CAPITALISATION
DES EXPÉRIENCES
INNOVATION ET PROMOTION
DES CHAÎNES DE VALEURS DE
PRODUITS AGRICOLES LOCAUX
EN AFRIQUE
10
2 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
Le projet « Capitalisation des expériences pour un plus Avertissement
grand impact dans le développement rural » est mis en
œuvre dans différentes parties du monde par le Centre Ces travaux ont été réalisés avec le soutien financier
technique de coopération agricole et rurale (CTA), en du FIDA. Cependant, ils relèvent de la seule
collaboration avec l’Organisation des Nations unies responsabilité de leur(s) auteur(s) et ne reflètent en aucun
pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Institut cas la position du CTA, de l’Union européenne ou du
interaméricain de coopération pour l’agriculture (IICA) FIDA. L’utilisateur pourra apprécier le bien-fondé des
avec le soutien financier du Fonds international de propos tenus, des arguments formulés, des techniques
développement agricole (FIDA). Il vise à faciliter expérimentales et des méthodes décrites dans le
l’adoption d’un processus de capitalisation d’expérience présent document.
dans les initiatives de développement rural dans le cadre
desquelles il peut améliorer l’analyse, la documentation, Avis de droit d’auteur
le partage et l’utilisation d’enseignements et de bonnes
pratiques dans une optique d’apprentissage continu,
d’amélioration et de passage à grande échelle.
Les cas présentés dans le présent livret ont été La reproduction et la diffusion des différents chapitres
sélectionnés et rédigés par ceux et celles qui ont participé de ce livre est encouragée sous licence Creative
au projet. Les informations et opinions exprimées dans Commons ([Link]
chacun des articles engagent la seule responsabilité de by-nc-sa/4.0/[Link]) sous réserve de faire figurer :
leur(s) auteur(s). La reproduction des contenus est
autorisée sous réserve de mentionner la source. – le copyright du CTA, conformément à la licence
Creative Commons 4.0, en incluant le nom de l’auteur
et le titre de l’article ou du chapitre ;
À propos du CTA
– l’avertissement précisant que le CTA, l’UE ou le
Le Centre technique de coopération agricole et rurale FIDA n’assument en aucun cas la responsabilité des
(CTA) est une institution internationale conjointe du vues, produits et services des auteurs.
Groupe des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique
(ACP) et de l’Union européenne (UE). Le CTA opère CTA, 2019. Innovation et promotion des chaînes
dans le cadre de l’Accord de Cotonou et est financé par de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique.
l’UE. Pour en savoir plus, rendez-vous sur [Link]. Série Capitalisation des expériences 10. Wageningen,
Pays-Bas, CTA.
À propos du FIDA
Le Fonds international de développement agricole ISBN 978-92-9081-645-4
(FIDA) investit dans les populations rurales, les dotant
des moyens d’augmenter leur sécurité alimentaire,
d’améliorer la nutrition familiale et d’accroître leurs
revenus. Le FIDA est ucne institution financière
internationale et une agence spécialisée de
l’Organisation des Nations unies dont le siège est situé
à Rome, le hub alimentation et agriculture de l’ONU.
Depuis 1978, il a accordé 18,5 milliards $ sous forme
de subventions et de crédits à faible taux d’intérêt à
près de 464 millions de personnes. Pour en savoir
plus, rendez-vous sur [Link].
3 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
PRÉFACE
PLAIDOYER POUR L’INNOVATION
AGRICOLE EN AFRIQUE
C ette publication est un nouveau volume
rendant compte des résultats des exercices de
capitalisation d’expériences réalisées dans le cadre
D’autres articles rendent compte des expériences
d’initiatives s’attachant à faciliter, souvent de
manière novatrice, l’inclusion financière et l’accès
du projet « Capitalisation des expériences pour un au financement, notamment au niveau des femmes
plus grand impact dans le développement rural » rurales (voir l’article de Haoua Kone-Barry ou celui
mis en œuvre par le CTA, IICA et la FAO avec rédigé par Alain Razafindratsima). Dans son rapport
l’appui du FIDA. Les pratiques décrites ont été « Unlocking growth in the era of farmer finance »
développées par différents acteurs agricoles avec la firme internationale Dalberg Global Development
le soutien d’organisations et de partenaires divers. Advisors nous informe que 150 milliards de dollars de
besoins en financement des petits producteurs dans
L’innovation est au cœur de ce volume, du point de
les pays en développement ne sont pas comblés. Il est
vue des techniques de production, des plates-formes
d’innovation et de l’accès au financement. L’innovation donc important d’innover également pour l’accès au
financement agricole, y compris en mobilisant les
agricole, qui peut se définir comme l’ensemble des
technologies numériques de communication.
processus liés au développement de produits, de
services ou de procédés agricoles, nouveaux ou Nous espérons que ces différents articles inspireront
améliorés, du maillon de la production à celle de vos stratégies d’action et que l’innovation sera
la consommation, est un facteur déterminant de davantage mobilisée pour une transformation
la modernisation et de la performance du secteur. décisive du secteur agricole en Afrique.
Il s’agit d’un des domaines stratégiques dans lesquels
il est crucial de davantage investir en Afrique.
Certains articles traitent des actions réalisées par des Ken Lohento
plates-formes d’innovation, à l’image de celles mises en Coordinateur de Programme Senior
place au Bénin dans la filière riz, ou au Burkina Faso TIC pour l’agriculture, CTA
dans la filière niébé. L’importance de ces plates-formes lohento@[Link]
n’est plus à démontrer. Il est important de mieux faire
connaître leurs actions, de faciliter leur durabilité, de
les connecter davantage aux systèmes nationaux
d’innovation agricole (lorsqu’elles sont mises en place
par des acteurs non gouvernementaux), de renforcer
la prise en compte des savoirs locaux, l’implication du
secteur privé, des chercheurs ainsi que celle des jeunes.
4 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
TABLE DES MATIÈRES
3 Préface 2 3
INNOVATION FINANCEMENT
5 Introduction
AGRICOLE DES EXPLOITATIONS
AGRICOLES
34 Introduction de la culture
1 de la banane plantain au 51 Un fonds de roulement pour
NOUVELLES APPROCHES Burkina Faso améliorer l’approvisionnement
D’INTERVENTION des banques de céréales au
Boureima Tassembedo
08 Améliorer la compétitivité Burkina Faso
du riz béninois grâce aux 38 Les demi-lunes, une technique Estelle Traore
plateformes d’innovation agricole efficace pour la mise
en culture des terres 55 Le fonds de garantie, une
Ismail Moumouni abandonnées approche solidaire pour
13 Au Burkina Faso, une l’autonomisation financière
Micheline Ouamega-Nikiema
plateforme d’innovation booste de la femme rurale burkinabè
la filière niébé 42 Aider la filière banane Haoua Kone-Barry
malienne à déployer tout
Adama Savadogo son potentiel 59 Le développement des caisses
18 Les transformatrices Mamadou Dembele de microfinance et du crédit
burkinabées remettent avec éducation au profit des
le fonio au goût du jour 46 Les blocs multi-nutritionnel femmes vulnérables à
densifiés, une innovation Madagascar
Jean Bosco Dibouloni au service de l’elevage Alain Razafindratsima
23 Le sésame au Niger : d’une au Niger
culture de case à une culture Hamidou Souley 64 L’autofinancement pour une
de rente installation plus rapide des
jeunes ruraux à Madagascar
Ibrahim Nouhou
Herizo Andriamifidy
28 La fortification de la farine
de mil pour lutter contre la 65 Un modèle de financement de
malnutrition proximité autogéré, adapté au
milieu rural mauritanien
Mariama Oumarou
Sid’Ahmed Bessid
5 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
INTRODUCTION
L e potentiel des produits agricoles locaux reste
insuffisamment valorisé pour l’amélioration de la
sécurité alimentaire et des revenus des populations
L’accès au financement agricole constitue également
une contrainte majeure au développement des
exploitations agricoles familiales en Afrique.
rurales en Afrique de l’Ouest. La valorisation des Divers produits financiers sont développés pour
produits locaux comme le riz local, le niébé, le fonio, toucher diverses catégories de producteurs, y compris
le mil et le sésame est possible à travers la promotion les jeunes et les femmes souvent exclus du système
des chaînes de valeurs incluant les maillons clé de la classique de crédit agricole. Des experiences récentes
production, la transformation et la commercialisation. montrent l’émergence des modèles de crédit espèce
De nombreuses technologies modernes de productions ou nature autogérés et d’autofinancement pouvant
agricoles ont été rejetées du fait de leur inadéquation être mis à l’échelle.
face aux réalités agro-climatiques, socio-économiques
et culturelles des petits producteurs. Cependant les
contraintes auxquelles doivent faire quotidiennement Ismail Moumouni est consultant
face ces derniers nécessitent la quête permanente de pour CTA et pour diverses institutions
nouvelles solutions efficaces et adaptées à leurs nationales et internationales.
conditions. L’innovation agricole est pourtant Il a facilité plusieurs processus de
nécessaire pour le développement des chaînes de capitalisation des experiences en
valeurs en Afrique de l’Ouest. Cette innovation Afrique de l’Ouest.
porte non seulement sur les nouvelles technologies ismailmm@[Link]
agricoles mais aussi sur l’espace de production de ces
technologies et les modèles de financement agricole.
Le concept de plateforme d’innovation se réfère à
un ensemble de parties prenantes ayant des intérêts
communs autour d’une problématique donnée,
d’un défi ou d’une opportunité en vue d’améliorer
les performances d’une filière au profit des différents
acteurs. La création de tels espaces multi-acteurs,
favorisant l’innovation technologique et le
développement des relations d’affaires entre acteurs,
permet aujourd’hui de donner de la valeur à ces
produits agricoles jadis négligés. Des expériences
conduites ces dernières années pour accompagner
l’innovation paysanne ont produit des résultats très
encourageants dans divers domaines comme la
conservation des sols et des eaux, le développement
de nouveaux itinéraires techniques de production
et la nutrition animale.
6 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
7 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
1
NOUVELLES
APPROCHES
D’INTERVENTION
8 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
AMÉLIORER LA COMPÉTITIVITÉ
DU RIZ BÉNINOIS GRÂCE AUX
PLATEFORMES D’INNOVATION
Ismail Moumouni
9 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
De 2015 à 2017, l’ONG DEDRAS et ses partenaires ont
mis en œuvre, au Bénin, le projet d’Appui à l’amélioration
de la sécurité alimentaire par le renforcement de la
compétitivité de la chaîne de valeur ajoutée riz local étuvé
(PARCR). Reposant sur trois piliers synergiques, ce projet a
permis d’améliorer la production et la qualité du riz paddy
grâce à l’adoption du système de riziculture intensif,
l’efficacité de l’étuvage et la qualité du riz étuvé grâce
à des kits d’étuvage, et de renforcer les relations d’affaires
entre les acteurs de la chaîne de valeur riz local étuvé.
Couverture Avec le projet
PARCR, les paysans L e riz est l’une des filières prioritaires retenues pour
servir de levier au développement agricole au
Bénin. Incontournable pour la sécurité alimentaire, sa
Les trois piliers du projet PARCR
Le projet PARCR a été mis en œuvre dans deux
améliorent la production du
riz grâce à l’adoption du consommation est en constante augmentation. Cette communes du département de l’Alibori (Banikoara
système de riziculture intensif forte demande de riz est comblée par l’importation, et Gogonou) par l’ONG DEDRAS en collaboration
en provenance d’Asie, de riz non étuvé, propre, moins avec l’organisation néerlandaise Woord en Daad,
cher, mais aussi moins nutritif. En effet, la productivité l’Institut national des recherches agricoles du Bénin
du riz au Bénin est faible, du fait de l’utilisation de (INRAB) et la faculté d’agronomie de l’université
techniques non optimales (variétés locales, semis à de Parakou (FA/UP). DEDRAS était chargée de
la volée, etc.), tandis que la transformation primaire la coordination et des interventions sur le terrain.
basée sur l’étuvage ne garantit pas sa qualité. Les L’INRAB a piloté les processus d’innovation
femmes étuveuses ont des difficultés à s’approvisionner technique dans la production et la transformation
en riz paddy pendant toute l’année et les relations du riz paddy. La FA/UP a piloté les études/recherches
d’affaires entre les acteurs de la chaîne sont très faibles. et les processus d’innovation organisationnelle et
Ces acteurs ne sont pas suffisamment bien organisés institutionnelle. Woord en Daad a apporté une
pour conquérir les marchés urbains. Les institutions de assistance technique à toutes les activités du projet.
recherche ont mis au point des techniques améliorées L’enquête de référence effectuée au démarrage du
de production et de transformation. projet a permis d’identifier trois piliers sur lesquels
Le projet d’Appui à l’amélioration de la sécurité s’appuyer pour améliorer la compétitivité du riz
alimentaire par le renforcement de la compétitivité local étuvé : les piliers « Plateforme d’innovation »,
de la chaîne de valeur ajoutée riz local étuvé (PARCR) « Production » et « Transformation ». Une plateforme
a été initié pour améliorer la compétitivité du riz local. d’innovation est un groupement d’individus
D’une durée de trois ans, ce projet de recherche- représentant souvent des organisations, réunis dans
développement fut une réussite, puisqu’il a engendré le but de trouver des solutions aux problèmes communs
une augmentation significative de la consommation qui limitent leurs performances. Ici, elle est composée
locale. Il nous permet donc de tirer plusieurs de producteurs, transformatrices, commerçants
enseignements utiles pour la promotion des chaînes et consommateurs de riz, de structures de recherche
de valeur locales en général. et de vulgarisation, de meuniers pour l’égrenage, de
soudeurs pour la fabrication locale de kit d’étuvage
10 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
Une fois les acteurs mis en relation,
l’ampleur des obstacles à l’amélioration
de la production et de l’étuvage de riz
paddy s’est très vite révélée.
et d’éleveurs pour la gestion des parcours et la
valorisation du son de riz. Concernant le pilier
« Production », des Champs écoles paysans (CEP) ont
été installés pour promouvoir le système de riziculture
intensif (SRI) qui s’appuie sur les principes de gestion
des mauvaises herbes, de la fertilité du sol et de l’eau
dans une vingtaine de villages par commune. Le CEP
est une unité de démonstration, d’apprentissage et
d’application réunissant environ 25 producteurs. Des
rencontres périodiques sont organisées pour partager
des expériences sur les pratiques agricoles. Enfin, dans
le cadre du pilier « Transformation », deux modules
de formation ont été déroulés au profit des femmes
étuveuses. Le premier concernait les bonnes pratiques
projet. L’information n’était pas parvenue à temps
hygiéniques de production de riz étuvé, et le second la Ci-dessus Le CEP est une
à certains acteurs, comme les éleveurs peuls. Ces
technologie améliorée d’étuvage du riz utilisant un kit unité de démonstration,
derniers, concernés par la valorisation du son de riz, d’apprentissage et
composé de marmite et bac d’étuvage. Par ailleurs,
sont dispersés dans des hameaux qui ne sont pas d’application réunissant
un technicien a été recruté, formé et positionné dans environ 25 producteurs
toujours couverts par les réseaux de téléphonie mobile.
chaque commune pour accompagner la mise en
Pour surmonter ces contraintes, les invitations aux
œuvre des activités quotidiennes du projet.
activités ont été envoyées beaucoup plus tôt aux
participants pour permettre à chacun de prendre ses
Surmonter les obstacles dispositions, les facilitateurs des plateformes ayant
au changement identifié des personnes de contact servant de relai de
communication dans les villages. Pour réduire les
Le pilier « Plateforme d’innovation » fut déployé charges liées au déplacement, de petites réunions de
en premier afin de mettre les acteurs en relation proximité furent préférées aux grands rassemblements
et de créer un espace d’information, d’échange, qui restaient cependant nécessaires. Une fois les
d’identification et de résolution collectives des acteurs mis en relation, l’ampleur des obstacles à
problèmes. Dans son exécution, il s’agissait d’abord l’amélioration de la production et de l’étuvage de riz
d’identifier les acteurs impliqués dans la chaîne de paddy s’est très vite révélée. Le processus d’innovation
valeur riz local étuvé, puis d’organiser avec eux un s’est alors poursuivi dans les maillons spécifiques de la
atelier de sensibilisation, de structuration de la production et de la transformation.
plateforme, d’approfondissement de diagnostic et de
planification d’activités prioritaires. Au démarrage, les L’accompagnement des CEP, maillon central du pilier
participants s’attendaient à ce que les charges de leur « Production », a consisté à identifier les producteurs
participation à la plateforme soient supportées par le intéressés, constituer des groupes d’apprentissage par
village, organiser l’apprentissage et suivre les
11 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
producteurs. Très tôt, les contraintes auxquelles les Des progrès profitables à
producteurs étaient confrontés pour l’adoption du l’ensemble des acteurs
SRI sont remontées à la plateforme. Parmi elles :
l’indisponibilité d’engrais et de semences de la variété Le principal critère d’évaluation du pilier « Plateforme
IR841, qui leur a été recommandée dans le SRI, la d’innovation » est l’amélioration des relations entre les
réticence des structures de microcrédit à en octroyer acteurs en retenant comme indicateurs la fréquence
aux producteurs – le faible niveau d’organisation des de rencontres d’échange et de travail, le nombre de
filières ne leur garantissant pas le recouvrement des goulots d’étranglement identifiés et l’établissement
créances –, ainsi que la pénibilité et l’exigence en temps de nouveaux liens d’affaires. Nous avons ainsi noté
du semis en ligne. Les facilitateurs de plateformes ont des échanges plus fréquents entre les membres des
donc aidé les producteurs à rechercher un arrangement plateformes sur diverses préoccupations (via téléphone
avec les structures de distribution d’intrants (engrais et ou de petites séances de discussions au village) à la
semence IR841) et les institutions de microcrédit. Des faveur desquels des obstacles ont pu être identifiés et
mécanismes ont été élaborés pour mettre en confiance traités. Nous avons également constaté l’établissement
les institutions de services, basés sur la mise en gage de relations d’affaires entre les acteurs. Les forgerons
d’une quantité de riz paddy dont la valeur correspond fabriquent des kits d’étuvage qu’ils mettent à
à peu près au montant des dettes du producteur. disposition des étuveuses à crédit. Les étuveuses
Collecté juste après les récoltes, ce riz est vendu plus s’approvisionnent en riz paddy chez les producteurs
tard à des prix plus élevés pour le remboursement des SRI, qu’elles préfinancent pour garantir leur
dettes. Pour faire face à l’exigence en temps du SRI, les approvisionnement en riz paddy de qualité.
producteurs ont formé et motivé leurs enfants, surtout L’amélioration des rendements est le critère qui
les filles, pour effectuer le semis en ligne. nous permet d’évaluer le pilier « Production »,
Dans le cadre du pilier « Transformation », les les indicateurs étant le niveau d’adoption de
facilitateurs ont identifié les transformatrices et bonnes pratiques agricoles par les producteurs et
organisé des formations sur l’utilisation du kit l’augmentation du rendement et de la qualité du riz
d’étuvage. Les groupements d’étuveuses ont reçu paddy. Désormais, plus de 75 % des producteurs
un kit d’étuvage et furent ensuite suivis dans l’usage pratiquent le SRI : semis en ligne à bonne date
de ce kit. Plusieurs contraintes sont apparues dès (15-30 juin), application de fumure, démariage, etc.
la première campagne agricole, notamment En conséquence, les producteurs utilisent moins de
l’éloignement du point de vente, qui augmentait le semences, multiplient leur rendement par deux et
coût d’acquisition des kits, la réticence des structures obtiennent du riz paddy plein, donc de meilleure
de microcrédit à octroyer des prêts aux étuveuses qualité. Un producteur de riz de Banikoara témoigne :
(leur permettant de constituer des stocks de riz paddy) « Au cours de la campagne agricole 2016, je me suis contenté
qu’ils jugent insuffisamment bien organisées pour d’une petite superficie de moins de 0,25 ha de riz. Lors de la
inspirer confiance, ou, plus inquiétant, le rejet récolte, tout le monde a été surpris de constater que ma production
inattendu par ces dernières de la variété IR841 en était supérieure à celles de mes frères, juste en adoptant une bonne
raison des plaintes adressées par les consommateurs technique de semis. J’en conclus qu’une grande emblavure ne
sur la qualité de ce riz après cuisson. En réponse garantit pas toujours une bonne production. »
à ces contraintes, le projet a organisé la formation Le gain d’efficacité d’étuvage est le principal critère
d’artisans locaux, qui ont fabriqué des kits d’étuvage nous permettant d’apprécier la performance du pilier
dans chaque commune, et élargi les accords de crédit « Transformation », avec comme indicateurs le gain
obtenus en faveur des producteurs aux étuveuses. qualitatif (bonnes pratiques d’étuvage, propreté du riz)
En outre, les chercheurs de l’Institut national de et le gain quantitatif (économie de temps, quantité de
recherche ont conduit des essais qui ont permis de riz, prix de vente). En lien avec ces indicateurs, nous
mettre au point une technique appropriée de cuisson avons noté une adoption de bonnes pratiques
du riz IR841 à laquelle les « femmes vendeuses du riz » d’étuvage (maîtrise d’utilisation du kit, technique
ont été formées. de séchage, etc.) par plus de 90 % des étuveuses,
l’amélioration de la qualité du riz étuvé (cuit de façon
Ci-contre « Ma production
était supérieure à celle de
homogène lors de l’étuvage et ne comportant plus de
mes frères... » cailloux), le gain de temps (le séchage du paddy dure
deux jours contre quatre jours avec la méthode
traditionnelle) et un prix de vente plus intéressant pour
le riz produit de cette façon, comme le souligne une
étuveuse de riz à Gogounou : « Le riz que je produis est très
joli et sans cailloux. Beaucoup de clients aiment ça. Je le vends à
12 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
350 FCFA alors que les autres femmes qui utilisent la marmite
traditionnelle vendent le leur à 250 FCFA. Je réalise donc
un bénéfice additionnel de 100 FCFA et cela grâce à la
formation de DEDRAS. »
Les perspectives d’évolution
du projet PARCR
Avec le PARCR, les paysans améliorent la production
du riz grâce à l’adoption du système de riziculture
intensif, les femmes étuvent proprement le riz à l’aide
de kits d’étuvage, les relations d’affaires entre acteurs
se renforcent… Le projet doit toutefois faire face à de
nouveaux défis pour une compétitivité de plus en plus
croissante du riz local étuvé. En premier lieu, les
consommateurs n’apprécient pas encore ce riz à sa
juste valeur. Sur le marché, ils ne le distinguent pas pour améliorer les relations entre les acteurs d’une
Ci-dessus L’accompagnement
facilement des produits concurrents. Partant de ce chaîne de valeur. Deuxièmement, le niveau de succès des CEP a consisté à
constat, le projet accompagne désormais les acteurs d’une plateforme d’innovation est déterminé par identifier les producteurs
dans la création d’un label Riz Local Étuvé de l’engagement des acteurs, mais aussi par des facteurs intéressés, constituer des
institutionnels comme les politiques d’infrastructure groupes d’apprentissage
l’Alibori, qui vise à faciliter la vente du riz en dehors du par village, organiser
département. Deuxièmement, les paysans sont freinés (comme l’existence d’un bon réseau de téléphonie
l’apprentissage et suivre
dans leur élan d’emblaver de plus grandes superficies mobile) et d’approvisionnement en intrants. les producteurs
par l’indisponibilité des intrants. Le système national Troisièmement, la pluridisciplinarité (production
d’approvisionnement en intrants donne en effet la végétale, économie, gestion, sociologie, etc.) et la
priorité au coton. L’exploration des possibilités de mise multi-institutionnalité (recherche, conseil agricole,
en place à bonne date des intrants à crédit constitue approvisionnement en intrants, équipements,
donc un défi majeur. Troisièmement, peu de crédit, etc.) de l’équipe du projet sont des atouts
producteurs et d’étuveuses de riz parviennent à obtenir pour la prise en compte efficace de la diversité
un crédit sans l’intervention des facilitateurs du projet. des contraintes des acteurs.
Il faudrait donc d’une part renforcer les capacités de En définitive, une plateforme d’innovation suit une
ces acteurs à négocier avec des structures de logique d’intervention en boucles, qui représentent
microcrédit, et d’autre part contribuer à la mise en des cycles successifs. Dans chaque cycle, un obstacle
place de mécanismes de remboursement du crédit à au changement, prévisible ou non, émerge à un
temps. Enfin, plusieurs groupements d’étuveuses de riz niveau donné de la chaîne de valeur. L’efficacité de
éprouvent des difficultés à éditer et appliquer des règles la plateforme se caractérise donc par sa capacité
de gestion d’équipements communs. Un renforcement à surmonter chacun de ces obstacles et, ce faisant, à
de capacité parait donc nécessaire pour que les générer une chaîne de progrès profitables à l’ensemble
groupements soient capables d’acquérir et de gérer des acteurs de la chaîne de valeur.
collectivement de nouveaux kits d’étuvage.
Ismail Moumouni est enseignant-
Une logique d’intervention chercheur à l’Université de Parakou
en boucles au Bénin. Il participe depuis trois ans
à la mise en œuvre du projet PARCR.
Le succès du projet PARCR est imputable à l’effet [Link]@[Link]
synergique des trois piliers que nous avons détaillés.
Il nous permet de tirer plusieurs enseignements. Tout
d’abord, une grande capacité d’animation et un niveau
élevé d’engagement des facilitateurs sont nécessaires
Cet article présente les résultats d’un des projets menés dans Pays : Bénin
le cadre du processus « Capitalisation des expériences au Région : Afrique de l’Ouest
service du développement rural », mis en œuvre par le CTA, Date de publication : Mars 2019
la FAO et l’IICA avec le soutien financier du FIDA. Mots clés : souveraineté alimentaire, plateforme d’innovation,
[Link] chaîne de valeur agroalimentaire, SRI, transformation
13 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
AU BURKINA FASO, UNE
PLATEFORME D’INNOVATION
BOOSTE LA FILIÈRE NIÉBÉ
Adama Savadogo
14 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
Le Programme de productivité agricole en Afrique de
l’Ouest (PPAAO)/Burkina a appuyé, en juillet 2013,
l’Union provinciale féminine Namagbzanga (UPFN) de
la province du Bam au Burkina Faso pour la mise en place
d’une plateforme d’innovation sur le niébé. En moins de
trois ans, l’introduction au sein de cette plateforme de cinq
nouvelles variétés de niébé à haut rendement, le plaidoyer
pour l’accès des femmes aux terres cultivables et au crédit
bancaire et l’amélioration du circuit de commercialisation
ont permis de booster la productivité du niébé et de
doubler le revenu des productrices.
L a productivité du niébé s’est accrue au Burkina Faso
dans les années 2000 : de 300 kg/ha dans les
années 1980, elle est passée à un rendement moyen de
pour des sites miniers à la recherche d’or, » se souvient
encore la présidente de la plateforme d’innovation,
Awa Ouédraogo.
Couverture Les caisses
populaires facilitent
l’accès des productrices et
500 kg/ha (Comité interprofessionnel filières céréales transformatrices de niébé
Les innovations majeures introduites et développées au aux crédits
et niébé, 2010). La région du Centre-Nord, dont relève sein de la plateforme d’innovation ont su répondre aux
la province du Bam, est l’une des principales zones attentes des productrices. Devenue une référence dans
pourvoyeuses de niébé, dont la culture est pratiquée la sous-région ouest-africaine, elle leur a permis de
sur de petites superficies (0,25 ha en moyenne) avec doubler leurs revenus.
une faible maîtrise ou une méconnaissance des
technologies améliorées de production et de
transformation. Une enquête diagnostique, réalisée
en 2010 par le Programme d’appui aux filières Qu’est ce qu’une
agro-sylvo-pastorales (PAFASP) sur la filière niébé
dans la zone agroécologique concernée, a fait ressortir
plateforme d’innovation ?
plusieurs opportunités justifiant la mise en place Le concept de plateforme d’innovation se
d’une plateforme d’innovation pour booster la filière. réfère à un ensemble de parties prenantes liées
Forte de 2000 membres, l’Union provinciale féminine par des intérêts communs autour d’une
Namagbzanga (UPFN) de la province du Bam, problématique donnée, d’un défi ou d’une
localité située à 120 km au nord de Ouagadougou, opportunité en vue d’améliorer les performances
la capitale du Burkina, est l’organisation porteuse de d’une filière au profit des différents acteurs.
la plateforme d’innovation sur le niébé. Avant sa mise La plateforme d’innovation peut être comprise
en place, les femmes de l’UPFN étaient confrontées à comme une collaboration entre plusieurs acteurs/
quatre contraintes majeures : une méconnaissance actrices (producteurs/productrices, chercheurs,
des semences de qualité, un accès limité aux terres structures d’appui-conseil, institutions financières,
cultivables, un faible accès aux sources de financement autorités locales, chefs coutumiers, projets et
et l’absence d’une chaîne de commercialisation programmes, médias…) pour stimuler et soutenir
suffisamment organisée et fonctionnelle. « Ces difficultés le développement d’une filière agricole.
ont découragé plusieurs femmes, qui ont abandonné leurs champs
15 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
technologies et assuré, en collaboration avec le
Ci-contre La plateforme
d’innovation permet PPAAO, le rapportage des activités.
l’établissement de relations
solides et de confiance entre
les acteurs de la microfinance
Méthodologie
et les productrices
Pour rendre effective et fonctionnelle la plateforme
d’innovation sur le niébé, trois étapes importantes ont
été conduites : i) identification des acteurs, des rôles
respectifs et diagnostic des contraintes ; ii) analyse et
validation des actions à conduire en vue de lever les
contraintes ; iii) développement sur le terrain des
actions validées par les acteurs.
Typologie des acteurs
Les acteurs ayant contribué à cet accroissement de Des résultats positifs
revenus sont segmentés en trois catégories : les acteurs
du changement (instituts de recherche, services Les activités menées dans le cadre de la plateforme
d’appui-conseil, décideurs politiques, chefs coutumiers, d’innovation se sont décomposées en quatre grands
médias), les catalyseurs du changement (projets et volets qui ont tous conduit à des résultats positifs. Cinq
programmes de développement, institutions de nouvelles variétés de niébé à haut rendement ont été
microfinance, structures d’achat) et les bénéficiaires du introduites au sein de la plateforme d’innovation. Les
changement (organisation des productrices porteuse productrices ont adopté et diffusé, à travers des visites
de la plateforme d’innovation). Ces acteurs ont joué commentées, ces variétés qui produisent en moyenne
un rôle complémentaire dans la conduite des activités. 800 kg/ha en 60 jours contre 500 kg/ha en 90 jours
Ainsi, l’Institut de l’environnement et de recherches pour les anciennes variétés. « Ces variétés sont appréciées
agricoles (INERA) et l’Institut de recherche en par les productrices grâce à leur haut rendement, leur cycle court,
sciences appliquée et technologies (RSAT) ont proposé leurs gros grains et la couleur blanche des grains, » atteste la
les technologies à adopter et assuré les formations présidente de l’UPFN et présidente de la plateforme
relatives à ces dernières. La Direction générale des d’innovation, Awa Ouédraogo.
productions végétales (DGPV) a identifié et proposé Dans plusieurs villages, des chefs coutumiers ont mené
les technologies à adopter, et capitalisé les acquis au des plaidoyers en vue de faciliter l’accès des femmes
profit du système de vulgarisation et d’appui-conseil aux terres cultivables et de plus grandes superficies.
agricole au niveau national. Les décideurs politiques Grâce à cet engagement, les superficies octroyées à
et administratifs, parmi lesquels le Haut-commissaire ces dernières ont atteint dans certains villages trois ha
(la plus haute autorité administrative au niveau alors qu’elles ne disposaient que de 0,5 ha auparavant.
provincial), ont contribué à la sensibilisation des C’est notamment le cas du village de Yalka, dans la
acteurs politiques (députés, maires, élus locaux...) et à commune de Kongoussi, et des villages de Rouko,
la résolution des problèmes. Les chefs de villages ont Gankaré, Sabcè et Guibaré.
quant à eux aidé à la sensibilisation des populations sur
les questions susceptibles d’entraver la bonne marche Des partenariats ont été mis en place avec des
de la plateforme et mené des plaidoyers pour l’accès institutions de microfinance, ce qui a permis d’accorder
des femmes aux terres cultivables et de plus grande 200 millions FCFA de crédit à 800 membres de la
superficie. Les radios locales ont assuré la diffusion plateforme d’innovation en 2016 contre 75 millions
de l’information sur la plateforme et les activités en FCFA avant sa mise en place. « Notre participation aux
direction du public au niveau local et national. Le visites commentées sur les parcelles de production du niébé nous
Programme de productivité agricole en Afrique de a convaincus de la qualité du travail et des rendements possibles,
l’Ouest (PPAAO)/Burkina a apporté son appui nous encourageant ainsi à augmenter les crédits accordés aux
financier et technique aux activités de la plateforme femmes pour la production du niébé, » reconnaît Aminata
et assuré, en collaboration avec le comité technique Cissé, responsable de la Caisse populaire
de gestion de la plateforme d’innovation, le suivi et de Kongoussi (chef-lieu de la province du Bam).
la capitalisation des acquis. Les caisses populaires Enfin, le circuit de commercialisation avec la
facilitent l’accès des productrices et transformatrices SONAGESS s’est amélioré et renforcé : 465 t
de niébé aux crédits. La Société nationale de gestion de niébé ont été vendues en 2016 pour un montant
de sécurité alimentaire (SONAGESS) assure l’achat de 120 millions FCFA contre des ventes moyennes
et le stockage du niébé. Enfin, l’UPFN a proposé annuelles de 280 t pour un montant 72 millions FCFA
plusieurs innovations, animé l’ensemble du groupe avant la mise en place de la plateforme d’innovation.
des producteurs et productrices engagés à adopter des « J’ai réalisé, en 2016, un bénéfice de 665 000 FCFA après la
16 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
Les productrices ont adopté ces
variétés qui produisent en moyenne
800 kg/ha en 60 jours contre
500 kg/ha en 90 jours pour
les anciennes variétés.
vente à la SONAGESS de 5 400 kg de niébé, affirme
Ci-contre Bibata Gansoré,
Bibata Gansoré, 52 ans, productrice dans la province productrice de niébé à
du Bam, mariée et mère de six enfants. Le bénéfice a Kongoussi
servi à payer des vivres, se soigner, payer la scolarité des enfants et
contribuer au bon fonctionnement de la plateforme d’innovation. »
Les facteurs de succès
Ces résultats probants ont été obtenus grâce à la
conjugaison d’une série de facteurs. En premier lieu,
l’engagement de l’Union porteuse de la plateforme
d’innovation a été crucial. Une union bien structurée, grâce à la concertation entre les acteurs, les chefs
dynamique, avec un partenariat diversifié et disposant de terre et les chefs coutumiers.
d’animateurs endogènes servant de relais pour Troisième facteur, l’existence d’une instance de
l’encadrement des productrices. gouvernance et de mobilisation des ressources. En
Deuxièmement, la résolution des conflits s’est faite effet, les acteurs ont mis en place un comité technique
de façon endogène. Ce fut notamment le cas pour de gestion composé d’un président, d’un secrétaire
l’harmonisation des prix de vente du niébé : des général, d’un trésorier, d’un chargé de suivi évaluation
échanges entre les acteurs de la production ont et d’un chargé de communication, pour faciliter la
permis de s’accorder sur les prix à pratiquer. Cela gouvernance et l’animation de la plateforme
a conduit à l’utilisation d’outils conventionnels de d’innovation.
mesure. L’organisation de collectes communes et La plateforme d’innovation permet l’établissement
l’acheminement groupé des productions vers la de relations solides et de confiance entre les acteurs
SONAGESS et les sites de foires et marchés du de la microfinance et les productrices, ce qui a
niébé ont permis de résoudre les problèmes liés au contribué à accroître le montant des crédits accordés
transport. Quant aux difficultés d’obtention de terres aux membres. En outre, le contrat d’achat entre la
cultivables et de plus grande superficie aux femmes SONAGESS et la plateforme d’innovation garantit
pour la production de niébé, elles ont été surmontées la commercialisation de la production.
17 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
En dépit des succès enregistrés, des défis restent à
Ci-contre Les productrices ont
adopté et diffusé des variétés relever pour rendre la plateforme d’innovation
qui produisent en moyenne plus performante. Il s’agit, entre autres, d’accroître
800 kg/hectare en 60 jours la production pour répondre à une demande de
plus en plus croissante, de renforcer les capacités
techniques et financières des acteurs de la chaîne
de valeur niébé, mais aussi de renforcer la capacité
des membres de la plateforme d’innovation à
l’utilisation des outils de gestion.
Une reconnaissance régionale
En novembre 2015, la plateforme d’innovation Conclusion
du niébé a obtenu le prix de la meilleure plateforme
d’innovation de l’Afrique de l’Ouest décerné à Initiée par le PPAAO, l’expérience de la plateforme
Dakar par le Conseil ouest et centre africain pour d’innovation sur le niébé menée au Burkina Faso
la Recherche et le développement agricoles montre la pertinence de ce type de structures dans la
(CORAF/WECARD) en collaboration avec la diffusion et l’adoption à grande échelle de technologies
Banque mondiale. La récompense de 6 millions agricoles éprouvées, capables d’engendrer des gains
FCFA a permis de financer la construction d’un significatifs pour les utilisateurs. La plateforme
magasin de stockage de niébé de 100 t à Kongoussi d’innovation constitue un outil efficace pour régler
(chef-lieu de la province du Bam). La construction les problèmes socio-économiques et institutionnels
de ce magasin marque ainsi la volonté affichée auxquels sont confrontés les acteurs des filières et
des acteurs de la plateforme d’innovation d’inscrire leur permet de réaliser des économies d’échelle,
leur action dans la durée. en mutualisant les coûts de production et de
commercialisation, et d’accéder à un marché porteur.
La reproductibilité et le passage à l’échelle de cette
expérience se sont manifestés à travers la mise en place « La plateforme d’innovation, en favorisant l’accroissement des
de plateformes d’innovation dans d’autres filières, en revenus des productrices de niébé, contribue à améliorer de façon
l’occurrence le riz, la mangue, le karité et la tomate. significative les conditions de vie de plusieurs ménages, »
Le prix obtenu à Dakar a par ailleurs fortement accru constate la présidente Awa Ouédraogo, fière du
la notoriété de la plateforme d’innovation. Ainsi, de chemin parcouru.
nombreux partenaires de la sous-région (Bénin, Côte
d’Ivoire, Gambie, Ghana, Mali, Niger et Sénégal)
Adama Savadogo est spécialiste
sont venus en voyage d’études pour s’inspirer du
en communication participative
modèle burkinabé.
pour le développement. Il participe
au Programme d’appui aux filières
agro-sylvo-pastorales (PAFASP) et au
Programme de productivité agricole
en Afrique de l’Ouest (PPAAO).
vadgoo@[Link]
Cet article présente les résultats d’un des projets menés dans Pays : Burkina Faso
le cadre du processus « Capitalisation des expériences au Région : Afrique de l’Ouest
service du développement rural », mis en œuvre par le CTA, Date de publication : Mars 2019
la FAO et l’IICA avec le soutien financier du FIDA. Mots clés : plateforme d’innovation, chaîne de valeur
[Link] agroalimentaire, innovation agricole
18 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
LES TRANSFORMATRICES
BURKINABÉES REMETTENT LE
FONIO AU GOÛT DU JOUR
Jean Bosco Dibouloni
19 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
Ce document décrit les principales actions conduites par
Afrique Verte Burkina Faso depuis 2009 pour la relance de la
consommation du fonio. Il présente les innovations opérées par
les transformatrices de céréales pour permettre au fonio de
gagner en notoriété auprès des ménages urbains et d’être
accepté dans les supermarchés et les restaurants.
Couverture La qualité et la
disponibilité des produits L e Burkina Faso possède l’un des taux de
croissance démographique les plus élevés au
monde (3,16 % par an) et fait face à de nombreux
exploitations agricoles familiales. De 26 000 t en
2009, elle est en effet passée à 14 000 t en 2016, soit
une baisse de 44 % (FAOSTAT). Cela s’explique en
issus de la transformation du
fonio ont été améliorées défis pour assurer sa sécurité alimentaire et partie par la complexité de cette production et de la
nutritionnelle. Les deux plus grandes villes du pays, transformation du fonio, qui exigent des précautions
la capitale Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, voient et des équipements spécifiques. Pourtant, la culture du
leur population croître de manière exponentielle. fonio est adaptée aux sols pauvres des pays du Sahel.
En effet, Ouagadougou dépasse les 2,6 millions Il est aussi très intéressant du point de vue diététique
d’habitants et sa croissance démographique annuelle grâce à sa richesse en nutriments et en acides animés.
est de 7,2 %, tandis que la population de Bobo- Pour relancer la consommation de cette céréale
Dioulasso atteint 1,2 million d’habitants avec une ancestrale, Afrique Verte Burkina s’est associée au
croissance annuelle de plus de 11 %. Un des génie des femmes transformatrices et s’est basée sur
principaux défis posés par cette croissance est les besoins des populations urbaines et la qualité
l’approvisionnement alimentaire des populations. du produit fini.
Dans la plupart des pays, l’urbanisation s’accompagne
d’une augmentation des importations alimentaires et Relancer la consommation
d’une évolution des habitudes et styles alimentaires du fonio en ville
avec une demande croissante en produits transformés,
Les actions d’Afrique Verte dans la filière fonio ont
plus rapides et faciles à préparer. Le Burkina Faso
consisté à relancer la consommation du fonio dans les
n’échappe pas à cette règle, car le développement de
marchés urbains dominés par un fonio de qualité
ses villes s’est accompagné de l’importation massive de
médiocre décrié pour la présence de grains de sable et
céréales, à la base de l’alimentation de sa population.
pour un emballage jugé peu attractif. Elle a œuvré à
Pendant que les importations du riz et de blé augmentent,
positionner le fonio comme une source complémentaire
la production et la consommation de certaines céréales
de céréales pouvant contribuer à la sécurité alimentaire
traditionnelles régressent de manière drastique.
et nutritionnelle au Burkina Faso. Plusieurs acteurs ont
C’est le cas du fonio burkinabé, cultivé depuis des été impliqués dans la réalisation de ces actions ; des
millénaires en Afrique de l’Ouest et dont la production acteurs directs (fournisseurs de semences, producteurs,
a chuté au point de craindre sa disparition dans les transformatrices et consommateurs) et des acteurs
20 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
Afrique Verte a innové dans sa stratégie
en pariant non seulement sur le fonio,
mais aussi sur les microentreprises de
transformation domestiques détenues
par des femmes.
• l’organisation d’ateliers de contractualisation entre
« J’ai commencé avec 60 kg de fonio traité par mois producteurs et transformatrices pour faciliter l’accès
en 2009 pour arriver à un rythme de 100 kg par au fonio ;
mois en 2017. En 2009, mes ventes se limitaient aux
• la stimulation des femmes urbaines et rurales à la
portes des services de la ville de Bobo Dioulasso.
transformation du fonio ;
Avec le temps, j’ai appris à diversifier mes clients. Je
vends maintenant aux supermarchés, aux ménages • la promotion de nouvelles technologies de
et aux restaurants. Mon rayon de distribution décorticage du fonio associant les équipementiers et
s’étend de Bobo Dioulasso à Ouagadougou et même les structures de recherche nationales ;
à Bouaké, en Côte d’Ivoire. De nos jours, le fonio est • l’analyse périodique de la qualité du fonio issu des
connu et beaucoup de gens en consomment, unités de transformation artisanales dans des
notamment parce que nous avons fait les efforts laboratoires agrées ;
nécessaires en rendant le fonio plus propre. »
• l’organisation de journées de dégustation réunissant
Madame Lamomoya Sanou, transformatrice des ménages, des consommateurs urbains et des
de Bobo Dioulasso leaders d’opinion ;
indirects (fournisseurs de services de transport, • la facilitation de la participation des femmes
d’énergie pour la cuisson du fonio et le décorticage, transformatrices aux foires et salons autour des
d’emballages, de maintenance des équipements, etc.). produits agricoles au Burkina Faso et à l’étranger ;
Citons également les supporteurs de la chaîne de valeurs • la facilitation de l’accès aux crédits pour les femmes
fonio, composés des services techniques de l’Etat, des transformatrices.
différentes associations de défense des consommateurs
Ces activités sont menées à bien grâce au dispositif
et de la recherche.
technique et organisationnel efficace développé par
La poursuite des objectifs visés par Afrique Verte Afrique Verte, qui comprend une coordination
Burkina s’est articulée autour de plusieurs actions : technique avec des animatrices d’appui. Cette
• la réalisation d’études de marché visant à équipe permanente est renforcée par des experts
comprendre la demande urbaine et les obstacles en qualité et en finance.
rencontrés à la pénétration du fonio dans la vie des
consommateurs résidant en ville ; Quand le fonio redevient populaire
• la réalisation de tests de démonstration des auprès des citadins
nouveaux équipements de nettoyage de fonio et
Les actions conduites par Afrique Verte Burkina
le séchage avec les transformatrices ;
depuis une décennie pour augmenter la consommation
• le renforcement des capacités des femmes du fonio au Burkina Faso, particulièrement en milieu
transformatrices sur l’hygiène et la qualité, le urbain, ont permis d’obtenir la multiplication des
marketing et les techniques d’étiquetages ; unités de décorticage de fonio. Quatre décortiqueuses
21 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
de fonio ont été installées dans les localités de Bobo, Houndé, deux villes minières, et même en Côte
Ci-dessus Les actions
conduites par Afrique Verte Kourounion, Moussodougou et de Wolonkoto, d’Ivoire. Selon elle, la demande aujourd’hui est telle
ont inclus la réalisation rendant le travail moins pénible et plus rapide. qu’il est difficile de la satisfaire. « Pour arriver à cette
d’études, l’organisation situation, nous avons écouté et accepté de corriger certaines
d’ateliers et la promotion de
La qualité et la disponibilité des produits issus de
imperfections, affirme t-elle. Nous avons remplacé les étiquettes
nouvelles technologies la transformation du fonio ont été améliorées.
noires et blanches par des étiquettes présentant des formes
Les distributeurs rencontrés dans les villes de
colorées, et nous avons adopté des emballages alimentaires. »
Ouagadougou et de Bobo sont enthousiastes sur la
qualité et la présentation du fonio proposé par les Si le fonio est redevenu populaire, les consommateurs
femmes transformatrices appuyées par APROSSA. se plaignent désormais de son coût jugé trop élevé,
Ils attestent que les acheteurs urbains ont une qui l’apparente à un produit de luxe. L’absence de
meilleure appréciation du fonio qu’auparavant. fournisseurs d’emballages appropriés et à coût réduit
Dans certains points de vente, il est même placé freine également une pénétration plus rapide du fonio
dans les mêmes rayons que les couscous importés. dans les rayons des magasins. Aux questions de
technologies s’est ajoutée l’absence d’une structure
En quelques années, le fonio est donc devenu plus
faîtière nationale et d’une politique nationale d’appui
populaire auprès des consommateurs. Celui proposé
au fonio, ce qui réduit la visibilité du produit auprès
par les transformatrices appuyées par Afrique Verte se
des partenaires techniques et financiers du Burkina
rencontre désormais plus facilement dans les boutiques
Faso dans l’espace sahélien. L’absence de soutien
des stations-services, les supermarchés, les restaurants
financier conséquent des banques et institutions
et les hôtels des grandes villes du Burkina Faso comme
de microfinance ne favorise pas non plus le
Ouagadougou, Bobo Dioulasso, Banfora, ou Gaoua
développement optimal de la transformation.
pour le plus grand bonheur des consommateurs,
des producteurs ruraux et bien sûr des principales
concernées. Cette popularisation du fonio leur a Les femmes transformatrices
en effet permis d’améliorer leurs revenus et leurs de fonio, le pari gagnant
conditions de vie, comme en témoigne Madame
Catherine Gnoula, transformatrice résidant à Bobo Afrique Verte a innové dans sa stratégie en pariant
Dioulasso : « D’un prix de vente de 800 FCFA le kg, mon non seulement sur le fonio, mais aussi sur les
fonio est passé à 1 100 FCFA. Mes ventes annuelles sont passées microentreprises de transformation domestiques
de 420 kg par an à 7 500 kg en 2017. Je prévois de vendre détenues par des femmes. Les politiques
9 000 kg en 2018. En 2008, mon chiffre d’affaires était de d’accompagnement sont habituellement tournées
336 000 FCFA et en 2017, ce chiffre était de 8,25 millions vers des produits de grande consommation et des
FCFA. » Madame Gnoula est aujourd’hui une femme organisations de grande taille. La diffusion des
entrepreneur qui va à la conquête des clients. Elle a technologies de décorticage grâce à l’établissement
cessé de faire le « porte en porte » des bâtiments de de relations entre les transformatrices et les
l’administration publique. Désormais, elle vend son équipementiers agréés, deux acteurs qui se faisaient
fonio à Bobo, mais aussi à Banfora, à Gaoua et face sans jamais se parler, a également constitué une
22 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
innovation. L’organisation des femmes au sein d’un
Jean Bosco Dibouloni a été Ci-dessus Afrique Verte a
réseau actif de transformatrices à Bobo Dioulasso, innové dans sa stratégie sur
Banfora, Ouaga, avec un apprentissage entre pairs, responsable technique d’un projet les microentreprises de
une solidarité et une émulation, et assurant le lien d’appui aux filières fonio et sésame transformation domestiques
entre les producteurs de fonio et le marché, a permis dans les régions des Hauts-Bassins et détenues par des femmes
d’aboutir à des résultats plus rapidement que prévu. des Cascades au Burkina Faso entre
2013 et 2015. Il est aujourd’hui expert
Comme le montre le témoignage de Madame Gnoula, en chaîne des valeurs agricoles.
les femmes transformatrices ont su intégrer les exigences diboulonijeanbosco@[Link]
des consommateurs urbains en termes d’hygiène et
d’emballage. Elles ont prouvé qu’elles pouvaient, avec
de petits outils et de la rigueur, proposer des produits
adaptés à la demande. La capacité de ces femmes
pourtant peu instruites à opérer des innovations
complexes et à s’inscrire dans une logique de
mobilisation de crédits pour propulser les affaires a
aussi constitué un facteur de réussite des actions
entreprises. Soulignons toutefois que s’il est utile de
prendre en compte les suggestions des consommateurs
pour offrir des produits de qualité, les distributeurs
jouent également un rôle clé dans le succès de
l’augmentation de la consommation de ces produits
dans les marchés urbains. Ils méritent d’être associés
aux stratégies de commercialisation dès le départ.
Cet article présente les résultats d’un des projets menés dans Pays : Burkina Faso
le cadre du processus « Capitalisation des expériences au Région : Afrique de l’Ouest
service du développement rural », mis en œuvre par le CTA, Date de publication : Mars 2019
la FAO et l’IICA avec le soutien financier du FIDA. Mots clés : souveraineté alimentaire, transformation
[Link]
23 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
LE SÉSAME AU NIGER:
D’UNE CULTURE DE CASE
À UNE CULTURE DE RENTE
Ibrahim Nouhou
24 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
L’appui aux femmes membres de l’Union Sirba Bonkaney,
mené par la Fédération des coopératives maraîchères
du Niger et ses partenaires, leur a permis d’être mieux
structurées et de renforcer leurs capacités organisationnelles
et techniques en matière de transformation du sésame.
L’initiative a apporté une augmentation significative des
rendements du sésame et des revenus des transformatrices.
Il y a à peine deux décennies, la culture du sésame se
pratiquait autour des cases et ne servait qu’à générer
quelques maigres revenus aux ménages vulnérables.
Couverture Un champ
de sésame
Pour l’essentiel, les productions étaient destinées à la Ci-contre Grâce à la
consommation domestique, principalement sous production et la
forme de condiments pour assaisonner les sauces. commercialisation de l’huile
La superficie moyenne par producteur (0,1 ha) était de sésame, le revenu des
extrêmement faible et ne permettait guère de couvrir transformatrices a augmenté
de façon substantielle
que les besoins de la famille.
Entre 2002 et 2012, avec l’appui de l’ONG Catholic
Relief Services (CRS Niger) et du département de
l’Agriculture des États-Unis (USDA) à travers la
Fédération des coopératives maraîchères du Niger et 1,13 ha. La production annuelle de sésame dans la
(FCMN-Niya), les unions des zones de la Sirba et de commune de Gothèye était estimée à 300 t en 2012.
Gothèye se sont positionnées sur la filière sésame au Une étude récente conduite par la FCMN Niya (mars
Niger. Deux nouvelles variétés (le sésame blanc du 2015) a démontré que le sésame grain ou transformé
Soudan et le sésame S42) introduites pour leur en huile constitue une source fiable de revenus pour
précocité et leur rendement élevé ont trouvé une place les ménages, et particulièrement pour les femmes qui
de choix à côté du sésame bigarré nommé « Sirba » sont les principales productrices et transformatrices.
qui était la seule variété cultivée dans la zone. Les Le sésame grain permet aussi une amélioration
techniques de production se sont améliorées et la qualitative de l’alimentation des populations grâce à sa
commercialisation a été progressivement mieux teneur importante en protéines (25 %) et sa richesse en
organisée au sein des unions. La production du sésame vitamines et micronutriments (vitamines A, E…), ainsi
a également augmenté avec une nette amélioration des que la qualité nutritionnelle et les vertus médicinales
rendements, passant de 150 kg à plus de 500 kg/ha. de son huile. Sa valorisation par la transformation est
donc susceptible d’apporter des revenus plus élevés aux
Actuellement, cette production mobilise 82 % de femmes, tout en créant des emplois dans de petites
femmes contre seulement 18 % d’hommes, qui unités de transformation. De telles unités existent déjà
exploitent respectivement une moyenne de 0,63 ha de façon embryonnaire, mais sont confrontées à de
25 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
2. Le renforcement des capacités de
Ci-contre Une machine
d’extraction. Pour production. Pour approvisionner les machines
approvisionner les machines d’extraction de sésame de façon régulière, il faut
d’extraction de sésame de produire plus et mieux. C’est pourquoi un fonds de
façon régulière, il faut préfinancement d’intrants a été mis en place pour
produire plus et mieux
servir des intrants agricoles de qualité. Ces intrants
sont mis en place en début de campagne et remboursés
à la récolte sur la base d’un contrat formel entre les
membres et l’Union. Les femmes ont également été
dotées d’un kit de matériel agricole composé de 10
unités de cultures attelées (UCA) et 10 motopompes
servant d’irrigation d’appoint pour faciliter les activités
nombreuses difficultés, notamment la faible de production. La gestion du matériel est assurée par
organisation des transformatrices, le manque de un comité mis en place à cet effet. Il est principalement
connaissances quant aux normes d’hygiène et aux utilisé dans les champs collectifs et champs écoles par
exigences de qualité des consommateurs urbains les experts paysans sous la responsabilité du comité
et les sous-équipements. de gestion. Une convention de collaboration avec
la Direction départementale de l’Agriculture de la
commune de Gothèye est élaborée dans le cadre de
Appui à la structuration de l’encadrement des producteurs. Elle comprend des
l’Union Sirba Bonkaney activités de suivi, des formations pratiques et la
conduite des champs écoles paysans. La planification
L’un des principaux piliers du développement du
des activités et le budget nécessaire pour leur mise en
monde rural est l’organisation des producteurs en
œuvre ont été clairement définis dans la convention
entreprises privées selon leur domaine d’activité.
de collaboration.
Cela ne peut se faire sans la mobilisation de ces
derniers et une réelle volonté de se structurer en 3. Le renforcement de capacités de mise
organisations paysannes. C’est pourquoi la Fédération en marché. Après la structuration et le renforcement
des coopératives maraîchères du Niger, avec le soutien des capacités de production, les femmes membres
de ses partenaires financiers CRS-Niger et Oxfam de l’Union Sirba Bonkaney ont été dotées de deux
Novib, a appuyé les femmes membres de l’Union magasins de stockage de sésame d’une capacité de
Sirba Bonkaney afin de les aider à mieux se structurer 40 t chacun et de deux unités de transformation du
et renforcer leurs capacités organisationnelles et sésame composées de quatre machines performantes
techniques pour parvenir à alimenter des unités d’une capacité de quatre t par jour. Il est important
de transformation du sésame en quantité et en de souligner qu’un comité de gestion des machines
qualité suffisantes. a été mis en place et est chargé de gérer de façon
durable l’investissement réalisé. À cet effet, le comité
1. La professionnalisation des productrices
s’est doté d’un règlement intérieur de gestion et a
et transformatrices. Cet appui a tout d’abord
instauré un mécanisme de pérennisation avec
consisté à renforcer la structuration des productrices
l’application de prix différenciés (selon que l’on soit
et transformatrices membres de l’Union Sirba
membre ou non) à payer pour chaque usage de la
Bonkaney. À cet effet, des missions d’information
machine. Les fonds collectés permettent de rémunérer
et de sensibilisation ont été effectuées par la Fédération
les meuniers et assurent la prise en charge par les
au niveau du bassin de production du sésame de la
bénéficiaires des frais de réparation et de maintenance
commune rurale de Gothèye en vue d’amener les
des extracteurs et à terme l’acquisition de nouvelles
femmes à mieux s’imprégner non seulement des
machines. Par ailleurs, la vente de l’huile de sésame
avantages de la vie associative mais surtout de
est facilitée par la mise en place d’un point de vente
l’importance de se structurer en coopératives puis
au niveau du siège de la FCMN-Niya. Le design de
en unions des coopératives. Ensuite, une série de
l’emballage constitue un aspect important du
formation sur la vie associative, l’itinéraire technique
marketing, qui permet de donner plus de valeur au
de production de sésame avec un focus sur les
produit. C’est pour cela qu’une attention particulière
méthodes biologiques, la gestion et le marketing ou
a été portée sur ce point. Aussi, la production d’huile et
les techniques de production d’huile selon les règles
ses dérivés a été régulièrement soumise au contrôle de
d’hygiène ont été organisées, ainsi que des voyages
vérification des normes. Enfin, la production de l’huile
d’échanges d’expériences pour renforcer les capacités
de sésame et ses dérivés nécessite la disponibilité de la
organisationnelles et techniques des productrices et
matière première. Ainsi, pour faciliter la constitution
transformatrices.
d’un stock et l’approvisionnement régulier des
26 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
D’une culture de case, le sésame
est passé à une culture de rente, qui
contribue aujourd’hui à l’économie et
à la sécurité alimentaire et nutritionnelle
de la communauté bénéficiaire.
Une augmentation des rendements
« Je m’appelle Ramatou Adamou, je suis mariée du sésame et des revenus des
et mère de trois enfants. Je suis transformatrice
et membre de la coopérative Soudji de Garbey transformatrices
Kourou qui est membre de l’Union Sirba Malgré les difficultés rencontrées lors de la mise en
Bonkaney, bénéficiaire et porteuse de l’initiative. œuvre de l’initiative (faible réceptivité des femmes
J’avoue que ma vie a changé grâce à la coopérative à l’innovation, sècheresses, attaques de parasites,
qui m’a permis d’acquérir une expertise technique problème de commercialisation de l’huile du sésame),
en matière de production et de transformation du le processus de structuration des femmes autour de la
sésame. Grâce à mon activité de transformation, j’ai transformation du sésame a induit plusieurs résultats
pu augmenter et diversifier mes revenus, ce qui m’a et impacts positifs.
permis d’avoir trois bœufs alors que je n’avais même
pas une poule auparavant. » En premier lieu, l’Union Sirba Bonkaney s’est bien
structurée avec cinq coopératives dotées d’un fort
Madame Ramatou Adamou, transformatrice de esprit d’entreprenariat. L’expérience a stimulé les
sésame à Garbey Kourou. initiatives d’autopromotion et les différentes activités
d’information et de sensibilisation, d’appui-conseil et
transformatrices, celles-ci se sont orientées vers la SIDI de formation. Par ailleurs, la formalisation de contrats
(Solidarité internationale pour le développement et d’affaires entre l’Union et ses membres d’une part,
l’investissement) qui leur a facilité l’octroi d’un crédit l’union et SIDI d’autre part, sont porteuses d’une
d’un montant de six millions FCFA pour l’achat de nouvelle ère de transformation des coopératives
30 t de sésame grain dans le cadre de cette activité. vers des entreprises agricoles. Ce développement
Il est important de rappeler que la mise en œuvre de l’esprit entrepreneurial dans toutes les activités
efficace de l’initiative a été facilitée par les acteurs des femmes a été maintenu sur toute la durée de
suivants : i) l’Union Sirba Bonkaney, bénéficiaire l’initiative et au-delà en conformité avec les
et porteuse de l’initiative ; ii) la Fédération des orientations économiques de la FCMN insufflées
coopératives maraîchères du Niger, facilitatrice et au niveau de toutes les coopératives membres.
assistante technique de l’initiative ; iii) SIDI, pour La dynamisation des actions collectives (regroupement
l’octroi de crédit via la FCMN-Niya ; iv) la direction des femmes sur les sites collectifs de production,
départementale de l’Agriculture de Gothèye, pour commandes groupées d’intrants, commercialisation
assurer l’encadrement et le suivi des producteurs ; collective, transformation du sésame au niveau des
v) la faculté d’Agronomie de l’université Abdou unités de transformation) fait aussi partie de la culture
Moumouni de Niamey, par la mise en place d’un de construction de la dynamique paysanne portée
stagiaire nutritionniste et technologue dans le cadre par la FCMN. Toutes les actions initiées par les
d’une recherche sur un produit à base de sésame ; femmes dans le cadre de l’initiative se sont donc
vi) Oxfam Novib, pour le soutien financier et inscrites dans cette logique.
l’assistance technique à la mise en œuvre de l’initiative.
27 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
La combinaison des différents appuis et renforcements D’une culture de case à une
des capacités des femmes a permis l’augmentation du culture de rente
rendement du sésame, qui est passé de 380 kg à 600
kg/ha durant la période d’intervention, soit une L’appui à la professionnalisation des femmes dans leur
augmentation de 58 %. Ces appuis et renforcements activité, la mise en place de machines performantes
de capacités ont été la mise à disposition des intrants permettant de transformer le sésame en un temps
de qualité (semences, engrais…), l’organisation de record, la production du sésame en irrigué avec
formations sur les techniques de production et maitrise totale de l’eau, ou encore la diversification
post-récolte et surtout à la mise en place des champs des produits dérivés du sésame (et donc des sources
écoles paysans (CEP), véritables lieux d’apprentissage de revenus des transformatrices) ont constitué des
des innovations agricoles. innovations dans la démarche de structuration
adoptée par la FCMN et ses partenaires.
Le processus a également permis de dynamiser
l’activité de transformation, l’acquisition de machines D’une culture de case, le sésame est passé à une
performantes ayant entraîné une amélioration des culture de rente, qui contribue aujourd’hui fortement à
conditions de travail des femmes. En effet, une des l’économie et à la sécurité alimentaire et nutritionnelle
machines permet de transformer le sésame brut en de la communauté bénéficiaire et au-delà. Ceci a
huile en un temps record (1000 l/jour). En outre, les été rendu possible par la combinaison de plusieurs
transformatrices ont été amplement formées sur les facteurs : un engagement fort de l’ensemble des acteurs
techniques de transformation, de respect des règles et leur appropriation du processus ; une collaboration
d’hygiène et de conditionnement. La combinaison de franche entre les différentes parties prenantes que sont
ces appuis a ainsi permis de valoriser l’huile de sésame. les bénéficiaires (Union), les comités de gestion (UCA
et unités de transformation), la FCMN, la Direction
Grâce à la production et la commercialisation de
départementale de l’Agriculture de Gothèye, Oxfam
l’huile de sésame et de ses dérivés, le revenu des
Novib et la SIDI ; une contractualisation à tous les
transformatrices a augmenté de façon substantielle ;
niveaux (Union-Groupements-Producteurs-
il est passé de 1,5 million FCFA en 2015 (situation de
Transformatrices, Union-comités de gestion, Union
référence) à 2,5 millions FCFA en 2016, soit un
avec FCMN, FCMN-SIDI et FCMN avec DDA) ;
accroissement de 67 %.
et l’existence de variétés de sésame à haute teneur
Enfin, l’initiative a conduit au développement de en huile et à hautes valeurs productives.
partenariats. Elle a facilité la mise en relation de la
En conclusion, nous pouvons dire qu’une bonne
FCMN avec les institutions académiques, sanitaires
structuration des acteurs (femmes) facilite le succès
et les industries agroalimentaires. Par exemple, la
de l’initiative et que le niveau d’engagement et
FCMN a accueilli une étudiante de l’université de
de mobilisation des acteurs externes est un pilier
Niamey dans le cadre d’un mémoire de recherche sur
important dans la mise en œuvre de l’expérience. La
la nutrition. Les premiers résultats de ses travaux, qui
prise en charge anticipée des grands risques internes
portaient sur la détermination de la valeur nutritive
et externes (naturels, organisationnels, économiques
de la pâte de sésame enrichie, sont déjà disponibles.
et stratégiques) est également un élément clé de la
réussite et de la durabilité de l’initiative.
Ibrahim Nouhou est
technicien pour FCMN-NIYA
(section de Tillabéry)
brahnouhou@[Link]
Cet article présente les résultats d’un des projets menés dans Pays : Niger
le cadre du processus « Capitalisation des expériences au Région : Afrique de l’Ouest
service du développement rural », mis en œuvre par le CTA, Date de publication : Mars 2019
la FAO et l’IICA avec le soutien financier du FIDA. Mots clés : chaîne de valeur agroalimentaire, transformation
[Link]
28 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
LA FORTIFICATION DE LA
FARINE DE MIL POUR LUTTER
CONTRE LA MALNUTRITION
Mariama Oumarou
29 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
Les activités du groupement Wafakay, dans la commune de
Téra à l’ouest du Niger, se résument à la commercialisation
des céréales, au petit commerce et à l’embouche de petits
ruminants. Ce groupement essentiellement constitué de
femmes est membre de l’union Harey Ban, dont l’objectif
est d’améliorer les conditions de vie des femmes et des
enfants à travers des activités génératrices de revenu.
À ces activités s’ajoute désormais la fortification d’un
aliment traditionnellement consommé au Niger : le mil.
Couverture Le nettoyage du mil
L e Niger enregistre un taux de malnutrition aigüe
globale de 14,8 % selon l’OCHA (Bureau de la
coordination des affaires humanitaires 2014, 2015 et
sous-alimentation des enfants. En dépit d’un esprit
entrepreneurial avéré, elles doivent faire face à de
nombreuses contraintes.
Ci-dessous Le vice-maire de
2016), ce qui est assez proche du seuil d’urgence de 15 %
Téra : « Le plan de Le projet Dialogue politique concertée (DIAPOCO),
développement communal a défini par l’Organisation mondiale de la santé (OMS)
qui a démarré en mars 2016 et se poursuit aujourd’hui,
pris en compte les actions et dépasse de loin son seuil d’alerte de 10 %. Les enfants
permet d’accompagner vingt femmes transformatrices
d’appui des femmes dans les sont particulièrement touchés par ce fléau. L’alimentation
activités génératrices de du groupement Wafakay (« Entente », en langue
qu’ils reçoivent est trop pauvre en protéines, vitamines
revenus » Djerma), situé dans la commune de Téra, dans la
et micronutriments (tels que le fer, l’acide folique et le
production et la commercialisation locale du mil sous
zinc) pour couvrir leurs besoins nutritionnels journaliers.
forme de farine enrichie. Ces femmes, qui rencontrent
Une situation contre laquelle se battent de nombreux
des difficultés pour mener à bien les activités du
acteurs de la santé publique et de la nutrition.
groupement en raison du manque de formation, de
Parmi les solutions existantes, la fortification ou matières premières, d’équipement et de savoir-faire,
enrichissement en minéraux et vitamines des aliments bénéficient ainsi de l’appui de l’ONG AcSSA Afrique
comme les farines céréalières (mil, sorgho) permet à Verte Niger dont un des axes d’intervention est le
la fois d’agir efficacement contre les carences et de renforcement des femmes rurales dans la transformation
valoriser les productions locales. Toutefois, l’absence et la valorisation des céréales locales.
d’investissement initial, les difficultés d’accès au crédit
et la méconnaissance des techniques de production
constituent des contraintes majeures.
L’accompagnement des femmes
du groupement Wafakay
À Téra, localité située à 170 km à l’ouest de Niamey, la
capitale du Niger, la plupart des femmes vivent dans des
conditions très difficiles marquées par de faibles revenus,
un accès limité à l’éducation et aux services de santé et la
30 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
Ci-contre Un des
Comment obtient-on axes d’intervention
de la farine fortifiée? est le renforcement des
femmes rurales dans
La farine fortifiée est un mélange de farine (ici, la transformation et
la valorisation des
l’aliment véhicule est le mil) et de prémix. céréales locales
Spécialement conçu pour la fortification des farines,
ce prémix contient du fer (sous forme de sulfate de fer),
du zinc (sous forme d’oxyde de zinc) et de l’acide
folique sur support d’amidon de maïs. Pour la
fabrication de la farine, le mil est nettoyé, puis
décortiqué chez des meuniers. Il est ensuite lavé et
partager les objectifs, les activités et les résultats de
séché avant d’être torréfié et réduit en farine dans un
l’initiative avec une large communauté ; v) l’équipe
moulin. La farine fortifiée est réalisée avec des
technique d’AcSSA, pour l’appui technique, le
formules simples (pré-mélanges). Le pré-mélange m1
conseil et l’accompagnement des bénéficiaires.
est composé de 10g de prémix et de 90g de farine de
mil. Le pré-mélange m2 est composé de 20g de m1 L’initiative a donné lieu à plusieurs actions parmi
auxquels l’on ajoute 80g de farine de mil. Ces lesquelles une visite d’échange à Niamey de quatre
dilutions successives permettent de diminuer la membres du groupement Wafakay dans l’unité de
concentration de micronutriments dans le mélange transformation de la farine fortifiée où a été lancée
final. Ainsi, le mélange m3 est constitué de 50g de m2 l’expérience ; la restitution des échanges aux autres
et 4 950g de farine de mil. La farine fortifiée obtenue membres du groupement et de l’union, et l’expression
est alors pesée et conditionnée dans des sachets de des besoins en équipements ; une rencontre entre les
500g afin d’être stockée avant d’être vendue. responsables de la collectivité de Téra, du centre de
santé et des radios ; les achats et la mise en place des
Le projet DIAPOCO fait intervenir plusieurs acteurs : équipements et des matières premières ; la formation
i) les membres de l’union et du groupement, pour la mise in situ des vingt femmes du groupement (techniques
en œuvre des activités sur le terrain, l’organisation des de transformation de la farine fortifiée, préparation
femmes et la gestion du petit matériel ; ii) le centre de de la bouillie, vie associative, gestion des unités de
santé, pour la sensibilisation autour de la farine fortifiée transformation et techniques marketings).
afin de promouvoir sa consommation, le suivi et Le groupement Wafakay a reçu une dotation initiale
l’encadrement des femmes ; iii) des élus locaux fortement comprenant des produits bruts (3 t de mil et 3 kg de
impliqués, pour l’intégration de l’initiative dans le plan fortifiant), des équipements et matériels de travail
de développement communal ; iv) des radios, pour (torréfacteur, farineuse, mélangeur, balance,
mettre en œuvre la stratégie de communication visant à thermosoudeuse, emballage, étiquette, marmites,
Le succès de cette nouvelle farine se
mesure par son utilisation par un grand
nombre d’habitants de la commune de
Téra et des alentours, aussi bien pour
lutter contre la malnutrition que pour
faciliter le sevrage des enfants.
31 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
la mise en œuvre du plan de développement communal
Témoignages comme stratégie de lutte contre la malnutrition et la
pauvreté. Deuxièmement, un marketing adapté, avec
« Depuis l’installation de cette unité de fabrication de farine une campagne de communication participative et
fortifiée, à travers les actions de promotion menées, les femmes inclusive. La diffusion d’émissions radios en langues
des autres communes nous approchent pour obtenir un appui à locales (débats, interviews, témoignages, spots) en phase
la transformation. Le plan de développement communal a pris avec les préoccupations des populations, a contribué à
en compte les actions d’appui des femmes dans les activités l’appréciation de la farine enrichie locale nommée
génératrices de revenus. » « Hamniya ».
Soumana Idrissa, vice-maire de Téra Ainsi, le groupement Wafakay, qui ne disposait au
« Les équipements, les emballages et étiquettes mis à notre départ que de 50 000 FCFA en fonds propres, a pu
disposition en plus des formations reçues ont amélioré la qualité augmenter son capital grâce à la vente de la farine
de la farine. Les femmes sont toutes conscientes et mobilisées sur fortifiée. Les femmes ont transformé 1000 kg de mil et
le site de production, si bien que les ventes réalisées et l’entraide ont obtenu 580 kg de farine fortifiée, vendue pour un
entre les membres du groupe ont permis d’améliorer nos montant total de 580 000 FCFA. 250 000 FCFA ont
conditions de vie et de subvenir aux besoins de la famille. » ensuite été prélevés afin de faire des crédits sans intérêts
aux femmes du groupement, ces dernières travaillant
Rouki Beïdou, transformatrice sans rémunération. Plus généralement, l’initiative a
« Mon enfant malnutri refusait de consommer la bouillie de permis d’améliorer le revenu de ces femmes et de réduire
farine jusqu’à ce qu’il goutte la bouillie à base de farine la malnutrition chez les enfants tout en valorisant des
Hamniya, qu’il n’a plus rejetée jusqu’à guérison complète. Cela produits locaux (le mil, localement produit) et en
a été d’une grande aide pour nous, car depuis que mon enfant a mobilisant la population locale.
commencé à la prendre il a recouvert sa santé. » Il s’agit aujourd’hui de former d’autres femmes à la
Salèye Ousséïni, mère d’un enfant malnutri production de la farine enrichie. Il faut également être
vigilant face aux risques de contamination par d’autres
céréales et légumineuses pendant le décorticage du
couscoussiers, foyers, louches, bassines, seaux, plaques mil qui se fait hors unité de production au niveau des
de visibilité, etc.), ainsi que des formations sur plusieurs meuniers du quartier, et veiller à respecter les règles
thématiques. Le coût total de cet appui s’élève à d’hygiène et de salubrité (démarche qualité) exigées
4,152 millions FCFA. au cours de toutes les étapes dans les unités de
transformation des céréales locales en général et de
Le succès de la nouvelle farine production de farines fortifiées en particulier (matières
premières de qualité, propreté des locaux, des
Avant le projet DIAPOCO, les mères des enfants équipements, hygiène du personnel et de la production).
malnutris utilisaient des bouillies simples à base de
céréales, et achetaient des produits industriels (tels que Le projet DIAPOCO rencontre un véritable succès
les produits Nutriset Plumpy’nut, lait F100 et F75) dans la commune de Téra, permettant d’aider un grand
lorsque ceux-ci étaient disponibles, ce qui n’était pas nombre de ménages à faire face à la malnutrition des
toujours le cas. C’est de cette situation qu’est née l’idée enfants. Il montre surtout qu’il existe des alternatives
de fabriquer sur place de la farine fortifiée à base de locales et accessibles pour lutter contre ce fléau qui
céréales locales. Aujourd’hui, le succès de cette nouvelle frappe aujourd’hui les pays en développement.
farine se mesure par son utilisation par un grand nombre
d’habitants de la commune de Téra et des alentours,
Mariama Oumarou est
aussi bien pour lutter contre la malnutrition que pour
responsable du suivi des femmes
faciliter le sevrage des enfants.
transformatrices de Niamey à l’AcSSA
Ce succès est dû à plusieurs facteurs. Premièrement, – Afrique Verte Niger.
l’implication forte de la commune dès le démarrage du mari_oumarou@[Link]
projet et à toutes les étapes. L’initiative a été intégrée dans
Cet article présente les résultats d’un des projets menés dans Pays : Niger
le cadre du processus « Capitalisation des expériences au Région : Afrique de l’Ouest
service du développement rural », mis en œuvre par le CTA, Date de publication : Mars 2019
la FAO et l’IICA avec le soutien financier du FIDA. Mots clés : malnutrition infantile, transformation,
[Link] fortification farine
32 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
33 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
2
INNOVATION
AGRICOLE
34 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
INTRODUCTION DE LA CULTURE
DE LA BANANE PLANTAIN AU
BURKINA FASO
Boureima Tassembedo
35 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
Pour répondre à une demande croissante et réduire
le taux de dépendance des importations, le bananier
plantain de Côte d’Ivoire a été introduit au Burkina Faso
par le Programme de productivité agricole en Afrique
de l’Ouest (PPAAO-Burkina) lors d’une expérience menée
de novembre 2014 à décembre 2015, à Diarradougou.
Avec des rendements atteignant 22 t/ha et un poids des
régimes allant jusqu’à 17 kg, l’équipe scientifique estime
que les résultats obtenus sont satisfaisants.
Couverture Les objectifs de
cette expérience sont de O riginaire d’Asie du Sud-Est, le bananier plantain
est cultivable dans les zones tropicales où les
pluies peuvent atteindre 1100 mm d’eau par an.
importations et diversifier ses productions agricoles,
le bananier plantain a fait son entrée au « Pays des
hommes intègres » grâce au PPAAO, à travers le
promouvoir l’adoption du
bananier plantain et Dans la sous-région ouest-africaine, il est notamment Centre national de spécialisation en fruits et légumes.
contribuer à l’amélioration produit en Côte d’Ivoire et au Ghana. Durant les trois Pour mener à bien l’introduction de trois variétés de
de la sécurité alimentaire
dernières décennies, la consommation de la banane banane plantain (PITA 3, FHIA 21 et Big ebanga),
plantain, en provenance de ces deux pays, est entrée une équipe de recherche a été constituée sous la
dans les habitudes alimentaires des Burkinabè, direction du Dr. Vianney Tarpaga, sélectionneur
notamment ceux habitant dans les centres urbains. à l’Institut de l’environnement et de recherches
Elle est consommée sous forme de frites, chips, agricoles (INERA).
foutou, accompagnée de sauce ou simplement grillée.
Les revenus générés par le commerce de la banane Une démarche de recherche
plantain sont très attrayants. Le prix de vente de la participative
tonne de banane varie en effet entre 120 000 et
L’équipe de recherche a d’abord travaillé à
140 000 FCFA selon les périodes de l’année. Un
domestiquer les trois variétés de banane plantain
camion chargé de bananes plantains génère autour de
sous serre puis, après avoir obtenu des résultats
1 500 000 FCFA de bénéfice à Ouagadougou (Bambio
encourageants, a mené une évaluation en milieu
Z. François, 2015). Nonobstant les opportunités
réel pour s’assurer de leur adaptabilité. Pour ce faire,
qu’offre cette filière, force est de constater qu’elle est
elle a adopté une démarche de recherche participative
peu développée au Burkina Faso, ce qui rend le pays
associant étroitement les chercheurs et les acteurs
fortement tributaire des importations. On enregistre
du monde rural et décomposée comme suit : i)
d’ailleurs une nette progression de ces importations,
identification participative de la thématique de
ce qui témoigne d’une demande locale en hausse
recherche ; ii) apport de la technologie par la recherche ;
constante. Les quantités de bananes plantains
ii) identification du site pour la démonstration en
importées sont passées de 1 146,1 t en 2008 à 5 084,6 t milieu réel et d’un(e) producteur(rice) ; iv) organisation
en 2013, soit une évolution de plus de 300 %. d’une visite commentée couplée à une séance de
Pour répondre aux besoins de consommation des dégustation regroupant l’ensemble des parties
populations, réduire la dépendance du Burkina aux prenantes (chercheurs, partenaires techniques et
36 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
Il est possible – et rentable – de
pratiquer la culture du bananier
plantain au Burkina Faso.
financiers, producteurs, transformateurs et 0,9 ha pour PITA 3, 0,9 ha pour FHIA 21 et 1,25 ha
consommateurs) pour partager les résultats de pour Big ebanga ; ii) 25 t de fumure organique
l’expérience ; v) mise en place du dispositif appliquées à l’hectare ; iii) 1 t d’engrais minéraux
expérimental relaté dans le protocole de recherche. (NPK et urée) recommandée à l’hectare ; iv) deux
passages pour l’irrigation par semaine jusqu’à la
La zone retenue pour l’expérimentation fut
reprise de croissance des plants et des passages tous
l’ouest du Burkina, dans la région des Hauts-Bassins.
les 4 à 5 jours après la reprise de croissance des
Plus précisément, il s’agissait du périmètre maraîcher
plants jusqu’à maturité.
de Diarradougou, commune rurale situé à 20 km
de Bobo Dioulasso, chef de lieu de ladite région,
où règne des conditions agroécologiques et climatiques Faisabilité et rentabilité de la culture
favorables (accès à une source d’eau pour l’irrigation du bananier plantain au Burkina
et pluviométrie variant de 800 à 1100 mm) à
cette culture. Les objectifs à moyen et à long terme de cette
expérience sont de promouvoir l’adoption effective
La productrice a été choisie parmi les membres de cette nouvelle culture au Burkina, diversifier les
du groupement des producteurs de la banane douce productions agricoles et les sources de revenus, générer
du périmètre. Ce choix s’est fait selon trois critères de nouveaux emplois au profit des acteurs du monde
prédéfinis : accessibilité de la parcelle, existence rural, et contribuer à l’amélioration de la sécurité
d’un point d’eau pour l’irrigation, et engagement alimentaire et à la qualité nutritionnelle des
du bénéficiaire. Les plants pour la pépinière et un populations.
appui conseil technique lui ont été fournis tout au
En suivant fidèlement les différentes recommandations
long de l’expérimentation.
techniques des trois variétés, des résultats intéressants
Le dispositif expérimental mis en place par l’équipe de ont été constatés. Ainsi, le délai de floraison est de sept
recherche fut le suivant : i) des superficies exploitées de mois pour la variété PITA3 et huit mois pour les
Témoignages Vianney Tarpaga, sélectionneur à l’INERA,
responsable de l’expérimentation, estime quant à lui
« Au départ, j’étais très sceptique, mais aujourd’hui je suis une que son équipe est sortie grandie de cette expérience :
femme heureuse au regard des résultats obtenus. Je suis très « Nous avons obtenu des résultats très intéressants d’un point
satisfaite et fière d’être un exemple pour mes camarades de vue agronomique, mais aussi d’un point de vue adaptabilité.
producteurs. J’ai appris beaucoup de choses de cette expérience, Nous sommes très satisfaits car ces résultats engrangés vont
qui m’aideront même pour la production de la banane douce. largement au-delà de nos attentes. Pour finir, je salue le
Cela confirme l’adage “Qui ne risque rien n’a rien” ». dynamisme et le dévouement de madame Kassongo, de toute
Sylvie Kassongo, bénéficiaire de l’expérimentation mon équipe et des partenaires. »
de production de la banane plantain
37 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
variétés FHIA 21 et big ebanga. L’échéance pour la Vers un passage à l’échelle
Ci-dessus Des comptes
récolte est de 12 mois pour PITA 3 et big ebanga, et
d’exploitation sommaires ont
confirmé la rentabilité de 13 mois pour FHIA21. Les rendements sont en supérieure
économique de l’exploitation moyenne de 12 t/ha pour big ebanga, 22 t/ha pour La conduite participative de l’expérimentation,
des trois variétés FHIA21 et 17 t/ha pour PITA3 contre un rendement l’implication de tous les acteurs (producteurs et
de référence de ces variétés plus élevé de 25 t/ha, chercheurs) tout au long du processus et la prise en
40 t/ha et 25 t/ha. Cette baisse du rendement compte de toutes les opinions ont permis de relever les
s’explique par un poids des régimes lui aussi inférieur défis rencontrés. La réussite de l’expérience doit aussi
aux valeurs de références des trois variétés. Il était de beaucoup au dévouement de la productrice bénéficiaire,
12 kg, 15 kg et 11 kg pour PITA 3, FHIA 21 et big à l’appui conseil technique assuré par l’équipe de
ebanga, contre un poids de référence de 15 kg, l’INERA et à l’accompagnement des autorités
22 kg et 25 kg. administratives à travers l’appui financier du PPAAO.
Ces résultats ont été présentés lors d’une visite Aujourd’hui, le PPAAO envisage de renouveler
commentée suivie d’une séance de dégustation l’expérience sur des superficies plus grandes. Pour ce
réunissant l’ensemble des parties prenantes qui leur a faire, il faudra renforcer la capacité du personnel
permis de constater que les bananes récoltées avaient d’appui à l’application adéquate des itinéraires
le même goût et les mêmes qualités nutritionnelles techniques et former des techniciens agricoles à la
que les bananes importées. En outre, des comptes multiplication des plants tout en étendant la formation
d’exploitation sommaires ont confirmé la rentabilité à la production de la banane plantain aux producteurs
économique de l’exploitation des trois variétés. Il est semenciers. Il faudra également mener des recherches
donc possible, et rentable, de pratiquer la culture du approfondies sur les attaques dues aux maladies et aux
bananier plantain au Burkina Faso. ravageurs du bananier plantain et conduire des études
Néanmoins, cette culture comporte plusieurs défis, de rentabilité économique plus poussées.
révélés lors de l’expérimentation. En effet, la mise en
place de pépinières de bananiers plantains a été
considérée comme plus difficile que celle de pépinières Boureima Tassembedo est
de bananes douces car nécessitant une irrigation plus économiste au sein de l’Institut de
fréquente, tous les deux ou trois jours (et donc aussi plus l’environnement et de recherches
coûteuse). La défense de la culture contre les ravageurs, agricoles (INERA), à la direction
notamment le charançon, représente également une régionale de Bobo-Dioulasso, station
difficulté. Les attaques des ravageurs expliquent les de Farako-Bâ
pertes qui ont entraîné des rendements et poids de tassembedoboureima@[Link]
régime inférieurs à ceux prescrits dans les fiches
techniques qui accompagnaient les variétés importées
du CNS-Plantain du CNRA de la Côte d’Ivoire.
Cet article présente les résultats d’un des projets menés dans Pays : Burkina Faso
le cadre du processus « Capitalisation des expériences au Région : Afrique de l’Ouest
service du développement rural », mis en œuvre par le CTA, Date de publication : Mars 2019
la FAO et l’IICA avec le soutien financier du FIDA. Mots clés : souveraineté alimentaire, PPAAO
[Link]
38 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
LES DEMI-LUNES, UNE
TECHNIQUE AGRICOLE
EFFICACE POUR LA MISE
EN CULTURE DES TERRES
ABANDONNÉES
Micheline Ouamega-Nikiema
39 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
La demi-lune est peu pratiquée par les producteurs
en raison de la pénibilité du travail qu’elle nécessite.
Fort heureusement, certains producteurs sont prêts à braver
cette pénibilité pour se lancer dans la réalisation de cette
technique qui présente de nombreux avantages. Saïdou
Ouédraogo est de ceux-là. Cet habitant du village de
Roundé, dans la commune de Niou au Burkina Faso, et
membre d’un groupement de producteurs bénéficiaire
du projet Sécurité alimentaire de Solidar Suisse, a réussi
l’impossible : cultiver du riz, céréale très gourmande en
eau, sur une terre jadis laissée à l’abandon.
Couverture L’application de
techniques de conservation des S itué dans la province du Kourwéogo, dans la
région du Plateau-Central, le village de Roundé
est caractérisé par la dégradation des ressources
appréciables. Parmi les actions menées, le
renforcement des capacités techniques et
opérationnelles des bénéficiaires, notamment
eaux et des sols procure aux
bénéficiaires l’opportunité de naturelles et l’abondance de terres abandonnées, concernant les techniques de conservation des
varier leur production impropres à la culture. Cette situation est une eaux et des sols, nous intéresse tout particulièrement.
conséquence du changement climatique, qui se
manifeste notamment par la sécheresse, l’insuffisance Le pari fou de Saïdou
de pluies et parfois des inondations et des vents
violents. Les producteurs procèdent donc à l’abattage À l’instar des autres producteurs membres de son
des arbres alors même qu’il y en a de moins en moins, groupement, Saïdou a bénéficié d’une formation
détruisant la flore de la région. Ceux qui n’ont pas la de cinq jours assurée au niveau local par la Direction
chance de disposer de terres vierges sont contraints de provinciale du ministère de l’Agriculture et des
quitter le village à la recherche d’un mieux-être, ce aménagements hydrauliques ainsi que des formateurs
qui contribue à le dépeupler, le privant ainsi de ses endogènes. À l’issue de cette formation, il a reçu du
bras valides. En parallèle, les difficultés d’accès aux matériel de production (marteau, pic axe, râteau,
équipements et intrants agricoles ainsi qu’une faible brouette, triangle à pente, gants, bottes, etc.)
connaissance des techniques de conservation des
La rigueur est un des traits qui caractérisent le mieux
eaux et des sols entraînent une baisse considérable
Saïdou : il se fixe des objectifs et met tout en œuvre
des productions céréalières et de la productibilité de
pour les atteindre. Dès la fin de la formation, il a établi
l’élevage, ce qui expose les communautés à une
un calendrier et un plan d’action grâce auxquels il a
insécurité alimentaire permanente.
pris de l’avance par rapport à ses camarades. Aux
C’est pour résoudre ces difficultés que Solidar Suisse premières pluies, il avait déjà effectué ses semis. C’est
a lancé un projet de deux ans, de 2015 à 2016, visant que le producteur avait été convaincu par l’expérience
à améliorer la sécurité alimentaire des populations de son père, bénéficiaire du projet avant lui. Grâce au
pauvres et vulnérables de la région du Plateau-Central renforcement de ses capacités, celui-ci avait aménagé
au Burkina Faso et à améliorer les conditions de vie des deux parcelles, une de 1,5 ha en demi-lunes et une
producteurs. Ce projet fait suite à une première phase, autre de 1 ha en zaï, sur des terres dénudées. Il avait
de 2013 à 2014, qui a enregistré des résultats forts alors récolté 70 charretées de sorgho sur la parcelle
40 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
aménagée en demi-lunes et 40 charretées de la
même spéculation sur celle aménagée en zaï. En
comparaison, il n’avait récolté que 15 charretées sur
son ancien champ de 2,5 ha, exploité en parallèle.
Contrairement au sorgho, qui est une des plantes
cultivées les moins exigeantes en eau, le riz est une
céréale qui nécessite beaucoup d’eau. Il est de ce fait
cultivé dans les zones marécageuses ou les bas-fonds.
Parmi les trois provinces de la région du Plateau-
Central, la province du Kourwéogo est la plus
défavorisée en termes de qualité des sols et de
répartition de la pluviométrie, et donc la moins propice
à cette culture. Saïdou, qui a auparavant vécu dans un
pays où la pluviométrie est abondante et maîtrise les convaincu de l’efficacité de la technique de la demi-
techniques de la culture du riz, va toutefois réaliser lune, il décide de cultiver du riz dans son village. Ci-dessus Champ de riz dans
l’impossible. Enhardi par l’expérience de son père, et les demi-lunes
Il réalise alors des demi-lunes sur une superficie totale
de 88,3 m2 de terres dénudées et fait une récolte
prodigieuse de 233 kg qu’il se garde de vendre,
La technique des demi-lunes réservant cette manne pour la consommation
La demi-lune est une technique agricole de familiale. Il souhaite faire profiter ses proches des fruits
conservation des eaux et des sols. Elle est utilisée de son exploit avant de les partager avec la population.
dans des zones où les ressources en eau sont très Habituellement, la variété cultivée par Saïdou, le riz
limitées et où les sols sont pauvres, compacts, FKR 19, a un rendement de 5 à 6 t/ha avec un cycle
encroutés et dégradés. Elle convient pour les de 115 jours. Le producteur a récolté la même quantité
cultures pluviales. En effet, elle permet de capter en seulement en 80 jours grâce aux demi-lunes, et
l’eau et les sédiments au profit des cultures, de uniquement avec de l’engrais organique. En 2016,
localiser les ressources en matières organiques il tenta à nouveau l’expérience, cette fois sur une
fertilisantes et en eau, de préserver et d’optimiser superficie de 204,8 m2 en utilisant de l’engrais
l’utilisation de ces ressources. Elle a ainsi l’avantage chimique. Il récolta 700 kg de riz…
de favoriser la conservation des eaux et des sols Saïdou le téméraire entend aujourd’hui poursuivre
ainsi que la récupération des terres dégradées, l’aventure en se lançant prochainement dans la
d’augmenter la productivité des sols et d’aider à production d’igname, tubercule habituellement
lutter contre l’érosion. produit dans les zones humides.
Les savoirs locaux de nos parents,
pour peu que l’on s’y intéresse,
constituent une véritable richesse
à exploiter en association avec
les innovations agricoles.
41 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
Ci-contre Demi-lunes
Ce que nous apprend
réalisées dans un champ l’expérience de Saïdou
L’intervention menée par Solidar Suisse a été
innovante à plusieurs égards. Des voyages d’étude
ont été organisés à l’intention des partenaires de mise
en œuvre pour leur permettre d’apprendre d’autres
acteurs intervenant dans le même domaine. Les
ressources internes de ces partenaires, ainsi que
des agents de l’Etat au niveau local, ont été mis à
contribution pour la formation des producteurs
qui a aussi bénéficié de la contribution d’anciens
bénéficiaires et producteurs modèles. Le fait que les
différents participants soient familiers les uns avec
Plaidoyer pour la technique les autres a permis de renforcer la confiance.
de demi-lune Les résultats obtenus l’ont été grâce à la combinaison
Les producteurs ont tendance à préférer les techniques de plusieurs facteurs. D’abord, le projet a su apporter
de zaï au détriment des demi-lunes en raison de une réponse adéquate aux besoins des bénéficiaires.
l’intensité de l’effort à fournir pour réaliser celles-ci. La rigueur que s’est imposée Saïdou dans l’exécution
C’est donc en toute logique que la difficulté à de son activité ainsi que l’adhésion et la motivation des
convaincre ces derniers à pratiquer les demi-lunes différentes parties prenantes ont contribué pour
(mais aussi la passibilité des acteurs du projet eux- beaucoup à la réussite de l’utilisation des demi-lunes.
mêmes, notamment les associations de mise en œuvre, En outre, le recours aux savoirs locaux par les
face à cette situation) constitua le principal défi du producteurs eux-mêmes (comme le décryptage des
Projet Sécurité Alimentaire de Solidar Suisse. signes de la nature permettent de savoir s’il pleuvra
suffisamment ou non) a amélioré la qualité des actions.
Pourtant, les demi-lunes sont plus résistantes et
durables dans le temps que les zaï (5 à 7 ans contre L’expérience de Saïdou permet ainsi de tirer plusieurs
3 ans). De plus, la quantité d’eau nécessaire aux leçons très utiles. La conviction est le premier facteur,
demi-lunes est moins importante que pour les zaï et la rigueur personnelle une qualité indispensable, qui
(les semis dans les demi-lunes peuvent se faire avant déterminent tous deux la réussite de l’utilisation de
l’installation définitive de la saison des pluies). Autre techniques complexes, comme les demi-lunes. En
avantage intéressant, elles requièrent une superficie outre, les savoirs locaux de nos parents, pour peu que
moins importance, ce qui contribue à résoudre le l’on s’y intéresse, constituent une véritable richesse à
problème de plus en plus récurrent du foncier. Elles exploiter en association avec les innovations agricoles.
sont en outre efficaces pour récupérer les terres en
glacis. Les demi-lunes conviennent donc aux terres
Micheline Ouamega-Nikiema
dégradées, et présentent l’avantage, une fois qu’elles
est chargée de programme pour
sont réalisées, de nécessiter moins de travail.
Solidar Suisse, une ONG
L’application de cette technique de conservation des internationale qui oeuvre dans le
eaux et des sols procure aux bénéficiaires l’opportunité domaine du développement rural.
de varier leur production ; elle a permis à certains [Link]@[Link]
d’entre eux de pratiquer des cultures qu’ils n’auraient
pas pu exploiter auparavant à cause de l’aridité des sols.
Cet article présente les résultats d’un des projets menés dans Pays : Burkina Faso
le cadre du processus « Capitalisation des expériences au Région : Afrique de l’Ouest
service du développement rural », mis en œuvre par le CTA, Date de publication : Mars 2019
la FAO et l’IICA avec le soutien financier du FIDA. Mots clés : innovation agricole, conservation des
[Link] sols et des eaux, mise en valeur des terres incultes
42 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
AIDER LA FILIÈRE BANANE
MALIENNE À DÉPLOYER TOUT
SON POTENTIEL
Mamadou Dembele
43 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
Pour améliorer la productivité des bananeraies et les revenus
des producteurs de banane, la Fédération des organisations
des producteurs de banane du Mali, en concertation avec
le Programme de Productivité Agricole en Afrique de l’Ouest
(PPAAO-Mali), a lancé un plan stratégique de développement
de la filière consistant dans le renforcement des capacités
de ses membres. C’est dans ce cadre que le PPAAO a
initié un transfert de technologie dit « nouveaux itinéraires
de production de la banane » dans le bassin de production
à Koutiala (Sikasso).
Couverture En plus de sa
contribution à la sécurité I dentifiée par la Fédération des organisations des
producteurs de banane du Mali comme une filière
porteuse pour le développement économique national
L’introduction de nouvelles
techniques de production
alimentaire, la culture de la
banane est un facteur de lutte du pays, et dotée d’un fort potentiel de production Le diagnostic effectué en 2010 par la Fédération sur
contre l’exode rural et (estimé à 35 000 t par an), la filière banane est pourtant la production de la banane au Mali, en particulier
l’orpaillage en milieu rural à Koutiala, a fait ressortir une diminution de la
sous-exploitée. En dépit de la position géographique
favorable du Mali, différentes contraintes affectent sa productivité des pieds de banane de 20 à 40 % de leur
production, notamment la non maîtrise des techniques potentialité productive ces cinq dernières années due à
appropriées. Or, la banane contribue à la sécurité un mode d’irrigation inapproprié, à l’apparition et au
alimentaire (elle représente une source substantielle de développement de la cercosporiose (une maladie de la
glucide) et constitue une opportunité socio-économique. souche de banane), et surtout à une méconnaissance
de nouveaux itinéraires de production de la banane.
L’une des préoccupations du Programme de
productivité agricole en Afrique de l’Ouest (PPAAO- Une formation sur ces nouveaux itinéraires a donc été
Mali), qui supporte la filière banane malienne depuis mise place dans les zones de production avec pour
2011-2012, est le développement et la diffusion de objectifs i) d’accroître la productivité des pieds de
technologies en vue d’accroître la production agricole banane en augmentant le poids des régimes des
pour assurer la sécurité alimentaire et réduire la bannerais ; ii) de diminuer l’intensité de main d’œuvre
pauvreté. Aussi a-t-il initié, à l’intention des membres nécessaire dans les champs de banane ; iii) de
de la Fédération, une formation sur de nouvelles permettre un développement végétatif normal du
techniques de production visant à améliorer la bannerais ; iv) de réduire les risques de cercosporiose ;
productivité des bananerais et les revenus des v) et de permettre un bon murissement de la banane
producteurs. L’expérience a débuté dans le bassin de afin d’augmenter sa qualité organoleptique.
production à Koutiala (Sikasso) avant d’être étendue La stratégie adoptée pour atteindre ces objectifs fut
dans d’autres localités du cercle de Dioïla (Koulikoro). l’établissement d’un contrat de collaboration avec
la Fédération des organisations des producteurs de
la banane. Le chargé de la filière a dû suivre des
formations en Côte d’Ivoire pour renforcer son
expertise sur les nouveaux itinéraires de production.
44 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
La banane Grande naine a été choisie
du fait de sa capacité d’adaptation
aux conditions climatiques des zones
de production et de son aptitude à se
reproduire au champ par voie végétative.
devaient former à leur tour 80 producteurs dans les
La technique de plants issus zones de production de la banane. Cette stratégie a
permis de toucher un grand nombre de producteurs.
de fragments de tige
En vue d’assurer la durabilité du projet, la De meilleurs rendements,
technique de production enseignée a été associée à
la technique de plants issus de fragments de tige
une maturation plus rapide
(PIF). Celle-ci répond au problème de vieillissement L’évaluation technique menée par le Programme-Mali
des bananeraies qui explique en partie les baisses de auprès des bénéficiaires dans le bassin de Koutiala a
rendement enregistrées ces cinq dernières années et révélé plusieurs résultats positifs. Les 50 formateurs
constitue un sérieux handicap pour le développement relais formés ont ainsi touché plus de 3 965 producteurs
de la culture de la banane. C’est pourquoi la dans plusieurs villages. Le développement végétatif des
promotion de la technique PIF a été une innovation plants de banane est désormais normal, et même
appréciable, accessible à tous les producteurs, même excellent, ce qui permet au bananier d’arriver à
les plus petits, à moindre coût. Elle constitue une maturité physiologique en huit ou neuf mois au lieu
opportunité d’assurer la souveraineté semencière de douze mois. La combinaison des techniques
de la filière et de permettre une durabilité de la (effeuillage, nettoyage, respect des écartements, etc.)
production de la banane au Mali. a permis de passer à un rendement d’une tonne pour
25 régimes (contre moins d’une tonne pour 50 régimes
Les nouvelles techniques de production, importées de auparavant). L’œilletonnage, qui consiste à supprimer
la Côte d’Ivoire, consistent à la destruction des rejets les rejets du bananier pour ne garder qu’un ou deux
du bananier, l’effeuillage, la coupe des fleurs et la rejets par pieds-mère, a permis de réduire la quantité
fertilisation. Elles ont été appliquées sur la banane d’engrais à apporter aux plants de trois sacs à un sac et
Grande naine principalement cultivée au Mali. Cette demi et d’augmenter le poids des régimes (70 régimes
variété a été choisie du fait de sa capacité d’adaptation par t auparavant contre 30 régimes par t aujourd’hui).
aux conditions climatiques des zones de production L’effeuillage, consistant à supprimer les feuilles mortes
et de son aptitude à se reproduire au champ par voie et celles du bas pour une meilleure aération de la
végétative (elle produit le matériel végétal, les rejets, bananeraie, a considérablement réduit l’infection par
nécessaire à la création de nouveaux plants). la cercosporiose et les grattages sur le fruit. La coupe
Pour bénéficier de cette intervention, les producteurs de la fleur et la mise en place de tire-sève ont contribué
devaient posséder des parcelles de production et à la maturité physiologique plus rapide du fruit. Le
disposer d’équipements agricoles (motopompe et tuteurage, c’est à dire la mise en place d’une fourche
accessoires …), être capables de comprendre et de soutien afin d’empêcher les gros régimes de tomber
d’appliquer les messages techniques et les conseils, se au sol, a permis de réduire les pertes de bananes.
montrer motivés et disponibles. Une première séance Le nouvel itinéraire de production a permis de mettre
de formation a concerné 50 formateurs relais qui en valeur 999 ha de surface supplémentaires.
45 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
• L’insuffisance des mesures portant sur le
renforcement de l’organisation des acteurs, la
structuration de la filière, l’accès au financement,
le développement des infrastructures adéquates
pour une meilleure valorisation de la banane, les
bonnes pratiques de gestion des eaux de surface,
le développement du marché intérieur et
l’amélioration de la qualité de la banane ;
• De mauvaises conditions de stockage et de transport
des bananes, qui contribuent pour beaucoup à
l’altération de la qualité du fruit ;
• La non sécurisation foncière, qui limite de plus
en plus la culture de la banane aux environs des
grandes villes, plus précisément dans le district
de Bamako. Les terres se font rares du fait du
développement de la ville et de la spéculation
foncière qui atteint aujourd’hui même les
villages éloignés ;
• L’insuffisance de soutien matériel, financier et
technique apporté aux femmes productrices de
banane, celles-ci s’intéressant de plus en plus à la
production de banane ;
• L’insuffisance d’agents spécialisés dans le suivi-
accompagnement des acteurs de la filière banane.
En plus de sa contribution à la sécurité alimentaire,
la culture de la banane est un facteur de lutte contre
l’exode rural et l’orpaillage en milieu rural, car elle
représente une formidable opportunité d’insertion
socio-économique pour les jeunes. Ces derniers
constituent 95 % des producteurs ayant bénéficié des
nouvelles techniques de production. De la banane
douce et peut-être, demain, de la banane plantain…
En effet, une étude d’identification et de
Ci-dessus Les nouvelles
Une nouvelle génération de caractérisation des variétés de bananes douce et
plantain cultivées au Mali a été initiée dans la
techniques de production producteurs se dessine
consistent à la destruction perspective de développer cette culture au Mali.
des rejets du bananier, À travers les nouveaux itinéraires de production de la
l’effeuillage, la coupe des banane se dessinent les caractéristiques d’une nouvelle
fleurs et la fertilisation professionnalité de producteurs, et un ensemble de Mamadou Dembele travaille
conditions qui définissent les traits d’une communauté pour le Programme de Productivité
apprenante et émergente dans la production de la Agricole en Afrique de l’Ouest
banane au Mali. Cette communauté doit faire face à PPAAO/WAAPP
un certain nombre de défis : mamadoudembele06@[Link]
• Des difficultés de mobilisation de ressources
financières pour amener un grand nombre de
producteurs à la maitrise des nouvelles technologies
de production de banane ;
Cet article présente les résultats d’un des projets menés dans Pays : Mali
le cadre du processus « Capitalisation des expériences au Région : Afrique de l’Ouest
service du développement rural », mis en œuvre par le CTA, Date de publication : Mars 2019
la FAO et l’IICA avec le soutien financier du FIDA. Mots clés : souveraineté alimentaire, PPAAO,
[Link] innovation agricole
46 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
LES BLOCS MULTI-
NUTRITIONNEL DENSIFIÉS,
UNE INNOVATION AU
SERVICE DE L’ELEVAGE
AU NIGER
Hamidou Souley
47 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
La technologie de bloc multi-nutritionnel densifié pour le bétail
(BMNDB) a été concrétisée grâce à un financement conjoint
de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et
l’agriculture (FAO) et de l’État du Niger. Elle a été imaginée
en réaction à la série de crises pastorales que le Niger a
connu depuis son indépendance, en particulier celle de
2009–2010. La maîtrise de la fabrication du BMND est
vivement souhaitée, car elle offre à la fois un moyen pour
lutter contre l’insécurité alimentaire et pour améliorer les
revenus des ménages.
Couverture Le projet a donné
lieu à la création de plusieurs A u cours des campagnes 2011 et 2013, le déficit
fourrager enregistré au Niger, de l’ordre de
16 471 000 t et 6 708 832 t de matière sèche, a fait
inventé le broyeur de fourrage qui rend possible la mise
au point de la technologie BMND. Cette machine
composée d’un châssis, d’un moteur, d’une croix de
structures, notamment des
micro-entreprises rurales de perdre au cheptel nigérien environ 2 725 427 têtes transmission, d’un axe support de lames et marteaux,
fabrication du BMND de bétail, toute espèce confondue, soit 13,51 % de d’une trémie et d’une sortie du broyat, utilise comme
l’effectif total. Les espèces ovines, caprines et bovines sources d’énergie le courant électrique et le gasoil.
ont été les plus affectées avec des proportions Pour déterminer la valeur nutritive et la composition
respectives de 37,48 %, 33,06 % et 27,14 % de cette chimique du BMND et celle des ingrédients utilisés,
perte. Pire, cette crise pastorale consubstantielle à plusieurs analyses ont été effectuées au laboratoire
la crise alimentaire a entrainé la décapitalisation du d’alimentation animale de l’INRAN, de l’Institut
cheptel avec comme conséquence un bradage (vente agronomique et vétérinaire Hassan-II (IAV) de
à vil prix d’environ 1 435 202 têtes d’animaux) qui a Rabat au Maroc, et de l’Institut national de la
fortement réduit les revenus des éleveurs et impacté recherche agronomique (INRA), en France.
négativement leurs conditions de vie. C’est dans ce La qualité, du BMND a été évaluée à travers la
contexte que l’idée de mise au point de la technologie mesure des résistances au choc (pour le transport)
du bloc multi-nutritionnel densifié, un aliment pour le et à la désintégration des blocs par absorption d’eau
bétail simple à élaborer à l’aide d’équipements et de (résistance à l’humidité). Enfin, des tests d’appétibilité
produits locaux, a vu le jour au Niger. des blocs conduits sur des ovins ont permis de mesurer
leur efficacité alimentaire.
La fabrication du bloc Le bloc multi-nutritionnel pour nourrir les herbivores
multi-nutritionnel densifié (monogastriques et polygastriques) est fabriqué à base
de fourrages broyés (pailles, fanes, paille et fanes,
Sur financement du Programme de productivité
foin, coques, gousses des ligneux), de sous-produits
agricole en Afrique de l’Ouest (PPAAO), des
agroindustriels (sons, tourteaux, grains, farines), de
spécialistes d’alimentation et de nutrition animale
minéraux (calcaire, phosphate naturel, sel), de liants
de l’Institut national de la recherche agronomique du
(gomme arabique, farine de manioc) et de vitamines.
Niger (INRAN), des cadres des services publics de
l’élevage et du Centre de développement de l’artisanat Les tests menés en milieu réel par le PPAAO, le
agricole et du machinisme rural (C-DARMA) ont C-DARMA et l’INRAN confirment que le BMND
48 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
peut être préparé facilement dans les milieux ruraux et
périurbains. Cela est d’autant plus intéressant qu’il n’y Les étapes de
a aucun impact négatif majeur sur l’environnement :
sa fabrication ne nécessite pas de coupe d’arbres et
fabrication du BMND
tout le fourrage utilisé est généralement réservé à La série d’images ci-dessus montre les différentes
l’alimentation des animaux. étapes de la fabrication du BMND. On voit d’abord
des sacs contenant les matières à broyer, puis des
Des résultats encourageants… prototypes de broyeur de tiges et des sacs contenant
les tiges broyées. Le processus se poursuit avec le
Plus de 200 broyeurs ont été placés dans les huit malaxage de tiges broyées avec les autres sous-
régions du Niger pour la fabrication du BMNDB avec produits agroindustriels, les minéraux, les liants et
l’appui de l’État nigérien et de projets et programmes les vitamines. C’est surtout à partir de cette étape
de développement tels que le PPAAO. 405 personnes que commence la formation à la technique de
(215 femmes et 190 hommes) ont été formés sur la fabrication du bloc qui conduit à la confection des
technologie des blocs multi-nutritionnels densifiés pour briquettes ainsi étiquetées. La dernière image
le bétail. Soixante-douze broyeurs ont été importés par montre un test d’appétibilité du BMND mené
le Benin (6), le Burkina (50), le Sénégal (10), le Mali (4) sur des caprins.
et la Mauritanie (2). Le PPAAO Niger a reçu les
délégations composées de 98 producteurs et
chercheurs du Ghana, Mali, Nigéria, Sénégal,
Burkina, Togo et Bénin pour échanger sur l’utilisation
du broyeur et la fabrication du BMND. Quatre
missions ont par ailleurs été effectuées par le
responsable de l’unité de fabrication C-DARMA,
au Sénégal, pour le renforcement des capacités des
utilisateurs des broyeurs.
Le projet a donné lieu à la création de plusieurs
structures, notamment des micro-entreprises rurales
de fabrication du BMND au sein de plusieurs
groupements féminins, dont les deux plus importants
sont celui du cinquième arrondissement de Niamey alimentaires à base de fourrages par jour
et celui de Matamèye. Dans ce cadre, la présidente (vendus 6 000 FCFA l’unité, soit un chiffre d’affaires de
du groupement de Matamèye a reçu en 2016 une 1,8 million FCFA par mois) et emploie cinq personnes
distinction lors de la 7e édition du Trophée à temps plein. Entre 2014 et 2017, 78 600 blocs
international de la femme active d’Afrique. Cinq multi-nutritionnels densifiés (BMND) ont été fabriqués
groupements d’intérêt économique animés en majorité grâce au broyeur pour des rations adaptées à
par des jeunes diplômés ont aussi été créés dans les l’alimentation des animaux. L’unité se vend en
régions de Dosso, Niamey, Maradi et Zinder. Le moyenne à 350 FCFA sur le marché soit un chiffre
groupement « Nafa », le plus actif, est situé dans le d’affaire d’environ 27,51 millions FCFA réalisé par
5e arrondissement de la région de Niamey. Enfin, la les micro-entreprises rurales des deux groupements
micro-entreprise Salma, fondée et dirigée par une féminins et du groupement d’intérêt économique suivis
jeune femme, produit en moyenne 10 sacs de rations par les services de l’élevage.
Cette innovation s’inscrit dans un
contexte national où l’élevage intensif est
pratiqué dans presque tous les ménages
et où la demande en BMND est forte.
49 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
Une démarche qui s’inscrit
dans le temps
Les éléments cités ci-haut montrent que l’expérience
est une réussite, mais aussi qu’elle a vocation à
s’inscrire dans le temps, plusieurs facteurs militant
pour la durabilité de la technologie de bloc multi-
nutritionnel densifié pour le bétail au Niger. Tout
d’abord, les sessions de formation sur la mise au point
de cette innovation se poursuivent dans toutes les
régions du pays. Ensuite, elle s’inscrit dans un contexte
national où l’élevage intensif est pratiqué dans presque
tous les ménages et où la demande en BMND est forte.
En outre, le projet a bénéficié dès le départ d’un
important soutien politique. Les unités de fabrication
du broyeur sont toutes locales ; elles sont implantées
dans quatre régions du Niger. Les ressources
Les travaux de recherche d’un projet commissionné sur nécessaires à la fabrication du BMND sont elles aussi
Ci-dessus Le bloc
multi-nutritionnel pour la « Mise au point des blocs multi nutritionnels densifiés disponibles localement. Enfin, le BMND est et
nourrir les herbivores est de productions à base des ressources alimentaires demeure respectueux de l’environnement avec un
fabriqué à base de fourrages locales » ont abouti à la mise au point de cinq formules impact négatif très mineur.
broyés, de sous-produits dans l’embouche ovine. Les béliers nourris avec trois de
agroindustriels, de minéraux, L’opération, qui visait au départ les éleveurs et
ces formules ont réalisé les meilleures performances de
de liants et de vitamines associations d’éleveurs, a suscité l’intérêt des instituts
croissance pondérale avec un gain de poids moyen de
de recherche et d’enseignement, des ONG et des
83 g sur une période de 75 jours.
services de vulgarisation, aussi bien au niveau national
que sous-régional. Initiative des pouvoirs publics,
… mais des défis à relever lancée en réponse au déficit fourrager qui a causé la
crise pastorale, le BMND constitue un moyen pour
Si ces résultats sont encourageants, le processus de lutter contre l’insécurité alimentaire mais devient
fabrication du BMND ne se fait pas sans difficulté. également une véritable activité génératrice de revenus
Des pannes du broyeur, qui peuvent durer plusieurs et créatrice d’emploi, notamment pour une certaine
jours, voire des semaines, surviennent fréquemment. catégorie de la population (les femmes et enfants
À la demande des utilisateurs, les unités de fabrication ramasseurs de tiges).
du broyeur ont donc envisagé la création de points de
vente de pièces de rechange au niveau des chefs-lieux
de communes où sont installés ces broyeurs. En outre, Hamidou Souley est responsable
le coût relativement élevé du broyeur (de 350 000 à de suivi et évaluation du projet.
500 000 FCFA l’unité) par rapport au revenu moyen hamsouleymane@[Link]
des producteurs et éleveurs rend son acquisition
difficile. Seuls les gros opérateurs y ont facilement
accès. Pour les autres, une mutualisation des efforts
est nécessaire. À ce titre, les unités de fabrication ont
imaginé l’évolution de la version thermique (qui a un
coût de fonctionnement élevé) vers une version solaire,
avec un coût d’entretien presque nul. Soulignons
également la difficile conservation sur le long terme
du BMND, qui peut être attaqué par les moisissures.
Le sous-projet commissionné du PPAAO sur le
BMND doit proposer des formules résistantes à
cette moisissure.
Cet article présente les résultats d’un des projets menés dans Pays : Niger
le cadre du processus « Capitalisation des expériences au Région : Afrique de l’Ouest
service du développement rural », mis en œuvre par le CTA, Date de publication : Mars 2019
la FAO et l’IICA avec le soutien financier du FIDA. Mots clés : résilience alimentaire,
[Link] bloc multi-nutritionnel densifié, BMNDB
50 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
3
FINANCEMENT DES
EXPLOITATIONS
AGRICOLES
51 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
UN FONDS DE ROULEMENT
POUR AMÉLIORER
L’APPROVISIONNEMENT DES
BANQUES DE CÉRÉALES AU
BURKINA FASO
Estelle Traore
52 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
Les systèmes de stockage alimentaire de proximité jouent un
rôle primordial dans la sécurité alimentaire des populations
des pays du Sahel. Les banques de céréales permettent aux
ménages ruraux d’accéder aux denrées de base pour couvrir
leurs besoins, surtout en périodes de soudure et de mauvaise
campagne agricole. Cependant, elles ont été confrontées
à de nombreuses difficultés qui ont limité leur efficacité et
entrainé la fermeture de certaines d’entre elles. C’est la raison
pour laquelle des méthodes de financement durable et
autonome ont été envisagées, à l’image du fonds de
roulement adopté notamment par la coopérative Viimbaore/
Naam dont l’expérience est relatée dans ce document.
L es banques de céréales permettent aux ménages
ruraux d’acheter ou de vendre des produits
alimentaires à un prix inférieur à celui pratiqué par
(crédits) de fonds pour la constitution et la
diversification de stocks alimentaires de proximité.
Un taux de 7 % est appliqué afin de couvrir une partie
Couverture L’existence et la
mise en place d’outils de
gestion simples, ainsi que
les commerçants pendant la période de soudure ou en des coûts de fonctionnement et de maintenir le capital. l’instauration d’une culture de
cas de mauvaise campagne agricole. Dans la région redevabilité, permettent une
bonne gestion du financement
Nord du Burkina Faso, où intervient la coopérative L’expérience de la coopérative d’un système de stockage de
Viimbaore/Naam, les banques de céréales ont
été développées par la Fédération nationale des Viimbaore/Naam proximité
groupements Naam à la suite des grandes sécheresses Fortement dépendant de conditions agroclimatiques
des années 1970-1980 pour lutter contre l’insécurité aléatoires, le bilan céréalier dans la zone d’intervention
alimentaire. Cependant, malgré le rôle capital qu’elles de la coopérative Viimbaore/Naam est dans une
jouent pour répondre aux enjeux de la sécurité situation permanente de déficit. De ce fait, la
alimentaire des populations, elles ont été confrontées couverture des besoins alimentaires des ménages reste
à d’importantes difficultés de financement, de gestion non satisfaite et dépend des marchés céréaliers des
et de gouvernance, ce qui a conduit à la fermeture de zones excédentaires. Cela favorise les fluctuations
nombreuses d’entre elles faute de stock suffisant. de prix et rend difficile l’accès des ménages les plus
Dans l’optique d’améliorer l’approvisionnement et vulnérables aux céréales. Ainsi, le fonds de roulement
d’éviter les ruptures de stock, SOS Faim, avec le mis en place par la coopérative a pour objectif de
soutien du Fond belge pour la sécurité alimentaire, a faciliter les activités d’approvisionnement et de
apporté son appui au réseau de banques de céréales commercialisation des produits alimentaires de base
pour une meilleure structuration et la mise en place des GSA dans une perspective de financement durable
d’un système de financement durable des stocks de et autonome à travers la responsabilisation des acteurs.
produits. Ainsi, les banques de céréales, qui prennent Il permet aux GSA de se procurer des stocks de
désormais l’appellation « Grenier de sécurité denrées qu’ils peuvent vendre aux populations tout au
alimentaire (GSA) », ont-elles été dotées d’un fonds long de l’année et accroît la visibilité de la coopérative
de roulement centralisé. Celui-ci permet d’octroyer et l’efficacité de ses interventions dans la lutte contre
chaque année aux GSA, initiés par des groupements l’insécurité alimentaire.
à la base et appartenant à tout le village, des avances
53 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
s’engage à mettre en place un dispositif de collecte/
Ci-contre L’accès au fonds
par les GSA permet une recouvrement du fonds et à affecter un animateur
meilleure disponibilité, pour le suivi des activités du GSA. Le GSA doit
diversité, accessibilité et en outre disposer d’une infrastructure et des
stabilité des produits équipements adéquats de stockage ou avoir la
alimentaires
capacité d’en louer. Il utilise exclusivement le fonds de
roulement pour approvisionner le stock et diversifier
les produits alimentaires, et dispose d’un organe
de gestion composé de quatre membres dont trois
femmes. Il sursoit à la vente à crédit et promeut plutôt
leur vente au détail, surtout aux ménages vulnérables.
L’octroi du fonds de roulement est soumis à
l’examen de la demande, défendue par les
responsables du GSA, par un comité d’octroi qui
statue et donne l’accord de financement. Cet accord
permet à la coopérative de procéder au transfert
du montant accordé sur le compte bancaire du
GSA dans les 72 heures.
Un dispositif de suivi à différents niveaux permet le
contrôle de l’utilisation effective du fonds pour les
approvisionnements des GSA en produits vivriers.
Enfin, pour la gestion transparente et pérenne
du fonds, plusieurs acteurs sont impliqués dans le
processus. Il s’agit :
Avant la mise en place du fonds de roulement, le
système de financement consistait à des subventions • des unions Naam porteuses de la demande de fonds
ponctuelles ou à des dotations en stocks gérées de façon de roulement pour les GSA de leur ressort territorial ;
à reconstituer de nouveaux stocks. Certaines dotations • des groupements abritant les greniers de sécurité
étaient renforcées par les productions issues des alimentaire ;
champs collectifs. Ce système comportait des limites
• des comités de gestion (Coges) chargés de la gestion
dont les nombreuses ruptures de stocks enregistrées
quotidienne du grenier ;
par les banques, la mauvaise gestion (stock vendu à
crédit, détournements, inadéquation aux besoins de • du comité d’octroi, qui statue sur les demandes de
la population, etc.) et l’offre limitée des produits. fonds de roulement ;
Au regard de ces difficultés, et de l’offre limitée • du comité de recouvrement, qui appuie les Coges
sur les marchés, les banques de céréales n’arrivaient dans le recouvrement des fonds par les GSA ;
pas toujours à assurer la sécurité alimentaire des
populations ou à faire face aux chocs et crises • du Conseil d’administration de la coopérative ;
alimentaires récurrents dans la zone. Le fonds de • de l’équipe d’appui technique de la coopérative ;
roulement permet ainsi aux GSA de contribuer à
réguler les marchés vivriers et de renforcer le pouvoir • des institutions de microfinance que sont les Baoré
de négociation des producteurs et consommateurs tradition d’épargne et de crédit (BTEC) et le Réseau
ruraux face aux commerçants. des caisses populaires du Burkina (RCP) abritant les
comptes des greniers de sécurité alimentaire ;
Pour ce faire, il est octroyé chaque année suivant les
conditions et critères suivants. Le GSA ne doit pas être • D’ECOBANK, qui abrite le compte fonds de
redevable de crédits souscrits pour les campagnes roulement central.
antérieures. Il doit procéder au remboursement du
crédit en fin de campagne (après 11,5 mois) en une Renforcer la sécurité alimentaire
seule fois ou en trois échéances réparties sur l’année. d’une population plus large
Cela permet d’éviter l’érosion du fonds. Il doit
obligatoirement soumettre sa demande de fonds à L’adoption du fonds de roulement central a
l’aval de l’union à laquelle le groupement bénéficiaire permis l’atteinte de résultats satisfaisants à divers
est membre, et signer un contrat d’endettement niveaux de réalisation de la coopérative. Elle a
tripartite avec la coopérative impliquant les présidents également permis de renforcer significativement
de l’union et les membres du groupement. L’union les capacités financières des GSA.
54 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
Sur le plan de la sécurité alimentaire, l’accès au fonds gestionnaires des fonds de roulement reçus) et de la
par les GSA permet une meilleure disponibilité participation de la population locale à toutes les étapes
(quantité), diversité, accessibilité (proximité, prix) et (choix des produits, prix de vente, suivi du stock, etc.)
stabilité (régularité) des produits alimentaires. De 2009 d’autre part. La solidarité, l’entente, l’entraide, la
à 2016, plus de 30 000 t de produits alimentaires ont cohésion sociale et la non-discrimination entre les
été mis à la disposition des ménages ruraux à prix acteurs font que tous bénéficient du fonds de roulement
réduit. Avant cette intervention, la valeur des stocks centralisé et travaillent au remboursement intégral
était très insignifiante. 26 % seulement des banques de des crédits. La capacité d’assurer les charges de
céréales disposaient d’un capital physique et financier fonctionnement à hauteur de 50 % par les fonds
qui leur permettait de mener à bien leur mission de propres mobilisés indique que les acteurs partagent
sécurité alimentaire. 21 % d’entre elles étaient dans un esprit de durabilité du système.
une situation de grande fragilité et n’étaient pas en
En outre, la démarche est transparente, avec
mesure de remplir pleinement ce rôle. 53 % des
l’instauration d’un contrat dont les clauses sont
banques étaient dans une situation économique
lues publiquement et connues par le maximum de
très dégradée, sans stock disponible.
personnes de la communauté bénéficiaire et la
Le fonds a permis de relancer les activités au niveau de tenue publique des assemblées générales de bilan
plusieurs GSA (225/430) et, en contribuant à réduire de campagne.
les distances à parcourir pour l’approvisionnement des
L’adéquation du dispositif à la situation et aux besoins
populations, donné accès aux services de ces GSA aux
du public cible a aussi contribué à sa réussite. On peut
ménages vulnérables et villages les plus isolés.
citer la mise en place d’outils de gestion simples et
La bonne gestion des GSA a permis la mobilisation adaptés aux acteurs et aux activités, l’existence d’un
de fonds propres réinvestis dans les actions de cycle de financement élaboré en fonction du cycle de
développement au niveau local ou dans le production agricole, et l’octroi progressif du fonds de
renforcement des stocks. Cela contribue à une roulement aux GSA selon leurs capacités et le respect
autonomisation financière des GSA. Par exemple, au des engagements antérieurs.
cours de la campagne 2015-2016, 57 213 275 FCFA
Soulignons enfin l’importance de la contribution des
de fonds propres ont été mobilisés par les GSA.
animateurs des unions, qui jouent le rôle d’interface
Toutefois, pour un fonctionnement optimal du fonds, entre les unions, les groupements, les GSA et l’équipe
la coopérative doit révéler plusieurs défis dont technique de la coopérative ; des communes, qui
l’accroissement du taux de consommation du fonds par participent au suivi des financements et aident à la
les GSA, la définition d’une stratégie de motivation des légalisation des documents contractuels ; de la
membres des comités de gestion (qui s’investissent gendarmerie et de la police, qui interviennent en
dans les activités des GSA sans aucune contrepartie) cas de retard de remboursement et aident au
et la conciliation des missions sociales et des objectifs recouvrement des créances impayées.
économiques des GSA et de la coopérative. En d’autres
À la lumière des résultats obtenus dans le cadre de
termes, les GSA doivent poursuivre leurs missions
l’expérience de la coopérative Viimbaore/Naam, on
d’appui des populations pour l’accès aux produits
peut ainsi conclure que l’existence et la mise en place
alimentaires à prix réduit tout en parvenant à produire
d’outils de gestion simples et adaptés, ainsi que
de petites marges bénéficiaires afin d’assurer leur
l’instauration d’une culture de redevabilité, permettent
autonomie financière.
une bonne gestion du financement d’un système de
stockage de proximité susceptible de contribuer
Une démarche participative, efficacement à l’atteinte de la sécurité alimentaire.
transparente et adaptée
Estelle Traore est responsable
Les GSA bénéficient de la forte implication des
opérationnelle chargée de
femmes dans leur gestion d’une part (les comités de
l’accompagnement de la coopérative
gestion sont quasiment exclusivement composés
Viimbaore/Naam.
de femmes, qui se sont avérées être de bonnes
estelle_traore@[Link]
Cet article présente les résultats d’un des projets menés dans Pays : Burkina Faso
le cadre du processus « Capitalisation des expériences au Région : Afrique de l’Ouest
service du développement rural », mis en œuvre par le CTA, Date de publication : Mars 2019
la FAO et l’IICA avec le soutien financier du FIDA. Mots clés : finance agricole, sécurité alimentaire, stockage de
[Link] proximité, banques de céréales, grenier de sécurité alimentaire
55 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
LE FONDS DE GARANTIE,
UNE APPROCHE SOLIDAIRE
POUR L’AUTONOMISATION
FINANCIÈRE DE LA FEMME
RURALE BURKINABÈ
Haoua Kone-Barry
56 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
Un fonds de garantie, créé par la Fédération des
professionnels agricoles du Burkina (FEPA-B) au sein d’une
institution de microfinance, permet désormais aux femmes
rurales d’accéder à des crédits adaptés à leurs activités à
des conditions négociées. À travers cet accompagnement,
la FEPA-B contribue à l’autonomisation financière de la femme
burkinabè et à l’amélioration de ses conditions de vie.
Cette approche, mise en place à partir de 2010 par l’Union
provinciale des professionnels agricoles du Houet (UPPAH)
dans le cadre du « Programme femme », a permis à
779 femmes de bénéficier de crédits pour un montant total
de 79,4 millions FCFA au cours de l’année 2016–2017.
L es femmes représentent 51,7 % de la population du
Burkina Faso. 78 % d’entre elles, soit 5 655 451 de
femmes, vivent en milieu rural. Elles réalisent plus de
épouses deviennent économiquement indépendantes ;
ils craignent notamment que celles-ci « se rebellent »
et de ne plus être en mesure de les contrôler, ou qu’elles
Couverture Un fonds de
garantie permet aux femmes
rurales d’accéder aux crédits
60 % des activités de production et sont présentes acquièrent une liberté qui risquerait de les empêcher à des conditions négociées
dans tous les secteurs d’activités, participant ainsi à d’assumer pleinement leur rôle de mère. De fait, la
l’économie nationale. Il est reconnu que l’accès des femme demeure sous le joug de la coutume et de la
femmes aux financements favorise l’accroissement de tradition, et le crédit n’est pas bien perçu au sein de
leur pouvoir d’achat et leur contribution au soutien de la famille quand il est contracté à son initiative.
la famille, à l’éducation et à la santé de leurs enfants.
C’est pour cette raison que la FEPA-B, composée
Plus généralement, donner un pouvoir financier à la à 52 % de femmes, met œuvre depuis 2001 un
femme augmente le pouvoir financier de la nation programme spécifique qui prend en compte les besoins
dans son ensemble. de ce groupe. Ce programme comporte quatre volets :
Pourtant, le financement des activités économiques des i) l’autonomie financière de la femme rurale ; ii) sa
femmes rurales (petit commerce, embouche, stockage participation à la prise de décisions ; iii) l’allègement
et commercialisation de produits agricoles, culture des tâches des femmes rurales ; iv) l’accès aux facteurs
maraîchère, transformation des produits locaux, etc.) de production.
constitue aujourd’hui encore un défi majeur. En effet,
du fait de leur vulnérabilité et de la faiblesse de Faciliter l’accès au crédit à travers
leurs revenus, ces femmes ont un faible accès au
financement car elles ne remplissent pas les conditions
la mise en place d’un fonds de
pour obtenir un crédit auprès des institutions de garantie
microfinance. Très peu disposent de garanties
La première composante du programme de la
traditionnelles, telles que des titres fonciers ou des
FEPA-B, l’autonomie financière de la femme rurale,
permis urbains d’habiter. Cette absence de garanties
vise à faciliter l’accès des femmes aux crédits à travers
les prive de crédits, pourtant indispensables pour
la mise en place d’un fonds de garantie auprès d’une
lancer et mener à bien leurs activités.
institution de microfinance. Dans cette optique, la
Elles subissent par ailleurs les pesanteurs FEPA-B, avec l’appui de ses partenaires, a établi une
socioculturelles. Les hommes n’acceptent pas que leurs alliance avec la Fédération des caisses populaires du
57 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
ayant fait l’objet d’une étude diagnostique avec toutes
les informations nécessaires (date de création, nombre
de membres, activités principales, capacité de gestion,
etc.). Dans un premier temps, des actions de
sensibilisation, d’information et de formation sont
entreprises auprès de ces groupements pour renforcer
leurs capacités et connaissances en matière de gestion
de crédit. Après cette étape préparatoire, les femmes
formulent, avec l’appui des animatrices endogènes et
des responsables des unions, leur demande de crédit
adressée aux responsables des caisses de crédit de leur
localité. Les demandes précisent l’activité envisagée,
le montant sollicité et l’échéancier de remboursement.
Elles sont analysées par la caisse qui s’assure de la
faisabilité du projet avant de mettre en place le crédit.
Les femmes qui obtiennent ainsi du crédit bénéficient
également de formation sur la gestion du crédit.
Burkina (FCPB). Ainsi, un protocole d’accord a été
Ci-dessus Les femmes négocié et signé en 2001 pour une période de trois ans
Vers une autonomisation financière
sont déterminées à employer
renouvelable. À travers ce protocole d’accord, un fonds des femmes rurales
le crédit dans l’intérêt de
de garantie permet aux femmes rurales membres des
la famille Au cours de l’année 2017, cette expérience a permis
groupements villageois féminins de la FEPA-B
à 779 femmes issues de 32 groupements féminins
d’accéder aux crédits à des conditions négociées.
de bénéficier de crédits pour un montant total de
Le fonds de garantie couvre les femmes bénéficiaires 79 400 000 FCFA. En termes d’épargne, elles ont
pour une durée de trois ans durant laquelle elles pu mobiliser la somme de 18,697 millions FCFA
peuvent constituer leurs fonds propres. En cas et constituer un fonds de groupe de 2,273 millions
d’impayés, la caisse ayant accordé le crédit peut puiser FCFA. Les 779 bénéficiaires ont par ailleurs vu leurs
dans le fonds de garantie à hauteur de 50 % du solde compétences et connaissances dans le domaine
restant dû. Cette approche innovante, adaptée aux de la gestion des activités économiques et du
conditions socio-économiques des femmes rurales, crédit renforcées.
poursuit un triple objectif : pallier le manque de
Les principales intéressées affirment que la création
garanties nécessaires pour accéder au crédit, faciliter
du fonds de garantie les a soulagées. Elles accèdent
l’accès des femmes rurales au crédit grâce à un
(surtout les plus pauvres) à des petits crédits plus
allègement des modalités et des conditions ainsi qu’un
facilement. Les affectations des bénéfices acquis sont
raccourcissement des délais de traitement des dossiers,
multiples. Les femmes déclarent en utiliser une partie
et leur permettre de constituer progressivement un
pour les besoins de la famille (alimentation, santé,
fonds propre afin de poursuivre leurs activités sans
éducation et habillement des enfants, etc.), leurs
crédit, ou peu, après les trois ans de couverture du
besoins propres (achats de pagnes, bijoux, chaussures,
fonds de garantie
argent de poche, etc.), ou la solidarité sociale
La FEPA-B fournit d’abord à l’institution de (participation aux mariages, décès, baptêmes, ou
microfinance une liste des différents groupements contribution aux besoins de prêt de parents et amis).
76 % des femmes parviennent à
réinvestir une partie des bénéfices
dans leur activité et dans l’épargne.
58 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
76 % des femmes parviennent à réinvestir une partie Pour assurer la durabilité de l’expérience, des séances
des bénéfices dans leur activité et dans l’épargne. Elles de concertations des différents acteurs impliqués dans
se montrent déterminées à employer le crédit dans le processus devront être organisées régulièrement.
l’intérêt de la famille et à le rembourser dans le Des actions de sensibilisation, d’information sur le
but de pouvoir en obtenir un autre. Jusqu’à présent, processus d’octroi du crédit et de formation (à la
aucun retard n’a d’ailleurs été constaté dans le gestion du crédit et de l’épargne, à la gestion des
remboursement des prêts contractés. Cela prouve activités économiques) des bénéficiaires seront toujours
d’une part le sérieux des femmes dans l’exercice de nécessaires pour une plus grande réussite de la
leurs activités, et d’autre part l’adéquation du facilitation d’accès au crédit. Le suivi permanent des
programme à des besoins réels. femmes bénéficiaires par les animatrices endogènes,
ainsi que la mise en place d’outils simples et efficaces,
De manière générale, la facilitation de l’accès au crédit
contribuent à une meilleure gestion de leurs activités.
à travers le fonds de garantie a eu des impacts visibles
sur la situation et les conditions de vie des femmes En définitive, nous avons vu que la facilitation
rurales qui se sont améliorées grâce aux revenus issus de l’accès des femmes rurales au crédit permet
des diverses activités économiques entreprises suite à un épanouissement socio-économique de ces
l’octroi de financements. Ces femmes ont gagné en dernières. Au delà, cela conduit également à
confiance et sont devenues plus indépendantes. l’émergence de femmes leader au sein des groupes,
des femmes qui gagnent en confiance, sont plus
Facteurs de réussite et de durabilité sûres d’elles et participent activement au
développement de leur localité.
de l’expérience
Le développement d’alliances et de synergies avec le
Haoua Kone-Barry est chargée
Réseau des caisses populaires du Burkina (RCPB)
de programme, responsable de
dans une optique d’intérêts et d’avantages mutuels
l’accompagnement et du suivi
est un des facteurs de succès les plus importants pour
des initiatives économiques des
l’accès des femmes rurales au crédit. La forte implication
organisations de femmes pour le
de l’Union départementale appuyée par l’Union
compte de la FEPA-B.
provinciale du Houet dans le choix, l’encadrement
konehaoua3@[Link]
et le suivi des bénéficiaires est également crucial.
L’engagement des autorités locales (chef de village,
délégué du village) ainsi que des acteurs de la FCPB et
de ses démembrements dans les différentes zones (unions
provinciales et départementales) contribuent fortement
au bon recouvrement des crédits. Soulignons également
l’importance des animatrices endogènes, chargées de
l’accompagnement des femmes dans leurs activités
économiques et du suivi du crédit, et du comité de suivi
des crédits à l’UPPAH.
Cet article présente les résultats d’un des projets menés dans Pays : Burkina Faso
le cadre du processus « Capitalisation des expériences au Région : Afrique de l’Ouest
service du développement rural », mis en œuvre par le CTA, Date de publication : Mars 2019
la FAO et l’IICA avec le soutien financier du FIDA. Mots clés : microfinance, finance agricole, inclusion
[Link] financière, autonomisation des femmes
59 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
LE DÉVELOPPEMENT DES
CAISSES DE MICROFINANCE ET
DU CRÉDIT AVEC ÉDUCATION
AU PROFIT DES FEMMES
VULNÉRABLES À MADAGASCAR
Alain Razafindratsima
60 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
Depuis 2010, à Madagascar, le projet d’Appui au
développement du Menabe et du Melaky (AD2M) soutient
le développement d’un réseau de microfinance dans le but
de faciliter l’accès aux services financiers des populations
vulnérables. Dans une démarche de finance inclusive, le
projet a mis en place un crédit innovant, le Crédit avec
éducation (CAE), adapté aux besoins spécifiques des
femmes. Le crédit, testé dans deux caisses à partir de
2012, est vite devenu le crédit le plus sûr avec un taux
de remboursement de 100 % à l’échéance témoignant
ainsi de la viabilité d’une telle initiative.
A u sud-ouest de Madagascar, dans les régions
Menabe et Melaky où intervient le projet d’Appui
au développement du Menabe et du Melaky (AD2M),
Pour pallier cela, le projet AD2M appuie le
développement d’un réseau de microfinance depuis
2010 sur l’ensemble de sa zone d’intervention avec
Couverture Une des 10
caisses mises en place par
le Projet AD2M
l’accès au financement formel est très faible. Cette vaste la création d’un produit spécifique : le Crédit avec
zone de 20 000 km², qui comprend deux régions, sept éducation (CAE), destiné spécifiquement aux
districts et 19 communes rurales, ne compte qu’une femmes vulnérables.
seule caisse de microfinance. En outre, les conditions
d’octroi des crédits, qui nécessitent des garanties, Le développement d’un réseau de
excluent la frange la plus vulnérable de la population
d’un éventuel financement par cette unique caisse. caisses de microfinance et du Crédit
Avec Éducation
Or, le besoin en services financiers est réel. Les
exploitations agricoles, de type familial, affichent une La mise en place de caisses de microfinance en
superficie moyenne de 1 ha pour un ménage de six général, et le développement de crédits avec éducation
personnes et une faible productivité. Elles disposent en particulier a pour finalité d’améliorer l’accès des
d’une faible capacité d’épargne et ont un taux populations au financement de proximité. Pour
d’endettement souvent très élevé. Les petits atteindre cet objectif, le projet AD2M a d’abord
producteurs les plus vulnérables sont aussi ceux qui cherché à densifier les caisses de microfinance en
commercialisent les volumes les plus réduits et qui ont, s’appuyant sur un partenariat avec la seule institution
avant la récolte, des besoins de trésorerie relativement de microfinance présente dans la zone : le réseau
élevés. De ce fait, ils n’ont d’autre choix que de recourir CECAM (Caisse d’épargne et de crédits agricoles
aux services des usuriers, qui pratiquent des taux mutuels). Compte tenu des conditions défavorables
d’intérêt dépassant 100 %, ou de vendre une partie, à la mise en place de microfinance dans les régions
voire la totalité, de leur production « sur pied » avant la Menabe et Melaky (enclavement, faible densité de
récolte à des prêteurs informels à des prix deux à trois population, fort taux d’analphabétisme, pauvreté et
fois plus bas que le prix payé après la récolte. Ce type insécurité rurale), tous les spécialistes prédisaient
de transactions maintient les producteurs dans une l’échec de toute tentative allant dans ce sens.
forte précarité et entraîne une spirale sans fin
Des appuis à l’installation des caisses ont été fournis à
d’endettement et de paupérisation.
l’institution de microfinance avec la construction de
61 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
bâtiments, l’équipement en matériels roulants (moto),
À droite Grâce au CAE,
Victorine a pu ouvrir une informatiques et mobiliers de bureau, et la formation
épicerie et améliorer ses du personnel, notamment les animatrices. Le projet
revenus a aussi subventionné les pertes d’exploitation de la
microfinance durant quatre ans, sachant qu’elle ne
pourrait être rentable qu’au bout d’un certain temps
d’exploitation. Ceci s’est fait de façon dégressive :
100 % des pertes en année 1, 75 % en année 2, 50 %
en année 3 et 25 % en année 4. Le projet a aussi doté
les caisses d’un fonds de 150 millions MGA pour
l’octroi des premiers crédits aux bénéficiaires.
Toutefois, les personnes vulnérables, notamment les
mères célibataires, très nombreuses dans la zone,
restaient exclues d’un tel dispositif car la microfinance Des formations sont dispensées aux bénéficiaires du
exige des garanties matérielles pour obtenir un crédit. CAE, afin de leur permettre de bien gérer le crédit
Or la plupart de ces personnes ne possèdent pas octroyé (gestion de la trésorerie, compte d’exploitation),
d’actifs, une situation aggravée par l’insécurité rurale mais également soutenir leur épanouissement
(vol de bovidés) qui sévit depuis ces dernières années (sensibilisation à l’hygiène alimentaire, planning
puisque le bétail constitue la principale garantie des familial, prévention du VIH, etc.).
ménages. Le CAE a donc été conçu et développé par Le mobile banking est utilisé par les caisses où il y a une
la microfinance en 2012, sous l’impulsion du projet couverture téléphonique afin de faciliter et surtout
AD2M, afin de permettre à cette frange de la sécuriser les transactions. Cette technologie innovante,
population d’accéder au financement. qui permet de consulter le solde, payer les échéances de
crédit et retirer de l’argent via son téléphone portable,
Un crédit de proximité innovant, n’est encore qu’au stade pilote dans certaines caisses
taillé pour les populations mais les résultats obtenus sont encourageants.
vulnérables Jeune mère célibataire, Victorine vit dans la commune
d’Ankilizato, dans la région du Menabe. Venant des
Contrairement aux services traditionnels, ce crédit Hautes Terres de Madagascar, elle fait du salariat
n’exige pas de garantie matérielle. Les bénéficiaires, agricole pour subvenir à ses besoins. Ne possédant
uniquement des femmes regroupées au sein presque rien, elle a réussi à créer son épicerie grâce
d’associations de crédits solidaires (ACS), se au CAE. En effet, profitant d’un grand projet de
cautionnent mutuellement pour rembourser les réhabilitation d’un barrage lancé dans son village –
crédits qui restent toutefois individuels. La formation et du nombre important de main-d’oeuvre –, elle a
du groupe et le choix des membres sont libres, sans commencé à vendre du café, du thé et des beignets
aucune intervention extérieure. Des animatrices sur le chantier. N’ayant pas de fonds de démarrage,
dédiées au suivi des ACS sont recrutées et formées elle a adhèré à l’association de caution solidaire
par l’institution de microfinance. MANDROSO, dont elle est devenue présidente
Les crédits, qui concernent principalement des par la suite, pour obtenir un crédit. Le premier cycle
activités génératrices de revenus à rotation rapide, de crédit de 40 000 MGA a été juste suffisant pour
sont octroyés pour une durée de trois mois avec un acheter deux thermos, de la farine et du sucre,
taux d’intérêt de 24 %. Après remboursement du nécessaires pour faire tourner sa petite gargote.
premier crédit, que l’on appelle « cycle de crédit », Comme le chantier va durer deux ans, elle parvient à
le groupe a droit à un deuxième cycle de trois mois, faire vivre son commerce tout en diversifiant son offre
et ce jusqu’à neuf cycles de crédit. Le montant octroyé, avec la vente de soupes et de repas complets. Son
qui est très modeste au départ, augmente avec le cycle, affaire marche !
passant de 40 000 MGA par personne en premier
cycle à 1,5 million MGA par personne en neuvième
cycle de crédit. Le remboursement se fait mensuellement,
mais étant donné le caractère de retour de fonds
rapide des activités, des provisions hebdomadaires
sont constituées au niveau du groupe afin que le
recouvrement ne pèse pas trop sur la trésorerie en fin
de mois. Après le neuvième cycle de crédit, les
bénéficiaires intègrent la microfinance classique.
62 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
Une étude d’évaluation d’impact menée
en 2015 montre que le revenu moyen
annuel des ménages emprunteurs de
crédits CECAM est 1,6 fois supérieur
à ceux des non bénéficiaires.
Le CAE, un taux de À ses débuts, en 2012, le réseau CECAM fut contraint
recouvrement de 100 % de tester le CAE au niveau de deux caisses. Il l’a
ensuite étendu à l’ensemble des caisses de la zone
Suite à la mise en place de caisses de microfinance, une du projet, mais également à des caisses hors zone
amélioration notable de l’accès des populations rurales d’intervention. Car le crédit avec éducation est
des régions Menabe et Melaky aux services financiers vite devenu le crédit le plus sûr avec un taux de
de proximité a été observée entre 2010 et 2017. Durant recouvrement de 100 % à l’échéance ! Si pour
cette période, 3 500 personnes ont pu intégrer le l’ensemble des crédits, l’octroi annuel a doublé, pour
système de microfinance. Si la zone d’action du projet le CAE, il a plus que décuplé entre 2012 et 2017,
ne comptait qu’une seule caisse au démarrage, 10 passant de 21,6 millions MGA à 251,7 millions MGA,
communes sur les 19 sont actuellement couvertes pour 125 groupes bénéficiaires, représentant
après l’extension dans le Melaky en 2013. Le nombre près de 2 000 personnes. L’efficacité de l’approche
d’adhérents de ces caisses a presque triplé, passant de est reconnue par les autres partenaires, et son
1 330 en 2010 à 3 500 en 2017, dont 1 500 femmes. développement se poursuit, pour l’ensemble des caisses
Le taux de participation aux activités de microfinance dans le Menabe, celles hors zones d’intervention du
a aussi augmenté, passant de 20 % à 71 %. projet comprises, dans le cadre d’une convention
Une culture de crédit s’est ainsi installée petit à petit. signée avec le Programme des Nations unies pour
Le montant de crédit octroyé annuellement dans la le développement (PNUD) en 2014.
zone a plus que doublé, passant de 610 millions Au niveau des bénéficiaires, ces résultats se font sentir
MGA en 2010 à 1,4 milliard MGA en 2017, avec sur leur niveau de vie et leur bien-être. Une étude
un octroi cumulé de 8 milliards MGA pour près de d’évaluation d’impact menée en 2015 montre que le
5 000 dossiers de crédit durant cette période. Le revenu moyen annuel des ménages emprunteurs de
montant moyen octroyé par dossier de crédit est de crédits CECAM est 1,6 fois supérieur à ceux des non
1,6 million MGA, soit 13 % supérieur à l’ensemble bénéficiaires. Le cas de Victorine illustre bien ce point,
de CECAM des régions. car sa vie a complètement changé. « Avec le salariat
Une étude menée en 2015 a également fait ressortir que agricole, je ne gagne que 2 000 MGA par jour, de façon
le recours à la finance informelle, en particulier l’usure, irrégulière. Avec la vente de beignets, thé et café, mes chiffres
a notablement diminué, passant de 10 % à 2 %. d’affaires tournent autour de 5 000 MGA par jour. Avec la
63 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
diversification aux soupes et repas, ceux-ci passent à 30 000 MGA Conclusion
par jour, » se félicite-t-elle. Et le remboursement du
crédit ne lui pose aucun problème. Elle fait d’ailleurs La mise en place des caisses de microfinance et du
très attention à cela car les mauvais payeurs sont crédit CAE constitue une véritable innovation. Cette
bannis du groupe et elle se doit de donner l’exemple en expérience montre clairement que l’on peut mettre en
tant que présidente. Avec l’augmentation du montant œuvre une finance rurale « inclusive » pour offrir des
de crédits consentis au fur et à mesure de l’évolution du services financiers de proximité spécifiques aux
cycle, auquel s’ajoutent les bénéfices de son commerce ménages les plus vulnérables, même dans des zones
au chantier, elle a pu ouvrir une épicerie au village. difficiles, leur permettant de sortir de la pauvreté et
Vitorine ne compte pas s’arrêter là : « Actuellement en d’améliorer leurs conditions de vie.
sixième cycle, je peux louer des rizières et je compte, à la fin du
La réussite du projet doit beaucoup aux appuis
neuvième cycle, acquérir une parcelle rizicole ou des bovins. »
conséquents octroyés à l’institution de microfinance,
aussi bien les investissements « structurants », que les
Le problème prégnant de activités de développement agricole menées par le
projet (qui ont créé une dynamique économique plus
l’insécurité rurale
favorable à la microfinance) ou l’encadrement de
Malgré ces résultats positifs, le développement des proximité des bénéficiaires par l’intermédiaire des
caisses de microfinance et des CAE demeure confronté animatrices.
à des contraintes et obstacles. Tout d’abord, le Crédit Toutefois, dans le cadre d’un futur partenariat de
avec éducation, qui concerne essentiellement le petit mise en place d’une telle initiative, il est nécessaire
commerce, se prête mal aux activités agricoles. De ce d’impliquer davantage les institutions de microfinance
fait, il se développe rapidement au niveau des caisses pour qu’elles se positionnent davantage comme
urbaines ou périurbaines mais difficilement au « porteurs de projets ». Les fonds de crédits, qui
niveau des caisses rurales. Par ailleurs, le taux élevé constituent en quelque sorte le fonds de roulement des
d’analphabétisme rend difficiles les formations et institutions de microfinance, pourraient par exemple
l’encadrement prodigués dans le cadre du projet. Le être supportés en totalité par ces dernières.
manque d’actes de naissance et de cartes d’identité
nationales chez certains bénéficiaires, pourtant exigés
pour l’adhésion, s’ajoute aux difficultés. Surtout, une Alain Razafindratsima est
insécurité rurale grandissante perturbe les activités responsable de Suivi-évaluation
économiques des bénéficiaires et menace les caisses de du projet AD2M.
microfinance qui gèrent des liquidités, même limitées. rse@[Link]
Si le projet AD2M a su résoudre certains de ces
problèmes, en menant des activités d’alphabétisation
fonctionnelle ou en appuyant la délivrance de cartes
d’identité, les questions sécuritaires ne sont pas de son
ressort. Seules les autorités compétentes peuvent agir
efficacement sur ce fléau national.
Cet article présente les résultats d’un des projets menés dans Pays : Madagascar
le cadre du processus « Capitalisation des expériences au Région : Afrique de l’Est
service du développement rural », mis en œuvre par le CTA, Date de publication : Mars 2019
la FAO et l’IICA avec le soutien financier du FIDA. Mots clés : finance agricole, microfinance, crédit avec
[Link] éducation, inclusion financière, autonomisation des femmes
64 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
L’AUTOFINANCEMENT POUR
UNE INSTALLATION PLUS
RAPIDE DES JEUNES RURAUX
À MADAGASCAR
Herizo Andriamifidy
65 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
En juillet 2017, Dimby, un jeune père de famille de 29 ans,
a suivi une formation technique en porciculture auprès du
Centre de formation professionnelle de Bevalala. Au lieu
d’attendre l’arrivée du kit d’installation fourni dans le cadre
du programme FORMAPROD, il a décidé d’acheter les
quatre porcelets nécessaires au lancement de sa ferme
d’élevage avec ses propres fonds, ce qui lui a permis de
démarrer son activité seulement un mois après sa formation.
Cette expérience réussie d’installation par autofinancement
nous permet de tirer plusieurs enseignements utiles pour
l’atteinte des objectifs du programme FORMAPROD.
Couverture Le jeune Dimby
en train de s’occuper de ses S elon les chiffres avancés par le programme
FORMAPROD, 300 000 jeunes arrivent sur
le marché de l’emploi chaque année à Madagascar,
cette dernière étape qui nous intéresse ici. À l’issue
de sa formation, le jeune a deux options : soit il attend
l’arrivée d’un kit de démarrage pour commencer
porcs
qui ne parvient pas à satisfaire cette importante son projet professionnel, soit il démarre tout de suite
demande. La plupart des jeunes au chômage son activité avec ses propres moyens. C’est ce que
rejoignent alors la campagne, non pas parce qu’ils l’on appelle « l’installation par autofinancement »,
veulent s’y installer mais parce qu’ils n’ont pas d’autre et c’est la voie que le jeune Dimby a choisi de suivre.
choix. Sans qualifications, ils deviennent exploitants
sans pouvoir espérer obtenir davantage que de L’épineux problème du
médiocres rendements. Cela explique le fait qu’avec kit d’installation
plus de 80 % d’agriculteurs, la Grande Île n’arrive pas
à nourrir sa population et soit contrainte d’importer Former les jeunes, les doter des matériels et intrants
des denrées alimentaires de toutes sortes. nécessaires au lancement de leur activité, et les
accompagner dans l’exécution de leur projet
Face à cette situation alarmante, le gouvernement
professionnel font partie du processus d’insertion
de Madagascar a initié des programmes de
professionnelle. Il s’agit de leur offrir un métier
développement œuvrant à la formation et l’installation
pouvant leur procurer des revenus stables tout en
des jeunes ruraux. Avec une zone d’intervention
contribuant à l’augmentation de la productivité
couvrant treize régions et 86 millions $ de financement,
agricole à Madagascar. Les formations sont confiées
FORMAPROD est l’un des plus importants du pays.
aux centres et établissements de formation ou aux
Placé sous tutelle du ministère de l’Agriculture et
consultants formateurs, sinon aux professionnels
de l’élevage, ce programme a démarré en 2013 pour
du métier (tuteurs). Quant à la dotation des kits
une durée de 10 ans et vise notamment à former
d’installation, c’est une structure dénommée Fonds
aux métiers agricoles, accompagner et installer
de développement agricole (FDA) qui s’en charge.
100 000 jeunes qualifiés. Le processus d’insertion
professionnelle de ces jeunes se résume en ces L’installation des jeunes après leur formation
étapes : le recrutement, l’orientation, les formations représente un enjeu à l’aune duquel est mesurée la
proprement dites et l’accompagnement à l’installation réussite du processus d’insertion professionnelle. En
(ou la mise en œuvre des projets professionnels). C’est effet, pour évaluer les résultats du programme, il
66 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
Grâce à l’autofinancement, l’installation
de Dimby dans le monde professionnel
et le secteur agricole a été très rapide et
relativement facile.
convient de prendre en compte non pas le nombre Dimby fait du salariat agricole tout en étant exploitant,
de jeunes formés, mais le nombre de jeunes installés. tandis que sa femme est vendeuse de pain et de fruits
au marché local. Il a suivi une formation de douze
Normalement, après la formation, chaque jeune
jours en porciculture auprès d’un Centre de formation
élabore un projet professionnel et reçoit un kit
à Bevalala, en juillet 2017. Sans attendre l’arrivée
d’installation (ou de démarrage) en fonction de
du kit (porcelets et alimentation des porcins), il a
l’activité qu’il a choisie. Cependant, des facteurs
immédiatement lancé sa ferme d’élevage sur les
indépendants du programme peuvent retarder
conseils du Conseiller en insertion professionnelle (CIP)
l’arrivée de ces kits, certains jeunes attendant une qui l’a recruté et orienté. Il a acheté quatre porcelets
année entière avant de les recevoir. Cette situation avec l’argent que lui et sa femme avaient mis de côté et
est un facteur de démotivation pour les bénéficiaires les a engraissé en suivant les techniques acquises lors
du programme au point que certains décident de la formation. Il fabrique lui-même alimentation de
d’abandonner leur projet professionnel (on estime ses animaux à partir de produits agricoles.
qu’environ 5 % des jeunes se désistent et changent
d’orientation à cause de ces retards). Or, un jeune qui se Nombreux sont les résultats positifs de l’expérience
désiste, c’est un investissement perdu. Pire encore, les menée par Dimby dans le cadre du programme
déçus sont susceptibles de diffuser des informations FORMAPROD, mais nous nous limiteront aux plus
discréditant le programme, véhiculant l’idée que celui-ci significatifs. Premièrement, grâce à l’autofinancement,
ne tient pas ses promesses et engagements, ce qui l’installation de Dimby dans le monde professionnel et
rendrait les futures activités de sensibilisation difficiles. le secteur agricole a été très rapide et relativement
facile. Il a démarré son activité seulement un mois
Faute de solution, l’équipe du Programme s’est après la fin de la formation alors que les autres, dans
contentée de recommander au FDA d’alléger autant l’expectative du kit, ont attendu de six mois à un an.
que faire se peut les procédures d’octroi et d’activer les Il n’a perdu ni de temps ni les connaissances acquises
dotations. Mais cela s’avère compliqué à cause de car il a immédiatement mis en pratique tout ce qu’il
l’étendue de la zone d’intervention concernée. avait appris lors de sa formation.
À l’heure où j’écris ces lignes, Dimby possède une
Le cas de Dimby : un métier petite ferme d’élevage porcin qui tourne bien et dont il
intéressant et rémunérateur s’occupe avec attention. Ses animaux sont en bonne
un mois après sa formation santé et bien nourris. Les quatre porcs acquis
atteindront les 100 kg dans sept à neuf mois et le
C’est pour remédier à ce problème que l’équipe du jeune homme pourra alors tirer des bénéfices de leur
programme FORMAPROD a encouragé le jeune vente, lui permettant d’étendre son exploitation
Dimby à expérimenter l’autofinancement de son progressivement (augmentation du cheptel et
activité. Il ne s’agissait pas de l’inciter à renoncer agrandissement du parc). « J’évalue ces bénéfices à environ
définitivement au kit promis, mais de le convaincre de 400 000 MGA (soit 125 $) par tête. Si j’arrivais à vendre
lancer son projet professionnel avec ses propres moyens. chaque tête à 1 million MGA (312 $), j’obtiendrais
67 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
1,6 million MGA (soit 500 $) de bénéfices, » a-t-il affirmé. Si une telle catastrophe n’est heureusement pas arrivée,
Ci-dessus Former les jeunes
et les doter des matériels et Surtout, Dimby exerce un métier qu’il aime. l’autofinancement de l’installation de Dimby a entraîné
intrants nécessaires au Deuxièmement, en utilisant ses fonds propres, Dimby un déséquilibre dans le budget du ménage, dont une
lancement de leur activité
n’a pas de dettes à rembourser, contrairement à la grande partie a été dédiée à la nourriture des porcelets
fait partie du processus en raison de la cherté des produits alimentaires utilisés
d’insertion professionnelle plupart des jeunes qui ont eu recours au crédit et
remboursent leurs créanciers après le premier cycle. au détriment des besoins de la famille qui a dû « se
Pour lui et sa famille, l’élevage porcin ne peut apporter serrer la ceinture ». Le fonds disponible pour le petit
qu’un surplus de revenus, et donc des améliorations commerce de la femme de Dimby a aussi été impacté.
dans leurs conditions de vie. À travers son métier, le Il a donc été très difficile de trouver un compromis
jeune homme contribue également à l’augmentation permettant d’élever les porcs comme il se doit sans
de la production animale globale de sa région. négliger les besoins vitaux du couple.
Par ailleurs, quand il a démarré son activité, le jeune
Risques et défis de l’installation Dimby ne s’attendait pas à ce que la disponibilité des
intrants pour l’alimentation des porcins soit aussi
par autofinancement limitée dans la zone et les dépenses associées aussi
L’autofinancement d’un projet professionnel nécessite élevées. En effet, il a dû faire face à la flambée du prix
toutefois de relever un certain nombre de défis. Tout du riz à Madagascar durant l’année 2017. Quand le
d’abord, en utilisant ses économies comme fonds de prix du riz, à la base de l’alimentation des malgaches,
démarrage, Dimby a pris de gros risques ; il sait qu’il augmente, tout le reste suit. Aussi bien les produits
n’a pas droit à l’erreur et qu’il est dans l’obligation de dérivés du riz, que les autres céréales comme le maïs,
réussir pour ne pas décevoir les siens. Il est vulnérable ou les tubercules comme le manioc et la patate douce,
à la survenance de certains évènements, comme une principales matières premières pour l’alimentation de
peste porcine qui pourrait décimer son cheptel. porcin. Ces produits deviennent rares, et donc chers. Il
a donc fallu rationnaliser l’alimentation des animaux,
68 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
une mauvaise gestion dans ce domaine conduisant à pour mettre en œuvre une activité initiée dans le cadre
une perte assurée. d’un programme de développement. Dans la plupart
des cas, les bénéficiaires attendent ce qu’on leur a
L’approvisionnement en produits vétérinaires est aussi
promis avant de se lancer. Le fait que Dimby ait
très difficile dans la zone d’installation de Dimby ;
consenti à s’autofinancer témoigne – et garantit –
il faut faire une centaine de kilomètres de route pour
d’un engagement fort vis-à-vis de son futur métier.
en trouver. Conserver ces produits, en particulier les
vaccins, demande des équipements et des compétences Si l’exploit de Dimby a été mal interprété par certains
spécifiques. Or, il est impératif que les animaux soient jeunes, qui y ont vu le signe d’un favoritisme de
vaccinés et soignés en cas de maladie. Dimby et les FORMAPROD ou, pire, ont pensé que les kits promis
autres éleveurs ont donc décidé de se rassembler et avaient été détournés, il en a inspiré beaucoup d’autres,
d’envoyer un représentant afin qu’il effectue des qui essaient aujourd’hui de lui emboîter le pas. « Je suis
achats groupés. d’avis que l’on peut toujours débuter avec le peu qu’on a ; il n’est
Pour surmonter chacune de ces difficultés, le jeune pas forcément nécessaire d’attendre le kit pour démarrer. Deux
éleveur a bénéficié d’un accompagnement de ou trois porcelets peuvent suffire pour lancer une petite ferme
proximité, ce qui l’a beaucoup rassuré. Son conseiller d’élevage porcin, » affirme ainsi Saturnin, un jeune
en insertion professionnelle a dû rompre avec ses éleveur de porcs dans l’Est de Madagascar.
habitudes pour lui rendre visite plus souvent afin de
l’encourager et l’aider à bien gérer et protéger son Facteurs de succès et de durabilité
exploitation.
Divers paramètres ont contribué à la réussite de
l’expérience de Dimby. Premièrement, un meilleur
Quand les jeunes suivent ciblage et une meilleure orientation de la part du
l’exemple de Dimby Conseiller en insertion professionnelle, qui a su
détecter un jeune très motivé et assurer un bon suivi et
Dimby n’est bien sûr pas le seul jeune de sa zone
accompagnement de proximité. Deuxièmement, le fait
installé dans le monde professionnel depuis la mise
que la ferme de Dimby soit implantée à Mangamila
en œuvre du programme. Pourtant, rare sont ceux
Anjozorobe, une zone favorable à l’agriculture, ce qui
à y être parvenus (ou même à s’y être essayés) si
lui a permis de subvenir aux besoins alimentaires de
rapidement après leur formation et la démarche
ses animaux malgré la pénurie de denrées agricoles
adoptée ici relève de l’innovation aussi bien de la
et la flambée des prix. Troisièmement, le fait que
part du Conseiller en insertion professionnelle que
Dimby et sa femme aient déjà de petites activités
du bénéficiaire lui-même. D’une part, inciter un jeune
rémunératrices (le salariat agricole, pour Dimby), ce
formé dans le cadre du programme à autofinancer son
qui leur a permis de mettre de l’argent de côté et de
activité est à la fois osé et difficile, de la part d’un CIP.
mobiliser ce fonds pour la ferme. L’implication de la
D’habitude, on lui recommande d’attendre le kit de
femme de Dimby et les soutiens psychologiques de ses
démarrage ou d’emprunter de l’argent auprès d’une
parents ont également été très importants.
institution de microfinance. Cela provoque, on l’a vu,
des risques de démotivation et d’endettement. Le La mise à l’échelle de cette expérience faciliterait
conseiller de Dimby a choisi d’adopter cette attitude l’atteinte du principal résultat attendu du programme
dans le but d’accélérer son installation et d’atteindre FORMAPROD (100 000 jeunes ruraux installés en
plus rapidement l’objectif du Programme 10 ans). Pour que la pratique de l’autofinancement soit
FORMAPROD. D’autre part, il n’est pas fréquent de effectivement suivie par un plus grand nombre de
trouver un bénéficiaire qui ose mobiliser ses économies jeunes, quelques mesures méritent toutefois d’être prises
Les jeunes qui ont recours à
l’autofinancement s’investissent davantage
dans ce qu’ils entreprennent que les autres.
69 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
par les responsables concernés. En premier lieu, il Ce que nous enseigne
faudrait standardiser le processus d’installation de tous l’expérience de Dimby
les jeunes formés à Madagascar. Cela ne pourrait se
faire qu’au niveau du Ministère de l’Agriculture et de En définitive, l’expérience très intéressante de
l’Elevage, qui ordonnerait aux projets ou programmes Dimby nous permet de tirer plusieurs enseignements.
sous sa tutelle de se conformer à un processus d’insertion Les deux premières étapes du processus d’insertion
professionnelle standard. Il s’agirait par exemple de professionnelle des jeunes, la sensibilisation et
poser comme condition d’octroi d’un kit le démarrage l’orientation professionnelle, sont cruciales et
de son activité par ses propres moyens, sauf pour la nécessitent un important travail de la part de CIP
production nécessitant un investissement important compétents. La réussite du processus dans son
comme l’élevage de vache laitière. ensemble dépend de la façon dont ceux-ci auront
Il faudrait également mettre en place des structures conduit ces deux phases.
pérennes capables d’assurer l’accompagnement de Des jeunes véritablement intéressés par une activité
proximité des jeunes après la formation, car l’équipe professionnelle et suffisamment motivés feront tout
du programme n’est pas mobilisable indéfiniment. La pour réussir leur installation. Ils seront plus enclins à
constitution d’une association de formateurs ou tuteurs démarrer leur activité avec ce qu’ils ont pour les
professionnels dans la région Amoron’i Mania en est développer progressivement. Il est donc important
un parfait exemple. de distinguer ces jeunes des opportunistes, qui ont
Enfin, il faudrait que les processus d’insertion des tendance à se décourager à la moindre difficulté.
jeunes soient clairement définis par le programme et En outre, les jeunes qui ont recours à l’autofinancement
uniformes pour toutes les régions d’intervention. s’investissent davantage dans ce qu’ils entreprennent
Sinon, il y a toujours un risque de mauvaise que les autres. De ce fait, il pourrait être intéressant
interprétation de la part des bénéficiaires. Des activités d’envisager l’octroi du kit sous un autre jour, en en
d’information et de communication intensives faisant par exemple « une prime » pour ceux qui ont
s’avèrent nécessaires pour contrer cela. démarré. À l’origine, le kit est censé encourager les
jeunes ; il est dommage qu’un retard dans la réception
de cet outil devienne une source de démotivation.
Herizo Andriamifidy est chargé
de la communication et de la gestion
des connaissances au sein d’un
programme de développement qui
intervient dans plusieurs régions de
Madagascar.
zorafidi@[Link]
Cet article présente les résultats d’un des projets menés dans Pays : Madagascar
le cadre du processus « Capitalisation des expériences au Région : Afrique de l’Est
service du développement rural », mis en œuvre par le CTA, Date de publication : Mars 2019
la FAO et l’IICA avec le soutien financier du FIDA. Mots clés : autofinancement, FORMAPROD, insertion
[Link] professionnelle, installation des jeunes ruraux
70 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
UN MODÈLE DE FINANCEMENT
DE PROXIMITÉ AUTOGÉRÉ,
ADAPTÉ AU MILIEU RURAL
MAURITANIEN
Sid’Ahmed Bessid
71 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
L’économie rurale mauritanienne est basée sur l’agriculture et
l’élevage. Un diagnostic participatif a fait ressortir un fort besoin
de financement de proximité autogéré, adapté à la situation et
aux besoins des petits agriculteurs et éleveurs ruraux. C’est ainsi
que furent créées les Mutuelles d’investissement et de crédit
oasien (MICO) et les Caisses d’épargne et de crédit agricole
(CECA), dont l’objectif est l’octroi de financements portant
notamment sur les campagnes agricoles, l’alimentation du bétail,
les activités génératrices de revenus et l’autoconsommation en
période de soudure. Les caisses ont été lancées en 1998, avec
la création d’une première caisse pilote, puis étendues à l’échelle
nationale. On en compte aujourd’hui 54, reparties sur
l’ensemble du territoire national.
Couverture Les adhérents de
la caisse lors d’une réunion M algré l’existence de 18 banques commerciales,
le secteur financier mauritanien
a du mal à répondre aux besoins financiers du
proximité s’inscrit ainsi dans la volonté du
Gouvernement mauritanien d’augmenter les
revenus et la sécurité alimentaire des ruraux pauvres
pays. Centré exclusivement sur le milieu urbain en mettant l’accent sur les groupes vulnérables,
et périurbain, il exclut une grande partie de la notamment les femmes et les jeunes. Les activités de
population, notamment rurale. Or, le manque ces caisses sont régies par les principes fondamentaux
de ressources financières de cette population a de la participation effective des populations et de la
toujours été une contrainte majeure pour optimiser responsabilisation des bénéficiaires à la base.
la production. Si, ces dernières décennies, le
Gouvernement a lancé plusieurs projets et Des caisses de crédit autogérées
programmes pour résoudre la problématique
du financement agricole, ces différentes initiat suivant le modèle mutualiste
ives n’ont donné que des résultats assez mitigés. Les caisses de crédit de l’Union nationale des
En effet, elles ne couvraient qu’une partie très mutuelles d’investissement et de crédit oasien et
limitée des filières agricoles et ne prenaient pas en des zones pluviales (UNMICO) s’adressent à tous les
considération les petits agriculteurs et éleveurs rurauxproducteurs vivant dans les villages de leur zone
qui constituent près de 60 % de la population vivant d’intervention. Chacun peut devenir adhérent, à
principalement des activités agricoles. En outre, condition d’être capable de mener une activité
les procédures d’octroi de crédit des institutions génératrice de revenus et de souscrire une part sociale
financières n’étaient pas adaptées aux besoins et d’adhésion. Les adhérents de la caisse se réunissent
conditions de vie de ce groupe vulnérable exclu ensuite en assemblée générale constitutive pour
du système bancaire classique. désigner les organes de gestion. Les caisses de crédit
C’est ce qui a amené la Mauritanie, en étroite de l’UNMICO constituent un réel outil de
collaboration avec le Fonds international de développement autogéré. Chaque caisse créée devient
développement agricole (FIDA) et l’Organisation une entité autonome, constituée par les sociétaires
des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture vivants dans une zone délimitée, favorisant ainsi la
(FAO), à appuyer l’émergence d’institutions financières pleine participation des bénéficiaires à tout le
décentralisées. La mise sur pied de caisses de processus de mise en place et d’appropriation.
72 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
Cette démarche a conduit à une certaine homogénéité situation. Les adhérents reçoivent des dividendes à
sociale et a favorisé des relations de confiance, la fin de l’exercice financier annuel. Les caisses ont
nouées entre les membres, ainsi qu’une connaissance conduit à une augmentation de la production agricole
approfondie de ces derniers et de leurs besoins de ainsi qu’à une amélioration des revenus des ménages
financement. Grâce au nombre de bénéficiaires et de la qualité de l’habitat. Une telle démarche a
relativement réduit, la qualité des emprunteurs et également eu pour effet la consolidation et la création
leurs activités sont appréciées plus facilement. Les d’activités génératrices de revenus, particulièrement
caisses ont également permis l’obtention de crédits féminines, l’autonomisation des femmes et des jeunes
avec des formalités adaptées et un plus grand contrôle en matière d’organisation, de gestion et de prise de
des activités de recouvrement à des coûts réduits, décision, mais aussi la fixation des populations rurales,
ainsi que l’adoption de procédures simples permettant contribuant ainsi à lutter contre l’exode rural.
un dénouement de l’ensemble des opérations au Au 31 décembre 2017, elles avaient octroyé plus
niveau local et leur maîtrise par un nombre élevé de 50 000 crédits pour un montant cumulé de
d’élus potentiels. 7,78 milliards d’ouguiyas dont 61,4 % destinés à
l’agriculture (maraîchage, phœniciculture, cultures
L’objectif principal de ces caisses de crédit est
pluviales et autres cultures sous-palmiers),
d’apporter de façon durable des services financiers
12,2 % à l’élevage, 11 % à l’artisanat, 10,3 % au
de proximité adaptés aux besoins des populations
petit commerce et 5,1 % à l’autoconsommation.
vulnérables, notamment rurales, pour financer
localement toutes les activités viables. Le choix des Ainsi, les caisses de crédit de l’UNMICO sont
activités éligibles est basé sur des critères objectifs, devenues un modèle de bonne pratique se
pertinents, adaptés et approuvés participativement par caractérisant essentiellement par leur grande
les bénéficiaires dans l’optique, notamment, de lutter adaptabilité au milieu rural et leur adéquation
contre l’usure. avec les principes de la finance islamique.
Ces caisses sont organisées de manière uniforme
conformément au modèle mutualiste : au sommet du Défis, contraintes et solutions
pouvoir, on trouve l’assemblée générale qui élit les
membres du conseil d’administration, du comité de Les caisses ont été marquées par une certaine
crédit, du conseil de surveillance et modifie le statut et instabilité liée à la situation matrimoniale des jeunes
le règlement intérieur. Le conseil d’administration est femmes élues dans les instances dirigeantes. En effet,
chargé de la gestion administrative et financière après leur mariage, celles-ci ont tendance à quitter la
de la caisse. Le comité de crédit est chargé des localité avec leurs époux laissant ainsi leur position
études des demandes de crédit, l’octroi de crédit et vacante. Il faut alors recommencer à zéro le
l’accompagnement de proximité des bénéficiaires sur renforcement des capacités de nouveaux élus.
la gestion administrative, comptable et financière des Il était par ailleurs difficile de mobiliser les femmes
projets financés. Le conseil de surveillance est chargé pour les formations d’une durée de plus d’une semaine
du contrôle interne du fonctionnement de la caisse. en dehors du village. Généralement, les organes de
Les procédures de crédit varient d’une caisse à une gestion des caisses sont administrés par des hommes.
autre suivant leurs spécificités. À titre d’exemple, L’étendue du territoire national, plus de 1 million km2,
certaines caisses conditionnent l’accès au crédit à la n’a pas facilité le suivi et l’encadrement des caisses.
plantation d’un arbre pour lutter contre la sècheresse
En outre, les populations de la zone couverte par les
en contribuant à la fixation des dunes de sable
caisses éprouvent de réelles difficultés à assurer leurs
préservant ainsi l’environnement. Les caisses ont
remboursements en cas de mauvaises récoltes
une durée de vie de 99 ans renouvelable.
consécutives à l’irrégularité des pluies ou autres
calamités telles que le péril acridien.
Adaptation au milieu rural Pour faire face à ces difficultés, des séances de
et au contexte socioreligieux formation pratique et sur le tas relatives à la bonne
mauritaniens gestion, à l’organisation, aux rôles et responsabilités
des organes de gestion et à la réglementation ont été
Ces caisses se situent dans un processus durable de organisées au profit des membres des instances
pérennisation et d’appropriation des mécanismes par dirigeantes. Beaucoup des séances de sensibilisation et
les populations rurales pour un développement local d’information ont également été réalisées au profit des
endogène. Elles ont permis aux petits agriculteurs hommes et notabilités sur le genre.
ruraux d’accéder plus facilement aux services
financiers, suivant des procédures adaptées à leur
73 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
Couverture L’objectif
Responsabilisation et La responsabilisation des adhérents et leur
principal des caisses de crédit appropriation du processus appropriation de la démarche ont donc été des facteurs
est de financer localement clé dans la réussite des caisses autogérées. Le concept
toutes les activités viables La durabilité d’un projet dépend largement du degré est adapté au contexte rural mauritanien, ce qui
de participation des bénéficiaires à sa conception, sa permet une mobilisation de l’épargne locale destinée
mise en œuvre, son fonctionnement et son évaluation. à financer les crédits appropriés aux conditions
Une forte participation de la population (à la gestion, spécifiques des bénéficiaires. Les caisses sont
aux assemblées générales, etc.) témoigne d’un niveau également en phase avec les prescriptions religieuses.
élevé d’appropriation du mécanisme. On constate Enfin, le taux de capitalisation élevé renforce la
également que les projets qui marchent correctement stabilité financière des caisses répondant ainsi aux
sont ceux initiés par les populations elles-mêmes, sans besoins des sociétaires.
influence extérieure. Ainsi, la viabilité d’un projet
nécessite-t-elle que l’on ne considère pas uniquement
les populations cibles comme des bénéficiaires, mais Sid’Ahmed Bessid est directeur
aussi comme des responsables chargés de l’élaboration, général de l’UNMICO. Il est
de l’organisation et de la gestion dudit projet. Le spécialisé en microfinance en
sentiment d’être des participants actifs réellement milieu rural.
responsables et engagés est plus fort chez les dg@[Link]
populations dans le cadre de l’approche dite « à la
demande » que lorsqu’il s’agit de projets dont la mise
en œuvre a été décidée hors de leur communauté.
Cet article présente les résultats d’un des projets menés dans Pays : Mauritanie
le cadre du processus « Capitalisation des expériences au Région : Afrique du Nord-Ouest
service du développement rural », mis en œuvre par le CTA, Date de publication : Mars 2019
la FAO et l’IICA avec le soutien financier du FIDA. Mots clés : microfinance, finance agricole, financement de
[Link] proximité, inclusion financière, UNMICO
75 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
Coordination
de projet
Jorge Chavez-Tafur
Secrétariat de
rédaction
Ismail Moumouni/
Julia Coulibaly
Mise en page
Steers McGillan Eves
Gestion de
projet éditorial
Bianca Beks
CTA, mars 2019
76 CAPITALISATION DES EXPÉRIENCES Innovation et promotion des chaînes de valeurs de produits agricoles locaux en Afrique
SÉRIE CAPITALISATION
DES EXPÉRIENCES 10
INNOVATION ET PROMOTION
DES CHAÎNES DE VALEURS DE
PRODUITS AGRICOLES LOCAUX
EN AFRIQUE
Contact :
CTA
BP 380
6700 AJ Wageningen
Pays-Bas
T +31 317 467100
F +31 317 460067
E cta@[Link]
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