Représentations de L'immigration de
Représentations de L'immigration de
La littérature subsaharienne francophone trouve ses racines dans un contexte marqué par des
bouleversements historiques majeurs : la colonisation européenne, la traite transatlantique,
l'esclavage et les luttes pour l'indépendance. Ces événements ont façonné les sociétés
africaines et influencé la pensée des écrivains qui ont, à leur tour, utilisé la littérature pour
répondre aux défis imposés par ces transformations.
Il est essentiel de retracer les grandes étapes de l'histoire africaine afin de mieux comprendre
comment ces événements ont laissé une empreinte profonde sur la littérature francophone. En
effet, la colonisation européenne, qui a duré du XIXe au milieu du XXe siècle, a redéfini les
structures politiques, sociales et économiques de l’Afrique. La domination coloniale a
introduit de nouveaux systèmes d’exploitation tout en marginalisant les cultures et traditions
africaines autochtones. L’imposition de la langue française comme langue officielle, par
exemple, a non seulement servi les intérêts coloniaux, mais est devenue, à travers les écrivains
africains, un outil de résistance et de réappropriation culturelle.
À travers leurs œuvres, les écrivains ont cherché à exprimer leur désir d'émancipation et à
réhabiliter l'identité africaine en dépit des systèmes coloniaux oppressifs. Ces auteurs ont
transformé une langue imposée en un moyen d’expression pour dénoncer les injustices, tout
en célébrant les valeurs africaines et en réaffirmant leur dignité. Des figures littéraires telles
qu’Aimé Césaire et Frantz Fanon, par exemple, ont dénoncé la déshumanisation des peuples
africains tout en appelant à la révolte et à la reconquête de l’identité perdue.
Ainsi, même dans un contexte de domination coloniale et d’exploitation, les écrivains ont su
transformer les outils de l'oppresseur pour exprimer une résistance intellectuelle et culturelle.
La littérature subsaharienne francophone est née de cette dynamique complexe et continue
d’être un espace de résistance, un reflet des luttes passées et des aspirations vers la liberté et la
dignité.
La langue française, imposée comme langue officielle, a joué un rôle central dans cette
entreprise coloniale. Les systèmes éducatifs coloniaux ont été conçus pour former une élite
africaine qui servirait les intérêts des puissances coloniales. Toutefois, cette même langue
française est devenue un outil de résistance et de réappropriation culturelle pour les écrivains
africains. En s'appropriant la langue, les écrivains ont pu exprimer leurs idées, leurs
aspirations et leur critique des injustices coloniales.
Les œuvres littéraires de cette période témoignent de la complexité des relations entre
colonisateurs et colonisés. Les écrivains ont abordé des thèmes tels que la domination
coloniale, l'aliénation culturelle et la quête d'identité. À travers leurs écrits, ils ont cherché à
préserver et à célébrer l'identité africaine, tout en dénonçant les abus et les injustices du
système colonial. Des figures emblématiques de la littérature africaine francophone, telles que
Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor et Mongo Beti, ont utilisé leur plume pour exprimer
leur résistance et leur désir d'émancipation.
Les œuvres de Franz Fanon, particulièrement Les Damnés de la Terre et Peau noire, masques
blancs, témoignent de la complexité des relations entre colonisateurs et colonisés. Fanon a
abordé des thèmes tels que la domination coloniale, l'aliénation culturelle et la quête
d'identité. À travers ses écrits, il a cherché à dénoncer les abus et les injustices du système
colonial. Dans Les Damnés de la Terre, Fanon écrit :
"Quand nous voulons parler aux Européens, nous nous comportons comme des
plébéiens... Les peuples colonisés relient leur avenir à la mise à l'écart totale de
l'ordre colonial."1
Cet extrait montre comment Fanon décrit la révolte intérieure et la prise de conscience des
peuples colonisés. Il critique la déshumanisation des colonisés par les colonisateurs et
souligne la nécessité de la révolte pour retrouver leur dignité et identité.
1
Frantz Fanon,Les Damné De La Terre, François Maspero, 1961, 311 pages.
"Les Antillais se croient français, tant qu’on n’a pas remarqué leur couleur. Quand
on l’a vue, ils savent qu’ils sont noirs.".2
Cet extrait illustre comment la colonisation crée une confusion identitaire et une aliénation
culturelle profonde chez les colonisés. Fanon souligne ici les effets psychologiques de la
colonisation sur l'identité des colonisés.
L'esclavage a des racines profondes dans l'histoire de l'humanité, mais c'est au cours de la
traite transatlantique que ce phénomène a pris une ampleur sans précédent. Du XVIe au XIXe
siècle, des millions d'Africains ont été arrachés à leurs terres natales et déportés vers les
Amériques. Ce commerce humain était motivé par le besoin de main-d'œuvre pour les
plantations de sucre, de coton et de tabac. Les principales régions africaines touchées par la
traite incluaient l'Afrique de l'Ouest, l'Afrique Centrale et certaines parties de l'Afrique de
l'Est. Des pays comme le Sénégal, le Ghana, le Nigéria, l'Angola, et le Mozambique ont été
particulièrement affectés. Les conséquences sociales, économiques et culturelles de ce trafic
humain continuent de se faire sentir jusqu'à nos jours. L'esclavage a entraîné une
dépopulation massive, une désorganisation des structures sociales et une perte de savoirs
traditionnels. Ce système a aussi permis de créer une hiérarchie raciale qui a justifié
l’exploitation et la domination des Noirs. Comme l'explique le philosophe et écrivain Albert
Memmi dans Portrait du colonisé, l'esclavage a laissé des traces profondes dans les
mémoires collectives des peuples colonisés, influençant leur perception de l'Afrique et de
leur propre identité.
L'esclavage a donné naissance à des formes de résistance culturelle, comme les spirituals et le
blues, qui ont influencé les mouvements littéraires et politiques ultérieurs. Ces expressions
artistiques sont des actes de résistance et de réaffirmation identitaire.
2
Frantz Fanon, Peau noire, masques blancs, Éditions du Seuil, 1952, 188 pages.
Les écrivains de la diaspora ont continué à dénoncer les injustices de l'esclavage et à célébrer
la résilience de leur peuple. Par exemple, dans le chapitre 19 de Candide de Voltaire, un
esclave mutilé raconte :
"Quand nous travaillons aux sucreries et que la meule nous attrape le doigt, on nous
coupe la main; et quand nous voulons nous enfuir, on nous coupe la jambe. C'est à ce
prix que vous mangez du sucre en Europe.".3
Dans cet extrait de Candide de Voltaire, l'auteur expose de manière frappante l'inhumanité de
l'esclavage à travers la description des conditions de travail des esclaves dans les plantations
de sucre. L'image de l'esclave mutilé, qui décrit comment ses membres sont coupés en
punition de tentatives d'évasion, sert à dénoncer la brutalité du système esclavagiste. Voltaire
utilise cette scène pour critiquer l'hypocrisie des Européens, qui profitent des produits issus de
l'esclavage tout en se proclamant porteurs de valeurs morales et religieuses. Cette
contradiction entre la richesse générée par l'exploitation humaine et la prétendue moralité des
colons est au cœur de la critique sociale de Voltaire. Aussi, cela nous conduit à poser la
question suivante: comment expliquer ce décalage entre les principes proclamés et les actions
réelles des Européens ?
Cet extrait rejoint le thème de la résistance à l'esclavage, notamment à travers les formes
culturelles comme les spirituals et le blues, qui ont émergé en tant qu'actes de résistance et de
réaffirmation identitaire face à l'oppression. Les esclaves, tout en étant privés de leurs droits
fondamentaux, ont trouvé dans la musique et l'art un moyen de résister à l'aliénation et de
maintenir leur dignité. Ces formes artistiques étaient des outils de résistance culturelle, qui ont
non seulement permis aux esclaves de revendiquer leur humanité, mais ont aussi
3
Voltaire, Candide, ou l'Optimisme, Gabriel Cramer, 1759, chap. 19. 95 Pages
profondément influencé les mouvements littéraires et politiques ultérieurs. Aussi, cela nous
conduit à poser la question suivante : comment l’exploitation systématique des esclaves dans
les colonies se prolonge-t-elle dans les structures du système colonial ? À l'évidence,
l’esclavage ne se limitait pas à une exploitation économique des individus ; il s'agissait
également d’une domination totale, où les corps des esclaves étaient traités comme des
instruments de production, réduits à des objets au service des intérêts coloniaux. Cette
déshumanisation, décrite dans Candide par l’esclave mutilé, trouve son prolongement dans le
système colonial, qui impose une exploitation similaire, mais à une échelle encore plus large,
sur le continent africain. Pour donner l'exemple, les puissances coloniales, à travers des
politiques d’assimilation et d’exploitation des ressources naturelles et humaines, ont imposé
des structures politiques, économiques et sociales qui ont marginalisé les populations locales
tout en servant leurs propres intérêts. Puisque cependant, la domination coloniale ne se
contentait pas d’exploiter les hommes et les terres, mais visait également à effacer les cultures
et les identités locales, nous pouvons comprendre que l'extension du système esclavagiste
dans le colonialisme a engendré une résistance profonde et complexe, qui a eu des
répercussions durables sur les sociétés africaines et leur lutte pour l'émancipation.
Nous pouvons ainsi voir que la brutalité de l'esclavage, illustrée dans Candide, est
indissociable de l'ordre colonial qui a suivi, où l’exploitation systématique et la
déshumanisation sont devenues les piliers d'un système de domination durable.
Puisque cependant, ces luttes étaient également contre un impérialisme déguisé, il devient
essentiel de comprendre que l'indépendance politique n'a pas suffi à libérer les nations
africaines des chaînes économiques et sociales de l'exploitation coloniale. Nous pouvons ainsi
observer que la lutte pour l'indépendance au XXe siècle n'a pas seulement consisté à conquérir
la souveraineté territoriale, mais a impliqué aussi une lutte contre le néocolonialisme, ce qui
continue de marquer les relations entre l'Afrique et l'Europe.
Les années 1950 et 1960 ont été marquées par les luttes pour l'indépendance en Afrique. Des
figures comme Patrice Lumumba (Congo), Kwame Nkrumah (Ghana), et Léopold Sédar
Senghor (Sénégal) ont joué un rôle clé dans ces mouvements. Se fait-il de dire que ces
indépendances ont redéfini les relations entre l'Afrique et l'Europe, tout en posant de
nouveaux défis politiques et économiques ? Les indépendances : Entre 1957 (Ghana) et 1960
(année des indépendances africaines), de nombreux pays africains ont accédé à la
souveraineté nationale. Il faut souligner que ces indépendances ont souvent été marquées par
des conflits internes et une dépendance économique persistante vis-à-vis des anciennes
puissances coloniales. Les nouveaux États ont dû faire face à des défis majeurs, comme la
construction d'une identité nationale, la gestion des diversités ethniques, et la lutte contre la
corruption. Aussi, cela nous conduit à poser la question suivante : comment les défis hérités
de la colonisation ont-ils façonné les luttes pour l'indépendance en Afrique ? À l'évidence, les
luttes pour l'indépendance ne se limitaient pas seulement à la récupération de territoires, mais
étaient aussi une quête de réconciliation des peuples africains avec leur passé colonisé. Le
contexte de ces luttes, dans lequel des leaders comme Kwame Nkrumah ont joué un rôle
central, montre que l'indépendance n'a pas été synonyme de fin des luttes. Comme le souligne
Nkrumah dans La lutte des classes en Afrique, "l'Afrique est actuellement le théâtre des
luttes opposant impérialistes et masses africaines" (Nkrumah, 1965).4 Cette lutte contre le
néocolonialisme faisait partie intégrante de la quête d'émancipation des peuples africains.
Pour donner l'exemple, Nkrumah avertissait que les nouvelles élites nationales, bien qu'elles
aient mené les mouvements nationalistes, étaient souvent trop influencées par les structures
économiques coloniales pour initier une véritable transformation sociale. Les politiques de
ces élites, parfois compromises entre capitalisme et socialisme, ont souvent permis à
l'impérialisme de conserver une influence sur les affaires africaines.
Puisque cependant, ces luttes étaient également contre un impérialisme déguisé, il devient
essentiel de comprendre que l'indépendance politique n'a pas suffi à libérer les nations
africaines des chaînes économiques et sociales de l'exploitation coloniale. Nous pouvons ainsi
observer que la lutte pour l'indépendance au XXe siècle n'a pas seulement consisté à conquérir
la souveraineté territoriale, mais a impliqué aussi une lutte contre le néocolonialisme, ce qui
continue de marquer les relations entre l'Afrique et l'Europe.
Le racisme a été un outil de domination utilisé pour justifier l’exploitation coloniale. Les
représentations culturelles des Noirs dans la littérature et les médias européens ont souvent été
stéréotypées et déshumanisantes. La présence de ces stéréotypes dans la culture populaire
devient-elle réellement un moyen de légitimer la domination coloniale ? Les stéréotypes
raciaux : Les Noirs étaient souvent représentés comme des êtres inférieurs, sauvages ou
exotiques. Par contre, nous constatons que ces stéréotypes ont été utilisés pour légitimer la
domination coloniale et l’esclavage, créant une image déformée des Africains. La
déshumanisation : Les écrivains africains, comme Aimé Césaire et Frantz Fanon, ont dénoncé
ces représentations racistes et ont cherché à réhabiliter l’image des Noirs à travers leurs
œuvres. Nous pensons que cette réhabilitation a été essentielle pour affirmer l’identité
africaine dans un contexte de domination. Il devient évident que, bien que ces stéréotypes
raciaux aient servi à justifier la domination coloniale, la littérature subsaharienne a joué un
rôle crucial en contrecarrant ces représentations. En effet, alors que la culture populaire
européenne véhiculait des images déformées et racialisées des Africains, les écrivains
africains ont réussi à inverser cette dynamique. Grâce à leurs récits puissants, ils ont redéfini
4
Kwame Nkrumah, La lutte des classes en Afrique, 1965.
l'identité africaine et ont transformé la littérature en un espace de résistance contre
l'oppression coloniale. Dès le début du XXe siècle, la littérature subsaharienne est devenue un
moyen pour les voix africaines de dénoncer l'injustice et de revendiquer leur liberté et
autodétermination."
La littérature francophone subsaharienne est née au début du XXe siècle, à une époque où les
pays africains subissaient la colonisation. Les écrivains de cette période, tels que Cheikh
Hamidou Kane, Ahmadou Kourouma, et Sembène Ousmane, ont utilisé leurs œuvres pour
refléter les réalités sociales, politiques et économiques de leurs nations. Ils ont créé un espace
de résistance à travers lequel ils ont pu exprimer leurs voix et leurs préoccupations.
La richesse de la littérature subsaharienne réside dans ses thèmes variés et profonds. Les
écrivains explorent les questions de l'identité et de l'appartenance. Ils partagent leurs
expériences personnelles et collectives, cherchant à réaffirmer et redéfinir leur identité
africaine. Cette littérature est marquée par un esprit de résistance et de lutte contre
l'oppression coloniale. Elle exprime le désir de liberté et d'indépendance des peuples africains.
Les écrivains mettent souvent en lumière les défis que rencontrent les sociétés africaines
lorsqu'elles cherchent à concilier les valeurs ancestrales et les influences contemporaines.
Cheikh Hamidou Kane est un auteur emblématique de cette littérature avec son œuvre
L'Aventure ambiguë (1961). Dans cette œuvre, il déclare :
"Le vrai bonheur est dans la solitude de l'âme, dans la réconciliation avec soi-même." (Page
112)5
Ahmadou Kourouma, dans son roman Les Soleils des Indépendances (1968), met en avant la
valeur fondamentale de la liberté et de la dignité pour atteindre le bonheur. Il écrit :
5
Cheikh Hamidou Kane, L'Aventure ambiguë, Éditions Julliard, 1961, page 112.
"Il n'y a de vrai bonheur que dans la liberté et la dignité." (Page 198) Cette citation peut
encourager les nouveaux auteurs à aborder les droits de l'homme et la justice sociale dans
leurs écrits.
Sembène Ousmane, avec son œuvre Les Bouts de bois de Dieu (1960), souligne l'importance
de la solidarité et de l'unité face à l'injustice. Il affirme :
"Notre grève n'est pas seulement pour nous, mais pour tous nos frères et sœurs d'Afrique."
(Page 78)Ce message puissant peut inciter les écrivains contemporains à promouvoir la
collaboration et la résistance collective dans leurs œuvres.6
L'influence de ces grands écrivains se perpétue à travers les œuvres des auteurs
contemporains comme Fatou Diome. Par exemple, dans Le Ventre de l’Atlantique (2003),
Diome explore les thèmes de l'exil, de l'identité et de la quête de soi, des thèmes hérités de ses
prédécesseurs. Elle écrit :
"Nous sommes tous des enfants de l’Atlantique, liés par un même cordon ombilical." (Page
45)7
Ce passage reflète la manière dont les écrivains contemporains continuent de naviguer entre
les réalités locales et globales, inspirés par les questions d'identité et d'appartenance traitées
par les pionniers de la littérature subsaharienne francophone. Ainsi, en naviguant entre les
réalités locales et globales, les écrivains contemporains poursuivent l'héritage de la Négritude,
un mouvement littéraire, culturel et politique né dans les années 1930, porté par des figures
emblématiques comme Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire et Léon-Gontran Damas. Nous
devons d’abord rappeler que ce mouvement vise à réhabiliter les cultures africaines, à
dénoncer les stéréotypes raciaux, et à affirmer l’identité noire face à l’oppression coloniale.
La Négritude a joué un rôle clé dans l’émergence d’une littérature africaine francophone
engagée et militante. Venons-en à présent à la question de ses origines, ses figures
emblématiques, et son impact sur la littérature et la pensée africaine.
La Négritude est née dans un contexte marqué par la domination coloniale et le racisme. Les
écrivains et intellectuels africains et antillais, confrontés à ces injustices, ont cherché à créer
6
Ousmane Sembène, Les Bouts de bois de Dieu, Éditions Présence Africaine, 1960, page 78.
7
Le Ventre de l'Atlantique de Fatou Diome a été publié en 2003 par les éditions Anne Carrière
un mouvement qui célèbre l’identité noire et dénonce les systèmes d’oppression. Nous
pouvons nous demander comment ce contexte a influencé l’émergence de ce mouvement.
Léopold Sédar Senghor, poète et futur président du Sénégal, a contribué à définir la Négritude
comme la reconnaissance et la valorisation de l'héritage africain. Senghor a écrit dans son
recueil "Éthiopiques" (1956):
"La Négritude est un humanisme du XXe siècle. Notre tâche essentielle est de réconcilier
l'âme noire et l'âme blanche, d'harmoniser les civilisations" (Senghor, Éthiopiques, p. 45).8
Cet extrait illustre comment Senghor percevait la Négritude comme un pont entre les cultures,
cherchant à créer une harmonie entre les différentes civilisations. Senghor considérait la
Négritude comme une reconnaissance de la valeur des cultures africaines et une réponse à la
déshumanisation subie par les Africains.
Les écrivains de la Négritude étaient souvent issus des colonies françaises d’Afrique et des
Antilles. Nous constatons qu’ils ont été formés dans les écoles coloniales, où ils ont découvert
la culture française tout en étant confrontés au mépris et au racisme.
"Ma Négritude n'est pas une taie d'eau morte sur l'œil mort de la terre / Ma Négritude n'est
ni une tour ni une cathédrale / Elle plonge dans la chair rouge du sol / Elle plonge dans la
chair ardente du ciel" (Césaire, Cahier d'un retour au pays natal, p. 26).9
Trois figures majeures ont marqué le mouvement de la Négritude : Léopold Sédar Senghor,
Aimé Césaire et Léon-Gontran Damas. Chacun d’eux a apporté une contribution unique à ce
8
Éthiopiques, Léopold Sédar Senghor, Éditions du Seuil, 1956.
9
Aimé Césaire, Cahier d'un retour au pays natal, Bordas, 1939.
mouvement. Nous devons cependant noter que leurs œuvres et leurs idées ont profondément
influencé la littérature et la pensée africaine. Léopold Sédar Senghor : Poète et homme
politique sénégalais, Senghor a célébré la beauté et la richesse des cultures africaines dans ses
œuvres. Nous soulignons qu’il a également théorisé le concept de « négritude » comme une
affirmation de l’identité noire. Aimé Césaire : Poète et homme politique martiniquais, Césaire
a utilisé la littérature pour dénoncer les injustices du colonialisme et du racisme. Nous
considérons que son œuvre Cahier d’un retour au pays natal (1939) est un texte fondateur de
la Négritude. Léon-Gontran Damas : Poète guyanais, Damas a exploré les thèmes de l’identité
et de la résistance dans ses œuvres. Nous constatons que son recueil Pigments (1937) est une
critique virulente du colonialisme et du racisme.
La Négritude aborde plusieurs thèmes centraux, qui reflètent les préoccupations des écrivains
africains et antillais de l’époque. Nous devons cependant noter que ces thèmes restent
d’actualité et continuent d’inspirer les nouvelles générations d’écrivains.
5. L’Impact de la Négritude :
Le rapport Sud-Nord est un concept clé pour comprendre les relations entre les pays africains
et les anciennes puissances coloniales. Ces relations, marquées par des inégalités
économiques, politiques et culturelles, ont profondément influencé la littérature subsaharienne
francophone. Depuis l'époque coloniale jusqu'à nos jours, les pays africains ont souvent été
perçus à travers le prisme des puissances coloniales, ce qui a conduit à des dynamiques de
dépendance économique et à des déséquilibres de pouvoir. L'exploitation des ressources
naturelles africaines par les puissances coloniales a laissé des séquelles durables sur les
économies africaines, souvent empêtrées dans des relations de dépendance et d'inégalités
commerciales.
Dans le domaine politique, les États africains ont longtemps lutté pour l'affirmation de leur
souveraineté face aux ingérences étrangères et aux politiques néocoloniales. La littérature
subsaharienne francophone, notamment à travers les œuvres de grandes figures comme Frantz
Fanon, Aimé Césaire et Cheikh Hamidou Kane, a joué un rôle crucial dans la dénonciation
des injustices coloniales et postcoloniales. Par exemple, Aimé Césaire, dans son essai
"Discours sur le colonialisme", écrit :
« Il faut étudier comment la colonisation agit sur les cultures, car le rapport colonial n’est
pas seulement économique ou politique, mais aussi culturel. 10»
Les relations économiques entre le Sud et le Nord sont marquées par des déséquilibres
persistants, hérités de la colonisation et renforcés par la mondialisation. Il faut attirer
l’attention sur le fait que ces inégalités ont des conséquences profondes sur les sociétés
africaines. L’exploitation des ressources : Les pays africains, riches en ressources naturelles,
ont souvent été exploités par les puissances coloniales et les multinationales. Précisant que
cette exploitation a entraîné une dépendance économique et une pauvreté persistante, nous
constatons que les écrivains africains ont souvent dénoncé cette situation dans leurs œuvres.
La dette et l’aide internationale : Les pays africains sont souvent confrontés à une dette
extérieure écrasante, qui limite leur capacité à investir dans le développement. Disons-leur
que l’aide internationale, bien que nécessaire, est parfois perçue comme une forme de
néocolonialisme. Nous pouvons nous demander comment cette situation influence les
représentations littéraires de l’Afrique.
Les relations politiques entre le Sud et le Nord sont également marquées par des déséquilibres
de pouvoir. Considérant par exemple le cas de nombreux pays africains, nous constatons que
ces déséquilibres ont des conséquences majeures sur leur développement. Le
néocolonialisme : Après les indépendances, de nombreux pays africains sont restés
dépendants des anciennes puissances coloniales, qui ont continué à influencer leurs politiques
intérieures et extérieures. Ce qui veut dire que les écrivains africains ont souvent dénoncé
cette ingérence dans leurs œuvres.
Les conflits et l’ingérence étrangère : Les pays africains ont souvent été le théâtre de conflits
armés, alimentés par des intérêts étrangers. Nous pensons que ces conflits ont entraîné des
souffrances humaines et des destructions massives, qui sont souvent représentées dans la
littérature africaine.
3. Les Inégalités Culturelles
Les relations culturelles entre le Sud et le Nord sont marquées par une domination des
cultures occidentales, qui marginalisent les cultures africaines. Il faut attirer l’attention sur le
fait que cette domination a des conséquences profondes sur l’identité africaine. Les cultures
occidentales, diffusées par les médias et les institutions éducatives, ont souvent marginalisé
les cultures africaines. Précisant que cette domination culturelle a entraîné une perte d’identité
et une dévalorisation des traditions africaines, nous constatons que les écrivains africains ont
cherché à réhabiliter ces traditions dans leurs œuvres. Les écrivains africains ont utilisé la
littérature pour dénoncer cette domination culturelle et réhabiliter les cultures africaines.
Considérant par exemple le cas de la Négritude, nous pensons que ce mouvement a joué un
rôle clé dans cette résistance.
11
Xavier Garnier, Écopoétiques africaines : Une expérience décoloniale des lieux, Karthala, 2022, p. 62.
12
Xavier Garnier, Écopoétiques africaines : Une expérience décoloniale des lieux, Karthala, 2022, p. 52.
L'affirmation de l'identité africaine à travers la littérature est cruciale dans ce processus.
En effet, les écrivains ont célébré la richesse et la diversité des cultures africaines, en
réponse aux stéréotypes raciaux qui dévalorisaient les Noirs. Ces efforts littéraires ne se
limitaient pas simplement à une réaffirmation culturelle, mais cherchaient également à
déconstruire les préjugés imposés par la colonisation et à encourager une prise de
conscience collective. Comme le souligne Frantz Fanon, dans le cadre de la lutte contre
l'aliénation imposée par la colonisation, les écrivains africains ont joué un rôle essentiel
dans la réhabilitation de l'identité noire.13 Dès lors, un autre aspect fondamental de la
réalité contemporaine se fait jour dans les récits littéraires africains : celui de
l'immigration. À l'évidence, si la littérature subsaharienne s'est construite autour de la
résistance aux stéréotypes coloniaux et de l'affirmation de l'identité africaine, elle aborde
désormais des questions cruciales liées à l'exil et aux migrations. Pour donner l'exemple,
les écrivains ne se contentent pas de célébrer les cultures africaines, mais rendent
également compte des défis auxquels sont confrontés ceux qui partent à la recherche
d'une vie meilleure ailleurs, souvent en Europe ou en Amérique du Nord. Puisque
cependant, les migrations peuvent être perçues comme une réponse à des inégalités
structurelles dans les pays d'origine, la littérature s'efforce aussi de dévoiler les
complexités de ce phénomène, entre espoirs et désillusions, et de remettre en question les
impacts sociaux et économiques de ces déplacements. Nous pouvons ainsi observer que
l'immigration est désormais un autre terrain de lutte dans la littérature subsaharienne, où
les écrivains continuent de dénoncer les injustices tout en mettant en lumière les
trajectoires personnelles marquées par l'exil.
L'immigration est un thème central dans la littérature subsaharienne francophone, reflétant les
réalités complexes des migrants africains qui quittent leur pays pour chercher une vie
meilleure en Europe ou en Amérique du Nord. Ces récits explorent les espoirs, les défis et les
désillusions des migrants, tout en dénonçant les inégalités économiques et politiques qui
poussent à l'exil. La question se pose alors : ces phénomènes migratoires représentent-ils un
véritable obstacle au développement des pays d'origine, ou bien apportent-ils des
contributions positives par le biais des transferts de compétences et des remises financières?
13
3. Adam Shatz, Frantz Fanon. Une vie en révolutions, La Découverte, 2024[43dcd9a7-70db-4a1f-b0ae-
981daa162054](https://shs.cairn.info/revue-apres-demain-2025-1-page-50?
lang=fr&citationMarker=43dcd9a7-70db-4a1f-b0ae-981daa162054 "1").
Pour mieux comprendre cette problématique, il est essentiel de situer ces récits dans leur
contexte socio-culturel. En effet, l'immigration est souvent perçue à travers le prisme des
dynamiques postcoloniales, où les anciennes colonies continuent d'entretenir des liens
complexes et souvent inégaux avec les anciennesiales. Ces relations asymétriques se
manifestent par des politiques migratoires restrictives et une perception ambivalente des
migrants, souvent considérés comme des menaces économiques et culturelles.
L'identité est une autre notion centrale dans ces récits. Les écrivains africains explorent
comment les migrants tentent de concilier leur identité d'origine avec celle du pays d'accueil,
souvent en créant des identités hybrides, à la fois africaines et européennes ou américaines.
Cette quête identitaire est souvent marquée par des tensions entre l'attachement aux racines et
le désir d'intégration. Comme le souligne Adama Coulibaly dans son article "Littérature
migrante subsaharienne : l’ethnoscopie littéraire comme expression de la mobilité des
écrivains de la migritude" :
14
Adama Coulibaly explore la richesse de la littérature migrante subsaharienne dans son article intitulé
"Littérature migrante subsaharienne : l'ethnoscopie littéraire comme expression de la mobilité des écrivains de
la migritude," publié dans la revue Études littéraires, volume 46, numéro 1, hiver 2015.
[43dcd9a7-70db-4a1f-b0ae-981daa162054](https://www.erudit.org/fr/revues/etudlitt/2015-
v46-n1-etudlitt02356/1035082ar.pdf?citationMarker=43dcd9a7-70db-4a1f-b0ae-
981daa162054
Les phénomènes migratoires en Afrique sont souvent liés à des facteurs économiques,
politiques et sociaux, et Le Ventre de l’Atlantique de Fatou Diome en offre une illustration
frappante. Nous devons cependant noter que ces phénomènes sont également influencés par
des facteurs modernes, tels que la mondialisation et l’influence des médias. La pauvreté et le
chômage : Dans le roman, Madické, le frère de Salie, rêve de quitter son village sénégalais
pour rejoindre la France, perçue comme une terre d’opportunités. Nous constatons que cette
quête d’un avenir meilleur est motivée par la pauvreté et le manque de perspectives dans son
pays d’origine. Un test sujet ne nous pousse-t-il pas à nous demander si cette situation
économique désastreuse représente vraiment un obstacle au développement des pays
africains ? Les rêves d’un avenir meilleur : Les médias et les récits populaires entretiennent
souvent une image idéalisée de l’Europe, vue comme une terre d’abondance. Nous pensons
que cette illusion est au cœur du roman, car elle révèle les écarts entre les représentations et la
réalité. Représentent-ils vraiment un obstacle qui pourrait nuire au développement d’un pays ?
C’est pourquoi nous devons examiner comment ces représentations influencent les décisions
des jeunes Africains. La mondialisation et ses effets : Dans un contexte de mondialisation, les
inégalités entre le Nord et le Sud se creusent, exacerbant les phénomènes migratoires.Nous
constatons que les pays africains, souvent marginalisés dans l’économie mondiale, peinent à
offrir des perspectives à leur jeunesse. Un test sujet ne nous pousse-t-il pas à nous demander
si cette marginalisation représente vraiment un obstacle au développement ?
15
(Ould Aoudia, 2015, p. 92).
16
Leclerc, Jean-Marc (2017, p. 111)
17
.Garnier, 2023, p. 56
en Europe, le roman dévoile non seulement les espoirs des migrants, mais aussi les
illusions qui les poussent à partir. Comme le mentionne Dacharly Mapangou, "Fatou
Diome ne se contente pas de présenter l'immigration comme un acte physique, mais elle
en fait un véritable parcours intérieur, un voyage vers la quête de soi et la confrontation
avec l'inconnu" (Mapangou, 2021, p. 215).18 Cette approche permet à l’auteur de
dépeindre l'immigration non seulement comme un déplacement géographique, mais aussi
comme un bouleversement identitaire profond. Au cœur du roman se trouve la
déconstruction de l'idée largement répandue de l'Europe comme une terre d'utopie. Les
personnages, notamment Madické, sont animés par un rêve européen souvent nourri par
des récits idéalisés et des fantasmes de richesse et de liberté. Cependant, Diome brise
cette illusion en exposant la dure réalité de l'existence des migrants dans les sociétés
européennes, où ils sont confrontés à un racisme systémique, à l'isolement social et à une
difficile intégration. D'après Mapangou, "le mythe de l’Europe comme un havre de
prospérité et d’accueil est lentement démantelé au fur et à mesure que les migrants
découvrent la dureté de la réalité à laquelle ils sont confrontés" (Mapangou, 2021, p.
218).19 Cette désillusion est un thème central du roman, où l'image de l'Europe se
transforme, passant de l'idée d'un eldorado à celle d'un lieu de souffrance et d'aliénation.
En outre, Le Ventre de l'Atlantique met en lumière la manière dont l'immigration est liée
à une quête de dignité. Les migrants, tout en cherchant à fuir la pauvreté, se trouvent
souvent confrontés à une forme de rejet qui remet en question leur identité. Mapangou
souligne que, "Diome nous invite à réfléchir sur la manière dont la migration devient une
forme de résistance, une affirmation de l'identité contre les stéréotypes qui déforment
l’image des Africains" (Mapangou, 2021, p. 220).20 Ainsi, au-delà de la simple question
de la mobilité géographique, le roman traite de la lutte pour maintenir l’intégrité et la
dignité personnelle dans un environnement souvent hostile. L'immigration dans Le
Ventre de l'Atlantique devient un symbole de la lutte pour la reconnaissance et de la
tentative de réécrire l'histoire personnelle face à une société européenne qui ne cesse de
définir l'autre selon des préjugés.
- Bibliographie :
18
Voyage des enfants de la postcolonie vers l’ailleurs-paradis
Dacharly Mapangou, 2021, p. 215
19
Mapangou, 2021, p. 218
20
Mapangou, 2021, p. 220
Ould Aoudia, Jacques. La migration et ses ambivalences : Une lecture de l'exil dans la
littérature contemporaine. 2015, p. 92.
- Leclerc, Jean-Marc. L'immigration dans les médias : Stéréotypes et réalités. 2017, p. 111.
Blachère, Jean-Claude, Le Chaînon manquant, in François Durand (dir.), Regards sur les
littératures coloniales. Afrique francophone, Paris, L’Harmattan, 1999.
Césaire, Aimé, Cahier d’un retour au pays natal, Paris, Présence africaine, 1939.
Cornevin, Robert, Littératures d’Afrique noire de langue française, Paris, PUF, 1974.
-Diop, Cheikh Anta, Nations nègres et culture, Paris, Présence africaine, 1954.
Kesteloot, Lilyan, Les Écrivains noirs de langue française : naissance d’une littérature,
Bruxelles, Université libre de Bruxelles, 1965.