INTRODUCTION
À la fin de la seconde guerre mondiale en 1945, le monde est profondément
marqué par les destructions et les tensions idéologiqies deux grandes puissances
émergent : le bloc de l'Ouest dirigé par les Etats Unis et le bloc de l'Est dirigé par
l'Union Soviétique. Rapidement des rivalités s'installent entre ces deux pays marquant
le début de la guerre froide, qui s'étend approximativement de 1947 à 1991. Elle est
une période marquée par des tensions géopolitiques entre ces deux surperpuissances
chacun cherchant à étendre son influence mondial. Ce conflit sans affrontement direct
a vu la formation de deux blocs distincts chacun, chacun avec ses propres alliances,
idéologies et objectifs. Cet exposé se penchera sur les circonstances qui ont conduit à
cette division et sur les implications pour le monde entier.
I. Contexte de la formation des blocs
1. La fin de la Seconde Guerre mondiale (1945)
Une Europe détruite : Les combats, les bombardements, et les massacres ont laissé
l’Europe en ruines. Des millions de morts, des villes rasées, des économies à terre.
Deux vainqueurs principaux : Les États-Unis et l’URSS sortent renforcés de la guerre
:
Les États-Unis n’ont pas subi la guerre sur leur sol, leur économie est florissante, et
ils possèdent l’arme atomique depuis 1945.
L’URSS a perdu environ 25 millions de personnes, mais a aussi étendu son influence
sur une grande partie de l’Europe de l’Est après avoir repoussé l’Allemagne nazie.
2. Une opposition idéologique profonde
Dès la fin de la guerre, les divergences de visions entre les deux puissances
deviennent visibles :
Les États-Unis défendent une société libérale et capitaliste :
Élections libres, respect des droits de l’homme, économie de marché, propriété privée.
L’URSS, de son côté, prône une société communiste :
Parti unique, suppression de la propriété privée des moyens de production, économie
planifiée, absence de libertés politiques.
Ces visions sont incompatibles, car chacune des deux superpuissances considère que
son système est le seul légitime et cherche à l’imposer.
3. Une alliance de circonstance qui vole en éclats
Pendant la guerre, les États-Unis, l’URSS et le Royaume-Uni ont formé une "grande
alliance" pour vaincre l’Allemagne nazie. Mais cette alliance était fragile.
Dès la fin de la guerre, des désaccords apparaissent, notamment :
Le sort de l’Allemagne : l’URSS veut la maintenir faible et réclame des réparations,
alors que les États-Unis veulent sa reconstruction.
Le sort des pays d’Europe de l’Est : l’URSS installe des gouvernements communistes
(Pologne, Hongrie, Roumanie…), ce que l’Ouest perçoit comme une expansion de
l’influence soviétique.
Lors des conférences de Yalta (février 1945) et Potsdam (juillet 1945), les tensions
sont déjà fortes. Même s’ils arrivent à quelques accords, la méfiance domine.
4. Une montée progressive des tensions
En 1946, Winston Churchill prononce un discours célèbre à Fulton, où il déclare que
"un rideau de fer s’est abattu sur l’Europe" : c’est une alerte sur la division qui
s’installe entre l’Est et l’Ouest.
En 1947, le président américain Harry Truman annonce la "doctrine Truman" : il faut
contenir l’expansion du communisme, ce qui marque officiellement le début de la
politique de l’endiguement (containment).
En réponse, l’URSS réagit avec la doctrine Jdanov, qui divise le monde en deux
camps : le camp impérialiste (les États-Unis et leurs alliés) et le camp anti-
impérialiste (l’URSS et les pays communistes).
II. La formation du bloc de l’Ouest (capitaliste)
1. Dirigé par les États-Unis
Les États-Unis prennent le leadership du monde occidental après 1945 :
Leur puissance économique, militaire (notamment nucléaire) et politique leur permet
d’imposer leur modèle.
Ils se présentent comme les défenseurs de la liberté, de la démocratie et du
capitalisme.
Leur objectif est clair : empêcher l’expansion du communisme, qu’ils considèrent
comme une menace mondiale.
2. Le plan Marshall (1947)
Annoncé en juin 1947 par le secrétaire d’État américain George Marshall, ce plan
propose une aide financière massive pour reconstruire les pays européens.
Objectif double :
Humanitaire : relancer l’économie européenne, éviter la misère.
Politique : éviter que la pauvreté ne pousse les populations à se tourner vers le
communisme.
16 pays d’Europe de l’Ouest acceptent cette aide. L’URSS et les pays d’Europe de
l’Est la refusent sous pression de Moscou.
Résultat : le plan Marshall renforce les liens entre les États-Unis et l’Europe
occidentale, et contribue à l’opposition entre les deux blocs.
3. La création de l’OTAN (1949)
En réponse à la montée des tensions, les États-Unis et leurs alliés créent
l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) en avril 1949.
Il s’agit d’une alliance militaire défensive :
Si un des pays membres est attaqué, les autres doivent venir à son secours.
Membres fondateurs : États-Unis, Canada, France, Royaume-Uni, Italie, Belgique,
Pays-Bas, Luxembourg, Norvège, Danemark, Islande, et plus tard d’autres pays
européens.
L’OTAN symbolise l’union militaire des pays du bloc de l’Ouest face au "péril rouge"
(communiste).
4. Un modèle politique et économique occidental
Le bloc de l’Ouest repose sur un certain nombre de valeurs et principes communs :
Liberté d’expression, pluralisme politique, élections libres.
Économie de marché, fondée sur la libre entreprise, la propriété privée, et la
concurrence.
Les États-Unis soutiennent également des régimes non-démocratiques tant qu’ils sont
anticommunistes (ex : dictatures militaires en Amérique latine ou en Asie).
Ce bloc cherche aussi à promouvoir la culture américaine (cinéma, mode de vie,
musique), ce qui participe à l'influence croissante des États-Unis dans le monde.
III. La formation du bloc de l’Est (communiste)
1. Dirigé par l’URSS
L’URSS sort victorieuse de la Seconde Guerre mondiale, mais avec d’immenses
pertes humaines et matérielles.
Pour se protéger d’une nouvelle invasion (comme celle de l’Allemagne en 1941),
Staline veut créer un "glacis de sécurité" : une zone tampon composée de pays alliés,
soumis à son contrôle, à l’Est de l’Europe.
Dès 1945, l’Armée rouge reste stationnée dans plusieurs pays d’Europe centrale et
orientale "libérés" du nazisme, et y installe des régimes communistes pro-soviétiques.
2. La mainmise sur l’Europe de l’Est
Entre 1945 et 1948, l’URSS impose des régimes communistes en :
Pologne, Tchécoslovaquie, Hongrie, Roumanie, Bulgarie, Albanie, Yougoslavie
(jusqu’à sa rupture avec Moscou en 1948).
On appelle cela la "soviétisation" :
Élimination des partis d’opposition, mise en place de dictatures communistes.
Censure, propagande, police politique (KGB, Securitate…).
Économie planifiée et nationalisation des entreprises.
Ces pays deviennent les "démocraties populaires", mais en réalité ce sont des
dictatures sous contrôle de Moscou.
3. La République Démocratique Allemande (RDA)
L’Allemagne, vaincue, est divisée en quatre zones d’occupation (américaine,
britannique, française, soviétique).
En 1949, après la création de la République Fédérale d’Allemagne (RFA) à l’Ouest,
l’URSS réplique en créant la RDA, à l’Est.
Berlin est aussi divisée : Berlin-Ouest (alliée au bloc de l’Ouest) et Berlin-Est
(capitale de la RDA).
La division de l’Allemagne symbolise la coupure de l’Europe en deux blocs.
4. Les organisations du bloc de l’Est
Pour organiser son camp, l’URSS met en place deux structures majeures :
a. Le Kominform (1947) :
Bureau d’information des partis communistes.
Il permet à l’URSS de coordonner les partis communistes européens et d’imposer la
ligne soviétique.
Sert aussi à exclure les partis jugés trop indépendants (ex : Tito en Yougoslavie).
b. Le Comecon (1949) :
Conseil d’assistance économique mutuelle.
Organise la coopération économique entre pays communistes (contrepartie du plan
Marshall).
En réalité, il renforce la dépendance des pays de l’Est vis-à-vis de l’économie
soviétique.
5. Le pacte de Varsovie (1955)
Créé en réponse à l’OTAN, ce pacte est une alliance militaire des pays du bloc de
l’Est, dirigée par l’URSS.
Membres : URSS, RDA, Pologne, Tchécoslovaquie, Hongrie, Roumanie, Bulgarie,
Albanie (jusqu’en 1968).
Objectif : mutuelle assistance militaire en cas d’agression, mais aussi moyen pour
l’URSS de contrôler ses alliés.
L’URSS s’en sert pour intervenir militairement contre les révoltes internes (ex :
Budapest 1956, Prague 1968).
IV. Le monde divisé en deux
1. Le "rideau de fer"
En mars 1946, l’ancien Premier ministre britannique Winston Churchill utilise
l’expression célèbre :
"Un rideau de fer est descendu à travers le continent."
Cette image symbolise la division de l’Europe en deux zones d’influence :
À l’Ouest : les démocraties libérales alliées aux États-Unis.
À l’Est : les régimes communistes sous domination soviétique.
Cette coupure est physique, politique et idéologique. Elle va structurer la géopolitique
mondiale pendant toute la Guerre froide.
2. Des crises marquantes entre les blocs
Même si les États-Unis et l’URSS ne s’affrontent pas directement, les tensions se
manifestent à travers des crises graves :
a. Le blocus de Berlin (1948-1949)
Staline tente de bloquer les accès à Berlin-Ouest pour forcer les Alliés à quitter la
ville.
Réponse des Occidentaux : un pont aérien massif pour ravitailler la ville.
Le blocus échoue, et cela renforce la division Est-Ouest.
b. La guerre de Corée (1950-1953)
Le Nord communiste (soutenu par l’URSS et la Chine) attaque le Sud (soutenu par les
États-Unis).
C’est le premier conflit armé indirect de la Guerre froide.
La guerre se termine sans vainqueur, mais elle montre que la rivalité des blocs s’étend
au-delà de l’Europe.
c. La construction du mur de Berlin (1961)
Entre 1949 et 1961, 3 millions d’Allemands de l’Est fuient vers l’Ouest via Berlin.
Pour stopper cet exode, l’URSS fait construire un mur entre Berlin-Est et Berlin-
Ouest.
Le mur de Berlin devient le symbole de la division du monde en deux blocs hostiles.
3. Une rivalité planétaire
La guerre froide ne se limite pas à l’Europe. Elle s’étend :
En Asie (Chine, Vietnam, Afghanistan).
En Afrique et en Amérique latine, où chaque superpuissance soutient des régimes ou
des guérillas alliés à sa cause.
La guerre froide est aussi une guerre d’influence idéologique, culturelle, scientifique
et technologique :
Course à l’espace : Spoutnik (1957) pour l’URSS, puis Apollo 11 (1969) pour les
USA.
Propagande : chaque camp vante son modèle de société.
Compétition dans les arts, le sport, le cinéma, etc.
4. Des conséquences durables
Le monde est bipolaire : chaque pays est contraint de choisir un camp, ou au moins de
s’aligner politiquement.
Certains pays essaient de rester en dehors de cette logique : c’est le mouvement des
non-alignés, né dans les années 1950.
Cette division du monde en deux blocs durera jusqu’à la fin de la guerre froide, avec
la chute du mur de Berlin (1989) et l’effondrement de l’URSS (1991).
CONCLUSION
Entre 1945 et 1949, deux blocs opposés se forment autour des États-Unis et de
l’URSS, entraînant le monde dans une confrontation durable, sans affrontement direct
mais avec des tensions permanentes. Cette division du monde, marquée par des
alliances militaires, des crises internationales et une rivalité idéologique profonde,
caractérise l’ensemble de la Guerre froide.