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Banque de Textes TA2

Le document présente une série de réflexions philosophiques sur la nature humaine, la conscience, la justice, et l'État, en s'appuyant sur des penseurs tels que Descartes, Nietzsche, Sartre, Rousseau, et Kant. Chaque extrait aborde des thèmes variés, comme l'importance de l'intersubjectivité, la critique de l'État et de la violence institutionnelle, ainsi que la distinction entre justice naturelle et légale. Ces idées soulignent les tensions entre l'individu et la société, ainsi que les défis moraux et éthiques auxquels l'humanité est confrontée.

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Banque de Textes TA2

Le document présente une série de réflexions philosophiques sur la nature humaine, la conscience, la justice, et l'État, en s'appuyant sur des penseurs tels que Descartes, Nietzsche, Sartre, Rousseau, et Kant. Chaque extrait aborde des thèmes variés, comme l'importance de l'intersubjectivité, la critique de l'État et de la violence institutionnelle, ainsi que la distinction entre justice naturelle et légale. Ces idées soulignent les tensions entre l'individu et la société, ainsi que les défis moraux et éthiques auxquels l'humanité est confrontée.

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1-« Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : Car chacun pense en être si bien

pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toutes autres choses n’ont
point coutumes d’en désirer plus qu’ils en ont. En quoi il n’est pas vraisemblable que tous se
trompent, mais plutôt cela témoigne que la puissance de bien juger et de distinguer le vrai
d’avec le faux qui est proprement ce qu’on nomme le bon sens ou la raison, est naturellement
égale à tous les hommes ; et ainsi que, la diversité de nos opinions ne vient pas de ce que les
uns sont plus raisonnables que les autres, mais seulement de ce que nous conduisons nos
pensées par diverses voies et ne considérons pas les mêmes choses. Car ce n’est pas assez
d’avoir l’esprit bon, mais le principal est de l’appliquer bien. Les plus grandes âmes sont
capables des plus grands vices aussi bien que des plus grandes vertus, et ceux qui ne marche
que fort lentement peuvent avancer beaucoup davantage s’ils suivent toujours le droit chemin ;
que ne font ceux qui courent ou qui s’en éloignent. »

René DESCARTES, Discours de la méthode

2-Quiconque s'est fait du corps une représentation tant soit peu exacte - des nombreux
systèmes qui y collaborent, de tout ce qui s'y fait en solidarité ou en hostilité réciproque, de
l'extrême subtilité des compromis qui s'y établissent, etc. - jugera que toute espèce de
conscience est pauvre et étroite en comparaison. [...] Ce dont nous avons conscience, que c'est
peu de chose! A combien d'erreur et de confusion ce peu de conscient nous mène C'est que la
conscience n'est qu'un instrument ; et eu égard à toutes les grandes choses qui s'opèrent dans
l'inconscient, elle n'est, parmi les instruments, ni le plus nécessaire ni le plus admirable - au
contraire, il n'y a peut-être pas d’organe aussi mal développé, aucun qui travaille si mai de
toutes les façons, c'est en effet le dernier venu parmi les organes, un organe encore enfant -
pardonnons-lui ses enfantillages. (Parmi ceux-ci, à côté de beaucoup d'autres, la morale, qui
est la somme des jugements de valeur antérieurs, relatifs aux actions et aux pensées humaines)
li nous faut donc renverser la hiérarchie : tout le « conscient » est d'importance secondaire ; du
fait qu'il nous est plus proche, plus intime, ce n'est pas une raison, du moins pas une raison
morale, pour l'estimer plus haut. Confondre la proximité avec l'importance, c'est là justement
notre vieux préjugé.
Friedrich NIETZSCHE, La volonté de puissance
3-Par le je pense, contrairement à la philosophie de Descartes, contrairement à la philosophie
de Kant, nous nous atteignons nous-mêmes en face de l’autre, et l’autre est aussi certain pour
nous que nous-mêmes. Ainsi, l’homme qui s’atteint directement par le cogito découvre aussi
tous les autres, et il les découvre comme la condition de son existence. Il se rend compte qu’il
ne peut rien être (au sens où l’on dit qu’on est spirituel, ou qu’on est méchant, ou qu’on est
jaloux) sauf si les autres le reconnaissent comme tel. Pour obtenir une vérité quelconque sur
moi, il faut que je passe par l’autre. L’autre est indispensable à mon existence, aussi bien
d’ailleurs qu’à la connaissance que j’ai de moi. Dans, ces conditions, la découverte de mon
intimité me découvre en même temps l’autre, comme une liberté posée en face de moi, qui me
pense, et qui ne veut que pour ou contre moi. Ainsi découvrons-nous tout de suite un monde
que nous appellerons l’intersubjectivité, et c’est dans ce monde que l’homme décide de ce qu’il
est et ce que sont les autres.
Jean Paul SARTRE, l’existentialisme est un humanisme

4-Le « freudisme », si fameux est l’art d’inventer en chaque homme un animal redoutable,
d’après des signes tout à fait ordinaire ; les rêves sont de tels signes : les hommes ont toujours
interprété leurs rêves, d’où un symbolisme facile. Freud se plaisait à montrer que ce
symbolisme facile nous trompe et que nos symboles sont tout ce qu’il y a d’indirect. Les choses
du sexe échappent évidemment à la volonté et à la prévision ; ce sont des crimes de soi,
auxquels on assiste. On devine par-là que ce genre d’instinct offrait une riche interprétation.
L’homme est obscur à lui-même ; cela est à savoir. Seulement il faut éviter ici plusieurs erreurs
que fonde le terme d’inconscient. La plus grave de ces erreurs est de croire que l’inconscient
est un autre Moi ; un Moi qui a ses préjugés, ses passions et ses ruses ; une sorte de mauvais
ange, diabolique conseiller. Contre quoi il faut comprendre qu’il n’y a point de pensés en nous
sinon par l’unique sujet, Je ; cette remarque est d’ordre moral.

ALAIN, Eléments de philosophie, livre II, chap. XVI

5-L’animal et l’homme autant qu’il est animal, apprend par contrainte des objets ou par imitation
machinale, toujours par répétition. De quoi l’on peut rendre compte d’abord par la nutrition des
muscles que le mouvement excite et fortifie, encore, si l’on veut, par les traces qui sont laissées dans
les nerfs ou dans les centres nerveux, et qui font que les réactions répétées s’inscrivent par des chemins
de moindre résistance. Encore est-il à remarquer que les meilleurs signes par lesquels on puisse faire
obéir un cheval sont toujours des pressions ou contraintes, qui gênent certains mouvements et en
favorisent d’autres. Cette activité machinale ne ressemble jamais à l’intelligence, et j’ai toujours pensé
que le dressage des animaux, bien loin de prouver qu’ils comprennent, suppose au contraire une
entière stupidité. L’homme apprend tout à fait autrement, non pas par répétition machinale, mais par
recommencement, toujours sous la condition d’une attention soutenue, disons autrement, sous la
condition que les mouvements exécutés soient voulus et libres, sans que le corps en fasse d’autres.

ALAIN (1868-1951), Eléments de philosophie


6-Ce passage de l’état de nature à l’état civil produit dans l’homme un changement très
remarquable, en substituant dans sa conduite la justice à l’instinct, et donnant à ses actions la
moralité qui leur manquait auparavant. C’est alors seulement que la voix du devoir succédant
à l’impulsion physique et le droit à l’appétit, l’homme, qui jusque-là n’avait regardé que lui-
même, se voit forcé d’agir sur d’autres principes, et de consulter sa raison avant d’écouter ses
penchants. Quoiqu’il se prive dans cet état de plusieurs avantages qu’il tient de la nature, il en
regagne de si grands, ses facultés s’exercent et se développent, ses idées s’étendent, ses
sentiments s’ennoblissent, son âme tout entière s’élève à tel point que si les abus de cette
nouvelle condition ne le dégradaient souvent au-dessous de celle dont il est sorti, il devrait
bénir sans cesse l’instant heureux qui l’en arracha pour jamais, et qui, d’un animal stupide et
borné, fit un être intelligent et un homme.(…). Ce que l’homme perd par le contrat social, c’est
sa liberté naturelle et un droit illimité à tout ce qui le tente et qu’il peut atteindre ; ce qu’il
gagne, c’est la liberté civile et la propriété de tout ce qu’il possède.
Jean Jacques ROUSSEAU, Du contrat social

7-Nous vivons dans un monde de violence et nous y participons de fait chaque jour, non pas
seulement en acceptant d’être soldat, policier ou militant d’une organisation politique pour le
maintien de l’ordre et de ses injustices, mais simplement en restant passif devant les injustices
de chaque jour. Dans son livre Spirale de la violence, Dom Helder CAMARA distingue trois
sortes de violence : la première, mère de toutes les autres, c’est la « violence institutionnelle »,
celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui
écrase et lamine des milliers d’hommes dans ses rouages silencieux et bien huilés ; la seconde
est la « violence révolutionnaire » qui naît de la volonté d’abolir la première ; la troisième est
la « violence répressive » qui a pour objet d’étouffer la seconde en faisant l’auxiliaire et la
complice de la première violence, qui engendre toutes les autres. Il n’y a pas de pire hypocrisie
que de n’appeler « violence » que la seconde en feignant d’oublier la première, qui la fait
naître, et la troisième qui la tue. Dans la réalité historique quotidienne, nous n’avons jamais le
choix entre la violence et la non-violence. Nous sommes toujours pris dans l’inexorable réseau
d’une réalité violente.
Roger GARAUDY, Appel aux vivants, Editions du Seuil, 1979, p .267.
8-La justice politique est de deux espèces, l'une naturelle et l'autre légale. Est naturelle celle
qui a partout la même force et ne dépend pas de telle et telle opinion; légale, celle qui à l'origine
peut être indifféremment ceci ou cela, mais qui une fois établie, s'impose : par exemple, que la
rançon d'un prisonnier est d'une mine, ou qu'on sacrifie une chèvre et non deux moutons, et en
outre toutes les dispositions législatives portant sur des cas particuliers, comme par exemple
le sacrifice en l'honneur de Brasidas et les prescriptions prises sous forme de décrets. Certains
sont d'avis que toutes les prescriptions juridiques appartiennent à cette dernière catégorie, parce
que, disent-ils, ce qui est naturel est immuable et a partout la même force (comme c'est le cas
pour le feu qui brûle également ici et en Perse), tandis que le droit est visiblement sujet à
variations. Mais dire que le droit est essentiellement variable n'est pas exact d'une façon
absolue, mais seulement en un sens déterminé. Certes, chez les dieux, une telle assertion n'est
peut-être pas vraie du tout; Dans notre monde, du moins, bien qu'il existe une certaine justice
naturelle, tout dans ce domaine est cependant passible de changement; néanmoins on peut
distinguer en ce domaine entre ce qui est naturel et ce qui est non naturel. Et parmi les choses
qui ont la possibilité d'être autrement qu'elles ne sont, il est facile de voir quelles sortes de
choses sont naturelles et quelles sont celles qui ne le sont pas mais reposent sur la loi et la
convention, tout en étant pareillement les unes et les autres sujettes au changement. Et dans les
autres domaines, la même distinction s'appliquera : par exemple, bien que par nature la main
droite soit supérieure à la gauche, il est cependant toujours possible de se rendre ambidextre.
Et parmi les règles de droit, celles qui dépendent de la convention et de l'utilité sont semblables
aux unités de mesure : en effet, les mesures de capacité pour le vin et le blé ne sont pas partout
égales, mais sont plus grandes là où on achète et plus petites là où l'on vend. Pareillement les
règles de droit qui ne sont pas fondées sur la nature, mais sur la volonté de l'homme, ne sont
pas partout les mêmes, puisque la forme du gouvernement elle-même ne l'est pas, alors que
cependant il n'y a qu'une seule forme de gouvernement qui soit partout naturellement la
meilleure.
ARISTOTE, Ethique à Nicomaque, v, 10, 1134b

9-L’homme est un animal qui du moment où il vit parmi d’autres individus de son espèce a besoin
d’un maître. Car il abuse à coup sûr de sa liberté à l’égard de ses semblables, et quoique, en tant que
créature raisonnable il souhaite une loi qui limite la liberté de tous, son penchant animal à l'égoïsme
l'incite toutefois à se réserver dans toute la mesure du possible un régime d'exception pour lui-même.
Il lui faut donc un maître qui batte en brèche sa volonté particulière et le force à obéir à une volonté
universellement valable, grâce à laquelle chacun puisse être libre. Mais où va-t-il trouver ce maître?
Nulle part ailleurs que dans l'espèce humaine. Or, ce maître, à son tour, est tout comme fui un animai
qui a besoin d'un maître. De quelque façon qu'il s'y prenne, on ne conçoit vraiment pas comment il
pourrait se procurer pour établir la justice publique un chef juste par lui-même : soit qu'i choisisse à
cet effet une personne unique, soit qu'il s'adresse à une élite de personnes triées au sein d'une société
Car chacune d'elles abusera toujours de la liberté si elle n'a personne au-dessus d'elle pour imposer
vis-à-vis d'elle-même l'autorité des lois".

Emmanuel KANT, Philosophie de l’histoire


10-L’Etat laisse autant que possible les individus jouer librement, pourvu qu’ils ne prennent
pas leur jeu au sérieux, et ne le perdent pas de vue, lui, l’Etat. Il ne peut s’établir d’homme à
homme de relations qui ne soient inquiétées, sans « surveillance et intervention supérieures ».
Je ne puis pas faire tout ce dont je serais capable, mais seulement ce que l’Etat me permet de
faire ; je ne puis faire valoir ni mes pensées, ni mon travail, ni en général rien de ce qui est à
moi. L’Etat ne poursuit jamais qu’un but : limiter, enchaîner, assujettir l’individu, le
subordonner à une généralité quelconque. Il ne peut subsister qu’à condition que l’individu ne
soit pas pour soi-même tout dans tout ; il implique de toute nécessité la limitation du moi, ma
mutilation et mon esclavage. Jamais l’Etat ne se propose de stimuler la libre activité de
l’individu ; la seule activité qu’il encourage est celle qui se rattache au but que lui-même
poursuit. L’Etat cherche, par sa censure, sa surveillance et sa police, à enrayer toute activité
libre ; en jouant ce rôle de bâton dans les roues, il croit (avec raison d’ailleurs, car sa
conservation est à ce prix) remplir son devoir. L’Etat veut faire de l’homme quelque chose, il
veut le façonner ; aussi l’homme, en tant que vivant dans l’Etat, n’est-il qu’un homme factice ;
quiconque veut être soi-même est l’adversaire de l’Etat et n’est tien. « il n’est rien » signifie :
l’Etat ne l’utilise pas, ne lui accorde aucun titre, aucun emploi, aucune commission, etc.
Max STIRNER, L’Unique et sa propriété

11-Il y a quelque part encore des peuples et des troupeaux, mais ce n’est pas chez nous, mes
frères : chez nous il y a des Etats. Etats ? Qu’est-ce, cela ? Allons ! Ouvrez les oreilles, je vais
vous parler de la mort des peuples. L’Etat, c’est le plus froid de tous les monstres froids : il
ment froidement et voici le mensonge qui rampe de sa bouche : « Moi, l’Etat, je suis le Peuple.»
C’est un mensonge ! Ils étaient des créateurs, ceux qui créèrent les peuples et qui suspendirent
au-dessus des peuples une foi et un amour : ainsi ils servaient la vie. Ce sont des destructeurs,
ceux qui tendent des pièges au grand nombre et qui appellent cela un Etat : ils suspendent au-
dessus d’eux un glaive et cent appétits. Partout où il y a encore du peuple, il ne comprend pas
l’Etat et il le déteste comme le mauvais œil et une atteinte aux coutumes et aux lois. Je donne
ce signe : chaque peuple a son langage du bien et du mal : son voisin ne le comprend pas. Il
s’est inventé ce langage pour ses coutumes et ses lois. Mais l’Etat ment dans toutes les langues
du bien et du mal ; et, dans ce qu’il dit, il ment – et tout ce qu’il a, il l’a volé. Tout en lui est
faux ; il mord avec des dents volées, le hargneux. Fausses sont mêmes ses entrailles.
Friedrich NIETZSCHE, Ainsi parlait Zarathoustra, Paris, Gallimard, p.63.
12-Que les rois ne dédaignent donc pas d’admettre dans leurs conseils les gens les plus
capables de les bien conseiller ; qu’ils renoncent à ce vieux préjugé inventé par l’orgueil des
grands, que l’art de bien conduire les peuples est plus difficile que celui de les éclairer : comme
s’il était plus aisé d’engager les hommes à bien faire de leur bon gré que de les y contraindre
par la force. Que les savants du premier ordre trouvent dans leurs cours d’honorables asiles.
Qu’ils y obtiennent la seule récompense digne d’eux ; celle de contribuer per leur crédit au
bonheur des peuples à qui ils auront enseigné la sagesse. C’est alors seulement qu’on verra ce
que peuvent la vertu, la science et l’autorité animées d’une noble émulation, et travaillant de
concert à la félicité du genre humain. Mais tant que la puissance sera seule d’un côté, les
lumières et la sagesse seules d’un autre, les savants penseront rarement de grandes choses, les
princes en feront plus rarement de belles, et les peuples continueront d’être vils, corrompus et
malheureux.
Jean Jacques ROUSSEAU, Discours sur les sciences et les arts

13-L’homme le plus habile et le mieux actif ne peut jamais rendre qu’une minime portion de
ce qu’il reçoit. Il continue, comme dans son enfance, à être nourri, protégé, développé, etc. par
l’humanité. Seulement, ses ministres ont changé, de manière à ne plus être distinctement
appréciables. Au lieu de tout recevoir d’elle par l’entremise de ses parents, elle lui transmet
alors ses bienfaits d’après une multitude d’agents indirects, dont il ne connaîtra jamais la
plupart. Vivre pour autrui devient donc, chez chacun de nous, le devoir continu qui résulte
rigoureusement de ce fait irrécusable : vivre par autrui. Outre que notre harmonie morale
repose exclusivement sur l’altruisme, il peut seul nous procurer aussi la plus grande intensité
de vie. Ces êtres dégradés, qui n’aspirent aujourd’hui qu’à vivre, seraient tentés de renoncer à
leur brutal égoïsme s’ils avaient une fois goûté suffisamment de ce vous appelez si bien les
plaisirs du dévouement. Ils comprendraient alors que vivre pour autrui fournit le seul moyen
de développer librement toute l’existence humaine(…).
Auguste COMTE, Catéchisme positiviste
14-On façonne (…) les hommes par l'éducation. Si l'homme naissait grand et fort, sa taille et
sa force lui seraient inutiles jusqu'à ce qu'il eût appris à s'en servir ; elles lui seraient
préjudiciables, en empêchant les autres de songer à l'assister ; et, abandonné à lui-même, il
mourrait de misère avant d'avoir connu ses besoins. On se plaint de l'état de l'enfance ; on ne
voit pas que la race humaine eût péri, si l'homme n'eût commencé par être enfant. Nous
naissons faibles, nous avons besoin de force ; nous naissons dépourvus de tout, nous avons
besoin d'assistance ; nous naissons stupides, nous avons besoin de jugement. Tout ce que nous
n'avons pas à notre naissance et dont nous avons besoin étant grands, nous est donné par
l'éducation. Cette éducation nous vient de la nature, ou des hommes ou des choses. Le
développement interne de nos facultés et de nos organes est l'éducation de la nature ; l'usage
qu'on nous apprend à faire de ce développement est l'éducation des hommes ; et l'acquis de
notre propre expérience sur les objets qui nous affectent est l'éducation des choses. Chacun de
nous est donc formé par trois sortes de maîtres. Le disciple dans lequel leurs diverses leçons
se contrarient est mal élevé, et ne sera jamais d'accord avec lui-même ; celui dans lequel elles
tombent toutes sur les mêmes points, et tendent aux mêmes fins, va seul à son but et vit
conséquemment. Celui-là seul est bien élevé.
Jean Jacques ROUSSEAU, Emile ou de l’Education

15-Pour bien se représenter le rôle immense de la religion, il faut envisager tout ce qu’elle
entreprend de donner aux hommes : elle les éclaire sur l’origine et la formation de l’univers,
leur assure, au milieu des vicissitudes de l’existence, la protection divine et la béatitude finale.
Enfin elle règle leurs opinions et leurs actes en appuyant ses prescriptions de toute autorité.
Ainsi remplit-elle une triple fonction : En premier lieu tout comme la science mais par d’autres
procédés elle satisfait la curiosité humaine et c’est d’ailleurs par là qu’elle entre en conflit
avec la science. La science en effet ne rivaliser avec elle, quand il s’agit d’apaiser la crainte de
l’homme devant les dangers et les hasards de la vie ou de lui apporter quelque consolation dans
les épreuves. La science enseigne, il est vrai, à éviter certains périls, à lutter victorieusement
contre certains maux : impossible de nier l’aide qu’elle apporte aux humains, mais en bien des
cas elle ne supprimer la souffrance, et doit se contenter de leur conseiller la résignation.
Sigmund FREUD, L’avenir d’une illusion
16-Si on laisse un infidèle poursuivre son rôle néfaste de corrupteur sur la terre jusqu’à l fin
de sa vie, ses souffrances iront augmentant. Si on le tue, et qu’on empêche ainsi l’infidèle de
perpétuer ses méfaits, cette mort sera bien. S’il reste vivant, il sera de plus en plus corrompu,
et, par conséquent, ses souffrances iront augmentant. C’est une opération chirurgicale
commandée par Dieu le tout-puissant. (…) Ceux qui s’imaginent que le repos dans ce monde
est un bienfait divin, ceux qui croient que manger et dormir comme des animaux sont des
cadeaux de Dieu disent que l’islam ne doit pas infliger des châtiments. Mais ceux qui suivent
les enseignements du Coran savent également que couper la main de quelqu’un pour le forfait
qu’il a commis est un bienfait pour lui. Dans l’au-delà, il remerciera ceux qui ont exécuté sur
terre les lois de Dieu. (…). La guerre est une bénédiction de pour le monde et pour toutes les
Nations. C’est Dieu qui incite les hommes à se battre et à tuer. Le Coran dit : « «combattez
jusqu’à ce que toute corruption et rébellion cessent ». Les guerres conduites par le prophète
contre les infidèles étaient un bien pour l’humanité toute entière. (…). Ce ne sera pas assez
tant que la corruption et la résistance à l’Islam existeront sur terre. Le Coran dit : « la guerre,
jusqu’à la victoire ». La religion d’où la guerre est absente est une religion incomplète.

Rouhallah KHOMEINY, Le Nouvel Observateur du 11 janvier 1985

17-Il reste à montrer enfin qu’entre la Foi ou la Théologie et la Philosophie il n’y a nul
commerce, nulle parenté ; nul ne peut l’ignorer qui connaît le but et le fondement de ces deux
disciplines, lesquels sont entièrement différents. Le but de la Philosophie est uniquement la
vérité ; celui de la Foi, comme nous l’avons abondamment montré, uniquement l’obéissance
et la piété. En second lieu, les fondements de la Philosophie sont les notions communes et
doivent être tirés de la Nature seule ; ceux de la Foi sont l’histoire et la philologie et doivent
être tirés de l’Ecriture seule et de la révélation (…). La Foi donc reconnaît à chacun une
souveraine liberté de philosopher ; de telle sorte qu’il peut sans crime penser ce qu’il veut de
toutes choses ; elle condamne seulement comme hérétiques et schismatiques ceux qui
enseignent des opinions propres à répandre parmi les hommes l’insoumission, la haine, l’esprit
combatif et la colère ; elle tient pour fidèles, au contraire, ceux-là seulement qui, dans la mesure
où leur Raison et leurs facultés le leur permettent, répandent la justice et la Charité.

Baruch SPINOZA, Traité théologico-politique, 1665, chap. 14


18-Considère sans cesse combien de médecins sont morts, après avoir tant de fois foncé les
sourcils sur les malades ; combien d'astrologues, après avoir prédit, comme un grand
événement, la mort d'autres hommes ; combien de philosophes, après s'être obstinés à discourir
indéfiniment sur la mort et l'immortalité ; combien de chefs, après avoir fait périr tant de gens
; combien de tyrans, après avoir usé avec une cruelle arrogance, comme s'ils eussent été
immortels, de leur pouvoir de vie et de mort ; combien de villes, pour ainsi dire, sont mortes
toutes entières : Hélice, Pompéi, Herculanum, et d'autres innombrables ! Ajoutes-y aussi tous
ceux que tu as vus toi-même mourir l'un après l'autre. Celui-ci rendit les derniers devoirs à cet
autre, puis fut lui-même exposé par un autre, qui le fut à son tour, et tout cela en peu de temps
! En un mot, toujours considérer les choses humaines comme éphémères et sans valeur ; hier,
un peu de glaire ; demain, momie ou cendre. En conséquence, passer cet infime moment de la
durée conformément à la nature, finir avec sérénité, comme une olive qui, parvenue à maturité,
tomberait en bénissant la terre qui l'a portée, et en rendant grâces à l'arbre qui l’a produite.
Marc-AURELE. Pensées pour moi-même.

19-On recommande aux rois, aux hommes d'Etat, aux peuples de s'instruire principalement
pas l'expérience de l'histoire. Mais l’expérience et l'histoire nous enseignent que peuples et
gouvernements n:ont jamais rien appris de l'histoire, qu'ils n'ont jamais agi suivant les maximes
qu'on aurait pu en tirer. Chaque époque, chaque peuple se trouve dans des conditions si
particulières, forme une situation si particulière, que c'est seulement en fonction de cette
situation unique qu'il doit se décider : tes grands caractères sont précisément ceux qui, chaque
fois, ont trouvé la solution appropriée. Dans e tumulte des événements du monde, une maxime
générale est d'aussi peu de secours que le souvenir des situations analogues qui ont pu se
produire clans le passé, car un pâle souvenir est sans force dans la tempête qui souffle sur le
présent : il n'a aucun pouvoir sur !e monde libre et vivant de l'actualité.
Friedrich HEGEL, La raison dans l'histoire, p. 35.

20-Il est encore une autre cause de désillusion. Au cours des dernières générations, l’humanité
a fait accomplir des progrès extraordinaires aux sciences physiques et naturelles et à leurs
applications techniques ; elle a assuré sa domination sur la nature d’une manière jusqu’ici
inconcevable. Les caractères de ces progrès sont si connus que l’énumération en est superflue.
Or les hommes sont si fiers de ces conquêtes, et à bon droit. Ils croient toutefois constater que
cette récente maîtrise de l’espace et du temps, cet asservissement des forces de la nature, cette
réalisation d’aspirations millénaires, n’ont aucunement élevé la somme de jouissance qu’ils
attendent de la vie .Ils n’ont pas le sentiment pour cela d’être devenus plus heureux. On devrait
se contenter de conclure que la domination de la nature n’est pas la seule condition du bonheur,
pas plus qu’elle n’est le but unique de l’œuvre civilisatrice, et non que les progrès de la
technique soient dénués de valeur pour « l’économie » de notre bonheur.
Sigmund FREUD, Malaise dans la civilisation
21-La philosophie entre en conflit avec la religion du fait que celle-ci se veut l’autorité
absolue tant dans le domaine de la vérité que dans celui de la pratique. Mais la vérité de la
religion se présente comme un donné extérieur en présence duquel on s’est trouvé. Cela est
particulièrement net dans les religions dites révélées, celles dont la vérité a été annoncée par
quelque prophète, quelque envoyé de Dieu. Ainsi, dans la religion le contenu est donné, il est
considéré comme au-dessus ou au-delà de la raison. La religion conçoit l’esprit humain comme
borné, limité et ayant donc besoin que les vérités essentielles pour l’homme, que sa raison
infirme serait incapable de découvrir par elle-même, lui soient révélées d’une façon
surnaturelle et mystérieuse. Mais l’idée d’une vérité au-delà de la raison, inaccessible
naturellement à l’esprit humain est absolument inconcevable par la philosophie qui repose sur
le principe diamétralement opposé selon lequel, la pensée ne doit rien présumer en dehors
d’elle-même, c’est-à-dire la philosophie ne doit rien admettre comme vrai qui n’ait été saisi
comme tel par la pensée.
Marcien TOWA, Essai sur la problématique philosophique dans l’Afrique actuelle

22-Assurément, la philosophie est, à notre époque, attaquée de toutes parts. Elle l’est, sur le
plan de la connaissance, par les savants, ou plutôt par les pseudo philosophes qui, éblouis par
les succès de la physique, voudraient réduire toute activité intellectuelle à une activité de type
scientifique. Elle l’est selon le souci de l’efficacité par les techniciens constatant qu’elle
n’augmente en rien notre pouvoir sur le monde. Elle l’est, politiquement, par certains esprits
réactionnaires qui redoutent le pouvoir dissolvant d’une libre critique, et par les
révolutionnaires qui lui reprochent de nous détourner des tâches sociales, ou d’être une
idéologie, au service d’un régime ou d’une classe. Elle l’est, d’après la mode, par les
maniaques de la nouveauté, tenant pour périmée toute pensée antérieure à la semaine dernière.
Elle l’est, esthétiquement, par les gens de lettres qui se plaignent de son obscurité, et jugent
ses œuvres mal écrites. Elle l’est surtout, par ceux qui s’y sont égarés, et voudraient en recevoir
sans attendre et de façon sensible, un genre de satisfaction qu’elle n’a jamais prétendu donner.
Et, à défaut d’arguments, le ton des uns et des autres tend à provoquer l’intimidation. Le
philosophe se laisse malaisément intimider. Il sait que les attaques dont il l’objet ne sont pas
nouvelles, et que ce n’est pas en notre siècle que Socrate a été condamné à mort par la cité,
toujours hostile, en effet, au mode de vie que la philosophie suppose, à la perpétuelle remise
en cause qu’elle exige, à la recherche sans résultats utilisables qu’elle entreprend.
Ferdinand Alquié, Signification de la philosophie, Edition Hachette, 1971
23-Pour quiconque croit à la science, le pire est que la philosophie ne fournit pas de réponses
apodictiques, un savoir qu’on puisse posséder. Les sciences ont conquis des savoirs certains
qui s’imposent à tous ; la philosophie, elle, malgré l’effort des millénaires, n’y a pas réussi. On
ne saurait le contester : en philosophie, il n’y a pas d’unanimité établissant un savoir définitif.
Dès qu’une connaissance s’impose à chacun pour des raisons apodictiques, elle devient
aussitôt scientifique, elle cesse d’être philosophie et appartient à un domaine particulier du
connaissable. À l’opposé des sciences, la pensée philosophique ne paraît pas non plus
progresser. Nous en savons plus certes qu’Hippocrate, mais nous ne pouvons guère prétendre
avoir dépassé Platon. C’est seulement son bagage scientifique qui est inférieur au nôtre. Pour
ce qui est chez lui à proprement parler recherche philosophique, à peine l’avons-nous peut-être
rattrapé. Que, contrairement aux autres sciences, la philosophie sous toutes ses formes doive
se passer du consensus unanime, voilà qui doit résider dans sa nature même. Ce que l’on
recherche à conquérir en elle, ce n’est pas une certitude scientifique, le même pour tout
entendement ; il s’agit d’un examen critique au succès duquel l’homme participe de tout son
être. Les connaissances scientifiques concernent des objets particuliers et ne sont nullement
nécessaires à chacun. En philosophie, il n’y va d’une vérité qui là où elle brille, atteint l’homme
plus profondément que n’importe quel savoir scientifique.

Karl JASPERS, Introduction à la philosophie, Ed, 10/18, p7

24-D’emblée donc, la philosophie se présente comme une image idéale, à laquelle il y a à se


conformer. La ‘’la civilisation’’, le degré de civilisation auquel l’Europe est parvenu, qui
comprend la philosophie ou, pour certains, dont la philosophie est la quintessence, est pareille
à une seconde nature, une totalité des lois, de règles, de modèles ou de structures, de processus
ou procédures, d’institutions qui la constituent en un vaste programme codé, ou une immense
combinatoire, ou une énorme machine aux fonctions et aux possibilités multiples : c’est la
rationalité en acte, elle existe. Il suffit d’en comprendre le mécanisme, le fonctionnement, de
tirer parti de ses possibilités, de ses objectifs et de ses finalités. En bref, il reste au Muntu à
réaliser pour soi ce qui est déjà en soi. Réaliser pour soi, à son profit, en mettant à bonne école,
en faisant aider ou en apprenant à reproduire, selon la mesure de ses capacités. Sa vérité étant
réalisée hors de lui, il n’est d’autre ressource que d’appliquer, d’imiter, de recourir à des
intermédiaires. La transcendance de la rationalité en acte en appelle au volontarisme de
négation de soi, de son désir. Cet appel ne peut être qu’une exhortation aux accents de
moralisme religieux (…). L’exhortation est pressante : si l’on veut survivre, il faut ‘’vraiment
philosopher’’.
Fabien EBOUSSI BOULAGA, La crise du Muntu
25-Le travail est de prime abord un acte qui se passe entre l'homme et la nature. L'homme y joue lui-
même vis-à-vis de la nature le rôle d'une puissance naturelle. Les forces dont son corps est doué, bras
et jambes, tête et mains, il les met en mouvement, afin de s'assimiler des matières en leur donnant une
forme utile à sa vie. En même temps qu'il agit par ce mouvement sur la nature extérieure et la modifie,
il modifie sa propre nature, et développe les facultés qui y sommeillent. Nous ne nous arrêterons pas
à cet état primordial du travail où il n'a pas encore dépouillé son mode purement instinctif. Notre point
de départ c'est le travail sous une forme qui appartient exclusivement à l'homme. Une araignée fait
des opérations qui ressemblent à celles du tisserand, et l'abeille confond par la structure de ses cellules
de cire l'habileté de plus d'un architecte. Mais ce qui distingue dès l'abord le plus mauvais architecte
de l'abeille la plus experte, c'est qu'il a construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la
ruche. Le résultat auquel le travail aboutit, préexiste idéalement dans l'imagination du travailleur. Ce
n'est pas qu'il opère seulement un changement de forme dans les matières naturelles; il y réalise du
même coup son propre but dont il a conscience, qui détermine comme loi son mode d'action, et auquel
il doit subordonner sa volonté.
Karl MARX, Le Capital(1867), traduction de j. Roy, Éd. Sociales, 1950.

26-Nécessaire au développement des sociétés humaines, la machine écrase pourtant les hommes ; ce
n’est pas en tant que telle qu’elle les écrase, mais à travers les rapports que les travailleurs
entretiennent avec elle. Ces rapports inhumains qui lient les hommes à la machine rendent mécanique
l’essence de l’homme. Aujourd’hui, la machine s’adapte à la faiblesse de l’homme pour faire de
l’homme faible une machine. (…) L’homme est donc devenu l’esclave de la machine, comme il est
esclave du travail divisé, de la propriété privée, du capital, de l’argent, de l’industrie, et de toute la
civilisation techniciste. La constante et progressante division du travail et la simplification constante
du travail mécanique et machinal transforment l’enfant en ouvrier et l’ouvrier en enfant. Le
développement des forces productives qui aboutit au règne des machines capitalistes ne mûrit donc
pas l’ouvrier, mais l’infantilise et le débilite. La roue de l’histoire écrase ceux qui la mettent en
mouvement.

Kostas AXELOS, Marx, un penseur de la technique, t.1, 10/18, UGE. 1974, pp.143-144.

27-A quoi vise l’art, sinon à nous montrer, dans la nature et dans l’esprit, hors de nous et en nous,
des choses qui ne frappaient pas explicitement nos sens et notre conscience ? Le poète et le romancier
qui expriment un état d’âme ne le créent certes pas de toutes pièces ; ils ne seraient pas compris de
nous, si nous n’observions pas en nous, jusqu’à un certain point, ce qu’ils nous disent d’autrui. Au fur
et à mesure qu’ils nous parlent, des nuances d’émotion et de pensée nous apparaissent qui pouvaient
être représentées en nous depuis longtemps, mais qui demeuraient invisibles : telle, l’image
photographique qui n’a pas encore été plongée dans le bain où elle se révèlera. Le poète est ce
révélateur. Mais nulle part la fonction de l’artiste ne se montre aussi clairement que dans celui des arts
qui fait la plus large place à l’imagination, je veux dire la peinture. Les grands peintres sont des
auxquels remonte une certaine vision des choses qui est devenue ou qui deviendra la vision de tous
les hommes.

Henri BERGSON, La pensée et le mouvant


28-Tout vouloir procède d’un besoin, c’est-à-dire d’une privation, c’est-à-dire d’une
souffrance. La satisfaction y met fin ; mais pour un désir qui est satisfait, dix au moins sont
contrariés ; de plus, le désir est long, et ses exigences tendent à l’infini ; la satisfaction est
courte, et elle est parcimonieusement mesurée. Mais ce contentement suprême n’est lui-même
qu’apparent ; le désir satisfait fait place aussitôt à un nouveau désir ; le premier est une
déception reconnue, le second est une déception non encore reconnue. La satisfaction d’aucun
souhait ne peut procurer de contentement durable et inaltérable. C’est comme l’aumône qu’on
jette à un mendiant : elle lui sauve aujourd’hui la vie pour prolonger sa misère jusqu’à demain.
– Tant que notre conscience est remplie par notre volonté, tant que nous sommes asservis à
l’impulsion du désir, aux espérances et aux craintes continuelles qu’il fait naître, tant que nous
sommes sujets du vouloir, il n’y a pour nous ni bonheur durable, ni repos. Poursuivre ou fuir,
craindre le malheur ou chercher la jouissance, c’est en réalité tout un ; l’inquiétude d’une
volonté toujours exigeante, sous quelque forme qu’elle se manifeste, emplit et trouble sans
cesse la conscience ; or sans repos le véritable bonheur est impossible. Ainsi le sujet du vouloir
ressembler à Ixion attaché sur une roue qui ne cesse de tourner, aux Danaïdes qui puisent
toujours pour emplir leur tonneau, à Tantale éternellement altéré.

Arthur SCHOPENHAUER, Le Monde comme volonté et comme représentation

29-Imagination. C’est cette partie dominante dans l’homme, cette maîtresse d’erreur et de
fausseté, et d’autant plus fourbe qu’elle ne l’est pas toujours ; car elle serait règle infaillible de
vérité, si elle l’était infaillible du mensonge. Mais, étant le plus souvent fausse, elle ne donne
aucune marque de sa qualité, marquant du même caractère le vrai et le faux. Je ne parle pas
des fous, je parle des plus sages ; et c’est parmi eux que l’imagination a le plus grand droit de
persuader les hommes. La raison a beau crier, elle ne peut mettre le prix aux choses. Cette
superbe puissance, ennemie de la raison, qui se plaît à la contrôler et à la dominer, pour montrer
combien elle peut en toutes choses, a établi dans l’homme une seconde nature. Elle a ses
heureux, ses malheureux, ses amis, ses malades, ses riches, ses pauvres ; elle fait croire, douter,
nier la raison ; elle suspend les sens, elle les fait sentir ; elle a ses fous et ses sages : et rien ne
nous dépite davantage que de voir qu’elle remplit ses hôtes d’une satisfaction bien autrement
pleine et entière que la raison. Les habiles par l’imagination se plaisent tout autrement à eux-
mêmes que les prudents ne se peuvent raisonnablement plaire. Ils regardent les gens avec
empire ; ils disputent avec hardiesse et confiance ; les autres, avec crainte et défiance : et cette
gaîté de visage leur donne souvent l’avantage dans l’opinion des écoutants, tant les sages
imaginaires ont de faveur auprès des juges de même nature. Elle ne peut rendre sage les fous ;
mais elle les rend heureux, à l’envie de la raison qui ne peut rendre ses amis que misérables,
l’une les couvrant de gloire, l’autre de honte.
Blaise PASCAL, Pensées, 104 (361), col. « La pléiade », Gallimard 1976, p.116
30-On dit communément que tous les hommes poursuivent le bonheur. Je dirais plutôt qu’ils
le désirent, et encore en paroles, d’après l’opinion d’autrui. Car le bonheur n’est pas quelque
chose que l’on poursuit, mais quelque chose que l’on a. Hors de cette possession il n’est qu’un
mot. Mais il est ordinaire que l’on attache beaucoup de prix aux objets et trop peu de prix à
soi. Aussi l’un voudrait se réjouir de cette richesse, l’autre de la musique, l’autre des sciences.
Mais c’est le commerçant qui aime la richesse, et le musicien la musique, et le savant la science
(…). En sorte qu’il n’est point de chose qui plaise, si on la reçoit, et qu’il n’en est presque
point qui ne plaise, si on la fait, même de donner et de recevoir des coups. Ainsi toutes les
peines peuvent faire partie du bonheur, si seulement on les cherche en vue d’une action réglée
et difficile, comme de dompter un cheval. Un jardin ne plaît pas, si on ne l’a pas fait. Une
femme ne plaît pas, si on ne l’a conquise. Même le pouvoir ennuie celui qui l’a reçu sans peine.
Le gymnaste a du bonheur à sauter, et le coureur à courir ; le spectateur n’a que du plaisir (…).
Chacun fait son bonheur.
ALAIN, Propos.

31-C’est dans les mots que nous pensons. Nous n’avons donc conscience de nos pensées,
nous n’avons des pensées déterminées et réelles que lorsque nous leur donnons la forme
objective, que nous les différencions de notre intériorité, et que par suite nous les remarquons
de la formes externe, mais d’une forme qui contient aussi le caractère de l’activité interne la
plus haute. C’est le son articulé, le mot, seul qui nous offre une existence où l’externe et
l’interne sont si intimement unis. Par conséquent, vouloir penser sans les mots, c’est une
tentative insensée. (...) Et il est également absurde de considérer, comme un désavantage et
comme un défaut de la pensée cette nécessité qui lie celle-ci au mot. On croit ordinairement,
il est vrai, que ce qu’il y a de plus haut c’est l’ineffable... Mais c’est là une opinion superficielle
et sans fondement ; car en réalité l’ineffable c’est la pensée obscure, la pensée à l’état de
fermentation, et qui ne devient claire que lorsqu’elle trouve le mot. Ainsi, le mot donne à la
pensée son existence la plus haute et la plus vraie.

Friedrich HEGEL, Encyclopédie des sciences philosophiques in, Philosophie de


l’histoire, trad. De A.Vera, Ed. Germer Ballère, 1897,ἅ 463, 1, p. 914
32-Que toute notre connaissance commence avec l’expérience, cela ne soulève aucun doute.
En effet, par quoi notre pouvoir de connaître pourrait-il être éveillé et mis en action, si ce n’est
par des objets qui frappent nos sens et qui, d’une part, produisent par eux-mêmes des
représentations et d’autre part, mettent en mouvement notre faculté intellectuelle, afin qu’elle
compare, lie ou sépare ces représentations, et travaille ainsi la matière brute des impressions
sensibles pour en tirer une connaissance des objets, celle qu’on nomme l’expérience ? Ainsi
chronologiquement, aucune connaissance ne précède en nous l’expérience et c’est avec elle
que toutes commencent. Mais si toute notre connaissance débute avec l’expérience, cela ne
prouve pas qu’elle dérive toute de l’expérience, car il se pourrait bien que même notre
connaissance par expérience fût un composé de ce que nous recevons des impressions sensibles
et de ce que notre propre pouvoir de connaître (simplement excité par des impressions
sensibles) produit de lui-même : addition que nous ne distinguons pas de la matière première
jusqu’à ce que notre attention y ait été portée par un long exercice qui nous ait appris à l’en
séparer.

Emmanuel KANT, Critique de la raison pure (1787) Introduction, Seconde édition,


trad. A. Tremesaygues et B. Pacaud, Ed. PUF, Coll. Quatrige, 4e éd., 1993, p.p. 31-33.

33-Quelle est la fonction primitive du langage ? C’est d’établir une communication en vue
d’une coopération. Le langage transmet des ordres ou des avertissements. Il prescrit ou il
décrit. Dans le premier cas, c’est l’appel à l’action immédiate ; dans le second, c’est le
signalement de la chose ou de quelqu’une de ses propriétés, en vue de l’action future. Mais,
dans un cas comme dans l’autre, la fonction est industrielle, commerciale, militaire, toujours
sociale. Les choses que le langage décrit ont été découpées dans le réel par la perception
humaine en vue du travail humain. Les propriétés qu’il signale sont les appels de la chose à
une activité humaine. Le mot sera donc le même, comme nous le disions, quand la démarche
suggérée sera la même, et notre esprit attribuera à des choses diverses la même propriété, se
les représentera de la même manière, les groupera enfin sous la même idée, partout où la
suggestion du même parti à tirer, de la même action à faire, suscitera le même mot. Telles sont
les origines du mot et de l’idée. L’un et l’autre ont sans doute évolué. Ils ne sont plus aussi
grossièrement utilitaires. Ils restent utilitaires cependant.
BERGSON, La Pensée et le mouvant
34-[L’art] nous procure (...) l’expérience de la vie réelle, nous transporte dans des situations
que notre expérience personnelle ne nous fait pas et ne nous fera peut-être jamais connaître :
les expériences des personnes qu’il représente, et, grâce à la part que nous prenons à ce qui
arrive à ces personnes, nous devenons capables de ressentir plus profondément ce qui se passe
en nous-mêmes. D’une façon générale, le but de l’art consiste à rendre accessible à l’intuition
ce qui existe dans l’esprit humain, la vérité que l’homme abrite dans son esprit, ce qui remue
la poitrine humaine et agite l’esprit humain. C’est ce que l’art a pour tâche de représenter, et il
le fait au moyen de l’apparence qui, comme telle, nous est indifférente, dès l’instant où elle
sert à éveiller en nous le sentiment et la conscience de quelque chose de plus élevé. C’est ainsi
que l’art renseigne l’homme sur l’humain, éveille des sentiments endormis, nous met en
présence des vrais intérêts de l’esprit. Nous voyons ainsi que l’art agit en remuant, dans leur
profondeur, leur richesse et leur variété, tous les sentiments qui s’agitent dans l’âme humaine,
et en intégrant dans le champ de notre expérience ce qui se passe dans les régions intimes de
cette âme. « Rien de ce qui est humain ne m’est étranger » : telle est la devise qu’on peut
appliquer à l’art.
HEGEL, Esthétique

35-La découverte de la vérité est tout à la fois difficile en un sens ; et, en un autre sens, elle
est facile. Ce qui prouve cette double assertion, c’est que personne ne peut atteindre
complètement le vrai et que personne non plus n’y échoue complètement, mais que chacun
apporte quelque chose à l’explication de la nature. Individuellement, ou l’on n’y contribue en
rien, ou l’on n’y contribue que pour peu de chose ; mais de tous les efforts réunis, il ne laisse
pas que de sortir un résultat considérable. Si donc il nous est permis de dire ici, comme dans
le proverbe : « Quel archer serait assez maladroit pour ne pas mettre sa flèche dans une porte
? » à ce point de vue, la recherche de la vérité n’offre point de difficulté sérieuse ; mais, d’autre
part, ce qui atteste combien cette recherche est difficile, c’est l’impossibilité absolue où nous
sommes, tout en connaissant un peu l’ensemble des choses, d’en connaître également bien le
détail. Peut-être aussi, la difficulté se présentant sous deux faces, il se peut fort bien que la
cause de notre embarras ne soit pas dans les choses elles-mêmes, mais qu’elle soit en nous. De
même que les oiseaux de nuit n’ont pas les yeux faits pour supporter l’éclat du jour, de même
l’intelligence de notre âme éprouve un pareil éblouissement devant les phénomènes qui sont
par leur nature les plus splendides entre tous.

ARISTOTE, Métaphysique
36-Plus on remonte dans le cours de l’histoire, plus l’individu, et par suite l’individu
producteur lui aussi, apparaît dans un état de dépendance, membre d’un ensemble plus grand
: cet état se manifeste d’abord de façon tout à fait naturelle dans la famille, et dans la famille
élargie jusqu’à former la tribu ; puis dans les différentes formes de la communauté issue de
l’opposition et de la fusion des tribus. Ce n’est qu’au XVIIIe siècle, dans la « société civile-
bourgeoise », que les différentes formes de l’interdépendance sociale se présentent à l’individu
comme un simple moyen de réaliser ses buts particuliers, comme une nécessité extérieure.
Mais l’époque qui engendre ce point de vue, celui de l’individu singulier singularisé, est
précisément celle où les rapports sociaux (et de ce point de vue universels) ont atteint le plus
grand développement qu’ils aient connu. L’homme est, au sens le plus littéral, un zôon
politikon, non seulement un animal sociable, mais un animal qui ne peut se constituer comme
individu singulier que dans la société. La production réalisée en dehors de la société par cet
individu singulier et singularisé — fait exceptionnel qui peut bien arriver à un civilisé
transporté par hasard dans un lieu désert et qui possède déjà en puissance les forces propres à
la société — est chose aussi absurde que le serait le développement du langage sans la présence
d’individus vivant et parlant ensemble.
MARX, Introduction à la Critique de l’économie politique

37-L’histoire est une connaissance, sans être une science, car nulle part elle ne connaît le
particulier par le moyen de l’universel, mais elle doit saisir immédiatement le fait individuel,
et, pour ainsi dire, elle est condamnée à ramper sur le terrain de l’expérience. Les sciences
réelles au contraire planent plus haut, grâce aux vastes notions qu’elles ont acquises, et qui leur
permettent de dominer le particulier, d’apercevoir, du moins dans de certaines limites, la
possibilité des choses comprises dans leur domaine, de se rassurer enfin aussi contre les
surprises de l’avenir. Les sciences, systèmes de concepts, ne parlent jamais que des genres ;
l’histoire ne traite que des individus. Elle serait donc une science des individus, ce qui implique
contradiction. Il s’ensuit encore que les sciences parlent toutes de ce qui est toujours, tandis
que l’histoire rapporte ce qui a été une seule fois et n’existe plus jamais ensuite. De plus, si
l’histoire s’occupe exclusivement du particulier et de l’individuel, qui, de sa nature, est
inépuisable, elle ne parviendra qu’à une demi connaissance toujours imparfaite.
SCHOPENHAUER, Le Monde comme volonté et comme représentation
38-Le bonheur est un état permanent qui ne semble pas fait ici-bas pour l’homme. Tout est
sur la terre dans un flux continuel qui ne permet à rien d’y prendre une forme constante. Tout
change autour de nous. Nous changeons nous-même et nul ne peut s’assurer qu’il aimera
demain ce qu’il aime aujourd’hui. Ainsi tous nos projets de félicité pour cette vie sont des
chimères. Profitons du contentement d’esprit quand il vient ; gardons-nous de l’éloigner par
notre faute, mais ne faisons pas des projets pour l’enchaîner, car ces projets-là sont de pures
folies. J’ai peu vu d’hommes heureux, peut-être point ; mais j’ai souvent vu des cœurs contents,
et de tous les objets qui m’ont frappé c’est celui qui m’a le plus contenté moi-même. Je crois
que c’est une suite naturelle du pouvoir des sensations sur mes sentiments internes. Le bonheur
n’a point d’enseigne extérieure (1) ; pour le connaître il faudrait lire dans le cœur de l’homme
heureux ; mais le contentement se lit dans les yeux, dans le maintien, dans l’accent, dans la
démarche et semble se communiquer à celui qui l’aperçoit.

ROUSSEAU, Rêveries du promeneur solitaire

39-Nous ne savons ce que c’est que bonheur ou malheur absolu. Tout est mêlé dans cette vie
; on n’y goûte aucun sentiment pur, on n’y reste pas deux moments dans le même état. Les
affections de nos âmes, ainsi que les modifications de nos corps sont dans un flux continuel.
Le bien et le mal nous sont communs à tous, mais en différentes mesures. Le plus heureux est
celui qui souffre le moins de peines ; le plus misérable est celui qui sent le moins de plaisirs.
Toujours plus de souffrances que de jouissances ; voilà la différence commune à tous. La
félicité de l’homme d’ici-bas n’est donc qu’un état négatif ; on doit la mesurer par la moindre
quantité de maux qu’il souffre. Tout sentiment de peine est inséparable du désir de s’en
délivrer ; toute idée de plaisir est inséparable du désir d’en jouir ; tout désir suppose privation,
et toutes les privations qu’on sent sont pénibles ; c’est donc dans la disproportion de nos désirs
et de nos facultés que consiste notre misère. Un être sensible dont les facultés égaleraient les
désirs serait un être absolument heureux. En quoi consiste donc la sagesse humaine ou la route
du vrai bonheur ? Ce n’est précisément pas à diminuer nos désirs ; car, s’ils étaient au-dessous
de notre puissance, une partie de nos facultés resterait oisive, et nous ne jouirions pas de tout
notre être. Ce n’est pas non plus à étendre nos facultés, car si nos désirs s’étendaient à la fois
en plus grand rapport, nous n’en deviendrions que plus misérables ; mais c’est à diminuer
l’excès des désirs sur les facultés, et à mettre en égalité parfaite la puissance et la volonté. C’est
alors seulement que, toutes les facultés étant en action, l’âme cependant restera paisible, et que
l’homme se trouvera bien ordonné.
ROUSSEAU, Emile ou de l’éducation
40-Un credo religieux diffère d’une théorie scientifique en ce qu’il prétend exprimer la vérité
éternelle et absolument certaine, tandis que la science garde un caractère provisoire : elle
s’attend à ce que des modifications de ses théories actuelles deviennent tôt ou tard nécessaires,
et se rend compte que sa méthode est logiquement incapable d’arriver à une démonstration
complète et définitive. Mais, dans une science évoluée, les changements nécessaires ne servent
généralement qu’à obtenir une exactitude légèrement plus grande ; les vieilles théories restent
utilisables quand il s’agit d’approximations grossières, mais ne suffisent plus quand une
observation plus minutieuse devient possible. En outre, les inventions techniques issues des
vieilles théories continuent à témoigner que celles-ci possédaient un certain degré de vérité
pratique, si l’on peut dire. La science nous incite donc à abandonner la recherche de la vérité
absolue, et à y substituer ce qu’on peut appeler la vérité « technique », qui est le propre de
toute théorie permettant de faire des inventions ou de prévoir l’avenir. La vérité « technique »
est une affaire de degré : une théorie est d’autant plus vraie qu’elle donne naissance à un plus
grand nombre d’inventions utiles et de prévisions exactes. La « connaissance » cesse d’être un
miroir mental de l’univers, pour devenir un simple instrument à manipuler la matière.
RUSSELL, Science et religion

41-Nous ne pouvons former aucun désir qui ne se réfère pas à la société. La parfaite solitude
est peut-être la plus grande punition que nous puissions souffrir. Tout plaisir est languissant
quand nous en jouissons hors de toute compagnie, et toute peine devient plus cruelle et plus
intolérable. Quelles que soient les autres passions qui nous animent, orgueil, ambition, avarice,
curiosité, désir de vengeance ou luxure, leur âme, le principe de toutes, c’est la sympathie ;
elles n’auraient aucune force, si nous devions les dégager entièrement des pensées et des
sentiments d’autrui. Faites que tous les pouvoirs et tous les éléments de la nature s’unissent
pour servir un seul homme et pour lui obéir : faites que le soleil se lève et se couche à son
commandement ; que la mer et les fleuves coulent à son gré ; que la terre lui fournisse
spontanément tout ce qui peut lui être utile ou agréable ; il sera toujours misérable tant que
vous ne lui aurez pas donné au moins une personne avec qui il puisse partager son bonheur et
de l’estime et de l’amitié de qui il puisse jouir.

HUME, Traité de la nature humaine

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