Cours
Cours
Contenu
A. Sous-variétés
1. Rappels : Fonctions implicites, inversion locale. Submersions, immersions.
2. Sous-variétés.
3. Paramétrages, cartes. Espace tangent.
4. Calcul différentiel sur des sous-variétés.
B. Équations différentielles
5. Équations différentielles autonomes de dimension un. Lemme de comparaison, unicité. Équa-
tions différentielles linéaires.
6. Théorème de Cauchy-Lipschitz. Continuité et différentiabilité en fonction des solutions ini-
tiales.
7. Complétude, orbites périodiques, intégrales premières, fonctions de Liapounov.
8. Étude des points singuliers en dimension deux.
Bibliographie
V.I. Arnold, Équations différentielles ordinaires
M. Berger et B. Gostiaux, Géométrie différentielle : variétés, courbes, surfaces
M. Chaperon, Géométrie différentielle et singularités de systèmes dynamiques, Astérisque 138-
139, 1986, Soc Math France.
M. Demazure, Catastrophes et bifurcations
J. Dieudonné, Éléments d’analyse, tomes 1 et 3
Do Carmo, Differential geometry of curves and surfaces
J. Lafontaine, Introduction aux variétés différentiables
F. Laudenbach, Calcul différentiel et intégral
J. Milnor, Topology from the differentiable viewpoint
1
1. Rappels : Fonctions implicites, inversion locale.
Submersions, immersions.
C’est pour avoir la seconde égalité qu’on a multiplié par D2 F (x0 , y0 )−1 . Par continuité de D2 g, il
1
existe r0 et s > 0 tels que B 0 (x0 , r0 ) × B 0 (y0 , s) est contenu dans U et ||D1 g|| ≤ sur B 0 (x0 , r) ×
2
B 0 (y0 , s). On peut aussi supposer que ||D1 F || est borné sur B 0 (x0 , r0 ), disons ||D1 F || ≤ M1 .
1 1
Pour x ∈ B 0 (x0 , r0 ), on a ||Dgx || = ||D1 g|| ≤ , donc Lip(gx ) ≤ par l’inégalité des ac-
2 0
2
croissements finis. Soit r ≤ r0 , et soit x ∈ B(x0 , r). Si y ∈ B (y0 , s), on a
||gx (y) − y0 || ≤ ||gx (y) − gx (y0 )|| + ||gx (y0 ) − gx (y0 )||
1
≤ ||y − y0 || + ||F (x, y0 ) − F (x, y0 )||.
2
s
< + M1 r.
2
2
s
Si r = min(r0 , ), ceci est ≤ s, d’où gx (B 0 (y0 , s)) ⊂ B(y0 , s).
2M1
Comme toute boule fermée d’un Banach est complète, le théorème de point fixe s’applique à
g : B(x0 , r) × B 0 (y0 , s) : gx a un unique point fixe f (x), et f est continue de B(x0 , r) dans B 0 (y0 , s).
De plus, f est à valeurs dans B(y0 , s) et vérifie f (x0 ) = y0 par unicité.
Si l’on pose U1 = B(x0 , r) et U2 = B(y0 , s), (∗) est vérifié par construction, ce qui achève la
preuve de (i).
(ii) L’application x 7→ D2 F (x, f (x)) ∈ L(E2 , G) est continue, et sa valeur en x0 appartient à
l’ouvert Isom(E2 , G). Donc, quitte à diminuer U1 , D2 F (x, f (x)) est continûment inversible.
Soient x ∈ U1 fixé et h ∈ E tendant vers 0. Puisque F est de classe C 1 et f est continue, on a
1
Le membre de gauche a une norme ≥ ||f (x + h) − f (x))|| pour h assez petit, celui de droite est
2
O(||h||). Donc f (x + h) − f (x)) = O(||h||) et le terme o(||f (x + h) − f (x))||) est un o(||h||), d’où
Ceci prouve que f est différentiable en x et que Df (x) a la valeur indiquée. Comme D1 F , D2 F et
F sont continues, ceci implique la continuité de Df , donc f est de classe C 1 .
(iii) Ceci résulte de (ii) et des théorèmes sur la différentiabilité d’une fonction composée.
Alors U1 = f −1 (V1 ) est un voisinage ouvert de x et f induit une bijection de U1 sur V1 , avec
f −1 = g|U1 de classe C k , donc f : U1 → V1 est un C k -difféomorphisme.
3
Convention. À partir de maintenant, tous les espaces vectoriels sont supposés de
dimension finie. Donc (le corps de base étant le plus souvent R, parfois C), ils seront
équipés d’une topologie canonique associée à l’unique classe d’équivalence de normes.
Ceci veut dire qu’il existe des isomorphismes ϕ : E → k n et ψ : G → k m tels que le diagramme
suivant commute :
A
E −−−−−→ G
ϕy ≈
≈
yψ
kn −−−−−→ km
A0
Si r = m, A0 est la projection de k n sur k m × {0}. Si r = n, A0 est l’injection k n → k n × {0} → k m .
Proposition. On suppose k = R ou C. La fonction hhrang ii, de L(E, G) dans N ⊂ R, est
semi-continue inférieurement. Autrement dit, l’ensemble des u ∈ L(E, G) de rang ≥ k est ouvert
(noter que (rg(u) ≥ k ⇔ rg(u) > k − 1)).
Démonstration. Via des choix de bases, on peut identifier L(E, G) à l’espace de matrices
M(m, n). Alors rg(u) ≥ r si et seulement si il existe un mineur d’ordre r de u qui est 6= 0. Notant
Mi (u), i ∈ I, les mineurs d’ordre r de u, on a donc
[
{u | rg(u) ≥ r} = {x | Mi (u) 6= 0},
i∈I
qui est ouvert car les Mi (u) sont continus en les coefficients de u, c’est-à-dire continus en u pour
la topologie de M(m, n).
Remarque. On peut rendre plus intrinsèque la preuve ci-dessus en considérant l’application
Λr : Λr E → Λr G induite en algèbre extérieure. On a rg(u) ≥ r si et seulement si Λr u 6= 0, condition
clairement ouverte.
Définitions. Soient E et G des espaces vectoriels réels de dimension finie, et soit f : U ⊂
E → G une application de classe C 1 . Soit x un point de U .
(i) Le rang de f en x, noté rgx (f ), est le rang de DF (x).
(ii) L’application f est une submersion en x si f est de classe C 1 au voisinage de x et Df (x)
est surjective.
(iii) C’est une immersion en x si f est de classe C 1 au voisinage de x et Df (x) est injective.
(iv) Si f est une submersion en tout point de A ⊂ U , on dit que c’est une submersion sur A.
Si A = U , on dit simplement que f est une submersion. De même pour une immersion.
Remarque. On a inclus la condition de classe C 1 au voisinage pour rendre les notions de
submersion et d’immersion utilisables en pratique.
4
D’après la proposition sur la semi-continuité du rang d’une application linéaire, on a :
Proposition. Soit f : U ⊂ E → G une application de classe C 1 avec E, G de dimensions
finies. Alors l’application x 7→ rgx (f ) est semi-continue inférieurement. En particulier :
- l’ensemble des x ∈ U où f est une submersion est ouvert (vide si dim(E) < dim(F ))
- l’ensemble des x ∈ U où f est une immersion est ouvert (vide si dim(E) > dim(F )).
Donc si f est une submersion ou une immersion en x, le rang de Df (x) est localement constant.
Invariance par difféomorphisme. Si ϕ est un difféomorphisme défini sur U et f : ϕ(U ) →
G est différentiable en un point ϕ(x), on a rgϕ(x) (f ) = rgx (f ◦ ϕ). En effet, D(f ◦ ϕ)(x) =
Df (ϕ(x)) ◦ Dϕ(x) et Dϕ(x) est un isomorphisme.
Autrement dit :
f = ψ −1 ◦ Df (x) ◦ ϕ.
On dit aussi que f est localement C k -équivalente à son application linéaire tangente.
Si l’on peut prendre V1 = V2 et ψ = Id, soit f = Df (x) ◦ ϕ, on dit que f est linéarisable par
reparamétrage à la source.
De même, si l’on peut prendre U1 = U2 et ϕ = Id, soit f = ψ ◦ Df (x), on dit que f est
linéarisable par reparamétrage au but.
Remarque. Il est facile de voir que f est linéarisable en x si et seulement si f se factorise
localement en
f = ψ1−1 ◦ A ◦ ϕ1
où ψ1 et ϕ1 sont des C k -difféomorphismes définis au voisinage de x et de f (x) (pas forcément
d’images nulles), et A est linéaire. De même, elle se linéarise par reparamétrage à la source, resp.
au but, si l’on peut écrire f = ψ1−1 ◦ A, resp. f = A ◦ ϕ1 .
En effet, si f = ψ1−1 ◦ A ◦ ϕ1 comme ci-dessus, il suffit de poser ϕ = Dϕ1 (x)−1 ◦ ϕ1 , ψ =
ψ1 ◦ Dψ1 (f (x))−1 . On a alors f = ψ ◦ B ◦ ϕ, avec Dϕ(x) = IdE , Dψ(f (x)) = IdF , et
5
Les cas les plus importants de linéarisabilité sont donnés par le théorème suivant.
Théorème (linéarisabilité des submersions et des immersions). Soient E, F , G des
R-espaces vectoriels de dimension finie.Soient f : U ⊂ E → G une application de classe C k ,
k ∈ N∗ ∪ {∞}, et x0 un point de U .
(i) Si f est une submersion en x0 , elle est C k -linéarisable par reparamétrage à la source.
(ii) Si f une immersion en x0 , elle est C k -linéarisable par reparamétrage au but.
Démonstration (i) Soit S ⊂ E un supplémentaire de ker(Df (x0 )). Puisque Df (x0 ) est
surjective, elle induit un isomorphisme A : S → G.
Notons pK : E → ker(Df (x0 )) la projection parallèlement à S. Alors l’application
6
A 0
Alors Df (x0 ) : S1 ⊕ K → I ⊕ S2 est représentée par la matrice par blocs où A est un
0 0
isomorphisme de S1 sur I.
On note pK : E → K et pI : G → im(Df (x0 )) les projections associées, et on définit
où h est une application de classe C k de V × W dans S2 , telle que Dh(f (x), pK (x))
= 0. Donc
IdI 0
D(f ◦ ϕ−1 )(y, z)) est représentée par la matrice par blocs . Le rang de
D1 h(y, z) D2 h(y, z)
cette matrice est
dim(I) + rg(D2 h(y, z)) = rg(Df (x)) + rg(D2 h(y, z)).
Puisque ϕ est un difféomorphisme, c’est ègal au rang de Df (ϕ−1 (y, z)). Par l’hypothèse de rang
∂h
constant, D2 h(y, z) = est nulle. Comme W est convexe, ceci implique, par le théorème des
∂z
accroissements finis, que h(y, z) = h(y, 0), soit
df (M ).H = HAM −1 − M AM −1 HM −1
donc ker(df (M )) est l’ensemble des matrices H telles que M −1 H commute avec A, donc est de
dimension
P constante. Donc fA est de rang constant. Si A est diagonalisable, ce rang est égal à
n − (mλ − 1) où les les mλ sont les multiplicités des valeurs propres.
7
2. Sous-variétés.
1. Définitions
Sous-variété. Soient E un R-espace vectoriel de dimension finie, k ∈ N∗ ∪ {∞}, m ∈
[[0, dim(E)]], et V ⊂ E un sous-ensemble non vide. On dit que V est une sous-variété de classe
C k et de dimension m de E si pour tout x ∈ V il existe un voisinage ouvert U de x dans E, un
voisinage ouvert U 0 de 0 dans Rn , et un C k -difféomorphisme Φ : U → U 0 tels que
V = {x + f (x) | x ∈ U } ⊂ E
8
est une sous-variété de classe C k et de dimension dim(F ). On dira que c’est un graphe C k sur F
à valeurs dans G.
4) Soit E un espace euclidien de dimension finie. La sphère SE (r) = {x ∈ E | ||x||2 = r2 }
(r > 0) est une hypersurface lisse.
En effet, si x0 ∈ SE (r), soit U = {y ∈ E | (y,
p x) > 0}. On a E = x⊥ ⊕ Rx0 , et S(r) ∩ U est
le graphe de l’application C ∞ : y ∈ Bx⊥ (r) 7→ r2 − ||y||2 x, donc est une sous-variété lisse de
codimension 1.
En particulier, S 1 (r) ⊂ R2 (variante : {z ∈ C | |z| = r}) est une courbe lisse, S 2 (r) ⊂ R3 est
une surface lisse.
5) Soit V = {x, y ∈ C2 | x2 + y 2 = 1}. Alors V est une surface lisse.
En effet, soit (x0 , y0 ) un point de V . Alors x0 ou y| est non nul, sans perte de généralité on
peut supposer y0 6= 0 soit |1 − x20 | > 0. Soit U1 = {x ∈ C | |x2 − x20 | < |1 − x20 |}, c’est un ouvert
non vide . Alors il existe une détermination continue r de
p x2 − x20 1/2
1 − x2 = 1 −
1 − x20
sur U1 , qui est en fait C ∞ en x. Ceci se voit par exemple en l’écrivant comme une série entière
x2 − x20
convergente en 2 (cf aussi le cours d’analyse complexe). Soit U = {(x, y) ∈ U1 × C |
p 1 − x0
|y − r(x)| < 2 |1 − x2 |} ⊂ C2 . Alors V ∩ U est le graphe de r, donc est une surface lisse.
Autre preuve : soit V 0 = {x, y) ∈ C2 | xy = 1}. Clairement, V 0 est le graphe de x ∈ C∗ 7→ x−1 ,
donc une surface lisse. Soit Φ(x, y) = (x + iy, x − iy), c’est un automorphisme linéaire de C2 et on
a Φ(V ) = V 0 . Donc V est un graphe C ∞ sur F = Φ−1 (C × {0}), à valeurs dans G = Φ−1 ({0} × C.
Remarque. Cette variété est homéomorphe à C∗ ou R2 \ {0}, donc non compacte, à la
différence des sphères.
9
4) Toute sous-variété est localement connexe par arcs. Toute composante connexe d’une sous-
variété V est un ouvert de V , donc une sous-variété (de même classe et de même dimension).
5) Soient E un espace vectoriel (réel de dimension finie) et soit G un sous-espace vectoriel.
Une sous-variété de G est la même chose qu’une sous-variété de E contenue dans G.
6) Produit de sous-variétés. Soient V ⊂ E et V 0 ⊂ E 0 deux sous variétés. Alors V × V 0
est une sous-variété de E × E 0 , de dimension dim V + dim V . De même pour un produit fini
V 1 × · · · × V r ⊂ E1 × · · · × E r .
Exemple : le n-tore
4. Exemples de non-sous-variétés
1) Si V = [0, +∞[⊂ R (ou ⊂ Rn ), ce n’est pas une sous-variété. En effet, tout voisinage
connexe U de 0 dans V est de la forme [0, a[ donc homéomorphe à V , et donc n’est homéomorphe
à aucun Rm : pour m = 1, parce que 0 ne disconnecte pas U . Pour m ≥ 2, car tout point de U \ {0}
disconnecte U . Pour m = 0, c’est évident.
2) Si V = R × {0} ∪ {0} × R ⊂ R2 , ce n’est pas une sous-variété. En effet, de nouveau
tout voisinage connexe U de (0, 0) dans V est homéomorphe à V . Comme (0, 0) coupe U en 4
composantes, U n’est homéomorphe à aucun Rm .
3) Soit V = {x, y) ∈ R2 | y 2 = x3 } de sorte que (0, 0) est un point de rebroussement de
première espèce. Alors (t ∈ R 7→ (t2 , t3 )) est un homéomorphisme de R sur V (exercice : montrer
cela), mais V n’est pas une sous-variété : nous montrerons cela plus tard. De même si l’on remplace
R par C.
10
Démonstration. Soit c ∈ f (U ) tel que f est une submersion sur f −1 ({c}), et soit x un
point de f −1 ({c}). Le théorème de linéarisation d’une submersion dit qu’on a une factorisation
f |U1 = Df (x) ◦ ϕ, où ϕ est un C k -difféomorphisme (U1 , x) → (f (U1 ), 0). Donc
Donc Φ = ϕ−1 est un redressement local en x de f −1 ({c}) sur ker(Df (x)), qui est de dimen-
sion constante égale à dim(E) − dim(G). Donc f −1 ({c}) est une sous-variété de classe C k et de
codimension dim(G).
Remarque. La condition de submersion est essentielle : on peut montrer que n’importe quel
fermé F ⊂ U est l’ensemble des zéros d’une fonction C ∞ sur U .
Exemples. 1) On a déjà vu que si E est euclidien, la sphère SE (r) est une hypersurface lisse.
On peut le retrouver en remarquant que c’est le niveau (f = r2 ) pour f (x) = ||x||2 qui est C ∞ .
Comme ∇f (x) = 2x, f est une submersion hors de 0, donc ce niveau est régulier.
2) Surfaces de révolution. Soit C ⊂ R2 une courbe définie par l’équation globale (f = c), c
niveau régulier. (On verra que toute courbe plane est de ce type). On suppose que C est contenue
dans ]0, +∞[×R. Donc on peut supposer que f est une submersion définie sur un ouvert de U1 ⊂
]0, +∞[×R.
La surface de révolution S engendrée par C est l’ensemble des points obtenu en faisant
tourner la courbe
p C dans le plan des (x, z) autour de l’axe des z. Autrement dit, en notant
p(x, y, z) = ( x + y 2 , z) = (r, z), U = p−1 (U1 ) et F = f ◦ p : U → R, on a
2
Or F est de la même différentiabilité que f , et est une submersion car f et p sont dessubmersions
:
x y
0
pour f , c’est l’hypothèse, et pour p, sa différentielle est représentée par la matrice r r ,
0 0 1
qui est toujours de rang 2.
3) Courbes algébriques complexes. Soit P ∈ C[X, Y ] un polynôme, qu’on identifie à une
fonctionPde C2 dans C. Celle-ci est de classe C ∞ car polynomiale réelle, calculons sa différentielle.
Si P = ai,j X i Y j , (x, y), (h, k) ∈ C2 avec (h, k) → (0, 0), on a
∂P ∂P X
P (x + h, y + k) − P (x, y) = h+ k+ bi,j hi k j .
∂x ∂y
i+j≥2
∂P X ∂P X
Ici = iai,j X i−1 Y j , = jai,j X i Y j−1 , l’égalité ci-dessus étant valide sur n’importe
∂x i,j
∂y i,j
quel corps. Quand (h, k) → (0, 0), le dernier terme est un o(||(h, k)||). Donc
∂P ∂P
DP (x, y).(h, k) = h+ k.
∂x ∂y
On constate que cette différentielle est C-linéaire. Donc son rang sur R est 0 ou 0 : pour que P
∂P ∂P
soit une submersion en (x, y) il suffit que ( , ) 6= (0, 0).
∂x ∂y
Supposons P non constant. Alors P estsurjectif (pourquoi ?). Un niveau régulier de P est donc
∂P ∂P
un point c ∈ C tel que ( , ) ne s’annule pas sur P −1 (c). On peut montrer (cas particulier du
∂x ∂y
11
théorème de Bézout) que le nombre des valeurs critiques de P est fini. Si c est une valeur régulière,
P −1 (c) est une surface lisse.
Exemple. Si P = (X − a)(X − b)(X − c) − Y 2 avec a, b, c distincts, on voit facilement que 0
est une valeur régulière donc P −1 (0) est une surface lisse. On peut montrer
Z p qu’elle est difféomorphe
dx
à un tore privé d’un point [application d’Abel-Jacobi : p ∈ P −1 (0) 7→ [ ] ∈ C/Λ].
p0 y
Exercice. Si a, b, c ne sont pas distincts, P −1 (0) n’est pas une sous-variété.
4) Groupes classiques. (i) Le groupe spécial linéaire SL(E) := {x ∈ L(E) | det(x) = 1}
est une hypersurface lisse de L(E). En effet, on a det(Id + h) = 1 + tr(h) + o(||h||2 ), donc la
dérivée en Id de l’application det est h 7→ tr(h). Pour avoir la dérivée en x ∈ GL(E), on écrit
det(x + h) = det x det(Id + x−1 h), d’où
D det(x).h = det x tr(x−1 h).
En particulier, det est une submersion sur s−1 (R∗ ) = GL(E), donc SL(E) = s−1 ({1}) est une
hypersurface lisse.
(ii) Soit E un espace vectoriel réel de dimension finie n, muni d’un produit scalaire euclidien.
On note A∗ l’adjoint d’un endomorphisme A. Le groupe orthogonal est O(E) = {A ∈ L(E) |
A∗ A = Id}. Il s’écrit donc s−1 ({Id}), où s(A) = A∗ A. L’application s est C ∞ et à valeurs dans
l’espace S des endomorphismes auto-adjoints. Calculons sa différentielle :
Ds(A).h = A∗ h + h∗ A = (A∗ h) + (A∗ h)∗ .
Si A est inversible, h 7→ A∗ h est un automorphisme de L(E), donc Ds(A) est surjectif. Donc s est
n(n + 1)
une submersion sur s−1 (Id), donc O(E) est une sous-variété de codimension dim(S) = .
2
Donc
n(n + 1) n(n − 1)
dim(O(E)) = dim L(E) − dim(S) = n2 − = .
2 2
Remarque. Sans restreindre le but à S, on aurait pu appliquer le théorème du rang, mais
comme on le voit ce n’est pas vraiment une application de ce résultat.
Le groupe spécial orthogonal SO(E) est la composante connexe de l’identié dans O(E), c’est
donc une variété de la même dimension.
Remarque. Le théorème admet une réciproque locale (exercice) : si V ⊂ E est une sous-
variété de classe C k et de codimension q, tout point x ∈ V admet une fonction C k définie sur un
voisinage U de x telle que V ∩ U est un niveau régulier de f .
Mais la version globale n’est pas toujours vraie : par exemple, il existe (à partir de la dimension
ambiante 3) des hypersurfaces de codimension un qui ne sont pas définies par une équation globale.
Intuitivement, ce sont des hypersurfaces unilatères (à un seul côté). L’exemple le plus célèbre est
le ruban de Möbius dans R3 : on peut le définir par recollement des deux petits côtés d’un
rectangle en papier après un demi-tour. Donnons une définition formelle : M est le sous-ensemble
de R3x,y,z engendré par l’intervalle ]1, 3[×{(0, 0)} que l’on fait tourner autour du point (1, 0) dans
le plan (x, z) tout en faisant tourner ce plan autour de l’axe des z, la première rotation se faisant
à fréquence moitié de la seconde :
[
M= Rzθ ◦ Rx,z
θ/2
(]1, 3[×{(0, 0)})
θ∈[0,2π]
θ θ θ
= {(cos θ(1 + tcos ), sin θ(1 + tcos ), sin ) | θ ∈ [0, 2π], t ∈] − 1, 1[}
2 2 2
12
Exercice. Montrer que l’application (θ, t) ∈ [0, 2π[×]−1, 1[→ M définie ci-dessus est bijective
et que sa restriction à ]0, 2π[×] − 1, 1[ est une immersion lisse.
θ
Soit Pθ le demi-plan Rx,z (R+ × {0} × R). Montrer que M \ Pθ est définie par une équation
lisse régulière explicite.
Cependant, on peut montrer (ce n’est pas facile) que toute hypersurface compacte est définie
par une équation globale. Nous verrons aussi que toute courbe dans le plan admet une équation
globale.
13
3. Paramétrages, cartes. Espace tangent.
1. Plongements, applications propres.
Soit f : X → Y une application continue entre espaces topologiques. On dit que f est
• un plongement (topologique) si c’est un homéomorphisme de X sur son image f (X).
• une application propre si Y est localement compact et si l’image réciproque de tout
compact est compacte. Noter que la deuxième condition est toujours vérifiée si X est compact.
Proposition. Une application linéaire injective A : E → G entre espaces vectoriels de di-
mension finie est propre.
Démonstration. On a ||x|| ∼ ||A.x||, donc l’image réciproque d’un borné est bornée. Tout
compact étant fermé borné, son image réciproque aussi donc est compacte.
Remarques. Il suffit en fait que la source soit de dimension finie. Par ailleurs, si E est
un espace vectoriel normé, la propreté de l’identité de E implique que E est de dimension finie
(théorème de Riesz).
Proposition (rappel). Soit f : X → Y une application continue d’un espace topologique
compact vers un espace séparé. Alors f est fermée, c’est-à-dire que l’image de tout fermé est
fermée.
Corollaire. Si de plus f est injective, c’est un plongement.
Remarque. Si X n’est pas compact, c’est faux en général. Exemple : f (x) = eix , de [0, 2π[
sur U.
Proposition. Soit f : X → Y une application propre. Alors f est fermée.
Démonstration. Soit A ⊂ X un fermé. Soit y ∈ Y adhérent à f (A), on veut montrer que
y ∈ f (A). Soit V ⊂ Y un voisinage compact de y, alors tout sous-voisinage V1 ⊂ V de y rencontre
f (A) donc rencontre f (A ∩ f −1 (V ). Donc y est adhérent à f (A ∩ f −1 (V )), qui est fermé puisque
f (A ∩ f −1 (V )) est fermé dans le compact f −1 (V ), et que Y est séparé. Donc y ∈ f (A), cqfd.
Corollaire. Soit f : X → Y une application continue injective et propre (donc Y est locale-
ment compact). Alors c’est un plongement.
Plongement différentiable. Une application f : U ⊂ E → G est un plongement de
classe C k (k ∈ N∗ ∪ {∞}) si c’est une immersion de classe C k et un plongement topologique. Sans
préciser k, on dira aussi plongement différentiable.
Remarque. Il ne suffit pas que f soit une immersion injective.
Exemple 1. Soit f (t) = (sin t cos t, sin t), définie sur ]0, 2π[. L’image (en forme de huit) est
définie par l’équation x2 − y 2 + y 4 = 0, qui n’est pas régulière en (0, 0). Ce n’est pas un plongement
car l’image est compacte et pas la source.
Exercice. montrer que l’image n’est pas une sous-variété.
Exemple 2. Soit f (t) = (eit , eiαt ) ∈ C2 , avec α ∈ R \ Q (orbite d’un flot unitaire irrationnel).
Alors f est une immersion injective, mais n’est pas un plongement car l’adhérence de f (R) est le
tore U × U, donc f (R) n’est pas localement fermé.
Exercice. Si X est un espace topologique et A ⊂ X, montrer l’équivalence des propriétés
suivantes (on dit alors que A est localement fermée) :
(i) Tout point a ∈ A a un voisinage ouvert U dans X tel que A ∩ U est fermé dans U .
(ii) Tout point a ∈ A a un voisinage ouvert U dans X tel que A ∩ U = Ā ∩ U .
14
(iii) Il existe U ⊂ X ouvert et F ⊂ X fermé tels que A ∩ U = F ∩ U .
(iv) Il existe U ⊂ X ouvert tel que A ∩ U = Ā ∩ U .
Proposition. Soit f : U ⊂ E → G une application de classe C k . Si f est une immersion en
x, il existe un voisinage U1 ⊂ U de x tel que f |U1 est un plongement.
Démonstration. Le théorème de linéarisation d’une immersion dit qu’on a une factorisation
f |U1 = ψ ◦ Df (x), où ψ est un C k -difféomorphisme.
Comme Df (x) est une application linéaire injective et que E est de dimension finie, elle est
propre, donc est un plongement. Donc f |U1 est un plongement.
2. Paramétrages et cartes.
Définitions. Soit V une sous-variété de dimension m. Un paramétrage (local) de V est un
plongement ψ : W ⊂ Rm → V , où W un ouvert de Rm , d’image un ouvert V1 ⊂ V . Si ψ(W )
contient x, on a un paramétrage en x. Si ψ(W ) = V on a un paramétrage global.
Une carte de V est l’inverse d’un paramétrage. Autrement dit, c’est une application ϕ : V1 →
Rm , définie sur un ouvert de V , d’image W ouverte et telle que ψ = ϕ−1 est une immersion de
classe C k . On dit que V1 est un domaine de carte.
Remarque. Bien sûr, on peut remplacer Rm par un espace vectoriel de dimension m.
Théorème. (i) Soient W un ouvert de Rm , et ψ : W → E un plongement différentiable.
Alors ψ(W ) est une sous-variété de E de dimension m.
(ii) Soit V une sous-variété de dimension m, et soit ψ : W ⊂ Rm → V une immersion
injective. Alors ψ est un paramétrage de V .
Démonstration. (i) Soient w un point de W , et x = ψ(w). Le théorème de linéarisation d’une
immersion dit qu’il existe un voisinage ouvert W1 de x et une factorisation f |W1 = ψ ◦ Df (x), où
ψ est un C k -difféomorphisme. Comme f est un homéomorphisme sur son image, f (W1 ) est ouvert
dans f (W ) donc dans V , donc il suffit de prouver que f (W1 ) est une sous-variété.
L’injection linéaire A = Df (x) : E → G est un homéomorphisme sur son image. Donc A(W1 )
est un ouvert dans le sous-espace vectoriel A(E), donc c’est une sous-variété lisse de dimension
m. Comme ψ est un C k -difféomorphisme, l’image f (W1 ) = ψ(A(W1 )) est une sous-variété de
dimension m et de classe C k , cqfd.
(ii) Il faut montrer 1) que l’image ψ(W ) est ouverte et 2) que ψ est un homéomorphisme sur
cette image.
1) Soit x ∈ ψ(W ), et soit Φ : U → Rn un redressement local qui envoie V ∩ U dans Rm × {0},
il suffit de montrer que ψ(W ) ∩ U est ouvert. Or
ψ1 := Φ ◦ ψ : W ∩ ψ −1 (U ) → Rm × {0}
est une immersion injective équidimensionnelle, donc un difféomorphisme, donc d’image ouverte.
Donc
ψ(W ∩ U ) = Φ−1 (ψ1 (W ∩ ψ −1 (U )))
15
Corollaire. Soient V une sous-variété de dimension m, U un ouvert rencontrant V et Φ :
U → Rm une application de classe C k . Si ϕ = Φ|V ∩ U est une bijection de V ∩ U sur un ouvert
W et si l’inverse ψ est de classe C k , alors ϕ est une carte.
Démonstration. Il suffit de montrer que ψ est une immersion : on a Φ ◦ ψ = IdV1 , donc
DΦ ◦ Dψ = IdRm , donc Dψ est partout injective.
Propriété. Si ψ : W → V est un paramétrage en x, toute application f : U ⊂ Rp → ψ(W )
est de la forme f = F ◦ ψ où F = f ◦ ψ −1 : ψ(U ) → W a la même différentiabilité que f .
Exemple fondamental. Si Φ : (U, V ∩ U ) → (U 0 , F ∩ U 0 ) est un redressement local en x,
ψ = Φ−1 |F ∩ U 0 est un paramétrage de V en x, d’image V ∩ U . Donc ϕ = Φ|V ∩ U est une carte
de V en x.
Projection stéréographique. Soit E un espace euclidien de dimension finie, et soit S la
sphère unité de centre 0. Si x ∈ S, on définit px : S \ {x} → x⊥ telle que p(y) est l’unique point
z ∈ x⊥ avec x, y, z alignés.
1
En formules : z = x + λ(y − x), avec (z, x) = 0 soit 1 + λ((x, y) − 1) = 0, λ = .
1 − (x, y)
Autrement dit :
y−x y − (x, y)x
px (y) = x + = .
1 − (x, y) 1 − (x, y)
Alors px est une bijection, de réciproque p−1 2
x (z) = y = x + µ(z − x), avec ||y|| = 1 et y 6= x, soit
2
(1 − µ)2 + µ2 ||z||2 − = 0 et µ 6= 0, d’où µ = et
1 + ||z||2
D’après le corollaire ci-dessus, px est une carte. Noter que S est recouverte par deux domaines de
cartes.
Exercice. Montrer que px préserve les angles, plus précisément :
(Dp−1 −1 0
x (z)(v), Dpx (z)(v)) = C(z)(v, v ).
16
Exemples. (i) Si A = {(x, y) ∈ R2 | x4 − x2 + y 2 = 0} et p0 = (0, 0) (point double ordinaire),
CTp0 A = R × {0} ∪ {0} × R.
(ii) Si A = {(x, y) ∈ R2 | y 2 = x3 } = {(t2 , t3 ) | t ∈ R} et p0 = (0, 0) (point de rebroussement),
CTp0 A = R+ × {0}.
(iii) Si A = {(x, y) ∈ C2 | y 2 = x3 } et p0 = (0, 0), CTp0 A = C × {0}.
Remarque. (exercice) Le cône tangent en x est le cône sur Kx A = ensemble des limites
xn − x xn − x
de suites , xn ∈ A \ {x}, xn → x. Comme est dans la sphère unité qui est
||xn − x|| ||xn − x||
compacte, Kx A est un compact non vide.
Proposition-définition. Soit V ⊂ E une sous-variété de dimension m. Si x ∈ V , le cône
tangent CTx V est un sous-espace vectoriel de dimension m de E. On l’appelle espace tangent
de V en x et on le note Tx V .
Démonstration. Soit f : W ⊂ Rm → V , m = dim(V ) un paramétrage en x. Une suite
(xk ∈ V \ {x}) convergeant vers x peut être supposée à valeurs dans f (W ), donc de la forme
(f (wk )) où wk tend vers 0 dans Rm . Donc
Comme Df (0) est injectif et qu’on est en dimension finie, le terme o(||xk ||) est négligeable devant
Df (0)(wk , 0). Donc λk (xk − x) converge si et seulement si λk wk converge vers un vecteur w ∈ Rm ,
et alors λk (xk − x) → Df (0)(w). Comme w peut être quelconque, l’ensemble des limites possibles
est im Df (0), ce qui prouve la proposition.
Proposition. Soit x un point d’une sous-variété V de E.
(i) Soit ψ : W → V un paramétrage tel que ψ(w) = x. Alors Tx V = im Df (w).
(ii) L’espace tangent Tx V est hhl’ensemble des vecteurs tangents en x aux courbes dans V
passant par x ii. Formellement :
(on peut remplacer hhde classe C 1 ii par hhdifférentiable ii , ou par hhde classe C ∞ ii ; et aussi se limiter
aux chemins dans un voisinage V ∩ U )
(iii) Soit f : U → Rq , q = codim(V ), une submersion de classe C k définie sur un voisinage
de x et telle que s−1 (0) = V ∩ U . Alors Tx V = ker Ds(x).
Démonstration. (i) Cela résulte de la preuve de la proposition précédente.
(ii) Soit Φ : (U, V ∩ U ) → (U 0 , F ∩ U 0 ) un difféomorphisme de redressement. Un chemin
γ :] − ε, ε[→ V ∩ U , γ(0) = x, est de la forme Φ−1 ◦ c où c est à valeurs dans F ∩ U 0 et c(0) = Φ(x).
On a alors c0 (0) ∈ F , et c0 (0) peut être n’importe quel élément de F . Donc l’ensemble des
valeurs prises par γ 0 (0) est DΦ(x)−1 (F ). Comme f = Φ−1 |F ∩ U 0 est un paramétrage de V en x,
(ii) résulte de (i).
(iii) Quitte à diminuer U , on a s = Ds(x) ◦ ϕ où ϕ est un difféomorphisme U → U 0 tel que
Dϕ(x) = IdE . Alors ψ = ϕ−1 | ker Ds(x) ∩ U 0 est un paramétrage de V en x, tel que Dψ(ψ −1 (x)) =
Dψ(ϕ(x)) = Idker Ds(x) , donc Tx V = ker Ds(x).
17
Définition. Soit V une sous-variété de E. Un sous-espace normal à V en x est un
supplémentaire de Tx V .
Exemple. Si E est un espace vectoriel euclidien, on peut prendre N = Tx V ⊥ , noté Nx V .
Le théorème suivant donne une description locale d’une sous-variété comme graphe sur l’espace
tangent à valeurs dans un sous-espace normal.
Théorème. Soit V ⊂ E une sous-variété de classe C k . Soit N ⊂ E un sous-espace normal
en x. Alors il existe un ouvert U ⊂ E contenant x, un ouvert W ⊂ Tx V contenant 0, et une
application h : W → N de classe C k , tels que h(0) = 0, Dh(0) = 0 et
V ∩ U = {x + v + h(v) | v ∈ W }.
V ∩ U = ψ(W ) = {x + v + h(v) | v ∈ W }.
18
4. Calcul différentiel sur des sous-variétés.
1. Fonctions différentiables sur une sous-variété
Proposition. Soit V une sous-variété et soient ψ : (W, w) → (V, x) et ψ 0 : (W 0 , w0 ) → (V, x)
deux paramétrages. Alors, quitte à diminuer W et W 0 , il existe un difféomorphisme ϕ : W → W 0
tel que ψ 0 = ψ ◦ ϕ.
Démonstration. Quitte à diminuer W et W 0 , on peut supposer que ψ(W ) = ψ(W 0 ) =
V ∩ U , où U est un voisinage muni d’un difféomorphisme de redressement Φ : (U, V ∩ U, x) →
(Φ(U ), Rm ∩ Φ(U )). Alors Φ ◦ ψ et Φ ◦ ψ 0 sont des immersions injectives équidimensionnelles, donc
des difféomorphismes. De plus, ils ont la même image Rm ∩Φ(U ), donc il existe un difféomorphisme
ϕ tel que Φ ◦ ψ 0 = (Φ ◦ ψ) ◦ ϕ, soit ψ 0 = ψ ◦ ϕ puisque Φ est injectif.
Définitions. Soient V ⊂ E une sous-variété de classe C k , f : V → G une application à
valeurs dans un espace vectoriel normé, et x un point de V . On dit que f est différentiable en x
s’il existe un paramétrage ψ : (W, w) → (V, x) tel que f ◦ ψ est différentiable en w. D’après la
proposition ci-dessus c’est alors vrai pour tout paramétrage.
On définit de façon analogue la notion d’application de classe C ` , 1 ≤ ` ≤ k.
Remarque. Si F est une application différentiable, resp. C ` , définie sur un voisinage de V , la
restriction f = F |V est différentiable, resp. C ` . Réciproquement, pour toute fonction différentiable
f sur V et tout x ∈ V il existe F définie sur un voisinage U de x, différentiable et telle que
F |V ∩ U = f (exercice). En fait on peut trouver F sur tout un voisinage de V (plus difficile : il
faut des partitions de l’unité).
Proposition. Soient V une sous-variété et f : V → R une application différentiable. Soit
g : U ⊂ Rp → V une application différentiable. Alors f ◦ g est différentiable. Si f et g sont de
classe C ` (au plus égal à la classe de différentiabilité de V ), f ◦ g est de classe C k .
Démonstration. Si x ∈ g(U ), soit ψ : (W, w) → (V, x) un paramétrage. La proposition
résulte de
f ◦ g = (f ◦ ψ) ◦ (ψ −1 ◦ g).
19
2. Applications différentiables entre sous-variétés
Proposition. Soient V ⊂ E, V 0 ⊂ E 0 deux sous-variétés, et soit f une application de V dans
V . On suppose que f , vue comme application de V dans E 0 , est différentiable en x. Alors Df (x)
0
20
La proposition suivante, de démonstration immédiate, montre que pour classer à difféomorphis-
me près les sous-variétés, on peut se limiter aux sous-variétés connexes.
Proposition. Soient V et V 0 des sous-variétés de classe C k . On suppose qu’elles ont le même
nombre (peut-être infini) de composantes connexes, c’est-à-dire qu’il existe un ensemble I et des
familles d’ouverts Ui ⊂ V , Ui0 ⊂ V 0 , tels que les composantes de V soient les Ui et celles de V 0
soient les Ui0 .
Si f : V → V 0 est une application qui induit un C k -difféomorphisme Ui → Ui0 pour tout i,
alors f est un C k -difféomorphisme.
ψ 0 (S −1 (t)) ψ 0 (S −1 (t))
γ 0 (t) = =
S 0 (S −1 (t)) ||ψ 0 (S −1 (t))||
donc ||γ 0 (t)|| ≡ 1. Enfin, si v ∈ Tx C est de norme 1, on a γ 0 (0) = ±v. Si le signe n’est pas le bon,
il suffit de remplacer γ par γ1 (t) = γ(−t), ce qui achève de prouver (i).
Proposition 2. Soit γ : I → V une application différentiable telle que ||γ 0 (t)|| ≡ 1, alors γ
est de classe C k donc est un paramétrage par longueur d’arc. Donc tout paramétrage par longueur
d’arc est de classe C k .
Démonstration. Soit t0 un point de I, on sait qu’il existe un paramétrage γ0 par longueur
d’arc, de classe C k , tel que γ0 (0) = γ(t0 ). Quitte à diminuer I et I0 , on peut supposer que
γ( I) ⊂ γ0 (I) et que γ0 est un difféomorphisme sur son image. Alors ϕ = γ0−1 ◦ γ est différentiable
et γ = γ0 ◦ ϕ donc γ 0 (t) = γ00 (ϕ(t))ϕ0 (t).
Puisque γ 0 (t) = γ10 (ϕ(t))ϕ0 (t) et ||γ 0 (t)|| = 1 = ||γ00 (ϕ(t))||, on a |ϕ0 (t)| ≡ 1. Comme une
fonction dérivée vérifie le théorème des valeurs intermédiaires, ϕ0 est constant, soit γ(t) ≡ γ0 (ε(t −
t0 )), ε ∈ {−1, 1}, d’où le résultat.
Proposition 3. (ii) Si γ1 : I1 → C et γ2 : I2 sont deux paramétrages par longueur d’arc tels
que γ1 (t1 ) = γ2 (t2 ), il existe ε ∈ {−1, 1} tel que γ( t1 + t) = γ2 (t2 + εt) quand les deux membres
sont définis.
Démonstration. Quitte à remplacer γ1(t) par γ2 (t) par γ2 (2t2 − t), on peut supposer que
I1 et I2 contiennent 0 et que γ10 (t1 ) = γ20 (t2 ).
21
On veut montrer que γ1 (t1 + t) = γ2 (t2 + t) sur ] − a, b[= (I1 − t1 ) ∩ (I2 − t2 ). Soit A l’ensemble
des t ∈ [0, b[ tels que γ1 (t1 + t) = γ2 (t2 + t) sur [0, t], la preuve de la proposition 2 montre que si
T ∈ A avec T < b, il existe h > 0 tel que T + h ∈ A. Donc sup(A) = b, et de même inf(A) = −a,
ce qui achève la preuve.
Théorème. Soit C ⊂ E une courbe connexe de classe C k , k ≥ 1. Alors C est C k -difféomorphe
à R ou au cercle S 1 ⊂ R2 , identifié à U ⊂ C.
Démonstration. Fixons x ∈ C et v ∈ Tx C de longueur 1. Considérons tous les paramétra-
ges par longueur d’arc γ : (I, 0) → (C, x) tels que γ 0 (0) = v. Par la proposition 3, il existe un tel
paramétrage γ : (I, 0) → (C, x) qui est maximal. Son image C(x) est ouverte dans C, et ne dépend
que de x et non de v puisque γ(−t) est le paramétrage maximal associé à −v.
La proposition 3 implique que les C(x), x ∈ C, sont disjoints ou coı̈ncident. Comme il forment
un recouvrement ouvert de C et que C est connexe, ils sont tous égaux à C donc γ est surjectif.
Pour finir la preuve, nous allons distinguer deux cas suivant que γ est injectif ou non.
1) Si γ est injectif, c’est un plongement et il est bijectif, donc c’est un C k -difféomorphisme de
I sur C. Comme I est C ∞ -difféomorphe à R, le théorème est prouvé dans ce cas.
2) Si γ n’est pas injectif soit γ(t1 ) = γ(t2 ) avec t1 < t2 , on peut supposer que t1 = 0 en
considérant γ(t − t1 ). Soit alors T la borne inférieure des t > 0 tels que γ(t) = x, on a γ(T ) = x et
T > 0 car γ est localement injectif.
Puisque γ(T ) = γ(0), on a γ(t) ≡ γ(T ± t), et par minimalité de T le signe est +. Donc
γ(t) ≡ γ(t + T ), ce qui prouve que γ est défini sur R, T -périodique, T étant la période minimale
de γ.
L’application γ induit un plongement topologique γ de R/T Z dans C. Son image est ouverte
et compact donc fermée, donc par connexité elle est surjective, donc c’est un homéomorphisme. De
façon équivalente, on a un homéomorphisme c : U → C tel que
Tt 2πit
c(eit ) = γ( ) , c−1 (γ(t)) = exp( ).
2π T
Or la restriction de c (resp γ) à un intervalle de longueur < 2π (resp < T ) est un C ∞ -paramétrage
de U (resp C k -paramétrage de C), donc ces identités prouvent que c est un C k -difféomorphisme.
Ceci achève la preuve du théorème.
Si q = 1 c’est-à-dire que V est une hypersurface, L est unique et est la multiplication par un
scalaire λ, appelé multiplicateur de Lagrange :
22
Si E = Rn , on a donc
∂F ∂g
x ∈ crit(F |g −1 (c)) ⇔ (∃λ) (∀i) =λ .
∂xi ∂xi
Extrémas. Si f est une fonction différentiable sur une sous-variété V et si x ∈ V est un
extrémum local, alors Df (x) = 0. En effet, si ψ : (W, w) → (V, x) est un paramétrage, w est un
extrémum local de f ◦ ψ, donc
Ceci est indépendant de ψ, car si ψ 0 : (W 0 , w0 ) → (V, x) est un autre paramétrage, quitte à diminuer
les domaines on a ψ 0 = ψ ◦ ϕ où ϕ est un difféomorphisme. Donc D(f ◦ ψ 0 ).v = (D(f ◦ ψ) ◦ Dϕ).v,
d’où, si v1 , v2 ∈ Rm :
Puisque x est un point critique, le second terme est nul. Si l’on remplace vi ∈ Rm par Dψ 0 (w0 )−1 .vi ,
vi ∈ Tx V , Dϕ(vi ) devient Dψ(w)−1 .vi , d’où
D2 (f ◦ ψ 0 )(w0 ).(Dψ(w0 )−1 .v1 , Dψ(w0 )−1 .v2 ) = D2 (f ◦ ψ)(w).(Dψ(w)−1 .v1 , Dψ(w)−1 .v2 ).
1
(∗∗) f (ψ(w + h)) = f (x) + Hessf (x)(Dψ(w).h) + o(||h||2 ).
2
Rappelons que si q est une forme quadratique sur un espace vectoriel réel E de dimension finie
m, il existe une base dans laquelle
i− i− +i+
X X X
q( xj ej ) = −x2j + x2j
j=1 i=i− +1
Le nombre r=i− + i+ est le rang de q, le nombre i− est son indice. Si r = dim(E), q est non
dégénérée.
Comme dans le cas d’une fonction sur un ouvert de E, la formule (∗∗) montre que
• si x est un minimum (resp. un maximum) local, Hessf (x) est positive ou nulle (resp.
négative ou nulle)
• si Hessf (x) est définie positive (resp. définie négative), x est un minimum local strict
(resp. un maximum local strict).
23
Définitions. Soit x un point critique d’une fonction f : V → R de classe C 2 . Son indice est
celui de sa hessienne. On dit que c’est un point critique non dégénéré (ou : de Morse) si celle-ci
est non dégénérée). Si tous les points critiques de f sont de Morse, on dit que f est une fonction
de Morse.
Nous démontrerons plus tard le
Lemme de Morse. Soit x un point critique non dégénéré d’une fonction f de classe C k ,
k ≥ 3, sur une sous-variété V de dimension m. Alors il existe un paramétrage ψ : (W ⊂ Rm , 0) →
(V, x), de classe C k−2 tel que
i
X m
X
f ◦ ψ(x1 , · · · , xm ) = − x2i + x2j , i = ind Hessf (x).
j=1 j=i+1
24
5. Équations différentielles autonomes de dimension un.
Lemme de comparaison, unicité. Équations différentielles linéaires
x(t) = ψx−1
0
(t).
dϕ
Plus formellement : si = X(ϕ(t))), ϕ est un C 1 -difféomorphisme de J sur un intervalle I1
dt
contenant x0 . Le difféomorphisme inverse ϕ−1 = ψ vérifie ψ(x0 ) = 0 et
dψ 1
= ,
dx X(x)
Z x
dr
ψ(x) = = ψx0 (x),
x0 X(r)
I est contenu dans ψx0 (I), et x = ψx−1 0
sur . Réciproquement, ψx0 est un difféomorphisme de J
sur ψx0 (J), intervalle contenant 0, et clairement x(t) := ψx−1
0
(t) est solution de (x0 = X(x)) sur
ψx0 (J). Ceci prouve la proposition.
Cas particulier. Si I =]a, b[, une (ou toute) solution maximale est définie sur R si et seule-
ment si Z b Z x0
dx dx
=∞= .
x0 X(x) a X(x)
Exemple. Si |X(x)| ≤ C(|x| + 1) (croissance linéaire), les solutions sont définies sur R.
2) Cas où X peut s’annuler. On peut alors avoir des solutions non uniques à condition
initiale donnée. Exemple :
25
x1−ε si x ≥ 0
X(x) =
0 si x < 0.
Alors les solutions ayant la valeur 0 en 0 sont
[ε(t − a)]1/ε si t ≥ a
xa (t) =
0 si t < a.
Donc l’intégrale de droite, où X(r) a un signe constant, est absolument convergente. Or X(x(t0 )) =
0 donc l’hypothèse localement Lipschitz dit que |X(r)| ≤ C(x(t0 ) − r), d’où
Z x(t0 ) Z x(t0 )
dr dr
≤ < ∞,
x(0) C|x(t0 ) − r| x(0) X(r)
26
On a la même conclusion si l’on remplace l’hypothèse x0 (t) ≤ Y (x(t)) par
x(t + h) − x(t)
lim sup ≤ Y (x(t)).
h→0+ h
Démonstration. (i) Si ce n’est pas vrai, soit t1 ∈ [t0 , +∞[∩I le sup des t > t0 tels que ce
soit vrai sur [t0 , t]. Alors t1 est un max donc t1 ∈ I, et x(t1 ) = y(t1 ).
Soit t2 > t1 assez petit pour avoir L(t2 − t1 ) < 21 où L est la constante de Lipschitz de Y sur
[t1 , t2 ]. Soit ε > 0, nous allons montrer que x(t) ≤ y(t) + ε(t − t0 ) sur [t1 , t2 ]. Si n’est pas vrai, il
existe t3 ∈ [t1 , t2 [ maximal tel que ce soit vrai sur [t1 , t3 ], donc x(t3 ) − y(t3 ) = ε(t3 − t1 ). Si h > 0,
on a
x(t3 + h) = x(t3 ) + x0 (t3 )h + o(h)
≤ y(t3 ) + ε(t3 − t1 ) + Y (x(t3 ))h + o(h)
≤ y(t3 ) + ε(t3 − t1 ) + Y (y(t3 ))h + Lε(t3 − t1 )h + o(h)
h
≤ y(t3 ) + y 0 (t3 )h + ε(t3 − t1 + ) + o(h)
2
h
= y(t3 + h) + ε(t3 − t1 + ) + o(h).
2
Pour h assez petit, ceci est ≤ y(t3 + h) + ε(t3 − t1 + h), contredisant la maximalité de t3 .
Faisant tendre ε vers 0, on en déduit x(t) ≤ y(t) sur [t1 , t2 ], contredisant la maximalité de t1 .
La preuve ci-dessus reste clairement valable sous l’hypothèse plus faible, puisque celle-ci veut
dire : pour tout ε > 0, on a x(t + h) ≤ x(t) + Y (x(t))h + εh pour h > 0 assez petit.
(ii) En considérant x(2t0 − t), on voit qu’il sufit de le prouver sur [t0 , +∞[∩I. On a
27
Corollaire. Soit X : U ⊂ R × E → E un champ de vecteurs L-Lipschitz par rapport à la
variable d’espace. Soient x1 , x2 : I → E deux solutions de l’équation différentielle associée à X.
Alors
||x1 (t) − x2 (t)|| ≤ eL|t−t0 | ||x1 (t0 ) − x2 (t0 )||.
Démonstration. On a
||x0 (t)|| = ||X(t, x1 (t)) − X(t, x2 (t))|| ≤ L||x1 (t) − x2 (t)|| = L||x(t)||.
où A : I → L(E) est continue. On dit que X(t, x) = A(t).x est un champ de vecteurs linéaire
dépendant du temps.
Équation linéaire avec second membre. C’est une équation de la forme
28
Cet opérateur est clairement continu pour la norme ||.||∞ , de norme au plus C = maxt∈I ||A(t)||.
De plus, une récurrence immédiate donne
Z tZ t1 Z tn−1
n
(T x)(t) = ··· A(t1 ) · · · A(tn )x(tn ) dt1 · · · dtn .
0 0 0
tn
Le domaine d’intégration 0 ≤ t1 ≤ t2 ≤ · · · ≤ tn ≤ t a pour volume (intégrale itérée n-ième de
n
n!
C
1), donc ||T n || ≤ . Si n est assez grand, ceci est < 1, donc, puisque C 0 (I, E) est un Banacah,
n!
Id − T n est inversible, donc aussi Id − T , cqfd.
Corollaire. L’espace vectoriel S des solutions de l’équation linéaire x0 = A(t).x sur I est de
dimension dim(E), plus précisément pour tout t0 ∈ I l’application x 7→ x(t0 ) est un isomorphisme
de S sur E.
Corollaire : cas d’une équation d’ordre n. L’espace vectoriel S des solutions de l’équa-
tion linéaire d’ordre n
x(n) = A(t).(x, x0 , · · · , x(n−1) )
sur I est de dimension dim(E)n , plus précisément pour tout t0 ∈ I l’application
dR
(R) = A(t) ◦ R(t),
dt
où l’inconnue R est une application de I dans L(E, E). Cette équation est encore linéaire, donc
a des solutions définies sur I. La solution de (R) de condition initiale R(t0 ) = Id est appelée
t0 ,t
résolvante, et notée RA ∈ L(E, E).
t0 ,t
Propriété. La solution de (x0 = A(t).x) de condition initiale x(t0 ) = x0 est x(t) = RA .x0 .
t0 ,t t0 ,t
Autrement dit, on a RA = ϕX où X(t, x) = A(t).x.
t0 ,t
Démonstration. Notons R(t) = RA . Alors
d d
R(t).x0 ) = (R(t)) .x0 = (A(t) ◦ R(t).x0 = A(t).(R(t).x0 ),
dt dt
donc x(t) = R(t).x0 est solution de x0 = A(t).x, et x(t0 ) = R(0).x0 = x0 , d’où le résultat.
La propriété de flot implique :
t0 ,t1 t1 ,t0
Corollaire. L’endomorphisme RA est inversible, avec pour inverse RA .
Variation des constantes. L’équation avec second membre (x0 = Ax + B) se ramène à
t,t0 t0 ,t
l’équation homogène en définissant y(t) = RA .y(t), d’où x(t) = RA .y(t). En effet, y satisfait
l’équation
t0 ,t t0 ,t 0 t0 ,t
(A(t) ◦ RA ).y(t) + RA .y (t) = A(t).(RA .y(t)) + B(t)
soit
t0 ,t −1 t,t0
y 0 (t) = (RA ) .B(t) = RA .B(t).
29
Donc y(t) se trouve par intégration.
Z t
t0 ,t
Cas où les A(t) commutent. On a alors RA = exp( A(s) ds). C’est vrai en particulier
t0
si dim(E) = 1 ou si A(t) est indépendant de t.
a(t) −b(t)
Exemple. Soit A(t) = , ou en identifiant R2 = C : A(t).z = (a(t) + ib(t)).z.
b(t) a(t)
Alors les A(t) commutent, donc
t0 ,t1 A cos B −A sin B
RA = exp(A + iB) = ,
A sin B A cos B
Z t1 Z t1
où A = a(t)dt, B = b(t)dt.
t0 t0
Remarque. On peut montrer que cette formule est fausse si les A(t) ne commutent pas. Pour
cela, on utilise la propriété exp(F )0 = (F 0 + F 0 U − U F 0 ) exp(F ).
1 0
Exemple : soit A(t) = . L’équation différentielle associée
t 0
x0 = x , y 0 = tx,
t0 ,t
Wronskien. En dérivant le déterminant de la résolvante R = RA , on a
donc Z t
t0 ,t
det(RA ) = exp( tr(A(s) ds).
t0
Remarques. 1) Si n = 2 et si l’on connaı̂t une solution non nulle de l’équation, ceci permet
de trouver une autre solution linéairement indépednante par quadrature.
2) Si tr(A(t)) ≡ 0, le flot de l’équation préserve le volume.
x(t) = etA x0 .
30
Expression des solutions. Elle résulte de la théorie de la jordanisation. Rappelons l’énoncé
de celle-ci : il existe une base de E où la matrice de A est formée de blocs de Jordan diagonaux.
Ceux-ci sont de deux sortes :
1) blocs de Jordan réels : si λ ∈ R, k ∈ N∗ , le bloc de Jordan de taille k associé à la
valeur propre λ est
λ 1 0 ....... 0
0 λ 1 0 ··· 0
...................
J(λ, k) = ∈ M(k, R).
...................
0 ...... 0 λ 1
0.......... 0 λ
2) blocs de Jordan de type complexe : si λ = a + ib ∈ C \ R et k ∈ N∗ , le bloc de
Jordan de taille k associé à la valeur propre a + ib est
a −b
I2 02,2 . . . . . . . . . . . . . . . . . 02,2
b a
a −b
···
02,2 I2 02,2 02,2
b a
..........................................................
∈ M(2k, R).
JC (a + ib, k) = . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
a −b
02,2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . 02,2 I2
b a
a −b
02,2 ........................ 02,2
b a
(On le note ainsi pour le distinguer de J(a + ib, k)). Pour k = 1, on notera JC (a + ib, 1) =
JC (a + ib).
Remarques. 1) La matrice Diagk (JC (i)) est un endomorphisme de R2k tel que Jk2 = −Id,
donc il permet de munir R2k d’une structure complexe : (u + iv).x = ux + vJ(x). Ceci permet
d’identifier R2k = Ck , et J(a, b, 2k) devient alors J(a + ib, k). Noter que puisque J(a + ib, k)
commute avec la multiplication par i, ceci implique que J(a, b, 2k) commute avec Jk .
Du point de vue intrinsèque, on a la propriété suivante (exercice) : soit EC\R ⊂ E le sous-
espace A-invariant associé à la partie Spec(A) \ R du spectre de A. Alors il existe une unique
structure complexe J sur EC\R telle que :
AJ = JA, c’est-à-dire que A est C-linéaire pour la structure complexe J. Ceci permet de
définir SpecJ (A) ⊂ Spec(A), son spectre comme endomorphisme C-linéaire.
On a SpecJ (A) ⊂ H = {λ ∈ C | =λ) > 0}, le demi-plan supérieur.
Exemple : Spec(JC (a + ib) = {a + ib, a − ib}, SpecJC (i) (a + ib) = {a + ib} si b > 0.
Indication. Se ramener au cas où Spec(A) = {a+ib, a−ib} avec b > 0. Poser B = b−1 (A−aId)
de sorte que Spec(B) = {i, −i}, donc B 2 + Id = N est nilpotent. Poser enfin
−1/2 X −1
J = B Id + N =B 2 N r (somme finie).
r
r≥0
31
3) Chaque bloc de Jordan représente un endomorphisme J = λId + N , où N est nilpotent,
plus précisément N k = 0 si J est de taille k. Dans le cas d’un bloc de type complexe, Λ = a + ib et
4) En combinant ceci pour toutes les valeurs spectrales, on obtient la décomposition de Dun-
ford : A = S +N , où S est semi-simple c’est-à-dire de matrice diagonalisable sur C, N est nilpotente
et SN = N S (donc SA = AS, N A = AN ). Cette décomposition est unique (ne pas oublier la
propriété SN = N S pour avoir l’unicité).
En particulier, ker(N ) est bien défini, c’est le plus grand sous-espace stable sur lequel A est
semi-simple. . Avec un léger abus de langage, on l’appelle somme des espaces propres.
Exponentielles des blocs de Jordan. Puisque J = λId + N , où N k = 0 est nilpotent et
λId et N commutent, on a
k−1
X J(0, k)r r
exp(tJ(λ, k)) = etλ t ,
r=0
r!
r
où J(0, k) = (bi,j ) avec bi,j = 1 si j − i = r ∈ [0, k − 1], 0 sinon. Donc exp(tJ(λ, k)) = (ai,j ) avec
tn
ai,j = eta si j − i = r ∈ [0, k − 1], 0 sinon. Ou encore :
n!
2
tk−1 λt
teλt t2 eλt . . . . . . . . . . . (k−1)!
λt
e e
λt λt t2 λt tk−2 λt
0 e te 2e · · · (k−2)! e
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ............. .
exp(tJ(λ, k)) =
......................................
0 ............. 0 eλt teλt
λt
0 .................... 0 e
Plus généralement, on a
t2 tk−1
Et (a + ib) tEt (a + ib) 2 Et (a + ib) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . (k−1)! Et (a + ib)
2
tk−2
0 Et (a + ib) tEt (a + ib) t2 Et (a + ib) ··· + ib) (k−2)! Et (a
................................................................................
................................................................................
0 ........................... 0 Et (a + ib) tEt (a + ib)
0 ......................................... 0 Et (a + ib)
Remarque. Bien sûr, il n’est pas question d’apprendre ces formules par cœur. Cependant, il
est utile de se rappeler la conséquence suivante : toute solution de de l’équation x0 = AX a pour
composantes dans une base des sommes de termes de la forme tr eλt , tr eat cos(bt), tr eat sin(bt).
32
6. Étude asymptotique des solutions d’une équation différentielle linéaire à coefficients
constants.
Cette étude dépend du spectre de A et plus précisément de la position de celui-ci par rapport
aux imaginaires purs :
Spectre stable, instable, indifférent. Considérons la partition
formée des éléments tels que Re (λ) > 0, = 0 ou < 0 respectivement. La première partie est la
partie stable, la dernière la partie instable, celle du milieu la partie indifférente.
Cette décomposition du spectre correspond à une décomposition du polynôme caractŕistique
PA = PA,+ PA,0 PA,− en polynômes réels et deux à deux premiers entre eux. Une telle décomposi-
tion donne naissance à une unique décomposition en sous-espaces stables par A :
On peut prendre pour C n’importe quel nombre dans ]0, max(−Re Spec(A))[.
(iii) Il existe un produit scalaire euclidien et une constante C > 0 tels que t 7→ eCt ||etA .x0 ||
est décroissante sur R pour tout x0 ∈ E.
Autrement dit, ||etA .x0 || décroı̂t exponentiellement sur R , et ce uniformément en x0 . On peut
prendre C comme dans (ii).
(iv) Pour une norme quelconque, il existe K > 0 (indépendant de x0 ) tel que
avec le même C qu’au (i). Donc etA .x0 tend vers 0 exponentiellement, et ce de façon uniforme.
(v) Pour tout x0 ∈ E on a lim etA .x0 = 0.
t→+∞
33
Partant d’un produit scalaire (., .) quelconque, on définit
n−1
X
(x, y)R = R2k (N k x, N k y).
k=0
Or
n
X
||N x||2R = R2k ||N k+1 x||2
k=0
Xn
= R2j−2 ||N j x||2 ≤ R−2 ||x||2R .
j=1
Donc
(N x, x)R ≤ ||N x||R ||x||R ≤ R−1 ||x||2R ,
d’où finalement
(Ax, x)R ≤ (Re(λ) + R−1 ) ||x||2R .
Donc pour R assez grand le produit scalaire (, )R vérifie (ii). Et il est clair qu’on peut prendre
C < −Re(λ) quelconque. En considérant toutes les valeurs spectrales, on arrive ainsi à
Ensuite, supposons (ii) vrai. Soit f (t) = ||etA x0 ||2 . On peut supposer x0 6= 0, donc f (t) > 0
partout. Alors
f 0 (t) = 2(AetA .x0 , etA x0 ) ≤ −2Cf (t),
donc (log f )0 + 2C ≤ 0, soit e2Ct f = ||eCt x(t)||2 décroı̂t, ce qui donne (iii). Cette preuve montre
clairement que (ii) et (iii) sont équivalents.
Ensuite, (iii) implique (iv) par l’équivalence des normes, et (iv) implique trivialement (v).
Reste à prouver (v) ⇒ (i). Si (i) est faux, il existe λ = a + ib ∈ Spec(A) avec a ≥ 0, donc il
existe x0 = y0 + iz0 non nul dans le complexifié tel que A.x0 = λx. Alors
etA .x0 = etA .y0 + ietA .z0 = etλ x0 = eta (cos tby0 − sin tby0 ) + ieta (sin tbx0 + cos tby0 )
ne tend pas vers 0, donc etA .y0 ou etA .z0 ne tend pas vers 0, donc (v) est faux.
On a alors une décomposition invariante E = EA,− ⊕ EA,+ . L’étude faite dans le cas stable
implique la
34
Proposition. Soit A ∈ L(E) un champ linéaire hyperbolique. Soit E = EA,− ⊕ EA,+ la
décomposition invariante associée à Spec(A) = Spec− (A) q Spec+ (A).
On munit E d’une norme quelconque. Alors il existe C, K > 0 avec les propriétés suivantes.
Si x0 ∈ EA,− , alors
||etA x0 || ≤ Ke−Ct ||x0 || pour t ≥ 0.
Et si x0 ∈ EA,+ , alors
||etA x0 || ≥ KeCt ||x0 || pour t ≥ 0.
En particulier, on a les caractérisations “dynamiques”
qui justifient les appellations de sous-espaces stable pour EA,− et instable pour EA,+ .
a 0
Remarque. Le cas modèle est A = , avec a, b > 0. Les solutions de x0 = ax sont
0 −b
(eat x1 (0), e−bt x2 (0)). Si les deux composantes de la condition initiale (x1 (0), x2 (0)) sont non nulles,
la solution se trouve sur une hyperbole x1 x2 = cste.
(∀x ∈ E) (Ax, x) = 0.
Ou : toute solution de x0 = Ax a une norme consstante. On dit que (etA ) est un flot unitaire (ou
orthogonal).
(iv) Pour tout x ∈ E, etA x reste borné quand t ∈ R. Ou : toute solution de x0 = Ax est bornée
sur R.
Démonstration. Si E muni d’un produit scalaire euclidien, on a
d tAx 2
||e || = 2(AetAx , etAx ).
dt
D’où l’équivalence de (ii) et de (iii).
Ensuite, si (i) est vrai,ceci veutdire qu’il existe une base où la matrice de A est formée de
0 −bi
blocs de Jordan diagonaux . Dans cette base, le produit scalaire standard a la propriété
bi 0
voulue.
35
Par ailleurs, on a évidemment (iii) ⇒ (iv), reste à prouver (iii) ⇒ (i). D’après la section
précédente, on a Spec(A) ⊂ iR. De plus, si la matrice de A n’est pas diagonalisable sur /C, il y
a un bloc de Jordan J de taille k ≥ 2, donc tel que etJ fait intervenir des polynômes de degré
k − 1 > 0, donc il y a des vecteurs x tels que etA x n’est pas borné, contradiction.
Champs de vecteurs à spectre indifférent, suite. Si le spectre de A est contenu dans iR
mais A n’est pas semi-simple, toute solution de x0 = Ax qui ne part par de la somme des espaces
propres tend vers l’infini en norme. Plus précisément :
Proposition. Soit A un endomorphisme avec Spec(A) ⊂ iR. On note A = S + N sa
décomposition de Dunford. Si x0 ∈/ ker(N ), on a ||etA x0 || ∼ tk quand t → +∞, avec k ∈ N∗ .
Démonstration. On a etA = etS etN . Comme etS préserve une norme convenable, on peut
supposer S = 0. Soit k le plus petit entier tel que N k+1 x0 = 0, alors
X tr
etN x0 = k N r x0 ,
r=0
r
36
6. Théorème de Cauchy-Lipschitz.
Continuité et différentiabilité en fonction des solutions initiales.
Notations. Dans les chapitres sur les équations différentielles, E est un espace de Banach,
ou un R-espace vectoriel de dimension finie, avec sa topologie donnée par une norme quelconque.
En pratique, E est de dimension finie.
On considère U ⊂ R × E un ouvert, f : U → E une application continue, et on étudie
l’équation différentielle (x0 = X(t, x)). Parfois, pour souligner que la variable t est interprétée
comme temporelle, on utilise la notation newtonienne (ẋ = X(t, x)).
Dans le cas autonome, nous noterons le plus souvent l’équation sous la forme (x0 = X(x)),
où X : U → E est une application continue définie sur un ouvert de E. Cette application est
appelée champ de vecteurs sur U , ce qui permet d’interpréter géométriquement les solutions
comme les hhcourbes tangentes à X ii.
37
t0 ,t0
Notons que DX (t0 , t0 ) = {x ∈ E | (t0 , x) ∈ U } et que ϕX = Id.
On définit de même l’ensemble global de définition des solutions :
Proposition (propriété de flot). Supposons que l’équation (x0 = X(t, x)) a des solutions
uniques. Alors
t0 ,t2 t1 ,t2
ϕX = ϕX ◦ ϕtX0 ,t1 ,
où les deux membres sont des applications partiellement définies de E dans E. Plus précisément :
t0 ,t1
ϕtX0 ,t2 (x) = ϕtX1 ,t2 (ϕX (x)),
cette égalité ayant lieu si les deux membres sont bien définis. En fait, il suffit que le membre de
droite soit défini, celui de gauche le sera alors aussi.
Démonstration. Les applications u, v définies par
sont toutes les solutions maximales de (x0 = X(t, x)). On a u(t1 ) = ϕtX0 ,t1 (x) = v(t1 ). Par unicité
des solutions et maximalité, u = v, cqfd.
Corollaire. L’application ϕtX0 ,t1 est une bijection de DX (t0 , t1 ) sur DX (t1 , t0 ), et son inverse
est ϕtX1 ,t0 .
Cas autonome. Si x est solution d’une équation autonome (x0 = X(x)) avec la condition
initiale ϕ(0) = x, ϕ(t0 + t) est solution de la même équation avec la condition initiale ϕ(t0 ) = x.
0,t−t0
S’il y a unicité des solutions, on en déduit ϕtX0 ,t = ϕX . On notera ϕ0,t t
X = ϕX , d’où la propriété
de flot, qui justifie la notation exponentielle :
ϕt+u
X = ϕtX ◦ ϕuX .
38
Remarque. Nous verrons que γ est soit injective soit périodique. Dans ce dernier cas, l’image
est une courbe compacte. Dans le premier cas, c’est une courbe si et seulement si l’image est
localement fermée.
Exemple d’orbite non localement fermée : γ(t) = (eit , eiαt ), α ∈ R \ Q. On peut implanter cet
exemple sur R3 en prenant un champ de vecteurs tangent à un tore. Mais ça ne peut arriver dans
R2 (corollaire du théorème de Poincaré-Bendixson) ni évidemment dans R.
L’adhérence de’une orbite peut ne pas être une sous-variété, par exemple dans le cas de
l’attracteur de Lorenz.
4. Théorème de Cauchy-Lipschitz
Soit X : U ⊂ R × E → E une application localement Lipschitz par rapport à la variable
d’espace, et soit (t0 , x) ∈ U .
Alors l’équation différentielle (x0 = X(t, x)) a une solution telle que ϕ(t0 ) = x, définie sur
un intervalle ouvert contenant t0 . De plus, cette solution est unique, c’est-à-dire que si ψ est une
autre solution telle que ψ(t0 ) = x, on a ψ(t) = ϕ(t) si les deux membres sont définis.
Remarque. Si E est de dimension finie, le théorème de Cauchy-Peano dit que le résultat
d’existence reste vrai même si f n’est que continue. Mais ce résultat est rarement utilisé à cause
de la non-unicité.
Démonstration. Nous connaissons déjà l’unicité, il n’y a donc qu’à prouver l’existence.
Soit (t0 , x) ∈ U , nous choisissons r et ρ dans R∗+ assez petits pour que [t0 −r, t0 +r]×B 0 (x, ρ) ⊂
U et
||f || ≤ M < +∞ sur [t0 − r, t0 + r] × B 0 (x, ρ)
Lip2 (f ) = L < +∞ sur [t0 − r, t0 + r] × B 0 (x, ρ).
Quitte à diminuer r, on peut supposer Lr < 1 et M r ≤ ρ. On définit alors
E = C 0 ([t0 − r, t0 + r], E)
B 0 (r, ρ) = C 0 ([t0 − r, t0 + r], B 0 (x, ρ)).
Puisque E est un espace de Banach, E est aussi un espace de Banach pour la norme ||.||∞ . Et
B 0 (r, ρ) est un fermé de E donc un espace métrique complet.
Ensuite on définit F : [t0 − r, t0 + r] × B 0 (r, ρ) → E en posant
Z t
F (t, x) = x + X(s, x(s)) ds.
t0
L’application F est continue et vérifie ||F (t, x) − x|| ≤ M |t − t0 | ≤ M r ≤ ρ, donc F (., x) ∈ B 0 (r, ρ).
De plus,
Z t Z t
||F (t, x) − F (t, y)|| = || (X(s, x(s)) − tX(s, y(s))) ds|| ≤ L||x(s) − y(s)|| ds
t0 t0
≤ L|t − t0 |||x − y|| ≤ Lr||x − y||.
Donc l’application (x 7→ F (., x)), de B 0 (r, ρ) dans lui-même, est Lipschitz de constante ≤ Lr < 1,
donc c’est une contraction. Comme B 0 (r, ρ) est un espace métrique complet, (x 7→ F (., x)) a un
39
unique point fixe ϕ par le théorème de point fixe de Banach. L’application ϕ vérifie l’équation
intégrale Z t
ϕ(t) = x + X(s, ϕ(s)) Df.
t0
Donc elle est dérivable et vérifie ϕ0 (t) = X(t, ϕ(t)) sur [t0 − r, t0 + r]. De plus, ϕ(t0 ) = x, ce qui
prouve le théorème.
40
t ,t
Donc ϕXi i+1 est défini et continu sur un voisinage de ϕ(ti ). Utilisant la propriété de flot, on en
déduit que
t ,t t ,t
ϕtX0 ,tk = ϕXn−1 n ◦ ϕXn−2 n−1 · · · ϕX
t0 ,t1
ΦX (t, u, x) = ϕtXn ,u ◦ ϕX
t0 ,tn
◦ ϕt,t0
X (x)
F ((t1 , x1 ), x) = x − G(t1 , x1 , x) = 0,
∂F ∂G
Supposons que l’on sache que G est de classe C k . La dérivée sera Id− , qui est inversible
∂x ∂x
∂G
car G(t1 , x1 , .) est une contraction donc || || < 1. La proposition dira donc que ϕt1 ,x1 est une
∂x
fonction C de (t1 , x1 ), donc ϕt1 ,x1 (t) = ΦX (t1 , x1 , t) est une fonction C k de (t1 , x1 ) pour tout t.
k
Le fait que ΦX (t1 , x1 , t) est de classe C k par rapport à l’ensemble des variables (t1 , x1 , t) s’en
déduit en utilisant qu’elle est dérivable en t avec
∂ΦX
(t1 , x, t) = X(t, ϕt1 ,x1 (x)),
∂t
et en faisant une récurrence sur k.
Il suffit donc de montrer que F est de classe C k . Ceci résultera du lemme suivant.
Le ω-lemme. Soient E et F deux espaces vectoriels normés. Soit U un ouvert de E et soit
f : U → F une application de classe C k , k ∈ N∗ ∪ {∞}. Alors l’application
DΦ(g).h = Df ◦ x = [t 7→ Df (g(t)).h(t)].
41
Démonstration. Fixons g ∈ C 0 ([0, 1], U ). Par compacité de g([0, 1]), pour δ0 > 0 assez
petit, le voisinage V (ϕ([0, 1]), δ0 ) est contenu dans U . Soit h ∈ C 0 ([0, 1], E) vérifiant ||h|| < δ0 . Le
théorème des accroissements finis implique
||Φ(x + h) − Φ(x) − (Df ◦ x).h||C 0 ≤ max ||Df (ϕ(t) + sh(t)) − Df (ϕ(t))||.||h||C 0
t,s∈[0,1]
≤ sup ||Df (y) − Df (x))|| .||h||C 0 .
x ∈ g([0, 1]), y ∈ U
||x − y|| ≤ ||h||C 0
Ce lemme sera une conséquence immédiate du sous-lemme suivant, qui est une version renforcée
de la continuité uniforme d’une application continue sur un sous-ensemble compact..
Sous-lemme. Soit F : X → X une application continue entre deux espaces métri-ques. Si
K ⊂ X est compact, alors
sup = o(1) quand δ → 0.
x ∈ K, y ∈ X
d(x, y) ≤ δ
Preuve du sous-lemme. Si la conclusion est fausse, il existe ε > 0 et deux suites de points
xn ∈ K, yn ∈ X avec d(xn , yn ) → 0 et d(F (xn ), F (yn )) > ε. Quitte à extraire une sous-suite, on
peut supposer xn → x ∈ K. Alors yn → x, donc F (xn ), F (yn ) → F (x), d’où une contradiction.
Fin de la preuve du ω-lemme. Le sous-lemme appliqué à K = g([0, 1]), F = Df implique
Donc, ||Φ(x + h) − Φ(x) − (Df ◦ x).h||C 0 est un o(||h||C 0 ) quand ||h||C 0 → 0. Par ailleurs, ||(Df ◦
x).h||C 0 ≤ ||Df ◦ x||C 0 .||h||C 0 , donc la forme linéaire Df ◦ x est continue. Donc Φ est différentiable
en x, sa différentielle étant DΦ(x) = Df ◦ x. Enfin, l’application DΦ est continue d’après (∗). Ceci
prouve le cas où k = 1.
Comme DΦ a la même forme que Φ, une récurrence immédiate sur k prouve qu’elle est de
classe C k−1 si k ≥ 2 est fini, donc que Φ est de classe C k . Ceci étant vrai pour tout k fini est aussi
vrai pour k infini.
Corollaire. L’application ΦtX0 ,t1 est un C k -difféomorphisme de DX (t0 , t1 ) sur DX (t1 , t0 ).
7. Équation linéarisée
Soit X : U ⊂ R × E → E de classe C 1 . Soit ϕ : [t0 , t1 ] → E une solution de l’équation
0
(x = X(t, x)). L’équation linéarisée en ϕ (ou : le long de ϕ) est par définition l’équation
linéaire
∂X
(δx)0 = (t, ϕ(t)).δx.
∂x
Proposition. Soit f : U ⊂ R × E → E de classe C 1 . Soit (t0 , t1 , x) appartenant à DX ,
l’ensemble de définition global des solutions. Soit ϕ(t) = ΦX (t0 , t, x), la solution telle que ϕ(t0 ) = x,
définie sur [t0 , t1 ] (ou [t1 , t0 ] si t1 < t0 ). Alors
∂ΦX
(t0 , t1 , x) = Rϕ (t1 ),
∂x
42
où Rϕ : [t0 , t1 ] → GL(E) est la résolvante de l’équation linéarisée en ϕ, soit la solution de
dRϕ ∂X
= (t, ϕ(t)) ◦ Rϕ (t) , Rϕ (t0 ) = IdE .
dt ∂x
d ∂ΦX ∂X ∂ΦX
(t0 , t, x) = (s, ϕ(s)) ◦ (t0 , s, x).
dt ∂x ∂x ∂x
∂ΦX
Comme (t0 , t0 , x) = IdE , on a
∂x
∂ΦX
(t0 , t, x) = Rϕ (t).
∂x
(δx)0 = DX(ϕ(t)).δx.
43
Remarque. Si Σ est transverse à X en x0 , tout voisinage assez petit de x0 dans Σ est une
transversale à X. En effet, si ψ : W ⊂ Rn−1 → Σ est un paramétrage local tel que ψ(0) = x0 , soit
∂ψ ∂ψ
D : W → R , D(x) = det( ,···, , X(ψ(x)).
∂x1 ∂xn−1
Comme D(x0 ) 6= 0 et que D est continue, D ne s’annule pas si W est assez petit, cqfd.
En particulier, si x0 est un point régulier de X, et si H un hyperplan ne contenant pas X(x0 ).,
tout voisinage assez petit de x0 dans x0 + H est une transversale à x0 . Plus généralement,
Une boı̂te de flot pour X est une restriction de l’application globale de solution ΦX à un
produit Σ × I, où Σ ⊂ U est une hypersurface, telle que son image est un ouvert de U et qui est
un difféomorphisme sur son image.
∂ΦX
Ceci implique que Σ est une transversale, en effet on a (x, 0) = X(x) si x ∈ Σ, et comme
∂t
DΦX est injectif ceci n’est pas dans DΦX (Tx Σ) = Tx Σ.
On a une réciproque partielle.
Théorème. Soit X : U → E un champ de vecteurs de classe C 1 , et soit Σ ⊂ U une
transversale à X. Soit Σ1 ⊂ Σ un ouvert relativement compact dans Σ. Alors pour ε > 0 assez
petit, l’application ΦX est bien définie sur Σ1 ×]−ε, ε[ et est un C k -difféomorphisme sur son image,
donc une boı̂te de flot.
Corollaire (boı̂te de flot locale). Soit X : U → E un champ de vecteurs de classe C 1 , et
soit x0 ∈ U un point régulier. Soit H un hyperplan ne contenant pas X(x0 ), et soit r > 0 tel que
H ∩ B 0 (x0 , r) ⊂ U . Alors pour ε assez petit, la restriction ΦX |(H ∩ B 0 (x0 , r))×] − ε, ε[ est une boı̂te
de flot.
Démonstration. Le domaine de définition de ΦX contient le compact Σ1 × {0} et il est
ouvert, donc il contient Σ1 × [−ε1 , ε1 ] pour ε assez petit.
Puisque Σ est une transversale à X, l’application ΦX est une immersion sur Σ1 × {0}, donc
sur Σ1 × [−ε, ε] pour ε assez petit.
Reste à montrer que ΦX |Σ1 × [−ε, ε] est injectif pour ε assez petit. Montrons le par l’absurde :
si ce n’est pas le cas, il existe des suites (xi , ti ) et (yi , ui ) avec ti , ui → 0, (xi , ti ) 6= yi et ΦX (xi , ti ) =
ΦX (yi , ui ). Par compacité, on peut supposer que xi → x ∈ Σ, yi → y ∈ Σ1 . On a x = ΦX (x, 0) =
ΦX (y, 0) = y, et comme ΦX est une immersion en x, elle est localement injective, contradiction.;
Remarque. Cet argument est très général : il montre que si une application entre sous-
variétés est une immersion et est injective sur un compact K, elle est injective sur un voisinage de
K.
Redressement du flot. L’application Φ−1 X envoie les orbites de X sur celles du champ
constant X = en en préservant le temps, on dit qu’elle redresse localement (le flot de) X. On
peut reformuler le corollaire en disant que le flot d’un champ de vecteurs peut être localement
redressé en tout point régulier.
44
7. Complétude, orbites périodiques,
intégrales premières, fonctions de Liapounov.
1. Critère de prolongement
Théorème. Soit X : U ⊂ R×E → E localement Lipschitz en x. Soit x une solution maximale
de x0 = X(t, x), définie sur un intervalle fini ]a, b[ contenant t0 .
On suppose que (t, x(t)) reste dans un compact K ⊂ U pour tout t ∈ [t0 , b[. Alors x se prolonge
comme solution au-delà de b. On a un énoncé analogue si (t, x(t)) reste dans un compact K ⊂ U
pour tout t ∈]a, t0 ].
Corollaire. Toute orbite de X qui reste dans un compact de U pour tout t ≥ 0 (dans
l’intervalle de définition) est définie sur R+ . Si elle reste dans un compact de U pour tout t,
elle est définie sur R.
Démonstration. Quitte à extraire une sous-suite, on peut supposer que (tn , x(tn )) converge
vers (b, x∞ ) ∈ K. Par le théorème de Cauchy-Lipschitz, pour r > 0 assez petit et n assez grand il
existe une solution xn telle que xn (tn ) = x(tn ), et cette solution est définie sur [tn − r, tn + r]. Par
unicité des solutions, on a xn = x, ce qui permet de prolonger x comme solution jusqu’à tn + r,
qui est > b pour n assez grand, cqfd.
Remarque. Quand E est de dimension finie, K est compact si et seulement si il est borné
et fermé dans R × E. Ceci permet de donner des critères pratiques pour montrer qu’une solution
est définie sur [t0 , +∞[ ou sur ] − ∞, t0 ].
Par exemple, si U = R × E et ||X(t, x)|| ≤ C(t)||x||, on a ||x0 (t)|| ≤ C(t)||x(t)|| pour toute
solution. Par le lemme de comparaison,
Z t
||x(t)|| ≤ exp | C(s)ds| ||x(t0 )||,
t0
Jusqu’à la fin du cours sur les équations différentielles, nous nous restreignons à
des équations autonomes.
45
(ii) Si X est de classe C k avec k ∈ N∗ ∪ {∞}, ϕtX est un C k -difféomorphisme, et l’application
(x, t) 7→ ϕtX (x) est de classe C k . On dit que (ϕtX ) est un groupe à un paramètre de C k -difféomor-
phismes de U .
Remarque(exercice). Réciproquement, soit (ϕt ) un groupe à un paramètre de C 1 -difféo-
∂
morphismes de U . Alors X(x) := ϕt (x) est un champ de vecteurs à solutions uniques, complet
∂t |t=0
et tel que ϕtX = ϕt .
En particulier, on obtient ainsi une bijection naturelle entre champs de vecteurs C ∞ sur U et
groupes à un paramètre (ϕt ) dans Diff C ∞ (U ).
Exemple : champs à croissance au plus linéaire. Soit X : E → E un champ de vecteurs
localement Lipschitz et à croissance plus linéaire, c’est-à-dire ||X(x)|| ≤ C(||x|| + 1), ou ||X(x)|| ≤
C||x|| pour ||x|| ≥ 1. Alors X est complet d’après les remarques à la fin de la section 1.
Remarque (exercice). On peut montrer que pour tout champ de vecteurs X localement
Lipschitz il existe une fonction h : U → R∗+ de classe C ∞ telle que le champ hX est complet. Pour
cela, il suffit que, en notant IX (x) =]a(x), b(x)[, on ait
Z b(x) Z 0
dt dt
(∀x ∈ U ) = +∞ = .
0 h(ϕtX (x) a(x) h(ϕtX (x)
1
Si U = E il suffit d’avoir h ≤ . Noter que les orbites de hX sont les mêmes que celles de X,
||X||
avec un reparamétrage du temps.
3. Orbites périodiques
Définition. Soit X : U → E un champ de vecteurs localement Lipschitz. Une orbite x est dite
périodique si elle est non constante, définie sur R et est une application périodique, c’est-à-dire
qu’il existe T 6= 0 tel que x(t + T ) = x(t). L’ensemble de ces T plus 0 est alors un sous-groupe
discret de R, le groupe des périodes Pér(T ). Il est donc de la forme T Z où T > 0 est la période
minimale, appelé aussi simplement période.
Propriété. Soit x une orbite non constante. Elle est périodique si et seulement si elle est
non injective.
Démonstration. Il suffit de montrer hhsi ii. Par hypothèse, il existe t0 < t1 tels que x(t0 ) =
x(t1 ). Soit a = t1 − t0 , l’unicité des solutions implique que l’égalité x(t) = x(t + a) a lieu pour t
proche de t0 , puis pour tout t. Donc x est définie sur un intervalle stable par addition de a, donc
sur R, et elle est bien périodique.
Tt
Théorème. Si l’orbite x est périodique de période (minimale) T , l’application eit 7→ x
2π
est un difféomorphisme de U sur l’image C = x(R). En particulier, cette image est difféomorphe
à un cercle.
Démonstration. Cette application est continue et bijective, donc un homéomorphisme sur
son image puisque U est compact et E séparé. Elle est de plus une immersion, donc pour voir que
c’est un difféomorphisme il reste à montrer que C est une courbe (sous-variété de dimension 1) :
ceci résulte du fait que c’est une immersion et un homéomorphisme local, et de la linéarisation des
immersions.
46
Remarque (exercice). Si x : I → U est une orbite d’un champ de vecteurs localement
Lipschitz X, qui est fermée et non constante, alors x : I → x(I) est une immersion ouverte, donc
l’image est une courbe. De plus, si x(I) est compact, x est périodique.
Dans un cadre topologique : si l’on a une action continue (t, x) 7→ t.x de R sur un espace
topologique E localement compact (ou : un groupe à un paramètre d’homéomorphismes), toute
orbite t 7→ t.x est une application ouverte sur son image si celle-ci est fermée, et toute orbite
compacte est périodique.
4. Intégrales premières
Soit X : U → R un champ de vecteurs autonome, et soit F : U → R une fonction différentiable.
Soit x une solution de (x0 = X(x)), la dérivée de F le long de x est
d
Ḟ = F (ϕ(t)) = DF (ϕ(t))(ϕ0 (t))
dt
= DF (ϕ(t))(X(x(t)) = h∇F (x(t)), X(x(t))i.
Notons DF (X) = h∇F, Xi la fonction (x ∈ U 7→ DF (x)(X(x)) = h∇F (x), X(x)i). Cette dérivée
est donc DF (X) ◦ x, ou en abrégé :
Ḟ = DF (X).
Intégrale première. On dit que F est une intégrale première de X si F est constante
sur les solutions de x0 = X(x). D’après ce qui précède, ceci équivaut si F est différentiable à
DF (X) = 0. Géométriquement : ∇F et X sont orthogonaux.
Exemple : équations de Hamilton. Si H est une fonction de classe C 2 définie sur un ouvert
U ⊂ Rn × Rn , on définit le champ de vecteurs hamiltonien XH (q, p) = (∇q H, −∇p H). Noter
qu’il est de classe C 1 . Ses orbites sont les solutions des équations de Hamilton (autonomes)
∂H
q̇ = ∇p H =
∂p
∂H
ṗ = −∇q H = −
.
∂q
La fonction H est une intégrale première de ces équations. Exemple fondateur (mécanique clas-
||p||2
sique) : H(q, p) = + V (q).
2m
Le critère de prolongement implique immédiatement la
Proposition. Soit X : U → E un champ de vecteurs autonome, localement Lipschitz. Si X
a une intégrale première à niveaux compacts, X est complet.
47
(i) L’orbite ϕtX (x0 ) = x(t) de x0 est égale à C, et C est une courbe.
(ii) Si C est compacte, donc difféomorphe à S 1 , l’orbite est périodique.
Démonstration. (i) On a F (x(t)) = cste = F (x0 ) et on sait que l’orbite est contenue dans
Reg(X) = U \ Crit(F ), donc elle est contenue dans Γ, et comme elle est connexe elle est contenue
dans C. Par ailleurs, F |Γ est une submersion, donc Γ est une courbe, donc aussi C.
Reste à prouver que x : IX → C est surjectif, et pour cela que l’image est ouverte et fermée.
Elle est ouverte dans C puisque x est une immersion équidimensionnelle. Elle est fermée car si
x(tn ) converge vers x ∈ C, pour n assez grand on a x(tn ) ∈ ΦX ({x} × IX (x) puisque cet ensemble
est un voisinage de x dans C. Donc x(tn ) = ϕtX (x0 ) = ϕuXn (x), d’où x = ϕtXn −un (x0 ), cqfd.
(ii) La solution est définie sur R par le critère de prolongement. Comme elle est surjective,
continue et ouverte comme application à valeurs dans C, elle n’est pas injective sinon ce serait un
homéomorphisme de R sur C. Donc elle est périodique.
M ∈ GL(n, R) 7→ tM S0 M ∈ Sym(n, R)
est une submersion de classe C ∞ . Elle est donc linéarisable au voisinage de In , et en particulier,
il existe une section s : (U, 0) → (GL(n, R), In ) de classe C ∞ , telle que t s(S)S0 s(S) = S. Il suffit
alors de poser µ(x) = s(S(x))−1 .
48
Remarque. On peut aussi construire µ hhà la main ii.
On a donc f (x) = f (0) + σ(0)(µ(x).x, µ(x).x). L’application ϕ : x 7→ µ(x).x est de classe C k−2
et ϕ(0) = 0, Dϕ(0) = In , donc le théorème d’inversion locale donne un inverse ψ : (W, 0) → (Rn , 0).
Finalement, on a
i
X n
X
f (ψ(x)) = f (0) + σ(0)(x, x) = f (0) − x2j + x2j ,
j=1 j=i+1
cqfd.
Remarque. L’hypothèse de différentiabilité k ≥ 3 et la perte de deux dérivées k → k − 2 ne
sont pas optimales.
Corollaire. (i) Si x0 est un minimum non dégénéré (soit i = 0), il existe un voisinage U de
x0 et ε > 0 tels que les niveaux f −1 (c) ∩ U sont difféomorphes à S n−1 si f (x0 ) < c < f (x0 ) + ε.
On a un énoncé analogue si x0 est un maximum non dégénéré (soit i = n).
(ii) Soit V est un ouvert de R2 et X : V → R2 un champ de vecteurs de classe C 1 ayant
une intégrale première F de classe C k , k ≥ 3, (par exemple X = XF , champ hamiltonien), ayant
un extrémum non dégénéré en x0 . Alors toutes les orbites non constantes proches de x0 sont
périodiques. On dit que x0 est un centre.
Remarque. La période des orbites n’est pas constante en général. Si X = Xf , on peut mon-
trer qu’elle est constante (dans le cas d’un minimum) si et seulement si l’aire de f −1 ([f (x0 ), f (x0 )+
ε]) est const.ε.
6. Fonctions de Liapounov
Définitions. Soit X = U → E un champ de vecteurs localement Lipschitz, et soit F = U → R
une fonction continue. On dit que F est une fonction de Liapounov faible si F décroı̂t au sens
large (ou : ne croı̂t pas) le long de toute solution. Si F décroı̂t strictement le long de toutes solution
non constante, on dit que c’est une fonction de Liapounov forte.
Remarque. On trouve aussi les orthographes Liapounoff (articles originaux), Lyapounov, Lya-
punov...
Proposition. Supposons X différentiable.
(i) La fonction F est une fonction de Liapounov faible si et seulement si DF (X) ≤ 0.
(ii) C’est une fonction de Liapounov forte si DF (X) ne s’annule pas sur Reg(X).
Démonstration. Ceci résulte immédiatement de la formule Ḟ = DF (X) et du fait qu’une
solution non constante reste dans Reg(X).
Exemple. Soit X : Rn → Rn un champ de vecteurs tel que hX(x), xi < 0 si x 6= 0. Alors
F (x) = ||x||2 est une fonction de Liapounov forte.
Le critère de prolongement implique immédiatement la :
Proposition. Soit X : U → E un champ de vecteurs localement Lipschitz, ayant une fonction
de Liapounov faible F . Si les sous-niveaux F ≤c = {x ∈ U | F (x) ≤ c} sont compacts, toute orbite
est définie sur R+ .
Exemples. Si E est muni d’une norme quelconque, celle-ci est à sous-niveaux compacts
puisque E est de dimension finie. Donc un champ de vecteurs localement Lipschitz sur Rn tel que
hX(x), xi ≤ 0 a des orbites définies sur R+ .
49
7. Stabilité, stabilité asymptotique
Définitions Soit X : U → E un champ de vecteurs localement Lipschitz, et soit x0 ∈ U un
point singulier de X. Il est stable si pour tout voisinage V de x0 il existe un sous-voisinage W tel
que, pour tout x ∈ W , ϕtX (x) est défini pour t ≥ 0 et reste toujours dans V .
Remarque. Si V est relativement compact dans U , il suffit que ϕtX (x) reste dans V pour
tout x ∈ W et tout t ∈ IX (x) ∩ [0, +∞[. C’est le cas en particulier si V est positivement invariant
par le flot : donc x0 est stable dès qu’il existe un système fondamental de voisinages positivement
invariants par le flot.
Il est instable s’il n’est pas stable, autrement dit s’il existe un voisinage V de x0 tel que tout
voisinage f de x0 contient un point x dont l’orbite (ϕtX (x)) sort de V pour un certain temps t > 0.
Il est asymptotiquement stable s’il existe un voisinage V de x0 tel que ϕtX (x) est défini
pour tout x ∈ V et tout t ≥ 0, et lim ϕtX (x) = x0 uniformément sur V . Autrement dit, pour
t→+∞
tout voisinage W de x0 il existe T = T (W ) tel que ϕtX (V ) ⊂ W pour t ≥ T .
Remarques.
\ 1) Si V est relativement compact et positivement invariant\ par le flot, il suffit de
prouver que ϕtX (V ) = {x0 }. En effet, si W ⊂ est un voisinage ouvert, on a ϕtX (V )∩(V \W ) =
t≥0 t≥0
∅, donc par compacité et décroissance des ϕtX (V ), il existe T > 0 tel que ϕtX (V ) ∩ (V \ W ) = ∅
soit ϕtX (V ) ⊂ W .
2) Si x0 est asymptotiquement stable pour X, on dit aussi que x0 est un puits pour X, et
une source pour −X.
La proposition suivante est l’outil le plus utile pour prouver la stabilité (surtout asymptotique)
d’un point singulier.
Proposition. Soit x0 un point singulier d’un champ de vecteurs localement Lipschitz.
(i) On suppose qu’il existe un voisinage V de x0 et une fonction de Liapounov faible F : V →
[0, +∞[ ayant un minimum strict en x0 . Alors x est stable.
(ii) On suppose de plus que F est une fonction de Liapounov forte et que x0 est isolé comme
point singulier. Alors x0 est asymptotiquement stable.
Démonstration. Soit δ > 0 tel que B 0 (x, δ) ⊂ V , et soit
ε0 = min F >0
B 0 (x0 ,δ)\B(x0 ,δ/2)
(il faut prendre la couronne B 0 (x0 , δ) \ B(x0 , δ/2) et non la sphère S(x0 , δ/2)). Alors pour
0 < ε ≤ ε0 , on a
Vε := F −1 ([0, ε]) ∩ B(x, δ) = F −1 ([0, ε]) ∩ B 0 (x, δ/2),
donc Vε est compact.
T
(i) Comme ε Vε = {x0 } puisque x0 est un minimum strict, les Vε forment une base de
voisinages compacts de x. Chaque Vε est positivement invariant par le flot, donc x0 est stable
d’après la remarque ci-dessus.
\(ii) Quitte à diminuer U on peut supposer que X ne s’annule pas sur U \ {x0 }. Posons K =
ϕtX (Vε0 ), il s’agit de montrer que K = {x0 }. Comme Vε0 est positivement invariant par le
t∈[0,+∞[
flot, on a ϕtX (K) = K pour tout t ≥ 0, donc
max F = max F ◦ ϕ1X .
K K
50
Or, si x 6= x0 on a X(x0 ) 6= 0 donc F (ϕtX (x)) < F (x) si t > 0. Donc, si K n’est pas réduit à x0 ,
on a
max F ◦ ϕ1X < max F,
K K
contradiction.
Comme corollaire, on en déduit une condition suffisante de stabilité asymptotique en fonction
du spectre de DX(x0 ). On a aussi une condition nécessaire de stabilité :
Proposition (stabilité et spectre de DX(x0 )). Soit x0 un point singulier de X, champ
de vecteurs de classe C 1 .
(i) Supposons que le spectre de DX(x0 ) est stable, c’est-à-dire contenu dans {Re(λ) < 0}.
Alors x0 est asymptotiquement stable.
(ii) Supposons que DX(x0 ) a du spectre instable, c’est-à-dire que Spec(DX(x0 )) rencontre
{Re(λ) > 0}. Alors x0 est instable.
Démonstration.
(i) D’après l’hypothèse, il existe un produit scalaire et une constante C > 0 tels que
C
(X(x), x − x0 ) ≤ − ||x − x0 ||2 .
2
Posant F (x) = ||x − x0 ||2 , on a donc DF (X) ≤ −CF . On peut appliquer le critère précédent,
ou plus simplement observer que ceci implique ||ϕtX (x) − x0 || ≤ e−Ct/2 ||x − x0 ||, ce qui prouve
clairement que x0 est asymptotiquement stable.
(ii) On peut supposer x0 = 0. Posons A = DX(0), on a une décomposition A-invariante
E = E+ ⊕ F avec E+ 6= 0, Spec(A|E+ ) ⊂ {Re(λ) > 0} et Spec(A|F ) ⊂ {Re(λ) ≤ 0}. On identifie
E = E+ × F , un élément de e sera écrit x = (u, v).
Il existe C > 0 et un produit scalaire sur E+ tels que (Au, u) ≥ C||u||2 sur E+ . Par ailleurs,
le spectre de (A − C4 Id)|F est contenu dans {Re(λ) ≤ 0}, donc pour tout ε > 0 il existe un produit
scalaire sur F tel que (Av, v) ≤ ε||v||2 sur F . Appliquons cela avec ε = C4 , il vient
C
(Au, u) − (Av, v) ≥ C||u||2 − ||v||2 .
4
Munissons E du produit scalaire somme. Définissons G(x) = G(u, v) = ||u||2 − ||v||2 . Alors
C C
DG(x).X(x) ≥ C||u||2 − ||v||2 − (||u||2 + ||v||2 )
4 4
C C
≥ (||u||2 − ||v||2 ) = G(x).
2 2
51
Soit u0 ∈ E+ tel que 0 < ||u0 || < δ. Alors G(u0 , 0) = ||u0 ||2 > 0, donc tant que ϕtX (u0 , 0) est défini
on a
G(ϕtX (u0 , 0)) ≥ eCt/2 G(u0 , 0) = eCt/2 ||u0 ||2 .
Ceci prouve que l’orbite ϕtX (u0 , 0) sort de B(0, δ) en un temps positif fini. Comme u0 est arbi-
trairement petit, le point 0 est instable.
Remarque. Noter qu’on peut estimer le temps T que met ϕtX (u0 , 0) à sortir de B(0, δ) : on a
δ
T ≤ 2C −1 log .
||u0 ||
Remarque. Si Spec(DX(x0 )) est contenu dans {Re(λ) ≤ 0} et rencontre iR, on ne peut
rien dire sans information supplémentaire : on peut avoir stabilité asymptotique, stabilité mais pas
stabilité asymptotique, instabilité.
52
8. Étude des points singuliers en dimension deux.
Φ
U −−−→ U1
ϕtX y
tA
ye
Φ
U −−−→ U1
Autrement dit :
ϕtX (x) = Φ−1 (etA Φ(x))
si l’un des deux membres a un sens (l’autre membre ayant alors aussi un sens).
2) Si dim(E) = 2 et X est de classe C 2 , Φ peut être pris de classe C 1 . On dit alors que X est
1
C -linéarisable en x0 .
3) (Sternberg) Si dim(E) = 2 et si les valeurs propres de DX(x0 ) sont non nulles et telles que
λ1
/ Q∗+ \ {1}, Φ peut être pris de classe C ∞ , on dit alors que X est C ∞ -linéarisable en x0 .
∈
λ2
Définition. L’homéomorphisme (ou difféomorphisme) Φ s’appelle une conjugaison de X à
sa partie linéaire.
53
Théorème de linéarisation globale. Soit A ∈ GL(E) un automorphisme hyperbolique,
c’est-à-dire Spec(A) ∩ U = ∅. Il existe ε(A) > 0 avec la propriété suivante. Si ϕ est un homéomor-
phisme lipschitzien de E tel que ϕ − A est borné et Lip(ϕ − A) < ε(A), il existe une unique
conjugaison Lipschitz h = Id + u : E → E de ϕ à A.
Ce dernier résultat se trouve en cherchant u ∈ Cb0 (E, E) comme point fixe d’une contraction.
2) L’obstruction à avoir une conjugaison au moins C 1 estP dûe aux résonances de DX(x0 ).
n
Par définition, une résonance
P d’ordre k est une relation λ i = j=1 ki λj entre les valeurs propres
de DX(x0 ), avec kj ∈ N, j kj = k ≥ 2.
Exercice. (i) Montrer que X(x, y) = (x, 2y +x2 ) est C 1 -linéarisable, mais pas C 2 -linéarisable
en 0.
(ii)* Soit A ∈ L(E) ayant une résonance d’ordre k. Montrer qu’il existe un champ
de vecteurs polynomial X0 de degré k qui n’est pas C k -linéarisable en 0, et que tout champ X de
classe C k ayant le même développement de Taylor que X à l’ordre k est non C k -linéarisable en 0.
3) On peut aussi avoir non-ilnéarisabilité C 1 :
• (Irwin) Si X(x, y, z) = (x, −y, z + txy), X n’est pas C 1 -linéarisable, ni même Lipschitz-
linéarisable en 0. Noter que X est C ∞ et même analytique réel.
z
• Si E = C et X(z) = −z − i sur C, avec X(0) = 0. Alors X est de classe C 1 ,
log |z|
DX(0) = −Id, mais (exercice) en travaillant en coordonnées polaires on voit que les solutions
non nulles spiralent autour de zéro, donc qu’on ne peut avoir une conjugaison C 1 . [ceci contredit
[Demazure], Théorème VIII-11.3 et VIII-11.4, p266-267]. Je soupçonne que X n’est pas non plus
Lipschitz-linéarisable.
4) Le théorème (difficile) de Sternberg se généralise en dimension quelconque, sous l’hypothèse
que DX(x0 ) n’a pas de résonance du tout.
Dans les sections suivantes, X est un champ de vecteurs de classe C 1 sur U ⊂ R2 , ayant
un point singulier en x0 . Nous allons décrire qualitativement le flot de X au voisinage de x0 , en
distinguant plusieurs cas suivant la réalité, le signe et la multiplicité des valeurs propres.
2. Foyers
Définition. Le point x0 est un foyer si DX(x0 ) a deux valeurs propres complexes conjuguées
non
réelles
et non imaginaires pures, autrement dit si sa matrice dans une base convenable est
a −b
, a et b 6= 0. En notation complexe E = C, ceci s’écrit DX(x0 ) = (a + ib)Id. Il est
b a
attractif si a < 0, soit tr(A) < 0, et répulsif si a > 0, soit tr(A) > 0.
Étude d’un foyer attractif pour t → +∞. On a alors stabilité asymptotique, en fait il
existe une norme euclidienne telle que ||x − x0 || est une fonction de Liapounov forte donc décroı̂t
strictement vers 0 le long des orbites près de x0 .
Pour avoir une description plus précise, on étudie d’abord le flot linéaire, dont les orbites sont
z(t) = ea+ibt z(0) : pour t → +∞, les orbites non constantes spiralent autour de zéro au sens
suivant : l’argument θ(t) = bt + θ(0) tend de façon strictement monotone vers ±∞ suivant le signe
de b, et de même pour l’argument du vecteur dérivé z 0 (t) = (a + ib)z(t), qui vaut arg(a + ib) + θ(t)
En utilisant le théorème de théorème de Hartman, on en déduit que si X est de classe C 2 , ses
orbites non constantes et partant assez près de x0 spiralent autour de x0 pour t → +∞.
54
Remarque. En fait, même si X n’est que de classe C 1 , on peut voir que les orbites non
constantes du flot non linéaire spiralent toujours (en un sens légèrement plus faible). En effet, il
suffit d’étudier la variation de l’argument θ(t) le long d’une telle orbite :
xy 0 − x0 y
θ0 (t) = = b + o(1).
x2 + y 2
donc θ(t) tend vers ±∞, de façon strictement monotone pour t assez grand. Et de même arg(z 0 (t)) =
arg(a + ib) + θ(t) + o(1), donc cet argument tend vers ±∞. Si X n’est que C 1 , il n’est pas sûr que
ce soit de façon strictement monotone, mais ça ne change guère le dessin.
3. Nœuds
Définition. Le point x0 est un nœud si Spec(DX(x0 )) est contenu dans ] − ∞, 0[ ou dans
]0 + ∞[. Ceci équivaut à tr(A)2 ≥ 4 det(A). Le nœud est attractif si Spec(A) ⊂] − ∞, 0[, soit
tr(A) < 0, répulsif si Spec(A) ⊂]0 + ∞[, soit tr(A) > 0.
Si A = a Id, on a un nœud propre, sinon il est impropre.
Étude du flot. Comme pour les foyers, nous étudions le cas attractif, avec t → +∞. Ici
encore, il existe une norme euclidienne telle que ||x − x0 ||2 est une fonction de Liapounov stricte,
donc x0 est asymptotiquement stable.
Étude du flot linéaire.
a) Si le nœud est propre, soit DX(x0 ) = a Id avec a < 0, les orbites du flot linéaire
sont eat v. Donc celles qui sont non constantes ont pour images les demi-droites vectorielles. Elles
partent de l’infini et aboutissent à l’origine.
Flot non linéaire. Supposons X de classe C 2 et appliquons Hartman. Les orbites arrivant
à 0 peuvent s’écrire
ϕv (t) = Φ−1 (eat εv) , ||v|| = 1,
si ε est assez petit. Donc le vecteur tangent unitaire est
ϕv (t)
= D(Φ−1 )ϕv (t) (−v),
||ϕv (t)||
qui tend vers −v quand t tend vers +∞. Donc chaque orbite a une direction tangente limite, et il
y a exactement (à reparamétrage près) une orbite de direction limite donnée.
Remarque. Cette fois, si X n’est que de classe C 1 les orbites peuvent ne pas avoir de direction
iz
limite, par exemple spiraler comme dans l’exemple déjà vu X(x, y) = −z − .
log |z|
b) Si le nœud est impropre, il y a deux possibilités (dans une base convenable) :
a 0
(i) DX(x0 ) = avec a < b < 0.
0 b
a 1
(ii) DX(x0 ) = avec a < 0.
0 a
Dans le cas (i) les orbites du flot linéaire sont (eat u, ebt v). Elles ont toutes une direction
tangente limite, qui vaut (±1, 0) [espace propre associé à la plus grande valeur propre en module]
sauf pour les orbites (0, ±ebt ) qui donnent (0, ∓1) [espace propre associé à la plus petite valeur
propre en module].
55
Dans le cas (ii), les orbites du flot linéaire sont
Elles ont toutes une direction tangente limite [dans l’espace propre], qui est
• (−1, 0) si y(0) > 0 ou (y(0) = 0, x(0) > 0),
• (1, 0) si y(0) < 0 ou (y(0) = 0, x(0) < 0).
Étude du flot non linéaire. Si X est de classe C 2 , les orbites du flot non linéaire ont les
mêmes propriétés par le théorème de Hartman.
4. Col, ou point-selle
Définition. Le point x est un col, ou point-selle, si Spec(DX(x0 )) est formé de deux nom-
bres réels de signes opposés.
a 0
Donc dans une base convenable on a DX(x0 ) = A = , avec a < 0 < b.
0 b
−a p
Les orbites du flot linéaire sont (eat x(0), ebt y(0)). Elles vérifient xb y −a = cste. Si = est
b q
rationnel, on a donc une intégrale première xq y p qui est de classe C ∞ .
Toutes les orbites non constantes sauf quatre vont de l’infini à l’infini. Les quatre orbites
particulières sont
- (±eat , 0), qui vont de l’infini à l’origine.
- (0, ±ebt ), qui vont de l’origine à l’infini.
Flot non linéaire. Appliquons le théorème de Hartman. Alors pour V voisinage de x assez
petit, toute orbite issue de V \ {0} sort de V pour t → ±∞, sauf quatre orbites exceptionnelles :
• Les deux séparatrices stables Φ−1 (±eat , 0), qui tendent vers x en +∞ et sortent de V
pour un t < 0
• Les deux séparatrices insstables Φ−1 (0, ±ebt ), qui sortent de V pour un t > 0 et
tendent vers 0 en −∞.
Si de plus X est de classe C 2 , la direction tangente limite en x des deux séparatrices stables
est (∓1, 0), celle des deux séparatrices instables est (0, ±1).
Remarques. 1) En fait, si X n’est que C 1 l’énoncé sur la tangente limite des séparatrices
reste vrai de sorte que l’union des deux séparatrices stables et de x0 est une sous-variété (courbe)
de classe C 1 , la variété stable locale. Si X est de classe C k avec k ≥ 2, alors cette variété stable
est de classe C ∞ . Plus généralement, si DX(x0 ) est hyperbolique soit Spec(DX(x0 )) ∩ iR = ∅, on
peut définir la variétés stable locale par
s
Wloc (X, x0 ) = {x ∈ U | (∀t ≥ 0) ϕtX (x) ∈ U et lim ϕtX (x) = x0 },
t→+∞
où U est un voisinage de x0 assez petit. On peut montrer que c’est une sous-variété de la même
différentiabilité que X, d’espace tangent
s
Tx0 W = EDX(x0)
= {v ∈ E | lim etDX(x0 ) v = 0}.
t→+∞
56
2) Le théorème de Hartman donne l’intégrale première locale (xb y −a )◦Φ. Souvent, une intégrale
première équivalente peut être trouvée sans le théorème de Hartman, par exemple dans le cas
hamiltonien.
57