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L'article de Georges Lion aborde les confusions fréquentes entre les inégalités triangulaires, les conditions d'alignement et celles pour que deux cercles soient sécants, en soulignant les erreurs d'interprétation des élèves. Il propose des formulations plus claires et distinctes pour éviter ces confusions et insiste sur l'importance d'une approche pédagogique adaptée. Enfin, il conclut sur la richesse des études géométriques qui vont au-delà des programmes scolaires traditionnels.

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L'article de Georges Lion aborde les confusions fréquentes entre les inégalités triangulaires, les conditions d'alignement et celles pour que deux cercles soient sécants, en soulignant les erreurs d'interprétation des élèves. Il propose des formulations plus claires et distinctes pour éviter ces confusions et insiste sur l'importance d'une approche pédagogique adaptée. Enfin, il conclut sur la richesse des études géométriques qui vont au-delà des programmes scolaires traditionnels.

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APMEP

810 Pour chercher et approfondir no 449

Des inégalités dangereuses


Georges Lion(*)

1. Introduction
Ces dernières années, la correction des copies de préparation au CAPES m'a
réservé quelques surprises. L'une d'elles fut causée par l'énoncé suivant :
« Si l'on a OO′ < R + R′, les cercles Γ et Γ′ de centres O et O′ et de rayons R et R′
sont sécants ».
La lecture du livre de Marc Rogalski (Carrefours, page 300) m'a permis de
comprendre la raison de cette erreur et dans ce qui suit je voudrais mettre en évidence
les confusions qui peuvent survenir entre les trois questions suivantes : inégalité
triangulaire, condition d'alignement, condition pour que deux cercles soient sécants.
Puis je proposerai de modifier les formulations en vigueur afin de réduire les
risques d'erreurs. Enfin, par une réflexion sur les démonstrations des théorèmes
concernés, je m'efforcerai d'exposer ce qui les différencie et le caractère simpliste de
tout excès dans leur rapprochement.
Cet article est écrit en direction des enseignants ; j'userai donc librement
d'expressions telles que « il faut et il suffit » ou « contraposition » … et, dans la
section 4, je ferai référence à des notions se situant au delà des programmes du
secondaire. N'ayant que fort peu enseigné ces programmes, mon expérience se situe
plutôt du côté des candidats au CAPES dont les réactions témoignent assez bien, je
crois, de l'enseignement qu'ils ont reçu comme de celui qu'ils comptent donner
lorsqu'ils seront eux-mêmes professeurs.
2. Les causes de la confusion
Il semble que l'énoncé suivant soit souvent formulé :
Pour que trois points A, B, C ne soient pas alignés, il faut et il suffit que, si [AC]
est le plus grand côté du triangle ABC, on ait : AC < AB + BC.
L'expérience montre que, dans cet énoncé (exact), sont réunis plusieurs
ingrédients qui rendent délicat son usage par les élèves
1) La condition énoncée est formée de deux parties ; l'une est formulée en
français, l'autre en langage mathématique. Dans l'esprit de l'élève comme dans sa
lecture, une hiérarchie s'installe au détriment de la première qui échappe ainsi à la
mémorisation.
2) L'inégalité AC < AB + BC est nécessaire pour que A, B, C ne soient pas
alignés ; en revanche, cette inégalité n'est suffisante que si [AC] est le plus grand côté
(*) B.P. 133 Mata Utu 98600 WALLIS.
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no 449 Des inégalités dangereuses 811

de ABC. La belle symétrie que l'on apprécie dans l'énoncé des résultats d'équivalence
n'est pas respectée et l'élève cherche plus ou moins consciemment à la rétablir.
3) La première partie de la condition étant oubliée, la seule inégalité
AC < AB + BC se trouve immanquablement rapprochée des énoncés exacts suivants :
– Quels que soient A, B, C, on a : AC < AB + BC.
Il est alors tentant d'affirmer : pour que A, B, C soient alignés il faut et il suffit que
AC = AB + BC. C'est vrai pour il suffit et faux pour il faut.
– Si les cercles Γ et Γ′ (voir 1) sont sécants, alors on a : OO′ < R + R′.
Là aussi la tentation est grande de transformer cette condition seulement nécessaire
en une condition nécessaire et suffisante évidemment contredite par deux cercles
concentriques.
Tirons les leçons de ce qui précède :
Toutes les situations ne se prêtent pas forcément à l'énoncé d'une condition nécessaire
et suffisante bien équilibrée.
Les distances ne sont pas forcément le meilleur outil pour caractériser l'alignement.
Des problématiques voisines et même enchevêtrées doivent faire l'objet d'énoncés
assez distincts pour que l'élève ne risque pas de tout mélanger.
3. Des formulations confortables
En premier lieu, il doit être bien entendu que ce qui suit n'a rien d'original ; mon
seul rôle est d'en montrer l'intérêt.
1) Le premier énoncé indiscutable est celui de l'inégalité triangulaire :
Théorème 1. Quels que soient A, B, C, on a : AC ≤ AB + BC
Cet énoncé peut être illustré par de nombreux exercices ; il reste clair pourvu qu'on
ne cherche pas à le mêler à une CNS quelconque.
2) Au sujet de la condition d'alignement, on peut regretter que les angles ne soient
pas plus souvent utilisés par le biais de la propriété suivante :
Les points A, B, C sont alignés si et seulement si ABC est nul ou plat.
Par exemple, dans l'exercice évoqué ci-
contre, l'usage des angles est d'une simplicité A B
biblique pour prouver l'alignement de D, E, F
et la plupart des manuels de cinquième
procèdent ainsi. Néanmoins je n'ai jamais vu F
un candidat au CAPES penser aux angles 60
45
spontanément (et pas plus d'ailleurs penser 75

aux distances). Pour ces étudiants, cet E


exercice est du ressort de notions moins D C
élémentaires (rotation ou même coordonnées).
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812 Pour chercher et approfondir no 449

Par ailleurs les distances peuvent jouer un rôle intéressant et sans danger grâce à
la propriété suivante :
Théorème 2. Pour que B appartienne au segment [AC], il faut et il suffit que l'on
ait : AC = AB + BC.
Enfin on aura intérêt à conforter l'acquisition de ces propriétés par l'énoncé
« antique » :
Le segment [AC] est le plus court chemin pour aller de A à C.
Ici les mots « plus court » traduisent l'inégalité triangulaire et l'article défini « le »
placé devant traduit la condition suffisante du théorème 2.
3) À propos de la condition assurant que deux cercles sont sécants, je ne vois rien
d'autre que la double inégalité stricte :
Théorème 3. Pour que Γ et Γ′ soient sécants, il faut et il suffit que l'on ait :
|R − R′| < OO′ < R + R′. (*)
Le problème est que les valeurs absolues ne sont pas au programme du collège.
Aussi, on préférera remplacer la double inégalité par l'énoncé : … que la distance des
centres soit comprise entre la somme et la différence des rayons (on peut penser que
l'élève fera intervenir la différence positive).
4. Quelques repères en vue des démonstrations
Sans entrer dans les détails, je voudrais faire voir à quel point les démonstrations
peuvent participer à l'enchevêtrement des questions qui nous occupent.
1) L'inégalité triangulaire est considérée par certains comme un point de départ
(on dit parfois un axiome). Sinon on peut la déduire d'autres postulats concernant les
longueurs et les angles et dont il serait trop long de dresser ici la liste ; dans ce
cheminement, on utilise notamment la propriété suivante (oubliée aujourd'hui) :
Dans un triangle, les angles sont dans le même
ordre strict que les côtés qui leur sont opposés. D
On applique cela au triangle ADC ci-contre et, B

sachant ACD < DAC , on en déduit :


AC < DC = DB + BC = AB + BC.
C'est la méthode exposée par Euclide et reprise A C
dans quelques ouvrages récents (1, 3, 5).
Mais l'inégalité triangulaire peut aussi être
Γ
déduite par contraposition de la propriété Γ′
suivante : R R′
Si OO′ > R + R′, alors Γ et Γ′ sont disjoints, O O′
et pour obtenir cette dernière on fait appel à la
position d'un cercle par rapport à ses tangentes.
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no 449 Des inégalités dangereuses 813

2) Dans le théorème 2, la condition AC = AB + BC est évidemment nécessaire pour


que B ∈ [AC]. Pour la réciproque, les deux pistes décrites en 1) peuvent également
être suivies :
– La première procède par contraposition : supposons B ∉ [AC]. Alors on a :
AC < AB + BC d'abord pour B aligné avec A et C et ensuite en général par le
raisonnement vu en 1).
– La deuxième utilise la propriété : Si OO′ = R + R′, alors les deux cercles sont
tangents extérieurement et leur seul point commun appartient à [OO′].
Notons que la deuxième piste présente l'inconvénient de « mettre le pied » dans
le problème de la position relative de deux cercles avec le risque de mélange déjà
signalé.
3) Attaquons-nous maintenant au théorème 3. Dans cet énoncé, le « il suffit » est
beaucoup plus difficile que le « il faut », mais on ne peut disjoindre les deux
conditions.
La nécessité de (*) pour que deux cercles soient sécants découle de l'inégalité
triangulaire stricte, c'est à dire des théorèmes 1 et 2. Dans l'optique de la deuxième
piste distinguée ci-dessus, on peut expliciter ce qu'entraînent les propriétés
OO′ = |R − R′| et OO′ < |R − R′| et raisonner par contraposition ; en fait cela signifie
qu'on a totalement étudié la position relative de deux cercles.
Pour prouver que (*) est une condition Γ M0
suffisante, une première approche consiste à faire Γ′
appel aux propriétés du corps R.
Pour O′M = R′, l'application M a OM est
continue sur chaque demi-cercle de Γ′ et prend O O′
aux extrémités deux valeurs encadrant R.
D'où l'existence de M0 ∈ Γ′ tel que OM0 = R par
le théorème des valeurs intermédiaires.
Il y a quelques années cette démonstration fut bien reçue à l'oral du CAPES et
cela semble logique de la part d'un jury qui impose aux candidats le niveau Bac+1.
Mais que faire au niveau du collège ? J'ai déjà signalé mon ignorance en la matière ;
en toute modestie, je propose d'adapter la même idée en fonction des capacités
d'intuition des élèves : on expliquera donc que le tracé de Γ′, sans lever le crayon de
la feuille, va nécessairement croiser Γ en un point commun aux deux cercles.
Ce faisant nous venons d'introduire l'analyse en géométrie. Ce n'est pas la seule
façon d'aborder le problème, mais on doit noter que les autres approches nécessitent
aussi autre chose que de la géométrie élémentaire :
– Algébriquement, on peut se placer dans un plan K × K où K est un corps pour
lequel tout élément positif est un carré.
– Axiomatiquement, on peut postuler que, pour toute droite D telle que d(O,D) < R,
alors D ∩ Γ est non vide.
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814 Pour chercher et approfondir no 449

5. Conclusion
En dépit de la concision de mon exposé, le lecteur aura pu mesurer la difficulté
des questions que nous nous étions proposé d'étudier et qui l'ont entraîné au delà des
programmes du secondaire. N'est il pas utile et intéressant de constater que, sous le
masque des prétendues évidences, la géométrie peut faire l'objet d'études riches et
approfondies ?
Références
1. A. Cousin-Fauconnet : Enseigner la géométrie au Collège (Armand Colin).
2. Euclide : Les éléments.
3. J. Ferrand : Fondements de la Géométrie (P.U.F. ).
4. D. Hilbert : Les fondements de la Géométrie (Réédition Gabay).
5. G. Lion : Géométrie du Plan (Vuibert).
6. M. Rogalski : Carrefours entre l'Algèbre, l'Analyse et la Géométrie ( Ellipses ).

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