« Comment les principes démocratiques fondamentaux des États Unis sont-ils
affectés par le système politique ? »
La démocratie est souvent définie comme un système dans lequel « le peuple
exerce le pouvoir » . En effet, dans une démocratie le peuple est doté de libertés
fondamentales avec une protection des droits et participe aux élections par son vote
et son éligibilité. La déclaration d’indépendance en 1776 et la constitution de 1787
(réellement appliquée en 1789) ont marqué le début de la démocratie aux États-Unis.
Les premiers dix amendements de cette constitution sont appelés « Bill of Rights » et
définissent les droits individuels. Depuis, plusieurs amendements ont été ajoutés et il
en existe actuellement 27 dans la constitution des États-Unis. Leur régime politique
s’appuie sur un modèle de république fédérale afin de garantir la liberté et l’égalité
pour tous les citoyens. Cependant, des éléments dans le fonctionnement de la
démocratie soulèvent des questions quant aux limites de celle-ci. De ce fait,
comment les principes démocratiques fondamentaux sont-ils affectés par le système
politique ? Tout d’abord, nous expliquerons le système démocratique fédérale des
États-Unis, ensuite nous aborderons son fonctionnement et pour finir nous
montrerons que cette démocratie peut être biaisée.
I) Une République fédérale démocratique
A) Être citoyen aux États Unis
On devient citoyen aux États Unis de 3 façons différentes :
Par sa naissance sur le territoire américain : tout individu né aux états unis est un
citoyen américain même si ses parents sont étrangers.
Par l'attribution à la naissance : un enfant né en dehors du territoire américain
peut obtenir la nationalité américaine :
-si ses deux parents, mariés, sont américains et au moins un a déjà vécu aux États-
Unis
-si un des deux parents, mariés, est américain et a vécu au moins cinq ans aux
États-Unis
Par acquisition par le biais de la naturalisation des parents : en 2000, le Congrès
des États-Unis a voté le « Décret de la nationalité des enfants » permettant à tout
enfant de moins de 18 ans qui a été adopté soit par des citoyens américains, soit
des immigrants aux États-Unis ayant obtenu le statut de résident, d'obtenir
immédiatement la nationalité américaine.
Être citoyen américain, c’est avoir des droits qui sont en lien avec les
amendements de la Déclaration des droits (Bill of Rights). La Déclaration des droits
protège la liberté de parole, la liberté de religion, le droit de posséder et de
transporter des armes, la liberté de se réunir et le droit de pétition. Elle interdit aussi
les fouilles et les arrestations injustifiées.
B) Utilisation d'une constitution
La démocratie repose sur l'existence d'une constitution, un texte fondamental qui
définit les principes et les règles du système politique. Aux États-Unis, la
Constitution, adoptée en 1787, est la base de l'équilibre des pouvoirs et des droits
individuels. Elle garantit la séparation des pouvoirs entre les branches exécutive,
législative et judiciaire, tout en établissant les droits des citoyens et les limites des
institutions. La Constitution américaine prévoit des mécanismes pour éviter une
concentration excessive des pouvoirs, c’est le principe d’équilibre. Chaque branche
dispose de moyens de contrôle et de contre-pouvoirs sur les autres. À travers les
amendements, comme ceux contenus dans la Déclaration des droits (Bill of Right), la
Constitution garantit des libertés fondamentales, et des droits individuels.
II) Fonctionnement de la démocratie
A) Organisation et séparation des pouvoirs aux États-Unis
Les États-Unis forment une fédération de cinquante deux États, chacun
disposant de leurs propres lois intérieures et police. Ces lois réglementent de
nombreux aspects de la vie quotidienne : salaires, santé, sécurité au travail,
limitations de vitesse, taxes, et financement des écoles…
Au niveau fédéral, la structure du gouvernement repose sur trois branches
distinctes, définies par le principe de séparation des pouvoirs :
Le pouvoir législatif qui est exercé par le Congrès qui siège au Capitole à
Washington, rédige, débat et adopte des lois, vote le budget, et contrôle l’exécutif
via des commissions spécialisées et des enquêtes et est composé de deux
chambres :
La Chambre des représentants (435 députés élus pour deux ans), où la
représentation des États est proportionnelle à leur population.
Le Sénat (100 sénateurs élus pour six ans, soit deux par État, quel que soit sa
population), présidé par le vice-président des États-Unis.
Le pouvoir exécutif qui est confié au président, élu pour un mandat de quatre ans
renouvelable une fois. Le président est à la fois chef de l’État, chef du
gouvernement, et commandant en chef des forces armées. Il siège à la Maison-
Blanche et est responsable de l’application des lois adoptées par le Congrès, de
l’élaboration du budget, et de la politique extérieure.
Le gouvernement fédéral comprend 15 ministères dirigés par des ministres
(Secretaries), nommés par le président avec l’approbation du Sénat. Le vice-
président, élu en même temps que le président, participe également à l’exécutif.
Le président des États-Unis peut promulguer des lois ou y opposer son veto,
mais le Congrès peut outrepasser ce veto avec une majorité des deux tiers dans les
deux chambres. Bien que le président ne soit pas politiquement responsable devant
le Congrès, ce dernier peut bloquer ses initiatives et engager une procédure
d'impeachment, qui permet de mettre en accusation un haut responsable, comme le
président, pour des crimes graves. Après un vote à la Chambre des représentants,
un procès est organisé au Sénat, où une majorité des deux tiers est nécessaire pour
prononcer la destitution. Par exemple, Donald Trump a été mis en accusation à deux
reprises : en 2019 pour abus de pouvoir et obstruction au Congrès, et en 2021 pour
incitation à l’insurrection après l'attaque du Capitole. Dans les deux cas, il a été
acquitté par le Sénat.
Le pouvoir judiciaire qui repose sur la Cour suprême et des tribunaux fédéraux
inférieurs. La Cour suprême, composée de neuf juges nommés à vie, arbitre les
conflits entre les États, entre un État et l’Union, ou entre un citoyen et l’Union.
Elle veille au respect de la Constitution et peut invalider des lois ou des décisions
prises par le président si elles contreviennent aux droits fondamentaux.
Bien qu’ils ont leur propre pouvoir , les États fédéraux voient leur influence
diminuer face à celle du gouvernement fédéral.
B) Élections
Les élections, éléments clés de la démocratie, permettent aux citoyens de
participer au choix de leurs représentants. Aux États-Unis, l'élection présidentielle se
distingue par un système unique : le collège électoral. Les citoyens élisent des
grands électeurs qui, eux, désignent le président. Chaque État dispose donc d'un
nombre de grands électeurs proportionnel à sa population, ce qui reflète le nombre
de représentants et de sénateurs qu'il possède au Congrès. L’élection présidentielle
est un événement majeur, organisé tous les quatre ans. Elle débute par des caucus
et des primaires, où les membres des partis désignent leurs candidats. Le jour de
l'élection (Election Day), les citoyens votent pour une liste de grands électeurs qui
soutiennent un candidat. La Californie, par exemple, a 55 grands électeurs en raison
de sa population, tandis que le Minnesota en a seulement 10. Par exemple lors de
l'élection présidentielle de 2024, Donald Trump a obtenu 312 votes de grands
électeurs et 76,8 millions de voix, soit 49,9 % des suffrages, tandis que Kamala
Harris en a recueilli 226 votes de grands électeurs, soit 74,3 millions, représentant
48,3 % des votes. Outre les élections présidentielles, les citoyens participent
activement à la vie politique locale en élisant des responsables politiques et
judiciaires au niveau des États: juges, maires, shérif…Les élections de mi-mandat
(midterms) sont également cruciales, car elles permettent de renouveler la
Chambre des représentants et un tiers du Sénat, influençant l’équilibre des pouvoirs.
Malgré des mécanismes complexes combinant une constitution forte, des
élections structurées, et une séparation des pouvoirs, des défis subsistent,
notamment la faible participation électorale et la polarisation (division en 2 parties
majoritaire) politique.
III) Une démocratie biaisée aux États Unis
A) Problèmes structurels du système électoral
La démocratie américaine fait face à plusieurs problèmes structurels qui
affectent son fonctionnement. En effet, le système du collège électoral peut conduire
à des résultats où même s'il ne remporte pas le vote populaire national, un candidat
gagne la présidence en obtenant la majorité des voix des grands électeurs. Par
exemple, les élections de 2016 lors desquelles Hillary Clinton a obtenu plus de voix
populaires (65,8 millions) que Donald Trump (62,9 millions), mais Trump a gagné
grâce à une majorité dans le collège électoral ( 304 votes contre 227 pour Clinton).
Après les élections, de nombreux débats ont eu lieu sur l’efficacité du système
électoral américain. Peut être que ce système ne reflète pas totalement les points de
vue de la population.
Le gerrymandering est aussi un problème majeur dans le système électoral
américain. Cela consiste à redessiner les limites des circonscriptions électorales de
façon à favoriser un parti politique. Cela se fait souvent en regroupant des électeurs
d'un même parti dans une circonscription ( "packing") ou en dispersant des électeurs
d'un autre parti dans plusieurs circonscriptions ( "cracking"). L'objectif de cette
pratique est de maximiser le nombre de sièges qu'un parti peut obtenir lors des
élections rendant le processus électoral moins équitable.
Un autre aspect critique est l'influence des financements privés sur les
campagnes électorales. En effet, les candidats avec le plus de ressources
financières ou issus de milieux avec des donneurs plus aisés peuvent investir
massivement dans leur campagne. Ces financements privés permettent aux partis
de financer des publicités, des événements, et des équipes de campagne plus
robustes. Cela leur donne une visibilité accrue et peut influencer l'opinion publique.
Ces phénomènes contribuent à la polarisation politique et à un manque de
diversité dans les opinions représentées au sein des instances législatives. Ils
montrent la nécessité de réformes pour garantir une représentation plus équitable et
un processus électoral plus transparent.
B) Suppression d’un droit (avortement)
La démocratie américaine est souvent critiquée en ce qui concerne les droits
des femmes. En particulier sur les décisions prises concernant l’avortement.
Lors de son premier mandat, Donald Trump a utilisé sa présidence pour influencer la
Cour suprême des États-Unis en nommant des juges jeunes et conservateurs, ce qui
a des implications directes sur des sujets comme l'avortement. En effet il a réussi à
nommer trois juges : Neil Gorsuch, Brett Kavanaugh et Amy Coney Barrett. Chacun
de ces juges a été choisi pour ses positions conservatrices sur des questions clés, y
compris le droit à l'avortement. L'objectif de Trump était de créer une majorité
conservatrice au sein de la Cour suprême. En nommant des juges plus jeunes,
Trump a également cherché à garantir que cette influence conservatrice dure
longtemps après la fin de son mandat, car ces juges pourraient siéger pendant des
décennies.
En 2022, la Cour suprême des États-Unis dans l'affaire Dobbs v. Jackson
Women's Health Organization a annulé le précédent historique de Roe v. Wade, qui,
depuis 1973, garantissait le droit à l'avortement . Effectivement, cette décision a mis
fin à près de 50 ans de protection fédérale du droit à l'avortement, permettant aux
États d'imposer leurs propres lois sur ce qui était un droit. Des études montrent que
près de 26 États pourraient interdire ou restreindre l'accès à l'avortement, ce qui
représente une grosse partie de la population féminine des États-Unis. Ce
changement législatif a suscité des inquiétudes quant à l'égalité des droits et à la
capacité des femmes à prendre des décisions concernant leur corps. Cela soulève
également des questions sur la justice sociale et l’égalité entre les citoyens
américains.
Cet exemple de suppression de droit résulte en réactions et interrogations
cruciales sur l'égalité et la justice dans le cadre du système démocratique américain.
On comprend que la stratégie de Trump a été de façonner la Cour suprême pour
qu'elle reflète des valeurs conservatrices, ce qui pourrait avoir des effets durables sur
les droits des femmes et les décisions concernant l'avortement. On retrouve des
tensions entre les valeurs démocratiques et les décisions prises par des institutions
qui semblent ne pas refléter la volonté de l'ensemble de la population.
Pour conclure, même si les États-Unis sont fondés sur des principes
démocratiques solides comme la Constitution, la séparation des pouvoirs, et un
système électoral ; nous avons vu que les inégalités persistent, notamment à cause
du gerrymandering ou encore l’influence des milieux, et que les droits fondamentaux
comme l’avortement sont menacés.