Correction du chapitre 1 :
Intro : Rappels p. 26
a. La combinaison productive correspond à la
combinaison : d’une certaine quantité de travail et de
capital.
b. Le produit intérieur brut (PIB) est la somme... des
valeurs ajoutées réalisées sur un territoire.
c. La croissance mondiale a démarré vers... 1800.
d. Une innovation permet de pratiquer des prix élevés,
car... l’entreprise qui l’a produite est en situation de
monopole temporaire.■◗Questions p. 27
• Doc 1 – L’évolution du port de Singapour
Quels changements constate-t-on dans le port de
Singapour en un demi-siècle ?
Le port de Singapour semble avoir gagné en densité et
être rationalisé. Les grues et les voies de circulation sont
omniprésentes. Le port ouvre sur une cité verticale et
futuriste qu’on aperçoit dans le lointain. On est donc loin
du port calme que laisse deviner la première photographie.
Comment expliquer ces changements ?
On peut expliquer cette évolution par le changement
technique, les changements dans l’organisation des
transports et par la croissance économique remarquable
de la cité-État de Singapour.
I- Les origines de la croissance
A- Quelles sont les sources de la croissance économique ?
Doc 1 :
1. Les économistes mesurent la production de richesse
sur une période donnée à travers la valeur ajoutée
(valeur de la production – valeur des consommations
intermédiaires) réalisée par chaque agent économique
résident.
2. Le PIB est un agrégat macroéconomique corres
pondant à la somme des valeurs ajoutées réalisés
par l’ensemble des agents économiques résidents.
Le PIB réel se distingue du PIB nominal parce qu’il
est déflaté : les statisticiens retranchent de la crois
sance économique ce qui relève de la hausse du niveau
général des prix. Le PIB par habitant correspond au
niveau de vie.
3. Le niveau de vie augmente lorsque la croissance du
PIB excède la croissance de la population.
4. La croissance économique est un phénomène de
long terme qui se distingue d’un phénomène conjonc
turel comme l’expansion. La croissance économique
se distingue aussi du développement qui intègre des
dimensions plus qualitatives comme l’accès à la santé
ou à l’éducation par exemple
Doc 2 : Quels sont les facteurs de la croissance ?
Le texte d’Antonin Bergeaud, Gilbert Cette et Rémy Lecat est accompagné d’un
schéma pour permettre aux élèves de comprendre qu’il existe plusieurs facteurs de
croissance économique. La croissance peut venir d’une augmentation des facteurs
travail et capital (la notion de croissance extensive peut alors être introduite) et des
gains de productivité dus à l’amélioration de l’efficacité de ces facteurs (la notion de
croissance intensive peut également être expliquée ici). Il est question dans ce texte
du « résidu » qui fait référence aux travaux de Solow.
1. Les facteurs de production correspondent à l’ensemble des éléments combinés par
l’entreprise qui permettent de produire des biens et des services. Ils se composent du
facteur travail (la main-d’œuvre) et du facteur capital (biens de production durables).
2. Si on augmente les facteurs de production (travail et/ou capital), les quantités
produites vont augmenter. Par exemple, une entreprise fait un investissement de
capacité (achat d’une nouvelle usine) : elle va augmenter les quantités produites. Il
y aura donc croissance économique.
3. Le résidu est la partie de la croissance économique qui n’est pas expliquée par
l’augmentation des facteurs travail et capital. La production peut augmenter plus
rapidement que l’augmentation des facteurs de production. C’est l’écart entre la
hausse de la production et la contribution des facteurs de production supplémentaires
(travail et capital) qui est appelé « résidu » par les économistes.
4. Le « résidu » est la partie de la croissance économique qui vient d’une plus grande
efficacité de la combinaison des facteurs de production, c’est-à-dire d’une amélioration
de la productivité globale des facteurs. Le progrès technique incorporé dans le capital,
la formation des salariés, une meilleure organisation du travail sont sources d’effica-
cité pour les entreprises, qui vont ainsi pouvoir augmenter les quantités produites.
Remarques :
- On peut rappeler ici aux élèves que les rendements d’échelle peuvent être crois-
sants, constants ou décroissants selon que la production augmente plus vite que les
facteurs de production, dans les mêmes proportions ou moins vite.
- On peut rappeler également que la productivité globale des facteurs (PGF) permet de
mesurer l’efficacité générale de la combinaison des facteurs de production dans
l’économie.
- On peut faire référence à Robert Solow qui parle du « résidu » comme la partie non
expliquée de la croissance, c’est-à-dire la partie de la croissance qui ne vient pas de
l’augmentation des facteurs travail et capital. La croissance s’explique alors par le
progrès technique, considéré comme exogène
Doc 4 : Mesurer les sources de la croissance
p. 19
Cet exercice a pour objectif de faire calculer aux élèves les contributions (en points
de %) à la croissance économique mesurée, elle, grâce au taux de variation de PIB
(en %). La somme des contributions est égale au % de variation du PIB. Il est ensuite
possible de calculer le poids de chaque facteur (question 4) afin de mettre en évidence
celui qui explique le plus la croissance économique selon le pays étudié.
1. En France, en 2017, selon l’OCDE, le PIB a augmenté de 2,2 % par rapport à l’an-
née précédente. Ce chiffre correspond à la somme des contributions des différents
facteurs : 0,6 + 0,7 + 0,9 = 2,2.
2. En France, en 2017, le PIB a augmenté de 2,2 % ; cette hausse du PIB s’explique
grâce à la contribution du facteur travail à hauteur de 0,6 point de %, à la contribu-
tion du facteur capital à hauteur de 0,7 point de % et à la contribution de la PGF à
hauteur de 0,9 point de %.
3. Nouvelle-Zélande : -1,5 point de %
États-Unis : 0,7 point de %
Allemagne : 0,8 point de %
Corée du Sud : 2,4 points de %
4. 0,7/2,2 = 0,318 = 31,8/100 = 31,8 %
La PGF explique 31,8 % de la croissance économique des États-Unis en 2017.
5. On remarque qu’en Nouvelle-Zélande, par exemple, le facteur travail est essentiel
dans la croissance économique puisqu’il explique 3,2 points de la croissance du PIB,
alors que la croissance n’est que de 2,5 % en 2017. C’est le cas aussi en Allemagne, où
le facteur travail explique 43 % de la hausse du PIB. Pour un pays comme la Corée du
Sud, par contre, ce sont le facteur capital et surtout la PGF qui expliquent l’essentiel
de la hausse du PIB (ils contribuent respectivement pour 43 % et pour 80 % de cette
hausse). En France également, la PGF explique une part importante de la croissance
économique en 2017 (41 % de la hausse du PIB s’expliquent par la PGF). Enfin, on
remarque qu’aux États-Unis, les trois facteurs contribuent de façon équilibrée à la
croissance économique (respectivement 36 %, 32 % et 32 %
Autoévaluation
Il existe deux facteurs de production essentiels à la croissance économique : le facteur
travail qui dépend de la population active occupée et de la durée du travail, et le
facteur capital qui se cumule grâce à l’investissement. L’augmentation de ces deux
facteurs va permettre d’augmenter les quantités produites, et donc elle crée de la
croissance. Il existe, toutefois, une partie de la croissance qui ne s’explique pas par
l’augmentation de ces deux facteurs de production, mais par une amélioration de leur
efficacité. Ce gain d’efficacité est mesuré par la productivité globale des facteurs.
Plus la combinaison des facteurs de production est efficace et plus les entreprises
vont pouvoir augmenter les quantités produites, ce qui est synonyme de croissance
économique.
B- Comment l’innovation favorise-t-elle la croissance ?
Qu’est-ce que l’innovation ?
p. 20
Cette vidéo permet d’introduire le dossier par la distinction entre innovation de
produit et innovation de procédé, ainsi qu’entre innovation majeure ou radicale et
innovation mineure ou incrémentale.
1. Les innovations qui changent le « quoi » sont des innovations de produits. Celles
qui changent le « comment » sont des innovations de procédés.
2. Innovations de produit : le smartphone, le réfrigérateur, le jeans, l’automobile.
Innovations de procédé : la mécanisation ou robotisation, l’impression en 3D, la pas-
teurisation du lait en le chauffant à haute température, les engrais dans l’agriculture.
3. Parmi les innovations non technologiques, on trouve des innovations organisation-
nelles comme, par exemple, l’ubérisation ou plateformisation des tâches (livraison de
repas à domicile, transport de particuliers, etc.) ou le « crowdsourcing » qui correspond
à une forme d’externalisation des tâches, voire de collaboration possible avec des
individus à l’extérieur de l’entreprise (grâce aux plateformes de micro-travail). On
trouve aussi des innovations de commercialisation comme le streaming de musique
en ligne (Deezer, Spotify), de films et de séries en ligne (Netflix, Amazon Prime Video,
Apple TV+), la vente à domicile (Tupperware, Thermomix), le supermarché.
4. Une innovation radicale correspond à une innovation de produit ou de procédé
pour mettre au point quelque chose de totalement nouveau, qui n’a jamais existé
auparavant (exemples : le premier avion, le premier ordinateur, le premier vaccin, etc.).
Une invention incrémentale correspond à des petites améliorations de produits ou
processus déjà existants. Ce sont souvent des innovations mineures (exemples : du
téléphone portable au smartphone, de la voiture à la voiture électrique).
De l’invention au progrès technique
Doc 2 :
p. 20
Cet exercice vise à distinguer les découvertes, les inventions, les innovations et le
progrès technique. Il permet également de découvrir les différentes formes d’innova-
tion distinguées par le Manuel d’Oslo de l’OCDE : innovations de produit, de procédé,
organisationnelle, de commercialisation, et de les illustrer grâce à des exemples.
1. a) La machine à vapeur (1769) = innovation. La machine conçue par James Watt
en 1769 a ensuite été commercialisée par son inventeur.
b) Marquage des jeans Levi Strauss (1886) = innovation. Le premier blue-jeans a été
commercialisé en 1873 par Levi Strauss, qui décide en 1886 d’apposer une étiquette
de cuir au dos du pantalon portant le logo des deux chevaux pour distinguer son jeans
de celui de la concurrence, créant ainsi le premier vêtement de marque.
c) Le travail à la chaîne dans les usines Ford (1913) = innovation. Cette innovation
est introduite par Henry Ford dans les usines Ford à Détroit en 1913, après l’avoir
vue à l’œuvre dans les abattoirs de Chicago où les carcasses de viande se déplaçaient
portées par des crochets et passaient ainsi de travailleur en travailleur.
d) La pénicilline, premier antibiotique (1928) = découverte. Découverte par Alexander
Fleming en 1928, c’est une substance issue d’un champignon, le penicillum, qui joue
un rôle antibactérien ; mais ce n’est qu’en 1940 qu’Howard Florey et Ernst Chain
arrivent à produire une poudre de pénicilline, qui guérira de nombreux blessés pendant
la Seconde Guerre mondiale et sera produite par l’américain Pfizer.
e) L’ADN (1953) = découverte. Dans un article d’une page publié dans la revue Nature le
25 avril 1953, James Watson et Francis Crick établissent la structure en double hélice
de l’ADN, dont les utilisations apparaîtront bien plus tard.
f) La machine de Turing, modélisation de l’ordinateur (1936) = invention. Contrairement
à ce que laisse penser son nom, la « machine de Turing » n’est qu’un modèle mathé-
matique, une sorte de ruban infini de caractères binaires, 0 et 1 ; le premier véritable
ordinateur est l’ENIAC ou Electronic Numerical Integrator And Computer, conçu aux
États-Unis en 1943 pour faire des calculs d’artillerie.
g) Premier robot industriel (1961) = innovation. L’Unimate a été commercialisé à partir
de 1961 par la société américaine Unimation, et utilisé dès 1961 par le constructeur
automobile General Motors.
h) Commercialisation de la première pomme de terre OGM (1994) = innovation. En
1994, mise en vente au Canada de la première pomme de terre issue du génie géné-
tique, résistante au doryphore de la pomme de terre. C’est l’un des premiers OGM
commercialisés au grand public.
i) Le Macintosh d’Apple (1984) = innovation. Lancé en 1984 sur la base du Lisa (1983),
c’est le premier micro-ordinateur avec une interface utilisateur simple (bureau,
fenêtres, corbeille, souris).
2 EXERCICE
14 • I – Science économique
j) Lancement de l’application Uber = innovation. Lancée en 2010, cette application
permet d’accéder à une plateforme qui sert d’intermédiaire entre les chauffeurs et
les clients.
2. a) La machine à vapeur = innovation technologique de procédé.
b) Marquage des jeans Levi Strauss = innovation non technologique de
commercialisation.
c) Le travail à la chaîne dans les usines Ford = innovation non technologique orga-
nisationnelle (non technologique car ne nécessite pas de dépenses en recherche et
développement).
g) Premier robot industriel = innovation technologique de procédé.
h) Commercialisation de la première pomme de terre OGM = innovation technolo-
gique de produit.
i) Le Macintosh d’Apple = innovation technologique de produit.
j) Lancement de l’application Uber = innovation non technologique de commerciali-
sation, mais qui s’appuie sur des innovations technologiques de procédé (algorithmes
complexes pour générer un appariement entre chauffeurs et clients, géolocalisation).
3. La machine à vapeur, l’électricité, la chaîne de montage, la robotisation, les
machines à commande numérique, le smartphone, l’intelligence artificielle, etc., sont
des exemples d’innovations qui améliorent la productivité.
Doc 4 :
C- Quel est le rôle des institutions dans la croissance ?
Doc 1 : À quoi servent les brevets ?
p. 22
Pour commencer la séquence, l’exemple d’un jouet très célèbre, la poupée Barbie, a
été privilégié. Le document de gauche reproduit le brevet déposé par Mattel en 1961
aux États-Unis, et la photo de droite montre la variété de ce jouet dans la collection
2019. C’est l’occasion de rappeler ce qu’est un brevet, ce qu’il apporte à son détenteur,
et d’introduire la notion « d’incitation à innover et investir ».
1. Les éléments importants sont les dimensions de chaque pièce, leur nombre exact,
leur forme, la façon de les assembler... mais aussi la date de dépôt du brevet, le
numéro du brevet, le nom du dépositaire du brevet (J. W. Ryan). Ici, le brevet de la
poupée Barbie a été déposé au United States Patent Office qui est le bureau amé-
ricain des brevets.
2. Déposer un brevet permet de protéger une innovation. Cette protection incite à
innover puisqu’avec le brevet, l’innovateur est en situation de monopole, ce qui lui
assure un surprofit par rapport à la situation de concurrence parfaite. Il est, en effet,
le seul à pouvoir produire. Dans le cas de la poupée Barbie, on note que plus de 800
millions de poupées ont été produites et vendues dans monde depuis le lancement
du jouet par Mattel en 1959, ce qui en fait un des jouets les plus rentables de l’his-
toire. L’entreprise possédant le brevet peut aussi gagner de l’argent en vendant des
licences à d’autres entreprises.
En complément, on pourra informer les élèves d’éléments historiques sur la création
de ce jouet, qui montrent que le brevet crée à la fois une incitation à innover mais
peut aussi empêcher l’innovation par imitation. En effet, la société Mattel a lancé
Barbie en imitant un jouet non breveté aux États-Unis, créé par l’entreprise allemande
Hauser en 1955, Bild Lilli. Elliot Handler, cofondateur de Mattel, avait acheté ce jouet
en Suisse pour sa fille Barbara qui l’adopta aussitôt, et il donnera son nom à Barbie.
Plutôt que d’intenter un procès, l’entreprise Hauser finira par revendre à Mattel les
droits de Bild Lilli.
Doc 2 : Institutions et croissance
p. 22
Ce texte de Mankiw et Taylor rappelle ce qu’est un droit de propriété et quelles sont
les institutions nécessaires au respect de ce droit. De nouveau, c’est l’occasion de
faire des rappels de classe de 1re sur la nécessité pour une économie de mettre en
place des institutions pour que le marché joue efficacement son rôle de coordination.
1. Un droit de propriété donne au propriétaire une capacité à « exercer une autorité sur
les ressources qu’il possède ». Le propriétaire peut choisir d’utiliser le bien (exemple :
occuper son appartement), d’en tirer un revenu (louer son appartement), ou d’en
disposer (vendre son appartement).
2. Les institutions juridiques telles que les tribunaux sont essentielles au respect des
droits de propriété car elles les garantissent. Ces institutions doivent par ailleurs être
non corrompues et fonctionner librement.
3. La corruption désigne le fait, pour une personne investie d’une fonction déterminée
(publique ou privée), de solliciter ou d’accepter un don ou un avantage quelconque en vue
d’accomplir, ou de s’abstenir d’accomplir, un acte entrant dans le cadre de ses fonctions.
4. La corruption est une entrave aux mécanismes du marché car le droit de propriété
n’est alors pas respecté : il peut donc y avoir vol de marchandises à son propriétaire
sans que ce dernier ne soit indemnisé, ainsi que l’achat ou la vente de marchandises
à un prix sans aucun rapport avec un prix de marché. Avec la corruption, les agents
économiques ne savent plus si les règles seront respectées (notamment les droits
de propriété), ce qui ne les incite pas à passer des contrats d’échange, et donc rend
inefficaces les marchés.
Autoévaluation
Les droits de propriété sont fondamentaux pour favoriser la croissance éco-
nomique. En effet, sans droit de propriété, les entreprises ne sont pas incitées à
produire puisqu’elles peuvent se faire « voler » leur production. La contrefaçon, par
exemple, est considérée comme une fraude puisque le droit de propriété est utilisé
par quelqu’un qui n’y est pas autorisé. De même, un entrepreneur qui innove peut se
faire dérober le résultat de ses recherches s’il ne dépose pas un brevet pour protéger
son innovation. Pour cela, il faut que les pays disposent d’institutions solides et non
corrompues (tribunaux, autorités de la concurrence, banques centrales...) pour inciter
à innover et ainsi favoriser l’activité et la croissance économique.
Mobiliser ses connaissances
Les brevets peuvent favoriser la croissance en créant un contexte institutionnel
qui incite à innover. En effet, l’innovateur qui protège son innovation avec un brevet
va être le seul à pouvoir l’utiliser dans la production, que ce soit un produit ou un
procédé. Dans le premier cas, l’innovateur bénéficie d’un monopole temporaire et
peut donc fixer un prix de vente élevé, qui lui permettra de réaliser un profit important
qui le rémunère pour les dépenses engagées et les risques encourus. Par exemple,
au lancement des capsules Nespresso, Nestlé a déposé de très nombreux brevets
pour protéger les capsules et les machines afin de dominer sans partage le marché
du café expresso. Dans le second cas, l’innovation de procédé permet de produire à
un coût plus faible, ce qui permet également à l’innovateur d’être seul à bénéficier
de profits élevés. Ces innovations permettent donc à l’innovateur des gains de pro-
ductivité : elles permettent de produire plus de valeur ajoutée avec moins de facteurs
de production. Et ces gains de productivité se diffusent à l’ensemble de l’économie
au fur et à mesure que les innovations sont utilisées, puis copiées et imitées, voire
dépassées, par d’autres producteurs. Ces gains de productivité sont alors favorables
à la croissance de l’ensemble de l’économie.
II- Les effets du progrès technique et de la croissance
A- Le progrès technique : créateur ou destructeur ?
Doc 2 : Le processus de destruction créatrice
p. 24
Ce célèbre texte de Schumpeter permet d’expliciter le mécanisme de destruction
créatrice. Il est explicitement fait référence à la destruction créatrice dans le pro-
gramme. Il est donc utile que les élèves étudient au moins un texte de l’auteur à
l’origine de ce mécanisme.
1. Nouveaux objets de consommation : ebooks.
Nouvelles méthodes de production et de transport : vélos électriques en libre-service.
Nouveaux marchés : marché chinois en forte croissance.
Nouveaux types d’organisation industrielle : décomposition internationale du proces-
sus de production et constitution de chaînes de valeur mondiales (voir chapitre 2).
2. Des « exemples du même processus de mutation industrielle [...] qui révolutionne
incessamment de l’intérieur la structure économique, en détruisant continuellement
ses éléments vieillis et en créant continuellement des éléments neufs ».
3. Les activités qui disparaissent sont celles des entreprises qui n’utilisent pas les
innovations qui apparaissent, et qui sont conduites à la faillite faute de pouvoir faire
face à la concurrence des entreprises innovantes. Les activités qui se développent
sont celles des entreprises innovantes, avec à leur tête des « entrepreneurs-inno-
vateurs » selon Schumpeter. Elles sont plus rentables car elles attirent la demande
malgré un prix élevé, ou permettent de produire à un coût plus faible. Les entreprises
de l’hôtellerie et Airbnb illustrent ces deux catégories d’entreprises.
4. Le progrès technique a pour effet de rendre obsolètes les anciennes innovations
car les entreprises qui les mettent en œuvre ne sont plus compétitives. Certains
produits ou certains processus de production vont ainsi disparaître, en même temps
que d’autres apparaissent.
Pour aller plus loin
Les effets des innovations sur la croissance et sur l’emploi selon Philippe Aghion
Vidéo (3 min 32 s) : : [Link]
Doc 3 : Le numérique bouleverse le marché de la musique
p. 25
Ce diagramme en barres permet d’illustrer le concept de destruction créatrice grâce
au marché de la musique. L’essor des musiques numériques, grâce en particulier au
streaming, se fait au détriment des musiques enregistrées sur des supports.
1. En 2018, le chiffre d’affaires mondial total de la musique enregistrée s’élève à 19,1
milliards de $. Sur ces 19,1 milliards de $, 4,7 milliards correspondent au chiffre d’af-
faires pour la musique physique (c’est-à-dire enregistrée sur disque ou CD).
2. Entre 2001 et les années 2010, le chiffre d’affaires mondial de la musique enregis-
trée a connu un déclin important, passant de 23,9 milliards de $ à environ 15 milliards
de $. Ce net déclin s’explique par une baisse importante de la musique enregistrée
sur disque ou CD. En effet, le chiffre d’affaires sur ce type de support a baissé de 15
milliards de $ entre 2001 et 2011. À partir des années 2010, on voit que le chiffre
d’affaires de la musique numérique augmente progressivement, mais ce n’est qu’à
partir de 2014-2015 que l’essor de la musique numérique enregistrée permet un
rebond du chiffre d’affaires mondial.
3. [(8,9 + 2,3) / 19,1] = 0,586 = 58,6/100 = 58,6 %
En 2018, la musique numérique en ligne représentait 58,6 % du chiffre d’affaires
mondial.
4. L’évolution du marché de la musique depuis 2000 est un exemple de destruction
créatrice. En effet, le déclin de la musique enregistrée sur des supports physiques
s’explique par le développement de la musique en téléchargement puis en streaming
sur Internet. Ces innovations ont accéléré le déclin des ventes de musique sur support
physique, en particulier les CD, et le déclin des revenus des maisons de disques et des
artistes, alors même que se développaient les profits des plateformes de télécharge-
ment (Apple avec iTunes) et, dans un deuxième temps, de streaming (Spotify, Deezer).
Doc 4 : Y a-t-il un essoufflement des innovations ?
p. 25
Ce texte extrait d’un livre récent de Daniel Cohen montre que les perspectives techno-
logiques n’ont jamais été aussi grandes et les perspectives de croissance aussi faibles.
1. Disparition des machines à écrire au profit du traitement de texte sur les ordina-
teurs de bureau, disparition des disques vinyles au profit de la musique numérique,
disparition du courrier postal au profit des mails, disparition du téléphone fixe au
profit du smartphone.
2. Les effets possibles sont des destructions massives d’emplois au sein des entre-
prises qui utilisent des innovations anciennes, et des créations d’emplois au sein des
entreprises innovantes. Les effets sur l’emploi global dépendent de l’effet dominant :
les destructions ou les créations.
3. Internet a été une innovation majeure et exceptionnelle mais ses effets, en parti-
culier sur la productivité, n’ont pas été aussi importants qu’espérés, et surtout pas
aussi importants que ceux permis par les innovations majeures du xxe siècle, comme
l’électricité. Le smartphone et Internet sont deux innovations radicales mais pas
suffisantes pour permettre une croissance économique solide et durable.
4. La destruction créatrice paraît moins intense aujourd’hui que pendant les Trente
Glorieuses. Il y a eu des innovations, mais moins d’innovations majeures ou radicales
susceptibles de créer une croissance économique forte.
B- Comment le progrès technique engendre t-il des inégalités de revenus ?
Doc 4 : Quel lien entre innovation et inégalités de revenus ?
p. 27
Ce graphique chronologique met en évidence une corrélation entre le nombre de
brevets déposés aux États-Unis et les inégalités de revenus : plus il y a de brevets
déposés, plus la part de revenus détenue par les 1 % les plus riches augmente. Le
document est tiré d’un article publié par Philippe Aghion et quatre coauteurs, qui
montre que les innovations augmentent les inégalités par la hausse des revenus du
top 1 %, mais qu’elles n’auraient pas d’effets sur les 99 % restants de la population.
1. En 2013, aux États-Unis, il y avait 0,9 brevet déposé pour 1 000 habitants et les
1 % les plus riches détenaient 20 % des revenus.
2. La part des revenus détenus par les 1 % les riches aux États-Unis a été multipliée
par 2,5 entre 1970 et 2013, et le nombre de brevets déposés pour 1 000 habitants a
lui été multiplié par 2,4 environ.
3. Il y a une corrélation positive entre le nombre de brevets déposés et la montée des
inégalités de revenus : plus le nombre de brevets déposés est élevé, plus les inégalités
de revenus augmentent. Les innovations permettent aux entreprises innovatrices
de fixer un prix plus élevé en cas de monopole temporaire lié à une innovation de
produit, ou de baisser les coûts en cas d’innovation de procédé. Tout cela contribue
à accroître les profits réalisés par ces entreprises, et donc les revenus de leurs pro-
priétaires ou dirigeants. L’innovation induit donc une augmentation de l’inégalité en
haut de l’échelle des revenus
Conclusion :
Les inégalités ont fortement augmenté ces dernières années dans les pays riches et
développés. Une des explications possibles est le progrès technique. Les nouvelles
technologies accroissent la productivité des travailleurs les plus qualifiés, ce qui
entraîne pour ces derniers des rémunérations plus élevées. Mais face au dévelop-
pement des technologies, la population se forme toujours plus, ce qui a pour effet
d’augmenter l’offre de travail qualifié et de baisser les salaires
C- La croissance peut elle être respectueuse de l’environnement ?
Le CO2 s’accumule dans l’atmosphère
p. 28
Ce texte du journal Le Monde permet de faire le lien entre l’activité économique et
le réchauffement climatique. C’est l’activité humaine (industrie, transport, agricul-
ture...) qui est à l’origine du réchauffement climatique actuel qui a pour effet, entre
autres, la perte de biodiversité, la multiplication des phénomènes météorologiques
extrêmes et la montée du niveau des océans. Il est possible ici de rappeler la notion
d’externalité négative étudiée en 1re.
1. 36,3/1,5 = 24,2
Les émissions de CO2 dans le monde ont été multipliées environ par 24 entre 1950
et 2016.
2. Les conséquences du réchauffement climatique sont nombreuses : la multiplication
des phénomènes météorologiques extrêmes (ouragan, canicule...), la fonte des glaciers
et la hausse du niveau des mers, la désertification de certaines zones, l’acidification
des océans, la perte de biodiversité... On est en présence d’externalités négatives très
nombreuses. Le réchauffement climatique a des effets sur les activités économiques
et sur le bien-être de nombreuses populations, sans contrepartie monétaire pour
les dédommager, et sans que le coût pour les autres ne soit intégré dans le prix des
activités à l’origine du réchauffement climatique.
Qu’est-ce qu’une croissance soutenable ?
p. 29
Sylvie Brunel est une géographe spécialiste des questions de développement durable.
Son texte permet de distinguer les deux approches traditionnelles du développement
soutenable : la soutenabilité faible et la soutenabilité forte. Le document audio per-
met d’illustrer la notion de soutenabilité faible. Les innovations apparaissent alors
comme la solution aux problèmes environnementaux.
1. Le capital naturel correspond à l’ensemble des ressources naturelles, renouvelables
ou non. Ces ressources naturelles sont utiles à l’homme qui peut les exploiter tech-
niquement et économiquement. Ce capital n’est pas « construit », contrairement
aux autres capitaux.
2. Les tenants de la soutenabilité faible mettent en évidence que les capitaux sont
substituables. Ce qui compte est le stock global de capital. Le capital naturel pour-
rait donc être remplacé par davantage de « capital construit », que ce soit du capital
physique ou humain, par exemple. Les partisans de la soutenabilité forte estiment,
eux, que le capital naturel est irremplaçable et qu’il doit « absolument être main-
tenu en l’état ». Les activités humaines doivent donc être limitées et la croissance
économique tendre vers 0.
3. Le progrès technique joue un rôle central dans l’approche de la soutenabilité
faible. Il doit permettre, en particulier, de remplacer du capital naturel détruit. Il ne
faut donc pas ralentir la croissance économique qui permet d’avoir des ressources
économiques et financières pour investir, développer des innovations et favoriser le
progrès technique.
4. Le robot pollinisateur correspond à une innovation qui pourra bientôt permettre
de remplacer les insectes pour la pollinisation des végétaux. Cette approche corres-
pond à la thèse de la soutenabilité faible. Mais des innovations non technologiques
organisationnelles ou de commercialisation, comme le développement de circuits de
recyclage ou de réparation des objets défectueux, peuvent contribuer aussi à diminuer
la pression sur le capital naturel. Les innovations permettent alors de dépasser les
limites écologiques de la croissance soutenable
Autoévaluation
1. Vrai.
2. Faux. Elle est ancienne, elle date de la Révolution industrielle dès le xviiie siècle
en Europe.
3. Faux. C’est la thèse de la soutenabilité faible qui prône le développement des
innovations.
4. Faux. La thèse de la soutenabilité faible prône l’innovation pour compenser la
baisse du capital naturel par d’autres capitaux.
2 Mobiliser ses connaissances
La croissance économique, qui correspond à l’augmentation soutenue de la
production d’un pays pendant une période longue, nécessite des ressources, en
particulier des ressources naturelles. La poursuite de la croissance actuelle, fondée
sur une logique productiviste, se heurte à des limites écologiques : épuisement des
ressources naturelles (I), pollution (II) et réchauffement climatique (III).
En effet, la croissance économique dans sa forme actuelle épuise les ressources
naturelles. Pour produire différents capitaux sont nécessaires. Le capital naturel, qui
regroupe l’ensemble des ressources, renouvelables ou non, apporte les ressources
nécessaires à l’activité économique. Certaines ressources non renouvelables (sur
plusieurs générations) s’épuisent : c’est le cas du sable et du pétrole, par exemple.
D’autres sont surexploitées, comme les ressources halieutiques, sans que les espèces
aient le temps de se renouveler.
Par ailleurs, la croissance économique crée de la pollution. En produisant toujours
plus, les activités humaines créent des pollutions en rejetant dans l’air ou dans la
nature des produits toxiques, des gaz, des particules fines. Par exemple, l’agriculture
conventionnelle qui utilise massivement des pesticides, pollue pour des dizaines
d’années les nappes phréatiques, les cours d’eau, les terres...
Enfin la croissance économique accélère le réchauffement climatique. Les acti-
vités industrielles, agricoles, de transport émettent énormément de gaz à effet de
serre qui sont responsables du réchauffement climatique. Ce réchauffement a des
conséquences multiples, comme l’augmentation des sécheresses, des canicules, l’aci-
dification des océans, la désertification, la montée des eaux, etc. Ces effets sont, par
ailleurs, à l’origine d’une montée des inégalités entre les pays du Nord et du Sud, mais
aussi à l’intérieur même des pays, entre les populations favorisées et défavorisées.
La poursuite de la croissance économique dans ses formes actuelles est donc à
l’origine de nombreuses externalités négatives, ce qui interroge sur sa soutenabilité