18.
L’immunité adaptative
1/ Déclenchement du mécanisme de l’immunité adaptative :
La pénétration d’un agent infectieux ou pathogène dans l’organisme déclenche une réaction
inflammatoire (ii) lors de laquelle les cellules dendritiques phagocytent, de manière non
spécifique, l’agent ou les débris des cellules infectées par lui. Lorsqu’elle n’est pas suffisante, cette
réaction déclenche une autre, plus efficace et spécifique : l’immunité adaptative réalisée par des
cellules spécialisées comme les lymphocytes B (anticorps) et T (T CD4 – T CD8).
Les cellules dendritiques possèdent sur leur membrane des protéines : les molécules du
complexe majeur d’histocompatibilité 2 (CMH II), marqueurs d’appartenance de la cellule à
l’organisme permettant d’exposer le déterminant antigénique (peptide étranger, seul résidus de
la phagocytose de l’antigène) à leur surface en s’associant à lui : elles deviennent des cellules
présentatrice d’AG : CPA. Elles migrent ensuite vers un ganglion
lymphatique, où elles exposeront le déterminant antigénique aux LT
possédant des AC complémentaires et spécifiques : la réaction
immunitaire adaptative est enclenchée.
La réaction innée est donc nécessaire pour que
la différenciation adaptive se réalise.
(CMH I : AG cellules infectées ; II : AG sur CPA)
2/ L’immunité adaptative à médiation cellulaire :
Lorsque des cellules sont infectées par une bactéries intracellulaire, un virus, ou qu’elles sont
anormales (cancéreuses) ; on a une réponse immunitaire à médiation cellulaire, faisant appel aux
LT (T= maturation au Thymus, spécialisés dans la surveillance des membranes des cellules)
Rôle des LT CD4 : (CD 4 = marqueur membranaire)
Lorsque la CPA arrive aux ganglions lymphatiques, les LT CD4 naïfs spécifiques reconnaissent le
déterminant antigénique (propre à chaque antigène) complémentaire à leur récepteur TCR CD4
(sélection clonale), et sécrètent suite à cette interaction de l’interleukine 2, molécule qui
induit/stimule leurs Amplification et différenciation clonales en LT auxiliaires (+mémoires), mais
aussi capables de stimuler une réaction immunitaire à médiation humorale (si le pathogène se
situe dans les liquides biologiques : antigènes libres), ou cellulaire (cancer, greffe, cellule infectée
par virus) en permettant l’amplification et la différenciation des LB et des LT CD8. Les LT CD4
permettent donc de dynamiser et d’activer les 2 types de réactions immunitaires adaptatives
par un principe de coopération.
Preuve du role essentiel : Le VIH (virus de l’immunodéficience humaine, SIDA) utilise les
lymphocytes T CD4 comme cellules hôtes, et les détruit. Leur très faible nombre provoque
alors un effondrement des défenses immunitaires, l’inefficacité des réactions adaptatives
favorisant l’apparition de maladies opportunistes dans l’organisme incapable de se défendre.
Rôle des T CD8 :
Suite au même principe de reconnaissance du déterminant antigénique associé à la molécule du
CMH, les LT CD8 agissent en 4 étapes :
Sélection clonale : Sélection du clone de LT CD8 possédant des récepteurs spécifiques
complémentaires au déterminant antigénique (Chaque LT 8 possède un récepteur unique).
Amplification clonale : Stimulée par les interleukines 2 libérées par les LT CD4, consiste à
plusieurs mitoses successives permettant la prolifération du clone de LT CD8.
Différenciation clonale : Stimulée aussi par les interleukines 2, consiste à la différenciation
en 2 types de cellules : les LT cytotoxiques, et les LT8 mémoires (qui permettrons une
réponse immunitaire plus rapide en cas de 2nd infection par le même pathogène).
Phase effectrice : Les LT cytotoxiques, se déplaçant dans la lymphe et dans le sang,
reconnaissent et se lient aux cellules infectées qui portent à leur surface le complexe
CMH-déterminant antigénique spécifique, ou qui sont cancéreuses. Leur élimination se
produit selon 2 mécanismes :
La cytolyse : Le LT cytotoxique s’associe à la cellule infectée à l’aide de son récepteur
membranaire, et libère une protéine : la perforine, capable de créer des pores dans la
membrane de la cellule. Le milieu extracellulaire la pénètre : elle meurt par éclatement, c’est
la lyse cellulaire.
L’Apoptose (mort cellulaire programmée, suicide cellulaire) : Le LT cytotoxique libère des
molécules chimiques qui se fixent sur les récepteurs de la molécule à éliminer, et qui
constituent un message qui va stimuler l’autodestruction de la cellule, la désintégration de
son ADN : elle se désintègre en corps apoptotique qui sera phagocyté.
3/
Immunité adaptative à médiation humorale (anticorps) :
L’organisme comporte une grande diversité de lymphocytes B (pool, Bone = maturation moelle
osseuse) produisant chacun un seul type d’anticorps. Les LB naïfs (non activés, jamais entrés en
contact avec un AG) possèdent à leur surface des AC ancrés dans la membrane plasmique par
leur partie constante Fc, mais dont les sites de reconnaissance (paratope) diffèrent.
Lorsque l’infection est à médiation humorale (AG libre dans le plasma), les LB spécifiques (avec
des AC complémentaires) fixent le déterminant antigénique à leur surface, sans besoin de contact
avec les Ȼ dendritiques. La réaction à médiation humorale se déroule alors en 5 étapes :
Reconnaissance : du déterminant antigénique (motif moléculaire spécifique à l’AG) par un
des clones de LB qui possède à sa surface des AC spécifiques et complémentaires ;
Sélection clonale : Les récepteurs B reconnaissent le déterminant antigénique dont la
structure est complémentaire du paratope des anticorps produits par la cellule. Lorsque le LB
fixe le déterminant avec ses AC membranaires, il est alors activé, sélectionné parmi les
autres clones du pool de LB ;
Amplification clonale : En parallèle, la production d’interleukines 2 par les LT CD4 auxiliaires
stimule la prolifération des LB sélectionnés et spécifiques : le clone subit un grand nombre de
mitoses aboutissant à la formation de clones de LB spécifiques à l’AG : expansion clonale
Différenciation clonale : Les interleukines 2 stimulent aussi la différenciation d’une partie de
ces LB en plasmocytes (riches en RE, appareils de Golgi et mitochondrie) qui sont de grosses
cellules spécialisées dans la production (sécrétion) massive d’AC spécifiques solubles, mais
aussi en LB mémoire (durée de vie longue), qui permettraient, en cas de future infection par
le même AG, une réponse immunitaire adaptative plus rapide.
Phase effectrice : Les AC solubles libérés par les plasmocytes, circulent dans le sang et dans la
lymphe et sont capables de se lier, grâce à leur « site anticorps » (partie variable) au même
type d’AG : il se forme alors des complexes immuns insolubles qui neutralisent les AG
spécifiques, facilitent leur élimination et se précipitent. Ces complexes, reconnus par les
phagocytes plus facilement grâce à leurs récepteurs du fragment Fc, sont éliminés par
phagocytose. La facilitation de la phagocytose grâce aux anticorps se nomme l'opsonisation.
4/ Origine de la diversité des anticorps :
- Le système immunitaire, face à la diversité des pathogènes, dispose d’un grand répertoire de
récepteurs membranaires, dont une grande diversité d’AC : c’est le répertoire immunitaire
(ensemble des récepteurs membranaires portés par les LB).
- Les anticorps (AC), ou immunoglobulines : sont des protéines plasmatiques en forme de Y,
constituées de 4 chaines polypeptidiques, 2 chaines lourdes (H) et 2 chaines légères (L),
identiques 2 à 2 et reliées entre elles par le biais de ponts disulfures. Ils peuvent être libres et
circuler dans le sang et la lymphe ou présents à la surface des LB (récepteurs membranaires).
- Pour chaque chaine H et L, il y a une partie constante (Fc) et une partie variable d’un AC à un
autre. A l’extrémité des parties variables des chaines, se situent 2 sites de reconnaissance et de
fixation de l’AG, appelés « sites anticorps » : chaque site est spécifique à un AG donné, et
s’associe par complémentarité à son motif moléculaire.
- La spécificité des AC résulte de la diversité des séquences des 100 à 110 acides aminés (AA) qui
forment les domaines variables VH et VL, sites de fixation des AG. Ils se forment ainsi :
Chaine Lourde : 2 V parmi 51, 1 fragment D parmi 27, 2 J parmi 6 (+C) Chromosome 14
Chaine légère : 1 V parmi 40, 1 J parmi 5 (+C) Chromosomes 2, 22
Cela permet des millions de combinaisons, telles que tous les AG possibles sont normalement
reconnaissables.
- La diversité des domaines variables résulte de la présence de chaque gène en plusieurs
exemplaires. Grace au principe de recombinaison par boucles d’excision (+ épissage alternatif),
les parties variables diffèrent toutes.
- Les LB (ou LT) sont produits dans la moelle osseuse à partir de cellules souches qui se
multiplient et se différencient. Lors de leur maturation, les lymphocytes B subissent des
réarrangements de leur ADN issue de la cellule souche (qui consistent à éliminer certains
fragments ou à en rapprocher d’autres). Il s’agit de recombinaisons des segments de gènes
exprimant les parties constantes et variables des chaines H et L des anticorps, sélectionnés et
assemblés aléatoirement. Ceci crée une multitude de combinaisons possibles.
- Ainsi, chaque lymphocyte B est original et ne produit qu’un seul type d’anticorps, mais
l’ensemble des lymphocytes B d’un individu produira une diversité quasi infinie d’anticorps
(d’origine génétique), due à la diversité des extrémités variables du site de fixation.
- Après avoir acquis leur AC membranaires, les LB et LT sont dits immunocompétents. Certains
sont éliminés afin de ne pas déclencher des réactions contre l’organisme lui-même. En effet, ils
reconnaissent ses molécules de l’organisme : ils sont dits « auto-réactifs » car les récepteurs
reconnaissent des molécules du ‘’soi’’, et sont éliminés par apoptose.
5/ Mémoire immunitaire :
Les cellules mémoires (LT4, LT8, LB mémoires) peuvent réagir rapidement et plus efficacement
lors d’une 2nd présentation du même antigène : elles sont produites dans un délai plus court en
plus grande quantité lors du 2nd contact, par rapport à la réponse primaire.
Cependant, ce mécanisme n’est pas infaillible. En effet, dans le cas du virus de la grippe, cela
n’est pas efficace : la grippe, ayant des AG variables, les virus ne permettent pas d’activer les
lymphocytes mémoire (les virus mutent continuellement [très mutagènes] constituant des AG
différents, nouveaux). C’est la raison pour laquelle nous pouvons être infectés par la grippe
chaque année (grippe saisonnière).
Conclusion :
Associée à l’immunité innée, l’immunité adaptative permet d’éliminer la cause du
déclenchement de la réaction immunitaire.
On parle d’immunité adaptative car la réponse mise en place est adaptée au type d’agent
infectieux concerné.
La réaction innée est nécessaire pour que la différenciation adaptive se réalise et la
coopération entre cellules est nécessaire.
Les différents lymphocytes coopèrent de manière coordonnée pour éliminer l’agent
infectieux, présent dans les liquides circulants (libres) ou à l’intérieur des cellules infectées.
LB
LB mémoires
LT CD 4 + LT4 Auxiliaires Interleukines Plasmocytes Anticorps libres
antigène qui neutralisent
présenté par Ȼ les antigènes
LT4 mémoires
dendritiques
LT8
LT8 mémoire
LT8 cytotoxiques Molécules
provoquant la
mort des cellules
infectées
Représentation d’un Anticorps