Introduction
La période moderne en philosophie (XVIᵉ – XVIIIᵉ siècle) marque une rupture avec la pensée médiévale
et une transition vers la rationalité scientifique et l’autonomie de la raison. Trois grands courants
dominent cette époque : le rationalisme de Descartes, qui fonde la connaissance sur la raison pure ;
l’empirisme de Locke, qui l’ancre dans l’expérience sensible ; et le criticisme de Kant, qui tente de
dépasser cette opposition. Nous analyserons successivement ces trois approches fondamentales de la
philosophie moderne.
1. Le rationalisme de René Descartes
René Descartes (1596-1650) est le fondateur du rationalisme moderne. Sa méthode repose sur :
- Le doute méthodique : Pour atteindre une vérité indubitable, il remet en doute toutes ses croyances
(Méditations métaphysiques).
- Le Cogito: La première certitude est "Je pense, donc je suis" (Discours de la méthode), fondant la
connaissance sur la conscience de soi.
- Les idées innées : Certaines vérités (comme l’idée de Dieu ou des mathématiques) sont indépendantes
de l’expérience.
- Le dualisme : Distinction radicale entre l’âme (res cogitans) et le corps (res extensa).
Descartes influence profondément la philosophie en plaçant la raison au centre de la pensée.
2. L’empirisme de John Locke
John Locke (1632-1704) s’oppose au rationalisme en défendant l’empirisme :
- La tabula rasa : L’esprit est une "tablette vide" à la naissance ; toute connaissance vient de l’expérience
(Essai sur l’entendement humain).
- Les idées simples et complexes :
- Les idées simples proviennent des sens (ex : couleur, chaleur).
- Les idées complexes sont des combinaisons de ces perceptions (ex : l’idée de "liberté").
- Critique des idées innées : Locke rejette l’idée de principes universels préexistants.
- Libéralisme politique : Dans le Second Traité du gouvernement civil, il défend les droits naturels (vie,
liberté, propriété) et la limitation du pouvoir de l’État.
Locke ouvre la voie à l’empirisme britannique (Berkeley, Hume) et influence les Lumières.
3. Le criticisme d’Emmanuel Kant
Emmanuel Kant (1724-1804) propose une synthèse entre rationalisme et empirisme dans la Critique de
la raison pure :
- La révolution copernicienne : Ce n’est pas l’esprit qui se conforme aux objets, mais les objets qui se
conforment aux structures de l’esprit.
- Les jugements synthétiques a priori : Certaines vérités (comme les mathématiques) sont à la fois
universelles (a priori) et enrichissantes (synthétiques).
- Les limites de la raison : La métaphysique dépasse les possibilités de la connaissance humaine (critique
des preuves de l’existence de Dieu).
- L’éthique kantienne (dans la Critique de la raison pratique) : La morale repose sur l’impératif
catégorique ("Agis uniquement d’après la maxime qui peut en même temps être érigée en loi
universelle").
Kant marque la fin de la philosophie moderne et annonce l’idéalisme allemand (Hegel, Fichte).
Conclusion
La période moderne en philosophie est marquée par trois approches majeures : le rationalisme
(Descartes), l’empirisme (Locke) et le criticisme (Kant). Descartes fonde la connaissance sur la raison
pure, Locke la fait dépendre de l’expérience, et Kant dépasse cette opposition en montrant que la
connaissance résulte de l’interaction entre les structures de l’esprit et le monde sensible. Ces trois
penseurs ont profondément influencé la philosophie, la science et la politique, jetant les bases de la
pensée contemporaine.