Systeme D'information
Systeme D'information
Salah JADDA
Institut National des Postes et Télécommunications (INPT)
Maroc
Équipe de recherche en Économie et Management des Télécommunications et des
Technologies de l’Information (EM2TI)
[email protected]
Nawfal ACHA
Institut National des Postes et Télécommunications (INPT)
Maroc
Équipe de recherche en Économie et Management des Télécommunications et des
Technologies de l’Information
(EM2TI)
[email protected]
Hafid BARKA
Institut National des Postes et Télécommunications (INPT)
Maroc
Équipe de recherche en Économie et Management des Télécommunications et des
Technologies de l’Information
(EM2TI)
[email protected]
Author(s) agree that this article remain permanently open access under the terms of the Creative Commons
Attribution License 4.0 International License
Résumé :
Les Systèmes d’Information des organisations publiques (SIOP) sont devenus complexes et
difficile à métriser en l’absence de mesures d’accompagnement nécessaires. Cette étude
cherche à déterminer les repères et constats d’insuffisance de ces Systèmes d’Information
(SI), à expliquer la situation actuelle et à formuler des recommandations pour bâtir des SI
performants. Ainsi, cet article présente les résultats d’une étude exploratoire portant sur les
SIOP suite à une enquête menée auprès des managers et gestionnaires exerçant dans ces
organisations. L’étude a permis d’analyser les forces et les faiblesses des SIOP en vue de
proposer des pistes d’amélioration. Il ressort de cette étude qu'en dépit des efforts consentis,
les organisations publiques doivent travailler davantage pour mettre en œuvre les principes de
gouvernance SI qui apportent des réponses pertinentes à plusieurs lacunes. Cette gouvernance
consiste à instaurer des mécanismes et des règles de bonnes pratiques qui permettent
d’assurer l’alignement stratégique des SI, de créer de la valeur par les SI, d’optimiser la
gestion des ressources, de gérer les risques inhérents à l’utilisation des SI et de mesurer la
performance SI.
Mots clés : Système d’Information; performance; organisations publiques; étude
exploratoire; gouvernance des Systèmes d’Information
Abstract :
The Information Systems of public organizations (ISPO) have become complex and difficult
to master in the absence of the necessary support measures. This study seeks to determine the
current state of the insufficiency of these Information Systems (IS), and to formulate
recommendations for building efficient IS. Thus, this article presents the results of an
exploratory study on ISPOs following a survey of managers working in these organizations.
The study analyzes the strengths and weaknesses of ISPOs with a view to proposing avenues
for improvement. This study shows that despite the efforts made, public organizations must
work more to implement the principles of IS governance which provide relevant answers to
several gaps. This governance consists of establishing mechanisms and rules of good practice
which allows for instoring IS strategic alignment, creating of value by the use of IS,
optimizing resources management, managing the risks inherent in the use of IS and
monitoring the measurement of IS performance.
Keywords : Information System; performance; public organizations; exploratory study;
governance of Information Systems
Introduction
Dans un premier temps, nous allons présenter l’objet de l’étude et l’intérêt du diagnostic et de
l’évaluation des SI. Puis nous allons faire un état des lieux concernant les SIOP (degré
d’informatisation, intégration des solutions, qualité du service informatique et niveau de
satisfaction des utilisateurs, sécurité des SI, échec des projets SI, protection des données
personnelles, etc.) en présentant les résultats de l’enquête. Après, lors de la discussion des
résultats, nous présenterons les causes de l’état actuel des SIOP et nous donnerons quelques
recommandations pour améliorer la performance de ces systèmes.
1. Les organisations publiques à l’heure de la transformation digitale
1.1. Objet de l’étude
Notre étude a concerné les entités administratives dont les départements ministériels et les
autres établissements publics essentiellement agissants au niveau régional ou local. Ces
établissements ont généralement une envergure nationale et disposent, ou sont censés
disposer, d’un SI avec un niveau élevé d’utilisation des Technologies de l’Information et de
Communication. Le secteur public a notablement progressé au cours des dernières années
sous l’effet de la très forte volonté de mieux maîtriser les outils de management et l’évolution
formidable des TIC, tant au niveau des architectures que des solutions applicatives qui ont
servi de courroie de transmission pour concrétiser la volonté de progrès. D’après CIGREF1,
le SI est un levier clé d’accompagnement de ces transformations. Il améliore l’efficacité des
organisations en automatisant les tâches et en accompagnant l’optimisation des processus
métier et des structures. Il permet d’innover en matière de service et il permet également de
valoriser le patrimoine informationnel en le mettant au service du pilotage des politiques
publiques, et en offrant un service personnalisé fondée sur la connaissance des usagers.
L’évaluation du succès des SI est une opération très importante car elle permet de mesurer
l’impact de ces systèmes sur les attributions des organisations et sur la qualité du service
public (DeLone et al., 2016). Cette évaluation permet de déterminer les repères et constats et
d’adopter de nouvelles approches dans le cas où l’impact de ces SI n’est pas satisfaisant
sachant que le succès du SI dépend de la bonne exécution de la technologie par les ressources
humaines. Ainsi, notre étude a pour ambition de déterminer, à travers une enquête
exploratoire et descriptive, les insuffisances de ces SIOP, à expliquer la situation actuelle et à
formuler des recommandations pour bâtir des SI performants. L’hypothèse principale qu’on
1
CIGREF, Club Informatique des Grandes Entreprises Françaises, est un réseau de grandes entreprises et
administrations publiques françaises qui se donnent pour mission de réussir la transformation numérique.
Rapport en ligne sur www.cigref.fr
cherche à confirmer est que l’adoption des approches qui permettent d’instaurer des
mécanismes et des règles de bonnes pratiques en vue d’assurer l’alignement stratégique des
SI, de créer de la valeur par les SI, d’optimiser la gestion des ressources, de gérer les risques
inhérents à l’utilisation des SI et de mesurer la performance SI est la clé pour bâtir des SI
efficaces et efficients.
1.2. Systèmes d’Information des organisations publiques
Au début du processus d'informatisation des organisations publiques, la plupart des
applications ont fait l'objet d'un développement spécifique avec un cycle de développement
entièrement conçu et réalisé par les ressources humaines de l'entité en charge des TIC
(Tafranti, 2009). Ces applications, bien qu’ils soient très utiles, n'ont pas de cohérence
globale. C'est ainsi qu'est née l'idée d'utiliser les progiciels de gestion intégrée, surtout pour
automatiser les processus supports tels que la GRH, la gestion logistique, la gestion
budgétaire et la comptabilité. Ainsi, le développement spécifique d’un SI concerne les
activités de spécification, conception, codage, tests et déploiement de l’application. Les
activités de développement se déroulent selon un cycle de cinq étapes : étude préalable, étude
détaillée, étude technique et réalisation, préparation de la mise en œuvre et mise en œuvre.
Cependant, le développement du SI utilisant un ERP (Entreprise Resource Planning)
s’applique lors de développements basés sur l'acquisition d'un progiciel de gestion intégré,
avec, le cas échéant, réalisation d’adaptations spécifiques qui doivent rester limitées. Elle
concerne les activités de choix d'un progiciel, paramétrage et adaptation, mise en œuvre de
l’application et de ses éléments d’accompagnement. Elle se termine lorsque le produit est
installé et opérationnel sur les sites des utilisateurs. Le développement se déroule selon un
cycle de cinq étapes : choix de progiciel, étude détaillée, paramétrage et adaptations, conduite
du changement et mise en œuvre.
2. Diagnostic et évaluation des SIOP
L'adoption des technologies de l'information par les différents d’organisation prend de
l'ampleur. Ainsi, mesurer le succès du SI est très important; en outre, ce succès dépend de la
bonne exécution de la technologie par les ressources humaines. À l'heure actuelle, il existe
plusieurs modèles pour mesurer le succès d’un SI comme le modèle d'acceptation de la
technologie TAM (Technology Acceptance Model) (Davis, 1989 ; Vankatesh V. et al., 2000 ;
Vankatesh V. et al., 2003), le modèle de Soh et Markus (Soh et al., 1995), le modèle de Gable
(Gable et al., 2003 ; Gable G. et al., 2008), le modèle UTAUT (Unified Theory of
Acceptance and Use of Technologie) (Vankatesh et al., 2008) et les différentes versions du
célèbre modèle de DeLone et McLean dit “Information System Success Model (ISSM)”
(DeLone et al., 1992 ; DeLone et al., 2003 ; DeLone et al., 2016).
Malgré l’intérêt des différents modèles d’évaluation, les études empiriques ont soutenu le
modèle DeLone et McLean mis à jour en 2016. Ce modèle représente six catégories de
variables dans lesquelles probablement réside le succès des SI (figure n°1) : la qualité du
système, la qualité de l’information, la qualité de service, l’intention d’utilisation et
l’utilisation, la satisfaction de l’utilisateur et l’impact net du SI. Les études empiriques ont
fourni plusieurs implications importantes pour l'utilisation de ce modèle dans la recherche et
la pratique. Il a également encouragé les organisations à inclure des mesures de la qualité de
l'information, de la qualité du système, de la qualité du service, de l'utilisation du système, de
la satisfaction des utilisateurs et de l'avantage net perçu dans leurs techniques d'évaluation du
succès des SI (Wang et al., 2008 ; Wu et al., 2006). La dimension « Impacts nets » est
apparue dans la dernière version du modèle de DeLone et McLean. Cette dimension remplace
les deux autres dimensions (Impact Organisationnel et Impact Individuel). Selon DeLone et
Mclean, les variables les plus significatives de mesure du succès pour les gestionnaires, les
concepteurs et les utilisateurs sont celles qui saisissent les résultats ultimes du déploiement et
de l'utilisation d'un système. Le concept des "Impacts nets" mesure les résultats du système
qui sont comparés aux objectifs du système. C'est la raison pour laquelle le concept des
"impacts nets" sera le plus contextuel, dépendant et varié des six dimensions de mesure du
succès du modèle de DeLone & McLean.
Figure N°1 : Modèle de succès des SI de DeLone et Mclean (version 2016)
des processus sont couvert au sein d’une solution globale et intégrée qui satisfait
pleinement les acteurs.
A l’affirmation “Quel est le taux d’informatisation de votre organisation ?”, les interlocuteurs
des organisations apportent des réponses:
Tableau N°1 : Taux d’informatisation
Taux d’informatisation Pourcentage des répondants
Couverture opérationnelle minimale 40%
Couverture opérationnelle faible 30%
Couverture opérationnelle moyenne 15%
Couverture opérationnelle assez bonne 10%
Couverture opérationnelle maximale 5%
Source : Auteurs
Le niveau d’informatisation dans le secteur public diffère considérablement d’une
organisation à une autre. Certaines organisations ont réalisé d’énormes progrès et d’autres,
n’ont pas profité des opportunités technologiques. Selon la classification de J. L. TOMAS
(Tomas, 2002), la plupart des organisations publiques pourraient être de types 2 ou 3. La
question qui se pose est comment elles peuvent évoluer et converger vers la situation de type
4. L’enquête a également montré qu’il n’y a pas le même niveau d’informatisation pour les
différents types de processus (supports, métiers et transversaux). Les processus “Supports”
offrent les moyens de support permettant aux gestionnaires d’exercer leurs activités dans les
meilleures conditions. Parmi ces processus, on peut citer l’élaboration et le suivi de
l’exécution du budget, la GRH, le support logistique et les moyens nécessaires à la réalisation
des missions du l’organisation. Les processus “ Métiers” contribuent de façon importante aux
missions d’un département. Ces processus découlent des principales attributions de
l’organisation. Quant aux processus “transversaux”, ils contribuent à la fois aux missions de
l’organisation et ils sont nécessaires pour mener à bien ces misions comme le cas des
processus liés à la communication.
Tableau N°2 : Les types de processus informatisés
Types de processus informatisé Pourcentage des répondants
La majorité des processus sont des processus support 65%
La majorité des processus sont des processus métier 10%
Moitié / moitié 10%
Les processus supports ne sont pas informatisés 5%
Les processus métiers ne sont pas informatisés 10%
Source : Auteurs
2.2. Disparités entre les régions
Si les administrations centrales ont connu un développement considérable de leurs SI, les
services extérieurs et les régions reculées connaissent un retard considérable. A l’affirmation
“Quel est le degré d’informatisation des services extérieurs ?”, les interlocuteurs apportent les
réponses suivantes :
Tableau N°3 : Taux d’utilisation des SI au niveau régional
Utilisation du SI au niveau régional Pourcentage des répondants
Aucune informatisation 5%
Faible informatisation 70%
Informatisation moyenne 10%
Bonne informatisation 10%
Très bonne informatisation 5%
Source : Auteurs
2.3. Utilisation des langues nationales dans les SI
Malgré l’évolution considérable des SIOP, on remarque que les langues Arabe et Amazigh,
qui sont considérées par la constitution des langues nationales, ne sont presque pas utilisées et
laissent la place à la langue Française. Cependant nous avons noté l’utilisation de la langue
Arabe dans la majorité des sites web officiels.
Tableau N°4 : Taux d’utilisation des langues Arabe et Amazigh
Utilisation de la langue Arabe et Amazigh Pourcentage des répondants
Aucune utilisation 96%
Faible utilisation 1%
Utilisation moyenne 1%
Bonne utilisation 1%
Très bonne utilisation 1%
Source : Auteurs
2.4. Faible accessibilité du SI aux différentes catégories de citoyens
L’accessibilité du SI consiste à permettre aux personnes handicapées d’utiliser les outils du
SI et dépend du type d’handicap. L’utilisation d’un micro-ordinateur et d’un Smartphone
impose le bon fonctionnement de certains de nos sens et de nos capacités physiques. L’aide
technique met en place une alternative pour pallier à l’handicap. Si dans de nombreux pays,
les SI ont été adaptés pour être accessibles aux différentes catégories de citoyens surtout pour
les services en ligne, les administrations marocaines n’ont pas considéré cet aspect comme un
point crucial au cours du développement de leurs SI. A l’affirmation “Quel est le degré
d’accessibilité des SI aux personnes handicapés?”, les interlocuteurs apportent les réponses
suivantes.
Tableau N°5 : Taux d’accessibilité aux personnes handicapées
Accessibilité aux personnes handicapées Pourcentage des répondants
Aucune accessibilité 95%
Faible accessibilité 2%
Accessibilité moyenne 1%
Bonne accessibilité 1%
Très bonne accessibilité 1%
Source : Auteurs
organisations. Malgré les efforts colossaux fournis par les structures chargées des TIC, les
services rendus ne donnent pas un niveau de satisfaction acceptable pour l’utilisateur final.
Tableau N°8 : Qualité du service rendu par l’outil informatique
Qualité du service rendu par l’outil informatique Pourcentage des répondants
Mauvaise qualité 50%
Faible qualité de service 10%
Qualité de service moyenne 20%
Bonne qualité de service 10%
Très bonne qualité 10%
Source : Auteurs
Les problèmes de communication, dus à des incompréhensions majeures entre les spécialiste
TIC et utilisateurs, ont un impact négatif d’autant plus grave qu’ils se produisent en début des
projets (Tafranti, 2009). De plus, la disponibilité des informaticiens est de plus en plus
limitée vu l’effort requis pour la maintenance et le support des applications existantes. En
quelque sorte, ils sont prisonniers de leur succès. Il en résulte que le support et la
maintenance applicative prime sur les études et les développements, pourtant réclamés par les
organisations pour assurer la continuité de son niveau de performance.
2.8. Protection des données à caractère personnel
Dans le cadre de la loi 08-092 ayant pour objectif de doter le Maroc d’un instrument juridique
sur la protection des données personnelles en vue de protéger la vie privée des individus à
travers la régulation de l’utilisation de leurs données par les organismes publics et privés, les
organismes publics doivent effectuer des déclarations auprès de la Commission Nationale de
Contrôle de la Protection des Données à caractère Personnel (CNDP). Ces déclarations sont
effectuées à travers des formulaires où il faut signaler les caractéristiques des traitements
effectués (dénominations des traitements, descriptions des traitements, références aux lois
portant création du fichier public concernant les traitements, responsables des traitements,
etc.). Cependant, si le secteur privé est déjà sensibilisé au problème de la protection des
données personnel, le secteur public n’est encore qu’au début de ce projet.
Tableau N°9: Protection des données personnelles
Protection des données personnelle Pourcentage des répondants
La loi 09-08 n’entre pas dans la préoccupation de l’organisation 20%
Faible importance donnée à la loi 09-08 30%
Importance moyenne donnée à la loi 09-08 30%
Bonne importance donnée à la loi 09-08 10%
Très grande importance donnée à la loi 09-08 10%
Source : Auteurs
2
Dahir n° 1-09-15 du 22 safar 1430 (18 février 2009) portant promulgation de la loi n° 09-08 relative à la
protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel
Le PMI a réalisé une étude3 à la fin 2011 auprès de plus de 1000 professionnels de la gestion
de projets. Il ressort de cette étude qu’en moyenne 36% des projets n’atteignent pas leurs
objectifs métiers initiaux. Même pour les entreprises s’évaluant comme à un niveau élevé de
maturité projet (20% des organisations projets sondées), plus de 30% des projets ne
respectent pas les charges et les plannings prévus.
Tableau N°13: les performances des projets
Niveau de maturité de Pourcentage des projets Pourcentage des projets Pourcentage des projets
la gestion de projet respectant le planning respectant le budget ayant atteint les
organisationnel objectifs métiers
Haut 67% 68% 73%
Moyen 55% 58% 67%
Bas 39% 44% 53%
Source : PMI Survey 2012 (www.pmi.org)
L’étude menée par IBM en 2008 auprès de 1500 responsables de la conduite du changement
dans 15 pays (El Quammah et al., 2008), révèle que 60% des projets TIC menés par une
entreprise n’aboutissent pas aux résultats escomptés. Un constat qui confirme celui énoncé
par d’autres études, académique et professionnelle, qui ont mis en évidence les facteurs
critiques à gérer pour assurer la réussite d’un projet TIC. Selon le cabinet d’études Gartner,
les écueils à l’origine de ces échecs sont multiples : des spécifications incomplètes, une
mauvaise gestion des besoins ; un manque de communication, un manque de réactivité face
au changement, une adoption d’outils complexes et une mauvaise gestion de projet (pas de
gestion des risques, mauvaise planification, etc.)
2.11. Urbanisation des systèmes d’information du secteur public
On appelle “urbanisme du SI” la démarche qui consiste à définir un SI cible qui puisse
s'adapter et anticiper les différents changements (stratégiques, organisationnels, juridiques)
touchant l’organisme. Le plan d'urbanisme du SI est la réunion de la définition du SI cible et
des règles d'urbanisme avec la trajectoire à suivre pour atteindre ce SI cible.
L’urbanisation du SI est la mise en œuvre d'une démarche d'urbanisme du SI, qui consiste à
conduire une démarche de transformation du SI en fonction d'une cible définie dans le plan
d'urbanisme (Le Roux et al., 2004).
3
Cette étude est disponible sur le site www.pmi.org
Source : Auteurs
L’urbanisation du SI consiste à trouver un équilibre entre la mise en œuvre plus rapide de
nouveaux systèmes, l’amélioration de l’efficacité globale du SI, les changements liés aux
évolutions réglementaires et la sauvegarde de la cohérence du SI. Mais il n’est jamais
possible de reconstruire entièrement le SI en faisant table rase de l’existant sachant que les
modernisations et réorganisations sont permanentes. L’objectif de l’urbanisation est
d’organiser les briques du SI dans un objectif de flexibilité et de réactivité, de décliner et
intégrer progressivement les demandes d’évolution du SI par une approche rationalisée.
Au niveau de certaines organisations publiques, on limite parfois le périmètre de travail
exclusivement au problème à traiter. On ne se préoccupe pas des autres systèmes déjà en
œuvre, et encore moins du devenir desdits systèmes. Le SI doit s’inscrire aujourd'hui dans
une dimension stratégique de l’organisation.
2.12. Services du e-Gouvernement et interopérabilité
2.12.1. Stratégie marocaine en matière des Technologies de l’Information
En 2009, le gouvernement avait lancé une stratégie nationale pour la société de l’information
et l’économie numérique baptisée “Maroc Numeric 2013”. Elle visait à faire des TI un
vecteur de développement humain. Pour cela, quatre priorités ont été identifiées 4 : rendre
accessible aux citoyens l’Internet haut débit, rapprocher l’administration des besoins de l’usager à
travers un ambitieux programme d’e-gouvernement, inciter à l’informatisation des PME-PMI et
développer la filière locale des TIC, en favorisant l’émergence de pôles d’excellence. L’un des
objectifs fixés au niveau de l’axe “E-Gov” est l'évolution de l’indice ONU de l’e-
gouvernement à 0,8 à fin 2013. Cet objectif est loin d’être atteint, puisque cet indice n'était
que de 0.5060 à la fin d'échéancier de la stratégie. Les services et projets E-Gov réalisés ont
atteint 42 sur les 89 prévus. Toutefois, les sites de l’e-gouvernement qui s’affichent dans le
4
Source : Site officiel du programme d’e-gouvernement www.egov.ma
top 100 des sites les plus visités sont au nombre de 17. Comme le montre le tableau 14,
malgré les efforts considérables qui ont été déployées par les instances gouvernementales
pour multiplier le nombre de service en ligne et développer de nouveaux projets e-Gov dans
le cadre de la vision Maroc numérique 2013, les résultats restent en deçà des objectifs
escomptés. Pourtant le programme e-Gov a été défini comme une priorité stratégique du plan
“Maroc Numeric 2013”.
Tableau N°14: Indice et classement mondial en termes d’e-gouvernement
Indice ONU e-
Année Infrastructure IT Capital humain Services en ligne
Gouvernement
2010 126ème 93ème
153ème
104ème
2012 120ème 92ème 167ème 56ème
2014 82ème 93ème 153ème 30ème
Source : Site officiel du programme d’e-gouvernement (www.egov.ma)
Ainsi, une autre stratégie annoncée en 2016 a été adoptée. Il s’agit de la stratégie numérique
2020. Faire du Maroc l’un des trois pays les plus performants de la zone Moyen-
Orient/Afrique en matière d’infrastructures et d’environnement d’affaires IT, doubler le
nombre de professionnels du numérique formés chaque année au Maroc pour atteindre
30.000 par an à horizon 2020, tels sont les objectifs de cette nouvelle stratégie.
2.12.2. Manque d’interopérabilité entre les services e-Gov
L’interopérabilité est un ensemble de règles, basées sur des normes et standards, permettant
aux organisations publiques de partager l’information entre eux et avec les usagers afin
d’intégrer cette information au sein de processus métiers dématérialisés. Dans le contexte e-
Gov, l’un des objectifs du plan “Maroc Numeric 2013” était de mettre en œuvre une
Administration centrée sur l’usager, ce qui implique de normaliser et de faire interagir les SI
d’une multitude d’organisations d’où un besoin d’interopérabilité de ces SI. C’est ainsi que le
gouvernement marocain a défini un cadre Général d’Interopérabilité (CGI). Le CGI est donc
un cadre de référence pour les Administrations Marocaines listant des règles de conformité
quant à l’usage de normes, de standards ou encore de références dans le développement des
SI de la sphère publique. Le CGI ne traite pas de l’architecture du SI et n’a pas pour objet de
préconiser une solution ou une norme particulière. Le CGI est un document qui devrait être
actualisé régulièrement afin d’améliorer la qualité des services fournis aux usagers par la
mise en cohérence des services dématérialisés proposés et des échanges d’informations. Le
CGI a pour objectif de pérenniser les SIOP par l’emploi de normes et standards reconnus
internationalement, maîtriser et réduire les coûts de développements, de maintenance et les
délais de mise en œuvre des services, contribuer à l’ouverture des SIOP et promouvoir
l’échange d’informations et diffuser les bonnes pratiques de développement des SI.
Malgré les efforts consentis, sur le plan pratique, la majorité des organisations publiques
n’ont pas mis en œuvre les règles définies dans le Cadre Général d’Interopérabilité.
2.13. L’innovation au sein du secteur public
L'innovation renvoie à une façon imaginative de faire face au changement. Il s'agit de générer
de nouvelles idées, d'effectuer de la recherche et du développement, d'améliorer les processus
ou de renouveler les produits et services. À un autre niveau, l'innovation fait également
référence à un état d'esprit dans l’organisation; un état où le personnel œuvrant dans les
bureaux administratifs ou dans l'atelier, vise toujours l'amélioration continue et pense
constamment à des solutions qui sortent des sentiers battus. L’innovation publique est un
mouvement de fond qui irrigue le secteur public : elle désigne une administration en
mouvement, qui promeut l’innovation dans les services publics, de la conception à la mise en
œuvre des politiques publiques. Ce mouvement est fait d’initiatives concrètes, tant pour
l’usager que pour l’administration elle-même, portées par les acteurs publics sur l’ensemble
du territoire, et dans toutes les administrations. L’innovation publique est un vecteur de
réussite de la transformation de l’Administration. Il pourrait s'agir d'initiatives internes à
faible coût, comme l'amélioration de processus de l’organisation, qui peut se traduire par des
économies spectaculaires en frais indirects. Peu importe la définition que nous lui donnons, il
importe de se rappeler que l'innovation devrait faire augmenter la valeur de l’organisation.
D’après cette étude, à l’exception des grandes structures, l’innovation n’est pas considérée
comme une priorité dans la majorité des organisations publiques.
3. Discussion des résultats
Le diagnostic des SI dans les organisations publiques nous amène à réfléchir sur les causes de
l’état actuel. Ces causes peuvent êtres nombreuses mais nous pouvons relever les plus
importantes dans ce qui suit.
3.1. Place des TIC dans la stratégie des organismes publics
Henri Fayol, un des pionniers de la gestion d'entreprise et l'un des précurseurs du
management, considère que les projets qui ne sont pas considérés comme stratégiques dans
les organisations, sont moins pris en compte par les équipes de managers et que l’implication
du top management constitue le facteur essentiel de la réussite de nombreux projets. La place
des TIC dans la stratégie des organismes publics est un élément important de réflexion
susceptible d’influencer son positionnement concurrentiel mais aussi son organisions.
A l’affirmation “votre top management considère les TIC comme un enjeu stratégique ?”, les
interlocuteurs apportent des réponses:
Tableau N°15: Importance accordée aux TIC au sein des organisations
Tout à fait d’accord D'accord Moyennement d'accord Pas d'accord Pas du tout d'accord
5
Revue Al maliya N° 34, 2004, Spécial 2 : Séminaire des directeurs sur le SI du MEF.
6
Cobit : Control Objectives for Information and Related Technology, http://www.isaca.org et http://www.afai.fr
7
ITIL : Information Technology Infrastructure Library, http://www.itsmf.fr et http://www.ogc.gov.uk
8
CMMI : Capability Maturity Model Integration: http://www.sei.cmm.edu
ces démarches notamment ITIL pour l’exploitation, Cobit pour la gouvernance TIC et CMMI
pour le développement et ISO 27000 pour la sécurité de l’information. Pour s’inscrire dans
une démarche d’amélioration du fonctionnement interne des services TIC, les organisations
publiques peuvent s’appuyer sur ces référentiels afin de mette en œuvre leurs propres
référentiels (Tafranti, 2009). Malgré l’intérêt qu’accorde la majorité des DSI à ces
référentiels, leur mise en œuvre reste en deçà des ambitions. Pour cela, il faut que leur mise
en œuvre soit menée dans le cadre d’un projet stratégique.
3.8. Optimisation des coûts et productivité
La culture qui règne dans les organisations publiques ne favorise pas l’optimisation des coûts.
Le souci d’un fonctionnement avec des ressources optimisées n’est pas crucial. De même,
malgré les efforts déployés dans la sensibilisation, la productivité reste en deçà des attentes.
On assiste également à une résistance au changement surtout à l’égard des TIC. Le contrôle et
le suivi des activités restent dans plusieurs cas inefficaces.
3.9. Absence d’une architecture d’entreprise gouvernementale
L'architecture d'Entreprise va au-delà de la structuration du SI puisqu'il étend ce périmètre en
intégrant la dimension métier (processus, organisation, fonctions, etc.). L'enjeu principal de
cette intégration est de rendre le SI un élément de la chaîne de valeur et un actif de
l’organisation. C’est un domaine partagé par tous et transversal à l’entreprise. Pour
concrétiser cette nouvelle vision, la démarche d’Architecture d'Entreprise fournit le support
pour structurer les différents éléments de l'entreprise (métier et SI) mais aussi de les lier et
maîtriser les dépendances entre eux. Ce lien est symbole de l'intégration de ces éléments et le
garant de l'agilité de leurs transformations, mais aussi un garant de l'alignement du SI au
métier. En général, l’approche de développement et de mise à jour de l’architecture
d’entreprise est élaborée en fonction du contexte spécifique du gouvernement, en prenant
appui sur des pratiques reconnues mondialement (notamment Meta Group, Gartner Group,
Zachman et CIO Council du gouvernement américain).
3.10. Echec de plusieurs projets IT financés par des organismes étrangers
Dans le cadre des partenariats établis avec des organismes donateurs (Commission
Européenne, USAID9, KOICA10), des projets relatifs aux TIC ont été financés. Ces projets
ont pour objectifs de construire un espace commun de paix et de stabilité, d’établir une zone
de prospérité partagée et d’effectuer un transfert de technologies et de connaissances. Ainsi,
9
United States Agency for International Development
10
Korea International Cooperation Agency
Le Programme Meda11, par exemple, mis en œuvre par la Commission Européenne, avait
pour but d’atteindre les objectifs précités et avait l’ambition de devenir l’instrument financier
de l’initiative EUMEDIS (Euro-Mediterranean Information Society). L’Objectifs de cette
initiative était de contribuer au développement et à la modernisation de la société de
l'information euro-méditerranéenne et ainsi de contribuer au développement économique
pour améliorer la qualité de vie et promouvoir la compréhension mutuelle. Notre étude a
permis de déduire que plusieurs projets financés par la Commission Européenne n’ont pas
abouti aux résultats escomptés et les organisations concernées n’ont pas bien valorisé l’appui
de l’Union Européenne et des pays donateurs en matière de transfert des technologies.
3.11. Inadéquation des profils et manque de compétences sur certaines
technologies
Au début des années 90, suite au manque de RH qualifiées formées en ingénierie des SI, les
organisations publiques se sont trouvées dans l’obligation de désigner des décideurs dans le
domaine des TIC avec des profils peu adéquats. Cette décision même si elle a résolu le
problème de vacation de postes de responsabilité des entités s’occupant des TIC, elle a eu des
conséquences néfastes et parfois fatales sur l’avenir et les attributions de ces entités. Ces
décideurs n’ont pas initié de vrais projets intégrés SI. Ils se sont concentrés sur des tâches qui
n’ont pas de valeurs ajoutées. En plus ces décideurs n’ont pas pu développer un
environnement adéquat pour développer davantage les SI. Ainsi, même si ces structures ont
pu être dotées de nouvelles ressources lauréates des grandes écoles spécialisées en TIC, Ces
dernières n’avaient pas trouvé des perspectives de carrière intéressantes pour plusieurs
raisons. Ainsi, la majorité de ces ressources ont dû chercher de nouveaux perspectives de
carrière par un basculement vers le secteur privé ou par l’immigration, ce qui a causé un
manque de compétences internes sur certaines technologies.
Conclusion
Malgré les disparités qui peuvent caractériser les SI des différentes organisations publiques,
le point commun entre eux est le manque de flexibilité, la faible qualité de service, la faible
intégration des solutions, le peu de services offerts aux citoyens, le coût élevé de maintenance
et d’exploitation et le déficit en information décisionnelle. Pour pouvoir améliorer la situation
actuelle, il faut mettre en œuvres les principes de gouvernance des SI qui apportent des
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MEDA est la principale traduction financière du partenariat euro-méditerranéen, lancé à Barcelone en 1995.
Ce programme apporte, dans son volet consacré au Maroc, une aide financière et technique en poursuivant trois
objectifs : le renforcement de la stabilité politique et de la démocratie, la création d’une zone de libre-échange et
le développement de la coopération économique et sociale.
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