RSE et Performance
Séquence 1 : Qu’est-ce la responsabilité sociale des entreprises ?
RSE et Performance
Dr Mamadou SILLA
Séquence 1 : Qu’est-ce la responsabilité sociale des entreprises ?
Par son existence-même, l’entreprise a traditionnellement une responsabilité sociale : elle génère de l’activité
économique donc de la richesse, de la croissance pour un pays, des emplois, de la technologie et des biens répondant
à des besoins, des contributions sociales redistribuées ensuite par l’État. La mise en œuvre de la finalité de l’entreprise
pose, en ce début de siècle, la question plus approfondie de sa responsabilité en matière éthique, sociale,
environnementale voire même humanitaire.
La responsabilité sociétale de l’entreprise (RSE) est l’intégration, volontaire ou prescrite par la loi, de ces grands
principes à sa finalité, à sa stratégie et à son mode de management. L’entreprise doit combiner son souci de rentabilité
avec des questions qui dominent aujourd’hui largement la place publique, du niveau local au niveau mondial.
Ces préoccupations touchent de nombreux domaines et tous les acteurs de l’entreprise, qu’ils soient internes ou
externes. D’une part, l’entreprise doit être en mesure d’expliquer les impacts de son activité. D’autre part, l’entreprise
doit élaborer sa finalité, sa stratégie, son mode opératoire en association avec ses collaborateurs.
Section 1 : Le débat sur la responsabilité sociale des entreprises
Le concept de RSE donne lieu à de nombreuses définitions. Les trois (3) termes même qui la composent donnent lieu à
de nombreuses interprétations.
Bowen est le premier à définir la responsabilité sociale de l’entrepreneur et le présente ainsi : elle renvoie aux
obligations de l’homme d’affaires de poursuivre telles politiques, de prendre telles décisions ou de suivre telles lignes
d’actions qui sont désirables en fonction des objectifs et des valeurs de notre société. Pour Bowen la responsabilité
sociale relève d’une démarche volontaire à l’initiative des hommes d’affaires.
Levitt en1958 déclare que les entreprises ne peuvent être tenues pour responsable au même titre que les pouvoirs
publics, leurs dirigeants n’étant pas soumis à l’élection selon le principe au suffrage universel. Levitt nous invite à se
méfier des motivations autres que la recherche du profit.
Milton Friedman va s’inspirer des travaux de Levitt. Pour Friedman, la RSE n’a de sens qu’au niveau individuel ; au
niveau de l’entreprise la RSE est une hypocrisie collective et au pire un détournement de la richesse des actionnaires.
Friedman considère que l’entreprise a des prérogatives différentes de celles de l’Etat et de ce fait ne pourrait se
substituer à celui-ci. Il considère que les dirigeants d’entreprise n’ont pas d’autres responsabilités que celle de faire
plus d’argent possible pour leurs actionnaires et de ce fait l’entreprise ne devrait suivre la voie de la RSE que si elle
concourt à la maximisation du profit.
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Pour Caroll « la responsabilité sociale de l’entreprise englobe les attentes économiques, légales, éthiques et
discrétionnaires que la société a envers des organisations à un moment donné ». Caroll distingue quatre niveaux de
responsabilité hiérarchisés. La responsabilité de l’entreprise est d’abord économique, ensuite légale, puis éthique et
enfin philanthropique.
Selon Wood, l’idée de base de la responsabilité sociale est que l’entreprise et la société sont entremêlées plutôt que
des entités distinctes ; ainsi la société nourrit certaines attentes par rapport au comportement et résultats spécifiques
des entreprises.
Aux Etats-Unis, la RSE est alliée à la notion d’éthique. Ceci est dû au fait que ce concept y a des origines éthiques et
religieuses, ajouté au fait que les américains considèrent l’individu comme un être responsable qui agit en fonction de
ses intérêts dans la société et que le bien commun existe dès qu’il y a communauté.
A l’inverse, l’Europe a adopté une posture politique, l’individu y est considéré comme un être social ayant une
responsabilité individuelle et collective et que le bien commun résulte d’une construction politique. Les européens
apparentent la RSE au développement durable. Ces conceptions montrent pourquoi les anglo-saxons comprennent la
RSE comme un engagement, donc volontaire alors que l’Europe l’analyse comme une obligation, donc contraignante.
Au Japon, la conception de la RSE y est également différente. Le travail n’est pas perçu comme une corvée mais
comme un acte sacré. On y trouve des valeurs traditionnelles telles que la loyauté envers l’entreprise.
Par contre dans la culture ouest-africaine, la RSE est liée à des actions sociales, des programmes philanthropiques et la
prévalence du volontariat.
Et plus particulièrement la RSE au Sénégal prend une forme philanthropique et de marketing social dans les grandes
entreprises.
Initiée en 2012 par l’Initiative RSE Sénégal et par le Conseil national du patronat (CNP), la Charte RSE et développement
durable des entreprises a été élaborée par 11 entreprises de différents secteurs (mines, industrie, BTP, banque,
hôtellerie, etc.) en tenant compte à la fois de leurs préoccupations communes et des enjeux du développement
durable au Sénégal.
La Charte définit ainsi sept engagements à minima que doit prendre toute entreprise du Sénégal, quelle que soit sa
taille, pour s’inscrire dans les lignes directrices d’une politique de RSE. Le premier engagement porte sur la nécessité
de définir et de partager en interne et avec les parties prenantes des valeurs correspondant aux principes éthiques et
de bonne gouvernance. Les signataires s’engagent aussi à préserver les ressources naturelles, à atténuer la pollution ;
elles doivent appuyer le développement d’une économie verte au Sénégal.
Ainsi, plusieurs entreprises signataires ont sous-traité la collecte et la valorisation de leurs déchets à de petites
entreprises locales. Les entreprises signataires doivent contribuer à la lutte contre le chômage des jeunes et à la
formalisation de leurs secteurs ,deux préoccupations majeures en Afrique, en mettant en œuvre des politiques d’achat
local privilégiant la contractualisation avec des micro-entreprises et des PME engagées elles-mêmes dans la RSE et
potentiellement créatrices d’emplois.
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Elles doivent respecter le principe de légalité en ce qui concerne les conditions de travail et les questions liées aux
droits humains. Elles doivent aussi privilégier un engagement communautaire qui va au-delà du simple mécénat en
s’impliquant dans de véritables projets RSE structurants, à fort impact. Enfin, l’entreprise signataire doit rendre compte
en toute transparence de ses actions réalisées dans le domaine de la RSE et publier périodiquement un document en
justifiant le bien fondé.
En résuméé retenons que la RSE est fondée sur trois piliers:
• La prise en compte de la protection de l’environnement destinée à avoir un impact positif sur la société. Il s’agit
donc de préserver, d’améliorer et de valoriser l’environnement et les ressources naturelles sur le long terme,
en maintenant les grands équilibres écologiques, en réduisant les risques et en prévenant les impacts
environnementaux.
• Le choix d’un modèle économique viable, plus juste et efficace qui consiste à développer la croissance et
l’efficacité économique, à travers des modes de production et de consommation durables
• La valorisation des conditions de travail des salariés et la promotion de la diversité. Il s’agit ici de satisfaire les
besoins humains et répondre à un objectif d’équité sociale, en favorisant la participation de tous les groupes
sociaux sur les questions de santé, logement, consommation, éducation, emploi, culture...
Section 2. Les caractéristiques de la RSE.
2.1. Le sociale
Le social traite des rapports entre les individus, les groupes dans la société, leurs conditions économiques,
psychologiques et aussi l'amélioration de leurs conditions de vie et, en particulier, des conditions matérielles. La
responsabilité sociale de l’entreprise s’observe donc à travers les conséquences sociales et humaines de ses activités et
de son fonctionnement interne.
Les pratiques sociales de l’entreprise vont notamment être révélées par sa politique de recrutement, d’insertion, de
formation, par son mode de management, au service de sa finalité mais également au regard des attentes de la société
civile (recherche d’une zone de confort) ou du gouvernement (exemples : politiques de l’emploi, de l’éducation, de
l’égalité des chances, etc.).
2.2. L’éthique attitude
Selon le Larousse, l’éthique est la partie de la philosophie qui envisage les fondements de la morale.
Mais c’est aussi l’ensemble des principes moraux qui sont à la base de la conduite de quelqu'un. Appliquée à
l’entreprise, cette attitude sera observée à travers certaines options choisies dans le but de faire référence à des
valeurs fondamentales, c’est-à-dire communément reconnues comme d’intérêt général et respectueuses d’une
certaine morale.
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Le retour en force de cette notion s’appuie sur la large communication par les media autour d’affaires peu rutilantes :
des pratiques de corruption, de malversations ont entachées certaines grandes sociétés. Le monde économique a
besoin de redorer son image.
De même, une finalité d’entreprise focalisée en priorité sur le profit, la réussite personnelle, ou l’absence de
considération des salariés engendre de la critique, tant du côté du client et de la société globalement, capable de
délaisser, en signe de désapprobation, les produits de l’entreprise qu’il considère comme peu vertueuse, que de celui
du personnel, chez qui un sentiment de démotivation et un mouvement de contestation peuvent naître ; dans tous les
cas, cela peut affecter sérieusement la crédibilité, le fonctionnement et la rentabilité de l’entreprise.
2.3. Le respect de l’environnement
Nous parlons ici de l’environnement au sens écologique. Celui-ci est composé de l’ensemble des éléments objectifs
(qualité de l'air, bruit, eau, etc.) et subjectifs (beauté d'un paysage, qualité d'un site, etc.) constituant le cadre de vie
des individus.
Toute la société civile se préoccupe de manière grandissante de la préservation ou de l’amélioration de son cadre de
vie, des problématiques liées au climat, de la quantification des ressources naturelles de la planète.
On comprend donc aisément que la société économique ne puisse que s’inscrire dans ce mouvement, d’autant plus
qu’une forte pression est aujourd’hui exercée par les ONG mais aussi par certains partis politiques. Une entreprise qui
ignorerait sa responsabilité en la matière s’exposerait à une dégradation de son image et en conséquence, à une perte
de rentabilité. Le niveau de responsabilité sociale de l’entreprise contribue lui aussi à la performance de celle-ci.
2.3. L’engagement humanitaire
Certaines grandes entreprises vont jusqu’à s’engager dans une démarche de soutien aux populations qui vivent dans la
précarité, aux pays émergents ou dans le cas de conflits géopolitiques ou lorsque surviennent des catastrophes
naturelles. Le phénomène de mondialisation se joue donc également à ce niveau-là.
À travers des dons de matériel ou de denrées, de la formation professionnelle, du parrainage ou de la transmission de
technologies, les entreprises intègrent et organisent cette démarche dans le cadre de leur stratégie globale, véhiculent
une image positive à travers ce type d’actions et vont même parfois jusqu’à encourager leurs collaborateurs à s’y
engager personnellement.
L’entreprise a tout intérêt à adhérer au concept de développement durable ; les différentes fonctions de l’entreprise
peuvent s’inscrire dans chacune des trois dimensions complémentaires de ce modèle désormais largement
plébiscitées. La RSE est finalement l’application des principes de développement durable aux activités économiques.
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