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Lapsychologieislamique H G Rassool

L'article explore la psychologie islamique, ses définitions et ses perspectives, en soulignant la nécessité de l'islamisation des connaissances pour développer un modèle psychologique conforme aux valeurs islamiques. Il aborde les défis de la laïcisation de la psychologie et l'impact de l'Orientalisme sur les psychologues musulmans, tout en plaidant pour une intégration de la théologie islamique dans les sciences humaines. L'auteur appelle à une redéfinition de la psychologie qui inclut les dimensions spirituelles et religieuses de l'expérience humaine.

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Lapsychologieislamique H G Rassool

L'article explore la psychologie islamique, ses définitions et ses perspectives, en soulignant la nécessité de l'islamisation des connaissances pour développer un modèle psychologique conforme aux valeurs islamiques. Il aborde les défis de la laïcisation de la psychologie et l'impact de l'Orientalisme sur les psychologues musulmans, tout en plaidant pour une intégration de la théologie islamique dans les sciences humaines. L'auteur appelle à une redéfinition de la psychologie qui inclut les dimensions spirituelles et religieuses de l'expérience humaine.

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LA PSYCHOLOGIE ISLAMIQUE Contexte, définitions et perspectives G.


Hussein Rassool

Article · September 2022

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2 authors:

Zoubir Benmebarek Professor Dr. G.Hussein Rassool

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LA PSYCHOLOGIE ISLAMIQUE Contexte, définitions et perspectives G.


Hussein Rassool

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17/09/2022

LA PSYCHOLOGIE ISLAMIQUE
Contexte, définitions et perspectives
G. Hussein Rassool

Traduit de l’anglais par :


Dr. Zoubir Benmebarek
Email: [email protected].

Note :

Cet article est la traduction, après accord de l’auteur, du premier chapitre du livre [Islamic
Psychology : Human Behaviour and Experience from an Islamic Perspective] de G.H.Rassool
intitulé [Islamic psychology : context, defintions and perspectives] paru aux éditions Routledge
en 2021. Ce chapitre est disponible en libre accès à l’adresse suivante :
https://iou.edu.gm/wp-content/uploads/2021/04/IslamicPsychology_HumanBehaviour_ch1.pdf].

Ce qu’il faut retenir


1- Définir la psychologie selon la perspective laïque.
2- Connaitre l’apport de l’islamisation des connaissances au développement de la
psychologie islamique.
3- Identifier les problèmes et les difficultés liés à la laïcisation de la psychologie.
4- Explorer la relation entre le Coran et la psychologie.
5- Discuter les concepts de la psychologie islamique.
6- Formuler une définition de la psychologie islamique.
7- Analyser les différentes approches à la psychologie islamique.

Introduction
Les publications scientifiques sur la psychologie islamique ont connu ces dernières années un
essor remarquable dans la perspective d’atteindre un consensus sur sa définition, son modèle
conceptuel et théorique et ses applications cliniques. Les tentatives pour définir ce champ,
développer ses modèles théoriques, ses structures organisationnels et élaborer un modèle de
l’âme ont été couronnées d’un certain succès (Kaplick et Skinner, 2017; Al-Karam, 2018a,b ;
Rothman et Coyle, 2018 ; Keshavarzi et al., 2020). Cependant, la psychologie contemporaine
laïque reste dominante et incontestée dans la plupart des institutions académiques des pays en
voie de développement y compris ceux majoritairement musulmans. Beaucoup de psychologues
musulmans formés dans des universités occidentales ou même dans les universités de leurs

1
propres pays sont restés enfermés dans une «bulle psycho-séculière». Il est évident que dans
beaucoup de pays à majorité musulmane les psychologues cliniciens et les psychothérapeutes ont
non seulement subi une acculturation par l’approche Orientaliste de la psychologie mais plus
encore ont internalisé des valeurs étrangères à leur culture et à leur tradition islamique. Certains
sont même devenus des Freud Musulmans usant du jargon psychologique comme le complexe
d’Oedipe et d’Electra et le développement psychosexuel; ils ont aveuglément suivi la «voix du
maitre». Cette situation a été décriée par Malik Badri qui écrivait évoquant son expérience après
sa première conférence sur l’Islamisation en 1963 :

Le public profane a apprécié la conférence mais mes collègues du département de


psychologie n’étaient pas contents. Ils s’enorgueillaient d’être des scientifiques guidés par
la méthode scientifique neutre et exempte de valeurs où il n’y avait pas de place pour le
«dogme» religieux. Ils me demandaient ironiquement «Peut-on parler d’une science
physique fasiq ou méchante ou existe-t-il une chimie non-islamique ? Dès lors pourquoi
nous parler de psychologie islamique ? Si vous n’acceptez pas la psychanalyse freudienne
montrez-nous la meilleure façon de traiter les patients ayant des troubles émotionnelles».
(Khan, 2015, p.161)

Il est important de rattacher l’émergence, les conceptualisations actuelles et le statut de la


psychologie islamique au contexte plus large du mouvement Islamisation des Connaissances
(IdC). Le mouvement Islamisation des Connaissances a connu son apogée au milieu des années
1970 en réaction à la situation critique que vivait la Oumma, la laïcisation du système éducatif
dans les pays à majorité musulmane, l’éveil et la prise de conscience des musulmans à travers le
monde et la préoccupation des savants musulmans quant à l’adoption par les musulmans des
valeurs et du mode de vie occidental. Le concept Islamisation des Connaissances a été proposé
par Al-Attas (1978) qu’il définit comme (la libération, au prime abord, de l’homme des traditions
magiques, mythologiques, animistes et culturelles nationales, puis de l’emprise de la culture
laïque sur sa pensée et sur sa langue) (p.41). Pour Al Faruqi (1982) l’Islamisation des
Connaissances est «la refonte du savoir sur des principes islamiques. Ceci se concrétise par
diverses actions à prendre, entre autres, mettre fin à la séparation entre systèmes éducatifs
traditionnels et modernes et publier des traités sur ce sujet» (pp.13, 48). Selon Ragab (1999)
Islamisation veut dire «intégration des connaissances islamiques révélés aux sciences humaines».
Dans ce contexte l’Islamisation des connaissances fait aussi allusion à «l’islamisation des
connaissances modernes ou contemporaines». Yusuf, (2015) affirme que l’islamisation des
connaissances est :

Une tentative de façonner un paradigme islamique des connaissances basé sur la


vision islamique et sur des concepts et des facteurs constitutifs uniques. Parce que
le savoir tel conçu en Occident est fondé sur des valeurs et est éloigné du Tawhid (
Unicité et Souveraineté de Dieu).
(p. 69)

Dzilo (2012) soutient que le concept «d’Islamisation des Connaissances n’est pas monosémique
mais désigne les différentes approches aux divers formes de la pensée moderne selon la tradition
intellectuelle islamique sur la problématique moderne du savoir dans ses prémisses
métaphysique, épistémologique, éthique et méthodologique» (p. 247). Cela veut dire intégrer la
théologie islamique dans les connaissances et les pratiques basées sur les preuves dans divers

2
disciplines comme la psychologie, la sociologie, les sciences médicales, la santé, l’économie et
les finances. Ceci permettrait le développement d’un savoir psychologique basé sur la vision
islamique. Rassool (2019 b, 2000) suggère que le processus de délaïcisation de la psychologie a
déjà commencé et des efforts sont menés pour rebâtir la psychologie sur un paradigme
épistémologique islamique. Peut-être avons-nous besoin de rappeler la conclusion de Malik
Badri le Père de la psychologie Islamique contemporaine pour qui ce n’est pas toute la
psychologie Occidentale qui devrait être islamisée. Badri (1979) dit :

Nous n’avons pas besoin d’islamiser la psychophysique ou la physiologie de la vision et


de l’audition, l’anatomie de l’oeil et de l’oreille. Aussi n’avons-nous pas besoin
d’islamiser les études sur le rôle des neurotransmetteurs sérotoninergiques dans le
sommeil ou dans l’horloge biologique, le rôle de l’adrénaline dans le maintien du niveau
d’énergie ou les effets de la caféine, de l’alcool ou de l’héroïne sur le système nerveux
central. De même nous n’avons pas besoin de développer notre propre psychologie
statistique islamique ou mener des batailles d’ordre éthique contre les théories neutres de
l’apprentissage. Ces domaines sont des no man’s land entre la psychologie et les sciences
exactes.
(p. 9)

La psychologie moderne: définitions

La psychologie est une discipline aux multiples facettes dont l’objet est l’étude scientifique du
comportement et des processus mentaux des individus ou des groupes d’individus dans leur
environnement. En tant que science la psychologie vise l’étude des caractéristiques innées et
acquises, des processus cognitifs, du comportement émotionnel, du comportement normal et
pathologique, du comportement évolutionniste, des bases biologiques du comportement, du
processus développemental, du comportement organisationnel, des comportements de santé et de
maladie et la manière de changer ou modifier notre comportement. Pour atteindre ces objectifs la
psychologie fait appel aux méthodes scientifiques de recherche telles l’observation,
l’expérimentation, la relation cause à effet, la comparaison, la généralisation et l’analyse
rigoureuse des données. Le but principal de la psychologie est de décrire, expliquer, prédire et
modifier le comportement humain et les processus mentaux.
Etymologiquement, la psychologie veut dire science de l’esprit ; «psyché» veut dire «âme,
souffle» et «logie» veut dire «étude ou science» (Online Etymology Dictionary, 2020).
La psychologie est une discipline scientifique nouvelle bien que ses origines remontent à la
Grèce antique, 400-500 AC ; son essence était plutôt philosophique. Le discours intellectuel des
philosophes tels Socrate, Platon, et Aristote portait sur la nature, l’origine et la destinée de l’âme
humaine, le libre arbitre versus le déterminisme, l’environnement versus l’hérédité, l’attraction,
la mémoire et la conscience etc. La question de l’influence des facteurs naturels et de
l’environnement a suscité des débats controversés ; par exemple Platon affirme qu’un certain
savoir est inné alors qu’Aristote pense que l’enfant nait page blanche (en latin tabula rasa) et que
les connaissances sont acquises par l’apprentissage et l’expérience. Le concept de tabula rasa a
été la semence de ce qui est connu actuellement comme le comportementalisme ou l’école
comportementale en psychologie.
Le terme psychologia (ou psychologie) a été utilisé pour la première fois par Marko Marulić
dans son livre Psichiologia de Ratione Animae Humanae à la fin du 15ème siècle ou au début du
16ème siècle (Krstic, 1964). En anglais la première référence au terme psychologie était l’œuvre
de Steven Blankaart, dans The Physical Dictionary un livre «d’Anatomie qui traite du corps et
de la psychologie et qui décrit l’âme» publié en 1694 (Colman, 2014). Du point de vue

3
historique la définition et l’objet d’étude de la psychologie a évolué en plusieurs étapes
(voir Figure 1.1)
Première étape: la psychologie était définie comme «l’étude de l’âme ou de l’esprit».
Deuxième étape: elle était définie comme l’étude des processus mentaux (Psychologia Empirica
de Christian Wolff , 1732).
Troisième étape: William James (1890): la psychologie est «la science de la vie mentale : ses
phénomènes et ses conditions». John B. Watson (1913): la psychologie est l’acquisition
d’informations nécessaires au contrôle du comportement.
Quatrième étape: la psychologie est la science du comportement humain et de l’expérience et
«l’étude du comportement global» (conscient et inconscient).

L’association américaine de psychologie (2020) définit la psychologie comme «l’étude des


processus mentaux et du comportement. C’est une discipline diversifiée, ancrée dans la science
avec des applications infinies dans la vie quotidienne». Une autre définition de la psychologie :

C’est l’étude des processus mentaux et de la manière dont ils commandent et influencent notre
comportement, de la communication, la mémoire, la pensée et l’émotion. Elle vise à
comprendre la façon de penser des êtres humains et comment ce savoir peut être utile
pour faire face aux problèmes sociétaux actuels.
(Société Britannique de Psychologie).

La définition de la psychologie dans la littérature scientifique varie de l’étude scientifique du


comportement à l’étude du mental, de ses fonctions et du comportement, à l’étude du conscient
et de l’inconscient. Cependant certains psychologues dénient la réalité de l’inconscient et la
majorité des psychologues influents nient l’existence de l’âme.

Laïcisation de la psychologie: Quid du problème ?

Du point de vue historique, l’étude de l’âme tenait une place importante dans les débats relatifs à
la psychologie avant la séparation entre la science et la religion et l’émergence du paradigme
scientifique Occidental. La séparation formelle entre la science et la religion est en partie la
conséquence de la laïcisation des sociétés Occidentales contemporaines. Cette marginalisation de
la religion dans le paradigme «sans âme» de la psychologie veut dire que «les idées, les pratiques
et les organisations religieuses ont perdu leur influence face au savoir scientifique et aux autres
formes de connaissances» (McLeish, 1995, p.668). L’idée derrière la laïcisation de la
psychologie moderne est que la religion qui est basée sur la foi ne peut être mesurée par les
4
méthodes objectives alors que la science est basée sur l’empirisme, l’expérimentation et sur des
faits vérifiables.
Selon cette philosophie «l’univers se suffit à lui-même, sans une cause surnaturelle et sans aucun
contrôle et qu’en toute probabilité l’interprétation du monde donnée par les sciences est la seule
explication satisfaisante de la réalité» (Honer et al., 2015). Heiman (1998) soutient que «la Foi
est l’acceptation de la vérité d’une affirmation sans questionnement et sans besoin de preuves»
alors que «le scientifique est en quête de preuves» (p 7). Reber (2006) indique que bien que la
laïcisation a changé la nature et la qualité de la relation entre la psychologie et la religion elle n’a
pas complètement défait les liens. La religion garde, à un certain degré, de l’importance chez
beaucoup de gens y compris chez les psychologues eux -mêmes. (p 194).
Ce qui est intéressant ici c’est le travail de William James (1902/1999) dans son livre
«L’Expérience Religieuse. Essai de Psychologie Descriptive» (The Varieties of Religious
Experience) parce qu’il met en garde contre la séparation entre l’expérience religieuse et des
efforts de recherche sur la compréhension du comportement humain. James affirme que

Etudier le monde en négligeant les aspirations et les sentiments divers des individus
c’est un peu comme l’on offrait le menu d’un repas à la place du repas lui-même.
(p 417 traduit par F. Abauzit )

Il a touché ici à trois points essentiels: il y a une variété de sentiments, attitudes et expériences
qui sont de nature religieuse et qui sont importants pour l’être humain, les expériences
religieuses sont autant descriptibles que les autres expériences humaines et que toute description
de la vie humaine qui exclut l’expérience religieuse serait insuffisante pour la compréhension du
comportement humain.
Le problème des psychologues laïcs y compris les psychologues musulmans pris dans «le terrier
du lézard» (voir plus bas) est leur incapacité à intégrer les comportements et l’intelligence
éthique au sein du paradigme de la psychologie occidentale. Bien qu’ils reconnaissent la
nécessité d’avoir un «Code d’Éthique» pour les thérapies ou pour la recherche sur les animaux et
sur des participants humains, ils rejettent l’éthique et les valeurs humaines comme une des
dimensions de la psychologie. Une psychologie du 21ème siècle, au lieu d’être prisonnière de son
passé colonial et Orientaliste, devrait être plus intégrative et adopter une éthique et des valeurs
humaines de ce qui est bien ou mal, juste ou faux car les «questions religieuses et philosophiques
comme l’éthique, l’esthétique et le sens de la vie font partie de la psychologie» (Reber, 2006, p
200). En résumé, Badri (1979) confirme sa position claire envers «la psychologie occidentale
sans âme» en disant

Il n’y a aucune allusion aux autres aspects de l’homme. Le religieux, le spirituel ou au


moins le transcendantal… Les normes qui excluent le côté spirituel de l’homme ne
peuvent trouver ancrage que dans une société aveuglée par le matérialisme. Dans une telle
société, les individus spirituels pratiquants motivés peuvent être vus comme inadaptés,
excentriques ou anormaux.
(p. 24)

Les principales limites de la psychologie laïque moderne sont détaillées au Tableau 1.1
La psychologie prétend être une science ; selon Kuhn (1962) une science émerge et se développe
en quatre étapes distinctes : pré-paradigme, science normale/paradigme, crise et révolution.
Puisque la psychologie est dans l’étape initiale pré paradigmatique, elle se retrouve fragmentée
et caractérisée par l’éclectisme (Kuhn, 1962; Sankey, 2002). C'est-à-dire le cadre et les
approches théorique et conceptuels, les méthodologies et les techniques sont éclectiques et

5
viennent d’un large éventail de sources. Certains pensent que la psychologie a déjà vécu sa
révolution scientifique. Qu’elle soit en étape pré paradigmatique ou non ne devrait pas nous
détourner du fait que l’origine de la psychologie vient du discours philosophique et de l’étude de
l’âme humaine.

Tableau 1.1. Limites de la psychologie laïque


Auteurs Limites de la psychologie laïque
Badri (1979) p. Les normes qui excluent le côté spirituel de l’homme ne peuvent trouver
24 ancrage que dans une société aveuglée par le matérialisme. Dans une
telle société, les individus spirituels pratiquants motivés peuvent être vus
comme inadaptés, excentriques ou anormaux.
D’Souza et Dénuée de sensibilité et de compétence culturelle pour faire face aux
Rodrigo (2004) croyances et pratiques religieuses du patient.
James Toute représentation de la vie humaine qui exclut l’expérience religieuse
(1902/1999) serait incomplète et incapable de fournir une compréhension riche et
globale de la vie humaine.
Platon (1982) On ne peut guérir la partie sans soigner le tout. On ne doit pas soigner le
corps séparé de l'âme, et pour que l'esprit et le corps retrouvent la santé,
il faut commencer par soigner l'âme. Car c'est une erreur fondamentale
des médecins d'aujourd'hui : séparer dès l'abord l'âme et le corps.
Reber (2006) L’exclusion de l’éthique, des valeurs humaines et du sens de la vie.
p.200 Qu’est ce qui est juste ou faux, bien ou mal ?
Reber (2006) La laïcité moderne résulte en une psychologie fragmentée de la vie
p.196 humaine car elle exclut plusieurs aspects de la vie de nature religieuse
qui sont répandus et importants pour beaucoup de gens y compris pour
les psychologues.
Richards et Le naturalisme scientifique offre une vision appauvrie de la nature
Bergin (2005) humaine et ne rend pas, comme il se doit, compte de la complexité et des
p.37 mystères de la vie et de l’univers.
Zaraboso les êtres humains sont vus comme indépendants de leur Créateur et
(2002) p.49 Seigneur.
.Zaraboso Les théories sont basées sur l’intellect humain rejetant la révélation du
(2002) p.49 Créateur.
Zaraboso Les connaissances et la recherche s’intéressent uniquement aux aspects
(2002) p.49 matériels palpables en ignorant les aspects spirituels invisibles.
Zaraboso Les comportements sont généralement vus comme exclusivement
(2002) p.49 déterminés par les pulsions, les réflexes, le conditionnement et les
influences sociales.
.Zaraboso Le danger des théories laïques : mener les gens vers le mauvais chemin
(2002) pp 44- de la purification spirituelle.
45 Les gens sont amenés, à tort, à croire en des théories basées sur des
arguments faux mais présentés comme vraies et bénéfiques.
Le résultat est que les êtres humains ne peuvent prendre conscience de
cet égarement.
Utz (2011) p 29 la définition laïque de la psychologie «suppose que nous avons été mis
dans ce monde puis laissés à nous même sans intervention divine».

6
Le Coran et la psychologie

• «Nous t'avons fait descendre le Livre, pour les hommes, en toute vérité. Quiconque se
guide [le fait] pour son propre bien; et quiconque s'égare, s'égare à son détriment. Tu
n'es nullement responsable [de leurs propres affaires]».Az Zumar (39 : 41)
Le Coran est un livre de guidance pour toute l’humanité et pas seulement pour les croyants. Le
message du Coran porte sur le soin personnel, les relations avec l’entourage, la famille, le
mariage, la solidarité sociale, les étapes embryonnaires et développementales, les comportements
émotionnels, les comportements prosociaux, l’intelligence éthique et spirituelle, la personnalité,
le besoin de savoir et d’apprentissage et les autres aspects du comportement humain. De plus il y
a des comportements prohibés en Islam comme le suicide, les perversions, les jeux de hasard,
l’alcool et l’abus de drogue, le crime et les discriminations raciales. Le Coran n’est pas une
encyclopédie médicale mais plutôt un guide spirituel, social, psychologique et économique pour
la compréhension du comportement humain. Les messages clairs du Coran révélés par Allah sont
à appliquer comme mode de vie complet pour tous les êtres humains. Les versets du Coran nous
encouragent de façon répétée à «réfléchir» sur son contenu et à comprendre, penser et mettre en
pratique ses messages et ses commandements. De son enseignement on découvre essentiellement
que nous sommes en même temps des êtres matériels et spirituels qui ont besoin de se purifier
l’âme et maintenir un lien avec le Créateur Allah. Le langage psychologique du Coran décrit tous
les comportements humains et les expériences psychologiques. Utz (2011) affirme que

Nos pensées, émotions, volonté et comportements devraient converger vers l’atteinte du


plaisir d’Allah. La clé d’une bonne santé mentale et du bien-être vus d’une perspective
islamique est la soumission à Allah le Très Haut, le Puissant et à ses Commandements pour
se purifier l’âme.
(p 25).
Allah dit dans le Coran dit (traduction du sens)
«Nous n'avons rien omis d'écrire dans le Livre» (Al-An'am 6:38).
Dans ce verset Allah mentionne que rien n’a été négligé dans ce Registre (Coran) et que le savoir
d’Allah embrasse toute chose. Selon la perspective islamique, la première source du savoir et de
l’autorité en Islam est le savoir divin du Coran et la guidance de la tradition (Sunna) du Prophète
Mohammed (QSSL), Allah le tout Puissant sait tout et nous connait mieux que nous même.
Allah dit dans le Coran (traduction du sens) :
• «C'est Lui qui détient les clefs de l'Inconnaissable. Nul autre que Lui ne les connaît. Et Il
connaît ce qui est dans la terre ferme, comme dans la mer. Et pas une feuille ne tombe
qu'Il ne le sache. Et pas une graine dans les ténèbres de la terre, rien de frais ou de sec,
qui ne soit consigné dans un livre explicite» (Al-An'am 6:59).
• «Nous avons effectivement créé l'homme et Nous savons ce que son âme lui suggère et
Nous sommes plus près de lui que sa veine jugulaire» (Qaf 50:16).

7
Donc Allah sait ce qu’il y a dans notre cœur et âme. Selon Ibn Kathir, le verset sus-cité (Qaf
50:16) veut dire «Allah parle de sa Science qui embrasse tout y compris ce que l’âme suggère à
l’homme du bien soit-il ou du mal». Il est dit que

La Révélation est la fondation sur laquelle se construit toute connaissance, elle est parfaite et
complète. Ceci reflète la croyance ferme et inébranlable des musulmans dans les
scriptures (Coran) comme la dernière parole révélée d’Allah, cette conviction est
spécifique à l’Islam.
(Utz, 2011, p.39)
Un des premiers versets du Coran relève ce point (traduction du sens) :
«C'est le Livre au sujet duquel il n'y a aucun doute, c'est un guide pour les pieux» (Al-Baqara
2:2).
Le Savoir Divin dans le Coran est de nature infinie. Allah dit :
«Dis: Si la mer était une encre [pour écrire] les paroles de mon Seigneur, certes la mer
s'épuiserait avant que ne soient épuisées les paroles de mon Seigneur, quand même Nous lui
apporterions son équivalent comme renfort» (Al-Kahf 18:109).
Selon Ibn Kathir «Allah ordonne à son Prophète (QSSL) de dire aux hommes que si la mer était
une encre pour écrire les paroles de mon Seigneur comprenant Ses enseignements, décrets et
signes qui affirment Son existence, la mer sera assurément tarie avant que ne soient épuisées Ses
paroles, même si une autre mer venait la suppléer».
Le savoir est aussi acquis par les perceptions et par le rationalisme (raisonnement logique) et ces
sources ne peuvent être négligées. Donner la priorité à la révélation ne veut pas dire écarter la
science, les connaissances tirées de l’empirisme, l’intuition et la raison. Cependant les preuves
scientifiques devraient être jugées et pesées à l’aune de la révélation divine. Les psychologues
musulmans devraient essayer de mettre l’éthique islamique avant la rationalité et les preuves
empiriques ; ces dernières devraient être considérées comme secondaires par rapport aux
premières. Chercher et explorer pour atteindre la vérité est permis en Islam (Leaman, 2006,
p.571). Ceci se reflète dans ce verset (traduction du sens) :
«Et quand Abraham dit: "Seigneur! Montre-moi comment Tu ressuscites les morts", Allah dit:
"Ne crois-tu pas encore?" "Si! dit Abraham; mais que mon cœur soit rassuré". "Prends donc, dit
Allah, quatre oiseaux, apprivoise-les (et coupe-les) puis, sur des monts séparés, mets-en un
fragment ensuite appelle-les: ils viendront à toi en toute hâte. Et sache qu'Allah est Puissant et
Sage» (Al-Baqarah 2:260).
Le verset sus-cité laisse entendre une évidence que c’est Allah qui nourrit les interrogations
[depuis le prophète Abraham] (Leaman, 2006, p.572). En fait les êtres humains sont interpelés
continument dans le Coran à contempler et à réfléchir sur les merveilles de la nature, à prêter
attention aux signes qu’ils peuvent trouver en eux-mêmes ou dans l’univers pour découvrir la
vérité. Les deux versets qui suivent illustrent l’incitation à la contemplation et à la réflexion sur
l’univers. Allah dit dans le Coran (traduction du sens) :
«Dis: "Regardez ce qui est dans les cieux et sur la terre". Mais ni les preuves ni les avertisseurs
(prophètes) ne suffisent à des gens qui ne croient pas». (Yunus 10:101)
«Nous leur montrerons Nos signes dans l'univers et en eux-mêmes, jusqu'à ce qu'il leur devienne
évident que c'est cela (le Coran), la Vérité. Ne suffit-il pas que ton Seigneur soit témoin de toute-
chose?» (Fussilat 41:53).

8
Il est primordial de noter que

C’est [ l’Ange] Gabriel qui, avec la permission d'Allah, a fait descendre cette
révélation (sur le cœur) de Mohamed (Al-Baqara 2 :97). Dans la sourate (Ash-
Shu’ara 26 :193–194) nous lisons qu’il a été transmis par l’Esprit fidèle (Rouh) qui
l’a fait descendre dans ton cœur consolidant ainsi la relation entre le Cœur (Qalb) de
l’être humain et l’esprit (Rouh) de [l’Ange] Gabriel. La psychologie du Coran prend au
sérieux l’idée que nous sommes à la frontière du matériel et du spirituel.
(Leaman, 2006, p.441).

Evolution de la psychologie islamique: le contexte

Le 20ème siècle a été marqué par un éveil de la Oumma Islamique face à la laïcisation de
l’éducation et des sciences sociales. L’évolution de la psychologie islamique ou «la renaissance
de l’oiseau Dodo» (terme utilisé par Rassool, 2019) ne s’est pas faite dans le vide.
Plusieurs courants islamiques comme l’Association des Sociologues Musulmans, des savants,
des théologiens et des revivalistes ont eu une influence considérable sur «l’Islamisation des
Connaissances». Une des principales questions abordée lors de la Première Conférence Mondiale
sur l’Education Islamique, tenue en 1977, était de savoir si l’adoption partielle, du mode
«Occidental» de la pensée laïque dans le champ des sciences sociales, serait possible sans avoir
un effet préjudiciable sur la pensée et le mode de vie islamique. Les recommandations faites
pour les sciences sociales est que ces disciplines qui concernent l’homme et la société devraient
être reformulées à partir d’une perspective islamique. Des développements plus significatifs ont
été notés après que le Professeur Ismail Raji al-Faruqi créa l’Institut International de la Pensée
Islamique en 1981 aux Etats-Unis avec pour but de lancer un programme d’activités sur
l’intégration des sciences islamiques révélées dans les sciences laïques sous le nom
d’Islamisation des Connaissances. Le Professeur Syed Muhammad Naquib Al-Attas a fondé
l’Institut International de la Pensée Islamique et de la Civilisation avec pour but d’appliquer le
programme de la Première Conférence Mondiale sur l’Éducation Islamique. Il y a plusieurs
savants et érudits qui ont contribué au développement spirituel de la perspective islamique de la
psychologie qui, directement ou indirectement, ont influencé l’islamisation des connaissances.
Parmi eux Aḥmad al-Fārūqī al-Sirhindī, Shāh Walīullāh Dehlawī (ou Shah Wali Allah), Allama
Muhammad Iqbal, Maulana Abul A’la Maududi et Sayyed Hossein Nasr. Malgré les progrès
réalisés en 40 ans d’activités diverses suivant les recommandations des conférences mondiales
sur l’éducation islamique «le projet de l’islamisation des sciences sociales ne s’est pas développé
comme il était souhaité» (Saqeb, 2000, p.64).

C’est dans ce climat vers la fin des années 1970 que Badri (1979) a mis en garde, dans son livre
le Dilemme des psychologues musulmans, contre l’imitation aveugle (Taqlid psychologique) des
idées et des pratiques occidentales non islamiques. Son livre s’est basé sur son allocution ayant
pour titre «les psychologues musulmans dans le terrier du lézard» présentée en 1975 à la
quatrième convention annuelle de l’Association des Sociologues Musulmans des Etats-Unis et
du Canada. Le «terrier du lézard» est un terme tiré d’un Hadith du Prophète. Il a été rapporté
par Abu Hurreira qui a dit que le Messager d’Allah (QSSL) a dit :

9
Vous suivrez certainement les voies de ceux qui sont venus avant vous, empan par
empan, coudée par coudée, jusqu’au point que s’ils entrent dans le terrier d’un lézard,
vous y entrerez aussi !» Ils dirent (les compagnons): «Ô Messager d’Allâh ! (Veux-tu
dire) les juifs et les chrétiens ?» Il répondit: «Et qui d’autres qu’eux !?» (Ibn Majah).

Dans les cercles de l’Islamisation des Connaissances, il était connu que «Badri a été fortement
influencé par les livres de Qutb surtout le livre «La religion incomprise» et les écrits de
Mawdudi [Abul A’la Maududi]» (Khan, 2015, p.160). Dans le champ de la psychologie, il a été
influencé par Hans Eysenck de l’Institut de Psychiatrie et Hôpitaux de Maudsley et Bethlem à
Londres, par Joseph Wolpe un psychiatre Sud-Africain, l’une des figures les plus influentes en
thérapie comportementale, et par Victor Meyer un thérapeute comportementaliste à l’hôpital
universitaire de Middlesex. L’avertissement de Badri (1979) visait à éviter aux psychologues
d’être pris dans le «le terrier du lézard» implicite qu’on retrouve dans d’autres branches de la vie
et de la pensée humaine. Cela fait maintenant un demi-siècle que Badri a mis en garde contre le
mimétisme aveugle de la psychologie laïque et que le paradigme islamique de psychologie
progresse. Depuis, on assiste, lentement mais sûrement, à travers le monde à des développements
importants en psychologie et en psychothérapie islamique. Dans une revue de la littérature
Haque et al. (2016) ont identifié sur une période de neuf ans, cinq thèmes émergeants dans ce
domaine. Ces cinq thèmes sont :

1- Fusion des modèles psychologiques occidentaux et des pratiques et croyances


musulmanes.
2- Recherches sur l’histoire de la psychologie islamique et sur sa renaissance actuelle.
3- Développement de modèles et cadres théoriques en psychologie islamique.
4- Développement d’interventions et de techniques thérapeutiques en psychologie
islamique.
5- Développement d’échelles de mesures étalonnées sur les musulmans.
(p 78)
Récemment la littérature scientifique a été enrichie par le livre «Counseling Islamique : une
introduction à la théorie et à la pratique» [Islamic Counselling: An Introduction to Theory and
Practice] (Rassool, 2016), une théorie de la psychologie humaine islamique a été développée
dans les suites de recherches empiriques (Rothman et Coyle, 2018); l’intégration des croyances
islamiques dans les psychothérapies modernes (Al-Karam ed., 2018a) et les applications
cliniques de la psychothérapie islamique traditionnelle intégrative (TIIP : Traditional Islamically
Integrated Psychotherapy) (Keshavarzi et al., 2020). Au total, la généralisation du cadre
théorique ou conceptuel de la psychologie islamique et l’application des techniques
psychothérapiques intégratives n’a pas encore abouti malgré son importance. Il est déplorable
qu’après un demi-siècle «d’évolution de la psychologie islamique» il n’existe pas un cadre
pédagogique et des programmes d’études pour l’intégration de l’éthique islamique en
psychologie. L’absence d’une philosophie pédagogique et des programmes d’études en
psychologie islamique n’a pas empêché quelques institutions de développer des formations
continues professionnelles en psychologie islamique, en psychothérapie et en counselling.

Le concept de psychologie islamique

10
Dans les publications scientifiques le concept de psychologie islamique inclut aussi la
psychothérapie islamique et le counseling. La psychologie islamique ou ʿilm al-Nafs ou la
science du Nafs (l’âme ou le soi) est l’étude philosophique de l’âme d’une perspective
islamique. Les savants musulmans ont utilisé des termes variés pour décrire le concept de
psychologie et de psychothérapie islamique comme Tibb al-nufus, Ilaj al-nafs, al-Tibb al-
ruhaniy, Tahdhib al-nufus, Tathir al-nufus, Tazkiyat al-nafs, Tasfiyat al-nufus and Mudawat al-
nufus, etc. (Sham, 2015). D’autres savants ont nommé la psychologie islamique (ou purification
de l’âme ou raffinement de l’âme) comme suit :
• Miskawayh dans «Tahdhib al-akhlaq»: Tib al-nufus; Atibba’ al-nufus; ou Ilaj al-nafs dans le
même livre.
• Abu Bakar al-Razi dans «al-Tibb al-ruhani»: al-Tibb al-ruhani.
• Ibn Bajjah dans «Ilm al-nafs»: psychologie d’Ibn Bajjah.
• Ibn al-Qayyim al-Jawziyya dans «Risalat fi amrad al-qulub»: Ilaj al-nafs.
• Shaykh ibn Ata Allah Sakandari dans «Taj Al-Arus Al-Hawi Li Tahdhib Al-Nufus»: Tahdhib
al-nufus.
• Muhammad Uthman Najati dans «A1-Hadith al-Nabawi wa ilm al-Nafs »: Ilaj al-nafs.

A l’époque actuelle, la psychologie islamique est définie selon les orientations des auteurs dans
le «mouvement Islam et psychologie» (Kaplick et Skinner, 2017). Certaines définitions sont
claires parfois même trop détaillées pour être utilisées de manière opérationnelle et d’autres sont
un amalgame de psychologie et d’Islam. Quelques définitions peuvent être facilement décrite
comme «faire du neuf avec du vieux». Al Karam (2018b) affirme :

Une revue de la littérature scientifique de certaines publications qui ont pour titre
«psychologie Islamique» révèle deux tendances principales: les chercheurs parlent de la
psychologie Islamique (PI) sans la définir comme si le lecteur est censé savoir ce que
l’auteur veut dire par ce terme ou comme si c’était un concept bien défini et bien assimilé,
ou ils donnent une définition sans expliquer la méthode utilisée pour parvenir à une telle
définition. Les deux tendances sont problématiques.
(pp. 99-100)
Examinons certaines définitions de la psychologie islamique. Bien qu’il n’existe pas de
définition unique et standard, on retrouve des points communs entre les définitions proposées.
Dans certains cas, après analyse minutieuse, les définitions disent en fait la même chose en usant
des termes différents. Cette sélection est bien sûr partiale.
Une des définitions complètes est celle de l’Association Internationale de la Psychologie
Islamique (2018).

La psychologie, telle qu’elle est pratiquée en général, ne représente que la partie


d’un tout. Souvent l’âme n’est pas prise en compte. La psychologie islamique est une
approche holistique qui vise à mieux comprendre la nature du soi et de l’âme et la
relation de celle-ci avec le Divin. Elle conceptualise l’être humain en se focalisant sur le
cœur comme le centre de la personne plus que sur le mental et elle ancrée dans les
enseignements du Coran, du Prophète et dans les connaissances de la tradition

11
musulmane sur l’âme. La psychologie islamique embrasse la psychologie moderne, la
spiritualité traditionnelle, la métaphysique et l’ontologie.

La définition de l’Association Internationale de la Psychologie Islamique élucide ce qui est


occulté en psychologie contemporaine mais fournit des éléments de psychologie islamique qui
sont basés sur la conception de l’âme selon Al Ghazali. Cette définition incorpore les
connaissances de la psychologie contemporaine. Une autre définition complète est celle d’Al
Karam (2018b).

Une science interdisciplinaire où les sous disciplines de la psychologie et/ou les


spécialités connexes s’engagent scientifiquement sur un thème particulier et à un niveau
déterminé avec les différentes sectes, sources, sciences et/ou écoles de pensées
islamiques utilisant des outils méthodologiques variées.
(pp.101–102)

Cette définition se base sur le «Paradigme Interdisciplinaire à plusieurs Niveaux» et

Cette structure sert de modèle quant à la façon de considérer les disciplines complexes
et multidimensionnelles, comme la psychologie Islamique, qui sont par essence
interdisciplinaires. Ce modèle est aussi pensé, de par sa conception, à servir de
méthodologie afin de définir la discipline.
(Al-Karam, 2018b, p.101)

Ce faisant, Al Karam intègre dans le champ de la psychologie islamique toutes les disciplines de
la psychologie et leurs applications avec toutes les sectes islamiques malgré les différences
culturelles et religieuses. Bien que cette définition soit complète son principal point faible reste
son imprécision. La définition se base sur un paradigme uniforme et se comprend comme des
principes de la psychologie islamique plutôt qu’une définition de celle-ci. Cependant, Al Karam
(2020) a donné une version révisée de la définition de la psychologie islamique. Elle affirme
«que cette vision présente la psychologie islamique comme ayant une dimension intrinsèque
(batin) et une dimension extrinsèque (dhahir) et que nous devrions la considérer comme partie
intégrante de la psychologie générale». Améliorer cette définition est nécessaire pour qu’elle soit
acceptée comme une définition valide. Dans la même veine, Kaplick et Skinner (2017) ne
définissent pas la psychologie islamique mais «Islam et psychologie» (se référant au mouvement
plus large qui relie l’Islam à la psychologie en général) qui est «le champ interdisciplinaire qui
explore la nature humaine dans ses rapports avec les sources islamiques et qui se sert de ces
connaissances pour amener les êtres humains à leur meilleur état possible sur le plan physique,
spirituel, cognitif et émotionnel» (p 199). C’est une définition holistique de l’Islam et
psychologie touchant à toutes les dimensions de la nature humaine s’inspirant des connaissances
provenant des sources islamiques. Cela veut- il dire que les connaissances provenant des autres
sources ne seront pas pris en compte ?

Les catégories suivantes sont des définitions de la psychologie islamique qui se focalisent sur le
Coran, la Sunna, la Charia etc … Par exemple Begum (2016) affrime que

12
La psychologie islamique (Ilm Al Nafs) est l’étude du «soi» (nafs) ou du «psyché»
à partir d’une perspective islamique utilisant des concepts qui ne sont pas pris en
considération par les modalités d’études de ce champ en Occident c.a.d les influences non
visibles, l’impact de la destinée, l’influence du Shaytan (démon) et l’intégration de
l’esprit.

Cette définition renferme des thèmes comme le soi (Nafs), les influences non visibles (Ghayb), la
destinée (Qadar) et la maitrise du démon. Cette définition est comme une mini encyclopédie du
Coran et il est implicitement énoncé dans la définition que Nafs est autre chose que l’âme. Des
auteurs comme Siddiqui et Malek (1996) voient la psychologie islamique comme l’application
de la Charia. Ils prétendent que la psychologie islamique est «l’étude des personnes qui se sont
complètement soumis et obéissent aux lois Divines». C’est une définition surprenante et on se
demande comment sont-ils arrivés à une telle définition. Peut-être veulent- ils dire que par la
soumission totale à Allah et en obéissant à ses commandements et à ses lois, les gens seront
capables de se purifier.
Dans la même veine Vahab (1996) définit la psychologie islamique comme «l’étude, en utilisant
le paradigme islamique, des manifestations de la présence de Dieu dans la nature telle qu’elle se
reflète dans le schéma comportemental des êtres vivants et non vivants dans tous les aspects de
la vie». Ici encore il n’est pas clair ce que l’auteur veut-il dire par cette définition.
Betteridge (2012) voit la psychologie islamique comme celle ayant un rapport

Avec tous les aspects de l’enseignement islamique du Coran, du Hadith et de la Sunna


qui clairement mentionnent ou ont un rapport au psyché humain et qui portent sur
la préservation d’un état mental sain ou sur les causes et les traitements des états
mentaux pathologiques.
(p 6)

Abdul Aziz (2018) voit la psychologie islamique comme

Une psychologie du soi (al-Nafs) mais surtout une psychologie de la spiritualité. La


psychologie islamique insiste sur l’idée que la psychologie spirituelle est la base du
développement de la personnalité humaine. En psychologie islamique le Soi se conforme
à sa fitra et est en accord avec les enseignements du Coran et du Hadith.

Alizi (2017) définit la psychologie islamique comme «l’étude scientifique des expressions de
l’âme sous forme de comportements et de processus mentaux». La définition d’Alizi a une
double composante: utiliser des méthodologies scientifiques (les sciences coraniques et la
méthode scientifique) et inclure l’âme. Selon Alizi «la définition permettra au psychologue
musulman de considérer l’âme comme un cadre général pour interpréter les données
psychologiques (comportement et processus mentaux) au lieu de l’approche limitée des
perspectives biologiques, psychodynamiques, comportementales, humanistes et cognitivistes».
Une des définitions classiques et pratique est celle d’Utz (2011). Elle définit la psychologie
islamique comme «l’étude de l’âme et des processus mentaux, comportementaux et émotionnels

13
qui en émanent, ainsi que les aspects visibles et non visibles qui influencent ces éléments»
(p.34). Pour Utz, c’est l’âme qui influence les processus mentaux, émotionnels et
comportementaux. L’essence de l’homme est spirituelle et métaphysique. Selon Utz (2011)

Puisque la vraie nature de l’âme est spirituelle, elle a besoin de se connecter à sa source,
le Créateur, comme le corps a besoin de nourritures pour survivre. Dans la
conceptualisation islamique de la psychologie, les aspects visibles et non visibles
influencent les êtres humains. La psychologie islamique inclut des aspects
complémentaires du monde non visible pour expliquer la nature humaine (p.35).

Cependant, cette définition a été critiquée par les psychologues musulmans laïcs car elle prend
en compte l’âme et les aspects non visibles qui influencent les comportements et les expériences.
Le paradigme scientifique actuel dans son approche laïque ne reconnait pas cette dimension
spirituelle. La définition d’Utz est populaire parmi les étudiants de psychologie islamique pour
sa simplicité, sa clarté et son aspect pratique. Elle englobe ce que la psychologie islamique est ou
devrait être sans trop de verbiage qui caractérise la plupart des définitions qu’on retrouve dans
les publications scientifiques récentes.
Une dernière définition de la psychologie islamique a été proposée lors d’un un atelier sur le
«Développement du Programme de Psychologie Islamique» organisé par l’Institut Riphah de
Psychologie Clinique et Professionnelle et le Centre de Psychologie Islamique à l’Université
Internationale de Riphah, Pakistan en février 2020. De petits groupes ont été créés pour proposer
des définitions de la psychologie islamique.
Après un processus d’élimination et de sélection, une définition finale a été retenue par les 20
participants. Cette définition est :
La psychologie islamique est l’étude de l’âme, des processus mentaux et du comportement selon
les principes de la psychologie et des sciences Islamiques.
(Rassool et al., 2020)

14
Selon les concepts de la psychologie islamique les aspects de l’âme et les processus cognitifs,
affectifs et comportementaux seront étudiées d’après le paradigme basé sur les preuves
(compatible avec les pratiques et les croyances musulmanes) et sur celui des sciences islamiques.
Cette définition et son cadre conceptuel sont en cours de finalisation. La figure 1.2 décrit la
définition conceptuelle de la psychologie islamique.
Le chapitre plus haut a démontré que les définitions de la psychologie islamique ne sont pas,
vues d’une perspective académique, homogènes. En réalité il y aura plusieurs définitions de la
psychologie islamique qui seront basées sur les écoles de pensée, l’orientation et le point de vue
de chaque auteur. Si la psychologie islamique est holistique dans son approche, les cliniciens et
les universitaires devraient tenir compte de la diversité des définitions et des approches. Le
tableau 1.2 présente un résumé des thèmes de la psychologie islamique tiré de la littérature
scientifique.

Quid de la psychologie ?

Il existe encore une divergence d’avis sur la psychologie Islamique mais aussi sur la
psychothérapie islamique et le counselling. Cette carence en connaissance a donné naissance à
de nombreuses écoles de pensée. Mais avant d’analyser ces écoles de pensée, il est important de
connaitre les différents types de psychologie islamique.
Au 20ème siècle plusieurs types de «psychologie Islamique» ont vu le jour. Ashraf Ali
Thanvi (1873–1943) qu’on surnomme le «Médecin des Musulmans» (Hakim al Oumma) est
considéré comme le «Hakim- Psychologue». Il a utilisé différentes techniques psychosociales et
spirituelles dans le traitement des troubles psychologiques et spirituelles. La fin des années 1970
a vu le développement d’une psychologie Musulmane par A. A. Rizvi au Pakistan ainsi que la
création de l’Institut de Psychologie Musulmane. La psychologie Musulmane est aussi enseignée
comme module dans la formation dîplomante de psychologie générale dans quatre universités au
Pakistan. En Inde on trouve aussi le Conseil Indien sur la Perspective Islamique de Psychologie
(Indian Council on Islamic Perspective in Psychology (ICIPP)).

Table 1.2. Résumé des thèmes de la Psychologie Islamique


Auteurs Thèmes de psychologie islamique
Mohamed (1995, 2009) Fitra
Shafi (1985); Skinner (1989); Haeri (1989) Soufsme (Tasawwuf)
Khalil (2014) Rida
Koshravi et Bagheri (2006) Action
Soumission totale et obéissance aux lois
Siddiqui et Malek (1996)
divines
Les manifestations de Dieu dans la nature. Le
Vahab (1996)
mode comportemental de tous les êtres
vivants. Le paradigme Islamique.
Tazkiyat al-nafs ; la dimension intrinsèque
Al-Karam (2018a,b)
(batin) et extrinsèque (dhahir).
Les concepts islamiques ou les thérapies
Haque et Keshavarzi (2013); York Al-Karam
spirituelles: Dhikr, Roukia etc. ;
(2015)
psychothérapie
Synonyme des travaux d’Al Kindi ; Al Razi,
Haque (2004); Awaad et Ali (2014, 2015)
Al-Balkhi, Al-Ghazali

15
York Al-Karam (2018a); Keshavarzi et al.
Psychothérapie Islamique Intégrative
(2020)
Psychologie Occidentale et Théologie
Utz (2011); Badri (2000)
Islamique
Abu-Raiya (2012, 2014); Haque et
Keshavarzi 2013); Keshavarzi et Khan
Rouh, Qalb, Aql, Nafs, Ihsas, Irada
(2018); Rothman et Coyle (2018)
Bonab et Kooshar (2011); Bonab et al.
Tawid, Taqwa, Tawba, Jihad al-Nafs
(2013)
Counselling islamique
Âme, processus mentaux et comportement :
Rassool (2016); Rassool (2020)
Les principes de la psychologie et des
sciences islamiques
Kaplick et Skinner (2017); Abu Raiya (2012) Islam et psychologie
Bakhtiar (2019) Psychologie Coranique
Enseignements du Coran, du Hadith et de la
Sunna. Psyché humain, Etat de bonne santé
Betteridge (2012)
mentale.

Théo-ethique, socio-ethique et psycho-


éthique.
Les maladies spirituelles du Coeur.
Théorie de la personnalité islamique.
Santé mentale des musulmans.
Younos (2017)
Psychologie des Musulmans, par les
Musulmans et pour les Musulmans
Equivalents dans les concepts occidentaux (
comme celui de Freud)
Compter sur et s’attacher à Dieu
Source: Al-Karam (2018b, p.98) avec adaptation

Récemment nous avons une nouvelle psychologie apparue sur la scène dite psychologie
Coranique (Bakhtiar,2019). On lit dans la description du livre que :

La psychologie Coranique a un but - nous préparer à retourner d’où nous venons-, renforcer ou
nous aider à retrouver notre fitra et l’état de monothéisme tel crées par Allah et ce, par la
mobilisation de notre intelligence morale. Selon la psychologie Coranique ceci se réalisera par le
renforcement de notre Nafs al-mutma’innah (’Aql, raison, intellect, esprit) afin de contrôler notre
Nafs al-ammarah (affect-comportement) en usant de notre raisonnement et par l’adhérence à
notre esprit (Sadr) et à Nafs al-lawwama ; s’en suivra une prise de conscience de notre Nafs al-
mulhamah (Qalb, “coeur”) et une conscience de Dieu (Taqwa) et de Sa présence constante dans
notre vie.

Ce qui est à la fois d’un grand intérêt et en même temps d’une grande difficulté est
l’identification d’un quatrième aspect Coranique de la nafs Nafs al-mulhamah (l’âme inspirée
qui fluctue).
Dans les quarante années passées l’émergence du mouvement Islam et psychologie (Kaplick et
Skinner, 2017) a poussé les psychologues musulmans, les cliniciens et les universitaires à
redéfinir la psychologie et ses applications dans le but de palier aux besoins de la Oumma
16
islamique. A l’intérieur de ce mouvement il y a une diversité d’approches pour la
conceptualisation de la psychologie islamique comme discipline reconnue. Long (2014) suggère
que ces approches de la psychologie islamique «ont pris deux formes: une révision critique de la
psychologie Occidentale en se référant à l’exégèse de passages correspondants du Coran ou à
l’élaboration du legs classique islamique. Une perspective théocentrique et individualiste marque
les deux visions» p 15. Ceci est identique aux approches «filtre et psychologie islamique»
présentées par Kaplick et Skinner (2017).
Kaplick et Skinner (2017) ont identifié trois grandes approches dans la littérature scientifique :
l’approche filtre islamique, l’approche psychologie islamique et l’approche comparaison

• Approche filtre islamique: vision critique des paradigmes de la psychologie mais opérant
à l’intérieur du paradigme de la psychologie Occidentale. Incorporation de la psychologie
indigène.
• Approche comparaison: trouver un terrain commun entre les concepts de la psychologie
occidentale et leurs équivalents dans les sources islamiques.
• Approche psychologie islamique: insiste sur la pensée islamique traditionnelle comme
fondement de la discipline. Les savants classiques musulmans sont des sources
secondaires et la conceptualisation de la psychologie islamique se fait à partir des sources
islamiques.

Selon Seedat (2020) autant l’approche comparaison qui tend à mettre en exergue les points de
convergence que l’approche filtre qui aspire à incorporer les pratiques psychologiques
islamiques indigènes dans la psychologie contemporaine s’inscrivent à l’encontre des théories
psychologiques occidentales. La question de transposition des connaissances des cultures
subalternes aux cultures dominantes et la façon de le faire est sujette à controverse (p.2).

Dans un autre registre Rassool (2019 b ; 2020) a relevé trois écoles de pensée qui ont émergé
dans le mouvement Islam et psychologie. L’approche Orientaliste, l’approche Intégrationniste et
l’approche Paradigme Tawhidique. Le groupe orientaliste intègre un minimum de tradition
islamique en son cadre conceptuel et au lieu de décoloniser la psychologie islamique (Seedat,
2020), il la mondialise. Le groupe intégrationniste, qui mélange de la psychologie générale aux
idéologies et pratiques Soufis est une mixture de traditions islamiques et de psychologie
populaire. L’approche Paradigme Tawheed se base sur le Coran et la Sunna et incorpore le cadre
théorique et les pratiques de la psychologie laïque qui sont en accord avec les principes et les
pratiques islamiques. Toutefois toutes ces approches se réclament de la tradition de Ahl al-Sunna
wa’l-Jamaa’a (ceux qui adhèrent à la sunna et s’unissent autour d’elle et à aucune autre voie que
ce soit dans la croyance (‘Aqeedah) ou les actions qui sont conformes à la loi islamique
(Charia)) (Islam Q&A, 2001). On reconnait ces approches à leur cadre conceptuel et à leurs
pratiques cliniques et éducationnelles.

Long (2014) prétend que les tentatives d’indigéniser la psychologie «de l’intérieur» comme «de
l’extérieur» sont problématiques. Pour lui tenter d’indigéniser la psychologie c’est «tomber de
Charybde en Scylla». Long (2014) affirme que l’indigénisation de l’extérieur est un paradoxe
parce que «la psychologie Occidentale est saturée de métathéorie laïque qui ne peut

17
s’accommoder avec la vision islamique et que toute révision restera, en substance, peu différente
de la version originale» (p. 17). L’autre alternative «indigénisation de l’intérieur» nécessite un
développement de l’œuvre des savants musulmans classiques. Long voit cette situation aussi
problématique. Il affirme que

La contribution des premiers savants musulmans dans le champ de la psycho spiritualité


était adaptée pour les constellations sociales pré moderne du monde musulman. A la
lumière de l’homogénéisation actuelle de la culture mondiale, on se demande si les sociétés
musulmanes considèrent la forme traditionnelle de l’organisation sociale encore désirable.

Long (2014) affirme que l’approche «indéginisation de l’intérieur» des

Apologistes musulmans dont la plupart n’ont pas de formation professionnelle en


psychologie se focalise en conséquence sur les détails de la spiritualité Islamique
pour exclure presque totalement la psychologie laïque. Dans ce cas ce n’est la psychologie
qui est islamisée mais la spiritualité qui est mise en valeur.
(p.17)

La question de savoir si on pourrait développer un cadre théorique Islamique unifié de


«l’indigénisation de l’intérieur» et de «l’indigénisation de l’extérieur» reste posée. Cependant
pour avoir une psychologie islamique valide et robuste elle devrait avoir tous les critères pour
être Islamique. Cela veut dire qu’elle doit adhérer aux sources authentiques qui sont mobilisées
pour comprendre la nature humaine et le comportement à la lumière de la perspective islamique.

Résumé des points essentiels

• L’émergence, les conceptualisations actuelles et le statut de la psychologie islamique


doivent être vus dans le contexte plus large du mouvement Islamisation des
Connaissances (IdC).
• L’islamisation des connaissances n’est pas monosémique mais reflète les différentes
approches aux formes variées de la pensée moderne dans le contexte de la tradition
intellectuelle islamique à la fois métaphysique, épistémologique, éthique et les prémisses
méthodologiques concernant la problématique moderne du savoir.
• La psychologie est l’étude scientifique du comportement humain et des processus
mentaux.
• La sécularisation de la psychologie moderne est basée sur le principe que la religion étant
basée sur la foi ne peut être évaluée par les méthodes objectives alors que la science est
basée sur l’empirisme et l’expérimentation afin d’établir des faits qui sont vérifiables.
• Le message du Coran fait référence aux individus, aux relations, famille, mariage,
solidarité sociale, étapes du développement embryonnaire, comportement émotionnel,
intelligence spirituelle et éthique, personnalité, besoin de savoir et d’apprendre et
plusieurs autres facettes holistiques du comportement humain.

18
• Plusieurs courants islamiques parmi eux l’Association des Sociologues Musulmans,
savants, théologiens et revivalistes ont eu une influence considérable sur l’Islamisation
des Connaissances.
• L’avertissement de Badri était de prévenir les psychologues d’être pris au piège du terrier
du lézard implicite qu’on retrouve dans d’autres branches de la vie et de la pensée
humaine.
• La psychologie islamique est l’étude de l’âme, des processus mentaux et du
comportement selon les principes de la psychologie et des sciences Islamiques
• la question de pouvoir développer un cadre théorique islamique unifié par indigénisation
de l’intérieur et indigénisation de l’extérieur reste un défi.

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