Insuffisance Rénale Aiguë
Insuffisance Rénale Aiguë
Résumé. – L’insuffisance rénale aiguë est un syndrome qui a de nombreuses causes. Elle est définie par une
altération rapide de la filtration glomérulaire d’intensité plus ou moins marquée, responsable de désordres
hydroélectrolytiques, volémiques et acidobasiques. La mortalité des malades de réanimation ayant une
insuffisance rénale aiguë reste élevée malgré les progrès réalisés, en particulier dans les techniques
d’épuration extrarénale. La cause la plus fréquente d’insuffisance rénale aiguë en réanimation est la nécrose
tubulaire aiguë. Celle-ci est liée le plus souvent à une hypoxie médullaire d’origine hémodynamique.
Cependant, 20 % environ des nécroses tubulaires sont d’origine toxique, en particulier médicamenteuse.
Il n’y a pas de médicament permettant de prévenir ou de traiter spécifiquement une insuffisance rénale aiguë.
Cependant, l’optimisation de l’équilibre hémodynamique est primordiale pour prévenir le passage d’une
insuffisance rénale fonctionnelle vers une nécrose tubulaire aiguë, ou pour éviter les agressions
hémodynamiques locales susceptibles de retarder la guérison d’une insuffisance rénale aiguë.
Bien que l’hémofiltration continue soit de plus en plus utilisée comme technique d’épuration extrarénale, il n’y
a pas de preuve de la supériorité de cette technique par rapport à l’hémodialyse intermittente
conventionnelle.
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Mots-clés : insuffisance rénale aiguë, réanimation, hémodialyse, hémofiltration continue, nécrose tubulaire
aiguë, insuffisance rénale fonctionnelle.
Toute référence à cet article doit porter la mention : Abou Ayache R et Robert R. Insuffisance rénale aiguë. Encycl Méd Chir (Elsevier SAS, Paris, tous droits réservés), Anesthésie-Réanimation, 36-920-A-10, 2003, 14 p.
36-920-A-10 Insuffisance rénale aiguë Anesthésie-Réanimation
Capsule rénale 2
1 1
13
3
2
9
4 5 4
12
3
5
8
6
7 6 *
A
11 10
11
Médullaire
externe 12
10
Médullaire 7
9
interne
13
14
16 15 *
B
2 Schéma d’un glomérule (A) et coupe transversale d’un lobule (B). 1. Artériole glo-
8 mérulaire afférente ; 2. capsule de Bowman (recouverte de son épithélium) ; 3. lobule
(coupe transversale) ; 4. roculus ; 5. tube proximal ; 6. chambre urinaire ; 7. artériole
glomérulaire efférente ; 8. macula densa ; 9. lacis ; 10. lumière capillaire ; 11. membrane
1 Organisation des néphrons. 1. Artériole afférente ; 2. capillaires péritubulaires ; 3. basale glomérulaire ; 12. cellule épithéliale (podocyte) ; 13. pédicelles ; 14. endothélium
tube distal ; 4. tube proximal ; 5. glomérule juxtamédullaire ; 6. vaisseaux interlobu- capillaire ; 15. cellule endothéliale ; 16. cellule mésangiale.
laires ; 7. vasa recta ; 8. papille ; 9. tube collecteur ; 10. anse de Henle, branche ascen-
dante ; 11. vaisseaux arqués ; 12. artériole efférente ; 13. glomérule sous-cortical. forces inverses sont la pression hydrostatique de la capsule de
Bowman (PcB) et la pression oncotique du capillaire glomérulaire
(PoG). Il en résulte la formule suivante :
Ces derniers sont entourés par la capsule de Bowman, à l’intérieur
PFG = (PcG + PoB) – (PcB + PoG)
de laquelle se trouve la chambre urinaire. L’artériole efférente donne
naissance aux capillaires tubulaires artérioveineux. Le tube proximal réabsorbe environ les deux tiers de l’eau et du
sodium filtrés, ainsi que la majeure partie des bicarbonates, du
glucose, des acides aminés et des phosphates. L’anse de Henle reçoit
RAPPELS PHYSIOLOGIQUES [13] le tiers du filtrat glomérulaire. La branche descendante réabsorbe
passivement l’eau mais n’est pas perméable au NaCl, ce qui rend
En plus de son rôle d’épuration des déchets, le rein intervient dans
l’urine hypertonique à son arrivée dans la branche fine ascendante.
l’équilibre du milieu intérieur (homéostasie) en régulant les volumes
Contrairement à la branche descendante, celle-ci est imperméable à
liquidiens, la composition électrolytique du milieu extracellulaire et
l’eau mais diffuse passivement le NaCl vers le milieu extérieur. La
l’équilibre acidobasique. Il possède également une fonction
branche large ascendante, imperméable à l’eau, réabsorbe de façon
endocrine puisqu’il est le siège de la formation de la rénine, de la
active le sodium, le chlore et le potassium par les pompes Na-K-2Cl
forme active de la vitamine D et de l’érythropoïétine.
(sensibles au furosémide) rendant l’urine hypotonique. Le tube distal
Le débit sanguin rénal au repos est de 1 200 mL/min, soit 20 % du réabsorbe de façon active le Na+, en partie associé à la sécrétion de
débit cardiaque. La distribution de la circulation rénale est très K+ et d’ions H+. La réabsorption du potassium est active à l’entrée
inégale (90 % vers la corticale et 10 % vers la médullaire). La du tube. Ce segment est sensible à l’aldostérone, aux thiazidiques
membrane basale glomérulaire (MBG) présente des orifices ne mais pas à l’antidiuretic hormone (ADH). Le canal collecteur draine
dépassant pas 7 nm de diamètre qui ne laissent normalement pas une urine hypotonique et représente le siège de la concentration de
passer les protides, et en particulier l’albumine dont le poids l’urine. La réabsorption d’eau est favorisée par l’ADH et
moléculaire est de 69 000 Da. La filtration glomérulaire est en l’aldostérone qui permet la réabsorption simultanée du sodium. Il
moyenne de 120 mL/min chez l’homme. Le débit de filtration joue un rôle important dans la régulation de l’excrétion du
glomérulaire (DFG) est dépendant de la perméabilité de la MBG et potassium et de l’acidification des urines par sécrétion d’ions H +.
de la pression de filtration glomérulaire (PFG). Cette dernière est L’urée est réabsorbée par ce canal dans sa portion médullaire.
déterminée par la présence de forces qui s’opposent entre capillaire L’appareil juxtaglomérulaire est responsable de la sécrétion de rénine.
glomérulaire et capsule de Bowman. Les forces favorisant la Celle-ci est favorisée par la baisse du NaCl dans la macula densa,
filtration sont la pression hydrostatique du capillaire glomérulaire l’augmentation de la kaliémie, la baisse de la pression artérielle dans
(PcG) et la pression oncotique de la capsule de Bowman (PoB). Les l’artériole afférente, la stimulation du système adrénergique ou la
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Anesthésie-Réanimation Insuffisance rénale aiguë 36-920-A-10
baisse du taux d’angiotensine II. La rénine agit sur Conduite à tenir devant la découverte
l’angiotensinogène hépatique pour former l’angiotensine I
transformée par l’enzyme de conversion en angiotensine II, avant d’une IRA
d’agir sur la corticosurrénale.
En général, la réabsorption de l’eau se fait par osmose (eau liée ou
La conduite à tenir devant la découverte d’une IRA peut se
libre). Dans les tubes contournés proximaux et distaux, elle est liée
décomposer en cinq questions.
aux éléments filtrés. Ceci explique la possibilité d’une diurèse
1. Quel est le retentissement de l’IRA ?
osmolaire par apport d’éléments non réabsorbés comme le mannitol
et l’inuline, ainsi que le glucose quand les capacités de réabsorption 2. L’insuffisance rénale est-elle organique ou fonctionnelle ?
du tubule sont dépassées (diabète sucré). Le gradient 3. Existait-il une insuffisance rénale antérieure ?
corticopapillaire d’osmolarité est un élément important dans les 4. Y a-t-il un obstacle sur les voies excrétrices ?
phénomènes de concentration et de dilution des urines. Ce gradient 5. Quelle est la cause de l’IRA, lorsqu’il s’agit d’une atteinte
est dû au fait que, dans la médullaire, il existe un phénomène de parenchymateuse ?
contre-courant entre les anses de Henle, les tubes collecteurs et les
vaisseaux droits, où le sang ascendant traverse un interstitium de QUEL EST LE RETENTISSEMENT DE L’IRA ?
plus en plus hypotonique, favorisant les échanges d’eau.
¶ Hyperkaliémie
Le risque vital immédiat de l’IRA est en rapport avec la survenue
Épidémiologie de l’IRA d’une hyperkaliémie qui peut entraîner des troubles de conduction
intramyocardiques. Elle est due à la diminution ou à l’arrêt de
L’incidence de l’insuffisance rénale est difficile à préciser. Elle l’excrétion rénale du potassium. Elle est plus marquée si
dépend des chiffres de créatininémie choisis comme seuil et de la l’insuffisance rénale est anurique. Elle est aggravée par
population considérée : patients hospitalisés dans les services de l’hypercatabolisme et les facteurs de transfert du potassium vers le
néphrologie et/ou de réanimation. En France, l’incidence est estimée milieu extracellulaire : acidose métabolique, syndrome de lyse
à 100 patients par million d’habitants (ppm) pour une population tumorale, rhabdomyolyse. L’électrocardiogramme (ECG) est
de néphrologie [18]. En Grande-Bretagne, elle est estimée à 137 ppm indispensable et permet d’apprécier le retentissement de
si on considère des chiffres de créatininémie supérieurs à l’hyperkaliémie. La gravité de l’hyperkaliémie est plus liée à la
500 µmol/L, mais de 949 ppm si on considère des chiffres de rapidité de son installation qu’à sa valeur absolue. Cependant, une
créatininémie supérieurs à 90 µmol/L [26]. En Espagne, elle est de 209 kaliémie supérieure à 7 mmol/L est le plus souvent une indication à
ppm pour une valeur-seuil de 177 µmol/L [51]. On estime qu’environ l’épuration extrarénale.
1 % des patients hospitalisés développe une insuffisance rénale. Ce
pourcentage est de 20 % quand il s’agit de patients de réanimation, ¶ Acidose métabolique
et de 4 à 15 % en postopératoire de chirurgie cardiaque [77]. Trente
Il s’agit d’une acidose métabolique avec un trou anionique
pour cent des patients ayant une IRA nécessitent le recours à
augmenté. Elle est liée à la rétention d’acides organiques et
l’épuration extrarénale.
minéraux. L’acidose métabolique peut être majorée par des facteurs
en rapport avec la cause de l’IRA : acidose lactique en cas de
défaillance circulatoire associée ; acidose toxique comme au cours
Facteurs pronostiques de l’IRA d’une intoxication à l’éthylène glycol ; acidose tubulaire en cas d’IRA
obstructive ; acidose hyperchlorémique par perte digestive de
La mortalité de l’IRA varie entre 45 et 70 %. Il faut opposer l’IRA bicarbonates lors d’une diarrhée aiguë.
qui survient sans autre défaillance associée, à celle qui s’inscrit dans
un contexte de défaillance multiviscérale. La première concerne des ¶ Hyperhydratation
patients le plus souvent hospitalisés dans des services de Elle s’observe au cours des IRA anuriques ou oliguriques. Elle est
néphrologie ; la mortalité est relativement modérée. La seconde favorisée par des apports liquidiens importants, surtout s’ils sont
concerne des patients de réanimation ; la mortalité dépasse le plus riches en sel (perfusions de bicarbonate, ou de chlorure de sodium).
souvent 70 %. Cette mortalité est d’autant plus élevée que l’IRA Elle est souvent associée à une hyponatrémie. Elle peut se
survient pendant l’hospitalisation ou que l’épuration extrarénale est compliquer d’œdème aigu pulmonaire ou d’épanchements séreux
nécessaire. La mortalité est également fonction du type de l’atteinte pleuraux ou péricardiques.
rénale [77]. Les insuffisances rénales par néphrite interstitielle aiguë
ou les insuffisances rénales fonctionnelles ont le meilleur pronostic, ¶ Troubles de l’hémostase
alors que les nécroses corticales ont une mortalité particulièrement
élevée. Il existe au cours de l’IRA une thrombopathie responsable d’un
Les patients qui reprennent leur diurèse précocement, que ce soit allongement du temps de saignement. En dehors de facteurs
avec ou sans l’aide de diurétiques, ont un pronostic meilleur [73]. Les étiologiques particuliers, les autres tests de la coagulation sont
facteurs pronostiques mis en évidence par des études prospectives normaux au cours de l’IRA. Cette thrombopathie est liée à la
avec analyse multivariée [15, 52, 63, 69] sont, pour la plupart, en rapport production de facteurs antiagrégants plaquettaires (prostacycline) et
avec la défaillance multiviscérale associée (ventilation artificielle, à la diminution de facteurs proagrégants plaquettaires
coma, indice de gravité simplifié, hypotension artérielle) ou avec la (thromboxane, ADP). Elle augmente le risque hémorragique en cas
pathologie associée (cancer, cirrhose, insuffisance cardiaque). d’intervention chirurgicale ou de gestes invasifs (cathétérisme). Elle
est limitée quand l’hématocrite est supérieur à 30 %. En cas de
nécessité, l’administration de desmopressine permet de raccourcir le
FACTEURS DÉCLENCHANT L’IRA temps de saignement. Au cours de l’insuffisance rénale aiguë,
l’utilisation d’héparines de bas poids moléculaire doit être prudente,
Il existe plus de 50 mécanismes physiopathologiques identifiés limitée dans le temps et surveillée (dosage de l’activité anti-Xa).
pouvant conduire à une IRA. Les IRA sont habituellement séparées
en IRA prérénales liées à une baisse de la perfusion rénale, et ¶ Accumulation des déchets azotés
postrénales dues à un obstacle sur les voies excrétrices ou
parenchymateuses quand il existe une lésion tubulaire, interstitielle, Elle est la conséquence directe de la baisse de la filtration
glomérulaire ou vasculaire. glomérulaire. Les conséquences de l’accumulation des déchets
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Tableau II. – Signes biologiques distinctifs entre insuffisances réna- Tableau III. – Causes des insuffisances rénales aiguës (IRA)
les aiguës (IRA) fonctionnelle et organique. obstructives.
IRA Fonctionnelle Organique Prostate
Hypertrophie bénigne
Urée P/créatinine P > 20 10-20
Adénomes et cancers
Osmolarité U (mosm/kg) ≥ 500 < 250 Prostatites
Vessie
EXISTE-T-IL UN OBSTACLE SUR LES VOIES Tumeurs vésicales
EXCRÉTRICES ? Lithiases
Vessie neurologique
Les IRA postrénales ou obstructives représentent selon les auteurs Vessie postradique
de 5 à 25 % des IRA. L’obstacle peut être uni- ou bilatéral, total ou Sclérose du col vésical
partiel. Les formes qui se compliquent d’une insuffisance rénale Compression néoplasique (utérus, ovaires, rectum)
aiguë anurique correspondent à des obstacles bilatéraux, ou à des Caillots
obstructions sur rein unique anatomique ou fonctionnel. L’anurie Uretère
est initialement d’origine obstructive donc mécanique, mais la Lithiases
persistance de l’obstruction peut être responsable de lésions Tumeurs urothéliales
parenchymateuses tubulo-interstitielles associées. Dans certaines Nécrose papillaire bloquée
Compression néoplasique extrinsèque (tube digestif, utérus, ovaires, lymphome,
formes cliniques d’atteinte rénale obstructive, la créatininémie peut adénopathies métastatiques)
être initialement normale. Dans d’autres situations Endométriose
paucisymptomatiques, le diagnostic peut n’être révélé qu’au stade Fibrose rétropéritonéale
d’une insuffisance rénale chronique parfois avancée. Fibrose para-anévrysmale aortique
Fibrose postradique
Tuberculose urogénitale
¶ Physiopathologie [45]
Caillots
La présence d’un obstacle des voies urinaires est responsable d’une Traumatismes accidentels
Sténoses postchirurgie urétérale
augmentation des pressions urétérale et pyélocalicielle alors que
Œdème des méats urétéraux postchirurgie vésicale ou endoscopie
persiste initialement une filtration glomérulaire normale, d’où la Grossesse
dilatation des voies urinaires, détectable par l’échographie. Cette
hyperpression se transmet ensuite vers le tube proximal, jusqu’à
s’opposer à la pression de filtration glomérulaire. Secondairement, contexte clinique (néoplasie pelvienne ou des voies urinaires connue,
l’hyperpression intratubulaire est responsable de modifications traumatisme abdominopelvien, contexte postopératoire, maladie
hémodynamiques glomérulaires avec vasoconstriction de l’artériole lithiasique) oriente d’emblée le diagnostic. Une septicémie à point
afférente, diminuant ainsi le débit sanguin glomérulaire et donc la de départ urinaire peut compliquer et/ou révéler un obstacle sur les
filtration glomérulaire. Par ailleurs, l’agression tubulaire est voies urinaires.
responsable de la synthèse de cytokines inflammatoires à l’origine
d’un infiltrat inflammatoire majorant les lésions tubulaires. Ceci Examens complémentaires
sous-entend qu’il peut apparaître des lésions tubulaires ischémiques
et inflammatoires à l’origine d’une dysfonction tubulaire qui peut Le cliché d’abdomen sans préparation peut révéler la présence de
être définitive si le processus obstructif perdure. calculs radio-opaques. L’échographie abdominale confirme le plus
souvent l’obstacle en montrant une dilatation des cavités
¶ Signes cliniques, étiologie et conduite à tenir pyélocalicielles. Elle peut également orienter vers son origine et sa
localisation. Cependant la dilatation des cavités pyélocalicielles peut
Les causes de l’obstruction des voies urinaires sont multiples et manquer (obstacle vu au début, fibroses rétropéritonéales). La
peuvent concerner tout l’arbre urologique (tableau III). Les tomodensitométrie voire l’imagerie par résonance magnétique (IRM)
circonstances de découverte sont variables et dépendent du terrain permettent de préciser la nature de l’obstacle (tumeur
et de l’étiologie. L’obstruction des voies urinaires peut être révélée rétropéritonéale, urologique ou pelvienne, fibrose rétropéritonéale,
par les signes cliniques en rapport avec l’obstruction ou lors de adénopathies, lithiase). En cas d’IRA, l’urographie intraveineuse a
l’enquête étiologique d’une IRA. peu d’intérêt car l’iode est mal fixé par les reins. Cependant des
clichés tardifs après la réalisation du scanner peuvent être utiles.
Tableau clinique Dans certains cas, la nature ou le siège de l’obstacle ne sont
visualisés que par une urétropyélographie rétrograde réalisée avant
Le tableau clinique est souvent évocateur, avec la survenue d’une
une montée de sonde ou par pyélo-urétérographie descendante
douleur lombaire typique (colique néphrétique) ou de douleurs
réalisée lors de la néphrostomie percutanée.
abdominales atypiques, précédées ou s’accompagnant d’une
oligoanurie. Mais la douleur est parfois absente. D’autres signes
Thérapeutique
peuvent orienter vers un obstacle : hématurie, brûlures mictionnelles
ou dysurie. Les obstacles sous-vésicaux peuvent s’accompagner d’un La thérapeutique consiste à dériver les urines en urgence. La
globe vésical avec mictions par regorgement. Les touchers pelviens technique utilisée dépend de la nature et du siège de l’obstacle. En
recherchent un obstacle prostatique, une masse pelvienne ou une cas d’obstacle urétral, sont réalisés soit un sondage vésical soit une
carcinose d’origine rectosigmoïdienne ou utérine. L’augmentation de cystostomie percutanée si une origine infectieuse (prostatite ou
la taille des reins peut être perçue à l’examen clinique. Parfois, le urétrite) ou traumatique urétrale est suspectée. Dans d’autres cas,
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36-920-A-10 Insuffisance rénale aiguë Anesthésie-Réanimation
Les modifications histologiques sont communes aux NTA, qu’elles – la vasoconstriction intrarénale est médiée par des altérations
soient d’origine ischémique ou toxique [64]. À la suite de l’agression d’origine endothéliale. L’ischémie entraîne un déséquilibre entre
des cellules tubulaires rénales, il existe une accumulation de cellules la production d’endothéline-1 (ET-1) et de NO en faveur de
et de débris tubulaires dans la lumière des tubes. Ceci entraîne une l’endothéline responsable d’une vasoconstriction importante.
obstruction tubulaire responsable d’une augmentation de la pression Celle-ci peut persister malgré le rétablissement d’un flux sanguin
intratubulaire, et une rétrodiffusion du filtrat glomérulaire à travers rénal normal [39]. La diminution de synthèse du NO a également
la paroi lésée. été notée lors des pigmenturies (myoglobine, hémoglobine) et au
cours des traitements par anticalcineurines. Par ailleurs, l’arrivée
dans le tube distal d’importantes quantités de NaCl, non
• NTA d’origine ischémique [11, 35]
réabsorbées au niveau du tube proximal par les cellules nécrosées,
C’est la cause la plus fréquente des NTA. Elle est souvent la est responsable d’une vasoconstriction de l’artériole afférente par
conséquence d’une insuffisance rénale fonctionnelle avec stimulation de la macula densa. Ce rétrocontrôle négatif
dépassement des mécanismes d’adaptation. Les facteurs favorisant tubuloglomérulaire peut aggraver la baisse de la filtration
l’ischémie rénale sont résumés dans le tableau IV. On peut glomérulaire.
distinguer trois phases dans le déroulement de la NTA ischémique :
– Lésions cellulaires et tubulaires.
les modifications hémodynamiques, les lésions cellulaires et
L’hypoxie est responsable de profondes modifications
tubulaires, la régénération.
ultrastructurales membranaires et cytosquelettiques au niveau des
– Modifications hémodynamiques. cellules épithéliales tubulaires, constatées en microscopie
À la phase initiale de la NTA, il existe une diminution du flux électronique [59], aboutissant à la mort cellulaire. L’ischémie entraîne
sanguin rénal (FSR) de plus de 50 %. La vasoconstriction intrarénale la ballonnisation des cellules épithéliales et la perte de leur bordure
qui s’ensuit et l’augmentation des résistances artériolaires dépassent en brosse. Ces modifications sont associées à une perte de la polarité
les mécanismes d’autorégulation du rein à l’origine de cellulaire et de l’intégrité des jonctions serrées intercellulaires. De
l’effondrement de la pression d’ultrafiltration. L’hypoxie de la plus, il existe une modification des protéines membranaires avec
médullaire externe a un rôle déterminant dans le maintien des redistribution vers la partie apicale des pompes Na-K-ATPase,
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Anesthésie-Réanimation Insuffisance rénale aiguë 36-920-A-10
modifiant ainsi l’équilibre des transports des solutés. De même, les nombre de groupes cationiques NH3+. La néomycine possède six
protéines d’attache des cellules à la membrane basale tubulaire, les groupes NH3+, la gentamicine et la nétilmicine en possèdent cinq,
intégrines, sont retrouvées au pôle apical. Ces événements sont alors que l’amikacine ne contient que quatre groupes NH3+, d’où
responsables du détachement des cellules de leur matrice, qui une néphrotoxicité respectivement décroissante.
viennent obstruer la lumière tubulaire. Les cylindres cellulaires Amphotéricine B : sa néphrotoxicité est importante puisqu’une IRA
formés augmentent la pression intratubulaire, s’opposant ainsi à la apparaît en moyenne chez 40 % des patients traités [67]. La toxicité
pression de filtration glomérulaire. Les altérations de l’épithélium est en rapport avec une modification structurale membranaire
tubulaire sont à l’origine de phénomènes de rétrodiffusion du filtrat altérant la perméabilité cellulaire. Par ailleurs, le solvant utilisé pour
glomérulaire à travers la membrane tubulaire lésée. L’urée et la ce médicament, le désoxycholate, contribuerait en partie à la
créatinine, ainsi que les autres déchets azotés urinaires, sont néphrotoxicité [82]. L’amphotéricine B provoque également une
« rétrodiffusés » dans la circulation générale. importante vasoconstriction intrarénale [68] par un effet direct sur
Au niveau biochimique, plusieurs modifications sont à l’origine de l’endothélium et par le rétrocontrôle tubuloglomérulaire. De plus,
la mort des cellules tubulaires. La déplétion en adénosine elle est responsable d’une acidose tubulaire distale avec fuite
triphosphate (ATP) est responsable d’une diminution des transports urinaire de potassium et de magnésium, entraînant hypokaliémie et
actifs, avec incapacité de réguler le volume intracellulaire. De plus, hypomagnésémie. Un apport hydrosodé suffisant et l’utilisation de
il y a une augmentation du calcium cytosolique, une acidose la forme liposomale du produit diminuent la néphrotoxicité.
intracellulaire, l’activation de certaines protéases et phospholipases Cisplatine : ce produit, utilisé en oncologie, possède une
responsables d’une peroxydation des lipides membranaires, et néphrotoxicité dose-dépendante et cumulative. L’atteinte rénale
l’altération des fonctions mitochondriales, dégradation de l’ATP en prédomine au niveau du tube proximal [50]. Le traitement par
adénosine, inosine et hypoxanthine favorisant la vasoconstriction cisplatine peut également se compliquer d’hypomagnésémie, de
intrarénale par l’apparition de radicaux libres oxygénés. déplétion sodée et d’hypokaliémie. Par ailleurs, des cas de
L’apoptose ou mort cellulaire programmée au niveau du tube microangiopathie thrombotique ont été rapportés en association
proximal chez l’homme, est souvent associée mais bien différente de avec la bléomycine.
la nécrose [25].
Autres médicaments : plus rarement, des cas de NTA médicamenteuse
– La régénération. par toxicité directe ont été rapportés avec les céphalosporines de
Beaucoup de cellules épithéliales tubulaires meurent au moment de première génération, la glafénine, les AINS, le paracétamol et la
la reperfusion rénale [25] , où l’on voit apparaître des radicaux vancomycine.
oxygénés. Mais les cellules vivantes restantes sont capables de Produits de contraste iodés : le mécanisme d’atteinte rénale est
proliférer sous l’influence de divers facteurs de croissance comme multifactoriel. L’iode a une toxicité directe sur la cellule tubulaire,
l’insulin-like growth factor I (IGF-I), l’epidermal growth factor (EGF), dont le mécanisme reste mal connu [3]. De plus, elle induit une
l’hepatocyte growth factor (HGF) et le transforming growth factor a et vasoconstriction rénale, par l’intermédiaire de modifications de
b1 (TGF-a et b1) [34, 70] permettant de restaurer l’épithélium tubulaire. synthèse du NO et de l’endothéline. Leur nature hyperosmolaire
pourrait être en cause dans l’apparition de lésions de néphrose
• NTA d’origine toxique osmotique avec vacuolisation cellulaire. De plus, ces produits
Deuxième en fréquence avec près de 20 % des causes d’IRA par favorisent la précipitation intratubulaire d’acide urique et de
NTA [46], cette atteinte est majorée par la présence de facteurs protéines. Il existe plusieurs facteurs prédisposant à l’apparition de
prédisposants (diabète, hypovolémie, sujet âgé, …) ou l’association l’IRA : diabète, myélome, insuffisance rénale sous-jacente,
de plusieurs toxiques. La toxicité tubulaire peut être directe sur la hypovolémie, utilisation de diurétiques, injection répétée d’iode.
cellule épithéliale, ou indirecte par des mécanismes vasculaires. Au
cours de l’atteinte toxique directe, des produits perturbent les • NTA par obstruction tubulaire
fonctions enzymatiques et réparatrices de la cellule ou modifient ses Les principaux produits incriminés sont : l’aciclovir (10 à 30 % des
structures membranaires (aminoglycosides, amphotéricine B, patients traités par la forme injectable) [60], le méthotrexate à forte
cisplatine, antimitotiques, hème). Certaines substances filtrées sont dose, le triamtérène, l’indinavir (dans le traitement du virus de
réabsorbées par le tubule rénal, mais ne sont pas métabolisées et l’immunodéficience humaine [VIH]), les dextrans et les sulfamides.
peuvent s’accumuler dans les cellules. C’est le cas des substances Les chaînes légères d’Ig et les cylindres myélomateux présentent une
hyperosmolaires entraînant une néphrose osmotique (produits de néphrotoxicité liée à la formation de cylindres intratubulaires et à
contraste iodés, amidons). La toxicité peut être liée à des une toxicité directe des chaînes légères pour la cellule tubulaire [66].
phénomènes de vasoconstriction avec un mécanisme proche de celui Une urine acide et/ou concentrée favorise la formation des
de la NTA ischémique (ciclosporine, AINS, amphotéricine B, cylindres.
protéines de l’hème et produits de contraste iodés). L’hyperuricosurie et l’hyperoxalurie sont souvent responsables
d’une obstruction tubulaire. La précipitation d’acide urique est
• NTA par obstruction tubulaire souvent une complication des traitements de certaines hémopathies
Certains produits éliminés dans les urines peuvent présenter une (syndromes lymphoprolifératifs et myéloprolifératifs) par lyse
toxicité tubulaire par précipitation dans la lumière tubulaire en tumorale, plus rarement les hyperuricémies primitives. La
formant des agrégats ou des cristaux. Un pH urinaire acide favorise précipitation des cristaux d’oxalate peut compliquer les intoxications
la précipitation tubulaire d’acide urique, de l’hème et des à l’éthylène glycol, mais aussi l’hyperoxalurie primitive.
paraprotéines (chaînes légères et lourdes des immunoglobulines Les pigmenturies : myoglobinurie et hémoglobinurie, consécutives
[Ig]). D’autres produits peuvent précipiter comme l’oxalate, respectivement à une rhabdomyolyse et à une hémolyse, sont des
l’aciclovir et le méthotrexate. causes fréquentes d’IRA. Leur néphrotoxicité est mal connue, mais
elle peut relever d’une toxicité directe sur la cellule tubulaire. Le
Étiologie des NTA composant du fer contenu dans les protéines de l’hème de ces deux
pigments serait directement toxique pour les cellules tubulaires [83].
• Par toxicité tubulaire directe Elles sont également responsables d’une obstruction tubulaire par la
Aminoglycosides : la NTA est une complication fréquente touchant formation de cylindres, favorisée par l’acidose et l’hypovolémie.
10 à 20 % des patients traités [38]. Leur toxicité est proportionnelle à
¶ Néphropathies interstitielles aiguës (NIA)
la dose utilisée et à la durée du traitement. La réabsorption tubulaire
étant saturable, il est admis actuellement qu’une dose unique Elles représentent 5 à 10 % des IRA organiques. L’origine de ces
journalière est moins néphrotoxique qu’un traitement fractionné [65], néphropathies peut être immunoallergique, infectieuse, toxique ou
sans pour autant diminuer leur efficacité. La toxicité semble liée au secondaire à certaines maladies générales.
7
36-920-A-10 Insuffisance rénale aiguë Anesthésie-Réanimation
8
Anesthésie-Réanimation Insuffisance rénale aiguë 36-920-A-10
Tableau V. – Causes des macroangiopathies. Tableau VI. – Causes médicamenteuses des insuffisances rénales
aiguës en fonction des différents mécanismes possibles.
- sténose des artères rénales : athéromatose (70 %) ou dysplasie fibromusculaire
(30 %) Type de l’atteinte rénale Médicaments
- thrombose des artères rénales : traumatique, dissection de l’aorte et de l’artère
rénale, anévrysme aortique ou rénal, complication d’une artériographie ou d’une Néphropathie tubulaire aiguë Aminosides, cisplatine, amphotéricine B, pro-
angioplastie rénale duits de contraste iodés
- maladies vasculaires : Takayasu, Buerger
Néphrite tubulo-interstitielle aiguë Bêta-lactamines, rifampicine, interféron, diu-
- embolies des artères rénales rétiques thiazidiques
- thrombose des veines rénales
Glomérulopathie aiguë D-pénicillamine, sels d’or
9
36-920-A-10 Insuffisance rénale aiguë Anesthésie-Réanimation
Les complications chirurgicales peuvent être au premier plan. Il peut local, une augmentation de la filtration glomérulaire et un effet
s’agir d’une origine vasculaire (thrombose de l’artère ou de la veine natriurétique. Cependant, des études récentes n’ont pas permis de
du greffon, lâchage de sutures) ou urologique (sténose et nécrose démontrer l’efficacité clinique de la dopamine dans le traitement [22]
urétérales, œdème inflammatoire obstructif au niveau de la suture ou la prévention [7]. De plus, elle peut s’accompagner d’effets
urétérovésicale, compression urétérale par un hématome ou une secondaires délétères, en particulier de tachycardie ou de
lymphocèle). L’examen échographique du greffon avec analyse des tachyarythmie. Il n’y a donc pas d’indication à l’utilisation de la
flux doppler est l’examen initial à réaliser orientant le diagnostic. dopamine au cours de l’IRA.
Les causes néphrologiques sont dominées par le rejet et la toxicité
des anticalcineurines. Le rejet aigu survient généralement dans les
¶ Diurétiques
premiers mois de la transplantation rénale. Des rejets aigus tardifs L’utilisation des diurétiques de l’anse (furosémide ou bumétamide)
sont possibles. Le tableau clinique associe habituellement a pour but de relancer la diurèse, permettant alors un meilleur
hypertension artérielle, baisse de la diurèse, fièvre autour de 38 °C, contrôle de la volémie. L’utilisation des diurétiques au cours de la
troubles digestifs. Le greffon est augmenté de volume et sensible à NTA a plusieurs effets potentiellement bénéfiques. Ils favorisent
la palpation. L’échographie doppler montre une diminution voire l’élimination de débris cellulaires dans la lumière des tubules [16]. Elle
une disparition des flux diastoliques. Une biopsie du greffon est permet également de diminuer les besoins énergétiques des cellules
généralement réalisée pour faire le diagnostic. Le traitement initial tubulaires [14]. Enfin, les diurétiques diminuent le rétrocontrôle
utilise les bolus de corticoïdes, et les sérums antilymphocytaires en glomérulotubulaire, ce qui atténue la réduction de la filtration
cas de corticorésistance. L’IRA liée à la toxicité vasculaire des glomérulaire. Cependant, peu d’études cliniques permettent
anticalcineurines survient à l’introduction du produit ou lors d’une d’affirmer le rôle bénéfique des diurétiques au cours de l’IRA. Dans
interaction médicamenteuse majorant les taux circulants des une étude récente contrôlée en double aveugle [73], portant sur 92
anticalcineurines (macrolides, antifongiques, diltiazem, …). Leur patients, les patients du groupe diurétique reprenaient leur diurèse
toxicité est dose-dépendante. L’IRA est généralement réversible plus précocement que ceux du groupe placebo. Cependant, ni la
après adaptation des doses thérapeutiques, et impose une mortalité, ni la nécessité de recourir à l’épuration extrarénale, ni le
surveillance régulière des taux résiduels de ces médicaments. Enfin, degré de récupération de la fonction rénale n’étaient différents entre
l’IRA peut être due à la récidive de la maladie initiale ou à une les groupes. Lorsqu’elle est réalisée, la prescription de diurétiques
glomérulonéphrite de novo. en intraveineuse continue semble préférable aux administrations
discontinues [24]. La prescription de diurétiques au cours de l’IRA
n’est licite qu’après avoir effectué un remplissage vasculaire
Fausses IRA adéquat.
Il s’agit de situations au cours desquelles l’augmentation de la ¶ Facteurs de croissance
créatininémie n’est pas associée à une diminution de la filtration
glomérulaire. Plusieurs causes sont possibles : traitements par Les processus de réparation tubulaire sont sous la dépendance de
sulfamides et cimétidine, fistules urinaires compliquant certaines facteurs de croissance. Ceux-ci sont altérés au cours de l’IRA [36, 70].
chirurgies urologiques, apport alimentaire excessif en protéines De nombreuses études animales ont montré le rôle bénéfique de
animales chez des patients ayant une insuffisance rénale chronique, différents facteurs de croissance dans la régénération tubulaire :
même modérée. IGF-I, HGF, TGF-a. Parmi ces différents facteurs impliqués, IGF-I a
été particulièrement étudié. Expérimentalement, il augmente
l’anabolisme et réduit le catabolisme protidique, stimule la
Traitements de l’IRA [9]
prolifération cellulaire et augmente la filtration glomérulaire et le
flux sanguin rénal. Plusieurs études expérimentales chez le rat
Y A-T-IL DES MÉDICAMENTS DE L’INSUFFISANCE montrent une diminution de la sévérité de l’IRA ou une meilleure
RÉNALE ? récupération. Chez l’homme, les résultats obtenus sont pour l’instant
décevants [37].
¶ Restaurer l’hémodynamique rénale
La correction de l’hypovolémie est le traitement de l’insuffisance ¶ Éviter les médicaments néphrotoxiques
rénale fonctionnelle. Pendant la phase de récupération de l’IRA De nombreux médicaments sont à élimination rénale et leur
organique, il existe une altération de l’autorégulation posologie doit être adaptée à la fonction rénale, en particulier
hémodynamique rénale. Ainsi, des agressions hémodynamiques lorsqu’il s’agit de médicaments néphrotoxiques.
même modérées pendant cette phase réduisent le débit sanguin
rénal et la filtration glomérulaire, pouvant entraîner de nouveaux Prévention de l’IRA liée à l’administration de produits de contraste
épisodes d’ischémie rénale et retarder la guérison de l’insuffisance iodés
rénale. Il est donc recommandé d’éviter toute hypotension même L’administration d’iode lors d’examens radiologiques peut
minime lors de la phase de récupération d’une IRA. Cependant, s’accompagner d’une insuffisance rénale aiguë par NTA par
aucune étude clinique n’a été conduite dans ce domaine. précipitation intratubulaire d’iode et vasoconstriction intrarénale.
Les facteurs favorisants de survenue sont l’existence d’une
¶ Facteur atrial natriurétique (FAN) déshydratation extracellulaire, d’un myélome, d’un diabète, et
Son effet natriurétique pourrait être bénéfique au cours de l’IRA, et l’utilisation concomitante d’autres médicaments néphrotoxiques. La
plusieurs études animales ont montré son intérêt dans le traitement réalisation d’une hémodialyse préalable ou dialyse immédiatement
de l’insuffisance rénale. Chez l’homme, une étude multicentrique après l’administration d’iode n’a pas d’intérêt pour en prévenir la
incluant 504 patients n’a pas montré de bénéfice en termes de survenue. Une hydratation optimisée est indispensable chez les
mortalité ou de recours à la dialyse. Dans le sous-groupe des patients à risque avant la réalisation de l’examen. Récemment, il a
patients oligoanuriques, un effet bénéfique du FAN (survie sans été suggéré que l’administration de N-acétylcystéine (600 mg deux
dialyse) a été retrouvé. Cependant, dans le sous-groupe sans fois par jour à j-1 et j0) pouvait prévenir efficacement la NTA
oligoanurie, les résultats étaient inverses, avec une mortalité secondaire aux produits de contraste iodés [75].
supérieure dans le groupe traité par FAN [1], en raison de ses effets
hypotensifs. ÉPURATION EXTRARÉNALE
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Anesthésie-Réanimation Insuffisance rénale aiguë 36-920-A-10
Sortie dialysat
Pression de sortie
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Anesthésie-Réanimation Insuffisance rénale aiguë 36-920-A-10
large index thérapeutique, l’important est d’éviter le sous-dosage lié pendant 4 heures ont montré une amélioration des conditions
à une élimination accrue du médicament. Pour les médicaments hémodynamiques par rapport aux animaux contrôles [31]. Chez
dont l’index thérapeutique est faible, il est nécessaire de se reporter l’homme, les résultats préliminaires sont encourageants [6, 30] ,
aux données de la littérature pour initier la prescription. montrant en particulier une réduction importante des doses de
vasopresseurs chez ces malades.
Tolérance hémodynamique
Elle constitue un des avantages le plus souvent cité. La maîtrise de • Hémofiltration couplée avec des substances adsorbantes
l’ultrafiltration permet de répartir la perte de poids souhaitée sur le La surface des hémofiltres peut être recouverte de substances
nycthémère, et ainsi d’éviter des déplétions trop rapides. La capables d’augmenter l’adsorption de diverses substances telles que
possibilité d’épurer des médiateurs pro-inflammatoires en particulier des cytokines ou même de l’endotoxine [76] . Ainsi, le pouvoir
tumor necrosis factor (TNF)a et interleukine-1, peut être d’épuration du système peut-il être amélioré. Des membranes
potentiellement bénéfique [8]. Cependant, la relation directe entre recouvertes de charbon activé majorent effectivement l’adsorption
l’épuration de ces médiateurs et l’effet hémodynamique est difficile des cytokines. La polymyxine a la propriété de pouvoir neutraliser
à affirmer. L’épuration des catécholamines exogènes est négligeable l’endotoxine bactérienne : des hémofiltres recouverts de polymyxine
et ne modifie pas l’équilibre hémodynamique. En fait, les études ont montré expérimentalement une neutralisation endotoxinique et
cliniques de tolérance hémodynamique sont peu nombreuses [54, 80]. des résultats prometteurs [41]. Enfin, il est possible d’intégrer des
Elles portent souvent sur de petits effectifs, ne sont en général pas anticorps anticytokines par exemple au niveau des hémofiltres, ce
comparatives, et sont parfois discutables dans leur interprétation. qui permettrait leur neutralisation.
Dans une étude randomisée comparant CAVH et HDI, les variations
hémodynamiques étaient comparables dans les deux groupes [55].
Conclusion
Hémofiltration et conditions d’oxygénation
L’insuffisance rénale aiguë est fréquente en réanimation. Elle s’intègre
Des études ont suggéré une amélioration des conditions souvent dans le cadre d’une défaillance multiviscérale, et témoigne de la
d’oxygénation chez les malades traités par hémofiltration [23, 29]. gravité de l’état du patient. Le retentissement de l’IRA est dominé par
Plusieurs mécanismes peuvent contribuer à cette amélioration : les risques d’hyperkaliémie, d’acidose et d’hypervolémie. La cause la
déplétion volémique chez des malades en hyperinflation hydrique ; plus fréquente est la nécrose tubulaire aiguë qui fait suite à des
amélioration de l’état hémodynamique du patient ; épuration de altérations hémodynamiques et/ou toxiques. En dehors de
médiateurs inflammatoires impliqués dans la physiopathologie des l’optimisation hémodynamique, il n’y a pas de traitement préventif ou
lésions pulmonaires du SDRA. Cependant, il n’existe pas de travaux curatif médicamenteux de l’IRA. L’épuration extrarénale par
montrant une relation directe entre cette épuration et l’amélioration hémodialyse intermittente ou hémofiltration continue permet de
de paramètres respiratoires. Malgré tout, la bonne tolérance contrôler les désordres métaboliques et d’aider au maintien de
gazométrique de l’hémofiltration s’oppose à celle de l’HDI, qui l’homéostasie volémique, acidobasique, hydroélectrolytique et
s’accompagne plutôt d’une détérioration de l’oxygénation dont le nutritionnelle.
mécanisme est non univoque [21].
13
36-920-A-10 Insuffisance rénale aiguë Anesthésie-Réanimation
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