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J 02 04

L'article 10 du Traité de l'OHADA établit le principe de supranationalité des actes uniformes, leur conférant une application directe et obligatoire dans les États parties, tout en abrogeant les dispositions de droit interne contraires. Les actes uniformes peuvent abroger tout texte législatif ou réglementaire de droit interne ayant le même objet, qu'il soit contraire ou identique, sans nécessiter de dispositions abrogatoires expresses du droit interne. La Cour Commune de Justice et d'Arbitrage a confirmé que les actes uniformes ont la suprématie sur le droit interne, ce qui soulève des questions sur l'interprétation des lois contraires et leur application dans divers contextes juridiques.

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L'article 10 du Traité de l'OHADA établit le principe de supranationalité des actes uniformes, leur conférant une application directe et obligatoire dans les États parties, tout en abrogeant les dispositions de droit interne contraires. Les actes uniformes peuvent abroger tout texte législatif ou réglementaire de droit interne ayant le même objet, qu'il soit contraire ou identique, sans nécessiter de dispositions abrogatoires expresses du droit interne. La Cour Commune de Justice et d'Arbitrage a confirmé que les actes uniformes ont la suprématie sur le droit interne, ce qui soulève des questions sur l'interprétation des lois contraires et leur application dans divers contextes juridiques.

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Ohadata J-02-04

I. TRAITE - ARTICLE 10 - PRINCIPE DE SUPRANATIONALITE DES


ACTES UNIFORMES - ABROGATIONS DES DISPOSITIONS
CONTRAIRES ANTERIEURES OU POSTERIEURES DE DROIT INTERNE
PAR LES ACTES UNIFORMES - APPLICATION DIRECTE ET
OBLIGATOIRE DES ACTES UNIFORMES DANS LES ETATS PARTIES.

II. ABROGATION PAR LES ACTES UNIFORMES DE TOUTE DISPOSITION


CONTRAIRE OU IDENTIQUE D'UN TEXTE LEGISLATIF OU
REGLEMENTAIRE DE DROIT INTERNE PRESENT OU A VENIR AYANT
LE MEME OBJET - MAINTIEN DES DISPOSITIFS DE DROIT INTERNE
NON CONTRAIRES (OUI).

III. DISPOSITION DE DROIT INTERNE - ARTICLE D'UN TEXTE (OUI) -


ALINEA D'UN ARTICLE (OUI) - PHRASE D'UN ARTICLE (OUI).

IV. DISPOSITIONS ABROGATOIRES DES ACTES UNIFORMES -


CONFORMITE AVEC L'ARTICLE 10 DU TRAITE - COMPETENCE
ABROGATOIRE DES ACTES UNIFORMES (OUI) - NECESSITE DE
DISPOSITIONS ABROGATOIRES EXPRESSES DU DROIT INTERNE
POUR L'APPLICATION DES ACTES UNIFORMES (NON).

V. DROIT DES SURETES COMMERCIALES ET DU GROUPEMENT


D'INTERET ECONOMIQUE - DISPOSITIONS ABROGATOIRES - LOIS
CONTRAIRES ET DISPOSITIONS CONTRAIRES - FORMULES
EQUIVALENTES (OUI).

VI. DROIT DES SOCIETES COMMERCIALES - SOCIETES SOUMISES A UN


REGIME PARTICULIER - SOCIETE EGALEMENT SOUMISES A
L'AUSCGIE SAUF DISPOSITIONS LEGISLATIVES SPECIFIQUES.

VII. DISPOSITION CONTRAIRE - DEFINITION - DISPOSITION


CONTREDISANT UNE DISPOSITION D'UN ACTE UNIFORME DANS LA
FORME, LE FOND OU L'ESPRIT.

VIII. DROIT DES PROCEDURES COLLECTIVES - ARTICLE 257 AUPCAP -


ABROGATION DES DISPOSITIONS CONTRAIRES ANTERIEURES DE
DROIT INTERNE - INTERDICTION D'ADOPTER DES DISPOSITIONS
CONTRAIRES POSTERIEURES.

IX. DROIT DE L'ARBITRAGE - ARTICLE 35 AUA - SUBSTITUTION DE


L'ACTE UNIFORME AUX LOIS NATIONALES EXISTANTES.

X. DROIT FISCAL - MATIERE JURIDIQUE HORS DU CHAMP DE


L'HARMONISATION DU DROIT DES AFFAIRES PAR L'OHADA -
NECESSITE DU DROIT DE LA PROCEDURE FISCALE INTERNE DE SE
CONFORMER AUX DISPOSITIONS DE L'AUPSRVE SI LES MESURES
CONSERVATOIRES DE RECOUVREMENT ET D'EXECUTION FORCEE
SONT CELLES DETERMINEES PAR LEDIT ACTE.

I. L'acte 10 du traité de l'OHADA contient une règle de supranationalité puisqu'il


prévoit l'application directe et obligatoire des Actes uniformes dans les Etats parties
et leur suprématie sur les dispositions de droit interne antérieures ou postérieures.

En vertu du principe de supranationalité, l'article 10 contient une règle relative à


l'abrogation du droit interne par les actes uniformes.

II. Sauf dérogation prévue par les actes uniformes eux-mêmes, l'effet abrogatoire de
l'article 10 concerne l'abrogation de tout texte législatif ou réglementaire de droit
interne présent, ou l'interdiction de tout texte législatif ou réglementaire de droit
intérieur à venir.

Cette abrogation concerne toute disposition de droit interne ayant le même objet que
celles des actes uniformes, qu'elle soit contraire ou identique.

III. Selon les cas d'espèce, la "disposition" peut désigner un article d'un texte, un alinéa
de cet article ou une phrase de cet article.

IV. Les dispositions abrogatives contenues dans les actes uniformes sont conformes à
l'article 10 du Traité de l'OHADA.

L'effet abrogatoire du droit uniforme de l'OHADA découlant du Traité lui-même et les


Actes uniformes découlant de celui-ci, il s'ensuit que les actes uniformes n'ont pas
seuls compétence pour déterminer leur effet abrogatoire sur le droit interne.

Il se déduit également des dispositions impératives et suffisantes des articles 9 et 10 du


Traité qui sont superfétatoires des textes d'abrogation expresse du droit interne que
pourraient prendre les Etats parties pour l'application des Actes uniformes.

Selon les cas d'espèce, une loi contraire peut s'entendre aussi bien d'un texte de droit
interne ayant le même objet qu'un Acte uniforme et dont toutes les dispositions sont
contraires à celles d' un autre Acte uniforme, que d'une loi ou d'un règlement dont
seulement l'une des dispositions ou quelques unes de celles-ci sont contraires; dans ce
dernier cas, les dispositions du droit interne non contraires à celles de l'Acte uniforme
considéré demeurent applicables.

V. Dans l'Acte uniforme sur les sociétés commerciales et le groupement d'intérêt


économique, les formules "lois contraires" et "dispositions contraires" indifféremment
employées sont équivalentes.

VI. Les dispositions de l'Acte uniforme sur les sociétés commerciales et le GIE étant
d'ordre public et s'appliquant à toutes les sociétés commerciales à raison de leur
forme et quel que soit leur objet, régissent des sociétés soumises à un régime
particulier entrant dans le cadre juridique ainsi défini. Toutefois, à l'égard de ces
sociétés, l'article 916 alinéa 1er de l'Acte uniforme précité laisse subsister les
dispositions législatives auxquelles lesdites sociétés sont soumises.
VII. Les "dispositions contraires" s'entendent de tout texte législatif ou réglementaire
contredisant dans la forme, le fond ou l'esprit, les dispositions d'un acte uniforme.

VIII. La disposition abrogatoire de l'article 257 de l'Acte uniforme sur les procédures
collectives d'apurement du passif concerne aussi bien l'abrogation des dispositions
antérieures contraires à celles de cet Acte uniforme que l'interdiction de l'adoption de
dispositions contraires postérieures.

IX. L'article 35 de l'Acte uniforme sur le droit de l'arbitrage, selon lequel " le présent Acte
uniforme tient lieu de loi à l'arbitrage dans tous les Etats parties" doit être interprété
comme substituant cet Acte aux louis nationales existantes en la matière, sous réserve
des dispositions non contraires susceptible d'exister en droit interne.

X. Le droit fiscal ne fait pas encore partie des matières rentrant dans le domaine du droit
des affaires à harmoniser, tel que défini par l'article 2 du Traité. Toutefois, si les
procédures fiscales postérieures à la date d'entrée en vigueur de l'Acte concerné
mettent en œuvre des mesures conservatoires ou d'exécution forcée ou des procédures
de recouvrement déterminées par ledit Acte uniforme, ces procédures fiscales doivent
se conformer aux dispositions de celui-ci.

(CCJA, avis n° 1/2001/EP du 30 avril 2001, Recueil de jurisprudence CCJA, n° spécial,


janvier 2003, p. 74).

Demande d'Avis de la République de COTE D'IVOIRE enregistrée au greffe sous le n°


002/2000/EP du 19 octobre 2000

AVIS N°001/2001/EP

Séance DU 30 AVRIL 2001

La Cour Commune de Justice et d'Arbitrage de l'OHADA, réunie en formation plénière à son


siège,

Vu le Traité de Port-Louis du 17 octobre 1993 relatif à l'Harmonisation du Droit des Affaires


en Afrique, notamment en ses articles 10 et 14 ;

Vu le Règlement de procédure de la Cour Commune de Justice et d'Arbitrage (CCJA)


notamment en ses articles 9, 53, 54, 55 et 58 ;

Vu la demande d'Avis consultatif de la République de COTE D'IVOIRE formulée par lettre


n° 137/MJ/CAB-3/KK/MB en date du 11 octobre 2000 du Garde de Sceaux, Ministre de la
Justice, enregistrée au Greffe de la Cour le 19 octobre 2000 et ainsi libellée :

La Cour Commune de Justice et d'Arbitrage peut être consultée sur toute question entrant
dans le champ de l'article 13 du Traité de l'OHADA en dehors de tout contentieux déjà né
entre les parties. A cet effet, elle peut être saisie par un Etat-partie ou par le Conseil des
Ministres conformément aux articles 14 alinéa 2 du Traité et 53 et suivants du Règlement de
procédure de la CCJA.
En application des dispositions citées ci-dessus, j'ai l'honneur de soumettre à la Cour, pour
avis, au nom de l'Etat de COTE D'IVOIRE, l'interprétation des articles ci-dessous rappelés :

1. Article 10 du Traité de l'OHADA: « Les actes uniformes sont directement applicables et


obligatoires dans les Etats Parties, nonobstant toute disposition contraire de droit interne,
antérieure ou postérieure. »

Question: Cette disposition contient-elle une règle de supranationalité ?

Question: Cette disposition contient-elle une règle relative à l'abrogation du droit interne par
les Actes Uniformes ?

2. Si l'article 10 du Traité contient une règle relative à l'effet abrogatoire des Actes
Uniformes sur le droit interne, comment faut-il l'interpréter ?

Questions :

Comme abrogeant tout texte législatif ou réglementaire de droit interne ayant le même objet
que les Actes Uniformes ?

Comme abrogeant uniquement les dispositions d'un texte législatif ou réglementaire de droit
interne ayant le même objet que celle d'un Acte Uniforme et étant contraire à celles-ci ?

Dans ce dernier cas, que faut-il entendre par disposition: un article d'un texte; un alinéa de cet
article; une phrase de cet article ?

Question: Les dispositions abrogatoires contenues dans les Actes Uniformes sont-elles
conformes à l'article 10 du Traité ?

3. Si l'article du traité ne contient pas une disposition relative à l'abrogation du droit


interne par les Actes Uniformes.

Question : Cela signifie-t-il que les Actes Uniformes ont seuls compétence pour déterminer
leur effet abrogatoire sur le droit interne ?

Question : Les Etats peuvent-ils prendre des textes d'abrogation expresse ?

4. Si l'effet abrogatoire du droit uniforme sur le droit interne ne peut être réglé que par
les Actes Uniformes ou si cet effet est réglé par eux conformément à l'article 10 du
Traité, voici les questions que cette situation suscite :

4-a) Article 1er alinéas 1er et 2 de l'Acte Uniforme sur le Droit Commercial Général ;

« Tout commerçant...est soumis aux dispositions du présent Acte Uniforme ».

« En outre, tout commerçant demeure soumis aux lois non contraires au présent Acte
Uniforme, qui sont applicables dans l'Etat-Partie où se situe établissement ou son siège
social ».
Question: Que faut-il entendre par la loi contraire: une loi ou un règlement ayant le même
objet que l'Acte Uniforme et dont toutes les dispositions seraient contraires à cet Acte ou une
loi ou un règlement dont seulement l'une de ces dispositions ou quelques-unes de celles-ci
seraient contraires ?

4-b) Article 1er de l'Acte Uniforme sur les sociétés commerciales et le groupement d'intérêt
économique :

« Toute société commerciale...est soumise aux dispositions du présent Acte Uniforme ».

« Tout groupement d'intérêt économique est également soumis aux dispositions du présent
Acte Uniforme ».

« En outre, les sociétés commerciales et les groupements d'intérêt économique demeurent


soumis aux lois non contraires au présent Acte Uniforme qui sont applicables dans l'Etat-
partie où se situe le siège social ».

Question : Que faut-il entendre par loi contraire: une loi ou un règlement ayant le même objet
que l'Acte Uniforme et dont toutes les dispositions seraient contraires à cet Acte ou une loi ou
règlement dont seulement l'une de ses dispositions ou quelques-unes de celles-ci seraient
contraires?

4-c) Article 919, alinéa 1er de l'Acte Uniforme sur les sociétés commerciales et le groupement
d'intérêt économique:

« Sont abrogées...toutes dispositions légales contraires aux dispositions du présent Acte


Uniforme ».

Question : Cet article ayant le même objet que l'article 1er mais étant formulé différemment,
faut-il comprendre que les formules « lois contraires » et « dispositions contraires » sont
absolument équivalentes ?

Dans le cas où elles ne le seraient pas, laquelle doit l'emporter dans cet Acte Uniforme ?

4.d) Article 916, alinéa 1er:

« Le présent Acte Uniforme n'abroge pas les dispositions législatives auxquelles sont
soumises les sociétés soumises à un régime particulier ».

Question : Cette disposition signifie-t-elle que les sociétés autrefois soumises à un régime
particulier ( Sociétés d'Etat ou nationales, sociétés d'économie mixte, coopératives, mutuelles,
sociétés de banque, d'assurance... restent soumises, d'une part au droit commun porté par
l'Acte Uniforme sur les sociétés commerciales et, d'autre part, par les règles particulières et/ou
dérogatoires du régime particulier ?

4-e) Article 150 de l'Acte uniforme sur les sociétés commerciales et 257 de l'Acte uniforme
sur les procédures collectives d'apurement du passif :

« Sont abrogées toutes les dispositions antérieures contraires à celles du présent Actes
Uniforme ».
Question : Cette abrogation concerne-t-elle aussi les dispositions postérieures ? Que faut-il
entendre par « disposition contraires » ?

4-f) Article 35 de l'Acte Uniforme sur l'arbitrage

« Le présent Acte Uniforme tient lieu de loi relative dans tous les Etat-partie ».

Question : Ce texte doit-il être interprété comme abrogeant complètement tout texte national
relatif à l'arbitrage antérieur à cet Acte Uniforme dans un Etat-partie et rendant totalement
impossible l'adoption d'un tel texte à l'avenir ? Ou bien doit-il être interprété comme se
substituant aux lois nationales existant déjà en la matière sous réserve des dispositions non
contraires susceptibles d'exister en droit interne ?

4-g) Article 336 de l'Acte Uniforme sur le recouvrement simplifié et les voies
d'exécution : « Le présent Acte Uniforme abroge toutes les dispositions relatives aux matières
qu'il concerne dans les Etat-parties »

Question : « Quel est le sort des procédures fiscales contentieuses ? »

Vu les observations de la République du CAMEROUN du 05 février 2001 enregistrées au


greffe de la Cour le 06 février 2001 ;

Sur le rapport de Monsieur Boubacar DICKO, Juge ;

EMET L'AVIS CI-APRES :

1- Sur la première question, en deux branches

a) L'article 10 du Traité relatif à l'Harmonisation du Droit des Affaires en Afrique contient


une règle de supranationalité parce qu'il prévoit l'application directe et obligatoire dans les
Etats-Parties des Actes Uniformes et institue, par ailleurs, leur suprématie sur les dispositions
de droit interne antérieures ou postérieures.

b) En vertu du principe de supranationalité qu'il consacre, l'article 10 du Traité relatif à


l'Harmonisation du Droit des Affaires en Afrique qui prévoit l'application directe et
obligatoire des Actes Uniformes dans les Etats-Partie nonobstant toute disposition contraire
de droit interne, antérieure ou postérieure, contient bien une règle relative à l'abrogation du
droit interne par les Actes Uniformes.

2- sur la deuxième question, en deux branches

a) Sauf dérogations prévues par les Actes Uniformes eux-mêmes, l'effet abrogatoire de
l'article 10 du Traité relatif à l'Harmonisation du Droit des Affaires en Afrique concerne
l'abrogation de l'interdiction de l'adoption de toute disposition d'un texte législatif ou
réglementaire de droit interne présent ou à venir ayant le même objet que les dispositions des
Actes Uniforme et étant contraires à celles-ci. Il y a lieu d'ajouter que cette abrogation
concerne également les dispositions du droit interne identiques à celles des Actes Uniformes.
Selon les cas d'espèce, « la disposition » peut désigner un article d'un texte, un alinéa de cet
article ou une phrase de cet article.

b) Les dispositions abrogatoires contenues dans les Actes Uniformes sont conforme à l'article
10 du Traité relatif à l'Harmonisation du Droit des Affaires en Afrique.

3- Sur la troisième question, en deux branches

a) L'effet abrogatoire évoqué dans la question découlant du Traité lui-même d'une part, et les
Actes Uniformes dérivant de celui-ci d'autre part, il s'en suit que les Actes Uniformes n'ont
pas seuls compétence pour déterminer leur effet abrogatoire sur le droit interne.

b) Au regard des dispositions impératives et suffisantes des articles 9 et 10 du Traité relatif à


l'Harmonisation du Droit des Affaires en Afrique, sont superfétatoires les textes d'abrogation
expresse du droit interne que pourraient prendre les Etats-Parties en application des Actes
Uniformes.

4- Sur la quatrième question, en sept branches

4-a) et 4-b) réunis en raison de leur identité: L'appréciation du caractère contraire d'une loi
étant tributaire de la contexture juridique des cas d'espèce, il s'en suit qu'une loi contraire peut
s'entendre aussi bien d'une loi ou d'un règlement de droit interne ayant le même objet qu'un
Acte Uniforme et dont toutes les dispositions sont contraires à cet Acte Uniforme que d'une
loi ou d'un règlement dont seulement l'une des dispositions ou quelques-unes de celles-ci sont
contraires. Dans ce dernier cas, les dispositions non contraires à celles de l'Acte Uniforme
demeurent applicables.

4-c) Dans le cadre de l'Acte Uniforme sur le Droit des Sociétés Commerciales et du
Groupement d'Intérêt Economique, les formules « Lois contraires » et « Disposition
contraires » indifféremment employées sont absolument équivalentes.

4-d) Les dispositions de l'Acte Uniforme relatif au Droit des Sociétés Commerciales et du
Groupement d'Intérêt Economique étant d'ordre public et s'appliquant à toutes les sociétés
commerciales à raison de leur forme et quel que soit leur objet régissent les sociétés soumises
à un régime particulier entrant dans le cadre juridique ainsi défini. Toutefois, à l'égard de ces
sociétés, l'article 916 alinéa 1er de l'Acte Uniforme précité laisse également subsister les
dispositions législatives spécifiques auxquelles lesdites sociétés sont soumises.

4-e) Au regard de l'article 10 du Traité relatif à l'Harmonisation du Droit des Affaires en


Afrique, la disposition abrogatoire de l'article 257 de l'Acte Uniforme sur les procédures
collectives d'apurement du passif concerne aussi bien l'abrogation des dispositions antérieures
contraires à celles de cet Acte Uniforme que l'interdiction de l'adoption de dispositions
postérieures contraires.

Les « dispositions contraires » s'entendent de tout texte législatif ou réglementaire


contredisant dans la forme, le fond et / ou l'esprit les dispositions d'un Acte Uniforme.

4-f) L'article 35 de l'Acte Uniforme relatif au Droit de l'arbitrage ayant édicté que « le présent
Acte Uniforme tient lieu de loi relative à l'arbitrage dans tous les Etats parties », ce texte doit
être interprété comme se substituant aux lois nationales existantes en la matière sous réserve
des dispositions non contraires susceptibles d'exister en droit interne.

4-g) Le Droit fiscal ne fait pas partie à ce jour des matières rentrant dans le domaine du droit
de affaires harmonisé tel que défini par l'article 2 du Traité relatif à l'Harmonisation du Droit
des Affaire en Afrique. Toutefois, si les procédures fiscales postérieures à la date d'entrée en
vigueur de l'Acte Uniforme concerné mettent en œuvre des mesures conservatoires, mesures
d'exécution forcée et procédures de recouvrement déterminées par ledit Acte Uniforme, ces
procédures fiscales doivent se conformer aux dispositions de celui-ci.

Le présent Avis a été émis par la Cour Commune de Justice et d'Arbitrage de l'OHADA en sa
séance du 30 avril 2001 à laquelle étaient présents :

Messieurs

Seydou BA, Président


Jacques M'BOSSO, Premier Vice-président
Antoine Joachim OIIVEIRA, Second Vice-président
João Aurigemrna CRUZ PINTO, Juge
Doumssinrinmbaye BAHDJE, Juge
Maïnassara MAIDAGI, Juge
Boubacar DICKO, Juge-rapporteur
et Maître Pascal Édouard NGANGA, Greffier en Chef ;

Le présent Avis a été signé par le Président et le Greffier en Chef.


Fait à Abidjan, le 30 avril 2001

Le Président
Le Greffier en chef

Observations de Joseph ISSA-SAYEGH, Professeur, Consultant.1

I. A la demande de l'Etat ivoirien, la CCJA a rendu un avis sur une question essentielle : celle
du principe et de la portée de l'effet abrogatoire des Actes uniformes sur le droit interne des
Etats parties, question clé de tout l'édifice du droit uniforme des affaires de l'OHADA.

Aussi curieux que cela puisse paraître, le Traité OHADA ne contient aucune
disposition expresse sur cette question. Seul, l'article 10 en vertu duquel: "Les Actes
uniformes sont directement applicables et obligatoires dans les Etats parties, nonobstant toute
disposition contraire de droit interne antérieure ou postérieure" pouvait suggérer que le
principe de l'abrogation était posé, mais en des termes qui, s'ils permettaient d'induire ce
principe n'en précisaient pas la portée.(Sur toutes ces questions, voir Joseph ISSA-SAYEGH :
"Quelques aspects techniques de l'intégration juridique : l'exemple des actes uniformes de
l'OHADA, Revue de droit uniforme, UNIDROIT, 1999-1, p. 5 s.)

II. De l'article 10, on pouvait ne déduire que le principe selon lequel, afin d'y être appliqués et
rendus obligatoires pour pénétrer en droit interne, les Actes uniformes ne nécessitaient aucune

1
Voir aussi le commentaire d'AGBOYIBOR Pascal, RDAI/IBLJ, n° 7, 2001, p. 914.
norme d'application de droit interne ("directement") et que nulle disposition antérieure ou
postérieure ne pouvait s'y opposer ("nonobstant toute disposition contraire…"). A cet effet,
attaché à la supranationalité (dont le mot n'est écrit nulle part dans le Traité), la CCJA en a
ajouté un autre: l'abrogation de toute disposition de droit interne, antérieure ou postérieure aux
Actes uniformes et contraire à ceux-ci. L'effet de supranationalité des normes uniformes est
ainsi complet. (I.)

III. Il s'ensuit selon la Cour que les dispositions abrogatoires prévues par les Actes uniformes
sont conformes à l'article 10 du Traité, même si elles ne sont pas rédigées dans les mêmes
termes d'un Acte uniforme à l'autre. (IV.)

IV. La Cour fait bien également de préciser que l'effet abrogatoire des Actes uniformes sur le
droit interne trouve sa source et son fondement dans les articles 9 et 10 du Traité dont les
dispositions sont impératives et suffisantes, si bien qu'il n'est nullement nécessaire que les AU
ou un texte de droit interne prévoient l'abrogation expresse d'un droit national ayant le même
objet (V.)

On ne peut qu'approuver la CCJA, tout en faisant remarquer qu'il est tout de même
plus commode pour un Etat de recenser les textes nationaux ayant le même objet que les AU
pour les comparer, vérifier leur compatibilité ou leur contrariété, afin de faciliter la tâche des
praticiens. C'est ce qua fait la Côte d'Ivoire, étant précisé que ce travail n'est pas revêtu de la
chose jugée ou de l'imperium législatif ou administratif2.

Précisément, cette tâche de comparaison sera plus aisée désormais puisque la CCJA a
pris le soin de préciser la technique de comparaison des normes supranationales et internes et
la portée de l'abrogation des secondes par les premières.

V. En premier lieu, sauf dispositions prévues par les Actes uniformes eux-mêmes, l'effet
abrogatoire de l'article 10 concerne l'abolition de tout texte législatif ou réglementaire de droit
interne déjà existant ou l'interdiction de tout texte de cette nature à venir dans le futur. (II.).

VI. Ensuite, la CCJA précise que par "disposition" il faut entendre un article d'un texte, un
alinéa de cet article ou une phrase de et article (III.) et que la comparaison doit se faire entre
les dispositions ayant le même objet, la norme uniforme l'emportant sur celle de droit interne,
que celle-ci soit contraire ou identique (II.).

VII. Et la CCJA de préciser que, selon le cas d'espèce, une loi contraire peut s'entendre aussi
bien d'un texte (législatif ou réglementaire) ayant le même objet qu'un Acte uniforme et dont
toutes les dispositions sont contraires à ce texte que d'une loi ou d'un règlement dont
seulement une ou quelques dispositions sont contraires; dans ce dernier cas, les dispositions
de droit interne non contraires à celles de l'AU ayant le même objet demeurent applicables.
Cela revient à dire que le fond du droit applicable à une situation juridique donnée peut être
constitué du droit uniforme de l'OHADA et des dispositions survivantes du droit interne (IV.).

VIII. Enfin, la CCJA définit la notion de contrariété en précisant que par « dispositions
contraires » il faut entendre tout texte législatif ou réglementaire contredisant dans la forme, le
fond ou l'esprit des dispositions d'un Acte uniforme (VII). (Pour une application - discutable -

2
Ce travail est disponible sur le site à la page PAYS - COTE D'IVOIRE.
de la contrariété, dans la lettre ou dans son esprit, d'une disposition de droit interne, voir
Ohadata J-02-25).

Ayant posé et explicité ces principes, la CCJA entreprend l'examen des dispositions
abrogatoires de certains Actes uniformes pour les éclairer, comme le lui demandait l'Etat
ivoirien requérant.

IX. Dans l'Acte uniforme sur les sociétés commerciales, les formules « lois contraires » et
« dispositions contraires », indifféremment employées, sont équivalentes (V.). On doit en dire
autant de ces formules utilisées dans l'Acte uniforme sur le droit commercial général.

X. Toujours à propos de l'AU sur les sociétés commerciales et le GIE, la CCJA affirme ou
confirme que les dispositions de ce texte étant d'ordre public et s'appliquant à toutes les
sociétés commerciales à raison de leur forme, quel que soit leur objet, régissent les sociétés
soumises à un régime particulier entrant dans le cadre juridique ainsi défini, étant entendu
qu'à l'égard de ces sociétés l'article 916, alinéa 1er de l'AU précité laisse subsister les
dispositions législatives auxquelles lesdites sociétés sont soumises (VI). Cela revient à dire
que l'AUSCGIE est le droit commun des sociétés commerciales et que les dispositions des
textes qui confèrent un régime spécial à certaines sociétés viennent compléter ce droit
commun ou se substituer à lui en leurs dispositions ayant le même objet si ces dispositions
sont contraires à celles du droit commun.

XI. Toujours en application des principes abrogatoires posés par elle, en interprétation de
l'article 10 du Traité, la CCJA estime que l'AU sur les procédures collectives d'apurement du
passif emporte abrogation aussi bien des dispositions antérieures contraires à celles de l'AU
que l'interdiction de l'adoption de dispositions postérieures contraires (VIII).

XII. Quant à l'article 35 de l'Acte uniforme sur le droit de l'arbitrage selon lequel "le
présent AU tient lieu de loi à l'arbitrage dans tous les Etats parties", il n'apporte aucune
altération aux principes abrogatoires dégagés par la CCJA. Il s'ensuit qu'il doit être interprété
comme substituant cet Acte aux lois nationales existantes en la matière, sous réserve des
dispositions non contraires susceptibles d'exister en droit interne.

XIII. Une dernière question avait été posée par l'Etat ivoirien sur l'article 336 de l'AU sur le
recouvrement simplifié des créances et les voies d'exécution, qui dispose que cet Acte
uniforme abroge toutes les dispositions relatives aux matières qu'il concerne dans les Etats
parties. A ce propos, la question était: « Quel est le sort des procédures fiscales
contentieuses ? »

La réponse de la CCJA, sur ce plan également, est claire et pertinente: ou bien la


procédure de recouvrement des créances fiscales adopte les mesures de recouvrement, les
mesures conservatoires et d'exécution de l'Acte uniforme et l'administration fiscale doit s'y
conformer, ou bien elle utilise des procédures spéciales propres au droit fiscal et, dans ce cas,
ces procédures particulières doivent être respectées.

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