Mat 302 Fam Som
Mat 302 Fam Som
Marc SAGE
18 novembre 2004
3 Quelques applications 9
3.1 Exponentielle dans une algèbre de Banach . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
3.2 Fonctions analytiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
3.2.1 Analyticité et sommabilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
3.2.2 Produit de fonctions analytiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
3.2.3 Logarithme d’une fonction analytique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
3.2.4 Composée d’une fonction analytique par une application linéaire . . . . . . . . . . . . . . 12
Résumé
P
Etant donnée une famille …nie de réels (xi )i2I , on sait facilement dé…nir la somme i2I xi de cette
famille, comformément à notre intuition, en ajoutant les xi un par un dans n’importe quel ordre. Qu’en
est-il des familles in…nies ? Les séries nous montrent les problèmes liés non seulement à la convergence mais
aussi à l’ordre de sommation (cas des séries semi-convergentes). Les familles sommables proposent un cadre
agréable pour s’a¤ranchir de ces contraintes.
1
1 Familles positives
On ne considère dans cette partie que des familles (xk )k2D réelles positives à valeurs dans R+ indexées
par un ensemble D (comme domaine). En pratique, D sera la plupart du temps N ou N , d’où le choix de
la variable k pour parcourir D. Le choix de la terminologie domaine (au lieu d’ensemble tout simplement)
sera justi…é en temps voulu.
On pourra être amené, pour des raisons de commodité, à considérer R+ = R+ [ f1g dont on rappelle
les propriétés basiques : 8a 2 R; a < 1 (c’est-à-dire 1 = max R+ ), 1 + a = a + 1 = 1; et 1 + 1 = 1.
1.1 Dé…nitions
Dé…nition.
On dit qu’une famille de réels positifs (xk )k2D est sommable si
X
9M > 0; 8A …ni dans D; xi < M:
i2A
On se restreindra par la suite au cas où le domaine d’indexation D est au plus dénombrable. Outre le
fait qu’en pratique on a toujours a¤aire à des familles au plus dénombrables (indexées typiquement par N
ou N2 ), une des raisons est le lemme suivant :
Lemme (L1).
Si (xk )k2D est sommable, alors fk 2 D ; xk 6= 0g (appelé support de la famille) est au plus dénombrable.
Démonstration. P
Soit M un majorant de la somme k2D xk . L’ensemble Dp := fk 2 D ; xk > 1=pg est alors …ni de
cardinal M p : X X
M xk xk 1=p #Dp .
k2D k2Dp
S1
La réunion p=1 Dp est donc dénombrable ; or elle contient le support, CQFD.
Montrons à présent que, pour obtenir la somme d’une famille, on peut sommer les éléments du domaine
un par un, et ce dans n’importe quel ordre. Cela fait l’objet du prochain théorème.
Dé…nition.
On appelle suite exhaustive de D toute suite croissante (An ) de sous-ensembles …nis de D dont la réunion
vaut D. On dira alors que (An ) épuise D, et on notera (An ) D.
Lemme (L2).
2
Si (An ) épuise D et si A est un sous-ensemble …ni de D, alors 9N > 0; A An pour n > N .
Démonstration. S
Si A = fa1 ; :::; ap g, chaque ai est dans D = n2N An , donc dans un A'(i) , et il su¢ t de prendre
N = max '(i).
Cela justi…e le terme de suite exhaustive : la suite "épuise" le domaine D en recouvrant tout sous-domaine
…ni à partir d’un certain rang.
Théorème (T1).
Si (xk ) est une famille sur D (sommable ou non) et si (An ) épuise D, alors :
X X
xk = lim xk .
n1
k2D k2An
Démonstration. P
Considérons pour cela la suite sn = k2An xk , croissante car les An croissent (et car les xk sont positifs !).
Si la famille n’est pas sommable, (sn ) n’est pas bornée ; en e¤et, enP considérant par l’absurde un de
ses majorants M , on peut trouver un sous-ensemble …ni A de D tel P que k2A x
Pk > M , et d’après le lemme
L2 A est dans les An à patir d’un certainPrang N , d’où sN = k2AN xk k2A xk > M , absurde par
dé…nition de M . On en tire lim sn = 1 = k2An xk .
n1 P
Dans le cas où les xk sont sommables, (sn ) est bornéePpar S = k2D xk , donc converge vers un réel
l S. Si l < S, Pposons " = S l > 0 ; par dé…nition de S = k2D xk , on peut trouver un sous-ensemble …ni
A de D tel que k2A P xk > S " = l, et comme dans le premier cas A est P dans les An à partir d’un certain
rang N , d’où sN k2A xk > l, absurde. On en tire lim sn = l = S = k2D xk .
n1
On a montré mieux que prévu : si on somme les éléments du domaine D en rajoutant un nombre …ni
d’éléments à chaque étape, alors on obtient la somme de la famille. Il revient au même de dire qu’étant
donnée une partition du domaine D en sous-domaines …nis, on peut obtenir la somme sur le domaine D tout
entier en ajoutant – dans n’importe quel orde – les sommes sur les sous-domaines considérés.
On peut se demander d’une part si le théorème T1 admet une réciproque (cf. proposition suivante),
d’autre part s’il reste valable si les sous-domaines partitionnant D ne sont plus supposés …nis (cf. théorème
de Fubini au paragraphe suivant).
Réciproque (R1).
Soit (xk ) une famille sur D. P
Si on trouve une suite exaustive (An ) D telle que lim k2An xk soit …ni, alors les (xk ) sont som-
P P n1
mables et k2D xk = lim k2An xk .
n1 P
Si on trouve une suite exaustive (An ) D telle que lim k2An xk = 1, alors les (xk ) ne sont pas
n1
sommables.
Remarquer que les deux cas envisagés dans la réciproque sont les seuls possibles, ceci à cause de la
P
croissance de k2An xk .
n2N
3
1.3 Théroème de Fubini, version faible
Une autre façon de sommer une famille …nie consiste à regrouper les éléments du domaine par paquets,
de sommer sur chaque paquet, puis d’ajouter les sommes obtenues. Cela reste valable pour les familles
sommables en général (non nécessairement …nies), quel que soit le regroupement par paquets choisi.
Lemme (L3). `
Soit D un ensemble au plus dénombrable. Si i2I Di est une partition de D –ce qui, rappelons-le, impose
Di 6= ; –, alors I est au plus dénombrable.
Démonstration.
En e¤et, soit ' l’application qui à un élément x de D associe l’indice i tel que x 2 Di (i existe et est
unique car les Di partitionnent D). ' va de D dans I, et est surjective. Soit en e¤et i dans I ; par dé…nition
Di est non vide, donc contient un x 2 D, et on a alors clairement '(x) = i.
Ainsi, puisque les domaines D que l’on manipule sont toujours dénombrables, les partitions de D consi-
dérées le seront également.
`
Théorème faible de Fubini (T2) : Soit (xk ) une famille sommable sur D et i2I Di une partition
de D en sous-domaines ( I est donc au plus dénombrable). On a alors :
X X X
xk = xk .
k2D i2I k2Di
Démonstration. P
Soit M un majorant de k2D xk . P P
Tout d’abord, (xk ) est sommable
P sur Di pour tout i ; en e¤et, Di D, donc k2Di xk k2D xk qui
est …ni par hypothèse.
P P Les nombres k2D i
xk sont par conséquent des réels positifs, et on peut donc parler
de leur somme i2I k2Di xk . P
Montrons ensuite que les paquets k2Di xk sont sommables sur I. Soit J sous-ensemble …ni de I et,
pour chaque i, (Ani )n2N une suite exaustive de Di (possible car les Di sont au plus dénombrables). On a
alors, en appliquant le théorème T1, et car J est …ni :
X X X X X X X
xk = lim xk = lim xk = lim xk M
n1 n1 n1 S
i2J k2Di i2J k2An
i
i2J k2An
i k2 An
i
i2J
S S S
(l’ensemble de sommation est inclus dans D : An
i Di Di = D).
i2J i2J i2I
Calculons en…n la somme des paquets. Soit (Jp ) I (toujours possible car I est au plus dénombrable) :
X X X X X X
xk = lim xk = lim lim xk
p1 p1 n1
i2I k2Di i2Jp k2Di i2Jp k2An
i
X X X
= lim lim xk = lim lim xk .
p1 n1 p1 n1 S
i2Jp k2An
i k2 An
i
i2Jp
!
S
Par ailleurs, à p …xé, An
i croît vers
i2Jp
n2N
S S S S S
An
i = An
i = Di ,
n2N i2Jp i2Jp n2N i2Jp
S
donc épuise Di . On en déduit (en appliquant le théorème T1) :
i2Jp
X X X
lim lim xk = lim xk = xk
p1 n1 S p1 S
k2 An
i k2 Di k2D
i2Jp i2Jp
!
S
étant donné que Di épuise D.
i2Jp
p2N
4
Réciproque (R2). ` P
Soit (xk ) une famille sur D. Si on peut trouver une partition i2I Di de D telle que les paquets k2Di xk
soient …nis et sommables sur I, alors (xk ) est sommable sur D et
X X X
xk = xk .
k2D i2I k2Di
Démonstration. P P
Soit A un sous-ensemble …ni de D, et M un majorant de i2I k2Di xk . On a :
` ` `
A=A\D =A\ Di = A \ Di = A \ Di
i2I i2I i2J
qui est indépendant de A, donc les (xk ) sont sommables, et on applique le sens direct pour obtenir l’égalité
des sommes.
On étend à présent le théorème T2 au cas des familles quelconques, non nécéssairement sommables.
On considère désormais des familles (toujours au plus dénombrables) à valeurs positives dans R+ , en
conservant les mêmes dé…nitions de la sommabilité et de la somme d’une famille. Fubini se généralise à de
telles familles.
Lemme (L4). P
Si (xk )k2D est une famille d’élément de R+ qui contient 1, alors k2D xk = 1.
Démonstration. P P
Soit k0 2 D tel que xk0 = 1 ; puisque fk0 g est un sous-ensemble …ni de D, on a k2D xk k2fk0 g xk =
1.
Démonstration.
Si les (xk ) sont sommables, ilsP sont nécessairement tous …nis P d’après le lemme L4, donc T2 s’applique.
P P Dans le cas contraire,
P on a k2D xk = 1. Si 9i 2 I; k2Di xk = 1, on a d’après le lemme L4
i2I k2Di xk = 1 = k2D xk . Sinon, tous les xk sont …nis ; soit alors (Jn ) I, et considérons la suite
P P
croissante de réels i2Jn k2Di kx . Si elle était bornée, elle convergerait vers un réel …ni l et les
P n2N
paquets k2Di xk seraient sommables en vertu de la réciproque R1, a fortiori les (xk ) seraient sommables
d’après la réciproque R2, absurde. Donc elle diverge vers 1, d’où (en appliquant T1)
X X X X X
xk = lim xk = 1 = xk .
n1
i2I k2Di i2Jn k2Di k2D
Une première application pratique du théorème de Fubini est de pouvoir intervertir des signes de som-
mation.
5
Considérons en e¤et une famille (xp;q ) sommable sur N2 . En partionnant N2 en
` ` `
N2 = (p; q) = Di
p2N q2N i2I
`
(on a posé I = N et Di = (i; q)), ce qui revient, dans un repère avec p en abscisse et q en ordonnée, à
q2N
voir le domaine N2 comme un réunion de droites verticales, on obtient :
X X X XX
xp;q = xp;q = xp;q ,
(p;q)2N2 i2I (p;q)2Di p2N q2N
Insistons à présent sur le terme de domaine utilisé pour D. Il est en e¤et important de voir l’ensemble
sur lequel on somme, a…n de visualiser d’éventuelles
Ppartitions. IlPest ainsi
P beaucoup plus clair de dire "on
partitionne N2 selon ses droites de pentes 1, d’où p;q 0 xp;q = k 0 p+q=k xp;q " plutôt que de passer
` 2
par des méandres formelles comme "soit la partition
P au plus dénombrable
P N
P = k2N f(p; q) 2 N / p+q = kg ;
on peut appliquer le théorème de Fubini, d’où (p;q)2N2 xp;q = k2N ` xp;q ".
(p;q)2 f(p;q)2N2 =p+q=kg k2N
C’est pour ces raisons que l’auteur préfère le terme domaine au terme ensemble, a…n de faire implicitement
appel à notre visualisation de l’ensemble concerné.
Une autre application de ce théorème est de pouvoir calculer la somme d’une famille positive sans savoir
au préalable si elle est sommable ou non (c’est-à-dire sans véri…er les conditions d’applications du théorème
de Fubini version faible).
1
Par exemple, pour la famille positive pq(p+q)
, on a :
p;q 1
X 1 X X 1 XXn
1
= =
pq(p + q) p+q=n
pq(p + q) p=1
p(n p)n
p;q 1 n 2 n 2
X1X n
1 1 1 X 1 X n
2 X Hn
= + = =2
n p=1 n p p n n2 p=1 p n2
n 2 n 2 n 2
Hn
où Hn désigne la série harmonique. Or Hn = O(ln n), donc n2
= O( lnn2n ) 1
= O( n3=2 ) et la somme trouvée
1
converge. On peut donc en déduire que la famille pq(p+q)
est sommable (sinon sa somme, qu’on vient
p;q 1
P
de calculer, vaudrait 1) de somme 2 n 2 H n
n2
.
On se place désormais dans un espace vectoriel normé E complet (c’est-à-dire où toute suite de Cauchy
converge). On cherche à quelles conditions sur la famille (xk )k2D on peut dé…nir sa somme et si l’on peut
retrouver des théorèmes analogues au cas des familles positives. Comme dans les autres paragraphes, on
supposera le domaine D au plus dénombrable.
2.1 Dé…nitions
Dé…nition.
On dit qu’une famille (xk )k2D de E est sommable si la famille (kxk k)k2D est sommable.
On ne pas dé…nir la somme à l’aide de sup comme dans le cas positif, faute de relation d’ordre. Cependant,
le théorème T1 nous donne une dé…nition en termes de limites ; c’est celle-là que nous prendrons.
Dé…nition - Proposition. P
Soit (xk )k2D une famille sommable et (An ) D. La limite lim k2Anxk existe et ne dépend pas de la
n1 P
suite exaustive choisie ; on l’appelle somme de la famille (xk )k2D et on la note k2D xk .
6
Démonstration.
P
Soit sn = k2An xk ; montrons que (sn ) est de Cauchy. En e¤et, soient n et p des entiers positifs ; on
a:
X X X
ksn+p sn k = xk xk = xk
k2An+p k2An k2An+p nAn
X X X
kxk k = kxk k kxk k .
k2An+p nAn k2An+p k2An
P
Or la suite Sn = k2An kxk k converge
P car les xk sont sommables, donc est de Cauchy, donc (sn ) aussi. On
en déduit l’existence de l = lim k2An xk .
n1
0
P Montrons à présent
P que la limite ne dépend pas de la suite exhaustive choisie. Soit (An ) D, s0n =
0
k2A0 xk et l = lim
n n1 k2A0 xk . On construit par récurrence (à l’aide du lemme L2) des extratrices (suites
n
de N dans N strictement croissantes) ' et telles que
On a alors 8n 2 N, kl0 lk l0 s0 (n) + s0 (n) s'(n) + s'(n) l . Les premier et troisième termes
tendent vers 0. Quant au second :
X X X
s0 (n) s'(n) = xk xk = xk
k2A0 (n) k2A'(n) k2A0 (n) nA'(n)
X X
kxk k kxk k
k2A0 (n) nA'(n) k2A'(n+1) nA'(n)
= S'(n+1) S'(n) ,
Un des intérêts de la dé…nition de la somme d’une famille sommable à l’aide de limites est de pouvoir
retrouver le théorème de Fubini –version faible nécessairement, car la somme d’une famille quelconque n’est
en général pas dé…nie. En e¤et, la démonstration de T2 reposant essentiellement sur T1, on peut s’attendre
à retrouver un analogue de T2 en suivant exactement la même démarche.
Lemme (L5).
Soit (xk ) une famille sommable sur D. Alors :
X X
xk kxk k .
k2D k2D
Démonstration.
On se ramème à une somme …nie (pour pouvoir appliquer l’inégalité triangulaire) en considérant (An )
D:
X X X
xk = lim xk = lim xk
n1 n1
k2D k2An k2An
X X
lim kxk k = kxk k .
n1
k2An k2D
7
`
Soit (xk ) une famille sommable sur D et i2I Di une partition de D. On a alors :
X X X
xk = xk .
k2D i2I k2Di
Démonstration. P
On reprend pas à pas la démonstration de T2. Soit M un majorant de k2DP kxk k. P
Tout d’abord, (xk ) est sommable sur Di pour tout i ; en e¤et, Di D, donc k2Di kxk k k2D kxk k
qui est …ni par hypothèse. P
Montrons ensuite que les paquets k2Di xk sont sommables sur I. Soit J sous-ensemble …ni de I, et
pour chaque i, (Ani )n2N une suite exaustive de Di (possible car les Di sont au plus dénombrables). On a
alors (en appliquant L5 et T1) :
X X X X X X X X X
xk kxk k = lim kxk k = lim kxk k = lim kxk k M
n1 n1 n1 S
i2J k2Di i2J k2Di i2J k2An
i
i2J k2An
i k2 An
i
i2J
S S S
car An
i Di Di = D pour tout n.
i2J i2J i2I
Calculons en…n la somme des paquets. Soit (Jp ) I (toujours possible car I est au plus dénombrable) :
X X X X X X X X X
xk = lim lim xk = lim lim xk = lim lim xk = lim xk = xk
p1 n1 p1 n1 p1 n1 S p1 S
i2I k2Di i2Jp k2An
i
i2Jp k2An
i k2 An
i k2 Di k2D
i2Jp i2Jp
! !
S S S
car An
i Di et Di D.
i2Jp i2Jp i2Jp
n2N p2N
Encore une fois, Fubini n’admet pas de réciproque dans un Banach quelconque. On peut (encore) consi-
1̀
dérer la famille (( 1)n )n2N et la partition N = f2n; 2n + 1g ; les paquets sont tous nuls, donc la somme
n=0
des paquets existe, et pourtant la famille n’est pas sommable. On peut même trouver une autre partition où
S 1̀
les paquets sont sommables, de somme di¤érente que la première : N = f0g f2n 1; 2ng.
n=1
Pour montrer à quel point la réciproque de Fubini est fausse, montrons en complément qu’étant donnée
une série réelle semi-convergente, on peut réagencer ses termes de façon à la faire converger vers n’importe
quoi.
Proposition.
P
Soit
P ( xn ) une série réelle semi-convergente et a un réel. Il existe alors une permutation ' de N telle
que x'(n) = a.
8
Deuxièmement, il faut remarquer que
X X
x (n) = 1 et x (n) = 1.
P P1 P1
En
P1e¤et, supposons par P1l’absurde que S P= x (n) soit …ni. Alors 1 = Pjxn j =
n=0 n=0 x (n) +
1
n=0 x (n) = S + n=0 x (n) , donc n=0 x (n) = 1. Mais alors la série ( xn ) ne peut converger,
P
car les termes négatifs l’emportent sur les termes positifs : en désignant un majorant M de la somme x (n) ,
P (n) P
le terme i=0 xi est majoré par M + n i=0 x (i) qui diverge vers 1. Donc S = 1, et de même S = 1.
On peut maintenant construire la permutation ' voulue, en procèdant de la façon suivante : en partant
d’un terme quelconque x0 (supposons x0 a), on lui ajoute des termes x (i) positifs jusqu’à ce que la
somme devienne > a (on s’arrête précisément dès que la somme devient > a), puis on ajoute des termes
x (i) négatifs jusqu’à ce que la sommePredevienne < a (on s’arrête dès que la somme devient < a), puis ainsi
de suite. Ceci est possible : vu que x (i) = 1, on peut toujours trouver assez de termes positifs pour
passer d’un valeur P inférieure à a à une valeur strictement supérieure et vice versa pour les termes négatifs
(étant donné que x (i) = 1).
Il convient toutefois d’ajouter les termes positifs et négatifs dans Pun ordre bien précis. Rangeons pour
cela les xn selon leur ordre naturel d’indexation donné par la série ( xn ) ; dans cet ordre, des tranches de
termes positifs puis négatifs se succèdent alternativement, mettons :
0
z }| {
(x1 ; x2 ; x3 ; :::) = (x (1) ; x (2) ; :::; x (p1 1) ; x (1) ; x (2) ; :::; x (n1 1) ;
| {z }
0
0
z }| {
x (p1 ) ; x (p1 +1) ; :::; x (p2 1) ; x (n1 ) ; x (n1 +1) ; :::; x (n2 1) ; :::)
| {z }
0
où (pk ) et (nk ) sont des extractrices (p pour positif et n pour négatif). On rajoute alors les termes positifs
et négatifs dans l’ordre Psus-décrit. P
Montrons alors que x'(n) = a comme voulu. Soit " > 0. Puisque la série ( xn ) converge, les xn sont
plus petits qu’" à partir d’un certain rang N ; en prenant un k tel que (pk ) > N , il est clair que tous les
termes ajoutés au-delà des kiè m e s tranches positives et négatives (comprendre les x (l) et x (l) pour l > k)
sont plus petits qu’", et donc qu’à partir d’un certain rang m (assez grand pour que tous les termes des k
premières tranches positives et négatives aient été utilisés) les termes x'(n)
Pn ajoutés sont tous plus petits qu’".
Mais
Pn puisqu’ on change le signe des termes ajoutés dès que celui de i=0 x'(i) a change, la di¤érence
i=0 x '(i) a est pour n m au plus égale à ". Ceci conclut la preuve.
On remarquera que la seule subtilité dans la preuve du théorème de Fubini – comme dans beaucoup
de démonstrations de sommabilité de familles à valeurs dans un Banach quelconque – consiste à remplacer
les vecteurs par leurs normes, de façon à se placer dans le cas positifs où l’on dispose de tous les gentils
théorèmes et de leurs réciproques ; en particulier la somme de la famille positive est toujours dé…nie, et on
peut donc travailler avec (en pratique, c’est surtout T3 qui sert) . C’est ce qu’il convient de faire dans 99.99%
des cas.
3 Quelques applications
On présente ici quelques outils mathématiques où interviennent de façon plus ou moins directe des
problèmes de sommabilité. La méthode pour les traiter a déjà été évoquée ci-dessus : on passe dans les réels
positifs en prenant les normes, puis on travaille sur les sommes positives en Fubinisant à souhait et sans
scruples. Le lecteur est invité à chercher les démonstrations en guise d’exercice.
Rappelon qu’une algèbre de Banach (sur K = R ou C) est une K-algèbre commutative A munie d’une
norme véri…ant kxyk kxk kyk pour tout (x; y) dans A2 (une telle norme sous-multiplicative est appelée
norme d’algèbre) telle que l’espace vetoriel normé (A; k k) soit complet. Par exemple, Mn (R) (complet en
tant que R-espace vectoriel de dimension …nie) est une algèbre de Banach pour toute norme subordonnée.
9
Dé…nition.
On appelle exponentielle de a 2 A l’élément
X an
exp a = ea := .
n!
n 0
an
Pour montrer son existence, il su¢ t de prouver la sommabilité de la famille n!
, ce qui revient à
n 0
an
démontrer que la famille n!
est sommable. Or, cela est trivial puisque
n 0
X an X 1
kakn = ekak < 1.
n! n!
n 0 n 0
Proposition.
Pour tout (a; b) dans A2 , on a :
ea+b = ea eb = eb ea .
Démonstration.
On a
X an X bn X X ap bq ? X X ap bq
ea eb = = =
n! n! p! q! p+q=n
p! q!
n 0 n 0 p 0q 0 n 0
ap bq
sous réserve que la famille p! q!
soit sommable
p;q 0
!
X X n! ap bq X 1 X n
n p n p
X 1
= = a b = (a + b)n = ea+b .
p!q! n! n! p=0 p n!
n 0 p+q=n n 0 n 0
Montrons donc la sommabilité voulue, en suivant la méthode générale décrite au début de cette partie :
X X ap bq X X kakp kbkq
= ekak+kbk
p! q! p! q!
p 0q 0 p 0q 0
en suivant le même calcul que ci-dessus, l’interversion étant permise par Fubini car on est dans les réels
positifs. Comme annoncé, ça se déroule comme du beurre.
On notera de plus que le calcul dans le cas positif est calqué sur celui dans le cas pas positif, ce qui donne
généralement une méthode fructueuse pour mener les calculs dans le cas positif. À retenir donc.
Rappelons qu’une fonction f de Cn dans C est dite analytique en t0 si f s’écrit sous forme d’une série
entière autour de t0 : X X
f (t) = a (t t0 ) := lim a (t t0 )
n1
j j 0 j j n
On prendra par la suite t0 = 0, et donc pour ktk assez petit (on ne considère dans ce paragraphe que des
normes in…nies), on a
X
f (t) = a t .
j j 0
10
3.2.1 Analyticité et sommabilité
Proposition.
Si f est analytique (en 0), alors la famille (a t )j j 0 est sommable pour t assez petit.
Démonstration.
Supposons quePf (t) est dé…ni sur une boule fermée P
B(0; r0 ). Alors pour tout t dans B(0; r) avec r < r0 ,
en notant Sn = j j=n a t , la limite f (t) = limn1 i n Si existe, donc Sn tend vers 0, donc le terme
P
j j=n a t est borné par un M …xé. On en déduit :
X X X X X j j r
j j
ja t j ja j jt j ja j ktkj j
ja j rj j
= ja j r0
r0
j j 0 j j 0 j j 0 j j 0 j j 0
X X j j r
j j X r
n X j j
X r
n
= ja j r0 = ja j r0 M
r0 r0 r0
n 0 j j=n n 0 j j=n n 0
Proposition.
Un produit …ni de fonctions analytiques est analytique.
Démonstration.
On raisonne par récurrence sur le nombre n de fonctions considérées ; remarquer que seul le cas n = 2
nécessite d’être examiné. P P
Soient donc f et g analytiques, mettons f (t) = j j 0 a t et g(t) = j j 0 b t pour t petit. On a :
0 1
X X X X ?
X X
f (t)g(t) = a t b t = a b t + = @ a b At
j j 0 j j 0 j j 0j j 0 j j 0 + =
+
sous réserve que la famille a b t j j;j j 0
soit sommable. On véri…e bien que
X X X X
a b t +
ja j jb j t +
ja j jb j ktkj + j
= ja j jb j ktkj j+j j
qui est …ni pour t dans l’intersection de voisinages de 0 où jf j et jgj sont dé…nies.
Encore une fois, le passage aux normes, un Fubini version forte, et une marche arrière dans les calculs
su¢ sent pour conclure quant à la sommabilité voulue.
On a plus précisément montré la proposition suivante : soit f1 ; :::; fn des fonctions analytiques, mettons
X [i]
fi = a t .
j j 0
11
3.2.3 Logarithme d’une fonction analytique
Proposition.
Si f est analytique et f (0) = 1, alors ln f est aussi analytique en 0.
Démonstration.
On écrit : X
f (t) = 1 + a t ,
j j>0
d’où 0 1 0 1i
X X ( 1)i+1 X X ( 1)i+1 X
ln f (t) = ln @1 + a t A= @ a t A = b ;i t
i>0
i i>0
i
j j>0 j j>0 j j>0
P
où b ;i = a :::a
1 +:::+ i = 1 i
!
?
X X ( 1)i+1
= b ;i t
i>0
i
j j>0
( 1)i+1
sous réserve de la sommabilité de i
b ;i t . On véri…e facilement que
j j;i>0
X ( 1)i+1 X1 X
b ;i t jb ;i j ktkj j
i i>0
i
j j;i>0 j j>0
X1 X X
= a 1 :::a i t~
i
i>0 j j>0 1 +:::+ i =
X1 X X
ja 1 j ::: ja i j t~
i
i>0 j j>0 1 +:::+ i =
X1 X X
= ja 1 j t~ 1 ::: ja i j t~ i
i
i>0 j j>0 1 +:::+ i =
X1 X
= ja 1 j t~ 1 ::: ja i j t~ i
i>0
i
j 1 j:::j i j>0
0 1i
X1 X
= @ ja j t~ A
i>0
i
j j>0
X1 i
= jf j (t~) 1
i>0
i
= ln jf j (t~)
qui est …ni pour t assez petit (car alors 1 jf j < 1).
Proposition.
Si f : Cn ! C est analytique et A est une application linéaire sur Cn , alors f A est analytique.
Démonstration.
P
Soit f (t) = j j 0a t analytique, et A t = (A1 t; :::; An t) une application linéaire, où les Ai sont
linéaires de Cn dans C (a fortiori analytiques, donc on dispose des jAi j). Puisque A est continue (car
linéaire), f A(t) est bien dé…ni pour t petit, et on a :
X X Q
n X X
i
f A(t) = a (A t) = a (Ai t) = a b ; t
i=1
j j 0 j j 0 j j 0 j j 0
Q
n
i
car (Ai t) est un polynôme en les ti
i=1
0 1
?
X X
= @ a b ; At ,
j j 0 j j 0
12
d’où l’analyticité de f A si l’on justi…e l’interversion, c’est-à-dire si l’on montre que la famille (a b ; t )j j;j j 0
est sommable. On véri…e comme d’habitude en remontant les calculs, bien que cela soit un peu moins direct
cette fois :
X X X X X
ja b ; t j ja j jb ; j ktkj j = ja j jb ; j t~
j j;j j 0 j j 0j j 0 j j 0j j 0
X X X X
= ja j jb ; j t~ ja j c ; t~
j j 0 j j 0 j j 0 j j 0
Q
n
où c ; sont les coe¢ cients (positifs !) du polynôme (jAi j t) i , et en remarquant que jb ; j c ; par
i=1
Q
n
i
une inégalité triangulaire après développement de (Ai t)
i=1
X Q
n X
= ja j jAi j t~ i
= ja j jAj t~ = jf j jAj t~
i=1
j j 0 j j 0
13