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Compétence

Ce mémoire de Marion Stéphan explore les compétences des sages-femmes néo-diplômées dans l'abord de la sexualité pendant la grossesse. Il met en lumière le décalage entre les informations transmises et les besoins des femmes enceintes, tout en soulignant l'importance d'une approche adaptée pour accompagner les couples. L'étude qualitative vise à comprendre comment ces sages-femmes perçoivent et intègrent la sexualité dans leur pratique professionnelle.

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Compétence

Ce mémoire de Marion Stéphan explore les compétences des sages-femmes néo-diplômées dans l'abord de la sexualité pendant la grossesse. Il met en lumière le décalage entre les informations transmises et les besoins des femmes enceintes, tout en soulignant l'importance d'une approche adaptée pour accompagner les couples. L'étude qualitative vise à comprendre comment ces sages-femmes perçoivent et intègrent la sexualité dans leur pratique professionnelle.

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Les compétences des sages-femmes néo-diplômées dans

l’abord de la sexualité pendant la grossesse


Marion Stéphan

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Marion Stéphan. Les compétences des sages-femmes néo-diplômées dans l’abord de la sexualité pen-
dant la grossesse. Gynécologie et obstétrique. 2023. �dumas-04609294�

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ECOLE DE SAGES FEMMES DE RENNES

Les compétences des sages-femmes néo-diplômées


dans l’abord de la sexualité
pendant la grossesse

Mémoire présenté par Marion Stéphan


Née le 28 Janvier 1990

DIPLOME D'ETAT DE SAGE-FEMME 2023


ECOLE DE SAGES FEMMES DE RENNES

Les compétences des sages-femmes néo-diplômées


dans l’abord de la sexualité
pendant la grossesse

Mémoire présenté par Marion Stéphan


Née le 28 Janvier 1990

DIPLOME D'ETAT DE SAGE-FEMME 2023

L’école de sages-femmes n’entend donner aucune approbation ni improbation aux


opinions émises dans ce mémoire : ces opinions doivent être considérées comme
propres à leur auteur
Remerciements

Je tiens à remercier tout d’abord les sages-femmes qui ont participé à cette étude,
permettant la réalisation de ce travail.

A ma directrice de mémoire, Fanny LE LOUREC, sage-femme, pour son aide et son


implication. Merci pour tes conseils et ton soutien.

Au binôme de guidantes de mémoire, Françoise TASSON et Laure BARTHELEMY,


sages-femmes enseignantes, pour vos relectures et vos conseils bienveillants.

Merci à cette incroyable promotion 2019-2023, pour cette solidarité et cette joie
constante durant ces quatre années.

Merci à ceux et celles qui ont eu confiance en moi dès ce projet de reprise d’études, à
mes anciens et anciennes collègues de travail.

Merci à Julie et à Karen, des belles rencontres lors ce retour sur les bancs de l’école.
Merci pour votre bonne humeur matinale et votre bienveillance.

Merci à mes fidèles amis, Anička, Aude, Guillaume, Julien, Mathilde, Maud, Mylène et
Sébastien, vous n’avez jamais cessé d’y croire ! Milles mercis !

Et enfin, merci à ma famille pour vos encouragements dans toutes les étapes de ces
six dernières années. Merci pour votre confiance inconditionnelle !
GLOSSAIRE

EPP : Entretien Prénatal Précoce


HAS : Haute Autorité de Santé
IVG : Interruption Volontaire de Grossesse
PMI : Protection Maternelle Infantile
PNP : Préparation à la Naissance et à la Parentalité
OMS : Organisation Mondiale de la Santé
Table des matières

I. Introduction ...................................................................................... 1

II. Généralités ....................................................................................... 4

2.1 Avoir des connaissances.................................................................................. 4


2.2 Développer une pratique professionnelle ......................................................... 4
2.3 Le sentiment de compétence ........................................................................... 5
2.4 La sexualité, une évolution séculaire ................................................................ 6
2.5 La sexualité au cours de la grossesse.............................................................. 6

III. Méthodologie de l’étude ................................................................. 8


3.1 Le type d’étude ................................................................................................ 8
3.2 La population interrogée................................................................................... 8
3.2.1 Les critères d’inclusion ............................................................................... 8
3.2.2 Le recrutement de la population ................................................................. 8
3.3 La méthodologie de l’étude .............................................................................. 9
3.3.1 L’élaboration des outils pour les entretiens ................................................ 9
3.3.2 L’entretien exploratoire............................................................................. 10
3.3.3 Les modalités de déroulement des entretiens .......................................... 10
3.3.4 Les données signalétiques ....................................................................... 10
3.3.5 Le recueil des données ............................................................................ 10

IV. Exposé et interprétation des résultats analysés ....................... 11


4.1. Caractéristiques des sages-femmes enquêtées ............................................ 11
4.2 Avoir des compétences en matière de sexualité humaine .............................. 12
4.2.1 Une définition pluridimensionnelle difficile ................................................ 12
4.2.2 Une représentation en lien à l’acte intime ................................................ 12
4.2.3 La sexualité dans la globalité de la santé ................................................. 13
4.2.4 La richesse des apports personnels ......................................................... 13
4.2.5 La formation initiale comme source d’intérêt pour la santé génésique ..... 14
4.2.6 Les divers aspects de la formation initiale en sexualité ............................ 14
4.2.7 L’enseignement de la sexualité pendant la grossesse délaissée en formation
initiale ............................................................................................................... 15
4.2.8 Un manque d’information sur les besoins des femmes enceintes ............ 15
4.2.9 La rencontre avec les femmes enceintes, un apprentissage continu ........ 16
4.3 Développer une pratique adaptée à l’abord de la sexualité ............................ 16
4.3.1 Une demande anticipée ........................................................................... 16
4.3.2 De multiples moments d’échanges .......................................................... 17
4.3.3 Une adaptation naturelle .......................................................................... 18
4.3.4 Une adaptation pour une disponibilité d’écoute ........................................ 18
4.3.5 La régularité de l’accompagnement au bénéfice de la confiance ............. 18
4.3.6 Une qualité d’écoute ................................................................................ 19
4.3.7 Une liberté de paroles suggérée .............................................................. 19
4.3.8 Une posture de non jugement .................................................................. 20
4.3.9 Une attention au langage para-verbal ...................................................... 20
4.3.10 Une aide par le matériel ......................................................................... 20
4.3.11 Une approche vers le bien-être sexuel ................................................... 21
4.3.12 Une considération de la femme dans sa globalité .................................. 22
4.3.13 Dépister et prévenir des violences ......................................................... 22
4.3.14 Le tabou de la sexualité : frein et motivation de l’abord .......................... 23
4.4 Se sentir en compétence pour accompagner les couples dans leur sexualité
pendant la grossesse ........................................................................................... 24
4.4.1 De l’étonnement à un espace de liberté de paroles chez les patientes .... 24
4.4.2 L’enjeu des expériences auprès de leurs futurs pairs ............................... 25
4.4.3 L’évidente persuasion verbale des patientes............................................ 25
4.4.4 Une aisance commune d’aborder la sexualité .......................................... 26
4.4.5 Le développement de l’aisance à échanger ............................................. 26
4.4.6 Avoir une posture professionnelle ............................................................ 27
4.4.7 Un sentiment d’autosatisfaction individuel ................................................ 28

V. Discussion : les premiers éléments ............................................ 29


5.1 Les forces et les limites de l’étude .................................................................. 29
5.1.1 Ses points forts ........................................................................................ 29
5.1.2 Ses biais .................................................................................................. 30
5.2 Synthèse des résultats ................................................................................... 31
5.2.1 Résultats au regard de la littérature ......................................................... 31
5.2.2 Résultats au regard des hypothèses ........................................................ 41
5.3 Propositions ................................................................................................... 42
5.3.1. La déconstruction du tabou de la sexualité chez la femme enceinte ....... 42
5.3.2 Expérimenter par ses pairs et par la réflexivité collective ......................... 43
5.3.3 Sensibiliser les sages-femmes sur les violences sexuelles ...................... 44

VI. Conclusion ..................................................................................... 46

VII. Bibliographie .................................................................................. 48


7.1 Documents référencés dans le mémoire par ordre d’apparition ..................... 48
7.2 Documents non référencés par ordre alphabétique ........................................ 53

VIII. Annexes .......................................................................................... 55


I. Introduction

Vivre une sexualité épanouie lors de la grossesse impacte sur le vécu de cette
période de transition et dans l’évolution du couple après la naissance de l’enfant (1,2).
De nos jours, la sexualité est un fondement de la construction de soi et dans la relation
conjugale (3,4), « vecteur de plaisir, d’attachement et d’union » (5). Aborder la
sexualité lors de la grossesse est nécessaire et est une demande des femmes
enceintes (6,7), d’autant que le niveau d’informations influence cet état de bien-être
sexuel (8).

La sage-femme possède des compétences, comme le rappelle le Code de la


Santé Publique pour assurer « la pratique de la surveillance de la grossesse et la
préparation psychoprophylactique à l’accouchement »(9). Ayant une place privilégiée
auprès des femmes et des couples, cette professionnelle de santé est légitime pour
les accompagner dans cette demande. De plus, la HAS recommande que les
modifications physico-psychiques liées à la grossesse, dont celles liées à la sexualité,
soient expliquées aux femmes enceintes et à leurs partenaires (10). En effet, ces
modifications influencent cette santé sexuelle, définie par l’OMS comme « bien-être
physique, émotionnel, mental et social en relation avec la sexualité […] »(11). La sage-
femme est présente pour rassurer les couples dans l’acquisition de nouveaux statuts
ainsi que dans leur évolution.

Pourtant, il persiste un décalage entre l’information transmise et les besoins des


futurs parents dans ce domaine (7,12,13). Si la sexualité est questionnée sur l’aspect
contraceptif ou pendant le post-partum, lors de séances de rééducation périnéale, j’ai
constaté, lors de mes stages, que les sages-femmes abordaient rarement ces
modifications ou ne questionnaient pas le bien-être sexuel des couples lors de la
grossesse. Aborder la sexualité lors de la grossesse est une évidence pour les femmes
enceintes : selon une étude de 174 femmes accouchées, 74 % d’entre elles pensent
que les professionnels de santé devraient faire le premier pas (6). Or, d’après une
étude de 2020, 40,1 % des sages-femmes interrogées considèrent échanger avec les
patientes sur différents aspects (13). Toutefois, dans différentes études, près de 70 %
des femmes enceintes déclarent n’avoir jamais échangé avec un professionnel de
santé sur les problèmes de sexualité lors de leurs grossesses (1,14).

1
Parallèlement, les compétences de la sage-femme dans le domaine de la santé
sexuelle se sont élargies. Le renforcement des compétences des professionnels du
domaine de la santé sexuelle est l’un des axes de la stratégie nationale de santé
sexuelle (2017-2030)(15). Aussi, des connaissances et une approche clinique sont
apportées dès la formation initiale en maïeutique dans une unité d’enseignement en
santé génésique des femmes (21). Au sein de chaque école de sages-femmes, le
contenu et la forme de l’enseignement sont libres. Le référentiel du métier de sage-
femme rappelle que les compétences attendues en matière de sexualité humaine au
cours de la grossesse sont d’assurer un suivi et la continuité de la prise en charge au
cours des séances de PNP, « en repérant les non-dits et en anticipant les questions
non posées (vie de couple, sexualité …) »(16).

En tant que future sage-femme, mes motivations pour cette étude sont d’autant
liées à mon parcours personnel qu’à mon futur projet professionnel, qui est à long
terme d’être formée en sexologie. Diplômée en tant que travailleur social, j’ai
développé une approche sur l’accompagnement global de la personne. Au cours de
ma formation en maïeutique, soucieuse de la prise en charge des femmes dans sa
globalité, j’ai été sensibilisée à leurs interrogations sur la quête de leur
épanouissement sexuel. Interroger sur le bien-être sexuel des couples aux différents
cycles de la vie y compris lors de la grossesse me semble être une préoccupation de
la sage-femme. Mon intérêt en tant que future sage-femme est de dépister et prévenir
les troubles sexuels dès la grossesse, de permettre aux femmes et aux couples
d’appréhender leur sexualité évolutive, leur permettre de « se laisser en découvrir une
nouvelle » (17) lors ce cheminement vers la parentalité.

Ainsi, je me questionne en tant que future sage-femme sur la manière d’aborder


ce sujet. Alors que les sages-femmes ayant eu une formation initiale en sexualité
humaine évoquent que celle-ci leur paraît insuffisante (13,18), je m’interroge sur ces
sages-femmes récemment diplômées qui ont reçu un enseignement élargi dans le
domaine de la santé génésique. Quelle est leur approche de la sexualité des couples ?
Comment a-t-elle évolué depuis leur diplôme ? Comment accompagnent-elles les
femmes enceintes et les couples à s’épanouir sexuellement lors de cette transition
physico-psychique ? Comment ont-elles développé ce sentiment de compétence pour
parler de sexualité ?

2
Pour cela, j’ai choisi de réaliser une étude qualitative, en effectuant des
entretiens semi-directifs auprès de sages-femmes diplômées dans les cinq dernières
années afin de répondre à la question de départ « en quoi les compétences permettent
aux sages-femmes néo-diplômées d’aborder la sexualité lors de la grossesse ? ».

Pour y répondre, j’ai émis trois hypothèses :


 la sage-femme néo-diplômée dispose de connaissances adaptées pour
aborder le concept de la sexualité ;
 la sage-femme néo-diplômée développe une pratique au travers de ses
expériences en identifiant et s’adaptant aux besoins pour aborder la
sexualité pendant la grossesse ;
 la sage-femme néo-diplômée se sent en capacité pour accompagner les
femmes enceintes et les couples dans leur sexualité.

L’objectif principal est de comprendre les pratiques des sages-femmes néo-


diplômées sur l’abord de la sexualité pendant la grossesse et de savoir sur quoi elles
s’appuient.

Les objectifs secondaires sont :


● Connaître l’approche du concept de la sexualité des sages-femmes néo-
diplômées.
● Connaître les différents moyens et la diversité des approches pour aborder la
sexualité par les sages-femmes jeunes diplômées.
● Appréhender les difficultés et stratégies mises en œuvre dans l’abord de la
sexualité par les sages-femmes néo-diplômées pour répondre aux besoins de
leurs patientes.

Dans un premier temps, j’aborderai les différents éléments de « la compétence »


et les notions de la sexualité, y compris lorsqu’elle est liée à la grossesse. Puis, sera
présentée la méthodologie utilisée au cours de cette étude. Enfin, j’exposerai les
résultats de cette étude pour, au cours d’une discussion, les confronter à la littérature
et aux hypothèses posées. Je terminerai en formulant des propositions.

3
II. Généralités

Afin d’avoir une compréhension sur la problématique de cette étude, il me


semble important de s’attarder sur les différentes composantes de ce qu’est la
compétence. Il s’agit d’un sentiment de connaissances mais aussi de « savoir en
action ».

2.1 Avoir des connaissances

Communément définie en un ensemble de savoir, de savoir-faire et de savoir-


être, la notion de compétence est développée par un champ pluridisciplinaire
(linguistique, sociologie, psychologie, économie …). Ainsi, en psychologie, la
compétence est considérée comme « une combinaison de savoir-faire, de
connaissances, de comportements générateurs d’une performance, et d’attributs
personnels » (13). Avoir des connaissances est l’une des composantes de la
compétence. Opposée à l’aptitude, la compétence est davantage axée sur le
comportement que sur l’atteinte d’un objectif. En sociologie, cette science précise que
la compétence ne se limite pas à la qualification d’une personne, puisque celle-ci
dépend de l’individu qui reconnaît cette compétence (19). La validation de savoirs par
autrui, par l’acquisition de diplômes (20), renforce la notion d’« avoir la compétence »
(21).
2.2 Développer une pratique professionnelle

Limiter la notion de compétence à ces définitions me semble réducteur, d’autant


qu’il n’existe pas de consensus sur cette notion (22). Dans les fondements de la
relation de soins, Aristote y est cité : seules, les connaissances acquises sont
insuffisantes, il faut qu’elles « deviennent nature en nous », « qu’elles se croissent en
nous »(23). L’approche de G. LE BOTERF, Directeur de Le Boterf Conseil (France),
reprise dans le référentiel du métier de sage-femme, précise que la compétence est
« un savoir agir en situation ». En effet, la compétence s’exprime à travers une action
contextualisée (20) : « elles n’existent pas en soi indépendamment de l’activité, du
problème à résoudre et de l’usage que l’on a fait »(24). G. LE BOTERF ajoute qu’une
personne compétente, au-delà de posséder des connaissances, doit savoir mettre en
œuvre une pratique professionnelle. Il insiste sur l’importance de « la mobilisation de
la combinaison de ressources internes et externes », et non en une addition de savoir,
afin que la pratique de la compétence puisse se développer chez l’individu.

4
En effet, G. BOTERF a fait la distinction entre « avoir la compétence » et « être
en compétence », fondement du référentiel du métier et des compétences des sages-
femmes. Avoir des compétences, c’est « avoir des ressources telles que les
connaissances scientifiques et techniques, […] savoir-faire relationnels avec les
patientes, savoir-faire de coopération avec les collègues et d’autres professionnels de
la santé, méthodes de raisonnement clinique ». Disposer de connaissances est donc
une condition nécessaire pour agir […] dans une situation ». Mais cela est limitant afin
que la personne soit reconnue dans sa compétence, s’y ajoute le processus d’action
« par rapport aux exigences et contraintes particulières de cette situation, tout en
mobilisant une combinatoire appropriée de « ressources » », ce qu’il qualifie « d’être
compétent » (16,21,25). Les compétences dites « cognitives » se mobilisent dans
cette dimension : à travers les stratégies d’adaptation et de résolution de problème, le
« être compétent » se relève (20).

2.3 Le sentiment de compétence

Un troisième niveau de compétence existe, au-delà de posséder des


connaissances et de développer une pratique professionnelle. Comme le précise G.
LE BOTERF, le « vouloir agir » influence aussi le praticien dans ses missions (21).
Avoir le sentiment d’être en capacité, d’être prêt est une notion développée par A.
BANDURA, docteur en psychologie et enseignant à l’université de Stanford. Il définit
le sentiment de compétence ou sentiment d’efficacité personnelle comme « la
croyance des gens quant à leurs capacités à réaliser des performances
particulières »(26). Composée de quatre éléments, ce sentiment conditionne une
pratique professionnelle.

La première source correspond aux « expériences actives », vécues comme


des succès et des échecs. Vient en second temps les expériences vicariantes,
correspondant à l’apprentissage par modelage ou identification de professionnels
observés qui exécutent le comportement à acquérir. La troisième composante est la
persuasion verbale par autrui, soit les retours des personnes. Le quatrième élément
influençant ce sentiment d’efficacité est l’état psychologique et émotionnel. Il peut être
le stress, la frustration ou des émotions positives.

5
Enfin, pour comprendre le contexte dans lequel la sage-femme néo-diplômée
exerce pour aborder la sexualité pendant la grossesse, il me semble nécessaire de
rappeler certaines notions sur la sexualité, d’autant qu’elles peuvent influencer les
représentations.

2.4 La sexualité, une évolution séculaire

La notion de sexualité a évolué au cours des siècles avant d’être considérée


comme le ciment du couple. La société, qu’elle soit d’hier ou d’aujourd’hui, a un rapport
intime avec la sexualité des femmes et des hommes. La religion comme les pouvoirs
publics se sont préoccupés de définir et encadrer la sexualité. Au Moyen Age, elle est
assimilée à la notion de procréation, prohibant toute recherche de plaisir sexuel (3).
Elle était considérée comme une perversion sexuelle (27). Dans les années 60-70, la
sexualité se libère, se modernise (28). La dissociation de l’activité sexuelle érotique et
la procréation fut légitimée, notamment par l’accès aux moyens contraceptifs, ainsi
que par la dépénalisation de l’IVG. Les individus prennent le contrôle de leur sexualité.
Elle ne se limite pas aux rapports sexuels, elle devient multidimensionnelle : elle est à
la fois « une donnée psycho-socio-affective individuelle, voire personnelle, intime ou
privée et en même temps interpersonnelle et collective » (10). En 2002, l’OMS définit
la sexualité comme « un aspect central de l’être humain […] qui englobe le sexe, les
identités de genre et les rôles y afférents, l’orientation sexuelle, l’érotisme, le plaisir,
l’intimité et la reproduction »(29). Ce concept a connu une évolution séculaire. Pourtant
cette sexualité, synonyme d’épanouissement individuel, conserve l’aspect de la loi du
silence, que l’on retrouve lors de la grossesse.

2.5 La sexualité au cours de la grossesse

Avoir des rapports sexuels durant la grossesse interroge les couples sur leur
sexualité « dénuée d’objectifs reproductifs », jusqu’à réveiller les ordres théologiques
qui prônent l’abstinence sexuelle (30). Des idées reçues et des fausses croyances sur
la sexualité lors de cette période persistent tels que la crainte de nuire de l’enfant à
naître (concernent 50 % des futurs pères, selon une étude) ou de blesser leur
partenaire (pour 62,5 % des hommes interrogés, d’après la même étude), la peur d’un
accouchement prématuré ou d’une rupture prématurée des membranes (2,13,30,31).

6
Il a été émis dans une revue de littérature que les représentations sociales
impacteraient la qualité de vie sexuelle des femmes lors de la grossesse (32).

A ces inquiétudes, s’y ajoutent les modifications corporelles physiologiques et


psychologiques influençant la sexualité au sein du couple (2): la femme enceinte peut
être sujette aux nausées et vomissements, à une hypersomnie, dans le premier
trimestre, pouvant diminuer le désir sexuel. Après le passage de la crainte de fausse-
couche (33), la vie sexuelle peut être plus intense d’autant que l’augmentation
physiologique de la congestion et la lubrification vaginales accroît le plaisir sexuel (30).
Enfin, le dernier trimestre est marqué par l’inconfort lié à l’augmentation du volume
abdominal : cela diminuerait la fréquence des rapports et du désir sexuel (14,30,33).

Par ailleurs, la grossesse est une période de remaniements psychiques (34).


Elle est une période de crise émotionnelle, chez la femme. La psychiatre M.
BYDLOWSKI parle de « transparence psychique » où l’inconscient refoulé est plus
accessible (35). De plus, en cas de traumatismes ou d’évènements douloureux, la
femme connaît une période de reviviscence. La grossesse est un processus en
mouvement qui est aussi une mise à l’épreuve de la relation maternelle. Ce sont des
éléments qui influencent la sexualité. Pour les partenaires, la proximité physique avec
le futur enfant lors du coït croise leur imaginaire (14,30,32). Ceux-ci sont confrontés à
une nouvelle difficulté, celle de la confusion entre le corps et l’objet du désir : ils doivent
faire face à la complexité de dissocier la femme et de la future mère (12,30,32).

La sexualité pendant la grossesse est sujette à de nombreuses variables


individuelles physiologiques « créant une diversification des expériences intimes et
sexuelles »(2). Or la satisfaction sexuelle durant cette période de transition impacte la
santé mentale des patientes (32). De plus, une sexualité « altérée » peut avoir des
conséquences sur la relation conjugale (1,2).

Aussi, c’est par cette recherche que sont explorées ces dimensions : comment
les compétences de ces sages-femmes leur permettent-elles appréhender ces
aspects sur le concept de la sexualité et spécifiquement lors de la grossesse ?

7
III. Méthodologie de l’étude

3.1 Le type d’étude


Il s’agit d’une étude qualitative rétrospective réalisée à partir d’entretiens semi-
directifs individuels. Cette approche me paraît la plus adaptée au vue des objectifs de
l’étude et permet d’obtenir une richesse dans le discours.

3.2 La population interrogée


3.2.1 Les critères d’inclusion
Les critères d’inclusion des personnes interrogées sont en lien avec le sujet de
mon étude. Ils sont donc les suivants :
- La profession de sage-femme : cette étude concerne uniquement cette
profession.
- L’année de diplôme : elle doit être comprise entre 2017 et 2021, afin que les
sages-femmes soient diplômées dans les cinq dernières années.
- La fréquence dans l’abord de la sexualité pendant la grossesse : il a été choisi
de recruter des sages-femmes qui estiment aborder la sexualité à différents
degrés de fréquence (d’importante à rare, voire absente). Aussi, le nombre de
sages-femmes qui n’abordent pas la sexualité doivent être au minimum de deux,
afin de comprendre aussi leurs pratiques à ce sujet.
- Le lieu de la formation initiale : situé sur le territoire français. Il ne doit pas
concerner plus de deux personnes dans le même lieu de formation. Afin d’avoir
une hétérogénéité de résultats sur les compétences acquises et développées par
les sages-femmes, leurs lieux de formation initiale étaient différents.
- Le mode d’exercice : il doit être autant hospitalier que libéral. Au même motif que
le lieu de formation initiale, il a été recherché une diversité dans le mode
d’exercice.

3.2.2 Le recrutement de la population

Les sages-femmes ont été initialement recrutées par le biais d’un réseau social
(Facebook®). Dès le mois d’avril 2022, un message a été diffusé sur différents groupes
de sages-femmes de ce réseau, par le biais de mon profil personnel. Lorsque le groupe
était privé, une demande d’acceptation au groupe était nécessaire. Ce message
présentait l’objet de l’étude et proposait un échange sur leur pratique de l’abord de la
sexualité, en ciblant les sages-femmes diplômées depuis 2017 (annexe n°1). Une

8
relance a été réalisée sur ces groupes sociaux permettant une participation de dix
sages-femmes volontaires. Deux entretiens ont été exclus de l’étude, ne répondant
pas à l’un des critères d’inclusion (le lieu de formation initiale).

Afin de compléter les données, le recrutement s’est poursuivi à partir d’un


moteur de recherche de prise de rendez-vous (Doctolib ®). A partir de juin 2022, j’ai
réalisé une recherche ciblée des sages-femmes néo-diplômées en France. Par les
coordonnées de ces professionnelles, disponibles sur ce site internet, une sollicitation
par envoi d’un message téléphonique a été effectuée (annexe n°2). Les entretiens ont
été conduits jusqu’à saturation des données.

3.3 La méthodologie de l’étude


3.3.1 L’élaboration des outils pour les entretiens

Afin de répondre à la problématique et aux hypothèses, un guide et une grille


d’entretien ont été réalisés (annexes n°3 et n°4). Les résultats de ces entretiens sont
étudiés grâce à une grille d’analyse (annexe n°5).

Le guide d’entretien se décline en trois thématiques :


- la pratique de l’abord de la sexualité : elle détaille la méthodologie utilisée
pour aborder la sexualité pendant la grossesse, leurs objectifs et les aides
et les difficultés rencontrées ;
- le concept de sexualité et les connaissances en matière de sexualité
humaine : s’y ajoute comment ce concept s’est construit et sur quoi il
s’appuie, ainsi que les ressources issues de la formation initiale et celles
développées depuis leur diplôme de sage-femme.
- le sentiment de compétence : il s’intéresse au ressenti d’efficacité
personnelle des sages-femmes dans l’abord de la sexualité et aux moyens
pour le développer.

Il a été choisi de ne réaliser qu’un seul guide et grille d’entretien, ne faisant pas
la distinction entre les sages-femmes qui abordent systématiquement ou non la
sexualité lors de la grossesse. Lorsque celles-ci n’abordaient pas ou rarement ce sujet
en prénatal, les questions étaient posées sous la forme du conditionnel lors des

9
entretiens. Cela a permis de comprendre aussi leurs pratiques et leurs approches de
la sexualité, au même titre que pour les sages-femmes qui l’abordent.

3.3.2 L’entretien exploratoire


Après validation de ce guide et de la grille d’entretien, cette dernière a été testée
auprès d’une sage-femme. Cela a permis de réajuster l’ordre des questions afin de
faciliter l’échange sur leur pratique et l’approche autour de la sexualité. Cet entretien
a été donc conservé pour participer à l’étude.

3.3.3 Les modalités de déroulement des entretiens


Les entretiens ont été effectués entre fin avril et mi-septembre 2022. Une
entente préalable pour la date et l’horaire de l’échange avait été réalisée. Au vu de
l’impossibilité de déplacement des sages-femmes ou de la distanciation géographique,
tous les entretiens se sont déroulés en visio-conférence, par Google Meet ®. La durée
des entretiens a varié en fonction de l’échange (entre 35 minutes à 1 heure et 30
minutes).

3.3.4 Les données signalétiques


Dans le but de respect d’anonymat et de confidentialité des propos, des
prénoms fictifs ont été attribués à chaque sage-femme. Cela facilite aussi la lecture de
l’analyse des résultats.

Au début de l’entretien, il a été renseigné des données concernant chaque


sage-femme afin de caractériser leur profil : son année de diplôme, son lieu de
formation initiale, son ou ses mode(s) d’exercice depuis son diplôme ainsi que sa
durée, son ou ses type(s) de formation continue ou complémentaire, si elle en a.
.
3.3.5 Le recueil des données
Pour chaque entretien, un enregistrement audio a été réalisé avec l’accord
préalable des enquêtées. Cela a permis de retranscrire avec précision. Le respect de
l’anonymat et de la confidentialité des propos avaient été annoncés lors des premiers
contacts puis rappelés en début de chaque échange, pour favoriser la libre expression.

10
IV. Exposé et interprétation des résultats analysés

Un tableau synthétique présentant la description des sages-femmes enquêtées


se trouve en annexe (cf. annexe 6).

4.1. Caractéristiques des sages-femmes enquêtées

Onze entretiens ont été réalisés jusqu’à un seuil de saturation des données.
Les sages-femmes recrutées sont toutes des femmes. Elles ont été diplômées en tant
que sage-femme entre 2018 et 2020. Elles sont issues de la formation initiale de
différentes écoles de sages-femmes en France sauf pour deux d’entre elles qui ont été
formées dans le même établissement. Depuis l’obtention de leur diplôme, deux d’entre
elles exercent en milieu hospitalier, cinq autres travaillent dans le domaine libéral et
les quatre dernières ont eu une activité en milieu hospitalier et/ou mixte (en milieu
hospitalier et libéral) puis exercent aujourd’hui en tant sage-femme libérale. La
pratique de l’abord de la sexualité concerne surtout celles qui exercent en milieu
libéral. En effet, les quatre maïeuticiennes qui estiment aborder rarement la sexualité
pendant la grossesse (Clémence, Emma, Géraldine et Julie) et la sage-femme qui ne
l’aborde jamais (Hélène) ont une forte expérience en milieu hospitalier. L’objectif de
disposer de formations et d’expériences hétérogènes pour cette étude est donc atteint.

En termes de formation continue, la quasi-totalité des sages-femmes ont enrichi


leurs compétences depuis l’acquisition de leur diplôme. Sept d’entre elles ont fait le
choix de compléter leurs connaissances en gynécologie (suivi, contraception, prise en
charge du vaginisme, de l’endométriose, de la ménopause, rééducation périnéale).
Des formations sur les violences ont été aussi réalisées pour deux d’entre elles. Au
maximum dans les deux années qui suivent la sortie d’école de sages-femmes, celles-
ci ressentent le besoin de continuer de se former, notamment dans un domaine lié à
leur activité libérale. Ces formations en gynécologie leur permettent d’acquérir une
approche en sexologie. Une majorité des sages-femmes ont poursuivi leur formation
dans le domaine de la santé génésique.

Lors de mon recrutement, deux sages-femmes formées en Belgique et exerçant


en France ont répondu à ma sollicitation (Léa et Marie). J’ai choisi de réaliser l’entretien
avec elles, bien que ne répondant pas aux critères d’inclusion de l’étude. Ces deux

11
entretiens seront analysés en parallèle dans la partie discussion, leurs expériences
étant intéressantes afin d’élargir le point de vue.

4.2 Avoir des compétences en matière de sexualité humaine

Tout d’abord, il est important de s’interroger sur la représentation de la sexualité


des sages-femmes néo-diplômées. Quels en sont les aspects prédominants ? Qu’est-
ce qui leur a permis de construire cette représentation ?

4.2.1 Une définition pluridimensionnelle difficile

Pour toutes les sages-femmes interrogées, la notion de pluri-dimensionnalité


de la sexualité est présente. Fanny dit que « c’est plein de choses, ça englobe
énormément de choses la sexualité ». Karen déclare que la sexualité englobe
différents aspects : « Après je pense qu’il y a pas une case, ce n’est pas vraiment
borné ! ». Cet aspect multidimensionnel peut expliquer la difficulté, pour certaines
sages-femmes, à exprimer leur représentation. Définir un concept reste difficile : le
silence s’impose pour Danielle afin de permettre la réflexion : « (silence), c’est dur
comme question ! Comment dire, sexualité qu’est ce ça m’évoque». Hélène dit
que « De manière générale, ça serait, (silence hésitant) compliqué ! ». Les sages-
femmes détaillent pourtant les composantes de ce concept. Ces propos témoignent
d’une représentation large d’un concept de sexualité comportant plusieurs dimensions.
Toutefois, il a été souligné une composante relationnelle.

4.2.2 Une représentation en lien à l’acte intime

Majoritairement, les sages-femmes évoquent tout d’abord le caractère


individuel. Pour Danielle, il s’agit « d’un rapport particulier avec une autre personne ou
avec soi-même ». Béatrice déclare que « le premier mot qui vient à l’esprit, c’est une
rencontre ». Selon elles, la sexualité appartient à chaque personne et s’inscrit dans
l’intimité avec soi et/ou avec autrui. Fanny rajoute que « ça peut être le rapport
physique, le rapport sexuel, de toutes les façons dont il peut être pratiqué ».
L’association de la sexualité aux pratiques sexuelles est présente pour cinq des
professionnelles. On peut donc comprendre que les sages-femmes considèrent la
sexualité appartenant à l’intime propre de chacun et qu’elle est liée à un acte.

12
4.2.3 La sexualité dans la globalité de la santé

Toutefois, Karen insiste sur le fait qu’il y a plusieurs éléments dans la sexualité,
que « ce n’est pas seulement en réalité le rapport pénétrant, je pense que l’on peut
aller plus loin que cela ! ». En effet, certaines déclarent que la sexualité est relative à
une notion de santé avec un aspect positif : Béatrice dit que« cela fait partie de la
santé, cela fait partie du bien-être ». Clémence insiste aussi dessus : « La sexualité
en fait partie, du bien-être ». Ainsi l’aspect émotionnel et psychologique est considéré
dans la représentation de la sexualité : désir sexuel, plaisir, « c’est aussi un échange
des esprits quelque part, des émotions, du psychique » précise Béatrice. Les sages-
femmes appréhendent les différentes dimensions de la sexualité : cette dernière est
définie dans sa globalité selon ces professionnelles.

Aussi, j’ai cherché à comprendre sur quels éléments se fondent ces dimensions
que les sages-femmes ont exprimées.

4.2.4 La richesse des apports personnels

La construction de cette représentation se fait, pour la moitié des sages-


femmes, tout d’abord par un apport personnel : Béatrice précise que « l’on est toujours
influencée par nos représentations ». Géraldine complète en disant qu’« avec tes
relations, que ça soit au niveau personnel ou au niveau familial, tu te fais déjà une
représentation de la sexualité en tant que telle ». Danielle « pense que c’est quelque
chose de personnel au départ, ça dépend comment on vit nous-même cette
sexualité. ».

C’est aussi à travers leurs lectures personnelles que s’est construite cette
notion pour la moitié des sages-femmes interrogées. Fanny explique qu’elle « s’est
depuis toujours intéressée à la sexualité ». De plus, après l’obtention de leur diplôme,
sept des sages-femmes continuent à cultiver leurs connaissances par « quelques
lectures et quelques recherches personnelles », comme l’affirme Danielle.

L’apport personnel est cité en premier comme élément de construction de la


représentation de la sexualité et leurs connaissances dans ce domaine, y compris une
fois diplômées. Si cette représentation de la sexualité s’établit tout d’abord à partir de

13
soi-même et par ses lectures, la sage-femme néo-diplômée est-elle consciente qu’il
en est de même pour sa patientèle ? Comment la professionnelle initie l’échange avec
son public, en tenant compte de sa construction individuelle qui soit potentiellement
différente ?

4.2.5 La formation initiale comme source d’intérêt pour la santé


génésique

De plus, une majorité des enquêtées déclare aussi que la formation initiale leur
a permis de construire leur représentation de la sexualité : comme Béatrice le témoigne
cela s’est fait par « les interventions que l’on avait eu à l’école de sages-femmes ».
Danielle indique qu’elle a « eu quelques cours, puisque l’on a eu une sexologue ». La
quasi-totalité des sages-femmes sont satisfaites de l’apport de connaissances
théoriques reçues au cours de leurs études, comme Clémence disant que « c’était
bien d’avoir eu une formation ». Pour certaines, cela fut une initiation à la sexologie
qui détermina leur pratique en tant que sage-femme telle que le témoigne Karen :
« j’avais trouvé cela hyper intéressant, j’avais adoré ce psychologue et c’est peut être
aussi ça qui m’a donné envie d’aller là-dessus. ». Pour Béatrice, « ça a été une
découverte », elle mentionne que « cela a été une révélation pour ma future pratique
de sage-femme, à ce moment-là, je me dis que j’aimerais un peu pousser la dedans ».
Source des savoirs pour les sages-femmes, l’enseignement reçu en école de sages-
femmes peut être déterminant dans la pratique de cette professionnelle de santé.

Ainsi, il peut être intéressant de s’interroger sur l’impact de la formation initiale


selon le spécialiste qui est intervenu.

4.2.6 Les divers aspects de la formation initiale en sexualité

Lors de la formation initiale des sages-femmes, les professionnels intervenant


étaient toujours sexologues : ils étaient médecin, maïeuticienne ou psychologue.
Venant de divers milieux, l’approche de ces intervenants était variable : pour
Clémence, « il avait beaucoup parlé des troubles de la sexualité, homme et femme ».
Danielle a pu avoir une approche par « des relations humaines ». Quant à Fanny,
c’était « une approche un peu scolaire, un peu l’anatomie comme ça marche, le côté
très très médical […] une qui avait plus été autour de la symbolique de la sexualité,
des représentations, qu’est-ce qui fait que l’on perçoit comme ci comme ça la

14
sexualité ». Comme le déclarent les sages-femmes, ces interventions se déroulaient
sous la forme d’un cours magistral avec des échanges. Mais, une liberté est laissée
aux établissements de formation sur le volume horaire pouvant aller de quelques
heures à des journées entières. Cette liberté est aussi retrouvée dans la forme de
l’enseignement.

Ainsi cela m’amène à réfléchir sur ce dernier point. Une diversité d’approche
permet aux sages-femmes d’être sensibilisées sur un concept pluridimensionnel. Il
peut s’agir d’une démarche enrichissante. Pourtant, si la sexualité n’est étudiée que
sous un aspect théorique, comment être armée pour l’aborder dans sa pratique ?
Comment développer des compétences relationnelles dans l’abord d’un sujet
demeurant tabou, uniquement à partir d’une approche socio-psychologique ou basée
sur l’aspect anatomique ?

4.2.7 L’enseignement de la sexualité pendant la grossesse délaissée en


formation initiale

De plus, les sages-femmes manifestent qu’elles sont en manque de


connaissances en matière de sexualité, spécifiquement sur la période de la grossesse.
Fanny dit qu’« il y avait une partie du cours de sexo qui était sur la sexualité pendant
la grossesse, mais c’était un peu minime ». Comme le souligne Béatrice, « nous
sommes les garants de la physiologie », un souhait d’avoir des connaissances sur la
manière « d’aborder plus les différents maux auxquels on peut être confrontés,
comment les prendre en charge en attendant, comment apporter les premières notions
de prises en charge aux patientes, déblayer un peu le terrain avec un interrogatoire
autour de la sexualité » aurait permis aux sages-femmes d’avoir plus de ressources.
Clémence rappelle aussi qu’il faudrait « insister sur pendant la grossesse, comment
aborder le sujet pendant la grossesse et répondre aux questions ». Je comprends que
peu d’outils et de moyens, spécifiques à la période de gestation, à utiliser dans la
pratique quotidienne des sages-femmes sont transmis lors de leur formation initiale.

4.2.8 Un manque d’information sur les besoins des femmes enceintes

La connaissance des besoins des patientes et couples en matière de sexualité


gravidique participe à l’abord de la sexualité par les sages-femmes. Hélène dit bien
que « si je me rends compte que les patientes sont vraiment demandeuses et

15
éprouvent le besoin d’avoir une information un peu plus importante sur ce sujet-là »,
sa pratique évoluerait. Géraldine, qui estime aborder rarement la sexualité se
demande : « Est-ce qu’il y aurait un intérêt, probablement ! Mais c’est vrai que je n’ai
pas d’idée de comment l’aborder en tant que tel ! ». Emma s’interroge sur le moyen
de connaître ce besoin : « Comment ? Mais je ne m’en rends pas compte, je ne sais
pas. ». Le manque de connaissances dans ce domaine peut expliquer ces
questionnements, comme le souligne Emma : « parce que je pense que l’on est
vraiment pas formée dessus » ou encore Clémence qui dit « je ne sais pas quelle
information je devrais délivrer en systématique sur ça ».

4.2.9 La rencontre avec les femmes enceintes, un apprentissage continu

Toutefois, Anne insiste sur le fait que « parler avec les patientes » participe à la
construction de la notion de sexualité. Cette affirmation vient se confirmer par six
autres des sages-femmes : Julie et Géraldine soulignent dans les mêmes termes
qu’elles vont « apprendre auprès des patientes ». Alors qu’uniquement deux des
sages-femmes interrogées évoquent les échanges interprofessionnels comme
ressource, comme Anne qui « finalement parle beaucoup avec mes paires », je
comprends que la pratique professionnelle est indissociable à l’apprentissage du
concept de la sexualité. Fanny précise que « dès que j’ai commencé à travailler », le
développement de son savoir s’est accru.

4.3 Développer une pratique adaptée à l’abord de la sexualité

A partir de leurs connaissances en santé génésique et de leurs ressources, les


sages-femmes développent une pratique professionnelle. Aussi, il s’agit de
comprendre quels en sont les différents aspects : que mettent-elles en place pour
aborder ce sujet de l’intime ? Quel moment est le plus adapté pour échanger avec les
couples selon elles ?

4.3.1 Une demande anticipée

Savoir aborder la sexualité demande d’identifier les besoins des couples.


Conscientes que des questions autour de la sexualité naissent lors de la grossesse,
les sages-femmes peuvent anticiper ces demandes. En effet, la majorité des sages-

16
femmes choisissent d’aborder systématiquement la sexualité au cours de la
grossesse, comme l’indique Danielle : « c’est une question que je pose en
systématique à toutes mes patientes. ». Isabelle confirme aussi en ce sens : « moi je
l’aborde systématiquement, j’essaie de revenir sur toutes mes patientes, mais oui je
l’aborde tout le temps un moment donné ». Karen complète en disant que cela facilite
l’abord de la sexualité : « parce que si tu ne poses pas la question de la sexualité, elle
ne vient pas forcément dans la conversation et pendant les échanges, pendant les
consultations. ». L’échange à l’initiative de la sage-femme peut montrer l’intérêt que
celle-ci porte à ce sujet.

4.3.2 De multiples moments d’échanges

La sexualité peut être abordée lors de l’anamnèse de la première consultation


prénatale, comme le décrit Karen « je parle des antécédents, je fais leur anamnèse,
dans la section gynéco, je leur pose la question de combien de partenaires elles ont,
et de comment se passe leur vie sexuelle, est-ce qu’elle est satisfaisante, est-ce
qu’elles ont a des douleurs, enfin voilà, elles peuvent à ce moment donné là m’en
parler. ». La santé sexuelle est aussi un sujet lors de l’EPP, lors duquel les femmes
enceintes « en parlent aussi spontanément, parce que l’échange est un petit peu plus
long où on aborde un petit peu le vécu de la grossesse ». Fanny utilise comme « porte
d’entrée, la séance post-partum, donc je vais commencer par tout le post-partum pour
la maman et là, je vais parler d’abord de contraception et de sexualité et là donc de
sexualité pendant la grossesse ». Au cours d’une hospitalisation en grossesses
pathologiques, Clémence précise que « parfois en cas de placenta prævia ou de
menace d’accouchement prématuré », des recommandations sur la sexualité sont
données aux patientes.

Il existe une variabilité de moments pour en échanger. Il n’y a pas dans la


pratique des sages-femmes de moments particuliers pour initier le dialogue sur le
sexualité. Toutefois, le suivi de grossesse ainsi que la PNP sont majoritairement
propices à la discussion autour de la thématique de la sexualité. Mais, les sages-
femmes s’emparent de toute opportunité et renouvèlent ces temps de paroles. Elles y
portent donc une attention particulière.

17
4.3.3 Une adaptation naturelle

Que ça soit lors de l’EPP ou lors des consultations de suivi ou encore lors des
séances des PNP, l’adaptation aux femmes et aux couples est une constante de
l’abord de la sexualité citée pour quatre d’entre elles. Fanny décrit cette pratique : « ça
dépend ! Je n’ai pas toujours eu de stratégie vraiment ! C’était un petit peu comment
est-ce que je ressentais les choses avec la patiente. Et puis, en fait, ça vient surtout
naturellement ». Isabelle déclare que « c’est au moment où je la sens prête, où je vois
que c’est un moment propice pour en parler. ». On présume donc que l’expérience
permet aux sages-femmes de développer une sensibilité et un repérage qui leur
permet d’aborder ce sujet au moment qui leur paraît approprié.

4.3.4 Une adaptation pour une disponibilité d’écoute

Au-delà de cette adaptation, réside un élément indispensable pour aborder la


sexualité : la disponibilité. Pour la majorité des maïeuticiennes, ce qui peut faciliter
l’échange c’est le « temps, c’est-à-dire de prendre le temps qu’elles puissent en
parler ! » comme le souligne Karen. Géraldine précise que « c’est hyper important
qu’elle sent bien que tu sois là pour l'écouter ». On présume que l’organisation de
l’activité peut contraindre les sages-femmes à s’adapter et que la contrainte temporelle
est une limite.

Cela est affirmé pour cinq d’entre elles, le manque de temps altère l’échange
sur la sexualité. Anne précise que dans le secteur hospitalier : « t’as pas le temps en
fait, tu vois, tu as le travail à la chaine ; il faut tout le temps être speed, et tu n’as pas
un moment où tu te poses comme ça ». Clémence décrit que l’un des freins à aborder
ce sujet est « ne pas avoir le temps de le faire, enfin ça c’est toujours l’éternel
problème ». Cela vient supposer que l’abord de la sexualité est dépendant du temps
accordé à cette thématique. Le mode d’exercice de la sage-femme peut être un facteur
limitant. Une adaptation de la sage-femme à ces conditions est nécessaire pour être
dans l’écoute nécessaire.

4.3.5 La régularité de l’accompagnement au bénéfice de la confiance

Pour pallier aux contraintes, l’un des piliers de leur stratégie d’abord résiderait
dans un suivi régulier. La quasi-totalité des sages-femmes en évoque l’importance
pour établir un lien de confiance. Anne déclare ceci : « tu peux la revoir régulièrement,

18
il y a eu un lien de confiance qui se crée, c’est plus simple. ». Isabelle illustre aussi ce
propos : « Plus je les suis, plus j’apprends à les connaître aussi : la relation de
confiance, je pense que c’est le principal ». Clémence vient affirmer qu’ « il y a
vraiment une relation un peu plus intime pour aborder ce sujet, que ça soit toujours la
même sage-femme, elles sont peut-être plus à l’aise ». La continuité d’un
accompagnement par le même professionnel se révèle être majeure pour initier le
dialogue sur la sexualité. La connaissance de cet enjeu par les sages-femmes facilite
la création de cette confiance, clé de l’abord de la sexualité.

4.3.6 Une qualité d’écoute

Une régularité ne suffit pas pour instaurer un lien de confiance avec les couples.
Des compétences relationnelles sont au cœur de cette relation : Pour Béatrice, « il faut
savoir instaurer un climat, qui va permettre d’accueillir ce sujet, un climat bienveillant ».
« Etre un minim’ dans l’empathie, et dans la bienveillance » est l’une des habiletés
professionnelles permettant un abord de la sexualité selon Julie, comme pour deux
autres d’entre elles. Danielle précise « il faut créer un climat où on est en capacité
d’écouter mais surtout d’entendre ce qu’elles nous disent ». Fanny confirme ces
propos en disant qu’il est « important de savoir être à l’écoute, entendre vraiment ce
qu’elle a à dire sur le sujet ». Karen illustre aussi l’attitude d’écoute en soulignant
qu’elle est « avec cette posture-là d’écoute, attentive, active : je pose des questions,
je fais reformuler ». Savoir écouter, être avec les émotions de l’autre, reformuler les
propos impactent la confiance qu’accordent les couples aux sages-femmes. La
confiance acquise, les sages-femmes seraient donc disposées à identifier les
inquiétudes et les difficultés en matière de sexualité concernant les couples.

4.3.7 Une liberté de paroles suggérée

Dans leur pratique, les sages-femmes développent une stratégie d’échange


permettant une diversité de réponses. Comme l’explique Fanny, « au début c’est par
une question ouverte : « est-ce qu’il y a quelque chose dont vous avez envie de me
faire part » ». Géraldine souligne qu’elle « pose des questions » et qu’elle « essaie de
rester la plus ouverte possible pour pas les fermer ». Poser des questions ouvertes
permet de ne pas diriger les réponses. Cela peut sous-entendre que la sage-femme
développe la compétence de conduite d’entretien d’aide.

19
4.3.8 Une posture de non jugement

En effet, plus de la moitié des sages-femmes déclarent que l’attitude de non-


jugement facilite à échanger sur la sexualité. Géraldine explique « qu’on retrouve
encore trop de jugements sur tout ce qui est sexualité. », que porter un jugement sur
leurs questions et leurs pratiques ferme la discussion. Hélène décrit qu’il est important
de « pouvoir montrer que l’on peut parler de tout ». Isabelle insiste alors sur sa posture
: « en consultation, je prends toujours le temps de leur dire « comment ça va ? » de
clairement poser la question en les regardant droit dans les yeux ». S’y joue
l’authenticité entre la sage-femme et la patiente, comme le souligne Karen « Et avec
la sincérité ! Il faut être sincère ! ». La considération de l’autre sans a priori et
l’authenticité sont des fondements de la relation de confiance. Emma explique
« qu’elles (les patientes) ne voient pas que dans le regard le jugement, parce que ça,
ça va tout de suite braquer ». L’attitude de la sage-femme de non-jugement se
transmet donc autrement que dans les propos. Dans la pratique, la sage-femme se
doit aussi d’avoir une vigilance sur la posture qu’elle tient.

4.3.9 Une attention au langage para-verbal

Certaines sages-femmes adaptent leur langage para-verbal, conscientes de


l’importance que celui-ci peut avoir dans une communication sur un sujet décrit comme
tabou. Fanny dit qu’elle « essaie d’avoir un ton naturel, comme lorsque je demande
autre chose ». Karen déclare que tout cela se joue « en faisant reformuler, en posant
des questions et en ayant pas ce truc-là « il faut » ou « tu devrais ». C’est tournure de
phrase en fait ! Dans l’intonation de la voix ! ». Isabelle explique que l’abord doit être
« fluide par rapport aux questions qui viennent avant, comme n’importe quelle autre
question ». La manière de s’exprimer en tant que professionnelle va influencer la
qualité de l’échange. Initier un dialogue se réalise en portant une attention à son
langage para-verbal. Les sages-femmes peuvent s’interroger sur leur pratique, lorsque
ce langage n’est pas adéquat.

4.3.10 Une aide par le matériel

Deux des sages-femmes choisissent, comme le décrit Emma « de montrer des


planches du périnée pour montrer où était le clitoris, parce qu’il y a des femmes qui ne
savaient pas où c’était. » Ces deux professionnelles informent les patientes en utilisant
des outils :Isabelle explique qu’« on fait le petit point anatomie, hop, je prends le bassin

20
alors moi j’ai tout en 3D, j’ai un bassin, j’ai un placenta ». Cela participe à l’appropriation
du corps de la femme, ainsi qu’à rassurer les parents dans leurs pratiques sexuelles.
Les sages-femmes utilisent ces ressources pour s’adapter aux couples, qui peuvent
avoir besoin d’une visualisation du corps féminin.

Pour résumer, la majorité des sages-femmes choisit, comme mode d’approche,


de poser systématiquement la question autour de la sexualité. L’ensemble des
professionnelles interrogées s’efforcent d’établir une relation de confiance avec les
femmes et les couples, par leur écoute active, attitude de non jugement, empathie,
bienveillance. Certaines évoquent l’attention accordée à la manière dont est introduit
le sujet (questions ouvertes, langage non verbal). Elles s’adaptent aux couples pour
trouver le moment le plus propice, tout en tenant en compte leur temps imparti.
Parallèlement à ces stratégies, les sages-femmes développent un contenu dans
l’échange. Leurs raisons d’aborder la sexualité constituent le fond de cette approche.

4.3.11 Une approche vers le bien-être sexuel

Pour neuf de ces sages-femmes, il est important de rassurer et de déconstruire


les fausses-croyances des couples, notamment de « savoir si ça ne va pas faire mal
au bébé » tel qu’expliqué par Anne. Comme la majeure partie des sages-femmes,
Géraldine les informe qu’ « en termes de libido, tout le monde ne réagit pas » de la
même façon, elle précise « certaines ça ne changera rien, d’autres au contraire, elles
n’auront plus envie du tout ». Fanny réduit la croyance de l’impossible sexualité
gravidique et développe l’approche d’une appropriation du corps gestant : « il y en a
déjà qui se pose cette question-là pour commencer : le fait que l’on peut toujours avoir
une sexualité, en se réinventant, en changeant de positions ». Comme l’indique
Isabelle, il s’agit d’informer et de rassurer la patiente pour « qu’elle soit épanouie dans
sa sexualité ». La recherche d’un bien-être sexuel lors de la grossesse chez les
couples motive les sages-femmes à initier le dialogue. La représentation chez les
couples de la sexualité ainsi que leurs connaissances en la matière influencent sur
cette approche pour aborder ce sujet.

21
4.3.12 Une considération de la femme dans sa globalité

Pour deux des sages-femmes, elles déclarent avoir une approche dans la
globalité de la personne. Elles intègrent cette question de la sexualité, comme Karen
le décrit en prenant « vraiment le temps de parler de sa vie émotionnelle, de son
travail ». Isabelle précise que l’état moral de la patiente est « la question qui est
essentielle ». Elle s’intéresse toujours au « contexte actuel de la grossesse, si c’est
une grossesse désirée, comment ça se passe dans le couple, comment ça se passe
à la maison ». Différents éléments peuvent influencer la qualité de vie sexuelle,
notamment lors cette période de transition physico-psychique. Les sages-femmes en
ont connaissance et adaptent leurs pratiques sans négliger ces éléments.

4.3.13 Dépister et prévenir des violences

De plus, la sexualité ne se limite pas à la notion de bien-être. Evoquer la


sexualité lors de la grossesse permet pour quatre des sages-femmes interrogées de
dépister des violences et de rappeler la notion du consentement.

Danielle évoque « parler, si éventuellement les rapports sont consentis ou pas,


s’il y a des douleurs, si c’est des douleurs d’intromission, liées à des sécheresses, des
choses comme ça, et de mettre un pied aussi dans les violences sexuelles ». Julie
utilise l’abord des violences car selon elle, cela « permet vraiment de savoir qu’elles
peuvent me parler, mais pas forcément du coup tout le temps de la sexualité, mais
c’est vraiment cette idée de « vous avez le droit de me parler de ce que vous voulez,
je serai capable de l’entendre ! », essayer de casser un peu ce tabou autour des
violences ». On comprend que derrière la question de la sexualité, il y a un enjeu de
dépistage.

Géraldine précise qu’«avec des patientes chez qui on sent qu’il y a des
antécédents de violences ou quelque chose, ça m’est déjà arrivé de faire le point sur
le consentement ». Fanny insiste que « l’histoire aussi du consentement ! » est aussi
abordé sur la question de la sexualité : elle dit qu’elle leurs transmet que « le
consentement n’est pas une option, que ce n’est pas parce que c’est son mari qu’il a
le droit de tout faire ».

22
L’abord de la sexualité peut révéler d’autres aspects : une maitrise de la prise
en charge et l’orientation des patientes, victimes de violences, fait aussi partie des
compétences développées par la sage-femme. Prévenir ces violences, en rappelant
aux femmes leurs droits, est aussi une des missions de la sage-femme.

4.3.14 Le tabou de la sexualité : frein et motivation de l’abord

« Lever ce tabou comme je te disais, leur dire qu’elles ont le droit d’en parler,
leur dire que c’est normal, que c’est naturel » comme déclare Fanny est l’une
motivation de l’abord pour cinq des sages-femmes interrogées. Pourtant, huit de ces
professionnelles pointent que ce thème est lui-même un frein. Ce tabou peut être
présent autant chez les professionnels de santé que chez les couples accompagnés.

Béatrice illustre cela par le malaise du professionnel pouvant amener celui-ci à


« ne pas l’aborder, qu’il le (le sujet de la sexualité) néglige un petit peu, ou qu’il se
dise “qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire avec“ ». Questionner sur la sexualité et
le bien-être sexuel peut être assimilé à une intrusion dans l’intimité : Clémence dit que
« c’est (la sexualité) du domaine de l’intime et il y a certaines patientes qui ne sont pas
à l’aise avec cela, ou sages-femmes ». Fanny insiste sur le fait que« c’est encore
quelque chose qui est assez tabou, qu’il y a beaucoup de femmes qui ont des soucis
autour de la sexualité que ça soit en grossesse ou en dehors ». Julie confirme ces
propos : « la sexualité reste encore tabou, (rires) enfin les pratiques sexuelles, je dirais
qui ne sont pas majoritaires au cours de la grossesse, ça reste encore un petit peu
compliqué ». A travers les silences et les rires occasionnés par la thématique principale
du mémoire, on peut penser que les sages-femmes se trouvent en difficulté à initier
cet échange et à accompagner les couples, troublés ou mal à l’aise.

Géraldine complète en disant que « pendant longtemps la sexualité était plutôt


tabou, invisibilisée etc etc, est-ce qu’en plus, lorsque tu arrives sur une grossesse où
la femme passe au statut de mère, tu, inconsciemment invisibilise, rends ça (la
sexualité) encore plus invisible ! ». Les représentations de la femme gestante, en plein
processus de maternité, influenceraient les professionnels de santé. Développer une
sensibilité sur le conditionnement de nos représentations sur la femme et la mère,
voire du couple amant et du couple parental peut aider à lever les craintes à aborder
la sexualité.

23
4.4 Se sentir en compétence pour accompagner les couples dans
leur sexualité pendant la grossesse

Le sentiment d’efficacité personnelle des sages-femmes reste subjectif.


Pourtant, différents moyens permettent de mesurer ce sentiment.

4.4.1 De l’étonnement à un espace de liberté de paroles chez les


patientes

Lorsque les sages-femmes abordent la sexualité avec les femmes et les


couples, elles peuvent estimer le succès ou l’échec de leur pratique. La question de la
sexualité lors de la grossesse est, pour la majorité d’entre elles, abordée de manière
systématique. Pourtant, il persiste un état de surprise de ces interlocuteurs comme
l’illustre Isabelle « Les patientes ne s’y attendent pas. J’ai souvent ce retour des
patientes qui me disent “ je ne pensais pas que l’on allait parler de tout cela”». On
serait tenté de croire que l’aspect tabou de la sexualité persiste, notamment lors de la
grossesse. Ou est-ce lié à un manque d’informations sur les enjeux de
l’accompagnement de la grossesse ?

Toutefois, cela ne restreint pas les sages-femmes à poursuivre cette pratique.


Les demandes spontanées des patientes seraient le reflet de la réussite de leur
pratique. Les questions sur la sexualité gravidique ou sur les pratiques sexuelles
confirmeraient en ce sens : Danielle déclare que « parler de pratiques très tabous dans
la société et de voir qu’on peut en parler librement sans jugement » l’encourage à ne
pas cesser d’aborder la sexualité dans cette période de gestation. Géraldine souligne
que la satisfaction de sa pratique se mesure aussi par la prise de paroles des femmes
sur ce sujet de l’intime : « Elles (les patientes) te parlent un petit peu de leur intimité,
elles abordent ce genre de choses avec toi ». On présume que les patientes sont
réceptives à l’attention accordée par la sage-femme sur cet aspect de leur santé. Un
espace d’écoute et d’échange s’installe au cours de la grossesse entre la sage-femme
et ses patientes et couples, promouvant le sentiment d’efficacité des sages-femmes
dans leur pratique.

24
4.4.2 L’enjeu des expériences auprès de leurs futurs pairs

Lors de leurs stages de formation initiale, la question autour de la sexualité


gravidique a pu être exceptionnellement observée pour la majorité des sages-
femmes : Géraldine dit qu’elle n’a « jamais vu de sage-femme lancer spécifiquement
un sujet sexualité ». Julie précise aussi que « sur tous les professionnels de santé que
j’ai pu rencontrer ça (la sexualité pendant la grossesse) n’a pas été abordé de manière
systématique et c’est ce qui fait que je pense, je n’aborde pas de manière systématique
non plus ».

Pour autant, il est important de valoriser les rares expériences de stages où la


sexualité de manière générale est un sujet. Fanny indique que « lorsque j’étais en
stage à la maternité, je suis tombée sur des sages-femmes qui l’abordaient facilement.
Je suis retournée aussi au moins deux fois au service d’orthogénie, donc on a pu parler
beaucoup de sexualité et en fait, tout ça, ça a fait que j’ai été plus à l’aise, parce que
je l’ai vu faire, c’était assez naturel aussi ». Multiplier les lieux de stages, où la sexualité
est abordée, a participé au développement des compétences, comme Julie qui a « eu
l’occasion de faire un stage en Protection Maternelle et Infantile au cours de mes
études et j’ai fait un stage en Centre de Planification Education et Familiale. »,

Ces expériences dites vicariantes sont déterminantes dans l’acquisition de


compétences. Les pratiques des professionnels rencontrés en stage influencent et
renforcent le sentiment de légitimité d’aborder la sexualité.

4.4.3 L’évidente persuasion verbale des patientes

Ce sentiment de capacité à aborder la sexualité se renforce aussi par le


phénomène de persuasion verbale. En effet, je retiens que l’efficacité ressentie
s’apprécie pour certaines sages-femmes par les remerciements des patientes.
Danielle l’énonce d’emblée : « par les remerciements des patientes, oui c’est souvent
oui ! ». Julie viendra illustrer ce sentiment d’efficacité par la satisfaction de sa
patientèle, qui avait rencontré des difficultés : « parce qu’elle est hyper fière d’avoir pu
accoucher par voie basse, qui finalement me remercie beaucoup ». Le retour des
patientes encourage les sages-femmes à maintenir leur pratique de l’abord de la
sexualité pendant la grossesse. Fanny l’explique « qu’il y avait plein de choses qu’elle
n’avait pas forcément saisi du fonctionnement de tout ça et elle était contente de

25
savoir, c’est aussi ce genre de patientes qui me convainc à chaque fois qu’il faut en
parler !». Julie précise que les patientes « viennent de plus en plus me parler de
choses personnelles profondes au fur et à mesure de la construction de la relation ».

La reconnaissance des patientes renforce le sentiment d’efficacité des sages-


femmes. Un autre élément déterminant est l’état émotionnel de la sage-femme :
comment se sent-elle à l’abord de la sexualité ? Quelle réaction a-t-elle lorsqu’une
patiente ou le couple pose une question autour de la sexualité gravidique ?

4.4.4 Une aisance commune d’aborder la sexualité

Toutes les sages-femmes interrogées déclarent être à l’aise avec le sujet :


Fanny dit que « Je ne me sens pas non plus gênée, c’est comme si elle m’avait
demandé un autre truc sur sa grossesse ». Hélène confirme cela : « je n’ai pas
l’impression de me sentir en difficulté, je me sens plutôt à l’aise ! ». Isabelle illustre
l’importance de l’enjeu de ce sentiment : « il faut que je montre que je suis à l’aise avec
ça, sinon (silence), si aux sages-femmes, on ne peut pas en parler, alors à personne
on ne peut en parler j’ai envie de te dire ! ».

4.4.5 Le développement de l’aisance à échanger

Un lien entre l’expérience et le développement de ce sentiment a été mis en


lumière : Emma indique que bien que « c’est une petite expérience mais une fois qu’on
est plus à l’aise (hésitation) parce que c’est vrai au début on est plus sur l’examen
clinique, ça nous stresse l’examen clinique ! ». L’état émotionnel est donc influencé
par l’expérience de la sage-femme.

Un autre élément qui peut participer au fait d’être plus ou moins à l’aise avec
les patientes est l’interaction avec le couple comme le témoigne Géraldine : « je pense
que le sentiment, que tu peux avoir lorsque tu en discutes, dépend vraiment des gens
que tu as en face de toi et de la manière dont ils t’en parlent et tu vois aussi, au niveau
du langage corporel ! » Elle précise que « ça dépend des couples : pour certaines c’est
comme si tu discutais d’autre chose, ça vient très naturellement, même les conjoints
aussi, tu sens que tout le monde est hyper détendu sur le sujet, et toi aussi finalement
! Et pour d’autres, finalement, tu sens que c’est un peu plus crispant ». Emma dit bien

26
que « c’est avec le temps, on est un peu à l’aise et on sait un peu plus, et à force
d’avoir vu des réactions, on sait adapter notre discours »

Se sentir en compétence s’acquiert et évolue avec le temps, les expériences et


peut être influencé par les réactions des femmes enceintes et leurs partenaires. Ne
pouvant agir sur l’expérience, l’aspect relationnel de l’abord de la sexualité pourrait
être un enjeu dans la pratique de sages-femmes (le langage non verbal, les termes à
employer …).

Etre à l’aise avec ce sujet de l’intime est une notion personnelle, requise pour
chaque sage-femme. Pourtant, à la question « comment vous sentez-vous à l’abord
de la sexualité ? », la majorité des sages-femmes évoque avoir une attitude
particulière.

4.4.6 Avoir une posture professionnelle

Tout d’abord, elles cultivent aussi une attitude professionnelle en laissant de


côté leurs propres émotions. Elles se concentrent sur le contenu de la question de la
patiente ou du couple jusqu’à dépister des formes de violences. Elles ne se laissent
pas déborder par des difficultés ressenties illustrées par Béatrice comme le manque
de connaissances « la première chose qui me vient à l’esprit est quand même cette
petite appréhension à laquelle je peux être confrontée à des problèmes liés à cela, en
sachant que je ne vais pas trop savoir quoi en faire car je ne suis pas assez formée »,
ou par le dépassement de leurs compétences où la réorientation est requise, tel que
Hélène l’explique : « quand c’est des problématiques plus complexes, là je redirige ».
Un effet de surprise peut être ressenti que Clémence souligne : « ça m’a juste surprise
parce que ce n’est pas fréquent et (silence) ça ne m’a pas gênée finalement. »

L’ensemble des sages-femmes souligne le caractère neutre de leur réaction à


l’abord de la sexualité par les patientes et les couples : Julie dit « je reste totalement
neutre, mon rôle est de l’accompagnement, ce n’est pas du jugement ! ». Danielle
indique l’importance d’avoir une attitude professionnelle : « une réaction
professionnelle où je ne vais pas émettre de jugement, je ne vais pas être contente ou
je ne vais pas être dégoutée ». Isabelle revient sur l’attitude à adopter lors d’une

27
sollicitation d’une patiente : « j’essaie de plutôt me dire « quelle est la question de la
patiente et qu’est-ce que je peux apporter comme réponse, moi, dans ma position de
professionnelle pour y répondre au mieux ? », en ayant une vigilance sur l’existence
d’une forme de violence : « j’essaie de voir qu’est ce qui se cache derrière aussi,
parfois, alors j’ai aussi été formée aux violences et tout donc, à ce moment donné j’ai
plein de warning qui s’allument, est-ce que c’est un signe ».

Etre à l’aise dans l’abord de la sexualité associée à développer une posture


professionnelle permettrait d’avoir un état émotionnel contributif au sentiment
« pouvoir faire ». Pourtant lorsque la question de l’autosatisfaction de leur pratique
leurs est posée, leurs réponses sont variables.

4.4.7 Un sentiment d’autosatisfaction individuel

La moitié considère que leur pratique n’est peu voire pas satisfaisante.
Clémence et Hélène qui estiment peu voire ne pas aborder systématiquement la
question de la sexualité, soulignent que « cela est difficile à évaluer » Emma précise
que le manque de connaissances en santé génésique est l’une des raisons pour
laquelle elle n’est pas satisfaite de sa pratique : « je pense que l’on est vraiment pas
formée dessus, enfin que l’on est un peu lâchée comme ça ». Fanny viendra aussi
confirmer ce sentiment, en précisant l’importance d’enrichir ces connaissances : « Je
pense qu’il faut que je continue à me former sur le sujet ».

La seconde moitié estime leur pratique satisfaisante notamment comme le


souligne Géraldine : « avec la formation que j’ai reçue et avec la pratique que j’ai
actuellement, ça me paraît satisfaisant ! ». Karen va aussi dans ce sens : « je considère
effectivement sur toutes les connaissances que j’ai actuellement, que j’ai la sensation
que oui, la pratique est satisfaisante ! ».

Ce sentiment d’efficacité est individuel : chaque personne évalue sa pratique


en fonction de ses critères. Que leur pratique soit satisfaisante ou non, toutes les
sages-femmes l’évaluent en fonction de leurs connaissances. Cela souligne la place
importante qu’occupent les savoirs initiaux pour ces sages-femmes néo-diplômées.

28
V. Discussion : les premiers éléments

Afin de pouvoir discuter sur l’interprétation des résultats, il me semble important


d’apporter une critique des forces et des limites de cette étude.

5.1 Les forces et les limites de l’étude

5.1.1 Ses points forts

L’enjeu de la santé sexuelle des femmes


De réels besoins en santé sexuelle s’expriment à travers l’émergence de
programmes nationaux : une stratégie nationale de santé sexuelle propose des axes
d’action visant à promouvoir le bien-être sexuel (2017-2030)(15). De plus, comme le
souligne le Conseil National de l’Ordre des Sages-Femmes, la santé génésique des
femmes se dégrade (36). L’enjeu de la santé sexuelle des femmes est un sujet
d’actualité.

Peu d’études concernant les sages-femmes récemment diplômées


Les études qualitatives se sont essentiellement intéressées au vécu des
couples dans leur sexualité, à l’information reçue lors de la grossesse par les couples,
ou encore à l’abord de la sexualité par d’autres praticiens. « Favoriser le dialogue
autour de la sexualité et pouvoir répondre ou orienter en cas de plaintes » (37) est la
mission confiée aux sages-femmes. S’interroger sur le point de vue des sages-femmes
récemment diplômées et sur leurs compétences en matière de santé génésique peut
faire émerger des solutions pour renforcer la formation des professionnels et, in fine,
améliorer le bien-être sexuel des patientes et des couples (15).

Une diversité géographique de lieux de formation


Les professionnelles interrogées étaient diplômées d’écoles de sages-femmes
différentes, sauf pour deux d’entre elles. La diversité des différentes années de
formation et des différentes formes d’enseignements initiaux a permis d’obtenir une
hétérogénéité de résultats. Ceci est indispensable pour avoir une meilleure
représentativité de la formation initiale en sexualité humaine.

29
Une étude qualitative : la richesse des échanges
Une enquête de 2021 quantifiait le niveau de connaissances auprès de 112
sages-femmes et leurs besoins en santé sexuelle : 100 % d’entre elles déclaraient qu’il
y avait un manque dans les savoirs pour répondre « à la plainte sexuelle »(13). Aussi,
mon travail qualitatif met en lumière sur les compétences acquises ou nécessaires
pour aborder la sexualité. Ces entretiens semi-directifs avec les sages-femmes ont
apporté une liberté de paroles, notamment sur le sentiment d’efficacité personnelle.
Cela s’est fait ressentir dans la qualité des résultats obtenus.

5.1.2 Ses biais

L’intérêt fort pour le thème du mémoire


Les sages-femmes abordant la sexualité pendant la grossesse portent un
intérêt à accompagner les femmes dans leur santé et à permettre aux couples de
s’épanouir dans leur sexualité. Cela influence leurs compétences en matière de
sexualité ainsi que leur aisance à échanger sur cette thématique. Pour autant l’objectif
de l’étude est d’identifier et de comprendre ce propos. Ce biais de sélection a été limité
par la multitude des entretiens et par les entretiens menés avec des sages-femmes
qui estiment ne pas aborder ou rarement parler de sexualité pendant la grossesse
avec les couples.

La forte représentation des sages-libérales


La part des sages-femmes libérales était prédominante. En effet, l’abord de la
sexualité serait facilité par une disponibilité de temps et la régularité des interventions
lors de la grossesse, ce dont disposerait la majorité des sages-femmes en milieu
libéral. Il serait intéressant d’enquêter davantage auprès des sages-femmes qui
travaillent en structure hospitalière ou en PMI. Cela apporterait une représentation plus
constante des compétences des sages-femmes en matière de santé génésique. De
plus, cela permettrait d’identifier les conditions et les moyens qui favorisent ou non
l’abord de la sexualité avec les couples.

La mémorisation
Interroger ce public sur le ressenti des connaissances et des expériences
acquises lors de la formation initiale demande un effort de mémoire. Aussi, j’ai choisi

30
de recruter les sages-femmes diplômées dans les cinq dernières années et toutes ces
sages-femmes avaient obtenu leur diplôme depuis au moins 2018.

5.2 Synthèse des résultats

5.2.1 Résultats au regard de la littérature

La représentation pluridimensionnelle de la sexualité


Le terme « sexualité » étant parfois difficile à caractériser, l’ensemble des
sages-femmes est unanime sur l’aspect global et pluridimensionnel dont l’OMS fait
référence dans sa définition (38). Dans la littérature, la sexualité est qualifiée de
« polymorphe, comme étant une donnée psycho-socio-affective individuelle, voire
personnelle, intime ou privée et en même temps interpersonnelle et collective »(39).
Les sages-femmes interrogées insistent sur cette composante personnelle : la
sexualité appartient à chacun et se constitue individuellement. Le psychologue et
sexologue clinicien J-Y DESJARDINS explique, par son approche du sexocorporel,
que l’histoire de notre sexualité débute dès l’enfance : l’éducation familiale socio-
culturelle influence notre construction de la sexualité. Il précise aussi que « les
systèmes de pensée sont dictés et évolutifs en fonction de nos croyances et des
jugements » (40).

De plus, les témoignages des sages-femmes suivent l’évolution sociétale de la


place de la sexualité (3) : elles associent la sexualité à l’acte sexuel mais aussi aux
aspects émotionnels et psychologiques (désir, plaisir…). J-Y DESJARDINS assoit
cette notion : la sexualité est en lien avec le corps physique et avec les perceptions
émotionnelles (40). On reconnaît à travers les propos des sages-femmes la
représentation de cet état de bien-être. L’épanouissement personnel à travers sa
sexualité est recherché (41).

La place de l’intimité dans la sexualité


Pour la majorité des sages-femmes enquêtées, la notion de l’intimité a une
place prédominante dans la représentation de la sexualité. Ayant comme étymologie
latine “le plus intérieur”, le terme « intimité » est apparu selon le sociologue F. DE
SINGLY lors de la création de la famille nucléaire, au XVIIIème siècle (42). La famille
a été et est le berceau de ce qui relève de la sphère du privé. Comme la sexualité, le

31
concept a évolué au gré des siècles : il est décrit comme « “le lieu” physique ou
psychique où la capacité de chaque individu à investir son corps comme sien
s’exprime » (43). S’y joue alors la constitution identitaire au sein de l’intimité. Comme
le rappelle ce même auteur, elle est dépendante des cultures, des croyances, et est
donc liée aux tabous qui, eux, relèvent du social et du symbolique (43). J’en déduis
les similitudes entre la sexualité et l’intimité.

La formation initiale, un apport enrichissant en santé génésique


Ces différentes approches de la sexualité sont transmises lors de la formation
initiale, ce dont soulignent les sages-femmes. Ressource principale de construction de
leur représentation du concept de la sexualité, leurs enseignements en santé
génésique en France sont divers, uniquement sous la forme magistrale : l’aspect
psychologique y est développé autant que celui médical de la sexualité. Une liberté de
la forme d’enseignement est laissée comme pour les médecins gynécologues ou
gynécologues obstétriciens (44). Les sages-femmes formées en Belgique, interrogées
au cours de cette étude, ont reçu un enseignement soit par débats après des partiels
ou par des analyses cinématographiques, soit grâce à la lecture d’un ouvrage de 400
pages sans intervenant. Cette source de savoirs leur a été aussi déterminante dans le
parcours professionnel. Léa souligne que « c’était bien large et ça a vachement aussi
impacté ma vision de la chose et ma pratique ».

Un manque de connaissances sur les besoins des femmes enceintes


Pour autant, toutes les sages-femmes de cette étude soulignent un manque de
connaissances spécifiques en matière de sexualité, ce que déclarent d’autres
professions du corpus médical (médecins gynécologues, gynécologues obstétriciens,
sages-femmes) (18,44,45). Un besoin d’apport de connaissances sur la sexualité
gravidique est exprimé dans mon étude, ce qui est partagé dans une étude de 2021,
auprès de 112 sages-femmes (13) .

De plus, quelques sages-femmes de l’étude s’interrogent sur l’intérêt d’aborder


la sexualité pendant la grossesse, témoin d’un manque de connaissances sur les
besoins des patientes et des couples, alors que ces derniers sont décrits dans de
nombreuses littératures (7,32,46–48). Pour aborder la sexualité, cela nécessite de
connaître les besoins d’un public. La connaissance est indispensable pour le

32
développement d’un « savoir agir » (21,23). La formation initiale a toute sa place dans
la sensibilisation de futures sages-femmes sur la demande explicite des femmes
enceintes et couples.

La littérature personnelle et l’expérience pour y pallier


La majorité des sages-femmes néo-diplômées enrichissent leurs savoirs par les
apports personnels, grâce à la littérature. Parallèlement, huit des sages-femmes
soulignent que les échanges avec leur patientèle constituent une ressource. Les
recherches personnelles et l’expérience participent donc à la constitution d’un socle
de savoirs comme pour les gynécologues, les médecins, les sages-femmes, les
sexologues interrogés dans d’autres mémoires (18,49). Toutefois, pour certains
professionnels médicaux, il s’agit de pallier au manque de formation en sexologie au
cours du cursus universitaire en « apprenant à faire avec les moyens du bord » (44).
Cela est révélateur d’un besoin des professionnels de santé.

Un abord de la sexualité systématique


Malgré ce sentiment de carences théoriques, comment mettent-elles en
pratique cet abord de la sexualité avec les femmes enceintes et les couples ? Par la
mobilisation de leur savoir, la majorité des sages-femmes anticipent le besoin des
femmes enceintes en laissant une porte d’entrée : des questions autour de la sexualité
sont systématiquement posées. Dans une étude auprès des infirmières, elles
privilégient aussi cet abord en “tendant des perches”(50). Si dans la période du post-
partum, le caractère systématique de l’abord de la sexualité est promu par les
sexologues (17), initier cette parole dès cette transition vers la parentalité permettrait
d’appréhender ces changements dans leur sexualité (2). Il s’agit d’autant une
demande explicite des femmes enceintes (6).

De multiples moments propices à l’échange


Toutefois, le moment de l’abord n’est pas nécessairement déterminé : les
sages-femmes enquêtées s’adaptent à la situation et repèrent le moment le plus
opportun pour aborder la sexualité pendant la grossesse, tout comme les sages-
femmes d’une autre étude (1). Les recommandations de la HAS affirment que les
séances de PNP, comme l’EPP, sont le lieu privilégié pour aborder la sexualité et
l’étude de I. QUEYRENS en souligne l’importance (51,52). Dans des études, les

33
patientes expriment le souhait d’évoquer la sexualité à tout moment (en pré ou post-
partum)(6,17,46). Le gynécologue, sexologue et sexothérapeute, P. LEUILLET
propose de « laisser libre cours à la parole au travers des entretiens pour mieux
dédramatiser et sécuriser » les couples dans leur sexualité (33). Les lieux de
consultations, où le secret professionnel préside, sont propices à partager l’intimité,
notamment ce qui est en lien avec la sexualité (42,44,45). Pour ce faire, les sages-
femmes néo-diplômées développent une attitude et des techniques améliorant la
liberté de parole.

La construction de la relation de confiance


Les sages-femmes interrogées mettent en œuvre un climat de confiance. Celui-
ci s’installe grâce à la régularité de l’accompagnement réalisé par la même sage-
femme, comme il est constaté dans la période du post-partum lors d’une étude (53).
En effet, l’OMS a établi « une Communication Brève relative en Sexualité » qui
souligne le caractère continu nécessaire pour établir ce lien de confiance (54).

Ainsi, une relation de confiance s’instaure au fur et à mesure des consultations


et/ou des séances. Le terme « relation » venant du latin, « récit, narration », rappelle
la dimension du discours dans l’échange (55). J’y saisi alors le développement de la
compétence, comme le soulignent les sages-femmes, à adopter notamment une
écoute active.

Les techniques développées de l’écoute active


Composante de la relation d’aide (23,56,57), l’écoute active pratiquée par les
sages-femmes interrogées se décline par différentes stratégies. Elles abordent la
sexualité par des questions ouvertes, tout en reformulant les propos de leurs patientes
et des couples, méthodes explicites dans la Communication Brève relative à la
sexualité de l’OMS (54). Les questions ouvertes permettent d’accueillir les mots/les
maux de la patiente sans influence du professionnel. Associée à la reformulation, cette
technique vient à « explorer les émotions, les comportements, les valeurs » de la
personne sans aucune interprétation. Les effets de cette attitude créent un effet
sécurisant. En reprenant les propos par « si j’ai bien compris », cela participe en
recentrer le discours du patient jusqu’à identifier ses émotions (56). Docteur SAPIN,
médecin sexologue, décrit que « poser la question revient à ouvrir une porte

34
permettant aux femmes de s’interroger, de décider si cela fait problème, et peut-être
se libérer en partie » (40). Alors, cela permet à la patiente d’être écoutée et entendue
jusqu’à libérer sa parole sur une thématique personnelle, réservée à l’intime.

L’empathie dans l’abord de la sexualité


Les sages-femmes accordent une attention à être avec les émotions de l’autre.
Elles font référence à la notion d’empathie, développée par C. ROGERS. « Capacité
de résonance de l’autre en nous », C. ROGERS explique que l’empathie est
« percevoir le monde subjectif d’autrui “comme si” on était cette personne, sans
toutefois jamais perdre de vue qu’il s’agit d’une situation analogue »(23,56). Au cœur
de la relation, guidée par l’intersubjectivité, une compréhension cognitive et
émotionnelle de l’autre prend place grâce par la « reconnaissance mutuelle » du point
de vue de l’autre et de ses sentiments (58).

Une connaissance de soi pour une authenticité dans la relation


Naturellement, les sages-femmes néo-diplômées développent une compétence
relationnelle pour repérer le moment le plus propice à l’abord de la sexualité. Elles
développent une sensibilité et se fient à celle-ci. En apprenant à être à l’écoute de
leurs émotions, les sages-femmes développent une connaissance de soi, un « outil de
professionnalisme » (23). Bien que cette capacité s’affine par les situations
rencontrées, elle permet de développer un fondement de la relation d’aide :
l’authenticité.

Effectivement, les sages-femmes interrogées soulignent l’importance d’être


sincère. C.ROGERS définit cette compétence relationnelle par la congruence. Il s’agit
de « reconnaître et d’accepter ses propres sentiments”(56). Au cœur de la relation
d’aide, se joue une intersubjectivité qui demande au professionnel de s’engager de
façon naturelle, en étant celui qui il est (23). Etre dans la congruence participe aussi à
créer un lieu sécuritaire pour la patiente (56). Cette authenticité s’exprime à travers le
langage para-verbal (23) : les sages-femmes de mon étude en ont saisi toute son
importance dans l’abord de la sexualité. Elles sont vigilantes à la manière dont elles
s’expriment : ton naturel, fluidité des propos. Cela se poursuit par « un acquiescement
de la tête, la présence du soutien du regard, un “oui” prononcé doucement ». Cela
participe à ce que la femme se sente écoutée, comprise et n’ayant pas peur d’être

35
jugée (56), ce qui selon les sages-femmes néo-diplômées de l’étude aider « à
normaliser la sexualité ».

Le non-jugement au bénéfice de la confiance


Enfin, plus de la moitié des sages-femmes affirment être dans une attitude de
non-jugement, pour reprendre les propos de Danielle « je ne vais pas être contente
ou je vais pas être dégoutée ». Il y a une distanciation de leurs propres émotions. Il
s’agit de l’un des piliers de la relation de confiance. C.ROGERS définit cette posture
comme la « considération positive inconditionnelle : il s’agit de l’acceptation globale de
l’autre, même si ce qu’il évoque et réprouve socialement »(23). Dans une relation
d’aide, un jugement menace la confiance instaurée entre les protagonistes de
l’échange (56). Or, la confiance est la clé pour aborder la sexualité (45).

Le développement d’outils matériels pour aborder la sexualité


Au-delà de l’attitude thérapeutique, les sages-femmes néo-diplômées puisent
dans d’autres ressources pour aborder la sexualité. Des planches représentant le
périnée et des modèles d’anatomie (bassin en 3D) participent à l’appropriation du
corps par la femme. Marie, l’une des sages-femmes formées en Belgique, a aussi
recours à du matériel, par des cartes-photos développées par une association. Elle les
utilise pour initier le dialogue sur le ressenti du vécu sexuel durant la grossesse. Elle
précise que cela lui « permet d’être plus à l’aise en tant que professionnelle ».
Différentes formes d’outils aident les sages-femmes dans l’accompagnement de la
sexualité de la femme.

Une disponibilité parfois freinée par le manque de temps


Si les sages-femmes développent des compétences cognitives pour s’adapter
aux couples, l’abord de la sexualité dépend de la disponibilité physique et psychique.
Celle-ci est liée à l’organisation de leur activité, en milieu libéral ou hospitalier. On
retiendra que la contrainte temporelle, en lien avec le mode d’exercice de la
professionnelle, reste majoritairement la source de difficulté à l’abord de la sexualité
pendant la grossesse, comme pour beaucoup d’autres professionnels (1,18,53).

36
Le poids du tabou de la sexualité
L’autre difficulté mise en avant par les sages-femmes est la prédominance du
tabou autour de la sexualité : elles déclarent pour huit d’entre elles qu’il existe ce frein
autant chez elles que chez les couples qu’elles accompagnent. Dans une autre étude,
49,4% des femmes enceintes participant à la PNP n’osaient pas poser de questions
concernant la sexualité pendant la grossesse dont 38,5% par pudeur. Ce malaise chez
les professionnels médicaux est retrouvé dans la plupart des freins à l’abord de la
sexualité (1,18,48). Au cours de mon étude, certaines sages-femmes soulignaient que
questionner la santé sexuelle des couples pouvait être synonyme d’intrusion. A travers
les termes « l’interdit transgressé » ou encore « ce qu’il est convenu habituellement
de ne pas dire » (59) pour décrire la sexualité gravidique, on y comprend la force des
croyances et de la religion. Ceci est aussi retrouvé dans le mémoire de C. FREY :
« éprouver du désir et du plaisir pendant la grossesse peut être difficile à reconnaître,
par exemple le fait, dans la moralité chrétienne, que le rapport sexuel ait pour unique
but la fécondation, et non le plaisir. » Malgré les siècles et les programmes à la santé
sexuelle, la représentation de la femme gestante asexuée persiste. L’OMS publie que
« la religion, la politique, la dynamique familiale et d’autres facteurs modèlent la pensée
et la pratique des prestataires de soins de santé » (54).

Désacraliser la sexualité pendant la grossesse


S’il est « difficile de poser des questions quand la sage-femme n’en parle pas»
pour citer une femme enceinte (1), l’énonciation du mot « sexualité » en consultation
a été reconnu comme élément facilitant à l’abord, dans des études (44,45). Ainsi,
combattre ce tabou et normaliser la sexualité de la femme enceinte est l’une des
grandes motivations des sages-femmes néo-diplômées interrogées à aborder la
sexualité pendant la grossesse. Les sages-femmes néo-diplômées déclarent
s’appuyer sur ce qu’expriment les futurs parents, notamment des fausses-croyances
autour de la sexualité pendant la grossesse. Avec eux, elles cherchent à les
déconstruire, ainsi qu’à « les déculpabiliser d’avoir une sexualité évolutive »(48).. Cette
approche est renforcée par de nombreuses études (52,60). Les sages-femmes
interrogées ont conscience que ces idées reçues impactent la sexualité des femmes
pendant leur grossesse et que la satisfaction sexuelle influence la qualité de vie
mentale de femmes (32). Elles développent une approche orientée vers le bien-être
sexuel et l’épanouissement personnel. La sage-femme a une place privilégiée comme

37
le rappellent les recommandations de l’HAS dans la réassurance des couples dans
leur sexualité (51). La grossesse étant une période de remaniements, la sage-femme
veille à diminuer les inquiétudes et le stress, pouvant altérer le bien-être sexuel des
couples (61).

Parler de sexualité dans la globalité …


De plus, les sages-femmes interrogées soulignent l’importance d’aborder la
sexualité par une approche globale, comme le recommande l’OMS (54). La qualité des
liens conjugaux, la vie émotionnelle de la patiente et son activité professionnelle sont
des éléments à considérer, d’après deux de ces sages-femmes. Comme le déclarent
des sexologues : « Aborder la sexualité, c’est considérer l’intimité de la patiente » en
demandant «est ce que ça va avec votre conjoint ? » ou « est-ce que vous arrivez à
vous retrouver, à retrouver une intimité qui vous satisfait ? » (17).

… jusqu’à dépister et prévenir les violences


La prise en charge de la globalité de la santé de la femme s’étend à sa santé
physique, morale et sexuelle. Ainsi, pour quatre sages-femmes, aborder la sexualité
leur permet aussi de dépister et de prévenir les violences. En 2019, la HAS a émis des
recommandations concernant l’évaluation du risque de violences conjugales lors de la
grossesse, considérée comme facteur de vulnérabilité (62). Alors que la grossesse
peut être une période déclencheur ou d’aggravation des violences conjugales (63),
elle est sujette à un suivi régulier notamment par des sages-femmes qui se doivent de
s’assurer de la sécurité des femmes et des enfants à naître. Le rapport des « 1000
premiers jours » propose de mieux protéger les femmes et enfants victimes, en
questionnant systématiquement au cours de la grossesse sur l’existence de violences
conjugales (64). Si en 2000, dans 3 à 8 % des grossesses, il a été constaté des
violences physiques qu’en est-il des autres types de violences ? (65). Dans mon étude,
les sages-femmes néo-diplômées repèrent ces violences, particulièrement sexuelles
en rappelant l’importance du consentement. La consultation avec les sages-femmes
est par les patientes un temps et lieu sécuritaire et sans tabou. La parole peut y être
déposée et entendue.

38
Le niveau de connaissances influençant l’autosatisfaction
Comment les sages-femmes néo-diplômées estiment leur abord de la sexualité
avec leur patientèle ? Il existe une parité dans leurs réponses. La première moitié se
dit peu voire non satisfaite. Cela s’explique tout d’abord par l’impossible estimation du
sentiment de satisfaction chez les professionnelles n’abordant pas ou peu le sujet. La
seconde moitié considère leur pratique satisfaisante. L’élément qui justifie ce niveau
de satisfaction est en lien avec la qualité de leurs connaissances, qu’elles estiment
riches ou appauvries. Cet argument du manque de connaissance sur leur sentiment
se retrouve aussi chez les autres professionnels de santé (49,50).

Le sentiment d’efficacité reste individuel. Pourtant la croyance du professionnel


dans sa méthode de travail est importante dans la relation à sa patientèle (56).

Aussi, il semble intéressant se pencher sur les différentes composantes du


sentiment d’efficacité personnelle, décrites par A.BANDURA (26) pour comprendre le
sentiment de compétence des sages-femmes néo-diplômées.

Un sentiment d’efficacité renforcé par la liberté de parole


L’une des sources de sentiment d’auto-efficacité réside dans la réussite ou
l’échec de la pratique professionnelle (26). Bien que les patientes et les couples
puissent être surpris par l’abord majoritairement systématique de la sexualité par la
sage-femme, les professionnelles interrogées déclarent que les futurs parents
entreprennent aussi l’échange par des questions sur la sexualité. Cela renforce leur
sentiment d’efficacité de leurs pratiques professionnelles dans l’abord de la sexualité.

De l’appréhension à l’aisance à aborder la sexualité


L’état émotionnel et psychologique des sages-femmes impacte aussi ce
sentiment d’efficacité. Alors que l’échange avec une patiente peut « soulever un geyser
d’émotions »(55), les sages-femmes néo-diplômées choisissent d’adopter d’une
posture professionnelle, neutre et sans jugement en se centrant sur la personne pour
l’enjeu du bien-être sexuel et du dépistage des violences. Elles reconnaissent une
appréhension liée au manque de connaissance ou du dépassement de leurs
compétences, un étonnement de l’abord spontané des patientes. Pourtant elles
déclarent ne pas se laisser déborder par leurs émotions. En effet, toutes les sages-

39
femmes soulignent une aisance à aborder ce sujet, qui se retrouve chez le corps
médical qui aborde la sexualité (13,49).

L’enjeu de leurs observations de pratique en formation initiale


Par ailleurs, le sentiment d’auto-efficacité est influencé par les situations vécues
avec le professionnel confirmé (23). En effet, assister à la réussite d’une action par un
pair augmente sa croyance dans son efficacité, et inversement en cas d’échec (26).
Lorsque les sages-femmes interrogées ont eu l’opportunité de réaliser des stages où
la parole était libérée sur la sexualité, elles témoignent que cela leur a appris à être
plus à l’aise et à se sentir légitimes pour échanger sur la sexualité. Or, lors de leurs
formations initiales, les sages-femmes néo-diplômées ont rarement pu observer les
professionnels de santé évoquer le bien-être sexuel ou les modifications physico-
psychiques avec les femmes enceintes et les couples. Alors que ces expériences par
modelage à l’autre impactent leur sentiment d’auto-efficacité, ce dernier participe au
développement de leur professionnalisation et « favorise des comportements
autoformatifs d’acquisition de compétences professionnelles ». (66). On en comprend
alors l’enjeu de l’action conjointe lors de la formation initiale des sages-femmes,
particulièrement sur l’abord de la sexualité, thème pouvant générer un malaise chez
le professionnel : « le « faire ensemble » permet d’accompagner concrètement
l’apprenant, en se montrant en action, mais aussi et surtout en dévoilant les
soubassements de son action; pensées, savoirs, hésitations, ignorance,
maladresse »(23).

Des sages-femmes convaincues par leurs patientes


Enfin, ce sentiment d’efficacité personnelle chez les sages-femmes de cette
étude est manifestement renforcé par les remerciements des patientes, la satisfaction
de l’apport de connaissances en matière de sexualité pour certaines sages-femmes
interrogées : A. BANDURA décrit cela comme étant la persuasion verbale (26). Cette
dernière convainc les sages-femmes dans leur pratique et développe cette
compétence de « vouloir agir ».

40
5.2.2 Résultats au regard des hypothèses

La première hypothèse posée était que la sage-femme néo-diplômée dispose


de connaissances adaptées pour aborder le concept de la sexualité. Il est possible d’y
répondre positivement : l’ensemble des sages-femmes appréhende la sexualité dans
sa globalité comme le définit l’OMS. La richesse d’apports personnels est soulignée
par les sages-femmes dans la construction de leur représentation et leurs
connaissances en matière de sexualité. De plus, elles ont reçu un enseignement
théorique pluridimensionnel lors de leurs formations initiales respectives. Cela est un
socle de connaissances en sexualité voire une source d’intérêt dans ce domaine pour
certaines. Elles en soulignent leur satisfaction lors des entretiens. Toutefois, une
lacune persiste dans l’apport de savoir en sexualité gravidique : un fort besoin de
connaissances supplémentaires se retrouve chez la majorité d’entre elles.

Une seconde hypothèse proposait que la sage-femme néo-diplômée développe


une pratique au travers de ses expériences en identifiant et en s’adaptant aux besoins
pour aborder la sexualité pendant la grossesse. Plus de la moitié de ces sages-
femmes anticipent la demande de leurs patientes, conscientes du besoin des femmes
enceintes à aborder la sexualité pendant la grossesse ainsi que de ces enjeux.
L’ensemble des sages-femmes choisissent de s’emparer de chaque opportunité pour
en parler, notamment lorsque la patiente est à l’initiative de l’échange. Cela s’avère
possible par le développement d’une attitude et de techniques professionnelles
adaptées à chaque patiente/couple, où la relation de confiance est instaurée. Par
conséquent, il est possible de répondre aisément oui à l’hypothèse.

La troisième hypothèse était que la sage-femme néo-diplômée se sent en


capacité d’accompagner les femmes enceintes et les couples dans leur sexualité. Il
est difficile de répondre à cette hypothèse : le sentiment d’efficacité personnelle reste
subjectif. Si des moyens permettent de l’estimer, il n’est pas possible d’affirmer ou
d’infirmer si la sage-femme néo-diplômée se sent en capacité. On peut toutefois dire
que l’aisance de parler de sexualité réside chez toutes les sages-femmes interrogées
et la persuasion verbale des patientes renforce leur ressenti à « être capable ». Enfin,
leur sentiment de compétence a tendance à être influencé par les expériences lors de
leurs stages de formation.

41
5.3 Propositions

Après l’analyse des entretiens, il se dégage plusieurs propositions pouvant


permettre de renforcer les compétences des sages-femmes néo-diplômées dans
l’abord de la sexualité pendant la grossesse.

5.3.1. La déconstruction du tabou de la sexualité chez la femme enceinte

Des lacunes spécifiques à la sexualité gravidique persistent malgré la richesse


des savoirs initiaux multidisciplinaires sur le concept de sexualité. Cela se traduit par
une variabilité de l’estimation de leurs propres compétences.

Parallèlement, ces sages-femmes néo-diplômées pointent du doigt la force du


tabou de la sexualité : dénonciation retrouvée dans la littérature (13,49). Ce silence
imposé prédomine au cours de la grossesse. Or, des sages-femmes rappellent
l’importance de la désacralisation de la sexualité et du rapport sexuel. Mais des
difficultés empêchent les échanges lors de cette transition à la parentalité : une sage-
femme évoque la période de la grossesse comme l’acquisition d’un statut maternel,
jusqu’à en oublier la santé sexuelle de la femme enceinte.

Toutefois, les sages-femmes exercent dans des domaines réservés à la sphère


de l’intime : l’obstétrique et la gynécologie. Elles se doivent d’être le garant de la santé
sexuelle de la femme. Aussi, le Conseil de l’Ordre National des Sages-Femmes
propose à « renforcer la prévention en matière de santé sexuelle en créant trois
consultations à des moments-clés de la vie » (36). Les sages-femmes doivent être
encouragées à aborder la sexualité et à normaliser celle-ci.

Pour ce faire, il faut comprendre ses propres résistances à évoquer la sexualité


pendant la grossesse. Une étude auprès d’infirmières proposait la réalisation d’une
formation sur certaines idées reçues sur la sexualité, non pas pour qu’elles « soient
éradiquées mais au moins élucidées » (50). Les sages-femmes l’ont constaté : la
construction de la sexualité est individuelle et dépendante de l’évolution sociétale.
Etablir une réflexion sur sa propre représentation ou encore débattre sur les différentes
thématiques de la sexualité comme Lisa, sage-femme formée en Belgique, a pu le

42
réaliser, peuvent contribuer à faire lumière sur « les émotions, ses réactions pouvant
être déclencher par l’autre chez soi »et développer une réflexivité (23).

De plus, comme l’ont souligné les sages-femmes de cette étude, le spécialiste


intervenant dans les enseignements initiaux impacte les futures pratiques
professionnelles. Il s’y tient alors de trouver le professionnel le plus adapté pour
amener les futures sages-femmes à défaire leurs représentations de la sexualité afin
d’accueillir la parole des patientes. Il faudrait aussi interroger ces futures praticiennes
sur le rapport à l’intimité. Ce travail peut être réalisé lors de la formation initiale : la loi
du 25 janvier 2023 visant à faire évoluer la formation de sage-femme donne
l’opportunité de repenser comment transmettre cette connaissance de soi et cette
capacité à la réflexivité sur la sexualité gravidique (67). Cela viendrait combler ce
besoin d’apports de connaissance cité par les sages-femmes néo-diplômées.

5.3.2 Expérimenter par ses pairs et par la réflexivité collective

Aborder la sexualité requiert de sentir en capacité de le faire : cette étude a


soulevé l’influence des expériences des personnes similaires à soi dans le
développement du sentiment d’efficacité personnelle. Comme le souligne G. LE
BOTERF, c’est par « l’action et la confrontation au réel que se mobilisent les
compétences » (21). Aussi, favoriser le « faire ensemble » lors des stages pourrait
améliorer ce sentiment de compétence. Les sages-femmes ont le « devoir de
contribuer à la formation des étudiants sages-femmes »(68). L’action conjointe permet
à l’étudiant(e) d’expérimenter l’abord de la sexualité, de développer une attitude
professionnelle. La relation de confiance vécue « peut-être explicitée, théorisée,
guidée éthiquement » par les sages-femmes encadrantes en situation professionnelle
(23).

De plus, l’un des objectifs de la stratégie nationale en santé sexuelle est


« d’apprendre à communiquer de façon efficace, avec empathie et sans jugement sur
les sujets liés à la sexualité » (15). Cette attitude thérapeutique est retrouvée dans tout
entretien avec une patiente, un couple. La sage-femme peut accompagner l’étudiante
dans son apprentissage des fondements de la relation à l’aide. Favoriser les milieux

43
de stage, où la santé sexuelle est au cœur de leur pratique, permettrait aux futures
sages-femmes d’acquérir le sentiment de capacité à initier l’échange.
Parallèlement, l’expérimentation peut aussi se réaliser à travers des simulations
(21). Plus largement utilisées dans l’apprentissage des gestes techniques (69), des
mises en situation contribuent aussi à l’apprentissage de la conduite d’entretien. Des
jeux de rôle ou des jeux à visée pédagogique sont en effet proposés dans des facultés
de médecine ou au sein d’écoles de travailleurs sociaux. Ces mises en situations sont
suivies d’un débriefing avec une analyse des émotions et une réflexion sur la pratique
(70,71). Ainsi, cette analyse collective et réflexive devient le vecteur d’apprentissage
des compétences relationnelles et du professionnalisme attendu chez les
professionnels de demain (24,70–72).

Expérimenter l’abord de la sexualité par ses pairs, qu’il soit auprès de sages-
femmes lors des stages ou avec d’autres étudiants sages-femmes lors de jeux de rôle
à visée pédagogique, pourrait influencer le sentiment de compétence des sages-
femmes néo-diplômées.

5.3.3 Sensibiliser les sages-femmes sur les violences sexuelles

Alors que les compétences pour aborder la sexualité permettent de répondre à


un besoin des couples, certaines sages-femmes ont mis en lumière que cette
démarche s’élargit au dépistage et à la prévention des violences. La grossesse est
une période de vulnérabilité. Alors, interroger la femme enceinte sur sa vie conjugale,
sur ses antécédents de violences permet « d’ouvrir la boite de Pandore » et libérer la
parole : cela représente l’opportunité d’interrompre la spirale de la violences et de ses
répercussions (73) .

Disposer des compétences pour aborder la sexualité pendant la grossesse


signifie aussi être sensibilisée à la prévalence des violences sexuelles conjugales.
Comme le rappelle le Code de Déontologie des sages-femmes, dépister et prévenir
les violences est l’une des actions confiées aux sages-femmes (68). Alors que des
programmes de formation sur les violences au sein couple sont mis à disposition par
le Gouvernement (74), l’abord des violences conjugales dont les violences sexuelles,
reste difficile pour les professionnels de santé (73). Aussi, lors de la formation initiale,

44
il serait intéressant de proposer une intervention où le lien entre l’abord de la sexualité
et cette mission de dépistage des violences, notamment conjugales, soit mis en
évidence. Cela participerait à donner encore plus de sens à initier l’échange sur le
vécu de la sexualité pendant la grossesse.

45
VI. Conclusion

L’abord de la sexualité pendant la grossesse est un réel besoin des patientes


et des couples (13). Par cette étude qualitative, il est constaté que les sages-femmes
néo-diplômées développent une pratique de conduite d’entretien en s’adaptant à
chaque futur parent. Elles s’emparent des opportunités pour l’aborder, en employant
la reformulation et les questions ouvertes : au cours de l’anamnèse de l’EPP, lors d’une
séance de PNP ou suite à la question du futur parent. Leurs qualités relationnelles
(empathie, non jugement, congruence, écoute) sont au cœur de leur pratique.

Ainsi, elles s’appuient sur leurs savoirs initiaux et dans leurs représentations
respectives de la sexualité, bâties à travers leur propre histoire personnelle, par leurs
lectures et par leurs rencontres auprès des femmes. Elles s’efforcent de déconstruire
les fausses croyances autour cette sexualité gravidique qui reste, malgré les
évolutions sociétales, encore tabou. Bien que la richesse des connaissances et leur
méthodologie d’approche leur aient permis de s’acquérir d’une aisance pour échanger
sur le sujet intime de la sexualité, une partie des sages-femmes néo-diplômées ne
s’estiment pas être compétentes notamment à cause du manque de formation initiale
spécifique à la grossesse. Ce sentiment d’efficacité personnelle est aussi influencé par
la rareté des expérimentations lors de stages de formation initiale.

C’est au cours de l’action que se développe la compétence (20,21,56).


Favoriser les mises en situations avec une réflexivité, avec les sages-femmes
encadrantes lors des stages ou lors de jeux de rôle à visée pédagogique, participerait
à acquérir une attitude professionnelle et à dépasser l’appréhension d’initier le
dialogue sur la sexualité. Parallèlement, la désacralisation des représentations sur la
sexualité de la femme enceinte pourrait aider à lever les craintes à aborder la sexualité.
La centration de la personne passe par « cette capacité de questionnement en fonction
de ses croyances » (56).

Les sages-femmes néo-diplômées de cette étude ont révélé par l’abord de la


sexualité pendant la grossesse qu’elles dépistaient et prévenaient les violences.
Accompagner les femmes et les couples vers un bien-être sexuel lors de la grossesse
requiert aussi de pouvoir assurer cette mission confiée aux sages-femmes (68). Alors

46
qu’il persiste des difficultés chez les professionnels de santé à questionner les femmes
sur ces violences (73), il semble nécessaire que ce lien entre l’abord de la sexualité et
le dépistage des violences, notamment conjugales, soit entendu pour chaque futur
professionnel, au cours de la formation initiale.

47
VII. Bibliographie

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Femme. avr 2016;(119):30‑4.

47. De Montigny F, De Montigny Gauthier, Pascale, Dennie-Fillion E. Sexualité et


grossesse, l’expérience des couples. 2015;12(1):40‑2.

48. Frey C. Grossesse et sexualité conjugale [Internet] [Mémoire pour l’obtention du


Diplôme d’Etat de sage-femme]. Henri-Pointcaré de Nancy; 2010. 61p

49. Gicquel A. Le gynécologue face à la plainte sexuelle, enquête auprès de 275


gynécologues [Mémoire pour l’obtention du Diplôme d’Inter-Universitaire de
Sexologie]. Faculté de Médecine Nantes; 2012. 61p

50. Giami A, Moreau E, Moulin P. Infirmières et sexualité : entre soins et relation.


EHESP. 2015. 158 p.

51. Haute Autorité de Santé. Recommandations professionnelles : comment mieux


informer les femmes enceintes ? 2005 avr p. 56.

52. Queyrens I. L’abord de la sexualité par les sages-femmes en cours de la


préparation à la naissance et à la parentalité [Mémoire pour l’obtention du Diplôme
d’Etat de sage-femme]. Ecole universitaire de Maïeutique Marseille; 2015. 234p

53. Hostachy F. Etat des lieux de la prise en charge sexologique des femmes en post-
partum : étude descriptive auprès des professionnels de santé du département du
Puy-de-Dôme [Mémoire pour l’obtention du Diplôme d’Etat de sage-femme].
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(CBS) : Recommandations pour une approche de santé publique [Internet].
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55. Thomas F. L’entretien, un acte thérapeutique - Champs médical, psychologique et


psychosocial. Seli Arslan. 2020. 184 p.

56. Bioy A, Maquet A. Se former à la relation d’aide, Concepts-Méthodes-Applications.


Dunod. 2021. 216 p.

57. Simon E. Écoute active. In: Les concepts en sciences infirmières [Internet].
Toulouse: Association de Recherche en Soins Infirmiers; 2012. p. 310‑1.
Disponible sur: https://www.cairn.info/concepts-en-sciences-infirmieres-2eme-
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58. Tisseron S, Bass HP. L’empathie, au cœur du jeu social. J Psychol.
2011;286(3):20‑3.

59. Tourné CÉ. Un corps pour trois. La sexualité au cours de la grossesse. Spirale.
2003;26(2):89‑107.

60. Laura C, Mallika P. La sexualité des couples durant la grossesse [Mémoire de fin
d’études travail de bachelor]. Haute Ecole de Santé de Genève; 2018. 86p

61. Jacquemier M. Une sexualité altérée pendant la grossesse présage-t-elle des


difficultés sexuelles dans les deux années qui suivent la naissance ? [Diplôme
Inter-Universitaire d’Etude de la Sexualité Humaine]. Faculté de Médecine Nantes;
2018. 69p

62. Haute Autorité de Santé. Repérage des femmes victimes de violences au sein du
couple Méthode Recommandations pour la pratique clinique. 2019 juin.

63. Ministère de la Santé. Les Femmes victimes de violences conjugales, le rôle des
professionnels de santé : rapport au ministre chargé de la santé [Internet]. 2001
févr.

64. Ministère des Solidarités et de la Santé. Les 1000 premiers jours, là où tout
commence. [Internet] 2020 sept.

65. Jaspard M. Nommer et compter les violences envers les femmes : une première
enquête nationale en France. Popul Sociétés [Internet]. janv 2001;(364).
Disponible sur:
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66. Piguet C, Nagels M. Le sentiment d’efficacité : approche empirique auprès de


professionnels de santé en France et en Suisse. In Auzeville, France; 2006.
Disponible sur: http://www.enfa.fr/autoformation/. hal-00174685

67. LOI n° 2023-29 du 25 janvier 2023 visant à faire évoluer la formation de sage-
femme (1). 2023-29 janv 25, 2023.

68. Code de la santé publique : Sous-section 1 : Devoirs généraux des sages-femmes.


... (Articles R4127-301 à R4127-324).

69. Granry JC, Moll MC. Rapport de mission pour la Haute Autorité de Santé État de
l’art (national et international) en matière de pratiques de simulation dans le
domaine de la santé Dans le cadre du développement professionnel
continu(DPC)et de la prévention des risques associés aux soins [Internet]. France;
2012. Disponible sur: https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2012-
01/simulation_en_sante_-_rapport.pdf

70. Vari J. Jouer sérieusement pour se former à l’éthique ? Débriefer ses émotions
pour apprendre. Spirale - Rev Rech En Éducation. 2018;61(1):69‑81.

71. Zimowski J. Mobiliser la simulation en santé pour la formation à l’éthique des


étudiants infirmiers. Spirale - Rev Rech En Éducation. 2018;61(1):123‑33.

52
72. Percivalle A. Apport de la simulation dans l’apprentissage de l’éthique aux futurs
médecins. ADSP. 2022;118(2):8‑9.

73. Violences sexuelles en médecine générale : Mieux les identifier : Pourquoi ?


[Internet]. un maillon manquant. 2022 [cité 12 mars 2023]. Disponible sur:
https://unmaillonmanquant.org/2022/05/01/violences-sexuelles-en-medecine-
generale-mieux-les-identifier-pourquoi/

74. Gouvernement. Outils de formation sur les violences au sein du couple [Internet].
Arrêtons les violences. 2020. Disponible sur:
https://arretonslesviolences.gouv.fr/je-suis-professionnel/outils-violences-au-sein-
du-couple

7.2 Documents non référencés par ordre alphabétique

Article de périodique
 Giami A. La sexologie en début. Hermès, La Revue. févr 2014;(69):177‑82.

 Guerrin B. Albert Bandura et son oeuvre. Recherche en soins infirmiers. mars


2012;(108):106‑16. 5.

 Kerbel N. Comprendre le plaisir féminin. Sages-femmes. février 2021;(1):14‑6.

 Lachowsky M, Grivel T, Lemaire A, Elia D. Couple, sexualité et santé sexuelle.


Gynécologie Obstétrique & Fertilité. mai 2005;33(5):326‑30.

 Malarewicz A, Szymkiewicz J, Rogala J. Sexuality of pregnant women. Ginekol Pol.


septembre 2006;77(9):733‑9.

 Percat A, Elmerstig E. “We should be experts, but we’re not”: Sexual counselling
at the antenatal care clinic. Sexual & Reproductive Healthcare. décembre
2017;14:85‑90.

 Richard-Geurroudj N. Des sages-femmes à l’écoute du couple. Profession Sage-


Femme. mars 2007;(133):36‑8.

 Waynberg J. Maïeutique et sexologie : objet et limites d’un essor professionnel


inévitable. Profession Sage-Femme. sept 2012;(188):32‑4.

 Yeniel AO, Petri E. Pregnancy, childbirth, and sexual function: perceptions and
facts. Int Urogynecol J. janv 2014;25(1):5‑14.

53
Thèse et mémoire
 Doucet Jeffray N, Miton Conrath S. Vécu et pratique de la sexualité chez les
hommes enceints [Thèse pour le Diplôme d’Etat de Docteur en Médecine].
Université de Nantes Faculté de Médecine; 2003. 108p

 Tourjansky A. L’abord de la sexualité postnatale par les sages-femmes dans leur


pratique professionnelle [Mémoire pour l’obtention du Diplôme d’Etat de sage-
femme]. Université Sorbonne Paris Cité; 2019. 138p

Ouvrage
 Beauthier R, Piette V, Truffin B. La modernisation de la sexualité (19ème et 20ème
siècles). Editions de l’université de Bruxelles. 2010. 240 p.

 Minet F. L’analyse de l’activité et la formation des compétences. Paris:


L’Harmattan; 1995. 156 p.

Chapitre de livre
 Chaperon S. Sexologie européennes, La médicalisation de la sexualité (Europe
latine, XIXe-XXe siècle). In: Médicalisation de la sexualité. Méridiennes Presses
universitaires du Midi. 2017. p. 170

 Loarer E. Aptitude. In: Psychologie du Travail et des Organisations : 110 notions


clés .2ème édition.Paris: Dunod; 2019. p. 54‑58.

 Mivšek AP. Do midwives Need Sexology in Their Undergraduate Study


Programme? Study Among Graduates of Midwifery Programme who Attended
Sexology Course In : Ana Polona Mivšek Sexology in Midwifery.
London :IntechOpen. 2015

Rapport

 Haut Conseil de Santé Publique. Avis relatif à la santé sexuelle et reproductive.


2016 mars.p20.

 Haut Conseil de Santé Publique. Santé sexuelle et reproductive. 2016 mars.p92.

Communication dans un congrès


 Docteur Leuillet P. La grossesse : un tsunami pour la sexualité du couple. In :
Assises Française de Sexologie et Santé Sexuelle de Lille, 2009, Lille, 32p.

54
VIII. Annexes

Annexe 1
Message diffusé à partir de mon profil personnel sur les groupes sociaux des sages-
femmes en France

Parler ou non de sexualité pendant la grossesse – MEMOIRE SAGE FEMME


Bonjour à toutes et tous,
Je m’appelle Marion Stéphan et je suis étudiante sage-femme à l’école de Rennes.
Je réalise un mémoire concernant l’abord de la sexualité pendant la grossesse par les sages-
femmes diplômées dans les 5 dernières années (depuis 2017).
Dans le cadre de ce mémoire, je vous propose que l’on échange sur votre pratique
professionnelle. Que vous n’abordez pas, peu ou régulièrement, la sexualité avec les femmes
enceintes, avec les couples, je vous invite à me contacter sur Facebook ou par mon adresse
email.
Je vous remercie vivement de votre réponse,
Bonne journée,
Marion Stéphan
Adresse email

Annexe n°2
Message envoyé directement sur leur contact professionnel suite à la recherche ciblée
sur Doctolib ®

Bonjour Madame X,
Je m’appelle Marion Stéphan et je suis étudiante sage-femme à l’école de sages-femmes de
Rennes. Je me permets de vous contacter au sujet de mon mémoire de fin d’études de sages-
femmes.
Ce mémoire concerne l’abord de la sexualité pendant la grossesse par les sages-femmes
diplômées dans les 5 dernières années (depuis 2017). Dans ce cadre, je recherche des sages-
femmes qui souhaitent échanger sur leur pratique professionnelle : que vous n’abordez pas,
peu ou régulièrement, la sexualité avec les femmes enceintes, avec les couples, je vous
propose si vous êtes intéressée, de me contacter à ce numéro ou par mon adresse email.
Je vous remercie vivement de votre réponse et espère que nous pourrons nous rencontrer
prochainement.
Bonne journée,
Marion Stéphan
Adresse email / N° de téléphone

55
Annexe 3 :
Guide d’entretien

L’abord de la sexualité en pratique


 Méthodologie utilisée par la sage-femme pour aborder la sexualité
 Difficultés ou aides pour parler de sexualité
 Raisons de l’abord de la sexualité pendant la grossesse selon la sage-femme
 Sujets abordés sur la sexualité pendant la grossesse

Les connaissances du concept de la sexualité :


 Représentation de la sexualité
 Description des connaissances reçues lors de la formation initiale
 Ressources développées depuis l’obtention du diplôme sur l’approche de la
sexualité

Le sentiment de compétence
 Ressenti sur le sentiment d’efficacité personnelle dans l’accompagnement en
sexualité humaine (qualités requises de la sage-femme, évaluation du
sentiment d’efficacité, moyens développés devant des difficultés)
 Moyens et expériences favorables pour développer un sentiment d’efficacité
dans l’analyse et le conseil en sexualité depuis son exercice en tant que sage-
femme et proposés pour la formation initiale.

56
Annexe n°4 :

Grille d’entretien
Introduction
Je suis Marion Stéphan, étudiante sage-femme. On se rencontre aujourd’hui pour
échanger de votre pratique sur l’abord de la sexualité dans votre exercice professionnel.
L’entretien durera environ 40 minutes en fonction de notre échange. La confidentialité de vos
propos ainsi que votre anonymat seront respectés. Etes-vous toujours d’accord à ce que
l’entretien soit enregistré ?

Le profil de la sage-femme

Est-ce que vous pouvez me décrire votre parcours ?


1. En quelle année avez-vous été diplômée ? De quelle école ?
(année de diplôme et lieu de formation initiale),
2. Où exercez-vous ? Depuis combien de temps ? Où avez-vous exercée et combien
de temps ?
(mode d’exercice, années d’exercices),
3. Avez-vous obtenu d’autres diplômes universitaires depuis? Le(s)quel(s) ?
(diplômes de formation continue)

Thèmes Questions

A partir de votre pratique, quelle est votre stratégie pour aborder et


échanger sur la sexualité pendant la grossesse avec les patientes ?
ou avec les couples ?
Q° de relance : Est-ce que vous pouvez me décrire comment est-ce que vous abordez
habituellement la sexualité pendant la grossesse ?

Sous questions :
1. A quel moment jugez-vous qu’il est utile et adapté d’aborder la question de la
sexualité ?
Relances seulement s’il n’y a aucune précision :
- systématiquement à chaque consultation ou à chaque séance,
L’abord de la - à une séance de PNP en particulier
sexualité - uniquement à la demande des femmes enceintes et/ou des couples,
- dès lors qu’il y a une relation de confiance avec la patiente/les couples,
en pratique
- plus en groupe,
- plus en individuel
- plutôt en début ou au milieu ou en fin de consultation ou indifféremment en vous adaptant
à la situation) …

2. Habituellement, qui aborde le sujet de la sexualité ?


(femmes enceintes, couples, le conjoint, sage-femme)

3. Dans les grossesses que vous suivez, quand est abordée la question de la
sexualité ? (dès la première consultation, après plusieurs consultations ou séances de PNP,
en début/milieu/fin de consultation ou de séance, après l’établissement d’un lien de confiance
…)

57
4. Quels sont les facteurs qui vous aident ou, plutôt vous freinent à parler de
sexualité pendant la grossesse ?
Q° de relance : Qu’est-ce qui vous facilite à parler de sexualité pendant la grossesse ?
 relation de confiance,
 vos connaissances,
 les connaissances des femmes,
 la demande des femmes,
 les besoins ou les problèmes que vous identifiez,
 précisez…

A l’inverse, qu’est-ce qui vous pose des difficultés pour aborder la sexualité ?
 tabou de la sexualité,
 temps dédié à la consultation,
 manque de connaissances,
 manque d’aisance,
 présence d’autres personnes (groupe, partenaire …),
 réaction des patientes/couples,
 culture,
 situation géographique …)

Quel intérêt, selon vous, y a-t-il à échanger sur la sexualité pendant


la grossesse ?
Q° de relance : lorsque vous choisissez-vous d’échanger sur la sexualité avec les
femmes enceintes/les couples, quels sont vos objectifs ?
 informer sur l’évolution et les changements liés aux modifications physico-physiques,
 conseiller sur les différentes pratiques en sexualité,
 prévenir sur les troubles en lien avec la sexualité,
 rassurer les couples, être une écoute bienveillante,
 les sensibiliser sur le bien-être en santé sexuelle,
 les orienter vers des professionnels...)

Sous-questions :
1. Pour vous, quels sont les points incontournables dans cet échange ?
 les rassurer sur l’évolution de leur sexualité,
 être dans une écoute active,
 leur donner des informations précises et fiables …

2. Qu’est-ce qui paraît important d’aborder pendant la grossesse ?


Q° de relance : Questionnez-vous vos patientes sur leurs sources d’information en
sexualité et leurs connaissances ? Qu’est-ce que vous remarquez ?
 modifications corporelles,
 évolution de la libido,
 inquiétudes-fausses croyances pendant la grossesse,
 pratiques et positions sexuelles, inquiétudes sur le post-partum,
 autres …

Les
connaissances Si je vous dis « sexualité », qu’est-ce que cela évoque pour vous ?
et Q° de relance : Comment est-ce que vous vous représentez la sexualité ?
 Exclusivement le rapport sexuel
conception
 Plus généralement les comportements sexuels,
de la sexualité  Le rapport à l’intimité,
 La relation à l’autre

58
 Le rapport au plaisir sexuel,
 La santé sexuelle,
 L’épanouissement sexuel,
 Le bien-être du corps et le rapport à son corps …
 Le besoin naturel
 La reproduction humaine
 L’élan vital …

Qu’est-ce qui vous a permis de construire votre représentation de la


sexualité ?
Q° de relance : Comment vous êtes arrivé(e) à cette représentation de la sexualité ?

Sous questions :
1. Est-ce à partir de votre formation initiale, de vos expériences de terrain ?
des formations complémentaires ?

2. Sous quelle forme était-ce ?


 cours magistraux
 mise en situation
 jeux de rôle
 analyse d’observation clinique/stages
 participation à des groupes de paroles de femmes
 participation à des MOOC ou formation en ligne
 des échanges informels avec des sages-femmes
 une recherche d’information personnelle (lecture d’articles, émissions télévisées ou
radio phoniques

3. Y-a t- il une approche de la sexualité qui vous a convenu davantage ?


 sexocorporelle,
 cognitivo-comportemenale,
 autre

4. Quel volume d’heures de cours théorique cela a-t-il représenté dans


l’ensemble ?
5. Quel a été le volume de formation pratique ?
6. Avez-vous pu observer les professionnels de santé pratiquer en sexualité,
en stage ? Sur quel terrain de stage ?
7. Qu’est-ce que vous retenez de marquant de cette formation initiale ?
8. Quelles sont ou ont-été vos moyens pour compléter, approfondir vos
connaissances en sexologie ? (colloque, séminaire, formation en ligne, DIU
en cours, lectures personnelles …).

Lorsque vous abordez la sexualité avec les patientes/couples, quels


sont les émotions et les ressentis que cela génère pour vous ?
Le sentiment
Q° de relance : Est-ce que vous pouvez me décrire en quelques mots votre ressenti
de lorsqu’une patiente/couple vous en parle ou lorsque vous abordez ce sujet ?
compétence  sent à l’aise dans mes explications,
 difficultés devant les inquiétudes de patientes,
 senti(e) anxieux(se),
 désemparée,

59
 réorientation vers des professionnels

Sous questions :
1. Quelle est votre réaction lorsqu’une patiente vous parle de sexualité ?
 expliquer mes limites en tant que sage-femme,
 trouver des réponses dans ma propre expérience personnelle,
 orienter vers des professionnels spécialisés,
 différer ma réponse et réconvoquer la patiente
 faire des recherches …)
2. Pour vous, quelles sont les habiletés, les qualités requises pour échanger sur
la question de la sexualité pendant la grossesse ?
 être bienveillante,
 dans une écoute active,
 dans l’empathie,
 être à l’aise avec le sujet,
 ne pas être gêné(e) ...
3. Aujourd’hui estimez-vous votre pratique satisfaisante, vous pouvez
m’expliquer en quoi ?
 réussite/échec dans les explications,
 informations claires/floues,
 remerciements des femmes/couples,
 inquiétudes persistantes chez les femmes/couples …

Est-ce qu’il y a eu des changements dans votre accompagnement,


est-ce que vous pouvez me donner des exemples ? Qu’est-ce qui
vous a aidé ?
Sous-questions :
1. Comment avez-vous vu votre pratique évoluer ?
 modifier la manière d’aborder systématique la question de la sexualité,
 réaliser/envisager une formation complémentaire,
 créer d’un réseau de professionnels pour orienter

2. Lors de votre formation initiale en matière de sexualité humaine, en quoi


êtes-vous satisfait(e) ?
 connaissances adaptées,
 situations variées multiples enrichissantes d’approche de la sexualité, ou le
contraire ...

3. Ou inversement, pouvez-vous m’expliquer ce que vous auriez aimé avoir


lors de votre formation initiale ?
 connaissances adaptées à la physiologie de la femme enceinte,
 approche différente,
 information sur les conseils sur les positions,
 pratiques sexuelles (préliminaires, masturbation …)
 accès à des conférences,
 développement de cours en ligne,
 observation de l’abord de la sexualité lors des stages,
 techniques et mises en situation d’aborder un sujet sans tabou,
 multiplier les situations

60
Conclusion :
 Est-ce qu’il y a une situation particulière qui a marqué votre expérience : pouvez-vous me
la raconter ?
 Est-ce que vous voyez quelque chose que vous souhaiteriez rajouter ?
 Si vous voulez ajouter quelque chose vous pouvez m’envoyer un email.

61
Annexe N°5

Verbatim Analyse
Le profil de la
sage-femme

Année de diplôme et lieu de formation initiale

Mode et années d’exercice

DU ou formations

Méthodologie utilisée
(stratégie/qui/quand/comment)
L’abord de la sexualité

(la forme et le fond)

Habiletés-qualités requises
en pratique

Difficultés / ce qui freine

Aides /ce qui facilite

Raisons (intérêts/points incontournables/importants


= Sujets abordés sur la sexualité pendant la grossesse

Représentation de la sexualité
conception de la sexualité

Construction de la représentation de la sexualité


Les connaissances (du) et

Connaissances lors de la formation initiale

FI :
 Forme
 Approche
 Volume horaires

Ressources développées depuis l’obtention du diplôme


sur l’approche de la sexualité

Ressenti du SEP dans l’accompagnement en sexualité


humaine
Le sentiment de compétence

Réaction de la SF s/abord

Evaluation du SEP

Evolution de sa pratique/changements pour dver SEP

Expériences favorables au développement de ces


compétences.

Satisfaction FI

Souhait pour la FI

62
Annexe n°6

Tableau n°1 : descriptif des caractéristiques des enquêtées


Nom Année de Milieu d’exercice Abord
Lieu de diplôme de la Formation continue
d’emprunt diplôme Hospitalier Libérale sexualité

Anne Rennes 2020 6 mois 1 an ½ Oui /

Saint Denis,
Béatrice 2020 / 2 ans Formation complémentaire en post-
Oui
Île de la Réunion natal

Clémence Lille 2018 4 ans / DU en addictologie


Rare
DU en tabacologie en cours

Formations complémentaires en
Danielle Metz 2018 / 3 ans Oui gynécologie, sur les violences
sexuelles, la rééducation périnéale

Emma Grenoble 2020 2 ans / Rare DU en gynécologie souhaité

Formation complémentaire sur les


Fanny Rennes 2019 / 3 ans Oui violences faites aux femmes et aux
enfants et en rééducation périnéale

Géraldine Brest 2019 / 3 ans Formation complémentaire en


Rare
gynécologie

Hélène Paris 2020 1 an ½ 7 mois Formation complémentaire à la


Jamais
rééducation périnéale et à la PNP

Formation complémentaire en
Isabelle Bourg en Bresse 2020 / 2 ans Oui gynécologie (IVG, vaginisme,
endométriose, IST, ménopause)

4 ans
Julie Bordeaux 2018 2 ans
(dont 2 ans Rare Master en génétique
(mixte)
mixte)

Karen Bourg en Bresse 2020 8 mois 2 ans Formations complémentaires en


Oui
rééducation périnéale

Sages-femmes non incluses dans l’étude


1 an ½ 1 an ½
Léa Belgique 2020 DIU gynécologie
(6 mois en (6 mois en Oui
DIU de sexologie en projet
mixte) mixte)
DU de gynécologie
Marie Belgique 2020 6 mois 1 an ½ Oui DU ou Master en sexologie en
projet

63
Résumé
Objectif : Comprendre les pratiques et les compétences des sages-femmes néo-diplômées sur
l’abord de la sexualité pendant la grossesse et de savoir sur quoi elles s’appuient.
Matériel et méthode : Une étude qualitative rétrospective à partir d’entretiens semi-directifs auprès
de onze sages-femmes diplômées en France entre 2018 et 2020.
Résultats : Les sages-femmes néo-diplômées développent une posture professionnelle adaptée
pour identifier les besoins des couples et des femmes enceintes. Elles abordent majoritairement la
sexualité systématiquement la sexualité, en s’emparant de toute opportunité. Bien qu’elles
détiennent des savoirs sur la santé génésique, elles reconnaissent un manque de formation en
sexualité spécifique à la grossesse, préjudiciable dans leur sentiment d’efficacité personnelle. Ce
sentiment est influencé aussi par la rareté des expérimentations d’abord de la sexualité lors de
stages de formation initiale.
Conclusion : Les sages-femmes néo-diplômées ont conscience des besoins d’information des
couples sur la sexualité lors de la grossesse. Aussi, favoriser les mises en situations d’abord de la
sexualité au cours de la formation initiale semble primordial dans le dépassement de
l’appréhension d’initier à la parole sur la sexualité. De plus, aborder la sexualité lors de cette
période représente l’opportunité de dépister et de prévenir les violences, dont sexuelles :
sensibiliser les futures sages-femmes sur cet enjeu peut développer une autre motivation à l’abord
systématique de la sexualité pendant la grossesse.
Mots-clés : compétences, sage-femme, sexualité, grossesse

Summary
Objective: To understand the practices and skills of new graduate midwives in dealing with
sexuality during pregnancy and to know what they rely on.
Material and method: A retrospective qualitative study based on semi-structured interviews with
eleven midwives who graduated in France between 2018 and 2020.
Results: Newly qualified midwives develop a professional posture adapted to identify the needs of
couples and pregnant women. They mostly approach sexuality systematically, taking advantage of
any opportunity. Although they have knowledge of reproductive health, they recognise a lack of
training in sexuality specific to pregnancy, which is detrimental to their sense of personal
effectiveness. This feeling is also influenced by the scarcity of experience in dealing with sexuality
during their initial training.
Conclusion: Newly qualified midwives are aware of the need to inform couples about sexuality
during pregnancy. Therefore, encouraging the use of sexuality situations during initial training
seems to be essential in overcoming the apprehension of talking about sexuality. Furthermore,
discussing sexuality during this period represents an opportunity to detect and prevent violence,
including sexual violence: raising awareness of this issue among future midwives can develop
another motivation to systematically discuss sexuality during pregnancy.
Keywords: skills, midwive, sexuality, pregnancy

64

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