SEANCE 3 : LES ASSURANCES DE PERSONNES
Les assurances sur la vie, assurance accident corporel et assurance maladie ont
en commun un aspect juridique qui est leur caractère forfaitaire, et un aspect
social qui est leur finalité de protection des risques de la vie, de la vieillesse et
de la maladie accidentelle ou non. Assurance sur la vie et assurance des
dommages corporels sont souvent réunies car elles sont complémentaires dans
leur rôle de protection sociale. Cependant leur technique juridique et leurs
règles de gestions sont sensiblement différentes et conduisent à en faire une
étude séparée.
SECTION I : LES ASSURANCES SUR LA VIE.
Avant d’aborder les spécificités de l’assurance sur la vie à savoir, la provision
mathématique et le règlement de l’assurance, nous allons faire état des
différents risques garantis dans les assurances sur la vie.
I: Les risques garanties dans les assurances sur la vie
L’exécution des assurances sur la vie dépendant de la durée de la vie humaine,
il est normal de distinguer les assurances en cas de vie et les assurances en cas
de décès dont la combinaison forme les assurances mixtes. Enfin, les
assurances complémentaires permettent de donner la plus grande efficacité
aux assurances sur la vie.
A- Les assurances en cas de vie.
Les assurances en cas de vie constituent le fondement des prestations liées à la
retraite on peut rencontrer les formules suivantes :
- Assurances de capital différé,
- Assurances de rente en cas de vie,
- la contre assurance annexée aux assurances en cas de vie.
1) L’assurance de capital différé:
C’est l’assurance qui garantit le paiement d’un capital déterminé si l’assuré est
encore en vie à l’échéance du contrat, celle-ci étant soit une date déterminée,
soit tel âge atteint par l’assuré, soit tant d’année après la souscription du
contrat. Cette formule permet au souscripteur de se constituer un capital pour
l’âge de sa retraite, en vue par exemple de l’achat d’une maison. S’il décède
avant l’échéance, l’assureur ne doit rien et les primes n’apportent aucun
avantage ni au bénéficiaire, ni aux héritiers.
2) L’assurance de rente en cas de vie:
Elle permet au souscripteur de se constituer une rente immédiate ou différée. -
L’assurance de rente immédiate versée par l’assureur dès la conclusion du
contrat, est possible contre le paiement d’une prime unique lors de la
souscription du contrat : le capital constitutif de la rente.
- Plus souvent, il y a assurance de rente différée : le souscripteur ne désirant
recevoir le paiement de la rente qu’à l’époque de sa retraite, en contrepartie
de primes annuelles temporaires qu’il payera aussi longtemps qu’il est en
activité. S’il décède avant l’échéance l’assureur ne devra rien.
3) La contre- assurance annexée aux assurances en cas de vie :
Dans l’assurance de capital différé comme dans l’assurance de rente différée, le
décès libère l’assureur de toute obligation. Aussi pour éviter la perte des
primes sans contrepartie pour les héritiers, le contrat peut-il être stipulé avec
contre- assurance, c'est moyennant le remboursement des primes si l’assuré
décède avant l’échéance.
Bien entendu, dans une telle formule, d’une part l’assureur perçoit la prime
correspondante pour la garantie du décès avant échéance et d’autre part, il
conserve les intérêts des placements financiers effectués avec les primes
perçues.
B- Les assurances en cas de décès.
Ici le risque est le décès. Nous avons les formules suivantes :
1) L’assurance en cas de décès « vie entière ».
C’est l’assurance qui garantit lors du décès de l’assuré à quelque date qu’il
survienne le paiement du capital au bénéficiaire, il y a assurance vie entière à
prime viagère lorsque l’assuré s’engage à verser des primes toute sa vie. Le plus
souvent il ne s’engage à verser des primes que jusqu’à l’âge de sa retraite :
l’assurance vie entière est alors à la prime temporaire dans ce cas. Une
modalité particulière est la vie entière avec option pour l’assuré arrivant à l’âge
de 60 ans ou 65 ans de maintenir le contrat en l’état ou de le transformer en
rente viagère.
2) L’assurance temporaire décès.
C’est l’assurance qui ne garantit le paiement du capital prévu que si le décès
survient avant une date déterminée. Cette combinaison ne constitue pas une
épargne car si l’assuré est toujours vivant à l’échéance, l’assureur est dégagé
de toute obligation ; elle constitue en revanche une garantie de sécurité pour le
cas de décès prématuré de l’assuré alors que ses enfants n’ont pas encore
terminé leurs études et ne sont pas encore établis, ou comme accessoire d’un
crédit. Le temporaire décès peut être stipulée à capital décroissant lorsqu’elle
est souscrite en garantie d’une dette amortissable.
3) L’assurance de survie.
Elle l’affecte l’obligation de l’assureur d’une condition. En effet l’assureur ne
s’engage ici à verser le capital déterminé au contrat au bénéficiaire désigné que
si celui-ci survit à l’assuré. S’il lui est prédécédé l’assureur ne doit rien alors que
dans l’assurance de décès ordinaire l’assureur doit payer sa prestation soit à un
bénéficiaire désigné en sous ordre, soit aux héritiers.
C- Les assurances mixtes.
Les principales formules sont les suivantes :
1) L’assurance mixte ordinaire.
C’est l’assurance qui garantit le paiement d’un capital soit au décès de l’assuré
si ce décès survient avant une certaine date (temporaire décès), soit en cas de
vie à l’échéance (capital différé). Plutôt qu’une assurance mixte, il s’agit d’une
assurance alternative. En effet elle porte sur deux risques contradictoires décès
et survie dont un seul se réalisera. Cette combinaison est la plus pratiquée car
les assurés ont l’impression d’être toujours gagnant ; en fait c’est aussi la plus
chère car ils doivent payer des primes calculées pour les deux risques.
2) L’assurance mixte à terme fixe.
C’est l’assurance qui garantit le paiement de la somme prévue au contrat à une
date déterminée que l’assuré soit vivant ou non l’assureur payera sa prestation
soit à l’assuré s’il est encore vivant à l’échéance soit au bénéficiaire désigné s’il
est prédécédé. La date du décès constitue néanmoins l’aléas du contrat car elle
met fin au paiement des primes, sans modifier l’échéance du contrat.
3) L’assurance dotale.
Elle diffère de l’assurance à terme fixe par la condition de survie du
bénéficiaire. Utilisée pour doter un enfant à sa majorité, l’assureur est dégagé
de toute obligation s’il est prédécédé. Une contre assurance permet le
remboursement des primes.
4) L’assurance combinée à terme fixe temporaire de rente en cas décès.
Les combinaisons proposées par les assureurs sont très nombreuses. On peut
en citer cette assurance à caractère familial qui garantit le paiement du capital
à telle date, mais en outre, en cas de prédécès de l’assuré, non seulement le
paiement des primes est suspendu, mais encore l’assureur paye une rente
viagère jusqu’à l’exigibilité du capital. Cette énumération peut être complété
par d’autres assurances de personnes comme les assurances nuptialité ou
natalité ou les opérations tontinières.
D- Les assurances complémentaires.
On appelle assurances complémentaires : « Les assurances prises
accessoirement au contrat d’assurance sur la vie en vue d’offrir aux assurés des
garanties complémentaires, qui peuvent varier selon les besoins de sécurité
ressentis:
- soit permettre à l’assuré de maintenir le processus de sécurité et d’épargne
qu’il a engagé, en lui assurant le service de ses primes d’assurance vie lorsqu’il
n’est plus en mesure de les payer pour des raisons indépendantes de sa
volonté (invalidité chômage).
- soit permettre à l’assuré de toucher le capital décès prévu au contrat alors
même qu’il n’est pas décédé mais qu’il est atteint d’une invalidité telle que la
situation économique de la famille en est affectée de manière sensible.
- soit doubler le capital décès lorsque celui-ci survient d’une façon
particulièrement brutale, par exemple dans un accident de circulation ».
Les assurances complémentaires se greffent au contrat d’assurance vie pour lui
donner une pleine efficacité. Elles doivent en principe, être gérées par un
assureur risque divers.
II: Les spécificités de l’assurance sur la vie.
Deux spécificités seront étudiées :
La provision mathématique et le règlement du sinistre.
A- La provision mathématique.
Après avoir définit la provision mathématique, nous préciserons les droits de
l’assuré sur cette provision.
1) Définition
La provision mathématique du contrat d’assurance vie est constituée par les
sommes que l’assureur doit mettre en réserve pour faire face à ses
engagements à long terme envers l’assuré. Que la provision mathématique soit
alimentée par le nivellement des primes, ou par une épargne accumulée et
capitalisée, l’assureur n’en est que le gestionnaire. Certes au niveau de
l’entreprise d’assurance les provisions mathématiques font partie du
patrimoine de l’assureur : elles figurent au passif de son bilan et son
représentées à l’actif par des placements réglementés. Les provisions
mathématiques constituent cependant une dette de l’assureur garantie par un
privilège général sur l’actif mobilier de son entreprise (art. 332 Code CIMA).
2) Les droits de l’assuré sur la provision mathématique.
L’assuré peut faire prévaloir son droit de créance sur la provision
mathématique de son contrat par trois modalités : la réduction, le rachat,
l’avance sur police
a. La réduction.
C’est la conséquence du défaut de paiement des primes lorsque le contrat
comporte une provision mathématique et que 15% des primes ou cotisations
ont été versées (art 74 al 5 Code CIMA). En cas de non-paiement des primes, et
si l’assuré le demande expressément, l’assurance est donc réduite au montant
que l’assuré obtiendrait en souscrivant une assurance de même nature et ayant
une prime unique pure du montant de la provision mathématique de son
contrat.
b. Le rachat.
C’est l’opération par laquelle, à la demande de l’assuré souscripteur, l’assureur
rachète la dette conditionnelle ou à terme qu’il a contractée au titre d’un
contrat d’assurance sur la vie, par un remboursement qui met fin au contrat.
Les modalités du rachat ou de la réduction sont déterminées par un règlement
général mentionné dans la police.
Le rachat ne peut s’exercer que si le contrat comporte une provision
mathématique. Aux termes de l’art 77 du code Cima les assurances
temporaires en cas de vie ou en cours de service ne peuvent comporter ni
réduction, ni rachat. Les assurances de capitaux de survie et de rente de survie,
les assurances en cas de vie sans contre assurance et les rentes viagères
différées sans contre assurance ne peuvent comporter de rachat.
c. Les avances sur polices.
C’est l ‘opération par laquelle l’assureur consent à remettre au souscripteur
une partie de la provision mathématique de son contrat, l’assurance devenant
ainsi un instrument de crédit qui utilise la provision comme un compte courant.
Selon l’art.74 al 3 « l’assureur peut consentir des avances à l’assuré dans la
limite de la valeur de rachat ». Alors que le rachat met définitivement fin au
contrat d’assurance, l’avance sur police présente l’avantage de ne pas arrêter
l’opération d’épargne entreprise par le souscripteur.
B- Le droit propre du bénéficiaire déterminé sur le capital assuré.
La stipulation pour autrui se caractérise par l’attribution d’un droit personnel,
propre et direct du bénéficiaire acceptant sur le capital assuré. Le capital n’a
jamais fait partie du patrimoine du stipulant, et le bénéficiaire est directement
créancier de l’assureur contre lequel il a une action personnelle. Par
conséquent, le capital échappe aussi bien au régime du rapport et de la
réduction des libéralités en matière successorale, qu’au régime de la
communauté en matière matrimoniale.
SECTION II : LES ASSURANCES DE PERSONNES GEREES EN REPARTITION.
Ce sont essentiellement les assurances contre les accidents corporels et contre
les maladies. Ces assurances sont regroupées sous la dénomination commune
de branche « dommages corporels ». Elles sont gérées en répartition par les
sociétés IARD (Incendie, Accidents et Risques Divers), conformément à la
technique de l’assurance qui n’est qu’une répartition de risques, d’où leur
nature hybride. De plus après les avoir citées dans les dispositions générales
sur les assurances sur les personnes, le législateur n’a réglementé que les
seules assurances sur la vie. Est-ce à dire qu’elles obéissent au même régime
juridique que les assurances sur la vie ? Il semble que c’est la position de la
jurisprudence française.
I : L’assurance contre les accidents corporels.
« Assurance individuelle accident » garantit à l’assuré, principalement une
somme déterminée forfaitaire en cas d’accident corporel entraînant une
conséquence prévue par le contrat et accessoirement le remboursement des
frais médicaux pharmaceutiques et chirurgicaux engagés à la suite de
l’accident. Le contrat couvre toute lésion organique, provoquée par l’action
soudaine et violente d’une cause extérieure et indépendante de la volonté de
l’assuré ou du bénéficiaire.
Une telle assurance paraît particulièrement utile lorsque l’assuré subit un
dommage dont il est le propre auteur. Comme il n’existe pas de responsabilité
civile envers soi-même, le caractère personnel de la garantie est évident. Les
accidents subis par les travailleurs indépendants et ne relevant pas d’une
réparation au titre des accidents du travail peuvent trouver ici une garantie
précieuse. Il en est de même des dommages qui ne sont pas assurés dans le
cadre de l’assurance automobile obligatoire, c’est à dire ceux qui sont subis par
les conducteurs de véhicule.
II : L’assurance maladie complémentaire
L’assurance complémentaire privée est volontaire pour le souscripteur et
facultative pour les assureurs. Cependant, dans le cadre des entreprises,
certaines assurances de groupe peuvent être obligatoires. Actuellement, les
garanties d’assurance maladie sont pour la grande part souscrites en
assurances de groupe, dans le cadre des entreprises (IPM= Institution de
Prévoyance Maladie), plus qu’en contrats individuels. L’assurance maladie a
une double nature : assurance forfaitaire en ce qui concerne les prestations de
sommes prévues au contrat, assurance indemnitaire en ce qui concerne le
remboursement des dépenses de santé.
TRAVAIL A FAIRE : Cas pratique
M. Koné a 75 ans et est atteint de diabète. Il suit un traitement très strict
depuis sa jeunesse. Il y a de cela quelques semaines il a découvert qu’il père
d’une fille de 16 ans. Pendant la période de COVID 19, il aurait souscrit à une
assurance-vie.
Quel contrat d’assurance-vie aurait-il pu conclure dans l’intérêt de sa fille ?
Conseillez-le utilement.