GOUTTE AIGUË
I. INTRODUCTION
A. Définition
→ Maladie métabolique liée à un dépôt de microcristaux d'urate de sodium dans les
structures articulaires, secondaire à une hyperuricémie.
B. Intérêt
→ Fréquente, surtout chez l’homme > 40 ans.
→ Peut engager :
_ Le pronostic vital : par atteinte rénale (néphropathie goutteuse)
_ Le pronostic fonctionnel : par atteinte articulaire chronique
II. SIGNES
A. Forme typique : accès de goutte aiguë du gros orteil
1. CLINIQUE
→ Sujet classique :
_ Homme pléthorique, cinquantaine, bon vivant, gros mangeur, gros buveur.
● Mode de début :
_ Brutal, souvent en pleine nuit.
_ Après facteurs déclenchants : excès alimentaire (abats, gibier, alcool), traumatisme,
chirurgie, prise de médicaments hyperuricémiants, jeûne, choc psychique.
→ Prodromes possibles :
_ Paresthésies du gros orteil
_ Troubles digestifs (anorexie, diarrhées, constipation)
_ Troubles neurologiques (fatigue, insomnie, crampes)
_ Troubles urinaires (polyurie, dysurie)
● Phase d’état
→ Signes fonctionnels :
_ Douleur brutale, intense, insomniante, localisée à la base du gros orteil (articulation
métatarso-phalangienne)
. Sensation pulsatile, lancinante ("clou qu’on enfonce"), aggravée au moindre contact
("poids des draps intolérable")
. Rebelle aux antalgiques habituels, soulagée par la colchicine.
→ Signes généraux :
_ Fébricule, agitation, état saburral digestif possible.
→ Signes locaux :
_ Tuméfaction, peau rouge tendue luisante ("pelure d'oignon"), chaleur locale augmentée,
dilatation des veines superficielles.
_ Impotence fonctionnelle majeure.
● Evolution :
_ Crise pouvant s'arrêter spontanément ou régresser rapidement sous colchicine (test
diagnostique ++).
● Interrogatoire à rechercher
→ Antécédents de crises similaires
→ Facteurs déclenchants récents
2. PARACLINIQUE
● Biologie
→ Syndrome inflammatoire biologique :
_ Hyperleucocytose à polynucléose
_ CRP augmentée et VS accélérée
_ Éventuellement : anémie inflammatoire, hyperferritinémie, hyperplaquettose.
→ Hyperuricémie > 70 mg/L : Fréquente mais inconstante pendant la crise (nécessité de
redoser à distance).
→ Uraturie des 24h : Normale, augmentée ou abaissée.
● Ponction articulaire
→ Liquide articulaire :
_ Aspect jaune paille, trouble, > 2000 éléments/mm³, prédominance de polynucléaires
neutrophiles.
_ Stérile à l’examen bactériologique.
_ Présence de microcristaux d’urate de sodium : Fins, allongés, biréfringents en lumière
polarisée, dissous par l'uricase.
● Imagerie
→ Radiographie standard :
_ Normale ou épaississement des parties molles, dépôts para-articulaires possibles.
→ Echographie articulaire / IRM :
_ Plus sensible pour mettre en évidence les dépôts microcristallins.
● Bilan complémentaire recommandé
→ Bilan métabolique : Cholestérolémie, glycémie.
→ Fonction rénale : Urée , créatininémie, clearance créatinine
→ recherche de lithiases urinaires : ASP, échographie, UIV.
3. ÉVOLUTION
● ÉLÉMENTS DE SURVEILLANCE
→ clinique : Douleur , signes inflammatoires locaux , l’état articulaire
→ Surveillance paraclinique :
_ Uricémie
_ Bilan inflammatoire
_ Bilan rénal
● MODALITÉS ÉVOLUTIVES
→ Sous traitement :
_ Résolution de la crise en 24 à 48 heures
_ Amélioration rapide sous colchicine, AINS ou corticoïdes
→ Sans traitement :
_ Rémission spontanée en 4 à 5 jours
_ Accès évoluant par crises nocturnes successives de 5 à 10 jours
_ Guérison locale sans séquelles immédiates mais risque élevé de récidives
→ À long terme (si hyperuricémie persistante et absence de traitement de fond) :
_ Goutte chronique tophacée
_ Atteintes articulaires dégénératives
_ Complications rénales graves (lithiases, insuffisance rénale chronique)
III. FORMES CLINIQUES
A. Formes symptomatiques
● Forme atténuée ("goutte asthénique") :
_ Douleur modérée
_ Peu ou pas de signes inflammatoires intenses
● Forme pseudo-phlegmoneuse :
_ Fièvre pouvant atteindre 40°C
_ Œdème localisé pouvant remonter le long du membre atteint
_ Signes inflammatoires intenses, simulant une infection locale
● Forme à évolution continue ("état de mal goutteux") :
Persistance de l'inflammation sur plusieurs jours sans rémission
B. Formes topographiques
→ Selon l’articulation atteinte :
_ Métatarso-phalangienne du gros orteil (MTP) : localisation classique
_ Genou : souvent hydarthrosique
_ Cheville : douleur atroce
_ Coude et épaule : plus rares
_ Poignet : forme pseudo-phlegmoneuse fréquente
→ Selon le nombre d’articulations atteintes :
_ Monoarthrite : forme classique au début
_ Polyarthrite : tableau trompeur, rarement inaugural mais fréquent à l'évolution
→ Formes extra-articulaires :
_ Phlébites goutteuses
_ Pharyngite
_ Conjonctivite
_ Goutte viscérale
C. FORMES SELON LE TERRAIN
→ Sujet jeune :
_ Rechercher une enzymopathie (déficit en HGPRT)
_ Forme complète : maladie de Lesch-Nyhan (goutte sévère dès l’enfance, lithiases, retard
psychomoteur)
→ Sujet âgé :
_ Femme de plus de 70 ans, souvent sous traitement diurétique
_ Début habituellement après la ménopause
D. FORMES COMPLIQUÉES (ÉVOLUTIVES)
● Goutte chronique tophacée
→ Atteinte articulaire :
- Clinique : Mono ou oligo-arthrite
chronique asymétrique prédominant aux membres inférieurs
- Radiographie :
_ Pincement articulaire
_ Encoches épiphysaires ("en hallebarde")
_ Géodes régulières à l'emporte-pièce
- échographique :
_ "Tempête de neige" intra-articulaire
_ "Double contour" du cartilage
● Tophus goutteux :
_ Concrétions uratiques sous-cutanées, dures, indolores
_ Localisation : pavillon de l'oreille (hélix), interphalangiennes proximales,
métacarpo-phalangiennes, bourses olécranienne et rotulienne, tendon d’Achille
_ Parfois ulcération avec écoulement d’une bouillie blanchâtre crayeuse
● Lithiase urique
→ Manifestations :
_ Crises de coliques néphrétiques bilatérales récidivantes
_ Calculs radio-transparents à l’ASP, diagnostic confirmé par l'UIV
_ Risque évolutif : pyélonéphrite, anurie, insuffisance rénale chronique
● Néphropathie interstitielle chronique goutteuse
→ Signes biologiques :
Protéinurie, leucocyturie, acidose métabolique
→ Evolution : Lente et insidieuse vers insuffisance rénale chronique
III. DIAGNOSTIC
A. Diagnostic positif
→ Clinique :
_ Début brutal, souvent nocturne
_ Douleur articulaire très intense, avec prédilection pour la métatarso-phalangienne (MTP)
du gros orteil +++
_ Présence de signes inflammatoires locaux : rougeur, chaleur, œdème
_ Soulagement rapide après prise de colchicine
→ Paraclinique :
_ Hyperuricémie > 70 mg/L (mais une uricémie normale n'exclut pas la goutte en phase de
crise)
_ Identification de microcristaux d'urate de sodium dans le liquide articulaire (examen en
lumière polarisée) → diagnostic de certitude
B. Diagnostic différentiel
→ Accès aigu monoarticulaire :
- Arthrite septique : fièvre,
syndrome inflammatoire systémique, liquide articulaire louche ou purulent, culture positive
- Chondrocalcinose articulaire :
femme âgée, cristaux de pyrophosphate de calcium, formes souvent pseudopolyarthritiques
- Rhumatisme à hydroxyapatite :
localisations périarticulaires
→ Accès oligo- ou polyarticulaire :
_ Arthropathies microcristallines (autres que la goutte)
_ Infections articulaires
_ Connectivites : polyarthrite rhumatoïde ++, lupus, autres
_ Spondylarthropathies
→ Formes chroniques :
_ Polyarthrose : douleur mécanique, insensibilité à la colchicine
_ Chondrocalcinose chronique
_ Rhumatismes inflammatoires chroniques (PR, rhumatisme psoriasique, sarcoïdose,
Behçet)
C. Diagnostic étiologique
→ Gouttes primitives :
- Hyperuricémie primitive par :
_ Excès de synthèse endogène d'acide urique
_ Excès d'apport alimentaire en purines
_ Diminution d'élimination rénale
- Syndrome de Lesch-Nyhan : déficit complet en HGPRT → goutte sévère précoce,
troubles neurologiques, auto-mutilations
→ Gouttes secondaires :
_ Hémopathies (polyglobulie, leucémies)
_ Insuffisance rénale chronique
_ Saturnisme
_ Myxœdème
_ Hyperparathyroïdie
_ Médicaments : diurétiques thiazidiques et de l'anse, aspirine faible dose, pyrazinamide,
éthambutol
IV- TRAITEMENT
A. BUTS
→ Prévenir ou guérir la goutte
→ Ramener l’uricémie < 300 µmol/L (< 50 mg/L : uricémie de sécurité)
→ Éviter les complications et les traiter
B. MOYENS
● Mesures hygiéno-diététiques
→ Repos strict
→ Diminution des aliments riches en purines : Abats, charcuteries, gibiers, harengs,
crustacés.
→ Régime hypocalorique et hypoglucidique
→ Arrêt de l’alcool
→ Hydratation abondante : _ 1,5-2 L/j de boissons
_ Diurèse alcaline : 500 ml/j d’eau bicarbonatée type Vichy (si absence d’HTA ou d’IC)
→ Éducation thérapeutique : Informer sur les symptômes, mesures préventives, importance
du traitement au long cours
● Moyens médicamenteux
→ Traitement symptomatique de la crise aiguë :
- Colchicine :
_ Colchimax®1 mg/j en moyenne pendant 10 jours (3 mg/j J1-2, 2 mg/j J3-5, puis 1 mg/j
jusqu’à 10 jours)
_ Effets secondaires : diarrhée, troubles digestifs, leucopénie, aplasie médullaire, alopécie,
éruptions cutanées, atteintes musculaires
_ Contre-indications : glaucome, adénome prostatique
- AINS : Indométacine (Indocid® 25 mg), 100-150 mg/j
- Antalgiques : Paracétamol 3-4 g/j
- Corticoïdes : Prednisone 30 mg/j pendant 5 jours ( Alternatives : infiltration locale
ou voie générale en cas d’échec/intolérance à colchicine et AINS )
→ Traitement de fond (hypouricémiant) :
- Urico-inhibiteurs :
_ Allopurinol (Zyloric®)
_ 100 mg/j début, augmentation progressive toutes les 2 à 4 semaines (par 50 mg chez le
sujet âgé)
_ Effets secondaires : nausées, vomissements, prurit, eczéma, risque DRESS, risque
lithiase xanthique chez déficients HGPRT
- Uricosuriques : Benzbromarone (Desuric®),Probénécide
- Uricolytiques : Uricozyme® (urate oxydase)
C. INDICATIONS
→ Crise aiguë :
_ Repos
_ Colchicine per os (Colchimax®)
_ Antalgiques
_ Si échec : AINS ou corticoïdes
→ Traitement de fond :
_ Indications : accès répétés, goutte chronique tophacée, complications viscérales
_ Initié au moins 1 mois après la crise, sous couverture de colchicine (1 mg/j pendant 3
mois)
_ Objectif : uricémie < 300 µmol/L
_ MHD systématique
_ Prise en charge des comorbidités (FDR cardiovasculaires)
V- CONCLUSION
→ La goutte est une maladie fréquente et en augmentation avec le changement des modes
de vie
→ Maladie grave, invalidante et potentiellement mortelle par ses complications viscérales
→ D'où l'importance :
_ D’un traitement de fond régulier et ininterrompu
_ De l’éducation du malade
_ D’une surveillance clinique et biologique régulière
I- INTRODUCTION
→ Définition
_ Maladie inflammatoire liée à la précipitation de cristaux d'urate monosodique dans les
tissus
→ Contexte
_ Fréquente
_ En progression constante avec l’évolution du mode de vie
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II- PHYSIOPATHOLOGIE
→ Hyperuricémie
_ Primaire : génétique (déficit enzymatique)
_ Secondaire : surproduction ou sous-excrétion d'acide urique (alimentation, médicaments,
maladies)
→ Formation des cristaux d'urate
_ Sursaturation plasmatique
_ Dépôts articulaires ou tissulaires
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III- CLINIQUE
III.1- Accès aigu de goutte
→ Début brutal, nocturne
_ Douleur intense, œdème, rougeur, chaleur, impotence fonctionnelle
→ Localisation typique
_ Première métatarso-phalangienne du gros orteil (podagre)
_ Autres articulations : cheville, genou, poignet, coude, épaule (plus rares)
→ Symptômes associés
_ Fièvre possible
_ Tableau pseudo-phlegmoneux en cas d’atteinte sévère
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III.2- Evolution
→ Sous traitement
_ Résolution rapide en 24-48h
→ Sans traitement
_ Atténuation spontanée au lever du jour
_ Disparition en 4 à 5 jours
_ Possibles accès nocturnes pendant 5-10 jours
_ Guérison locale complète
→ A long terme
_ Risque de complications : tophus, arthropathie, atteinte rénale
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III.3- Formes cliniques
→ Formes symptomatiques
_ Goutte asthénique (forme atténuée) : douleurs modérées
_ Forme continue : état de mal goutteux prolongé
_ Goutte pseudo-phlegmoneuse : fièvre à 40°C, œdème étendu
→ Formes topographiques
_ Atteinte monoarticulaire surtout
_ Polyarticulaire possible mais rarement inaugurale
_ Localisation fréquente : cheville, genou, poignet ; coude et épaule plus rares
→ Formes selon le terrain
_ Sujet âgé : femme >70 ans sous diurétique
_ Sujet jeune : enzymopathie type déficit HGPRT (Lesch-Nyhan)
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III.4- Formes compliquées
→ Goutte chronique tophacée
_ Tophus sous-cutané : pavillon oreille, coudes, mains, pieds
_ Bouillie blanchâtre crayeuse si ulcération
→ Arthropathie goutteuse chronique
_ Mono ou oligo-arthrite asymétrique
_ Radiographies : géodes, pincement interligne, aspect en hallebarde
→ Lithiase urique
_ Crises de colique néphrétique
_ Calculs radio-transparents
_ Risque de pyélonéphrite, anurie, insuffisance rénale chronique
→ Néphropathie interstitielle chronique
_ Protéinurie, leucocyturie, acidose
_ Evolution vers l’insuffisance rénale chronique
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IV- DIAGNOSTIC POSITIF
→ Arguments cliniques
_ Monoarthrite inflammatoire brutale
_ Topographie évocatrice (gros orteil+++)
→ Examens complémentaires
_ Ponction articulaire : cristaux d’urate en aiguille, biréfringence négative
_ Uricémie (pas toujours élevée en crise)
_ Radiographie : signes tardifs (géodes, érosions)
_ Bilan rénal et inflammatoire
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V- TRAITEMENT
V.1- Buts
→ Soulager la crise
→ Ramener l’uricémie < 300 µmol/L (50 mg/L)
→ Prévenir les récidives et traiter les complications
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V.2- Moyens
→ Mesures hygiéno-diététiques (MHD)
_ Repos strict
_ Éviter aliments riches en purines (abats, charcuterie, harengs, crustacés)
_ Arrêt alcool
_ Régime hypocalorique et hypoglucidique
_ Hydratation abondante (>2L/j) avec eau bicarbonatée type Vichy (en absence d'HTA/IC)
_ Education thérapeutique
→ Médicaments symptomatiques
_ Colchicine (Colchimax®) : 3 mg/j 2 jours, puis décroissance
_ Effets secondaires : digestifs, musculaires, hématologiques
_ Contre-indications : glaucome, adénome prostatique
_ AINS : Indométacine 100-150 mg/j
_ Antalgiques : paracétamol 3-4 g/j
_ Corticoïdes : prednisone 30 mg/j 5 jours
→ Médicaments de fond (hypouricémiants)
_ Urico-inhibiteurs : Allopurinol (Zyloric®) débuter à 100 mg/j, augmenter progressivement
_ Effets secondaires : hypersensibilité (DRESS) ++, digestifs
_ Urico-éliminateurs : Benzbromarone (Desuric®)
_ Uricolytiques : urate oxydase (Uricozyme®)
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V.3- Indications
→ Crise aiguë
_ MHD + colchicine per os + antalgiques
_ Alternatives : AINS, corticoïdes si échec ou intolérance
→ Traitement de fond
_ Accès fréquents, complications viscérales, tophus, arthropathie
_ Débuter au minimum 1 mois après la crise
_ Sous protection de colchicine (1 mg/j pendant 3 mois)
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VI- CONCLUSION
→ Maladie fréquente, grave, invalidante
→ Risque vital par complications rénales
→ Importance du traitement de fond continu
→ Rôle majeur de l’éducation du patient et de la surveillance régulière.