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L'autobiographie – à rendre le JEUDI 16 NOVEMBRE
TEXTE.
Je revois son visage furtivement enjoué, ses cheveux bien coiffés, plaqués, la raie du
côté gauche. J'entends sa voix chaleureuse et son phrasé à l'élocution 1 parfaite.
Il articulait comme il pensait, de manière très claire. Et pourtant, son esprit
enchevêtré2 entre le paradoxe3, l'humour et une aisance extrême à passer, sur tout
5 sujet, de l'analyse à la synthèse, donnait lieu à des périodes oratoires qu'il savait
rompre, casser, reprendre, comme un clown funambule se rattrape à son fil.
La tristesse tendre de son regard laissait toujours à penser que, pour mon père, le
pire de la vie n'était sûrement pas la mort.
Ce jour-là, un des premiers souvenirs clairs que j'aie de lui, c'est une promenade
10 dans la grande allée d'un château où nous avions été conviés un dimanche.
C'était un des derniers étés de l'avant-guerre, et le soleil radieux et rare de
Normandie avait peine à percer le feuillage des chênes centenaires.
Il marchait entre un vieux monsieur distingué, un physicien, je crois, et un religieux
vêtu d'une soutane blanche.
15 Moi, je suivais en trottant. Je voyais les mains de mon père, qu'il tenait dans son
dos. L’une d'elles jouait avec une balle de tennis qu'il avait ramassée au détour d'une
allée. Les échanges d'idées, le bruit de leur causerie que je ne comprenais pas
tombaient vers moi comme les cailloux blancs chers au Petit Poucet. Je suivais,
ignorant, inconscient de mon âge et des choses alentour, comme de celles du
20 lendemain.
Soudain, il se retourna vers moi. Il m'avait oublié, puis il s'était rappelé. Il me jeta
la balle avec une phrase tendre.
Ai-je attrapé la balle ? Sûrement pas. Mais j'ai gardé en moi son sourire délicieux.
Ma vie, elle a grandi et tourné autour de la sienne. Rien de ce qui m'est advenu ne
25 lui fut étranger. Nous étions toujours ensemble ou toujours fâchés, mais jamais en
eau calme.
Il fut la tour dont j'arpentais 4 la circonférence pour en trouver la porte, le rocher où
je me blessais et puis, beaucoup plus tard, une manière, une espèce d'enfant
écorché vif, que je n'ai pas su protéger contre lui-même, quand est venue sa fin.
30 Aussi loin que je remonte, j'ai le souvenir d'avoir été un frelon. Et lui, quand il
n'était pas la tour imprenable, il était acacia, arbre noble et rebelle aux piquants
1 Élocution: prononciation.
2 Enchevêtré: emmêlé.
3 Paradoxe: opinion qui a à l'encontre de l'opinion commune.
4 Arpenter: parcourir à grands pas.
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meurtriers. Passant entre les épines, je venais prendre ma force au milieu de ses
fleurs pareilles à des glycines amères.
Certains naissent orphelins. Je le suis devenu à plus de quarante ans. Et n'allez
35 pas penser que ce soit chose banale. Tous ceux qui perdent leur père ne le sont pas
pour autant.
Je serais même enclin à penser qu'en règle générale, la mort de nos parents nous
pousse au premier rang, fait de nous des aînés. En règle générale... Mais en ce cas
particulier, je n'ai connu l'amour et la notoriété qu'à travers ce qu'il avait
40 préalablement vécu, entrepris, et parfois comme raté pour moi.
Malgré des guerres immenses, jusqu'à en venir aux mains, nous étions bien le
même. Depuis qu'il est parti, je me sens une moitié, une moitié de moi-même qui
court après une ombre qui ne reviendra plus.
Pascal Jardin, Le Nain jaune. 1978
Elliott Erwitt, “Douglas, Wyoming,” 1954, Harry Ransom Center Collection
I. Compréhension et compétences d’interprétation (33 points)
1. A quel genre de récit semble appartenir ce texte ? Observez le pronom personnel de la première
personne du singulier. Renvoie-t-il toujours à la même personne ? Expliquez et justifiez. (4 points)
2. Relevez, dans le premier paragraphe, deux verbes qui servent de point de départ à l'évocation du
souvenir. À quels sens renvoient-ils ? Pourquoi, selon vous, le souvenir du père surgit-il grâce aux sens ?
Expliquez. (4 points
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3. Lignes 1 à 8 : Comment peut-on voir que le portrait dressé du père est un portrait contrasté ?
Justifiez votre réponse en vous appuyant sur des éléments significatifs. (3 points)
4. Repérez à l'aide des lignes le passage narratif du texte. Selon vous, que symbolise ce souvenir ?
Expliquez votre réponse. (4 points)
5. Lignes 27 à 33 : A quels différents éléments Pascal Jardin assimile-t-il son père ? Comment
l’expliquez-vous ? Que nous apprennent-ils sur le rapport entre le père et le fils ? Justifiez vos réponses.
(6 points)
6. Lignes 34 à 43 : Quels sentiments le narrateur éprouve-t-il pour son père ? Vous développerez
votre réponse et la justifierez en citant précisément le texte. (6 points)
7. Question sur l’image : Quels sont les éléments qui rapprochent l’image et le texte ? Justifiez votre
point de vue en vous appuyant sur des passages du texte et sur une analyse précise de l’image. (6 points)
II. Grammaire et compétences linguistiques (17 points)
8. « Je le suis devenu à plus de quarante ans. » (ligne 34)
Quelle est la fonction du pronom personnel souligné ? Quel mot remplace-t-il ? (2 points)
9. « Il marchait entre un vieux monsieur distingué, un physicien, je crois, et un religieux vêtu d'une soutane
blanche. » (lignes 13-14)
a) A travers quelle expression l’auteur nuance-t-il son énoncé ? (1 point)
b) Relevé un adjectif en fonction épithète et un groupe nominal en fonction apposition. (2
points)
10. « inconscient de mon âge » (l. 19). Comment est formé le mot souligné ? Quelle est sa classe
grammaticale ? (2 points)
11. Réécrivez ce passage en remplaçant la première personne du singulier par la première personne du
pluriel. Vous ferez tous les changements nécessaires. (10 points)
Moi, je suivais en trottant. Je voyais les mains de mon père, qu'il tenait dans son dos. L’une d'elles
jouait avec une balle de tennis qu'il avait ramassée au détour d'une allée. Les échanges d'idées, le
bruit de leur causerie que je ne comprenais pas tombaient vers moi comme les cailloux blancs chers
au Petit Poucet. Je suivais, ignorant, inconscient de mon âge et des choses alentour, comme de
celles du lendemain.
Soudain, il se retourna vers moi. Il m'avait oublié, puis il s'était rappelé. Il me jeta la balle avec une
phrase tendre.
Ai-je attrapé la balle ? Sûrement pas. Mais j'ai gardé en moi son sourire délicieux.
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BONUS. Travail d’écriture. /20
Sujet d’imagination :
A la manière de Pascal Jardin, racontez un souvenir d’enfance en commençant par Je revois...
Comme l’auteur, vous racontez un souvenir d’enfance qui est important pour vous.
Vous raconterez à la fois ce souvenir du point de vue de l’enfant que vous étiez, mais également du point de vue de
l’adolescent que vous êtes aujourd’hui.
BONUS. Travail d’écriture. /20
Sujet d’imagination :
A la manière de Pascal Jardin, racontez un souvenir d’enfance en commençant par Je revois...
Comme l’auteur, vous racontez un souvenir d’enfance qui est important pour vous.
Vous raconterez à la fois ce souvenir du point de vue de l’enfant que vous étiez, mais également du point de vue de
l’adolescent que vous êtes aujourd’hui.
BONUS. Travail d’écriture. /20
Sujet d’imagination :
A la manière de Pascal Jardin, racontez un souvenir d’enfance en commençant par Je revois...
Comme l’auteur, vous racontez un souvenir d’enfance qui est important pour vous.
Vous raconterez à la fois ce souvenir du point de vue de l’enfant que vous étiez, mais également du point de vue de
l’adolescent que vous êtes aujourd’hui.
BONUS. Travail d’écriture. /20
Sujet d’imagination :
A la manière de Pascal Jardin, racontez un souvenir d’enfance en commençant par Je revois...
Comme l’auteur, vous racontez un souvenir d’enfance qui est important pour vous.
Vous raconterez à la fois ce souvenir du point de vue de l’enfant que vous étiez, mais également du point de vue de
l’adolescent que vous êtes aujourd’hui.