ROUGEOLE
Complications : respiratoires (pneumopathie morbil-
ROUGEOLE leuse) et surtout neurologiques.
Parmi les complications neurologiques :
– L’encéphalite aiguë post-infectieuse est la
complication la plus fréquente. Elle survient assez
DEFINITION rapidement après l’éruption et est liée à un processus
auto-immun contre le tissu cérébral. Elle associe des
Le virus de la rougeole appartient à la famille des convulsions à des troubles de la conscience.
Paramyxoviridae et au genre Morbillivirus. Il possède un – L’encéphalite aiguë progressive, d’apparition plus
caractère antigénique stable et on ne lui connaît qu’un tardive après la primoinfection, se rencontre chez les
seul sérotype. C’est un virus à ARN monocaténaire de enfants immunodéprimés.
polarité négative, qui mesure entre 120 et 250 nm de – La panencéphalite sclérosante subaiguë ou PESS, est
diamètre avec une capside hélicoïdale entourée d’une une complication rare (1 cas sur 1 million). Il s’agit d’une
enveloppe. En France, malgré la couverture vaccinale, la encéphalite dégénérative qui apparaît quelques années
rougeole atteint encore des enfants et des adolescents après la rougeole et dont l’évolution est toujours
non vaccinés et se traduit le plus souvent par une mortelle. Il ne semble pas exister de déficit immunitaire
infection éruptive bénigne. En revanche, elle peut être associé et son mécanisme est mal connu.
sévère avec de fréquentes complications neurologiques
Les complications respiratoires sont essentiellement repré-
dans les pays en voie de développement, où elle est
sentées par des surinfections bactériennes de type
encore la première cause infectieuse de mortalité chez
otites ou laryngites, liées à un état d’immunodépression
les enfants âgés de 2 à 5 ans.
transitoire en particulier dans les populations
Synonymes : virus morbilleux = virus de la rougeole défavorisées. Plus rarement, ce sont des complications
bronchopulmonaires ou encore des pneumonies.
BIOPATHOLOGIE
EPIDEMIOLOGIE INDICATIONS DE LA RECHERCHE
Le virus de la rougeole est responsable d’épidémies
survenant tous les 2 à 5 ans dans les populations non Recherche de la cause d’une encéphalite ou d’une
immunisées, en particulier chez les enfants. En France, méningoencéphalite aiguë ou progressive.
l’administration d’un vaccin depuis 1989 a modifié Devant une éruption atypique de l’enfant ou de
l’incidence de la maladie et l’infection touche plus l’adolescent non vacciné.
tardivement les adolescents et parfois les adultes jeunes Diagnostic différentiel avec la rubéole ou une infection
sous forme de foyers isolés. Elle sévit à l’état endémique par le Parvovirus B19.
avec des poussées en hiver et au printemps. Lors d’études épidémiologiques, pour déterminer le
contrôle d’immunité d’une population vaccinée ou le
PHYSIOPATHOLOGIE ET CLINIQUE
statut immunitaire de sujets à risque.
Après transmission par voie aérienne, le virus se
multiplie localement dans les cellules épithéliales du
rhino-pharynx et dans les organes lymphoïdes. RECOMMANDATIONS PREANALYTIQUES
Une virémie primaire, survenant vers le 5e jour après le
contage, est responsable de la dissémination du virus PRELEVEMENT - CONSERVATION - TRANSPORT
aux cellules du système réticulo-endothélial. L’invasion Sécrétions nasopharyngées, bronchiques, ou encore
et la destruction des cellules lymphomonocytaires par des urines : pour effectuer la détection directe et la
le virus est à l’origine d’une leucopénie. La seconde culture du virus.
virémie entraîne la généralisation de l’infection à tous Sérum pour réaliser un sérodiagnostic.
les tissus et organes, en particulier la peau et les LCR, si complications neurologiques.
muqueuses. L’infection induit une immunosuppression
Se reporter au référentiel des examens de biologie
transitoire dont le mécanisme est mal compris.
médicale Biomnis en ligne pour les conditions précises
Dans la forme commune : après une période d’incuba- de prélèvement et conservation-transport.
tion de 10 jours environ, la rougeole se manifeste par un
catarrhe oculo-nasobronchique accompagné de fièvre. QUESTIONS A POSER AU PATIENT
L’éruption caractéristique apparaît quelques jours plus Notion de contage ?
tard sous la forme d’un énanthème de la face interne
Vaccination ?
des joues (signe de Köplick) et d’un exanthème
maculopapuleux de la face qui va se généraliser très Statut immunitaire ?
vite. La guérison se fait habituellement en quelques jours. Symptomatologie clinique ?
© 2015 Biomnis – PRÉCIS DE BIOPATHOLOGIE ANALYSES MÉDICALES SPÉCIALISÉES 1/2
ROUGEOLE
Dans tous les cas de figure, il faudra confronter les
METHODES DE DIAGNOSTIC résultats biologiques avec l’ensemble des données
cliniques et épidémiologiques.
DIAGNOSTIC DIRECT
Culture cellulaire : elle est difficile à réaliser. Elle est
pourtant utile en épidémiologie et reste un diagnostic TRAITEMENT
de certitude de la rougeole. L’identification du virus se
Il n’existe pas de traitement spécifique curatif de la
fait au moyen d’anticorps monoclonaux spécifiques,
directement sur un frottis cellulaire de la culture, avant rougeole.
l’apparition de l’effet cytopathogène. En revanche, la prévention de l’infection et des
complications est assurée par l’administration d’un
Biologie moléculaire : la détection de l’ARN du virus par
vaccin vivant atténué sous forme combinée, destiné aux
RT-PCR en temps réel peut être réalisée à partir de la
enfants dès l’âge de 12 mois avec une seconde injection
salive, du LCR, du sérum, de l’urine ou d’un prélèvement
entre 3 et 6 ans. En France, la couverture vaccinale se
naso-pharyngé.
situe aux environs de 80 %. Toutefois, l’éradication
Détection directe d’antigènes viraux : elle n’est plus totale, prévue en 2007 par l’OMS, n’a pas été atteinte.
utilisée pour le diagnostic. L’éradication de la rougeole, qui ne peut être que
mondiale, est remise en cause à ce jour.
DIAGNOSTIC INDIRECT
Les IgM apparaissent dans le sérum au moment de
l’éruption et persistent pendant le mois qui suit. Les IgG POUR EN SAVOIR PLUS
sont décelables quelques jours après les IgM et Gouarin S, le virus de la rougeole, Encycl. Med. Chir.,
persistent toute la vie. Elsevier Paris, 2003.
La sérologie est utile au diagnostic d’une infection Société française de microbiologie, Virus de la rougeole,
commune par le virus de la rougeole où l’on mettra en In : REMIC : Société Française de Microbiologie
évidence la présence d’IgM, une séroconversion ou Ed ;2015 :681-682.
encore une augmentation significative du titre des IgG
sur 2 sérums prélevés à 15 jours d’intervalle. Mais elle
est également très utile lors des complications
neurologiques précoces où l’on peut détecter la
présence d’IgM. Dans la PESS, on trouve un taux élevé
d’IgG dans le sérum et dans le LCR.
Les techniques les plus utilisées sont de type
immunoenzymatique (ELISA) car elles permettent la
distinction entre les IgG et les IgM, ainsi que la
quantification des IgG.
Il existe d’autres techniques comme
l’immunofluorescence, la réaction de fixation du
complément, l’inhibition de l’hémagglutination.
INTERPRETATION
La sérologie est utile dans la forme commune de la
rougeole. Le diagnostic de l’infection aiguë repose
principalement sur la mise en évidence d’IgM
spécifiques.
La recherche d’IgG spécifiques sera demandée dans le
cadre d’un contrôle d’immunité.
L’ARN du virus est présent dans l’oropharynx dès la
phase invasive et persiste dans le sang et la salive
jusqu’au 5e jour environ post-éruption. Il peut aussi être
recherché dans le LCR dans le cadre d’un bilan
étiologique d’une encéphalite.
Les méthodes de culture cellulaire permettent de
suivre la nature des souches en circulation dans une
démarche épidémiologique.
© 2015 Biomnis – PRÉCIS DE BIOPATHOLOGIE ANALYSES MÉDICALES SPÉCIALISÉES 2/2