Triangle d’aire maximale
Gilles Auriol
auriolg@[Link] — http ://[Link]
Démontrons que parmi les triangles de perimètres fixés, le triangle équilatéral est celui qui a
la plus grande aire.
1 En étudiant une fonction
Soit 2p ce périmètre fixé, x et y deux des côtés du triangle, alors le troisème côté est 2p −x−y.
x y
2p − x − y
D’après la formule de Héron, l’aire du triangle, si elle existe (c’est-à-dire si l’inégalité triangulaire
est vérifiée pour chacun des trois côtés) est
p p
f (x, y) = p(p − x)(p − y)(p − (2p − x − y)) = p(p − x)(p − y)(x + y − p).
Fixons y et notons fy (x) l’aire. On a, en dérivant
p(p − y)(−(x + y − p) + p − x) p(p − y)(2p − y − 2x)
fy′ (x) = p = p ,
2 p(p − x)(p − y)(x + y − p) 2 p(p − x)(p − y)(x + y − p)
y
puis fy′ (x) = 0 ⇐⇒ x = p − et cette valeur de x correspond à un maximum de fy .
2
y y y
Les côtés du triangle valent alors y, p − et 2p − p − − y = p − . Avec un schéma :
2 2 2
y
p− y
2
y
p−
2
Ce qui traduit que pour un triangle d’aire de perimètre donné et dont l’un des côtés est fixé, le
triangle isocèle est le triangle qui maximise l’aire.
1
Cherchons maintenant parmi les triangles isocèles de base et perimètre fixés lequel à la plus
grande aire.
On adopte les notations de la figure ci-dessous.
x x
2p − 2x
L’inégalité triangulaire appliquée aux trois côtés du triangle donne
( p
2p − 2x 6 x + x 6x p
⇐⇒ 2 ⇐⇒ 6 x 6 p.
x 6 (2p − 2x) + x x6p 2
Pour un tel x, l’aire du triangle s’écrit
p
f (x) = p(p − x)2 (2x − p).
ip h
La fonction f est dérivable sur ; p avec
2
−2(p − x)(2x − p) + 2(p − x)2 (p − x)(2x − p − p + x)
f ′ (x) = p p = −p p
2 p(p − x) (2x − p)
2 p(p − x)2 (2x − p)
(p − x)(3x − 2p) (3x − 2p)
= −p p = −p p .
p(p − x)2 (2x − p) p(2x − p)
2
Elle s’annule pour x = p où la fonction f atteint un maximum.
3
4 2
La base vaut alors 2p − 2x = 2p − p = p, le triangle est donc équilatéral.
3 3
2 En utilisant encore une fonction
2.1 Résultat préliminaire
1
Nous allons établir que ∀(x, y, z) ∈ (R+ )3 , (x + y + z)3 > xyz et que l’égalité à lieu ssi
27
x = y = z.
3
x+y+z
Soit f : x 7→ xyz − définie sur R+ . La dérivée de cette fonction est
3
2
′ x+y+z
f (x) = yz −
3
On a
2
′ x+y+z √ x+y+z √
f (x) > 0 ⇐⇒ yz > ⇐⇒ yz > ⇐⇒ 3 yz − y − z > x
3 3
2
√ √
Montrons que ∀(y, z) ∈ (R+ )2 , 3 yz − y − z > 0 en considérant g(y) = 3 yz − y − z sur R+ . La
dérivée vaut √
′ 3z 3z − 2 yz
g (y) = √ − 1 = √
2 yz 2 yz
Elle sera négative ssi
√ 9z
3z − 2 yz 6 0 ⇐⇒ 9z 2 6 4yz ⇐⇒ z(9z − 4y) ⇐⇒ 9z − 4y 6 0 ⇐⇒ 6y
4
9z 5z √
Or g = > 0, donc g admet un minimum positif et on a montré que 3 yz − y − z > 0.
4 4
√
Revenons à f . Elle admet un maximum atteint pour x = 3 yz − y − z qui vaut
√ √ √ √ √ √ √
f (3 yz − y − z) = (3 yz − y − z)yz − ( yz)3 = yz(3 yz − y − z − yz) = −yz( y − z)2 6 0
3
x+y+z
Donc la fonction f est négative et xyz 6 avec égalité ssi le maximum est nul,
3
c’est-à-dire ssi √
√
y = 0 ou z = 0 ou y− z=0
Le cas y = 0 mène à un maximum valant x = −z d’où, puisque px et z sont positifs, x = z = 0.
Le cas z = 0 est analogue. Le dernier mène à y = z donc x = 3 y 2 − 2y = y.
Dans tous les cas on a bien x = y = z.
2.2 Résultat
p2
Nous allons démontrer que S 6 √ , où S est l’aire d’un triangle est p son demi-périmètre.
3 3
Il est clair que les réels p − a, p − b et p − c où 2p = a + b + c sont tous positifs. On peut
appliquer l’inégalité de la partie 2.1 :
1
(p − a + p − b + p − c)3 > (p − a)(p − b)(p − c).
27
Compte tenu de p − a + p − b + p − c = 3p − (a + b + c) = 3p − 2p = p et multipliant par p,
p4
> p(p − a)(p − b)(p − c).
27
En prenant la racine carrée, on fait apparaı̂tre dans le membre de droite la formule de Héron,
donc
p2
√ > S.
3 3
p2
L’aire du triangle sera maximale ssi S = √ , donc d’après l’étude effectuée dans la partie 2.1,
3 3
ssi p − a = p − b = p − c, c’est-à-dire ssi le triangle est équilatéral.
3
3 En utilisant la convexité
3.1 Notion de convexité
Soit f est deux fois dérivable sur un intervalle I et f ′′ > 0 sur I. Nous allons démontrer les
deux résultas suivants :
1)
∀(x, y) ∈ I 2 , ∀t ∈ [0, 1], f [(1 − t)x + ty] 6 (1 − t)f (x) + tf (y)
avec égalité ssi x = y ou t = 0 ou t = 1.
2)
3 x+y+z 1
∀(x, y, z) ∈ I , f 6 (f (x) + f (y) + f (z))
3 3
avec égalité ssi x = y = z.
Une fonction vérifiant les hypothèses de la proposition est dite convexe.
1) Remarquons d’abord que (1 − t)x + ty ∈ [x, y]. On appelle ϕ la fonction définie sur [0, 1]
par
ϕ(t) = f [(1 − t)x + ty] − (1 − t)f (x) − tf (y)
Elle est deux fois dérivable sur [0, 1] et
ϕ′′ (t) = (y − x)2 f ′′ [(1 − t)x + ty] > 0 si x 6= y
Donc ϕ′ et strictement croissante donc bijective de [0, 1] dans [ϕ′ (0), ϕ′(1)], et 0 ∈ [ϕ′ (0), ϕ′ (1)]
car dans le cas contraire ϕ′ garderait un signe constant sans s’annuler et ϕ serait donc strictement
monotone sur [0, 1], ce qui est faux puisque ϕ(0) = ϕ(1) = 0. Soit α ce le réel de [0, 1] tel que
ϕ′ (α) = 0.
t 0 α 1
ϕ′ − 0 +
ϕ 0 ց ր 0
donc ϕ < 0 avec égalité ssi t = 0 ou t = 1.
Si x = y, l’égalité est triviale.
2) Supposons x, y, z vérifiant x 6 y 6 z, ce qui est possible quitte à permuter.
x+y 1
En appliquant le 1) en prenant à la place de x, z à la place de y et t = , on a
2 3
2 x+y 1 2 x+y 1
f + z 6 f + f (z) (1)
3 2 3 3 2 3
x+y
avec égalité ssi = z, ce qui mène à x = y = z d’après l’hypothèse x 6 y 6 z.
2
1
D’autre part, en appliquant 1) avec t = ,
2
x+y 1 1
f 6 f (x) + f (y)
2 2 2
4
avec égalité ssi x = y.
2 1
En multipliant par cette inégalité et en ajoutant f (z), on obtient grâce à (??),
3 3
x+y+z 2 x+y 1 1
f 6 f + f (z) 6 (f (x) + f (y) + f (z))
3 3 2 3 3
L’inégalité de la proposition aura lieu ssi les trois membres de cette inégalité sont égaux entre
eux, c’est-à-dire ssi x = y = z.
3.2 Résultat
1
La fonction f : x 7→ − ln x et définie et dérivable deux fois sur ]0; +∞[, avec f ′′ (x) =
> 0,
x2
elle est donc convexe et vérifie en particulier le 2) de la partie précédente. On a donc, pour
(x, y, z) ∈]0; +∞[3 ,
x+y+z 1
− ln 6 (− ln x − ln y − ln z),
3 3
soit encore
x+y+z 1
ln > ln(xyz),
3 3
ou
x+y+z 1
ln > ln(xyz) 3
3
et finalement,
x+y+z 1
> (xyz) 3 ,
3
avec égalité ssi x = y = z. En élevant au cube, on a
1
(x + y + z)3 > xyz
27
et trivialement l’inégalité et le cas d’égalité peuvent être prolongé à (x, y, z) ∈ R3+ .
Il suffit maintenant d’appliquer le raisonnement de la section précédente.