Cours Analyse 5 21
Thèmes abordés
Cours Analyse 5 21
Thèmes abordés
Semestre S3
1
Table des matières
1.1 Normes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
[Link] Exemples des normes dans le cas des e.v.n. de dimension finie . 4
2
Chapitre 1
1.1 Normes
Définition 1.1. Soit E un K−espace vectoriel. Une norme sur E est une application N de
E dans R+ vérifiant les quatre axiomes :
1) ∀x ∈ E, N (x) = 0 ⇒ x = 0 (axiome de séparation).
2) ∀x ∈ E, ∀λ ∈ K, N (λx) = |λ|N (x) (homogénéite).
3) ∀(x, y) ∈ E 2 , N (x + y) ≤ N (x) + N (y) (inégalité triangulaire).
Une norme est souvent notée k.k : x 7→ kxk.
Définition 1.2. Un espace vectoriel normé (e.v.n.) est un couple (E, N ) où E est un
K−espace vectoriel et N est une norme sur E.
3
4 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés
Définition 1.3. Soient (E, NE ) et (F, NF ) deux e.v.n. une application f : E → F est dite
Lipschitzienne s’il existe un réel k > 0 tel que pour tous (x, y) ∈ E 2
Remarque 1.2. L’inégalité triangulaire inverse |N (x) − N (y)| ≤ N (x − y) implique que l’ap-
plication x 7→ N (x) est Lipschitzienne de (E, N ) dans (R+ , |.|).
[Link] Exemples des normes dans le cas des e.v.n. de dimension finie
Remarque 1.3. Plus généralement, sur un espace vectoriel on peut avoir plusieurs normes,
peut-être même une infinité de norme distinctes.
n
X p1
par exemple dans Kn , ∀p ∈ N∗ , on pose kxkp = |xk |p .
k=1
[Link] sont des normes sur Kn .
Exemple 1.3. Si (E, (., .)) est un espace prehilbertien réel (espace vectoriel muni d’un produit
p
scalaire), alors k.k : x 7→ kxk = (x, x) est une norme sur E, appelée la norme hilbertienne
associée au produit scalaire (., .).
Exemple 1.4. Soit E = B(I, K) (espace des fonctions bornées sur l’intervalle I de R à valeurs
dans K) que l’on peut aussi noté L∞ (I, K). Pour f ∈ E, on pose
En effet : • Soit f ∈ E. f est bornée sur I et donc |f | admet sur I une borne supérieure
dans R.
k.k∞ est donc une application de E dans R. De plus pour f ∈ E, ona |f | est positive sur I et
donc kf k∞ est un réel positif.
• Soit f ∈ E,
kf k∞ = 0 ⇒ ∀x ∈ I, |f (x)| ≤ 0 ⇒ ∀x ∈ I, f (x) = 0 ⇒ f = 0.
Ainsi, kf k∞ + kgk∞ est un majorant de {|f (x) + g(x)|, x ∈ I}. Puisque kf + gk∞ est le plus
petit de ces majorants, donc kf + gk∞ ≤ kf k∞ + kgk∞ .
Finalement k.k∞ est effectivement une norme dans B(I, K).
Exemple 1.6. Soit E = L2 (I, K) l’espace des fonctions continuessde carré intégrable sur l’in-
Z
tervalle I de R à valeurs dans K. Pour f ∈ E, on pose : kf k2 = |f (x)|2 dx.
I
k.k2 est une norme sur E appelée norme de la convergence en moyenne quadratique.
Remarque 1.4. Dans le cas particulier où E = C 0 ([a, b], K), (l’espace des fonctions continues
sur un intervalle borné [a, b]). k.k1 , k.k2 et k.k∞ sont trois normes sur E.
(à faire en exercice).
Exemple 1.7. Soit E = l∞ (K) l’espace des suites bornées d’éléments de K. Pour u ∈ E, on
pose : kuk∞ = sup{|un |, n ∈ N}.
k.k∞ est une norme sur E.
(à faire en exercice).
Exemple 1.9. Soit E =vl2 (K) l’espace des suites de carré sommable d’éléments de K. Pour
u +∞
uX
u ∈ E, on pose : kuk2 = t |un |2 .
n=0
k.k2 est une norme sur E. (à faire en exercice).
Définition 1.4. Soient E un K−espace vectoriel puis N et N 0 deux normes sur E. On dit que
N est équivalente à N 0 si et seulement si il existe deux réels strictement positifs α et β tels
que
∀x ∈ E, αN (x) ≤ N 0 (x) ≤ βN (x).
Théorème 1.1. Soit E un K−espace vectoriel. La relation "N est équivalente à N 0 " est une
relation d’équivalence sur l’ensemble des normes sur E.
1 0 1
N (x) ≤ N (x) ≤ N 0 (x).
β α
1 1
Puisque , ∈ R+∗ alors N 0 RN . Ceci montre que R est symétrique.
α β
• Montrons que R est transitive.
Soient N, N 0 et N 00 trois normes sur E. Supposons N RN 0 et N 0 RN 00 , c-à-d il existe quatre
réels strictement positifs α, β, α0 et β 0 , tels que, pour tout x de E,
Puisque αα0 et ββ 0 sont deux réels strictement positifs, alors N RN 00 . Ceci montre que R est
transitive.
Finalement, R est une relation d’équivalence sur l’ensemble des normes sur E.
Théorème 1.2. Dans un espace vectoriel de dimension finie, toutes les normes sont équiva-
lentes.
Démonstration Soit E un K−espace vectoriel de dimension finie n. Soit (e1 , ..., en ) une
base de E. On choisit sur E la norme
n
X n
X 21 n
X
2
kxk2 = k xi e i k = |xi | avec x = xi e i .
i=1 i=1 i=1
donc ρ possède une borne supérieur M > 0 et une borne inférieure m > 0 sur SE . c-à-d ∀x ∈ SE
on a 0 < m ≤ ρ(x) ≤ M .
x
Maintenant, ∀x ∈ E \ {0} on a ∈ SE ,
kxk2
donc
x
m≤ρ ≤M
kxk2
donc ∀x ∈ E, on a mkxk2 ≤ ρ(x) ≤ M kxk2 , ceci étant trivial pour x = 0.
Exemple 1.10. Sur l’espace vectoriel de dimension finie E = Rn . Les trois normes k.k1 , k.k2
et k.k∞ définies dans l’exemple 1.2 sont équivalentes, et ∀x ∈ Rn on a
n
X n
X
n
En effet • Pour tout x = (x1 , ..., xn ) ∈ R , kxk1 = |xi | ≤ kxk∞ = nkxk∞ .
i=1 i=1
Inversement, si i0 est un indice tel que kxk∞ = |xi0 |, alors
Donc, k.k∞ ≤ k.k1 ≤ nk.k∞ . Ceci montre que kxk1 et kxk∞ sont deux normes équivalentes.
• Pour tout x = (x1 , ..., xn ) ∈ Rn ,
v v
u n u n
u X
2
uX √
kxk2 = t |xi | ≤ t kxk2∞ = nkxk∞
i=1 i=1
Remarque 1.5. On peut obtenir directement des inégalités entre k.k1 et k.k2 sans passer par
k.k∞ .
D’autre part,
v v
u n s u n n
2 X
uX X u X
kxk2 = t 2
|xi | ≤ |xi ||xj | = t |xi | = |xi | = kxk1 .
i=1 1≤i,j≤n i=1 i=1
Remarque 1.6. Quand E est un K−espace vectoriel de dimension infinie, il est possible que
deux normes données sur E ne soient pas des normes équivalentes.
Exemple 1.11. Soit E = C 1 ([0, 1], R),l’espace des fonctions de classe C 1 de [0, 1] vers R on
pose : Z 1 Z 1
0
N (f ) = |f (x)| dx et N (f ) = |f (0)| + |f 0 (x)| dx.
0 0
1) Montrer que N 0 est une norme sur E, et que l’on a N ≤ N 0 .
2) Vérifier que N et N 0 ne sont pas équivalentes.
En effet 1) • Soit f ∈ E. f 0 est alors définie et continue Z sur le segment [0, 1].
1
On en déduit que N 0 (f ) existe dans R et N 0 (f ) = |f (0)| + |f 0 (x)| dx ≥ 0.
Z 1 0
• Soit (f, g) ∈ E 2 .
Z 1
0
N (f + g) = |f (0) + g(0)| + |f 0 (x) + g 0 (x)| dx
Z 1 0 Z 1
0
≤ |f (0)| + |f (x)|dx + |g(0)| + |g 0 (x)|dx
0 0
= N 0 (f ) + N 0 (g).
≤ |f (0)| + |f 0 (t)|dt = N 0 (f ).
0
Z 1 Z 1
Par suite, N (f ) = |f (x)|dx ≤ N 0 (f )dx = N 0 (f ), donc N ≤ N 0 .
0 0
2) Pour n ∈ N∗ et x ∈ [0, 1], posons fn (x) = xn .
1
Chaque fn est un élément de E tel que N (fn ) = et N 0 (fn ) = 1.
n+1
Supposons par l’absurde qu’il existe un réel strictement positif α tel que αN 0 ≤ N .
En particulier, pour tout n ∈ N∗ , αN 0 (fn ) ≤ N (fn ), ou encore
1
∀n ∈ N∗ , 0 < α ≤
n+1
kf k1 ≤ T kf k∞
√
kf k2 ≤ T kf k∞
√
kf k1 ≤ T kf k2 (d’après inégalité de Cauchy Schwarz).
Mais, si pour tout n ∈ N∗ , on considère la fonction fn définie sur [0, T ] par
2
n T
x si 0 ≤ x ≤
T 2 n
fn (x) = −n T 2T
x + 2n si ≤x≤
T n n
0 sinon
Nous avons alors
kfn k∞ = n
kfn k1 = T
r
2
kfn k2 = Tn
3
et il est facile de voir qu’on ne peut pas trouver des constantes c, c0 , c00 telles que pour tout n
on ait
kfn k∞ = n ≤ ckfn k1 = cT
r
2
kfn k∞ = n ≤ c0 kfn k2 = c0 Tn
r 3
2
kfn k2 = T n ≤ c00 kfn k1 = c00 T.
3
Théorème 1.3. Soient (E1 , N1 ), ..., (Ek , Nk ) des K−espaces vectoriels normes.
Pour x = (x1 , ..., xk ) ∈ E1 × ... × Ek , on pose N (x) = M ax{Ni (xi ), 1 ≤ i ≤ k}. Alors, N est
une norme sur E1 × ... × Ek .
Définition 1.5. Soit E un ensemble, une distance sur E est une application
d : E × E −→ R+
(x, y) 7→ d(x, y)
vérifiant :
1) d(x, y) = 0 ⇔ x = y, ∀(x, y) ∈ E × E,
2) d(x, y) = d(y, x), ∀(x, y) ∈ E × E,
3) d(x, z) ≤ d(x, y) + d(y, z), ∀(x, y, z) ∈ E × E × E.
Le couple (E, d) est appelé espace métrique.
Définition 1.6. Soit (E, N ) un espace vectoriel normé, on appelle distance associée à la
norme N l’application d de E × E dans R+ définie par :
Remarques 1.7. 1) A partir des propriétés de N on vérifie facilement que d(x, y) = N (x−
y) est une distance sur E.
2) La distance d(., .) ainsi définie vérifie en plus
d(x + z, y + z) = d(x, y)
d(λx, λy) = |λ|d(x, y).
3) Les espaces vectoriels normés sont des cas particuliers d’espaces métriques.
u : N −→ E
n −→ un .
Définition 1.8. Soit (E, k.k) un K−espace vectoriel normé. Soit (un )n∈N une suite de E.
Donc, la suite (fn )n∈N∗ est une suite bornée de l’espace vectoriel (E, N ).
Z 1
∗ 0
∀n ∈ N , on a N (fn ) = 0 + (n + 1)nxn−1 dx = n + 1.
0
Puisque lim (n + 1) = +∞, alors la suite (fn )n∈N∗ n’est pas une suite bornée de l’espace
n→+∞
vectoriel (E, N 0 ).
Remarque 1.9. La notion de suite bornée dépend bien sur de la norme utilisée.
Démonstration Par hypothèse, il existe deux réels strictement positifs tels que
αN ≤ N 0 ≤ βN . Soit (un )n∈N une suite d’éléments de E. On suppose la suite (un )n∈N bornée
pour la norme N . Il existe donc M ∈ R+ tel que ∀n ∈ N, N (un ) ≤ M .
Donc pour tout n ∈ N,
N 0 (un ) ≤ βN (un ) ≤ βM
Théorème 1.5. Soit (E, k.k) un K−espace vectoriel normé. L’ensemble l∞ (E) des suites d’élé-
ments de E qui sont bornées est un sous-espace vectoriel de (E N , +, .) avec E N est l’ensemble
des suites d’éléments de E.
De plus, l’application k.k∞ : (un )n∈N 7→ sup{kun k, n ∈ N} est une norme sur l∞ (E).
Définition 1.9. Soit (E, k.k) un K−espace vectoriel normé. Soient (un )n∈N une suite d’élément
de E et l ∈ E. La suite (un )n∈N converge vers l si et seulement si
La suite (un )n∈N converge si et seulement si il existe l ∈ E tel que la suite (un )n∈N converge
vers l, dans ce cas on écrit l = lim un ou simplement l = lim un . Dans le cas contraire, la
n→+∞
suite (un )n∈N diverge.
Remarque 1.10. (un )n∈N converge vers l ⇔ (un −l) converge vers 0E ⇔ (kun −lk)n∈N converge vers 0.
Théorème 1.6. Si une suite converge dans (E, k.k) vers une limite l, alors cette limite est
unique.
Démonstration Supposons que la suite (un )n∈N converge vers l et l0 deux éléments de E.
ε
Soit ε > 0. Il existe n1 ∈ N tel que pour n ≥ n1 , kun − lk ≤ ,
ε 2
0
et il existe n2 ∈ N tel que pour n ≥ n2 , kun − l k ≤ .
2
Soit n0 = max{n1 , n2 }, alors
ε ε
kl − l0 k ≤ kl − un0 k + kun0 − l0 k ≤ + = ε.
2 2
Exemple 1.15. Dans l’espace C 0 ([0, 1]) des fonctions continues sur [0, 1] à valeurs réelles, on
p
considère la suite fn (t) = n cos(t).
La suite (fn )n converge vers 1 au sens de la norme uniforme.
p p
En effet : On a : kfn − 1k∞ = sup | n cos(t) − 1| = 1 − n cos(1).
t∈[0,1]
√
n
D’autre part, pour 0 < x < 1 et grâce au théorème des accroissement finis(avec f (t) = t sur
[x, 1] ) il existe c ∈]x, 1[ tel que
1 1
√ 1 cn 1 tn
|1 − n x| = |1 − x| , ( car f 0 (t) = ),
n c n t
donc
√ 11 1 1 1
0 < |1 − n
x| ≤ |1 − x| , ( car c n ≤ 1 et ≤ ).
nx c x
1 − cos(1) 1
D’où, kfn − 1k∞ ≤ −→ 0.
cos(1) n n→+∞
Remarque 1.11. La notion de convergence est définie à partir d’une norme. Si on change de
norme dans l’espace vectoriel (et donc on change d’espace vectoriel normé), il est possible que
la suite considérée ne converge plus.
√
Exemple 1.16. Pour n ∈ N et x ∈ [0, 1], posons fn (x) = nxn . Chaque fn est un élément de
E = C 0 ([0, 1], R).
Pour tout n ∈ N, √
Z 1 √ n n
kfn k1 = nx dx = .
0 n+1
Ainsi lim kfn k1 = 0, et donc la suite (fn )n∈N converge vers la fonction nulle dans l’espace
n→+∞
vectoriel normé (E, k.k1 ).
D’autre part, pour tout n ∈ N
s
Z 1 r
n
kfn k2 = nx2n dx = .
0 2n + 1
1
Par suite, kfn k2 tend vers √ quand n tend vers +∞ et en particulier, kfn − 0k2 ne tend pas
2
vers 0 quand n tend vers +∞. Donc la suite (fn )n∈N ne converge pas vers la fonction nulle
dans l’espace vectoriel normé (E, k.k2 ).
Exemple 1.17.Z 1 Reprenons l’exemple 1.11 desZ normes N et N 0 définies sur E = C 1 ([0, 1], R)
1
par N (f ) = |f (x)| dx et N 0 (f ) = |f (0)| + |f 0 (x)| dx.
0 0
Montrer que N et N 0 ne sont pas deux normes équivalentes
En effet : Pour n ∈ N et x ∈ [0, 1], posons fn (x) = xn . La suite (fn )n est une suite
d’éléments de E.
1
Pour tout n ∈ N, on a N (fn ) = et N 0 (fn ) = 1.
n+1
Donc, la suite (fn )n converge vers 0 dans l’espace vectoriel normé (E, N ) et ne converge pas
vers 0 dans l’espace vectoriel normé (E, N 0 ).
On en déduit que les normes N et N 0 ne sont pas des normes équivalentes.
0 n
Exemple 1.18. Dans l’espace E = C ([0, 1], R) on considère la suite fn (x) = x + x et la
n
fonction f (x) = x. Z
1 Z 1
1
On a, kfn − f k1 = |fn (t) − f (t)| dt = tn dt =
−→ 0,
0 0 n + 1 n→+∞
on déduit que (fn )n converge vers f au sens de la norme k.k1 .
Mais comme kfn − f k∞ = sup (|fn (t) − f (t)|) = 1 donc la suite (fn )n ne converge pas vers f
t∈[0,1]
au sens de la norme uniforme.
On peut se demander si la suite (fn )n converge au sens de la norme uniforme vers une autre
limite différente de f (x) = x.
supposons qu’il existe une fonction g telle que kfn − gk∞ −→ 0,
n→+∞
alors on aurait lim kfn − gk1 = 0 (car k.k1 ≤ k.k∞ ), ce qui n’est possible que si g = f .
n→+∞
Remarque 1.12. Les inégalités k.k1 ≤ αk.k2 ≤ βk.k∞ montrent que toute suite (un )n qui
converge pour la norme uniforme converge aussi au sens des normes k.k1 et k.k2 , de même une
suite qui converge au sens de la norme k.k2 converge aussi au sens de la norme k.k1 .
Théorème 1.8. Si la suite (un )n∈N converge (pour la norme N ), alors la suite (un )n∈N est
bornée (pour la même norme N ).
Démonstration Soit (un )n∈N une suite d’éléments de E convergeant vers un certain élément
l de E. Il existe un entier n0 > 0 tel que pour n ≥ n0 , N (un − l) ≤ 1. Donc pour n ≥ n0 , on a
Théorème 1.9. Si la suite (un )n∈N converge vers l et la suite (vn )n∈N converge vers l0 , alors
pour tout (λ, µ) ∈ K, la suite (λun + µvn )n∈N converge vers λl + µl0 .
Autrement dit, l’ensemble des suites convergentes d’éléments de E est un espace vectoriel sur
K et l’application u 7→ lim u est une application linéaire de l’espace des suites convergentes
d’éléments de E vers E.
Démonstration Soient (un )n∈N et (vn )n∈N deux suites d’éléments de E et soient λ et µ
deux éléments de K. Supposons que la suite (un )n∈N converge vers l ∈ E et la suite (vn )n∈N
converge vers l0 ∈ E.
ε
Soit ε > 0. Il existe n1 ∈ N tel que pour n ≥ n1 , N (un − l) ≤
2(|λ| + 1)
0 ε
et il existe n2 ∈ N tel que pour n ≥ n2 , N (vn − l ) ≤ .
2(|µ| + 1)
Soit n0 = max{n1 , n2 }. Pour n ≥ n0 , on a
Théorème 1.10. Soient (un )n∈N une suite de E et (λn )n∈N une suite de K.
On suppose que la suite (un )n∈N converge vers l ∈ E et que la suite (λn )n∈N converge vers
λ ∈ K. Alors, la suite (λn un )n∈N converge vers λl.
Démonstration. Pour n ∈ N,
La suite (|λn |)n est une suite réelle bornée et la suite (N (un −l))n est une suite réelle convergeant
vers 0. Donc, |λn |N (un − l) tend vers 0 quand n tend vers +∞.
D’autre part, |λn − λ|N (l) tend vers 0 quand n tend vers +∞.
Par suite, |λn |N (un − l) + |λn − λ|N (l) tend vers 0 quand n tend vers +∞,
et finalement N (λn un − λl) tend vers 0 quand n tend vers +∞.
On en déduit que la suite (λn un )n converge vers λl.
Remarque 1.13. De façon plus générale, soit (E, N ) un e.v.n. muni d’un produit (e1 , e2 ) 7→
e1 .e2 distributif par rapport à l’addition et vérifiant pour tous scalaire λ.
λ(e1 .e2 ) = (λe1 ).e2 = e1 .(λe2 ) et tel que N (e1 .e2 ) ≤ N (e1 )N (e2 ).
Si la suite (un )n converge vers l et la suite (vn )n converge vers l0 , alors la suite (un vn )n converge
vers ll0 .
Théorème 1.11. Soit E un espace de dimension finie d ∈ N∗ . Soit B = (e1 , ..., ed ) une base
donnée de E. Soient (un )n∈N une suite d’éléments de E et l un élément de E.
X d d
X
Pour tout entier naturel n, on pose un = un,k ek et d’autre part, on pose l = lk ek .
k=1 k=1
La suite (un )n∈N converge vers l si et seulement si pour tout k ∈ {1, 2..., d}, la suite numérique
(un,k )n∈N converge vers le nombre lk .
Démonstration. Supposons que pour tout k ∈ {1, 2..., d}, la suite numérique (un,k )n∈N
d
X
converge vers le nombre lk . Alors, d’après les théorèmes 1.9 et 1.10, la suite (un )n∈N = (un,k )n∈N ek
k=1
d
X
converge vers lk ek ou encore la suite (un )n∈N converge vers l.
k=1
• Réciproquement, supposons que la suite (un ) converge vers l dans l’espace vectoriel normé
(E, k.k∞ ). Soit k ∈ {1, 2..., d}. Pour tout n ∈ N, |un,k − lk | ≤ kun − lk∞ .
Par hypothèse, kun − lk∞ tend vers 0 quand n tend vers +∞,
et donc pour tout k ∈ {1, 2..., d}, |un,k − lk | tend vers 0 quand n tend vers +∞ ou encore la
suite (un,k )n∈N converge vers lk .
Définition 1.10. Soit (E, N ) un espace vectoriel normé sur le corps K. une suite (un )n d’élé-
ments de E est dite de Cauchy si
Remarque 1.14. Notons qu’une suite (un )n d’éléments de (E, N ) est dite de Cauchy si et
seulement si lim N (un+k − un ) = 0 indépendamment de l’entier k.
n→∞
t2 tn
0
Exemple 1.19. Dans C ([0, 1], R) la suite fn (t) = t + + ... + est une suite de Cauchy
2 n n
pour la norme k.k1 .
En effet : On a
Z 1
kfn+k − fn k1 = fn+k (t) − fn (t) dt
0
1 1 1
= + + ... +
(n + 1)(n + 2) (n + 2)(n + 3) (n + k)(n + k + 1)
1 1 1 1 1 1
= ( − )+( − ) + ... + ( − )
(n + 1) (n + 2) (n + 2) (n + 3) (n + k) (n + k + 1)
1 1 1
= − < −→ 0,
(n + 1) (n + k + 1) (n + 1) n→+∞
0
donc (fn )n est de Cauchy dans C ([0, 1], R), k.k1 .
Théorème 1.12. Si les normes N et N 0 sont équivalentes, et si (un ) est une suite de E qui
est de Cauchy pour l’une d’entre elles, alors elle est de Cauchy pour l’autre.
Remarques 1.15. 1) Dans un e.v.n. (E, N ), si une suite converge alors elle est de Cauchy.
En effet :
2) La réciproque de ce résultat est fausse. Il y’a des espaces vectoriels normés qui possèdent
des suites de Cauchy non convergentes.
En effet : Par exemple, dans l’espace (C 0 ([0, 2]), k.k1 , on considère la suite suivante
1
0 si 0 ≤ x ≤ 1 −
n
1
un (x) = 1 + n(x − 1) si 1 − ≤ x ≤ 1
n
1 si 1 ≤ x ≤ 2.
1 1 1
Pour p, q ∈ N on a kup − uq k1 = ( − ) −→ 0,
2 p q p,q→+∞
donc (un )n est une suite de Cauchy dans (C 0 ([0, 2]), k.k1 ).
D’autre part, la suite (un )n converge simplement sur l’intervalle [0, 2] vers la fonction
0 si x ∈ [0, 1[
u(x) =
1 si x ∈ [1, 2],
(c-à-d : pour tout x fixé (un (x))n converge vers u(x)).
Puisque la fonction u(x) n’est pas continue sur [0,2], alors la suite (un )n ne converge pas dans
l’espace (C 0 ([0, 2]), k.k1 ).
Définition 1.11. Un e.v.n. (E, N ), est dit complet si toute suite de Cauchy d’éléménts de E
est convergente dans (E, N ). On dit aussi que (E, N ) est un espace de Banach.
Théorème 1.13. Soit E un espace vectoriel normé, si E est complet pour une norme N alors
il reste complet pour toute norme N 0 équivalente à N .
Démonstration. Si N 0 est une norme sur E équivalente à N , et si (un ) est une suite de
Cauchy pour N 0 et d’après le Théorème 1.12 elle est de Cauchy pour N , donc convergente
pour cette norme, et d’après le Théorème 1.7 elle va converger dans (E, N 0 ), donc (E, N 0 ) est
complet.
Théorème 1.14. Tout K−espace vectoriel de dimension finie est un espace de Banach.
d
X
Démonstration. Soit (e1 , ..., ed ) une base de E muni de la norme k.k1 (avec k xi ei k1 =
i=1
d
X
|xi |) et soit un = (un,1 , ..., un,d ) une suite de Cauchy dans (E, k.k1 ) c’est à dire
i=1 n n
d
X
lim kun+k − un k1 = 0 ⇒ lim |u(n+k),i − un,i | = 0.
n→∞ n→∞
i=1
donc les suites numériques coordonnées {(un,1 )n , ..., (un,d )n } sont des suites de Cauchy dans
K. Comme K est complet alors chaque suite (un,i )n converge vers une limite li , c’est à dire
lim |un,i − li | = 0 pour tous les indices i = 1, 2, ..., d.
n→∞
Par conséquent la suite (un ) est convergente vers l = (l1 , l2 , ..., ld ) dans (E, k.k1 ).
d’où (E, k.k1 ) est un espace de Banach.
Remarque 1.16. Le cas des espaces de fonctions est différent, par exemple l’espaces C 0 ([a, b]),
ou CP (T ). Ces deux espaces ne sont pas complets pour les normes k.k1 et k.k2 alors qu’ils sont
complets pour la norme k.k∞ .
En effet.
• a) (C 0 ([0, 1]), k.k1 ) n’est pas complet :
t2 t3 tn
Considérons la suite (gn )n définie par gn (t) = t+ + +....+ . Nous avons vu dans l’exemple
2 3 n
1.19 que (gn )n est une suite de Cauchy dans (C 0 ([0, 1]), k.k1 ).
D’autre part, pour t ∈ [0, 1] la suite (gn (t))n converge vers g(t) = − ln(1 − t), et que cette
convergence est uniforme sur tout intervalle [0, A] avec A < 1. En effet :
n +∞ k +∞ +∞
X tk X t X tk X Ak
sup |gn (t) − g(t)| = sup | − | = sup | |≤ −→ 0
t∈[0,A] t∈[0,A] k=1
k k=1
k t∈[0,A] k=n+1 k k=n+1
k n→+∞
Comme 0 ≤ un < kgn − gek1 −→ 0, alors la suite (un ) est convergente vers 0.
n→+∞
De même nous avons 0 ≤ vn < A, sup |gn (t)−g(t)| −→ 0, (car (gn )n converge uniformément
t∈[0,A] n→+∞
vers g sur [0, A]), donc la suite (vn ) est convergente vers 0. Z A
Il en résulte que (un + vn ) converge vers 0, et comme un + vn ≥ |g(t) − ge(t)| dt alors
Z A 0
|g(t) − ge(t)| dt = 0 donc on aurait ge(t) = g(t) = − ln(1 − t) sur [0, A]. Ceci est valable
0
pour tout A < 1, donc ge(t) = g(t) = − ln(1 − t) sur [0, 1[, ce qui est impossible car ge doit être
continue sur [0, 1], alors que lim ln(1 − t) = ∞.
t→1
0
• b) (C ([0, 1]), k.k2 ) n’est pas complet :
Reprenons la même suite précédente (gn )n . Elle est une suite de Cauchy dans (C 0 ([0, 1]), k.k2 ).
En effet :
1
x2n 1
Z
1
kgn − gn−1 k2 = 2
= √ .
0 n 2 n 2n + 1
n
X 1 X 1
Posons Sn = √ , on a kgp − gn k2 ≤ |Sp − Sn |. Or la serie √ est conver-
k=1
k 2k + 1 n
n 2n + 1
gente, donc la suite de ses sommes partielles (Sn ) est de Cauchy.
Par ailleurs, cette suite n’est pas convergente pour k.k2 , car sinon elle le serait au sens de k.k1
ce qui est impossible d’après a).
• c) (C 0 ([0, 1]), k.k∞ ) est complet :
Soit (gn )n une suite de Cauchy dans (C 0 ([0, 1]), k.k∞ ), on a pour tout t ∈ [0, 1]
donc le suite (gn (t))n est de Cauchy dans R. Elle a donc une limite que nous noterons g(t), ceci
définit une fonction g. Il faudrait vérifier que g ∈ C 0 ([0, 1]) et que kgn − gk∞ −→ 0.
n→+∞
En effet : Soit ε > 0 puisque (gn )n est une suite de Cauchy il existe n0 tel que pour n ≥ n0 et
p ≥ n0 . on a pour tout t ∈ [0, 1], |gn (t) − gp (t)| < ε.
Pour n ≥ n0 fixé et faisant tendre p vers l’infini, on obtient
c-à-d sup |gn (t) − g(t)| < ε donc g est la limite uniforme de (gn ).
t∈[0,1]
Reste à montrer que g est continue.
ε
Soit ε > 0, il existe n tel que pour tout t ∈ [0, 1], |gn (t) − g(t)| < , or gn est continue, donc
3 ε
pour tout t0 il existe un η > 0 tel que |t − t0 | < η, t ∈ [0, 1] ⇒ |gn (t) − gn (t0 )| < .
3
Ainsi pour |t − t0 | < η on a
|g(t) − g(t0 )| ≤ |g(t) − gn (t)| + |gn (t) − gn (t0 )| + |gn (t0 ) − g(t0 )| < ε.
D’où la continuité de g.
Semestre S3
1
Table des matières
1.1 Normes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
[Link] Exemples des normes dans le cas des e.v.n. de dimension finie . 5
1.5.1 Boules . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
1.5.2 Voisinages . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
2
3 TABLE DES MATIÈRES
1.5.3 Ouverts . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
1.5.4 Fermés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
1.1 Normes
Définition 1.1. Soit E un K−espace vectoriel. Une norme sur E est une application N de
E dans R+ vérifiant les quatre axiomes :
1) ∀x ∈ E, N (x) = 0 ⇒ x = 0 (axiome de séparation).
2) ∀x ∈ E, ∀λ ∈ K, N (λx) = |λ|N (x) (homogénéite).
3) ∀(x, y) ∈ E 2 , N (x + y) ≤ N (x) + N (y) (inégalité triangulaire).
Une norme est souvent notée k.k : x 7→ kxk.
Définition 1.2. Un espace vectoriel normé (e.v.n.) est un couple (E, N ) où E est un
K−espace vectoriel et N est une norme sur E.
4
5 Chapitre 1. Espaces vectoriels normés
Définition 1.3. Soient (E, NE ) et (F, NF ) deux e.v.n. une application f : E → F est dite
Lipschitzienne s’il existe un réel k > 0 tel que pour tous (x, y) ∈ E 2
Remarque 1.2. L’inégalité triangulaire inverse |N (x) − N (y)| ≤ N (x − y) implique que l’ap-
plication x 7→ N (x) est Lipschitzienne de (E, N ) dans (R+ , |.|).
[Link] Exemples des normes dans le cas des e.v.n. de dimension finie
Remarque 1.3. Plus généralement, sur un espace vectoriel on peut avoir plusieurs normes,
peut-être même une infinité de norme distinctes.
n
X p1
n ∗ p
par exemple dans K , ∀p ∈ N , on pose kxkp = |xk | .
k=1
[Link] sont des normes sur Kn .
Exemple 1.3. Si (E, (., .)) est un espace prehilbertien réel (espace vectoriel muni d’un produit
p
scalaire), alors k.k : x 7→ kxk = (x, x) est une norme sur E, appelée la norme hilbertienne
associée au produit scalaire (., .).
Exemple 1.4. Soit E = B(I, K) (espace des fonctions bornées sur l’intervalle I de R à valeurs
dans K) que l’on peut aussi noté L∞ (I, K). Pour f ∈ E, on pose
En effet : • Soit f ∈ E. f est bornée sur I et donc |f | admet sur I une borne supérieure
dans R.
k.k∞ est donc une application de E dans R. De plus pour f ∈ E, ona |f | est positive sur I et
donc kf k∞ est un réel positif.
• Soit f ∈ E,
kf k∞ = 0 ⇒ ∀x ∈ I, |f (x)| ≤ 0 ⇒ ∀x ∈ I, f (x) = 0 ⇒ f = 0.
Ainsi, kf k∞ + kgk∞ est un majorant de {|f (x) + g(x)|, x ∈ I}. Puisque kf + gk∞ est le plus
petit de ces majorants, donc kf + gk∞ ≤ kf k∞ + kgk∞ .
Finalement k.k∞ est effectivement une norme dans B(I, K).
Exemple 1.6. Soit E = L2 (I, K) l’espace des fonctions continuessde carré intégrable sur l’in-
Z
tervalle I de R à valeurs dans K. Pour f ∈ E, on pose : kf k2 = |f (x)|2 dx.
I
k.k2 est une norme sur E appelée norme de la convergence en moyenne quadratique.
Remarque 1.4. Dans le cas particulier où E = C 0 ([a, b], K), (l’espace des fonctions continues
sur un intervalle borné [a, b]). k.k1 , k.k2 et k.k∞ sont trois normes sur E, et il existe deux
constantes positive α et β tel que k.k1 ≤ αk.k2 ≤ βk.k∞ .
(à faire en exercice).
Exemple 1.7. Soit E = l∞ (K) l’espace des suites bornées d’éléments de K. Pour u ∈ E, on
pose : kuk∞ = sup{|un |, n ∈ N}.
k.k∞ est une norme sur E.
(à faire en exercice).
Exemple 1.9. Soit E =vl2 (K) l’espace des suites de carré sommable d’éléments de K. Pour
u +∞
uX
u ∈ E, on pose : kuk2 = t |un |2 .
n=0
k.k2 est une norme sur E. (à faire en exercice).
Définition 1.4. Soient E un K−espace vectoriel puis N et N 0 deux normes sur E. On dit que
N est équivalente à N 0 si et seulement si il existe deux réels strictement positifs α et β tels
que
∀x ∈ E, αN (x) ≤ N 0 (x) ≤ βN (x).
Théorème 1.1. Soit E un K−espace vectoriel. La relation "N est équivalente à N 0 " est une
relation d’équivalence sur l’ensemble des normes sur E.
1 0 1
N (x) ≤ N (x) ≤ N 0 (x).
β α
1 1
Puisque , ∈ R+∗ alors N 0 RN . Ceci montre que R est symétrique.
α β
• Montrons que R est transitive.
Soient N, N 0 et N 00 trois normes sur E. Supposons N RN 0 et N 0 RN 00 , c-à-d il existe quatre
réels strictement positifs α, β, α0 et β 0 , tels que, pour tout x de E,
Puisque αα0 et ββ 0 sont deux réels strictement positifs, alors N RN 00 . Ceci montre que R est
transitive.
Finalement, R est une relation d’équivalence sur l’ensemble des normes sur E.
Théorème 1.2. Dans un espace vectoriel de dimension finie, toutes les normes sont équiva-
lentes.
Démonstration Soit E un K−espace vectoriel de dimension finie n. Soit (e1 , ..., en ) une
base de E. On choisit sur E la norme
n
X n
X 21 n
X
2
kxk2 = k xi e i k = |xi | avec x = xi e i .
i=1 i=1 i=1
donc ρ possède une borne supérieur M > 0 et une borne inférieure m > 0 sur SE . c-à-d ∀x ∈ SE
on a 0 < m ≤ ρ(x) ≤ M .
x
Maintenant, ∀x ∈ E \ {0} on a ∈ SE ,
kxk2
donc
x
m≤ρ ≤M
kxk2
donc ∀x ∈ E, on a mkxk2 ≤ ρ(x) ≤ M kxk2 , ceci étant trivial pour x = 0.
Exemple 1.10. Sur l’espace vectoriel de dimension finie E = Rn . Les trois normes k.k1 , k.k2
et k.k∞ définies dans l’exemple 1.2 sont équivalentes, et ∀x ∈ Rn on a
n
X n
X
n
En effet • Pour tout x = (x1 , ..., xn ) ∈ R , kxk1 = |xi | ≤ kxk∞ = nkxk∞ .
i=1 i=1
Inversement, si i0 est un indice tel que kxk∞ = |xi0 |, alors
Donc, k.k∞ ≤ k.k1 ≤ nk.k∞ . Ceci montre que kxk1 et kxk∞ sont deux normes équivalentes.
• Pour tout x = (x1 , ..., xn ) ∈ Rn ,
v v
u n u n
u X
2
uX √
kxk2 = t |xi | ≤ t kxk2∞ = nkxk∞
i=1 i=1
Remarque 1.5. On peut obtenir directement des inégalités entre k.k1 et k.k2 sans passer par
k.k∞ .
D’autre part,
v v
u n s u n n
2 X
uX X u X
kxk2 = t 2
|xi | ≤ |xi ||xj | = t |xi | = |xi | = kxk1 .
i=1 1≤i,j≤n i=1 i=1
Remarque 1.6. Quand E est un K−espace vectoriel de dimension infinie, il est possible que
deux normes données sur E ne soient pas des normes équivalentes.
Exemple 1.11. Soit E = C 1 ([0, 1], R),l’espace des fonctions de classe C 1 de [0, 1] vers R on
pose : Z 1 Z 1
0
N (f ) = |f (x)| dx et N (f ) = |f (0)| + |f 0 (x)| dx.
0 0
1) Montrer que N 0 est une norme sur E, et que l’on a N ≤ N 0 .
2) Vérifier que N et N 0 ne sont pas équivalentes.
En effet 1) • Soit f ∈ E. f 0 est alors définie et continue Z sur le segment [0, 1].
1
On en déduit que N 0 (f ) existe dans R et N 0 (f ) = |f (0)| + |f 0 (x)| dx ≥ 0.
Z 1 0
• Soit (f, g) ∈ E 2 .
Z 1
0
N (f + g) = |f (0) + g(0)| + |f 0 (x) + g 0 (x)| dx
Z 1 0 Z 1
0
≤ |f (0)| + |f (x)|dx + |g(0)| + |g 0 (x)|dx
0 0
= N 0 (f ) + N 0 (g).
≤ |f (0)| + |f 0 (t)|dt = N 0 (f ).
0
Z 1 Z 1
Par suite, N (f ) = |f (x)|dx ≤ N 0 (f )dx = N 0 (f ), donc N ≤ N 0 .
0 0
2) Pour n ∈ N∗ et x ∈ [0, 1], posons fn (x) = xn .
1
Chaque fn est un élément de E tel que N (fn ) = et N 0 (fn ) = 1.
n+1
Supposons par l’absurde qu’il existe un réel strictement positif α tel que αN 0 ≤ N .
En particulier, pour tout n ∈ N∗ , αN 0 (fn ) ≤ N (fn ), ou encore
1
∀n ∈ N∗ , 0 < α ≤
n+1
kf k1 ≤ T kf k∞
√
kf k2 ≤ T kf k∞
√
kf k1 ≤ T kf k2 (d’après inégalité de Cauchy Schwarz).
Mais, si pour tout n ∈ N∗ , on considère la fonction fn définie sur [0, T ] par
2
n T
x si 0 ≤ x ≤
T 2 n
fn (x) = −n T 2T
x + 2n si ≤x≤
T n n
0 sinon
Nous avons alors
kfn k∞ = n
kfn k1 = T
r
2
kfn k2 = Tn
3
et il est facile de voir qu’on ne peut pas trouver des constantes c, c0 , c00 telles que pour tout n
on ait
kfn k∞ = n ≤ ckfn k1 = cT
r
2
kfn k∞ = n ≤ c0 kfn k2 = c0 Tn
r 3
2
kfn k2 = T n ≤ c00 kfn k1 = c00 T.
3
Théorème 1.3. Soient (E1 , N1 ), ..., (Ek , Nk ) des K−espaces vectoriels normes.
Pour x = (x1 , ..., xk ) ∈ E1 × ... × Ek , on pose N (x) = M ax{Ni (xi ), 1 ≤ i ≤ k}. Alors, N est
une norme sur E1 × ... × Ek .
Définition 1.5. Soit E un ensemble, une distance sur E est une application
d : E × E −→ R+
(x, y) 7→ d(x, y)
vérifiant :
1) d(x, y) = 0 ⇔ x = y, ∀(x, y) ∈ E × E,
2) d(x, y) = d(y, x), ∀(x, y) ∈ E × E,
3) d(x, z) ≤ d(x, y) + d(y, z), ∀(x, y, z) ∈ E × E × E.
Le couple (E, d) est appelé espace métrique.
Définition 1.6. Soit (E, N ) un espace vectoriel normé, on appelle distance associée à la
norme N l’application d de E × E dans R+ définie par :
Remarques 1.7. 1) A partir des propriétés de N on vérifie facilement que d(x, y) = N (x−
y) est une distance sur E.
2) La distance d(., .) ainsi définie vérifie en plus
d(x + z, y + z) = d(x, y)
d(λx, λy) = |λ|d(x, y).
3) Les espaces vectoriels normés sont des cas particuliers d’espaces métriques.
u : N −→ E
n −→ un .
Définition 1.8. Soit (E, k.k) un K−espace vectoriel normé. Soit (un )n∈N une suite de E.
Donc, la suite (fn )n∈N∗ est une suite bornée de l’espace vectoriel (E, N ).
Z 1
∗ 0
∀n ∈ N , on a N (fn ) = 0 + (n + 1)nxn−1 dx = n + 1.
0
Puisque lim (n + 1) = +∞, alors la suite (fn )n∈N∗ n’est pas une suite bornée de l’espace
n→+∞
vectoriel (E, N 0 ).
Remarque 1.9. La notion de suite bornée dépend bien sur de la norme utilisée.
Démonstration Par hypothèse, il existe deux réels strictement positifs tels que
αN ≤ N 0 ≤ βN . Soit (un )n∈N une suite d’éléments de E. On suppose la suite (un )n∈N bornée
pour la norme N . Il existe donc M ∈ R+ tel que ∀n ∈ N, N (un ) ≤ M .
Donc pour tout n ∈ N,
N 0 (un ) ≤ βN (un ) ≤ βM
Théorème 1.5. Soit (E, k.k) un K−espace vectoriel normé. L’ensemble l∞ (E) des suites d’élé-
ments de E qui sont bornées est un sous-espace vectoriel de (E N , +, .) avec E N est l’ensemble
des suites d’éléments de E.
De plus, l’application k.k∞ : (un )n∈N 7→ sup{kun k, n ∈ N} est une norme sur l∞ (E).
Définition 1.9. Soit (E, k.k) un K−espace vectoriel normé. Soient (un )n∈N une suite d’élément
de E et l ∈ E. La suite (un )n∈N converge vers l si et seulement si
La suite (un )n∈N converge si et seulement si il existe l ∈ E tel que la suite (un )n∈N converge
vers l, dans ce cas on écrit l = lim un ou simplement l = lim un . Dans le cas contraire, la
n→+∞
suite (un )n∈N diverge.
Remarque 1.10. (un )n∈N converge vers l ⇔ (un −l) converge vers 0E ⇔ (kun −lk)n∈N converge vers 0.
Théorème 1.6. Si une suite converge dans (E, k.k) vers une limite l, alors cette limite est
unique.
Démonstration Supposons que la suite (un )n∈N converge vers l et l0 deux éléments de E.
ε
Soit ε > 0. Il existe n1 ∈ N tel que pour n ≥ n1 , kun − lk ≤ ,
ε 2
0
et il existe n2 ∈ N tel que pour n ≥ n2 , kun − l k ≤ .
2
Soit n0 = max{n1 , n2 }, alors
ε ε
kl − l0 k ≤ kl − un0 k + kun0 − l0 k ≤ + = ε.
2 2
Exemple 1.15. Dans l’espace C 0 ([0, 1]) des fonctions continues sur [0, 1] à valeurs réelles, on
p
considère la suite fn (t) = n cos(t).
La suite (fn )n converge vers 1 au sens de la norme uniforme.
p p
En effet : On a : kfn − 1k∞ = sup | n cos(t) − 1| = 1 − n cos(1).
t∈[0,1]
√
n
D’autre part, pour 0 < x < 1 et grâce au théorème des accroissement finis(avec f (t) = t sur
[x, 1] ) il existe c ∈]x, 1[ tel que
1 1
√ 1 cn 1 tn
|1 − n x| = |1 − x| , ( car f 0 (t) = ),
n c n t
donc
√ 11 1 1 1
0 < |1 − n
x| ≤ |1 − x| , ( car c n ≤ 1 et ≤ ).
nx c x
1 − cos(1) 1
D’où, kfn − 1k∞ ≤ −→ 0.
cos(1) n n→+∞
Remarque 1.11. La notion de convergence est définie à partir d’une norme. Si on change de
norme dans l’espace vectoriel (et donc on change d’espace vectoriel normé), il est possible que
la suite considérée ne converge plus.
√
Exemple 1.16. Pour n ∈ N et x ∈ [0, 1], posons fn (x) = nxn . Chaque fn est un élément de
E = C 0 ([0, 1], R).
Pour tout n ∈ N, √
Z 1 √ n n
kfn k1 = nx dx = .
0 n+1
Ainsi lim kfn k1 = 0, et donc la suite (fn )n∈N converge vers la fonction nulle dans l’espace
n→+∞
vectoriel normé (E, k.k1 ).
D’autre part, pour tout n ∈ N
s
Z 1 r
n
kfn k2 = nx2n dx = .
0 2n + 1
1
Par suite, kfn k2 tend vers √ quand n tend vers +∞ et en particulier, kfn − 0k2 ne tend pas
2
vers 0 quand n tend vers +∞. Donc la suite (fn )n∈N ne converge pas vers la fonction nulle
dans l’espace vectoriel normé (E, k.k2 ).
On peut se demander si la suite (fn )n converge au sens de la norme k.k2 vers une autre limite
g différente de la fonction nulle.
supposons qu’il existe une fonction g 6= 0 telle que kfn − gk2 −→ 0,
n→+∞
alors on aurait lim kfn −gk1 = 0 (car k.k1 ≤ αk.k2 ), ce qui n’est possible que si g = 0 (d’après
n→+∞
l’unicité de la limite).
Remarque 1.12. Les inégalités k.k1 ≤ αk.k2 ≤ βk.k∞ montrent que toute suite (un )n qui
converge pour la norme uniforme converge aussi au sens des normes k.k1 et k.k2 , de même une
suite qui converge au sens de la norme k.k2 converge aussi au sens de la norme k.k1 .
ε
∀ε > 0, ∃n0 ∈ N / ∀n ∈ N, (n ≥ n0 ⇒ N (un − l) ≤
β
ε
N 0 (un − l) ≤ βN (un − l) ≤ β .
β
Exemple 1.17.Z 1 Reprenons l’exemple 1.11 desZ normes N et N 0 définies sur E = C 1 ([0, 1], R)
1
par N (f ) = |f (x)| dx et N 0 (f ) = |f (0)| + |f 0 (x)| dx.
0 0
Montrer que N et N 0 ne sont pas deux normes équivalentes
En effet : Pour n ∈ N et x ∈ [0, 1], posons fn (x) = xn . La suite (fn )n est une suite
d’éléments de E.
1
Pour tout n ∈ N, on a N (fn ) = et N 0 (fn ) = 1.
n+1
Donc, la suite (fn )n converge vers 0 dans l’espace vectoriel normé (E, N ) et ne converge pas
vers 0 dans l’espace vectoriel normé (E, N 0 ).
On en déduit que les normes N et N 0 ne sont pas des normes équivalentes.
0 n
Exemple 1.18. Dans l’espace E = C ([0, 1], R) on considère la suite fn (x) = x + x et la
n
fonction f (x) = x. Z
1 Z 1
1
On a, kfn − f k1 = |fn (t) − f (t)| dt = tn dt =
−→ 0,
0 0 n + 1 n→+∞
on déduit que (fn )n converge vers f au sens de la norme k.k1 .
Mais comme kfn − f k∞ = sup (|fn (t) − f (t)|) = 1 donc la suite (fn )n ne converge pas vers f
t∈[0,1]
au sens de la norme uniforme.
On peut se demander si la suite (fn )n converge au sens de la norme uniforme vers une autre
limite différente de f (x) = x.
supposons qu’il existe une fonction g telle que kfn − gk∞ −→ 0,
n→+∞
alors on aurait lim kfn − gk1 = 0 (car k.k1 ≤ k.k∞ ), ce qui n’est possible que si g = f .
n→+∞
Théorème 1.8. Si la suite (un )n∈N converge (pour la norme N ), alors la suite (un )n∈N est
bornée (pour la même norme N ).
Démonstration Soit (un )n∈N une suite d’éléments de E convergeant vers un certain élément
l de E. Il existe un entier n0 > 0 tel que pour n ≥ n0 , N (un − l) ≤ 1. Donc pour n ≥ n0 , on a
Théorème 1.9. Si la suite (un )n∈N converge vers l et la suite (vn )n∈N converge vers l0 , alors
pour tout (λ, µ) ∈ K, la suite (λun + µvn )n∈N converge vers λl + µl0 .
Autrement dit, l’ensemble des suites convergentes d’éléments de E est un espace vectoriel sur
K et l’application u 7→ lim u est une application linéaire de l’espace des suites convergentes
d’éléments de E vers E.
Démonstration Soient (un )n∈N et (vn )n∈N deux suites d’éléments de E et soient λ et µ
deux éléments de K. Supposons que la suite (un )n∈N converge vers l ∈ E et la suite (vn )n∈N
converge vers l0 ∈ E.
ε
Soit ε > 0. Il existe n1 ∈ N tel que pour n ≥ n1 , N (un − l) ≤
2(|λ| + 1)
0 ε
et il existe n2 ∈ N tel que pour n ≥ n2 , N (vn − l ) ≤ .
2(|µ| + 1)
Théorème 1.10. Soient (un )n∈N une suite de E et (λn )n∈N une suite de K.
On suppose que la suite (un )n∈N converge vers l ∈ E et que la suite (λn )n∈N converge vers
λ ∈ K. Alors, la suite (λn un )n∈N converge vers λl.
Démonstration. Pour n ∈ N,
La suite (|λn |)n est une suite réelle bornée et la suite (N (un −l))n est une suite réelle convergeant
vers 0. Donc, |λn |N (un − l) tend vers 0 quand n tend vers +∞.
D’autre part, |λn − λ|N (l) tend vers 0 quand n tend vers +∞.
Par suite, |λn |N (un − l) + |λn − λ|N (l) tend vers 0 quand n tend vers +∞,
et finalement N (λn un − λl) tend vers 0 quand n tend vers +∞.
On en déduit que la suite (λn un )n converge vers λl.
Remarque 1.13. De façon plus générale, soit (E, N ) un e.v.n. muni d’un produit (e1 , e2 ) 7→
e1 .e2 distributif par rapport à l’addition et vérifiant pour tous scalaire λ.
λ(e1 .e2 ) = (λe1 ).e2 = e1 .(λe2 ) et tel que N (e1 .e2 ) ≤ N (e1 )N (e2 ).
Si la suite (un )n converge vers l et la suite (vn )n converge vers l0 , alors la suite (un vn )n converge
vers ll0 .
Théorème 1.11. Soit E un espace de dimension finie d ∈ N∗ . Soit B = (e1 , ..., ed ) une base
donnée de E. Soient (un )n∈N une suite d’éléments de E et l un élément de E.
X d d
X
Pour tout entier naturel n, on pose un = un,k ek et d’autre part, on pose l = lk ek .
k=1 k=1
La suite (un )n∈N converge vers l si et seulement si pour tout k ∈ {1, 2..., d}, la suite numérique
(un,k )n∈N converge vers le nombre lk .
Démonstration. Supposons que pour tout k ∈ {1, 2..., d}, la suite numérique (un,k )n∈N
d
X
converge vers le nombre lk . Alors, d’après les théorèmes 1.9 et 1.10, la suite (un )n∈N = (un,k )n∈N ek
k=1
d
X
converge vers lk ek ou encore la suite (un )n∈N converge vers l.
k=1
• Réciproquement, supposons que la suite (un ) converge vers l dans l’espace vectoriel normé
(E, k.k∞ ). Soit k ∈ {1, 2..., d}. Pour tout n ∈ N, |un,k − lk | ≤ kun − lk∞ .
Par hypothèse, kun − lk∞ tend vers 0 quand n tend vers +∞,
et donc pour tout k ∈ {1, 2..., d}, |un,k − lk | tend vers 0 quand n tend vers +∞ ou encore la
suite (un,k )n∈N converge vers lk .
Définition 1.10. Soit (E, N ) un espace vectoriel normé sur le corps K. une suite (un )n d’élé-
ments de E est dite de Cauchy si
Remarque 1.14. Notons qu’une suite (un )n d’éléments de (E, N ) est dite de Cauchy si et
seulement si lim N (un+k − un ) = 0 indépendamment de l’entier k.
n→∞
t2 tn
0
Exemple 1.19. Dans C ([0, 1], R) la suite fn (t) = t + + ... + est une suite de Cauchy
2 n n
pour la norme k.k1 .
En effet : On a
Z 1
kfn+k − fn k1 = fn+k (t) − fn (t) dt
0
1 1 1
= + + ... +
(n + 1)(n + 2) (n + 2)(n + 3) (n + k)(n + k + 1)
1 1 1 1 1 1
= ( − )+( − ) + ... + ( − )
(n + 1) (n + 2) (n + 2) (n + 3) (n + k) (n + k + 1)
1 1 1
= − < −→ 0,
(n + 1) (n + k + 1) (n + 1) n→+∞
0
donc (fn )n est de Cauchy dans C ([0, 1], R), k.k1 .
Théorème 1.12. Si les normes N et N 0 sont équivalentes, et si (un ) est une suite de E qui
est de Cauchy pour l’une d’entre elles, alors elle est de Cauchy pour l’autre.
Remarques 1.15. 1) Dans un e.v.n. (E, N ), si une suite converge alors elle est de Cauchy.
En effet :
2) La réciproque de ce résultat est fausse. Il y’a des espaces vectoriels normés qui possèdent
des suites de Cauchy non convergentes.
En effet : Par exemple, dans l’espace (C 0 ([0, 2]), k.k1 , on considère la suite suivante
1
0 si 0 ≤ x ≤ 1 −
n
1
un (x) = 1 + n(x − 1) si 1 − ≤ x ≤ 1
n
1 si 1 ≤ x ≤ 2.
1 1 1
Pour p, q ∈ N on a kup − uq k1 = ( − ) −→ 0,
2 p q p,q→+∞
donc (un )n est une suite de Cauchy dans (C 0 ([0, 2]), k.k1 ).
D’autre part, la suite (un )n converge simplement sur l’intervalle [0, 2] vers la fonction
0 si x ∈ [0, 1[
u(x) =
1 si x ∈ [1, 2],
(c-à-d : pour tout x fixé (un (x))n converge vers u(x)).
Puisque la fonction u(x) n’est pas continue sur [0,2], alors la suite (un )n ne converge pas dans
l’espace (C 0 ([0, 2]), k.k1 ).
Définition 1.11. Un e.v.n. (E, N ), est dit complet si toute suite de Cauchy d’éléménts de E
est convergente dans (E, N ). On dit aussi que (E, N ) est un espace de Banach.
Théorème 1.13. Soit E un espace vectoriel normé, si E est complet pour une norme N alors
il reste complet pour toute norme N 0 équivalente à N .
Démonstration. Si N 0 est une norme sur E équivalente à N , et si (un ) est une suite de
Cauchy pour N 0 et d’après le Théorème 1.12 elle est de Cauchy pour N , donc convergente
pour cette norme, et d’après le Théorème 1.7 elle va converger dans (E, N 0 ), donc (E, N 0 ) est
complet.
Théorème 1.14. Tout K−espace vectoriel de dimension finie est un espace de Banach.
d
X
Démonstration. Soit (e1 , ..., ed ) une base de E muni de la norme k.k1 (avec k xi ei k1 =
i=1
d
X
|xi |) et soit un = (un,1 , ..., un,d ) une suite de Cauchy dans (E, k.k1 ) c’est à dire
i=1 n n
d
X
lim kun+k − un k1 = 0 ⇒ lim |u(n+k),i − un,i | = 0.
n→∞ n→∞
i=1
donc les suites numériques coordonnées {(un,1 )n , ..., (un,d )n } sont des suites de Cauchy dans
K. Comme K est complet alors chaque suite (un,i )n converge vers une limite li , c’est à dire
lim |un,i − li | = 0 pour tous les indices i = 1, 2, ..., d.
n→∞
Par conséquent la suite (un ) est convergente vers l = (l1 , l2 , ..., ld ) dans (E, k.k1 ).
d’où (E, k.k1 ) est un espace de Banach.
Remarque 1.16. Le cas des espaces de fonctions est différent, par exemple l’espaces C 0 ([a, b]),
ou CP (T ). Ces deux espaces ne sont pas complets pour les normes k.k1 et k.k2 alors qu’ils sont
complets pour la norme k.k∞ .
En effet.
• a) (C 0 ([0, 1]), k.k1 ) n’est pas complet :
t2 t3 tn
+ +....+ . Nous avons vu dans l’exemple
Considérons la suite (gn )n définie par gn (t) = t+
2 3 n
0
1.19 que (gn )n est une suite de Cauchy dans (C ([0, 1]), k.k1 ).
D’autre part, pour t ∈ [0, 1] la suite (gn (t))n converge vers g(t) = − ln(1 − t), et que cette
convergence est uniforme sur tout intervalle [0, A] avec A < 1. En effet :
n +∞ k +∞ +∞
X tk X t X tk X Ak
sup |gn (t) − g(t)| = sup | − | = sup | |≤ −→ 0
t∈[0,A] t∈[0,A] k=1
k k=1
k t∈[0,A] k=n+1 k k=n+1
k n→+∞
Comme 0 ≤ un < kgn − gek1 −→ 0, alors la suite (un ) est convergente vers 0.
n→+∞
De même nous avons 0 ≤ vn < A, sup |gn (t)−g(t)| −→ 0, (car (gn )n converge uniformément
t∈[0,A] n→+∞
vers g sur [0, A]), donc la suite (vn ) est convergente vers 0. Z A
Il en résulte que (un + vn ) converge vers 0, et comme un + vn ≥ |g(t) − ge(t)| dt alors
0
Z A
|g(t) − ge(t)| dt = 0 donc on aurait ge(t) = g(t) = − ln(1 − t) sur [0, A]. Ceci est valable
0
pour tout A < 1, donc ge(t) = g(t) = − ln(1 − t) sur [0, 1[, ce qui est impossible car ge doit être
continue sur [0, 1], alors que lim ln(1 − t) = ∞.
t→1
• b) (C 0 ([0, 1]), k.k2 ) n’est pas complet :
Reprenons la même suite précédente (gn )n . Elle est une suite de Cauchy dans (C 0 ([0, 1]), k.k2 ).
En effet :
1
x2n 1
Z
1
kgn − gn−1 k2 = 2
= √ .
0 n 2 n 2n + 1
n
X 1 X 1
Posons Sn = √ , on a kgp − gn k2 ≤ |Sp − Sn |. Or la serie √ est conver-
k=1
k 2k + 1 n
n 2n + 1
gente, donc la suite de ses sommes partielles (Sn ) est de Cauchy.
Par ailleurs, cette suite n’est pas convergente pour k.k2 , car sinon elle le serait au sens de k.k1
ce qui est impossible d’après a).
• c) (C 0 ([0, 1]), k.k∞ ) est complet :
Soit (gn )n une suite de Cauchy dans (C 0 ([0, 1]), k.k∞ ), on a pour tout t ∈ [0, 1]
donc le suite (gn (t))n est de Cauchy dans R. Elle a donc une limite que nous noterons g(t), ceci
définit une fonction g. Il faudrait vérifier que g ∈ C 0 ([0, 1]) et que kgn − gk∞ −→ 0.
n→+∞
En effet : Soit ε > 0 puisque (gn )n est une suite de Cauchy il existe n0 tel que pour n ≥ n0 et
p ≥ n0 . on a pour tout t ∈ [0, 1], |gn (t) − gp (t)| < ε.
Pour n ≥ n0 fixé et faisant tendre p vers l’infini, on obtient
c-à-d sup |gn (t) − g(t)| < ε donc g est la limite uniforme de (gn ).
t∈[0,1]
Reste à montrer que g est continue.
ε
Soit ε > 0, il existe n tel que pour tout t ∈ [0, 1], |gn (t) − g(t)| < , or gn est continue, donc
3 ε
pour tout t0 il existe un η > 0 tel que |t − t0 | < η, t ∈ [0, 1] ⇒ |gn (t) − gn (t0 )| < .
3
Ainsi pour |t − t0 | < η on a
|g(t) − g(t0 )| ≤ |g(t) − gn (t)| + |gn (t) − gn (t0 )| + |gn (t0 ) − g(t0 )| < ε.
D’où la continuité de g.
Définition 1.12. Soit (E, N ) un espace vectoriel norme. Soit (un )n∈N une suite d’éléments de
E. Une suite extraite de la suite (un )n∈N est une suite de la forme (uϕ(n) )n∈N , où ϕ est une
application de N dans N, strictement croissante sur N.
Exemple 1.20. (un+1 )n∈N , (u2n )n∈N , (u3n+7 )n∈N , (upn )n∈N où pn est le nme nombre premier,
sont des suites extraites de la suite (un )n∈N .
Remarques 1.17. Soit (un )n∈N une suite d’éléments de l’espace norme (E, N ).
1) Une suite extraite d’une suite extraite de la suite (un )n∈N est une suite extraite de la
suite (un )n∈N .
2) Si la suite (un )n∈N converge vers l, alors toute suite extraite de la suite (un )n∈N converge
vers l.
Définition 1.13. Soit (E, N ) un espace vectoriel norme. Soit (un )n∈N une suite d’éléments de
E et soit a ∈ E.
a est une valeur d’adhérence de la suite (un )n∈N si et seulement si il existe une suite extraite
de la suite (un )n∈N , convergente de limite a.
Remarques 1.18. 1) Soit (un )n∈N une suite d’éléments de E. Si la suite (un )n∈N converge,
alors la suite (un )n∈N a une valeur d’adhérence et une seule, a savoir sa limite.
Ainsi, si la suite (un )n∈N admet au moins deux valeurs d’adhérence distinctes, alors la
suite (un )n∈N diverge.
2) La réciproque est fausse. Une suite (un )n∈N peut avoir une valeur d’adhérence et une
seule et être divergente.
3) On peut aussi noter qu’une suite n’admet pas forcément de valeur d’adhérence.
Exemples 1.21. 1) Si (un )n∈N = ((−1)n )n∈N , alors u2n −→ 1 et u2n+1 −→ −1. Donc,
n→+∞ n→+∞
la suite (un )n∈N diverge.
2) La suite (un )n∈N = (0, 1, 0, 2, 0, 3, 0, ...) admet une unique valeur d’adhérence, a
savoir 0 mais est divergente car admet une suite extraite tendant vers +∞.
3) Soit (un )n∈N la suite définie par : ∀n ∈ N, un = n. Toute suite extraite de la suite
(un )n∈N tend vers +∞ quand n tend vers +∞ et donc toute suite extraite de la suite
(un )n∈N est divergente. La suite (un )n∈N n’admet pas de valeur d’adhérence.
sous-suite convergente ou encore toute suite bornée d’éléments de E admet au moins une valeur
d’adhérence.
1.5.1 Boules
Remarque 1.19. Les boules ouvertes (resp. fermées) dans l’espace vectoriel normé R sont les
intervalles ouvertes (resp. fermées).
Théorème 1.16. Soit (E, k.k) un K−espace vectoriel normé. Toute boule ouverte (resp. fer-
mée) est un convexe de l’espace vectoriel E.
Donc, ∀(x, y) ∈ B 0 (x0 , r)2 , ∀λ ∈ [0, 1], on a : (1−λ)x+λy ∈ B 0 (x0 , r). Ceci montre que B 0 (x0 , r)
est convexe.
• Soient x0 ∈ E et r > 0. Soient (x, y) ∈ B(x0 , r)2 et λ ∈ [0, 1].
Exercice 1.1. Dessiner les sphères unités de E = R2 muni de k.k1 , k.k2 , k.k∞ .
Remarques 1.20. 1) Une définition équivalente le la convergence d’une suite (un )n∈N d’un
e.v.n (E, k.k) est :
1.5.2 Voisinages
Définition 1.15. Soit (E, N ) un espace vectoriel normé. Soient x0 un point de E et V une
partie de E.
V est un voisinage de x0 si et seulement si V contient une boule ouverte de centre x0 (et de
rayon strictement positif ). L’ensemble des voisinages de x0 se note V(x0 ).
Exemple 1.22. Par exemple, dans R, ]−∞, 2]∪[4, 9[ est un voisinage de 5 dans R car contient
1
]4, 5; 5, 5[= B(5, )
2
Remarques 1.21. 1) La définition précédente s’écrit avec des quantificateurs de la façon
suivante :
∀V ∈ P(E), V ∈ V(x0 ) ⇔ ∃r > 0 / B(x0 , r) ⊂ V.
Démonstration. • Soit (Vi )i∈I une famille non vide (c’est-a-dire I 6= ∅) de voisinages de
[
x0 puis V = Vi . Soit i0 ∈ I on a Vi0 contient une boule ouverte de centre x0 et V contient
i∈I
Vi0 . Donc, V contient une boule ouverte de centre x0 . Par suite, V est un voisinage de x0 .
\
• Soit (Vi )1≤i≤n une famille finie non vide (n ≥ 1) de voisinages de x0 puis V = Vi Pour
1≤i≤n
chaque i ∈ {1, 2, ..., n}, il existe ri > 0 tel que B(x0 , ri ) ⊂ Vi . Posons alors r = M in(r1 , ..., rn ).
r existe et est un réel strictement positif.
B(x0 , r) est une boule ouverte de centre x0 contenue dans chaque Vi et donc contenue dans V .
Par suite, V est un voisinage de x0 .
En effet. Par exemple, l’intersection de tous les voisinages de x0 est {x0 } et n’est donc pas
un voisinage de x0 car ne contient aucune boule ouverte de centre x0 et de rayon strictement
positif.
\
Démontrons explicitement que V = {x0 }.
V ∈V(x0 )
\
D’une part, on a x0 ∈ V.
V ∈V(x0 )
D’autre part, Soit alors x ∈ E distinct de x0 . Soient r = N (x − x0 ) > 0 puis B = B(x0 , r). On
\
a x n’est pas dans B qui est un voisinage de x0 et donc x 6∈ V.
V ∈V(x0 )
\
Ceci montre que V = {x0 }.
V ∈V(x0 )
Proposition 1.3. Soit E un espace vectoriel muni de deux normes N et N 0 équivalentes. Soient
x0 un élément de E et V une partie de E.
V est un voisinage de x0 dans l’espace vectoriel normé (E, N ) si et seulement si V est un
voisinage de x0 dans l’espace vectoriel norme (E, N 0 ).
1.5.3 Ouverts
Définition 1.16. Soit (E, N ) un espace vectoriel normé. Soit θ une partie de E.
θ est un ouvert de E si et seulement si, ou bien θ est vide, ou bien θ est non vide et est voisinage
de chacun de ses points.
Remarques 1.23. 1) Conventionnellement, l’ensemble vide est une partie ouverte de l’es-
pace vectoriel normé (E, N ).
2) On doit noter aussi que E est une partie ouverte de l’espace vectoriel normé (E, N ).
Proposition 1.4. Soit (E, N ) un espace vectoriel normé. Soit x0 un élément de E. Toute boule
ouverte de centre x0 est un ouvert de E.
Preuve. Soient x0 ∈ E et R > 0 puis B = B(x0 , R). Montrons que B est voisinage de
chacun de ses points.
Soit x ∈ B. Soit r = R − N (x − x0 ). Puisque N (x − x0 ) < R, alors r est un réel strictement
positif. Soit b = B(x, r). Vérifions que b ⊂ B. Soit y ∈ b
N (y − x0 ) = N ((y − x) + (x − x0 )) ≤ N (y − x) + N (x − x0 ) < r + N (x − x0 ) = R.
Ainsi, tout y de b est dans B et donc b ⊂ B. Ceci montre que B est un voisinage de x.
D’où B est un ouvert de l’espace vectoriel normé (E, N ).
Preuve. • Soit (θi )i∈I (I 6= ∅) une famille d’ouverts de l’espace vectoriel normé (E, N ).
[
Soit θ = θi . Vérifions que θ est un ouvert de E. Si θ est vide, c’est fini. Sinon, θ n’est pas
i∈I
vide. Soit alors x0 ∈ θ. Il existe i0 ∈ I tel que x0 ∈ θi0 . θi0 est un ouvert de E et donc contient
une boule ouverte B de centre x0 . Mais alors θ contient B et donc θ est un voisinage de x0 .
Finalement,θ est voisinage de chacun de ses points et donc θ est un ouvert de l’espace vectoriel
normé (E, N ).
n
\
• Soit (θi )1≤i≤n une famille finie d’ouverts de l’espace vectoriel normé (E, N ). Soit θ = θi .
i=1
Vérifions que θ est un ouvert de E. Si θ est vide, c’est fini. Sinon, θ n’est pas vide. Soit alors
x0 ∈ θ. On a x0 est dans chaque θi et chaque θi est un ouvert. Donc, chaque θi est un voisinage
de x0 puis θ est un voisinage de x0 d’après la proposition 1.2.
Finalement, θ est voisinage de chacun de ses points et donc θ est un ouvert de l’espace vectoriel
norme (E, N ).
[
Exemples 1.23. 1) ]1, +∞[= ]n, n + 2[ est un ouvert de R.
n≥1
2) L’espace Rn est un ouvert de Rn
Définition 1.17. Une topologie sur un ensemble E est la donnée d’une famille T de partie de
E vérifiant :
i) E et ∅ appartiennent à T .
[
ii) Pour toute famille (θi )i∈I d’éléments de T , on a, θi ∈ T .
i∈I
n
\
iii) Pour toute famille finie (θ1 , θ2 , ..., θn ) d’éléments de T , on a, θi ∈ T .
i=1
Les éléments de T sont appelés les ouverts de E et E est dit espace topologique.
∀x ∈ U, ∃r ∈ R+∗ , / B(x, r) ⊂ U.
Proposition 1.6. Soit E un espace vectoriel muni de deux normes N et N 0 équivalentes. Soit
θ une partie de E.
θ est un ouvert de l’espace vectoriel normé (E, N ) si et seulement si θ est un ouvert de l’espace
vectoriel norme (E, N 0 ).
En échangeant les rôles des normes N et N 0 , on a aussi : si θ est un ouvert de l’espace vectoriel
normé (E, N 0 ), alors θ est un ouvert de l’espace vectoriel normé (E, N ).
Remarque 1.24. On a l’habitude de dire que : les topologies associées à des normes équivalentes
sont les mêmes.
1.5.4 Fermés
Définition 1.18. Soit (E, N ) un espace vectoriel normé. Soit F une partie de E. F est un
fermé de E si et seulement si le complémentaire de F dans E noté CE (F ) (ou F c ) est un ouvert
de E.
Remarque 1.25. Notons que« Fermé » n’est pas le contraire d’« ouvert ». En effet, dans R
par exemple, l’ensemble ]0, 1] n’est ni ouvert, ni fermé, et ∅ et R sont des parties de R à la fois
ouvertes et fermées.
De manière générale, ∅ et E sont des parties à la fois ouvertes et fermées de l’espace vectoriel
normé (E, N ).
\ [
Preuve. • Soient (Fi )i∈I une famille de fermés puis F = Fi . Alors CE (F ) = CE (Fi )
i∈I i∈I
est un ouvert de E en tant que réunion d’ouverts de E d’après la proposition 1.5.
Donc, F est un ferme de E.
[ \
• Soient (Fi )1≤i≤n une famille finie de fermés puis F = Fi . Alors CE (F ) = CE (Fi )
1≤i≤n 1≤i≤n
est un ouvert de E en tant qu’intersection finie d’ouverts de E d’après la proposition 1.5.
Donc, F est un fermé de E.
Preuve. • Soit F un fermé non vide de l’espace vectoriel norme (E, N ). Soit (un )n∈N une
suite d’éléments de F , convergente, de limite l ∈ E. Montrons que l ∈ F .
Si l 6∈ F , alors l ∈ CE (F ). Puisque CE (F ) est un ouvert, il existe une boule ouverte B de centre
l et de rayon r > 0 qui soit contenue dans CE (F ). B ne contient aucun élément de F et en
particulier ne contient aucun terme de la suite (un )n∈N .
Ceci contredit le fait que la suite (un )n∈N converge vers l Donc, l ∈ F .
• Inversement : Supposons maintenant F non fermé. Donc, CE (F ) n’est pas ouvert. Il existe
donc l ∈ CE (F ) dont CE (F ) n’est pas un voisinage.
Toute boule ouverte de centre l contient un élément qui n’est pas dans CE (F ) et qui est donc
dans F . C-à-d,
1
∀n ∈ N, ∃un ∈ F / un ∈ B(l, ).
n+1
1 1
Par construction, ∀n ∈ N, N (un − l) < . Puisque tend vers 0 quand n tend vers
n+1 n+1
+∞, il en est de même de N (un − l), et donc la suite (un )n∈N converge vers l.
On vient ainsi de trouver une suite (un )n∈N d’éléments de F , convergente, dont la limite n’ap-
partient pas à F .
Par contraposition, si pour toute suite (un )n∈N d’éléments de F , convergente, lim un ∈ F ,
n→+∞
alors F est fermé.
Définition 1.19. Soit A une partie de E. La réunion des ouverts de E inclus dans A est un
ouvert de E inclus dans A. C’est le plus grand (au sens de l’inclusion) ouvert de E inclus dans
◦ ◦
A. On l’appelle intérieur de A. On note A l’intérieur de A, et on a A ⊂ A.
Exemple 1.26.
◦
Preuve. • Si x0 ∈ A qui est un ouvert, donc ∃r > 0 tel que B(x0 , r) ⊂ A.
◦
• Réciproquement, si ∃r > 0 tel que B(x0 , r) ⊂ A, alors x0 ∈ A car B(x0 , r) est un ouvert
contenu dans A et contient x0 .
Propriétés 1.1. Soit (E, N ) un espace vectoriel normé. Soient A et B deux partie de E. Alors,
◦
i) A est un ouvert si et seulement si A = A.
◦
◦ ◦
ii) A = A.
◦ ◦
iii) Si A ⊂ B alors A ⊂ B.
◦ ◦
z }| { ◦ ◦ ◦ ◦ z }| {
iv) A ∩ B = A ∩ B et A ∪ B ⊂ A ∪ B.
Définition 1.20. Soit (E, N ) un espace vectoriel normé. Soit A une partie non vide de E.
• Soit x0 un élément de E. x0 est adhérent à A si et seulement si tout voisinage de x0 rencontre
A, (c-à-d, ∀V ∈ V(x0 ), on a, V ∩ A 6= ∅).
• L’adhérence de A, notée A, est l’ensemble des points adhérents à A. Notons que A ⊂ A.
Exemple 1.27. On sait que tout réel est limite d’une suite de rationnels et aussi que tout
réel est limite d’une suite d’irrationnels. Donc d’après la proposition précédent, on a Q = R et
R \ Q = R.
Propriétés 1.2. Soit (E, N ) un espace vectoriel normé. Soient A et B deux partie de E. Alors,
i) A est un fermé si et seulement si A = A.
ii) Si A ⊂ B alors A ⊂ B.
ii) A = A.
iv) A ∩ B ⊂ A ∩ B et A ∪ B = A ∩ B.
Définition 1.21. Soit (E, N ) un espace vectoriel norme. Soit A une partie de E.
◦
La frontière de A est F r(A) = A ∩ (CE (A)) = A ∩ CE (A).
Définition 1.22. Soit (E, N ) un espace vectoriel normé. Soit A une partie de E. A est dense
dans E si et seulement si A = E.
Plus généralement, Si A et B sont deux parties de E telles que A ⊂ B, alors A est dense dans
B si et seulement si B ⊂ A.
Définition 1.23. Soit (E, N ) un espace vectoriel normé. Soit K une partie de E.
K est un compact de E si et seulement si ou bien K est vide, ou bien K est non vide et de toute
suite d’éléments de K, on peut extraire une sous-suite convergente, de limite appartenant à K.
Autrement dit, dans un espace compact, toute suite admet au moins une valeur d’adhérence.
Proposition 1.14. Soit (E, N ) un espace vectoriel normé. Soit K une partie non vide et
compacte de cet espace. Alors, K est fermée et bornée.
Démonstration. • Soit K un compact non vide de l’espace vectoriel norme (E, N ). D’après
la proposition 1.14, on a K est une partie fermée et bornée de l’espace vectoriel norme (E, N ).
• Inversement : Soit K une partie non vide fermée et bornée de l’espace vectoriel normé (E, N ).
Soit (xn )n∈N une suite d’éléments de K. En particulier, la suite (xn )n∈N est bornée (car K est
borné). Puisque E est de dimension finie, d’après le théorème de Bolzano-Weierstrass (Théorème
1.15), on peut extraire de la suite (xn )n∈N une sous-suite convergente (xϕ(n) )n∈N vers un certain
l ∈ E. La suite (xϕ(n) )n∈N est une suite convergente d’éléments de K. Puisque K est fermé,
l ∈ K.
Donc K est un compact de l’espace vectoriel normé (E, N ).
Proposition 1.15. Soit (E, N ) un espace vectoriel normé. Soit K un compact de cet espace.
Toute partie de K fermée dans l’espace (E, N ) est compacte de E.
Preuve. Soit A une partie non vide de K qui est un fermé de l’espace (E, N ). Soit (xn )n∈N
une suite d’éléments de A. (xn )n∈N est une suite d’éléments de K et on peut extraire une sous-
suite convergente (xϕ(n) )n∈N vers un certain élément l ∈ K.
(xϕ(n) )n∈N est alors une suite convergente d’éléments de A. Puisque A est fermée, l est dans
A. Donc, on a montre que de toute suite d’éléments de A, on peut extraire une sous-suite
convergeant dans A et donc A est compacte.
Définition 1.25. On dit qu’une partie A d’un e.v.n. (E, N ) possède la propriété de Borel, si
de tout recouvrement ouvert de A, on peut extraire un sous-recouvrement fini.
Remarque 1.27. Une partie A d’un e.v.n. (E, N ) possède la propriété de Borel, si de toute
famille de fermés de A d’intersection vide, on peut extraire un sous-famille fini d’intersection
vide.
Définition 1.26. Une partie A de (E, N ) est relativement compacte si son adhérence A est
compacte.
Preuve. 1) Soit (Ki ) une famille de parties compactes de E. Comme les compacts de E
\
sont les fermés bornés, donc pour tout i, Ki est un fermé borné, il en découle que K = Ki
i
est un fermé. De plus c’est évidement inclus dans n’import quel Ki . Donc d’après la proposition
1.15 K est un compact de E.
2) Soient K1 et K2 deux compacts de E, et soit (Ui )i∈I un recouvrement ouvert de K = K1 ∪K2 .
[
On a K1 ⊂ Ui et K1 compact donc il existe un sous recouvrement fini c-à-d ∃I1 fini tel que
[ i∈I [
K1 ⊂ Ui , de même ∃I2 fini tel que K2 ⊂ Ui .
i∈I1 i∈I2
[
Donc ∃J = I1 ∪ I2 fini tel que K ⊂ Ui , d’où K est compact.
i∈J
Proposition 1.18. Soit E un espace vectoriel normé. Si K est une partie compacte de E, alors
K est bornée, fermée et complète.
2.2 Continuité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
38
Chapitre 2
Introduction
Sauf mention du contraire, les e.v.n. considérés sont des R espaces vectoriels.
Soient E et F deux e.v.n. une fonction f : E −→ F est une correspondance qui à un vecteur
x de E associe un et un seul vecteur y = f (x) de F appelé image de x par f . On note Df le
domaine de définition de f .
Le cas où E et F sont de dimension finie n et m respectivement, quant on se fixe une base
{e1 , e2 , ..., en } dans l’espace de départ, l’étude de telles fonction se ramène à celle des fonctions
de plusieurs variables réelles, (le nombre de variables est égal à la dimension de l’espace de
départ n) à valeurs vectorielles.
Si on se fixe une base {ε1 , ε2 , ..., εm } de F donc f (x) va s’écrire sous la forme :
m
X
f (x) = f (x1 , x2 , ..., xn ) = fj (x)εi = (f1 (x), f2 (x), ..., fm (x))
j=1
f: Rn −→ Rm
(x1 , x2 , ..., xn ) 7→ (f1 (x1 , x2 , ..., xn ), ..., fm (x1 , x2 , ..., xn )).
Les fonctions f1 , f2 , ..., fm sont appelées les fonctions composantes (ou coordonnées) de f ce
sont des fonctions de Rn à valeurs dans R.
Exemples 2.1.
39
40 Chapitre 2. Fonctions continues sur un espace vectoriel normé
1)
f: R2 −→ R
(x, y) 7→ f (x, y) = ln(x + y)
Df = {(x, y) ∈ R2 / x + y > 0} c’est le demi-plan supérieur limité par la droite y = −x.
2)
g: R2 −→ R
(x, y) 7→ g(x, y) = (exp(−(x2 + y 2 )), ln(1 − x2 − y 2 ))
Dg = {(x, y) ∈ R2 / x2 + y 2 < 1} = R2 ∩ B(O, 1) = B(O, 1).
3)
h: R2 −→ R3
xy 1 p
(x, y) 7→ h(x, y) = ( , , 1 − x2 − y 2 )
x2 2
+ y xy
Dh = {(x, y) ∈ R2 / x 6= 0, y 6= 0 et x2 + y 2 ≤ 1}
= B 0 (O, 1) \ {(x, 0), (0, y), avec − 1 ≤ x ≤ 1 et − 1 ≤ y ≤ 1}.
Définition 2.1. Soient (E, [Link] ) et (F, [Link] ) deux espaces vectoriels normés. Soit f une appli-
cation définie sur une partie non vide D de E à valeurs dans F . Soient x0 un point adhérent
à D et l ∈ F .
f (x) tend vers l quand x tend vers x0 ou encore f a pour limite l quand x tend vers x0 si et
seulement si
En effet. • Supposons que lim f (x) = l, et soit W ∈ V(l), et soit ε > 0 tel que B(l, ε) ⊂ W ,
x→x0
alors ∃r > 0 tel que f (B(x0 , r) ∩ D) ⊂ B(l, ε) ⊂ W.
Donc il existe V = B(x0 , r) ∈ V(x0 ) tel que f (V ∩ D) ⊂ W .
• Inversement, Pour tout ε > 0, la boule ouverte de centre l et de rayon ε est un voisinage W
de l, donc il existe V un voisinage de x0 dans E tel que f (V ∩ D) ⊂ W , mais comme V est un
voisinage de x0 , alors il existe un r > 0 tel que B(x0 , r) ⊂ V ,
donc ∀ε > 0, ∃r > 0 / (∀x ∈ B(x0 , r) ∩ D) ⊂ V ∩ D, on a f (x) ∈ W.
Proposition 2.1. Si f a une limite l en x0 , alors celle-ci est unique. On écrit alors
kl − l0 kF ≤ kl − f (x)kF + kf (x) − l0 kF ≤ ε.
Définition 2.2. Soient (E, [Link] ) et (F, [Link] ) deux espaces vectoriels normés. Soit f une ap-
plication définie sur une partie non vide D de E à valeurs dans F . Soient ∆ une partie de D
puis x0 un point adhérent à ∆ et l ∈ F . Alors, x0 est adhérent à D et f (x) tend vers l quand
x tend vers x0 en restant dans ∆ si et seulement si
Proposition 2.2. Si f a une limite en x0 , alors f a une limite suivant tout ensemble ∆ de D
en x0 , c-à-d lim f (x) = l ⇒ lim f (x) = l.
x→x0 x→x0
x∈∆
Exemples 2.2. 1) La fonction caractéristique de Q n’a pas de limite quand x tend vers 1
ou encore lim χQ (x) n’existe pas mais la limite de χQ quand x tend vers 1 en restant dans
x→1
Q existe et lim χQ (x) = 1.
x→1
x∈Q
xy
2) lim n’existe pas car, si on calcule cette limite suivant la droite y = x on
(x,y)→(0,0) x2
+ y2
1 1
trouve alors que suivant la droite y = −x c’est − .
2 2
Définition 2.3. Soient (E, [Link] ) et (F, [Link] ) deux espaces vectoriels normés. Soit f une ap-
plication définie sur une partie non vide D de E a valeurs dans F . f est bornée sur D si et
seulement si il existe un réel M tel que pour tout x de D, kf (x)kF ≤ M .
Proposition 2.4. Si f a une limite l en x0 et g a une limite l0 en x0 , alors pour tout (λ, µ) ∈
K2 , λf + µg a une limite en x0 à savoir λl + µl0 .
Preuve. Soit ε > 0. Il existe α1 > 0 (resp. α2 > 0) tel que pour tout x de D,
ε ε
si kx − x0 kE ≤ α1 (resp. α2 ), alors kf (x) − lkF ≤ (resp. kg(x) − l0 kF ≤ ).
2(|λ| + 1) 2(|µ| + 1)
Soit α = min{α1 , α2 } > 0. Pour x ∈ D tel que kx − x0 kE ≤ α,
Preuve. Tout d’abord, tout voisinage de l dans F rencontre f (D) et donc D0 . On en déduit
que l est adhérent à D0 .
Soit ε > 0. Il existe β > 0 tel que, pour tout y de D0 , si ky − lkF ≤ β, alors kg(y) − l0 kG ≤ ε
puis il existe α > 0 tel que, pour tout x de D, si kx − x0 kE ≤ α, alors kf (x) − lkF ≤ β.
1
ε0 est ainsi dorénavant fixé. Pour chaque n ∈ N, il existe un ∈ D tel que kun − akE ≤ et
n+1
kf (un ) − lkF > ε0 .
1
Puisque tend vers 0 quand n tend vers +∞, la suite (un )n est une suite d’éléments de D,
n+1
convergente, de limite a. D’après ce qui précède, on doit avoir lim f (un ) = l ce qui contredit
n→+∞
le fait que ∀n ∈ N, kf (un ) − lkF > ε0 . Donc, f (x) tend vers l quand x tend vers a.
2.2 Continuité
Définition 2.4. Soient (E, [Link] ) et (F, [Link] ) deux espaces vectoriels normés. Soit f une ap-
plication définie sur une partie non vide D de E à valeurs dans F . Soit x0 ∈ D. f est continue
en x0 si et seulement si
Exemple 2.3. Soient f : E → F une application linéaire d’un e.v.n. de dimension finie d,
(E, k.k1 ) dans un e.v.n. (F, [Link] ), alors f est une application continue sur E.
En effet. Il suffit de montrer la continuité de f au point 0. Pour cela, on choisit une base
(ei )1≤i≤d de E. On a
Xd d
X
kf (x)kF = kf ( xi ei )kF ≤ |xi |kf (ei )kF .
i=1 i=1
Donc si on pose K = max(kf (e1 )kF , ..., kf (ed )kF ) on obtient kf (x)kF ≤ Kkxk1 qui est inférieur
ε
à ε > 0 dès que kxk1 est inférieur à η = .
K
Remarque 2.2. lim f (x) = a si et seulement si x0 est adhérent à D, et la fonction :
x→x0
fe : D ∪ {x0 } −→ F
f (x) si x∈D
x 7→ f (x) =
e
a si x = x0
est continue au point x0 . La fonction fe est dite obtenue à partir de f parprolongement par
continuité au point x0 .
Proposition 2.7. Soient (E, [Link] ) et (F, [Link] ) deux espaces vectoriels normés. Soient f une
application définie sur un domaine D de E à valeurs dans F . Soit x0 un point de D. f est
continue en x0 si et seulement si ∀V ∈ V(f (x0 )), ∃U ∈ V(x0 ) / f (U ∩ D) ⊂ V.
r
Soit V un voisinage de f (x0 ) dans F . Il existe r > 0 tel que B(f (x0 ), r) ⊂ V . Soit ε = . Soit
2
η > 0 tel que pour x ∈ D, si kx − x0 kE ≤ η, alors kf (x) − f (x0 )kF ≤ ε.
Soit U = B(x0 , η).
x∈U ∩D ⇒ kx − x0 kE < η ⇒ kx − x0 kE ≤ η
r
⇒ kf (x) − f (x0 )kF ≤ ⇒ kf (x) − f (x0 )kF < r ⇒ f (x) ∈ B(f (x0 ), r)
2
⇒ f (x) ∈ V.
Remarque 2.3. Si f est continue en x0 , et si D est une partie de E telle que x0 ∈ D, alors,
f (x0 ) ∈ f (D).
En effet. Soit θ un ouvert de F contenant f (x0 ), le problème est de montrer que θ ∩f (D) 6=
∅.
Soit alors U l’ouvert de E contenant x0 tel que f (U ) ⊂ θ, nous avons U ∩ D 6= ∅, donc
θ ∩ f (D) ⊃ f (U ) ∩ f (D) ⊃ f (U ∩ D) 6= ∅. Donc f (x0 ) ∈ f (D).
Théorème 2.1. Soit f : (E, [Link] ) −→ (F, [Link] ) une fonction. Les assertions suivantes sont
équivalentes :
i) f est continue
ii) Pour toute partie D de E, f (D) ⊂ f (D).
iii) L’image réciproque par f d’un fermé de F est un fermé de E.
iv) L’image réciproque par f d’un ouvert de F est un ouvert de E.
kx − x0 kE ≤ η ⇒ kx − x0 kE < r ⇒ x ∈ B(x0 , r) ⇒ x ∈ U ∩ D
⇒ f (x) ∈ V ⇒ kf (x) − f (x0 )kF < ε
⇒ kf (x) − f (x0 )kF ≤ ε.
En effet. La fonction
f: R2 −→ R
(x, y) 7→ xy − 1
est continue. L’ensemble ]0, +∞[ est un ouvert de R, donc A = f −1 (]0, +∞[).
Remarques 2.4. • L’image directe d’un ouvert par une application continue n’est pas néces-
sairement un ouvert. Pour s’en convaincre, il suffit de penser à l’application constante sur R.
• De même, l’image directe d’un fermé par une application continue n’est pas nécessairement
π
un fermé. Par exemple arctan([0, +∞[) = [0, [.
2
Proposition 2.8. Soit (an )n une suite de points de D ⊂ (E, [Link] ) qui converge vers a, alors :
f : D −→ (F, [Link] ) est continue en a si et seulement si la suite (f (an )) converge vers f (a)
dans F .
Preuve. Pour tout ε > 0 il existe η > 0 tel que, si x ∈ D et kx − akE < η alors kf (x) −
f (a)kF < ε, mais pour chaque η donné, on peut trouver un rang n0 tel que n ≥ n0 ⇒
kan − akE < η. Ainsi pour n ≥ n0 si an ∈ D, et kan − akE < η, on a kf (an ) − f (a)kF < ε.
Réciproquement, Montrons que f est continue. sinon, supposons que f n’est pas continue en a,
alors
∃ε > 0, / ∀η > 0, ∃xη tq xη ∈ D et kxη − akE < η et tel que kf (xη ) − f (a)kF ≥ ε.
1 1
Choisissons alors successivement η = 1, η = , ..., , η = , .... on obtient alors une suite (xn )
2 n
1
de points de D telle que kxn − akE < et kf (xn ) − f (a)kF ≥ ε.
n
Alors il existe une suite (xn ) de points de D , qui converge vers a et telle que lim f (xn ) 6= f (a),
n
ce qui est on contradiction avec les donné.
f : E −→ R
Z b
ϕ 7→ ϕ(t)dt.
a
Pour tout couple (ϕ, ψ) d’éléments de E, on a
Z b Z b
|f (ϕ) − f (ψ)| = | (ϕ(t) − ψ(t))dt| ≤ |ϕ(t) − ψ(t)|dt = kϕ − ψk1 .
a a
Donc f est continue en chaque ψ0 de E si l’on munit de k.k1 . En effet : une condition suffisante
pour que |f (ϕ) − f (ψ0 )| soit inférieur à ε, est que kϕ − ψ0 k1 soit inférieur à ε.
Notons que f reste toujours continue si l’on munit E de la norme k.k2 ou k.k∞ du fait que
√
kϕ − ψk1 ≤ b − akϕ − ψk2 et kϕ − ψk1 ≤ (b − a)kϕ − ψk∞ .
Exemple 2.6. Toujours dans le même espace E on considère pour tout θ ∈ [a, b], l’application
µθ : E −→ R
ϕ 7→ ϕ(θ).
On a |µθ (ϕ) − µθ (ψ)| ≤ kϕ − ψk∞ . Il en résulte que µθ est continue dans (E, k.k∞ ).
Soit maintenant, E muni de la norme k.k1 .
π
On prend a = 0, b = , et on considère la suite dans E définie par fn (t) = cosn (t). On a
2
Z π Z α Z π
2
n n
2 π
kfn k1 = | cos (t)|dt = | cos (t)|dt + | cosn (t)|dt, où α ∈ [0, ],
0 0 α 2
Z α Z π
2 π
donc kfn k1 ≤ 1dt + | cosn (t)|dt ≤ α + cosn (α)
0 α 2
π ε
La suite (kfn k1 )n converge vers 0. En effet : Soit ε > 0, choisissons α ∈]0, [ tel que α ≤ ,
ε πε 2 2
alors pour tout n, on a kfn k1 ≤ + = ε.
2 2π
Notons que la suite µ0 (fn ) = 1, donc ne converge pas vers µ0 (0) = 0. Ansi, l’application µ0
n’est pas continue lorsque E est muni de la norme k.k1
Remarque 2.5. On constate sur ce dernier exemple que la notion de continuité dépend des
normes qu’on met sur E et F .
Les différents propositions sur les limites fournissent immédiatement les propositions sui-
vants :
Proposition 2.11. Soient (E, [Link] ), (F, [Link] ) et (G, [Link] ) trois espaces vectoriels normés.
Soient f une application définie sur un domaine D de E à valeurs dans F et g une application
définie sur un domaine D0 de F à valeurs dans G telles que f (D) ⊂ D0 . Soit x0 ∈ D.
Si f est continue en x0 et g est continue en f (x0 ), alors gof est continue en x0 .
Proposition 2.12. Soient (E, [Link] ) et (F, [Link] ) deux espaces vectoriels normés et D ⊂ E. Si
f : D −→ F et g : D −→ R sont continues en x0 ∈ D, alors f × g : D −→ F est continue
en x0 .
Preuve. Soit (xn )n une suite dans D convergente vers a. La suite (g(xn ))n converge vers
g(a), et la suite (f (xn ))n converge vers f (a), donc d’après le théorème 1.10 la suite (g(xn )f (xn ))n
converge vers g(a)f (a). Ceci est vrai pour toute suite (xn ) convergente vers a, donc la fonction
gf est continue au point a.
Remarque 2.6. Notons que si l’espace F est muni d’un produit h1 h2 tel que
|f (x0 )|
Preuve. Supposons que f (x0 ) 6= 0. En traduisant la continuité de f avec ε = > 0,
2
|f (x0 )|
il existe un voisinage U de x0 tel que pour tout x de U ∩ D, |f (x)| ≥ > 0. Ceci montre
2
1
déjà que la fonction est définie sur U ∩ D. De plus, pour x ∈ U ∩ D,
f
Définition 2.5. Soient (E, [Link] ) et (F, [Link] ) deux espaces vectoriels normés. Soit f une appli-
cation définie sur une partie non vide D de E à valeurs dans F . f est uniformément continue
sur D si et seulement si
Démonstration. Soit f une application continue sur le compact K. Supposons par l’ab-
surde que f n’est pas uniformément continue sur K. Donc,
Proposition 2.14. Soient (E, [Link] ) et (F, [Link] ) deux K-espaces vectoriels normés. Soient K
un compact de l’espace vectoriel normé (E, [Link] ) puis f une application de K vers F , continue
sur K. Alors f (K) est un compact de l’espace vectoriel normé (F, [Link] ).
Preuve. Si K est vide, alors f (K) est vide et en particulier, f (K) est un compact de l’es-
pace vectoriel normé (F, [Link] ).
On suppose dorénavant K non vide de sorte que f (K) est non vide.
Soit (yn )n∈N une suite d’éléments de f (K). Il existe une suite (xn )n∈N d’éléments de K telle
que, pour tout n ∈ N, f (xn ) = yn . Puisque (xn )n∈N est une suite du compact K, on peut en
extraire une sous-suite (xϕ(n) )n∈N , convergente, de limite un certain élément x de K. Puisque
pour tout n ∈ N, yϕ(n) = f (xϕ(n) ) et puisque f est continue sur K et donc en x, la suite
(yϕ(n) )n∈N est convergente, de limite f (x) ∈ f (K).
On a montré que de toute suite d’éléments de f (K), on peut en extraire une sous-suite conver-
geant dans f (K) et donc f (K) est un compact de l’espace vectoriel normé (F, [Link] ).
Remarque 2.8. Attention : Le resultat "l’image réciproque d’un compact par une application
2x
continue est un compact" est faux. Par exemple, si f est l’application x −→ 2 , continue
x +1
sur R, on a f −1 ([−1, 1]) = R avec [−1, 1] compact et R pas compact.
Proposition 2.15. Soit un sous-ensemble A fermé borné d’un e.v.n. de dimension finie E.
Soit ϕ : A −→ R une application continue sur A, alors :
i) ϕ est majorée (i.e. il existe une constante réelle M telle que ϕ(x) ≤ M pour tout x ∈ A).
ii) Soit S = sup ϕ(x), alors il existe un point x0 ∈ A tel que S = ϕ(x0 ).
x∈A
Preuve. 1) Supposons ϕ n’est pas majorée, alors ∀k ∈ R il existe un a ∈ A tel que ϕ(a) > k.
Prenons successivement k = 1, 2, ..., n, ... on obtient alors une suite (an ) de points de A telle que
ϕ(an ) > n. La suite (an ) étant bornée, on peut en extraire une sous-suite (aψ(n) ) convergente
vers un certain l. A est fermé, donc l ∈ A, la continuité de ϕ entraine que la suite ϕ(aψ(n) )
converge vres ϕ(l), ce qui est absurde (car ϕ(aψ(n) ) > ψ(n) ≥ n ⇒ lim(ϕ(aψ(n) )) = +∞).
1 1
2) Pour tout ε > 0, il existe un a ∈ A tel que S − ε ≤ ϕ(a) et si on prend ε = 1, , ..., , ... on
2 n
obtient une suite (an ) qui vérifie
1 1
S− ≤ ϕ(an ) ≤ S +
n n
c’est à dire que (ϕ(an )) converge vres S. Puisque (an )n est bornée, on peut en extraire une sous-
suite (aψ(n) )n convergente vres l qui appartient à A car c’est un fermé. Donc la suite (ϕ(aψ(n) ))
converge vres ϕ(l), et par unicité de la limite S = ϕ(l).
Remarque 2.9. Soit (E, [Link] ) un K-espace vectoriel normé. Soient K un compact de l’espace
vectoriel normé (E, [Link] ) puis f une application de K vers R, continue sur K.
Alors f (K) est un compact de R et en particulier, f admet sur K un minimum et un maximum.
La forme linéaire
n ψ : P → P (3) n’est pas continue dans E car la suite de terme général
n
t 3
Pn (t) = tend vers 0, mais ψ(Pn ) = diverge.
2 2
Proposition 2.16. Soit f ∈ L(E, F ). Alors les assertions suivantes sont équivalentes :
i) f est continue en 0.
ii) f est continue sur E.
iii) f est uniformément continue sur E.
iv) f est Lipschitzienne.
v) f est bornée sur la boule unité.
vi) f est bornée sur la sphère unité.
vii) Il existe une constante M > 0 telle que kf (x)kF ≤ M kxkE pour tout x ∈ E.
Preuve. i) ⇒ ii)c On suppose que f est continue en 0, alors pour tout ε > 0 il existe η > 0
tel que pour tout x de E on a
kxkE ≤ η ⇒ kf (x)kF ≤ ε.
1
kf (x) − f (y)kF = kf (x − y)kF ≤ kx − ykE
η
f est une bijection continue, mais ce n’est pas un homéomorphisme car f −1 n’est pas
continue en 1.
Proposition 2.18. f est continue en a si et seulement si pour tout i = 1, ..., p les applications
composantes fi sont continues au point a.
Preuve. • Comme fi = pri of, la continuité de f entraine évidement celle des application
fi .
• Réciproquement, supposons que les fi sont toutes continues en a. Remarquons que
p
X
f= ik ofk
k=1
où
ik : R → Rp
t 7→ (0, ..., 0, t, 0, ..., 0)
on déduit immédiatement la continuité de f à partir de celle des fk .
Remarque 2.10. Soit maintenant f une fonction définie sur un ouvert U d’un espace vectoriel
E de dimension finie n à valeurs dans F .
X
Soit (e1 , ..., en ) une base de E, tout vecteur x ∈ E s’écrit x = xi ei et f (x1 , ..., xn ) est une
1≤i≤n
fonction de n variables réelles.
X
Soit a = ai ei un point de U ⊂ E, on considère les n fonctions
1≤i≤n
λa,k : R → E
t 7→ (a1 , ..., ak−1 , t, ak+1 , ..., an )
fa,k = f oλa,k
comme les applications λa,k sont continues au point ak , on déduit que si f est continue au point
a, alors pour tout k = 1, ..., n, la fonction partielle λa,k est continue au point ak .
La réciproque du résultat précédent n’est pas vraie. Il existe des fonctions dont toutes les
fonctions partielles sont continues mais f n’est pas continue
Les fonctions partielles au point (0, 0), ϕ(0,0),1 et ϕ(0,0),2 sont identiquement nulles, pourtant, ϕ
1 1
n’est pas continue en (0, 0), car la suite ( , ) converge verts (0, 0) mais son image par ϕ est
n n
1
la suite constante qui ne saurait converger vers 0.
2
3 Applications Différentiables 57
3.1 Différentiabilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57
56
Chapitre 3
Applications Différentiables
3.1 Différentiabilité
u est appelée la différentielle de f au point x0 notée df (x0 ). C’est une application linéaire de R
dans R, donc elle est complètement déterminée par un nombre réel qu’on note f 0 (x0 ) et qu’on
appelle dérivée de f en x0 .
df (x0 ) R → R
h 7→ f 0 (x0 ).h
Cette définition se généralise au cas des fonctions d’un evn dans un autre.
Soient E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie non nulle. On note k.k une norme
donnée sur E.
Définition 3.1. Soit f une application d’un ouvert non vide Ω de E vers F , soit a ∈ Ω.
• On dit que f est différentiable en a si et seulement si il existe une application linéaire L de
E vers F telle que
f (a + h) − f (a) − L(h)
lim = 0.
h→0 khk
• Il revient au même de dire que f est différentiable en a si et seulement si il existe une
application linéaire L de E vers F et une application ε définie sur un voisinage de 0 ∈ E telle
que, pour h au voisinage de 0,
57
58 Chapitre 3. Applications Différentiables
où lim ε(h) = 0.
h→0
• Il revient au même de dire que f est différentiable en a si et seulement si il existe une
application linéaire L de E vers F telle que, pour h au voisinage de 0 ∈ E,
Preuve. On suppose qu’il existe deux applications linéaires L1 et L2 de E vers F telles que
Définition 3.2. Soit f une application d’un ouvert non vide Ω de E vers F , différentiable en
un élément a ∈ Ω.
La différentielle de f en a est l’unique application linéaire L de E vers F telle que f (a + h) =
h→0
f (a) + L(h) + o(h).
On note df (a) ou dfa la différentielle de f en a. dfa est un élément de L(E, F ) vérifiant
Exemples 3.1. 1) Soit (E, h, i) un espace euclidien. On note k.k la norme euclidienne
associée au produit scalaire h, i. Pour tout x de E, on pose f (x) = kxk2 . f est une
application de E dans R. Soit a ∈ E. Pour tout h de E,
L’application h 7→ 2ha, hi est une application linéaire de E vers R (c’est-a-dire une forme
1
linéaire sur E) et d’autre part, khk2 = o(h) car lim khk2 = lim khk = 0. Donc, f
h→0 h→0 khk h→0
est différentiable en a et
∀h ∈ E, dfa (h) = 2ha, hi.
0 si (x, y) = (0, 0)
Remarques 3.1. 1) Soit f une application d’un intervalle ouvert non vide I de R à valeurs
dans un R-espace vectoriel E de dimension finie non nulle. Soit a ∈ I, alors,
f est différentiable en a si et seulement si f est dérivable en a. De plus, dans ce cas,
Lemme 3.1. Soit E1 × ... × En un produit d’espace de dimension finie Toute application mul-
tilinéaire f : E1 × ... × En → F (linéaire par rapport à chaque composante) est continue sur ce
produit, et on a
n
Y
kf (x1 , ..., xn )kF ≤ C kxi kEi .
i=1
Proposition 3.2. Soient E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie non nulle.
alors :
1) Si f une application d’un ouvert non vide Ω de E vers F , telle que f est constante sur
Ω, alors pour tout a ∈ Ω, f est différentiable en a et dfa = 0.
2) Toute application linéaire f : E → F est différentiable en tout point a de E de différen-
tielle dfa = f .
3) Toute application bilinéaire B : E × E → F est différentiable en tout point (a, b) de
E × E de différentielle dB(a,b) (h, k) = B(a, k) + B(h, b).
Preuve. 1) Triviale.
2) Puisque f est linéaire, l’application h → f (a + h) − f (a) − f (h) est l’application nulle sur
E. En particulier,
f (a + h) = f (a) + f (h) + o(h)
h→0
avec f linéaire de E vers F . Ceci montre que f est différentiable en a et que dfa = f .
3) On a
B(a + h, b + k) − B(a, b) − dB(a,b) (h, k) B(a, k) + B(h, b) + B(h, k) − dB(a,b) (h, k)
lim = lim .
(h,k)→(0,0) NE×E ((h, k)) (h,k)→(0,0) NE×E ((h, k))
D’après le lemme 3.1, on a |B(h, k)| ≤ CNE (h)NE (k) donc si on pose
dB(a,b) (h, k) = B(a, k) + B(h, b) qui est bien linéaire de E × E dans F , on a
B(h, k) CNE (h)NE (k)
| |≤ ≤ CNE×E ((h, k)) (car NE×E ((h, k)) = max(NE (h), NE (k))).
NE×E ((h, k)) NE×E ((h, k))
D’où
B(h, k)
lim | | ≤ C lim NE×E ((h, k)) = 0.
(h,k)→(0,0) NE×E ((h, k)) (h,k)→(0,0)
Définitions 3.3. Soient E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie non nulle. Soit
f une application d’un ouvert Ω de E vers F .
• f est différentiable sur Ω si et seulement si f est différentiable en chaque point de Ω. Dans
ce cas, la différentielle de f sur Ω est l’application, notée df , qui à chaque a de Ω associe dfa :
df : Ω → L(E, F )
a 7→ dfa
Remarque 3.2. Vu que E et F sont de dimension finie, alors l’espace L(E, F ) est un espace
de dimension finie et on a dim(L(E, F )) = dim(E).dim(F ).
Proposition 3.3. Soient E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie non nulle. Soient
f et g deux applications de Ω, ouvert non vide de E vers F .
1) Soit a ∈ Ω. Si f et g sont différentiables en a, alors pour tout (λ, µ) ∈ R2 , λf + µg est
différentiable en a et d(λf + µg)a = λdfa + µdfa .
L’ensemble des fonctions différentiables en a à valeurs dans F est un R-espace vectoriel.
2) Si f et g sont différentiables (resp. de classe C 1 ) sur Ω, alors pour tout (λ, µ) ∈ R2 , λf +
µg est différentiable (resp. de classe C 1 ) sur Ω et d(λf + µg) = λdf + µdf .
L’ensemble D1 (Ω, F ) des fonctions différentiables sur Ω à valeurs dans F est un R-espace
vectoriel.
Preuve.
De plus, λdfa + µdga est une application linéaire de E vers F et on a donc montré que λf + µg
est différentiable en a et que de plus, d(λf + µg)a = λdfa + µdga .
B: R2 −→ R
(x, y) 7→ x×y
Proposition 3.5. Soit E un R-espace vectoriel de dimension finie non nulle. Soient f et g
deux applications de Ω, ouvert non vide de E vers R.
Remarque 3.3. Un autre cas particulier de la proposition 3.4 est le cas où B est un produit
scalaire.
Soit E un R-espace vectoriel de dimension finie non nulle. Soient f et g deux applications
différentiables en a ∈ Ω, ouvert non vide de E à valeurs dans espace euclidien F , alors
hf, gi : U −→ R est différentiable en a de différentielle
Proposition 3.6. Soit E un R-espace vectoriel de dimension finie non nulle. Soient f et g
deux applications de Ω, ouvert non vide de E vers R.
1) Soit a ∈ Ω.
1
a) Si f est différentiable en a et si f (a) 6= 0, alors est différentiable en a et
f
1 dfa
d( )a = − .
f (f (a))2
f
b) Si f et g sont différentiables en a et si g(a) 6= 0, alors est différentiable en a et
g
f g(a)dfa − f (a)dga
d( )a = .
g (g(a))2
(car f (a)f (a + h) tend vers (f (a))2 6= 0 quand h tend vers 0 par continuité de f en a). Puisque
dfa (h) 1
l’application h → − 2
est linéaire, on a montré que est différentiable en a et que
(f (a)) f
1 dfa
d =− .
f a (f (a))2
f 1
b) On applique a) et la proposition 3.4. On obtient la différentiabilité en a de = f × et de
g g
plus,
f 1 −dga g(a)dfa − f (a)dga
d = dfa + f (a) 2
= .
g a g(a) (g(a)) (g(a))2
Proposition 3.7. Soient E, F et G trois R-espaces vectoriels de dimension finie non nulle.
Soient f une application d’un ouvert non vide Ω de E vers F et g une application d’un ouvert
Ω0 de F vers G telles que f (Ω) ⊂ Ω0 .
1) Soit a ∈ Ω. Si f est différentiable en a et g est différentiable en f (a), alors gof est
différentiable en a et de plus,
d(gof )a = dgf (a) odfa .
Preuve. On note [Link] une norme donnée dans E et [Link] une norme donnée dans F .
f est différentiable en a et donc il existe une fonction ε1 , définie sur un voisinage de 0 dans E,
telle que
f (a + h) = f (a) + dfa (h) + khkE ε1 (h).
h→0
De même, g est différentiable en f (a) et donc il existe une fonction ε2 , définie sur un voisinage
de 0 dans F , telle que
Par suite, puisque k = dfa (h) + khkE ε1 (h) −→ 0 (par continuité de dfa en 0), on a
h→0
= g(f (a)) + dgf (a) [dfa (h) + khkE ε1 (h)] + kdfa (h) + khkE ε1 (h)kF ε2 (dfa (h) + khkE ε1 (h))
h→0
= g(f (a)) + dgf (a) (dfa (h)) + khkE dgf (a) (ε1 (h))+
h→0
Ensuite, puisque dgf (a) (ε1 (h)) −→ 0 (par continuité de dgf (a) en 0),
h→0
on a khkE dgf (a) (ε1 (h)) = o(h).
h→0
Ensuite,
1 1
kdfa (h)+khkE ε1 (h)kF ε2 (dfa (h)+khkE ε1 (h)) = dfa h +ε1 (h) ε2 (dfa (h)+khkE ε1 (h)).
khkE khkE F
Puisque E est de dimension finie et que dfa est linéaire sur E, on sait qu’il existe K ∈ R+ . tel
que
∀h ∈ E, kdfa (h)kF ≤ KkhkE
1
et donc ∀h ∈ E \ {0}, dfa h ≤ K.
khk
E F
1 1
Ainsi, l’expression dfa h est bornée et donc l’expression dfa h +ε1 (h) est bornée
khkE khkE
sur un voisinage de 0.
1
On en deduit que dfa h + ε1 (h) ε2 (dfa (h) + khkE ε1 (h)) −→ 0 et finalement que
khkE F
h→0
En resume,
g(f (a + h)) = g(f (a)) + dgf (a) odfa (h) + o(h).
h→0
Puisque dgf (a) odfa ∈ L(E, G), on a montré que gof est différentiable en a et que d(gof )a =
dgf (a) odfa .
Proposition 3.8. Soient E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie non nulle. Soient
f une application d’un ouvert non vide Ω de E à valeurs dans F . Posons p = dim(F ), et soit
(εk )1≤k≤p une base de F . Soient (f1 , ..., fp ) les fonctions composantes de f dans cette base.
f est différentiable au point a ∈ Ω si et seulement si toutes ses applications composantes fk
sont différentiables en a. De plus les fonctions composantes de dfa sont les différentielles des
fonctions composantes, c-à-d
p
X
dfa (h) = d(fk )a (h)εk .
k=1
p
X
Preuve. • On a f = ik ofk , donc si les applications composantes (fk ) sont différentiables
k=1
en a, comme les applications ik sont différentiables, alors d’après la proposition 3.7 il en sera
de même de f .
• Réciproquement, si f est différentiable en a, (resp. de classe C 1 ) au voisinage de a, comme
la k eme fonction composante fk est donnée par fk = prk of , et comme prk est de classe C 1 , on
déduit que fk est différentiable en a, (resp. de classe C 1 ) au voisinage de a.
Définition 3.4. Soit f une fonction définie sur un ouvert non vide Ω de Rn à valeurs dans
Rp . Soit a un point de Ω. Soit v un vecteur non nul de Rn donné.
f est dérivable en a suivant le vecteur v si et seulement si la fonction d’une variable réelle
1
t → (f (a + tv) − f (a)) a une limite quand t tend vers 0. Dans ce cas, cette limite s’appelle la
t
∂f
dérivée de f en a suivant le vecteur v et se note Dv f (a) ou (a) :
∂v
1
Dv f (a) = lim (f (a + tv) − f (a)).
t→0 t
Remarques 3.4. • Soient E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie non nulle. Soit
f une application définie sur Ω, ouvert non vide de E, à valeurs dans F . Soit a ∈ Ω. Si f
est différentiable en a, alors f est dérivable suivant tout vecteur en a et dans ce cas, pour tout
v ∈ E \ {0},
Dv f (a) = dfa (v).
En effet. • Soit v ∈ E \ {0}. Puisque f est différentiable en a, quand le vecteur h tend vers
0 on a :
f (a + h) = f (a) + dfa (h) + o(h).
et donc
1
(f (a + tv) − f (a)) − dfa (v) = o(1).
t t→0
Ceci montre que f est dérivable suivant le vecteur v et que Dv f (a) = dfa (v).
• La réciproque n’est en général pas vraie. Pour le voir, on peut considérer la fonction définie
de R2 → R par : xy
si (x, y) 6= (0, 0)
f (x, y) = x2 + y2
0 si (x, y) = (0, 0)
Nous avons ainsi vu que si une fonction f est différentiable au point a alors elle admet une
dérivée en a selon tout vecteur de E. Maintenant on s’intéresse au cas particulier ou le vecteur
v est l’un des vecteurs de la base canonique de E.
Définitions 3.5. Soit f une fonction définie sur un ouvert non vide Ω de Rn a valeurs dans
Rp . Soit a un point de Ω. Soit i ∈ {1, ..., n}.
• On dit que f admet en a une dérivee partielle par rapport à sa i-ème variable si et seulement
si la i-ème application partielle de f en a est dérivable en ai . Dans ce cas, la dérivée de la i-ème
application partielle de f en a s’appelle la dérivée partielle de la fonction f par rapport à sa
∂f
i-ème variable en a et se note (a) (ou aussi ∂i f (a)) :
∂xi
∂f 1
∀i ∈ {1, ..., n}, (a) = lim (f (a1 , ..., ai−1 , t, ai+1 , ..., an ) − f (a1 , ..., ai−1 , ai, ai+1 , ..., an )).
∂xi t→ai t − ai
• On dit que f admet une i-ème dérivée partielle sur Ω si et seulement si f admet une i-ème
dérivée partielle en chaque point a de Ω.
∂f
Dans ce cas, on peut définir la i-eme fonction dérivée partielle sur Ω notée : c’est une
∂xi
fonction de n variables, définie sur Ω à valeurs dans Rp .
Remarque 3.5. ∂ est le "d rond" par opposition au "d droit". Si on note simplement fa,i la
i-ème application partielle de f en a, alors
∂f 0 dfa,i
(a) = fa,i (ai ) = (ai ).
∂xi dt
2 +y 2
Exemple 3.2. Soit f (x, y) = xex , alors pour tout (x, y) ∈ R2 ,
∂f x2 +y 2 x2 +y 2 2 2
(x, y) = e + x × 2xe = 2x + 1 ex +y
2
∂x
et
∂f 2 2
(x, y) = 2xyex +y .
∂x
Remarque 3.6. L’existence de dérivées partielles en un point n’entraine pas la continuité en
ce point.
0 si (x, y) = 0
x×0
Pour x ∈ R \ {0}, f (x, 0) = = 0. Donc lim f (x, 0) = 0 (si f a une limite quand (x, y)
x2 + 0 2 x→0
tend vers (0, 0), cette limite ne peut être que 0).
Quand x tend vers 0, le couple (x, x) tend vers le couple (0, 0). Pour x ∈ R \ {0}, f (x, x) =
x×x 1 1
2 2
= . Donc lim f (x, x) = (si f a une limite quand (x, y) tend vers (0, 0), cette limite
x +x 2 x→0 2
1
ne peut être que ).
2
1
Puisque 6= 0 la fonction f n’a pas de limite en (0, 0).
2
D’où f n’est pas continue au point (0, 0).
Etudions maintenant l’existence de dérivées partielles en (0, 0).
f (x, 0) − f (0, 0) 0−0 f (x, 0) − f (0, 0)
Pour x 6= 0, = = 0 et donc lim = 0.
x−0 x−0 x→0 x−0
∂f
f admet donc une dérivée partielle par rapport sa première variable en (0, 0) et (0, 0) = 0.
∂x
∂f
De même, f admet une dérivée partielle par rapport à sa deuxième variable en (0, 0) et (0, 0) =
∂y
0.
∂f
Remarque 3.7. Si l’evn F est de dimension p, (a) est un vecteur de F dont les com-
∂xi
∂f
posantes sont les dérivées partielles des fonctions coordonnées fj au points a : (a) =
∂xi
∂f1 ∂fp
( (a), ..., (a))
∂xi ∂xi
Proposition 3.9. Soit f une application d’un ouvert non vide Ω de Rn dans Rp .
• Soit a ∈ Ω. Si f est différentiable en a, alors f admet des dérivées partielles par rapport a
chacune de ses variables en a et on a :
∂f
∀i ∈ {1, ..., n}, (a) = dfa (ei ).
∂xi
De plus, on a
n
n
X ∂f
∀h ∈ R , dfa (h) = hi (a)
i=1
∂xi
∂f
Preuve. D’après la remarque 3.4 on a, ∀i ∈ {1, ..., n}, (a) = dfa (ei ).
∂xi
D’autre part, on note (e1 , ..., en ) la base canonique de Rn . Puisque dfa ∈ L(Rn , Rp ), pour
h = (h1 , ..., hn ) ∈ Rn , on a :
n
X n n
X X ∂f
dfa (h) = dfa hi ei = hi dfa (ei ) = hi (a).
i=1 i=1 i=1
∂xi
Remarque 3.8. La réciproque de résultat précédent n’est pas vraie. Une fonction possédant
toutes les dérivées partielles en un point a n’est pas nécessairement différentiable en ce point.
Néanmoins nous avons la proposition suivante :
Proposition 3.10. Soit Ω un ouvert non vide de Rn . Soit f une fonction définie sur Ω à
valeurs dans Rp . f est de classe C 1 sur Ω si et seulement si f admet sur Ω des dérivées
partielles premieres sur Ω et chacune des fonctions dérivées partielles est continue sur Ω.
Remarque 3.9. Notons que si les dérivées partielles de f existent sans êtres continues, il n’est
pas dit que f n’est pas différentiable.
Par exemple :
1
(x2 + y 2 ) sin p
si (x, y) 6= (0, 0)
f (x, y) = x2 + y 2
0 si (x, y) = (0, 0)
est différentiable en (0, 0), et ses dérivées partielles en (0, 0) existent et ne sont pas continues
au point (0, 0), pourtant f est différentiable en (0, 0).
Proposition 3.11. Soit f une application d’un ouvert non vide Ω de Rn dans Rp . différen-
tiable en a ∈ Ω. On note f1 , ..., fp , les applications composantes de f : ∀(x1 , ..., xn ) ∈ Ω.
f (x1 , ..., xn ) = (f1 (x1 , ..., xn ), ..., fp (x1 , ..., xn )). Alors,
∂fj
J(f, a) = (a) .
∂xi 1≤j≤p
1≤i≤n
Preuve. On note (e1 , ..., en ) la base canonique de Rn . Soit i ∈ {1, ..., n}.
La i-ème colonne de J(f, a) est le vecteur colonne dont les composantes sont les coordonnées
∂f
de dfa (ei ) dans la base canonique de Rp . D’apres la remarque 3.4, dfa (ei ) = (a) et donc la
∂xi
∂f1
∂xi (a)
..
.
∂f
j
i-ème colonne de J(f, a) est (a) .
∂xi
..
.
∂fp
(a)
∂xi
Exemple 3.5. On munit le plan R2 de sa structure euclidienne et de son orientation canonique.
On note (→
−
u ,→
−
v ) la base canonique (orthonormée directe) de R2 .
Pour θ ∈ R, on pose →
−
uθ = cos(θ)→
−
u + sin(θ)→
−
v.
Soit M = (x, y) un point de R2 . On appelle coordonnées polaires de M tout couple [r, θ] de réels
−−→
tels que OM = r→
−
uθ . On a donc
−−→
x→
−
u + y→
−
v = OM = (r cos(θ))→
−
u + (r sin(θ))→
−
v.
x = r cos(θ)
Le passage des coordonnées polaires aux coordonnées cartésiennes s’écrit donc
y = r sin(θ)
Pour (r, θ) ∈ R2 , on pose f (r, θ) = (r cos(θ), r sin(θ)). La matrice jacobienne de f en un point
(r, θ) de R2 est
cos(θ) −r sin(θ)
sin(θ) r cos(θ)
En première colonne, on a dérivé par rapport à r et en deuxième colonne, on a dérivé par
rapport à θ.
φ f
F : Rn → Rn → R
u = (u1 , ..., un ) 7→ (φ1 (u), ..., φn (u))
(x1 , ..., xn ) 7→ f (x1 , ..., xn )
F = f oφ : (u1 , ..., un ) 7→ F (u1 , ..., un ) = f (φ1 (u1 , ..., un ), ..., φn (u1 , ..., un )).
Nous avons donc d’après la remarque 3.10
n
∂F X ∂f ∂φk
= .
∂ui k=1
∂xk ∂ui
n
X
0 ∂f 0
En particulier, si xi = φi (t) on a F (t) = φ (t).
k=1
∂xk k
Théorème 3.1. (Egalite des accroissements finis pour les fonctions numériques)
Soit f une application d’un ouvert non vide Ω d’un R-espace E de dimension finie non nulle à
valeurs dans R, différentiable sur Ω.
Pour tout (a, b) ∈ Ω2 tel que [a, b] ⊂ Ω, il existe λ ∈ [0, 1] tel que f (b)−f (a) = df(1−λ)a+λb (b−a).
Démonstration. Soit (a, b) ∈ Ω2 tel que [a, b] ⊂ Ω. Donc, pour t ∈ [0, 1], (1 − t)a + tb ∈ Ω.
Pour t ∈ [0, 1], on pose g(t) = f ((1 − t)a + tb). Puisque f est de classe C 1 sur Ω, g est une
application de [0, 1] dans R, de classe C 1 sur [0, 1]. D’après le théorème des accroissements finis,
il existe λ ∈ [0, 1] tel que g(1) − g(0) = g 0 (λ).
On note ϕ l’application de [0, 1] dans Ω définie par : ∀t ∈ [0, 1], ϕ(t) = (1 − t)a + tb. On a alors
g = f oϕ puis, pour t ∈ [0, 1] et h ∈ R.
hg 0 (t) = dgt (h) = dfϕ(t) odϕt (h) = df(1−t)a+tb (hϕ0 (t)) = hdf(1−t)a+tb (b − a).
En évaluant en h = 1, on obtient g 0 (t) = df(1−t)a+tb (b − a). L’égalité g(1) − g(0) = g 0 (λ) s’écrit
alors
f (b) − f (a) = df(1.λ)a+λb (b − a).
f est de classe C ∞ sur Ω si et seulement si, pour tout k ∈ N∗ , f est de classe C k sur Ω. On
note C ∞ (Ω, F ) l’ensemble des fonctions de classe C ∞ sur Ω à valeurs dans F .
∂f 1 ∂f 2x2 ∂f 1
(x1 , x2 , x3 ) = , (x1 , x2 , x3 ) = 2 , (x1 , x2 , x3 ) = 2
∂x1 x1 ∂x2 x2 + x 3 ∂x3 x2 + x3
ces trois fonctions sont à leur tour dérivables par rapport à chacune des variables sur D(f ) :
∂ 2f 1 ∂ 2f ∂ 2f
2
(x1 , x2 , x3 ) = − 2 , (x1 , x2 , x3 ) = 0 , (x1 , x2 , x3 ) = 0
∂x1 x1 ∂x2 ∂x1 ∂x3 ∂x1
∂ 2f 2x3 − 2x22 ∂ 2f ∂ 2f −2x2
(x1 , x2 , x3 ) = 2 , (x1 , x2 , x3 ) = 0 , (x1 , x2 , x3 ) = 2
∂x22 (x2 + x3 )2 ∂x1 ∂x2 ∂x3 ∂x2 (x2 + x3 )2
2
∂ f −1 ∂ 2f 2
∂ f −2x2
2
(x1 , x2 , x3 ) = 2 , (x1 , x2 , x3 ) = 0 , (x1 , x2 , x3 ) = 2 .
∂x3 (x2 + x3 )2 ∂x1 ∂x3 ∂x2 ∂x3 (x2 + x3 )2
Les 9 dérivées partielles sont elles aussi dérivables par rapport à xi (i = 1, 2, 3), en tout point
de D(f ) où les dénominateurs sont non nuls.
On peut démontrer et on admettra que les théorèmes généraux usuels (combinaisons li-
néaires, produits, quotients, composées ...) restent valables pour les fonctions de classe C k ou
C ∞ . En particulier.
∂ 2f ∂ 2f
= .
∂xi ∂xj ∂xj ∂xi
• D’une manière générale, soient E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie non
nulle. Soit Ω un ouvert non vide de E. Soit f une application de Ω vers F . Soit k ≥ 2.
Si f est de classe C k sur Ω, alors ∀(i1 , ..., ik ) ∈ {1, ..., n}k . ∀σ ∈ Sk , (σ est une permutation)
∂kf ∂kf
= .
∂xσ(ik ) ...∂xσ(i1 ) ∂xik ...∂xi1
Exemple 3.8. Dans l’exemple 3.7 f (x1 , x2 , x3 ) = log(x1 x22 + x1 x3 ) est de classe C 2 dans D(f )
alors, on a pour tout i et j
∂ 2f ∂ 2f
(x1 , x2 , x3 ) = (x1 , x2 , x3 ).
∂xi ∂xj ∂xj ∂xi
Il faut faire attention cette égalité n’est pas vérifiée pour n’importe quelle fonction, par exemple
2 2
xy x − y
6 (0, 0)
si (x, y) =
∀(x, y) ∈ R2 , f (x, y) = x2 + y 2
0
si (x, y) = 0
3 Applications Différentiables 57
3.1 Différentiabilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57
3.5 Difféomorphismes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73
56
Chapitre 3
Applications Différentiables
3.1 Différentiabilité
u est appelée la différentielle de f au point x0 notée df (x0 ). C’est une application linéaire de R
dans R, donc elle est complètement déterminée par un nombre réel qu’on note f 0 (x0 ) et qu’on
appelle dérivée de f en x0 .
df (x0 ) R → R
h 7→ f 0 (x0 ).h
Cette définition se généralise au cas des fonctions d’un evn dans un autre.
Soient E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie non nulle. On note k.k une norme
donnée sur E.
Définition 3.1. Soit f une application d’un ouvert non vide Ω de E vers F , soit a ∈ Ω.
• On dit que f est différentiable en a si et seulement si il existe une application linéaire L de
E vers F telle que
f (a + h) − f (a) − L(h)
lim = 0.
h→0 khk
• Il revient au même de dire que f est différentiable en a si et seulement si il existe une
application linéaire L de E vers F et une application ε définie sur un voisinage de 0 ∈ E telle
que, pour h au voisinage de 0,
57
58 Chapitre 3. Applications Différentiables
où lim ε(h) = 0.
h→0
• Il revient au même de dire que f est différentiable en a si et seulement si il existe une
application linéaire L de E vers F telle que, pour h au voisinage de 0 ∈ E,
Preuve. On suppose qu’il existe deux applications linéaires L1 et L2 de E vers F telles que
Définition 3.2. Soit f une application d’un ouvert non vide Ω de E vers F , différentiable en
un élément a ∈ Ω.
La différentielle de f en a est l’unique application linéaire L de E vers F telle que f (a + h) =
h→0
f (a) + L(h) + o(h).
On note df (a) ou dfa la différentielle de f en a. dfa est un élément de L(E, F ) vérifiant
Exemples 3.1. 1) Soit (E, h, i) un espace euclidien. On note k.k la norme euclidienne
associée au produit scalaire h, i. Pour tout x de E, on pose f (x) = kxk2 . f est une
application de E dans R. Soit a ∈ E. Pour tout h de E,
L’application h 7→ 2ha, hi est une application linéaire de E vers R (c’est-a-dire une forme
1
linéaire sur E) et d’autre part, khk2 = o(h) car lim khk2 = lim khk = 0. Donc, f
h→0 h→0 khk h→0
est différentiable en a et
∀h ∈ E, dfa (h) = 2ha, hi.
0 si (x, y) = (0, 0)
Remarques 3.1. 1) Soit f une application d’un intervalle ouvert non vide I de R à valeurs
dans un R-espace vectoriel E de dimension finie non nulle. Soit a ∈ I, alors,
f est différentiable en a si et seulement si f est dérivable en a. De plus, dans ce cas,
Lemme 3.1. Soit E1 × ... × En un produit d’espace de dimension finie Toute application mul-
tilinéaire f : E1 × ... × En → F (linéaire par rapport à chaque composante) est continue sur ce
produit, et on a
n
Y
kf (x1 , ..., xn )kF ≤ C kxi kEi .
i=1
Proposition 3.2. Soient E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie non nulle.
alors :
1) Si f une application d’un ouvert non vide Ω de E vers F , telle que f est constante sur
Ω, alors pour tout a ∈ Ω, f est différentiable en a et dfa = 0.
2) Toute application linéaire f : E → F est différentiable en tout point a de E de différen-
tielle dfa = f .
3) Toute application bilinéaire B : E × E → F est différentiable en tout point (a, b) de
E × E de différentielle dB(a,b) (h, k) = B(a, k) + B(h, b).
Preuve. 1) Triviale.
2) Puisque f est linéaire, l’application h → f (a + h) − f (a) − f (h) est l’application nulle sur
E. En particulier,
f (a + h) = f (a) + f (h) + o(h)
h→0
avec f linéaire de E vers F . Ceci montre que f est différentiable en a et que dfa = f .
3) On a
B(a + h, b + k) − B(a, b) − dB(a,b) (h, k) B(a, k) + B(h, b) + B(h, k) − dB(a,b) (h, k)
lim = lim .
(h,k)→(0,0) NE×E ((h, k)) (h,k)→(0,0) NE×E ((h, k))
D’après le lemme 3.1, on a |B(h, k)| ≤ CNE (h)NE (k) donc si on pose
dB(a,b) (h, k) = B(a, k) + B(h, b) qui est bien linéaire de E × E dans F , on a
B(h, k) CNE (h)NE (k)
| |≤ ≤ CNE×E ((h, k)) (car NE×E ((h, k)) = max(NE (h), NE (k))).
NE×E ((h, k)) NE×E ((h, k))
D’où
B(h, k)
lim | | ≤ C lim NE×E ((h, k)) = 0.
(h,k)→(0,0) NE×E ((h, k)) (h,k)→(0,0)
Définitions 3.3. Soient E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie non nulle. Soit
f une application d’un ouvert Ω de E vers F .
• f est différentiable sur Ω si et seulement si f est différentiable en chaque point de Ω. Dans
ce cas, la différentielle de f sur Ω est l’application, notée df , qui à chaque a de Ω associe dfa :
df : Ω → L(E, F )
a 7→ dfa
Remarque 3.2. Vu que E et F sont de dimension finie, alors l’espace L(E, F ) est un espace
de dimension finie et on a dim(L(E, F )) = dim(E).dim(F ).
Proposition 3.3. Soient E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie non nulle. Soient
f et g deux applications de Ω, ouvert non vide de E vers F .
1) Soit a ∈ Ω. Si f et g sont différentiables en a, alors pour tout (λ, µ) ∈ R2 , λf + µg est
différentiable en a et d(λf + µg)a = λdfa + µdfa .
L’ensemble des fonctions différentiables en a à valeurs dans F est un R-espace vectoriel.
2) Si f et g sont différentiables (resp. de classe C 1 ) sur Ω, alors pour tout (λ, µ) ∈ R2 , λf +
µg est différentiable (resp. de classe C 1 ) sur Ω et d(λf + µg) = λdf + µdf .
L’ensemble D1 (Ω, F ) des fonctions différentiables sur Ω à valeurs dans F est un R-espace
vectoriel.
Preuve.
De plus, λdfa + µdga est une application linéaire de E vers F et on a donc montré que λf + µg
est différentiable en a et que de plus, d(λf + µg)a = λdfa + µdga .
B: R2 −→ R
(x, y) 7→ x×y
Proposition 3.5. Soit E un R-espace vectoriel de dimension finie non nulle. Soient f et g
deux applications de Ω, ouvert non vide de E vers R.
Remarque 3.3. Un autre cas particulier de la proposition 3.4 est le cas où B est un produit
scalaire.
Soit E un R-espace vectoriel de dimension finie non nulle. Soient f et g deux applications
différentiables en a ∈ Ω, ouvert non vide de E à valeurs dans espace euclidien F , alors
hf, gi : U −→ R est différentiable en a de différentielle
Proposition 3.6. Soit E un R-espace vectoriel de dimension finie non nulle. Soient f et g
deux applications de Ω, ouvert non vide de E vers R.
1) Soit a ∈ Ω.
1
a) Si f est différentiable en a et si f (a) 6= 0, alors est différentiable en a et
f
1 dfa
d( )a = − .
f (f (a))2
f
b) Si f et g sont différentiables en a et si g(a) 6= 0, alors est différentiable en a et
g
f g(a)dfa − f (a)dga
d( )a = .
g (g(a))2
(car f (a)f (a + h) tend vers (f (a))2 6= 0 quand h tend vers 0 par continuité de f en a). Puisque
dfa (h) 1
l’application h → − 2
est linéaire, on a montré que est différentiable en a et que
(f (a)) f
1 dfa
d =− .
f a (f (a))2
f 1
b) On applique a) et la proposition 3.4. On obtient la différentiabilité en a de = f × et de
g g
plus,
f 1 −dga g(a)dfa − f (a)dga
d = dfa + f (a) 2
= .
g a g(a) (g(a)) (g(a))2
Proposition 3.7. Soient E, F et G trois R-espaces vectoriels de dimension finie non nulle.
Soient f une application d’un ouvert non vide Ω de E vers F et g une application d’un ouvert
Ω0 de F vers G telles que f (Ω) ⊂ Ω0 .
1) Soit a ∈ Ω. Si f est différentiable en a et g est différentiable en f (a), alors gof est
différentiable en a et de plus,
d(gof )a = dgf (a) odfa .
Preuve. On note [Link] une norme donnée dans E et [Link] une norme donnée dans F .
f est différentiable en a et donc il existe une fonction ε1 , définie sur un voisinage de 0 dans E,
telle que
f (a + h) = f (a) + dfa (h) + khkE ε1 (h).
h→0
De même, g est différentiable en f (a) et donc il existe une fonction ε2 , définie sur un voisinage
de 0 dans F , telle que
Par suite, puisque k = dfa (h) + khkE ε1 (h) −→ 0 (par continuité de dfa en 0), on a
h→0
= g(f (a)) + dgf (a) [dfa (h) + khkE ε1 (h)] + kdfa (h) + khkE ε1 (h)kF ε2 (dfa (h) + khkE ε1 (h))
h→0
= g(f (a)) + dgf (a) (dfa (h)) + khkE dgf (a) (ε1 (h))+
h→0
Ensuite, puisque dgf (a) (ε1 (h)) −→ 0 (par continuité de dgf (a) en 0),
h→0
on a khkE dgf (a) (ε1 (h)) = o(h).
h→0
Ensuite,
1 1
kdfa (h)+khkE ε1 (h)kF ε2 (dfa (h)+khkE ε1 (h)) = dfa h +ε1 (h) ε2 (dfa (h)+khkE ε1 (h)).
khkE khkE F
Puisque E est de dimension finie et que dfa est linéaire sur E, on sait qu’il existe K ∈ R+ . tel
que
∀h ∈ E, kdfa (h)kF ≤ KkhkE
1
et donc ∀h ∈ E \ {0}, dfa h ≤ K.
khk
E F
1 1
Ainsi, l’expression dfa h est bornée et donc l’expression dfa h +ε1 (h) est bornée
khkE khkE
sur un voisinage de 0.
1
On en deduit que dfa h + ε1 (h) ε2 (dfa (h) + khkE ε1 (h)) −→ 0 et finalement que
khkE F
h→0
En resume,
g(f (a + h)) = g(f (a)) + dgf (a) odfa (h) + o(h).
h→0
Puisque dgf (a) odfa ∈ L(E, G), on a montré que gof est différentiable en a et que d(gof )a =
dgf (a) odfa .
Proposition 3.8. Soient E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie non nulle. Soient
f une application d’un ouvert non vide Ω de E à valeurs dans F . Posons p = dim(F ), et soit
(εk )1≤k≤p une base de F . Soient (f1 , ..., fp ) les fonctions composantes de f dans cette base.
f est différentiable au point a ∈ Ω si et seulement si toutes ses applications composantes fk
sont différentiables en a. De plus les fonctions composantes de dfa sont les différentielles des
fonctions composantes, c-à-d
p
X
dfa (h) = d(fk )a (h)εk .
k=1
p
X
Preuve. • On a f = ik ofk , donc si les applications composantes (fk ) sont différentiables
k=1
en a, comme les applications ik sont différentiables, alors d’après la proposition 3.7 il en sera
de même de f .
• Réciproquement, si f est différentiable en a, (resp. de classe C 1 ) au voisinage de a, comme
la k eme fonction composante fk est donnée par fk = prk of , et comme prk est de classe C 1 , on
déduit que fk est différentiable en a, (resp. de classe C 1 ) au voisinage de a.
Définition 3.4. Soit f une fonction définie sur un ouvert non vide Ω de Rn à valeurs dans
Rp . Soit a un point de Ω. Soit v un vecteur non nul de Rn donné.
f est dérivable en a suivant le vecteur v si et seulement si la fonction d’une variable réelle
1
t → (f (a + tv) − f (a)) a une limite quand t tend vers 0. Dans ce cas, cette limite s’appelle la
t
∂f
dérivée de f en a suivant le vecteur v et se note Dv f (a) ou (a) :
∂v
1
Dv f (a) = lim (f (a + tv) − f (a)).
t→0 t
Remarques 3.4. • Soient E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie non nulle. Soit
f une application définie sur Ω, ouvert non vide de E, à valeurs dans F . Soit a ∈ Ω. Si f
est différentiable en a, alors f est dérivable suivant tout vecteur en a et dans ce cas, pour tout
v ∈ E \ {0},
Dv f (a) = dfa (v).
En effet. • Soit v ∈ E \ {0}. Puisque f est différentiable en a, quand le vecteur h tend vers
0 on a :
f (a + h) = f (a) + dfa (h) + o(h).
et donc
1
(f (a + tv) − f (a)) − dfa (v) = o(1).
t t→0
Ceci montre que f est dérivable suivant le vecteur v et que Dv f (a) = dfa (v).
• La réciproque n’est en général pas vraie. Pour le voir, on peut considérer la fonction définie
de R2 → R par : xy
si (x, y) 6= (0, 0)
f (x, y) = x2 + y2
0 si (x, y) = (0, 0)
Nous avons ainsi vu que si une fonction f est différentiable au point a alors elle admet une
dérivée en a selon tout vecteur de E. Maintenant on s’intéresse au cas particulier ou le vecteur
v est l’un des vecteurs de la base canonique de E.
Définitions 3.5. Soit f une fonction définie sur un ouvert non vide Ω de Rn a valeurs dans
Rp . Soit a un point de Ω. Soit i ∈ {1, ..., n}.
• On dit que f admet en a une dérivee partielle par rapport à sa i-ème variable si et seulement
si la i-ème application partielle de f en a est dérivable en ai . Dans ce cas, la dérivée de la i-ème
application partielle de f en a s’appelle la dérivée partielle de la fonction f par rapport à sa
∂f
i-ème variable en a et se note (a) (ou aussi ∂i f (a)) :
∂xi
∂f 1
∀i ∈ {1, ..., n}, (a) = lim (f (a1 , ..., ai−1 , t, ai+1 , ..., an ) − f (a1 , ..., ai−1 , ai, ai+1 , ..., an )).
∂xi t→ai t − ai
• On dit que f admet une i-ème dérivée partielle sur Ω si et seulement si f admet une i-ème
dérivée partielle en chaque point a de Ω.
∂f
Dans ce cas, on peut définir la i-eme fonction dérivée partielle sur Ω notée : c’est une
∂xi
fonction de n variables, définie sur Ω à valeurs dans Rp .
Remarque 3.5. ∂ est le "d rond" par opposition au "d droit". Si on note simplement fa,i la
i-ème application partielle de f en a, alors
∂f 0 dfa,i
(a) = fa,i (ai ) = (ai ).
∂xi dt
2 +y 2
Exemple 3.2. Soit f (x, y) = xex , alors pour tout (x, y) ∈ R2 ,
∂f x2 +y 2 x2 +y 2 2 2
(x, y) = e + x × 2xe = 2x + 1 ex +y
2
∂x
et
∂f 2 2
(x, y) = 2xyex +y .
∂x
Remarque 3.6. L’existence de dérivées partielles en un point n’entraine pas la continuité en
ce point.
0 si (x, y) = 0
x×0
Pour x ∈ R \ {0}, f (x, 0) = = 0. Donc lim f (x, 0) = 0 (si f a une limite quand (x, y)
x2 + 0 2 x→0
tend vers (0, 0), cette limite ne peut être que 0).
Quand x tend vers 0, le couple (x, x) tend vers le couple (0, 0). Pour x ∈ R \ {0}, f (x, x) =
x×x 1 1
2 2
= . Donc lim f (x, x) = (si f a une limite quand (x, y) tend vers (0, 0), cette limite
x +x 2 x→0 2
1
ne peut être que ).
2
1
Puisque 6= 0 la fonction f n’a pas de limite en (0, 0).
2
D’où f n’est pas continue au point (0, 0).
Etudions maintenant l’existence de dérivées partielles en (0, 0).
f (x, 0) − f (0, 0) 0−0 f (x, 0) − f (0, 0)
Pour x 6= 0, = = 0 et donc lim = 0.
x−0 x−0 x→0 x−0
∂f
f admet donc une dérivée partielle par rapport sa première variable en (0, 0) et (0, 0) = 0.
∂x
∂f
De même, f admet une dérivée partielle par rapport à sa deuxième variable en (0, 0) et (0, 0) =
∂y
0.
∂f
Remarque 3.7. Si l’evn F est de dimension p, (a) est un vecteur de F dont les com-
∂xi
∂f
posantes sont les dérivées partielles des fonctions coordonnées fj au points a : (a) =
∂xi
∂f1 ∂fp
( (a), ..., (a))
∂xi ∂xi
Proposition 3.9. Soit f une application d’un ouvert non vide Ω de Rn dans Rp .
• Soit a ∈ Ω. Si f est différentiable en a, alors f admet des dérivées partielles par rapport a
chacune de ses variables en a et on a :
∂f
∀i ∈ {1, ..., n}, (a) = dfa (ei ).
∂xi
De plus, on a
n
n
X ∂f
∀h ∈ R , dfa (h) = hi (a)
i=1
∂xi
∂f
Preuve. D’après la remarque 3.4 on a, ∀i ∈ {1, ..., n}, (a) = dfa (ei ).
∂xi
D’autre part, on note (e1 , ..., en ) la base canonique de Rn . Puisque dfa ∈ L(Rn , Rp ), pour
h = (h1 , ..., hn ) ∈ Rn , on a :
n
X n n
X X ∂f
dfa (h) = dfa hi ei = hi dfa (ei ) = hi (a).
i=1 i=1 i=1
∂xi
Remarque 3.8. La réciproque de résultat précédent n’est pas vraie. Une fonction possédant
toutes les dérivées partielles en un point a n’est pas nécessairement différentiable en ce point.
Néanmoins nous avons la proposition suivante :
Proposition 3.10. Soit Ω un ouvert non vide de Rn . Soit f une fonction définie sur Ω à
valeurs dans Rp . f est de classe C 1 sur Ω si et seulement si f admet sur Ω des dérivées
partielles premieres sur Ω et chacune des fonctions dérivées partielles est continue sur Ω.
Remarque 3.9. Notons que si les dérivées partielles de f existent sans êtres continues, il n’est
pas dit que f n’est pas différentiable.
Par exemple :
1
(x2 + y 2 ) sin p
si (x, y) 6= (0, 0)
f (x, y) = x2 + y 2
0 si (x, y) = (0, 0)
est différentiable en (0, 0), et ses dérivées partielles en (0, 0) existent et ne sont pas continues
au point (0, 0), pourtant f est différentiable en (0, 0).
Proposition 3.11. Soit f une application d’un ouvert non vide Ω de Rn dans Rp . différen-
tiable en a ∈ Ω. On note f1 , ..., fp , les applications composantes de f : ∀(x1 , ..., xn ) ∈ Ω.
f (x1 , ..., xn ) = (f1 (x1 , ..., xn ), ..., fp (x1 , ..., xn )). Alors,
∂fj
J(f, a) = (a) .
∂xi 1≤j≤p
1≤i≤n
Preuve. On note (e1 , ..., en ) la base canonique de Rn . Soit i ∈ {1, ..., n}.
La i-ème colonne de J(f, a) est le vecteur colonne dont les composantes sont les coordonnées
∂f
de dfa (ei ) dans la base canonique de Rp . D’apres la remarque 3.4, dfa (ei ) = (a) et donc la
∂xi
∂f1
∂xi (a)
..
.
∂f
j
i-ème colonne de J(f, a) est (a) .
∂xi
..
.
∂fp
(a)
∂xi
Exemple 3.5. On munit le plan R2 de sa structure euclidienne et de son orientation canonique.
On note (→
−
u ,→
−
v ) la base canonique (orthonormée directe) de R2 .
Pour θ ∈ R, on pose →
−
uθ = cos(θ)→
−
u + sin(θ)→
−
v.
Soit M = (x, y) un point de R2 . On appelle coordonnées polaires de M tout couple [r, θ] de réels
−−→
tels que OM = r→
−
uθ . On a donc
−−→
x→
−
u + y→
−
v = OM = (r cos(θ))→
−
u + (r sin(θ))→
−
v.
x = r cos(θ)
Le passage des coordonnées polaires aux coordonnées cartésiennes s’écrit donc
y = r sin(θ)
Pour (r, θ) ∈ R2 , on pose f (r, θ) = (r cos(θ), r sin(θ)). La matrice jacobienne de f en un point
(r, θ) de R2 est
cos(θ) −r sin(θ)
sin(θ) r cos(θ)
En première colonne, on a dérivé par rapport à r et en deuxième colonne, on a dérivé par
rapport à θ.
φ f
F : Rn → Rn → R
u = (u1 , ..., un ) 7→ (φ1 (u), ..., φn (u))
(x1 , ..., xn ) 7→ f (x1 , ..., xn )
F = f oφ : (u1 , ..., un ) 7→ F (u1 , ..., un ) = f (φ1 (u1 , ..., un ), ..., φn (u1 , ..., un )).
Nous avons donc d’après la remarque 3.10
n
∂F X ∂f ∂φk
= .
∂ui k=1
∂xk ∂ui
n
X
0 ∂f 0
En particulier, si xi = φi (t) on a F (t) = φ (t).
k=1
∂xk k
Théorème 3.1. (Egalite des accroissements finis pour les fonctions numériques)
Soit f une application d’un ouvert non vide Ω d’un R-espace E de dimension finie non nulle à
valeurs dans R, différentiable sur Ω.
Pour tout (a, b) ∈ Ω2 tel que [a, b] ⊂ Ω, il existe λ ∈ [0, 1] tel que f (b)−f (a) = df(1−λ)a+λb (b−a).
Démonstration. Soit (a, b) ∈ Ω2 tel que [a, b] ⊂ Ω. Donc, pour t ∈ [0, 1], (1 − t)a + tb ∈ Ω.
Pour t ∈ [0, 1], on pose g(t) = f ((1 − t)a + tb). Puisque f est de classe C 1 sur Ω, g est une
application de [0, 1] dans R, de classe C 1 sur [0, 1]. D’après le théorème des accroissements finis,
il existe λ ∈ [0, 1] tel que g(1) − g(0) = g 0 (λ).
On note ϕ l’application de [0, 1] dans Ω définie par : ∀t ∈ [0, 1], ϕ(t) = (1 − t)a + tb. On a alors
g = f oϕ puis, pour t ∈ [0, 1] et h ∈ R.
hg 0 (t) = dgt (h) = dfϕ(t) odϕt (h) = df(1−t)a+tb (hϕ0 (t)) = hdf(1−t)a+tb (b − a).
En évaluant en h = 1, on obtient g 0 (t) = df(1−t)a+tb (b − a). L’égalité g(1) − g(0) = g 0 (λ) s’écrit
alors
f (b) − f (a) = df(1.λ)a+λb (b − a).
f est de classe C ∞ sur Ω si et seulement si, pour tout k ∈ N∗ , f est de classe C k sur Ω. On
note C ∞ (Ω, F ) l’ensemble des fonctions de classe C ∞ sur Ω à valeurs dans F .
∂f 1 ∂f 2x2 ∂f 1
(x1 , x2 , x3 ) = , (x1 , x2 , x3 ) = 2 , (x1 , x2 , x3 ) = 2
∂x1 x1 ∂x2 x2 + x 3 ∂x3 x2 + x3
ces trois fonctions sont à leur tour dérivables par rapport à chacune des variables sur D(f ) :
∂ 2f 1 ∂ 2f ∂ 2f
2
(x1 , x2 , x3 ) = − 2 , (x1 , x2 , x3 ) = 0 , (x1 , x2 , x3 ) = 0
∂x1 x1 ∂x2 ∂x1 ∂x3 ∂x1
∂ 2f 2x3 − 2x22 ∂ 2f ∂ 2f −2x2
(x1 , x2 , x3 ) = 2 , (x1 , x2 , x3 ) = 0 , (x1 , x2 , x3 ) = 2
∂x22 (x2 + x3 )2 ∂x1 ∂x2 ∂x3 ∂x2 (x2 + x3 )2
2
∂ f −1 ∂ 2f 2
∂ f −2x2
2
(x1 , x2 , x3 ) = 2 , (x1 , x2 , x3 ) = 0 , (x1 , x2 , x3 ) = 2 .
∂x3 (x2 + x3 )2 ∂x1 ∂x3 ∂x2 ∂x3 (x2 + x3 )2
Les 9 dérivées partielles sont elles aussi dérivables par rapport à xi (i = 1, 2, 3), en tout point
de D(f ) où les dénominateurs sont non nuls.
On peut démontrer et on admettra que les théorèmes généraux usuels (combinaisons li-
néaires, produits, quotients, composées ...) restent valables pour les fonctions de classe C k ou
C ∞ . En particulier.
∂ 2f ∂ 2f
= .
∂xi ∂xj ∂xj ∂xi
• D’une manière générale, soient E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie non
nulle. Soit Ω un ouvert non vide de E. Soit f une application de Ω vers F . Soit k ≥ 2.
Si f est de classe C k sur Ω, alors ∀(i1 , ..., ik ) ∈ {1, ..., n}k . ∀σ ∈ Sk , (σ est une permutation)
∂kf ∂kf
= .
∂xσ(ik ) ...∂xσ(i1 ) ∂xik ...∂xi1
Exemple 3.8. Dans l’exemple 3.7 f (x1 , x2 , x3 ) = log(x1 x22 + x1 x3 ) est de classe C 2 dans D(f )
alors, on a pour tout i et j
∂ 2f ∂ 2f
(x1 , x2 , x3 ) = (x1 , x2 , x3 ).
∂xi ∂xj ∂xj ∂xi
Il faut faire attention cette égalité n’est pas vérifiée pour n’importe quelle fonction, par exemple
2 2
xy x − y
6 (0, 0)
si (x, y) =
∀(x, y) ∈ R2 , f (x, y) = x2 + y 2
0
si (x, y) = 0
3.5 Difféomorphismes
U est un ouvert de R2 .
Soit I = R− × {0} = {(x, 0) ∈ R2 ) / x ≤ 0}, I est un fermé. On pose V = R2 \ I ouvert,
L’application
f: U −→ V
(r, θ) 7→ (r cos(θ), r sin(θ))
est un difféomorphisme.
et −π < θ, θ0 < π,
⇒ r2 cos2 (θ) + r2 sin2 (θ) = r02 cos2 (θ0 ) + r02 sin2 (θ0 )
r>0
⇒ r2 = r02 ⇒ r = r0 . (2)
(x, y) ∈ V = R2 \ I ⇔ (x, y) 6∈ I ⇔
x > 0 ou y 6= 0. (3)
2 2
p
2 2 2 x y
Posons r = x2 + y 2 , d’après (3) r > 0, et on a r = x + y ⇒ + =1
r r
x
= cos(θ)
⇒ ∃θ ∈] − π, π[ / r
y
= sin(θ)
r
⇒ ∃θ ∈] − π, π[ / x = r cos(θ) et y = r sin(θ).
Si θ = −π ou θ = π alors x = −r et y = 0 (cas exclu d’après (3)).
Donc
f: U −→ V bijective de classe C 1
(r, θ) 7→ (r cos(θ), r sin(θ))
Maintenant, soit
f −1 : V −→ U
(x, y) 7→ (r(x, y), θ(x, y))
p
avec r = x2 + y 2 de classe C 1 .
π θ π
D’autre part, on a −π < θ < π ⇒ − < < donc
2 2 2
θ sin( 2θ ) 2 sin( 2θ ) cos( 2θ )
tan( ) = =
2 cos( 2θ ) 2 cos2 ( 2θ )
sin(θ)
=
1 + cos(θ)
r sin(θ)
=
r + r cos(θ)
y y
= = p
r+x x + x2 + y 2
π π y
Or tan : ]− , [→ R est bijective donc θ = 2 arctan( p ) de classe C 1 . Conclusion :
2 2 x + x2 + y 2
f est un difféomorphisme de U sur V .
est bijective de classe C 1 et f −1 n’est pas dérivable au point 0. Donc f n’est pas un difféomor-
phisme.
Nous avons cependant un résultat fondamental que nous allons énoncer sans démonstration
Preuve. Pour tout a ∈ U on a df (a) est un isomorphisme donc d’après le théorème d’inver-
sion locale, il existe un voisinage ouvert Va de a dans U tel que f |Va soit un difféomorphisme de
[
classe C 1 de Va sur f (Va ) qui est donc un ouvert de F . On déduit alors que f (U ) = f (Va )
a∈U
est un ouvert de F .
Maintenant, f étant injective, c’est donc une bijection de U sur f (U ) et puisque pour tout point
a ∈ U il existe un Va tel que f |Va est un C 1 -difféomorphisme, f est donc un C 1 -difféomorphisme
de U sur f (U ).
Dans tout ce qui va suivre, nous nous limiterons aux fonctions de deux variables réelles .
Considérons un ouvert Ω de Rn , et une application ϕ de classe C k de Ω dans R. Nous nous
intéressons à l’étude de l’ensemble Γ(ϕ) des points a = (x1 , ..., xn ) de Ω tels que ϕ(a) = 0.
Définition 3.10. Soit a ∈ Γ(ϕ), on dit que a est un point régulier de Γ(ϕ) si dϕ(a) est non
nulle (en d’autre termes si l’une au moins des dérivées partielles de ϕ est non nulle en a).
∂ϕ ∂ϕ
Remarque 3.11. Notons que, si a0 est régulier et si (a0 ) est nulle, alors (a0 ) va être
∂y ∂x
non nulle, et on peut reprendre le théorème 3.4 en échangeant les rôles de x et y. Il existerait
donc un voisinage ouvert U de a0 et une fonction η de classe C k tels que Γ(ϕ) ∩ U soit le graphe
de x = η(y).
Remarque 3.12. Notons qu’en général, on ne peut pas calculer explicitement la fonction
y = µ(x)(ou x = η(y)), c’est pourquoi on dit que y est fonction implicite de x (ou x est fonc-
tion implicite de y).Néanmoins l’équation ϕ(x, µ(x)) = 0 nous permet de calculer les dérivées
successives de µ en x0 .
En effet.
• En dérivant l’identité ϕ(x, µ(x)) = 0, nous obtenons
∂ϕ ∂ϕ
(x, µ(x)) + (x, µ(x))µ0 (x) = 0 (1)
∂x ∂y
d’où
∂ϕ
(x0 , µ(x0 ))
µ0 (x0 ) = − ∂ϕ
∂x
.
∂y
(x0 , µ(x0 ))
En dérivant (1), on obtient
∂ 2ϕ ∂ 2ϕ 0 ∂ 2ϕ ∂ϕ
2
(x, µ(x)) + 2 (x, µ(x))µ (x) + 2
(x, µ(x))[µ0 (x)]2 + (x, µ(x))µ00 (x) = 0 (2)
∂x ∂x∂y ∂y ∂y
comme les valeur µ(x0 ) et µ0 (x0 ) sont connues, on déduit celle de µ00 (x0 ) à partir de l’égalité
(2), et ainsi de suite...
dϕ(a0 )(x − x0 , y − y0 ) = 0
c’est à dire
∂ϕ ∂ϕ
(x − x0 ) (x0 , y0 ) + (y − y0 ) (x0 , y0 ) = 0.
∂x ∂y
En effet.
D’après le théorème 3.4 ((i) et (iii)), l’équation de la tangente à la courbe de la fonction µ au
point a0 = (x0 , y0 ) est donnée par :
∂ϕ
0 ∂x
(x0 , y0 )
y = µ (x0 )(x − x0 ) + µ(x0 ) = − ∂ϕ
(x − x0 ) + y0
∂y
(x0 , y0 )
donc, on obtient
∂ϕ ∂ϕ
(x − x0 ) (x0 , y0 ) + (y − y0 ) (x0 , y0 ) = 0.
∂x ∂y
Exemple 3.12. Soient f (x, y) = ex − x2 − ln(y) − y et a0 = (0, 1). On a
• f ∈ C 1 (R × R+∗ )
• f (0, 1) = 1 − ln(1) − 1 = 0
∂f 1 ∂f
• (x, y) = − − 1 ⇒ (0, 1) = −2 6= 0.
∂y y ∂y
Donc d’après théorème de fonction implicite, il existe ϕ de classe C 1 sur V0 un voisinage de 0
telle que
ϕ(0) = 1 et ∀ x ∈ V0 on a f (x, ϕ(x)) = 0.
ϕ Ω ⊂ R3 ' R2 × R −→ R
((x, y), z) 7→ ϕ(x, y, z).
∂ϕ
On suppose que le point a0 = (x0 , y0 , z0 ) ∈ Ω est un point régulier, par exemple (a0 ) 6= 0, alors
∂z
il existe U ∈ V((x0 , y0 )) et µ : U → R de classe C k tels que µ(x0 , y0 ) = z0 et ϕ(x, y, µ(x, y)) = 0.
Si S est la surface d’équation ϕ(x, y, z) = 0, on a tous les points sont réguliers et l’équation du
plan tangent à cette surface au point a0 = (x0 , y0 , z0 ) est donnée par
∂ϕ ∂ϕ ∂ϕ
(x − x0 ) (x0 , y0 , z0 ) + (y − y0 ) (x0 , y0 , z0 ) + (z − z0 ) (x0 , y0 , z0 ) = 0.
∂x ∂y ∂z
Montrer qu’il existe ϕ, ψ ∈ C 1 définie sur un voisinage V de -2 telle que ∀z ∈ V, (ϕ(z), ψ(z), z)
est une solution de (S).
En effet. On pose f (x, y, z) = (x2 + y 2 − z 2 − 1, x3 − y 3 + z 3 − 1).
• On a f ∈ C 1 (R3 ) (car les composante de f sont des fonctions polynômial donc de classe C ∞
en particulier de classe C 1 ).
• On a f (a) = f ((2, −1, −2)) = (0, 0).
2x 2y 4 −2
∂f ∂f
• J(f, (x, y)) = (x, y) = ⇒ (2, −1, −2) = .
∂[x, y] 3x2 −3y 2 ∂[x, y] 12 −3
4 −2
∂f
donc det = 12 6= 0 ⇒ ∈ Isom(R).
12 −3 ∂[x, y]
Finalement, les hypothèses de théorème de fonction implicite sont vérifies, donc il existe ϕ, ψ
de classe C 1 , telle que f (ϕ(z), ψ(z), z) = 0 c-à-d (ϕ(z), ψ(z), z) est une solution de (S).
3 Applications Différentiables 57
3.1 Différentiabilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57
3.5 Difféomorphismes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73
3.7 Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 81
56
Chapitre 3
Applications Différentiables
3.1 Différentiabilité
u est appelée la différentielle de f au point x0 notée df (x0 ). C’est une application linéaire de R
dans R, donc elle est complètement déterminée par un nombre réel qu’on note f 0 (x0 ) et qu’on
appelle dérivée de f en x0 .
df (x0 ) R → R
h 7→ f 0 (x0 ).h
Cette définition se généralise au cas des fonctions d’un evn dans un autre.
Soient E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie non nulle. On note k.k une norme
donnée sur E.
Définition 3.1. Soit f une application d’un ouvert non vide Ω de E vers F , soit a ∈ Ω.
• On dit que f est différentiable en a si et seulement si il existe une application linéaire L de
E vers F telle que
f (a + h) − f (a) − L(h)
lim = 0.
h→0 khk
• Il revient au même de dire que f est différentiable en a si et seulement si il existe une
application linéaire L de E vers F et une application ε définie sur un voisinage de 0 ∈ E telle
que, pour h au voisinage de 0,
57
58 Chapitre 3. Applications Différentiables
où lim ε(h) = 0.
h→0
• Il revient au même de dire que f est différentiable en a si et seulement si il existe une
application linéaire L de E vers F telle que, pour h au voisinage de 0 ∈ E,
Preuve. On suppose qu’il existe deux applications linéaires L1 et L2 de E vers F telles que
Définition 3.2. Soit f une application d’un ouvert non vide Ω de E vers F , différentiable en
un élément a ∈ Ω.
La différentielle de f en a est l’unique application linéaire L de E vers F telle que f (a + h) =
h→0
f (a) + L(h) + o(h).
On note df (a) ou dfa la différentielle de f en a. dfa est un élément de L(E, F ) vérifiant
Exemples 3.1. 1) Soit (E, h, i) un espace euclidien. On note k.k la norme euclidienne
associée au produit scalaire h, i. Pour tout x de E, on pose f (x) = kxk2 . f est une
application de E dans R. Soit a ∈ E. Pour tout h de E,
L’application h 7→ 2ha, hi est une application linéaire de E vers R (c’est-a-dire une forme
1
linéaire sur E) et d’autre part, khk2 = o(h) car lim khk2 = lim khk = 0. Donc, f
h→0 h→0 khk h→0
est différentiable en a et
∀h ∈ E, dfa (h) = 2ha, hi.
0 si (x, y) = (0, 0)
Remarques 3.1. 1) Soit f une application d’un intervalle ouvert non vide I de R à valeurs
dans un R-espace vectoriel E de dimension finie non nulle. Soit a ∈ I, alors,
f est différentiable en a si et seulement si f est dérivable en a. De plus, dans ce cas,
Lemme 3.1. Soit E1 × ... × En un produit d’espace de dimension finie Toute application mul-
tilinéaire f : E1 × ... × En → F (linéaire par rapport à chaque composante) est continue sur ce
produit, et on a
n
Y
kf (x1 , ..., xn )kF ≤ C kxi kEi .
i=1
Proposition 3.2. Soient E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie non nulle.
alors :
1) Si f une application d’un ouvert non vide Ω de E vers F , telle que f est constante sur
Ω, alors pour tout a ∈ Ω, f est différentiable en a et dfa = 0.
2) Toute application linéaire f : E → F est différentiable en tout point a de E de différen-
tielle dfa = f .
3) Toute application bilinéaire B : E × E → F est différentiable en tout point (a, b) de
E × E de différentielle dB(a,b) (h, k) = B(a, k) + B(h, b).
Preuve. 1) Triviale.
2) Puisque f est linéaire, l’application h → f (a + h) − f (a) − f (h) est l’application nulle sur
E. En particulier,
f (a + h) = f (a) + f (h) + o(h)
h→0
avec f linéaire de E vers F . Ceci montre que f est différentiable en a et que dfa = f .
3) On a
B(a + h, b + k) − B(a, b) − dB(a,b) (h, k) B(a, k) + B(h, b) + B(h, k) − dB(a,b) (h, k)
lim = lim .
(h,k)→(0,0) NE×E ((h, k)) (h,k)→(0,0) NE×E ((h, k))
D’après le lemme 3.1, on a |B(h, k)| ≤ CNE (h)NE (k) donc si on pose
dB(a,b) (h, k) = B(a, k) + B(h, b) qui est bien linéaire de E × E dans F , on a
B(h, k) CNE (h)NE (k)
| |≤ ≤ CNE×E ((h, k)) (car NE×E ((h, k)) = max(NE (h), NE (k))).
NE×E ((h, k)) NE×E ((h, k))
D’où
B(h, k)
lim | | ≤ C lim NE×E ((h, k)) = 0.
(h,k)→(0,0) NE×E ((h, k)) (h,k)→(0,0)
Définitions 3.3. Soient E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie non nulle. Soit
f une application d’un ouvert Ω de E vers F .
• f est différentiable sur Ω si et seulement si f est différentiable en chaque point de Ω. Dans
ce cas, la différentielle de f sur Ω est l’application, notée df , qui à chaque a de Ω associe dfa :
df : Ω → L(E, F )
a 7→ dfa
Remarque 3.2. Vu que E et F sont de dimension finie, alors l’espace L(E, F ) est un espace
de dimension finie et on a dim(L(E, F )) = dim(E).dim(F ).
Proposition 3.3. Soient E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie non nulle. Soient
f et g deux applications de Ω, ouvert non vide de E vers F .
1) Soit a ∈ Ω. Si f et g sont différentiables en a, alors pour tout (λ, µ) ∈ R2 , λf + µg est
différentiable en a et d(λf + µg)a = λdfa + µdfa .
L’ensemble des fonctions différentiables en a à valeurs dans F est un R-espace vectoriel.
2) Si f et g sont différentiables (resp. de classe C 1 ) sur Ω, alors pour tout (λ, µ) ∈ R2 , λf +
µg est différentiable (resp. de classe C 1 ) sur Ω et d(λf + µg) = λdf + µdf .
L’ensemble D1 (Ω, F ) des fonctions différentiables sur Ω à valeurs dans F est un R-espace
vectoriel.
Preuve.
De plus, λdfa + µdga est une application linéaire de E vers F et on a donc montré que λf + µg
est différentiable en a et que de plus, d(λf + µg)a = λdfa + µdga .
B: R2 −→ R
(x, y) 7→ x×y
Proposition 3.5. Soit E un R-espace vectoriel de dimension finie non nulle. Soient f et g
deux applications de Ω, ouvert non vide de E vers R.
Remarque 3.3. Un autre cas particulier de la proposition 3.4 est le cas où B est un produit
scalaire.
Soit E un R-espace vectoriel de dimension finie non nulle. Soient f et g deux applications
différentiables en a ∈ Ω, ouvert non vide de E à valeurs dans espace euclidien F , alors
hf, gi : U −→ R est différentiable en a de différentielle
Proposition 3.6. Soit E un R-espace vectoriel de dimension finie non nulle. Soient f et g
deux applications de Ω, ouvert non vide de E vers R.
1) Soit a ∈ Ω.
1
a) Si f est différentiable en a et si f (a) 6= 0, alors est différentiable en a et
f
1 dfa
d( )a = − .
f (f (a))2
f
b) Si f et g sont différentiables en a et si g(a) 6= 0, alors est différentiable en a et
g
f g(a)dfa − f (a)dga
d( )a = .
g (g(a))2
(car f (a)f (a + h) tend vers (f (a))2 6= 0 quand h tend vers 0 par continuité de f en a). Puisque
dfa (h) 1
l’application h → − 2
est linéaire, on a montré que est différentiable en a et que
(f (a)) f
1 dfa
d =− .
f a (f (a))2
f 1
b) On applique a) et la proposition 3.4. On obtient la différentiabilité en a de = f × et de
g g
plus,
f 1 −dga g(a)dfa − f (a)dga
d = dfa + f (a) 2
= .
g a g(a) (g(a)) (g(a))2
Proposition 3.7. Soient E, F et G trois R-espaces vectoriels de dimension finie non nulle.
Soient f une application d’un ouvert non vide Ω de E vers F et g une application d’un ouvert
Ω0 de F vers G telles que f (Ω) ⊂ Ω0 .
1) Soit a ∈ Ω. Si f est différentiable en a et g est différentiable en f (a), alors gof est
différentiable en a et de plus,
d(gof )a = dgf (a) odfa .
Preuve. On note [Link] une norme donnée dans E et [Link] une norme donnée dans F .
f est différentiable en a et donc il existe une fonction ε1 , définie sur un voisinage de 0 dans E,
telle que
f (a + h) = f (a) + dfa (h) + khkE ε1 (h).
h→0
De même, g est différentiable en f (a) et donc il existe une fonction ε2 , définie sur un voisinage
de 0 dans F , telle que
Par suite, puisque k = dfa (h) + khkE ε1 (h) −→ 0 (par continuité de dfa en 0), on a
h→0
= g(f (a)) + dgf (a) [dfa (h) + khkE ε1 (h)] + kdfa (h) + khkE ε1 (h)kF ε2 (dfa (h) + khkE ε1 (h))
h→0
= g(f (a)) + dgf (a) (dfa (h)) + khkE dgf (a) (ε1 (h))+
h→0
Ensuite, puisque dgf (a) (ε1 (h)) −→ 0 (par continuité de dgf (a) en 0),
h→0
on a khkE dgf (a) (ε1 (h)) = o(h).
h→0
Ensuite,
1 1
kdfa (h)+khkE ε1 (h)kF ε2 (dfa (h)+khkE ε1 (h)) = dfa h +ε1 (h) ε2 (dfa (h)+khkE ε1 (h)).
khkE khkE F
Puisque E est de dimension finie et que dfa est linéaire sur E, on sait qu’il existe K ∈ R+ . tel
que
∀h ∈ E, kdfa (h)kF ≤ KkhkE
1
et donc ∀h ∈ E \ {0}, dfa h ≤ K.
khk
E F
1 1
Ainsi, l’expression dfa h est bornée et donc l’expression dfa h +ε1 (h) est bornée
khkE khkE
sur un voisinage de 0.
1
On en deduit que dfa h + ε1 (h) ε2 (dfa (h) + khkE ε1 (h)) −→ 0 et finalement que
khkE F
h→0
En resume,
g(f (a + h)) = g(f (a)) + dgf (a) odfa (h) + o(h).
h→0
Puisque dgf (a) odfa ∈ L(E, G), on a montré que gof est différentiable en a et que d(gof )a =
dgf (a) odfa .
Proposition 3.8. Soient E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie non nulle. Soient
f une application d’un ouvert non vide Ω de E à valeurs dans F . Posons p = dim(F ), et soit
(εk )1≤k≤p une base de F . Soient (f1 , ..., fp ) les fonctions composantes de f dans cette base.
f est différentiable au point a ∈ Ω si et seulement si toutes ses applications composantes fk
sont différentiables en a. De plus les fonctions composantes de dfa sont les différentielles des
fonctions composantes, c-à-d
p
X
dfa (h) = d(fk )a (h)εk .
k=1
p
X
Preuve. • On a f = ik ofk , donc si les applications composantes (fk ) sont différentiables
k=1
en a, comme les applications ik sont différentiables, alors d’après la proposition 3.7 il en sera
de même de f .
• Réciproquement, si f est différentiable en a, (resp. de classe C 1 ) au voisinage de a, comme
la k eme fonction composante fk est donnée par fk = prk of , et comme prk est de classe C 1 , on
déduit que fk est différentiable en a, (resp. de classe C 1 ) au voisinage de a.
Définition 3.4. Soit f une fonction définie sur un ouvert non vide Ω de Rn à valeurs dans
Rp . Soit a un point de Ω. Soit v un vecteur non nul de Rn donné.
f est dérivable en a suivant le vecteur v si et seulement si la fonction d’une variable réelle
1
t → (f (a + tv) − f (a)) a une limite quand t tend vers 0. Dans ce cas, cette limite s’appelle la
t
∂f
dérivée de f en a suivant le vecteur v et se note Dv f (a) ou (a) :
∂v
1
Dv f (a) = lim (f (a + tv) − f (a)).
t→0 t
Remarques 3.4. • Soient E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie non nulle. Soit
f une application définie sur Ω, ouvert non vide de E, à valeurs dans F . Soit a ∈ Ω. Si f
est différentiable en a, alors f est dérivable suivant tout vecteur en a et dans ce cas, pour tout
v ∈ E \ {0},
Dv f (a) = dfa (v).
En effet. • Soit v ∈ E \ {0}. Puisque f est différentiable en a, quand le vecteur h tend vers
0 on a :
f (a + h) = f (a) + dfa (h) + o(h).
et donc
1
(f (a + tv) − f (a)) − dfa (v) = o(1).
t t→0
Ceci montre que f est dérivable suivant le vecteur v et que Dv f (a) = dfa (v).
• La réciproque n’est en général pas vraie. Pour le voir, on peut considérer la fonction définie
de R2 → R par : xy
si (x, y) 6= (0, 0)
f (x, y) = x2 + y2
0 si (x, y) = (0, 0)
Nous avons ainsi vu que si une fonction f est différentiable au point a alors elle admet une
dérivée en a selon tout vecteur de E. Maintenant on s’intéresse au cas particulier ou le vecteur
v est l’un des vecteurs de la base canonique de E.
Définitions 3.5. Soit f une fonction définie sur un ouvert non vide Ω de Rn a valeurs dans
Rp . Soit a un point de Ω. Soit i ∈ {1, ..., n}.
• On dit que f admet en a une dérivee partielle par rapport à sa i-ème variable si et seulement
si la i-ème application partielle de f en a est dérivable en ai . Dans ce cas, la dérivée de la i-ème
application partielle de f en a s’appelle la dérivée partielle de la fonction f par rapport à sa
∂f
i-ème variable en a et se note (a) (ou aussi ∂i f (a)) :
∂xi
∂f 1
∀i ∈ {1, ..., n}, (a) = lim (f (a1 , ..., ai−1 , t, ai+1 , ..., an ) − f (a1 , ..., ai−1 , ai, ai+1 , ..., an )).
∂xi t→ai t − ai
• On dit que f admet une i-ème dérivée partielle sur Ω si et seulement si f admet une i-ème
dérivée partielle en chaque point a de Ω.
∂f
Dans ce cas, on peut définir la i-eme fonction dérivée partielle sur Ω notée : c’est une
∂xi
fonction de n variables, définie sur Ω à valeurs dans Rp .
Remarque 3.5. ∂ est le "d rond" par opposition au "d droit". Si on note simplement fa,i la
i-ème application partielle de f en a, alors
∂f 0 dfa,i
(a) = fa,i (ai ) = (ai ).
∂xi dt
2 +y 2
Exemple 3.2. Soit f (x, y) = xex , alors pour tout (x, y) ∈ R2 ,
∂f x2 +y 2 x2 +y 2 2 2
(x, y) = e + x × 2xe = 2x + 1 ex +y
2
∂x
et
∂f 2 2
(x, y) = 2xyex +y .
∂x
Remarque 3.6. L’existence de dérivées partielles en un point n’entraine pas la continuité en
ce point.
0 si (x, y) = 0
x×0
Pour x ∈ R \ {0}, f (x, 0) = = 0. Donc lim f (x, 0) = 0 (si f a une limite quand (x, y)
x2 + 0 2 x→0
tend vers (0, 0), cette limite ne peut être que 0).
Quand x tend vers 0, le couple (x, x) tend vers le couple (0, 0). Pour x ∈ R \ {0}, f (x, x) =
x×x 1 1
2 2
= . Donc lim f (x, x) = (si f a une limite quand (x, y) tend vers (0, 0), cette limite
x +x 2 x→0 2
1
ne peut être que ).
2
1
Puisque 6= 0 la fonction f n’a pas de limite en (0, 0).
2
D’où f n’est pas continue au point (0, 0).
Etudions maintenant l’existence de dérivées partielles en (0, 0).
f (x, 0) − f (0, 0) 0−0 f (x, 0) − f (0, 0)
Pour x 6= 0, = = 0 et donc lim = 0.
x−0 x−0 x→0 x−0
∂f
f admet donc une dérivée partielle par rapport sa première variable en (0, 0) et (0, 0) = 0.
∂x
∂f
De même, f admet une dérivée partielle par rapport à sa deuxième variable en (0, 0) et (0, 0) =
∂y
0.
∂f
Remarque 3.7. Si l’evn F est de dimension p, (a) est un vecteur de F dont les com-
∂xi
∂f
posantes sont les dérivées partielles des fonctions coordonnées fj au points a : (a) =
∂xi
∂f1 ∂fp
( (a), ..., (a))
∂xi ∂xi
Proposition 3.9. Soit f une application d’un ouvert non vide Ω de Rn dans Rp .
• Soit a ∈ Ω. Si f est différentiable en a, alors f admet des dérivées partielles par rapport a
chacune de ses variables en a et on a :
∂f
∀i ∈ {1, ..., n}, (a) = dfa (ei ).
∂xi
De plus, on a
n
n
X ∂f
∀h ∈ R , dfa (h) = hi (a)
i=1
∂xi
∂f
Preuve. D’après la remarque 3.4 on a, ∀i ∈ {1, ..., n}, (a) = dfa (ei ).
∂xi
D’autre part, on note (e1 , ..., en ) la base canonique de Rn . Puisque dfa ∈ L(Rn , Rp ), pour
h = (h1 , ..., hn ) ∈ Rn , on a :
n
X n n
X X ∂f
dfa (h) = dfa hi ei = hi dfa (ei ) = hi (a).
i=1 i=1 i=1
∂xi
Remarque 3.8. La réciproque de résultat précédent n’est pas vraie. Une fonction possédant
toutes les dérivées partielles en un point a n’est pas nécessairement différentiable en ce point.
Néanmoins nous avons la proposition suivante :
Proposition 3.10. Soit Ω un ouvert non vide de Rn . Soit f une fonction définie sur Ω à
valeurs dans Rp . f est de classe C 1 sur Ω si et seulement si f admet sur Ω des dérivées
partielles premieres sur Ω et chacune des fonctions dérivées partielles est continue sur Ω.
Remarque 3.9. Notons que si les dérivées partielles de f existent sans êtres continues, il n’est
pas dit que f n’est pas différentiable.
Par exemple :
1
(x2 + y 2 ) sin p
si (x, y) 6= (0, 0)
f (x, y) = x2 + y 2
0 si (x, y) = (0, 0)
est différentiable en (0, 0), et ses dérivées partielles en (0, 0) existent et ne sont pas continues
au point (0, 0), pourtant f est différentiable en (0, 0).
Proposition 3.11. Soit f une application d’un ouvert non vide Ω de Rn dans Rp . différen-
tiable en a ∈ Ω. On note f1 , ..., fp , les applications composantes de f : ∀(x1 , ..., xn ) ∈ Ω.
f (x1 , ..., xn ) = (f1 (x1 , ..., xn ), ..., fp (x1 , ..., xn )). Alors,
∂fj
J(f, a) = (a) .
∂xi 1≤j≤p
1≤i≤n
Preuve. On note (e1 , ..., en ) la base canonique de Rn . Soit i ∈ {1, ..., n}.
La i-ème colonne de J(f, a) est le vecteur colonne dont les composantes sont les coordonnées
∂f
de dfa (ei ) dans la base canonique de Rp . D’apres la remarque 3.4, dfa (ei ) = (a) et donc la
∂xi
∂f1
∂xi (a)
..
.
∂f
j
i-ème colonne de J(f, a) est (a) .
∂xi
..
.
∂fp
(a)
∂xi
Exemple 3.5. On munit le plan R2 de sa structure euclidienne et de son orientation canonique.
On note (→
−
u ,→
−
v ) la base canonique (orthonormée directe) de R2 .
Pour θ ∈ R, on pose →
−
uθ = cos(θ)→
−
u + sin(θ)→
−
v.
Soit M = (x, y) un point de R2 . On appelle coordonnées polaires de M tout couple [r, θ] de réels
−−→
tels que OM = r→
−
uθ . On a donc
−−→
x→
−
u + y→
−
v = OM = (r cos(θ))→
−
u + (r sin(θ))→
−
v.
x = r cos(θ)
Le passage des coordonnées polaires aux coordonnées cartésiennes s’écrit donc
y = r sin(θ)
Pour (r, θ) ∈ R2 , on pose f (r, θ) = (r cos(θ), r sin(θ)). La matrice jacobienne de f en un point
(r, θ) de R2 est
cos(θ) −r sin(θ)
sin(θ) r cos(θ)
En première colonne, on a dérivé par rapport à r et en deuxième colonne, on a dérivé par
rapport à θ.
φ f
F : Rn → Rn → R
u = (u1 , ..., un ) 7→ (φ1 (u), ..., φn (u))
(x1 , ..., xn ) 7→ f (x1 , ..., xn )
F = f oφ : (u1 , ..., un ) 7→ F (u1 , ..., un ) = f (φ1 (u1 , ..., un ), ..., φn (u1 , ..., un )).
Nous avons donc d’après la remarque 3.10
n
∂F X ∂f ∂φk
= .
∂ui k=1
∂xk ∂ui
n
X
0 ∂f 0
En particulier, si xi = φi (t) on a F (t) = φ (t).
k=1
∂xk k
Théorème 3.1. (Egalite des accroissements finis pour les fonctions numériques)
Soit f une application d’un ouvert non vide Ω d’un R-espace E de dimension finie non nulle à
valeurs dans R, différentiable sur Ω.
Pour tout (a, b) ∈ Ω2 tel que [a, b] ⊂ Ω, il existe λ ∈ [0, 1] tel que f (b)−f (a) = df(1−λ)a+λb (b−a).
Démonstration. Soit (a, b) ∈ Ω2 tel que [a, b] ⊂ Ω. Donc, pour t ∈ [0, 1], (1 − t)a + tb ∈ Ω.
Pour t ∈ [0, 1], on pose g(t) = f ((1 − t)a + tb). Puisque f est de classe C 1 sur Ω, g est une
application de [0, 1] dans R, de classe C 1 sur [0, 1]. D’après le théorème des accroissements finis,
il existe λ ∈ [0, 1] tel que g(1) − g(0) = g 0 (λ).
On note ϕ l’application de [0, 1] dans Ω définie par : ∀t ∈ [0, 1], ϕ(t) = (1 − t)a + tb. On a alors
g = f oϕ puis, pour t ∈ [0, 1] et h ∈ R.
hg 0 (t) = dgt (h) = dfϕ(t) odϕt (h) = df(1−t)a+tb (hϕ0 (t)) = hdf(1−t)a+tb (b − a).
En évaluant en h = 1, on obtient g 0 (t) = df(1−t)a+tb (b − a). L’égalité g(1) − g(0) = g 0 (λ) s’écrit
alors
f (b) − f (a) = df(1.λ)a+λb (b − a).
f est de classe C ∞ sur Ω si et seulement si, pour tout k ∈ N∗ , f est de classe C k sur Ω. On
note C ∞ (Ω, F ) l’ensemble des fonctions de classe C ∞ sur Ω à valeurs dans F .
∂f 1 ∂f 2x2 ∂f 1
(x1 , x2 , x3 ) = , (x1 , x2 , x3 ) = 2 , (x1 , x2 , x3 ) = 2
∂x1 x1 ∂x2 x2 + x 3 ∂x3 x2 + x3
ces trois fonctions sont à leur tour dérivables par rapport à chacune des variables sur D(f ) :
∂ 2f 1 ∂ 2f ∂ 2f
2
(x1 , x2 , x3 ) = − 2 , (x1 , x2 , x3 ) = 0 , (x1 , x2 , x3 ) = 0
∂x1 x1 ∂x2 ∂x1 ∂x3 ∂x1
∂ 2f 2x3 − 2x22 ∂ 2f ∂ 2f −2x2
(x1 , x2 , x3 ) = 2 , (x1 , x2 , x3 ) = 0 , (x1 , x2 , x3 ) = 2
∂x22 (x2 + x3 )2 ∂x1 ∂x2 ∂x3 ∂x2 (x2 + x3 )2
2
∂ f −1 ∂ 2f 2
∂ f −2x2
2
(x1 , x2 , x3 ) = 2 , (x1 , x2 , x3 ) = 0 , (x1 , x2 , x3 ) = 2 .
∂x3 (x2 + x3 )2 ∂x1 ∂x3 ∂x2 ∂x3 (x2 + x3 )2
Les 9 dérivées partielles sont elles aussi dérivables par rapport à xi (i = 1, 2, 3), en tout point
de D(f ) où les dénominateurs sont non nuls.
On peut démontrer et on admettra que les théorèmes généraux usuels (combinaisons li-
néaires, produits, quotients, composées ...) restent valables pour les fonctions de classe C k ou
C ∞ . En particulier.
∂ 2f ∂ 2f
= .
∂xi ∂xj ∂xj ∂xi
• D’une manière générale, soient E et F deux R-espaces vectoriels de dimension finie non
nulle. Soit Ω un ouvert non vide de E. Soit f une application de Ω vers F . Soit k ≥ 2.
Si f est de classe C k sur Ω, alors ∀(i1 , ..., ik ) ∈ {1, ..., n}k . ∀σ ∈ Sk , (σ est une permutation)
∂kf ∂kf
= .
∂xσ(ik ) ...∂xσ(i1 ) ∂xik ...∂xi1
Exemple 3.8. Dans l’exemple 3.7 f (x1 , x2 , x3 ) = log(x1 x22 + x1 x3 ) est de classe C 2 dans D(f )
alors, on a pour tout i et j
∂ 2f ∂ 2f
(x1 , x2 , x3 ) = (x1 , x2 , x3 ).
∂xi ∂xj ∂xj ∂xi
Il faut faire attention cette égalité n’est pas vérifiée pour n’importe quelle fonction, par exemple
2 2
xy x − y
6 (0, 0)
si (x, y) =
∀(x, y) ∈ R2 , f (x, y) = x2 + y 2
0
si (x, y) = 0
3.5 Difféomorphismes
U est un ouvert de R2 .
Soit I = R− × {0} = {(x, 0) ∈ R2 ) / x ≤ 0}, I est un fermé. On pose V = R2 \ I ouvert,
L’application
f: U −→ V
(r, θ) 7→ (r cos(θ), r sin(θ))
est un difféomorphisme.
et −π < θ, θ0 < π,
⇒ r2 cos2 (θ) + r2 sin2 (θ) = r02 cos2 (θ0 ) + r02 sin2 (θ0 )
r>0
⇒ r2 = r02 ⇒ r = r0 . (2)
(x, y) ∈ V = R2 \ I ⇔ (x, y) 6∈ I ⇔
x > 0 ou y 6= 0. (3)
2 2
p
2 2 2 x y
Posons r = x2 + y 2 , d’après (3) r > 0, et on a r = x + y ⇒ + =1
r r
x
= cos(θ)
⇒ ∃θ ∈] − π, π[ / r
y
= sin(θ)
r
⇒ ∃θ ∈] − π, π[ / x = r cos(θ) et y = r sin(θ).
Si θ = −π ou θ = π alors x = −r et y = 0 (cas exclu d’après (3)).
Donc
f: U −→ V bijective de classe C 1
(r, θ) 7→ (r cos(θ), r sin(θ))
Maintenant, soit
f −1 : V −→ U
(x, y) 7→ (r(x, y), θ(x, y))
p
avec r = x2 + y 2 de classe C 1 .
π θ π
D’autre part, on a −π < θ < π ⇒ − < < donc
2 2 2
θ sin( 2θ ) 2 sin( 2θ ) cos( 2θ )
tan( ) = =
2 cos( 2θ ) 2 cos2 ( 2θ )
sin(θ)
=
1 + cos(θ)
r sin(θ)
=
r + r cos(θ)
y y
= = p
r+x x + x2 + y 2
π π y
Or tan : ]− , [→ R est bijective donc θ = 2 arctan( p ) de classe C 1 . Conclusion :
2 2 x + x2 + y 2
f est un difféomorphisme de U sur V .
est bijective de classe C 1 et f −1 n’est pas dérivable au point 0. Donc f n’est pas un difféomor-
phisme.
Nous avons cependant un résultat fondamental que nous allons énoncer sans démonstration
Preuve. Pour tout a ∈ U on a df (a) est un isomorphisme donc d’après le théorème d’inver-
sion locale, il existe un voisinage ouvert Va de a dans U tel que f |Va soit un difféomorphisme de
[
classe C 1 de Va sur f (Va ) qui est donc un ouvert de F . On déduit alors que f (U ) = f (Va )
a∈U
est un ouvert de F .
Maintenant, f étant injective, c’est donc une bijection de U sur f (U ) et puisque pour tout point
a ∈ U il existe un Va tel que f |Va est un C 1 -difféomorphisme, f est donc un C 1 -difféomorphisme
de U sur f (U ).
Dans tout ce qui va suivre, nous nous limiterons aux fonctions de deux variables réelles .
Considérons un ouvert Ω de Rn , et une application ϕ de classe C k de Ω dans R. Nous nous
intéressons à l’étude de l’ensemble Γ(ϕ) des points a = (x1 , ..., xn ) de Ω tels que ϕ(a) = 0.
Définition 3.10. Soit a ∈ Γ(ϕ), on dit que a est un point régulier de Γ(ϕ) si dϕ(a) est non
nulle (en d’autre termes si l’une au moins des dérivées partielles de ϕ est non nulle en a).
∂ϕ ∂ϕ
Remarque 3.11. Notons que, si a0 est régulier et si (a0 ) est nulle, alors (a0 ) va être
∂y ∂x
non nulle, et on peut reprendre le théorème 3.4 en échangeant les rôles de x et y. Il existerait
donc un voisinage ouvert U de a0 et une fonction η de classe C k tels que Γ(ϕ) ∩ U soit le graphe
de x = η(y).
Remarque 3.12. Notons qu’en général, on ne peut pas calculer explicitement la fonction
y = µ(x)(ou x = η(y)), c’est pourquoi on dit que y est fonction implicite de x (ou x est fonc-
tion implicite de y).Néanmoins l’équation ϕ(x, µ(x)) = 0 nous permet de calculer les dérivées
successives de µ en x0 .
En effet.
• En dérivant l’identité ϕ(x, µ(x)) = 0, nous obtenons
∂ϕ ∂ϕ
(x, µ(x)) + (x, µ(x))µ0 (x) = 0 (1)
∂x ∂y
d’où
∂ϕ
(x0 , µ(x0 ))
µ0 (x0 ) = − ∂ϕ
∂x
.
∂y
(x0 , µ(x0 ))
En dérivant (1), on obtient
∂ 2ϕ ∂ 2ϕ 0 ∂ 2ϕ ∂ϕ
2
(x, µ(x)) + 2 (x, µ(x))µ (x) + 2
(x, µ(x))[µ0 (x)]2 + (x, µ(x))µ00 (x) = 0 (2)
∂x ∂x∂y ∂y ∂y
comme les valeur µ(x0 ) et µ0 (x0 ) sont connues, on déduit celle de µ00 (x0 ) à partir de l’égalité
(2), et ainsi de suite...
dϕ(a0 )(x − x0 , y − y0 ) = 0
c’est à dire
∂ϕ ∂ϕ
(x − x0 ) (x0 , y0 ) + (y − y0 ) (x0 , y0 ) = 0.
∂x ∂y
En effet.
D’après le théorème 3.4 ((i) et (iii)), l’équation de la tangente à la courbe de la fonction µ au
point a0 = (x0 , y0 ) est donnée par :
∂ϕ
0 ∂x
(x0 , y0 )
y = µ (x0 )(x − x0 ) + µ(x0 ) = − ∂ϕ
(x − x0 ) + y0
∂y
(x0 , y0 )
donc, on obtient
∂ϕ ∂ϕ
(x − x0 ) (x0 , y0 ) + (y − y0 ) (x0 , y0 ) = 0.
∂x ∂y
Exemple 3.12. Soient f (x, y) = ex − x2 − ln(y) − y et a0 = (0, 1). On a
• f ∈ C 1 (R × R+∗ )
• f (0, 1) = 1 − ln(1) − 1 = 0
∂f 1 ∂f
• (x, y) = − − 1 ⇒ (0, 1) = −2 6= 0.
∂y y ∂y
Donc d’après théorème de fonction implicite, il existe ϕ de classe C 1 sur V0 un voisinage de 0
telle que
ϕ(0) = 1 et ∀ x ∈ V0 on a f (x, ϕ(x)) = 0.
ϕ Ω ⊂ R3 ' R2 × R −→ R
((x, y), z) 7→ ϕ(x, y, z).
∂ϕ
On suppose que le point a0 = (x0 , y0 , z0 ) ∈ Ω est un point régulier, par exemple (a0 ) 6= 0, alors
∂z
il existe U ∈ V((x0 , y0 )) et µ : U → R de classe C k tels que µ(x0 , y0 ) = z0 et ϕ(x, y, µ(x, y)) = 0.
Si S est la surface d’équation ϕ(x, y, z) = 0, on a tous les points sont réguliers et l’équation du
plan tangent à cette surface au point a0 = (x0 , y0 , z0 ) est donnée par
∂ϕ ∂ϕ ∂ϕ
(x − x0 ) (x0 , y0 , z0 ) + (y − y0 ) (x0 , y0 , z0 ) + (z − z0 ) (x0 , y0 , z0 ) = 0.
∂x ∂y ∂z
Montrer qu’il existe ϕ, ψ ∈ C 1 définie sur un voisinage V de -2 telle que ∀z ∈ V, (ϕ(z), ψ(z), z)
est une solution de (S).
En effet. On pose f (x, y, z) = (x2 + y 2 − z 2 − 1, x3 − y 3 + z 3 − 1).
• On a f ∈ C 1 (R3 ) (car les composante de f sont des fonctions polynômial donc de classe C ∞
en particulier de classe C 1 ).
• On a f (a) = f ((2, −1, −2)) = (0, 0).
2x 2y 4 −2
∂f ∂f
• J(f, (x, y)) = (x, y) = ⇒ (2, −1, −2) = .
∂[x, y] 3x2 −3y 2 ∂[x, y] 12 −3
4 −2
∂f
donc det = 12 6= 0 ⇒ ∈ Isom(R).
12 −3 ∂[x, y]
Finalement, les hypothèses de théorème de fonction implicite sont vérifies, donc il existe ϕ, ψ
de classe C 1 , telle que f (ϕ(z), ψ(z), z) = 0 c-à-d (ϕ(z), ψ(z), z) est une solution de (S).
Définition 3.11. Soit f une application d’un sous-ensemble non vide D d’un R-espace E de
dimension finie non nulle à valeurs dans R. Soit a ∈ D.
• f admet un minimum (global) en a si et seulement si ∀x ∈ D, f (x) ≥ f (a).
• f admet un maximum (global) en a si et seulement si ∀x ∈ D, f (x) ≤ f (a).
• f admet un minimum local (relatif ) en a si et seulement si il existe un voisinage V de a
dans E tel que ∀x ∈ D ∩ V, f (x) ≥ f (a).
• f admet un maximum local (relatif ) en a si et seulement si il existe un voisinage V de a
dans E tel que ∀x ∈ D ∩ V, f (x) ≤ f (a).
Proposition 3.14. Soit f une application d’un ouvert non vide Ω d’un R-espace E de di-
mension finie non nulle à valeurs dans R, différentiable sur Ω. Soit a ∈ Ω.
Si f admet un extremum (i.e. un maximum ou un minimum) en a, alors dfa = 0.
Preuve. On fixe une base B = (e1 , ..., en ) de E. Soit a ∈ Ω. On suppose que f admet en a
un extremum en a = a1 e1 + ... + an en .
Soit i ∈ {1, ..., n}. Soit gi : t 7→ f (a1 e1 + ... + ai−1 ei−1 + tei + ai+1 ei+1 + ... + an en ) la i-ème
application partielle de f dans la base B en a. Le fait que Ω soit ouvert assure le fait que gi est
définie (au moins) sur un intervalle ouvert non vide I contenant ai .
gi est dérivable sur l’intervalle ouvert I (car f est différentiable sur Ω) et gi admet un extremum
∂f
en ai (car f admet un extremum en a). Donc, gi0 (ai ) = 0 ou encore (a) = 0.
∂xi
Puisque toutes les dérivées partielles en a sont nulles, on a encore dfa = 0.
Définition 3.12. Soit f une application d’un ouvert non vide Ω d’un R-espace E de dimension
finie non nulle à valeurs dans R.
Un point a ∈ Ω en lequel dfa = 0 s’appelle un point critique de f.
Remarques 3.15. 1) Un point critique de f est donc un point en lequel toutes les dérivées
partielles s’annulent car
∂f
dfa = 0 ⇔ ∀i ∈ {1, ..., n}, (a) = 0.
∂xi
2) La proposition 3.14 fournit une condition nécessaire d’existence d’un extremum et mal-
heureusement pas une condition suffisante. Donc, si on recherche les extrema d’une fonc-
tion numérique (différentiable sur un ouvert), on commence par déterminer les points
critiques de f puis, pour chacun des points obtenus, on se débrouille, pour savoir si oui
ou non, on est en présence d’un extremum.
Exemple 3.15. Déterminer les extrema (locaux ou globaux) de la fonction f définie sur R2
par : ∀(x, y) ∈ R2 , f (x, y) = −2(x − y)2 + x4 + y 4 .
En effet. La fonction f est de classe C 1 sur R2 en tant que polynôme à plusieurs variables
et R2 est un ouvert de R2 . Donc, si f admet un extremum local en un point (x0 , y0 ) ∈ R2 .
Alors (x0 , y0 ) est un point critique de f . Soit (x, y) ∈ R2 .
∂f
(x, y) = 0 −4(x − y) + 4x3 = 0
df(x,y) = 0 ⇔ ∂x ⇔
∂f 4(x − y) + 4y 3
(x, y) = 0 = 0
∂y
x3 + y 3 = 0 y = −x
⇔ ⇔
−(x − y) + x3 = 0 x3 − 2x = 0
√ √ √ √
⇔ (x, y) ∈ (0, 0), ( 2, − 2), (− 2, 2) .
√ √
• Etudeen ( 2, − 2)
√ √
On a f ( 2, − 2) = −8, puis, pour tout (x, y) ∈ R2 , On a,
√ √
f (x, y) − f ( 2, − 2) = x4 + y 4 − 2x2 − 2y 2 + 4xy + 8 ≥ x4 + y 4 − 2x2 − 2y 2 − 2(x2 + y 2 ) + 8
√ √
et donc f admet un minimum global en ( 2, − 2) égal à −8.
√ √
• Etude en (− 2, 2).
Pour tout (x, y) ∈ R2 , on a f (−x, −y) = f (x, y) et donc f admet aussi un minimum global en
√ √
(− 2, 2) égal à −8.
• Etude en (0, 0).
On a f (0, 0) = 0. Pour x 6= 0, f (x, x) = 2x4 > 0 et donc f prend des valeurs strictement
√ √
supérieures à f (0, 0) dans tout voisinage de (0, 0). Pour x ∈]− 2, 2[\{0}, f (x, 0) = x4 −2x2 =
x2 (x2 − 2) < 0 et donc f prend des valeurs strictement inférieures à f (0, 0) dans tout voisinage
de (0, 0). Finalement, f n’admet pas d’extremum local en (0, 0).
3.7 Exercices