soient E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie non nulle.
alors :
1) Si f une application d’un ouvert non vide Ω de E vers F , telle que f est constante sur
Ω, alors pour tout a ∈ Ω, f est différentiable en a et dfa = 0.
2) Toute application linéaire f : E → F est différentiable en tout point a de E de différen-
tielle dfa = f .
3) Toute application bilinéaire B : E × E → F est différentiable en tout point (a, b) de
E × E de différentielle dB(a,b) (h, k) = B(a, k) + B(h, b).

Preuve. 1) Triviale.
2) Puisque f est linéaire, l’application h → f (a + h) − f (a) − f (h) est l’application nulle sur
E. En particulier,
f (a + h) = f (a) + f (h) + o(h)
h→0

avec f linéaire de E vers F . Ceci montre que f est différentiable en a et que dfa = f .
3) On a
B(a + h, b + k) − B(a, b) − dB(a,b) (h, k) B(a, k) + B(h, b) + B(h, k) − dB(a,b) (h, k)
lim = lim .
(h,k)→(0,0) NE×E ((h, k)) (h,k)→(0,0) NE×E ((h, k))
D’après le lemme 3.1, on a |B(h, k)| ≤ CNE (h)NE (k) donc si on pose
dB(a,b) (h, k) = B(a, k) + B(h, b) qui est bien linéaire de E × E dans F , on a
B(h, k) CNE (h)NE (k)
| |≤ ≤ CNE×E ((h, k)) (car NE×E ((h, k)) = max(NE (h), NE (k))).
NE×E ((h, k)) NE×E ((h, k))
D’où
B(h, k)
lim | | ≤ C lim NE×E ((h, k)) = 0.
(h,k)→(0,0) NE×E ((h, k)) (h,k)→(0,0)

Définitions 3.3. Soient E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie non nulle. Soit
f une application d’un ouvert Ω de E vers F .
• f est différentiable sur Ω si et seulement si f est différentiable en chaque point de Ω. Dans
ce cas, la différentielle de f sur Ω est l’application, notée df , qui à chaque a de Ω associe dfa :

df : Ω → L(E, F )
a 7→ dfa

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


61 Chapitre 3. Applications Différentiables

L’ensemble des fonctions différentiables sur Ω à valeurs dans F se note D1 (Ω, F ).


• f est de classe C 1 sur Ω si et seulement si f est différentiable sur Ω et de plus l’application
a 7→ dfa est continue sur Ω (à valeurs dans L(E, F )).
L’ensemble des fonctions de classe C 1 sur Ω à valeurs dans F se note C 1 (Ω, F ).
Par définition, on a C 1 (Ω, F ) ⊂ D1 (Ω, F ).

Remarque 3.2. Vu que E et F sont de dimension finie, alors l’espace L(E, F ) est un espace
de dimension finie et on a dim(L(E, F )) = dim(E).dim(F ).

3.2 Opérations sur les différentielles

Proposition 3.3. Soient E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie non nulle. Soient
f et g deux applications de Ω, ouvert non vide de E vers F .
1) Soit a ∈ Ω. Si f et g sont différentiables en a, alors pour tout (λ, µ) ∈ R2 , λf + µg est
différentiable en a et d(λf + µg)a = λdfa + µdfa .
L’ensemble des fonctions différentiables en a à valeurs dans F est un R-espace vectoriel.
2) Si f et g sont différentiables (resp. de classe C 1 ) sur Ω, alors pour tout (λ, µ) ∈ R2 , λf +
µg est différentiable (resp. de classe C 1 ) sur Ω et d(λf + µg) = λdf + µdf .
L’ensemble D1 (Ω, F ) des fonctions différentiables sur Ω à valeurs dans F est un R-espace
vectoriel.

Preuve.

(λf + µg)(a + h) − (λf + µg)(a) = λ(f (a + h) − f (a)) + µ(g(a + h) − g(a))


= λ(dfa (h) + o(h)) + µ(dga (h) + o(h))
h→0

= (λdfa + µdga )(h) + o(h).


h→0

De plus, λdfa + µdga est une application linéaire de E vers F et on a donc montré que λf + µg
est différentiable en a et que de plus, d(λf + µg)a = λdfa + µdga .

Proposition 3.4. Soient E, F , G et H quatre R-espaces vectoriels de dimension finie non


nulle et soit Ω un ouvert non vide de E. Soient f une application de Ω non vide de F et g une
application de Ω dans G. Soit enfin B une application de F × G dans H, bilinéaire sur F × G.
1) Soit a ∈ Ω. Si f et g sont différentiables en a, alors B(f, g) est différentiable en a et

d(B(f, g))a = B(dfa , g(a)) + B(f (a), dga ).

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62 Chapitre 3. Applications Différentiables

2) Si f et g sont différentiables sur Ω, alors B(f, g) est différentiable sur Ω et

d(B(f, g)) = B(df, g) + B(f, dg).

Un cas particulier de la proposition 3.4 est en appliquant à

B: R2 −→ R
(x, y) 7→ x×y

On trouve la proposition suivante

Proposition 3.5. Soit E un R-espace vectoriel de dimension finie non nulle. Soient f et g
deux applications de Ω, ouvert non vide de E vers R.

1) Soit a ∈ Ω. Si f et g sont différentiables en a, alors f × g est différentiable en a et

d(f × g)a = g(a)dfa + f (a)dga .

2) Si f et g sont différentiables (resp. de classe C 1 ) sur Ω, alors f × g est différentiable


(resp. de classe C 1 ) sur Ω et

d(f × g) = gdf + f dg.

Remarque 3.3. Un autre cas particulier de la proposition 3.4 est le cas où B est un produit
scalaire.
Soit E un R-espace vectoriel de dimension finie non nulle. Soient f et g deux applications
différentiables en a ∈ Ω, ouvert non vide de E à valeurs dans espace euclidien F , alors
hf, gi : U −→ R est différentiable en a de différentielle

hf, gia (h) = hdfa (h), g(a)i + hf (a), dga (h)i.

Proposition 3.6. Soit E un R-espace vectoriel de dimension finie non nulle. Soient f et g
deux applications de Ω, ouvert non vide de E vers R.
1) Soit a ∈ Ω.
1
a) Si f est différentiable en a et si f (a) 6= 0, alors est différentiable en a et
f
1 dfa
d( )a = − .
f (f (a))2
f
b) Si f et g sont différentiables en a et si g(a) 6= 0, alors est différentiable en a et
g
f g(a)dfa − f (a)dga
d( )a = .
g (g(a))2

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63 Chapitre 3. Applications Différentiables

2) a) Si f est différentiable (resp. de classe C 1 ) sur Ω et si f ne s’annule pas sur Ω, alors


1
est différentiable (resp. de classe C 1 ) en a et
f
1 df
d( ) = − 2 .
f f

b) Si f et g sont différentiables (resp. de classe C 1 ) sur Ω et si g ne s’annule pas sur Ω,


f
alors est différentiable (resp. de classe C 1 ) sur Ω et
g
f g df − f dg
d( ) = .
g g2

Preuve. On montre 1) a) et b).


a) f est différentiable en a et en particulier continue en a. Puisque f ne s’annule pas en a, f
ne s’annule pas au voisinage de a.
1 1 f (a + h) − f (a)
Pour h au voisinage de 0, on a − =− et donc,
f (a + h) f (a) f (a)f (a + h)

1 1 dfa (h) + o(h) dfa (h)


− = − = − + o(h)
f (a + h) f (a) h→0 f (a)f (a + h) h→0 (f (a))2

(car f (a)f (a + h) tend vers (f (a))2 6= 0 quand h tend vers 0 par continuité de f en a). Puisque
dfa (h) 1
l’application h → − 2
est linéaire, on a montré que est différentiable en a et que
  (f (a)) f
1 dfa
d =− .
f a (f (a))2
f 1
b) On applique a) et la proposition 3.4. On obtient la différentiabilité en a de = f × et de
g g
plus,  
f 1 −dga g(a)dfa − f (a)dga
d = dfa + f (a) 2
= .
g a g(a) (g(a)) (g(a))2
Proposition 3.7. Soient E, F et G trois R-espaces vectoriels de dimension finie non nulle.
Soient f une application d’un ouvert non vide Ω de E vers F et g une application d’un ouvert
Ω0 de F vers G telles que f (Ω) ⊂ Ω0 .
1) Soit a ∈ Ω. Si f est différentiable en a et g est différentiable en f (a), alors gof est
différentiable en a et de plus,
d(gof )a = dgf (a) odfa .

2) Si f est différentiable (resp. de classe C 1 ) sur Ω et g est différentiable (resp. de classe


C 1 ) sur Ω0 , alors gof est différentiable (resp. de classe C 1 ) sur Ω et de plus,

d(gof ) = (dgof )odf.

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


64 Chapitre 3. Applications Différentiables

Preuve. On note [Link] une norme donnée dans E et [Link] une norme donnée dans F .
f est différentiable en a et donc il existe une fonction ε1 , définie sur un voisinage de 0 dans E,
telle que
f (a + h) = f (a) + dfa (h) + khkE ε1 (h).
h→0

De même, g est différentiable en f (a) et donc il existe une fonction ε2 , définie sur un voisinage
de 0 dans F , telle que

g(f (a) + k) = g(f (a)) + dgf (a) (k) + kkkF ε2 (k).


k→0

Par suite, puisque k = dfa (h) + khkE ε1 (h) −→ 0 (par continuité de dfa en 0), on a
h→0

g(f (a + h)) = g[f (a) + (dfa (h) + khkE ε1 (h))]


h→0

= g(f (a)) + dgf (a) [dfa (h) + khkE ε1 (h)] + kdfa (h) + khkE ε1 (h)kF ε2 (dfa (h) + khkE ε1 (h))
h→0

= g(f (a)) + dgf (a) (dfa (h)) + khkE dgf (a) (ε1 (h))+
h→0

+kdfa (h) + khkE ε1 (h)kF ε2 (dfa (h) + khkE ε1 (h)).

Ensuite, puisque dgf (a) (ε1 (h)) −→ 0 (par continuité de dgf (a) en 0),
h→0
on a khkE dgf (a) (ε1 (h)) = o(h).
h→0
Ensuite,
 
1 1
kdfa (h)+khkE ε1 (h)kF ε2 (dfa (h)+khkE ε1 (h)) = dfa h +ε1 (h) ε2 (dfa (h)+khkE ε1 (h)).
khkE khkE F

Puisque E est de dimension finie et que dfa est linéaire sur E, on sait qu’il existe K ∈ R+ . tel
que
∀h ∈ E, kdfa (h)kF ≤ KkhkE
 
1
et donc ∀h ∈ E \ {0}, dfa h ≤ K.
 khk
 E F  
1 1
Ainsi, l’expression dfa h est bornée et donc l’expression dfa h +ε1 (h) est bornée
khkE khkE
sur un voisinage de 0.  
1
On en deduit que dfa h + ε1 (h) ε2 (dfa (h) + khkE ε1 (h)) −→ 0 et finalement que
khkE F
h→0

kdfa (h) + khkE ε1 (h)kF ε2 (dfa (h) + khkE ε1 (h)) = o(h).


h→0

En resume,  
g(f (a + h)) = g(f (a)) + dgf (a) odfa (h) + o(h).
h→0

Puisque dgf (a) odfa ∈ L(E, G), on a montré que gof est différentiable en a et que d(gof )a =
dgf (a) odfa .

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


65 Chapitre 3. Applications Différentiables

Proposition 3.8. Soient E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie non nulle. Soient
f une application d’un ouvert non vide Ω de E à valeurs dans F . Posons p = dim(F ), et soit
(εk )1≤k≤p une base de F . Soient (f1 , ..., fp ) les fonctions composantes de f dans cette base.
f est différentiable au point a ∈ Ω si et seulement si toutes ses applications composantes fk
sont différentiables en a. De plus les fonctions composantes de dfa sont les différentielles des
fonctions composantes, c-à-d
p
X
dfa (h) = d(fk )a (h)εk .
k=1

p
X
Preuve. • On a f = ik ofk , donc si les applications composantes (fk ) sont différentiables
k=1
en a, comme les applications ik sont différentiables, alors d’après la proposition 3.7 il en sera
de même de f .
• Réciproquement, si f est différentiable en a, (resp. de classe C 1 ) au voisinage de a, comme
la k eme fonction composante fk est donnée par fk = prk of , et comme prk est de classe C 1 , on
déduit que fk est différentiable en a, (resp. de classe C 1 ) au voisinage de a.

3.3 Dérivées Partielles

3.3.1 Dérivée suivant un vecteur (Dérivée directionnelle)

Définition 3.4. Soit f une fonction définie sur un ouvert non vide Ω de Rn à valeurs dans
Rp . Soit a un point de Ω. Soit v un vecteur non nul de Rn donné.
f est dérivable en a suivant le vecteur v si et seulement si la fonction d’une variable réelle
1
t → (f (a + tv) − f (a)) a une limite quand t tend vers 0. Dans ce cas, cette limite s’appelle la
t
∂f
dérivée de f en a suivant le vecteur v et se note Dv f (a) ou (a) :
∂v
1
Dv f (a) = lim (f (a + tv) − f (a)).
t→0 t

Remarques 3.4. • Soient E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie non nulle. Soit
f une application définie sur Ω, ouvert non vide de E, à valeurs dans F . Soit a ∈ Ω. Si f
est différentiable en a, alors f est dérivable suivant tout vecteur en a et dans ce cas, pour tout
v ∈ E \ {0},
Dv f (a) = dfa (v).

• Notons que la réciproque n’est en général pas vraie.

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


66 Chapitre 3. Applications Différentiables

En effet. • Soit v ∈ E \ {0}. Puisque f est différentiable en a, quand le vecteur h tend vers
0 on a :
f (a + h) = f (a) + dfa (h) + o(h).

En particulier, quand le réel t tend vers 0, on a :

f (a + tv) = f (a) + dfa (tv) + o(t) = f (a) + tdfa (v) + o(t)

et donc
1
(f (a + tv) − f (a)) − dfa (v) = o(1).
t t→0

Ceci montre que f est dérivable suivant le vecteur v et que Dv f (a) = dfa (v).
• La réciproque n’est en général pas vraie. Pour le voir, on peut considérer la fonction définie
de R2 → R par :  xy
 si (x, y) 6= (0, 0)
f (x, y) = x2 + y2
0 si (x, y) = (0, 0)

f est différentiable en (0, 0) selon n’importe quelle direction v de R2 \ {(0, 0)} :


f ((0, 0) + t(v1 , v2 )) − f ((0, 0)) f ((tv1 , tv2 )) t2 v1 v2 v1 v2
lim = lim = lim 2 2 2
= 2 .
t→0 t t→0 t t→0 t (v1 + v2 ) (v1 + v22 )
f n’est pas différentiable en (0, 0), elle n’est même pas continue en ce point.

3.3.2 Dérivées partielles d’ordre 1

Nous avons ainsi vu que si une fonction f est différentiable au point a alors elle admet une
dérivée en a selon tout vecteur de E. Maintenant on s’intéresse au cas particulier ou le vecteur
v est l’un des vecteurs de la base canonique de E.

Définitions 3.5. Soit f une fonction définie sur un ouvert non vide Ω de Rn a valeurs dans
Rp . Soit a un point de Ω. Soit i ∈ {1, ..., n}.
• On dit que f admet en a une dérivee partielle par rapport à sa i-ème variable si et seulement
si la i-ème application partielle de f en a est dérivable en ai . Dans ce cas, la dérivée de la i-ème
application partielle de f en a s’appelle la dérivée partielle de la fonction f par rapport à sa
∂f
i-ème variable en a et se note (a) (ou aussi ∂i f (a)) :
∂xi
∂f 1
∀i ∈ {1, ..., n}, (a) = lim (f (a1 , ..., ai−1 , t, ai+1 , ..., an ) − f (a1 , ..., ai−1 , ai, ai+1 , ..., an )).
∂xi t→ai t − ai

• On dit que f admet une i-ème dérivée partielle sur Ω si et seulement si f admet une i-ème
dérivée partielle en chaque point a de Ω.

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


67 Chapitre 3. Applications Différentiables

∂f
Dans ce cas, on peut définir la i-eme fonction dérivée partielle sur Ω notée : c’est une
∂xi
fonction de n variables, définie sur Ω à valeurs dans Rp .

Remarque 3.5. ∂ est le "d rond" par opposition au "d droit". Si on note simplement fa,i la
i-ème application partielle de f en a, alors
∂f 0 dfa,i
(a) = fa,i (ai ) = (ai ).
∂xi dt
2 +y 2
Exemple 3.2. Soit f (x, y) = xex , alors pour tout (x, y) ∈ R2 ,
 
∂f x2 +y 2 x2 +y 2 2 2
(x, y) = e + x × 2xe = 2x + 1 ex +y
2
∂x
et
∂f 2 2
(x, y) = 2xyex +y .
∂x
Remarque 3.6. L’existence de dérivées partielles en un point n’entraine pas la continuité en
ce point.

Exemple 3.3. Soit la fonction f définie sur R2 par :


 xy
 si (x, y) 6= (0, 0)
2
∀(x, y) ∈ R , f (x, y) = x + y2
2

0 si (x, y) = 0

x×0
Pour x ∈ R \ {0}, f (x, 0) = = 0. Donc lim f (x, 0) = 0 (si f a une limite quand (x, y)
x2 + 0 2 x→0
tend vers (0, 0), cette limite ne peut être que 0).
Quand x tend vers 0, le couple (x, x) tend vers le couple (0, 0). Pour x ∈ R \ {0}, f (x, x) =
x×x 1 1
2 2
= . Donc lim f (x, x) = (si f a une limite quand (x, y) tend vers (0, 0), cette limite
x +x 2 x→0 2
1
ne peut être que ).
2
1
Puisque 6= 0 la fonction f n’a pas de limite en (0, 0).
2
D’où f n’est pas continue au point (0, 0).
Etudions maintenant l’existence de dérivées partielles en (0, 0).
f (x, 0) − f (0, 0) 0−0 f (x, 0) − f (0, 0)
Pour x 6= 0, = = 0 et donc lim = 0.
x−0 x−0 x→0 x−0
∂f
f admet donc une dérivée partielle par rapport sa première variable en (0, 0) et (0, 0) = 0.
∂x
∂f
De même, f admet une dérivée partielle par rapport à sa deuxième variable en (0, 0) et (0, 0) =
∂y
0.
∂f
Remarque 3.7. Si l’evn F est de dimension p, (a) est un vecteur de F dont les com-
∂xi
∂f
posantes sont les dérivées partielles des fonctions coordonnées fj au points a : (a) =
∂xi
∂f1 ∂fp
( (a), ..., (a))
∂xi ∂xi

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


68 Chapitre 3. Applications Différentiables

3.3.3 Lien entre la différentielle et les dérivées partielle

Proposition 3.9. Soit f une application d’un ouvert non vide Ω de Rn dans Rp .
• Soit a ∈ Ω. Si f est différentiable en a, alors f admet des dérivées partielles par rapport a
chacune de ses variables en a et on a :
∂f
∀i ∈ {1, ..., n}, (a) = dfa (ei ).
∂xi
De plus, on a
n
n
X ∂f
∀h ∈ R , dfa (h) = hi (a)
i=1
∂xi

∂f
Preuve. D’après la remarque 3.4 on a, ∀i ∈ {1, ..., n}, (a) = dfa (ei ).
∂xi
D’autre part, on note (e1 , ..., en ) la base canonique de Rn . Puisque dfa ∈ L(Rn , Rp ), pour
h = (h1 , ..., hn ) ∈ Rn , on a :
n
X  n n
X X ∂f
dfa (h) = dfa hi ei = hi dfa (ei ) = hi (a).
i=1 i=1 i=1
∂xi

Remarque 3.8. La réciproque de résultat précédent n’est pas vraie. Une fonction possédant
toutes les dérivées partielles en un point a n’est pas nécessairement différentiable en ce point.
Néanmoins nous avons la proposition suivante :

Proposition 3.10. Soit Ω un ouvert non vide de Rn . Soit f une fonction définie sur Ω à
valeurs dans Rp . f est de classe C 1 sur Ω si et seulement si f admet sur Ω des dérivées
partielles premieres sur Ω et chacune des fonctions dérivées partielles est continue sur Ω.

Exemples 3.4. 1) Si P et Q sont deux polynôme, la fonction (x, y) 7→ P (x).Q(y) est


différentiable en tout point de R2 .
2) L’application (x, y) 7→ (ex+y , sin(x) cos(y)) est différentiable en tout point de R2 , ses
dérivées partielles existent et sont continues.

Remarque 3.9. Notons que si les dérivées partielles de f existent sans êtres continues, il n’est
pas dit que f n’est pas différentiable.
Par exemple :
1

 (x2 + y 2 ) sin p
 si (x, y) 6= (0, 0)
f (x, y) = x2 + y 2

 0 si (x, y) = (0, 0)

est différentiable en (0, 0), et ses dérivées partielles en (0, 0) existent et ne sont pas continues
au point (0, 0), pourtant f est différentiable en (0, 0).

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


69 Chapitre 3. Applications Différentiables

3.3.4 Matrice jacobienne

Définition 3.6. (matrice jacobienne)


• Soit f une application d’un ouvert non vide Ω de Rn dans Rp , différentiable en a ∈ Ω.
D(f1 , ..., fp )
La matrice jacobienne de f en a, notée J(f, a) ou est la matrice de l’application
D(x1 , .., xn )
linéaire dfa relativement aux bases canoniques Bn et Bp de Rn et Rp respectivement :

J(f, a) = M atBn ,Bp (dfa ).

C’est un élément de Mp,n (R).


• Plus généralement, soient E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie non nulle.
Soit f une application d’un ouvert non vide Ω de E vers F , différentiable en a ∈ Ω. Soient B
une base de E et B 0 une base de F .
La matrice jacobienne de f en a relativement aux bases B et B 0 est la matrice de l’application
linéaire dfa relativement aux bases B et B 0 .

Proposition 3.11. Soit f une application d’un ouvert non vide Ω de Rn dans Rp . différen-
tiable en a ∈ Ω. On note f1 , ..., fp , les applications composantes de f : ∀(x1 , ..., xn ) ∈ Ω.
f (x1 , ..., xn ) = (f1 (x1 , ..., xn ), ..., fp (x1 , ..., xn )). Alors,
 
∂fj
J(f, a) = (a) .
∂xi 1≤j≤p
1≤i≤n

Preuve. On note (e1 , ..., en ) la base canonique de Rn . Soit i ∈ {1, ..., n}.
La i-ème colonne de J(f, a) est le vecteur colonne dont les composantes sont les coordonnées
∂f
de dfa (ei ) dans la base canonique de Rp . D’apres la remarque 3.4, dfa (ei ) = (a) et donc la
∂xi
∂f1
 
 ∂xi (a) 
 .. 

 . 

 ∂f 
j
i-ème colonne de J(f, a) est  (a)  .
 
 ∂xi 
 .. 

 . 

 ∂fp 
(a)
∂xi
Exemple 3.5. On munit le plan R2 de sa structure euclidienne et de son orientation canonique.
On note (→

u ,→

v ) la base canonique (orthonormée directe) de R2 .
Pour θ ∈ R, on pose →

uθ = cos(θ)→

u + sin(θ)→

v.
Soit M = (x, y) un point de R2 . On appelle coordonnées polaires de M tout couple [r, θ] de réels

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


70 Chapitre 3. Applications Différentiables

−−→
tels que OM = r→

uθ . On a donc

−−→
x→

u + y→

v = OM = (r cos(θ))→

u + (r sin(θ))→

v.

 x = r cos(θ)
Le passage des coordonnées polaires aux coordonnées cartésiennes s’écrit donc
 y = r sin(θ)
Pour (r, θ) ∈ R2 , on pose f (r, θ) = (r cos(θ), r sin(θ)). La matrice jacobienne de f en un point
(r, θ) de R2 est
cos(θ) −r sin(θ)
 

sin(θ) r cos(θ)
En première colonne, on a dérivé par rapport à r et en deuxième colonne, on a dérivé par
rapport à θ.

Remarque 3.10. La matrice jacobienne de gof en a est le produit de la matrice jacobienne


de g en f (a) par de la matrice jacobienne de f en a :

J(gof, a) = J(g, f (a)) × J(f, a).

Exemple 3.6. (Application au changement de variables)


Soit f (x1 , ..., xn ) une fonction différentiable de Rn dans R.
Posons pour tout i, xi = φi (u1 , ..., up )

φ f
F : Rn → Rn → R
u = (u1 , ..., un ) 7→ (φ1 (u), ..., φn (u))
(x1 , ..., xn ) 7→ f (x1 , ..., xn )

F = f oφ : (u1 , ..., un ) 7→ F (u1 , ..., un ) = f (φ1 (u1 , ..., un ), ..., φn (u1 , ..., un )).
Nous avons donc d’après la remarque 3.10
n
∂F X ∂f ∂φk
= .
∂ui k=1
∂xk ∂ui

n
X
0 ∂f 0
En particulier, si xi = φi (t) on a F (t) = φ (t).
k=1
∂xk k

Théorème 3.1. (Egalite des accroissements finis pour les fonctions numériques)
Soit f une application d’un ouvert non vide Ω d’un R-espace E de dimension finie non nulle à
valeurs dans R, différentiable sur Ω.
Pour tout (a, b) ∈ Ω2 tel que [a, b] ⊂ Ω, il existe λ ∈ [0, 1] tel que f (b)−f (a) = df(1−λ)a+λb (b−a).

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


71 Chapitre 3. Applications Différentiables

Démonstration. Soit (a, b) ∈ Ω2 tel que [a, b] ⊂ Ω. Donc, pour t ∈ [0, 1], (1 − t)a + tb ∈ Ω.
Pour t ∈ [0, 1], on pose g(t) = f ((1 − t)a + tb). Puisque f est de classe C 1 sur Ω, g est une
application de [0, 1] dans R, de classe C 1 sur [0, 1]. D’après le théorème des accroissements finis,
il existe λ ∈ [0, 1] tel que g(1) − g(0) = g 0 (λ).
On note ϕ l’application de [0, 1] dans Ω définie par : ∀t ∈ [0, 1], ϕ(t) = (1 − t)a + tb. On a alors
g = f oϕ puis, pour t ∈ [0, 1] et h ∈ R.

hg 0 (t) = dgt (h) = dfϕ(t) odϕt (h) = df(1−t)a+tb (hϕ0 (t)) = hdf(1−t)a+tb (b − a).

En évaluant en h = 1, on obtient g 0 (t) = df(1−t)a+tb (b − a). L’égalité g(1) − g(0) = g 0 (λ) s’écrit
alors
f (b) − f (a) = df(1.λ)a+λb (b − a).

3.4 Dérivées d’ordre supérieur

3.4.1 Fonctions de classe C k

Nous allons maintenant dériver les dérivées partielles. On suppose que f : Ω ⊂ Rn −→ Rp


∂f ∂f
admet des dérivées partielles , 1 ≤ i ≤ n, sur Ω. Soit i ∈ {1, ..., n}. Si la fonction admet
∂xi ∂xi
∂ 2f
sur Ω une dérivée partielle par rapport à sa j-ème variable, j ∈ {1, ..., n}, on la note
  ∂xj ∂xi
∂ ∂f
(en faisant attention a l’ordre des variables) au lieu de . Dans le cas particulier où
∂xj ∂xi
∂ 2f
j = i, on ecrit . On peut ainsi calculer n2 dérivées partielles secondes.
∂x2i
∂ 2f
Dans la notation , la dernière dérivation effectuée est écrite à gauche et la première est
∂xj ∂xi
écrite à droite.
∂kf
On définit ensuite par récurrence les dérivées partielles d’ordre k ≥ 2 par =
∂xik ...∂xi1
∂ k−1 f
 

(en cas d’existence) et on peut poser la définition suivante :
∂xik ∂xik−1 ...∂xi1
Définition 3.7. Soit f une application d’un ouvert non vide Ω d’un espace de dimension finie
non nulle E vers un espace de dimension finie non nulle F .
Soit k ≥ 1. f est de classe C k sur Ω si et seulement si f admet sur Ω des dérivées partielles
jusqu’à l’ordre k par rapport à tout i-uplet de variables, 1 ≤ i ≤ k, et les dérivées partielles
k-èmes sont continues sur Ω. On note C k (Ω, F ) l’ensemble des fonctions de classe C k sur Ω à
valeurs dans F .

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


72 Chapitre 3. Applications Différentiables

f est de classe C ∞ sur Ω si et seulement si, pour tout k ∈ N∗ , f est de classe C k sur Ω. On
note C ∞ (Ω, F ) l’ensemble des fonctions de classe C ∞ sur Ω à valeurs dans F .

Exemple 3.7. Soit le fonction suivante f (x1 , x2 , x3 ) = log(x1 x22 + x1 x3 ),


on a D(f ) = {x = (x1 , x2 , x3 ) ∈ R3 tel que x1 x22 + x1 x3 > 0}

∂f 1 ∂f 2x2 ∂f 1
(x1 , x2 , x3 ) = , (x1 , x2 , x3 ) = 2 , (x1 , x2 , x3 ) = 2
∂x1 x1 ∂x2 x2 + x 3 ∂x3 x2 + x3

ces trois fonctions sont à leur tour dérivables par rapport à chacune des variables sur D(f ) :

∂ 2f 1 ∂ 2f ∂ 2f
2
(x1 , x2 , x3 ) = − 2 , (x1 , x2 , x3 ) = 0 , (x1 , x2 , x3 ) = 0
∂x1 x1 ∂x2 ∂x1 ∂x3 ∂x1
∂ 2f 2x3 − 2x22 ∂ 2f ∂ 2f −2x2
(x1 , x2 , x3 ) = 2 , (x1 , x2 , x3 ) = 0 , (x1 , x2 , x3 ) = 2
∂x22 (x2 + x3 )2 ∂x1 ∂x2 ∂x3 ∂x2 (x2 + x3 )2
2
∂ f −1 ∂ 2f 2
∂ f −2x2
2
(x1 , x2 , x3 ) = 2 , (x1 , x2 , x3 ) = 0 , (x1 , x2 , x3 ) = 2 .
∂x3 (x2 + x3 )2 ∂x1 ∂x3 ∂x2 ∂x3 (x2 + x3 )2

Les 9 dérivées partielles sont elles aussi dérivables par rapport à xi (i = 1, 2, 3), en tout point
de D(f ) où les dénominateurs sont non nuls.

On peut démontrer et on admettra que les théorèmes généraux usuels (combinaisons li-
néaires, produits, quotients, composées ...) restent valables pour les fonctions de classe C k ou
C ∞ . En particulier.

Proposition 3.12. Un polynome à n variables réelles est de classe C ∞ sur Rn .


Une fraction rationnelle à n variables réelles est de classe C ∞ sur son domaine de définition.

3.4.2 Théorème de Schwarz

Théorème 3.2. (Théorème de Schwarz)


• Si f : Ω → R est une fonction de classe C 2 sur un ouvert Ω de E, alors :

∂ 2f ∂ 2f
= .
∂xi ∂xj ∂xj ∂xi

• D’une manière générale, soient E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie non
nulle. Soit Ω un ouvert non vide de E. Soit f une application de Ω vers F . Soit k ≥ 2.
Si f est de classe C k sur Ω, alors ∀(i1 , ..., ik ) ∈ {1, ..., n}k . ∀σ ∈ Sk , (σ est une permutation)

∂kf ∂kf
= .
∂xσ(ik ) ...∂xσ(i1 ) ∂xik ...∂xi1

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


73 Chapitre 3. Applications Différentiables

Exemple 3.8. Dans l’exemple 3.7 f (x1 , x2 , x3 ) = log(x1 x22 + x1 x3 ) est de classe C 2 dans D(f )
alors, on a pour tout i et j

∂ 2f ∂ 2f
(x1 , x2 , x3 ) = (x1 , x2 , x3 ).
∂xi ∂xj ∂xj ∂xi

Il faut faire attention cette égalité n’est pas vérifiée pour n’importe quelle fonction, par exemple
 2 2
 xy x − y

6 (0, 0)
si (x, y) =
∀(x, y) ∈ R2 , f (x, y) = x2 + y 2
 0

si (x, y) = 0

f admet pour  dérivées partielles


2 2
x − y 4x2 y 3
y + si (x, y) 6= (0, 0)

∂f 
x2 + y 2 (x2 + y 2 )2
(x, y) =
∂x 
 0 si (x, y) = 0
2 2 4 4

∂f  x x − y + 2xy + 2x y si (x, y) 6= (0, 0)

(x, y) = x2 + y 2 (x2 + y 2 )2
∂y 
 0 si (x, y) = 0
cette fonction admet des dérivées partielles d’ordre deux en (0, 0).
∂ 2f ∂ 2f
Mais, (0, 0) = 1 et (0, 0) = −1 (car f n’est pas de classe C 2 ).
∂x∂y ∂y∂x

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


Table des matières

3 Applications Différentiables 57

3.1 Différentiabilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57

3.2 Opérations sur les différentielles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61

3.3 Dérivées Partielles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65

3.3.1 Dérivée suivant un vecteur (Dérivée directionnelle) . . . . . . . . . . . . 65

3.3.2 Dérivées partielles d’ordre 1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66

3.3.3 Lien entre la différentielle et les dérivées partielle . . . . . . . . . . . . . 68

3.3.4 Matrice jacobienne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 69

3.4 Dérivées d’ordre supérieur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71

3.4.1 Fonctions de classe C k . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71

3.4.2 Théorème de Schwarz . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 72

3.5 Difféomorphismes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73

3.5.1 Théorème d’inversion locale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75

3.5.2 Fonctions Implicites) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76

56
Chapitre 3

Applications Différentiables

3.1 Différentiabilité

Rappelons tout d’abord qu’une fonction f : R → R définie sur un voisunage de x0 est


différentiable en x0 s’il existe une application linéaire u : R → R et une fonction ε(h) de R
dans R qui tend vers 0 lorsque h tend vres 0, telle que

f (x0 + h) = f (x0 ) + u(h) + hε(h),

u est appelée la différentielle de f au point x0 notée df (x0 ). C’est une application linéaire de R
dans R, donc elle est complètement déterminée par un nombre réel qu’on note f 0 (x0 ) et qu’on
appelle dérivée de f en x0 .
df (x0 ) R → R
h 7→ f 0 (x0 ).h
Cette définition se généralise au cas des fonctions d’un evn dans un autre.
Soient E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie non nulle. On note k.k une norme
donnée sur E.

Définition 3.1. Soit f une application d’un ouvert non vide Ω de E vers F , soit a ∈ Ω.
• On dit que f est différentiable en a si et seulement si il existe une application linéaire L de
E vers F telle que
f (a + h) − f (a) − L(h)
lim = 0.
h→0 khk
• Il revient au même de dire que f est différentiable en a si et seulement si il existe une
application linéaire L de E vers F et une application ε définie sur un voisinage de 0 ∈ E telle
que, pour h au voisinage de 0,

f (a + h) = f (a) + L(h) + khkε(h)

57
58 Chapitre 3. Applications Différentiables

où lim ε(h) = 0.
h→0
• Il revient au même de dire que f est différentiable en a si et seulement si il existe une
application linéaire L de E vers F telle que, pour h au voisinage de 0 ∈ E,

f (a + h) = f (a) + L(h) + o(h)


1
où h 7→ o(h) est une fonction de h ∈ E, définie sur un voisinage de 0 et vérifiant lim o(h) =
h→0 khk
0.

Proposition 3.1. Si L existe, alors L est unique.

Preuve. On suppose qu’il existe deux applications linéaires L1 et L2 de E vers F telles que

f (a + h) = f (a) + L1 (h) + o(h) = f (a) + L2 (h) + o(h).


1
Alors, (L1 − L2 )(h) = o(h) ou encore lim (L1 − L2 )(h) = 0. Soit u un vecteur non nul de
h→0 khk
E. Pour t réel strictement positif, on pose h = tu.
1 1 1
(L1 − L2 )(h) = (L1 − L2 )(tu) = (L1 − L2 )(u)
khk ktuk kuk
Quand le reel t → 0 par valeurs supérieures, le vecteur h = tu tend vers 0 ∈ E.
On en deduit que
1 1
0 = lim (L1 − L2 )(tu) = (L1 − L2 )(u)
t→0 ktuk kuk
et donc (L1 − L2 )(u) = 0. Ainsi, pour tout vecteur non nul u, L1 (u) = L2 (u) ce qui reste vrai
quand u = 0 et donc L1 = L2 .

Définition 3.2. Soit f une application d’un ouvert non vide Ω de E vers F , différentiable en
un élément a ∈ Ω.
La différentielle de f en a est l’unique application linéaire L de E vers F telle que f (a + h) =
h→0
f (a) + L(h) + o(h).
On note df (a) ou dfa la différentielle de f en a. dfa est un élément de L(E, F ) vérifiant

f (a + h) = f (a) + dfa (h) + o(h).


h→0

La differentielle de f en a s’appelle aussi l’application linéaire tangente à f en a.

Exemples 3.1. 1) Soit (E, h, i) un espace euclidien. On note k.k la norme euclidienne
associée au produit scalaire h, i. Pour tout x de E, on pose f (x) = kxk2 . f est une
application de E dans R. Soit a ∈ E. Pour tout h de E,

f (a + h) − f (a) = ka + hk2 − kak2 = 2ha, hi + khk2 .

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


59 Chapitre 3. Applications Différentiables

L’application h 7→ 2ha, hi est une application linéaire de E vers R (c’est-a-dire une forme
1
linéaire sur E) et d’autre part, khk2 = o(h) car lim khk2 = lim khk = 0. Donc, f
h→0 h→0 khk h→0
est différentiable en a et
∀h ∈ E, dfa (h) = 2ha, hi.

2) La fonction définie de R2 → R par



 (x2 + y 2 ) sin 1
si (x, y) 6= (0, 0)

f (x, y) = x + y2
2

0 si (x, y) = (0, 0)

est différentiable en (0, 0) et sa différentielle en (0, 0) est l’application linéaire nulle.


f (h1 , h2 )
En effet. lim =0
(h1 ,h2 )→(0,0) k(h1 , h2 )k
3) Soit (E, N ) un e.v.n., l’application N : E → R+ n’est pas différentiable en 0.
En effet. Sinon on aura N (h) − N (0) − dN0 (h) = N (h)ε(h), c’est à dire N (h) − dN0 (h) =
dN0 (h)
N (h)ε(h) et donc lim 1 − = 0.
h→0 N (h)
dN0 (h)
De même en remplaçons h par −h, on déduit que lim 1 + = 0.
h→0 N (h)
dN0 (h) dN0 (h)
Si on fait la somme des deux égalités, on obtient,lim (1 + ) + (1 − ) = 0. ce
h→0 N (h) N (h)
qui donne 2 = 0 d’où la contradiction.

Remarques 3.1. 1) Soit f une application d’un intervalle ouvert non vide I de R à valeurs
dans un R-espace vectoriel E de dimension finie non nulle. Soit a ∈ I, alors,
f est différentiable en a si et seulement si f est dérivable en a. De plus, dans ce cas,

∀h ∈ R, dfa (h) = hf 0 (a).

2) Notons que, toute application différentiable au point a est nécessairement continue en a.

En effet. 1) On sait que f est dérivable en a si et seulement si f admet en a un dévelop-


pement limite d’ordre 1 et que dans ce cas, ce développement limité s’écrit

f (a + h) = f (a) + hf 0 (a) + o(h),


h→0

ce qui établit le resultat.


2) Puisque f est différentiable en a, f (a + h) = f (a) + dfa (h) + o(h). Maintenant, puisque E
h→0
est de dimension finie, on sait que l’application linéaire dfa est continue sur E (voir chapitre 2).
Donc, lim dfa (h) = dfa (0) = 0. On en déduit que
h→0
h6=0

lim f (a + h) = lim (f (a) + dfa (h) + o(h)) = f (a),


h→0 h→0
h6=0 h6=0

ce qui démontre la continuité de f en a.

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


60 Chapitre 3. Applications Différentiables

Lemme 3.1. Soit E1 × ... × En un produit d’espace de dimension finie Toute application mul-
tilinéaire f : E1 × ... × En → F (linéaire par rapport à chaque composante) est continue sur ce
produit, et on a
n
Y
kf (x1 , ..., xn )kF ≤ C kxi kEi .
i=1
Proposition 3.2. Soient E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie non nulle.
alors :
1) Si f une application d’un ouvert non vide Ω de E vers F , telle que f est constante sur
Ω, alors pour tout a ∈ Ω, f est différentiable en a et dfa = 0.
2) Toute application linéaire f : E → F est différentiable en tout point a de E de différen-
tielle dfa = f .
3) Toute application bilinéaire B : E × E → F est différentiable en tout point (a, b) de
E × E de différentielle dB(a,b) (h, k) = B(a, k) + B(h, b).

Preuve. 1) Triviale.
2) Puisque f est linéaire, l’application h → f (a + h) − f (a) − f (h) est l’application nulle sur
E. En particulier,
f (a + h) = f (a) + f (h) + o(h)
h→0

avec f linéaire de E vers F . Ceci montre que f est différentiable en a et que dfa = f .
3) On a
B(a + h, b + k) − B(a, b) − dB(a,b) (h, k) B(a, k) + B(h, b) + B(h, k) − dB(a,b) (h, k)
lim = lim .
(h,k)→(0,0) NE×E ((h, k)) (h,k)→(0,0) NE×E ((h, k))
D’après le lemme 3.1, on a |B(h, k)| ≤ CNE (h)NE (k) donc si on pose
dB(a,b) (h, k) = B(a, k) + B(h, b) qui est bien linéaire de E × E dans F , on a
B(h, k) CNE (h)NE (k)
| |≤ ≤ CNE×E ((h, k)) (car NE×E ((h, k)) = max(NE (h), NE (k))).
NE×E ((h, k)) NE×E ((h, k))
D’où
B(h, k)
lim | | ≤ C lim NE×E ((h, k)) = 0.
(h,k)→(0,0) NE×E ((h, k)) (h,k)→(0,0)

Définitions 3.3. Soient E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie non nulle. Soit
f une application d’un ouvert Ω de E vers F .
• f est différentiable sur Ω si et seulement si f est différentiable en chaque point de Ω. Dans
ce cas, la différentielle de f sur Ω est l’application, notée df , qui à chaque a de Ω associe dfa :

df : Ω → L(E, F )
a 7→ dfa

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


61 Chapitre 3. Applications Différentiables

L’ensemble des fonctions différentiables sur Ω à valeurs dans F se note D1 (Ω, F ).


• f est de classe C 1 sur Ω si et seulement si f est différentiable sur Ω et de plus l’application
a 7→ dfa est continue sur Ω (à valeurs dans L(E, F )).
L’ensemble des fonctions de classe C 1 sur Ω à valeurs dans F se note C 1 (Ω, F ).
Par définition, on a C 1 (Ω, F ) ⊂ D1 (Ω, F ).

Remarque 3.2. Vu que E et F sont de dimension finie, alors l’espace L(E, F ) est un espace
de dimension finie et on a dim(L(E, F )) = dim(E).dim(F ).

3.2 Opérations sur les différentielles

Proposition 3.3. Soient E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie non nulle. Soient
f et g deux applications de Ω, ouvert non vide de E vers F .
1) Soit a ∈ Ω. Si f et g sont différentiables en a, alors pour tout (λ, µ) ∈ R2 , λf + µg est
différentiable en a et d(λf + µg)a = λdfa + µdfa .
L’ensemble des fonctions différentiables en a à valeurs dans F est un R-espace vectoriel.
2) Si f et g sont différentiables (resp. de classe C 1 ) sur Ω, alors pour tout (λ, µ) ∈ R2 , λf +
µg est différentiable (resp. de classe C 1 ) sur Ω et d(λf + µg) = λdf + µdf .
L’ensemble D1 (Ω, F ) des fonctions différentiables sur Ω à valeurs dans F est un R-espace
vectoriel.

Preuve.

(λf + µg)(a + h) − (λf + µg)(a) = λ(f (a + h) − f (a)) + µ(g(a + h) − g(a))


= λ(dfa (h) + o(h)) + µ(dga (h) + o(h))
h→0

= (λdfa + µdga )(h) + o(h).


h→0

De plus, λdfa + µdga est une application linéaire de E vers F et on a donc montré que λf + µg
est différentiable en a et que de plus, d(λf + µg)a = λdfa + µdga .

Proposition 3.4. Soient E, F , G et H quatre R-espaces vectoriels de dimension finie non


nulle et soit Ω un ouvert non vide de E. Soient f une application de Ω non vide de F et g une
application de Ω dans G. Soit enfin B une application de F × G dans H, bilinéaire sur F × G.
1) Soit a ∈ Ω. Si f et g sont différentiables en a, alors B(f, g) est différentiable en a et

d(B(f, g))a = B(dfa , g(a)) + B(f (a), dga ).

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


62 Chapitre 3. Applications Différentiables

2) Si f et g sont différentiables sur Ω, alors B(f, g) est différentiable sur Ω et

d(B(f, g)) = B(df, g) + B(f, dg).

Un cas particulier de la proposition 3.4 est en appliquant à

B: R2 −→ R
(x, y) 7→ x×y

On trouve la proposition suivante

Proposition 3.5. Soit E un R-espace vectoriel de dimension finie non nulle. Soient f et g
deux applications de Ω, ouvert non vide de E vers R.

1) Soit a ∈ Ω. Si f et g sont différentiables en a, alors f × g est différentiable en a et

d(f × g)a = g(a)dfa + f (a)dga .

2) Si f et g sont différentiables (resp. de classe C 1 ) sur Ω, alors f × g est différentiable


(resp. de classe C 1 ) sur Ω et

d(f × g) = gdf + f dg.

Remarque 3.3. Un autre cas particulier de la proposition 3.4 est le cas où B est un produit
scalaire.
Soit E un R-espace vectoriel de dimension finie non nulle. Soient f et g deux applications
différentiables en a ∈ Ω, ouvert non vide de E à valeurs dans espace euclidien F , alors
hf, gi : U −→ R est différentiable en a de différentielle

hf, gia (h) = hdfa (h), g(a)i + hf (a), dga (h)i.

Proposition 3.6. Soit E un R-espace vectoriel de dimension finie non nulle. Soient f et g
deux applications de Ω, ouvert non vide de E vers R.
1) Soit a ∈ Ω.
1
a) Si f est différentiable en a et si f (a) 6= 0, alors est différentiable en a et
f
1 dfa
d( )a = − .
f (f (a))2
f
b) Si f et g sont différentiables en a et si g(a) 6= 0, alors est différentiable en a et
g
f g(a)dfa − f (a)dga
d( )a = .
g (g(a))2

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


63 Chapitre 3. Applications Différentiables

2) a) Si f est différentiable (resp. de classe C 1 ) sur Ω et si f ne s’annule pas sur Ω, alors


1
est différentiable (resp. de classe C 1 ) en a et
f
1 df
d( ) = − 2 .
f f

b) Si f et g sont différentiables (resp. de classe C 1 ) sur Ω et si g ne s’annule pas sur Ω,


f
alors est différentiable (resp. de classe C 1 ) sur Ω et
g
f g df − f dg
d( ) = .
g g2

Preuve. On montre 1) a) et b).


a) f est différentiable en a et en particulier continue en a. Puisque f ne s’annule pas en a, f
ne s’annule pas au voisinage de a.
1 1 f (a + h) − f (a)
Pour h au voisinage de 0, on a − =− et donc,
f (a + h) f (a) f (a)f (a + h)

1 1 dfa (h) + o(h) dfa (h)


− = − = − + o(h)
f (a + h) f (a) h→0 f (a)f (a + h) h→0 (f (a))2

(car f (a)f (a + h) tend vers (f (a))2 6= 0 quand h tend vers 0 par continuité de f en a). Puisque
dfa (h) 1
l’application h → − 2
est linéaire, on a montré que est différentiable en a et que
  (f (a)) f
1 dfa
d =− .
f a (f (a))2
f 1
b) On applique a) et la proposition 3.4. On obtient la différentiabilité en a de = f × et de
g g
plus,  
f 1 −dga g(a)dfa − f (a)dga
d = dfa + f (a) 2
= .
g a g(a) (g(a)) (g(a))2
Proposition 3.7. Soient E, F et G trois R-espaces vectoriels de dimension finie non nulle.
Soient f une application d’un ouvert non vide Ω de E vers F et g une application d’un ouvert
Ω0 de F vers G telles que f (Ω) ⊂ Ω0 .
1) Soit a ∈ Ω. Si f est différentiable en a et g est différentiable en f (a), alors gof est
différentiable en a et de plus,
d(gof )a = dgf (a) odfa .

2) Si f est différentiable (resp. de classe C 1 ) sur Ω et g est différentiable (resp. de classe


C 1 ) sur Ω0 , alors gof est différentiable (resp. de classe C 1 ) sur Ω et de plus,

d(gof ) = (dgof )odf.

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


64 Chapitre 3. Applications Différentiables

Preuve. On note [Link] une norme donnée dans E et [Link] une norme donnée dans F .
f est différentiable en a et donc il existe une fonction ε1 , définie sur un voisinage de 0 dans E,
telle que
f (a + h) = f (a) + dfa (h) + khkE ε1 (h).
h→0

De même, g est différentiable en f (a) et donc il existe une fonction ε2 , définie sur un voisinage
de 0 dans F , telle que

g(f (a) + k) = g(f (a)) + dgf (a) (k) + kkkF ε2 (k).


k→0

Par suite, puisque k = dfa (h) + khkE ε1 (h) −→ 0 (par continuité de dfa en 0), on a
h→0

g(f (a + h)) = g[f (a) + (dfa (h) + khkE ε1 (h))]


h→0

= g(f (a)) + dgf (a) [dfa (h) + khkE ε1 (h)] + kdfa (h) + khkE ε1 (h)kF ε2 (dfa (h) + khkE ε1 (h))
h→0

= g(f (a)) + dgf (a) (dfa (h)) + khkE dgf (a) (ε1 (h))+
h→0

+kdfa (h) + khkE ε1 (h)kF ε2 (dfa (h) + khkE ε1 (h)).

Ensuite, puisque dgf (a) (ε1 (h)) −→ 0 (par continuité de dgf (a) en 0),
h→0
on a khkE dgf (a) (ε1 (h)) = o(h).
h→0
Ensuite,
 
1 1
kdfa (h)+khkE ε1 (h)kF ε2 (dfa (h)+khkE ε1 (h)) = dfa h +ε1 (h) ε2 (dfa (h)+khkE ε1 (h)).
khkE khkE F

Puisque E est de dimension finie et que dfa est linéaire sur E, on sait qu’il existe K ∈ R+ . tel
que
∀h ∈ E, kdfa (h)kF ≤ KkhkE
 
1
et donc ∀h ∈ E \ {0}, dfa h ≤ K.
 khk
 E F  
1 1
Ainsi, l’expression dfa h est bornée et donc l’expression dfa h +ε1 (h) est bornée
khkE khkE
sur un voisinage de 0.  
1
On en deduit que dfa h + ε1 (h) ε2 (dfa (h) + khkE ε1 (h)) −→ 0 et finalement que
khkE F
h→0

kdfa (h) + khkE ε1 (h)kF ε2 (dfa (h) + khkE ε1 (h)) = o(h).


h→0

En resume,  
g(f (a + h)) = g(f (a)) + dgf (a) odfa (h) + o(h).
h→0

Puisque dgf (a) odfa ∈ L(E, G), on a montré que gof est différentiable en a et que d(gof )a =
dgf (a) odfa .

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


65 Chapitre 3. Applications Différentiables

Proposition 3.8. Soient E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie non nulle. Soient
f une application d’un ouvert non vide Ω de E à valeurs dans F . Posons p = dim(F ), et soit
(εk )1≤k≤p une base de F . Soient (f1 , ..., fp ) les fonctions composantes de f dans cette base.
f est différentiable au point a ∈ Ω si et seulement si toutes ses applications composantes fk
sont différentiables en a. De plus les fonctions composantes de dfa sont les différentielles des
fonctions composantes, c-à-d
p
X
dfa (h) = d(fk )a (h)εk .
k=1

p
X
Preuve. • On a f = ik ofk , donc si les applications composantes (fk ) sont différentiables
k=1
en a, comme les applications ik sont différentiables, alors d’après la proposition 3.7 il en sera
de même de f .
• Réciproquement, si f est différentiable en a, (resp. de classe C 1 ) au voisinage de a, comme
la k eme fonction composante fk est donnée par fk = prk of , et comme prk est de classe C 1 , on
déduit que fk est différentiable en a, (resp. de classe C 1 ) au voisinage de a.

3.3 Dérivées Partielles

3.3.1 Dérivée suivant un vecteur (Dérivée directionnelle)

Définition 3.4. Soit f une fonction définie sur un ouvert non vide Ω de Rn à valeurs dans
Rp . Soit a un point de Ω. Soit v un vecteur non nul de Rn donné.
f est dérivable en a suivant le vecteur v si et seulement si la fonction d’une variable réelle
1
t → (f (a + tv) − f (a)) a une limite quand t tend vers 0. Dans ce cas, cette limite s’appelle la
t
∂f
dérivée de f en a suivant le vecteur v et se note Dv f (a) ou (a) :
∂v
1
Dv f (a) = lim (f (a + tv) − f (a)).
t→0 t

Remarques 3.4. • Soient E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie non nulle. Soit
f une application définie sur Ω, ouvert non vide de E, à valeurs dans F . Soit a ∈ Ω. Si f
est différentiable en a, alors f est dérivable suivant tout vecteur en a et dans ce cas, pour tout
v ∈ E \ {0},
Dv f (a) = dfa (v).

• Notons que la réciproque n’est en général pas vraie.

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


66 Chapitre 3. Applications Différentiables

En effet. • Soit v ∈ E \ {0}. Puisque f est différentiable en a, quand le vecteur h tend vers
0 on a :
f (a + h) = f (a) + dfa (h) + o(h).

En particulier, quand le réel t tend vers 0, on a :

f (a + tv) = f (a) + dfa (tv) + o(t) = f (a) + tdfa (v) + o(t)

et donc
1
(f (a + tv) − f (a)) − dfa (v) = o(1).
t t→0

Ceci montre que f est dérivable suivant le vecteur v et que Dv f (a) = dfa (v).
• La réciproque n’est en général pas vraie. Pour le voir, on peut considérer la fonction définie
de R2 → R par :  xy
 si (x, y) 6= (0, 0)
f (x, y) = x2 + y2
0 si (x, y) = (0, 0)

f est différentiable en (0, 0) selon n’importe quelle direction v de R2 \ {(0, 0)} :


f ((0, 0) + t(v1 , v2 )) − f ((0, 0)) f ((tv1 , tv2 )) t2 v1 v2 v1 v2
lim = lim = lim 2 2 2
= 2 .
t→0 t t→0 t t→0 t (v1 + v2 ) (v1 + v22 )
f n’est pas différentiable en (0, 0), elle n’est même pas continue en ce point.

3.3.2 Dérivées partielles d’ordre 1

Nous avons ainsi vu que si une fonction f est différentiable au point a alors elle admet une
dérivée en a selon tout vecteur de E. Maintenant on s’intéresse au cas particulier ou le vecteur
v est l’un des vecteurs de la base canonique de E.

Définitions 3.5. Soit f une fonction définie sur un ouvert non vide Ω de Rn a valeurs dans
Rp . Soit a un point de Ω. Soit i ∈ {1, ..., n}.
• On dit que f admet en a une dérivee partielle par rapport à sa i-ème variable si et seulement
si la i-ème application partielle de f en a est dérivable en ai . Dans ce cas, la dérivée de la i-ème
application partielle de f en a s’appelle la dérivée partielle de la fonction f par rapport à sa
∂f
i-ème variable en a et se note (a) (ou aussi ∂i f (a)) :
∂xi
∂f 1
∀i ∈ {1, ..., n}, (a) = lim (f (a1 , ..., ai−1 , t, ai+1 , ..., an ) − f (a1 , ..., ai−1 , ai, ai+1 , ..., an )).
∂xi t→ai t − ai

• On dit que f admet une i-ème dérivée partielle sur Ω si et seulement si f admet une i-ème
dérivée partielle en chaque point a de Ω.

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


67 Chapitre 3. Applications Différentiables

∂f
Dans ce cas, on peut définir la i-eme fonction dérivée partielle sur Ω notée : c’est une
∂xi
fonction de n variables, définie sur Ω à valeurs dans Rp .

Remarque 3.5. ∂ est le "d rond" par opposition au "d droit". Si on note simplement fa,i la
i-ème application partielle de f en a, alors
∂f 0 dfa,i
(a) = fa,i (ai ) = (ai ).
∂xi dt
2 +y 2
Exemple 3.2. Soit f (x, y) = xex , alors pour tout (x, y) ∈ R2 ,
 
∂f x2 +y 2 x2 +y 2 2 2
(x, y) = e + x × 2xe = 2x + 1 ex +y
2
∂x
et
∂f 2 2
(x, y) = 2xyex +y .
∂x
Remarque 3.6. L’existence de dérivées partielles en un point n’entraine pas la continuité en
ce point.

Exemple 3.3. Soit la fonction f définie sur R2 par :


 xy
 si (x, y) 6= (0, 0)
2
∀(x, y) ∈ R , f (x, y) = x + y2
2

0 si (x, y) = 0

x×0
Pour x ∈ R \ {0}, f (x, 0) = = 0. Donc lim f (x, 0) = 0 (si f a une limite quand (x, y)
x2 + 0 2 x→0
tend vers (0, 0), cette limite ne peut être que 0).
Quand x tend vers 0, le couple (x, x) tend vers le couple (0, 0). Pour x ∈ R \ {0}, f (x, x) =
x×x 1 1
2 2
= . Donc lim f (x, x) = (si f a une limite quand (x, y) tend vers (0, 0), cette limite
x +x 2 x→0 2
1
ne peut être que ).
2
1
Puisque 6= 0 la fonction f n’a pas de limite en (0, 0).
2
D’où f n’est pas continue au point (0, 0).
Etudions maintenant l’existence de dérivées partielles en (0, 0).
f (x, 0) − f (0, 0) 0−0 f (x, 0) − f (0, 0)
Pour x 6= 0, = = 0 et donc lim = 0.
x−0 x−0 x→0 x−0
∂f
f admet donc une dérivée partielle par rapport sa première variable en (0, 0) et (0, 0) = 0.
∂x
∂f
De même, f admet une dérivée partielle par rapport à sa deuxième variable en (0, 0) et (0, 0) =
∂y
0.
∂f
Remarque 3.7. Si l’evn F est de dimension p, (a) est un vecteur de F dont les com-
∂xi
∂f
posantes sont les dérivées partielles des fonctions coordonnées fj au points a : (a) =
∂xi
∂f1 ∂fp
( (a), ..., (a))
∂xi ∂xi

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


68 Chapitre 3. Applications Différentiables

3.3.3 Lien entre la différentielle et les dérivées partielle

Proposition 3.9. Soit f une application d’un ouvert non vide Ω de Rn dans Rp .
• Soit a ∈ Ω. Si f est différentiable en a, alors f admet des dérivées partielles par rapport a
chacune de ses variables en a et on a :
∂f
∀i ∈ {1, ..., n}, (a) = dfa (ei ).
∂xi
De plus, on a
n
n
X ∂f
∀h ∈ R , dfa (h) = hi (a)
i=1
∂xi

∂f
Preuve. D’après la remarque 3.4 on a, ∀i ∈ {1, ..., n}, (a) = dfa (ei ).
∂xi
D’autre part, on note (e1 , ..., en ) la base canonique de Rn . Puisque dfa ∈ L(Rn , Rp ), pour
h = (h1 , ..., hn ) ∈ Rn , on a :
n
X  n n
X X ∂f
dfa (h) = dfa hi ei = hi dfa (ei ) = hi (a).
i=1 i=1 i=1
∂xi

Remarque 3.8. La réciproque de résultat précédent n’est pas vraie. Une fonction possédant
toutes les dérivées partielles en un point a n’est pas nécessairement différentiable en ce point.
Néanmoins nous avons la proposition suivante :

Proposition 3.10. Soit Ω un ouvert non vide de Rn . Soit f une fonction définie sur Ω à
valeurs dans Rp . f est de classe C 1 sur Ω si et seulement si f admet sur Ω des dérivées
partielles premieres sur Ω et chacune des fonctions dérivées partielles est continue sur Ω.

Exemples 3.4. 1) Si P et Q sont deux polynôme, la fonction (x, y) 7→ P (x).Q(y) est


différentiable en tout point de R2 .
2) L’application (x, y) 7→ (ex+y , sin(x) cos(y)) est différentiable en tout point de R2 , ses
dérivées partielles existent et sont continues.

Remarque 3.9. Notons que si les dérivées partielles de f existent sans êtres continues, il n’est
pas dit que f n’est pas différentiable.
Par exemple :
1

 (x2 + y 2 ) sin p
 si (x, y) 6= (0, 0)
f (x, y) = x2 + y 2

 0 si (x, y) = (0, 0)

est différentiable en (0, 0), et ses dérivées partielles en (0, 0) existent et ne sont pas continues
au point (0, 0), pourtant f est différentiable en (0, 0).

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


69 Chapitre 3. Applications Différentiables

3.3.4 Matrice jacobienne

Définition 3.6. (matrice jacobienne)


• Soit f une application d’un ouvert non vide Ω de Rn dans Rp , différentiable en a ∈ Ω.
D(f1 , ..., fp )
La matrice jacobienne de f en a, notée J(f, a) ou est la matrice de l’application
D(x1 , .., xn )
linéaire dfa relativement aux bases canoniques Bn et Bp de Rn et Rp respectivement :

J(f, a) = M atBn ,Bp (dfa ).

C’est un élément de Mp,n (R).


• Plus généralement, soient E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie non nulle.
Soit f une application d’un ouvert non vide Ω de E vers F , différentiable en a ∈ Ω. Soient B
une base de E et B 0 une base de F .
La matrice jacobienne de f en a relativement aux bases B et B 0 est la matrice de l’application
linéaire dfa relativement aux bases B et B 0 .

Proposition 3.11. Soit f une application d’un ouvert non vide Ω de Rn dans Rp . différen-
tiable en a ∈ Ω. On note f1 , ..., fp , les applications composantes de f : ∀(x1 , ..., xn ) ∈ Ω.
f (x1 , ..., xn ) = (f1 (x1 , ..., xn ), ..., fp (x1 , ..., xn )). Alors,
 
∂fj
J(f, a) = (a) .
∂xi 1≤j≤p
1≤i≤n

Preuve. On note (e1 , ..., en ) la base canonique de Rn . Soit i ∈ {1, ..., n}.
La i-ème colonne de J(f, a) est le vecteur colonne dont les composantes sont les coordonnées
∂f
de dfa (ei ) dans la base canonique de Rp . D’apres la remarque 3.4, dfa (ei ) = (a) et donc la
∂xi
∂f1
 
 ∂xi (a) 
 .. 

 . 

 ∂f 
j
i-ème colonne de J(f, a) est  (a)  .
 
 ∂xi 
 .. 

 . 

 ∂fp 
(a)
∂xi
Exemple 3.5. On munit le plan R2 de sa structure euclidienne et de son orientation canonique.
On note (→

u ,→

v ) la base canonique (orthonormée directe) de R2 .
Pour θ ∈ R, on pose →

uθ = cos(θ)→

u + sin(θ)→

v.
Soit M = (x, y) un point de R2 . On appelle coordonnées polaires de M tout couple [r, θ] de réels

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


70 Chapitre 3. Applications Différentiables

−−→
tels que OM = r→

uθ . On a donc

−−→
x→

u + y→

v = OM = (r cos(θ))→

u + (r sin(θ))→

v.

 x = r cos(θ)
Le passage des coordonnées polaires aux coordonnées cartésiennes s’écrit donc
 y = r sin(θ)
Pour (r, θ) ∈ R2 , on pose f (r, θ) = (r cos(θ), r sin(θ)). La matrice jacobienne de f en un point
(r, θ) de R2 est
cos(θ) −r sin(θ)
 

sin(θ) r cos(θ)
En première colonne, on a dérivé par rapport à r et en deuxième colonne, on a dérivé par
rapport à θ.

Remarque 3.10. La matrice jacobienne de gof en a est le produit de la matrice jacobienne


de g en f (a) par de la matrice jacobienne de f en a :

J(gof, a) = J(g, f (a)) × J(f, a).

Exemple 3.6. (Application au changement de variables)


Soit f (x1 , ..., xn ) une fonction différentiable de Rn dans R.
Posons pour tout i, xi = φi (u1 , ..., up )

φ f
F : Rn → Rn → R
u = (u1 , ..., un ) 7→ (φ1 (u), ..., φn (u))
(x1 , ..., xn ) 7→ f (x1 , ..., xn )

F = f oφ : (u1 , ..., un ) 7→ F (u1 , ..., un ) = f (φ1 (u1 , ..., un ), ..., φn (u1 , ..., un )).
Nous avons donc d’après la remarque 3.10
n
∂F X ∂f ∂φk
= .
∂ui k=1
∂xk ∂ui

n
X
0 ∂f 0
En particulier, si xi = φi (t) on a F (t) = φ (t).
k=1
∂xk k

Théorème 3.1. (Egalite des accroissements finis pour les fonctions numériques)
Soit f une application d’un ouvert non vide Ω d’un R-espace E de dimension finie non nulle à
valeurs dans R, différentiable sur Ω.
Pour tout (a, b) ∈ Ω2 tel que [a, b] ⊂ Ω, il existe λ ∈ [0, 1] tel que f (b)−f (a) = df(1−λ)a+λb (b−a).

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


71 Chapitre 3. Applications Différentiables

Démonstration. Soit (a, b) ∈ Ω2 tel que [a, b] ⊂ Ω. Donc, pour t ∈ [0, 1], (1 − t)a + tb ∈ Ω.
Pour t ∈ [0, 1], on pose g(t) = f ((1 − t)a + tb). Puisque f est de classe C 1 sur Ω, g est une
application de [0, 1] dans R, de classe C 1 sur [0, 1]. D’après le théorème des accroissements finis,
il existe λ ∈ [0, 1] tel que g(1) − g(0) = g 0 (λ).
On note ϕ l’application de [0, 1] dans Ω définie par : ∀t ∈ [0, 1], ϕ(t) = (1 − t)a + tb. On a alors
g = f oϕ puis, pour t ∈ [0, 1] et h ∈ R.

hg 0 (t) = dgt (h) = dfϕ(t) odϕt (h) = df(1−t)a+tb (hϕ0 (t)) = hdf(1−t)a+tb (b − a).

En évaluant en h = 1, on obtient g 0 (t) = df(1−t)a+tb (b − a). L’égalité g(1) − g(0) = g 0 (λ) s’écrit
alors
f (b) − f (a) = df(1.λ)a+λb (b − a).

3.4 Dérivées d’ordre supérieur

3.4.1 Fonctions de classe C k

Nous allons maintenant dériver les dérivées partielles. On suppose que f : Ω ⊂ Rn −→ Rp


∂f ∂f
admet des dérivées partielles , 1 ≤ i ≤ n, sur Ω. Soit i ∈ {1, ..., n}. Si la fonction admet
∂xi ∂xi
∂ 2f
sur Ω une dérivée partielle par rapport à sa j-ème variable, j ∈ {1, ..., n}, on la note
  ∂xj ∂xi
∂ ∂f
(en faisant attention a l’ordre des variables) au lieu de . Dans le cas particulier où
∂xj ∂xi
∂ 2f
j = i, on ecrit . On peut ainsi calculer n2 dérivées partielles secondes.
∂x2i
∂ 2f
Dans la notation , la dernière dérivation effectuée est écrite à gauche et la première est
∂xj ∂xi
écrite à droite.
∂kf
On définit ensuite par récurrence les dérivées partielles d’ordre k ≥ 2 par =
∂xik ...∂xi1
∂ k−1 f
 

(en cas d’existence) et on peut poser la définition suivante :
∂xik ∂xik−1 ...∂xi1
Définition 3.7. Soit f une application d’un ouvert non vide Ω d’un espace de dimension finie
non nulle E vers un espace de dimension finie non nulle F .
Soit k ≥ 1. f est de classe C k sur Ω si et seulement si f admet sur Ω des dérivées partielles
jusqu’à l’ordre k par rapport à tout i-uplet de variables, 1 ≤ i ≤ k, et les dérivées partielles
k-èmes sont continues sur Ω. On note C k (Ω, F ) l’ensemble des fonctions de classe C k sur Ω à
valeurs dans F .

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


72 Chapitre 3. Applications Différentiables

f est de classe C ∞ sur Ω si et seulement si, pour tout k ∈ N∗ , f est de classe C k sur Ω. On
note C ∞ (Ω, F ) l’ensemble des fonctions de classe C ∞ sur Ω à valeurs dans F .

Exemple 3.7. Soit le fonction suivante f (x1 , x2 , x3 ) = log(x1 x22 + x1 x3 ),


on a D(f ) = {x = (x1 , x2 , x3 ) ∈ R3 tel que x1 x22 + x1 x3 > 0}

∂f 1 ∂f 2x2 ∂f 1
(x1 , x2 , x3 ) = , (x1 , x2 , x3 ) = 2 , (x1 , x2 , x3 ) = 2
∂x1 x1 ∂x2 x2 + x 3 ∂x3 x2 + x3

ces trois fonctions sont à leur tour dérivables par rapport à chacune des variables sur D(f ) :

∂ 2f 1 ∂ 2f ∂ 2f
2
(x1 , x2 , x3 ) = − 2 , (x1 , x2 , x3 ) = 0 , (x1 , x2 , x3 ) = 0
∂x1 x1 ∂x2 ∂x1 ∂x3 ∂x1
∂ 2f 2x3 − 2x22 ∂ 2f ∂ 2f −2x2
(x1 , x2 , x3 ) = 2 , (x1 , x2 , x3 ) = 0 , (x1 , x2 , x3 ) = 2
∂x22 (x2 + x3 )2 ∂x1 ∂x2 ∂x3 ∂x2 (x2 + x3 )2
2
∂ f −1 ∂ 2f 2
∂ f −2x2
2
(x1 , x2 , x3 ) = 2 , (x1 , x2 , x3 ) = 0 , (x1 , x2 , x3 ) = 2 .
∂x3 (x2 + x3 )2 ∂x1 ∂x3 ∂x2 ∂x3 (x2 + x3 )2

Les 9 dérivées partielles sont elles aussi dérivables par rapport à xi (i = 1, 2, 3), en tout point
de D(f ) où les dénominateurs sont non nuls.

On peut démontrer et on admettra que les théorèmes généraux usuels (combinaisons li-
néaires, produits, quotients, composées ...) restent valables pour les fonctions de classe C k ou
C ∞ . En particulier.

Proposition 3.12. Un polynome à n variables réelles est de classe C ∞ sur Rn .


Une fraction rationnelle à n variables réelles est de classe C ∞ sur son domaine de définition.

3.4.2 Théorème de Schwarz

Théorème 3.2. (Théorème de Schwarz)


• Si f : Ω → R est une fonction de classe C 2 sur un ouvert Ω de E, alors :

∂ 2f ∂ 2f
= .
∂xi ∂xj ∂xj ∂xi

• D’une manière générale, soient E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie non
nulle. Soit Ω un ouvert non vide de E. Soit f une application de Ω vers F . Soit k ≥ 2.
Si f est de classe C k sur Ω, alors ∀(i1 , ..., ik ) ∈ {1, ..., n}k . ∀σ ∈ Sk , (σ est une permutation)

∂kf ∂kf
= .
∂xσ(ik ) ...∂xσ(i1 ) ∂xik ...∂xi1

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


73 Chapitre 3. Applications Différentiables

Exemple 3.8. Dans l’exemple 3.7 f (x1 , x2 , x3 ) = log(x1 x22 + x1 x3 ) est de classe C 2 dans D(f )
alors, on a pour tout i et j

∂ 2f ∂ 2f
(x1 , x2 , x3 ) = (x1 , x2 , x3 ).
∂xi ∂xj ∂xj ∂xi

Il faut faire attention cette égalité n’est pas vérifiée pour n’importe quelle fonction, par exemple
 2 2
 xy x − y

6 (0, 0)
si (x, y) =
∀(x, y) ∈ R2 , f (x, y) = x2 + y 2
 0

si (x, y) = 0

f admet pour  dérivées partielles


2 2
x − y 4x2 y 3
y + si (x, y) 6= (0, 0)

∂f 
x2 + y 2 (x2 + y 2 )2
(x, y) =
∂x 
 0 si (x, y) = 0
2 2 4 4

∂f  x x − y + 2xy + 2x y si (x, y) 6= (0, 0)

(x, y) = x2 + y 2 (x2 + y 2 )2
∂y 
 0 si (x, y) = 0
cette fonction admet des dérivées partielles d’ordre deux en (0, 0).
∂ 2f ∂ 2f
Mais, (0, 0) = 1 et (0, 0) = −1 (car f n’est pas de classe C 2 ).
∂x∂y ∂y∂x

3.5 Difféomorphismes

Définition 3.8. Soient U et V deux ouverts de Rn . Si f : U → V est bijective différentiable de


classe C 1 (resp. de classe C k ) ainsi que son inverse f −1 , on dit que f est un difféomorphisme
(resp. C k -difféomorphisme) de U sur V .

Exemple 3.9. Soit

U = {(r, θ) ∈ R2 / r > 0 et θ ∈] − π, π[}


= R∗+ ×] − π, π[

U est un ouvert de R2 .
Soit I = R− × {0} = {(x, 0) ∈ R2 ) / x ≤ 0}, I est un fermé. On pose V = R2 \ I ouvert,
L’application
f: U −→ V
(r, θ) 7→ (r cos(θ), r sin(θ))
est un difféomorphisme.

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


74 Chapitre 3. Applications Différentiables

En effet. • Montrons que f (U ) ⊂ V .


Soit (r, θ) ∈ U,
f (r, θ) ∈ V ⇔ (r cos(θ), r sin(θ)) ∈ V = R2 \ I
⇔ (r cos(θ), r sin(θ)) 6∈ I
⇔ r cos(θ > 0 ou r sin(θ) 6= 0.
Supposons r sin(θ) = 0, montrons que r cos(θ) > 0 :
r>0 −π<θ<π
On a r sin(θ) = 0 ⇒ sin(θ) = 0 ⇒ θ = 0 ⇒ r cos(θ) = r > 0.
• Montrons que f est injective.
Supposons
(r cos(θ), r sin(θ)) = (r0 cos(θ0 ), r0 sin(θ0 )) avec r, r0 > 0, (1)

et −π < θ, θ0 < π,
⇒ r2 cos2 (θ) + r2 sin2 (θ) = r02 cos2 (θ0 ) + r02 sin2 (θ0 )

r>0
⇒ r2 = r02 ⇒ r = r0 . (2)

D’autre part, d’après (1) et (2), on déduit que



 cos(θ) = cos(θ0 )
−π<θ,θ0 <π
⇒ θ = θ0 .
 sin(θ) = sin(θ0 )

• Montrons que f est surjective.


Pour tout (x, y) ∈ V ∃? r > 0, ∃? θ ∈] − π, π[ / x = r cos(θ) et y = r sin(θ).

(x, y) ∈ V = R2 \ I ⇔ (x, y) 6∈ I ⇔
x > 0 ou y 6= 0. (3)
 2  2
p
2 2 2 x y
Posons r = x2 + y 2 , d’après (3) r > 0, et on a r = x + y ⇒ + =1
r r
 x
 = cos(θ)
⇒ ∃θ ∈] − π, π[ / r
y
 = sin(θ)
r
⇒ ∃θ ∈] − π, π[ / x = r cos(θ) et y = r sin(θ).
Si θ = −π ou θ = π alors x = −r et y = 0 (cas exclu d’après (3)).
Donc
f: U −→ V bijective de classe C 1
(r, θ) 7→ (r cos(θ), r sin(θ))
Maintenant, soit
f −1 : V −→ U
(x, y) 7→ (r(x, y), θ(x, y))

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


75 Chapitre 3. Applications Différentiables

p
avec r = x2 + y 2 de classe C 1 .
π θ π
D’autre part, on a −π < θ < π ⇒ − < < donc
2 2 2
θ sin( 2θ ) 2 sin( 2θ ) cos( 2θ )
tan( ) = =
2 cos( 2θ ) 2 cos2 ( 2θ )
sin(θ)
=
1 + cos(θ)
r sin(θ)
=
r + r cos(θ)
y y
= = p
r+x x + x2 + y 2
π π y
Or tan : ]− , [→ R est bijective donc θ = 2 arctan( p ) de classe C 1 . Conclusion :
2 2 x + x2 + y 2
f est un difféomorphisme de U sur V .

Exemple 3.10. L’application


f: R −→ R
x 7→ x3

est bijective de classe C 1 et f −1 n’est pas dérivable au point 0. Donc f n’est pas un difféomor-
phisme.

3.5.1 Théorème d’inversion locale

Définition 3.9. Soit f : Ω ⊂ Rn → Rn de classe C 1 , soit a ∈ Ω, on dit que :


1) f est étale en a si f 0 (a) : Rn → Rn est un isomorphisme c-à-d det(J(f, a)) 6= 0
2) f est étale sur Ω si elle est étale en tout point a de Ω.

Nous avons cependant un résultat fondamental que nous allons énoncer sans démonstration

Théorème 3.3. (Théorème de l’inversion locale) Soit f : Ω ⊂ Rn → Rn une application de


classe C k , et a ∈ Ω tel que f soit étale en a (dfa est un isomorphisme), alors il existe un ouvert
U contenant a et un ouvert V contenant f (a) tels que
• f (U ) = V .
• f |U soit un C k -difféomorphisme de U sur V .

Proposition 3.13. Soit f : E → F une application de classe C 1 sur un ouvert U de E,


injective, et telle que pour tout x ∈ U , df (x) est un isomorphisme. Alors f (U ) est un ouvert de
F , et f |U : U → f (U ) est un difféomorphisme de classe C 1 .

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


76 Chapitre 3. Applications Différentiables

Preuve. Pour tout a ∈ U on a df (a) est un isomorphisme donc d’après le théorème d’inver-
sion locale, il existe un voisinage ouvert Va de a dans U tel que f |Va soit un difféomorphisme de
[
classe C 1 de Va sur f (Va ) qui est donc un ouvert de F . On déduit alors que f (U ) = f (Va )
a∈U
est un ouvert de F .
Maintenant, f étant injective, c’est donc une bijection de U sur f (U ) et puisque pour tout point
a ∈ U il existe un Va tel que f |Va est un C 1 -difféomorphisme, f est donc un C 1 -difféomorphisme
de U sur f (U ).

3.5.2 Fonctions Implicites)

Dans tout ce qui va suivre, nous nous limiterons aux fonctions de deux variables réelles .
Considérons un ouvert Ω de Rn , et une application ϕ de classe C k de Ω dans R. Nous nous
intéressons à l’étude de l’ensemble Γ(ϕ) des points a = (x1 , ..., xn ) de Ω tels que ϕ(a) = 0.

Définition 3.10. Soit a ∈ Γ(ϕ), on dit que a est un point régulier de Γ(ϕ) si dϕ(a) est non
nulle (en d’autre termes si l’une au moins des dérivées partielles de ϕ est non nulle en a).

Exemple 3.11. Sur R2 , on considère ϕ(x, y) = x2 + y 2 − 1, Γ(ϕ) est le cercle unité S 1 de R2 .


∂ϕ ∂ϕ
(x, y) = 2x et (x, y) = 2y. les dérivées partielles s’annulent simultanément en (0, 0) qui
∂x ∂y
n’appartient pas à S 1 . Les points de S 1 sont donc tous réguliers.

Théorème 3.4. (Théorème des Fonctions Implicites) Soit ϕ : Ω ⊂ R2 → R une application


∂ϕ
de classe C 1 (resp. C k ) et a0 = (x0 , y0 ) ∈ Ω tel que ϕ(a0 ) = 0. Si (a0 ) est non nulle (c-à-d
∂y
a0 est un point régulier) alors il existe un voisinage ouvert U = Vx0 × Vy0 de a0 et une fonction
µ : Vx0 −→ Vy0 de classe C 1 (resp. C k ) tels que Γ(ϕ) ∩ U soit le graphe de y = µ(x), et on a :

 i)

 µ(x0 ) = y0



ii) ϕ(x, µ(x) = 0 ∀x ∈ Vx0
∂ϕ

 0 ∂x
(x, µ(x))
 iii) µ (x) = − ∂ϕ (x, µ(x)) .



∂y

∂ϕ ∂ϕ
Remarque 3.11. Notons que, si a0 est régulier et si (a0 ) est nulle, alors (a0 ) va être
∂y ∂x
non nulle, et on peut reprendre le théorème 3.4 en échangeant les rôles de x et y. Il existerait
donc un voisinage ouvert U de a0 et une fonction η de classe C k tels que Γ(ϕ) ∩ U soit le graphe
de x = η(y).

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


77 Chapitre 3. Applications Différentiables

Remarque 3.12. Notons qu’en général, on ne peut pas calculer explicitement la fonction
y = µ(x)(ou x = η(y)), c’est pourquoi on dit que y est fonction implicite de x (ou x est fonc-
tion implicite de y).Néanmoins l’équation ϕ(x, µ(x)) = 0 nous permet de calculer les dérivées
successives de µ en x0 .

En effet.
• En dérivant l’identité ϕ(x, µ(x)) = 0, nous obtenons

∂ϕ ∂ϕ
(x, µ(x)) + (x, µ(x))µ0 (x) = 0 (1)
∂x ∂y

d’où
∂ϕ
(x0 , µ(x0 ))
µ0 (x0 ) = − ∂ϕ
∂x
.
∂y
(x0 , µ(x0 ))
En dérivant (1), on obtient

∂ 2ϕ ∂ 2ϕ 0 ∂ 2ϕ ∂ϕ
2
(x, µ(x)) + 2 (x, µ(x))µ (x) + 2
(x, µ(x))[µ0 (x)]2 + (x, µ(x))µ00 (x) = 0 (2)
∂x ∂x∂y ∂y ∂y

comme les valeur µ(x0 ) et µ0 (x0 ) sont connues, on déduit celle de µ00 (x0 ) à partir de l’égalité
(2), et ainsi de suite...

Remarque 3.13. L’équation de la tangente à la courbe Γ(ϕ) (la courbe de la fonction µ) au


point a0 = (x0 , y0 ) est donnée par

dϕ(a0 )(x − x0 , y − y0 ) = 0

c’est à dire
∂ϕ ∂ϕ
(x − x0 ) (x0 , y0 ) + (y − y0 ) (x0 , y0 ) = 0.
∂x ∂y

En effet.
D’après le théorème 3.4 ((i) et (iii)), l’équation de la tangente à la courbe de la fonction µ au
point a0 = (x0 , y0 ) est donnée par :
∂ϕ
0 ∂x
(x0 , y0 )
y = µ (x0 )(x − x0 ) + µ(x0 ) = − ∂ϕ
(x − x0 ) + y0
∂y
(x0 , y0 )

donc, on obtient
∂ϕ ∂ϕ
(x − x0 ) (x0 , y0 ) + (y − y0 ) (x0 , y0 ) = 0.
∂x ∂y
Exemple 3.12. Soient f (x, y) = ex − x2 − ln(y) − y et a0 = (0, 1). On a
• f ∈ C 1 (R × R+∗ )

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


78 Chapitre 3. Applications Différentiables

• f (0, 1) = 1 − ln(1) − 1 = 0
∂f 1 ∂f
• (x, y) = − − 1 ⇒ (0, 1) = −2 6= 0.
∂y y ∂y
Donc d’après théorème de fonction implicite, il existe ϕ de classe C 1 sur V0 un voisinage de 0
telle que
ϕ(0) = 1 et ∀ x ∈ V0 on a f (x, ϕ(x)) = 0.

Exemple 3.13. Soient f (x, y) = x3 − y 3 − xy 2


Montrer que si f (x, y) = 1 il existe ϕ définie sur un voisinage de 1 vérifiant ϕ(1) = 1 et
f (x, ϕ(x)) = 1
En effet. • On a f ∈ C 1 (R2 ) (car f est une fonction polynômial donc de classe C ∞ en
particulier de classe C 1 ).
• On cherche l’existence de ϕ telle que ϕ(1) = 1 donc x0 = 1 et y0 = 1 et on a f (1, 1) =
13 + 13 − 1 × 12 = 1 donc f ((x0 , y0 )) = 1.
∂f ∂f
• (x, y) = 0 + 3y 2 − 2xy ⇒ (1, 1) = 1 6= 0.
∂y ∂y
Finalement, d’après théorème de fonction implicite, il existe ϕ de classe C 1 de I1 un voisinage
de 1 vers J1 voisinage de 1, telle que

ϕ(1) = 1 et ∀ x ∈ I1 on a f (x, ϕ(x)) = 1.

Remarque 3.14. (Cas des surfaces)


Considérons un ouvert Ω de R3 , une application ϕ de classe C k de Ω dans R. et l’ensemble
Γ(ϕ) des points a = (x, y, z) de Ω tels que ϕ(a) = 0 avec

ϕ Ω ⊂ R3 ' R2 × R −→ R
((x, y), z) 7→ ϕ(x, y, z).

∂ϕ
On suppose que le point a0 = (x0 , y0 , z0 ) ∈ Ω est un point régulier, par exemple (a0 ) 6= 0, alors
∂z
il existe U ∈ V((x0 , y0 )) et µ : U → R de classe C k tels que µ(x0 , y0 ) = z0 et ϕ(x, y, µ(x, y)) = 0.
Si S est la surface d’équation ϕ(x, y, z) = 0, on a tous les points sont réguliers et l’équation du
plan tangent à cette surface au point a0 = (x0 , y0 , z0 ) est donnée par

∂ϕ ∂ϕ ∂ϕ
(x − x0 ) (x0 , y0 , z0 ) + (y − y0 ) (x0 , y0 , z0 ) + (z − z0 ) (x0 , y0 , z0 ) = 0.
∂x ∂y ∂z

Exemple 3.14. Soit a = (2, −1, −2) solution de système suivant



 x2 + y 2 − z 2 = 1
(S)
 x3 − y 3 + z 3 = 1

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


79 Chapitre 3. Applications Différentiables

Montrer qu’il existe ϕ, ψ ∈ C 1 définie sur un voisinage V de -2 telle que ∀z ∈ V, (ϕ(z), ψ(z), z)
est une solution de (S).
En effet. On pose f (x, y, z) = (x2 + y 2 − z 2 − 1, x3 − y 3 + z 3 − 1).
• On a f ∈ C 1 (R3 ) (car les composante de f sont des fonctions polynômial donc de classe C ∞
en particulier de classe C 1 ).
• On a f (a) = f ((2, −1, −2)) = (0, 0).
2x 2y 4 −2
   
∂f ∂f
• J(f, (x, y)) = (x, y) = ⇒ (2, −1, −2) = .
∂[x, y] 3x2 −3y 2 ∂[x, y] 12 −3
4 −2
 
∂f
donc det = 12 6= 0 ⇒ ∈ Isom(R).
12 −3 ∂[x, y]
Finalement, les hypothèses de théorème de fonction implicite sont vérifies, donc il existe ϕ, ψ
de classe C 1 , telle que f (ϕ(z), ψ(z), z) = 0 c-à-d (ϕ(z), ψ(z), z) est une solution de (S).

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


Table des matières

3 Applications Différentiables 57

3.1 Différentiabilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57

3.2 Opérations sur les différentielles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61

3.3 Dérivées Partielles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65

3.3.1 Dérivée suivant un vecteur (Dérivée directionnelle) . . . . . . . . . . . . 65

3.3.2 Dérivées partielles d’ordre 1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66

3.3.3 Lien entre la différentielle et les dérivées partielle . . . . . . . . . . . . . 68

3.3.4 Matrice jacobienne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 69

3.4 Dérivées d’ordre supérieur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71

3.4.1 Fonctions de classe C k . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71

3.4.2 Théorème de Schwarz . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 72

3.5 Difféomorphismes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73

3.5.1 Théorème d’inversion locale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75

3.5.2 Fonctions Implicites) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76

3.6 Extrema des fonctions numériques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79

3.7 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 81

56
Chapitre 3

Applications Différentiables

3.1 Différentiabilité

Rappelons tout d’abord qu’une fonction f : R → R définie sur un voisunage de x0 est


différentiable en x0 s’il existe une application linéaire u : R → R et une fonction ε(h) de R
dans R qui tend vers 0 lorsque h tend vres 0, telle que

f (x0 + h) = f (x0 ) + u(h) + hε(h),

u est appelée la différentielle de f au point x0 notée df (x0 ). C’est une application linéaire de R
dans R, donc elle est complètement déterminée par un nombre réel qu’on note f 0 (x0 ) et qu’on
appelle dérivée de f en x0 .
df (x0 ) R → R
h 7→ f 0 (x0 ).h
Cette définition se généralise au cas des fonctions d’un evn dans un autre.
Soient E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie non nulle. On note k.k une norme
donnée sur E.

Définition 3.1. Soit f une application d’un ouvert non vide Ω de E vers F , soit a ∈ Ω.
• On dit que f est différentiable en a si et seulement si il existe une application linéaire L de
E vers F telle que
f (a + h) − f (a) − L(h)
lim = 0.
h→0 khk
• Il revient au même de dire que f est différentiable en a si et seulement si il existe une
application linéaire L de E vers F et une application ε définie sur un voisinage de 0 ∈ E telle
que, pour h au voisinage de 0,

f (a + h) = f (a) + L(h) + khkε(h)

57
58 Chapitre 3. Applications Différentiables

où lim ε(h) = 0.
h→0
• Il revient au même de dire que f est différentiable en a si et seulement si il existe une
application linéaire L de E vers F telle que, pour h au voisinage de 0 ∈ E,

f (a + h) = f (a) + L(h) + o(h)


1
où h 7→ o(h) est une fonction de h ∈ E, définie sur un voisinage de 0 et vérifiant lim o(h) =
h→0 khk
0.

Proposition 3.1. Si L existe, alors L est unique.

Preuve. On suppose qu’il existe deux applications linéaires L1 et L2 de E vers F telles que

f (a + h) = f (a) + L1 (h) + o(h) = f (a) + L2 (h) + o(h).


1
Alors, (L1 − L2 )(h) = o(h) ou encore lim (L1 − L2 )(h) = 0. Soit u un vecteur non nul de
h→0 khk
E. Pour t réel strictement positif, on pose h = tu.
1 1 1
(L1 − L2 )(h) = (L1 − L2 )(tu) = (L1 − L2 )(u)
khk ktuk kuk
Quand le reel t → 0 par valeurs supérieures, le vecteur h = tu tend vers 0 ∈ E.
On en deduit que
1 1
0 = lim (L1 − L2 )(tu) = (L1 − L2 )(u)
t→0 ktuk kuk
et donc (L1 − L2 )(u) = 0. Ainsi, pour tout vecteur non nul u, L1 (u) = L2 (u) ce qui reste vrai
quand u = 0 et donc L1 = L2 .

Définition 3.2. Soit f une application d’un ouvert non vide Ω de E vers F , différentiable en
un élément a ∈ Ω.
La différentielle de f en a est l’unique application linéaire L de E vers F telle que f (a + h) =
h→0
f (a) + L(h) + o(h).
On note df (a) ou dfa la différentielle de f en a. dfa est un élément de L(E, F ) vérifiant

f (a + h) = f (a) + dfa (h) + o(h).


h→0

La differentielle de f en a s’appelle aussi l’application linéaire tangente à f en a.

Exemples 3.1. 1) Soit (E, h, i) un espace euclidien. On note k.k la norme euclidienne
associée au produit scalaire h, i. Pour tout x de E, on pose f (x) = kxk2 . f est une
application de E dans R. Soit a ∈ E. Pour tout h de E,

f (a + h) − f (a) = ka + hk2 − kak2 = 2ha, hi + khk2 .

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


59 Chapitre 3. Applications Différentiables

L’application h 7→ 2ha, hi est une application linéaire de E vers R (c’est-a-dire une forme
1
linéaire sur E) et d’autre part, khk2 = o(h) car lim khk2 = lim khk = 0. Donc, f
h→0 h→0 khk h→0
est différentiable en a et
∀h ∈ E, dfa (h) = 2ha, hi.

2) La fonction définie de R2 → R par



 (x2 + y 2 ) sin 1
si (x, y) 6= (0, 0)

f (x, y) = x + y2
2

0 si (x, y) = (0, 0)

est différentiable en (0, 0) et sa différentielle en (0, 0) est l’application linéaire nulle.


f (h1 , h2 )
En effet. lim =0
(h1 ,h2 )→(0,0) k(h1 , h2 )k
3) Soit (E, N ) un e.v.n., l’application N : E → R+ n’est pas différentiable en 0.
En effet. Sinon on aura N (h) − N (0) − dN0 (h) = N (h)ε(h), c’est à dire N (h) − dN0 (h) =
dN0 (h)
N (h)ε(h) et donc lim 1 − = 0.
h→0 N (h)
dN0 (h)
De même en remplaçons h par −h, on déduit que lim 1 + = 0.
h→0 N (h)
dN0 (h) dN0 (h)
Si on fait la somme des deux égalités, on obtient,lim (1 + ) + (1 − ) = 0. ce
h→0 N (h) N (h)
qui donne 2 = 0 d’où la contradiction.

Remarques 3.1. 1) Soit f une application d’un intervalle ouvert non vide I de R à valeurs
dans un R-espace vectoriel E de dimension finie non nulle. Soit a ∈ I, alors,
f est différentiable en a si et seulement si f est dérivable en a. De plus, dans ce cas,

∀h ∈ R, dfa (h) = hf 0 (a).

2) Notons que, toute application différentiable au point a est nécessairement continue en a.

En effet. 1) On sait que f est dérivable en a si et seulement si f admet en a un dévelop-


pement limite d’ordre 1 et que dans ce cas, ce développement limité s’écrit

f (a + h) = f (a) + hf 0 (a) + o(h),


h→0

ce qui établit le resultat.


2) Puisque f est différentiable en a, f (a + h) = f (a) + dfa (h) + o(h). Maintenant, puisque E
h→0
est de dimension finie, on sait que l’application linéaire dfa est continue sur E (voir chapitre 2).
Donc, lim dfa (h) = dfa (0) = 0. On en déduit que
h→0
h6=0

lim f (a + h) = lim (f (a) + dfa (h) + o(h)) = f (a),


h→0 h→0
h6=0 h6=0

ce qui démontre la continuité de f en a.

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


60 Chapitre 3. Applications Différentiables

Lemme 3.1. Soit E1 × ... × En un produit d’espace de dimension finie Toute application mul-
tilinéaire f : E1 × ... × En → F (linéaire par rapport à chaque composante) est continue sur ce
produit, et on a
n
Y
kf (x1 , ..., xn )kF ≤ C kxi kEi .
i=1
Proposition 3.2. Soient E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie non nulle.
alors :
1) Si f une application d’un ouvert non vide Ω de E vers F , telle que f est constante sur
Ω, alors pour tout a ∈ Ω, f est différentiable en a et dfa = 0.
2) Toute application linéaire f : E → F est différentiable en tout point a de E de différen-
tielle dfa = f .
3) Toute application bilinéaire B : E × E → F est différentiable en tout point (a, b) de
E × E de différentielle dB(a,b) (h, k) = B(a, k) + B(h, b).

Preuve. 1) Triviale.
2) Puisque f est linéaire, l’application h → f (a + h) − f (a) − f (h) est l’application nulle sur
E. En particulier,
f (a + h) = f (a) + f (h) + o(h)
h→0

avec f linéaire de E vers F . Ceci montre que f est différentiable en a et que dfa = f .
3) On a
B(a + h, b + k) − B(a, b) − dB(a,b) (h, k) B(a, k) + B(h, b) + B(h, k) − dB(a,b) (h, k)
lim = lim .
(h,k)→(0,0) NE×E ((h, k)) (h,k)→(0,0) NE×E ((h, k))
D’après le lemme 3.1, on a |B(h, k)| ≤ CNE (h)NE (k) donc si on pose
dB(a,b) (h, k) = B(a, k) + B(h, b) qui est bien linéaire de E × E dans F , on a
B(h, k) CNE (h)NE (k)
| |≤ ≤ CNE×E ((h, k)) (car NE×E ((h, k)) = max(NE (h), NE (k))).
NE×E ((h, k)) NE×E ((h, k))
D’où
B(h, k)
lim | | ≤ C lim NE×E ((h, k)) = 0.
(h,k)→(0,0) NE×E ((h, k)) (h,k)→(0,0)

Définitions 3.3. Soient E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie non nulle. Soit
f une application d’un ouvert Ω de E vers F .
• f est différentiable sur Ω si et seulement si f est différentiable en chaque point de Ω. Dans
ce cas, la différentielle de f sur Ω est l’application, notée df , qui à chaque a de Ω associe dfa :

df : Ω → L(E, F )
a 7→ dfa

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


61 Chapitre 3. Applications Différentiables

L’ensemble des fonctions différentiables sur Ω à valeurs dans F se note D1 (Ω, F ).


• f est de classe C 1 sur Ω si et seulement si f est différentiable sur Ω et de plus l’application
a 7→ dfa est continue sur Ω (à valeurs dans L(E, F )).
L’ensemble des fonctions de classe C 1 sur Ω à valeurs dans F se note C 1 (Ω, F ).
Par définition, on a C 1 (Ω, F ) ⊂ D1 (Ω, F ).

Remarque 3.2. Vu que E et F sont de dimension finie, alors l’espace L(E, F ) est un espace
de dimension finie et on a dim(L(E, F )) = dim(E).dim(F ).

3.2 Opérations sur les différentielles

Proposition 3.3. Soient E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie non nulle. Soient
f et g deux applications de Ω, ouvert non vide de E vers F .
1) Soit a ∈ Ω. Si f et g sont différentiables en a, alors pour tout (λ, µ) ∈ R2 , λf + µg est
différentiable en a et d(λf + µg)a = λdfa + µdfa .
L’ensemble des fonctions différentiables en a à valeurs dans F est un R-espace vectoriel.
2) Si f et g sont différentiables (resp. de classe C 1 ) sur Ω, alors pour tout (λ, µ) ∈ R2 , λf +
µg est différentiable (resp. de classe C 1 ) sur Ω et d(λf + µg) = λdf + µdf .
L’ensemble D1 (Ω, F ) des fonctions différentiables sur Ω à valeurs dans F est un R-espace
vectoriel.

Preuve.

(λf + µg)(a + h) − (λf + µg)(a) = λ(f (a + h) − f (a)) + µ(g(a + h) − g(a))


= λ(dfa (h) + o(h)) + µ(dga (h) + o(h))
h→0

= (λdfa + µdga )(h) + o(h).


h→0

De plus, λdfa + µdga est une application linéaire de E vers F et on a donc montré que λf + µg
est différentiable en a et que de plus, d(λf + µg)a = λdfa + µdga .

Proposition 3.4. Soient E, F , G et H quatre R-espaces vectoriels de dimension finie non


nulle et soit Ω un ouvert non vide de E. Soient f une application de Ω non vide de F et g une
application de Ω dans G. Soit enfin B une application de F × G dans H, bilinéaire sur F × G.
1) Soit a ∈ Ω. Si f et g sont différentiables en a, alors B(f, g) est différentiable en a et

d(B(f, g))a = B(dfa , g(a)) + B(f (a), dga ).

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


62 Chapitre 3. Applications Différentiables

2) Si f et g sont différentiables sur Ω, alors B(f, g) est différentiable sur Ω et

d(B(f, g)) = B(df, g) + B(f, dg).

Un cas particulier de la proposition 3.4 est en appliquant à

B: R2 −→ R
(x, y) 7→ x×y

On trouve la proposition suivante

Proposition 3.5. Soit E un R-espace vectoriel de dimension finie non nulle. Soient f et g
deux applications de Ω, ouvert non vide de E vers R.

1) Soit a ∈ Ω. Si f et g sont différentiables en a, alors f × g est différentiable en a et

d(f × g)a = g(a)dfa + f (a)dga .

2) Si f et g sont différentiables (resp. de classe C 1 ) sur Ω, alors f × g est différentiable


(resp. de classe C 1 ) sur Ω et

d(f × g) = gdf + f dg.

Remarque 3.3. Un autre cas particulier de la proposition 3.4 est le cas où B est un produit
scalaire.
Soit E un R-espace vectoriel de dimension finie non nulle. Soient f et g deux applications
différentiables en a ∈ Ω, ouvert non vide de E à valeurs dans espace euclidien F , alors
hf, gi : U −→ R est différentiable en a de différentielle

hf, gia (h) = hdfa (h), g(a)i + hf (a), dga (h)i.

Proposition 3.6. Soit E un R-espace vectoriel de dimension finie non nulle. Soient f et g
deux applications de Ω, ouvert non vide de E vers R.
1) Soit a ∈ Ω.
1
a) Si f est différentiable en a et si f (a) 6= 0, alors est différentiable en a et
f
1 dfa
d( )a = − .
f (f (a))2
f
b) Si f et g sont différentiables en a et si g(a) 6= 0, alors est différentiable en a et
g
f g(a)dfa − f (a)dga
d( )a = .
g (g(a))2

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


63 Chapitre 3. Applications Différentiables

2) a) Si f est différentiable (resp. de classe C 1 ) sur Ω et si f ne s’annule pas sur Ω, alors


1
est différentiable (resp. de classe C 1 ) en a et
f
1 df
d( ) = − 2 .
f f

b) Si f et g sont différentiables (resp. de classe C 1 ) sur Ω et si g ne s’annule pas sur Ω,


f
alors est différentiable (resp. de classe C 1 ) sur Ω et
g
f g df − f dg
d( ) = .
g g2

Preuve. On montre 1) a) et b).


a) f est différentiable en a et en particulier continue en a. Puisque f ne s’annule pas en a, f
ne s’annule pas au voisinage de a.
1 1 f (a + h) − f (a)
Pour h au voisinage de 0, on a − =− et donc,
f (a + h) f (a) f (a)f (a + h)

1 1 dfa (h) + o(h) dfa (h)


− = − = − + o(h)
f (a + h) f (a) h→0 f (a)f (a + h) h→0 (f (a))2

(car f (a)f (a + h) tend vers (f (a))2 6= 0 quand h tend vers 0 par continuité de f en a). Puisque
dfa (h) 1
l’application h → − 2
est linéaire, on a montré que est différentiable en a et que
  (f (a)) f
1 dfa
d =− .
f a (f (a))2
f 1
b) On applique a) et la proposition 3.4. On obtient la différentiabilité en a de = f × et de
g g
plus,  
f 1 −dga g(a)dfa − f (a)dga
d = dfa + f (a) 2
= .
g a g(a) (g(a)) (g(a))2
Proposition 3.7. Soient E, F et G trois R-espaces vectoriels de dimension finie non nulle.
Soient f une application d’un ouvert non vide Ω de E vers F et g une application d’un ouvert
Ω0 de F vers G telles que f (Ω) ⊂ Ω0 .
1) Soit a ∈ Ω. Si f est différentiable en a et g est différentiable en f (a), alors gof est
différentiable en a et de plus,
d(gof )a = dgf (a) odfa .

2) Si f est différentiable (resp. de classe C 1 ) sur Ω et g est différentiable (resp. de classe


C 1 ) sur Ω0 , alors gof est différentiable (resp. de classe C 1 ) sur Ω et de plus,

d(gof ) = (dgof )odf.

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


64 Chapitre 3. Applications Différentiables

Preuve. On note [Link] une norme donnée dans E et [Link] une norme donnée dans F .
f est différentiable en a et donc il existe une fonction ε1 , définie sur un voisinage de 0 dans E,
telle que
f (a + h) = f (a) + dfa (h) + khkE ε1 (h).
h→0

De même, g est différentiable en f (a) et donc il existe une fonction ε2 , définie sur un voisinage
de 0 dans F , telle que

g(f (a) + k) = g(f (a)) + dgf (a) (k) + kkkF ε2 (k).


k→0

Par suite, puisque k = dfa (h) + khkE ε1 (h) −→ 0 (par continuité de dfa en 0), on a
h→0

g(f (a + h)) = g[f (a) + (dfa (h) + khkE ε1 (h))]


h→0

= g(f (a)) + dgf (a) [dfa (h) + khkE ε1 (h)] + kdfa (h) + khkE ε1 (h)kF ε2 (dfa (h) + khkE ε1 (h))
h→0

= g(f (a)) + dgf (a) (dfa (h)) + khkE dgf (a) (ε1 (h))+
h→0

+kdfa (h) + khkE ε1 (h)kF ε2 (dfa (h) + khkE ε1 (h)).

Ensuite, puisque dgf (a) (ε1 (h)) −→ 0 (par continuité de dgf (a) en 0),
h→0
on a khkE dgf (a) (ε1 (h)) = o(h).
h→0
Ensuite,
 
1 1
kdfa (h)+khkE ε1 (h)kF ε2 (dfa (h)+khkE ε1 (h)) = dfa h +ε1 (h) ε2 (dfa (h)+khkE ε1 (h)).
khkE khkE F

Puisque E est de dimension finie et que dfa est linéaire sur E, on sait qu’il existe K ∈ R+ . tel
que
∀h ∈ E, kdfa (h)kF ≤ KkhkE
 
1
et donc ∀h ∈ E \ {0}, dfa h ≤ K.
 khk
 E F  
1 1
Ainsi, l’expression dfa h est bornée et donc l’expression dfa h +ε1 (h) est bornée
khkE khkE
sur un voisinage de 0.  
1
On en deduit que dfa h + ε1 (h) ε2 (dfa (h) + khkE ε1 (h)) −→ 0 et finalement que
khkE F
h→0

kdfa (h) + khkE ε1 (h)kF ε2 (dfa (h) + khkE ε1 (h)) = o(h).


h→0

En resume,  
g(f (a + h)) = g(f (a)) + dgf (a) odfa (h) + o(h).
h→0

Puisque dgf (a) odfa ∈ L(E, G), on a montré que gof est différentiable en a et que d(gof )a =
dgf (a) odfa .

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


65 Chapitre 3. Applications Différentiables

Proposition 3.8. Soient E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie non nulle. Soient
f une application d’un ouvert non vide Ω de E à valeurs dans F . Posons p = dim(F ), et soit
(εk )1≤k≤p une base de F . Soient (f1 , ..., fp ) les fonctions composantes de f dans cette base.
f est différentiable au point a ∈ Ω si et seulement si toutes ses applications composantes fk
sont différentiables en a. De plus les fonctions composantes de dfa sont les différentielles des
fonctions composantes, c-à-d
p
X
dfa (h) = d(fk )a (h)εk .
k=1

p
X
Preuve. • On a f = ik ofk , donc si les applications composantes (fk ) sont différentiables
k=1
en a, comme les applications ik sont différentiables, alors d’après la proposition 3.7 il en sera
de même de f .
• Réciproquement, si f est différentiable en a, (resp. de classe C 1 ) au voisinage de a, comme
la k eme fonction composante fk est donnée par fk = prk of , et comme prk est de classe C 1 , on
déduit que fk est différentiable en a, (resp. de classe C 1 ) au voisinage de a.

3.3 Dérivées Partielles

3.3.1 Dérivée suivant un vecteur (Dérivée directionnelle)

Définition 3.4. Soit f une fonction définie sur un ouvert non vide Ω de Rn à valeurs dans
Rp . Soit a un point de Ω. Soit v un vecteur non nul de Rn donné.
f est dérivable en a suivant le vecteur v si et seulement si la fonction d’une variable réelle
1
t → (f (a + tv) − f (a)) a une limite quand t tend vers 0. Dans ce cas, cette limite s’appelle la
t
∂f
dérivée de f en a suivant le vecteur v et se note Dv f (a) ou (a) :
∂v
1
Dv f (a) = lim (f (a + tv) − f (a)).
t→0 t

Remarques 3.4. • Soient E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie non nulle. Soit
f une application définie sur Ω, ouvert non vide de E, à valeurs dans F . Soit a ∈ Ω. Si f
est différentiable en a, alors f est dérivable suivant tout vecteur en a et dans ce cas, pour tout
v ∈ E \ {0},
Dv f (a) = dfa (v).

• Notons que la réciproque n’est en général pas vraie.

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


66 Chapitre 3. Applications Différentiables

En effet. • Soit v ∈ E \ {0}. Puisque f est différentiable en a, quand le vecteur h tend vers
0 on a :
f (a + h) = f (a) + dfa (h) + o(h).

En particulier, quand le réel t tend vers 0, on a :

f (a + tv) = f (a) + dfa (tv) + o(t) = f (a) + tdfa (v) + o(t)

et donc
1
(f (a + tv) − f (a)) − dfa (v) = o(1).
t t→0

Ceci montre que f est dérivable suivant le vecteur v et que Dv f (a) = dfa (v).
• La réciproque n’est en général pas vraie. Pour le voir, on peut considérer la fonction définie
de R2 → R par :  xy
 si (x, y) 6= (0, 0)
f (x, y) = x2 + y2
0 si (x, y) = (0, 0)

f est différentiable en (0, 0) selon n’importe quelle direction v de R2 \ {(0, 0)} :


f ((0, 0) + t(v1 , v2 )) − f ((0, 0)) f ((tv1 , tv2 )) t2 v1 v2 v1 v2
lim = lim = lim 2 2 2
= 2 .
t→0 t t→0 t t→0 t (v1 + v2 ) (v1 + v22 )
f n’est pas différentiable en (0, 0), elle n’est même pas continue en ce point.

3.3.2 Dérivées partielles d’ordre 1

Nous avons ainsi vu que si une fonction f est différentiable au point a alors elle admet une
dérivée en a selon tout vecteur de E. Maintenant on s’intéresse au cas particulier ou le vecteur
v est l’un des vecteurs de la base canonique de E.

Définitions 3.5. Soit f une fonction définie sur un ouvert non vide Ω de Rn a valeurs dans
Rp . Soit a un point de Ω. Soit i ∈ {1, ..., n}.
• On dit que f admet en a une dérivee partielle par rapport à sa i-ème variable si et seulement
si la i-ème application partielle de f en a est dérivable en ai . Dans ce cas, la dérivée de la i-ème
application partielle de f en a s’appelle la dérivée partielle de la fonction f par rapport à sa
∂f
i-ème variable en a et se note (a) (ou aussi ∂i f (a)) :
∂xi
∂f 1
∀i ∈ {1, ..., n}, (a) = lim (f (a1 , ..., ai−1 , t, ai+1 , ..., an ) − f (a1 , ..., ai−1 , ai, ai+1 , ..., an )).
∂xi t→ai t − ai

• On dit que f admet une i-ème dérivée partielle sur Ω si et seulement si f admet une i-ème
dérivée partielle en chaque point a de Ω.

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


67 Chapitre 3. Applications Différentiables

∂f
Dans ce cas, on peut définir la i-eme fonction dérivée partielle sur Ω notée : c’est une
∂xi
fonction de n variables, définie sur Ω à valeurs dans Rp .

Remarque 3.5. ∂ est le "d rond" par opposition au "d droit". Si on note simplement fa,i la
i-ème application partielle de f en a, alors
∂f 0 dfa,i
(a) = fa,i (ai ) = (ai ).
∂xi dt
2 +y 2
Exemple 3.2. Soit f (x, y) = xex , alors pour tout (x, y) ∈ R2 ,
 
∂f x2 +y 2 x2 +y 2 2 2
(x, y) = e + x × 2xe = 2x + 1 ex +y
2
∂x
et
∂f 2 2
(x, y) = 2xyex +y .
∂x
Remarque 3.6. L’existence de dérivées partielles en un point n’entraine pas la continuité en
ce point.

Exemple 3.3. Soit la fonction f définie sur R2 par :


 xy
 si (x, y) 6= (0, 0)
2
∀(x, y) ∈ R , f (x, y) = x + y2
2

0 si (x, y) = 0

x×0
Pour x ∈ R \ {0}, f (x, 0) = = 0. Donc lim f (x, 0) = 0 (si f a une limite quand (x, y)
x2 + 0 2 x→0
tend vers (0, 0), cette limite ne peut être que 0).
Quand x tend vers 0, le couple (x, x) tend vers le couple (0, 0). Pour x ∈ R \ {0}, f (x, x) =
x×x 1 1
2 2
= . Donc lim f (x, x) = (si f a une limite quand (x, y) tend vers (0, 0), cette limite
x +x 2 x→0 2
1
ne peut être que ).
2
1
Puisque 6= 0 la fonction f n’a pas de limite en (0, 0).
2
D’où f n’est pas continue au point (0, 0).
Etudions maintenant l’existence de dérivées partielles en (0, 0).
f (x, 0) − f (0, 0) 0−0 f (x, 0) − f (0, 0)
Pour x 6= 0, = = 0 et donc lim = 0.
x−0 x−0 x→0 x−0
∂f
f admet donc une dérivée partielle par rapport sa première variable en (0, 0) et (0, 0) = 0.
∂x
∂f
De même, f admet une dérivée partielle par rapport à sa deuxième variable en (0, 0) et (0, 0) =
∂y
0.
∂f
Remarque 3.7. Si l’evn F est de dimension p, (a) est un vecteur de F dont les com-
∂xi
∂f
posantes sont les dérivées partielles des fonctions coordonnées fj au points a : (a) =
∂xi
∂f1 ∂fp
( (a), ..., (a))
∂xi ∂xi

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


68 Chapitre 3. Applications Différentiables

3.3.3 Lien entre la différentielle et les dérivées partielle

Proposition 3.9. Soit f une application d’un ouvert non vide Ω de Rn dans Rp .
• Soit a ∈ Ω. Si f est différentiable en a, alors f admet des dérivées partielles par rapport a
chacune de ses variables en a et on a :
∂f
∀i ∈ {1, ..., n}, (a) = dfa (ei ).
∂xi
De plus, on a
n
n
X ∂f
∀h ∈ R , dfa (h) = hi (a)
i=1
∂xi

∂f
Preuve. D’après la remarque 3.4 on a, ∀i ∈ {1, ..., n}, (a) = dfa (ei ).
∂xi
D’autre part, on note (e1 , ..., en ) la base canonique de Rn . Puisque dfa ∈ L(Rn , Rp ), pour
h = (h1 , ..., hn ) ∈ Rn , on a :
n
X  n n
X X ∂f
dfa (h) = dfa hi ei = hi dfa (ei ) = hi (a).
i=1 i=1 i=1
∂xi

Remarque 3.8. La réciproque de résultat précédent n’est pas vraie. Une fonction possédant
toutes les dérivées partielles en un point a n’est pas nécessairement différentiable en ce point.
Néanmoins nous avons la proposition suivante :

Proposition 3.10. Soit Ω un ouvert non vide de Rn . Soit f une fonction définie sur Ω à
valeurs dans Rp . f est de classe C 1 sur Ω si et seulement si f admet sur Ω des dérivées
partielles premieres sur Ω et chacune des fonctions dérivées partielles est continue sur Ω.

Exemples 3.4. 1) Si P et Q sont deux polynôme, la fonction (x, y) 7→ P (x).Q(y) est


différentiable en tout point de R2 .
2) L’application (x, y) 7→ (ex+y , sin(x) cos(y)) est différentiable en tout point de R2 , ses
dérivées partielles existent et sont continues.

Remarque 3.9. Notons que si les dérivées partielles de f existent sans êtres continues, il n’est
pas dit que f n’est pas différentiable.
Par exemple :
1

 (x2 + y 2 ) sin p
 si (x, y) 6= (0, 0)
f (x, y) = x2 + y 2

 0 si (x, y) = (0, 0)

est différentiable en (0, 0), et ses dérivées partielles en (0, 0) existent et ne sont pas continues
au point (0, 0), pourtant f est différentiable en (0, 0).

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


69 Chapitre 3. Applications Différentiables

3.3.4 Matrice jacobienne

Définition 3.6. (matrice jacobienne)


• Soit f une application d’un ouvert non vide Ω de Rn dans Rp , différentiable en a ∈ Ω.
D(f1 , ..., fp )
La matrice jacobienne de f en a, notée J(f, a) ou est la matrice de l’application
D(x1 , .., xn )
linéaire dfa relativement aux bases canoniques Bn et Bp de Rn et Rp respectivement :

J(f, a) = M atBn ,Bp (dfa ).

C’est un élément de Mp,n (R).


• Plus généralement, soient E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie non nulle.
Soit f une application d’un ouvert non vide Ω de E vers F , différentiable en a ∈ Ω. Soient B
une base de E et B 0 une base de F .
La matrice jacobienne de f en a relativement aux bases B et B 0 est la matrice de l’application
linéaire dfa relativement aux bases B et B 0 .

Proposition 3.11. Soit f une application d’un ouvert non vide Ω de Rn dans Rp . différen-
tiable en a ∈ Ω. On note f1 , ..., fp , les applications composantes de f : ∀(x1 , ..., xn ) ∈ Ω.
f (x1 , ..., xn ) = (f1 (x1 , ..., xn ), ..., fp (x1 , ..., xn )). Alors,
 
∂fj
J(f, a) = (a) .
∂xi 1≤j≤p
1≤i≤n

Preuve. On note (e1 , ..., en ) la base canonique de Rn . Soit i ∈ {1, ..., n}.
La i-ème colonne de J(f, a) est le vecteur colonne dont les composantes sont les coordonnées
∂f
de dfa (ei ) dans la base canonique de Rp . D’apres la remarque 3.4, dfa (ei ) = (a) et donc la
∂xi
∂f1
 
 ∂xi (a) 
 .. 

 . 

 ∂f 
j
i-ème colonne de J(f, a) est  (a)  .
 
 ∂xi 
 .. 

 . 

 ∂fp 
(a)
∂xi
Exemple 3.5. On munit le plan R2 de sa structure euclidienne et de son orientation canonique.
On note (→

u ,→

v ) la base canonique (orthonormée directe) de R2 .
Pour θ ∈ R, on pose →

uθ = cos(θ)→

u + sin(θ)→

v.
Soit M = (x, y) un point de R2 . On appelle coordonnées polaires de M tout couple [r, θ] de réels

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


70 Chapitre 3. Applications Différentiables

−−→
tels que OM = r→

uθ . On a donc

−−→
x→

u + y→

v = OM = (r cos(θ))→

u + (r sin(θ))→

v.

 x = r cos(θ)
Le passage des coordonnées polaires aux coordonnées cartésiennes s’écrit donc
 y = r sin(θ)
Pour (r, θ) ∈ R2 , on pose f (r, θ) = (r cos(θ), r sin(θ)). La matrice jacobienne de f en un point
(r, θ) de R2 est
cos(θ) −r sin(θ)
 

sin(θ) r cos(θ)
En première colonne, on a dérivé par rapport à r et en deuxième colonne, on a dérivé par
rapport à θ.

Remarque 3.10. La matrice jacobienne de gof en a est le produit de la matrice jacobienne


de g en f (a) par de la matrice jacobienne de f en a :

J(gof, a) = J(g, f (a)) × J(f, a).

Exemple 3.6. (Application au changement de variables)


Soit f (x1 , ..., xn ) une fonction différentiable de Rn dans R.
Posons pour tout i, xi = φi (u1 , ..., up )

φ f
F : Rn → Rn → R
u = (u1 , ..., un ) 7→ (φ1 (u), ..., φn (u))
(x1 , ..., xn ) 7→ f (x1 , ..., xn )

F = f oφ : (u1 , ..., un ) 7→ F (u1 , ..., un ) = f (φ1 (u1 , ..., un ), ..., φn (u1 , ..., un )).
Nous avons donc d’après la remarque 3.10
n
∂F X ∂f ∂φk
= .
∂ui k=1
∂xk ∂ui

n
X
0 ∂f 0
En particulier, si xi = φi (t) on a F (t) = φ (t).
k=1
∂xk k

Théorème 3.1. (Egalite des accroissements finis pour les fonctions numériques)
Soit f une application d’un ouvert non vide Ω d’un R-espace E de dimension finie non nulle à
valeurs dans R, différentiable sur Ω.
Pour tout (a, b) ∈ Ω2 tel que [a, b] ⊂ Ω, il existe λ ∈ [0, 1] tel que f (b)−f (a) = df(1−λ)a+λb (b−a).

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


71 Chapitre 3. Applications Différentiables

Démonstration. Soit (a, b) ∈ Ω2 tel que [a, b] ⊂ Ω. Donc, pour t ∈ [0, 1], (1 − t)a + tb ∈ Ω.
Pour t ∈ [0, 1], on pose g(t) = f ((1 − t)a + tb). Puisque f est de classe C 1 sur Ω, g est une
application de [0, 1] dans R, de classe C 1 sur [0, 1]. D’après le théorème des accroissements finis,
il existe λ ∈ [0, 1] tel que g(1) − g(0) = g 0 (λ).
On note ϕ l’application de [0, 1] dans Ω définie par : ∀t ∈ [0, 1], ϕ(t) = (1 − t)a + tb. On a alors
g = f oϕ puis, pour t ∈ [0, 1] et h ∈ R.

hg 0 (t) = dgt (h) = dfϕ(t) odϕt (h) = df(1−t)a+tb (hϕ0 (t)) = hdf(1−t)a+tb (b − a).

En évaluant en h = 1, on obtient g 0 (t) = df(1−t)a+tb (b − a). L’égalité g(1) − g(0) = g 0 (λ) s’écrit
alors
f (b) − f (a) = df(1.λ)a+λb (b − a).

3.4 Dérivées d’ordre supérieur

3.4.1 Fonctions de classe C k

Nous allons maintenant dériver les dérivées partielles. On suppose que f : Ω ⊂ Rn −→ Rp


∂f ∂f
admet des dérivées partielles , 1 ≤ i ≤ n, sur Ω. Soit i ∈ {1, ..., n}. Si la fonction admet
∂xi ∂xi
∂ 2f
sur Ω une dérivée partielle par rapport à sa j-ème variable, j ∈ {1, ..., n}, on la note
  ∂xj ∂xi
∂ ∂f
(en faisant attention a l’ordre des variables) au lieu de . Dans le cas particulier où
∂xj ∂xi
∂ 2f
j = i, on ecrit . On peut ainsi calculer n2 dérivées partielles secondes.
∂x2i
∂ 2f
Dans la notation , la dernière dérivation effectuée est écrite à gauche et la première est
∂xj ∂xi
écrite à droite.
∂kf
On définit ensuite par récurrence les dérivées partielles d’ordre k ≥ 2 par =
∂xik ...∂xi1
∂ k−1 f
 

(en cas d’existence) et on peut poser la définition suivante :
∂xik ∂xik−1 ...∂xi1
Définition 3.7. Soit f une application d’un ouvert non vide Ω d’un espace de dimension finie
non nulle E vers un espace de dimension finie non nulle F .
Soit k ≥ 1. f est de classe C k sur Ω si et seulement si f admet sur Ω des dérivées partielles
jusqu’à l’ordre k par rapport à tout i-uplet de variables, 1 ≤ i ≤ k, et les dérivées partielles
k-èmes sont continues sur Ω. On note C k (Ω, F ) l’ensemble des fonctions de classe C k sur Ω à
valeurs dans F .

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


72 Chapitre 3. Applications Différentiables

f est de classe C ∞ sur Ω si et seulement si, pour tout k ∈ N∗ , f est de classe C k sur Ω. On
note C ∞ (Ω, F ) l’ensemble des fonctions de classe C ∞ sur Ω à valeurs dans F .

Exemple 3.7. Soit le fonction suivante f (x1 , x2 , x3 ) = log(x1 x22 + x1 x3 ),


on a D(f ) = {x = (x1 , x2 , x3 ) ∈ R3 tel que x1 x22 + x1 x3 > 0}

∂f 1 ∂f 2x2 ∂f 1
(x1 , x2 , x3 ) = , (x1 , x2 , x3 ) = 2 , (x1 , x2 , x3 ) = 2
∂x1 x1 ∂x2 x2 + x 3 ∂x3 x2 + x3

ces trois fonctions sont à leur tour dérivables par rapport à chacune des variables sur D(f ) :

∂ 2f 1 ∂ 2f ∂ 2f
2
(x1 , x2 , x3 ) = − 2 , (x1 , x2 , x3 ) = 0 , (x1 , x2 , x3 ) = 0
∂x1 x1 ∂x2 ∂x1 ∂x3 ∂x1
∂ 2f 2x3 − 2x22 ∂ 2f ∂ 2f −2x2
(x1 , x2 , x3 ) = 2 , (x1 , x2 , x3 ) = 0 , (x1 , x2 , x3 ) = 2
∂x22 (x2 + x3 )2 ∂x1 ∂x2 ∂x3 ∂x2 (x2 + x3 )2
2
∂ f −1 ∂ 2f 2
∂ f −2x2
2
(x1 , x2 , x3 ) = 2 , (x1 , x2 , x3 ) = 0 , (x1 , x2 , x3 ) = 2 .
∂x3 (x2 + x3 )2 ∂x1 ∂x3 ∂x2 ∂x3 (x2 + x3 )2

Les 9 dérivées partielles sont elles aussi dérivables par rapport à xi (i = 1, 2, 3), en tout point
de D(f ) où les dénominateurs sont non nuls.

On peut démontrer et on admettra que les théorèmes généraux usuels (combinaisons li-
néaires, produits, quotients, composées ...) restent valables pour les fonctions de classe C k ou
C ∞ . En particulier.

Proposition 3.12. Un polynome à n variables réelles est de classe C ∞ sur Rn .


Une fraction rationnelle à n variables réelles est de classe C ∞ sur son domaine de définition.

3.4.2 Théorème de Schwarz

Théorème 3.2. (Théorème de Schwarz)


• Si f : Ω → R est une fonction de classe C 2 sur un ouvert Ω de E, alors :

∂ 2f ∂ 2f
= .
∂xi ∂xj ∂xj ∂xi

• D’une manière générale, soient E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie non
nulle. Soit Ω un ouvert non vide de E. Soit f une application de Ω vers F . Soit k ≥ 2.
Si f est de classe C k sur Ω, alors ∀(i1 , ..., ik ) ∈ {1, ..., n}k . ∀σ ∈ Sk , (σ est une permutation)

∂kf ∂kf
= .
∂xσ(ik ) ...∂xσ(i1 ) ∂xik ...∂xi1

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


73 Chapitre 3. Applications Différentiables

Exemple 3.8. Dans l’exemple 3.7 f (x1 , x2 , x3 ) = log(x1 x22 + x1 x3 ) est de classe C 2 dans D(f )
alors, on a pour tout i et j

∂ 2f ∂ 2f
(x1 , x2 , x3 ) = (x1 , x2 , x3 ).
∂xi ∂xj ∂xj ∂xi

Il faut faire attention cette égalité n’est pas vérifiée pour n’importe quelle fonction, par exemple
 2 2
 xy x − y

6 (0, 0)
si (x, y) =
∀(x, y) ∈ R2 , f (x, y) = x2 + y 2
 0

si (x, y) = 0

f admet pour  dérivées partielles


2 2
x − y 4x2 y 3
y + si (x, y) 6= (0, 0)

∂f 
x2 + y 2 (x2 + y 2 )2
(x, y) =
∂x 
 0 si (x, y) = 0
2 2 4 4

∂f  x x − y + 2xy + 2x y si (x, y) 6= (0, 0)

(x, y) = x2 + y 2 (x2 + y 2 )2
∂y 
 0 si (x, y) = 0
cette fonction admet des dérivées partielles d’ordre deux en (0, 0).
∂ 2f ∂ 2f
Mais, (0, 0) = 1 et (0, 0) = −1 (car f n’est pas de classe C 2 ).
∂x∂y ∂y∂x

3.5 Difféomorphismes

Définition 3.8. Soient U et V deux ouverts de Rn . Si f : U → V est bijective différentiable de


classe C 1 (resp. de classe C k ) ainsi que son inverse f −1 , on dit que f est un difféomorphisme
(resp. C k -difféomorphisme) de U sur V .

Exemple 3.9. Soit

U = {(r, θ) ∈ R2 / r > 0 et θ ∈] − π, π[}


= R∗+ ×] − π, π[

U est un ouvert de R2 .
Soit I = R− × {0} = {(x, 0) ∈ R2 ) / x ≤ 0}, I est un fermé. On pose V = R2 \ I ouvert,
L’application
f: U −→ V
(r, θ) 7→ (r cos(θ), r sin(θ))
est un difféomorphisme.

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


74 Chapitre 3. Applications Différentiables

En effet. • Montrons que f (U ) ⊂ V .


Soit (r, θ) ∈ U,
f (r, θ) ∈ V ⇔ (r cos(θ), r sin(θ)) ∈ V = R2 \ I
⇔ (r cos(θ), r sin(θ)) 6∈ I
⇔ r cos(θ > 0 ou r sin(θ) 6= 0.
Supposons r sin(θ) = 0, montrons que r cos(θ) > 0 :
r>0 −π<θ<π
On a r sin(θ) = 0 ⇒ sin(θ) = 0 ⇒ θ = 0 ⇒ r cos(θ) = r > 0.
• Montrons que f est injective.
Supposons
(r cos(θ), r sin(θ)) = (r0 cos(θ0 ), r0 sin(θ0 )) avec r, r0 > 0, (1)

et −π < θ, θ0 < π,
⇒ r2 cos2 (θ) + r2 sin2 (θ) = r02 cos2 (θ0 ) + r02 sin2 (θ0 )

r>0
⇒ r2 = r02 ⇒ r = r0 . (2)

D’autre part, d’après (1) et (2), on déduit que



 cos(θ) = cos(θ0 )
−π<θ,θ0 <π
⇒ θ = θ0 .
 sin(θ) = sin(θ0 )

• Montrons que f est surjective.


Pour tout (x, y) ∈ V ∃? r > 0, ∃? θ ∈] − π, π[ / x = r cos(θ) et y = r sin(θ).

(x, y) ∈ V = R2 \ I ⇔ (x, y) 6∈ I ⇔
x > 0 ou y 6= 0. (3)
 2  2
p
2 2 2 x y
Posons r = x2 + y 2 , d’après (3) r > 0, et on a r = x + y ⇒ + =1
r r
 x
 = cos(θ)
⇒ ∃θ ∈] − π, π[ / r
y
 = sin(θ)
r
⇒ ∃θ ∈] − π, π[ / x = r cos(θ) et y = r sin(θ).
Si θ = −π ou θ = π alors x = −r et y = 0 (cas exclu d’après (3)).
Donc
f: U −→ V bijective de classe C 1
(r, θ) 7→ (r cos(θ), r sin(θ))
Maintenant, soit
f −1 : V −→ U
(x, y) 7→ (r(x, y), θ(x, y))

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


75 Chapitre 3. Applications Différentiables

p
avec r = x2 + y 2 de classe C 1 .
π θ π
D’autre part, on a −π < θ < π ⇒ − < < donc
2 2 2
θ sin( 2θ ) 2 sin( 2θ ) cos( 2θ )
tan( ) = =
2 cos( 2θ ) 2 cos2 ( 2θ )
sin(θ)
=
1 + cos(θ)
r sin(θ)
=
r + r cos(θ)
y y
= = p
r+x x + x2 + y 2
π π y
Or tan : ]− , [→ R est bijective donc θ = 2 arctan( p ) de classe C 1 . Conclusion :
2 2 x + x2 + y 2
f est un difféomorphisme de U sur V .

Exemple 3.10. L’application


f: R −→ R
x 7→ x3

est bijective de classe C 1 et f −1 n’est pas dérivable au point 0. Donc f n’est pas un difféomor-
phisme.

3.5.1 Théorème d’inversion locale

Définition 3.9. Soit f : Ω ⊂ Rn → Rn de classe C 1 , soit a ∈ Ω, on dit que :


1) f est étale en a si f 0 (a) : Rn → Rn est un isomorphisme c-à-d det(J(f, a)) 6= 0
2) f est étale sur Ω si elle est étale en tout point a de Ω.

Nous avons cependant un résultat fondamental que nous allons énoncer sans démonstration

Théorème 3.3. (Théorème de l’inversion locale) Soit f : Ω ⊂ Rn → Rn une application de


classe C k , et a ∈ Ω tel que f soit étale en a (dfa est un isomorphisme), alors il existe un ouvert
U contenant a et un ouvert V contenant f (a) tels que
• f (U ) = V .
• f |U soit un C k -difféomorphisme de U sur V .

Proposition 3.13. Soit f : E → F une application de classe C 1 sur un ouvert U de E,


injective, et telle que pour tout x ∈ U , df (x) est un isomorphisme. Alors f (U ) est un ouvert de
F , et f |U : U → f (U ) est un difféomorphisme de classe C 1 .

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


76 Chapitre 3. Applications Différentiables

Preuve. Pour tout a ∈ U on a df (a) est un isomorphisme donc d’après le théorème d’inver-
sion locale, il existe un voisinage ouvert Va de a dans U tel que f |Va soit un difféomorphisme de
[
classe C 1 de Va sur f (Va ) qui est donc un ouvert de F . On déduit alors que f (U ) = f (Va )
a∈U
est un ouvert de F .
Maintenant, f étant injective, c’est donc une bijection de U sur f (U ) et puisque pour tout point
a ∈ U il existe un Va tel que f |Va est un C 1 -difféomorphisme, f est donc un C 1 -difféomorphisme
de U sur f (U ).

3.5.2 Fonctions Implicites)

Dans tout ce qui va suivre, nous nous limiterons aux fonctions de deux variables réelles .
Considérons un ouvert Ω de Rn , et une application ϕ de classe C k de Ω dans R. Nous nous
intéressons à l’étude de l’ensemble Γ(ϕ) des points a = (x1 , ..., xn ) de Ω tels que ϕ(a) = 0.

Définition 3.10. Soit a ∈ Γ(ϕ), on dit que a est un point régulier de Γ(ϕ) si dϕ(a) est non
nulle (en d’autre termes si l’une au moins des dérivées partielles de ϕ est non nulle en a).

Exemple 3.11. Sur R2 , on considère ϕ(x, y) = x2 + y 2 − 1, Γ(ϕ) est le cercle unité S 1 de R2 .


∂ϕ ∂ϕ
(x, y) = 2x et (x, y) = 2y. les dérivées partielles s’annulent simultanément en (0, 0) qui
∂x ∂y
n’appartient pas à S 1 . Les points de S 1 sont donc tous réguliers.

Théorème 3.4. (Théorème des Fonctions Implicites) Soit ϕ : Ω ⊂ R2 → R une application


∂ϕ
de classe C 1 (resp. C k ) et a0 = (x0 , y0 ) ∈ Ω tel que ϕ(a0 ) = 0. Si (a0 ) est non nulle (c-à-d
∂y
a0 est un point régulier) alors il existe un voisinage ouvert U = Vx0 × Vy0 de a0 et une fonction
µ : Vx0 −→ Vy0 de classe C 1 (resp. C k ) tels que Γ(ϕ) ∩ U soit le graphe de y = µ(x), et on a :

 i)

 µ(x0 ) = y0



ii) ϕ(x, µ(x) = 0 ∀x ∈ Vx0
∂ϕ

 0 ∂x
(x, µ(x))
 iii) µ (x) = − ∂ϕ (x, µ(x)) .



∂y

∂ϕ ∂ϕ
Remarque 3.11. Notons que, si a0 est régulier et si (a0 ) est nulle, alors (a0 ) va être
∂y ∂x
non nulle, et on peut reprendre le théorème 3.4 en échangeant les rôles de x et y. Il existerait
donc un voisinage ouvert U de a0 et une fonction η de classe C k tels que Γ(ϕ) ∩ U soit le graphe
de x = η(y).

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


77 Chapitre 3. Applications Différentiables

Remarque 3.12. Notons qu’en général, on ne peut pas calculer explicitement la fonction
y = µ(x)(ou x = η(y)), c’est pourquoi on dit que y est fonction implicite de x (ou x est fonc-
tion implicite de y).Néanmoins l’équation ϕ(x, µ(x)) = 0 nous permet de calculer les dérivées
successives de µ en x0 .

En effet.
• En dérivant l’identité ϕ(x, µ(x)) = 0, nous obtenons

∂ϕ ∂ϕ
(x, µ(x)) + (x, µ(x))µ0 (x) = 0 (1)
∂x ∂y

d’où
∂ϕ
(x0 , µ(x0 ))
µ0 (x0 ) = − ∂ϕ
∂x
.
∂y
(x0 , µ(x0 ))
En dérivant (1), on obtient

∂ 2ϕ ∂ 2ϕ 0 ∂ 2ϕ ∂ϕ
2
(x, µ(x)) + 2 (x, µ(x))µ (x) + 2
(x, µ(x))[µ0 (x)]2 + (x, µ(x))µ00 (x) = 0 (2)
∂x ∂x∂y ∂y ∂y

comme les valeur µ(x0 ) et µ0 (x0 ) sont connues, on déduit celle de µ00 (x0 ) à partir de l’égalité
(2), et ainsi de suite...

Remarque 3.13. L’équation de la tangente à la courbe Γ(ϕ) (la courbe de la fonction µ) au


point a0 = (x0 , y0 ) est donnée par

dϕ(a0 )(x − x0 , y − y0 ) = 0

c’est à dire
∂ϕ ∂ϕ
(x − x0 ) (x0 , y0 ) + (y − y0 ) (x0 , y0 ) = 0.
∂x ∂y

En effet.
D’après le théorème 3.4 ((i) et (iii)), l’équation de la tangente à la courbe de la fonction µ au
point a0 = (x0 , y0 ) est donnée par :
∂ϕ
0 ∂x
(x0 , y0 )
y = µ (x0 )(x − x0 ) + µ(x0 ) = − ∂ϕ
(x − x0 ) + y0
∂y
(x0 , y0 )

donc, on obtient
∂ϕ ∂ϕ
(x − x0 ) (x0 , y0 ) + (y − y0 ) (x0 , y0 ) = 0.
∂x ∂y
Exemple 3.12. Soient f (x, y) = ex − x2 − ln(y) − y et a0 = (0, 1). On a
• f ∈ C 1 (R × R+∗ )

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


78 Chapitre 3. Applications Différentiables

• f (0, 1) = 1 − ln(1) − 1 = 0
∂f 1 ∂f
• (x, y) = − − 1 ⇒ (0, 1) = −2 6= 0.
∂y y ∂y
Donc d’après théorème de fonction implicite, il existe ϕ de classe C 1 sur V0 un voisinage de 0
telle que
ϕ(0) = 1 et ∀ x ∈ V0 on a f (x, ϕ(x)) = 0.

Exemple 3.13. Soient f (x, y) = x3 − y 3 − xy 2


Montrer que si f (x, y) = 1 il existe ϕ définie sur un voisinage de 1 vérifiant ϕ(1) = 1 et
f (x, ϕ(x)) = 1
En effet. • On a f ∈ C 1 (R2 ) (car f est une fonction polynômial donc de classe C ∞ en
particulier de classe C 1 ).
• On cherche l’existence de ϕ telle que ϕ(1) = 1 donc x0 = 1 et y0 = 1 et on a f (1, 1) =
13 + 13 − 1 × 12 = 1 donc f ((x0 , y0 )) = 1.
∂f ∂f
• (x, y) = 0 + 3y 2 − 2xy ⇒ (1, 1) = 1 6= 0.
∂y ∂y
Finalement, d’après théorème de fonction implicite, il existe ϕ de classe C 1 de I1 un voisinage
de 1 vers J1 voisinage de 1, telle que

ϕ(1) = 1 et ∀ x ∈ I1 on a f (x, ϕ(x)) = 1.

Remarque 3.14. (Cas des surfaces)


Considérons un ouvert Ω de R3 , une application ϕ de classe C k de Ω dans R. et l’ensemble
Γ(ϕ) des points a = (x, y, z) de Ω tels que ϕ(a) = 0 avec

ϕ Ω ⊂ R3 ' R2 × R −→ R
((x, y), z) 7→ ϕ(x, y, z).

∂ϕ
On suppose que le point a0 = (x0 , y0 , z0 ) ∈ Ω est un point régulier, par exemple (a0 ) 6= 0, alors
∂z
il existe U ∈ V((x0 , y0 )) et µ : U → R de classe C k tels que µ(x0 , y0 ) = z0 et ϕ(x, y, µ(x, y)) = 0.
Si S est la surface d’équation ϕ(x, y, z) = 0, on a tous les points sont réguliers et l’équation du
plan tangent à cette surface au point a0 = (x0 , y0 , z0 ) est donnée par

∂ϕ ∂ϕ ∂ϕ
(x − x0 ) (x0 , y0 , z0 ) + (y − y0 ) (x0 , y0 , z0 ) + (z − z0 ) (x0 , y0 , z0 ) = 0.
∂x ∂y ∂z

Exemple 3.14. Soit a = (2, −1, −2) solution de système suivant



 x2 + y 2 − z 2 = 1
(S)
 x3 − y 3 + z 3 = 1

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


79 Chapitre 3. Applications Différentiables

Montrer qu’il existe ϕ, ψ ∈ C 1 définie sur un voisinage V de -2 telle que ∀z ∈ V, (ϕ(z), ψ(z), z)
est une solution de (S).
En effet. On pose f (x, y, z) = (x2 + y 2 − z 2 − 1, x3 − y 3 + z 3 − 1).
• On a f ∈ C 1 (R3 ) (car les composante de f sont des fonctions polynômial donc de classe C ∞
en particulier de classe C 1 ).
• On a f (a) = f ((2, −1, −2)) = (0, 0).
2x 2y 4 −2
   
∂f ∂f
• J(f, (x, y)) = (x, y) = ⇒ (2, −1, −2) = .
∂[x, y] 3x2 −3y 2 ∂[x, y] 12 −3
4 −2
 
∂f
donc det = 12 6= 0 ⇒ ∈ Isom(R).
12 −3 ∂[x, y]
Finalement, les hypothèses de théorème de fonction implicite sont vérifies, donc il existe ϕ, ψ
de classe C 1 , telle que f (ϕ(z), ψ(z), z) = 0 c-à-d (ϕ(z), ψ(z), z) est une solution de (S).

3.6 Extrema des fonctions numériques

Définition 3.11. Soit f une application d’un sous-ensemble non vide D d’un R-espace E de
dimension finie non nulle à valeurs dans R. Soit a ∈ D.
• f admet un minimum (global) en a si et seulement si ∀x ∈ D, f (x) ≥ f (a).
• f admet un maximum (global) en a si et seulement si ∀x ∈ D, f (x) ≤ f (a).
• f admet un minimum local (relatif ) en a si et seulement si il existe un voisinage V de a
dans E tel que ∀x ∈ D ∩ V, f (x) ≥ f (a).
• f admet un maximum local (relatif ) en a si et seulement si il existe un voisinage V de a
dans E tel que ∀x ∈ D ∩ V, f (x) ≤ f (a).

Proposition 3.14. Soit f une application d’un ouvert non vide Ω d’un R-espace E de di-
mension finie non nulle à valeurs dans R, différentiable sur Ω. Soit a ∈ Ω.
Si f admet un extremum (i.e. un maximum ou un minimum) en a, alors dfa = 0.

Preuve. On fixe une base B = (e1 , ..., en ) de E. Soit a ∈ Ω. On suppose que f admet en a
un extremum en a = a1 e1 + ... + an en .
Soit i ∈ {1, ..., n}. Soit gi : t 7→ f (a1 e1 + ... + ai−1 ei−1 + tei + ai+1 ei+1 + ... + an en ) la i-ème
application partielle de f dans la base B en a. Le fait que Ω soit ouvert assure le fait que gi est
définie (au moins) sur un intervalle ouvert non vide I contenant ai .
gi est dérivable sur l’intervalle ouvert I (car f est différentiable sur Ω) et gi admet un extremum

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


80 Chapitre 3. Applications Différentiables

∂f
en ai (car f admet un extremum en a). Donc, gi0 (ai ) = 0 ou encore (a) = 0.
∂xi
Puisque toutes les dérivées partielles en a sont nulles, on a encore dfa = 0.

Définition 3.12. Soit f une application d’un ouvert non vide Ω d’un R-espace E de dimension
finie non nulle à valeurs dans R.
Un point a ∈ Ω en lequel dfa = 0 s’appelle un point critique de f.

Remarques 3.15. 1) Un point critique de f est donc un point en lequel toutes les dérivées
partielles s’annulent car

∂f
dfa = 0 ⇔ ∀i ∈ {1, ..., n}, (a) = 0.
∂xi

2) La proposition 3.14 fournit une condition nécessaire d’existence d’un extremum et mal-
heureusement pas une condition suffisante. Donc, si on recherche les extrema d’une fonc-
tion numérique (différentiable sur un ouvert), on commence par déterminer les points
critiques de f puis, pour chacun des points obtenus, on se débrouille, pour savoir si oui
ou non, on est en présence d’un extremum.

Exemple 3.15. Déterminer les extrema (locaux ou globaux) de la fonction f définie sur R2
par : ∀(x, y) ∈ R2 , f (x, y) = −2(x − y)2 + x4 + y 4 .

En effet. La fonction f est de classe C 1 sur R2 en tant que polynôme à plusieurs variables
et R2 est un ouvert de R2 . Donc, si f admet un extremum local en un point (x0 , y0 ) ∈ R2 .
Alors (x0 , y0 ) est un point critique de f . Soit (x, y) ∈ R2 .

∂f
 

 (x, y) = 0  −4(x − y) + 4x3 = 0
df(x,y) = 0 ⇔ ∂x ⇔
∂f  4(x − y) + 4y 3

 (x, y) = 0 = 0
 ∂y 
 x3 + y 3 = 0  y = −x
⇔ ⇔
 −(x − y) + x3 = 0  x3 − 2x = 0
√ √ √ √
 
⇔ (x, y) ∈ (0, 0), ( 2, − 2), (− 2, 2) .

√ √
• Etudeen ( 2, − 2)
√ √
On a f ( 2, − 2) = −8, puis, pour tout (x, y) ∈ R2 , On a,

√ √
 
f (x, y) − f ( 2, − 2) = x4 + y 4 − 2x2 − 2y 2 + 4xy + 8 ≥ x4 + y 4 − 2x2 − 2y 2 − 2(x2 + y 2 ) + 8

= x4 − 4x2 + y 4 − 4y 2 + 8 = (x2 − 2)2 + (y 2 − 2)2 ≥ 0.

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


81 Chapitre 3. Applications Différentiables

√ √
et donc f admet un minimum global en ( 2, − 2) égal à −8.
√ √
• Etude en (− 2, 2).
Pour tout (x, y) ∈ R2 , on a f (−x, −y) = f (x, y) et donc f admet aussi un minimum global en
√ √
(− 2, 2) égal à −8.
• Etude en (0, 0).
On a f (0, 0) = 0. Pour x 6= 0, f (x, x) = 2x4 > 0 et donc f prend des valeurs strictement
√ √
supérieures à f (0, 0) dans tout voisinage de (0, 0). Pour x ∈]− 2, 2[\{0}, f (x, 0) = x4 −2x2 =
x2 (x2 − 2) < 0 et donc f prend des valeurs strictement inférieures à f (0, 0) dans tout voisinage
de (0, 0). Finalement, f n’admet pas d’extremum local en (0, 0).

3.7 Exercices

Exercice 3.1. Soit f la fonction définie sur R2 par :


 2 2
 xy(x − y )

si (x, y) 6= (0, 0)
∀(x, y) ∈ R2 , f (x, y) = x2 + y 2
 0

si (x, y) = (0, 0)

1) Etudier la continuité de f sur R2 .


2) Etudier l’existence des dérivées partielles de f sur R2 et les déterminer.
3) Montrer que f est de classe C 1 sur R2 .

Exercice 3.2. Soit f la fonction définie sur R2 par :


 2
 xy

si (x, y) 6= (0, 0)
∀(x, y) ∈ R2 , f (x, y) = x2 + y 6
 0

sinon

1) Etudier la continuité de f à l’origine.


2) Etudier la continuité des applications partielles de f .
3) La fonction f possède-t-elle des dérivées partielles ?

Exercice 3.3. On considère la fonction f définie sur R2 par :



 x sin(y) − y sin(x) si

(x, y) 6= (0, 0)
2
∀(x, y) ∈ R , f (x, y) = x2 + y 2
 0

si (x, y) = (0, 0)

1) Etudier la continuité de f à l’origine.


2) La fonction f possède-t-elle des dérivées partielles ?

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3


82 Chapitre 3. Applications Différentiables

3) Est ce que la fonction f est de classe C 1 ?

Exercice 3.4. Etudier la différentiabilité de l’application f définie sur R2 par :



 (x + y)2 ln(|x| + |y|) si (x, y) 6= (0, 0)
∀(x, y) ∈ R2 , f (x, y) =
 0 si (x, y) = (0, 0)

Exercice 3.5. On considère la fonction f définie sur R2 par :

∀(x, y) ∈ R2 , f (x, y) = cos(x − y) + sin(x + y) − 1

1) Montrer que f est de classe C ∞ et déterminer sa différentielle en un point x, y.


2) Montrer qu’il existe un voisinage Iε de 0, et une fonction µ de classe C ∞ sur Iε tels que

∀x ∈ Iε , f (x, µ(x)) = 0 et µ(x) = 0

3) Calculer µ0 (0) et µ00 (0).

Analyse 5 Youssef AKDIM Filière SMA S3

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