Analyse linéaire
Objet d’étude : Le théâtre
Œuvre : Pour un oui ou pour un non
Auteur : Nathalie Sarraute
Parcours : Théâtre et dispute
Extrait étudié : La scène du procès
Introduction
Accroche
« Les mots n’entretiennent avec les sentiments et les pensées qu’un rapport équivoque, les
retranscrivant de manière imparfaite ». C’est ainsi que Bergson, le philosophe français
conçoit les mots et Nathalie Sarraute ne manquera pas à confirmer cette conception du
langage dans son œuvre.
Présentation de l’auteure / Mouvement littéraire
Figure du Nouveau Roman, Nathalie Sarraute, d’origine russe, est née en 1900 dans ce pays
avant de le quitter après le divorce de ses parents lorsqu’elle n’a encore que deux ans. Avant
de devenir avocate au barreau de Paris, elle fait des études dans plusieurs pays d’Europe où
elle étudie l’histoire, l’anglais, la sociologie et enfin le droit.
Le théâtre de Nathalie Sarraute avec sa première pièce Le Silence, renvoie à une forme de théâtre
que l’on a communément dénommé dès la fin du XIXe siècle « théâtre de chambre », à savoir une
dramaturgie marquée par le huis-clos (conjugal, amical ou familial) et par le refus de l’action au profit
de la parole. Il est fait d’un langage inapte à rendre le sens. Le sujet des pièces de Sarraute
« est chaque fois ce qui s’appelle ‘rien ‘ . Le dialogue pour Sarraute permet de faire émerger
les tropismes, ces « mouvements indéfinissables, qui glissent très rapidement aux limites
de notre conscience », comme le définit la dramaturge.
Présentation de l’œuvre
Nathalie Sarraute écrit Pour un oui ou pour un non en 1982. Celle-ci a pour particularité
d’avoir été créée comme pièce radiophonique, avant d’être publiée et représentée pour la
première fois au théâtre en 1986. Il s’agit de la pièce la plus jouée de Nathalie Sarraute, avec
plus de 600 représentations professionnelles depuis sa création. C’est une mise en scène de
la parole qui devient un drame et du mot qui sème le doute
Présentation du passage
Après une scène d’exposition centrée sur une conversation à bâtons rompus et un malaise
entre deux amis de longue date, H.1 a mis un mot sur la dispute : « condescendance ». Les
deux amis débattent pour savoir si ce mot justifie leur éloignement et H.2 convoque à cette
fin ses voisins supposés juger l’affaire, les qualifiant de « gens normaux, des gens de bons
sens ». Le dialogue évolue vers le procès où le rôle de l’accusé et celui de la victime
alternent.
Lecture de l’extrait
Attention ! Une lecture expressive respectant la ponctuation et les moments de silence est
attendue afin de rendre compte du sens !
Problématique
Dans ce contexte, il serait judicieux de se demander si l’intervention des deux voisins a-t-elle
contribué à une progression dramatique ?
Annonce du plan
Afin de répondre à cette problématique, nous examinerons le déroulement du procès à travers les
mécanismes de l’écriture sarrautienne qui fait de la prise de parole une tentative échouée de
traduire le monde intérieur de sensations.
Pour ce faire, nous procéderons à un découpage de l’extrait en trois mouvements. Nous
verrons dans le premier mouvement de « H.2 : Voilà… je vous présente… Je vous en prie »
jusqu’à « H.2 : Oui, parfait. Je lui en suis reconnaissant.» comment la dramaturge met en scène
un début de procès non conformiste et déroutant. Ensuite, nous expliquerons l’ambiguïté
des faits reprochés, dans le deuxième mouvement de «F. : Alors pourquoi ?» jusqu’à « H.1 : Si,
si, vous verrez, vous verrez… permettez-moi de vous exposer… Voilà… Il faut vous dire d’abord que
jamais, mais vraiment jamais je n’ai accepté d’aller chez lui… »
Nous terminerons par un examen du réquisitoire dans lequel les registres tragique et
comique s’entremêlent et les mots se brouillent de « F. : Vous n’allez jamais chez lui ?» jusqu’à
la fin de l’extrait.
Mouvement I
Le début de l’audience est déroutant et crée un sentiment de confusion parmi les participants. Cette
situation ambiguë suscite des interrogations chez les spectateurs sur la direction que prendra le
procès et sur la manière dont les éléments présentés influenceront le déroulement des débats tant
sur le plan de la communication que sur celui du verdict.
Ainsi, H2 commence sa réplique « Voilà… je vous présente… Je vous en prie… cela ne vous prendra
pas longtemps… il y a entre nous un différend… » par la préposition « Voilà » à valeur présentative,
suivi du verbe présenter dans « Je vous présente » dont la valeur performative n’est pas accomplie
étant donné qu’aucune présentation concrète ne suit cette introduction, vide de sens et saccadée
par des ponctuations médianes suspensives. Il s’agit d’une succession de formules de politesse « Je
vous en prie », « Cela ne vous prendra pas longtemps » qui sont vides de sens. Ici, la politesse
s’inscrivant dans les automatismes de la conversation, est toujours vide de sens.
Sans présenter son ami, ni introduire le contexte, H2 annonce à ses voisins qu’il y a un « Différend »
entre son ami et lui.
L’emploi du substantif « Différend » dont l’étymologie remonte au XIV siècle avec le sens de
« différence » marque d’emblée une opposition entre les deux amis qui sera de plus en plus
explicitée tout au long de l’extrait.
En outre, Le mot « Différend » comme terme juridique signifie "dispute" ou "conflit" provoqué par
une opposition d'intérêts entre deux ou plusieurs personnes. Lorsqu'il ne trouve pas sa solution dans
une conciliation, il devient contentieux et il aboutit alors à un procès ou à un arbitrage. Ainsi, en
employant ce terme, H2 attribue aux voisins le rôle de jurés.
Après ces présentations préliminaires, les deux voisins, surpris par la demande, interviennent pour la
décliner : « EUX : Oh, mais nous, vous savez, nous n’avons aucune compétence. ». Ils sont présentés
par le pronom « Eux », gardant ainsi cette volonté d’anonymat des personnages, présente dès le
début de la pièce. Le pronom « Eux » symbolise les jurés et incluent en même temps les spectateurs
invités à porter un regard critique sur l’échange verbal et la communication. Ces personnages
peuvent donc être n’importe qui, la société entière se trouve placée en position de jurés. D’ailleurs,
dans certaines adaptations de la pièce de théâtre, les voisins sont tout simplement des spectateurs
invités sur scène, incarnant du théâtre dans le théâtre.
L’interaction des voisins, désignés comme jurés est marquée par l’interjection « Oh » suivi de la
conjonction de coordination « Mais » traduisant la surprise face au rôle qui leur est demandé ainsi
qu’une opposition à celui-ci. Déconcertés par la demande de H2, ils estiment ne pas être à la hauteur
de cette demande. Afin de minimiser leur responsabilité, ils essaient de construire des explications
rationnelles dans « Nous n’avons aucune compétence », renforcé par l’emploi du déterminant
indéfini quantitatif et négatif « aucune »
Aussitôt composé, le tribunal se décompose informant ainsi le spectateur qu’il fait face à un procès,
d’emblée sans possibilité de verdict.
Le drame se noue de façon kafkaïenne. Les voisins se disent incompétents et pourtant la réponse de
H2 « Si, si, vous en avez… Plus qu’il n’en faut » est absurde et non fondée. L’adverbe d’affirmation «
Si » est redoublé par effet d’insistance. Cette construction rédupliquée réfute les propos des
allocutaires et recouvre leur discours. H2 entend ses voisins mais refuse d’écouter leur aveu
d’incompétence. Cela traduit un fort besoin de la part de H2 d’objectiver ses tiraillements intérieurs
grâce à l’intervention de ses voisins. Toujours est-il que ce jugement ne pourra être rationnel car
tout jugement consiste en une opération de connaissance des faits, ce qui n’est pas le cas pour aucun
des personnages présents. H2 attend que le bon sens populaire tranche et que le verdict soit tout de
même rendu.
Il faut noter que dans le droit français, les jurés sont appelés dans les affaires de droit pénal, en cours
d’assise pour les crimes. Il est demandé donc aux jurés de déterminer de la culpabilité ou non de
l’accusé, en l’occurrence de son ami dans cet extrait. Ainsi, Nathalie Sarraute qui elle-même était
avocate met en scène un procès dans sa pièce de théâtre, un an après l’abolition de la peine de mort
en France en 1981. Ces voisins, jurés, pourraient donc prononcer la mort de l’amitié comme verdict.
Ils viennent ainsi déterminer si oui ou non, il est opportun de mettre fin à cette amitié.
H2 termine sa réplique en soulignant le fort lien d’amitié qui lie les deux amis : « Mon ami, là, un ami
de toujours » : il le fait culpabiliser, en insinuant qu’il a trahi leur amitié.
H.2 cherche à se positionner comme un ami loyal, afin de gagner l'approbation de son auditoire et
les séduire en cherchant leur empathie. Ainsi, le langage est utilisé ici comme arme pour dominer
l’autre dans « c’est pour ça justement que ça me fait tant de peine. »
La répétition du pronom « ça » oblige les voisins à deviner l’objet du litige qui n’est toujours pas
explicité. C’est un pronom fuyant ayant une valeur d'indéfini. Il ne reprend pas réellement un
référent présenté plus tôt et désigne, chez Sarraute, ce que l'on ne peut pas nommer : il renvoie aux
tropismes.
Mouvement II
Après les présentations préliminaires, H1 présente aux jurés les faits qu’on lui reproche en appelant
en renfort ces derniers pour statuer sur l’accusation.
F prendra le rôle de l’avocat de la défense en interrogeant l’accusateur dans l’interrogation partielle
« Alors pourquoi ? ». Perplexe, F essaie de chercher un sens logique au conflit. Elle manifeste son
incompréhension des faits.
H.1 décide de passer à l’action par un acte de parole plus concret et entreprend à exposer les faits:
« je vais vous le dire : Je lui ai, paraît-il, parlé sur un ton condescendant… » : La modalisation par
l’expression figée “paraît-il”, mise en apposition, signifie « selon ce qu’on dit » sème le doute sur la
véracité des propos de H2.
Néanmoins, les propos de H1 pourraient être tenus comme « condescendants » car il ne prend pas
au sérieux le ressenti de son ami, voire il ironise dessus.
Ainsi, le sens bascule à cause du ton. « Un ton » : ce n’est plus le fond des paroles qui compte, mais
la façon dont elles sont dites, c’est le ton condescendant qui est en question, et non pas ce qui a été
dit. Il ajoute surtout une touche d’ironie alimentant ainsi le conflit en dévalorisant son ami.
Cette réplique fait intervenir un autre thème marquant dans la pièce, celui des classes sociales.
Par le biais de ces deux personnages, Nathalie Sarraute oppose deux tempéraments : H1 qui incarne
la bourgeoisie et H2, sensible et spontané, incarne l’âme poétique.
Ce thème est présent à travers le ton condescendant de H1, qui dans les pages précèdant l’extrait
étudié prononce “C’est biiien…ca” montrant son sentiment de supériorité typique de la bourgeoisie
qu’il incarne. C'est une tension sociale où le langage reflète un rapport de pouvoir et de domination.
Heurté par l’ironie de son ami, H2 n’hésite pas à exprimer son aversion quant au propos de H1 en lui
posant la question « Pourquoi le dis-tu comme ça ? » qui prend le ton d’une contestation. Il lui
reproche son comportement l’accusant de ne plus tenir à leur amitié dans « Tu ne veux plus faire
l’essai ? »
H1 proteste avec insistance, avec une négation redoublé « Mais si, mais si ». Il admet l’avoir vexé
dans « Je l’ai vexé » mais en niant toute culpabilité dans la tournure passive « Il s’est senti
diminué ». Il renvoie à son ami la responsabilité de sa souffrance considérant qu’il s’agit d’une
susceptibilité excessive.
Face à cet échange d’accusations et de reproches, les voisins sont incapables de comprendre l’enjeu
de ce qui sépare les deux amis. Cela est explicité dans la didascalie « Eux, silencieux… perplexes…
hochant la tête… ». La ponctuation suspensive renforce le silence et l’incompréhension.
Tentant de rompre le silence, F et H3 décident d’intervenir. Leurs jugements seront contrastés.
F intervient prudemment dans « F. : En effet… ça paraît… pour le moins excessif… juste un ton
condescendant… » essayant d’atténuer l’accusation en employant l’adverbe « juste » et la locution
« pour le moins », prenant ainsi la défense de H1.
H3 s’oppose à F et prend du recul dans : « H.3 : Mais vous savez, la condescendance, parfois… ». Ce
recul est marqué par la ponctuation suspensive qui parait en suggérer plus que ne disent les mots. La
pensée n’est pas exprimée et la communication est tronquée par l’aposiopèse. Sa parole est
traversée par un vide handicapant, la rendant incapable de remplir les fonctions de communication.
Face à ce jugement contrasté, H.2 cherche à faire dire aux jurés ce qu’ils n’ont pas dit, en essayant de
les amener à conclure en sa faveur dans « H.2 : Mais, mais, mais… ah oui, vous voyez, vous pouvez
me comprendre. »
Il prend la parole pour exposer les faits. “Permettez-moi de vous exposer…” est une double
énonciation, incluant les jurés et les spectateurs. L’absence de complément dans “permettez-moi de
vous exposer…” offre au spectateur une pensée en action. Et pourtant, les faits ne sont pas avancés
et les aposiopèses dominent la réplique. Sarraute met en lumière les différences de personnalité
dans « Il faut vous dire d’abord que jamais, mais vraiment jamais je n’ai accepté d’aller chez lui… »
Cela invite à une réflexion sur l'amitié et la manière dont les traits de caractère et le milieu social
peuvent influencer les relations. Cette différence est délimitée par la préposition « Chez lui » par sa
double connotation spatiale au sens propre et comportementale au sens figuré. Cette distance est
renforcée par la répétition de l’adverbe de négation « Jamais »
Mouvement III
Après l’exposition des faits, H2 se fait son propre avocat et prononce un réquisitoire dans lequel il
expose les reproches qu’il développe contre son ami. La boite de Pandore s’ouvre et le mécanisme
de l’hostilité se met en marche. Ce tribunal improvisé est porteur d’étrangeté en la figure des voisins,
mêlant le comique et le tragique.
L’ambiguïté du sens et l’incapacité des jurés à comprendre les faits cités créent un effet comique et
pourtant la dimension tragique s’intensifie.
Les mots sont interprétés au premier degré. Ainsi dans sa réplique : « F. : Vous n’allez jamais chez lui
? » l’incompréhension de F donne à réfléchir sur le sens de « Chez lui » tout en prêtant à rire.
Par la préposition métaphorique « Chez lui », le sens spatial est dépassé pour désigner un sens plutôt
comportemental, traduisant un écart social et un système de valeurs opposées. Cette interprétation
illustre comment les mots peuvent être chargés de significations.
« Chez lui » est employé par le personnage comme une métaphore soulignant un écart social, H2
exprime une volonté de se distancier de l’univers de H.1.Les termes « domaines » et « régions »
renvoient aux domaines comportementaux plus qu’à un espace physique.
Le personnage exprime un rejet de la bourgeoisie classique: “Je ne joue pas le jeu, vous comprenez.”
Les subtilités des interactions entre les personnages H.1, H.2 et H.3 sont mises en évidence par
l’emploi du terme « En marge » dans « H.1 : Ah, c’est ce que tu veux dire… Oui, c’est vrai, tu t’es
toujours tenu en marge… » . L’ambigüité des propos due aux frontières assignées au sens positionne
H2 « en marge », terme chargé de connotations négatives. H.2 est perçu comme quelqu’un qui ne
s’intègre pas, ce qui est interprété comme un défaut par son ami. La réaction des voisins montrent
les écarts des interprétations possibles dus aux enjeux de la communication.
Dans « F. : C’est bien normal. Chacun sa vie, n’est-ce pas ? », F essaie d’élucider le conflit. En
terminant sa réplique par l’expression « N'est-ce pas », F appelle l'acquiescement de son
interlocuteur à ce qui vient d'être dit. La tournure négative renforce la question pour laquelle F
attend une réponse positive
« C’est bien normal » renvoie à l’idée du bon sens populaire, c’est le sens moral du commun. C’est
un jugement subjectif mais qui est supposé être partagé par tout le monde. Toujours est-il que le
jugement populaire est aléatoire, les jurés jugent en se référant à leur ressenti. Leur verdict ne
pourrait être prononcé que sur le ressentiment, donc subjectif.
Portant la robe du procureur accusateur, H2 va donc prononcer un réquisitoire contre son ami : «H.2
: Eh bien, figurez-vous qu’il ne le supporte pas. Il veut à toute force m’attirer… là-bas, chez lui… il
faut que j’y sois avec lui, que je ne puisse pas en sortir… Alors il m’a tendu un piège… il a disposé
une souricière. » en ayant recours à une métaphore filée autour du terme « souricière » qu’on
retrouve dans : « Il veut à toute force m’attirer », « que je ne puisse pas en sortir », « il m’a tendu
un piège », « il a disposé une souricière ». Il accuse H.1 de ne pas le laisser libre de se tenir à l’écart,
et d’avoir voulu l’intégrer de force dans son mode de vie.
La valeur sémantique du mot souricière enferme ainsi le personnage dans un monde qu’il refuse et le
prive de sa liberté. Le personnage refuse le conformisme bourgeois de son ami. C’est tout le côté
condescendant du milieu social qui est en jeu.
Pour Nathalie Sarraute, la souricière est une métaphore du pouvoir piégeant des mots, de
l’enfermement qui réside en certains mots, dans les sens assignés. La métaphore de la souricière
renvoie au piège tendu par le langage, générateur de malentendus et des quiproquos. C’est une mise
en garde contre l’expression vicieuse, les glissements de sens contestables et le non-dit qui
menacent l’échange et entrainent des confusions.
La didascalie « rit » rend les jurés peu crédibles et les ridiculise, étant incapables de décoder le
langage métaphorique employé dans le jeu de mot : « profité d’une occasion » / « Souricière
d’occasion ». Ils sont au premier degré de la parole.
Le bon sens et la capacité de jugement font défaut et les jurés ne font que catalyser la dispute entre
les deux amis. Le comique rôde dans l’extrait. L’humour tente à perturber le tragique mais sera sitôt
interrompu par l’injonction de H1 : « Non, ne riez pas. Il parle sérieusement ».
Le signe interrogatif attendu n’apparaît pas dans « Quelle souricière, dis-nous… ». Les points de
suspension « absorbent » le point d’interrogation et traduisent toujours l’incompréhension.
Ainsi, le dialogue échoue à dénouer la crise et ne fait que l’aggraver. Le rêve de transparence et de
réconciliation avorte.
Conclusion
Dans cette scène, nous avons vu qu’H.2 cherche un soutien auprès de ses voisins qui se font juges de
la situation.
Les jurés passent à côté de l’enjeu. De la sorte, le tribunal improvisé n’a pas réglé le conflit. Les
voisins sont des piètres juges qui n’apportent aucune aide à H1 et H2, bien au contraire, ils ajoutent
une couche à la confusion générale et s’avèrent inutiles.
Ainsi, dans ce tribunal transcendant, l’accusé est le langage lui-même au regard de la difficulté de
communiquer des personnages. Entre les mots et le ressentiment subsiste un hiatus, un vide, que le
langage échoue à combler.
Cette scène confirme la nature des tropismes qui révèlent des mouvements intérieurs si profonds
qu’il empêche d’en juger de l’extérieur.
Ouverture
Nous ne pouvons pas parler de l’écriture du non-dit de Nathalie Sarraute sans penser à la
dramaturgie du silence de Samuel Beckett, dans ses pièces de théâtre, notamment « En
attendant Godot » où les personnages communiquent à demi-mot, ou encore ils parlent
pour ne rien dire. La communication entre les personnages est entravée par les obsessions de
ceux-là.