LA COUR PENALE INTERNATIONALE (Enregistré Automatiquement)
LA COUR PENALE INTERNATIONALE (Enregistré Automatiquement)
PRESENTATION DU MINI-MEMOIRE
Encadreur :
Dr. ATSE
Etudiant(e) :
GUINDO Kenza Mariatou
Contact : 07-89-69-53-95
L’histoire de l’humanité est marquée par des conflits sanglants, des massacres de masse et des
persécutions systématiques qui ont causé la mort de millions de personnes. La Shoah 1 durant la
Seconde Guerre mondiale, les massacres des Khmers rouges au Cambodge, le génocide des
Tutsis au Rwanda en 1994, les conflits en ex-Yougoslavie et plus récemment les violences en
Syrie, en Ukraine ou encore en Palestine, illustrent la récurrence de ces crimes à travers le
monde.
Pendant longtemps, ces exactions sont restées impunies en raison de la souveraineté des États et
du principe de non-ingérence. Les auteurs de ces crimes étaient rarement jugés, et lorsque des
poursuites étaient engagées, elles relevaient le plus souvent de tribunaux nationaux, soumis à des
pressions politiques ou à des systèmes judiciaires inefficaces. Pour pallier ces insuffisances, la
communauté internationale a progressivement mis en place des mécanismes de justice pénale
internationale, destinés à juger les responsables des crimes les plus graves et à lutter contre
l’impunité.
Dans un premier temps, cette justice pénale internationale a pris la forme de tribunaux ad hoc,
créés pour répondre à des situations précises. Ainsi, après la Seconde Guerre mondiale, le
Tribunal militaire international de Nuremberg (1945-1946) et le Tribunal de Tokyo (1946-1948)
ont marqué un tournant en jugeant les hauts responsables nazis et japonais pour crimes de guerre
et crimes contre l’humanité. Toutefois, ces tribunaux étaient des initiatives exceptionnelles,
créées pour juger des crimes spécifiques après des conflits majeurs.
Il a fallu attendre les années 1990 pour voir émerger une nouvelle génération de tribunaux pénaux
internationaux, avec notamment le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY),
instauré en 1993 par le Conseil de sécurité de l’ONU pour juger les responsables des atrocités
commises en ex-Yougoslavie, et le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), créé en
1994 à la suite du génocide rwandais2. Ces juridictions ont permis de juger des centaines de
responsables, mais elles présentaient des limites : elles étaient temporaires, leurs compétences
étaient territorialement restreintes, et elles dépendaient des Nations unies.
1
Extermination systématique de juifs
2
Génocide des Tutsis par les Hutus
1
Face à ces lacunes, la nécessité d’une juridiction pénale internationale permanente, dotée d’une
compétence universelle et capable de juger les crimes internationaux indépendamment des
conflits et des contextes nationaux, est devenue une priorité.
C’est dans ce contexte que la Cour pénale internationale (CPI) a vu le jour avec l’adoption du
Statut de Rome le 17 juillet 1998, et entre en vigueur le 1er juillet 2002 après sa ratification par
soixante États. Contrairement aux tribunaux ad hoc, la CPI est une juridiction permanente,
compétente pour juger les individus auteurs des crimes les plus graves lorsqu’un État n’a pas la
volonté ou la capacité de les poursuivre.
Depuis sa création, la CPI a traité plusieurs affaires marquantes, impliquant des personnalités
politiques et militaires de premier plan, telles que Jean-Pierre Bemba en République
centrafricaine3, Bosco Ntaganda en République démocratique du Congo 4, ou encore Dominic
Ongwen en Ouganda5. Ces procès ont marqué des avancées significatives en matière de
reconnaissance des violences sexuelles comme crimes de guerre et crimes contre l’humanité.
Toutefois, la CPI suscite aussi de nombreuses critiques, notamment sur son efficacité, sa
partialité supposée et les limites de son action. Certains États, comme les États-Unis, la Russie et
la Chine, n’ont jamais ratifié le Statut de Rome, et plusieurs pays africains ont accusé la CPI de
disproportionnellement cibler des dirigeants africains, au point que certains ont menacé de se
retirer de la juridiction6.
En quoi la cour pénale internationale est-elle un élément de dissuasion face aux crimes grave ?
L’étude de l’apport de la Cour pénale internationale (CPI) dans la lutte contre les crimes
internationaux revêt un intérêt majeur tant sur le plan juridique que politique et humanitaire. En
3
Le 21 mars 2016, la Chambre de première instance III a déclaré Jean-Pierre Bemba coupable de crimes de guerre et de crimes
contre l'humanité.
4
Le 8 juillet 2019, la Chambre de première instance VI a déclaré Bosco Ntaganda coupable de crimes de guerre et de crimes
contre l'humanité commis en Ituri, en République démocratique du Congo.
5
Le 4 février 2021, la Chambre de première instance IX a déclaré Dominic Ongwen coupable de crimes de guerre et de crimes
contre l'humanité commis en Ouganda.
6
« Pourquoi des États africains se retirent de la Cour pénale internationale », Le Figaro, 26 octobre 2016,
[Link]
[Link], consulté le 15 mars 2025.
2
effet, dans un contexte mondial marqué par la répétition de crimes de masse et l’incapacité de
nombreux États à poursuivre les auteurs, la CPI incarne l’espoir d’un système de justice pénale
international fondé sur la responsabilité individuelle, l’universalité du droit et la fin de l’impunité.
Comprendre le rôle de cette institution permet d’évaluer sa capacité réelle à dissuader les crimes
les plus graves, à rendre justice aux victimes, et à affirmer la primauté du droit face à la barbarie.
En outre, cette réflexion soulève des enjeux contemporains essentiels : la souveraineté des États
face à la justice internationale, la coopération interétatique, la politisation du droit et la quête
d’une justice équitable pour tous, indépendamment de la géographie ou du pouvoir. Ce sujet
s’inscrit donc dans une dynamique plus large de consolidation du droit international pénal et de
promotion des valeurs universelles des droits humains.
Pour répondre à cette question, nous analyserons dans une première partie comment la CPI a
renforcé la lutte contre l’impunité à travers ses mécanismes juridiques et ses condamnations
marquantes. Nous verrons comment elle a contribué à la reconnaissance et à la répression des
crimes les plus graves, tout en influençant le droit pénal international.
Dans une seconde partie, nous examinerons comment la CPI malgré le fait qu’elle constitue un
levier d’évolution pour la justice pénale internationale, en influençant les États et d’autres
juridictions, se doit de faire face aux défis majeurs liés à la coopération des États, aux critiques
sur son impartialité et ainsi trouver des réformes nécessaires pour renforcer son efficacité.
3
Le Statut de Rome du 17 juillet 1998, qui établit la Cour pénale internationale (CPI), repose sur le
principe fondamental de la gravité. L’article 5 7 du Statut accorde la compétence matérielle de la
Cour aux crimes les plus graves qui touchent l’ensemble de la communauté internationale. Ces
crimes sont au nombre de quatre : le génocide, les crimes contre l’humanité, les crimes de guerre,
et le crime d’agression. Cette sélection reflète une hiérarchie normative au sein du droit
international pénal, qui distingue certains crimes comme étant de nature si grave qu’ils
nécessitent l’intervention d’une juridiction internationale permanente et compétente.
1. Le crime de génocide
Le génocide, tel que défini à l’article 6 8 du Statut de Rome, constitue l’un des crimes les plus
gravement réprimés par le droit pénal international. Héritée de la Convention des Nations Unies
pour la prévention et la répression du crime de génocide du 9 décembre 1948, cette infraction
implique l’intention spécifique de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique,
racial ou religieux, en recourant à l’un des cinq actes énumérés par le texte, parmi lesquels le
meurtre, les atteintes graves à l’intégrité physique ou mentale, ou encore la soumission
intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique.
Mais le génocide ne se limite pas à l’élimination physique immédiate des membres du groupe. Il
s’étend également à la destruction biologique et sociale du groupe. En effet, le Statut de Rome
prévoit que l’entrave volontaire aux naissances au sein du groupe, ainsi que le transfert forcé
d’enfants vers un autre groupe, constituent des actes génocidaires. Ces pratiques visent à
empêcher la perpétuation de l’identité collective visée, dans une logique d’anéantissement total.
À titre d’exemple, lors du génocide rwandais de 1994, de nombreuses femmes Tutsies ont été
victimes de viols systématiques, parfois accompagnés de mutilations sexuelles, dans l’objectif
explicite d’empêcher toute reproduction et de briser la transmission du groupe. Ces crimes ont été
reconnus comme des moyens de destruction du groupe Tutsi.
7
Article 5, Statut de Rome, 1998
8
Article 6, Statut de Rome, 1998
4
La jurisprudence a consacré cette approche dans l’affaire Le Procureur c. Jean-Paul Akayesu9,
rendue par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), où le Tribunal a affirmé que
les viols, lorsqu’ils sont commis avec l’intention de détruire un groupe, peuvent constituer des
actes de génocide. Le TPIR a ainsi reconnu pour la première fois dans l’histoire du droit
international que les violences sexuelles peuvent être utilisées comme instrument de destruction
d’un groupe.
Sur le plan doctrinal, William Schabas insiste sur cette dimension multiforme du génocide. Selon
lui, le crime ne doit pas être perçu uniquement comme une destruction physique, mais comme
une entreprise de démantèlement de l’identité du groupe. Il affirme que : « le génocide n’est pas
seulement une tentative de tuer les membres d’un groupe, mais aussi d’empêcher qu’il se
reproduise ou qu’il continue d’exister dans sa spécificité culturelle ou biologique »10.
Par ailleurs, bien que la Cour pénale internationale (CPI) n’ait pas encore rendu de jugement
définitif sur un cas de génocide, elle a engagé plusieurs poursuites sur cette base, notamment à
l’encontre de l’ancien président soudanais Omar el-Béchir, accusé de génocide au Darfour. Le
mandat d’arrêt délivré en 2009 établit que les forces soudanaises ont ciblé de manière
systématique les groupes ethniques four, massalit et zaghawa, dans une politique d’extermination
et de nettoyage ethnique, caractérisée par des meurtres, des viols, des déplacements forcés et des
entraves aux naissances.
Ce qui distingue fondamentalement le génocide des autres crimes internationaux est la présence
du dol spécial, c’est-à-dire une intention délibérée de détruire un groupe déterminé. Cette
exigence rend sa preuve particulièrement ardue, car elle ne peut se déduire des seuls actes
matériels, mais suppose l’établissement d’un faisceau d’indices concordants permettant d’en
déduire l’intention génocidaire, comme la nature des actes, leur répétition, les discours de haine,
ou encore les politiques institutionnelles menées.
9
TPIR, Le Procureur c. Jean-Paul Akayesu, jugement du 2 septembre 1998, affaire n° ICTR-96-4-T, § 731-734.
10
William A. Schabas, Genocide in International Law: The Crime of Crimes, Cambridge University Press, 2e éd., 2009, p. 206-
212.
5
2. Les crimes contre l’humanité
Les crimes contre l’humanité, tels que définis à l’article 7 11 du Statut de Rome, désignent une
série d’actes inhumains commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique dirigée
contre une population civile, avec la connaissance de cette attaque. Ce critère distinctif implique
que ces crimes ne sont pas des actes isolés, mais s’inscrivent dans une politique ou un plan
d’envergure, souvent organisé par un État ou un groupe armé. Contrairement au génocide, les
crimes contre l’humanité ne requièrent pas l’intention d’anéantir un groupe en tant que tel, mais
visent à sanctionner l’usage massif et structuré de la violence contre des civils, qu’il s’agisse de
populations civiles en temps de paix ou de guerre.
La liste des actes constitutifs de cette catégorie est vaste, incluant notamment le meurtre,
l’extermination, la réduction en esclavage, la déportation ou le transfert forcé de population,
l’emprisonnement arbitraire, la torture, le viol, la persécution, la disparition forcée, ou encore le
crime d’apartheid. Ce champ étendu permet de saisir la complexité des atteintes systématiques
aux droits fondamentaux dans les contextes de conflits modernes.
Un exemple frappant est celui de la situation en République centrafricaine, dans laquelle les
violences intercommunautaires opposant les milices Seleka et Anti-balaka ont donné lieu à des
persécutions ciblées, notamment contre les populations musulmanes. La Cour pénale
internationale a ouvert des enquêtes sur des crimes contre l’humanité, mettant en évidence la
dimension planifiée et massive des exactions, en particulier les meurtres, viols, pillages, et
déplacements forcés.
6
l’affaire a établi des principes essentiels concernant la tolérance zéro envers l’inaction d’un
commandant face aux crimes commis par ses subordonnés12.
Sur le plan doctrinal, Mireille Delmas-Marty observe que les crimes contre l’humanité traduisent
une transformation du droit pénal international, passant d’une responsabilité étatique à une
responsabilité pénale individuelle. Selon elle, « la répression des crimes contre l’humanité met
en cause non seulement les actes mais le système de domination ou d’oppression lui-même,
visant à briser l’impunité des puissants »13.
D’autres affaires, comme celle de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, ont également été
déterminantes. Bien que ces procédures n’aient pas abouti à des condamnations, elles ont permis
à la CPI de préciser les critères de « caractère généralisé ou systématique », et de s’interroger sur
la distinction entre des violences organisées et des troubles post-électoraux spontanés. L’analyse
de la stratégie politique et des discours de mobilisation a été centrale pour déterminer l’existence
d’un plan concerté visant les populations civiles.
Ainsi, les crimes contre l’humanité, au-delà de leur gravité intrinsèque, témoignent d’une volonté
de la justice internationale de lutter contre les dynamiques organisées de violence de masse,
même en l’absence de conflit armé international ou de volonté d’extermination.
Les crimes de guerre, définis à l’article 8 14 du Statut de Rome, englobent les violations graves du
droit international humanitaire, c’est-à-dire des règles applicables en temps de conflit armé visant
à protéger les personnes qui ne participent pas ou plus aux hostilités. Ces crimes concernent tant
les conflits armés internationaux que non internationaux, marquant ainsi une rupture avec
l’ancien paradigme juridique qui limitait leur application aux seuls conflits entre États. Ils tirent
12
CPI, Le Procureur c. Jean-Pierre Bemba Gombo, Affaire ICC-01/05-01/08, jugement du 21 mars 2016
(condamnation) ; annulation en appel, 8 juin 2018.
13
Mireille Delmas-Marty, Libertés et sûreté dans un monde dangereux, Seuil, 2010, p. 143.
14
Article 8, Statut de Rome,1998
7
leur source principale des Conventions de Genève de 1949 et de leurs Protocoles additionnels,
ainsi que du droit coutumier.
Les crimes de guerre se caractérisent par des actes graves et répétés violant les principes
fondamentaux de la conduite des hostilités, tels que la distinction entre civils et combattants, la
proportionnalité dans l’usage de la force, et l’interdiction des souffrances superflues. Ils incluent
des actes tels que le meurtre, la torture, les traitements inhumains, la prise d’otages, la destruction
injustifiée de biens, l’enrôlement et l’utilisation d’enfants soldats, les attaques délibérées contre
les civils ou contre les installations humanitaires et médicales.
L’exemple le plus marquant est celui de Thomas Lubanga Dyilo, chef de milice en République
démocratique du Congo, reconnu coupable en 2012 d’avoir enrôlé et utilisé des enfants de moins
de 15 ans pour participer activement aux hostilités au sein de l’Union des patriotes congolais
(UPC) lors du conflit en Ituri. Ce jugement, le premier rendu par la Cour pénale internationale, a
établi une norme jurisprudentielle claire sur l’interdiction absolue du recrutement des enfants
soldats, affirmant que leur implication dans les conflits constitue non seulement un crime de
guerre, mais également une atteinte grave à leur dignité et à leur développement physique et
psychologique15.
Une autre affaire emblématique est celle d’Ahmad Al Faqi Al Mahdi, un membre du groupe
djihadiste Ansar Dine, condamné en 2016 pour la destruction intentionnelle de biens culturels et
religieux à Tombouctou, au Mali. La CPI a reconnu la destruction de neuf mausolées et d’une
mosquée comme un crime de guerre, car ces édifices constituaient un patrimoine protégé par la
Convention de La Haye de 1954. Ce jugement a marqué une avancée majeure en matière de
protection du patrimoine culturel, en soulignant que les attaques contre les biens culturels sont
non seulement des atteintes symboliques à l'identité des peuples, mais également des violations
tangibles du droit international humanitaire16.
La doctrine a largement salué cette évolution. Selon Paola Gaeta, professeure de droit
international, « les crimes de guerre sont au cœur du droit international pénal, car ils traduisent
l’idée selon laquelle même la guerre a des règles, et que leur transgression doit engager la
15
CPI, Le Procureur c. Thomas Lubanga Dyilo, Affaire ICC-01/04-01/06, jugement du 14 mars 2012.
16
CPI, Le Procureur c. Ahmad Al Faqi Al Mahdi, Affaire ICC-01/12-01/15, jugement du 27 septembre 2016.
8
responsabilité pénale individuelle des auteurs, quel que soit leur statut »17. Cette responsabilité
individuelle, consacrée par la CPI, vient ainsi combler les lacunes du passé où les violations du
droit des conflits armés restaient souvent impunies.
Ces jurisprudences montrent que la Cour pénale internationale s'efforce d'élargir le champ de
protection offert par le droit humanitaire, en intégrant à la fois les atteintes aux droits des civils, à
l’enfance, mais aussi aux dimensions symboliques et culturelles des communautés touchées par
les conflits.
4. Le crime d’agression
Le crime d’agression a été intégré au Statut par l’amendement de Kampala de 2010, entré en
vigueur en 2018. L’article 8 définit ce crime comme la planification, la préparation, le lancement
ou l’exécution, par une personne en position de pouvoir, d’un acte d’agression manifestement
contraire à la Charte des Nations Unies18.
17
Paola Gaeta, The UN Genocide Convention: A Commentary, Oxford University Press, 2009, p. 354.
18
Article 8, Statut de Rome, 1998
9
La Cour pénale internationale utilise sa compétence afin de juger les personnes incriminées d’un
des crimes graves pouvant être poursuivies (compétence personnelle) et afin de se rendre dans les
lieux où les crimes ont été commis pour saisir les criminels afin de les juger devant la cour
(compétence territoriale). Ces conditions visent à respecter la souveraineté des États tout en
assurant l’efficacité de la justice pénale internationale.
Conformément à l’article 25 du Statut de Rome, la CPI ne juge que des personnes physiques,
excluant ainsi les États ou les personnes morales. Elle s’adresse à des individus présumés
responsables à titre personnel des crimes relevant de sa compétence. Ainsi, la cour s’assure que
tout criminel soit jugé en fonction du crime et de la gravité du crime commis.
Par ailleurs, la CPI peut exercer sa compétence à l’égard de tout individu, quelle que soit sa
nationalité, dès lors que le crime a été commis sur le territoire d’un État partie ou d’un État ayant
accepté la compétence de la Cour. Par exemple, dans l’affaire Situation en Afghanistan, la Cour a
autorisé l’ouverture d’une enquête concernant des crimes de guerre commis sur le territoire
afghan, y compris ceux attribués à des ressortissants d’États non parties comme les États-Unis.
10
La compétence territoriale de la CPI est régie principalement par l’article 12 du Statut. Elle
s’applique aux crimes commis sur le territoire d’un État partie, ou commis par un ressortissant
d’un État partie, ou encore sur le territoire d’un État ayant accepté la compétence de la Cour par
déclaration ad hoc.
Ce principe territorial a permis à la CPI d’intervenir dans des conflits internes ou transfrontaliers,
comme celui en République démocratique du Congo (RDC). La RDC, en tant qu’État partie, a
saisi la Cour en 2004. Cette auto-saisine a ouvert la voie à des poursuites contre plusieurs chefs
de milices congolaises, dont Thomas Lubanga et Germain Katanga. De même, en Côte d’Ivoire,
bien que l’État n’ait pas encore ratifié le Statut en 2010, le gouvernement a accepté la
compétence de la Cour par une déclaration en vertu de l’article 12, permettant l’ouverture de
poursuites dans l’affaire Gbagbo.
À l’inverse, la compétence de la Cour est plus restreinte lorsque les crimes sont commis sur le
territoire d’un État non partie. Dans ce cas, sauf renvoi par le Conseil de sécurité des Nations
Unies, la CPI ne peut pas intervenir sans consentement exprès. C’est ce qui explique la difficulté
d’enquêter sur des crimes commis en Syrie, un État non partie, malgré les violations graves du
droit international humanitaire.
11
La Cour pénale internationale, en tant qu’organe juridictionnel permanent, ne vise pas à se
substituer aux juridictions nationales, mais à intervenir en complément de celles-ci. Le principe
cardinal de la complémentarité, énoncé à l’article 1er du Statut de Rome, consacre cette
architecture duale : les États conservent en premier lieu la responsabilité de poursuivre et juger
les auteurs de crimes internationaux, la Cour n’intervenant qu’en cas de défaillance ou d’inaction
de leur part. Ce système repose sur la reconnaissance de la souveraineté judiciaire des États, tout
en introduisant un mécanisme de contrôle destiné à pallier les carences nationales dans la lutte
contre l’impunité.
Le principe de complémentarité repose initialement sur une présomption fondamentale : celle que
les États ont la volonté et la capacité de poursuivre les auteurs de crimes internationaux relevant
de la compétence de la Cour pénale internationale. C’est donc à travers l’analyse de l’action, ou
de l’inaction, des juridictions nationales que la Cour détermine si son intervention est justifiée.
Cette logique a été clairement affirmée dans l’affaire Lubanga, première affaire portée devant la
CPI. En l’espèce, la République démocratique du Congo (RDC) avait elle-même saisi la Cour,
reconnaissant implicitement son incapacité à poursuivre Thomas Lubanga Dyilo, chef de milice
12
accusé notamment d’enrôlement d’enfants soldats. La Chambre préliminaire I a rappelé que,
conformément à l’article 17 du Statut, la Cour n’intervient que si l'État concerné est « incapable »
ou « non disposé » à mener des poursuites véritables1. Elle a ainsi retenu sa compétence en
raison de l'absence de procédures nationales effectives et sincères.
Cette jurisprudence met en lumière un point central : la CPI n’est pas un tribunal d’appel
international, ni un mécanisme de substitution automatique aux juridictions nationales. Elle agit
seulement en cas de défaillance manifeste de l'État, que celle-ci résulte d'une inaction totale ou de
l'ouverture de procédures fictives destinées à soustraire les auteurs à la justice. L’article 17 alinéa
1 du Statut de Rome précise qu'une affaire est irrecevable si elle fait déjà l'objet d'une enquête ou
de poursuites par un État compétent, sauf si cet État n'est pas disposé ou capable de mener
l'action de façon véritable.
Un autre exemple marquant est fourni par l’affaire Situation en Côte d'Ivoire, où, après la crise
post-électorale de 2010-2011, la Cour a accepté d'exercer sa compétence malgré l'existence de
procédures nationales, en raison de l’instabilité institutionnelle et de doutes sérieux sur
l'effectivité des enquêtes nationales3.
Sur le plan doctrinal, Carsten Stahn souligne que la complémentarité « protège la souveraineté
judiciaire tout en garantissant que la lutte contre l’impunité ne soit pas paralysée par des enquêtes
ou des procès de façade ». Cette conception pragmatique cherche à équilibrer respect de la
souveraineté des États et efficacité de la justice internationale.
La recevabilité des affaires devant la Cour repose sur deux critères fondamentaux, explicitement
détaillés à l’article 17 du Statut : le manque de volonté et l’incapacité.
Le manque de volonté renvoie aux cas où l’État utilise ses mécanismes judiciaires de manière
frauduleuse, en vue d’empêcher des poursuites véritables. Dans l'affaire Kenyatta (situation au
Kenya), la Chambre préliminaire II a constaté que l’enquête de la CPI avait été entravée par des
pressions systématiques sur les témoins, des actes d'intimidation, et un refus partiel de
coopération des autorités nationales. Même si la Cour a finalement dû abandonner les charges
13
faute de preuves suffisantes, elle a mis en évidence l’utilisation des procédures nationales pour
faire obstruction à la justice5.
Un autre exemple peut être trouvé dans l’affaire Saif Al-Islam Kadhafi (situation en Libye). La
Cour a estimé que le procès organisé par les autorités libyennes ne respectait pas les normes
internationales d’un procès équitable et qu’il visait principalement à conserver le contrôle sur le
détenu, ce qui traduisait un manque de volonté véritable de rendre la justice6.
L’incapacité, pour sa part, est définie à l’article 17 alinéa 3 comme l'impossibilité matérielle pour
le système judiciaire de fonctionner, par suite d’un effondrement total ou substantiel. Le cas de la
Libye post-2011 illustre parfaitement ce critère : le renversement du régime de Kadhafi a plongé
le pays dans un chaos institutionnel, rendant toute administration de la justice impossible. Dans
ce contexte, la Cour a pu intervenir sur la base de la résolution 1970 du Conseil de sécurité des
Nations Unies, qui avait déféré la situation à la CPI.
Ainsi, la Cour évalue de manière contextuelle la sincérité et l'efficacité des démarches judiciaires
nationales, développant une jurisprudence progressive et nuancée adaptée à la complexité des
situations sur le terrain.
B. Une collaboration structurée avec les États : du dialogue judiciaire à la mise en œuvre
coercitive
14
La complémentarité, bien que reposant sur une logique de subsidiarité, n’est pas exempte de
mécanismes coercitifs. Elle implique une interaction constante entre la Cour et les États, allant du
dialogue judiciaire à la contrainte diplomatique. Ce partenariat conditionne la réussite du
système.
L’affaire Katanga illustre cette dynamique : la RDC, tout en collaborant avec la Cour, a tenté
d’assurer elle-même la poursuite de Germain Katanga, avant que la Cour ne confirme sa
compétence en raison des limites de la procédure nationale. Cette jurisprudence reflète une
certaine flexibilité dans l’application du principe de complémentarité, où l’accent est mis sur la
sincérité des efforts nationaux.
Par ailleurs, la phase d’examen préliminaire, prévue à l’article 15 du Statut, permet au Bureau du
Procureur d’évaluer discrètement la situation dans un pays, avant d’ouvrir une enquête. Cette
phase favorise le dialogue informel avec les autorités nationales et permet à celles-ci de lancer
leurs propres procédures pour éviter l’intervention de la Cour. C’est une stratégie qui a
fonctionné dans certains cas, comme en Colombie, où les autorités ont réformé leur justice
militaire et poursuivi certains responsables, incitant le Bureau du Procureur à différer son action.
15
La coopération entre les États et la Cour est une exigence centrale du système mis en place par le
Statut de Rome. L’article 86 impose aux États parties une obligation générale de coopération.
Sans cette collaboration, l’exercice concret de la compétence de la Cour devient illusoire.
Or, la pratique a montré les limites de cette coopération. L’exemple emblématique est celui du
refus d’arrestation de Omar el-Béchir, visé par deux mandats d’arrêt pour génocide, crimes contre
l’humanité et crimes de guerre. Lors de sa visite en Afrique du Sud en 2015, ce pays, pourtant
État partie au Statut, a refusé de l’arrêter, invoquant son statut de chef d’État. Ce refus a donné
lieu à un contentieux devant la CPI, qui a conclu à la violation des obligations de coopération par
l’Afrique du Sud.
Plus récemment, dans l’affaire Saif al-Islam Kadhafi, la Libye a refusé de remettre l’accusé à la
Cour, arguant de sa propre procédure nationale. La CPI a dû rappeler que l’obligation de
coopération demeure même en cas de revendication de compétence nationale, dès lors que celle-
ci n’est pas sincère ou effective.
Ce type de jurisprudence témoigne d’un équilibre délicat entre respect des prérogatives nationales
et impératifs de justice internationale. La CPI, bien qu’elle ne dispose pas de police
internationale, peut compter sur la pression diplomatique, les sanctions du Conseil de sécurité ou
la marginalisation politique des responsables visés pour faire respecter ses décisions.
La Cour pénale internationale (CPI), instituée par le Statut de Rome de 1998, a pour ambition de
lutter contre l’impunité des crimes les plus graves menaçant la paix et la sécurité internationales.
Toutefois, sa mise en œuvre concrète est grevée par une faiblesse structurelle majeure : l’absence
de moyens coercitifs propres. En effet, la Cour ne dispose d’aucune force de police et dépend
16
entièrement de la coopération des États parties pour l’exécution de ses décisions, ce qui limite
considérablement sa capacité d’action.
La CPI doit, pour chaque arrestation, mandat d’amener ou demande d’extradition, compter sur la
bonne volonté des États parties. Cette situation entraîne de nombreuses difficultés lorsqu’un État
refuse d’exécuter les mandats émis par la Cour. Le cas emblématique est celui d’Omar Al-Bashir,
ancien président du Soudan, visé par deux mandats d’arrêt pour crimes de guerre, crimes contre
l’humanité et génocide dans le contexte du conflit du Darfour. Malgré ces mandats, plusieurs
États membres du Statut de Rome, tels que le Tchad, le Kenya ou encore l’Afrique du Sud, ont
accueilli Al-Bashir sans procéder à son arrestation.
Dans l'affaire Procureur c. Omar Hassan Ahmad Al-Bashir, la Cour a rappelé dans plusieurs
décisions l’obligation des États de coopérer, même en présence de conflits apparents entre les
immunités des chefs d’État et les obligations issues du Statut de Rome. Toutefois, ces décisions
ont souvent été ignorées, démontrant l’incapacité de la CPI à imposer sa volonté aux États
réticents.
La CPI ne possédant aucune armée, n’a pas la force ni le pouvoir de demander une extradition
obligatoire des criminels dont elle veut se charger.
Cette situation a suscité une crise de confiance, notamment parmi les États africains, dont
plusieurs ont dénoncé une ingérence et un traitement inéquitable. Le Burundi a ainsi notifié son
retrait du Statut en 2016, effectif en 2017. L’Afrique du Sud a tenté un retrait similaire, avant que
la justice nationale n’annule cette décision, estimant qu’elle nécessitait une approbation
parlementaire.
17
La CPI souffre également du rejet explicite de plusieurs puissances mondiales, telles que les
États-Unis, la Russie, la Chine ou encore l’Inde. Ces États n’ont pas ratifié le Statut de Rome ou
ont même retiré leur signature. Les États-Unis, bien qu’ayant signé le traité sous l’administration
Clinton, ont officiellement "désigné" leur signature comme nulle en 2002 sous l'administration
Bush5.
Cette hostilité s’est manifestée de manière concrète en 2020, lorsque l’administration Trump a
imposé des sanctions économiques et des restrictions de visa aux membres de la CPI, notamment
contre la procureure Fatou Bensouda, en réponse à l’ouverture d’une enquête sur les crimes
commis en Afghanistan, y compris ceux attribués à des soldats américains6.
De plus, le Conseil de sécurité, bien qu’ayant la faculté de saisir la Cour sur le fondement de
l’article 13.b du Statut de Rome, est souvent paralysé par les intérêts des membres permanents
disposant du droit de veto. Ce fut le cas dans les situations syrienne et israélo-palestinienne, où
aucun renvoi n’a pu être adopté, malgré les preuves abondantes de crimes de guerre.
L’autre limite majeure de la CPI réside dans la perception d’une justice à géométrie variable. En
effet, la majorité des affaires traitées par la Cour concernent des ressortissants africains, ce qui a
conduit à une critique récurrente de partialité et d’instrumentalisation politique.
Sur les treize situations initialement ouvertes par la CPI, neuf concernaient des pays africains.
Cette concentration a provoqué une réaction institutionnelle forte, notamment de la part de
l’Union africaine, qui a accusé la Cour de cibler exclusivement les dirigeants africains tout en
ignorant les exactions commises par les puissances occidentales8.
Certes, plusieurs de ces enquêtes ont été ouvertes à la demande des États eux-mêmes (République
centrafricaine, Ouganda), mais d’autres, comme celles du Kenya ou du Soudan, ont été imposées
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de manière unilatérale, parfois contre l’avis des gouvernements concernés. Cette approche a
renforcé la perception d’une CPI instrumentalisée, voire néocoloniale.
Dans l'affaire Procureur c. Uhuru Kenyatta, le retrait de témoins clés et les accusations
d’interférences politiques ont conduit à l’abandon des poursuites, illustrant les limites pratiques
de la Cour dans des contextes étatiques instables.
À l’inverse, les crimes commis par ou avec l’implication d’États puissants restent largement
impunis sur la scène internationale. Les interventions en Irak (2003), les exactions en
Afghanistan, ou encore les bombardements israéliens dans les territoires palestiniens ont donné
lieu à des accusations crédibles de crimes de guerre, sans que la CPI ne puisse agir de manière
effective.
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