La Place
La Place
TRANSFORMATION DE LAPLACE
Ce chapitre présente une méthode (un outil mathématique) très utile et très puissant pour
l'analyse comportementale des circuits électriques dans les domaines temporel et fréquentiel.
Sommaire
I. INTRODUCTION
I. INTRODUCTION
La transformation de Laplace joue un rôle important dans l’analyse de plusieurs systèmes
dans divers domaines aussi variés que l'électricité, la mécanique, l'électromécanique, l'automatique,
les systèmes de commande ... etc.
Pierre Simon LAPLACE (1749-1827) fut un immense physicien français qui sut maîtriser
l'outil mathématique pour le mettre au service de la technologie. Il nous a légué cette précieuse
méthode particulièrement élégante pour la résolution des équations différentielles, notamment
d'ordre élevé. Elle est aussi particulièrement pertinente pour l'étude temporelle et fréquentielle
(analyse et synthèse) de diverse sortes de processus où elle est très utilisée, entre autres, à exprimer
des fonctions de transfert, des réponses importantes telles que la réponse indicielle, la réponse
impulsionnelle, ... .
Selon les auteurs et les périodes, la méthodologie due à Laplace a porté des noms différents :
calcul opérationnel, analyse de Laplace, calcul symbolique, analyse harmonique.
II.2 Définition :
La transformée de Laplace (T.L) d'une fonction f (t ) causale est définie par :
L f (t ) F ( p ) f (t ) e pt dt .
0
III.2 Linéarité :
Si F1 ( p ) et F2 ( p ) sont les transformées de Laplace de f 1 (t ) et f 2 (t ) , alors :
III.2 Dérivation :
d 2 f (t )
T.L
df (t )
p .F ( p ) f (0) ; T.L p 2F ( p ) pf (0) f (0) ;
dt
2
dt
d 3f (t )
T.L 3 p 3F ( p ) p 2f (0) pf (0) f (0) ;
dt
…
d n f (t ) ( n 1)
T.L n p n F ( p ) p n 1 f (0) p n 2 f (0) p n 3 f (0) p n 4 f (0) f (0).
dt
III.3 Intégration :
t 1 1
t
T.L f ( )d F ( p ) f ( )d .
0 p p 0 t 0
Remarques :
t t 1
Généralement f ( )d 0 T.L f ( )d F ( p ) .
0 t 0 0 p
L'intégration dans le domaine temporel correspond à la division par p dans le
domaine de Laplace (domaine fréquentiel).
0
T.L f (t ) F ( p ) e p
avec f (t ) 0 pour t
F ( p ) T.L f (t )
t
T.L f a F (ap ) ou T.L f at F où a 0 et F ( p ) T .L f (t ) .
1 p
a a a
T.L-1 F1 ( p ) F2 ( p ) f 1 (t ) f 2 (t ) .
t t
avec f 1 (t ) f 2 (t ) f 1 ( ) f 2 (t )d f 2 ( ) f 1 (t )d
0 0
ou bien T.L f 1 (t ) f 2 (t ) F1 ( p ) F2 ( p ) .
N. B. : Attention !
T.L f 1 (t ) f 2 (t ) T.L f 1 (t ) T.L f 2 (t ) et T.L-1 F1 ( p ) F2 ( p ) f 1 (t ) f 2 (t ) .
T.L f T (t ) FT ( p )
T.L f (t )
1 e p T 1 e p T
où f (t ) est une fonction périodique et f T (t ) est la fonction f (t ) sur une période T .
Dans le tableau ci-dessous, les transformées de Laplace des signaux fondamentaux sont
données. Les signaux représentés dans ce tableau sont des exemples de signaux causals (ou
causaux). Ils sont dits fondamentaux, typiques ou canoniques car ils sont utilisés pour l’analyse
comportementale des circuits électriques et des systèmes en général.
Dans le tableau ci-dessous, les transformées de Laplace des fonctions les plus usuelles sont
présentées.
f(t)
T.L
F(p)
-1
T.L
(t ) : Impulsion de Dirac 1
1
u (t ) : Échelon unitaire
p
1
t : Rampe unitaire
p2
t2 1
: Échelon d'accélération unitaire
2 p3
tn 1 n!
▌ tn n 1
▌
n! p p n 1
1
e t
p
1
1 e
1 t
p(p )
1
te t
( p )2
tn 1
e t
n! ( p ) n 1
d nF (p)
t n f (t ) (1) n
dp n
1
e t
e t avec 1
( p )( p )
Sin t
p 2
2
p
Cos t
p 2
2
e t sin t : sinusoïde amortie ( 0 )
( p )2 2
p
e t cos t : cosinusoïde amortie ( 0 )
( p )2 2
e t e t
Sh t : sinus hyperbolique p 2
2
2
e t e t p
Ch t : cosinus hyperbolique
2 p 2
2
Exercices d'application :
f (t )
A
0 B C D t
2. f (t ) t 2 sin(t ) .
d 2 f (t )
Exercice 3 : Sans avoir recours à la T.L-1, trouver la valeur initiale de sachant que
dt 2
2p 1
F (p) .
p 2 p 1
N m (p)
Soit à décomposer la fraction rationnelle polynomiale F ( p ) avec m : degré
Dn ( p )
du polynôme numérateur et n : degré du polynôme dénominateur. On supposera que m n .
D n ( p ) ayant des racines pouvant être distinctes et/ou multiples, deux cas se présentent :
A. Racines distinctes :
Pour D n ( p ) ayant des racines distinctes r1 , r2 , …, rn , on a :
N m (p) K1 K2 Ki Kn
(*)
D n ( p ) p r1 p r2 p ri p rn
Pour déterminer les K i , on multiplie les deux parties de (*) par p ri :
N m p ri p ri p ri N
p ri K1 K2 Ki K n d’où K i lim p ri m .
Dn p r1 p r2 p rn p ri
Dn
N m (p) 5p 8 K1 K
Exemple : F ( p ) 2 2
Dn ( p ) p 3p 2 p 2 p 1
5p 8 5p 8
K 1 lim p 2 lim 2
p 2
p 2 p 1 p 2 p 1 N m (p) 2 3
F (p)
5p 8 5p 8 Dn ( p ) p 2 p 1
K 2 lim p 1 lim 3
p 1
p 2 p 1 p 1 p 2
1
T.L
f (t ) 2 e 2t 3 e t .
B. Racines multiples :
Supposons que D n ( p ) a, parmi ses racines, une racine multiple d’ordre (de multiplicité) q .
D n ( p ) s’écrit alors : D n ( p ) p r p r1 p r2
q
p rn q ce qui donne donc :
Nm Cq C q 1 C1 K1 K2 K n q
avec :
D n p r q p r q 1 p r p r1 p r2 p rn q
q D
C q lim p r . m ;
p r
Dn
1 d q Dm 1 dk q Dm
C q 1 lim p r . … C lim p r . D .
D n
; ; q k k
p r 1! dp
p r
k ! dp n
N m (p) 1 C2 C K1
Exemple : F ( p ) 1 . On a q 2 , d’où :
D n ( p ) p 1 p 2 p 1
2 2
p 1 p 2
1 1
C 2 lim p 1 . 1,
2
p 1 p 2 p 2 p 1
p 1 2
1 d 1 1
C 1 lim p 1 . 1 ,
2
p 1 1! dp
p 1 p 2 p 2 2 p 1
2
1 1
K 1 lim p 2 2
1,
p 1 p 2 p 1 p 2
p 2 2
1 1 1 T.L1
F (p) f (t ) t e t e t e 2t .
p 1 p 1 p 2
2
Remarques importantes :
Nm
Pour décomposer la fraction rationnelle avec m n , on procède par division euclidienne.
Dn
p3 5p 2 9 p 7 p 3
Exemple : F ( p ) p 2
p 3p 2
2
p 1 p 2
Si parmi les racines du dénominateur, on a des paires complexes conjuguées, alors, il est plus
convenable (recommandé) d'éviter de décomposer en fractions simples, mais de décomposer en
une somme de T.L de fonctions "sinus amorti" et/ou "cosinus amorti".
A B
F (p)
p 1 2 j p 1 2 j
2 p 12
Exemple : F ( p )
p2 2p 5 2 p 12 2 p 1
F (p) 5 2
p 1 p 1 p 1
2 2 2
22 22 22
T.L (sinus amorti) T.L (cosinus amorti)
Exercice d'application :
C'est une méthode générale valable simultanément pour les racines distinctes et
multiples.
Dans le cas de la T.L, cette exigence est contournée car les C.I sont automatiquement
incluses dans la T.L de l’E.D. Si toute les C.I sont nulles, alors, la T.L de l’E.D est simplement
d d2
obtenue en remplaçant par p , 2
par p 2 et ainsi de suite.
dt dt
1. Prendre la T.L de chaque terme de l’E.D, convertir l’E.D en une équation algébrique en p et
T.L ( )
p 2 Y ( p ) p y (0) y (0) 3 p Y ( p ) y (0) 2 Y ( p ) 0
p Y ( p ) a p b 3 p Y ( p ) a 2 Y ( p ) 0
2
p 2 3p 2 Y ( p ) ap b 3a
ap b 3a 2a b a b T.L1 2a b a b
Y (p) y (t ) T .L 1 T .L 1
p 2 3p 2 p 1 p 2 p 1 p 2
Il faut noter que les C.I a et b apparaissent dans la solution. y (t ) n’a pas de constantes
indéterminées.
y (0) 0
Exemple 2 : Soit à résoudre l’E.D y 2 y 5y 3 ( ) avec .
y (0) 0
On appelle réponse permanente ou réponse statique la partie de la réponse totale qui ne tend pas
vers zéro quand le temps tend vers l’infini. On parle aussi de régime permanent.
3 1
Exemple : Soit l'expression suivante représentant la réponse d'un système : y (t ) e 2t 2e t .
2 2
3 1
On a alors : réponse transitoire y tr (t ) e 2t 2e t & réponse permanente y pr (t ) .
2 2
L'application de la T.L dans l'analyse des circuits électriques est illustrée par la figure
ci-dessous.
DOMAINE DOMAINE
TEMPOREL FRÉQUENTIEL
Circuit
Circuit électrique Transformation de Laplace
transformé
Lois et Théorèmes
Lois et Théorèmes
Équations Équations
Transformation de Laplace
différentielles algébriques
Résolution
Résolution
Pour l'application de la méthode d'analyse par la T.L, trois approches peuvent être
dégagées selon les cas étudiés :
Dans ce cas, le circuit électrique est soumis à une entrée harmonique (sinusoïdale)
de la forme générale u (t ) U .sin(t ) et produit une réponse dite harmonique ou fréquentielle.
Exemple d'application :
v e (t ) : entrée et v s (t ) : sortie.
Variante 1 Variante 2
1) Établir l’E.D donnant la variation de q (t ) . 1) Déterminer la F.T F ( p ) .
2) Déterminer q (t ) sachant que v e (t ) E u (t ) . 2) Déterminer la réponse du circuit lorsque
V e (t ) e t .
Exercices d'application
Exercice 1 :
𝑦(𝑡)
Soit le circuit électrique ci-contre. La capacité C possède une
tension initiale v c0 1 volt . 𝐶 = 1𝐹
+
𝑥(𝑡) 𝑅 = 1Ω
Déterminer la réponse y (t ) au signal d’entrée causal
2t pour t 5
x (t ) .
10 ailleurs
Exercice 2 :
𝑖(𝑡)
Soit le circuit électrique ci-contre. Les capacités C1 et C 2
𝐶1
sont initialement déchargées. +
𝑣𝑒 (𝑡) 𝑅 𝐶2 𝑣𝑠 (𝑡)
v e (t ) E u (t ) : entrée
2) Déterminer la réponse v s (t ) .
ANNEXE A1
u df (t ) dt u f (t )
df (t ) df (t ) pt
T.L
dt 0 dt
e dt intégration par parties : dt
v e pt v p e pt
u v =u v u v T.L df (t ) f (t ) e pt f (t ) p e pt dt
dt 0
0
T.L
df (t )
f (0) p f (t ) e pt dt p F ( p ) f (0) : C.Q.F.D.
dt 0
F (p)
ANNEXE A2
t
t 1 1
On pose g (t ) f ( )d T.L f ( )d .F ( p ) g (0)
0 0 p p
1 1
T.L g (t ) g (t ) e dt g (t ) e pt f (t ) e pt
pt
dt
0 u v p 0 0 p
1
t
dt g (0) F ( p ) f ( )d .F ( p ) .
1 1 1 1 1
g (0) f (t ) e pt
p p 0 p t p p 0 t 0 p
f ( )d
0
F (p)
t 0
ANNEXE A3
T.L f (t T ) f (t T ) e pt dt I . Posons t t T dt dt . On a alors :
0
p t T
I f (t ) e dt f (t ) e pt e pT dt e pT f (t ) e pt dt e pT F ( p ) .
0 0 0
F (p)
ANNEXE A4
f (t ) f T (t ) pour 0 t T .
f (t ) f T (t ) f T (t T ) f T (t 2T ) f T (t nT )
T.L
F ( p ) FT ( p ) FT ( p ) e Tp FT ( p ) e 2Tp FT ( p ) e nTp
1 r n 1 1 e Tp n 1
1 0 1 1
Rappel : S U 0 S 1 1 1
1 r 1 e Tp 1e Tp
1e Tp
1 e Tp
n
1 F (p)
F ( p ) FT ( p ) Tp
T Tp
1e 1e
ANNEXE B
Méthode des Résidus
N m (p)
La transformée inverse d'une fraction rationnelle F ( p ) ayant des pôles
Dn ( p )
1 d r 1 pt
r 1 p p i F ( p ) e
r
avec i ; r : multiplicité du pôle pi .
r 1! dp p p
i
1
Exemple d'application : F ( p ) f (t ) ?
p 1 p 2
2
p 2 : pôle simple r 1
p 1 p 2 0
2
1
p2 1 : pôle double r 2
f (t ) 1 2
Résidu au pôle p1 2 :
1 d 11 1
pt 1
1 11 p 2 1
e e pt e 2t .
1 1! dp p 1 p 2
2
p 2 p 1
2
p 2
Résidu au pôle p2 1 :
1 d 21 1
pt d 1
2 21 p 1
e e pt e t t e t .
2
2 1! dp p 1 p 2 dp p 2
p 1 p 1
2
f (t ) e 2t e t t e t .
ANNEXE C
Méthode fréquentielle : "Circuit initial Circuit transformé"
On procède par application de la T.L au circuit électrique initial
("transformation schématique") ce qui permet d'obtenir le "circuit transformé".
Le "circuit transformé" sera composé d'éléments passifs transformés
("impédances symboliques") et de sources transformées obtenus par l'application de la T.L.
On peut également transformer les lois (Kirchhoff, diviseurs, ...) et les
théorèmes (Thévenin, ...) du domaine temporel en leurs équivalents dans le domaine fréquentiel.
R : u R (t ) R i R (t ) R
L : u L (t ) L L
di (t )
Lp
dt
1
t
1
C : uC (t ) i C ( ) d
C 0 C p
K K
Source d'alimentation : v e K ou i e K Ve ou I e
p p
Étape 1 : Transformer le circuit dans le domaine opérationnel en remplaçant les éléments passifs
par leurs impédances et les sources par leurs transformées.
Étape 2 : Établir les équations d'équilibre du circuit transformé en utilisant les méthodes
habituelles (lois et théorèmes). Les équations obtenues seront des équations algébriques.
Étape 3 : Résoudre les équations d'équilibre du circuit transformé et déterminer la réponse
recherchée dans le domaine opérationnel.
Étape 4 : Effectuer la transformation de Laplace inverse de la réponse déterminée dans le
domaine opérationnel pour l'exprimer dans le domaine temporel.
Exemple illustratif :
Pour le circuit électrique suivant, on cherche à déterminer le courant i X dans la
résistance 250 se trouvant entre les nœuds a et b de potentiels respectifs v a et v b .
v s 120 u (t ) est la source de tension.
Remarque sur le schéma : Comme déjà précisé (voir page 2, paragraphe II.2), la lettre s est parfois
2.4 103
I X (s ) .
1.2 104 s 2 0.057 s 7
2.4 103 1
I X (s ) T.L
i X (t ) 0.4556 sin 43.9t .
1.2 104 s 2 0.057 s 7
ANNEXE D
Même démarche que pour le cas précédent sauf qu'il faudra tenir en compte des C.I non nulles dans
les transformations opérées.
L : v L (t ) L L v L (0)
di (t )
L p en série avec une source de courant L I L (0)
dt
1
t
1 V (0)
C : v C (t ) i C ( ) d v C (0) en série avec une source de tension C
C 0 C p p
Exemple illustratif :