Fiche PDC Midterm
Fiche PDC Midterm
A. Contextualisation contemporaine : S1
1. Approche définitionnelle:
Déjà sous l’Empire romain, les légions n’avaient pas le droit d’intervenir sur le sol impérial.
Cette séparation entre forces militaires et forces de sécurité intérieure reste un principe
structurant dans de nombreux États modernes. Toutefois, des dispositifs comme le plan
Vigipirate en France illustrent l’exceptionnalité de certaines situations où l’armée est
mobilisée en interne.
Aujourd´hui, la police et l’armée ne répondent pas aux mêmes logiques. La première agit dans
un cadre légal strict, destiné à protéger les citoyens sans recourir à une force létale
systématique. Elle est soumise à des règles de proportionnalité et de légitime défense.
L’armée, en revanche, est formée pour mener des opérations offensives contre un ennemi
clairement identifié, avec pour objectif la neutralisation du danger par tous les moyens
nécessaires. Cette distinction est essentielle pour comprendre les débats sur l’usage de la force
en contexte intérieur.
D’un point de vue stratégique, François Géré la conçoit comme l’emploi des forces
armées visant à contrer une action offensive ou à dissuader son exécution. Elle repose
ainsi sur un levier psychologique puissant qui ne peut être un simple bluff. Un État
doit démontrer une capacité réelle à repousser une menace pour que la dissuasion
fonctionne.
D’un point de vue juridique, l’ordonnance du 7 janvier 1959 définit la défense comme
un dispositif visant à assurer la sécurité, l’intégrité du territoire et la protection de la
population en tout temps et face à toutes les formes d’agression. Cette définition
élargit la notion de défense à un rôle de protection globale, intégrant des enjeux civils,
économiques et stratégiques.
Le concept de défense s’imbrique aujourd’hui avec celui de sécurité, bien que leurs origines
diffèrent. La défense, historiquement ancrée dans les fonctions régaliennes de l’État, répond
à une logique de préservation territoriale contre des menaces externes. La sécurité, plus
récente comme notion, inclut des problématiques plus diversifiées, comme la lutte contre le
terrorisme ou la cybercriminalité.
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Les politiques de défense peuvent être analysées selon plusieurs perspectives :
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manière cohérente. Aucun de ces niveaux ne peut fonctionner indépendamment des
autres.
Les politiques de défense ont évolué à travers les siècles en fonction des structures politiques,
des rivalités territoriales et des doctrines militaires. De l’Antiquité à l’époque contemporaine,
la défense a oscillé entre modèles citoyens, forces privées et armées étatiques, influençant
durablement la manière dont les États conçoivent aujourd’hui leur appareil militaire.
L’étude des politiques de défense remonte à l’Antiquité, où des penseurs comme Thucydide
ont été parmi les premiers à analyser la guerre comme un phénomène structurant des relations
entre États. Dans son ouvrage sur la guerre du Péloponnèse, il décrit l’opposition entre
Athènes, une thalassocratie reposant sur une domination maritime, et Sparte, une puissance
terrestre fondée sur une discipline militaire stricte. Ce conflit, qui visait le contrôle de la
Méditerranée et l’hégémonie sur la Grèce, illustre l’importance stratégique des politiques de
défense et leur lien avec les ambitions géopolitiques des États.
Athènes, en tant que démocratie, faisait du service militaire une obligation citoyenne. La
participation aux décisions politiques allait de pair avec la défense de la cité. L’armée
athénienne était organisée selon un modèle hiérarchique fondé sur les classes sociales :
Les forces auxiliaires, composées des plus pauvres, remplissaient des rôles logistiques
et de soutien.
Les hoplites, fantassins cuirassés appartenant aux classes moyennes, devaient financer
eux-mêmes leur équipement militaire.
Les cavaliers et officiers, issus de l’aristocratie, occupaient les postes de
commandement.
Dans ce système, l’armée était indissociable de la citoyenneté : défendre la cité était à la fois
une obligation et une source de légitimité politique. À Rome, le modèle de la conscription se
développe davantage et intègre une innovation majeure : l’ouverture du service militaire aux
non-citoyens. Contrairement aux Grecs, qui fondaient la citoyenneté sur le droit du sang, les
Romains permettaient aux soldats étrangers d’obtenir la citoyenneté après plusieurs années de
service. Ce système structura durablement les forces armées romaines et permit d’étendre
l’Empire en intégrant des populations conquises.
Ce modèle sera repris, des siècles plus tard, par des armées modernes, notamment avec la
Légion étrangère française, où le service militaire peut ouvrir un accès à la naturalisation.
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2. La fin du citoyen-soldat et l’émergence des armées privées (Moyen Âge - Renaissance) :
Pour Machiavel, une politique de défense efficace repose sur une armée nationale, fidèle à son
État et non motivée par l’argent. Il plaide pour un retour aux modèles antiques, où chaque
citoyen était un soldat, garantissant ainsi une plus grande stabilité politique et militaire.
Avec la montée des États-nations aux XVIIe et XVIIIe siècles, la guerre redevient une
compétence régalienne, sous le contrôle direct des gouvernements centraux.
XIXe siècle : la Révolution française introduit la conscription obligatoire, faisant de la
défense une responsabilité collective.
XXe siècle : les guerres mondiales généralisent la mobilisation de masse, impliquant
non seulement les militaires, mais aussi les civils dans l’effort de guerre.
Cependant, après la Guerre froide, de nombreux pays abandonnent la conscription au profit
d’armées de métier, plus spécialisées et mieux équipées.
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obsolètes : par exemple, certains chars d’assaut développés à la fin de la Guerre froide n’ont
jamais été pleinement intégrés dans les nouveaux types de conflits modernes.
CCL: L’histoire des politiques de défense révèle une évolution continue des doctrines
militaires, marquée par trois grandes phases :
La conception moderne des politiques de défense repose sur l’idée centrale de Machiavel : un
État sans force armée publique ne peut être souverain. Cette réflexion découle du contexte de
la Renaissance italienne, où les cités-États, telles que Florence et Sienne, se livraient des
guerres en employant des mercenaires. Ces derniers, motivés par l’argent plutôt que par la
défense nationale, n’offraient aucune garantie de loyauté. Ce système de guerre privée a
montré ses limites : les troupes n’étaient pas engagées pour la cause nationale mais pour le
plus offrant. Cette instabilité stratégique a conduit à la reconnaissance de la nécessité d’une
armée nationale, une idée qui sera développée plus tard par d’autres auteurs.
Au XIXᵉ siècle, Clausewitz affirme qu’à l’ère des guerres modernes, les armées nationales
deviennent indispensables. Jusque-là, les conflits impliquaient des effectifs réduits, mobilisant
souvent quelques milliers de soldats. La Révolution industrielle et l’évolution des sociétés ont
conduit à une expansion des conflits, avec un nombre croissant d’hommes engagés. Le
mercenariat devenant trop coûteux, les États ont instauré la conscription : des citoyens ont été
enrôlés pour défendre leur pays. C’est ainsi que le service militaire a été introduit, une
obligation qui pouvait durer plusieurs années. En France, il a été abrogé pour une durée
moyenne de 12 mois, mais au début du XVIIIᵉ siècle, il durait trois ans.
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Le deuxième facteur fondamental dans l’émergence des politiques de défense modernes est la
transformation révolutionnaire des États. L’apparition des premières nations républicaines et
démocratiques a conduit à la constitution d’armées nationales combattant pour la nation et
non plus pour un monarque. Un exemple marquant est celui des treize colonies américaines
qui, après leur indépendance en 1776, ont formé la première armée nationale des États-Unis
pour affronter les Britanniques. Cet héritage a influencé le deuxième amendement de la
Constitution américaine, qui garantit à chaque citoyen le droit de porter des armes pour se
défendre contre toute menace.
À l’époque, en pleine guerre révolutionnaire, les milices américaines devaient pouvoir
s’armer rapidement pour contrer les forces anglaises. La culture militaire américaine repose
ainsi sur l’idée que l’armée doit être une force publique et nationale, composée de citoyens-
soldats. Ce principe est défendu par des groupes comme la NRA, qui encouragent l’armement
des citoyens, notamment à travers des actions de sensibilisation et de lobbying.
Un autre exemple est celui de la Révolution française de 1789, qui marque la formation des
premières milices révolutionnaires. Ces milices sont à l’origine de la première armée
nationale de la République française, l’armée de l’an I. En 1792, la bataille de Valmy oppose
cette armée à des troupes étrangères, notamment prussiennes. C’est la première bataille où la
France combat avec une armée nationale, composée de soldats engagés pour défendre la
République et non un roi. Cette évolution marque une rupture avec les conceptions
monarchiques de la guerre et légitime la naissance des politiques de défense moderne en
Europe.
Au XIXᵉ siècle, la défense nationale devient un enjeu structurant. Les nouvelles politiques de
défense visent à organiser l’ensemble de la société pour protéger les institutions et l’État en
temps de paix comme en temps de guerre. L’entraînement militaire devient permanent, et les
budgets de défense sont votés régulièrement pour garantir une préparation efficace. On
considère qu’un État doit consacrer en moyenne 3,5 % de son PIB à l’effort de défense.
Durant la guerre froide, les États-Unis ont atteint 30 % de leur PIB en dépenses militaires,
tandis que l’URSS a dépassé les 40 %. En Europe, avant la guerre en Ukraine, la plupart des
pays étaient en dessous de 2 %, comme l’Allemagne, qui a dû revoir ses engagements à la
hausse après l’invasion russe. Cette évolution s’inscrit également dans le cadre des pressions
exercées par les États-Unis sur leurs alliés européens au sein de l’OTAN.
Depuis plusieurs décennies, Washington incite les pays européens à augmenter leurs budgets
militaires pour atteindre l’objectif des 2 % du PIB fixé par l’Alliance. Avant la guerre en
Ukraine, de nombreux États membres, dont l’Allemagne, étaient bien en deçà de cette cible,
ce qui a été un point de tension dans les relations transatlantiques
Les alliances stratégiques ont également structuré les systèmes de défense nationaux. À la
veille de la Première Guerre mondiale, la Triple Entente (Royaume-Uni, France, Russie) et la
Triple Alliance (Allemagne, Autriche-Hongrie, Italie) avaient pour objectif d’équilibrer les
forces en Europe. Ces alliances impliquaient une clause de défense mutuelle : si un membre
était attaqué, les autres entraient en guerre à ses côtés.
En 1914, ces engagements ont plongé l’Europe dans un conflit global, mobilisant des millions
de soldats. Chaque camp a connu des pertes massives, avec un rythme de 10 000 morts par
jour. Jamais l’Europe n’avait connu une telle intensité de combats. Cette guerre a transformé
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la défense nationale en un pilier des politiques publiques, confirmant son rôle stratégique dans
la gestion des États.
Thème 2 : De la défense nationale à la sécurité nationale, quelles nouvelles menaces pour
quelles mutations conceptuelles au sein des politiques de défense? S3
La politique de défense partage certaines contraintes avec les autres politiques publiques,
notamment en matière budgétaire et institutionnelle. Toutefois, elle se distingue par son
caractère régalien et sa capacité à affecter l’intégrité même d’un pays. Une défaillance dans ce
domaine peut conduire à la disparition d’une unité politique.
Son exécution repose principalement sur l’exécutif, souvent dans un cercle restreint de
décideurs. Contrairement à d’autres politiques publiques, elle ne fait pas l’objet d’une large
concertation avec la population. Dans les démocraties, l’entrée en guerre doit généralement
être validée par des instances représentatives. Aux États-Unis, le Sénat tranche cette question
après un débat parlementaire. En France, le président de la République peut engager une
action militaire sans consulter le Parlement, mais au bout de trois mois, il doit obtenir une
autorisation pour poursuivre l’opération. Les politiques de défense doivent néanmoins rendre
des comptes aux organes de contrôle de l’État, qui vérifient leur conformité budgétaire et
juridique. Elles sont soumises à des normes législatives et à une réglementation spécifique.
Cependant, leur mode d’exécution est particulier : elles sont fortement centralisées et
défendent un enjeu supérieur aux autres politiques publiques. En période d’urgence, elles
peuvent supplanter toutes les autres, justifiant des mesures exceptionnelles telles que la
suspension des libertés fondamentales ou la mobilisation économique d’urgence.
Les politiques de défense et de sécurité ont donc un double visage. D’un côté, elles sont des
politiques publiques ordinaires, avec un budget récurrent et des institutions dédiées. De
l’autre, elles sont extraordinaires, car elles peuvent s’imposer au-dessus des autres politiques
en temps de crise. Elles ont aussi une double dimension, nationale et internationale. Elles sont
des outils de puissance vers l’extérieur, influencées par l’environnement géopolitique, mais
elles sont aussi tournées vers l’intérieur, impactant l’organisation de la société et l’économie
nationale.
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augmentation massive des investissements dans l’armement. Cette association entre
défense et industrie pose des enjeux économiques considérables, notamment en
matière de coûts et d’aménagements budgétaires.
Le poids des politiques de défense dans les intérêts des partis politiques et les clivages
partisans ?
Contrairement à d’autres politiques publiques, elles ne sont généralement pas déterminées par
des orientations idéologiques strictes. Aux États-Unis, par exemple, les dépenses de défense
restent élevées quel que soit le parti au pouvoir, qu’il soit démocrate ou républicain. Ce n’est
pas une question d’idéologie, mais plutôt d’adaptation aux menaces et aux enjeux sécuritaires
globaux. Toutefois, des nuances existent selon les administrations. Sous Barack Obama, la
politique de défense s’est accompagnée d’une réduction relative des engagements militaires
au Moyen-Orient et d’une approche plus prudente en matière d’interventions directes, bien
que les opérations de drones aient été intensifiées. À l’inverse, sous Donald Trump, le budget
de la défense a été considérablement augmenté, avec un accent mis sur la modernisation de
l’arsenal nucléaire et la confrontation avec la Chine. Malgré ces variations d’approche, la
structure globale du budget militaire américain est restée parmi les plus élevées au monde
En France, le clivage entre la droite et la gauche est peu marqué dans la gestion des politiques
de défense. En pratique, les budgets militaires et les grandes orientations stratégiques évoluent
peu d’un gouvernement à l’autre. Sous de Gaulle, la France a mené une politique de retenue
sur le continent africain, alors que sous Mitterrand, plusieurs interventions militaires ont eu
lieu en Afrique, bien que ce dernier dirigeait un gouvernement socialiste. Cela illustre que
l’usage de la force militaire n’est pas strictement conditionné par l’appartenance politique,
même si des différences de communication peuvent apparaître.
Les campagnes électorales révèlent néanmoins des tentatives de différenciation sur les
questions de défense. Lors de la présidentielle de 2007, par exemple, le débat entre Nicolas
Sarkozy et Ségolène Royal a mis en évidence des écarts de maîtrise des dossiers militaires, la
candidate socialiste étant critiquée pour son manque de connaissances sur le sujet. En France,
la capacité des candidats à comprendre les enjeux militaires est un critère de crédibilité pour
briguer la présidence.
Enfin, les grandes orientations stratégiques restent peu affectées par les alternances politiques.
Depuis les années 1970, la dissuasion nucléaire française n’a jamais été remise en cause, que
ce soit sous un gouvernement de droite ou de gauche. Si des différences existent dans le
discours, elles ne se traduisent pas systématiquement dans les décisions budgétaires et
stratégiques, qui restent principalement déterminées par les rapports de force internationaux et
les impératifs de sécurité nationale.
Au XIXᵉ siècle, la sociologie militaire n’existe pas encore en tant que discipline. Les sciences
sociales émergent progressivement sous l’impulsion du positivisme scientifique, qui vise à
décrire les phénomènes sociaux comme des phénomènes naturels. Auguste Comte introduit le
positivisme social et systématise les sciences humaines, les structurant en disciplines
formelles. Durkheim et Weber, quant à eux, sont considérés comme les fondateurs de la
sociologie en tant que discipline académique.
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Ce n’est qu’au milieu du XXᵉ siècle que la sociologie militaire apparaît, en particulier aux
États-Unis. Avec la mobilisation générale des soldats, notamment lors de la Seconde Guerre
mondiale, des études sont menées pour comprendre l’impact de l’incorporation massive des
jeunes dans l’armée : leur comportement, leur état psychologique, leur rapport à l’institution
militaire et les effets de cette mobilisation sur l’État. En 1941, l’US Army commande ainsi
une étude sociologique majeure : "The American Soldier", qui cartographie les conscrits
américains selon leur origine socio-économique, leur rapport à la religion et leur vision du
combat.
D’autres travaux s’intéressent à la sélection des soldats. Comment les recrute-t-on ? L’armée
privilégie-t-elle les volontaires ou les conscrits ? La distinction entre une armée de métier et
une armée d’appelés est essentielle, car elle influence l’investissement des soldats : une armée
de conscription produit souvent des combattants moins engagés et moins professionnels
qu’une armée de métier.
Enfin, un autre champ majeur de la sociologie militaire est l’organisation du pouvoir dans les
armées. Historiquement, Feld et d’autres sociologues montrent que la manière dont les
officiers exercent leur autorité varie en fonction de leur origine sociale. Dans une société
égalitaire, les chefs militaires sont respectés uniquement dans le cadre institutionnel. Une fois
revenus à la vie civile, ils deviennent des citoyens comme les autres. À l’inverse, dans un
système de domination aristocratique, les officiers restent une élite sociale, exerçant une
influence politique et économique bien au-delà du cadre militaire.
En France, la féminisation des armées devient un sujet de débat après la fin du service
militaire, lorsque l’armée devient entièrement professionnelle. Avant cela, la question ne se
posait pas, car le métier de soldat n’était pas considéré comme une carrière à part entière. À
partir des années 2000, de nombreuses femmes dénoncent les discriminations qu’elles
subissent dans l’armée : obstacles à l’avancement, harcèlement, plafond de verre.
Les préjugés sexistes sont omniprésents : certaines critiques portent sur les congés maternité,
la gestion de la vie privée, l’endurance physique et psychologique, ou encore la sensibilité
supposée des femmes face à la violence. Certains soldats avancent même l’idée que voir une
femme blessée au combat serait plus choquant que voir un homme souffrir.
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professionnalisation des armées (années 1990-2000) que la féminisation s’accélère. En 2005-
2010, les premières unités de combat s’ouvrent aux femmes, et en 2019, le corps des sous-
mariniers est accessible aux militaires féminines.
Au cours des vingt dernières années, le taux de féminisation des armées françaises a
considérablement progressé. Dans l’armée de Terre, la part des femmes est passée de 8,3 % en
2000 à 11,2 % en 2021. Dans l’armée de l’Air, cette augmentation a été plus marquée,
atteignant 23,3 % contre 13,4 % en 2000. La Marine nationale et la Gendarmerie ont connu
une dynamique similaire, avec respectivement 15,8 % et 20,3 % de femmes en 2021, contre
7,8 % et 5,6 % deux décennies plus tôt. Au sein du ministère des Armées, les femmes
représentent aujourd’hui 16,1 % des effectifs militaires et 30,4 % des effectifs civils. Dans les
postes à responsabilité, elles restent sous-représentées, mais progressent : 9,3 % des officiers
sont des femmes, et elles occupent 41 % des postes de direction.
En comparaison, les États-Unis enregistrent des taux légèrement plus élevés. En 2018, les
femmes représentaient 16,5 % des effectifs militaires américains, avec des disparités entre
corps d'armée. L’Air Force compte la plus forte proportion avec 20,2 % de femmes, suivie de
la Navy (19,6 %), de l’US Army (15,1 %) et du Marine Corps, où elles restent minoritaires
(8,6 %).
Le débat sur la place des femmes dans les unités de combat reste vif. Actuellement, seules 3 à
5 % des femmes engagées accèdent aux unités combattantes. Cela s’explique par plusieurs
facteurs : les normes institutionnelles qui freinent le recrutement, l’absence de dispositifs
facilitant la conciliation entre vie familiale et engagement militaire, ainsi que les stéréotypes
ancrés dans la culture militaire. L’un des derniers tabous reste la relation entre les femmes et
la mort. L’idée que la femme "donne la vie et ne doit pas la prendre" reste prégnante dans de
nombreux cercles militaires, freinant l’intégration des femmes dans les unités d’élite.
Aujourd’hui, la relation entre les jeunes et l’armée s’est considérablement distendue. Avec la
fin du service militaire en 1997, l’armée est devenue une institution lointaine pour la majorité
des nouvelles générations. Seuls 3 à 6 % des jeunes Français sont en lien direct avec l’armée,
que ce soit par leur engagement en tant que réservistes ou par leur héritage familial.
Avec la loi militaire de 1889, la conscription devient généralisée et la durée du service est
uniformisée. En 1905, la suppression des dispenses réduit la durée à deux ans, puis elle est
abaissée à 18 mois en 1923. Après plusieurs modifications au XXᵉ siècle, le service militaire
est finalement suspendu en 1997, remplacé par un parcours de citoyenneté.
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et engagement professionnel, constitue un frein important. Enfin, l’armée est perçue comme
une institution de plus en plus éloignée des préoccupations sociétales contemporaines.
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Formulation des buts de guerre et emploi de la force armée S5
I. Évolution des buts de guerre au XXe siècle
Avant le XXe siècle, les guerres poursuivaient principalement deux objectifs : l'expansion
territoriale et la défense du territoire. Les guerres offensives étaient légales et largement
pratiquées, permettant aux États d'acquérir des richesses/ressources et d'étendre leur influence.
Parallèlement, les guerres défensives visaient à protéger le territoire national contre
d'éventuelles invasions.
Avec la création de l'ONU en 1945, un tournant majeur s'opère : les guerres de conquête sont
interdites, inscrivant la légitime défense comme seule justification valable à l'usage de la
force. Ce changement bouleverse les doctrines militaires. Désormais, les États qui souhaitent
s’étendre doivent recourir à des moyens indirects, comme la guerre froide l’illustre avec la
satellisation des pays d’Europe de l’Est par l’URSS, les stratégies nucléaires de dissuasion et
les interventions par procuration (ex. : Vietnam, Afghanistan). La guerre devient un
instrument de pression et de contrôle plutôt qu'un outil direct de conquête.
La notion de guerre subit ainsi une mutation profonde. Avant 1945, les États fonctionnaient
dans un cadre westphalien (1648-1945), où la souveraineté des nations leur permettait de faire
la guerre à leur guise. Après 1945, le cadre onusien impose de nouvelles règles et introduit un
équilibre stratégique basé sur la dissuasion nucléaire. Cette dissuasion, en raison de ses
conséquences catastrophiques potentielles, modifie durablement les rapports de force : les
conflits interétatiques diminuent drastiquement, remplacés par des guerres périphériques où
les grandes puissances cherchent à éviter une confrontation directe (Afghanistan, Vietnam).
Après 1991, l’idée se répand que les guerres interétatiques disparaissent au profit des "New
Wars", où les États technologiquement avancés interviennent dans le Sud pour rétablir un
ordre perçu comme légitime (ex. : Irak 1991, Afghanistan 2001, Libye 2011, Mali 2013). Ces
guerres asymétriques opposent des forces conventionnelles à des insurrections ou milices. Ce
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concept, largement adopté jusqu’en 2015, s’est révélé illusoire face au retour des conflits
interétatiques.
Dans ce type de guerre, les États justifient leur intervention par la légitimité conférée par la
communauté internationale. Les puissances occidentales mettent en avant l’appui des
institutions internationales pour légitimer leurs actions militaires.
Historiquement, le pouvoir civil et militaire étaient strictement séparés. Le politique fixait les
objectifs que l’armée exécutait sans rendre de comptes. Ce schéma évolue après 1945 avec la
menace nucléaire, qui pousse les gouvernements à reprendre le contrôle des décisions
militaires dans un contexte de conflits mondiaux. Désormais, le pouvoir civil encadre l’action
militaire, notamment pour éviter des escalades incontrôlées.
Si ces évolutions réduisent les risques de coup d’État en démocratie, elles présentent deux
limites :
1. Opportunisme politique : les gouvernants, soucieux de leur réelection, peuvent
manipuler l'armée pour servir des intérêts électoraux.
2. Méconnaissance stratégique : les civils, souvent plus va-t-en-guerre que les militaires,
sous-estiment les implications opérationnelles d’un conflit.
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Les économies de défense
L’économie de la défense repose sur une allocation constante de ressources publiques, avec
une part du PIB dédiée aux dépenses militaires qui s’élève aujourd’hui à 3,5 % en temps de
paix. Cette mobilisation de fonds publics pour la production d’armes en dehors des périodes
de guerre est régulièrement contestée. Les revendications dans d’autres secteurs, comme la
santé ou l’éducation, s’opposent à l’idée de consacrer une part aussi importante du budget
national à un domaine perçu comme moins prioritaire en temps de paix.
L’analyse des dépenses militaires à l’échelle mondiale révèle des disparités considérables. Les
États-Unis dominent largement ce secteur, avec un budget qui dépasse 648,8 milliards de
dollars en 2018, soit un montant bien supérieur à celui de toutes les autres puissances réunies.
L’exemple emblématique est l’usine Willow Run d’Henry Ford aux États-Unis, capable de
produire un avion toutes les 59 minutes. Cette capacité industrielle hors norme a permis aux
Alliés de surpasser leurs adversaires en matière de matériel militaire et d’assurer une
supériorité stratégique. En 1939, les États-Unis produisaient 3 000 avions par an, chiffre qui a
explosé avec l’effort de guerre. La Chine, qui se place en seconde position, affiche un budget
de 250,2 milliards de dollars, soit 38 % de celui des États-Unis.
Au lendemain de la Guerre Froide, l´État en tant que principal acquéreur d´armes n´en achète
plus autant, les économies de défense deviennent des économies de vente d´armes et cela
passe par 5 stratégies :
Privatisation : Après la Guerre froide, l’État réduit son rôle direct dans l’industrie de
défense. Il vend des parts des entreprises publiques pour alléger les dépenses et renforcer la
compétitivité. Certaines restent partiellement sous contrôle étatique. Naval Group (ex-DCN)
s’ouvre aux capitaux privés en 2003 pour mieux s’imposer à l’international.
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L’industrie de défense repose historiquement sur un marché monopsonique, où plusieurs
producteurs vendent à un seul acheteur principal : l’État. Contrairement à un monopole, où
une seule entreprise domine l’offre face à de nombreux acheteurs, le monopsonique se
caractérise par une demande unique et centralisée.
Les armes de guerre sont des produits hautement stratégiques, interdits au marché civil.
Pendant la Guerre froide, les États occidentaux commandent massivement pour contrer la
menace soviétique. L’État devient l’unique client des industriels, structurant l’ensemble du
marché. Après 1991, la disparition de l’URSS entraîne une chute des commandes militaires.
Les entreprises doivent adapter leurs stratégies pour survivre : diversification, privatisation et
ouverture aux marchés étrangers. Depuis plusieurs décennies, le monopsonique évolue. Les
industries de défense ne vendent plus uniquement à leur gouvernement national. Elles
élargissent leurs débouchés à travers :
Les marchés internationaux : exportations vers des États étrangers, souvent alliés
stratégiques.
Les alliances militaires régionales : ventes à des organisations comme l’OTAN ou
l’UE.
Des acteurs privés : certains équipements de sécurité sont désormais accessibles à des
entreprises spécialisées.
Depuis quelques années, les dépenses militaires mondiales repartent à la hausse. Plusieurs
facteurs expliquent cette tendance : la guerre en Ukraine, les tensions en mer de Chine et la
montée des cybermenaces. Ces conflits et menaces incitent les États à renforcer leurs
capacités militaires, entraînant une augmentation des budgets de défense.
Parallèlement, les armements modernes deviennent de plus en plus coûteux. Cette hausse des
prix repose sur trois éléments principaux :
Le Rafale illustre bien ces défis. Conçu dans les années 1980, il effectue son premier vol
en 2001, mais peine à trouver des acheteurs à l’exportation avant 2010. Avant la guerre en
Ukraine, la production était limitée à un appareil par mois. Avec la hausse de la demande, la
cadence a été triplée, passant à trois appareils mensuels.
Le programme du char Leclerc suit une trajectoire similaire. Développé sur 20 ans, il est
produit à seulement 200 exemplaires avant que l’armée française ne réduise ses commandes,
jugeant les chars lourds moins stratégiques après la Guerre froide. Mais la guerre en Ukraine
remet en cause cette décision, relançant l’intérêt pour ces véhicules.
Autrefois, les États étaient les seuls acheteurs d’armement. Aujourd’hui, la logique a changé
car les États commandent moins pour limiter leurs dépenses et les exportations prennent le
relais, avec une part croissante de ventes à l’étranger. La France exporte désormais 70 % de sa
production de Rafale, une situation impensable il y a 20 ans.
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