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Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique

Institut Supérieur des Etudes Appliquées en Humanités de


Tunis

Français
Matière Semestrielle

2 éme Année Anglais


2023-2024

Cours 1: Présentation de la littérature française, Prise de contact et évaluation des pré-requis


Cours 2 : Qu'est ce que la Poésie? +Cours sur Les types de phrases
Cours 3 : Historique de la Poésie + excercices de grammaire sur Les types de phrases
Cours 4 : Vocabulaire de la Poésie+ Cours sur l'interrogation
Cours 5 : Cours d'analyse d'un poème + excercices de grammaire sur l'interrogation
Cours 6 : Qu'est ce que le Théatre +Cours sur la nominalisation
Cours 7 : Historique du Théatre+ excercices de grammaire sur la nominalisation
Cours 8 : Vocabulaire du théatre + Cours sur la phrase Simple/Complexe (1)
Cours 9 : Cours d'analyse d'un extrait dramaturgique + sur la phrase Simple/Complexe (2)
Cours 10 : qu'est ce que le Roman+ excercices de grammaire sur la phrase Simple/Complexe
Cours 11 : Historique et Vocabulaire du Roman Excercices de grammaire
Cours 12 : Cours d'analyse d'un extrait de roman Excercices de grammaire

La poésie du XVème siècle au XXIème siècle

Poésie

Introduction
Le mot poésie vient du grec « poiêsis », qui veut dire écrivain ; le poète (ou aède
dans la Grèce antique) est un démiurge ; le poème est semblable à l’oracle, il est dicté
par la divinité. La poésie, c’est l’art du langage, permettant de suggérer, par le choix
des termes, l’harmonie de la prosodie, le retour régulier de la rime, une infinité
d’images, d’états et de sensations.
Les formes poétiques
LES FORMES FIXES
La strophe est un ensemble de vers offrant une organisation particulière des rimes
et formant souvent une unité pour le sens. La structure de la strophe met en valeur la
syntaxe de la phrase.
Les principales strophes
Le distique 2 vers
Le tercet 3 vers
Le quatrain 4 vers
Le quintil 5 vers
Le sizain 6 vers
Le septain 7 vers
Le huitain 8 vers
Le dizain 10 vers
Certains poèmes à formes fixes sont apparus au Moyen Âge (le rondeau, la ballade)
ou à la Renaissance (le sonnet importé d’Italie au XVIe siècle).
LE RONDEAU
Il est caractérisé à la fin de ses strophes (2 ou 3 strophes généralement) par la reprise
en refrain du premier hémistiche du premier vers. Cette répétition d’un vers très
court renforce son rythme dansant, pris par les poètes du Moyen Âge (François
Villon), de la Renaissance (Clément Marot) et du XIXe
siècle (Alfred Musset).
LA BALLADE
Elle se compose de trois strophes « carrées » (même nombre de vers que de syllabes
par vers) avec un refrain pour dernier vers. Elles sont suivies d’une strophe -plus
courte de moitié- appelée « envoi ». La ballade, genre très apprécié du XIVe et du
XVIe siècle, a été remise à l’honneur et renouvelée au XIXe siècle (Victor Hugo, Odes et ballades,
1828).
LE SONNET
Il comporte deux quatrains et un sizain souvent divisé en deux tercets. Le
schéma habituel des rimes est le suivant : abba / abba / [ccd (/) eed] ou [ccd (/) ede]
mais il a pu être assoupli, notamment au XIXe siècle. En dépit de ses contraintes
formelles, le sonnet se prête aux effets les plus variés : opposition des quatrains
et des tercets ou des 13 premiers vers et du dernier…
LES VERS ET LA PROSE
L’écriture poétique ne peut être cependant réduite à la versification. Si on la définit
comme un travail sur les mots, sur leur réalité sonore, leur répétition, leur rythme,
leur sens, on peut trouver de la poésie dans la prose.
Le poème en prose est apparu au XIXe siècle. Il est libéré de la mécanique du vers,
des contraintes de la rime, et se présente souvent sous la forme de courts
paragraphes appelés versets. La phrase y gagne en liberté, ce qui permet de
nouvelles harmonies du rythme et des sons.
Sa disposition dans la page et les grandes marges blanches dans lesquelles, selon
Paul Éluard, le lecteur peut rêver, définissent visuellement le poème, en vers ou en
prose, comme un dessin formé de mots (les Calligrammes de Guillaume Apollinaire).
La création poétique . Différentes fonctions ont été attribuées à la poésie. Elles sont souvent définies
par les
« arts poétiques » ou les textes « liminaires » qui ouvrent les livres ou les recueils de
poèmes.
LA CÉLÉBRATION
Commémoration des hauts faits d’un héros (épopée), célébration de la nature, de la
beauté, des dieux (hymnes, odes), exaltation de l’être aimé (lyrisme), le poème prend
souvent, par sa musicalité et le jeu de répétitions qui lui est propre, le caractère d’un
chant. Ainsi, la poésie a comme mission de garder une trace d’événements
primordiaux…
L’EXPLORATION
Pour recréer le monde, la poésie veut redonner leur pouvoir aux sensations
premières en les éveillant par ses images. L’exploration poétique se veut en effet
connaissance de l’homme et du monde par l’imagination et le rêve qui entend percer
le secret des choses. Donc le poète se veut penseur, se déclare prophète, se nomme
voyant, interpelle les hommes et a pour but l’enseignement.
L’INVENTION
Qu’il se rêve inspiré par les dieux, par la muse ou par sa propre expérience
intérieure, le poète est un artisan du langage. Le lieu central de sa création est
l’univers des mots. Le poème révèle leur polysémie, la richesse de leurs connotations,
leur qualité musicale et crée entre eux, par leur disposition, leur accentuation
rythmique, de multiples échos de sens et de sons. La poésie est donc souvent un jeu
sur le langage… qui suit des règles (celle de la métrique, de la syntaxe, de la
rhétorique) pour mieux s’en libérer. Dans la poésie moderne, l’emploi du vers libre,
de la prose… sont des signes de cette liberté.
Antonomase
L’antonomase est une figure de style qui consiste à remplacer un nom commun par un nom propre ou,
à l’inverse, à remplacer un nom propre par un nom commun ou par une périphrase.
Margaret Thatcher = la Dame de fer
une personne despotique = un petit Hitler, un Napoléon, etc.
un homme séducteur = un Don Juan
Allitération
(alliteration) la répétition de sons consonantiques dans une suite de mots.
Exemples :
Chacun cherche son chat (titre d’un film) Louis Aragon, “Les mains d’Elsa“) :
Lorsque je prends à mon pauvre piège De paume et de peur de hâte et d’émoi Lorsque je les prends
comme une eau de neige Qui fond de partout dans mes mains à moi.
L’assonance (substantif féminin), de l’espagnol asonancia, asonar (verbe) vient du latin adsonare («
répondre à un son par un autre son ») est une figure de style qui consiste en la répétition d’un même
son vocalique (phonème) dans plusieurs mots proches. Comme l’allitération, elle repose sur une
homophonie de la dernière voyelle non caduque du vers en versification. Plus globalement on parle en
général d’assonance dans le cas d’une répétition d’une ou de plusieurs voyelles dans un vers ou une
phrase. L’effet recherché est, comme avec l’allitération, la mise en relief d’une sonorité et par là d’un
sentiment ou d’une qualité du propos. Elle vise l’harmonie imitative et en ce sens elle est très proche de
l’onomatopée. Néanmoins il faut distinguer deux cas d’assonances : l’assonance métrique (se
confondant souvent avec la rime) et l’assonance harmonique (hors cadre poétique et de versification).
La répétition de sons vocaliques dans une suite de mots et/ou à la rime.
Exemple Guillaume Apollinaire, “Le Pont Mirabeau” :
Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu’il m’en souvienne
La joie venait toujours après la peine
Anacoluthe
(anacoluthon) rupture grammaticale; interruption ou abandon d’une phrase commencée (dû à un
changement subit dans l’esprit de l’auteur).
Exemple (Blaise Pascal,):
Le nez de Cléopâtre, s’il eût été plus court, tout la face de la terre aurait changé.

Historique de la poésie
Pendant l'Antiquité grecque Le mot « poésie » vient du grec « poiein » qui veut dire « fabriquer, créer
».
L'aède et le rhapsode/Le poète antique est appelé « aède » ou « rhapsode ».
Le poète qui crée et compose ses poèmes est l'aède.
Le rhapsode se contente de réciter les poèmes des autres.
Le poète créateur
Le poète créateur est « l'aède ».
Il est considéré comme habité par le souffle divin, une sorte d'intermédiaire entre les dieux et les
hommes.
Le style grec
L'aède n'écrit pas en vers mais compose ses textes en suivant une unité rythmique appelée le dactyle ou
l'iambe, selon la combinaison retenue de voyelles longues et de voyelles brèves.
À cette époque, la poésie est en effet scandée.
Cela signifie qu'elle est prononcée d'une manière à marquer les temps forts, ce que la langue grecque
permet.
Succès de la poésie en littérature grecque antique
La poésie se retrouve dans tous les genres littéraires.
Les épopées L'Iliade et L'Odyssée créées par l'aède Homère relèvent de la poésie, de même que les
poèmes lyriques de Sappho ou de Pindare par exemple.
Les Fables d'Esope sont aussi des poèmes.
Côté théâtre, les tragédies d'Eschyle, de Sophocle ou d'Euripide ainsi que les comédies d'Aristophane et
de Ménandre relèvent également du genre poétique.
Pendant l'Antiquité latine
Le poeta et le vates
Le poète est nommé « poeta » s'il est artisan du vers.
Il est appelé « vates » s'il est considéré comme une sorte de prophète inspiré par les dieux.
Le style latin
Le vers latin imite le vers grec, toujours basé sur le rythme et la longueur des voyelles.
En effet, la langue latine le permet autant que le grec ancien.
Succès de la poésie en littérature latine
Parmi les poètes latins on peut citer Virgile, Ovide, Horace et Juvénal.
La poésie se retrouve aussi au théâtre.
Ainsi l'Antiquité latine compte de grands poètes-dramaturges tels que Sénèque qui compose des
tragédies ou encore Plaute et Terence qui composent des comédies.
Au Moyen Âge
Au Moyen Âge, il existe trois types de « poètes » en France : les jongleurs, les troubadours et les
clercs.
Les jongleurs
Les jongleurs sont des amuseurs itinérants qui distraient de grandes assemblées en racontant des
histoires rédigées en vers.
Au cours du Moyen Age, ces jongleurs finissent souvent par se sédentariser auprès d'un seigneur.
On les appelle alors des ménestrels.
Troubadours et trouvères
Les troubadours composent des poèmes lyriques et s'accompagnent d'un instrument de musique.
Ces types de poètes apparaissent dans le sud de la France puis remontent au nord, où leur poésie se
développe.
Au nord, on les nomme des trouvères.
Les clercs
Les clercs ont fait des études : ils connaissent le latin et créent des poèmes et des récits en vers selon
des techniques soignées de composition.
Le style
La langue française ne présente pas cette particularité de longueur de voyelles caractéristique de la
poésie grecque ou latine.
Le poète français choisit par conséquent de s'exprimer en vers réguliers, c'est-à-dire en adoptant des
vers toujours de même longueur, selon un nombre fixe de syllabes.
L'assonance
Au début, les vers ne sont pas forcément des vers rimés
Ils sont plutôt marqués par une assonance c'est-à-dire par un son voyelle répété dans la syllabe finale.
De plus en plus de poètes choisissent ensuite de s'exprimer en vers rimés, avec des rimes suivies.
Octosyllabes et décasyllabes
Les poèmes du Moyen Âge sont composés en octosyllabes, c'est-à-dire en huit syllabes, ou en
décasyllabes, c'est-à-dire en dix syllabes.
Naissance de l'alexandrin
Un poème fait exception à cette époque : Le Roman d'Alexandre, en douze syllabes
On appellera alors ce vers de douze syllabes un « alexandrin ».
Succès de la poésie dans la littérature médiévale
La poésie concerne au Moyen Age non seulement les poèmes mais aussi les romans
En effet, ils sont écrits eux aussi en vers et en rimes suivies
Le roman Tristan et Yseut est par exemple composé en octosyllabes et en rimes suivies.
À la fin du Moyen Âge, l'usage de l'alexandrin en vers rimés, avec des rimes suivies, se généralise.
Au XVe siècle
En poésie on peut retenir surtout deux noms de cette époque : le prince Charles d'Orléans et le poète
François Villon.
Charles d'Orléans et François Villon
Ils écrivent principalement des rondeaux et des ballades.
Dans ces textes souvent à caractère autobiographique, il est question d'amour, de la nature, du temps
qui passe, de Dieu.
Chez Villon, il y a en plus une certaine insolence et d'un sentiment de révolte.
Les Grands Rhétoriqueurs
À la fin du XVe siècle – début du XVIe siècle, des poètes s'amusent à jouer avec la langue française et
surtout avec les sonorités.
On les nomme « les Grands Rhétoriqueurs ».
Au XVIe siècle
Clément Marot
Le XVIe siècle célèbre d'abord la poésie de Clément Marot
C'est une poésie empreinte de légèreté voire d'humour.
La poésie lyonnaise
En marge de la poésie de Cour, attachée à un prince, naît également une poésie lyonnaise lyrique avec
Louise Labé et Maurice Scève par exemple.

La Pléiade
On retient surtout du XVIe siècle le travail poétique ambitieux mené par La Pléiade.
Les poètes de La Pléiade ont marqué l'histoire de la poésie française et même le vocabulaire de la
langue française.
Influencés par les oeuvres des poètes de l'Antiquité et les textes d'un poète italien du XIVe siècle
nommé Pétrarque, les poètes de La Pléiade veulent produire une poésie française de grande qualité,
aussi belle que la poésie latine qu'ils admirent.

Le style du XVIe siècle

Poésie lyrique

Louise Labé, Ronsard, Du Bellay et bien d'autres poètes de la Renaissance composent des poèmes
lyriques, notamment sous forme de sonnets en alexandrins.
Poésie engagée

La guerre civile religieuse en Par exemple Ronsard se lance, en parallèle de ses poèmes lyriques, dans
une poésie engagée, défendant ses convictions religieuses catholiques dans un contexte de guerre
civile.

Agrippa d'Aubigné crée quant à lui une poésie baroque lyrique et engagée, côté protestant.
Au XVIIe siècle

L'esprit baroque

Dans la première moitié du siècle, une poésie tourmentée et précieuse s'exprime dans le mouvement
baroque.
On retrouve cet esprit sous la plume de poètes tels que Sponde, Saint-Amant, Marbeuf, Durand et
Voiture.

L'esprit classique

La seconde moitié du siècle est dominée par le mouvement classique.

C'est l'époque de la rigueur, avec l'alternance des rimes que suivaient déjà les poètes mais qui sont
hissées au rang de règles.
Les poètes respectent en effet une alternance entre rimes féminines (avec des mots qui se terminent en -
e) et rimes masculines (avec des mots qui se terminent par un son autre que -e).
La rime doit être valable autant pour l'oreille (quand on prononce le poème à voix haute) que pour l'oeil
(quand on lit le poème).

Le poète François de Malherbe est un représentant typique de cette poésie classique.


Toutefois la poésie se retrouve aussi dans d'autres genres littéraires : au théâtre dans les tragédies de
Corneille et Racine et dans certaines grandes comédies de Molière ainsi que dans les fables de Boileau
et de La Fontaine.
Au XVIIIe siècle

Ce siècle est surtout marqué par la littérature d'idées.


La postérité a quand même retenu le nom d'un poète : André Chénier.
Au XIXe siècle

La poésie romantique
Au XIXe siècle, Alphonse de Lamartine publie en 1820 un recueil de poèmes dans lequel la musicalité
et le lyrisme paraissent particulièrement innovants : Méditations poé[Link] recueil est très important
dans l'histoire de la poésie et même de la littérature française : il marque le début du mouvement
[Link] poète y exprime des sentiments de nostalgie et se trouve en communion avec la
[Link] les poètes romantiques on peut citer Alfred de Vigny, Alfred de Musset, Gérard de Nerval
et bien entendu Victor Hugo. Cette poésie est principalement lyrique mais peut aussi être une poésie
engagée, selon les textes et les auteurs.

La poésie réaliste

À partir de 1850 et en parallèle de la poésie romantique, une poésie réaliste se développe mais la
postérité ne l'a pas vraiment retenue.

La poésie de l'art pour l'art

On remarque que si certains continuent de produire une poésie très romantique, comme Victor Hugo
par exemple, d'autres artistes cherchent à trouver de nouvelles voies plus audacieuses.
Le mouvement de « l'art pour l'art » s'affirme avec les poèmes de Théophile Gautier, Leconte de Lisle
et José-Maria de Heredia.
Les mythes antiques sont repris et explorés avec un vocabulaire érudit et une écriture ciselée dans le
but d'atteindre une beauté pure.

Le cas Charles Baudelaire

Charles Baudelaire marque l'histoire de la poésie française avec ses Fleurs du Mal parues en 1857.
Dandy refusant la grossièreté de son époque, il n'hésite pas à prendre des thèmes non poétiques puisés
dans le quotidien et la ville pour y poser un regard raffiné.
Sa poésie est complexe car elle réunit différentes influences. Baudelaire aimerait en effet atteindre un
Idéal de cette beauté pure caractéristique des aspirations de « l'art pour l'art », mais chez lui cet idéal est
à la fois esthétique et spirituel.
Cependant il est encore très influencé par le romantisme et l'importance de la nature avec le paysage-
état d'âme. En même temps, il apprécie la force du réalisme qui observe sans ciller la réalité de son
environnement y compris dans ses aspects laids et repoussants, a priori non poétiques.
D'ailleurs il se sent attiré par le Mal qu'il matérialise par l'amour charnel, la prostitution, la ville, le vin,
le blasphème.
C'est alors qu'il invente une nouvelle voie symbolique : une attention particulière aux effets d'échos, à
la représentation pour exprimer des idées.
À cause de cette complexité, on dit souvent que Baudelaire est au carrefour du romantisme et du
symbolisme ou encore qu'il a inventé le symbolisme.

Notons également que Baudelaire reprend une innovation formelle tentée par le poète Aloysius
Bertrand : le poème en prose.
Verlaine et le vers impair
À la fin du XIXe siècle, Paul Verlaine revendique une poésie très légère et musicale, relevant du
symbolisme et donnant la part belle aux vers impairs, c'est-à-dire aux vers comprenant un nombre
impair de syllabes, précisément pour la musicalité qu'ils apportent.
Mallarmé et la poésie graphique
Stéphane Mallarmé est un poète innovant de cette époque : appartenant lui aussi au mouvement
symbolique, il jette les bases de la poésie moderne en s'éloignant du sens des mots pour les placer
visuellement sur la page.
Lautréamont
Autre poète qu'on retient de cette fin du XIXe siècle : Lautréamont, qui porte un regard critique et
sombre sur les romantiques
Rimbaud, le poète voyant
Enfin le poète Arthur Rimbaud présente une production sur peu d'années mais qui marque l'histoire de
la poésie française autant par ses poèmes que par sa réflexion sur la poésie.
On retient notamment une lettre qu'il a écrite à Paul Demeny et qu'on appelle « La lettre du Voyant ».
Dans celle-ci, Arthur Rimbaud affirme que « Je » est un autre et qu'il veut devenir poète en se faisant
l'âme monstrueuse.
S'exprimant à travers des sonnets en alexandrins mais osant aussi le vers libre, Rimbaud mêle ainsi une
réelle fraîcheur du regard, une jeunesse de nouvelles images et des envies de révolte contre les normes
bourgeoises catholiques de son époque.
Au XXe siècle

Début du XXe siècle

Le début du XXe siècle confirme la naissance d'une poésie moderne libérée des contraintes du vers et
de la rime.
Apollinaire
Dans les années 1910 – 1915, Guillaume Apollinaire, influencé par le cubisme de Picasso, envisage la
poésie comme s'il était peintre et joue avec la disposition des mots sur la page.
Choisissant de supprimer la ponctuation, il crée des calligrammes ou idéogrammes lyriques qui invitent
à prendre en considération l'aspect graphique du poème autant que les sonorités et son contenu.
Dans ses recueils Alcools et Calligrammes, les thèmes abordés sont liés à l'actualité de son époque et à
toutes les nouveautés qui apparaissent : la ville en plein développement, la tour Eiffel, la radio... mais
aussi la première guerre mondiale avec les obus et les tranchées.

Le lyrisme se fait moderne et s'ancre sans complexe dans la réalité du quotidien.


Autres poètes du début du XXe siècle

La poésie de Blaise Cendrars se situe dans une démarche similaire.

En revanche le poète Paul Valéry tend plutôt vers une perfection formelle presque philosophique, à
rapprocher du symbolisme.
Les poètes surréalistes

Dans les années 1920 – 1945, le mouvement surréaliste mené par André Breton se réclame de Rimbaud
et d'Apollinaire mais aussi des travaux de Freud en psychanalyse.
Adoptant le vers libre, les poètes surréalistes tels que Robert Desnos et Philippe Soupault explorent
l'inconscient et les associations d'idées dans des jeux grammaticaux de « cadavres exquis » ou de
libération de l'esprit en écriture automatique, toujours dans le but de créer des étincelles, des images
étonnantes.

Les poètes Paul Eluard et Louis Aragon sont également des noms à retenir de cette époque et de ce
mouvement surréaliste.
Outre des poèmes lyriques à tonalité autobiographique, ils ont écrit des poèmes engagés pendant la
résistance.
Des poètes surréalistes tels qu'Aimé Césaire et Léopold Senghor revendiquent quant à eux une poésie
nouvelle pour célébrer la culture noire dans un mouvement qu'ils appellent eux-mêmes « la négritude ».

Deuxième moitié du XXe siècle

Au cours du XXe siècle, on observe différentes tendances.


Le choix des versets
Le dramaturge–poète Claudel et le poète Saint-John Perse composent des vers libres particulièrement
longs, sorte de paragraphes puisque les douze syllabes sont dépassées, et qu'on appelle des versets.
Autres poètes du XXe siècle

Jacques Prévert écrit une poésie riche en images, très marquée par le surréalisme dont il a fait partie, et
qui rencontre un grand succès auprès du public.
Ancien surréaliste lui aussi, Francis Ponge développe sa poésie à travers le poème en prose, notamment
dans son recueil Le parti pris des choses paru en 1942 : s'appuyant sur l'observation, la décomposition,
les images et l'étymologie, il pose un nouveau regard sur l' « objet » et en fait un « ob-jeu » afin
d'emmener le lecteur à l' « ob-joie ».

D'autres poètes du XXe siècle sont à retenir ; nous ne pouvons pas tous les étudier ici et la fiche est
déjà longue mais citons par exemple Jules Supervielle, René Char, Henri Michaux, Jean Tardieu, René-
Guy Cadou, Claude Roy, Eugène Guillevic, Michel Deguy...
Au XXIe siècle
Aujourd'hui la poésie continue d'exister et de se développer : à travers les chansons, à travers le Slam,
des essais de « poésie sonore » assistée par informatique mais aussi dans des recueils.
Parmi les grands poètes contemporains français, citons par exemple Philippe Jaccottet, Jacques
Roubaud et Yves Bonnefoy.
Notons enfin que les manifestations autour de la poésie se multiplient en France, par exemple le «
Printemps des poètes » au mois de mars.

Comme on voit sur la branche

Comme on voit sur la branche au mois de mai la rose,


En sa belle jeunesse, en sa première fleur,
Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur,
Quand l’Aube de ses pleurs au point du jour l’arrose;

La grâce dans sa feuille, et l’amour se repose,


Embaumant les jardins et les arbres d’odeur;
Mais battue, ou de pluie, ou d’excessive ardeur,
Languissante elle meurt, feuille à feuille déclose.

Ainsi en ta première et jeune nouveauté,


Quand la terre et le ciel honoraient ta beauté,
La Parque t’a tuée, et cendres tu reposes.

Pour obsèques reçois mes larmes et mes pleurs,


Ce vase plein de lait, ce panier plein de fleurs,
Afin que vif et mort, ton corps ne soit que roses.

Pierre de Ronsard, Amours, 1560

Introduction

Un poème de commande pour le poète officiel du roi Henri III: celui-ci lui commande l'éloge funèbre
de Marie de Clèves qui vient de mourir. ( maitresse du roi )
Mais c'est un poème personnel aussi : ce deuil rappelle à Ronsard un amour de jeunesse : une jeune
paysanne du nom de Marie Dupin dont il vient d'apprendre la mort.

Problématique :à travers quels procédés ce poème transforme une poésie de circonstance en expression
lyrique d'une douleur qui semble authentique. Puisant dans les événements de sa vie privée ce qui lui
permet de renouveler son inspiration.

Un éloge funèbre qui renouvelle des lieux communs poétiques.

La comparaison de la femme à une rose est déjà un lieu commun au XVI° siècle (cf Le roman de la
Rose XIII° siècle et « Mignonne allons voir si la rose.. » ode célèbre de Ronsard). La célébration de la
beauté de Marie est, dans ce poème, un lieu commun traité avec originalité.

1)Les procédés d’écriture de l’éloge :

a) La composition du poème
La majorité du sonnet est consacrée à la célébration de la beauté de Marie. Le comparant (la rose )
occupe les deux quatrains et le deuxième tercet à partir du deuxième hémistiche du vers 13.
Le sonnet est rigoureusement articulé en deux étapes: le comparant dans les deux quatrains et le
comparé dans les deux tercets. Les deux mouvements de la comparaison sont soulignés par la
conjonction « comme » au début du premier quatrain et l'adverbe « ainsi » au début du premier tercet.

b) La femme et la fleur sont confondues en une seule et même réalité. ( mimétisme entre la femme et
la rose )

Dès le vers 2 : le terme « jeunesse » s'applique dans le poème à la fleur alors que le terme convient
davantage à une jeune femme. L'effet est renforcé par une construction en chiasme. Les qualificatifs :
« En sa belle jeunesse, en sa première fleur » au vers 2 sont repris au vers 9 par « en ta première et
jeune nouveauté » moyennant un léger changement:le nom jeunesse est repris sous la forme d'un
adjectif « jeune ».
Ronsard dans son éloge reprend au vers 3 le thème souvent traité de la « belle matineuse », de la jeune
femme dont la beauté éclipse celle du soleil levant. »Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur ». Dans le
lieu commun poétique il est question d'une femme, Ronsard renouvelle le thème en opérant une fusion
entre le comparé (la femme) et le comparant (la rose).C'est la fleur qui provoque la jalousie du soleil.

Les hyperboles

Vers 6 hyperbole une seule fleur parfume « les jardins et les arbres » Les termes « embaumant » au
début du vers et « odeur » à la fin du vers sont redondants.
Vers 10 hyperbole: l'univers entier reconnaissait la beauté de la jeune femme. Le vers 10 est une
référence implicite aux divinités païennes . Ronsard en tant qu'humaniste se réfère constamment à la
culture gréco romaine. Implicitement ou explicitement, le poème est peuplé de dieux ou de déesses qui
ont des sentiments ou des attitudes humains ( ex le « ciel jaloux »du v3) qui rendent hommage à la
beauté de la jeune femme. De même : « l'aube » et ses « pleurs » ( métaphore pour les gouttes de
rosée) , la « grâce et l'amour. » qui se reposent au coeur de la fleur la terre et le ciel

II) Un éloge funèbre qui élude les allusions macabres et fait naître le lyrisme

a) Dans son éloge le poète évite tous les éléments macabres .

L'agonie de la jeune est transposée dans le monde végétal. Les sonorités ( consonnes dures: « t »
« p »au début des mots « battue » et « pluie » et le rythme du vers 7 traduisent les atteintes des
intempéries. C'est une rose qui se fane mais le verbe « languir » évoque la lente agonie d’une personne.
Le participe présent indique une action en cours. Le rythme 3+3+3+3 suggère la chute des pétales
fanés. Les sonorités sont de plus en plus sourdes (fermeture des voyelles) : d'abord allitérations en
« an » (languissante)puis en « eu » « meurt » « feuille » à « feuille » puis « ». « déclose ».

La mort de la jeune femme est évoquée de manière très brève alors que le dépérissement de la fleur qui
la représentait dans les quatrains était développée sur deux vers. « La Parque t'a tuée »: un seul
hémistiche
La mort de la jeune femme est évoquée sous une forme métaphorique et à travers un emprunt à la
mythologie. La 3° Parque (Atropos, soeur de Clotho et Lachésis); Le mot « cendre » est lui-même un
euphémisme il se substitue au nom « cadavre » v 11 et fait référence aux rites funéraires de l'Antiquité
(la crémation).

La représentation de la mort à travers la mythologie grecque et la culture gréco-latine est moins


dramatique que dans les représentations médiévales ou même contemporaines de Ronsard (cf le
réalisme de la sculpture de Ligier Richier : le « transi » du tombeau du Prince d'Orange à Bar le Duc).
La mort de Marie est associée à l'idée de repos, de paix « et cendre tu reposes ». Par ses références à
l'antiquité Gréco-latine, Ronsard se pose en humaniste.(C'est en pleine guerre de religion que Ronsard
écrit ce poème de commande :1572 Saint Barthélémy ).

b) Harmonie et musicalité du poème.

Comme dans le mythe d'Orphée, c'est la douleur du poète qui fait naître la beauté du chant, le poème.
Cette beauté provient de l'alliance de la douleur et de la sérénité, et cette sérénité s'exprime à travers
l'équilibre, la beauté formelle du poème.
La douleur du poète s'exprime dans le dernier tercet : premier vers « Pour obsèques reçois mes larmes
et mes pleurs »
Le rythme de la fin de ce vers se trouve amplifié dans les vers suivant. Rythme régulier : 6+6 qui crée
un équilibre, un apaisement « Ce vase plein de lait, ce panier plein de fleurs » Dans les vers qui
décrivent le rituel funéraire on retrouve la même harmonie, le même rythme 6+6 que dans les vers qui
évoquaient la jeune fille vivante et sa beauté : v5 « La grâce dans sa feuille et l'amour se repose »
« Embaumant les jardins et les arbres d'odeur » . Les sonorités et le système des rimes traduisent l'idée
de beauté liée à un équilibre parfait, comme la jeune fille, l'oeuvre d'art qu'est le poème approche de la
perfection. Equivalence beauté de la jeune fille / beauté formelle du poème.

L'harmonie musicale et rythmique contribue à la beauté du poème.


Le rythme du vers 4 est symétrique et inversé en miroir v 4 : (2+4)+(4+2)
Le nom « rose » se trouve à la fin du premier et du dernier vers : le poème se clôt comme il avait
commencé, dans une circularité parfaite.
De même le deuxième vers se termine comme l'avant dernier par le nom « fleurs ». Dans le vers 2 il
s'agit de l'éclat de la jeunesse « la fleur » , dans le dernier tercet il s'agit du corps transfiguré de Marie
qui est devenu tout entier « fleur ».

Dans les rimes et même à l'intérieur du vers 4 on retrouve les trois mêmes sonorités : « ose » et « eur ».
La magie du verbe poétique réussit à dépasser les limites de la réalité, à concilier l'inconciliable: la vie
et la mort Le corps de Marie est à la fois « vif, et mort »,la ponctuation (« et mort » est mis entre
virgules)isole le mot, comme s'il s'agissait de le mettre entre parenthèse, et de lui ôter son pouvoir
d'évocation.
L'offrande du poète , c'est finalement le poème lui-même .Le corps de Marie est devenu un corps fait
de mots « que[...] ton corps ne soit que roses » le souhait du poète est exaucé par la vertu du langage
poétique, et il a ainsi a trouvé une sorte d'éternité.

Conclusion: Poéte de cour, et poéte de la pléiade, Ronsard fait un mimétisme entre la Rose et la femme
en l'immortalisant à travers ce poème. Un sonnet où la virtuosité s’allie à la sensibilité. Un poète
conscient des pouvoirs du langage poétique et de la transcendance de l'amour sur la mort.

Alfred de Musset "Tristesse'.

Tristesse

J’ai perdu ma force et ma vie,


Et mes amis et ma gaieté;
J’ai perdu jusqu’à la fierté
Qui faisait croire à mon génie.

Quand j’ai connu la Vérité,


J’ai cru que c’était une amie ;
Quand je l’ai comprise et sentie,
J’en étais déjà dégoûté.

Et pourtant elle est éternelle,


Et ceux qui se sont passés d’elle
Ici-bas ont tout ignoré.

Dieu parle, il faut qu’on lui réponde.


Le seul bien qui me reste au monde
Est d’avoir quelquefois pleuré.

Alfred de Musset,Tristesse, 1840

Alfred de Musset est un poète et un dramaturge français de la période romantique.


Il est l' incarnation du poète romantique.
« Tristesse » : poème écrit parmi ses dernières œuvres. Le poète n’est plus à l’apogée de son œuvre, il
est reclus dans son désespoir et connaît une véritable déchéance : Ce poème est une de ces dernières
pièces connues. Le sonnet apparaît donc comme un bilan de cette déchéance qu’il subit. C'est un
poéme trouvé par hasard par un ami, écrit pendant une nuit d’insomnie et non destiné à la publication.
Expression d’un thème récurrent dans la poésie française adapté à la situation personnelle du narrateur.
Problématique : Comment se développe la souffrance de l’artiste ?

I] les regrets du poète face à la perte de son passé

1) La perte des éléments de la vie du poète


- poème élégiaque : omniprésence de la première personne du singulier sur les deux quatrains.
- Mise en valeur de la dépossession à laquelle est confronté le poète. Marquée par l’utilisation de
l’anaphore « j’ai perdu » aux vers 1 et 3 ; énumération des éléments perdus v. 2 et 3 renforcée par
l’utilisation de la conjonction de coordination « et ».
« Force », « gaieté », « fierté », « génie » sont surtout des substantifs qui caractérisent un état
psychologique de l’être humain, ou correspondent à un état d’esprit. « Force » est à interpréter en tant
que volonté, courage de vivre.
Remarque : utilisation de la forme classique du sonnet mais en octosyllabes→ signe de la perte de

→ Le poète est confronté à la perte d’une partie des éléments qui caractérisent sa vie.
l’inspiration ?

B) La découverte de la Vérité
- opposition entre un passé révolu et illusoire « qui faisait croire » v. 4 (utilisation de l’imparfait) et la
répétition du passé composé. (marque d’un passé qui a toujours une action dans le présent) anaphore en
« quand » sur le deuxième quatrain : mise en valeur de la naïveté passé du poète face à sa lucidité
actuelle.
Le poète est conscient de sa déchéance présente mais n’idéalise pas non plus un passé dans lequel il lui
semble avoir été naïf.
- cette naïveté est marquée par la répétition du verbe « croire » aux vers 4 et 6. Découverte de la notion
de Vérité (allégorie) dont on ne sait pas exactement à quoi elle renvoie pour le poète. Cette
connaissance de la vérité passe par les sentiments / sensations : « comprise et sentie » v. 7, « dégoûté »

Mais cette découverte est trop tardive pour le poète (qui n’a que 30 ans !) : « déjà » v. 8 → déchéance
v.8

de l’artiste. (// vie de l’auteur)


Le poète propose une vision de l’artiste écœuré, on ne sait trop par quoi. Sa mélancolie semble sans but
et se coupe de sa création, il semble avoir en partie perdu l’inspiration.

II] La leçon tirée de l’expérience par le poète


- rupture quatrain / tercet : « Et pourtant » v.9 ; passage au présent de vérité générale
le « je » est délaissé au profit d’une généralisation « ceux qui » v. 10 à la connaissance douloureuse de
la Vérité par le poète s’oppose le refus de la douloureuse des autres hommes « ignoré » v. 11 - mise en
valeur de la Vérité ;qualités « éternelle », rapproché de Dieu ? (présent au vers 12). Cet appel à la
vérité et à la transcendance semble un peu obscur au lecteur. Espoir d’une transcendance possible ?
- la chute du poème retour à la thématique des quatrains. Opposition entre tout ce qu’il a perdu et ce
qu’il lui reste. Paradoxe : ses biens : la souffrance. Or, souffrance : source d’inspiration // Nuit de Mai :
Conclusion
« Les chants les plus désespérés sont les plus beaux » ; rappel de l’image du poète romantique :
complaisance de l’artiste dans sa souffrance et dans sa douleur.
Demain, dès l'aube

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,


Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,


Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,


Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

Victor Hugo, extrait du recueil «Les Contemplations» (1856)

Introduction
Au XIXe siècle, les auteurs romantiques vont souvent évoquer dans leurs écrits (romans,
poèmes, pièces de théâtre…) leurs sentiments, notamment leurs peines et leur mélancolie. Victor Hugo,
chef de file du mouvement romantique, évoque ses sentiments dans son recueil Les Contemplations
(1856), composés de deux parties : l'une intitulée « Autrefois », regroupe les poèmes sur sa vie avant la
mort de sa fille Léopoldine ; l'autre partie intitulée "Aujourd'hui" rassemble les poèmes suivant la mort
de sa fille. Le Livre IV, "Pauca Meae" (qui peut se traduire par "Le peu de choses que je peux faire
pour ma fille" càd écrire) est le premier livre de la seconde partie de l'œuvre et est consacré aux poèmes
de déploration, à la douleur d'un père ayant perdu sa fille. Le poème "Demain, dès l'aube" est le récit
surprenant d'un pèlerinage sur la tombe de sa fille.

1er quatrain : un voyage


Le poème commence par 3 compléments circonstanciels de temps v.1 qui opèrent chacun une précision
supplémentaire et insistent sur le départ matinal afin de montrer à la fois la hâte et la longueur du trajet.
On a l'impression que le poète part dans une quête amoureuse et s'adresse à une femme aimée et
vivante.
Le rejet du vers 2 "Je partirai", au futur, évoque un avenir ouvert, positif, et une résolution.
La 2e personne du singulier v. 2 crée un dialogue avec la femme qui paraît d'autant plus vivante que le
"tu est repris avec un verb00e "tu m'attends".
Au vers 3 le rythme binaire et la répétition de "J'irai par" introduit une dimension épique, il est comme
un chevalier franchissant des obstacles pour rejoindre sa bien aimée. D'autre part l'évocation des
éléments naturels "forêt" et "montagne" dresse un cadre romantique. La dimension épique est renforcée
par le vers suivant v. 4 qui développe l'idée d'un poème d'amour. On peut souligner la rime "attends" et
"longtemps".

2e quatrain : une méditation


Dans le 2e quatrain le "tu" s'absente et le "je" entre dans une démarche de repli sur soi : "les yeux fixés
sur mes pensées".
Le rythme binaire du v. 6 est renforcé par la répétition de "sans" exprimant la négation des sensations
provenant de l'extérieur (vue et ouïe). Le poète se ferme donc au monde extérieur.
L'énumération du vers 7 donne un rythme saccadé qui renforce l'expression de la tristesse exprimée à la
fois dans les impressions ressenties "Seul, inconnu" et physiquement "le dos courbé, les mains
croisées" C'est une impression d'accablement qui émane de ce vers.
L'adjectif "Triste" séparé de la proposition suivante par une virgule est mis en évidence et définit l'état
du poète. La comparaison qui suit "le jour pour moi sera comme la nuit" donne .

3e quatrain : le deuil
Par l'accumulation des négations "ne regarderai ni... ni...ni" le poète poursuit l'idée de tristesse et de
repli sur soi du quatrain précédent. L'évocation du crépuscule "l'or du soir" laisse penser que le voyage
est long donc difficile puisqu'il part à l'aube.
Cependant l'évocation d'éléments naturels et poétiques "l'or du soir" (métaphore) et "les voiles au loin"
(synecdoque) élargit l'horizon et offre une respiration au lecteur. Il y a ici comme un retour à la vie et
une communion poétique avec la nature, donnant un caractère magique au pèlerinage.
Le mot "tombe" au vers 9 laisse déjà entendre le même mot au vers 11 avec lequel il rime ; et Harfleur
annonce le bouquet funéraire qu'il va déposer v. 12.
C'est le vers 11 qui provoque un effet de chute et permet au lecteur de comprendre le but du voyage : la
tombe de sa fille.
L'offrande : du houx et de la bruyère > ce sont des plantes qui sont persistantes, Victor Hugo montre
ainsi à sa fille le caractère permanent de son amour pour elle, au-delà de la mort.
L'offrande est aussi celle du poème qui permet à Victor Hugo d'honorer la mémoire de sa fille et
d'effectuer un travail de deuil, c'est-à-dire d'acceptation de la perte en la sublimant par la poésie.

Théâtre

Pièce et texte théâtrale:

Vocabulaire du théaâtre
Acte (n. m.) : partie de la pièce qui marque les éléments importants de l’action. Une pièce classique est
composée de trois ou cinq actes divisés en scènes.
Scène (n. f.) : division d’un acte entre l’entrée et la sortie d’un personnage.
Antonomase (n. f.) : se dit lorsqu’on utilise le nom d’un personnage comme un nom commun pour
désigner un personnage de même caractère. Les personnages de Molière ont donné lieu à de
nombreuses antonomases, par exemple, on parle d’un Harpagon pour désigner quelqu’un d’avare ou
d’un Scapin pour désigner quelqu’un de fourbe.
Dialogue (n. m.) : échange entre deux personnages d’une pièce de théâtre.
Réplique (n. f.) : texte prononcé sans être interrompu par un même personnage au cours d’un dialogue.
Tirade (n. f.) : longue suite de phrases prononcées par un même personnage sans interruption
Monologue (n. m.) : scène où un personnage est seul sur scène et où il se parle à lui-même (le véritable
destinataire est en réalité le public), souvent pour annoncer un projet ou pour exprimer des idées ou des
sentiments.
Didascalie (n. f.) : indication scénique donnée par l’auteur pour guider le jeu du comédien. Souvent
écrite en italique, elle peut préciser les gestes, les déplacements, les mimiques ou le ton du personnage.
Aparté (n. m.) : paroles que le personnage dit à l’intention du public et que les autres personnages sur
scène ne doivent pas entendre.
Quiproquo (n. m.) : situation où un personnage commet une erreur en prenant une personne ou une
chose pour une autre. C’est un ressort récurrent de la comédie.
Soliloque (n. m.) : discours qu’un personnage seul sur scène se tient à lui-même.
Stichomythie (n. f.) : enchaînement de répliques très courtes de manière très rapide pour donner du
dynamisme et de l’intensité à une scène. Elle marque souvent le conflit.
Dramaturge (n. m.) : auteur de pièces de théâtre.
Mise en scène (n. f.) : art de faire représenter une pièce de théâtre par des comédiens, de les guider dans
leur jeu et de décider de tout ce qui les entoure : décors, costumes, etc.
Péripétie (n. f.) : événement inattendu qui modifie et fait évoluer l’intrigue dramatique. Les procédés
Canevas (n. m.) : éléments principaux d’une intrigue que le comédien doit connaître et autour desquels
il improvise pour jouer une pièce de théâtre. Les canevas étaient très utilisés par les comédiens de la
commedia dell’arte.
Castigat ridendo mores (loc. lat.) : formule de Santeul, signifiant « la comédie corrige les mœurs », que
Molière utilise pour élever la comédie au rang de la tragédie en lui donnant une valeur morale. Les
spectateurs rigolent bien mais ressortent de la pièce avec un message moralisateur profond.
Coup de théâtre (n. m.) : rebondissement inattendu de l’intrigue qui permet souvent de la faire avancer
voire de la dénouer.
Mimésis (n. f.) : représentation fictive d’une chose réelle.
Mise en abyme (n. f.) : au théâtre il s’agit d’une pièce ou d’une scène qui représenterait elle-même une
pièce de théâtre. On parle aussi de « théâtre dans le théâtre » quand le motif de la scène ou de l’acte est
lui même le jeu théâtral.
-Le vocabulaire de la scène:
Schéma d'une scène de théâtre
Avant-scène : c’est la partie de la scène comprise entre la rampe et le rideau.
Cadre de scène : C’est l’ensemble de l’espace consacré au spectacle, soit le plateau plus les coulisses,
le grill, les cintres, les dessous et les espaces de régie.
Cour / Côté Jardin : le côté cour est le côté droit de la scène telle qu’elle est vue par le public. Le côté
jardin est le côté gauche. L’astuce permettant de s’en rappeler consiste à associer les initiales de Jésus-
Christ (J.C.) au dessin de la scène : J à gauche et C à droite.
Coulisses : C’est l’envers du décor, c’est à dire l’espace situé derrière les pendrillons et le mur du fond.
Face : C’est le devant du plateau, la partie la plus proche du public, opposé au lointain. Le plateau étant
autrefois en pente, descendre, c’est se déplacer du lointain à la face et monter de la face au lointain.
Lointain : Matérialisé par le mur du fond, le lointain est l’endroit le plus éloigné de la scène, opposé à
la face.
Manteau d’Arlequin : c’est la partie de la scène qui commence au rideau et se termine au premier plan
des coulisses. Elle est généralement décorée d’une draperie de couleur rouge. Il est possible d’élargir
ou de rétrécir à volonté cet encadrement de scène. C’est pourquoi on appelle aussi le manteau
d’Arlequin, le cadre mobile.
Mur du fond : (ou mur de scène) C’est le mur qui clôt l’espace scénique face au public, dans le lointain.
Pendrillons : petits rideaux placés sur les côtés de la scène.
Plateau : le plateau désigne un espace plus important que la scène puisqu’il comprend aussi les
coulisses et les dessous.
Scène : c’est la partie du théâtre où se passe l’action. On utilise quelquefois le terme “proscenium”
comme un synonime de scène.
Rampe : c’est la galerie lumineuse qui borde la scène d’un bout à l’autre. On parle parfois de “feux de
la rampe” pour désigner les lumières.
L’expression passer sous les feux de la rampe signifie être sur la scène ; le mot “feux” fait redondance
ajouté à “rampe”. Son équivalent plus récent est sous les feux des projecteurs.

Historique du théâtre

En Grèce au Vème siècle avant J.-C., lors des fêtes de Dionysos (dieu de l’ivresse de la création) des
représentations théâtrales étaient données. Ces cérémonies de théâtre avaient alors un enjeu religieux, social et
éducatif.

Deux grands genres existent alors :


- La

La tragédie classique et la comédie au XVIIème siècle en France

Le XVIIème siècle est le grand siècle français du théâtre.

La tragédie classique française est inspirée des tragédies antiques grecques. Son action s'inspire de l'histoire ou
des légendes. La tragédie classique respecte la règle des trois unités (unité d’action, unité de lieu et unité de
temps). Elle doit respecter la vraisemblance et la bienséance. Le dénouement d’une tragédie est généralement
tragique (par exemple la mort). Elle est composée de 5 actes.
Racine et Corneille sont les grands auteurs de la tragédie classique (avec par exemple Le Cid pour Corneille et
Andromaque, Phèdre, Britannicus,... pour Racine).

La comédie cherche à divertir le spectateur, à le faire rire. Contrairement à la tragédie, dans la comédie, les
personnages sont de condition moyenne ou modeste, et le dénouement est heureux. Molière est le plus illustre
représentant du genre, avec des pièces comme Le Misanthrope, L'Avare, Le Malade imaginaire...
Il existe plusieurs types de comédie :
- comédie de caractère,
- comédie de mœurs,
- comédie d’intrigue,
- comédie de sentiments,
- comédie-ballet qui inclut des ballets.

Le XVIIIème siècle
1) Le théâtre au 18ème siècle : un phénomène de société

Que ce soit à Paris ou en province, les nobles et bourgeois aisés apprécient le théâtre.
A Paris, ils se rendent dans l’un des quatre théâtres de la ville :
- L'Opéra
- Le théâtre des Italiens (rappelé en 1715)
- L'Opéra Comique
- La Comédie Française
De plus, les théâtres de foire et les théâtres de boulevard prolifèrent.
En province, on trouve peu de théâtre mais pendant la Régence, ceux ci se multiplient ; on y joue les mêmes
types de pièce qu’à Paris.
De 1715 à 1750, il y aura 266 créations théâtrales : un record !

2) Les conditions du spectacle

La scène est rectangulaire ou trapézoïdale, les risques d’incendie sont élevés, la scène étant éclairée par des
bougies. Les spectateurs sont debout sur le parterre, on trouve des places sur la scène même, et ce, jusqu’en
1759.
Il n’y a pas de metteur en scène, souvent le dramaturge est chef de troupe. Beaumarchais, sera le premier
metteur en scène à se nommer comme tel.
Les représentations se font à 17 heures avec deux œuvres : une longue et une plus courte.
Le public est constitué d’habitués et de versatiles (surtout les provinciaux et les étrangers). La « claque »
impose toujours sa loi.
La condition des acteurs et leur niveau de vie augmente peu à peu.

3) Les auteurs

Les œuvres ne sont pas protégées et la notion de droits d’auteurs n’a pas encore été exploitée.

On distingue :
- les acteurs-auteurs (comme Dancourt)
- les auteurs riches (comme Voltaire)
- les auteurs qui aspirent à vivre du théâtre (comme Marivaux)

Pour la comédie, trois auteurs se détachent :


- Regnard
- Dancourt
- Dufresny

Puis une nouvelle génération d’auteur fait surface :


- Destouches
- D’Orneval
- Marivaux
En 1756, la comédie devient de plus en plus moralisante

4) La censure

Elle est plus que jamais la règle, elle se fait soit :


- par le public
- par la Comédie française
- par le pouvoir en place (qui à partir de 1709, censure les pièces désormais écrites)

Le XIXème siècle

Le drame romantique naît dans la première moitié du XIXème siècle. Victor Hugo en expose les principes dans
la préface de Cromwell. Le drame romantique se libère des règles classiques du théâtre et mêle différents
registres. Le héros du drame romantique est passionné, et le dénouement de la pièce est malheureux, comme
dans la tragédie.
Auteurs principaux : Victor Hugo (Cromwell, Ruy Blas...), Musset (Lorenzaccio), Vigny...
Le drame romantique est inspiré par le théâtre de Shakespeare (dit théâtre élisabéthain, fin du XVIème siècle).

Le vaudeville (ou théâtre de boulevard) est un type de comédie à la mode au XIXème siècle. C'est une comédie
légère qui comporte généralement de nombreux rebondissements et qui repose sur des malentendus
(quiproquos).

Le XXème siècle

Au XXème siècle, les auteurs se libèrent de toutes les conventions théâtrales, tout en jouant avec elles.

Les références antiques sont très présentes dans certaines pièces de la première moitié du XXème siècle (Electre
de Giraudoux, Antigone de Anouilh).
Le théâtre de l’Absurde est apparu dans les années 1950. C'est une rupture totale par rapport aux genres
classiques du théâtre. Le théâtre de l’Absurde traite de l’absurdité de l’Homme et de la vie en général, celle-ci
menant toujours à la mort. L’origine de cette pensée est le traumatisme de la Seconde Guerre mondiale. Ce
mouvement s'inspire des surréalistes et des dadaïstes et est radicalement opposé au réalisme.
Auteurs principaux : Samuel Beckett, Ionesco...

Tirade de Perdican dans On ne badine pas avec l’amour (Acte 2, Scène 5)

Perdican

Adieu, Camille, retourne à ton couvent, et lorsqu’on te fera de ces récits hideux qui t’ont empoisonnée, réponds
ce que je vais te dire : tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux ou
lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées
; le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes
de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si
affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est
sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit : j’ai souffert souvent, je me suis
trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon
ennui.

Le Cid, acte II scène 2

Don Rodrigue
À moi, Comte, deux mots.

Le Comte
Parle.

Don Rodrigue
Ôte-moi d’un doute.
Connais-tu bien don Diègue ?

Le Comte
Oui.

Don Rodrigue
Parlons bas, écoute.
Sais-tu que ce vieillard fut la même vertu,
La vaillance et l’honneur de son temps, le sais-tu ?

Le Comte
Peut-être.

Don Rodrigue
Cette ardeur que dans les yeux je porte,
Sais-tu que c’est son sang, le sais-tu ?
Le Comte
Que m’importe !

Don Rodrigue
À quatre pas d’ici je te le fais savoir.

Le Comte
Jeune présomptueux !

Don Rodrigue
Parle sans t’émouvoir.
Je suis jeune, il est vrai, mais aux âmes bien nées
La valeur n’attend pas le nombre des années.

Le Comte
Te mesurer à moi ! qui t’a rendu si vain,
Toi qu’on a jamais vu les armes à la main ?

Don Rodrigue
Mes pareils à deux fois ne se font point connaître
Et pour leurs coups d’essai veulent des coups de maître.

Le Comte
Sais-tu bien qui je suis ?

Don Rodrigue
Tout autre que moi
Au seul bruit de ton nom pourrait trembler d’effroi.
Les palmes dont je vois ta tête si couverte
Semblent porter écrit le destin de ma perte.
J’attaque en téméraire un bras toujours vainqueur,
Mais j’aurais trop de force, ayant assez de coeur.
A qui venge son père il n’est rien d’impossible :
Ton bras est invaincu, mais non pas invincible.

Le Comte
Ce grand cœur qui paraît aux discours que tu tiens,
Par tes yeux, chaque jour, se découvrait aux miens
Et croyant voir en toi l’honneur de la Castille,
Mon âme avec plaisir te destinait ma fille.
Je sais ta passion et suis ravi de voir
Que tous ses mouvements cèdent à ton devoir,
Qu’ils n’ont point affaibli cette ardeur magnanime,
Que ta haute vertu répond à mon estime
Et que voulant pour gendre un cavalier parfait,
Je ne me trompais point au choix que j’avais fait.
Mais je sens que pour toi ma pitié s’intéresse,
J’admire ton courage, et je plains ta jeunesse.
Ne cherche point à faire un coup d’essai fatal,
Dispense ma valeur d’un combat inégal ;
Trop peu d’honneur pour moi suivrait cette victoire :
À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.
On te croirait toujours abattu sans effort
Et j’aurais seulement le regret de ta mort.

Don Rodrigue
D’une indigne pitié ton audace est suivie :
Qui m’ose ôter l’honneur craint de m’ôter la vie ?

Le Comte
Retire-toi d’ici.

Don Rodrigue
Marchons sans discourir.

Le Comte
Es-tu las de vivre?

Don Rodrigue
As-tu peur de mourir ?

Le Comte
Viens, tu fais ton devoir et le fils dégénère
Qui survit un moment à l’honneur de son père.

Questions
1. Pour quelle raison Rodrigue veut-il parler au comte ? Pour répondre, relisez les scènes 5 et 6 de
l’acte I si cela est nécessaire.
2. Quel type de phrase revient fréquemment dans les trois premières répliques de Rodrigue ?
3. Quel mot répète-t-il à plusieurs reprises ?
4. Quelle réaction le jeune homme attend-il ?
5. Comment lui répond le comte ? Pourquoi répond-il ainsi ? Relevez les trois premières répliques du
comte pour traiter cette question.
6. Rodrigue et le comte ont-ils le même âge ? Par quels termes (pronoms, verbes...) le premier veut-il
signifier au second qu’il s’adresse à un égal ?
Se battre
7. Quelles phrases montrent tout le courage du jeune Rodrigue ?
8. Pour quelles raisons devrait-il craindre le comte ?
9. Le comte accepte-t-il tout de suite de se battre ? Quels sentiments éprouve-t-il pour Rodrigue ?
Justifiez votre réponse en vous appuyant sur le texte.
10. Que va-t-il se passer à la fin de ce dialogue ? Corneille montre-t-il ce qui se passe entre Rodrigue et
le comte ?

Vocabulaire du Roman
LE VOCABULAIRE DU ROMAN
Le langage romanesque
Auteur : Celui qui écrit le livre. L’auteur n’est le narrateur que dans un seul cas de figure :
l’autobiographie
Narrateur : Celui qui raconte l’histoire, qui prend en charge le récit (attention il ne s’agit pas de
l’auteur sauf en cas d’écrit biographique). Il n’existe que deux types de narrateur : interne ou externe. Il
est interne quand il est un personnage qui fait partie de l’histoire (personnage-narrateur) ; il est externe
quand il ne fait pas partie de l’histoire.
Focalisation/Enonciation : point de vue selon lequel un récit est organisé (comment raconte t on l
histoire ?). Il y a 3 focalisations : interne, externe, omnisciente. La focalisation interne consiste à
raconter l histoire du point de vue du personnage (on voit à travers ses yeux, on a accès à ses pensées et
à ses émotions). La focalisation externe consiste à raconter l histoire d’un point de vue extérieur
comme une caméra le ferait (on a accès, ni aux sentiments, ni aux pensées de tous les personnages).
Enfin la focalisation « zéro » (omnisciente) donne davantage d’information sur les personnages
(passé/futur, pensées des différents personnages).
Héros : personnage principal de l’histoire qui est à l’origine du récit. Au sens traditionnel le héros est
doté de grandes qualités : force ou courage, générosité… On parle parfois de héros positif.
Antihéros : personnage principal de l’histoire dénué de qualités. Il s’oppose en tout point au héros. Il
subit l’action au lieu de la faire.
Cadre spatio-temporel : il désigne le « cadre » de l’action ; le lieu et le temps de cette action
L’incipit : De « incipio » (lat. : commencer) désigne le début d’un roman. Il a pour fonction de
présenter les personnages, le cadre spatio-temporel et l’intrigue.
Incipit « in médias res » (lat : « au milieu des choses) : technique narrative qui fait commencer le récit
directement au cœur de l’intrigue, sans faire d’exposition (Ex. Malraux La Condition Humaine)
L’excipit : Dernières pages ou lignes du roman qui contient le dénouement de l’action. Cela peut se
faire en forme d’ouverture sur l’avenir (ex. Germinal métaphores de la germination des idées) et répond
en général aux questions soulevées par l’incipit.
Analepse : consiste à opérer un retour en arrière dans l’histoire.
Prolepse : consiste à opérer un bon en avant dans le récit.
Récit encadré/enchâssé : il s’agit d’un procédé narratif plus rare qui consiste à insérer, à enchâsser un
récit, dans un autre récit.

Historique du roman

Genre littéraire le plus connu aujourd’hui, le roman est né au Moyen Âge. Au XIIe siècle, le roman est
écrit… en vers – comme la majorité des œuvres littéraires. Roman veut alors dire écrit en langue
romane (en langue vulgaire, en français), par opposition au latin, qui est la langue des érudits. Ce n’est
qu’au XIVe siècle qu’apparaît le roman en prose.

L'expression « mettre en roman » est utilisée, vers 1150, pour désigner des récits adaptés des textes
latins, pratique alors courante. Cette traduction (ou translatio) est en général une adaptation plus ou
moins éloignée de l'œuvre « originale »

La langue vulgaire est d'abord utilisée pour raconter la vie des saints, mais très vite la fiction s'en
empare. Le nouveau genre littéraire ainsi créé, « le roman », prend alors le nom de la langue qu'il
utilise. Le sens courant du mot « roman » demeure assez longtemps celui de « récit composé en
français », même si Chrétien de Troyes substitue à l'expression « mettre en roman » celle de « faire un
roman », qui met l'accent sur son activité créatrice.

Tandis que la chanson de geste est toujours populaire, la nouvelle génération, celle de Chrétien, fera la
fortune du roman, qui triomphera finalement de l'épopée. Il semble donc que ce nouveau genre réponde
à la demande d'une société qui vit de profonds changements socioculturels.
GENRE LIBRE

Absent de tous les arts poétiques – même s’il existe des romans grecs et latins dès le 1er siècle ap.
J.-C. – , le roman est un genre qui va se développer en toute liberté, adoptant une grande diversité de
formes. C’est un récit, en prose (l’octosyllabe des romans de Chrétien de Troyes (XIIème s.) est un
premier pas vers la prose), d’une certaine longueur (par opposition à la nouvelle), qui raconte une
histoire (qui se développe dans le temps) fictive (mais entretenant un certain rapport avec la réalité, par
opposition au conte et au mythe). Notons qu’avec l’apparition du roman disparaît l’anonymat littéraire,
caractéristique de la forme épique de la littérature narrative, la chanson de geste. Au fil du temps, le
roman épanouit la plénitude de la substance : nombre de romans sont déjà des romans-fleuves,
l’abondance, l’inattendu et l’extraordinaire des événements et des aventures, la caractérisation des
personnages principaux par la description et l’analyse psychologique, le privilège accordé aux
mouvements du cœur (sensibilité, passion, amour, mais aussi ambition et honneur), tendance à
ordonner la complexité de l’univers romanesque autour de personnages centraux.
LE DYNAMISME DU GENRE ROMANESQUE

Le roman de chevalerie triomphe à partir du XIIème siècle. On considère alors comme «


romanesques » les récits qui mêlent l’aventure et le sentiment amoureux. Jusqu’au XVIIème siècle, le
roman historique, le roman précieux (avec des « romans-fleuves ») et le roman d’analyse (cf. La
princesse de Clèves de Mme de La Fayette) font écho à cette conception, tandis que de nombreux
auteurs, de F. Rabelais (Gargantua) à Charles Sorel (Francion), développent une représentation réaliste
du monde et glissent des critiques par le biais de la satire ou de la parodie. Le roman se renouvelle sans
cesse. Au XVIIIème siècle, le roman picaresque, l’autobiographie imaginaire, le roman épistolaire (par
lettres), le conte philosophique, le roman exotique témoignent de son succès toujours croissant, mais un
tournant s’opère aussi car on remet en cause la forme romanesque et ses conventions (cf. Diderot,
Jacques le Fataliste). Le XIXème siècle voit le triomphe du genre romanesque, qui croise tous les
registres, prend toutes les formes et gagne de plus en plus de lecteurs : on ambitionne l’œuvre totale (cf.
grandes fresques romanesques de Balzac ou Zola à l’époque réaliste & naturaliste). Au XXème s.,
explorant les rapports de l’homme avec le monde, s’adaptant à l’évolution des mentalités, il est
considéré comme le genre littéraire dominant, il continue de rencontrer un vif succès au XXIème s. et
prend des formes très variées (roman protéiforme).

LE ROMAN ET LA MORALE

Jusqu’au 19ème s., le roman est un genre dénué de dignité, placé en bas de la hiérarchie des genres.
Au 16ème s., Rabelais utilise la forme du roman pour traduire sa vision satirique de la réalité et ses
conceptions pédagogiques et sociales. Il faut attendre le 17ème s. pour voir apparaître un autre âge d’or
du roman : d’abord avec le développement du roman précieux (Mlle de Scudéry) sous la forme de «
roman-fleuve » (extraordinaire et aventure au 1er plan), l’idéalisme psychologique, moral et social
nourrit le roman précieux (comme dans les pastorales au théâtre). L’autre tendance du 17ème s. (en
réaction contre le roman précieux) est le roman réaliste : il se partage entre les « antiromans » de Sorel
et le réalisme bourgeois (Furetière). Ainsi apparaît dans l’histoire littéraire du roman le couple
antithétique du romanesque et de l’antiromanesque qui va en partie structurer l’évolution du roman aux
18ème s. et 19ème s. Favorisant l’amour et l’imagination, le roman est considéré comme futile, voire
dangereux, aux yeux des moralistes (Rousseau, dans la préface de sa Nouvelle Héloïse, en déconseille
la lecture aux jeunes filles). Les romanciers se défendent longtemps en revendiquant une visée morale
et instructive – qu’elle soit positive : le roman héroïque du 17ème siècle enseigne la civilité, ou
négative : la peinture des passions est une mise en garde adressée au lecteur, comme dans Manon
Lescaut de l’abbé Prévost.
Le roman – et notamment le roman héroïque du début du 17ème s. – a longtemps été critiqué pour ses
invraisemblances. Les antiromans ou romans comiques (Sorel) s’en sont moqués et ont cherché à
peindre une réalité plus quotidienne. Les histoires, refusant le nom de roman, ont tenté de rapprocher
de la réalité (historique, comme dans La Princesse de Clèves de Mme de La Fayette) sans pour autant
verser dans la satire et le burlesque des romans comiques. De cette double veine est né le roman
moderne de mœurs et d’analyse.
N.B. Le roman d’analyse né avec Mme de La Fayette (La Princesse de Clèves) résiste aux tentations du
roman-fleuve, il procède à l’intériorisation du roman et valorise le personnage en tant que caractère
soumis à l’épreuve révélatrice d’une crise (l’action se réduit à l’incarnation de la crise psychologique).
Les états d’âme et leur évolution sont rendus par le biais de dialogues et monologues. A partir de là, le
roman d’analyse – sous les formes les plus diverses – restera une constante du roman français :
Guilleragues, Laclos, B. Constant, Fromentin, Radiguet (Le Diable au corps, 1923), Mauriac, etc.
Le 18ème siècle marque sans doute un tournant dans l’histoire du roman : le roman à la 1ère personne
se développe et instaure la fiction autobiographique (Manon Lescaut de l’abbé Prévost, Le Paysan
parvenu de Marivaux). L’autobiographie transposée sera une des fonctions du roman (cf. roman par
lettres de Rousseau, Julie ou la Nouvelle Héloïse), le roman autobiographique connaîtra un regain
d’intérêt au 19ème s. (forme privilégiée du roman de l’âge romantique : Chateaubriand, Sand,
Fromentin…). En outre, le 18ème s. – en partie sous l’influence du roman picaresque espagnol
(Lesage, Gil Blas) et aussi du roman anglais de Richardson ou de Fielding – utilise la structure
traditionnelle de l’aventure (réaliste) pour traduire la relation de conflit, de domination ou de défi qui
s’instaure entre l’individu et la société (cf. Marivaux, Restif de la Bretonne, Diderot). La voie est
ouverte au roman « total », ambition du 19ème s. (Balzac, Dumas, Hugo, Zola…).
C’est au 19ème siècle que le roman devient un genre dominant et reconnu. Les romanciers prétendent
faire concurrence à l’état civil (Balzac et son projet de la « Comédie humaine »), décrire la réalité de
manière presque ethnologique (Zola et le naturalisme : cf. la fresque des Rougon-Macquart) ou peindre
la « vraie vie » (Proust et les aventures de la mémoire, les événements de la conscience). Avec les
auteurs de renom (romantiques, réalistes et naturalistes), le roman « total » (embrassant toute la réalité)
devient alors la forme moderne de l’épopée : on amplifie les proportions et les dimensions de la réalité
décrite (ex : description des mines dans Germinal). De plus, sous l’influence de Walter Scott, le roman
historique de Dumas ou Hugo est aussi une tentative de résurrection d’une civilisation et d’une société.
N’oublions pas le poids des romantiques dans les thèmes de l’amour-passion, de l’ivresse des rêves de
bonheur par le déchaînement du sentiment (Sand, Indiana). Mais la « réalité » que peint le roman n’est
jamais qu’une fiction habilement construite par l’auteur. Diderot l’avait déjà montré dans Jacques le
Fataliste, en exhibant son narrateur en train de composer une histoire.

N.B. L’écriture romanesque, notamment romantique, provoque une réaction comme au 17ème s. : à
partir de 1850, une réaction réaliste, celle des romans de Champfleury (Chien-caillou), de Duranty et
surtout de Flaubert (Madame Bovary). Ce dernier est le représentant d’une conception esthétique du
roman qui se rattache à la doctrine de l’Art pour l’Art : son œuvre relève doublement de l’antiroman et
annonce même le « nouveau roman » du 20ème s. dans la mesure où elle tend à dévaloriser la matière
du roman, pour, au contraire, valoriser l’écriture romanesque.
Dans la 1ère partie du 20ème s., s’épanouit un nouvel âge d’or du roman : il tend à envahir tous
les domaines possibles d’exploration, de description ou d’analyse, et c’est à lui que vont les prix
littéraires tels que le Goncourt, puis le Renaudot, le Femina, l’Interallié. Le roman apparaît alors
comme le miroir de l’homme et du monde, il reprend à son compte, sous des formes variées, l’ambition
de la totalité héritée du 19ème s. : c’est le roman-fleuve de Romain Rolland, le roman cyclique de
Duhamel, de Jules Romains, de Martin du Gard…
Louis Aragon nomme son œuvre romanesque « Le monde réel » (Les Cloches de Bâle, Les Beaux
Quartiers, Les Voyageurs de l’impériale...). D’autres auteurs utilisent le roman pour exprimer une crise
spirituelle ou une forme d’inquiétude : Mauriac, Bernanos, Green… Le roman offre aussi un support de
choix pour aborder les grands thèmes littéraires tels que l’aventure, l’évasion (Mac Orlan, V. Larbaud,
Alain Fournier), l’analyse psychologique (Radiguet, Arland…), la société (Aragon, Céline…), la nature
(Colette, Giono, Ramuz, Bosco, Genevoix…).

Dans les années 30 se produit une sorte de rupture : le héros, engagé dans une action où il tente de
réaliser sa plénitude humaine en s’affrontant au destin (Malraux, La Condition humaine, 1933 ;
Montherlant, Saint-Exupéry…). Rupture en lien avec l’apparition de la conscience tragique au théâtre :
le roman héroïque met en scène, comme la tragédie, l’affrontement de l’homme et du destin. Le roman
peut prendre une dimension métaphysique, il met en jeu le ressort de ce qu’on appellera l’engagement
(cf. Camus et Sartre : romans parfois solidaires de l’essai : exemple de L’Etranger de Camus
accompagné de l’essai Le Mythe de Sisyphe).

Le modèle du roman réaliste est pourtant remis en question au 20ème siècle, dès les Faux-Monnayeurs
de Gide, et plus encore par le Nouveau Roman (Robbe-Grillet). S’attaquant à la construction du
personnage comme à l’omniscience du narrateur, le Nouveau Roman explore des voies inédites : dans
La Modification de M. Butor, le personnage est désigné par « vous ». Ce nouveau courant se
caractérise par le refus de toutes les structures et de tous les objectifs du roman traditionnel, on
substitue la notion d’écriture à celle de style. Mais le Nouveau Roman n’a pas pour autant aboli le
roman traditionnel qui continue de se développer et rencontre un succès croissant.

La modification par Butor


Les romanciers contemporains empruntent différentes voies : celle du récit autobiographique
(autobiographie transposée aussi dans l’autofiction), on s’intéresse beaucoup à la subjectivité, celle du
roman de voyage ou d’aventures, celle du récit historique (ex : prix Goncourt 2017, Erich Vuillard,
L’ordre du jour ; prix Goncourt 2013, Pierre Lemaître, Au revoir, là-haut…). On recourt à l’écriture
romanesque pour interroger ou explorer l’Histoire (notamment des deux grandes guerres ou des guerres
coloniales), pour se pencher sur des faits divers saisissants (ex : Mauvignier, Dans la foule : centré sur
un match de football qui a mal tourné dans les gradins des supporters dans les années 80). On cherche à
donner corps et voix aux petites gens, à ceux qui ne sont jamais les « héros » ou qui souffrent et vivent
à leur manière un véritable destin : exemples de Léonora Miano (Contours du jour qui vient ; nouvelles
réalistes faisant réfléchir à la question de l’intégration : Afropean soul) ou de Marie-Hélène Lafon
(dernier roman focalisé sur une jeune femme caissière, Nos vies, 2017)

UN GENRE PROTEIFORME
La liberté du genre a donné naissance à de nombreux types de romans. Le roman est devenu un genre
privilégié d’investigation psychologique (roman d’analyse), sociale (roman de mœurs), ethnologique
(roman de voyage), politique ou scientifique (roman utopique ou de science-fiction). S’ajoutent à cette
liste ouverte le roman noir, le roman policier, mais aussi le roman d’aventures… Au récit à la troisième
personne des premiers romans s’est adjoint, à partir du 17ème siècle, le récit à la 1ère personne avec le
roman épistolaire (Les Lettres portugaises), puis le roman d’apprentissage et le roman
(auto)biographique.

Du roman au récit :
Les modes de narration :
narrateur témoin ou personnage (récit à la 1ère personne) ;
narrateur extérieur (absent de l’histoire qu’il raconte à la 3ème personne) ; sa présence se traduit à
travers la focalisation :
zéro = point de vue omniscient ; externe = vision d’un observateur objectif ; interne = vision subjective,
regard d’un personnage

Les personnages et le développement de l’intrigue :


fonctions du personnage (héros ? antihéros ? personnage secondaire, auxiliaire ou opposant du
héros ?) ;
structure du récit (cf. schéma narratif comportant 5 étapes : situation initiale, élément perturbateur,
péripéties, résolution et situation finale).
Le début du roman est nommé l’incipit, tandis que la fin s’appelle l’excipit. Ce qui se produit après
la fin du récit constitue un épilogue.
La représentation de l’espace et du temps :
cadre du récit et rôle de la description (illusion de la réalité, portrait des personnages et description
des paysages ou du cadre spatial) ;
le temps de la fiction et le temps de la narration (cadre temporel de l’action, événements narrés selon
l’ordre chronologique ou grâce à des retours en arrière = analepses ou des projections dans l’avenir =
prolepses),
le rythme du récit varie selon la manière de rapporter les événements (scène, sommaire, ellipse,
pause).

Texte

Ce fut comme une apparition :

Elle était assise, au milieu du banc, toute seule ; ou du moins il ne distingua personne, dans
l'éblouissement que lui envoyèrent ses yeux. En même temps qu'il passait, elle leva la tête ; il fléchit
involontairement les épaules ; et, quand il se fut mis plus loin, du même côté, il la regarda.

Elle avait un large chapeau de paille, avec des rubans roses qui palpitaient au vent derrière elle. Ses
bandeaux noirs, contournant la pointe de ses grands sourcils, descendaient très bas et semblaient
presser amoureusement l'ovale de sa figure. Sa robe de mousseline claire, tachetée de petits pois, se
répandait à plis nombreux. Elle était en train de broder quelque chose ; et son nez droit, son menton,
toute sa personne se découpait sur le fond de l'air bleu.

Comme elle gardait la même attitude, il fit plusieurs tours de droite et de gauche pour dissimuler sa
manœuvre ; puis il se planta tout près de son ombrelle, posée contre le banc, et il affectait d'observer
une chaloupe sur la rivière.

Jamais il n'avait vu cette splendeur de sa peau brune, la séduction de sa taille, ni cette finesse des doigts
que la lumière traversait. Il considérait son panier à ouvrage avec ébahissement, comme une chose
extraordinaire. Quels étaient son nom, sa demeure, sa vie, son passé ? Il souhaitait connaître les
meubles de sa chambre, toutes les robes qu'elle avait portées, les gens qu'elle fréquentait ; et le désir de
la possession physique même disparaissait sous une envie plus profonde, dans une curiosité
douloureuse qui n'avait pas de limites.
Une négresse, coiffée d'un foulard, se présenta, en tenant par la main une petite fille, déjà grande.
L'enfant, dont les yeux roulaient des larmes, venait de s'éveiller. Elle la prit sur ses genoux. "
Mademoiselle n'était pas sage, quoiqu'elle eût sept ans bientôt ; sa mère ne l'aimerait plus ; on lui
pardonnait trop ses caprices. " Et Frédéric se réjouissait d'entendre ces choses, comme s'il eût fait une
découverte, une acquisition.
Il la supposait d'origine andalouse, créole peut-être ; elle avait ramené des îles cette négresse avec elle ?
Cependant, un long châle à bandes violettes était placé derrière son dos, sur le bordage de cuivre. Elle
avait dû, bien des fois, au milieu de la mer, durant les soirs humides, en envelopper sa taille, s'en
couvrir les pieds, dormir dedans ! Mais, entraîné par les franges, il glissait peu à peu, il allait tomber
dans l'eau ; Frédéric fit un bond et le rattrapa. Elle lui dit :
- " Je vous remercie, monsieur. "
Leurs yeux se rencontrèrent.
- " Ma femme, es-tu prête ? " cria le sieur Arnoux, apparaissant dans le capot de l'escalier.

Flaubert, L'éducation sentimentale, Extrait du chapitre 1869

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