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Batailles Et Blindes HS40

Le document traite de la campagne de Lorraine menée par la Third Army américaine sous le commandement du général Patton entre septembre et novembre 1944. Il souligne les défis logistiques rencontrés par les troupes alliées, ainsi que l'importance stratégique de la région de Metz pour l'Allemagne nazie. La campagne est décrite comme complexe, avec des pertes humaines significatives et des enjeux tactiques cruciaux dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale.

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Batailles Et Blindes HS40

Le document traite de la campagne de Lorraine menée par la Third Army américaine sous le commandement du général Patton entre septembre et novembre 1944. Il souligne les défis logistiques rencontrés par les troupes alliées, ainsi que l'importance stratégique de la région de Metz pour l'Allemagne nazie. La campagne est décrite comme complexe, avec des pertes humaines significatives et des enjeux tactiques cruciaux dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale.

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com
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SOMMAIRE
INTRODUCTION P.4

PREMIÈRE PARTIE LE
XII CORPS P.10

CHAPITRE 1 - NANCY P.10 CHAPITRE 3 - REPARTIR À L'ASSAUT P.30


CHAPITRE 2 - LE XII CORPS EN AVANT TOUTE P.18 CHAPITRE 4 - LA SARRE À PORTÉE DE MAIN P.40

DEUXIÈME PARTIE LE
XX CORPS P.44
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CHAPITRE 1 - VERS L'EST METZ ET LA MOSELLE P.44 CHAPITRE 4 - CAPTURER THIONVILLE... P.58
CHAPITRE 2 - AVANCER À TOUT PRIX P.50 CHAPITRE 5 - METZ ENCERCLÉE ! P.66
CHAPITRE 3 - SECTEUR DE METZ P.54

TROISIÈME PARTIE LE
XV CORPS P.76

CHAPITRE 1 - AU SUD DE PATTON P.76

ANNEXE 1 PATTON
LE « MAGNIFIQUE »
P.82

ANNEXE 2 HASSO ECCARD


VON MANTEUFFEL
P.98

ANNEXE 3 LA LIGNE SIEGFRIED


EN PHOTOS
P.108

CONCLUSION P.110
PATTON
L'OCCASION MANQUÉE

LORRAINE
DE

 La traversée de la France est rapide pour les troupes


américaines : après leur échec en Normandie, les
Allemands se replient vers le Reich et n'ont pour la
plupart plus aucune réelle volonté de combattre. Ici, des
Allemands se rendent à des GIs au mois d'août 1944.
Vu sur [Link]

INTRODUCTION
« La campagne de Lorraine a-t-elle été une victoire ? Entre les mois de septembre et novembre (1944,
NDLR), la Third Army revendique la neutralisation de 180 000 soldats ennemis. Mais pour capturer la
Lorraine, pour faire un bond d’une centaine de kilomètres, la Third Army a eu besoin de trois mois et a
perdu 50 000 hommes, ce qui représente environ un tiers des pertes qu’elle a endurées tout au long de
la guerre en Europe [1]. » La réponse à cette question posée par Carlo d’Este, un des plus grands historiens
de l’US Army, en 1995 est complexe… car cette campagne menée par Patton l’est tout autant. La Lorraine
– plus particulièrement la Moselle et la région de Metz - est en fait la première ligne « d’arrêt » pour la
Wehrmacht. Territoire annexé au III. Reich depuis 1940, la Moselle n’est de facto plus, pour Berlin, un
territoire étranger mais bien une partie de l’Allemagne. De plus, y établir une ligne de défense permet de
gagner du temps : le Westwall [2], une ligne de fortifications allemandes s’étendant sur 630 kilomètres
entre la frontière des Pays-Bas est la frontière suisse, doit « recevoir » les divisions à Balkenkreuz en
retraite depuis la Normandie… et ainsi arrêter l’avance des Alliés occidentaux. C’est une course contre la
montre qui s’engage et qui va se dérouler dans des conditions météorologiques catastrophiques.

4
INTRODUCTION
VERS LE CŒUR DU REICH !
Du côté allié, la Third Army du fougueux (mais contro-
versé) général George S. Patton semble impossible à
arrêter. Au début du mois de septembre 1944, sa for-
mation a déjà atteint la Lorraine en formant un véritable
fer de lance ; au sud progressent à grande vitesse les
troupes franco-américaines ayant débarqué en Provence
lors de l’opération « Dragoon » du mois d’août 1944.
Comme ces deux unités n’ont pas encore effectué
leur jonction, Hitler y voit l’occasion de réaliser une
grande bataille d’encerclement en mobilisant de nom-
breux Panzer en Lorraine : frapper la Third Army sur son
flanc revient au très ambitieux General der Panzertruppe
Hasso von Manteuffel et sa 5. Panzerarmee. En pointe
du dispositif de Patton se trouvent les XII et XX Corps
américains, dont certaines divisions n’ont pas encore
totalement récupéré des dégâts subis depuis leur arrivée
en Normandie : les 90th et la 35th Infantry Division
manquent de personnels, tandis que la 4th Armored
Division, elle, a vu ses troupes subir de lourdes attaques
durant les mois de juillet et d’août. Ce n’est pas tant le
besoin de renforts qui inquiète Patton au début du mois  Plus les Américains talonnent les Allemands, plus ces derniers oublient de faire sauter
les ponts qu'ils laissent derrière eux. Un mitrailleur ici pose pour le photographe sur
de septembre mais la baisse drastique des approvision- un pont alors que les hommes en arrière-plan ne semblent pas très menacés...
nements en carburant pour ses éléments motorisés.
Vu sur [Link]

 Eisenhower est un des architectes de la victoire alliée. Planificateur méticuleux,


La progression rapide des troupes alliées en France met c'est lui qui a la lourde charge de gérer les relations entre Américains et Britanniques,
à rude épreuve le cinquième principe cher à Sun Tzu, dont plusieurs caractères ombrageux tels Montgomery ou Patton...
la logistique : le ravitaillement en carburant ne suit tout
simplement pas assez rapidement !
Le 29 août 1944, le général Eisenhower fait parvenir
à ses subordonnés une lettre où il décrit la marche
à suivre : « L’armée allemande à l’Ouest a subi une
défaite significative durant la campagne de la Seine et de
la Loire, défaite infligée par les forces alliées combinées.
L’ennemi est en train d’être anéanti à l’Est, au Sud et au
Nord ; des dissensions internes naissent chez lui et les
premiers signaux de son effondrement apparaissent…
Nous devons, à l’Ouest, exploiter cette opportunité en
agissant rapidement et radicalement, tout en acceptant
le risque de pourchasser les forces allemandes. J’ai l’in-
tention de terminer la destruction des forces allemandes
à l’Ouest, puis de foncer directement vers le cœur de
l’ennemi [3]. » Par le cœur de l’ennemi, Eisenhower
entend bien sûr l’Allemagne, mais plus particulièrement
la Ruhr, cette énorme région industrielle sur laquelle la
puissance matérielle allemande repose. Quatre axes
d’attaque sont alors possibles, tous choisis en fonction
de la facilité géographique offerte. Le premier passe
à travers les plaines de Flandre, le second sur un axe
allant de Maubeuge à Liège, le troisième à travers les
Ardennes et le dernier via Metz pour passer à Sarrebruck
puis Francfort. C’est le second itinéraire, soutenu par le
quatrième, qui est choisi par Eisenhower : les deux voies
ont été, de tous temps, des lieux de passage privilégiés
par les armées opérant d’un côté et de l’autre du Rhin.
De plus, passer par Metz donne aussi l’occasion aux
Alliés de saisir la zone industrielle de la Sarre ; si elle
est d’une importance moindre que la Ruhr, la région
sarroise reste capable de fournir beaucoup de matériaux
à l’industrie allemande.
Sauf que le 2 septembre, Eisenhower ordonne à Patton
d’arrêter sa progression au-delà de la Meuse afin de
conserver le plus de carburant possible pour la poussée [1] Cité dans D’Este (C.), Patton : A Genius for War, HarperCollins, New York, 1995
vers le nord ; la Third Army n’aura ensuite plus qu’à
[2] Plus connu en France sous le nom de ligne Siegfried.
atteindre d’être ravitaillée en carburant pour se porter
à l’est et dépasser le Westwall. [3] Cole (H.), The Lorraine Campaign, p.33, Whitman Publishing, 2012.

5
LORRAINE 1944
LA LORRAINE, À NOUVEAU
DE
PATTON
L'OCCASION MANQUÉE

LA THIRD ARMY, COMBIEN DE DIVISIONS ?


AU CŒUR DES COMBATS À la fin du mois d’août, la Third Army de Patton compte 314 814 officiers et
hommes de troupes, mais son VIII Corps est encore en train de combattre en
L’homme en charge du front de l’Ouest chez les
Bretagne. Au niveau des blindés, Patton dispose officiellement de 669 « chars
Allemands est le Feldmarschall Model, qui est à la tête moyens », 8 Squadrons de cavalerie mécanisée, 23 bataillons anti-aériens,
du Heeresgruppe B et de l’Oberbefehlshaber West. 15 bataillons de Tank Destroyers, 51 bataillons d’artillerie de campagne et 23
Model a pu voir, dépité, la progression alliée tout au bataillons de troupes du génie (dont 20 sont composés de Combat Engineers).
long du mois d’août, et pense qu’Hitler ne saisit pas le Enfin, il ne faut pas oublier que la Third Army est soutenue par le XIX Tactical
risque majeur de ce front. Le maître du III. Reich, lui, Air Command (huit Groups de chasseurs-bombardiers et un Group de recon-
semble en effet plus prompt à réagir sur l’Ostfront qu’en naissance), commandé par le Brigadier General Otto P. Weyland, chargé de
France, au grand dam des officiers de la Wehrmacht y l’appui aérien des troupes américaines. Patton lui-même tient en haute estime
opérant. C’est ainsi que le Feldmarschall n’hésite plus à le General Weyland : ce dernier, à chaque briefing matinal, est assis à côté du
envoyer des rapports alarmistes sur l’état des divisions chef de la Third Army.
allemandes à l’Ouest – il est vrai que la plupart ne dis-
posent plus d’armement lourd, et les Panzer-Divisionen les trois Panzer-Divisionen. Désespéré, Model se résout
ne sont plus aussi bien dotées en blindés. Pis, la retraite  Alors que les chars à adresser directement ses demandes à Hitler, et non
de certaines unités allemandes laisse des trous dans américains parviennent
en Lorraine, certains
plus à Jodl. Le tableau n’est pas flatteur – et l’exercice
le système défensif en Lorraine ; entre Lunéville et sont déjà à la frontière est dangereux : le Führer n’apprécie pas le défaitisme
Belfort, Model demande à ce qu’on lui assigne trois allemande notamment chez ses commandants – car Model estime la puis-
près d'Aix-la-Chapelle.
divisions « fraîches » d’infanterie afin de combler les Ce n'est que le début de sance du Heeresgruppe B à un peu moins de quatre
défenses. L’OKW accède à sa demande… pour que la bataille des Ardennes Panzer-Divisionen et dix Infanterie-Divisionen. Selon
qui fera obliquer Patton
Model, en pleine réorganisation, précise ensuite qu’il vers le nord... mais avant lui, le maintien du front Ouest nécessite pas moins
n’en a plus besoin car selon lui, c’est tout le front de cela, il va devoir capturer de 25 nouvelles divisions d’infanterie et six Panzer-
Metz et Thionville tout en
l’Ouest qui doit être renforcé. Mais d’autres requêtes Divisionen ! Il va sans dire qu’aucune réponse ne par-
Vu sur [Link]

progressant vers la Sarre.


suivent, cette fois-ci sans succès : les pièces de Flak Un programme loin d'être vient à Model, qui est sur la sellette, bientôt remplacé par
si facile qu'il le pense !
demandées par Model lui sont refusées, tout comme le Generalfeldmarschall Gerd von Rundstedt à la tête de

6
INTRODUCTION
l’OB West. Apprécié de ses subordonnés, bien introduit
à Berlin, von Rundstedt est aussi connu pour être un
bon tacticien ; depuis le 1er septembre, l’homme et son
chef d’état-major (le Generalleutnant Siegfried Westphal,
détaché de Kesselring) sont « briefés » sur la situation
par l’OKW et par Hitler. Ce dernier semble à nouveau
ne pas saisir la mesure du désastre à venir à l’Ouest,
car selon lui, les forces alliées devront bientôt s’arrêter
par manque de ravitaillement. Il n’y aurait plus qu’à
détruire les « fers de lance » par des contre-attaques…
aux alentours de Reims. Enfin, pour Hitler, le Westwall
est imprenable ; c’est surestimer l’état de ces fortifica-
tions, dont la plupart ont été « cannibalisées » au profit
du mur de l’Atlantique. Rundstedt ne reçoit qu’un seul
ordre : arrêter la progression alliée à l’Ouest.
Le nouveau chef de l’OB West hérite d’une situa-
tion catastrophique. La Ruhr est bien sûr menacée,
mais le maintien en réserve des unités parachutistes
alliées l’inquiète : et si les Américains menaient une
nouvelle opération aéroportée derrière le Westwall ?
Enfin, la fameuse contre-attaque du 12 septembre
risque d’être avortée compte-tenu du peu de troupes
disponibles. Cette dernière doit s’élancer sur trois axes
vers Reims : de Chaumont, de Nancy, et de Pont-à-
Mousson. La réussite de l’attaque empêchera à court
Vu sur [Link]

terme la jonction entre les forces alliées arrivant du sud


de la France et celles de Patton déjà présentes dans la
région. De nombreuses unités doivent participer à cette
attaque, notamment des unités SS ainsi que six des
toutes nouvelles Panzer-Brigaden, et von Manteuffel se
prépare à lancer l’offensive neuf jours plus tard, pour
le 12 septembre.
Les forces dont dispose von Manteuffel sont de qualité
variée : les Infanterie-Divisionen en bon état y côtoient
des Volksgrenadier-Divisionen, presque sans expérience
du feu, et d’autres unités sont composées de convales-
cents ou de membres d’écoles militaires. De plus,
ces formations ne disposent plus que d’une artillerie
très diminuée, et l’appui aérien de la Luftwaffe est
presque inexistant. Même la 17. SS-Panzergrenadier-
Division « Götz von Berlichingen » n’affiche qu’une bonne
santé de façade : décimée au début du mois d’août
durant l’opération « Cobra » en Normandie, l’unité a été
reconstituée autour de deux brigades SS et complétée
d’éléments de la Luftwaffe et de Volksdeutsche des
Balkans. Son parc blindé a lui aussi très souffert puisque
la division n’aligne plus que quatre Jagdpanzer IV/L70,
douze StuG. III et douze Flakpanzer 38(t). Les 3. et
15. Panzergrenadier-Divisionen disposent quant à
elles d’un nombre de blindés équivalent ; seule la
15. Panzergrenadier-Division aligne 36 Panzer IV. Les
deux Panzer-Divisionen (11. et 21.) ne peuvent amener
qu’une soixantaine de blindés divers, dont 30 Panther.
La production de Panzer est majoritairement dirigée vers
l’équipement des nouvelles Panzer-Brigaden, sorties de
l’esprit d’Hitler, et sont dotées notamment de Panther
et de Jagdpanzer IV/L70, sans oublier les Flakpanzer
pour contrer les Jabos tant redoutés. Sur le papier,
ces Panzer-Brigaden disposent d’une force de frappe
immense, puisqu’elles réunissent une centaine de blin-
 Jusqu'aux portes de la Lorraine, les pointes blindées américaines ne dés… mais la réalité est là encore différente puisque les
souffrent pas de la pénurie de carburant ou de munitions, mais leur avance
rapide étire dangereusement les lignes de communication. équipages n’ont pas reçu suffisamment d’entraînement
et qu’il manque des moyens de reconnaissance et d’ar-
 Le General der Panzertruppe Hermann Balck devant une carte d'état-major.
Il commence la guerre en tant qu'Oberstleutnant et gravit les échelons avec une tillerie. Manteuffel lui-même dira après la campagne
rapidité presque inégalée. Son échec en Lorraine lui vaut une rétrogradation de Lorraine que ces unités n’avaient pas leur place
et une mutation sur le front de l'Est. Bundesarchiv Bild 101I-732-0118-03
à l’Ouest mais auraient dû affronter les Soviétiques.

7
LORRAINE 1944
La Luftwaffe fait elle aussi pâle figure : seuls
110 chasseurs-bombardiers du Jagdkorps II
DE
PATTON
L'OCCASION MANQUÉE

de l’ouest de la franchir sans dégât. La ville de


Nancy, elle, bénéficie d’une topographie idéale
couvrent la région de Nancy-Metz. Saignée à lui conférant une défense naturelle ; enfin, plus
blanc par cinq années de combat, la Luftwaffe au sud se trouve la trouée de Charmes, une
ne dispose en 1944 plus du vivier de pilotes voie d’accès vers l’Alsace qui officie comme
entraînés mais de beaucoup de « bleus » « goulet d’étranglement » et où les Français
qui vont se montrer peu efficaces face ont vaincu les Allemands dans les premiers
à leurs homologues américains. mois de la Grande Guerre. Le reste de la région
Afin de combler leur déficit en troupes et vers l’Allemagne est composée de grandes
en matériels, les Allemands vont s’appuyer plaines agricoles, parfaites pour les grandes
sur la topographie de la Lorraine, en créant manœuvres et les duels de blindés. Enfin,
notamment la « Metz-Thionville Stellung », de nombreux cours d’eau et autres zones
une ligne de défense le long du fleuve épo- humides rendent plus difficile la progression
nyme. Les deux villes qui s’y trouvent ont dans l’est et le sud-est de la région.
été fortifiées depuis le XVIIe siècle par les
différents propriétaires ; Metz [4] par exemple

LA VEILLÉE D’ARME
dispose de deux ceintures fortifiées, la pre-
mière datant d’avant la guerre de 1870 et
la seconde datant de l’annexion allemande
jusqu’en 1918. À ces ouvrages modernisés Le 7 septembre, von Rundstedt rédige son
s’ajoutent trois autres groupes fortifiés plus premier rapport sur la situation à l’Ouest, et
au nord, autour de Thionville, tous construits le tableau n’est pas différent de celui peint
par l’occupant allemand à partir de la fin du par Model quelques jours auparavant. Aix- du General der Infanterie Friedrich Wiese
XIXe siècle : la Feste Illingen (Illange), la Feste la-Chapelle (Aachen) est la plus exposée (autour de Langres), et plus au sud, entre les
Obergentringen (Guentrange, sur le massif au selon lui, et les renforts qui y sont envoyés Vosges et la Suisse, c’est le Generaloberst
Vu sur [Link]

nord de Thionville) et la Feste Königsmachern ne sont pas suffisants. Mais Hitler ne bouge Johannes Blaskowitz qui commande un front
(Kœnigsmacker). Ces trois ouvrages armés pas d’un iota et ordonne toujours le lance- très décousu.
de quatre pièces de 100 mm (sauf pour le ment de l’attaque du 12 septembre. Face à Ce dernier est un personnage très particulier
second, armé de huit pièces de 105 mm) sont Patton se trouvent la 1. Armee du General qui dénote dans l’aréopage des généraux du
placées stratégiquement et peuvent battre der Infanterie Kurt von der Chevallerie (bientôt III. Reich. Né en Prusse, Blaskowitz a fait toute
efficacement les abords de la Moselle [5], remplacé par le General der Panzertruppen sa carrière dans l’armée et n’est pas un nazi
empêchant un hypothétique assaillant venu Otto von Knobelsdorff) ainsi que la 19. Armee convaincu ; pour lui, l’armée se doit d’être
neutre politiquement. Il est un des seuls géné-

SITUATION SUR LA MOSELLE, 6 SEPTEMBRE 1944 raux allemands à se plaindre des crimes de
guerre des SS lors de la campagne de Pologne,
et se fait relever de son commandement par
XX Hitler. En froid avec l’OKW, Blaskowitz est
LX XX ALLEMAGNE alors nommé chef de la 1. Armee, char-
X XII X
X LUX. gée de l’occupation en France, jusqu’en
LX 106 1944 ; son amitié avec von Rundstedt va
Longwy XX
lui valoir une protection, mais c’est surtout
Elms 48 Himmler qui va être son plus grand ennemi.
Thionville XX Blaskowitz n’hésite pas à contester un ordre
XX 26 VG du Reichsführer-SS le 3 septembre 1944 :
Briey Elms 559 VG ce dernier lui ordonnait d’établir une ligne de
XX défense derrière le front dans le secteur de
Nancy à Belfort, que ce Blaskowitz refuse. En
LXXXII
XX Corps No 462
réalité, l’homme est un organisateur hors-pair
Arnaville METZ XXX Sarreguemines et un commandant fiable, ce qui lui vaut le
z
XX
XX
XLVII P soutien de von Rundstedt mais une certaine
17 SS acrimonie de la part de l’OKW.
3 Au 1er septembre, entre Thionville et Nancy,
Pont-à-Mousson
XX Ligne de front la 1. Armee dispose de l’équivalent de trois
divisions et demi ; la 17. SS-Panzergrenadier-
XII Corps 15 (-) Avancées américaines Division « Götz von Berlichingen » est quant
XX
Westwall à elle en réserve à Metz, où elle a rencontré
553 VG à l’ouest des reconnaissances américaines.
NANCY Cependant, des divisions nouvellement for-
Toul
mées, les Volksgrenadier-Divisionen, sont
B en route : la 559. Volksgrenadier-Division
X
Bayon XXXX se trouve à l’est de Metz, tandis que la
G
FRANCE [4] Metz est une des villes ayant été les plus
fortifiées au monde au cours de son histoire.
Charmes
Neufchâteau [5] Fleuve impétueux au fort courant, la Moselle est
souvent en crue lors de l’automne et l’hiver. Les ouvrages
fortifiés perturbent encore plus une possible traversée.

8
INTRODUCTION
553. Volksgrenadier-Division se dirige vers Nancy et
que la 106. Panzer-Brigade est à la frontière sarroise.
Leur arrivée coïncidence avec l’ordre d’arrêt reçu par les
troupes américaines, qui leur confère un répit bienvenu
servant à terminer leur rassemblement. La 1. Armee, qui
doit protéger les bassins industriels de Longwy et Briey
ainsi que la Sarre, reçoit aussi l’ordre de reprendre le
contact avec la 19. Armee au sud de Nancy. Quelques
jours auparavant, les services administratifs allemands
ont quitté Metz, détruisant leurs archives et se dirigeant
vers l’Allemagne. Du côté allemand, chacun se prépare
à l’offensive du 12, et l’absence d’attaques américaines
confirme le jugement d’Hitler : la pénurie les frappe… 

 Ci-contre : Ce GI's découvre un casque Adrian modèle 1915


sur un champ de bataille autour de Verdun. Les traces des
combats s'y étant déroulés il y a 28 ans sont encore visibles,
notamment les sacs de sable et les différents vestiges.

 Page de gauche : Le Generaloberst Johannes


Blaskowitz est en charge des opérations en Lorraine
avant d'être remplacé par Balck. L'homme n'est pas
un mauvais officier mais encore une fois la réalité de la
guerre rattrape et condamne les plans du Führer.
Bundesarchiv Bild 183-S73086

 Ci-dessous : Hasso von Manteuffel inspecte certains de


ses hommes dans un village lorrain en septembre 1944. La
diversité d'expérience est visible jusque sur les poitrines :
Vu sur [Link]

certains affichent des décorations tandis que d'autres


n'en ont aucune. ©ECPAD/France/Photographe inconnu

SOURCES
D’Este (C.), Patton : A Genius for War, HarperCollins,
New York, 1995.

 Cole (H.), The Lorraine Campaign, Whitman


Publishing, 2012.

9
XII CORPS
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE

PREMIÈRE LE
PARTIE
Vu sur [Link]

NANCY
 Landser et
Panzergrenadier en
CHAPITRE 1

Lorraine disposent
d'un avantage sur
les Américains : ils
connaissent pour la
plupart parfaitement
le terrain, sur lequel
ils se sont entraînés
les mois précédents.
FHM

LE XII CORPS EN DIFFICULTÉ


Depuis la fin du mois d’août 1944, les troupes de Patton sont bloquées à quelques kilomètres de la Moselle
à cause du manque de carburant. Les unités de la Third Army reçoivent ainsi à peine leur consommation
habituelle quotidienne, ce qui les empêche de se porter de l’autre côté du fleuve. Cependant, à partir du
4 septembre, le ravitaillement en carburant s’améliore, et ce n’est que six jours plus tard que les réserves
de carburant seront à leur niveau normal. Patton, fidèle à sa nature impétueuse, a cependant demandé dès
le 5 septembre l’autorisation de reprendre sa progression, ce qui lui est accordé par Eisenhower.

10
XII CORPS NANCY
CHAPITRE 1
PREMIÈRE LE

D
PARTIE

ans l’esprit du SHAEF, l’attaque sur la Ruhr


reste une priorité, tandis que celle de Patton
vers la Sarre n’a pas la même amplitude ni
importance. Eisenhower le confirme dans
sa lettre du 4 septembre aux généraux :
« La Third Army doit occuper le secteur de la Ligne
Siegfried en Sarre puis capturer Francfort. Il est impor-
tant que cette opération débute le plus vite possible afin
de bloquer l’ennemi dans ce secteur, mais les troupes
progressant vers la Ruhr au nord-ouest des Ardennes
doivent d’abord être adéquatement soutenues [1]. »
La retraite désordonnée des forces allemandes depuis
la Normandie ne pousse pas les généraux alliés à la
prudence ; personne ne peut prévoir qu’une résistance
acharnée va avoir lieu aux alentours de Metz. Une note
d’un bureau du Supreme Commander du 5 septembre
est éloquente : « La défaite des forces allemandes est
maintenant totale, et la seule chose nous permettant
d’atteindre nos objectifs est la vitesse. »
Le général Eddy, à la tête du XII Corps, reçoit l’ordre
de faire progresser ses troupes vers la Moselle au nord
de Nancy et le lendemain, ses troupes se battent pour
traverser le fleuve. Pendant ce temps, une réunion au
QG de la Third Army à Châlons-sur-Marne voit Bradley
promettre davantage de troupes à Patton, notamment
Vu sur [Link]

la 79th Infantry Division et la 2e Division Blindée, tout


comme la 6th Armored Division. Au même moment,
le général Walker à la tête du XX Corps (placé sur le
flanc gauche du dispositif de Patton) reçoit l’ordre de
se porter lui aussi vers la Moselle. Walker souhaite
établir une tête de pont blindée sur le fleuve comme
ce qu’il a fait en août dernier sur la Marne et la Meuse.

LE XII CORPS À LA PEINE


C’est une unité du XII Corps, le Combat Command A
de la 4th Armored Division, qui est la première à avoir
traversé la Meuse à Commercy, le 31 août 1944.
L’unité du général Eddy est donc toute désignée pour
continuer sur sa lancée vers la Moselle et Nancy.
La 80th ID occupe la tête de pont à partir du 2 sep-
tembre et relève les éclaireurs de la 4th AD… tandis
que d’autres unités traversent plus au nord. Le succès
des blindés américains dans l’élaboration de cette
tête de pont au-delà de la Meuse encourage Eddy à
favoriser le même genre de tactiques pour la Moselle,
mais son état-major freine des quatre fers : les posi-
tions allemandes sont inconnues, tout comme l’état
des divisions ennemies. Les unités blindées devraient
être conservées dans l’optique de l’exploitation d’une
éventuelle tête de pont capturée par l’infanterie. Sauf
que le XII Corps est lui aussi touché de plein fouet par
la pénurie de carburant… même si la récupération et  Manton S. Eddy (à
l’agglomération. Le lieu de traversée est vite choisi :
le siphonage de plusieurs dépôts allemandes capturés gauche ici sur la Moselle) ce sera la petite ville de Pont-à-Mousson située à une
est né en 1892 à Chicago.
a permis à tous les véhicules de passer la Meuse. Capitaine dans le corps
trentaine de kilomètres au nord de Nancy. Selon le
Très vite, malgré le principe de rationnement, tous expéditionnaire américain plan, le CCA devra ensuite piquer vers le sud puis
les éléments du XII Corps sont immobilisés. Il faut en 1918, il fait toute sa attaquer Nancy par l’est, tandis que le 319th Infantry
carrière dans l'armée et
attendre l’arrivée de carburant le 4 septembre dans devient le « patron » du Regiment aura pour mission de créer une tête de
la journée pour qu’Eddy repense à son offensive ; XII Corps en août 1944. pont à Toul (ouest de Nancy) et de foncer sur la ville.
Apprécié de Patton pour
cette dernière sera menée par un Regimental Combat sa vision tactique, il sera Enfin, une tête de pont annexe – mais « limitée » -
Team de la 80th ID (soutenu par des éléments du un de ses partenaires doit être établie à l’est de Belleville-Marbache par le
privilégiés pendant la
317th Infantry Regiment). L’objectif principal est campagne de Lorraine. 318th Infantry Regiment.
la capture de Nancy en franchissant rapidement la Sauf mention contraire,
toutes photos US Nara
Moselle à son nord pour finalement redescendre vers [1] Cole (H.), The Lorraine Campaign, p.72, Whitman Publishing, 2012.

11
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE

 Plus Patton se dirige


vers l'est, plus il croise de
fleuves et de canaux que
les Américains doivent
franchir assez vite.
Mais tous ne sont pas
franchissables aisément
comme celui-ci...
et les Allemands l'ont
bien compris en faisant
sauter les ouvrages d'art
en Lorraine. US Nara

 Page de droite,
en bas :
Le général George
S. Patton vient d'arriver
à bord de son véhicule
dans un village français
où se trouve son poste
de commandement.
Le cavalier va
toujours chercher à
se rapprocher le plus
possible de la ligne de
front. Patton Museum

 L'artillerie est le
point fort de l'US Army.
Le matériel est excellent
et les unités sont bien
dotées, permettant
d'annihiler les positions
Vu sur [Link]

allemandes sous un
déluge de feu juste
avant l'assaut.

PASSER LA MOSELLE À PONT-À-MOUSSON ET TOUL


En fin de journée, le 4 septembre, le 317th Infantry
Regiment se dirige vers la Moselle dans les environs
de Pont-à-Mousson. Les hommes sont quelque peu
inquiets : aucune reconnaissance n’a été menée pour Aux premières heures du 5 septembre, les GIs s’élancent à l’assaut du fleuve.
observer l’état des défenses sur l’autre rive, mais il faut Le 2nd Battalion est rapidement pris sous un feu précis de mortiers et les
aller vite. Après tout, l’ennemi ne s’est pas manifesté hommes n’osent plus bouger ; le 1st Battalion, lui, parvient à rejoindre Blénod
lors de la traversée de la Meuse ; pourquoi le ferait-il mais ici aussi, des tirs de mortiers et de mitrailleuses arrêtent les hommes
pour la Moselle ? et détruisent la plupart des canots pneumatiques prévus pour la traversée.
Sauf qu’en face, des hommes en tenues tropicales Le 3rd Battalion, en désespoir de cause, est envoyé traverser à Pont-à-Mousson
attendent patiemment les Américains. Des éléments mais les ponts ont tous été détruits. Dans la soirée, les trois bataillons sont
de la Panzergrenadier-Division 3, tout récemment arri- repositionnés pour une nouvelle attaque. Sur l’aile gauche, le 2nd Battalion
vée d’Italie, ont eu le temps d’installer des défenses doit se porter vers Vandières, tandis qu’au centre, le 3rd Battalion se prépare à
sommaires et sont soutenus par des « rampants » un assaut frontal sur la colline de Mousson et que le 1st Battalion réessaie au
d’un régiment de la Luftwaffe. L’optimisme latent des même endroit qu’à sa première tentative. À cet endroit, les Allemands restent
Américains leur a fait oublier une des règles principales silencieux, et les GIs se rapprochent du fleuve… quand soudain, à 04h15,
de la guerre : la prudence. Les observateurs allemands le calme est rompu par un commandement vif dans la langue de Goethe.
ont pu observer à loisir, depuis l’autre rive, les colonnes
du 317th Infantry Regiment se rassembler et progres-
ser vers la Moselle… Mais le général McBride décide
d’attendre le lendemain pour traverser. Au milieu de la
nuit, deux objectifs sont assignés aux Américains : cap-
turer la colline de Mousson (à l’est de Pont-à-Mousson)
et la colline 358, au nord de cette dernière. Le 1st
Battalion reçoit l’ordre de se porter vers le fleuve à 9h30
le lendemain puis de le traverser en utilisant des canots
d’assauts près de Blénod-lès-Pont-à-Mousson. Une fois
la tête de pont établie, il devra passer au sud du village
d’Atton, traverser la forêt de Facq et attaque la colline
de Mousson par l’arrière. Au même moment, plus au
nord, le 2nd Battalion doit traverser à Pagny-sur-Moselle
puis attaquer la colline 385 située sur la rive opposée
et descendre sur la colline 358. En réserve se trouve le
3rd Battalion devant traverser derrière le 1st Battalion.
Le commandement local a (presque) tout prévu : soutien
de l’aviation et de l’artillerie de la 80th ID. Sauf que le
jour même, aucun appareil n’est assigné à cet endroit,
et seul un bataillon d’artillerie est disponible pour le
1st Battalion…

12
XII CORPS NANCY
CHAPITRE 1
PREMIÈRE LE
PARTIE

ASSAUT SUR NANCY DU XII CORPS, PLAN DU 4 SEPTEMBRE 1944


Cheminot Axes prévus d’attaques américaines
Pont-à- 317th
XX Raucourt
Ligne de front allemande
Mousson Inf. 3 Bases de départ théoriques américaines
St. Michel Nomény
III
Ste Geneviève
317
Bernécourt Dieulouard
Sivry Fresnes-en-Saulnois

III Millery
CCA/4th
318 Marbache Armoured Division Chambrey Vic-
318th III sur-Seille
X
Inf. Moyenvic
A 4 92 Lw Field
Champenoux
Commercy III
319 Arracourt
M

NANCY XX
Void 553 VG
319th Inf.
Toul Maixe

Dombasle Crévic

Pont St. Vincent St. Nicolas-


du-Pont Luneville Croismare
Vu sur [Link]

Vaucouleurs XX
X
Flavigny 15
B 4
Damelevières
Mont

Colombey-
les-Belles
Lorey
Gerbeviller
Brémoncourt
Punerot
Bayon

Bainville-aux-Miroirs

Les Américains n’ont que le temps de se coucher pour éviter


les rafales de mitrailleuses et les projectiles allemands. Seul le
3rd Battalion, soutenu par le 305th Engineer Combat Battalion,
parvient à franchir la Moselle dans Pont-à-Mousson. Quatre sec-
tions atteignent la rive allemande au prix de lourdes pertes, et
plus de la moitié des canots pneumatiques sont perdus. Alors
que le jour se lève, les GIs s’enterrent et le 2nd Battalion est
redirigé vers ce secteur pour soutenir leurs camarades, mais
pendant que la traversée s’organise, les Allemands sortent de
leurs trous d’hommes et contre-attaquent les maigres effectifs
à la baïonnette. À 11h, la position américaine sur la rive opposée
de la Moselle n’existe plus : 160 hommes y ont été décimés.
Le général Eddy est effaré : ses troupes ne sont pas parvenues
à traverser la Moselle, et les Allemands, à la surprise générale, ont
décidé de résister. La 80th ID de son côté a réussi la veille à traverser
la Moselle au nord de Toul, puis est descendue vers les faubourgs
est de la cité ; près de Marbache, le 3rd Battalion du 318th IR
repousse difficilement les « rampants » de la Luftwaffe. Ces derniers
s’accrochent au terrain mais en peuvent résister devant la puissance
de feu américaine.
À l’ouest de Nancy, la tête de pont du 319th IR ne s’étend pas aussi
vite que prévu car les Fallschirmjäger opposent une forte résistance.
Les défenseurs s’appuient sur deux anciens ouvrages défensifs fran-
çais de la fin du XIXe siècle, le fort de Gondreville et le fort de Villey-le-
Sec. Le premier, situé le plus au nord, est capturé dès le 5 septembre
par les troupes américaines, mais le second est plus compliqué à
prendre. Une première attaque le 6 septembre échoue devant les fos-
sés du fort, et le 7 septembre, la Company K du 3rd Battalion (319th
IR) s’élance à son tour, le lieutenant-colonel Elliott B. Cheston en tête.

13
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE

Les deux photos de cette page


Nous sommes le 12 septembre 1944 : un Sherman
Tankdozer nivelle le lieu de franchissement d'un
canal juste avant la Moselle, certainement dans la
région de Dieulouard. Le pont qui le franchissait
a été démoli par les Allemands (il en reste les
vestiges en arrière-plan). L'essentiel est de
faire traverser l'infanterie en premier ; inutile de
préciser qu'un tel pont ne permet pas de faire
passer tout de suite un train d'artillerie ou des
unités blindées. Ce n'est qu'à la sécurisation de
la tête de pont que les renforts lourds peuvent
arriver, laissant parfois les soldats américains
dans des situations très compliquées face à des
défenseurs obstinés. L'US Army est cependant
une experte dans la pose rapide de ponts.

[2] Ibid, p.89.

écrit-il dans ses carnets [2]. Le risque d’une


contre-attaque allemande sur le flanc du
XII Corps s’éloigne petit-à-petit, au grand sou-
lagement d’Eddy, et les rapports de toutes
ses unités de reconnaissance indiquent que
les unités allemandes en repli n’ont plus
aucune velléité guerrière. Certaines colonnes
sont même anéanties, comme celle entre
Xirocourt et Ceintrey détruite par le 42nd
Cavalry Squadron le 6 septembre. Mais une
bonne nouvelle parvient alors au général
Vu sur [Link]

Eddy : le XV Corps fait son grand retour


dans le giron de la Third Army, amenant avec
lui notamment la 35th ID qui va pouvoir ren-
forcer le XII Corps dans son attaque vers la
Moselle. Dès le 7 septembre, cette dernière
est ajoutée dans les plans d’offensive d’Eddy
ainsi que la 4th AD ; le mouvement choisi
est un véritable coup de faucille partant du
sud du front tenu par le XII Corps et devant
attendre les arrières de Nancy… en traversant
la Moselle et la Meurthe. Pour Eddy, une
fois que cette opération sera terminée, les
blindés pourront être utilisés pour remonter
vers le nord et l’est. Du côté de la 4th AD,
le plan est reçu avec froideur : le sud de
Nancy compte de nombreux cours d’eau,
et les traverser ne va pas être facile. Une
nouvelle version du plan est alors élaborée :
la 35th ID ainsi que le CCB de la 4th AD
vont se déployer vers le sud de la capitale
des ducs de Lorraine, tandis que la 80th ID
traversera au nord (en espérant que l’ennemi
soit distrait par l’attaque au sud) pour finale-
ment réaliser un double enveloppement de
la cité. L’opération en elle-même est prévue
pour le 11 septembre à 5h du matin.
Ce dernier, ayant chargé son arme de munitions traçantes, indique aux blindés en soutien
les tirs à réaliser à l’aide de courtes rafales. L’attaque ne donne pourtant rien de neuf : le fort

SÉCURISER LA TÊTE DE PONT


ne tombera que le 10 septembre avec le retrait de la garnison.
À partir du 8 septembre, les Allemands lancent une série de contre-attaques pour tenter

DE DIEULOUARD
de repousser les Américains de leurs têtes de pont ; cependant, deux jours plus tard, les
assauts n’auront rien donné de particulier, le commandement allemand donnant l’ordre de
se replier vers Nancy.
Deux régiments de la 35th ID, les 137th IR
et 134th IR, reçoivent l’ordre de traverser la

EDDY REPREND LA MAIN


Moselle au sud-ouest de Nancy. Aux alentours
de midi le 11 septembre, un pont miné mais
non détruit est repéré près de Flavigny, et le
Devant les difficultés rencontrées par ses troupes, le chef du XII Corps décide d’arrêter les 134th IR reçoit l’ordre de s’y porter. Après une
tentatives de traversée de la Moselle, sauf dans le secteur de la 80th ID. Le général Eddy courte escarmouche, le 2nd Battalion parvient
demeure cependant optimiste. « Cette fois, nous nous assurerons que cela fonctionne. » à traverser la Moselle grâce à ce pont puis se

14
XII CORPS NANCY
CHAPITRE 1
PREMIÈRE LE
PARTIE

Jeep Willys
42nd Cavalry Squadron
XII Corps
Xirocourt, France, 6 septembre 1944

fortifie sur la rive adverse, dans l’attente des renforts les blindés américains ont le champ libre pour soutenir
blindés. Mais cette manœuvre est éventée, et vers minuit leurs camarades du 137th IR depuis leurs positions
Vu sur [Link]

des appareils allemands tentent de bombarder le pont,  L'absence de la près de Brémoncourt. Les Engineers ont de leur côté
Luftwaffe dans le
sans succès ; l’artillerie parvient à démolir l’ouvrage ciel lorrain favorise
réussi à installer un pont flottant sur le fleuve à Bayon,
d’art, laissant à nouveau les GIs esseulés sur la rive. les reconnaissances permettant aux autres éléments du CCB et quelques
À nouveau, une contre-attaque allemande annihile le aériennes pour le
compte de l'US Army,
renforts, de rejoindre la tête de pont. Un détachement
2nd Battalion, et seuls quelques éléments parviennent les pilotes s'approchant allemand tente de détruire le pont, mais l’unité est ins-
à revenir sur la rive occidentale à la nage. parfois beaucoup des tantanément encerclée et éliminée méticuleusement par
objectifs à repérer.
Cependant, si un moment de flottement s’observe au Cette photographie de les blindés et l’infanterie américaine. La situation est
134th IR, le 137th IR a eu plus de succès même si début septembre 1944 alors désastreuse dans le secteur pour les défenseurs :
représente le secteur de
la résistance du Panzergrenadier-Regiment 104 est Dieulouard, avec la ville harcelés depuis les airs et incapables d’endiguer le flot
âpre. À la fin de la journée, les hommes de cette unité du même nom en premier de matériel américain, les hommes du Panzergrenadier-
plan. La Moselle se situe
contrôlent un petit territoire sur la rive orientale de la à quelques centaines Regiment 104 se replient au-delà de la Meurthe.
Moselle, et l’artillerie américaine pilonne les défen- de mètres plus loin. Le Le 11 septembre, le général Eddy dispose alors d’une solide
cliché permet d'observer
seurs allemands. Le CCB de la 4th AD est lui aussi la topographie de la tête de pont dans le secteur de Bayon ; son homologue,
parvenu à traverser le fleuve plus au sud, notamment à Lorraine : peu de reliefs, le général Walker à la tête du XX Corps, est lui aussi par-
de grandes plaines...
Bainville-aux-Miroirs puis en passant par Bayon. De là, venu à établir une tête de pont près de Metz, à Arnaville.

15
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE

 Sans logistique, aucune


armée ne peut avancer
loin ou combattre de
manière efficace. C'est
encore plus vrai dans
le cas de l'US Army en
France qui voit ses lignes
de ravitaillement s'étirer
dangereusement. Grâce
à sa motorisation et à la
débâcle de la Wehrmacht,
l'armée américaine
parvient à progresser
parfois d'une cinquantaine
de kilomètres par jour.

 Page de droite,
en haut :
Cliché sûrement le
plus connu du Red Ball
Express, le service de
ravitaillement allié en
France. Au meilleur
de sa forme, le réseau
va convoyer plus de
12 tonnes de denrées
par jour sur une distance
de plusieurs centaines
de kilomètres. Les routes
empruntées par les
convois sont interdites à
la circulation civile et les
conducteurs n'hésitent
Vu sur [Link]

pas à « débrider » leurs


véhicules pour dépasser
la vitesse maximale.

 Page de droite,
en bas :
Le Tank Destroyer M10
est un très bon véhicule
antichar avec son canon
de 76,2 mm mais il est
bien souvent employé en
soutien des fantassins
pour museler des bunkers
ou autres positions
défensives allemandes.

 L'obusier M114 de
155 mm est une pièce
d'artillerie répandue dans
l'US Army. Sa portée
de presque 15 km en
fait une arme efficace,
à même de neutraliser
les positions allemandes
grâce à la puissance de
sa munition de 155 mm.
Cette arme est encore
utilisée de nos jours par
certaines armées.

La 80th ID reçoit donc l’ordre de traverser le fleuve


au nord de Nancy afin de finaliser le plan. L’assaut du
12 septembre est méticuleusement planifié et le lieu
de traversée est modifié : ce sera près de Dieulouard,
à quelques kilomètres au sud de Pont-à-Mousson.
Le 317th IR, là encore, aura la lourde charge de sécuriser
le lieu de traversée et de « s’enterrer » sur la rive adverse,
tandis que deux bataillons du 318th IR se jetteront dans
la brèche pour exploiter la percée. Le 319th IR, de son
côté, est toujours aux prises avec les défenseurs à l’est
de Toul. Enfin, l’exploitation en profondeur de la percée
est confiée au CCA de la 80th ID qui doit s’élancer vers
l’est de Nancy, avec la ville de Château-Salins en ligne de
mire. Depuis le 8 septembre, de nombreuses patrouilles
américaines ont arpenté la rive de la Moselle pour définir
le meilleur pont de traversée, mais le but principal est
d’éviter que les Allemands ne suppriment à nouveau
cette tête de pont. De plus, le terrain très vallonné ne per-
met pas de grosses concentrations blindées, et l’accès

16
XII CORPS NANCY
CHAPITRE 1
PREMIÈRE LE
PARTIE

à l’est de la région doit se faire sur des routes, souvent


« coiffées » par des élévations que les Allemands ont
pris le temps de fortifier…
La diversion consiste en plusieurs bombardements :
le 10 septembre, 58 bombardiers moyens bombardent
le pont de Custines, près de Marbache, et le lendemain,
des appareils attaquent diverses cibles dans les envi-
rons de Pont-à-Mousson. Le 11 septembre à minuit,
les deux bataillons du 317th IR se glissent silencieu-
sement le long de la rive occidentale de la Moselle et
s’apprêtent à traverser les canaux adjacents. À 4h du
matin, les GIs atteignent la Moselle sans encombre
et l’artillerie commence sa préparation. Le village de
Bezaumont est sciemment bombardé avec des obus
au phosphore… pour que la fumée s’échappant des
bâtiments masque l’avancée américaine ! Quatre heures
plus tard, la Moselle est franchie et les soldats amé-
ricains ont atteint leurs objectifs. Les Allemands, de
leur côté, ne réagissent quasiment pas : une impor-
tante pluie gène alors les observateurs d’artillerie et
les dispositifs de communication sont défectueux. Au
fil des heures, alors que les renforts américains tra-
versent, quelques tirs allemands atteignent le pont,
aussitôt réparés par les Engineers. Le 12 septembre,
deux compagnies du 702nd Tank Battalion, des canons
Vu sur [Link]

antichar et des obusiers de 105 mm ont pu traverser la


Moselle grâce aux ponts toujours plus lourds déposés
par les Engineers. La 80th ID est parvenue à « mordre »
sévèrement dans le dispositif de la 1. Armee, qui com-
mence à riposter avec son artillerie… mais qui voit un
moment de flottement dans ses lignes. En effet, entre
les lignes de la 3. Panzergrenadier-Division (au nord) et la
553. Volksgrenadier-Division (autour de Nancy), la jonc-
tion est poreuse, notamment au sud de Bezaumont, et
les deux unités ne sont pas au meilleur de leur forme. Ce
n’est que le 13 septembre à 1h du matin qu’un bataillon
du Panzergrenadier-Regiment 29, renforcé d’une dizaine
de StuG. III, passe à l’attaque au nord de Loisy, où la
F Company du 318th IR tient un carrefour routier. Les
Américains ne sont pas de taille à résister et reçoivent
l’ordre de se replier : partis de l’est, d’autres éléments
allemands se dirigent vers la tête de pont et reprennent
les villages de Sainte-Geneviève, Bezaumont pour fina-
lement se joindre aux assaillants de Loisy et menacer les
ponts. Le 318th IR est bousculé, et son commandant,
le colonel McHugh, est blessé, pendant que le reste
de l’état-major est capturé. Du côté des Américains, la
résistance aux forces allemandes n’est pas coordonnée
mais surtout l’œuvre de compagnies isolées ; devant la
progression ennemie, les unités américaines se replient
vers les ponts, l’obscurité ajoutant à la désorganisation.
Un début d’embouteillage entre les véhicules traversant
la Moselle et les groupes se repliant vers les ponts rend
encore plus difficile la mise en place d’un périmètre
défensif ; seuls des fantassins dans un fossé en bordure
de la route de Loisy parviennent à ralentir la progression
allemande avant de succomber. Pendant ce temps, le
lieutenant-colonel Golden, à la tête du 2nd Battalion à la Balkenkreuz. L’attaque allemande est enrayée : le commandement n’a plus de
du 318th IR, parvient à rassembler suffisamment de troupes fraîches, et a échoué à moins d’une centaine de mètres des ponts.
blindés et d’hommes au Pont de Mons, petit hameau à Sauf qu’au même moment, le CCA de la 4th AD fond sur les Allemands se repliant
l’est de Dieulouard, pour résister à l’attaque allemande. à toute vitesse. Les blindés américains reprennent Sainte-Geneviève puis cherchent
Alors que les premières lueurs du jour arrivent, les GIs à récupérer le plus possible de territoires perdus. À 9h30, la contre-attaque améri-
protégés dans les maisons ouvrent un feu d’enfer sur caine est déclenchée : les Allemands dépassés par le CCA sont tous capturés, et
les fantassins allemands alors que la B Company du tous les villages perdus au cours de la nuit sont de nouveau aux mains des GIs.
702nd Tank Battalion engage à moins de 200 mètres Le périmètre de la tête de pont près de Dieulouard, le 13 septembre à midi, est de
ses homologues adverses, détruisant plusieurs blindés nouveau en sécurité. 

17
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
Vu sur [Link]

LE XII CORPS
EN AVANT TOUTE
 Un char Sherman
(certainement un
CHAPITRE 2

M4A3) est en train de


se consumer dans une
plaine en Lorraine.
Le terrain permet
d'engager les blindés à
longue distance, ce qui
est souvent préjudiciable
pour les chars américains.
©ECPAD/France/Scheck

CHÂTEAU-SALINS ET NANCY
La première partie de l’opération étant remplie – prendre pied sur la rive « occupée » de la Moselle – les blindés
peuvent foncer vers l’est et entamer leur progression à l’intérieur de la région. Le 13 septembre, avant la percée
du CCA au-delà du fleuve (le lieutenant-colonel Abrams, chef du 37th Tank Battalion, a peu de temps auparavant
pointé la Moselle du doigt en disant « c’est le plus court chemin vers la maison »). Officier distingué pour sa
pugnacité, Abrams décide de ne pas faire dans la demi-mesure : comme les routes sont goudronnées, autant
utiliser la totalité du potentiel de ses blindés. Les rares barrages allemands sont détruits dans la précipitation
et les éléments de tête du CCA se trouvent à seulement quelques kilomètres de Château-Salins à la tombée
de la nuit. C’est une quarantaine de kilomètres que les blindés américains ont parcouru dans la journée, sans
rencontrer de résistance valable : si 12 Américains ont été tués, 354 soldats allemands ont été faits prisonniers
et presque cent véhicules allemands – dont une quinzaine de chars – ont été détruits. Après une pause pour
attendre les éléments du train de la division, la progression du CCA reprend le 14 septembre à midi, et devant le
peu de résistance, les éléments sont invités à pousser jusqu’à Arracourt, à une quinzaine de kilomètres au sud de
Château-Salins, pour y saisir les hauteurs. Les blindés américains seront donc en position pour couper l’arrivée
de renforts allemands depuis l’est, mais aussi pour détruire les unités se repliant depuis Nancy… et faire la liaison
avec le CCB en provenance du sud.

18
XII CORPS LE XII CORPS
CHAPITRE 2
PREMIÈRE LE
PARTIE
EN AVANT TOUTE
 Les Panzer-Brigaden en
Lorraine sont des unités
créées quelques semaines
auparavant sur ordre
de Hitler. Sur le papier,
elles sont très efficaces
car elles bénéficient
notamment des nouveaux
matériels comme ces
Panther (camouflés plus
ou moins bien pour tenter
d'échapper aux Jabos
omniprésents) mais en
réalité les équipages
ne sont pas ou peu
formées. De nombreux
tankistes américains
signaleront qu'utiliser des
obus explosifs sur un
Panther - qui n'ont pas la
possibilité d'endommager
le blindage - amène
très vite l'évacuation du
blindé par son équipage...
alors qu'il est bien
supérieur au Sherman !
©ECPAD/France/Scheck

[1] La région de Sarrebourg


est composée de nombreux
canaux spécifiques à l’industrie
métallurgique, comme celui
Vu sur [Link]

des Houillères de la Sarre.

EXPLOITER LA PERCÉE
loin de ses lignes, mais surtout, il sortirait de la zone d’action du
XII Corps. Si le zèle de Clarke est louable, Eddy n’oublie pas que
le rôle du XII Corps est de capturer et de nettoyer Nancy, pas de
Autour d’Arracourt, les avant-gardes américaines rencontrent le pousser si loin en Lorraine… de plus, le même Clarke n’a de cesse
14 septembre des colonnes de la 15. Panzergrenadier-Division, alors de requérir « urgemment » depuis le 13 septembre une intervention
en partance vers Nancy pour y renforcer les défenses. Les Allemands, de l’infanterie de la 80th ID afin de supprimer les dernières poches
peu préparés et pris par surprise, perdent 150 véhicules divers, 10 de résistance allemandes derrière ses lignes.
pièces de 8,8cm et 406 prisonniers… tandis que le CCA, lui, n’en-
registre que deux chars Sherman détruits et dix hommes blessés.

AU SUD DE NANCY, ON MARQUE LE PAS


L’unité peut dorénavant s’installer en défense face à l’est, dans la
zone entre Arracourt à l’ouest et le village de Moncourt, à l’est. Une
Task Force se place en embuscade le long de la route arrivant de
Nancy et commence à neutraliser de nombreux petits groupes de Dans la tête de pont sur la Moselle à Dieulouard, l’offensive allemande
défenseurs allemands en train de se replier. Le colonel Clarke décide a beau avoir été contenue le 14 septembre, la situation n’en est pas
de faire une proposition tactique à son supérieur, le général Wood : moins toujours sensible. Le lendemain, par mesure de précaution,
puisque les Allemands n’opposent pas de résistance, pourquoi est-ce Eddy ordonne au CCA de « relâcher » le 1st Battalion du 318th IR et
que le CCA ne pousserait-il pas jusque Sarrebourg, situé encore plus de lui faire faire le chemin inverse… en camions. Escorté par quelques
à l’est, afin de saisir les ponts sur les canaux [1] ? Wood, favorable, blindés, le convoi arrive juste à temps le 16 septembre pour renforcer
transmet au général Eddy, qui refuse : le CCA serait beaucoup trop la position toujours attaquée.

M8 Greyhound
Task Force Sebree
XII Corps
Nancy, 14 septembre 1944

19
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE

Au sud de Nancy, bien que le CCB et la 35th ID aient


réussi à traverser la Moselle entre le 11 et 12 septembre,
le terrain est à l’avantage des défenseurs. Pour atteindre
l’est de Nancy, il leur faut traverser la Meurthe et bous-
culer les derniers éléments ennemis dans le secteur.
Des compagnies de la 25. Panzergrenadier-Division et
de la 553. Volksgrenadier-Division, refoulées de leurs
positions sur la Moselle, se sont alors repliées préci-
pitamment vers Lunéville, au sud-est de Nancy, dans
la forêt de Vitrimont, ouvrant ainsi la voie aux blindés
américains. Deux colonnes du CCB en profitent pour
passer la Meurthe à Damelevières et Mont-sur-Meurthe
(sud-ouest de Lunéville) le 14 septembre au matin, pour
ensuite bousculer les Allemands réfugiés dans la forêt et
les pousser vers Lunéville. Cette petite ville est elle aussi
en passe d’être encerclée par les troupes américaines
puisque le 2nd Cavalry Group est au même moment au
sud-est de la localité et commence à l’ « asphyxier ».
Par conséquent, dans la soirée, la liaison entre CCA
venu de l’ouest et CCB venu du sud se fait : Nancy est
totalement encerclée.
Si Eddy prend autant de précautions pour captu-
rer Nancy (pourtant non fortifiée), c’est à cause du de nombreux blindés. Si, depuis le 10 septembre, des bombardiers américains
manque de renseignements au sujet des défenseurs. se relaient pour pilonner la forêt, l’incertitude demeure : Eddy écrit dans ses
Des FFI locaux ont bien donné des informations aux carnets que « personne ne sait ce qu’il se trouve dans cette forêt ». Sauf que,
Vu sur [Link]

Américains, mais ces dernières ne sont pas suffi- trois jours plus tard, le Generaloberst Blaskowitz donne l’ordre d’évacuer Nancy
santes et la traversée de la forêt de Haye, à l’ouest en conservant une petite tête de pont à l’ouest de la ville. Du côté américain,
de Nancy, fait craindre à au chef du XII Corps la perte c’est la Task Force Sebree qui va devoir s’occuper de la prise de la capitale.

20
XII CORPS LE XII CORPS
CHAPITRE 2
PREMIÈRE LE
PARTIE
EN AVANT TOUTE
 Le StuG. demeure, en
1944, un canon d'assaut
très efficace pour la
TÊTE DE PONT DE DIEULOUARD, 12-16 SEPTEMBRE 1944
Wehrmacht. Son canon
de 75 mm lui permet 16/09 Lesménils
d'apporter un soutien non I II
négligeable à l'infanterie I 319
mais aussi d'engager des 80 Rcn Pont-à-
cibles blindées comme les Mousson 15/09
chars Sherman. Devant
12/09
le manque de chars, Port-sur-Seille
les unités allemandes 15/09
disposeront de beaucoup 16/09
de canons automoteurs II
en Lorraine, comme Nomény
I 318
les StuG. III ou encore
les Jagdpanzer IV. Atton 13/09 Bénicourt
Cependant, suite au peu Blénod-lès-Pont- 13/09
Vers Fresnes-en-Saulnois
de blindage dont ces
engins disposent sur le
à-Mousson
II
toit, ils sont des cibles 15/09
de choix détruites très 16/09
vite par les chasseurs- I 318 (+)
bombardiers américains. Loisy
II
Bézaumont I 317 14/09
X
Le Pont Jeandelincourt
de Mons Landremont 15/09
A 4 Serrières 15/09
Dieulouard

Morey Moivron
15/09
Vu sur [Link]

Millery

Axes d’attaques américains


I Leyr
Axes d’attaques du CCA de la 4th AD
 Mi-septembre
1944, la ville de Nancy G 318 Positions américaines le 16 septembre au soir
se réveille libérée de 12/09
l'occupant allemand. Contre-attaques allemandes
II
Le drapeau tricolore flotte Positions allemande le 16 septembre au soir
à nouveau sur l'hôtel de
ville situé en bordure de 2 318 (-)
la célèbre place Stanislas. 12/09
En plus du drapeau
français, les drapeaux Bouxières-aux-Chênes
américain et britannique
figurent au fronton du Eulmont
bâtiment. La ville en elle-
même n'a pas tellement
souffert des combats Lay-St.-
puisque les Allemands
ont préféré se replier à
Christophe
cause de l'avancée des Agincourt
troupes américaines.

Dans la nuit du 13 au 14 septembre, les FFI préviennent les détruite par l’artillerie américaine, mais la ville de Nancy est prise,
Américains que la forêt de Haye est en train d’être évacuée. et seuls des éléments isolés allemands s’opposent tant bien que
Le 15 septembre, guidés par trois FFI de Nancy, la Task Force mal à la progression américaine.
Sebree entre dans la ville par la route de Toul et un bataillon du
314th IR traverse la ville d’ouest en est sans rencontrer de résis-

DIEULOUARD TOUJOURS MENACÉE


tance. La ville est ainsi capturée… mais sa garnison a pu s’échapper.
Pendant ce temps, les diverses têtes de pont sont exploitées par
les Américains à l’ouest de Nancy ; le 14 septembre au soir, des
unités américaines traversent la Meurthe au sud-est de la ville et Si Nancy est prise assez rapidement et sans combat, les Allemands
se rapprochent dangereusement des premiers faubourgs. Le canal qui ont été distancés par le CCA et sa chevauchée vers l’est ne
de la Marne au Rhin, coulant à l’est de Nancy, commence à être demeurent pas inactifs. Le 16 septembre, des offensives allemandes
franchi par le CCB notamment à Maixe et Crévic, malgré la résistance s’élancent vers la tête de pont de Dieulouard, mais les Américains
acharnée des Allemands. Seul le premier point de franchissement ripostent et conservent le terrain. La rive orientale de la Moselle est
nécessite l’appui de l’artillerie et du 37th Tank Battalion détaché toujours en leur possession, et les Allemands commencent à ne plus
du CCA… qui arrive après le repli des Allemands le 16 septembre. avoir suffisamment de renforts. La 80th ID, soutenue par l’artillerie et
Le long de la Meurthe, à Dombasle et à Sommerviller, le 320th IR des chasseurs P-51, repousse définitivement les assaillants le même
parvient à s’installer sur la rive adverse tandis qu’à d’autres endroits, jour ; plusieurs fois, les Allemands ont gravement menacé la tête de
les arrière-gardes allemandes se montrent pugnaces. Mais tout au pont au cours de la semaine passée, sans pouvoir pousser plus loin
long du 16 septembre, la Meurthe et le canal de la Marne au Rhin leurs assauts. La ténacité des troupes américaines, la désorganisation
sont traversés par le 137th IR ainsi que par des blindés de soutien. allemande et l’appui aérien ont été décisifs. Il est temps maintenant
Une contre-attaque allemande dans le secteur de Chartreuse est pour le XII Corps d’avancer…

21
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE

Jagdpanzer IV/L70
Unité inconnue
Wehrmacht
Secteur de Nancy, septembre 1944

pavées. Le 17 septembre, le CCB n’a même pas atteint


Nomény ; devant la difficulté, Eddy donne l’ordre à cette
unité de s’arrêter. Au même moment, Patton confie au
XII Corps un nouvel élément blindé, le CCB de la 6th AD,
qui doit revenir de Bretagne à toute vitesse. L’aile gauche
de la 35th ID capture Essey-lès-Nancy tandis que le
centre et l’aile droite traversent la Meuse depuis le 16
septembre. Le général Sebree reprend la tête d’une Task
Vu sur [Link]

Force composée du 737th Tank Battalion, du 134th IR,


de quelques Tank Destroyers et pièces d’artillerie qui
doit attaquer la 553. Volksgrenadier-Division située sur
le plateau au nord-est de Nancy.
Le 18 septembre, une élévation nommée le Pain de
Sucre est prise par le 134th IR mais les Allemands
contre-attaquent le lendemain depuis le village d’Agin-
court et reprennent la colline. L’objectif étant vital pour
Eddy, ce dernier ordonne une contre-attaque immédiate.
Sebree fait monter à l’assaut ses hommes à 13h30
le 19 septembre alors que son artillerie a « traité » le
terrain pendant toute la matinée. La colline est prise,
tout comme Agincourt, en fin de journée, l’ennemi s’en-
fuyant devant les troupes américaines. Le 134th IR
est alors dans une situation très favorable, puisqu’il a
l’opportunité d’écraser la 553. VG-D entre les 80th ID
et 35th ID. Jusqu’au 20 septembre, de furieux combats
autour de la colline d’Amance vont opposer Américains
et Allemands, ces derniers s’étant retranchés près de la
forêt de Champenoux. Une fois encore, l’artillerie amé-
ricaine parvient à neutraliser le plus gros des défenses,
mais les 80th ID et 35th ID n’avancent pas aussi vite
que prévu. De plus, la 4th AD commence à être engluée
à Arracourt, où elle se frotte aux Panzer…

CHOC BLINDÉ À ARRACOURT


 Hasso von Manteuffel (voir biographie en fin de numéro) est un commandant respecté
de ses hommes et talentueux. Hitler lui donne des objectifs qui sont en fait impossibles
à atteindre suite au manque de matériel mais aussi au faible niveau d'instruction des Le 17 septembre, le CCB de la 4th AD (qui vient alors
nouvelles recrues de la Wehrmacht qu'il a sous ses ordres. Bundesarchiv Bild 146-1979-035-19 de traverser le canal de la Marne au Rhin) est envoyé
vers le nord pour soutenir la 80th ID. Cependant, à la fin
Le général Patton informe le 16 septembre ses commandants que Bradley a accepté de la journée, tous les déplacements sont interdits par
un de ses nouveaux plans : la Third Army va obliquer vers le nord-est afin de réduire le général Patton qui demande aux unités du XII Corps
la longueur du front dédié aux XII et XX Corps. Le mouvement doit se faire à partir de se réunir en colonnes pour filer vers le nord-est, avec
du 18 septembre, mais la 80th ID, en charge du nettoyage de la tête de pont, ne pour objectif la Sarre. Si Patton semble relativement
parvient pas à le faire dans les temps. Le CCB de la 4th AD est envoyé le soutenir, optimiste, ses subordonnés sur le terrain le sont moins.
mais des ordres et d’autres contre-ordres retardent son arrivée notamment vers le Ainsi, le général Wood, à la tête de la 4th AD, indique
village de Nomény, que les Allemands se préparent à défendre chèrement. Pis, la au général Eddy que « faire franchir la Moselle au ravi-
« mauvaise saison » a débuté en Lorraine, et des pluies intenses ont fait leur appa- taillement et l’amener par les routes va être un problème
rition, détrempant les champs et interdisant donc aux chars de quitter les routes majeur. Cette opération ne va pas être rapide – pas de

22
XII CORPS LE XII CORPS
CHAPITRE 2
PREMIÈRE LE
PARTIE
EN AVANT TOUTE
blitz cette fois ». Rien de très contraignant cependant
puisque Wood donne l’ordre au CCB, alors à Delme,
de pousser vers Sarrebruck ; le CCA reçoit l’ordre de
partir de la zone d’Arracourt pour remonter vers le nord
près de Morhange et Sarreguemines. Cependant, le 18
septembre, le XLVII. Panzer-Korps du général Lüttwitz
se lance à l’assaut au sud-est de Lunéville, défendue
par le CCR de la 4th AD, et dispose notamment de la
nouvelle Panzer-Brigade 111 et de la 21. Panzer-Division.
À l’opposé, au nord-est, ce sont la Panzer-Brigade 113
et la 15. Panzergrenadier-Division qui attaquent la ville.
Si dans les premières heures de l’assaut les Allemands
parviennent à recapturer Lunéville, des renforts du
CCA et du CCB de la 4th AD interviennent rapidement
et repoussent les assaillants dans la soirée. Devant le
faible niveau de menace, Wood et Eddy décident de
conserver leur plan original… mais, autour d’Arracourt, l’artillerie et un peloton de Tank Destroyers. De l’autre
 Le Sherman américain
de plus en plus de rapports alarmants parviennent au dispose d'un canon de côté, les Allemands ne parviennent pas à reprendre
QG. Les avant-postes du CCA près du village de Lezey, 75 mm plutôt tourné l’avantage en Lorraine, et les pertes grimpent en flèche.
vers la neutralisation
au nord-est d’Arracourt, signalent des bruits de véhicules de l'infanterie et des Pour arrêter les Américains, Blaskowitz propose à Hitler
se dirigeant vers eux. véhicules peu blindés de lancer une contre-attaque d’Épinal vers le nord-est
adverses. Face à ses
Le colonel Clarke, à la tête du CCA, dispose ses troupes homologues allemands, afin de « raboter » le front allié et isoler la 4th AD dans
de Chambrey (au sud de Château-Salins) jusqu’au ce cheval de bataille de le secteur d’Arracourt. L’avantage de cette offensive
l'US Army a plus de mal
canal de la Marne au Rhin, mais le peu d’effectifs l’in- à percer leur blindage, est principalement qu’elle permettrait de conserver une
quiète : il n’a que quatre compagnies blindées (deux d'où l'adoption sur les liaison entre les 1. et 19. Armee puis de récupérer
Vu sur [Link]

futures versions d'un


de chars moyens, une de chars légers et une de Tank canon de 76,2 mm ou le l’avantage défensif des rives de la Moselle. Les avant-
Destroyers), un bataillon d’infanterie, un d’Engineers et soutien d'unités de TD. postes du CCA près du village de Lezey, au nord-est
©ECPAD/France/Scheck
trois bataillons d’artillerie. Arracourt se trouve au centre d’Arracourt, signalent des bruits de véhicules se diri-
du dispositif et accueille le QG du Combat Command, geant vers eux tard dans la nuit du 18 septembre.

PROGRESSION DE LA 4TH ARMORED DIVISION, DU 11 AU 14 SEPTEMBRE 1944


CCA Cheminot XX Axes d’attaque américains
Raucourt Positions allemandes
Pont-à- II
3
Positions avancées américaines le 14/09
Mousson Delme Positions avancées du XII Corps le 10/09
St. Michel 11-13/09 3 318 Nomény
III Escarmouches
Ste Geneviève
317
13/09
Bernécourt Dieulouard II CCA
2
11/09
II 1 317 Sivry Fresnes-en-Saulnois
Château-Salins Dieuze
1 318 Millery
III
Marbache Chambrey Vic-
318(-) II sur-Seille
Moyenvic
CCA 2 319 14/09
Champenoux
Commercy
II
Arracourt
1 319
XX
CCA Moncourt

NANCY 553 VG
Void II
Toul Maixe
3 319
XX
Dombasle Crévic Elms 15
Pont St. Vincent St. Nicolas- CCB
III du-Pont Luneville Croismare
Vaucouleurs III
III 137
Flavigny 320(-)
CCB 134 Damelevières II
III Mont 42
13/09
XX 137
Colombey-
XX 1 13/09
4 les-Belles CCB
CCR 4
Lorey
Gerbeviller
11/09 CCR Brémoncourt
Punerot II
12/09 Bayon 25

11/09 Bainville-aux-Miroirs
1 Tête de pont 35th ID le 11/09
Gripport
2 Tête de pont 80th ID le 13/09
Vers Neufchâteau

23
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE

Le 19, à 07h30 alors qu’un épais brouillard enveloppe


la campagne lorraine, un officier de liaison américain
roulant près de Bézange-la-Petite dans sa Jeep a la
surprise de tomber sur l’arrière d’une colonne de chars
allemands ! Le colonel Abrams, à Lezey, est prévenu
immédiatement par radio. Au même moment, des tirs
se font entendre près de Moncourt, où des chars légers
américains échangent des tirs avec leurs homologues
allemands. La Panzer-Brigade 113 est lancée vers
Bézange-la-Petite, mais les Allemands ne disposent d’au-
cun moyen de reconnaissance ni d’artillerie de soutien.
Au sud de Lezey, une section de Sherman aperçoit
soudain à une centaine de mètres des Panther sortant
du brouillard et se dirigeant vers leur direction. Trois
des fauves sont presque instantanément détruits, et
les autres rebroussent chemin. Des renforts du 704th
Tank Destroyer Battalion sont alors envoyés d’Arra-
court vers Lezey. Arrivés près de Bézange-la-Petite, les
chasseurs de chars américains repèrent et engagent
des Panzer à environ 200 mètres : même si trois des
quatre TD sont neutralisés, sept Panzer brûlent au loin.
La Panzer-Brigade 113 ne parvient pas à lancer d’at-
taques d’envergure. Les hommes mal entraînées et peu
habituées à coopérer avec les Panzergrenadiere se font
étriller face à des Américains mobiles et bien armés.
Vu sur [Link]

Eddy prend la mesure du danger et envoie des renforts


depuis Lunéville. De Lezey, la C Company poursuit les
Allemands et les retrouve près de Bézange-la-Petite ;
l’unité du capitaine Lamison prend place sur une crête
et neutralise quatre Panther qui pointent le bout de
leur canon… les Américains disparaissent de suite, puis
réapparaissent à quelques mètres pour détruire les quatre
derniers Panzer. À Réchicourt, les chars allemands qui
essaient de contourner le village se font pilonner par
l’artillerie américaine ; dans l’après-midi, deux compa-
gnies du 37th Tank Battalion commandées par le major
Hunter traversent Réchicourt à toute vitesse et tombent
sur le flanc des Allemands. Neuf Panther brûlent contre
trois Shermans américains à la suite de cet engagement.

 Pour apporter une


puissance de feu antichar
supplémentaire, les GIs
peuvent compter sur les
M18 Hellcat, toujours
équipés d'un canon de
76,2 mm mais bien plus
véloces que les TD M10.
Dans la campagne
lorraine, ces chasseurs
de chars ne font qu'une
bouchée des blindés
allemands - à condition
d'ouvrir le feu les premiers.

 Le Flakpanzer IV
Wirbelwind est une
réponse aux Jabos
alliés : disposant d'un
affût de 4 canons de
2cm, il est en mesure de
délivrer un feu soutenu
et de tenir les appareils
ennemis à distance.
©ECPAD/France/Scheck

 Le Panzer IV reste
toujours d'actualité
pendant la campagne
de Lorraine et n'en est
pas moins un adversaire
dangereux pour les
tankistes américains.
©ECPAD/France/Scheck

24
XII CORPS LE XII CORPS
CHAPITRE 2
PREMIÈRE LE
PARTIE
EN AVANT TOUTE
BATAILLE D'ARRACOURT, DU 19 AU 21 SEPTEMBRE 1944
II Juvelize
37(-)
II Donnelay
53(-) Lezey Flott
ag
e de
Xanrey s Salines

Lout Juvrecourt
re N
oir
e
I II Bezange-
la-Petite
191(-) 66
X
Arracourt
113 Ommeray
3C 704
X
II 113
Rechicourt D 37
166 (-) II
II
Moncourt
E

Athienville 191(-)
94 (-) II
I C 24 (-) X
I
E

A 37
111
A 166
E

Ligne défensive allemande, Positions defensives


Bathelemont- fin de journée américaines
les-Bauzemont Bures Coincourt
Avances des Pz. Bde, Avances americaines
111 et 113
Attaques allemandes Avance de la TF Hunter
Parroy ne
Valhey
Vu sur [Link]

M Chemins vicinaux Avance d'une partie de la


C/704th TD Bn
ar

Routes

La Panzer-Brigade 111 aurait dû passer à l’assaut le matin même,


mais la veille, un Lorrain oriente sciemment l’unité dans la direc-
tion inverse que celle demandée. Elle ne rejoint Bures qu’en fin de
journée le 19 septembre. Le CCA, rien que pour le premier jour
de cette attaque, revendique la destruction de 43 Panzer, pour la
perte de seulement huit de ses blindés. Pis pour les Allemands, la
Panzer-Brigade 112 aidée de la 21. Panzer-Division doivent céder
du terrain face au XV Corps plus au sud.

BLASKOWITZ ENRAGE
Le commandement allemand est très remonté de n’avoir pu percer les
lignes américaines. Blaskowitz ordonne, le 19 au soir, à Manteuffel
de reprendre l’attaque, quelque soient les pertes endurées. Le 20 sep-
tembre dans l’après-midi, les Américains sont bien décidés à réduire
 Des Panther (encore une fois amplement camouflés) se déplacent
à néant le potentiel militaire allemand près d’Arracourt. Le colonel dans un village lorrain, très certainement aux alentours d'Arracourt.
Abrams ordonne à trois compagnies de Sherman du 37th Tank Il n'existe que peu de couverts pour ces blindés, qui sont de toute façon
maniés par des équipages inexpérimentés. ©ECPAD/France/Scheck
Battalion de se porter sur Ley, accompagnées de l’infanterie.

Panzer V Ausf. A Panther


Panzer-Brigade 113
Bézange-la-Petite, septembre 1944

25
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
Vu sur [Link]

Entre Ley et Ommeray se dressent deux collines sur


lesquelles se sont implantées des chars allemands.
La C Company est très vite attaquée et perd six blindés,
juste avant de se replier en attendant la B Company.
Le combat continue jusqu’à la tombée de la nuit, et les
deux camps perdent une dizaine de blindés.
Malgré la présence de Panther, Blaskowitz note aigre-
ment que Manteuffel n’est pas parvenu à entamer les
défenses américaines, et lui fait même savoir que selon
lui, la 5. Armee manque d’esprit offensif. Manteuffel, de
son côté, argue que ses Panzer-Brigaden n’ont pas l’ex-
périence requise et demande un retrait vers Gélucourt et
Lagarde afin de sécuriser la jonction entre la 1. Armee et
la 5. Panzerarmee. Blaskowitz refuse alors et lui ordonne
de contre-attaquer immédiatement. Cependant, à l’OB
West, une autre stratégie est décidée : il faut fermer
le trou entre les deux armées suite à la menace repré-
sentée par le CCA et le CCB. Rundstedt récupère alors
la 11. Panzer-Division puis lui ordonne de soutenir la
5. Panzerarmee dans une attaque combinée avec la
1. Armee. L’objectif est de se diriger vers Moyenvic ;
cependant, le 21 septembre, Blaskowitz est relevé de
ses fonctions par Hitler et remplacé par le General der
Panzertruppen Hermann Balck. Sa première décision est
 Deux ennemis d'hier gisent aujourd'hui hors de combat à quelques mètres l'un de l'autre :
d’ordonner à la 1. Armee de quitter Château-Salins et se sont-ils combattus ? Impossible de savoir, mais le Jagdpanzer IV dispose d'un avantage
de se jeter sur Moyenvic ; de même, il ordonne à l’aile net sur les blindés américains grâce à sa silhouette assez basse. ©ECPAD/France/Scheck

droite du LVIII. Panzerkorps d’attaquer le lendemain à  Ce Panzer IV a subi une explosion interne de sa réserve de munitions aux
07h00 pour capturer le plateau au sud-est de Juvelize. alentours d'Arracourt, ne laissant aucune chance de survie à son équipage.
Le 21 septembre, le CCA soutenu par l’artillerie et l’avia-  Page de droite, au milieu : Bures est un des villages de regroupement pour les Panther de la
tion continue d’attaquer derrières Bures et Coincourt ; Panzer-Brigade 111 juste avant qu'elle n'arrive au contact des Américains. ©ECPAD/France/Scheck
cependant, les Américains ne trouvent aucune résis-  Page de droite, en bas : Les P-47 sont les alliés les plus fidèles des
tance viable, à leur grand étonnement. Wood donne divisions blindées américaines ; leur apparition terrifie bien souvent les
tankistes allemands qui n'ont quasiment aucun moyen de les contrer.
donc à la 4th AD l’ordre de prendre un jour de repos

26
XII CORPS LE XII CORPS
CHAPITRE 2
PREMIÈRE LE
PARTIE
EN AVANT TOUTE

76mm Gun Motor Carriage M18 Hellcat


37th Tank Battalion, C Company
US Army
Réchicourt, 21 septembre 1944

le lendemain avant de fondre sur Château-Salins.


Le 22 au matin, alors qu’un épais brouillard est pré-
sent, les Allemands démarrent l’attaque… en retard
Vu sur [Link]

de trois heures. La Panzer-Brigade 111 se jette sur le


25th Cavalry Squadron, alors équipé de chars légers,
qui perd très vite sept blindés. Seule la C Company
du 704th Tank Destroyer Battalion parvient à détruire
trois blindés allemands. Au grand dam des Allemands,
le temps s’améliore vite et permet à l’aviation américaine
de prélever son dû dans leurs rangs. Les Américains
contre-attaquent partout et reprennent Juvelize ; à la
fin de la journée, la Panzer-Brigade 111 ne dispose plus
que de 7 chars et de 80 hommes en état de combattre.
Moyenvic ne sera jamais atteint par cette offensive.

LE DEUXIÈME CHOC BLINDÉ


Hitler martèle à ses subordonnés qu’il veut que le lien
soit rétabli avec la 553. Volksgrenadier-Division, toujours
aux alentours de Nancy, et que la 1. Armee rejoigne la
5. Panzerarmee dans le secteur de Château-Salins et
de Moyenvic. Rundstedt récupère alors la 559. VG-D
stationnée au nord de Metz et la place à Morhange,
et une attaque est lancée sur le CCB manque de se
faire submerger par les Volksgrenadier. À nouveau,
l’intervention des P-47 change la donne et repousse
les unités allemandes. Le Führer demande à Manteuffel
de planifier une nouvelle attaque, et ce dernier ne reçoit
pour renforts que quelques éléments de la 11. Panzer-
Division. Le 25 septembre à 09h00, les Panzer partent
à l’assaut et capturent Marsal puis Vic-sur-Seille,
faisant la liaison tant attendue avec la 1. Armee.
Le CCA, entre temps, s’est replié sur Arracourt afin
d’occuper une position surélevée. Ce n’est que le 27
que Manteuffel lance son offensive, entre Bures et
Réchicourt : l’objectif est la capture des côtes 318
à Arracourt et 293 à Réchicourt. Les combats sont
très violents et les Américains s’accrochent au terrain.
À l’ouest de Bézange-la-petite, sur la colline 265, le 1st
Lieutenant Fields, blessé à la tête et à la gorge, parvient
à faire tenir ses hommes et lui-même neutralise deux
mitrailleuses allemandes avec une arme automatique.

27
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE

Le village de Bures est totalement rasé par les com-


bats, et les P-47 américains sont omniprésents dans
le ciel lorrain.
Le 29 septembre, alors que les Allemands ont capturé
de larges portions de terrain, la 11. Panzer-Division
attaque vers Xanrey, Réchicourt et la colline 318 au
sud. Encore une fois, le brouillard permet aux Panzer
de s’approcher sans danger jusqu’à sa disparition, per-
mettant aux Américains de demander l’appui des chas-
seurs-bombardiers. Les Allemands aperçoivent trop
tard les P-47 arriver dans leur direction : des hommes
s’enfuient, cherchent à gagner les couverts, mais
peine perdue : les premières bombes viennent de se
décrocher des ailes des appareils. À la grande surprise
des Allemands, ces dernières n’explosent pas… mais
contiennent des messages de propagande ! Après cette
méprise, la seconde vague des chasseurs-bombardiers
(cette fois-ci correctement armés) inflige de lourdes
pertes aux véhicules à Balkenkreuz. C’est la dernière
offensive sur Arracourt : les Allemands sont épuisés  Ces jeunes Panzergrenadier se tiennent sur un Panther, tout sourire, non loin
d'Arracourt. La plupart de ces jeunes n'ont pas suivi un entraînement suffisant et
et s’enterrent. Balck pense toujours qu’il peut détruire la coordination avec les équipages de char est catastrophique, facteur principal
la tête de pont de Pont-à-Mousson, mais demande à de l'échec des contre-attaques d'Arracourt. ©ECPAD/France/Scheck

von Rundstedt au minimum trois divisions… que ce

LA TACTIQUE DU « PIÈGE À SOURIS »


dernier n’est pas en mesure de lui offrir. La contre-of-
fensive prévue par Hitler s’éloigne de plus en plus,
Vu sur [Link]

et la supériorité aérienne des Américains a été un


Même face à des équipages allemands inexpérimentés, les Sherman déployés
avantage conséquent.
par la 4th AD demeurent très exposés. Leur munition de 75 mm n’offre pas
un pouvoir de pénétration suffisant pour détruire les Panther. Durant la bataille
d’Arracourt, les équipages américains ont donc profité du terrain – favorable

DERNIERS FEUX À CHAMPENOUX


au défenseur – pour infliger de lourdes pertes aux Allemands. Les attaques
surprises sur les flancs des Panzer, en profitant des crêtes et autres élévations,

ET GRÉMECEY
sont celles qui ont été les plus dévastatrices. Les équipages ont vite appelé cette
technique celle du « piège à souris » : laisser les Panzer s’engouffrer entre deux
élévations, puis les détruire par surprise sur les côtés.
Avant la bataille d’Arracourt, le général Eddy cherche
à pousser encore plus loin ses positions. Le 22 sep- compliquée, risquant l’encerclement total, et son commandant l’Oberst Löhr
tembre, le CCB se dirige vers la Seille et la traverse à ordonne un repli vers l’ouest de Château-Salins… vite refusé par la 1. Armee,
Han. Armaucourt est attaquée vers 10h15, mais les qui donne l’ordre de continuer les assauts vers la Moselle, ce qui est littérale-
Américains sont repoussés, et c’est seulement dans ment alors impossible à cause de l’état catastrophique de l’unité.
l’après-midi que les GIs y entreront, après avoir détruit Le 20 septembre, le général Patton décide de modifier la frontière entre les XII
plus de 160 véhicules. La forêt de Champenoux et et XV Corps, mais le général Eddy cherche à sécuriser ses lignes de ravitaille-
le bois de Faulx seront eux aussi capturés dans la ment. La voie principale à l’est de Nancy est surplombée par une petite forêt
journée. La 553. VG-D est alors dans une situation à l’ouest de Château-Salins, celle de Grémecey. La forêt est alors occupée,

Sherman M4A3
37th Tank Battalion, B Company
US Army
Ley, 20 septembre 1944

28
XII CORPS LE XII CORPS
CHAPITRE 2
PREMIÈRE LE
PARTIE
EN AVANT TOUTE
 Des Landser font le
point dans un village
lorrain autour d'un
Sd. Kfz. 251 camouflé.
Le soldat de face porte
encore une tenue
tropicale adéquate avec
la météo relativement
clémente qui règne (pour
l'instant) en Lorraine.
©ECPAD/France/Scheck

 En Lorraine, les
Volksgrenadier se
battent férocement,
même si certains n'ont
eux aussi pas subi un
entraînement aussi
poussé que d'habitude.
Les Volksgrenadier sont
en général de bonnes
troupes pour la défense
d'une position mais
rarement exceptionnelles
pour un assaut. ©ECPAD/
France/Scheck
Vu sur [Link]

au 26 septembre, par la 35th ID, qui est donc installée


comme une épine dans le dispositif allemand. À envi-
ron 200 mètres se trouvent les positions allemandes,
lesquelles ouvrent le feu sur la forêt le 26 septembre.
Knobelsdorff, du côté allemand, cherche à regagner
l’estime de Balck et ordonne que le XIII. SS-Korps
lance un assaut dans ce secteur pour le 27. Hermann
Priess, à la tête de l’unité, décide de se porter vers
le village de Moncel puis sur la route reliant Dieuze
à Nancy. Ici encore, l’homme ne dispose que de la
559. VG-D, de la Panzer-Brigade 106 et quelques
éléments épars de la 19. VG-D. Le 27 septembre, les
deux premières unités partent à l’assaut et prennent
les Américains par surprise. Pettoncourt, au sud de
Grémecey, résiste vaillamment ; mais les Allemands
s’infiltrent dans la forêt de Grémecey par le coin
nord-est et ne sont arrêtés que près des éléments de
soutien. Tout au long du 28 septembre, les Allemands
attaquent et grignotent les positions de la 35th ID
autour de Grémecey. Jusqu’au 1er octobre, les com-
bats vont faire rage et les Allemands ne se replie-
ront que sous la poussée américaine. Comme autour
d’Arracourt, le calme reviendra alors sur ce secteur
jusqu’au mois de novembre…
Le 1er octobre, la 80th ID reçoit l’ordre de continuer
ses attaques sur les approches ouest de la Seille.
Les Allemands y occupent les villages qu’ils ont for-
tifiés, nécessitant l’appui de l’artillerie, et donc une
dépense accrue de munitions qui se font déjà rares.
Le village de Sivry est pris après de durs combats, et
le XII Corps s’engage dans une véritable campagne
d’attrition, devant nettoyer les uns après les autres
des villages transformés en bastion. P-47 et obusiers
de 105 mm vont mener la danse tandis que les GIs
attendent la fin du barrage pour avancer : jusqu’au
10 octobre, ce schéma va se répéter chaque jour à
l’ouest de la Seille. Commence alors un mois d’oc-
tobre plus calme pour Eddy dont les troupes vont
pouvoir récupérer calmement et recevoir des ren-
forts… dans l’attente d’un mois de novembre qui
mettre les GIs à rude épreuve. 

29
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE

 Un Sherman M4A2 (76) traversant la Seille à Moyenvic le 9


novembre 1944. Ce blindé appartient au 761st TB, unité afro-
américaine s'étant illustrée sur le front de l'ouest, notamment
en Lorraine, et dont l'insigne est une panthère noire.
Vu sur [Link]

REPARTIR À L'ASSAUT
CHAPITRE 3

LE XII CORPS FAIT UN BOND VERS L'EST


À la fin du mois de septembre, le général Eddy est dans une situation favorable à la défensive. Même si certaines
de ses unités ont été malmenées lors de l’offensive allemande de la mi-septembre, ses positions tiennent bon.
Le mois d’octobre est ainsi mis à profit pour améliorer le sort des hommes du XII Corps, qui commencent à
goûter à la météo lorraine de saison : grosses pluies et sols boueux…

30
XII CORPS REPARTIR
CHAPITRE 3
PREMIÈRE LE
PARTIE
À L'ASSAUT
MARLÈNE DIETRICH… ET PAIN FRAIS
Les soldats du XII Corps, en ligne depuis plus d’un mois
en ce début d’octobre, sont éprouvés et ont besoin de
se reposer. Afin de leur remonter le moral, certains sont
envoyés en casernement à Nancy où ils peuvent profiter
de bains chauds, de séances de cinéma et même de
la visite de Marlène Dietrich ou d’autres spectacles.
Le ravitaillement est à nouveau de bonne qualité, per-
mettant aux hommes de toucher du pain frais et du
café – leur permettant d’oublier la consommation de
l’insipide ration K pendant un mois ! De même, les
véhicules ont aussi droit à leur lot de maintenance et
de réparations, certains n’ayant pas été vérifiés depuis
le mois d’août. Les équipages en profitent aussi pour
équiper leurs chars des fameux « duck bills », des exten-
sions de chenilles destinées à donner à leur véhicule
une meilleure tenue de route sur sol boueux. Entre le
1er septembre et la mi-octobre, la Third Army a perdu
63 chars légers et 160 chars moyens et les armes
individuelles manquent dans certaines sections. Seule
la consommation de carburant reste contrôlée : chaque
véhicule en mouvement doit disposer d’une autorisation
de déplacement ; si non, les MP se chargent de punir
Vu sur [Link]

le contrevenant. La prévôté militaire a d’ailleurs fort à


faire car « Old blood and guts » a décidé de redresser la
discipline et de faire la chasse aux GIs débraillés, barbus
ou mal équipés. Cependant, bien que des équipements
hivernaux font leur arrivée, il manque à l’US Army de
nombreuses pièces d’habillement imperméables : plus
que les Allemands, c’est la pluie drue et la boue qui
sont les ennemies du GI en Lorraine. Pour lutter contre
les pénuries, certains commandants d’unités n’hésitent
pas à conseiller à leurs hommes de récupérer des den-
rées… avec parfois des manières peu scrupuleuses,
et au détriment d’autres unités.

OBJECTIF : FONCER VERS L’EST


Si les unités sont en plein rééquipement durant le
mois d’octobre, les états-majors respectifs ne chôment
pas et commencent à penser l’attaque du mois de
novembre. Les cartes du Westwall sont distribuées
et des centres d’entraînement à l’attaque de posi-
tions fortifiées fleurissent, tout comme une zone de
formation pour la pose de pont Bailey, en prévision du
franchissement du Rhin. Même si les officiers ont les
yeux rivés sur l’Allemagne, un point reste un danger
pour le XII Corps : le barrage de l’étang de Lindre,
au sud de Dieuze. Réservoir pour la Seille qui passe
à travers les lignes américaines, l’étang est depuis
le XVIIe siècle inclus dans la défense de Metz. Si les
Allemands venaient à détruire le barrage, la Seille
déborderait et inonderait les alentours, gênant consi-
dérablement la progression des Américains. Ces der-
niers décident donc de devancer leurs adversaires :
les Engineers du XII Corps construisent un système
de canaux et d’écluses, car la Seille est déjà à son
plus haut niveau à cause des pluies torrentielles. Le 20  Le 20 octobre 1944, l'aviation américaine attaque le barrage de l'étang de Lindre. Ce cliché pris quelques
octobre, deux Squadrons de P-47 bombardent le bar- minutes après l'explosion des bombes présente les eaux de l'étang en train de se répandre dans la plaine.
rage et le percent à coups de bombes de 500 kg.  Dans les rues de Lunéville, un soldat américain garde un accès avec sa
Le dispositif des Engineers tient bon, maintenant les mitrailleuse de calibre .50 sous la protection d'un M18 Hellcat. La tâche principal est
de chasser les fuyards ou autres unités qui tentent de s'échapper de la cité.
positions américaines hors de danger.

31
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE

 Loin de l'image
habituellement
retranscrite, Patton est
un officier proche de ses
hommes qui n'hésite
pas à se rendre à leur
contact pour « prendre le
pouls ». Ici, il s'adresse à
des membres d'une unité
d'Engineers, qui jouent
un rôle prépondérant
dans la campagne de
Lorraine en permettant
aux blindés et aux unités
de la Third Army de
franchir les cours d'eau,
dont les ponts ont souvent
été détruits par les unités
allemandes en retraite.
Vu sur [Link]

Du côté du SHAEF, Eisenhower n’a pas oublié son ambition de se Mais le front principal, celui de Montgomery plus au nord, n’est pas
rendre directement à Berlin. Dans un nouveau plan, la Third Army encore prêt pour l’assaut. Patton assure à Bradley qu’il peut démarrer
reçoit l’ordre de se porter vers le nord et d’attaquer depuis Nancy l’attaque dans un créneau de 24 heures, à condition que la météo soit
vers le secteur de Francfort. La date est, début octobre, inconnue ; au beau fixe pour la couverture aérienne. Le XII Corps reçoit la date
et elle le restera jusqu’à la fin du mois puisque Patton est le seul à ne du déclenchement de l’attaque : ce sera le 8 novembre.
pas avoir de date prédéfinie. La Third Army reprendra sa progression
quand la logistique le lui permettra. En fait, le 21 octobre, Bradley

LE RAVITAILLEMENT AU BEAU FIXE


définit une date pour Patton : il pourra se lancer à l’attaque le 10
novembre 1944. L’homme est toujours optimiste : pour lui, une fois
son front percé, les Allemands du Westwall se rendront et il pourra
atteindre rapidement le Rhin. Le mois d’octobre a permis à la Third Army de récupérer du matériel
et du ravitaillement. La veille de l’offensive, le front de Patton dispose
LES DEUX PLANS DE PATTON d’une réserve de carburant pour cinq jours et n’a plus de problèmes
de dotation de chars. Les hommes ont le moral au beau fixe : pour
La Third Army dispose de deux plans d’attaque pour la suite des eux, la guerre sera terminée à Noël, et les tournées d’ « Ol’ blood
opérations, les deux intégrant le III Corps fraîchement débarqué. and guts » les rassurent dans ce sens.
Le plan A consiste en une attaque simultanée des XII et XX Corps Du côté allemand, la situation est loin d’être aussi favorable, même
vers la Sarre, secondés par le III Corps ; dans le plan B, les deux si quelques renforts parviennent aux armées dans le secteur. Balck
premiers Corps passent au sud de Metz tandis que le III Corps décide de rester sur la défensive et de contester aux Américains chaque
traverse la Moselle à Thionville.
bout de terrain, surtout que ses meilleures troupes lui sont retirées

155mm Gun M1 « Long Tom »


Third Army
Secteur de Nancy, novembre 1944

32
XII CORPS REPARTIR
CHAPITRE 3
PREMIÈRE LE
PARTIE
À L'ASSAUT
 Les Panzergrenadier
parviennent à infliger de
nombreuses pertes aux
troupes américaines en
établissant des points
fortifiés sur des élévations
au bord des routes.
Mitrailleuse MG42 et
Panzerschreck en main,
ces deux soldats sont
prêts à accueillir les
assaillants. Dans certains
villages, les blindés
américains trop avancés
et sans infanterie seront
ainsi pris à partie.
©ECPAD/France/
Photographe ibnconnu

 Ces trois soldats (dont


deux capitaines) font partie
du 761st Tank Battalion,
composé uniquement
d'afro-américains.
Les membres seront
amplement décorés avec
une Medal of Honor,
onze Silver Stars et
presque 300 Purple Heart
(insigne des blessés).
Vu sur [Link]

au profit du front plus au nord… et remplacées par


des unités de qualité moindre. Les troupes allemandes
sont dans la même situation que leurs adversaires en
Lorraine : ce sont les besoins du front près d’Aix-la-
Chapelle qui sont prioritaires. Balck ne dispose ainsi que
de peu de munitions pour son artillerie au premier jour
de novembre mais est parvenu à gonfler ses effectifs
blindés. Le haut-commandement allemand ordonne à
Balck d’édifier une défense élastique, c’est-à-dire en pro-
fondeur, mais l’intéressé n’a pas les moyens (ni humains
ni matériels) pour résister sur la profondeur stratégique.
Seule une ligne de défense sommaire, la West-Stellung,
est établie en avant du Westwall aux alentours de Sarre-
Union. Finalement, Balck n’a qu’un seul avantage sur
l’US Army : il sait pertinemment quelles unités il a en
face de lui grâce aux renseignements de certains agents
encore sur place… mais aussi « grâce » à l’utilisation
intensive et peu discrète de la radio et du téléphone
par les unités de la Third Army. Tous ces renseigne-
ments permettant à l’état-major allemand en Lorraine
de se préparer à une offensive américaine entre le 3 et
le 14 novembre, mais la réalité sur le terrain est bien
différente… puisque les troupes allemandes ne seront
prévenues que trop tard – c’est-à-dire quand les premiers
chars américains arriveront sur leurs positions.

L’OFFENSIVE DE NOVEMBRE 559. et 361. VG-Divisionen autour de Château-Salins et Moyenvic, mais qui ne
peuvent compter sur des fantassins homogènes ni sur une dotation complète
Le 3 novembre, lors d’une réunion, le général Eddy de blindés. Seule la 11. Panzer-Division est disponible à l’ouest de Saint-Avold,
publie son Field Order No. 10 dans lequel il désigne la rééquipée tant bien que mal après les affrontements de septembre, afin de fournir
ville de Faulquemont comme l’objectif principal pour un éventuel soutien. Là encore, le terrain sur lequel vont s’affronter les belligérants
la 80th ID. La capture de cette localité permettrait a déjà subi les affres de la guerre trente ans plus tôt, lors de la célèbre bataille de
ensuite de faire un bond vers le Rhin et ainsi s’insé- Morhange… où les Français ont subi les mêmes soucis tactiques que les Américains.
rer dans le Reich. Le XII Corps dispose d’une force Si l’endroit est un plateau, la crête de Delme, au nord-est de Château-Salins,
conséquente avec trois divisions d’infanterie (35th, permet de verrouiller la position et d’empêcher une progression en bon ordre,
80th et 26th ID) et deux divisions blindées (4th et tout comme les divers ruisseaux et autres forêts. C’est pourquoi Eddy décide,
6th AD), le tout étant soutenu par 17 bataillons d’ar- pour l’attaque, de laisser libres les commandants d’unités sur le terrain afin qu’ils
tillerie et bien sûr l’aviation. En face se trouvent les puissent improviser et tirer le meilleur profit de leur indépendance temporaire.

33
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE

Sur le papier, le plan d’Eddy est simple : les trois divisions


d’infanterie vont se lancer à l’attaque, soutenues par les
deux divisions blindées, l’artillerie et l’aviation matraquant
les positions allemandes. L’effet de surprise est abandonné
puisque l’artillerie est amenée au plus près du front et
devra effectuer un barrage… de 3h30. Cependant, la
météo se mêle à la partie en détrempant le terrain, rendant
toute progression beaucoup plus compliquée. Du 5 au 7
novembre, ce sont des trombes d’eau qui se déversent
sur la Lorraine, battant alors les records pluviométriques
de saison. Il en faut plus pour arrêter Patton, qui décide
de maintenir l’attaque pour le 8 novembre.
À 6h00, les GIs se mettent en branle. À gauche du
XII Corps, la 80th ID lance l’assaut, tandis qu’au centre
se trouve la 35th ID et sur la droite la 26th ID, divi-
sion relativement neuve issue de la Garde Nationale.
Le déluge de pluie est accompagné d’un déluge d’acier :
toute l’artillerie du XII Corps ouvre le feu, tirant presque
 Une colonne de véhicules américains (on peut distinguer plusieurs M8 Greyhound 22 000 obus en seulement 24 heures. Par conséquent,
et un Stuart) font une halte dans un village non loin de Baccarat. L'équipage de la les positions allemandes sont sévèrement ébranlées, et les
première M8 a déjà installé les chaînes sur les roues à cause du mauvais temps.
emplacements d’armes quasiment tous détruits. Les GIs
 Ce tankiste de la 6th AD pose à côté des extensions de chenilles surnommées ne trouvent presque aucun survivant et ne rencontrent
« duck bills » pour les chars Sherman ; ce dispositif leur permet d'avoir une plus grande
pression sur sol très meuble, notamment en Lorraine, et donc d'améliorer leur mobilité.
que peu de résistances, souvent réduites par les blindés.
En fait, Balck est totalement surpris : il ne s’attendait pas
à une offensive dans le secteur de Château-Salins, mais
Vu sur [Link]

plutôt vers Thionville.


La 26th ID se dirige vers Moyenvic et Bézange-la-Petite,
deux localités qui sont très vite prises, puis oblique vers
la crête de Koecking… alors que la neige tombe en ce
début de mois de novembre. Au centre, la 35th ID capture
Château-Salins le 9 novembre, mais doit s’arrêter à cause
de la boue. C’est à ce moment qu’Eddy engage le CCA
de la 4th AD vers Hampont, les Allemands s’accrochant à
la colline 310. Les blindés américains balaient les maigres
défenses, et le 11 novembre, la 26th ID a pris les objectifs
dans le temps imparti – en s’étant même placée telle une
épine dans le pied du dispositif allemand.

SHERMAN IN THE MUD


Maintenant que les lignes allemandes sont percées dans
ce secteur, c’est au tour de la 4th AD d’entrer dans la
danse et d’exploiter la victoire. Après quelques hési-
tations, le secteur de Morhange est jugé adéquat pour

Panzer IV Ausf. G
Panzer-Regiment 15
Secteur de Guébling, novembre 1944

34
XII CORPS REPARTIR
CHAPITRE 3
PREMIÈRE LE
PARTIE
À L'ASSAUT
l’attaque de la 4th AD ; si l’objectif est capturé assez
vite, cette dernière peut pousser jusqu’à Sarre-Union et
la Sarre. Le CCA doit contourner Morhange et attaquer
au nord, tandis que le CCB reçoit l’ordre de capturer
la ville ; les premiers mouvements s’effectuent dès
l’assaut de l’infanterie. Le 10 novembre, Balck engage
ses réserves blindées qui remportent quelques succès
avant de se faire écharper par l’artillerie américaine.
Rodalbe est le théâtre de terribles combats, et le CCA
subit un coup d’arrêt.
La crête de Koecking s’avère être plus difficile à prendre,
notamment parce que le terrain est détrempé et que des
abris du premier conflit mondial sont réutilisés par les
Allemands. Le 12 novembre, le 328th IR commence
sa progression mais doit s’arrêter à cause de l’artillerie
adverse. Sous la neige, les GIs sont obligés de marquer
le pas tout en subissant les tirs des défenseurs. Un offi-
cier du 104th IR raconte après coup : « Nous prenions
plus de coups que les Allemands. Ils jouaient la montre,
tout le temps ; dès que nous tapions un peu fort, ils
se repliaient sur leur ligne de défense arrière. Et nous,
quand on prenait une pause, on se faisait matraquer [1]. »
Mais au contraire des Américains, les défenseurs n’ont
pas de renforts et prennent le risque de se faire contour-  George S. Patton dans sa M20 Armored Utility Car aux alentours de Nancy,
en novembre 1944. Son fameux revolver est bien visible tandis qu'il prend place
ner. Occupant une position de plus en plus instable, les
Vu sur [Link]

dans son véhicule... qu'il a tendance à modifier en fonction de ses besoins.


Allemands se retirent de la crête de Koecking dans la
 Ce [Link] 251/9 « Stummel » a été neutralisé en Lorraine en novembre
nuit du 14 au 15 novembre. Le repli général se fait vers 1944. Il porte l'insigne de la 11. Panzer-Division sur sa face avant.
une ligne de défense courant le long de la voie ferrée de
Bénestroff à Dieuze, qui allait être le prochain objectif
du XII Corps. Pendant ce temps, le CCA fonce vers
Guébling et tombe sur des Panther du Panzer-Regiment
15 sur la route. Les six Panzer vont tenir la dragée
haute aux Américains pendant six heures avant d’être
contournés et de se replier en laissant trois carcasses
fumantes sur le terrain. Guébling est capturé par le CCA
à la fin de la journée du 14 novembre mais l’infanterie
mécanisée est en retard, et à 03h00 le lendemain le
bruit des camions de ravitaillement pour les Sherman
attire l’attention des observateurs d’artillerie allemands
situés non loin. Les obus encadrent alors presque instan-
tanément les blindés, détruisent les camions-citernes, et
endommageant plusieurs chars. Devant la précarité de
la position, le village est évacué à midi et cet épisode
marque la fin de l’engagement du CCA sans réel soutien.

[1] Cole (H.), The Lorraine Campaign, 2012, p.313

M4 Sherman Tank Dozer


6th Armored Division
Third Army
Faulquemont, novembre 1944

35
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE

LA 35TH ID S’APPROCHE
DE CHÂTEAU-SALINS
Lors de sa progression, la 35th ID tombe face à un
nouveau cours d’eau : l’Osson, qui a vu son débit lar-
gement augmenter suite aux pluies torrentielles. Chars
et fantassins le traversent au sud de Jallaucourt et
progressent vers Château-Salins, faisant plus de 200
prisonniers. Sur le flanc droit, Fresnes est pris tout
comme une position dans la forêt de Château-Salins.
Partout les Allemands s’accrochent, notamment dans
les bois qu’ils connaissent par cœur, taillant en pièces
les groupes d’assaut américains. Heureusement pour
les GIs, la boue s’avère aussi être une alliée fidèle :
les artilleurs allemands utilisant des détonateurs à impact
pour leurs munitions, les pertes sont faibles et les obus se rendre, se replient en plus ou moins bon ordre. Après avoir nettoyé la forêt le
n’explosent souvent pas. Réseaux de barbelés bas, posi- 12, les GIs reprennent leur progression vers Morhange, vers laquelle le CCB est
tions de tirs repérées d’avance, champs de mines et la première unité à s’engager. Cette dernière contourne Morhange par le nord et
abris bétonnés : les Allemands ont transformé chaque doit continuer vers Sarreguemines… sauf que les pluies, à nouveau, contrarient les
étendue boisée en fortification solide. L’intervention plans américains. Eddy décide d’arrêter l’attaque le 15 novembre afin de rediriger
du CCB à partir du 10 novembre parvient à repousser le CCB vers la trouée de Dieuze plus au sud ; cependant, tout n’est pas perdu car
les Allemands, tout comme l’utilisation de napalm par la pression américaine sur Morhange est très forte. Un assaut américain au petit
les P-47 du XIX TAC. Ce n’est que le lendemain que matin du 13 novembre permet de s’approcher de la ville, les Allemands s’accrochant
Vu sur [Link]

la forêt de Château-Salins commence à être capturée notamment à Achain. Des deux côtés, aucun soldat ne souhaite reculer et tous
par les Américains, mais les défenseurs, loin de vouloir se font tuer sur place. Le Sgt Spurrier de la G Company, 2nd Battalion, 134th IR

36
XII CORPS REPARTIR
CHAPITRE 3
PREMIÈRE LE
PARTIE
À L'ASSAUT
 Durant leur repli
depuis la Normandie, les
Allemands dynamitent
systématiquement les
ouvrages d'art afin de
ralentir les Américains.
Cette tactique n'est
cependant pas totalement
efficace car la pose d'un
pont Bailey sans menace
ennemie est réalisée en à
peine quelques heures.

 Page de gauche,
en haut :
Les Panzer IV côtoient
les Panther au sein
des Panzer-Divisionen
présentes en Lorraine
en 1944. Amplement
camouflés, ils demeurent
des adversaires coriaces
pour les Sherman, mais
ne font pas le poids face
aux TD (notamment
les plus puissants).

 Page de gauche,
en bas :
Le 9 novembre, des
véhicules blindés de la
Vu sur [Link]

4th Armored Division


franchissent la Seille
sur un pont posé par les
Engineers. La rivière est
en crue et a inondé la
plaine environnante.

décide de contourner seul Achain et parvient à neutraliser 25 soldats très vite à poser des ponts permettant d’amener des renforts
allemands avant d’en capturer 22. Le bond de plus d’un kilomètre blindés alors que les Allemands commencent déjà à lancer
pour atteindre le village a cependant coûté 106 tués à son unité… quelques contre-attaques locales : à la fin de la journée, ce ne
La garnison de Morhange, pilonnée par les 155 mm et 240 mm sont pas moins de dix ponts sur la Seille qui sont aux mains des
américains depuis le 11 novembre, se retire afin de ne pas subir plus Américains. Les SS, installés sur la crête de Delme, parviennent
de pertes quatre jours plus tard. La ville peut maintenant être prise, à tenir les Américains à distance et à leur infliger de lourdes pertes.
ouvrant la voie vers la Sarre. C’est à nouveau grâce aux P-47 et à l’artillerie que les GIs réus-
sissent à capturer l’élévation le lendemain ainsi que le village du
même nom ; les Allemands, eux, ont subi de nombreuses pertes,

FONCER VERS FAULQUEMONT


difficiles à remplacer.
Maintenant que la tête de pont sur la Seille est assurée, Eddy peut
y envoyer la 6th AD du général Grow qui va devoir capturer les
Sur le flanc gauche du XII Corps, la 80th ID a d’abord besoin élévations près de Faulquemont : son CCA doit se porter au sud-est
de passer la Seille avant de se ruer sur son objectif. Un gué tandis que le CCB doit occuper le nord-est. Mais la boue brise l’effet
à Aulnois-sur-Seille est capturé le matin du 8 novembre tandis de surprise car les chars et autres véhicules de reconnaissance sont
que le fleuve est traversé à Nomény. Les Engineers parviennent obligés d’emprunter les routes, dûment surveillées par les Allemands.

M10 Tank Destroyer


Combat Command A
6th Armored Division
Third Army
Secteur de Faulquemont, novembre 1944

37
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
Vu sur [Link]

La Nied française, autre cours d’eau situé plus à tentent de traverser le pont de bois sur la Nied, mais
 Triste fin pour ce
l’est, devient le siège d’une nouvelle ligne de défense StuG. III qui a terminé sa un reçoit un tir direct qui l’enflamme instantanément,
allemande ; Balck ordonne à ses unités de se replier course dans un arbre. suivis par des fantassins qui parviennent à prendre pied
Ces canons d'assaut sont
lorsque leur situation est intenable, car il ne dispose très souvent victimes sur la rive adverse. Pourtant, la tête de pont est fragile
d’aucune réserve pour les soulager en cas d’encercle- des Jabos qui profitent puisque seuls quatorze GIs et trois chars ont pu tra-
de leur faible blindage de
ment. La Nied française ne pouvant se traverser qu’à toit pour les neutraliser. verser… avec les Allemands qui tentent de neutraliser
Han-sur-Nied, c’est vers ce village que CCB et CCA Dirigés par des équipages le pont de loin. À 17h15, provoquant l’admiration de
peu expérimentés,
se dirigent afin de l’attaquer depuis différentes posi- certains seront même ses hommes, le colonel Hines pourtant blessé traverse
tions. Le 11 novembre, deux têtes de pont sont abandonnés au premier le pont à pied sous une pluie d’éclats avec quelques
coup de feu, alors qu'ils
édifiées sur la Nied ; les Engineers sur les talons ont encore un potentiel soldats, puis fait le chemin inverse… pour aller chercher
des blindés mettent très vite en place des moyens militaire assez élevé. les compagnies B et C du 317th IR.
de franchissement. Le CCB, de son côté, remporte un autre succès aussi
Lorsque les premiers éléments atteignent Han-sur-Nied, important. Sa progression vers la Nied est interrompue
les GIs observent incrédules des dizaines de véhicules lorsque les ponts à Ancerville et Remilly sautent sous
allemands, certains tractant des pièces d’artillerie, les yeux des chefs de chars, mais un Lieutenant des
en train de se replier sur l’autre rive ; une frappe d’artil- Engineers parvient à découvrir un pont submergé par la
lerie est demandée et à la tombée des premiers obus, rivière à Sanry-sur-Nied. Après avoir amené un half-track
c’est la débandade. La panique est telle que les gardes pour s’approcher du pont, le Lieutenant Titterington s’en
allemands s’enfuient sans même faire sauter le pont, échappe puis parvient à couper les câbles des charges
amplement miné ! Les Américains ne perdent pas de de démolition. C’est à ce moment que des éléments
temps et se ruent vers le village, avant d’être arrêtés par du Combat Team 15 interviennent, passent le pont et
des tirs précis provenant d’une colline au nord-est du neutralisent les défenseurs. « L’hémorragie » de troupes
village. Des canons de Flak de 3,7cm clouent au sol les américaines est cependant beaucoup plus importante
GIs et l’intervention en urgence de l’artillerie n’arrange à Han-sur-Nied le 12 novembre puisque les officiers
pas la situation puisque malgré des coups au but, de tentent de faire entrer le plus de monde possible dans
nouveaux servants ne cessent d’arriver. Des Sherman la tête de pont. Si les Allemands résistent par endroits,

38
XII CORPS REPARTIR
CHAPITRE 3
PREMIÈRE LE
PARTIE
À L'ASSAUT
c’est un baroud d’honneur sans suites car les unités en avant de Faulquemont. À la capture du village de
américaines s’infiltrent partout. Mais la progression se Landroff par le CCA, l’état-major du XIII. SS-Armeekorps
réduit : en effet, la météo catastrophique et les renforts panique et ordonne à la 36. VG-D de contre-attaquer
allemands enraient l’avancée américaine, qui a cepen- immédiatement. Malgré son encadrement composé de
dant réussi un objectif : passer la Nied. cadres vétérans du front de l’Est, l’unité fuit dès que son
premier canon d’assaut est mis hors d’état au milieu du
village. Deux autres assauts sont arrêtés tant bien que

LE XIII. SS-ARMEEKORPS
mal par les Américains au milieu de la nuit ; ces der-
niers reçoivent des renforts à la faveur de l’obscurité.

EN MAUVAISE POSTURE
Les GIs changent de tactique pour le dernier assaut
allemand : ils laissent les Volksgrenadier s’approcher
à moins de 300 mètres du village… puis ordonnent aux
La prise de Han-sur-Nied est une mauvaise nouvelle huit bataillons d’artillerie disposées non loin d’effectuer
pour Balck qui voit sa route principale de ravitaillement un barrage sur des positions pré-repérées. Un massacre
menacée. De plus, le XIII. SS-Armeekorps (commandé s’ensuit, et même si certains Allemands parviennent
par le SS-Obergruppenführer Hermann Priess, ancien à atteindre les rues du village, le furieux corps-à-corps
commandant de la 3. SS-Panzer-Division « Totenkopf ») tourne en faveur des Américains. Landroff a saigné
avec un pied sur la rive droite de la Moselle et un autre à blanc les assaillants puisque ces derniers ont perdu
sur la Seille commence à sentir le « vent du boulet », plus d’une centaine d’hommes, alors que les GIs, au petit
puisque le XII Corps est en train de menacer ses flancs.  À la mi-novembre matin, dénombrent moins de cent tués et blessés dans
1944, Patton visite le
Balck ordonne aux SS de monter une contre-attaque front du XII Corps dont
leurs rangs.
très rapidement avec notamment l’aide de la 21. Panzer- le chef, Manton S. Eddy, Faulquemont n’est alors pas si loin pour le CCA et la
Division… qui n’a que 19 chars et trois canons d’assaut se trouve à gauche sur la
photographie. L'homme
80th ID : le 16 novembre, l’infanterie atteint les hauteurs
à sa disposition ! sur la droite est le Major au sud de la ville. L’omniprésence de l’artillerie améri-
Le 13 novembre, la 21. Panzer-Division tombe sur le CCB General Horace L. caine et la rapidité de déplacement des GIs démoralise
Vu sur [Link]

McBride, à la tête de la
de la 6th AD près de Sanry. À Berlize, les Allemands 80th ID alors au combat les défenseurs allemands, qui quittent souvent sans
prennent par surprise les Américains qui doivent se dans le secteur de ordres leurs positions défensives ou se rendent dès
Faulquemont. Ce brillant
replier vers Bazoncourt, mais ne parviennent pas à officier remplacera Walker qu’ils aperçoivent le premier Sherman. À cette date,
exploiter leur premier succès. Balck, devant l’état de à la tête du XX Corps en Eddy est satisfait : son aile gauche a remporté un grand
1945 puis finira sa carrière
ses unités, décident d’ordonner la relève des troupes sur en tant que membre de succès en s’approchant ainsi de Faulquemont sans réels
place notamment par la 36. VG-D. Cette dernière établit l'US Southern Command problèmes. Et surtout, la Sarre est maintenant presque
dans les Caraïbes.
une série de points fortifiés autour de la forêt de Remilly, à un saut de puce pour ses unités. 

39
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
Vu sur [Link]

LA SARRE
À PORTÉE DE MAINS
 Des éléments blindés
américains traversent un
CHAPITRE 4

village lorrain alors que


la frontière allemande se
rapproche. Là encore,
certaines unités doivent
s'arrêter afin de permettre
au ravitaillement d'arriver.

DERNIER SAUT DE PUCE


En lançant ses pointes blindées vers l’Allemagne, le général Eddy ne s’est pas douté que la météo lui jouerait un si
mauvais tour. Et pourtant : à la mi-novembre, les gains de terrain sont importants mais pas suffisants. La boue et
la neige empêchent les blindés d’intervenir en dehors des routes, et les fantassins sont ceux qui sont le plus mis
à contribution, dans des escarmouches parfois très violentes avec les dernières forces allemandes des environs.
Mais l’état de déliquescence des adversaires pousse Eddy à aller plus loin…

SE RÉORGANISER POUR MIEUX AVANCER


attaque américaine et opposent une résistance déterminée,
notamment le long de la voie de chemin de fer et dans le
bois de Bénestroff. Le déroulement de l’attaque est le même
Le XII Corps profite d’une courte pause à la mi-novembre à Marimont, où quelques blindés la 11. Panzer-Division se
pour réorganiser ses lignes de ravitaillement et sécuriser les frottent aux Américains, certaines de leurs compagnies étant
dernières poches de résistance. Eddy décide de repartir à réduites à moins d’une dizaine d’hommes. Au contraire des
l’assaut le 18 novembre, principalement avec son infanterie, fantassins, les artilleurs allemands ne sont pas en train de se
et de s’engouffrer dans le dispositif allemand vers la Sarre. replier mais disposent de positions préalablement repérées, leur
Les 26th ID et 35th ID forment le fer de lance tandis que la permettant de soutenir leurs troupes. Cependant, impossible
80th ID reste aux alentours de Faulquemont pour en contenir la de résister bien longtemps aux GIs qui percent les maigres
garnison, s’appuyant sur certains ouvrages de la Ligne Maginot. défenses allemandes, permettant aux blindés de s’engouffrer
C’est la 26th ID qui, sur le flanc sud du XII Corps, s’élance la dans les brèches ouvertes. À leur grande surprise, seules de
première face à une ligne sommaire de défense entre Dieuze rares compagnies allemandes continuent de combattre, les
et Bénestroff. Cependant, les Allemands s’attendent à une autres étant tout simplement introuvables ; le 21 novembre,

40
XII CORPS
PREMIÈRE LE
CHAPITRE 4
LA SARRE
PARTIE
À PORTÉE DE MAINS
 Ce Panzer IV a lui aussi
été neutralisé en Lorraine
lors des offensives de
novembre 1944. La
résistance allemande
s'effrite sous les coups
de boutoir du XII Corps et
de ses pointes blindées.

 Des GIs en M8
Greyhound se protègent
de l'ennemi devant le
bloc II du petit ouvrage
de Rohrbach, près du
village du même nom.
Construit entre 1934
et 1938, cet ouvrage
de la Ligne Maginot
sera abandonné
sans combats par les
Allemands en 1944 et
est aujourd'hui restauré
par une association.

le village de Montdidier tombe, malgré la défense


Vu sur [Link]

acharnée des servants de Flak.


Albestroff, petite localité située à l’est de Montdidier,
relève d’une autre paire de manches : le village est un
carrefour important. Deux raisons valident cet état de
fait : les sols détrempés interdisent aux blindés améri-
cains de se mouvoir en dehors des routes, et le réseau
routier autour de Dieuze n’est pas très développé.
Des éléments du 104th IR sont envoyés prendre le
village le 21 novembre mais la destinée du 1st Batta-
lion demeure mystérieuse : si les GIs ont pu atteindre
la partie orientale du village, la communication entre
eux et le PC du bataillon est coupée au milieu de la
nuit. Il semblerait que la 361. Volksgrenadier-Division,
soutenue par des canons d’assaut, soit passée à l’ac-
tion et qu’elle ait récupérée le village. Le 23, alors que
les Allemands ont évacué le village, les Américains
ne trouvent aucune trace du 1st Battalion : anéanti,
ses morts déjà enterrés, ou soldats faits prisonniers ?
Les CCA et CCB sont eux de la partie notamment
à Francaltroff – où les tankistes montent à l’assaut…
sans leurs chars – et Mittersheim. Une nouvelle ligne
de défense allemande est installée, allant de Vitters-
bourg à Altwiller et renforcée de champs de mines.

StuG. III Ausf. G


Unité inconnue
Wehrmacht
Sarreguemines, novembre 1944

41
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE

Vittersbourg est pris sans gros problèmes le 25


novembre, mais les Américains prendront 2 jours de
plus à capturer Honskirch.

4TH AD CONTRE PANZER-LEHR


Le 24 novembre, des Shermans de la 4th AD (Task
Force Jaques et Task Force Churchill) traversent la
Sarre à Gosselming et Romelfing. Le chef du CCB,
de son côté, veut couper la route de la retraite des
Allemands se dirigeant de Sarre-Union vers Sarre-
guemines. Une ancienne « ennemie » de Normandie
revient alors sur le terrain en lançant une contre-attaque
depuis l’Alsace vers Sarrebourg dans la nuit du 23
au 24 novembre : la Panzer-Lehr-Division, comman-
dée par Bayerlein et qui a été rééquipée depuis son
quasi-anéantissement en Normandie. Les éléments
de tête du CCB vont tomber sur les avant-gardes de
la Panzer-Lehr-Division notamment à Baerendorf où  Ce StuG. III a subi de gros dégâts, certainement une explosion interne
les soldats de Bayerlein sont dispersés en quelques suivie d'un incendie. Malgré quelques coups d'arrêt, la progression américaine
minutes. Chefs de chars et Panzergrenadier sont en vers la Sarre est loin d'être enrayée par les combats retardateurs.

réalité des « bleus » avec aucune expérience du feu et  Le 25 novembre 1944, des tankistes américains de la 4th AD mettent en échec
subissent d’énormes pertes. Une autre colonne de la la Panzer-Lehr-Division, notamment ici dans le secteur du village de Gouberling.
Vu sur [Link]

Des carcasses de Panther vont joncher le terrain pendant des années.


Panzer-Lehr se dirige vers Schalbach mais le plan est
éventé lorsqu’un Alsacien engagé de force parvient à
déserter et à prévenir les Américains : l’artillerie s’en
donne à cœur joie sur les colonnes de la division de
Bayerlein se déplaçant sans couverture sur des routes
ouvertes à tous les vents.
Le 25 novembre, suite au massacre de la Panzer-
Lehr, le haut commandement allemand perd tout espoir
quant à la possibilité d’un retournement de situation
par Bayerlein. Pis, le lendemain la 4th AD inflige un
nouveau revers à la Panzer-Lehr près de Wolfskirchen
tandis que le dispositif allemand se morcelle.
Le 18 novembre, sur le flanc gauche du XII Corps, les
35th ID et 26th ID ont-elles aussi repris leur progression
vers la Sarre et se sont frottées à des « hérissons »
défensifs allemands, notamment des villages forti-
fiés et minés. Mais là encore la résistance s’étiole
très vite face à l’artillerie et à l’aviation américaines ;
ainsi, le village de Grostenquin est bombardé avec des l’emploi de Panther – dont les équipages inexpérimentés n’hésitent pas à aban-
projectiles au phosphore blanc et les GIs n’ont plus donner leur char après quelques tirs – qui deviennent davantage des cibles
qu’à recueillir les défenseurs terrifiés qui se rendent pour les tankistes américains que des « pointes blindées ». Hellimer, Grening
dès le premier passage des P-47. Les points d’appuis ou Maderbach deviennent des cimetières de blindés à Balkenkreuz alors que les
allemands tombent les uns après les autres, malgré Américains progressent vers Saint-Avold et Sarreguemines. Leur progression

Panzer V Ausf. G Panther


Panzer-Lehr-Division
Wehrmacht
Gouberling, 25 novembre 1944

42
XII CORPS
PREMIÈRE LE
CHAPITRE 4
LA SARRE
PARTIE
À PORTÉE DE MAINS
semble inarrêtable jusqu’à la fin du mois de novembre ;
Puttelange-aux-Lacs est atteinte le 25 et la 35th ID
peut s’enorgueillir d’un sacré bilan : avoir repoussé
les lignes allemandes de plus de 40 kilomètres vers
la Sarre tout en capturant plus de 2000 prisonniers.
La 6th AD a de son côté perdu une centaine de blindés
mais plus de la moitié pourra être réparée. Le bilan
est sans appel : avec moins de 500 tués et malgré
les conditions météorologiques, le XII Corps dispose
encore d’une force de frappe non négligeable face
à une Wehrmacht en totale déliquescence.

FAULQUEMONT TIENT TOUJOURS


Les Allemands s’étant enfermés dans Faulquemont,
la 80th ID reçoit l’ordre d’éviter toute sortie de la
garnison en coupant les possibles voies de repli.
À la tête du XIII. SS-Armeekorps, le Generalleutnant
Max Simon – auparavant lui aussi commandant de L’attaque américaine, menée le 25 novembre sur ces positions, balaie littéralement
la 3. SS-Panzer-Division « Totenkopf » - réorganise les positions allemandes, même celles sur la Ligne Maginot, les ouvrages étant
ses troupes et ordonne au 165. IR de tenir la ville. En pris à revers et n’étant surtout pas prêts à un siège. Responsable du secteur,
fait, la position des Landsers y est plutôt compliquée la 36. Volksgrenadier-Division se replie dans le désordre vers la Sarre, talonnée par
à cause de l’hostilité des civils qui n’hésitent plus à les premiers éléments américains qui entrent dans Saint-Avold le 27 novembre.
Vu sur [Link]

tenir tête à l’occupant ; la tension est telle que la petite Les fins rideaux de troupes allemandes stationnées plus au nord et à l’est ne
garnison allemande doit évacuer Faulquemont le 18 parviennent pas à arrêter les Américains qui s’approchent de Farébersviller pour
novembre. La Nied allemande qui coule à Faulquemont la fin du mois de novembre. C’est ainsi que le XII Corps se prépare à traverser la
est sécurisée à Pontpierre deux jours plus tard par les Sarre et à entrer réellement sur le territoire du Reich… avec le Westwall en ligne de
Américains, qui découvrent aussi qu’en se repliant les mire. Comme les autres formations, celle du général Eddy s’est montrée pugnace
Allemands ont oublié d’y faire sauter le pont. et malgré quelques difficultés sur la Moselle à la fin de l’été, sa progression a été
Le dispositif allemand autour de Faulquemont (Falk- des plus rapides. Même si les fortifications allemandes n’ont pas été atteintes
enberg Stellung) s’appuie sur quelques ouvrages de la dans les temps souhaités, les troupes allemandes ont été fortement malmenées
Ligne Maginot et plusieurs villages, dont Bambiderstroff par les pointes blindées des 4th et 6th AD mais surtout par l’omniprésence de
ainsi que Téting qui barre la route vers Saint-Avold. l’aviation américaine dans le ciel lorrain. 

Les deux photos


de cette page
La progression vers
la Sarre se fait sans
grand problème pour le
XII Corps. Si certains
villages sont transformés
en bastions par les
troupes allemandes sur le
repli (comme à gauche où
l'artillerie a dû intervenir),
la grande majorité est vide
de troupes allemandes.
Ces dernières ne sont
plus en état d'opposer
un combat féroce sans
être adossées à des
fortifications... ce qu'elles
vont tenter de faire sur
la ligne Siegfried.

43
XX CORPS
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE

DEUXIÈME LE
PARTIE
Vu sur [Link]

VERS L'EST
METZ ET LA MOSELLE
CHAPITRE 1

LE PREMIER VERROU
À la fin du mois d’août, la situation du XX Corps est tout autant problématique que les autres corps d’armée
américains. Verdun a bien été prise par le CCA de la 7th AD, mais en puisant dans les dernières réserves
de carburant ; d’ailleurs, sur les 17 blindés envoyés vers la ville meusienne, trois seulement ont pu y
parvenir. Le 1er septembre, le CCR de la 7th AD s’élance vers Metz et entre dans Étain. La veille, un raid du
3rd Cavalry Group y a capturé un dépôt de carburant allemand intact, mais ce réapprovisionnement est loin
d’être suffisant…

44
XX CORPS VERS L'EST
CHAPITRE 1
DEUXIÈME LE
METZ ET LA MOSELLE

Si
PARTIE

« PAS D’ENNEMIS VISIBLES


la Meuse est passée relativement facile-  Le Major General
ment par le XX Corps, la progression vers Walton H. Walker (ici à

SUR L’AUTRE RIVE DE LA MOSELLE »


la Moselle est, elle, extrêmement lente. gauche en battledress
foncée sur le cliché) est
Pourtant, les Allemands n’occupent plus à la tête du XX Corps
cet espace mais sont depuis la fin du mois sous la direction de
Patton. D'un naturel
d’août déjà retranchés autour de Metz et Thionville. fonceur, Walker n'hésite Cette transmission radio émise depuis Haute-Kontz
Le 3rd Cavalry Group est la seule unité américaine à pas à utiliser ses unités arrive directement au QG du XX Corps, qui décide de
blindés comme des
effectuer des raids en profondeur dans la plus pure tra- moyens de choc sur continuer ses reconnaissances, malgré la pénurie de
dition de la cavalerie. Ainsi, le 2 septembre, un peloton le front adverse. Les carburant. Mais de plus en plus de rapports ont tendance
officiers examinent ici une
de la B Troop du 3rd Cavalry Reconnaissance Squadron, maquette approximative à démentir le premier a priori sur l’état des défenses
guidé par un Français, part de Verdun et effectue un du fort Driant peu avant allemandes de ce secteur : les FFI de la région de Metz
le début de l'offensive
périple de près de 100 km à l’est… puisqu’il atteint sur le secteur de Metz. signalent que des troupes allemandes se regroupent
Thionville en fin de journée. Avec ses trois automitrail- autour de la ville – notamment dans le secteur d’Arna-
leuses M8 Greyhound et ses six Jeeps équipées d’une ville, à quelques kilomètres au sud, dont le nom va être
mitrailleuse, le First Lieutenant James D. Jackson se inscrit en lettres de sang dans l’historique du XX Corps
paie le luxe d’entrer dans la ville par le seul pont sur la dans les jours à venir…
Moselle [1] encore debout. À 16h30, il détruit le poste Le 4 septembre, le XX Corps a reçu suffisamment
de garde sur le pont à coups de canon, puis ses Jeeps d’essence pour reprendre ses reconnaissances
entrent dans la cité, mitraillant les soldats allemands entre Thionville et Pont-à-Mousson. Walker, à la
qui s’y trouvent et semant la panique chez l’Occupant. tête de l’unité, ordonne à ses subordonnés de saisir
Cependant, Jackson décide de se replier, n’ayant pas tout pont encore intact sur la Moselle. À Pont-à-
l’équipement nécessaire pour continuer sa progres- Mousson, les éléments avancés trouvent l’ouvrage
sion… cette action lui vaudra quelques jours plus tard d’art détruit ; à Arnaville, les Américains tentent
la Distinguished Service Cross. Au même moment, un trois fois d’accéder au pont, mais trois fois les
peloton du 43rd Cavalry Reconnaissance Squadron entre troupes sont repoussées par l’artillerie allemande
Vu sur [Link]

dans Longuyon, au nord, et y surprend les Allemands encore vivace. Le lendemain, les reconnaissances
avant de se replier ; un autre peloton parvient à atteindre le [1] Aujourd’hui nommé continuent, avec toujours aussi peu de succès ;
village de Haute-Kontz, près du Luxembourg et surplom- « pont des Alliés ». Walker commence cependant à visualiser la ligne
bant la Moselle, pour y établir un poste d’observation. de défense allemande entre Metz et Thionville.

FLANC DROIT DU XX CORPS, SECTEUR DES TÊTES DE PONT, 7-13 SEPTEMBRE 1944
II CCB, N Colm (-) Ars-sur-Moselle
6-7 Sept.
3 11 III
Elms
Fahnenjunker
Fort Driant
III
11

7 Sept.
II Ancy-sur-Moselle Jouy-aux-Arches
11th Inf. 2 11
Zone de Gorze
déchargement
II
II
Buxières I 23(-)
2 11 Fort St. Blaise
B 31
II Dornot
1 11 II II XX Fort Sommy
I
31(-) 3 11 Elms 17 SS
B 23
Nuit du
7 Sept. 6-7 Sept. Corny
CCB, S Colm
Zone de Fey
rassemblement II
3 11

Novéant II
Onville
II 2 10
1 11 II
XX
1 10
Arnaville II Elms 3
Axe de progression de l’infanterie américaine 31(+) Vezon
Axe de progression des unités blindées américaines II

Tête de pont de Dornot le 08/09 3 10

Positions de départ le 07/09 Marieulles


Tête de pont d’Arnaville le 13/09
Arry Lorry
Positions de départ le 07/09

45
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE

1
Alors qu’il revient du briefing organisé par Patton, Walker
donne l’ordre à ses unités principales – les 7th AD, 5th ID
et 90th ID – de constituer une tête de pont sur la Moselle
à partir du lendemain. Walker, tout comme Patton, ne
s’attend pas à une résistance particulière et considère
que le franchissement de la Moselle se fera aisément
une fois la tête de pont acquise. Metz et Thionville ne
sont pas des objectifs prioritaires pour Walker : dès que
les blindés passeront la Moselle, leur rôle sera de foncer
vers la Sarre, et les deux cités devront être capturées
par la 90th ID et la 5th ID.
Reste une inconnue à élucider : l’effectif des forces
allemandes dans le secteur. Le 5 septembre, les recon-
naissances commencent à rencontrer une résistance
allemande sérieuse, et Metz et Thionville semblent
bien défendues – à Thionville, le dispositif allemand se
concentre autour du pont sur la Moselle. Les prisonniers
allemands se font de plus en plus rares, et leur moral
n’est plus à un niveau aussi catastrophique que pendant
le mois d’août. Le 6 septembre, juste avant l’offensive,
l’état des lieux effectué grâce aux recoupages d’informa-
tions est loin d’être optimiste : la 17. SS-Panzergrenadier-
Division « Götz von Berlichingen » est repérée, ainsi que
2 la 3. Panzergrenadier-Division. Les officiers du XX Corps
pensent aussi trouver en face d’eux la Panzer-Lehr-
Vu sur [Link]

Division ainsi que la 21. Panzer-Division (en fait, les


deux unités sont depuis quelques jours dans un autre
secteur). En plus des diverses unités de formation et
autres compagnies de convalescents, le XX Corps s’at-
tend à voir environ 38 500 soldats allemands et un
peu plus de 150 blindés face à lui. L’OB West, de son
côté, estime que ses forces dans le secteur représentent
l’équivalent de quatre divisions et demi.

VEILLÉE D’ARMES À L’ALLEMANDE


Si les unités allemandes dans le secteur de XX Corps
sont hétéroclites, la discipline a cependant été rétablie
après les scènes d’exode de l’administration de la der-
nière semaine d’août. Au sud-ouest de Thionville se
trouve la 559. VG-D et à sa gauche la 462. ID – en
réalité une formation elle aussi hétéroclite composée de
personnel administratif, d’étudiants à l’école militaire de
Metz et qui n’a aucune unité du train ou d’arme lourde
– et enfin, près de Metz, la 17. SS-Panzergrenadier-
Division « Götz von Berlichingen » qui n’a toujours pas
récupéré de sa défaite en Normandie. Enfin, les forti-
fications sont à l’image des unités de la région : elles
manquent de munitions ou de réglages de tirs, ainsi
que pour certaines d’équipements. Seul le fort Driant,
situé au sud-ouest d’Ars-sur-Moselle, est relativement

METZ : PAR OÙ AVANCER ? 1 et 2. Le 1er septembre, le Major General Silvester,


chef de la 7th Armored Division, fait son entrée dans
Verdun où il rencontre le nouveau maire devant le
La prise de Metz, cité fortifiée, a toujours été une épine dans le pied des différentes monument aux morts de la ville (photo 1). Deux jours
plus tard, il remet ensuite des Silver Star aux hommes
armées. En 1870, von Moltke est resté assez longtemps indécis avant de donner de son unité s'étant distingués au combat.
l’ordre à ses troupes de traverser au sud. Schlieffen, de son côté, va en faire le
centre de nombreuses séances de Kriegsspiel, et il en tirera trois conclusions : 3. L'approvisionnement en carburant est aussi catastrophique
pour le XX Corps qui voit ses chars bloqués à Verdun alors
- L’approche de Metz par l’ouest donne l’avantage à au défenseur, et le terrain
que le terrain devant eux est totalement vide d'ennemis.
au sud ou au nord de la ville ne pose pas de réels soucis à la progression.
- Une contre-attaque depuis l’est sur Metz est très difficile à cause des ponts 4. Les Volksgrenadier ont eu le temps durant leur
et de la ville qui vont former un goulet d’étranglement. formation d'établir des positions défensives autour de
Metz et dans les périmètres des ceintures fortifiées.
- Le dense réseau routier autour de Metz et de Thionville permettrait à l’assaillant Ces positions difficilement repérables depuis les airs
de faire « glisser » ses troupes très facilement. sont un avantage sérieux face aux Américains.

46
XX CORPS VERS L'EST
CHAPITRE 1
DEUXIÈME LE
PARTIE
METZ ET LA MOSELLE
3
bien équipé et peut efficacement barrer la vallée de la
Moselle au sud-ouest de Metz.
Le matin du 6 septembre, des éléments américains par-
viennent à atteindre Arnaville et Ars-sur-Moselle, mais
en sont repoussés. Très vite, les Américains se rendent
compte qu’il ne reste aucun pont en état de ce côté ;
près de Mars-la-Tour, là où de durs combats ont eu lieu
en 1870, les élèves-officiers de la Fahnenjunkerschule
de Metz opposent une vive résistance aux éléments
avancés du XX Corps. La 7th AD rencontre elle une
opposition mesurée près de Sainte-Marie-aux-Chênes ;
son CCA ne parviendra à atteindre le fleuve que le len-
demain matin. Le CCB affronte des pièces de 8,8cm
à Gravelotte puis le 23rd Armored Infantry Battalion
parvient dans la nuit à approcher la Moselle au nord de
Dornot. Une première tentative de traversée le 7 sep-
tembre au soir tourne au désastre pour les GIs. 4
Le CCA, lui, parvient à Mondelange le 7 au matin pour
redescendre au sud vers Maizières-les-Metz ; les deux
colonnes se rejoignent à Talange, puis trouvent un site
de traversée à Hauconcourt… mais doivent attendre
l’arrivée des pontonniers. Le CCB, après avoir pris Gorze,
rejoint le même jour le reste de ses forces déjà près de
Dornot, la 5th ID sur ses pas.
Vu sur [Link]

L’ENFER À DORNOT ET ARNAVILLE


Le 8 septembre, la pluie commence à tomber sur Dornot
tandis que le CCB et le 11th IR se rassemblent sous
le feu ennemi. Une traversée de la Moselle est pré-
vue, mais le général Irwin à la tête de la 5th ID préfère
attendre l’installation de son artillerie. L’homme a rai-

LE PROBLÈME DES FORTIFICATIONS


son : les Allemands en face sont prêts à accueillir les
Américains… Les trois bataillons de 105 mm arrivent
dans la matinée et à 10h45, les GIs du 2nd Battalion du
Les Américains sont conscients que le secteur de Metz à Thionville regorge
11th IR s’élancent sur le fleuve à l’est de Dornot dans
d’ouvrages défensifs mais ne disposent d’aucune carte détaillée du secteur [2].
des embarcations légères. À 13h20, les Companies F et
Les reconnaissances aériennes ne donnent rien de bon à cause de la couverture
G prennent pied sur la rive ennemie et Irwin demande du végétale et du camouflage des ouvrages. Les seules informations sur lesquelles
soutien aérien pour neutraliser les deux forts Saint-Blaise peut se baser Walker sont celles d’anciens membres du Deuxième Bureau
et Sommy… qui lui est refusé car tous les appareils français – mais il est attendu que les Allemands ont apporté des modifications
sont alors employés à Brest. Dans la soirée, le capitaine depuis l’annexion de la Moselle au Reich. Au XX Corps, ces fortifications sont
Church emmène deux compagnies vers les forts, qui sont sous-estimées car leur construction date d’avant le premier conflit mondial, et
étrangement silencieux. Et pour cause : les Allemands pour les Américains, les Allemands vont vite se replier jusqu’au Westwall après
n’y sont pas ! Arrivés près du fort Saint-Blaise, les la traversée de la Moselle…
Américains tombent dans une contre-attaque de SS de [2] Les seules cartes à leur disposition sont des cartes Michelin, qui
n’indiquent alors pas vraiment les reliefs du terrain.
la « Götz von Berlichingen » et se replient vers le fleuve.

Sd. Kfz. 251


559. Volksgrenadier-Division
Wehrmacht
Secteur de Metz-Thionville, septembre 1944

47
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE

Les deux photos de cette page


Les GIs de la 5th ID traînent un canot (frêle esquif !) vers la
Moselle avec tout leur matériel dans le secteur de Dornot et
d'Arnaville (à gauche) tandis que leurs camarades investissent
le premier village(en bas), qui va être transformé en point
de lancement de toutes les tentatives de traversée du fleuve
dans la deuxième semaine du mois de septembbre 1944.

Pendant trois heures, les hommes vont se tailler un chemin à travers les contre-at-
taques allemandes, et la cruauté est à son comble : les infirmiers sont pris pour
cible par les SS qui les abattent parfois à bout portant [3]. Peu avant minuit, les GIs
sur la rive orientale de la Moselle installent leurs positions défensives en forme
de « U » - les Américains diront en forme de fer à cheval – afin de résister aux
attaques allemandes.
Vu sur [Link]

À quelques kilomètres au sud, à Arnaville, le général Irwin décide d’envoyer le


10th IR afin de tenter une autre traversée de la Moselle. Cette fois, le franchis-
sement est bien mieux préparé : l’artillerie fait ses repérages la veille, des Tank
Destroyers sont placés sur la rive « amie », et la 84th Smoke Generating Company
prend ses quartiers non loin. Cette unité est bien particulière puisque son rôle est
de générer des écrans de fumée afin de cacher la traversée aux observateurs
d’artillerie du fort Driant. Dans la nuit du 10 au 11 septembre, les Américains
À 07h20, les Américains traversent la Moselle entre Novéant et Arnaville et tentent de lancer un pont sur la Moselle. En même
surprennent totalement les défenseurs. La colline 386 est prise à la baïonnette temps, un ferry transporte sur la rive opposée une sec-
par le 1st Battalion du 10th IR, et la colline 370 sur sa gauche est capturée de tion de générateurs de fumée ainsi que les canons anti-
la même manière par le 2nd Battalion. Mais peu de temps après, des SS de la char de 57 mm du bataillon et des munitions. Seul un
« Götz von Berlichingen » stationnés au village d’Arry lancent une contre-attaque triste convoi va dans l’autre sens : 142 GIs, morts ou
et frappent les deux compagnies sur leur flanc droit. Mal préparés, les GIs résistent blessés, sont évacués de la tête de pont. Celle de Dornot
et parviennent à mettre hors combat plusieurs blindés puis à disperser les SS ; est évacuée – de toute façon, tous les hommes qui s’y
une seconde attaque a lieu vers midi, et le 1st Battalion est obligé de lâcher prise. trouvent sont blessés – après avoir résisté à 36 assauts
Là encore, c’est l’intervention de l’artillerie américaine et des P-47 qui arrête la allemands en quelques jours. Les SS face à la tête de
progression des Allemands. pont de Dornot ont eu la surprise de voir arriver vers eux
En effet, ce ne sont pas moins de treize bataillons d’artillerie américains qui ont un soldat américain porteur d’un drapeau blanc, mais
été amenés et qui peuvent soutenir de leurs feux la tête de pont d’Arnaville ! Mais ce dernier n’est pas venu pour annoncer la reddition de
aux alentours de 10h, le vent se lève et chasse le brouillard artificiel… permettant la tête de pont… C’est incrédules que les Allemands
à l’artillerie allemande d’aligner ses tirs sur la rive contrôlée par les Américains [3] Cole (H.), The Lorraine Campaign, p.150,
et semant la panique chez les servants de la 84th Smoke Generating Company. Whitman Publishing, 2012.

Sd. Kfz. 251/9 « Stummel »


17. SS-Panzergrenadier-Division « Götz von Berlichingen »
Wehrmacht
Secteur de Dornot, 10 septembre 1944

48
XX CORPS VERS L'EST
CHAPITRE 1
DEUXIÈME LE
PARTIE
METZ ET LA MOSELLE
 Observation aérienne
du secteur de la tête de
pont de Dornot : la Moselle
est visible au premier
plan tandis que sur le
document original figurent
les positions des forts,
notamment Saint-Blaise et
Sommy en arrière-plan.

 L'obusier automoteur
M7 Priest permet
d'apporter un soutien
conséquent aux GIs
avec sa pièce de
105 mm. La mobilité de
l'artillerie américaine va
grandement jouer dans
son efficacité lors de la
campagne à l'ouest.

reçoivent la communication : le commandant américain


demande leur capitulation ! Mais les assauts allemands THIRD ARMY ET NINTH AIR FORCE : DES RELATIONS ORAGEUSES
prélèvent aussi leur tribut sur les défenseurs. Les ser-
Vu sur [Link]

vants de mortiers sont obligés de se battre avec leurs L’intervention des P-47 du XIX Tactical Air Command pendant la campagne
de Lorraine n’est accordée à la Third Army qu’au prix de longues tractations.
carabines et un lieutenant ayant eu son radio tué à côté
L’état-major de la Ninth Air Force – tout comme la quasi-totalité des officiers
de lui continue de communiquer avec l’arrière tout en
américains – n’envisage pas une résistance accrue des Allemands en Lorraine
tirant de l’autre main avec son arme. Jusqu’à minuit, et octroie donc tous ses appareils à la réduction des défenses de Brest. Le 9
le 10 septembre, les Américains évacuent silencieuse- septembre 1944, la Ninth Air Force refuse d’envoyer des avions à Walker car
ment la tête de pont du fer à cheval sous la protection selon les aviateurs, l’artillerie dont dispose le XX Corps fait l’affaire pour sou-
de l’artillerie alliée. Peu d’embarcations sont disponibles tenir la tête de pont. Mais la résistance acharnée des Allemands face à la 5th
et elles sont réservées pour les blessés ne pouvant pas ID leur fait changer d’avis : le général Weyland, à la tête du XIX TAC, reçoit
nager : les blessés les moins graves se débarrassent l’autorisation d’utiliser autant d’appareils que besoin pour aider au maintien de
donc de leurs armes et de leurs équipements puis se la tête de pont le 10 septembre.
glissent dans le fleuve. Certains n’en ressortiront pas.
Pendant ces quelques jours à Dornot, ce sont plus de
300 GIs qui ont perdu la vie ou ont été blessés. Mais
maintenant, le XX Corps a enfin pris pied sur la rive
allemande de la Moselle… 

49
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE

 Ce Sherman M4A3 emprunte un pont hâtivement jeté


sur un canal autour de Metz alors que les débris de l'ancien
ouvrage d'art apparaissent en arrière-plan. La multiplication
des cours d'eau et de leurs affluents aux alentours de Metz
gênent grandement le déplacement des troupes américaines.
Vu sur [Link]

AVANCER À TOUT PRIX


CHAPITRE 2

ÉVITER LES COUPS D'ARRÊT


La traversée de la Moselle a été sanglante pour le XX Corps. Mais l’objectif est à portée de main : Metz et Thionville
se rapprochent, et il est maintenant nécessaire de faire passer le plus possible de matériel et d’hommes par la
tête de pont tenue par la 5th ID. Cependant, avant tout, il est impératif de lancer un pont ; et les Allemands ne

Le
sont pas prêts à laisser les Américains en construire tranquillement.
10 septembre, alors que la tête de pont de passage des hommes est jeté sur un gué, mais le 11 septembre
Dornot est évacuée, le général Irwin ordonne à au matin, les Allemands redoublent d’activité et attaquent
ses hommes de la 5th ID de jeter un pont « à tout les flancs de la tête de pont. Ils sont repoussés alors qu’en
prix ». Mais au-delà des mots et de la formule même temps des renforts affluent pour élargir le périmètre
employée, encore faut-il avoir un pont de dispo- américain. Le 11th IR est envoyé par Irwin plus au nord, à
nible ! De plus, l’environnement autour d’Arnaville n’est pas l’est de Novéant, pour prendre le village de Corny et ainsi
favorable aux grandes manœuvres : les rives de la Moselle soulager le 10th IR. La traversée se passe sans trop d’accrocs
y sont bordées de retenues d’eau boueuse, d’un canal et – à l’exception d’une section antichar qui file directement sur
même de petits marais à l’ouest. Les Engineers sont donc Corny, s’y faisant tailler en pièces. Le 3rd Battalion du 11th
devant un double problème : il faut d’abord lancer un pont sur IR commence sa progression vers le village sous le feu des
le canal latéral puis la zone marécageuse pour enfin pouvoir batteries du Fort Driant puis parvient aux premières maisons
amener du matériel. Un premier pont flottant permettant le à la fin de la journée.

50
XX CORPS AVANCER
CHAPITRE 2
DEUXIÈME LE
PARTIE
À TOUT PRIX
LE RETOUR DES PÉNURIES
Si le ravitaillement en carburant est revenu à la normale, celui
en munitions ne suit toujours pas pour le XX Corps, dont
l’artillerie a consommé presque 20 000 obus par jour depuis
le 8 septembre. Cela se traduit par des tensions sur le terrain
avec les GIs qui ont passé la Moselle : ces derniers se voient
très souvent refuser des tirs d’artillerie de soutien alors que
les Allemands sont relativement proches. Les fantassins sont
donc de plus en plus liés à l’aviation, qui elle dispose de res-
sources presque illimitées : une sortie du 512th Squadron le
10 septembre a mis hors de combat une dizaine de Panzer
et de canons d’assaut dans le village d’Arry. La présence
des « Jugs [1] » dans le ciel lorrain remonte le moral des
GIs, et pas seulement à cause de la destruction des blindés
à Balkenkreuz, mais aussi parce qu’à chacune de leur sortie,
l’artillerie allemande se tait et arrête temporairement « d’ar-
roser » les positions de la 5th ID…
Petit-à-petit, dix Sherman et six TD sont amenés sur la tête
de pont, avec d’énormes problèmes mettant à l’épreuve les  Un GIs inspecte le moteur d'un Sd. Kfz. 251/9 « Stummel ».
Engineers. Le 12 septembre, à 03h30, les Allemands lancent Le montage peut sembler sommaire, mais ce canon de 7,5cm court permet
une nouvelle attaque sur la tête de pont avec notamment des aux Panzergrenadier de bénéficier d'un soutien à tous moments.

éléments de la 17. SS-Panzergrenadier-Division « Götz von  Les P-47 sont, depuis la campagne de Normandie, la terreur des équipages
Berlichingen » et des 3. et 15. Panzergrenadier-Divisionen. de blindés allemands, et vont conserver leur réputation en Lorraine.
Vu sur [Link]

Contrairement aux assauts précédents, celui-ci est soutenu


par un barrage roulant d’artillerie et l’ensemble de la tête de
pont est attaquée. Le 1st Battalion, sur le flanc droit, est sub-
mergé mais parvient à repousser les Panzergrenadiere après un
terrible corps à corps ; le flanc gauche près de Corny tient bon
et détruit plusieurs Panzer. Au lever du jour, les Allemands se
replient, et le tableau est impressionnant : plusieurs carcasses
de blindés fument près des lignes américaines, et les canons
de 150 mm du Fort Driant continuent de tirer leurs projec-
tiles autour du pont temporaire, soulevant d’énormes gerbes
d’eau. Mais à midi, une unité du CCB parvient à traverser le
pont alors couvert par les fumigènes ; la 5th ID est pourtant
totalement épuisée, ne disposant plus que de 35 officiers et
1300 hommes de troupe.

UNE APPROCHE INARRÊTABLE


À l’ouest de Metz, près d’Amanvillers et Gravelotte, les nouveau au centre des combats, mais cette fois-ci, les ouvrages défensifs
Américains commencent leur progression difficilement, retar- allemands compliquent la tâche des Américains. Amanvillers est férocement
dés par les défenseurs. Les champs dans lesquels se sont défendu par les Allemands et les GIs s’épuisent en attaques parfois vaines
affrontés Français et Prussiens 70 années plus tôt sont à contre les positions adverses.
[1] « Cruche », surnom donné aux P-47 à cause de leur silhouette.

Half-track M3A1
5th ID
XX Corps
Secteur de Dornot, septembre 1944

51
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE

1
Au nord de Metz, l’aile gauche du XX Corps est compo-
sée principalement du CCA de la 7th Armored Division
alors à Talange. La 90th ID se prépare à l’attaque sur
Thionville en arrivant depuis l’ouest. Le 8 septembre,
cette unité a subi de plein fouet l’attaque de la Panzer-
Brigade 106 qui tombe sur son poste de commande
près d’Aumetz. Mais l’unité allemande, mal entrainée et
incapable de s’orienter, n’a pas su exploiter sa percée ;
elle retourne dans ses lignes avec plus que quelques
blindés et quasiment plus aucun homme valide. Le même
jour, Briey capitule devant la 90th ID, mais la résistance
de la 559. VG-Division est illusoire et n’arrête pas la
progression des GIs de la « Tough Ombres [2] » qui sont
bientôt à quelques kilomètres de Thionville. Le 10 sep-
tembre, le 357th IR capture Hayange et Neufchef avant
d’en être repoussé ; le 3rd Battalion du 358th IR prend
Algrange mais à la tombée de la nuit, les Allemands
s’accrochent toujours au terrain.
Le général McLain, à la tête de la 90th ID, décide de
passer la Moselle près de Thionville le 11 septembre. 2
À Volkrange, les Allemands sont repoussés avec l’aide
de l’aviation : Thionville est à portée de main. Florange
est capturée par le 357th IR, et le lendemain, von
Knobelsdorff ordonne aux unités allemandes de se replier
derrière la Moselle. La voie est libre pour les Américains,
Vu sur [Link]

qui s’approchent de Thionville dans la journée du 12 sep-


tembre ; les faubourgs ouest sont atteints par le 358th
IR, mais dans la nuit, une grosse déflagration réveille
les habitants. Le pont de Thionville sur la Moselle vient
de sauter. McLain décide alors de traverser au nord de
Thionville pour ensuite contourner les défenses alle-
mandes par l’est de la ville. Mais l’assaut, prévu pour
le 15 septembre, est ajourné le 13 : au nord de Metz,
la 7th AD est en difficulté…

POUSSER VERS METZ


Walker, devant les fortifications de Metz, décide de chan-
ger son fusil d’épaule. Le double enveloppement de Metz
d’abord prévu est annulé suite à l’état catastrophique et l’identifient comme la 14th Armored Division, alors stationnée au sud de la
dans lequel se trouve la 5th ID, continuellement harce- Lorraine. La prise de Thionville est repoussée et la 90th ID doit soulager les forces
lée par le Fort Driant et ses batteries. La 7th AD reçoit américaines au nord de Metz tout en conservant un œil sur son objectif principal.
l’ordre de contourner Metz par le nord puis d’attaquer la La 5th ID reçoit l’ordre de pousser vers le sud depuis la tête de pont d’Arnaville.
ville par l’est afin de soulager la pression sur la 90th ID Les renforts affluent via cette dernière et donnent de plus en plus d’amplitude au
près de Thionville ; cette dernière se recentre sur la ville, commandement américain. Au plus haut échelon, on pousse Patton et Walker
tandis que le 43rd Cavalry Reconnaissance Squadron la à accentuer la pression sur Metz, mais des pluies torrentielles le 14 septembre rendent
relève au nord. Au même moment, Walker fait un coup le déploiement des blindés très compliqué. Cependant, le lendemain le CCB et le
d’intoxication pour les Allemands en demandant à une 10th IR progressent vers le sud-est, malgré un épais brouillard et un sol détrempé,
petite équipe de simuler le déplacement d’une division et capturent Arry puis poussent un peu plus loin. À Berlin, Hitler est préoccupé par
blindée… en face, les défenseurs tombent dans le piège l’expansion de la tête de pont d’Arnaville, et le 15 il ordonne que Metz soit tenue
[2] L’insigne de la division est composé d’un T et
d’un O sur fond noir, à cause de l’origine de ses
recrues à sa création : le Texas et l’Oklahoma.
Le surnom de « Tough Ombres », signifiant
les durs à cuire, leur est ensuite donné. 57 mm Gun M1
3rd Battalion
358th IR
90th ID, XX Corps
Algrange, 12 septembre 1944

52
XX CORPS AVANCER
CHAPITRE 2
DEUXIÈME LE
PARTIE
À TOUT PRIX
3 4
Vu sur [Link]

à tout prix… avant de changer d’avis et d’ordonner à la 1. Armee À l’ouest de Metz, après avoir passé Gravelotte, les hommes de
de renforcer la ville et d’éviter son encerclement. Autour de Metz, la 90th ID tombent sur les premiers ouvrages défensifs – que les
Patton donne son feu vert à un nouveau plan, et le CCR s’engage GIs vont surnommer « les sept nains » en raison de leurs dimen-
vers Sillegny, au sud de la ville ; le prochain objectif avant Metz est sions et de leur nombre – et affrontent les Fahnenjunker de l’école
la traversée de la Seille, un cours d’eau qui se développe au sud de militaire de Metz. La tenue au feu de ces soldats impressionne
la cité. Les Allemands, eux, commencent à s’enfermer dans Metz les Américains mais ces derniers parviennent à les repousser.
et reçoivent des renforts tout en lançant des attaques localisées sur Les gains territoriaux ne sont cependant pas excessifs, et la météo
la tête de pont. ne s’améliore pas. Walker et McLain décident en conséquence
Le 18 septembre, le CCR lance son attaque vers Sillegny ; les défen- d’arrêter leur offensive et de donner le temps aux unités, notam-
seurs sont soutenus là encore par les batteries du groupe fortifié de ment à la 90th ID, de reprendre leur souffle… et de voir arriver
Verny. Les Américains manquent cependant de munitions et se replient le ravitaillement. 
une première fois ; un second assaut parvient à atteindre les limites
du village mais l’attaque ne reprend que le lendemain. Là encore, 1. Bien que relativement fiable, le char Sherman n'en reste pas moins
un assemblement de mécaniques qui peut tomber en panne. La
les P-47 infligent de lourds dégâts aux Allemands mais les combats pénurie générale touche aussi le nombre de pièces détachées qui
sont acharnés. La Seille est atteinte à Longueville par le CCB qui la arrivent au compte-goutte au début du mois de septembre.
traverse le 21 septembre de nuit, mais l’offensive ne va pas plus
2. Le 12 septembre 1944, des GI's et leur canon antichar de 57 mm sont à
loin : la 7th AD est transférée au XIX Corps et quitte la Lorraine. l'affût dans la « Adolf-Hitler Straße » d'Algrange ; le risque de voir arriver des
La 5th ID essuie de lourdes pertes le 21 septembre à Coin-lès-Cuvry Allemands n'est jamais écarté car leurs troupes sont encore aux alentours.

et à Pournoy-la-Chétive (à l’est de la tête de pont), deux localités 3 et 4. La tête de pont à Arnaville photographiée depuis les airs. Le génie américain
sur lesquelles l’artillerie allemande se déchaîne. Les GIs doivent se est parvenu à poser un pont (photo 4) sur lequel passent des véhicules, alors que
les générateurs de fumée sont en pleine utilisation sur les deux rives de la Moselle.
replier dans la nuit du 23 a 24 septembre devant l’opiniâtreté des
attaques allemandes.

Panzer IV Ausf. H
Unité inconnue
Secteur de Metz, septembre 1944

53
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE

 Le chasseur de
chars TD M10 remplit
en Lorraine le rôle de
soutien pour l'infanterie
même si son canon est
d'abord destiné à lutter
contre ses homologues
blindés. La puissance de
sa munition lui permet
de détruire des points
d'appuis ennemis établis
dans des maisons, qui
disposent souvent de murs
épais à cause du climat.
Vu sur [Link]

SECTEUR DE METZ
CHAPITRE 3

PRENDRE LE FORT DRIANT


Devant la pénurie qui se profile à nouveau, Patton est réduit à la défensive, mais plusieurs positions allemandes
continuent de le gêner. Il obtient la permission de les neutraliser, et celles dans le secteur du XX Corps sont les
fortifications de Metz, notamment au sud-ouest et à l’ouest de la ville. Parmi ces dernières, le Fort Driant sur la
rive occidentale de la Moselle n’a de cesse de pilonner les GIs. Il devient donc très vite nécessaire de s’assurer le
contrôle de cet ouvrage, qui pourrait menacer toute traversée de la Moselle dans le secteur. Du côté britannique,
c’est Montgomery qui voit d’un mauvais œil l’approvisionnement de la Third Army – surtout que Patton n’hésite
pas à « s’arranger » avec certains convois pour ravitailler ses troupes à la hussarde – au détriment de son
opération. C’est Bradley qui doit convaincre Patton du bienfondé de ce rationnement, alors que le cavalier est
prompt à y voir une manœuvre souterraine du SHAEF pour le tenir loin du centre de gravité. Pis, la 7th AD lui est
retirée ; exit l’opération au sud de Metz et la traversée de la Seille qui étaient alors prévues. Dernier coup fatal :
on lui annonce que le XV Corps, celui qui couvre son flanc sud, va être redirigé vers le 6th Army Group de Devers
– ravitaillé depuis le port de Marseille, qui n’est pas utilisé au maximum de sa capacité.

54
XX CORPS SECTEUR
CHAPITRE 3
DEUXIÈME LE
PARTIE
DE METZ
BREST-METZ, MÊME COMBAT ?
Lors de son arrivée en France, l’US Army n’a pas réel-
lement prévu d’affronter de solides fortifications en
France. Celles autour du port de Brest s’avèrent plus
résistantes que prévues, et la solution d’abord retenue
est l’utilisation massive de moyens aériens. Sauf que
les résultats sont très médiocres : malgré le rappel de
nombreuses unités comme le XIX TAC ou le IX Bomber
Command, les forts de Brest sont difficilement des-
tructibles par la voie aérienne. Devant ce semi-échec,
les commandants américains tirent des leçons mais
conservent le « matraquage » aérien pour neutraliser
les forts de Metz. Surtout, l’apparition de l’aviation
américaine a un effet psychologique sur les GIs : les
ouvrages fortifiés sont le plus souvent camouflés et
donc difficilement repérables dans un territoire vallonné
et très boisé. Dès le 17 septembre, la Ninth Air Force
commence à entrer en tractations avec le XX Corps. Le
général Walker met au point une opération (qu’il baptise
« Thunderbolt ») devant démarrer le 21 septembre, les
troupes américaines devant se ruer vers Metz en suivant
l’axe de la Moselle. La première phase – toutes sont
organisées de la même manière : bombardement aérien,
Vu sur [Link]

progression de l’infanterie avec protection de l’artillerie


puis assaut final) est la plus importante : le Fort Driant
doit être capturé afin d’assurer une progression sans trop
de pertes. Les chasseurs-bombardiers du XIX TAC sont
 Patton et Bradley (comparant ici leurs bagues) ont une relation spéciale.
un rouage essentiel de cette opération, à tel point que le Si les deux hommes s'apprécient avant la guerre, les « frasques » de
plan a un prérequis essentiel : que la météo soit correcte. Patton éloignent petit-à-petit Bradley de son camarade.
Le colonel Yuill, à la tête du 11th IR, tout comme Walker,
n’est pas impressionné par le Fort Driant – qu’il connaît éprouvée, qui reçoit l’ordre de capturer l’ouvrage, et de se lancer à l’attaque dès
très mal. Pour lui, un simple assaut violent parviendra à le 27 septembre – avec ou sans le soutien de l’aviation.
réduire aux silences les batteries cuirassées. La tâche
revient donc au 2nd Battalion du 11th IR, jusqu’alors

UN SAUT DANS L’INCONNU


cantonné à une garde de l’ouvrage. L’attaque doit
démarrer le 19 septembre, mais elle n’a de cesse d’être
repoussée, notamment à cause du mauvais temps et
du manque de munitions d’artillerie. Au nord du Fort Aucun des commandants américains n’a la moindre idée de ce que peut être le Fort
Driant, c’est le groupe fortifié Jeanne d’Arc qui est Driant. Simple réseau de tranchées constellé d’abris bétonnés pour les uns, plate-
l’objectif assigné à la 90th ID devant s’élancer depuis formes d’artillerie pour les autres, la réalité est toutefois bien différente. Construit à
Gravelotte. Un premier assaut s’épuise à cause ici aussi partir de 1899, le Fort Driant peut en fait accueillir 1810 hommes en garnison et a
du manque de munitions, et le général McLain décide été conçu comme une véritable cité souterraine, avec ses générateurs électriques, les
de décaler l’opération pour se déporter sur Maizières- quartiers pour la troupe, l’eau courante et des réserves de nourriture conséquentes.
les-Metz, plus au nord… avec à nouveau le prérequis Les GIs ont bien tenté de dresser des cartes mais les reconnaissances se sont toutes
de capturer le Fort Driant. C’est la 5th ID, fortement heurtées aux tirs des défenseurs, rendant la situation impossible à cartographier.

GMC CCKW-353 Truck, 6x6, 2,5 ton


90th Infantry Division
XX Corps, Third Army
Secteur de Maizières-les-Metz, 27 septembre 1944

55
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE

 Le M18 Hellcat, petit frère du TD M10,


a été créé pour apporter une puissance
de feu supérieure mais aussi une
rapidité et une agilité dont ne dispose
pas le M10. Dans les plaines lorraines,
son canon de 76,2 mm peut exploiter
tout son potentiel et va être meurtrier.

 Un P-47 du XIX TAC tire ses


roquettes sur les superstructures du
fort Driant. Le cliché permet d'observer
la densité de la forêt autour du fort,
rendant encore plus compliquée la
reconnaissance de l'ouvrage et surtout
le marquage des cibles par l'aviation.
Ce genre de frappe ne fera quasiment
aucun dégât aux ouvrages bétonnés,
mais parviendront surtout à laisser le
moral des défenseurs au plus bas.

Quatre casemates principales sont édifiées et protègent


les approches, tandis que l’ouvrage principal en forme
de pentagone chapeaute l’ensemble. Chaque casemate
dispose d’une batterie de trois canons de 100 ou de 150
mm, tandis que la partie sud est couverte par trois pièces
de 100 mm. La surface est constellée de tranchées et
d’ouvrages bétonnés ainsi que de réseaux de barbelés
de presque 20 mètres de largeur. Le bataillon devant
Vu sur [Link]

mener l’attaque ne dispose pour ainsi dire qu’une série


de cartes au 1/20000e spécialement venue de Paris.
La France tout juste libérée est alors inspectée dans l’es-
poir de trouver des plans de l’ouvrage, mais les premiers
n’arriveront au bataillon que le 29 septembre. Le tout
premier assaut se passe donc dans l’incertitude totale.
Le 27 septembre à 14h15, le premier assaut est lancé
par le général Irwin. Les pilotes de P-47 du XIX TAC
se ruent sur l’objectif et lâchent des bombes de 500 kg
ainsi que des containers de napalm sur les dessus du
fort. Une seconde vague vise les réseaux de tranchée
et mitraille les parties visibles de l’ouvrage… sans aucun
succès. Même les tirs des obusiers de 155 mm ne
parviennent pas à entamer durablement les casemates
allemandes. La E Company s’élance à la suite depuis le
sud du fort, couverte par un écran de fumée et suivie
par la G Company ainsi qu’une compagnie de TD du
818th TD Battalion. Ce n’est que lors de la dernière
phase d’approche que les Allemands ouvrent le feu
sur les GIs, dont seulement deux sections parviennent
à s’approcher des superstructures ouest avant d’être
repoussées. À 18h30, ordre est donné de replier les
unités d’assaut et les pertes sont faibles : seulement
18 GIs ont perdu la vie dans les deux compagnies.
Le lendemain, Patton ordonne à Irwin de reposer sa
5th ID fortement éprouvée ; de son côté, Walker fulmine Irwin décide quand même de lancer l’attaque à 12h00. Couverts à nouveau par des
et insinue qu’avec un esprit plus offensif, le fort serait fumigènes, les GIs progressent, mais aucun d’entre eux ne sait vraiment utiliser
tombé. Le chef de la 5th ID n’est pas dupe et sait que les tubes Bangalore qui sont très vite rendus inopérables… nécessitant des tirs
le fort ne tombera que grâce à un encerclement, mais d’obus explosifs dans les réseaux de barbelés. Comme un malheur n’arrive jamais
il suit les ordres de Walker et prépare une nouvelle seul, les Tankdozers connaissent tous des pannes à répétition. Seule la B Company
attaque. Des conclusions sont déjà tirées du premier parvient à entrer dans le périmètre du fort, et c’est par cette brèche qu’arrivent les
assaut : le fossé devant le fort devra être comblé par des renforts lors de la tombée de la nuit. La garnison allemande profite de l’obscurité
Tankdozers, tandis que les sections recevront des tubes pour faire des sorties sur les arrières des Américains grâce aux tunnels, les laissant
Bangalore afin de neutraliser les réseaux de barbelés. totalement désorganisés au petit matin.
L’attaque doit avoir lieu le 3 octobre prochain. Le 2nd Le lendemain, l’assaut doit reprendre mais les tireurs de précision allemands neutra-
Battalion (11th IR) renforcé de la B Company du 1st lisent à chaque fois les porteurs de lance-flammes ou d’explosifs qui s’approchent
Battalion, une compagnie de Combat Engineers et douze des casemates. Les rares qui parviennent à atteindre la grille du périmètre tombent
chars doit repartir à l’action. La B Company reçoit l’ordre devant une des innovations allemandes : les portes n’offrent aucune aspérité
d’attaquer depuis le sud-ouest, tandis que la E Company permettant d’y fixer des charges. Le 5 octobre, le feu de l’artillerie allemande se
attaque depuis le nord-ouest. Hélas, la météo se corse déclenche et fait des ravages mais les renforts continuent d’arriver. Deux jours plus
et empêche l’intervention des chasseurs-bombardiers ; tard, une nouvelle attaque a lieu à 10h00 mais les GIs sont à nouveau repoussés ;

56
XX CORPS SECTEUR
CHAPITRE 3
DEUXIÈME LE
PARTIE
DE METZ
cependant, certaines casemates sont prises et des
tunnels découverts. Les Engineers s’y engouffrent et
tombent devant une porte blindée, qui est percée par une
charge explosive… mais qui est bloquée de l’autre côté. Il
faut donc découper la porte au chalumeau, outil qui n’est
pour l’instant pas en possession des GIs. Il faut attendre
la nuit pour que ce matériel soit amené et que la porte
commence à être découpée, mais les défenseurs sont
installés au bout du tunnel. Les Américains doivent édi-
fier à la hâte une barricade et commencent un échange
vain de coups de feu avec les Allemands à quelques
mètres. Au 9 octobre, les pertes s’élèvent à 21 officiers
et 485 hommes hors de combat, et ce en seulement
quelques jours. Dans la nuit du 12 au 3 octobre, les
troupes américaines dans le fort reçoivent l’ordre de se
replier. Mais si les assaillants doivent abandonner leurs
gains territoriaux, l’expérience de ces premiers combats
va être décisive dans les semaines à venir.

DERNIER BAROUD  Un obusier automoteur M12 - en fait un canon Long Tom sur châssis de M3

À MAIZIÈRES-LES-METZ
Lee - ouvre le feu sur Maizières-les-Metz début octobre 1944. Les projectiles
de 155 mm vont parvenir à démolir les derniers abris des défenseurs.

 Le fort Driant, photographié après les combats. Le nombre d'impacts est impressionnant,
Vu sur [Link]

tout comme l'absence totale d'arbres, ayant tous été détruits ou brûlés par le napalm
Les Américains ont vite vu le potentiel de Maizières-
les-Metz, située à mi-chemin entre Thionville et Metz
et disposant d’une « accroche » sur la Moselle.
Le 7 octobre, les Américains parviennent à entrer
dans la ville depuis le nord mais les défenseurs ont
transformé chaque maison en fortin qu’il faut réduire
au lance-flammes et au canon. L’hôtel de ville lui-
même est un véritable bastion constitué de pierres
de taille : les Américains devront le neutraliser en
ramenant un canon automoteur M12 de 155 mm
pour faire des tirs directs sur le bâtiment ! La bataille
pour Maizières continuera jusqu’au 30 octobre, les
combats les plus durs se déroulant dans l’hôtel de ville
qui sera finalement détruit par des tirs de 240 mm,
ensevelissant ses défenseurs sous les décombres.
Le reste du secteur est calme : la pénurie de carburant
oblige les deux belligérants à s’observer en chiens de
faïence de chaque côté de la Moselle… 

M4 Sherman Tank Dozer


735th Tank Battalion
XX Corps, Third Army
Fort Driant, Metz, 27 septembre 1944

57
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
Vu sur [Link]

CAPTURER THIONVILLE...
CHAPITRE 4

POUR ENCERCLER METZ


Début novembre, le général Walker à la tête du XX Corps reste gêné par Metz. S’approcher de la ville a déjà
coûté de nombreuses vies et les forts de la ceinture de Metz sont autant d’épines dans le flanc des divisions
américaines. Le premier échec devant le Fort Driant a passablement échaudé les commandants locaux qui
se sentent démunis face à des ouvrages dont ni l’artillerie ni l’aviation ne peuvent venir à bout. En guise de
renforts, le XX Corps reçoit peu avant novembre la 95th ID et la 10th AD… qui n’ont aucune expérience du
combat. Maintenant que le XII Corps est parvenu à progresser presque jusqu’à la frontière allemande à l’est de
Metz, Walker sait qu’il doit passer définitivement la Moselle et capturer les deux villes principales sur le fleuve,
derniers verrous avant le Reich.

58
XX CORPS
DEUXIÈME LE
CHAPITRE 4
CAPTURER
PARTIE
THIONVILLE...
UNE PRÉPARATION…
Le secteur de Metz-Thionville est lui aussi touché par
les pluies torrentielles, la neige et la boue ; la Moselle

À LA MAISON PRÈS
sort de son lit, notamment dans le secteur allant de
Basse-Ham à Berg-sur-Moselle.

À la fin du mois d’octobre, alors que le front est calme

L’OFFENSIVE DE NOVEMBRE
 Aucun cliché ne peut
suite au détournement des moyens vers le secteur mieux illustrer la météo
d’Aix-la-Chapelle, les plans pour la prise de Metz sont en Lorraine pendant
l'automne/hiver 1944
élaborés. Aucune composante n’est oubliée dans ce que celui-ci. Véhicules et
méticuleux travail : le plan destiné aux aviateurs pré- hommes sont pris dans Alors que le XII Corps s’élance vers Faulquemont
une gangue de boue
cise ainsi quels bâtiments sont occupés par les forces qui n'a rien à envier à sa après la première semaine de novembre, le XX Corps
allemandes grâce aux renseignements des FFI locaux. cousine de l'Ostfront, la commence ses opérations le 3, avec la capture de
raspoutitsa ! Dans une
Ce n’est que le 3 novembre que le Field Order No. 12 région où le réseau routier
Berg-sur-Moselle où les Allemands disposent d’ob-
est transmis aux subordonnés du XX Corps, et son n'est pas très développé, servateurs avancés. Les combats durent trois jours à
contenu change considérablement les plans : alors que chaque itinéraire devient
une gageure pour les
l’issue desquels le village et la colline le surplombant
Metz devait être encerclée par des troupes alors que véhicules blindés comme demeurent aux mains des GIs. Le 7 novembre, la 90th
d’autres devaient foncer vers la Sarre, la nouvelle pla- les chars. L'infanterie ID se prépare à la traversée de la Moselle au nord-est
est ainsi souvent obligée
nification rend prioritaire la destruction de la garnison de se démener seule, de Thionville, dans le secteur de Koenigsmacker, tan-
de Metz sans la neutralisation des ouvrages fortifiés. sans soutien direct à dis que la 95th ID doit établir une tête de pont entre
part celui de l'artillerie...
La ville en elle-même est déjà encerclée par les C'est une manière de Uckange et Bertrange, au sud de Thionville. De son
Américains : à l’ouest se trouve la 95th ID fraîchement combattre totalement côté, la 5th ID s’appuie maintenant sur la Seille et
différente de celle à
arrivée, tandis qu’au sud se déploie la 5th ID – épuisée laquelle sont habitués Walker prévoit pour cette dernière une attaque en
par les combats – et au nord la 90th ID, qui s’occupe les soldats américains même temps que le XII Corps avant de revenir sur
depuis leurs classes !
aussi de Thionville. La 95th ID est la seule division du sa décision.
secteur à disposer de tous ses effectifs et matériels : Le 8 novembre, un vacarme réveille les derniers habi-
Vu sur [Link]

ce sera donc elle qui devra passer la Moselle à l’ouest tants sur place et les soldats transis de froid. Le bar-
de Metz et nettoyer la ville. Les abords orientaux de rage d’artillerie tiré pour soutenir le XII Corps est si
Metz seront eux sécurisés par la 10th AD, surnommée important que le grondement se fait entendre jusqu’à
la « Tiger Division », qui pourra pousser vers la Sarre. Thionville, à une quarantaine de kilomètres de là.

SITUATION DANS LE SECTEUR À L'EST DE THIONVILLE, DU 9 AU 19 NOVEMBRE 1944


18/11
Launstroff

90th ID
Rassemblement Malling 19/11
8 novembre 17/11
III
Hettange- X Waldwisse
Grande Cattenom 359 15/11 Rémeling
18/11
B 10
Attaque du 12 mai Kerling Kirschnaumen
Zone de traversée X
16/11
B 10
X 17/11
Oudrenne 18/11
A 10
16/11 Laumesfeld
I Lemestroff
III Ste. Marguerite Schwerdorff
90 Rcn Colmen
Valmestroff 357
THIONVILLE III Inglange 18/11 19/11
II
358
2 378
Budling Monneren 19/11
Kuntzig 18/11
17/11
Buding Bibiche
Illange Distroff

Filstroff
Klang
17/11
Bertrange
Volstraff Metzervisse Dalstein
Imeldange 18/11
II 14/11
Uckange 1 Metzeresche 19/11
377

Bouzonville
III Freistroff
358
14/11 TF Bacon 18-19/11
16/11 Luttange Axes de progression de la 10th AD
I
Positions avancées américaines le 19/11
95 Rcn(+)
Tremery Drogny Ligne de front le 14/11
II Ligne Maginot
Ay-sur-Moselle
Bettlainville 3 357 Attaque allemande du 15/11

59
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
Vu sur [Link]

Mais ce n’est qu’à la tombée de la nuit que les et les champs de mines, puis les font explo- lâcher du ravitaillement. La Flak étant inexis-
hommes du XX Corps ne s’élancent, notam- ser après être retournés sur leur rive… sans tante, les appareils américains volent bas et
ment ceux du général Twaddle de la 95th aucun tué. Ce n’est qu’à 21h00 que les GIs lâchent vêtements secs, rations et matériel
ID. Une opération de diversion surnommée traversent la Moselle, alors que la 19. VG-D médical ; un pilote dira soulignera l’effet qu’a
« Casanova » est prévue sur le flanc nord de la en face n’a aucun avant-poste sur le fleuve. eu ce ravitaillement sur les troupes au sol :
division : une partie du 377th IR doit traverser Les batteries allemandes ouvrent le feu sur des « Les gars ont explosé de joie quand ils ont
la Moselle à Uckange et prendre le village de points prédéfinis, empêchant les Engineers aperçu le premier avion lâcher du ravitaille-
Bertrange tandis que le reste doit détruire une de jeter un pont et leur infligeant des pertes. ment. On a pu les voir en dessous de nous,
poche de résistance allemande plus au sud, Bertrange est dépassé le 9 novembre mais enterrés dans leurs foxholes, sales, affamés
à Maizières-les-Metz. Alors que l’obscurité les renforts ne peuvent parvenir à cause du et grelottants… mais tout sourire quand
vient de tomber, des Engineers traversent au niveau de la Moselle, qui a considérablement nous sommes arrivés [1]. » Mais il est tou-
sud d’Uckange sans bruit dans leurs canots augmenté pendant la nuit. Le ravitaillement jours impossible de traverser. Un infirmier
d’assaut. Sur la rive allemande, ils posent est impossible, et le chef de la 95th ID a alors américain tente par deux fois avec son petit
leurs charges dans les réseaux de barbelés une idée : utiliser les avions de liaison pour canot, mais par deux fois il est repoussé par

 Un camion transportant
des jerrycans est en

Dodge WC54 ambulance


fâcheuse posture dans un
village lorrain aux routes
90th Infantry Division transformées en fondrières.
XX Corps, Third Army Il faut l'aide d'un Sherman
Secteur de Thionville, novembre 1944 tank dozer pour le tirer de
l'ornière dans laquelle il
s'est enfoncé. La météo
catastrophique, en plus
d'interdire les vols, va
aussi grandement ralentir
la progression des trains
de ravitaillement pour
les troupes au front.

[1] Cole (H.), The Lorraine


Campaign, 2012, Whitman
Publishing, p. 578.

[2] Ibid.

60
XX CORPS
DEUXIÈME LE
CHAPITRE 4
CAPTURER
PARTIE
THIONVILLE...
les Allemands… qui lui indiquent la direction des posi-
tions américaines du doigt [2] ! Ce n’est qu’à partir du 12
novembre que les GIs parviennent à traverser à Uckange
suite à la décrue. Du côté de Maizières-les-Metz, les GIs
tombent dans de vastes champs de mines et sont visés
par l’artillerie ennemie, les obligeant à cesser l’attaque,
tout comme l’épisode de crue de la Moselle.

CATTENOM, LA TRAVERSÉE
Plus au nord, les Américains – cette fois-ci de la
90th ID et de la 10th AD – se concentrent près de
Cattenom, au bord de la Moselle. Le général Van
Fleet à la tête de la 90th ID n’est pas convaincu par
la nécessité d’y traverser le fleuve, car le chemin
d’accès est inondé, et de l’autre côté se trouve le
fort de Koenisgmacker, autre ouvrage construit lors
de l’occupation allemande au début du XXe siècle.
Après un examen rapide, Van Fleet déduit qu’il n’y a
pas d’autres lieux de traversée ; il faudra donc le faire
sous le feu de l’ouvrage et le neutraliser assez vite.
Pour compliquer le tout, les Américains sont entrés
dans le secteur de la Ligne Maginot, notamment près
Vu sur [Link]

du village de Métrich à côté de Koenigsmacker où se


trouvent plusieurs bunkers mais aussi un ouvrage de
la dite Ligne. Van Fleet pense que faire traverser suf-
fisamment de ses hommes le 9 novembre avec l’effet
de surprise permettra de museler très vite les deux
groupes fortifiés et ainsi s’assurer une domination sur
la tête de pont. Cette offensive doit ensuite permettre
de faire un bond vers l’est jusqu’à Boulay, mais avant,
il faut passer un petit ruisseau – la Canner – et surtout
capturer les crêtes qui courent tout son long. Van Fleet
rassemble plusieurs bataillons des 358th et 359th
IR pour cette traversée ainsi que le 315th Engineer
Combat Battalion, dont la mission est de construire
un pont le plus vite possible sur le fleuve.
Le plan est audacieux car il repose entièrement sur
l’effet de surprise : si les Allemands sont avertis, ils
feront pleuvoir un déluge de feu sur les Américains
alors totalement à découvert au milieu du fleuve.

 Pour s'approcher de

M5A1 Stuart
la Moselle et y déposer
des ponts, les Engineers
10th Armored Division doivent parfois rivaliser
XX Corps, Third Army d'ingéniosité comme ici
Secteur de Cattenom, novembre 1944 où ils sont en train de
fixer les éléments d'un
pont sur l'avant d'un char
Sherman de dépannage.

 L'équipage d'un
Sherman neutralisé à
Metzervisse par un tir
inspecte l'endroit où
le projectile a percé le
blindage. Cependant, il
y a peu de chances que
le Panzerschreck tenu
par le tankiste de gauche
soit responsable de cet
impact ! Le dégât aurait
été bien plus important
et dans le cas d'une
attaque par charge
creuse, des « gerbes »
sont visibles de chaque
côté du lieu d'impact.

61
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE

1 1. Un TD M10 du 712th Tank Battalion


fait une halte à Metzervisse devant un
bien curieux engin allemand abandonné :
la base est celle d'un tracteur
d'artillerie britannique Morris C8 mais
amplement modifié par ses nouveaux
propriétaires... et dûment camouflé.

2 et 3. Des GIs de la 90th Infantry


Division traversent le village de
Metzervisse qu'ils viennent de capturer le
17 novembre 1944. Un TD M10 du 712th
Tank Battalion et un Sherman M4A3E8
sont visibles en arrière-plan. Quelques
civils, attachés à leur habitation, sont
restés malgré les risques encourus
lors des combats aux alentours.

4. Certains villages ont bien plus


souffert que d'autres lors de la traversée
de la Moselle - notamment celui-ci
qui est traversé en toute trombe par
un TD M10. L'artillerie américaine
a été employée à de nombreuses
reprises pour neutraliser les nids
de mitrailleuses et autres positions
défensives souvent situées dans les
maisons et autres corps de fermes.
Vu sur [Link]

La 90th ID a en plus bénéficié d’un lieu de regroupement,


2
la forêt de Cattenom… directement observable depuis la rive
allemande de la Moselle. La préparation a eu lieu directement
dans cet abri sommaire, et les Américains connaissent un
vrai coup de chance : aucun Allemand n’a remarqué que
la quasi-totalité de la 90th ID ainsi que trois bataillons de
blindés se sont infiltrés dans la forêt ! Tout au long du 8, les
armements collectifs sont placés au plus près de la Moselle
afin de couvrir les troupes qui vont traverser, et à la nuit
tombée, les bataillons américains s’élancent, tirant leurs
canots d’assaut. À 05h00, autant à Malling qu’à Cattenom,
les GIs prennent pied sur la rive adverse, surprenant les
rares guetteurs… mais les bruits des combats suffisent à
alerter les guetteurs du fort de Koenigsmacker. Les batteries
de 100 mm sous coupole se mettent alors en marche et
« arrosent » les GIs qui tentent la traversée à Cattenom ;
la Moselle, déchaînée, retourne des canots d’assaut et
empêche les Engineers de trouver des points d’ancrage
pour leur pont. Malling est capturée alors que toute la gar-
nison allemande est en train de dormir : 133 Volksgrenadier
sont tirés de leur sommeil et amenés en captivité. Du côté
3
de Cattenom et Koenigsmacker, l’exploitation se fait sans
soucis particuliers : le 3rd Battalion du 358th IR dépasse le
fort de Koenisgmacker, libèrent le village de Valmestroff et
capturent la crête entre Kuntzig et Inglange. Au bord de la
Moselle, Basse-Ham est pris ici aussi avant même que les
Allemands ne s’en rendent compte. À quelques centaines
de mètres se tient toujours une masse menaçante : le fort
de Koenigsmacker.

BALLES CONTRE BÉTON


Les A Company et B Company du 1st Battalion, 358th IR
sont envoyées neutraliser le fort. À 07h15, les GIs atteignent
le réseau de barbelés et le traversent sans rencontrer de
résistance. Ce n’est qu’à l’approche du premier périmètre
défensif que les sentinelles ennemies donnent l’alarme, mais
les Américains sont plus rapides et capturent les tranchées.
Pendant que les quatre canons de 100 mm continuent

62
XX CORPS
DEUXIÈME LE
CHAPITRE 4
CAPTURER
PARTIE
THIONVILLE...
4
de tirer sur le lieu de la traversée, quelques mortiers
pilonnent les Américains qui s’approchent de l’ouvrage.
La garnison (alors composée d’hommes de l’Infante-
rie-Regiment 74, 19. VG-D) fait une sortie et parvient à
infliger quelques pertes aux Américains ; cependant, ces
derniers sont accompagnés d’Engineers qui parviennent,
avec l’aide de deux sections de fantassins, à s’appro-
cher des portes blindées. L’expérience de l’assaut sur
le Fort Driant sert alors : plutôt que de rentrer dans
l’ouvrage pour le nettoyer, les GIs « enferment » les
défenseurs, faisant sauter les escaliers et après avoir
localisé les bouches d’aération, en y versant de l’essence
enflammée par la suite par une grenade incendiaire.
La consommation d’explosifs est telle qu’un ravitaille-
ment par parachute est prévu pour la fin de la journée ;
les Américains ont avancé et contrôlent l’ouest du fort,
mais la partie est tient encore sous son feu la route
menant à Valmestroff. Du côté de la tête de pont de
Cattenom, le bilan est positif malgré les tirs incessants
de l’artillerie allemande puisque huit bataillons d’infan-
terie ont pu traverser. Du côté allemand, la surprise est
totale sur tous les points de traversée et les premières
tentatives de contre-attaques échouent à cause de la Kerling, Volksgrenadier et StuG. III partent à l’assaut et bousculent les Américains.
pénurie générale de carburant et de camions pour trans- Près du fort de Koenigsmacker, les Américains font prisonniers trois Allemands qui
porter les troupes. Une seule contre-attaque est lancée, leur indiquent que 145 hommes sont en train d’arriver pour renforcer l’ouvrage.
Vu sur [Link]

à Kerling, mais les Allemands épuisés ne parviennent Les GIs ont juste le temps de mettre en batterie cinq mitrailleuses avant d’ouvrir le
ici aussi pas à exploiter la percé. feu, détruisant la moitié de la colonne, le reste s’enfuyant. Un assaut américain à
Le 10 novembre est relativement calme sur tout le front la baïonnette dans le bois d’Elzange permet de capturer un point fortifié allemand,
de la 90th ID, sauf aux alentours de Koenisgmacker où tandis que le fort de Koenigsmacker est de plus en plus encerclé. Chaque entrée
l’ouvrage Maginot du Métrich se défend tant bien que ou point d’aération est aux mains des Américains, qui enfument les tunnels et donc
mal contre les Américains. À Basse-Ham, une contre-at- l’ouvrage ; incapable de tenir plus longtemps, la garnison fait agiter un drapeau
taque allemande est repoussée le même jour et la C blanc. Le fort de Koenigsmacker est pris : sa défense aura coûté plus de 300 tués,
Company est envoyée attaquer le fort de Koenigsmacker blessés ou disparus aux Allemands, tandis que les Américains dénombrent 111 GIs
depuis le sud. Mais bloquée par un fossé et des barbelés, tués et hors de combat. La prise des deux ouvrages, à Métrich et Koenigsmacker,
l’unité doit le longer vers l’ouest et rejoindre les deux est un sévère revers pour la ligne de défense allemande qui s’appuyait majori-
autres compagnies déjà sur les dessus de l’ouvrage. tairement dessus. Mais les canons maintenant se sont tus et le ravitaillement
Au même moment, Van Fleet décide de calmer le jeu commence à affluer.
et de stabiliser ses lignes : il ne sait pas que les unités
allemandes du secteur n’ont pas de quoi contre-attaquer,

LA RÉACTION ALLEMANDE
et le ravitaillement commence à manquer. Sur la rive
américaine, la Moselle a maintenant inondé Cattenom,
empêchant encore plus le transport de munitions et de
blessés, mais un pont est jeté dans le secteur de Malling. Le 12 novembre, vers 03h00, une Kampfgruppe de la 25. Panzergrenadier-Division
Le 11 novembre, l’attaque reprend, et l’ouvrage de attaque à nouveau Kerling, capture le village puis oblique au nord-ouest pour se rendre vers
Métrich est contourné, sa garnison enfermée ; mais à Petite-Hettange. L’objectif allemand est clair : capturer le pont de Malling et le faire sauter.

Sherman M4A3E8
712th Tank Battalion
XX Corps, Third Army
Metzervisse, 17 novembre 1944

63
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE

 Nous retrouvons Patton en Lorraine avec sa M20 Utility


Car... et un invité de marque : William Averell Harriman, qui
est alors ambadassadeur des États-Unis à Moscou et le
demeurera jusqu'en 1946. De nombreux officiels américains
viendront effectuer un tour en Lorraine afin de côtoyer Patton.

Illange se trouve un autre ouvrage allemand du début du


XXe siècle ; lorsque les GIs s’en approchent, un soldat
allemand agite un drapeau blanc, mais le commandant de
la place refuse de se rendre. Les Américains ordonnent
donc un tir de 155 mm et de 240 mm sur les dessus de
l’ouvrage, mais les défenseurs continuent de résister :
chaque créneau de tir est détruit à la charge explosive
et les bouches d’aération sont systématiquement utili-
sées pour y glisser des explosifs. Ce n’est qu’à 10h40
le 15 novembre que les survivants se rendent au colo-
nel Maroun, blessé deux fois durant l’assaut. Mais les
combats ne sont pas terminés et les Américains sont
bloqués à Bertrange et Imeldange, passant non loin de
l’anéantissement total.
La 10th AD, de son côté, n’a pas été engagée dans les
premiers jours de la traversée en sa totalité. Pendant cinq
jours, ordres et contre-ordres ont ponctué les journées
Les Américains résistent pied à pied, à tel point qu’une équipe de mortier américaine des tankistes : leur objectif est de percer vers l’est et
doit utiliser son arme en tir direct ! Mais l’artillerie américaine entre alors dans la d’arriver à la Sarre. Mais le 15 novembre, l’ordre tant
danse ainsi que deux TD qui ont traversé à toute allure la Moselle à Malling. L’attaque attendu arrive et une partie de la 10th AD traverse
Vu sur [Link]

allemande est brisée : plus de deux cent soldats allemands sont tombés, et seul le fleuve à Malling. Jusqu’au 18 novembre, la « Tiger
un StuG. III sur la dizaine employée parvient à se replier. Le repli allemand se fait Division » fonce vers l’est, capture des centaines de
d’abord dans le calme vers Kerling mais deux compagnies du 359th IR les prennent soldats allemands et atteint Bouzonville.
de flanc et transforment la retraite en déroute, les Panzergrenadier abandonnant
leurs armes et équipements.

« LA PIRE CONTRE-ATTAQUE
Le 358th IR, après avoir pris le fort de Koenigsmacker, progresse vers Valmestroff et
Elzange qui sont pris après de durs combats aux alentours. Les Allemands tiennent

DE TOUTE LA CAMPAGNE »
bon dans le bois, allant même jusqu’à tirer leurs Panzerfaust afin de provoquer
une pluie mortelle d’éclats de bois sur les GIs. La tête de pont est toutefois sau-
vée, et autant à Cattenom qu’à Malling, les ponts sont en train d’être aménagés
le 12 novembre. Au premier lieu de traversée les Engineers se rendent compte Cependant, des poches de résistance demeurent à
avec horreur que le pont mène directement dans un champ de mines allemand, l’est de Thionville, même si la quasi-totalité des uni-
auparavant caché sous l’eau… le déminage va nécessiter plus de cinq heures, tés allemandes du secteur sont en train de se replier.
mais à 17h00, le pont est prêt. Distroff et Inglange sont pris à la fin de la journée, La Kampfgruppe de la 25. Panzergrenadier-Division
malgré de durs combats. étrillée près de Kerling a reçu des renforts et est à la
La tête de pont d’Uckange, ayant fait office de diversion, n’est toujours pas tombée ; disposition de la 1. Armee pour lancer une nouvelle
cependant, les GIs y sont à l’étroit et cherchent à l’étendre. Walker, d’abord heureux contre-offensive. Le 14 novembre, ses trois bataillons
de la progression au-delà de la Moselle, veut capturer Thionville et ordonne au 2nd d’infanterie, son artillerie et ses blindés sont réunis dans
Battalion du 378th IR de trouver un endroit pour traverser dans le secteur. La veille, le bois de Stuckange, au sud-est de Thionville, avec pour
les Américains se sont approchés de Thionville par le sud, mais les Allemands mission de frapper le flanc droit du 358th IR alors installé
réfugiés dans le fort de Yutz (datant de l’époque de Vauban) sont parvenus à les à Distroff. À l’aube le 15 novembre, la Kampfgruppe
ralentir. La garnison est anéantie le 13 novembre et la nuit suivante les deux vil- s’élance à l’assaut de Distroff depuis Stuckange ;
lages attenants, Basse-Yutz et Haute-Yutz [3], sont capturés. La ville de Thionville le 2nd Battalion, 358th IR qui est retranché dans le
elle-même est libérée dans le courant de la journée. Cependant, au sud-ouest à village et soutenu par des TD du 773rd TDB reçoit une

Sd. Kfz. 251 Ausf. D


25. Panzergrenadier-Division
Wehrmacht
Distroff, 15 novembre 1944

64
XX CORPS
DEUXIÈME LE
CHAPITRE 4
CAPTURER
PARTIE
THIONVILLE...
grêle d’obus. Au bout de 20 minutes, le barrage d’artillerie alle-
mand se calme et une colonne de Panzer apparaît se dirigeant
vers le sud du village, depuis Metzervisse. En tout, ce sont trois
bataillons qui attaquent les Américains : un depuis Metzervisse,
un autre à l’est et un troisième à l’ouest – sauf que ce dernier
est immédiatement taillé en pièce par l’artillerie de la 90th ID.
Malgré la résistance acharnée des GIs, les Panzergrenadier
parviennent à infiltrer le village, leurs blindés les suivant de
près. Les fantassins américains, retranchés dans les maisons,
luttent bâtiment par bâtiment, tandis que les Sherman et TD
tirent obus sur obus tout en restant en mouvement. Le Major
Wallace commandant le dispositif américain demande alors
au QG de faire tirer toutes les pièces disponibles sur Distroff
afin de contrer l’attaque allemande et d’envoyer des renforts.
Après quatre heures de combats acharnés, les Allemands se
 Ce GI's pose sur un StuG. III détruit sur la route de Metzervisse vers
replient, laissant sur le terrain 24 véhicules, dont huit blindés. Distroff, peu après l'offensive du 15 novembre. En arrière-plan se trouve
La Kampfgruppe a été saignée à blanc : plus de 150 un Sherman qui a été détourellé par l'explosion de ses munitions.
Panzergrenadier sont tombés devant Distroff. La situation a  Vue aérienne du village de Distroff avant les combats ; l'offensive allemande
été si compliquée pour les unités américaines sur place que est venue depuis la route à droite sur le cliché, passant près de l'église.
la bataille sera évoquée dans le journal de marche de la 90th
ID comme la « pire contre-attaque de toute la campagne ».
En plus de l’ouvrage de Métrich, les Allemands ont mis la
main sur un autre ouvrage de la ligne Maginot, un des plus
importants : le fort du Hackenberg près de Veckring. Sa posi-
tion dominante permet à ses pièces – notamment de 75 mm
Vu sur [Link]

– de prendre sous son feu une grande partie du dispositif


de la 90th ID. Le 15 novembre, des TD ouvrent le feu sur
les casemates en béton du fort, mais devant le manque de
résultats satisfaisants, des pièces de 240 mm entrent dans
la danse. Là encore ces dernières se révèlent incapables de
museler les pièces adverses : il faut une pièce de 155 mm
amenée à moins de 2 kilomètres des canons pour faire taire
le fort. Du côté du QG allemand, l’évolution de la situation
amène beaucoup d’inquiétude, à tel point que Balck ordonne
le 17 novembre un repli tactique de ses unités de la région de
Thionville vers la ligne autour de Bouzonville. Les Américains
se précipitent à la poursuite des Allemands, en gardant leur
objectif principal en vue : faire la jonction avec la 5th ID à l’est
de Metz et ainsi fermer la poche. Le 19 novembre, la jonction
est faite entre la 90th ID et la 5th ID, scellant de fait le sort
de Metz. La 90th ID, elle, a abattu un énorme travail ; Patton
lui-même la félicitera en parlant de la traversée de la Moselle
en des termes élogieux : « C’est une des traversées de fleuve
les plus épiques de l’Histoire [4] ».

[3] Aujourd’hui réunis en une seule localité, Yutz.

[4] Cole (H.), The Lorraine Campaign, 2012, Whitman Publishing, p. 379.

StuG. III Ausf. G


25. Panzergrenadier-Division
Wehrmacht
Distroff, 15 novembre 1944

65
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE

 Bande de bras Metz 1944 créée par Hitler.


Vu sur [Link]

METZ ENCERCLÉE !
CHAPITRE 5

LE NETTOYAGE DE LA VILLE
Avant la fin du mois de novembre et malgré la météo catastrophique, le chef de la Third Army est satisfait : Metz,
la ville qui s’obstine à ne pas tomber, est maintenant encerclée. Les Allemands se replient vers la Sarre, enlevant
toute possibilité d’une contre-attaque pour soulager la pression sur la garnison de Metz. Toutefois, cette dernière
n’est pas décidée à se rendre : Hitler lui-même a déclaré que Metz était une « Festung », une forteresse qui doit
être défendue chèrement…

66
XX CORPS
DEUXIÈME LE
CHAPITRE 5
METZ
PARTIE
ENCERCLÉE !
METZ EN ÉTAT DE SIÈGE
La pause d’octobre a permis à l’OKW et aux défen-
seurs de Metz de mettre en place un plan de défense.
La 462. VG-D se voit ainsi remettre de nouveaux déta-
chements… de « Halb-Soldaten », terme péjoratif en
vogue dans la Wehrmacht signifiant « demi-soldats »
et qui caractérise les bataillons de convalescents ou
d’hommes âgés. L’OKW, tout au long du mois d’octobre,
se perd en débats sur l’importance ou non de Metz et la
462. VG-D est ainsi livrée à elle-même pour l’installation
des défenses. Balck souhaite livrer Metz aux Américains
sans combats et replier ses troupes pour se battre à un
endroit plus favorable, mais Hitler refuse tout abandon de
la ville. Les 11. et 21. Panzer-Divisionen sont rameutées
en Lorraine pour parer à toute éventualité d’encerclement
de Metz mais l’offensive du XII Corps début septembre
saigne déjà leurs effectifs. Si l’OKW estime que 14 000
soldats allemands sont prêts à défendre Metz, la vraie
valeur de la garnison tourne plutôt autour de 10 000
hommes, tandis que l’artillerie commence à accuser son
âge – notamment celle des forts. L’attaque américaine
sur la ville est divisée en plusieurs phases : l’envelop-
pement par le nord (90th ID et 10th AD), l’approche
Vu sur [Link]

par le sud (5th ID), la capture du terrain à l’ouest (95th


ID) puis l’assaut final.
La 5th ID est celle qui va avoir à assumer le plus gros
de l’assaut. Son rôle principal est de couper toute com-
munication de la ville avec les Allemands en prenant
et en s’assurant le contrôle de la Nied française ainsi
que de la Seille, toutes deux en crue à cette période de aussi en position d’intervenir à l’est de Metz et donc de menacer le flanc de la 5th ID…
l’année. Face à elle se trouve la 17. SS-Panzergrenadier- L’attaque du XII Corps débute le 8 novembre, sous une météo peu favorable au sou-
Division « Götz von Berlichingen », qui est bien loin de tien aérien. Ce n’est que le lendemain que les P-47 du XIX TAC ne peuvent s’envoler
son potentiel original puisqu’elle a reçu principalement et remplir leurs missions, cette fois-ci à côté de camarades plus « gros » : la Eighth Air
des soldats peu expérimentés en renfort. Elle n’a d’ail- Force a détaché très exactement 1299 bombardiers lourds – B-17 et B-24 – qui doivent
leurs de Panzergrenadier-Division que le nom puisqu’elle « matraquer » les forts de Metz ainsi que les environs de Sarrebruck et de Sarrelouis.
n’a pas plus de matériel roulant qu’une division classique. Les bombes employées (de 500 kg à 1 tonne) sont lâchées d’au-dessus les nuages…
Le SS-Panzergrenadier-Regiment 38 est d’ailleurs lui et aucune ne tombe sur leurs objectifs à Metz, Thionville ou encore Sarrelouis.

 Les Allemands dans


Metz ne s'installent que
dans quelques bâtiments
pour y faire un dernier
baroud ; ici, la pièce
américaine de 105 mm
est en position de tir face
à la préfecture située sur
une île de la Moselle.

 Page de gauche :
Des GIs de la 5th ID
sont en train d'inspecter
les maisons de Metz
susceptibles de
renfermer des défenseurs
allemands. La vérification
est laborieuse mais
permet souvent de
faire des prisonniers.

 Alors qu'un P-47


largue en arrière-plan
un bidon de napalm sur
des positions allemandes
autour de Metz, ce GI's
transporte une mitrailleuse
Browning M1917, arme
vénérable et lourde mais
qui rend encore de fiers
services à l'US Army.

67
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE

1 2

3
Vu sur [Link]

À la place, ce sont les civils qui paient le prix fort, comme à Metz
ou encore à Valmestroff, petit village à l’est de Thionville… et cette 4
situation n’arrange en rien la situation du XII Corps dont les GIs
dépités voient les bombes atterrir ailleurs que sur les objectifs dési-
gnés. La 5th ID s’élance le long de la Seille, capture le verrou de
Cheminot et progresse vers Louvigny, et à la fin de la journée, la
tête de pont au-delà du cours d’eau est sécurisée. Les troupes alle-
mandes, complètement désorganisées, ne parviennent pas à établir
une ligne de défense correcte ; heureusement pour les Américains,
car ces derniers ont tellement progressé qu’au 12 novembre la 5th
ID reçoit l’ordre de s’arrêter afin sécuriser les lignes de ravitaillement
et de communication. Le lendemain, un pont sur la Nied est jeté
à Anceville tandis qu’une contre-attaque allemande est repoussée
à Sanry. Les groupes fortifiés les moins occupés tombent les uns
après les autres et le 15 novembre, les faubourgs de Metz sont en
vue pour la 5th ID.

UNE BATAILLE PERDUE D’AVANCE


1. Un servant de mitrailleuse Browning M1919 s'est installé dans
un bâtiment de l'agglomération messine et tient sous son feu une
rue adjacente au cas où des Allemands se manifesteraient.

2. Un véhicule américain tractant le canon antichar de 57 mm


Le 11 novembre, l’administration allemande quitte Metz ; au même fait son entrée dans Metz. Cliché symbolique puisque la cité a
résisté pendant plus de deux mois aux troupes américaines.
moment, Hitler s’implique de plus en plus dans la défense de la ville.
Le général Lübbe, à la tête des défenses de la ville, est sur la sellette 3. Réunion d'état-major le 13 novembre 1944 à Metz. De gauche
à droite : officier inconnu, général Bradley, Major General
depuis quelques jours puis est remplacé à la date du 14 novembre Wood (4th AD), général Patton et Major General Eddy.
par le Generalleutnant Heinrich Kittel, tout juste arrivé de l’Ostfront et
4. La traversée de la Seille se fait comme celle de la Moselle : en canot !
reconnu comme un des meilleurs spécialistes allemands de la défense

68
XX CORPS
DEUXIÈME LE
CHAPITRE 5
METZ
PARTIE
ENCERCLÉE !
urbaine. Son plan est simple : il va demander à ses  Dans le secteur de Metz, ces soldats américains traversent à toute vitesse une voie de
hommes de tenir les ouvrages fortifiés les plus adéquats chemin de fer ; au vu des précautions prises, les défenseurs ne doivent pas être bien loin.
à la défense, c’est-à-dire les forts Driant, Plappeville,
Saint-Quentin et Jeanne d’Arc. Mais avant de se
résoudre à la défensive, Kittel ordonne une contre-at-
taque pour le 15 novembre mais qui échoue lamenta-
blement, autant du côté de la 462. VG-D près du fort
Jeanne d’Arc que du SS-Panzergrenadier-Regiment 38
déjà bien éprouvé. Le responsable de la place décide
aussi de mettre à contribution la population en levant un
bataillon de Volkssturm, mais les habitants se rebiffent et
le lendemain de leur montée au front, tous ont regagné
leur domicile sans en être empêchés par les Allemands.
De son côté, Twaddle et sa 95th ID, à l’ouest de Metz
vont tenter de contourner le fort Jeanne d’Arc par le
nord et d’arriver jusqu’au fleuve. Il faut avant tout que
les GIs sécurisent les « Sept Nains » ; le 14 novembre,
le fort Jeanne d’Arc est encerclé à 11h tandis que trois
heures plus tard les forts Saint-Hubert et de Jussy sont
capturés. L’assaut se fait à nouveau sous le feu du fort
Driant dont les batteries sont toujours en activité, et
qui empêchent le ravitaillement des GIs. Il faut l’inter-
vention des Engineers et de leurs charges explosives à
la tombée de la nuit pour que le commandant du fort
consente à entamer des pourparlers. Mais la dégradation
Vu sur [Link]

de la météo, avec de fortes chutes de neige, dérange


encore plus les plans des Américains, et ce n’est que
dans la nuit du 18 au 19 que le ravitaillement parvient
à bon rythme.

BATAILLE DE METZ - ENVELOPPEMENT PAR LE SUD, DU 8 AU 19 NOVEMBRE 1944


Fort Deroulede Pont-Marais
Woippy

Les Etangs
Fort Plappeville St. Julien-lès-Metz

Fort St. Quentin


Gravelotte Vaudreville
II
Fort Jeanne d’Arc
METZ III Borny
2 2 II
10(-) Courcelles-
1 2
Chaussy
Marsilly
Fort Queuleu Ars-Laquenexy Pange
Fort St. Privat
Fort Driant
Magny
Courcelles-sur-Nied
Berlize
Augny Marly
Fort St. Blaise Pouilly Sanry-sur-Nied
Dornot Sorbey II Vaucremont
Fort Sommy
2 2
Mécleuves
Corny
Aube Ancerville
Fey
Pournoy-
II Vittoncourt
la-Chétive 3 2

Arnaville Vezon Dain-en-Saulnois Remilly

Arry

Sillegny III
Pagny-sur-
Moselle
Mardigny 10

Bouxières-sous- Louvigny
Froidmont
Axes d’attaques du CCB, 6th AD
Ligne de front le 08/11
Positions américaines le 12/11
Cheminot Positions avancées américaines le 19/11
X
Poches de résistance allemandes le 19/11
B 6

69
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE

Opel-Blitz
Unité inconnue
Wehrmacht
Metz, novembre 1944

GMC CCKW-353D
5th Infantry Division
XX Corps, Third Army
Metz, novembre 1944
Vu sur [Link]

Harley-Davidson 42WLA 45
90th Infantry Division
XX Corps, Third Army
Secteur de Metz-Thionville, novembre 1944

2cm Flak 30
Unité inconnue
Wehrmacht
Metz, novembre 1944

70
XX CORPS
DEUXIÈME LE
CHAPITRE 5
METZ
PARTIE
ENCERCLÉE !

Horch 108
462. Volksgrenadier-Division
Wehrmacht
Secteur de Metz-Thionville, novembre 1944

Sherman M4A3E8
10th Armored Division
XX Corps, Third Army
Secteur de Metz-Thionville, novembre 1944
Vu sur [Link]

Panzer V Ausf. A Panther


Unité inconnue
Wehrmacht
Est de Metz, novembre 1944

M12 Gun Motor Carriage


258th Field Artillery Battalion
XX Corps, Third Army
Secteur de Metz-Thionville, novembre 1944

71
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE

À L’ASSAUT DES FORTS DE METZ


Le 15 novembre, ce sont deux unités (les 377th et
378th IR) qui partent à l’assaut pour nettoyer les
dernières poches de résistance allemandes à l’ouest
de la Moselle. À 11h00, le fort de Fêves tombe,
ouvrant la voie vers Metz aux Américains depuis
le nord-ouest de la ville ; la ligne Canrobert, suite
d’ouvrages bétonnés et de tranchées, est abandon-
née par ses défenseurs totalement démoralisés.
Au matin du 18 novembre, les Allemands font sauter
tous les ponts à l’ouest de la Moselle, sauf un qui doit
servir au repli des unités encore sur la rive occidentale.
Les Américains toujours sur leurs talons, les défenseurs
font sauter ce dernier alors que certains GIs sont déjà
sur l’autre rive. Le fort de Plappeville subit lui aussi deux
assauts en règle sans que les assaillants ne réussissent
Les deux photos ci-contre
à entrer dans les tunnels. La Task Force Bacon réunissant Des GI's investissent la ville de Metz et patrouillent parmi les rues, dont certaines sont
deux bataillons des 378th et 379th IR a elle lancé son jonchées de débris suite aux tirs d'artillerie américains. Si les hommes ne sont pas tous aux
aguets, certains cherchent l'ennemi qui pourrait surgir d'une maison ou de derrière un mur.
attaque vers Metz le même jour depuis le nord : le colonel En réalité, la garnison de Metz n'opposera qu'une résistance symbolique lors de la capture
Bacon, pragmatique, décide de progresser vers Metz de la ville par les Américains. Le gros des troupes combattantes se trouvait principalement
en deux colonnes. Une combinaison de chars et de TD autour des ouvrages défensifs et les Allemands ont été soit tués soit faits prisonniers.

ouvrent la voie pendant que l’infanterie suit derrière dans


des véhicules, les fantassins « nettoyant » les derniers
Vu sur [Link]

points de résistance n’ayant pas été anéantis par les


blindés. En deux jours, la Task Force Bacon parvient
à Saint-Julien-lès-Metz, au nord-est de la ville, où se
trouve un ouvrage du même nom. Le 18 novembre,
les Américains surprennent des Allemands en dehors
du fort, alertant la garnison. Mais la Task Force Bacon
dispose d’un atout dans sa manche : deux canons auto-
moteurs M12 de 240 mm l’accompagnent… qui sont
immédiatement mis en batterie et ouvrent le feu sur
le fort. Les GIs tentent de traverser le fossé mais sont
fauchés par les tirs provenant des caponnières, qui conti-
nuent de résister malgré les tirs d’un M36 Jackson et
son canon de 90 mm. À la fin de la journée, un obusier
automoteur M12 est amené à une centaine de mètres
et tire à bout portant sur l’ouvrage ; le lendemain, des
Engineers venus faire sauter les portes recueillent à la
place les deux cent soldats du fort qui se constituent pri-
sonniers. Le fort de Bellecroix qui lui date du XVIIe siècle
se rend sans combattre.
La 5th ID a plus de mal à se faire un chemin vers Metz
notamment suite à la résistance des troupes allemandes
au terrain d’aviation de Frescaty. Le fort de Queuleu [1],
situé au sud-ouest de Metz, parvient à arrêter la progres-
sion des Américains, tout comme le fort de Saint-Privat,
mais il est contourné dès le 18 novembre par les GIs.
La 5th ID fait sa jonction avec la 95th ID à Vallières, au
sud de Saint-Julien-lès-Metz, et les premiers quartiers
au sud de Metz sont investis et nettoyés dans la nuit
du 19 novembre. En effet, le dispositif allemand (qui
tient plus du bricolage que de la vraie ligne défensive)
ne tient plus que par des bouts de ficelle, et depuis la
mi-novembre, Kittel a dégarni son front à l’est de la
ville pour renforcer les trois autres côtés. La garnison
de Metz est « lâchée » par la 1. Armee le 17 novembre
lorsque cette dernière reçoit l’ordre de Knobelsdorff de
se replier vers l’est ; le haut commandement allemand
local ne se fait plus d’illusions. Signe de la désorga-  C'est la fin pour les défenseurs du fort Jeanne d'Arc qui sont rassemblés à la
sortie de leur ouvrage après plusieurs semaines de combat. La bannière étoilée
nisation du commandement, Kittel n’est pas informé va flotter sur les superstructures du fort, marquant sa conquête par les GI's.
de ce repli et ne s’en rend compte qu’à la vue des
troupes du SS-Panzergrenadier-Regiment 38 quittant [1] Camp d’internement géré par la SS, notamment pour l’interrogation et
leurs positions… la détention des résistants, aux conditions de vie très dures.

72
XX CORPS
DEUXIÈME LE
CHAPITRE 5
METZ
PARTIE
ENCERCLÉE !
 La résistance des forts de Metz est terminée : cet officier
allemand remet son arme de poing à un officier de la 5th ID.

 À l'angle de l'actuelle avenue Foch et rue François de Curel,


un équipage d'un TD M36 Jackson (armé d'un canon de 90 mm)
est accompagné de membres de la Résistance locale.
Vu sur [Link]

LE NAVIRE COULE
Pendant que Kittel est averti du départ des SS, les appels
à l’aide et les rapports alarmistes ne cessent de parvenir
à son QG. Et pour cause : les faibles garnisons ont bien-
tôt tiré toutes leurs munitions et ne sont pas parvenues
à arrêter les Américains, qui ont simplement encerclé
les forts avant de continuer leur progression, faute de
troupes d’intervalles. Lors d’une réunion d’urgence, Kittel
donne l’ordre de faire sauter les ponts sur la Moselle dans
Metz et de se préparer au combat maison par maison ;
mais du côté de la 1. Armee, personne ne s’imagine
que la ville va tenir plus de trois jours… seul le Führer,
engoncé dans sa folie, y croit encore dur comme fer. Les les Américains, et le 22 novembre dans l’après-midi Metz est déclarée conquise.
unités allemandes sont maintenant obligées de se battre Devant la désorganisation totale, il est impossible de citer le nombre de défenseurs
en ordre dispersé, les dernières sections se regroupant morts lors de la défense de Metz, même si certaines études allemandes après-guerre
autour des ouvrages fortifiés. Kittel lui-même perd très donnent environ 400 tués pour les troupes de Kittel.
vite la main sur les défenseurs : le central téléphonique Seuls quelques forts continuent leur résistance futile pendant quelques jours :
reliant son PC aux différents secteurs est abandonné par le fort de Saint-Privat et ses 500 hommes capitulent le 29 novembre, mais il a
ses occupants sur l’île Chambière dans la matinée du fallu que les Américains amènent trois obusiers automoteurs de 155 mm pour
17 novembre. Les espoirs du commandement allemand obtenir cette reddition. Le 6 décembre, c’est au tour du fort de Saint-Quentin,
à Metz sont vite douchés : la garnison, sans contact puis de Plappeville le 7 ; Driant tombe le 8, et le fort Jeanne d’Arc est le dernier
avec les officiers, ne mène pas le combat jusqu’au bout à capituler le 13 décembre. Cependant, la capture de Metz débloque une situation
comme le souhaitait Kittel… lui-même étant obligé de assez malheureuse pour le XX Corps qui peut se porter maintenant vers la Sarre,
défendre le périmètre de son PC armes à la main. Le 21 mais qui a surtout su se débrouiller sans l’appui de l’aviation, clouée au sol à cause
novembre, blessé et sous morphine, il est capturé par d’une météo instable. 

73
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE

1 2

3 1. Les derniers prisonniers allemands sont escortés par un soldat


américain - et la population locale - alors que les habitations et
commerces sont pavoisés aux couleurs françaises et américaines.
Vu sur [Link]

La plupart des prisonniers n'ont pas eu la volonté de s'opposer aux


Américains dans un combat perdu d'avance. Toutes photos de cette
double page : ©ECPAD/Jacques BELIN, Roland LENNAD/Défense

2. La libération de Metz n'a pas été l'oeuvre uniquement des soldats


américains ; les résistants locaux (dont on voit des membres ici) ont
aussi été de la partie en orientant les GI's et en leur fournissant un appui
précieux. En arrière-plan se trouvent le temple protestant et l'opéra,
à côté de la préfecture, dans laquelle les Allemands se sont réfugiés.

3. Une colonne de prisonniers (la même ?) passe maintenant


devant le bâtiment actuel de la Poste, près de la gare dans
le quartier de la nouvelle ville à Metz. Le bâtiment porte
encore les stigmates des bombardements américains.

4. Chaque combattant allemand, même démoralisé, est fouillé par


ses nouveaux geôliers bien souvent en quête de « souvenirs » :
pistolets, baïonnettes... mais ces soldats allemands sont
bien différents de leurs confrères en Normandie car ils n'ont
parfois même pas touché la totalité de leur paquetage.

74
XX CORPS
DEUXIÈME LE
CHAPITRE 5
METZ
PARTIE
ENCERCLÉE !
5

5. Les poches de résistance sont éliminées une à une au cours


de la libération de Metz. Certains prisonniers ont déjà préparé leur
Vu sur [Link]

paquetage alors qu'ils tiennent des draps blancs. La grande flèche sur
le bâtiment indique un abri anti-aérien pour les civils des environs.

6. Si Metz a subi des dégâts au cours des combats et pendant


les bombardements, les joyaux architecturaux de la ville n'ont
pas été endommagés - ou très peu. Ainsi, la cathédrale Saint-
Étienne du XIIIe siècle n'a subi aucun dommage particulier..

7. L'arrivée des Américains à Metz donne lieu à des scènes de liesse,


la population ayant subi l'annexion allemande depuis 1940. En plus des défilés
de troupes françaises et de résistants, les GIs distribuent les éternels paquets
de chewing-gum et bonbons aux Messins qui ont eu à subir les privations.

75
XV CORPS
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE

TROISIÈME LE
PARTIE
Vu sur [Link]

 Un Sherman M4A2 de la 2e DB dans un


village lorrain. Faisant partie du XV Corps lors
de la campagne de Lorraine, l'unité revient

AU SUD DE PATTON
de Normandie après être passée par Paris.
Son organisation à l'américaine avec Combat
Command - francisés en Groupements Tactiques
- est relativement nouvelle pour ses soldats.
CHAPITRE 1

INCURSION DANS LE DISPOSITIF DE LA THIRD ARMY


Patton, dans sa fougue toute cavalière, ne s’intéresse pas trop à ses flancs : seule la progression en avant
retient toute son attention. Depuis l’arrivée de sa Third Army en Normandie, « Ol’ Blood and Guts » n’a
compté que sur le XIX TAC et les FFI locaux pour assurer ses flancs – les Allemands n’opposant de toute
façon aucune vraie résistance. Sauf que cette attitude change au fur et à mesure de l’avancée de Patton
vers la Moselle ; le général Bradley lui-même commence à exprimer son mécontentement devant cette
situation au début du mois de septembre alors que la Third Army marque le pas. C’est à ce moment que
le XV Corps du Major General Haislip, retiré à Patton lors de la traversée de la Seine, lui est réassigné.
Le 5 septembre, le chef de la Third Army donne à Haislip un ordre clair : sécuriser le flanc droit du XII Corps.

76
XV CORPS AU SUD
CHAPITRE 1
TROISIÈME LE
DE PATTON

Le
PARTIE

XV Corps fait son entrée sur le théâtre de


Lorraine au début du mois de septembre
quand la 2e DB de Leclerc et la 79th ID
font leur jonction près de Joinville, c’est-à-
dire quelques jours avant le 11 septembre.
À cette date, le XV Corps se précipite en Lorraine,
entre Épinal et Charmes ; face à lui se trouvent des
éléments épars de la Wehrmacht, notamment des unités
se repliant depuis l’ouest ou le sud. Au 10 septembre,
le plan confié à Haislip est de saisir Charmes afin de dis-
poser d’une position dominante sur la Moselle. C’est le
314th IR (79th ID) qui est choisi pour cette attaque, alors
motorisé et soutenu par quelques chars, qui s’élance à
8h le 11 septembre vers Andelot-Neufchâteau-Charmes.
L’objectif est atteint vers 19h, mais l’attaque n’est pas
lancée à cause de l’obscurité naissante.
Pendant ce temps, la 2 e DB se précipite sur la
Kampfgruppe « Ottenbacher » sur le plateau de Langres.
L’attaque du CCL (« L » pour son chef, le colonel Paul de

« FRAPPER VITTEL »…
Langlade) sur Andelot s’émousse vite, et l’unité dépasse  Les Stuart de la
la ville pour mener une reconnaissance plus à l’est. 2e DB sont des unités
polyvalentes mais
Langlade est alors en plein dans le dispositif allemand, qui servent surtout à
et quand la nuit tombe, il est déjà à Vittel. Le LXVI Korps la reconnaissance. C’est en substance l’ordre laconique que reçoit le
L'apparition de ces
allemand, face au XV Corps, est particulièrement en blindés devant les lignes
General der Panzertruppe von Lüttwitz à la tête de
mauvaise posture, ses unités n’étant pas au meilleur allemandes pousse son XLVII. Panzerkorps le 12 septembre, alors qu’il se
Vu sur [Link]

de leur forme. Charmes est prise le 12 septembre et souvent les défenseurs, trouve entre Épinal et Saint-Dié. Manteuffel, poussé
démoralisés, à se
les GIs traversent la Moselle malgré la destruction des rendre... ce qui explique par Blaskowitz, ne laisse aucun temps de préparation
ponts. Le CCV du colonel Billotte [1] capture Andelot, le nombre impressionnant à von Lüttwitz qui doit se contenter d’une simple direc-
de prisonniers qui sont
et le rapport est éloquent : le 12 au soir, le CCV estime faits par les Français tion d’attaque : enfoncer le flanc allié au nord-ouest de
avoir mis hors de combat 300 Allemands et en avoir Libres en Lorraine. Vittel… pour libérer en même temps le LXVI. Korps
capturé 800 ! Ces nombres ne sont pas à minimiser, encerclé dans la ville. Le XLVII. Panzerkorps dispose
mais la Kampfgruppe « Ottenbacher » est dans un état [1] Héros de la bataille de d’une puissante force de frappe avec la Panzer-
catastrophique puisque composée de troupes n’ayant Stonne en mai 1940 sur B1bis. Brigade 112, composée notamment de 96 blindés,
pas une bonne tenue au feu. divisés en deux groupes de Panzer IV et de Panther.

 L'adoption du système de
fonctionnement américain - les
Groupements Tactiques - donne
une nouvelle dimension aux
stratégies militaires françaises ; les
hommes apprennent davantage
à travailler en coordination avec
les chars, l'artillerie et l'aviation.

77
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE

L’attaque démarre le jour-même : la Panzer-Brigade 112 se rue hors


d’Épinal en deux colonnes (celle de droite se dirigeant vers Vittel étant
composée des Panther tandis que l’autre allant vers le sud dispose
des Panzer IV) et commence sa progression. À la tombée de la nuit,
la colonne de droite s’arrête près du village de Dompaire tandis que la
colonne de gauche oblique vers Vittel. Le plan de von Lüttwitz est relati-
vement simple : avec le renfort d’infanterie de la Kampfgruppe « Luck »,
la Panzer-Brigade 112 pourra prendre Vittel en étau. Sauf que sur le
chemin des Panzer se trouve la 2e DB et le CCL (nommé Groupement
Tactique) de Langlade…

… ET MOURIR À DOMPAIRE
Le groupement tactique Langlade est lui aussi placé aux alentours de
Dompaire et à Damas, un village au sud-est du premier. Mais Langlade a
un avantage sur ses adversaires : il est parfaitement au courant de l’arrivée
des Panzer grâce à des civils et connaît parfaitement le terrain – Dompaire
se trouvant dans une petite vallée. De plus, déplacer une Panzer-Brigade
sans bruit est impossible, et les « sonnettes » du GTL ont vite fait le
rapprochement avec les sons entendus dans la journée du 12 septembre.
Vu sur [Link]

Les trois photos de cette page


À Saint-Dié-des-Vosges, les troupes allemandes de la garnison établissent très
vite des positions défensives pour contrer la progression du XV Corps. Malgré
leur allure peu martiale, les soldats ont décidé de piéger les ponts (cliché du
haut) d'une manière originale : des mines sont disposées sur une planche de
bois qui sera ensuite placée sous un véhicule ou sous un emplacement prédéfini.
Les servants d'un Pak 38 ont placé leur pièce derrière une barricade sommaire
faite de briques et de sable. Le pouvoir de perforation de cette pièce de 5cm
n'est pas extrêmement efficace face aux blindés alignés par le XV Corps mais
le canon peut tout à fait infliger des dégâts aux véhicules plus légers. Enfin,
les soldats allemands manquant parfois de matériel réutilisent des armes
américaines, comme ce bazooka que deux recrues sont en train d'examiner.

78
XV CORPS AU SUD
CHAPITRE 1
TROISIÈME LE
PARTIE
DE PATTON

75 mm Howitzer Motor Carriage M8


Groupement Tactique Langlade
2e DB, XV Corps
Secteur de Dompaire, septembre 1944

M10 Tank Destroyer


Régiment Blindé de Fusiliers Marins
Vu sur [Link]

XV Corps
Secteur de Dompaire, septembre 1944

Panzer V Ausf. G Panther


Panzer-Brigade 112
Wehrmacht
Secteur de Dompaire, septembre 1944

79
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE

1
attaque dans l’espoir que les Panzer se ruent pour la
curée. La feinte fonctionne parfaitement et les blindés
de la Panzer-Brigade 112 tombent sous un feu d’enfer,
entre artillerie, pièces antichar et blindés de la 2e DB !
Langlade dispose d’un autre avantage : le XIX TAC
a pu lui détacher des chasseurs-bombardiers du 406th
Fighter Bomber Group alors stationnés à Rennes. Les
P-47 fondent sur leurs proies totalement à découvert
quatre fois au cours de la journée autour de Damas et
Dompaire, endommageant et détruisant plusieurs Panzer.
Massu et Minjonnet en profitent pour avancer par bonds,
neutralisant des Panther à courte portée, et à la fin de
la journée, une dernière tentative allemande se termine
dans le sang avec la destruction de sept Panzer IV. Sur
les 45 Panther engagés, 41 restent sur le terrain, tout
comme une vingtaine de Panzer IV ; les Français, eux,
ont perdu moins de sept chars. Haislip, lorsqu’il apprend
ce succès, envoie ses félicitations à Langlade devant
cette coordination parfaite entre aviation et blindés.
La Kampfgruppe « Ottenbacher » est détruite à Chaumont
par le Groupement Tactique Dio, et Neufchâteau est
pris après un combat maison par maison. Blaskowitz est
désespéré : le LXVI. Korps n’est plus en état d’opposer
une quelconque résistance et les troupes allemandes
transforment leur repli en sauve-qui-peut général.
Vu sur [Link]

La route entre Neufchâteau et Épinal est coupée le 14


par les Américains et une expérience montre bien l’état
de décrépitude des troupes allemandes du secteur :
une colonne allemande en repli décide de passer la nuit
du 14 au 15 dans le village de Ramecourt, près de
Mirecourt. Mais ce dernier est déjà occupé… par le 2nd
Battalion du 313th IR, qui va ainsi faire plus de cinq
cent prisonniers en une nuit. Les jours suivants, de plus
en plus de jonctions sont faites avec les unités alliées
arrivant du sud de la France, et Bradley détache le CCB
de la 6th AD pour remplacer la 2e DB en sécurisation à
l’ouest de Troyes, soulageant Haislip alors inquiet devant

Cette fois-ci, c’est Langlade qui prendra l’initiative :


il fait préparer ses batteries d’artillerie puis divise ses
troupes en deux colonnes. À gauche se trouve celle du
lieutenant-colonel Massu dont l’objectif est la capture
de Dompaire, tandis qu’à droite, la colonne du lieute-
nant-colonel Minjonnet [2] va se projeter sur Damas et
couper la route entre Dompaire et Épinal.
Le 13 septembre au matin, une reconnaissance est
menée par quatre TD de Minjonnet vers Damas.
Les Français y rencontrent quelques Panther, et béné-
ficiant de l’effet de surprise, en détruisent un avant de
se replier derrière une petite crête. Au même moment,
Massu se porte vers Dompaire, ses observateurs lui rap-
portant que le village et les champs alentours grouillent
de Panzer. Langlade décide d’attirer les Panther dans un
piège : il ordonne à son infanterie de lancer une fausse

[2] Composée notamment du 12e Régiment de


Chasseurs d’Afrique et du Régiment Blindé de Fusiliers
Marins, dans lequel servira Jean Gabin.

80
XV CORPS AU SUD
CHAPITRE 1
TROISIÈME LE
PARTIE
DE PATTON
3
Vu sur [Link]

la largeur de son front à contrôler. Au 16 septembre,


1. Malgré le manque de ravitaillement, les Panzergrenadier disposent tout de même de suffisamment
les débris des unités allemandes ont repassé la Moselle, de matériel antichar (Panzerfaust et Panzerschreck) pour espérer combattre les blindés alliés
laissant les mains libres au XV Corps. efficacement, en l'absence de chars frappés de la Balkenkreuz. ©ECPAD/France/Photographe inconnu

2. Des marins - reconnaissables à leur coiffe - font une pause à côté de leur véhicule dans
un village vosgien. À part dans les grandes localités, les Allemands n'ont pas les moyens de

UNE OPPOSITION MARGINALE


défendre tous les villages et les ont souvent désertés. ©ECPAD/France/Photographe inconnu

3. Prise de guerre un peu spéciale pour ce Français libre : un Panzer V Ausf. G


Panther, sûrement abandonné par son équipage car dans un état plus que bon !

Alors que démarre l’offensive allemande du 18 sep- 4. Des soldats américains traversent Gerbéviller fraîchement libéré. Là aussi le village
n'a pas subi de dégâts, les Allemands s'étant repliés sans mener de durs combats.
tembre, le XV Corps reçoit l’ordre de Patton de frapper
le flanc des unités adverses. Haislip fait donc traverser
la Moselle à ses troupes sans rencontrer de réelle résis- 4
tance. Le GTD de la 2e DB capture Châtel le 19 sep-
tembre, l’unité poursuivant sa cavalcade à travers les
Vosges ; Gerbéviller puis Vathiménil tombent dans les
heures qui suivent. Les Allemands ne parviennent pas
à rendre imperméable leur ligne défensive le long de la
Mortagne, qui est percée à six endroits différents par le
XV Corps en quelques jours. Le 20 septembre, Lunéville
est le théâtre de la rencontre entre les XV et XII Corps
tandis que Patton ordonne à Haislip de se porter au nord
du canal de la Marne au Rhin et de nettoyer Lunéville.
Le flanc sud de la Third Army est conservé et bien
protégé par le XV Corps, qui n’a en revanche pas eu à
affronter des unités de première catégorie comme dans
le secteur du XX Corps ou autour de Metz. Pourtant,
ce front n’est pas mineur, loin de là : toute offensive
allemande dans ce secteur aurait pu basculer en désastre
pour Patton et ses blindés… et enrayer la percée vers
le Reich. Pendant le reste de la campagne, le XV Corps
sera davantage porté vers l’Alsace, laissant le XII Corps
pousser vers Sarreguemines… opérant un redéploiement
tactique vers Strasbourg, mais conservant l’Allemagne
en ligne de mire. 

81
ANNEXE 1
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
Vu sur [Link]

 Patton converse avec un officier


américain en France, à l'été 1944. Pour
lui, la poussée vers le coeur du Reich

PATTON LE MAGNIFIQUE
est alors inéluctable mais il est loin de
se douter des problèmes à venir...

« »

LE FLAMBOYANT CAVALIER Par Yannis Kadari

Dire que le parcours militaire de George Patton Junior constitue une véritable légende à jamais associée à
l’histoire de la Seconde Guerre mondiale est une évidence. Si ses frasques et ses excès sont bien connus du
public, notamment grâce à un film américain réalisé en 1970 avec un George Scott plus vrai que nature en
général Patton, sa jeunesse et ses débuts de carrière le sont beaucoup moins. Au-delà de l’image d’Épinal
d’un officier un tantinet provocateur, bourru voire brutal, très directif et en même temps proche de ses
hommes, il convient de réaliser que George Patton est un personnage romanesque dont l’existence aura
tout été… sauf banale !

82
ANNEXE 1 PATTON
LE « MAGNIFIQUE »

G
eorge Smith Patton Junior voit le jour à
Saint-Gabriel, dans le Sud de la Californie,
au matin du 11 novembre 1885. Son père,
avocat et richissime propriétaire terrien,
est issu d’une famille de Virginie, un état
conservateur ayant rejoint le « vieux Sud » lors de la
guerre de Sécession. Lui-même ancien cadet de West
Point, fin lettré et cultivé, il a entamé avec succès une
carrière politique après avoir réussi dans le monde des
affaires. Non dénué d’une certaine ambition, il n’aura
de cesse de pousser son fils vers l’excellence en l’édu-
quant dans la notion de devoir, ne lui pardonnant
jamais ses erreurs et ne le félicitant que très rarement
pour ses réussites.

UN JEUNE HOMME HORS-NORMES


Le jeune George, que certains historiens contemporains
soupçonnent d’avoir été dyslexique, vit et grandit dans
le ranch familial sans aller à l’école. Le garçon y suit
l’enseignement dispensé par ses parents et quelques pré- En 1897, alors âgé de 12 ans, George Patton est inscrit
 L’Amérique qui entre en
cepteurs triés sur le volet. C’est ainsi que Patton Junior guerre en 1917 n’est pas dans une école privée réservée à la grande bourgeoi-
étudie la littérature américaine classique, les mythologies vraiment prête et reste très sie californienne. Paradoxalement, même s’il ne sait
Vu sur [Link]

dépendante de ses alliés


grecque et romaine, les mathématiques, pour lesquelles britanniques et français, toujours pas lire sans ânonner et encore moins écrire
il se montre peu doué, l’histoire ainsi que la morale qui fourniront les blindés correctement, il possède déjà une solide culture géné-
de Patton. C'est aussi
chrétienne, celle-ci étant omniprésente au sein du clan pendant cette période rale. Pour compenser ces lacunes, fidèle à la parole
Patton ; une éducation religieuse que George teinte que l'homme fera des donnée à son père, l’enfant travaille, travaille et travaille
remarques racistes
toutefois d’un certain paganisme car, très tôt, il ne fait envers les soldats encore. Adolescent, Patton est un jeune homme com-
guère mystère de sa croyance en la réincarnation. Il est afro-américains, plet. Sur le plan physique, c’est un véritable athlète qui
monnaie courante dans
ainsi convaincu d’avoir été tour à tour légionnaire romain, l'US Army d'alors. pratique l’équitation depuis sa plus tendre enfance ainsi
conquistador espagnol, arquebusier au service du roi de Library of Congress que la course de fond, l’escrime et les arts martiaux.
France ou encore général de Napoléon. Volontarisme Intellectuellement, c’est un érudit qui, malgré son ortho-
exacerbé, ténacité à toute épreuve et croyance en Dieu graphe déficiente, réussira un cursus scolaire correct.
et en sa propre destinée… Autant de traits de caractère  Excellent cavalier, Il s’intéresse à plusieurs langues étrangères, en particulier
George S. Patton a
qui feront du futur « patron » de la Third Army un homme cette passion chevillée le Français, dont il maîtrise de solides notions. En outre,
fait de détermination, un personnage monolithique per- au plus profond de lui- il lit le Latin et comprend le Grec ancien. Enfin, il fait
même. Toute sa vie, il va
suadé qu’il revient à chacun de forger son destin dans apprécier la compagnie preuve d’une éducation de qualité et sait se montrer par-
les épreuves et la difficulté. Se réfugiant dans ses cer- des chevaux... et va ticulièrement prévenant à l’égard des femmes, des atten-
jusqu'à autoriser une
titudes et baignant dans ces idées de destinée et de opération de sauvetage tions que celles-ci lui rendent bien. Patton a du succès
réincarnation – l’amenant d’ailleurs à penser que cette de Lipizzans à la toute auprès de la gente féminine, c’est un fait. En dehors de
fin de la guerre avant
vie, comme les précédentes, ne pourra qu’être excep- qu'il ne tombe entre les ses cours, le jeune homme se consacre à l’histoire mili-
tionnelle – Patton développera une très (trop ?) grande mains des Soviétiques ! taire, notamment aux exploits de son grand-père, général
confiance en lui-même doublée d’un ego surpuissant. de la cavalerie confédérée lors de la guerre de Sécession.
Patton Museum

L’un et l’autre n’iront pas sans lui jouer quelques tours


au cours de son parcours. Mais revenons à son enfance.
Bien que rencontrant toujours de grosses difficultés en
lecture et en écriture – en réalité, tout indique que Patton
était incapable de rédiger un texte de quelques mots
sans commettre de nombreuses fautes d’orthographe –
le garçonnet apprend vite, très vite même. Doté d’une
excellente mémoire, d’un sens inné de la rime et d’une
sensibilité à fleur de peau, il fait preuve d’un réel talent
de poète. Mais là où Patton excelle, c’est en Histoire, en
particulier en histoire militaire. Il faut dire que, dès son
plus jeune âge, été après été, il a arpenté avec son père
les champs de bataille de la guerre de Sécession, dont il
connaît le déroulement des batailles dans les moindres
détails. En prime, s’il se passionne pour les civilisations
disparues telles que Babylone ou les royaumes assyriens
et hittites, sa préférence va aux guerres antiques, dont
celles menées par les cités grecques, Carthage et Rome.
La grandeur et la décadence de ces empires le fascinent
au point que sa propre vie finira par suivre un scénario
tout aussi dramatique.

83
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE

1 2
Vu sur [Link]

À l’orée du XXe siècle, il semble que cet aïeul jouera un


rôle déterminant dans le choix d’une carrière martiale
par Patton.
C’est donc tout naturellement qu’après avoir passé
une année de préparation militaire en Virginie, George
intègre West Point au cours de l’été 1904, rejoignant
ainsi l’élite de la jeunesse américaine. Ses résultats sont
honnêtes, sans plus. Par contre, son image auprès des
autres cadets est déplorable, ce qui ne va pas sans
poser quelques soucis. Soit taciturne, soit « grande
gueule », obsédé par les règlements militaires, Patton
n’hésite pas à se montrer autoritaire et agressif avec
ses camarades lorsque ses instructeurs lui confient
3
la conduite d’un exercice. En 1909, à l’issue de son
passage à West Point, il choisit d’intégrer la cavalerie.
Affecté dans une modeste garnison de l’Illinois, il fait
la démonstration de son savoir-faire dans le maniement
du sabre ; sans oublier ses dons de cavalier émérite.
Promu sous-lieutenant, il rejoint ensuite les quartiers du
15th Cavalry Regiment qui, outre l’unité en question,
hébergent également les bureaux de plusieurs officiers
d’état-major tous promis à de longues carrières. Au fil
des années à venir, ceux-ci occuperont des postes clefs
dans la hiérarchie de l’US Army, autant d’amis influents
pour notre homme.
À cette époque, la vie du jeune officier, souvent brillant,
parfois impétueux, toujours excessif, se partage entre
les haras de sa caserne et les salons mondains de la
région. C’est là qu’il retrouve l’une de ses amours de La même année, il vient en France afin de participer à des exercices au Cadre Noir de
jeunesse, Béatrice Ayer, qu’il épousera quelques mois Saumur, ville dans laquelle il sera de retour dès 1913. Il profite de ces séjours pour
plus tard. En plus d’apporter à Patton son amour et de lui perfectionner son escrime et nouer de solides amitiés au sein de l’Armée française.
offrir trois enfants, dont un garçon qui marchera sur les C’est aussi en France qu’il dessine un sabre pour la cavalerie américaine ; arme qui
traces de son père en rejoignant lui aussi l’Armée, cette deviendra réglementaire et qui lui vaudra le titre aussi honorifique que rarissime de
native de Boston, Massachusetts, fille d’un richissime « maître d’armes ». Ces « escapades » françaises sont l’occasion pour Patton de
industriel et parfaite représentante de la culture Wasp, visiter les côtes normandes et de marcher sur les traces des armées de Guillaume
contribuera de par sa dote à renforcer encore un peu le Conquérant, l’un de ses modèles militaires. Auteur d’un premier mémoire ayant
plus la fortune personnelle du soldat. trait au bocage et aux tactiques militaires les plus adaptées à des combats devant
En 1912, après avoir obtenu l’accord de Washington, se dérouler en Normandie, en 1944, Patton sera le chef idéal pour mener à bien
George Patton part à ses propres frais pour Stockholm… une percée à la tête de la Third Army. Il est intéressant de noter que c’est après
afin de participer aux Jeux Olympiques ! Il y terminera la publication de ce premier document que, malgré des lacunes persistantes en
cinquième aux épreuves de l’effroyable pentathlon. orthographe, George se met à écrire à des cadences infernales. Tout au long de sa

84
ANNEXE 1 PATTON
LE « MAGNIFIQUE »
1. Jeune conscrit, George
vie, il publiera nombre de notes, mémos, manuels, etc. Cette vie de paperasses ne lui convient guère, sans
S. Patton a déjà son Mais revenons en 1913 ! De retour d’Europe, où il sent compter que ses relations avec le généralissime améri-
port de tête altier qui
va lui demeurer tout au
qu’un conflit majeur est sur le point d’éclater, conflit cain tendent à se dégrader au fil des semaines. Patton
long de sa vie et surtout auquel il brûle d’envie de participer, il est affecté à Fort demande et obtient sa mutation au sein d’une unité
sa mine boudeuse et Riley puis Fort Bliss. Patton sert alors sous les ordres du combattante. Affecté à un régiment d’infanterie, il n’a
sérieuse ! Patton Museum
General John Pershing. George Smith Patton participe toutefois pas le temps de boucler ses malles puisqu’en
2. L'expédition au aux raids punitifs de l’US Army, en 1916, contre le novembre 1917 Pershing change son destin en le
Mexique est une
expérience fondatrice rebelle mexicain Pancho Villa qui multiplie les provoca- chargeant de mettre sur pied une unité d’un genre
pour de nombreux tions sur la frontière et surtout au Nouveau-Mexique où nouveau, le Tank Corps. Les chars, des Renault FT,
officiers américains,
dont beaucoup serviront il met à sac et pille plusieurs localités. C’est ainsi qu’en sont fournis par les alliés français. L’intendance
aux côtés de Patton mai, commandant une patrouille d’automitrailleuses, et une partie de la formation des équipages seront
lors des deux conflits
mondiaux. Patton Museum Patton abat au cours d’un accrochage l’un des bras- à la charge des Britanniques.
droits de Villa, ce qui lui vaut de faire la Une des journées George exulte car il a enfin l’opportunité de créer
3. Lors des Jeux
Olympiques de 1912, américains. La légende voudrait qu’il ait aussi organisé quelque chose de neuf ; et comme une bonne nou-
Patton s'inscrit au un duel aux pistolets digne des meilleurs westerns avec velle n’arrive jamais seule, il passe Lieutenant-Colonel
pentathlon mais il n'y
a cependant aucune l’un des seconds du Mexicain. Fait improbable pour ne à titre provisoire alors qu’il n’a que 32 ans ! De retour
preuve qu'il ait réellement pas dire farfelu, mais néanmoins utile pour se forger de sa formation à Bovington, en Grande-Bretagne,
lutté en escrime.
une réputation et alimenter sa légende personnelle… et Champlieu, dans l’Oise, il prend ses quartiers en
4. Certainement un des Haute-Marne, à Chaumont puis à Langres, où il installe
clichés les plus connus
son 1st light Tank Battalion. D’exercices dans la boue

L’ÉPREUVE DU FEU
de George S. Patton.
Photographié en France en démonstrations devant des parterres d’officiers,
devant un de ses chars FT,
l'homme ne se doute pas
l’action tarde à venir. En août 1918, notre bouillant
qu'il va être un des apôtres officier obtient le commandement de la 1st Tank Brigade
de l'arme blindée moins de Juin 1917 le voit revenir en France, conformément composée de deux Battalions. C’est avec cette unité
trente années plus tard...
à la décision du Congrès d’entrer en guerre contre qu’il est enfin engagé au front lors de la contre-offen-
Vu sur [Link]

les Empires germaniques. Le Captain Patton est versé sive du saillant de Saint-Mihiel. Malgré des conditions
à l’American Expeditionary Force commandée par météo épouvantables, Patton se montre énergique,
Pershing. Notre homme sert alors comme officier sautant d’un point du front à un autre, virevoltant,
d’état-major au quartier-général américain de Chaumont. encourageant ou encore bousculant ses équipages.

85
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE

 Le char FT est
révolutionnaire pour les
armées occidentales
modernes qui n'ont jamais
pu compter sur un tel
appui-feu. L'installation
de la tourelle - élément
novateur - est notamment
l'oeuvre d'ingénieurs
français permettant
ainsi au blindé de tirer
théoriquement sur 360°.

 Dans l'entre-deux-
guerres, Patton est affecté
de casernes en casernes
dans un climat assez
morne pour l'US Army,
redevenue une armée à
dimension réduite. Ses
principales occupations
sont l'équitation (ce qui
lui permet de pratiquer
une de ses passions)
et surtout de passer du
temps avec sa famille.
Patton Museum
Vu sur [Link]

Il va même jusqu’à personnellement reconnaître des points de passage Mais une fois de retour au pays, il ne peut que constater le retour en
délicats comme par exemple à Pannes où il se retrouve nez-à-nez force de la doctrine isolationniste. L’opinion publique et le Congrès
avec des mitrailleuses allemandes qui manquent de le tuer ! Le Grand américain, ne veulent plus de guerres et la nation américaine se
Quartier Général américain le nomme Colonel à titre provisoire mais lui renferme sur elle-même. À quoi bon alors entretenir une Armée
reproche son excentricité et surtout ses multiples prises de risques ; puissante et innovante en termes de matériels et donc de doctrines
il faut dire que notre homme est passé maître dans l’art de s’infiltrer d’emploi ? En 1920, les effectifs de l’US Army chutent à moins de
dans les lignes ennemies, seul et à pieds, pour y déterminer les futurs 280 000 hommes. Dans les années qui suivent, les budgets fondent
axes de progression pour ses chars. C’est aussi à cette époque, en comme neige au soleil et les projets sont suspendus. Les Tanks
arpentant les champs de bataille sanglants de la Der des Ders, que passent aux oubliettes. Pis encore pour le Californien, l’état fédéral
Patton « l’écorché-vif » prend pleinement la mesure de ce que les américain commence « à laisser tomber » les anciens combattants de
pertes humaines et la mort représentent. Certes bourru et très direct, la Grande Guerre, allant jusqu’à réduire pensions et aides financières
malgré une idée fausse encore très tenace de nos jours, il aura tout au pour les plus démunis. Dégoûté par ces méthodes et cette situation,
long de sa vie le souci d’économiser la vie de ses hommes. Impétueux Patton envisage un temps de quitter l’Armée ; mais pour quoi faire ?
et toujours aussi déraisonnable, lui ne s’économise pas. Et Patton le Désabusé, il se rapproche de John Pershing qui lui refuse son aide
fonceur est gravement blessé à la jambe par une mitrailleuse enne- pour cause de retraite imminente ; telle est la version « officielle »
mie, en Argonne, le 26 septembre 1918. Il est évacué du front après car, bien qu’à la retraite, Pershing demeurera actif jusqu’à l’orée
avoir passé une nuit entière dans le no man’s land, abrité au fond de la Seconde Guerre mondiale et sera souvent consulté pour les
d’un cratère d’obus boueux. Terminera-t-il la guerre dans un hôpital questions liées à la Défense. Non, en réalité, le « vieux militaire »
militaire ? Non ! Il « s’évade » de son lit en soudoyant
un infirmier et fonce en voiture vers le front, mal remis
de sa blessure mais prêt à repartir au combat. Il retrouve
son unité près de Verdun et évite de peu une sanction
disciplinaire pour sa « disparition ».
Quelques jours plus tard, il fête ses 33 ans, nous
sommes le 11 novembre 1918. La guerre vient à
peine de s’achever et Patton marque l’événement à sa
manière, en écrivant une longue poésie dédiée à la paix.
En janvier 1919, il reçoit la Distinguished Service Cross
des mains de Pershing… tout en étant rétrogradé au
rang de Major, ses promotions provisoires obtenues au
cours de la Grande Guerre n’ayant pas été confirmées.

LE TEMPS DES ERREMENTS


Que devient ensuite George Patton ? Fort de son
expérience des chars et conscient de la révolution
que ces machines impliqueront dans « l’art » de faire
la guerre, il souhaite se consacrer au développe-
ment d’une véritable Armée Blindée aux États-Unis.

86
ANNEXE 1 PATTON
LE « MAGNIFIQUE »
n’a guère d’amitié pour le jeune officier qu’il perçoit
comme un arriviste manquant de diplomatie. Jugement
sévère et vraisemblablement influencé par les difficul-
tés relationnelles qui s’étaient posées entre les deux
hommes durant la Grande Guerre.
Tant pis, Patton subira, comme tant d’autres militaires
américains. Il « erre » de garnison en garnison, multi-
pliant les affectations y compris dans les bureaux à
Washington qui regorgent de « ronds de cuir » indignes
selon lui de porter l’uniforme. Sans budgets, point de
grandes manœuvres, aussi Patton s’occupe-t-il en lisant
énormément, notamment des ouvrages ayant trait à
l’histoire de cette Armée impériale allemande à laquelle
il a contribué à faire rendre les armes, en pratiquant
l’équitation et surtout en veillant à la bonne discipline
des troupes dont il a le commandement. L’homme ne
laisse rien passer, allant jusqu’à se montrer très sévère
avec des soldats faisant peu cas des règlements. Avec
lui, les chaussures sont cirées, les nœuds de cravate
réglementaires, les jugulaires attachées, les uniformes
impeccables et les effets soigneusement rangés dans les
casiers… Mais dans le fond, Patton s’ennuie, tourne en
rond, se morfond. Ironiquement, il se retrouve dans la Nimitz, lui aussi promis à un destin exceptionnel et dont il devient un ami proche.
même situation que ses adversaires d’hier, ces officiers C’est aussi à cette époque qu’il croise Dwight Eisenhower avec lequel – déjà –
allemands qui, au lendemain du traité de Versailles, les relations sont tendues pour ne pas dire houleuses. Patton est un homme de
Vu sur [Link]

se retrouvent privés de moyens dans une Reichswehr terrain, d’action, alors que « Ike » est un planificateur, un officier d’état-major qui
limitée à 100 000 hommes. Comme eux, il réagit en met- travaille sur des statistiques et des données objectives. Bien qu’ayant mutuelle-
tant l’accent sur l’instruction des quelques troupes qui ment conscience de leur valeur respective, ils ne se comprennent guère et cela ne
servent sous ses ordres, en particulier les sous-officiers changera pas dans les années à venir. Patton fonctionne à l’affect et à l’instinct
et officiers. George Patton développe ainsi un certain alors qu’Eisenhower est pragmatique et réaliste. Et la valse des affectations de se
talent didactique et, partout où il passe, il met l’accent poursuivre pour notre homme…
sur la formation théorique et pratique des cadres ainsi L’année 1929 est marquée du sceau de la grande dépression aux États-Unis.
que l’entraînement des soldats qu’il emmène le plus L’économie s’effondre et des milliers de familles se retrouvent brutalement pri-
souvent possible sur le terrain. Les moyens manquent, vées de ressources. Désemparés, certains barons de l’industrie et magnas de la
alors il se débrouille avec rien ou presque. Malgré cela, finance se suicident. Les banques font faillite, entraînant avec elles leurs clients.
les années passent et se ressemblent. Des millions d’Américains perdent ainsi leurs économies et le flot des sans-abris
Dans les années 20, on le retrouve à Hawaii où il occupe ne cesse de grossir. Le pays ne peut plus venir en aide au nombre toujours
un poste d’état-major sans grand intérêt. Au moins croissant de chômeurs, hormis en ouvrant des « soupes populaires ». En 1932,
rencontre-t-il sur place un officier de la Navy nommé le désarroi social empire sans que le président Hoover ne prenne de mesures.

 La crise de 1929
frappe durement les
pays occidentaux, mais
les États-Unis sont
les premiers à souffrir
réellement de cette
crise économique.
De nombreuses familles
se retrouvent sans le sou
en très peu de temps,
laissant la population
dans l'embarras. Il faudra
presque une dizaine
d'années et des milliards
de dollars investis
pour renverser enfin la
vapeur et résorber les
effets de cette crise.

 Patton en tenue de
marin, cliché plutôt
inhabituel ! Ses fréquentes
excursions à Hawaï
lui donnent l'occasion
de se familiariser
avec la navigation à
la voile, discipline qu'il
apprécie aussi pour sa
propension à l'effort.
Patton Museum

87
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE

 Maintien de l’ordre dans


les rues de New-York
à la fin des années 20.
La crise économique du
pays débouchera sur une
crise morale et une reprise
en mains « musclée » de
la part du gouvernement
fédéral américain. L’Armée
comme la Police seront
mobilisées pour faire taire
les malheureux ruinés
par les conséquences
indirectes du crach
boursier d’octobre 1929.
Pour George Patton,
cette agitation était à
mettre au crédit des
communistes... Déjà !

 La marche vers
Washington des vétérans
s'effectue dans des
conditions plus que
sommaires, certains
n'ayant plus que quelques
affaires. Contrairement
Vu sur [Link]

aux idées reçues, dans


l'entre-deux-guerres les
États-Unis compteront
encore beaucoup de
bidonvilles, certains étant
encore occupés par
des Blancs touchés par
la crise économique.

Bientôt, la situation vire à la catastrophe et la colère


gronde lorsque le Trésor fédéral cesse de verser leurs
misérables pensions aux anciens combattants ; en prime,
les bons du Trésor, que nombre d’entre eux avaient
obtenus en 1919 en récompense de leurs « bons et
loyaux services », sont purement et simplement annulés.
Ils sont ruinés. Des milliers d’ex-Doughboys se révoltent
alors pacifiquement en organisant une marche de pro-
testation vers Washington. Avec femmes et enfants,
dans le dénuement le plus total, campant à l’aide de
moyens de fortune dans un gigantesque bidonville situé
aux portes de la capitale, ils sont plus de 20 000 à
vouloir faire valoir leurs droits auprès des sénateurs et
de la Maison Blanche. Ils n’en auront cependant pas
l’occasion et seront chassés sans ménagements par
des troupes aux ordres de MacArthur et de Patton, qui
commande alors le 3rd Cavalry Regiment. Le sang sera
versé et les morts se compteront par dizaines.
L’affaire est tragique. Cependant, Patton semble fina-
lement peu affecté par la répression brutale contre ces
malheureux anciens combattants dont il a été l’un des
principaux acteurs. Cet événement et ses conséquences
funestes et peu glorieuses pour l’US Army, il les met-
tra sur le compte d’agitateurs bolchéviques téléguidés autres ; cette image est antinomique avec l’intérêt par contre bien réel qu’il portera
par le Kremlin. Une explication parmi d’autres mais en aux soldats servant sous ses ordres et dont il s’estimera toujours responsable. On
l’occurrence pratique bien qu’infondée. Il est toutefois le comprend, l’homme est complexe et pétri de contradictions.
difficile de savoir si cette révolte sera à l’origine de Patton part de nouveau pour les îles Hawaii ; si l’archipel est paradisiaque, ce n’est
l’anticommunisme primaire du futur général. Une chose pas le cas de la vie de notre homme qui y broie du noir. Alcool et maîtresses sont
est certaine, Patton est argenté et issu d’un milieu très au rendez-vous, au point que son mariage bat de l’aile et que sa vie menace de
favorisé ; lorsqu’il est en permission, il partage son basculer, au sens imagé comme propre du terme puisqu’il se blessera sérieuse-
temps entre la luxueuse propriété de son épouse dans ment au cours d’une sortie en mer, manquant de peu de mourir. Suivent diverses
le Massachusetts, le ranch californien dont il a hérité de affectations dont une en tant qu’instructeur à la Cavalry School. En 1937, Patton
son père ou bien les yachts de ses amis fortunés. C’est prend la tête du 5th Cavalry Regiment basé à Fort Clark, Texas. Au gré de ses
un conservateur américain « pur sucre » qui n’a cure mutations, il fait également la connaissance d’Omar Bradley avec lequel il servira
des avancées sociales et ne se soucie pas du destin des plus tard en Afrique du Nord puis en Europe. En octobre 1938, Patton se morfond

88
ANNEXE 1 PATTON
LE « MAGNIFIQUE »
faire car ils partent de zéro ou presque : développement
de nouveaux modèles de chars dont le M3 inspiré du
char B1bis français, structure des unités, organisation
de grandes manœuvres dans le Sud des États-Unis,
doctrines de combat, création de centres d’instruction,
dont un gigantesque dans le désert, à cheval entre la
Californie natale de Patton et l’Arizona, etc. Mais pour
notre homme, ce qui compte avant tout, c’est l’esprit
de corps. Pionnier dans son domaine, Patton redouble
de sévérité, notamment vis-à-vis de ses officiers aux-
quels il ne « passe » rien car devant montrer l’exemple.
C’est ce type de raisonnement qu’il lui fera dire en 1944,
en Lorraine, qu’il regrette le nombre peu élevé de pertes
au sein du corps des officiers, preuve selon lui de leur
manque de courage.

ENFIN L’HEURE DE GLOIRE !


En septembre 1939, la Seconde Guerre mondiale
éclate en Europe. Jour après jour, George suit le
et songe de nouveau à quitter l’US Army. C’est à cette époque qu’il reçoit une développement du conflit à l’aide de vastes cartes
nouvelle feuille de route ; cette fois-ci, il part rejoindre son ami George Marshall qui, d’état-major punaisées sur les murs de son bureau.
prenant ses fonctions à l’état-major général, a souhaité avoir Patton à ses côtés. Ses prédictions s’avèrent justes ! Comme l’Alle-
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Le choix de Patton par Marshall n’est pas innocent car, au cœur du pouvoir améri- mand Guderian, l’Anglais Liddell Hart et même ce
cain, chacun s’attend désormais à ce que le pire n’arrive en Europe. Or, le président Français inconnu répondant au nom de Charles de
Roosevelt et ses conseillers proches savent pertinemment que l’US Army n’est Gaulle, Patton croit que cette guerre sera mécanique
pas prête à entrer en guerre et la nation encore moins. L’idée consiste donc à ne et que les offensives seront blindées. L’effondrement
pas perdre de temps et à se préparer au mieux et de la manière la plus discrète de la Pologne en quelques semaines puis la tragique
possible. Patton et d’autres officiers supérieurs sont chargés de jeter les bases campagne de France lui donnent totalement raison.
de l’Armored Force, une entité qui, enfin indépendante de l’Infanterie et de la Notre homme est désormais persuadé que sa nation
Cavalerie (ce qui n’était pas le cas du Tank Corps constitué lors de la Grande ne tardera plus à entrer en guerre. Mais l’Amérique
Guerre), encadrera les unités blindées américaines. Ces hommes, parmi lesquels le est plongée dans le désarroi de ses contradictions et
général Adna Chaffee qui sera le premier « patron » de l’Armored Force, ont tout à Washington réagit avec la plus grande des inerties !

 Le 27 juin 1934, c'est


un George S. Patton
dans sa tenue d'apparat
et avec ses médailles
qui se présente à son
mariage. De cette union,
le couple Patton aura un
fils... prénommé George
S. Patton IV et qui servira
pendant la guerre de
Corée ainsi qu'au Vietnam
dans l'US Army. Il atteindra
le grade de Major General
à la fin de sa vie.
Patton Museum

 Photographié à son
bureau lors d'une de
ses affectations dans les
États-Unis de l'entre-deux-
guerres, Patton semble
se réjouir. La réalité est
bien différente : l'homme
ronge son frein et la vie
de caserne en temps
de paix n'est pas pour
lui. Patton Museum

89
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
Vu sur [Link]

Il faut attendre juillet 1940 pour que le gouvernement fédéral autorise pays d’adoption se préparer à faire la guerre à leur pays d’origine...
enfin Marshall à créer deux Armored Divisions à partir d’éléments Tant pis, le Californien va jusqu’à payer avec ses propres deniers
épars. Patton organise une brigade blindée pour la 2nd Armored des pièces détachées pour ses chars. À l’orée de ses cinquante ans,
Division, la future « Hell on Wheels », mais les crédits font encore Patton est nommé Brigadier-General. Sa légende est définitivement
défaut car, empêtrés dans des problématiques électoralistes, les en marche, comme en témoignent les surnoms que ses hommes
sénateurs tardent à les faire débloquer ; certains, notamment dans lui donnent : le « Vieux », « Sang et tripes », « Flash Gordon » ou
le Nord-Est des États-Unis, ont été élus grâce aux voix des puissantes encore « le Frelon vert », sobriquets hérités de comics de l’époque.
et influentes minorités allemandes qui voient d’un mauvais œil leur Le quotidien de George consiste à former ses équipages pour qu’ils

 Colonne de chars
légers M3 de l’US Army
photographiée durant
les grandes manoeuvres
de 1941 en Louisiane.
Exercices auxquels
Patton participera en
tant qu’arbitre entre les
« rouges » et les « bleus ».

 Patton surveillant les


manoeuvres en Louisiane
dans la tourelle de son
blindé de commandement
en 1941. Les Américains
ont alors, malgré leur
neutralité apparente,
le regard tourné vers
l'Europe où les premiers
engagements de blindés
à grande échelle ont eu
lieu depuis 1939. Certains
officiers n'hésitent pas à en
tirer des enseignements...

90
ANNEXE 1 PATTON
LE « MAGNIFIQUE »
Vu sur [Link]

soient prêts à en découdre. Pour cela, point de secrets : que Patton soit relevé de son commandement : comment
 Équipage américain
manœuvres épuisantes, exercices permanents et stricte d’unchar M3 pris en en effet faire confiance à un personnage qui porte deux
discipline sont de mise, sans oublier une « louche » de photo à Souk El-Arba, en colts à crosses de nacre tel un cow-boy, ce en lieux et
Tunisie, le 23 novembre
complicité avec les soldats. Ne se plaît-il pas à affirmer 1942. Débarqués en places d’une arme réglementaire ? Mais « Ike » soutient
qu’un « litre de sueur à l’entraînement économise un Afrique du Nord, les GI’s son turbulent subordonné et, le 8 octobre 1942, le débar-
partent rapidement se
litre de sang » ? Patton donne libre cours à son côté frotter aux Allemands et quement a bel et bien lieu. Après quelques accrochages,
théâtral, usant d’un langage de charretier, arpentant les aux Italiens en Tunisie. Les une fois passés les atermoiements des autorités mili-
premiers combats, dont
terrains de manœuvre à bord de divers engins qu’il a fait ceux pour le contrôle de la taires et politiques françaises à Alger, les choses rentrent
modifier dans ses ateliers régimentaires, dont un char passe de Kasserine, virent dans l’ordre. Patton reste au Maroc où il occupe des
à la catastrophe, ce qui
léger M3, équipés de sirènes surpuissantes. L’homme est provoquera la nomination fonctions politico-diplomatiques et militaires. Il profite
désormais un personnage public. En cela, il ne manque de Patton par « Ike » à la de son temps libre pour visiter les ruines romaines de
tête du II Corps. Il faudra
bien sûr pas d’intéresser la presse. C’est ainsi qu’il fera tout le talent mais aussi la région, dont celles de Volubilis, à côté de Meknès,
la couverture de « Life magazine » en juillet 1941. la poigne du Californien et les champs de bataille des guerres puniques. À la
pour rétablir la situation, à
Une couverture chasse l’autre et, en décembre 1941, commencer par redonner
surprise de ses officiers d’état-major, il retrouve l’en-
c’est l’attaque surprise des Japonais contre Pearl Harbor un moral de vainqueurs droit précis de ces combats pourtant vieux de plusieurs
à ses troupes. Cette
qui s’étale dans tous les kiosques américains ; tragé- reprise en mains passera
siècles, alors même qu’il n’avait jamais mis les pieds
die que Patton, maintenant divisionnaire, avait prédite aussi par une discipline dans la région. À ceux qui verbalisent leur étonnement,
dans un mémo extrêmement précis daté de son second stricte : « Malheur » au il répond : « mais voyons, j’y étais, oui, j’étais l’un des
soldat qui n’aurait pas
passage aux Hawaii ! Mais qu’importe, la nation est en boucler sa jugulaire ou légionnaires morts ici pour la grande Rome » ; croyance
guerre et Patton va pouvoir pleinement exprimer son rectifi er sa tenue en en la réincarnation encore et toujours.
présence de Patton !
talent. À l’automne 1942, les Alliés se préparent à lan- De son côté, Erwin Rommel chassé d’Égypte et
cer l’opération « Torch », le débarquement de troupes de Libye par la 8th Army de Monty est parvenu à
anglo-américaines en Afrique du Nord Française (Maroc ramener les restes de son Afrika-Korps jusqu’en
et Algérie). Le « Vieux », qui est parti prenant dans Tunisie, où il ne cesse de recevoir des renforts,
l’affaire, se frotte très vite au flegme des Britanniques dont une Tiger-Abteilung et la 10. Panzer-Division
qui voient en lui un général digne des pires produc- du Generalleutnant Friedrich Freiherr von Broich.
tions cinématographiques d’Hollywood. D’aucuns, dont Le « Renard du désert » donne une leçon aux GIs inex-
Alexander, feront même pression sur Eisenhower pour périmentés lors de la bataille de la passe de Kasserine.

91
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE

« Ike » nomme alors Patton à la tête du II Corps pour


rétablir la situation et revigorer les soldats américains.
L’arrivée de « Sang et tripes » provoque un électro-
choc au sein de la troupe, d’autant qu’elle s’accom-
pagne de discours de ce type : « L’objet de la guerre
n’est pas de mourir pour son pays, mais de faire en
sorte que le salaud d’en face le fasse pour le sien ».
En à peine quelques jours, il fait rétablir une disci-
pline de fer. Il ne fait pas bon croiser le général au
bord d’une piste en n’ayant pas bouclé sa jugulaire…
La reprise en mains est totale et porte ses fruits.
Le II Corps contre-attaque, en coopération avec les
Anglais et les Français ; c’est un succès et la noto-
riété de notre homme n’est plus à faire ! Quelques
semaines plus tard, en mai 1943, Allemands et Italiens
lâchent prise et se rendent. La Tunisie est libérée par
les Alliés et l’Axe définitivement expulsé d’Afrique.
Reste désormais à prendre pied en Europe…
C’est chose faite dès le mois de juillet 1943 durant
lequel Patton, qui dirige la 5th Army, débarque avec
les Anglais de Montgomery en Sicile. C’est l’opération
« Husky ». Une véritable course de vitesse s’engage
alors entre les deux armées alliées. Les Tommies de
Montgomery piétinent sur la route de l’Etna, en direction
de Messine. Quant à Patton, ses tankistes affrontent les
Vu sur [Link]

Panzer-Grenadiere qui lui barrent la route vers le Nord


puis l’Est. Le « Vieux » pousse ses hommes au maxi-
mum, chassant les « planqués » qui selon lui sabordent
le moral de ses troupes. Le 3 août, lors d’une visite dans
un hôpital de campagne de la 1st Infantry Division, la
« Big Red One », il commet l’erreur de gifler avec ses
gants un soldat hospitalisé qu’il estime être un couard.
Le 10, le général recommence avec un autre GI. Il est
intéressant de noter que ces deux soldats avaient été
l’un et l’autre hospitalisés pour « troubles nerveux ».
Le premier souffrait d’une malaria mais en était à sa
nième hospitalisation depuis son arrivée en Afrique du
Nord tandis que le second, lui, avait déjà tenté de déser-
ter à plusieurs reprises… En attendant, Palerme puis
Messine tombent dans l’escarcelle de George Patton
le 17 août. Un Patton qui se couvre une fois de plus
de gloire comme un César mais qui est conduit à une nouvelle grande offensive estivale pour briser les reins
 Patton et Eddy en 1945
disgrâce temporaire, à la suite de ces affaires de vio- alors que les troupes de la Wehrmacht à l’Est, les Alliés peaufinent leur plan
lences qui le rattrapent à cause d’un correspondant américaines sont en train d’invasion de l’Europe occidentale ; c’est l’opération
de traverser la Roer au
de presse. Sa réputation est ternie tandis que les jour- début de l'année. Les deux « Overlord », le débarquement de plusieurs divisions
naux font leurs choux gras de ces deux affaires et que hommes fonctionneront sur les côtes de Normandie. Pour tromper l’ennemi,
en tandem, s'appréciant
l’opinion publique américaine est outrée. En haut-lieu, mutuellement. Les Britanniques et Américains multiplient les ruses, dont la
c’est un tollé de protestations, aussi bien de la part des différentes épreuves - création d’une fausse armée américaine sensée débar-
notamment la campagne
Américains que des Britanniques. Même les politiques de Lorraine - cimenteront quer dans le Pas-de-Calais. Et c’est Patton qui en hérite,
s’en mêlent et réclament sa tête. Mais « Ike » couvre leur relation. remplaçant à ce poste Hodges. Cette armée fictive,
son général qu’il contraint tout de même à faire amende  George S. Patton c’est la célèbre Third Army qui, en réalité, montera en
honorable. L’officier s’excuse, ou du moins tente de le s'adresse à ses troupes puissance progressivement jusqu’à son intervention en
en Sicile. Loin de sa
faire, devant ses soldats, qui pour la majorité d’entre légende noire, l'homme Normandie quelques semaines après le D-Day. C’est à
eux le soutiennent, mais rien n’y fait et il doit subir est en réalité proche sa tête que George Patton percera les maigres défenses
de ses hommes même
une « mise en quarantaine » à Malte puis en Grande- s'il peut leur faire subir
allemandes au Sud de Saint-Lô pour ensuite exploiter
Bretagne. Le Californien promet de mieux se tenir mais quelques coups de sang ! en Bretagne et vers l’Est de la France. Ironie du sort,
Jamais avares de bons
« Ike » se montre intraitable. Alexander savoure la nou- mots, Patton a envie de
Patton sert sous les ordres d’Omar Bradley, l’un de
velle tandis que Montgomery exulte. Quant à Omar sauvegarder ses « boys » ses bras droits en Afrique du Nord et en Sicile. Après
Bradley, il se désolidarise de son ami. Patton le guerrier, par l'exercice mais aussi l’opération « Cobra » qui marque le début de la fin de la
par la discipline de fer
le valeureux, le général le plus aimé des Américains qu'il leur impose. résistance des Allemands en Normandie, Patton conduit
passe ainsi une année loin des champs de batailles. Il ses troupes avec énergie et brio. Il s’enfonce en France,
en profite pour visiter l’Égypte et le Moyen-Orient où libérant villes et villages à la vitesse de ses colonnes de
il explore les champs de bataille d’Alexandre le Grand. chars. La Third US Army fonce, fonce encore, fonce tou-
Sur le plan de sa vie de couple aussi, les choses vont jours, en direction de l’Est. Elle bouscule les Allemands
mal et les retrouvailles avec Béatrice se font rares… qui ne parviennent pas à enrayer son offensive. Patton
Tandis que les Soviétiques s’apprêtent à lancer une rêve de finir la guerre à lui seul en quelques semaines.

92
ANNEXE 1 PATTON
LE « MAGNIFIQUE »
Vu sur [Link]

Mais la logistique ne suit plus et le Californien doit marquer le pas dans l’Est de la France, en
 En Normandie, Patton n'est pas présent : craint
Lorraine. Sans essence, les chars du « Vieux » sont stoppés. Que fait le général ? Il fonce par les Allemands depuis quelques années, il joue
voir « Ike » qui lui explique que Monty a désormais la priorité en terme de ravitaillement le leurre en face du Pas de Calais à la tête d'une
armée fantôme... pour le meilleur résultat possible.
pour ses opérations en Belgique et aux Pays-Bas. Patton a beau faire, Eisenhower ne veut
rien entendre. La victoire par KO échappe au tumultueux Patton. Quand il reçoit de nouveau
 Cliché des derniers jours de campagne pour les
de l’essence et l’appui de l’aviation tactique, il est trop tard. Certes, Nancy a été libérée, Américains : leurs chars et véhicules empruntant
mais les Américains sont sévèrement accrochés à Metz par les Allemands qui ont eu le une fameuse Autobahn nazie alors qu'une colonne
de prisonniers remonte vers la captivité.
temps de s’organiser. Il faudra un long siège pour que la ville fortifiée finisse par tomber.

93
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE

1
Vu sur [Link]

Patton s’empare ensuite de la Sarre et avance vers l’Est


mais, en décembre 1944, il réoriente magistralement
son Armée pour foncer plein Nord afin de contribuer à
stopper l’offensive des Ardennes lancée par les divisions
du Reich. « Wacht am Rhein » s’essouffle, Bastogne
est sauvée par la 4th Armored Division de Patton et
la résistance des paras de la 101st Airborne Division.
Prochaine étape, la ligne « Siegfried ».
En février 1945, notre homme entre en Allemagne
en s’emparant de Trèves. En mars c’est au tour de
Coblence de tomber entre les mains de la Third Army.
Le Rhin est franchi en plusieurs points. À cette occa-
sion, Patton télégraphie à « Ike » « qu’il vient de pisser
dans le Rhin ». Le rêve d’empire millénaire du Führer
s’achève, l’Allemagne est à l’agonie. Le 22 avril, Patton
décide d’une nouvelle offensive tout en précisant à ses
divisionnaires de ne pas maltraiter les prisonniers de
guerre allemands car, en cas de conflit avec les Russes,
ceux-ci pourraient bien lui être utiles... Il pénètre en
Autriche ainsi qu’en Tchécoslovaquie. Bien que parvenu
le premier aux abords de Prague, il s’abstient de prendre
la cité, Londres et Washington ayant décidé de laisser
la ville aux Soviétiques. Politique et stratégie ne font
pas toujours bon ménage. Le 8 mai 1945, les éléments
de pointe de l’Armée Patton font leur jonction avec les
Russes. La Seconde Guerre mondiale vient de s’achever
en Europe. Pour Patton, il est temps de profiter de sa
popularité avant de partir pour le Pacifique afin d’en
finir avec les « Japs » ; c’est du moins son souhait le
plus cher. Partout, il est accueilli en héros et en triom-
phateur. Les Belges et les Luxembourgeois l’adorent,

94
ANNEXE 1 PATTON
LE « MAGNIFIQUE »
3
les Américains lui font des ovations, les Français sont amusés par
ses manières rudes et même les Britanniques reconnaissent en lui
un stratège de grande valeur. Seul ombre au tableau, l’homme a
beau faire des efforts, il n’est guère apprécié par les Soviétiques,
ce qui est d’ailleurs réciproque. L’anticommunisme de Patton ne
s’accommode pas de ces temps de diplomatie…

UNE FIN DE VIE DOULOUREUSE


En juin 1945, George Patton retourne en Allemagne après une triom-
phale « tournée de la victoire » aux États-Unis et quelques jours de
repos en Californie en compagnie de son épouse. Toujours aussi
impulsif, il critique vertement la dénazification, ce qui l’expose de
nouveau au courroux de la presse américaine. Pour ne rien arranger,
Patton défend le principe de l’instauration d’un service national obli-
gatoire ce qui, l’on s’en doute, est dans l’opposition la plus complète
par rapport au point de vue de l’opinion publique américaine qui,
puisque la guerre en Europe est terminée, demande le retour des
Boys « à la maison » sans délai !
Pour « Ike », qui couvre plus ou moins régulièrement les déclarations
maladroites de Patton à propos des Soviétiques et des dangers
du communisme, les choses vont cette fois beaucoup trop loin !
Patton perd le commandement de « sa » Third Army et son poste
Vu sur [Link]

de gouverneur militaire de Bavière où jusqu’alors il conduisait une


dénazification indolente. Même Marshall lui tourne le dos. Quant au
président Truman qui a remplacé Roosevelt, il ne veut pas entendre
parler du soldat. Abasourdi par cette décision et lâché de toute part,
George Patton prend la tête de la 15th Army… qui se résume à une
poignée de soldats affectés à des tâches purement administratives.
Grandeur et décadence. L’homme est amer pour ne pas dire aigri.
Ça va mal, très mal pour le « Vieux ». Pour se détendre, il donne libre
cours à ses loisirs et visite l’Allemagne ruinée. Il sait qu’il n’ira pas
dans le Pacifique et que son heure de gloire est désormais révolue.
Le 9 décembre 1945, il part chasser le faisan accompagné de
quelques amis. Sur le trajet, le long d’une nationale, son véhicule
4
heurte de plein fouet un GMC qui venait de soudainement couper la
route de la limousine pour s’engager dans un sentier. Le choc n’est
pas violent et tout le monde sort des véhicules. Tout le monde,
sauf Patton, un « peu sonné » mais qui malgré tout semble bien
aller. En fait, Patton est paralysé, il ne peut plus bouger ses deux
jambes, ne sent plus la partie inférieure de son corps et respire de
plus en plus mal. Il est conduit d’urgence dans un hôpital militaire
d’Heidelberg où les médecins font un diagnostic plus que réservé.
Les meilleurs chirurgiens sont appelés à son chevet mais rien n’y fait
et son état est jugé critique. Son épouse arrive par un vol spécial.
Elle assistera à l’agonie de son mari. Le 21 décembre 1945, en fin
d’après-midi, George Patton décède d’une insuffisance cardiaque.
Selon ses souhaits, il est inhumé au cimetière militaire américain de
Hamm, au Grand-Duché du Luxembourg, au milieu des hommes de
« sa » Third Army. Une haie d’honneur composée de milliers de GIs
émus lui aura rendu un vibrant hommage pour son dernier voyage. 

1. L'arme blindée telle qu'imaginée par Patton est capable de se porter


sur de grandes distances et d'infliger de terribles revers à l'adversaire.
En principe, cette vision est imparable... sauf quand la logistique ne suit
pas et que les véhicules sont immobilisés par manque de carburant.

2. George S. Patton et son état-major peu avant la fin de la guerre.


Toujours accompagné de son fidèle Willie, il peut aussi compter
sur d'autres fidèles comme Walker (à droite de la photographie)
qui porte toujours l'insigne du XX Corps en patch d'épaule.

3. Son sens de la formule et ses états de service vont valoir à Patton très
tôt les « feux des projecteurs », notamment de la presse américaine alors
à la recherche de héros. Il est ici photographié pour le magazine Life.

4. Lieu d'ultime repos pour George S. Patton, au cimetière américain


de Hamm, au Luxembourg, entouré de ses hommes.

95
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE

2
Vu sur [Link]

3 1, 2 et 3. L'arme blindée américaine


revient de loin lors de son débarquement
en Afrique du Nord en 1942. Ce n'est
que relativement tard que l'US Army
fait le choix de développer sa dotation
de blindés alors que les nations
européennes le font depuis une dizaine
d'années. Le char moyen M2A1 (cliché 3)
ne sera jamais employé au combat,
car il ne dispose que d'un canon de
37 mm... et de huit mitrailleuses.

4. George S. Patton, derrière Eisenhower,


découvre en Allemagne les oeuvres d'art
qui ont été pillées par les nazis aux quatre
coins de l'Europe pendant la guerre. Pour
le bouillant général des blindés, ce conflit
n'est pas le plus important, au contraire
de celui qui arrive - indéniablement
selon lui - face aux Soviétiques...

5. Les troupes afro-américaines


participeront au second conflit
mondial mais seront encore placées
dans des unités dites « colored »,
c'est-à-dire non mixtes. Il n'empêche
que la plupart se comporteront
vaillamment au feu et rapporteront de
nombreuses décorations au pays.

6. Une femme accueille les libérateurs


avec une bouteille d'alcool à la main.
Nous sommes à la fin de la guerre, mais
un homme reste concentré sur le ciel
ou les fenêtres... Personne n'est à l'abri
d'un ultime fanatique du régime nazi.

96
97
LE « MAGNIFIQUE »
PATTON
ANNEXE 1
4

6
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ANNEXE 2
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
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HASSO ECCARD
VON MANTEUFFEL
UN PRUSSIEN DANS LA WEHRMACHT Par Loïc Becker

Pur produit de la « vieille Prusse », Hasso Eccard von Manteuffel est relativement méconnu parmi les
généraux de la Wehrmacht. Pourtant il va souvent être choisi par Hitler pour s’occuper de situations
difficiles, notamment sur le front de l’est, ou en Lorraine en 1944. À chaque fois, le Prussien parviendra à
« sauver les meubles », mais il se heurtera aussi au manque croissant de matériel dans un III. Reich de plus
en plus aux abois entre les Ardennes et les derniers jours de la guerre.

98
ANNEXE 2 HASSO ECCARD
VON MANTEUFFEL
UNE JEUNESSE PRUSSIENNE  Edwin von Manteuffel
est un officier prussien
de Uhlans qui a été
aide de camp du prince
Hasso Eccard von Manteuffel naît à Potsdam le 14 Albert de Prusse. Il a
janvier 1897 dans une famille noble prussienne, depuis participé à la guerre de
1870, mais concurrent
longtemps acquise à la cause des armes et au service de Bismarck et ami du
des têtes couronnées de Prusse. Sa destinée est toute Kaiser, il est éloigné du
pouvoir en prenant la tête
tracée : Hasso va suivre le même chemin que ses aïeux du Reichsland Elsaß-
et que les autres membres de l’aristocratie prussienne. Lothringen... où son
petit-fils viendra combattre
Enfant, il va se consacrer au sport et notamment à plus de cinquante après
l’équitation, dont il va devenir médaillé olympique, puis après. Domaine Public
intégrer en 1908 l’école des cadets de Naumburg-sur-la-
Saale. Cette première formation a pour rôle de lui faire
 Page de gauche :
découvrir la vie militaire ; trois ans plus tard, c’est la très Hasso Eccard von
célèbre école de Berlin-Lichterfelde que rejoint Hasso. Manteuffel (à droite)
donne des ordres à
Il en sort le 22 février 1916 en plein milieu du premier un de ses officiers sur
conflit mondial pour rejoindre le Husaren-Regiment von le front de l'Est, ses
insignes et distinctions
Zieten (Brandeburgisches) Nr 3. Hasso von Manteuffel bien visibles. Sachant
fait ses premières armes à Verdun, où il est promu toujours s'entourer de ses
subordonnés, Manteuffel
Leutnant à la fin du mois d’avril 1916, son régiment est un officier capable
étant ensuite déplacé sur le front de la Somme. Le jeune et qui a totalement
intégré l'utilisation des
prussien y combat jusqu’au 12 octobre, date à laquelle blindés. Bundesarchiv
il est blessé grièvement aux alentours de Bapaume par Bild 101I-732-0132-43A

l’artillerie alliée.
Hospitalisé dans un établissement non loin de la ligne Ludendorff du printemps 1918. Au sein de la 7. Armee,
Vu sur [Link]

de front, son rétablissement prend quelques mois et  Des membres des l’unité de von Manteuffel s’élance à l’assaut des
il est transféré à un poste administratif sur le front de Freikorps sont réunis à positions françaises lors de la seconde bataille de la
Berlin après le premier
l’est cette fois-ci. En février 1917, von Manteuffel conflit mondial. Tous sont Marne, sans succès. L’échec de cette opération pousse
rejoint ainsi l’état-major de la 6. Division aux prises d'anciens soldats de 1914- Ludendorff à se retirer de France afin de s’établir sur
1918 dont ils regrettent
avec les Russes, mais son temps sur ce front est la discipline et l'esprit de
des positions défensives proches du Reich. L’armistice
compté. Quand les Soviets et les Allemands signent corps. Ces hommes seront détruit les espoirs du jeune officier prussien et une
à l'origine ou participeront
l’armistice de Brest-Litovsk, le jeune officier retourne à de nombreux putschs.
seule phrase est sur toutes les lèvres en Allemagne :
en France juste à temps pour participer aux offensives comment une telle armée a pu perdre la guerre ?

99
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE

 Les troupes motorisées


allemandes sont tout
d'abord constituées
de motocyclistes, qui
remplacent les cyclistes
jusque là souvent
employés dans les
armées occidentales.
C'est alors la première
ébauche d'une armée
mécanisée Outre-Rhin.

[1] Qui est la nièce du


futur Generalfeldmarschall
von Kleist.

 La Wehrmacht ne
parviendra pas à équiper
totalement ses divisions
blindées de chars
purement sortis des
chaînes d'assemblage
allemands. L'invasion de
la Tchécoslovaquie va
permettre aux généraux
de Hitler de récupérer des
blindés assez efficaces.
Vu sur [Link]

De fait, le territoire allemand n’est pas envahi, confortant le Leutnant participe notamment Hasso von Manteuffel dans son Freikorps.
Manteuffel dans sa vision d’un conflit pas entièrement perdu. Mais Cependant, le traité de Versailles détruit tous les espoirs d’avan-
le jeune prussien voit tout son monde s’effondrer avec l’abdication cement du jeune prussien : la Reichswehr est réduite à peau de
du Kaiser Guillaume II et la création de la république de Weimar… chagrin. Il ne quitte pourtant pas le métier des armes et rejoint en
et l’arrivée tumultueuse de groupes d’inspiration marxiste et bol- mai 1919 le Kavalerie-Regiment 25 avant le Reiter-Regiment 3.
chevique dans les rues des villes allemandes n’arrange en rien la Hasso von Manteuffel se marie avec Armgard von Kleist [1] en 1921
situation. Certains anciens combattants – dont Hasso von Manteuffel mais n’obtiendra que deux promotions jusqu’en 1930. Ses talents
– décident de s’organiser en Freikorps et de combattre ces insurgés. de cavalier lui valent de devenir Rittmeister au Reiter-Regiment 17
L’homme fait d’abord le coup de feu à Cologne contre les révolu- au début des années 1930, mais c’est surtout l’arrivée au pouvoir
tionnaires, puis rejoint le Freikorps von Olen qui combat à Berlin. d’Adolf Hitler le 30 janvier 1933 qui va remettre sa carrière sur les
La république de Weimar, impuissante à juguler la révolte (dont les rails. Le nouveau chancelier du Reich s’inscrit dans une politique
spartakistes dans la capitale), a recours à ces formations paramili- de réarmement agressive qui plaît aux militaires comme Hasso von
taires souvent commandées par des anciens officiers conservateurs. Manteuffel. Le 1er octobre 1934, il est transféré au Reiter-Regiment
Les révoltés à Berlin sont écrasés dans un bain de sang, auquel « Erfürt » puis l’année suivante il est affecté au Füsilier-Bataillon

100
ANNEXE 2 HASSO ECCARD
VON MANTEUFFEL
2 (mot.) de la 2. Panzer-Division… commandée par
Heinz Guderian. Manteuffel, en bon aristocrate prussien,
s’attire les faveurs de son nouveau commandant et se
montre aussi très réceptif aux nouvelles tactiques de
combat des unités motorisées. Major en 1936, il s’oc-
cupe d’entraîner les recrues à Wünsdorf puis décroche
un poste de conseiller auprès de Guderian alors à la tête
des schnelle Truppen. Manteuffel passe Oberstleutnant
en février 1939 et dirige la Panzerschule II de Berlin-
Krampnitz, mais ce nouveau poste ne lui permettra pas
de participer à la campagne à l’Ouest de mai 1940.

DES PLAINES RUSSES…


Le déclenchement de l’opération « Barbarossa » le 22
juin 1941 va enfin permettre à Hasso von Manteuffel
d’occuper un poste au combat. Il fait partie des pre-
mières vagues alors qu’il dirige le I./Schützen-Regiment 7
de la 7. Panzer-Division, s’élançant depuis la Prusse
Orientale vers la Lituanie, dont la capitale tombe très vite.
Manteuffel et son unité atteignent Minsk et Vitebsk pour
finalement participer à la bataille de Smolensk durant
l’été de la même année. Les compétences du Prussien
Vu sur [Link]

– audacieux, courageux et volontaires – n’empêchent


pas les nombreuses pertes allemandes infligées par des
Soviétiques certes en train de se replier mais toujours
combattifs ; le 21 août, il change d’unité et commande
maintenant le Schützen-Regiment 6.
Mais l’automne arrive et les belligérants doivent se
regrouper. C’est depuis Pretchiskaïa que la 7. Panzer-
Division se porte sur le Dniepr au début du mois d’oc-
tobre juste avant de le traverser en bousculant les
défenseurs. Les Allemands sont en train de mettre en
place une tactique qui sied parfaitement aux grands
espaces de Russie : l’encerclement. Manteuffel et la
10. Panzer-Division foncent vers Viazma et aident à
fermer la poche du même nom, puis profitent d’une
semaine de repos à la mi-octobre avant de reprendre
l’offensive autour du carrefour de Kalinine – Kline, en une partie de l’automne, c’est aux Sables-d’Olonne que
 Les deux photos
direction de Moscou. Le 15 novembre 1941 est déclen- ci-dessus : Hasso von Manteuffel va entraîner sa toute nouvelle
chée l’opération « Typhon » devant mener les Allemands Les blindés tchèques 7. Panzergrenadier-Brigade…
renommés Panzer 35(t)
aux portes de Moscou ; c’est sans compter les pluies qui et Panzer 38(t) vont être
transforment les chemins et les routes en fondrière. De de fidèles auxiliaires

… AU DJEBEL TUNISIEN
pour les Panzer-
plus, les Soviétiques sont enfin parvenus à constituer des Divisionen et surtout
lignes de défense efficaces qui freinent encore plus les des montures fiables
pour les Panzermänner.
Allemands. La pluie est bientôt remplacée par la neige Cependant, au fil des ans,
et le gel, les conditions météorologiques gênant encore ces blindés deviennent Alors qu’à l’est les Allemands commencent à reculer, les
obsolètes et n'ont plus de
davantage les assaillants… dont certaines formations, grosse capacité offensive, Alliés débarquent de leur côté en Afrique du Nord le 8
comme celle de Manteuffel, sont réduites à une simple les obligeant à être novembre 1942. Quelques mois plus tard, les Allemands
remplacés par du matériel
Kampfgruppe. Près d’Astrezevo, son unité parvient à bien plus moderne. sont à la peine en Tunisie, et Rommel demande des
prendre par surprise un point de passage sur le canal renforts. Manteuffel est envoyé en renfort le 5 février
de la Volga à Moscou à la fin du mois de novembre, ce 1943 à la tête d’une division hétéroclite avec notam-
qui vaut à Manteuffel la remise de la Ritterkreuz et sa ment un régiment de la Luftwaffe, le Panzergrenadier-
promotion au grade d’Oberst. Regiment 160 et des Bersaglieri italiens… le tout sous la
Mais le 6 décembre 1941, c’est au tour des Soviétiques coupe de la 5. Panzerarmee. L’opération « Ochsenkopf »
de passer à l’offensive pour dégager Moscou. Dans la est lancée trois semaines plus tard et bouscule les Alliés
neige, le froid (le mercure descendant même jusqu’à dans le secteur de Tunis ; Manteuffel lui-même, disposé
-52°C) et la glace, les Allemands sont obligés de céder sur le flanc droit des Allemands, sécurise quelques objec-
du terrain en résistant pied-à-pied. L’ordre de repli éma- tifs secondaires puis parvient à repousser une division
nant de Hitler n’arrive qu’à la mi-janvier 1942 mais britannique de 15 km. Cependant, ce sursaut n’est que
l’état des unités à Balkenkreuz est catastrophique. temporaire, et Manteuffel lui-même doit bientôt quit-
La 7. Panzer-Division – et Hasso von Manteuffel avec ter la Tunisie pour raisons de santé le 31 mars 1943.
– est redirigée vers la France pour y subir une refonte Ce n’est que lors de son hospitalisation qu’il apprend
et surtout y recevoir des renforts. Pendant tout l’été et sa promotion au grade de Generalmajor.

101
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE

1
Vu sur [Link]

DE PANZER-DIVISION EN PANZER-DIVISION
Panzergrenadier-Division « Großdeutschland », transformée en Panzer-
Division au début de l’année 1944. À partir de ce moment, Manteuffel
est engagé dans de nombreuses batailles défensives notamment à
En août 1943, Hasso von Manteuffel est nommé à la tête de son Kirovograd et développe une image de tacticien hors-pair. Le Prussien
ancienne division, la 7. Panzer-Division, qui s’est vue étrillée lors de laisse avancer les avant-gardes soviétiques puis lance ses Panzer et
la sanglante bataille pour Koursk au début de l’été. Le lendemain de ses Landser sur les flancs des unités adverses, les coupant de tout
cette nomination, les Soviétiques passent à l’assaut de Smolensk soutien. Mais tout a une fin : la « Großdeutschland », qui a perdu
à la mer d’Azov cherchant à libérer l’Ukraine de la tutelle nazie. plus de la moitié de ses effectifs, doit se replier en mars 1944 vers
Le III. Panzerkorps dont fait partie la 7. Panzer-Division se défend la Roumanie pour affronter le 2e front d’Ukraine de Malinosvki. Lors
vaillamment face aux troupes soviétiques cherchant
à capturer les grandes localités, notamment Kharkov. 2
Véritables « pompiers du front », les Panzer sont envoyés
où leur soutien est nécessaire, mais ne parviennent pas
à enrayer la progression de l’Armée rouge. Manteuffel
y récolte une nouvelle blessure (cette fois-ci au dos)
le 26 août quand il subit le mitraillage d’un appareil
soviétique ; il refuse toutefois d’être évacué.
La machine de guerre soviétique semble ne jamais
s’enrayer. Le Dniepr est franchi à la fin de l’été et Kiev
tombe le 5 novembre, bientôt suivie par Jitomir, Fastiv
ou encore Korsonet. Le front est totalement enfoncé
par Koniev et Vatoutine, mais les Allemands n’ont pas
dit leur dernier mot : la 7. Panzer-Division attaque au
nord-est de Jitomir avec la 1. Panzer-Division et de la
« Leibstandarte ». C’est un succès puisque le Prussien
parvient à reprendre la ville aux Soviétiques tout en
libérant la pression sur une partie du front. Ce résultat
lui vaut la remise des feuilles de chêne, puis un mois
plus tard il passe Generalleutnant et prend la tête de la

102
ANNEXE 2 HASSO ECCARD
VON MANTEUFFEL
3
de l’opération « Iasi-Kichinev », qui a pour but de faire
passer aux troupes soviétiques le Danube, Manteuffel
ne parvient à nouveau pas à arrêter les unités à l’étoile
rouge. Sa division se replie en Prusse Orientale en juillet
1944, où là encore le Prussien se rue vers la Lituanie
et inflige à Tchernikhovsky, à la tête du 3e front de
Biélorussie, un coup d’arrêt.
Le destin va à nouveau placer Manteuffel à la tête d’une
nouvelle unité, la 5. Panzer-Division, qu’il reçoit des
mains de Hitler… tout comme sa promotion au grade
de General der Panzertruppen le 1er septembre. C’est en
Lorraine face à Patton que Manteuffel doit maintenant
établir une ligne de résistance. Mais le temps des moyens
adéquats est révolu : les Panzer ne sont pas présents en
nombre, tout comme les pièces d’artillerie, et l’infanterie
est de mauvaise qualité. La supériorité de l’artillerie et de
l’aviation américaine l’empêche de déplacer ses troupes
comme il le souhaite, mais il parvient quand même à
faire quelques dégâts aux Américains – qui n’auront
aucun impact futur sur la conduite de la guerre. de novembre, monté par Jodl, ne convient pas au Prussien qui parvient à convaincre
le Generalfeldmarschall Model (à la tête du Heeresgruppe B) d’en modifier certains
aspects. Le duo se rend au QG de Hitler à Rastenburg afin de faire entendre raison au

SUCCÈS IMPOSSIBLE
Führer – qui étonnement accepte certaines remises en question. Pour remplacer un
barrage d’artillerie (qui mettra l’ennemi en alerte), le Prussien propose l’utilisation de

DANS LES ARDENNES


groupes d’assaut qui pourront se faufiler la veille et désorganiser les lignes américaines.
Vu sur [Link]

1. La division Manteuffel en Tunisie est composée de plusieurs troupes d'origines


Vient bientôt le nouveau rêve du maître du III. Reich : diverses, allant des Italiens aux Fallschirmjäger allemands. Il en reste que le
théâtre nord-africain est définitivement perdu pour la Wehrmacht et que même ses
bousculer les Alliés en lançant une énorme offensive sursauts ne parviendront pas à le sauver. Bundesarchiv Bild_101I-788-0006A-04
dans les Ardennes en décembre 1944. Le but est le
2. Manteuffel sur le front de l'est en train de donner ses ordres par téléphone. Prompt
port d’Anvers dont la capture permettrait de couper en à réagir, Manteuffel est apprécié de ses hommes car il a tendance à être très prudent
deux le dispositif allié, mais surtout marquer un grand sur certaines offensives, tout en planifiant méticuleusement les assauts. NAC
coup et pourquoi pas espérer un armistice. 3. Le repli des unités allemandes en Russie est parsemé d'embûches : en plus
Manteuffel lui-même fait partie du dispositif à côté de des partisans, les Allemands doivent compter sur la boue omniprésente... qui se
rappelera au bon souvenir de Manteuffel en Lorraine quelques mois plus tard !
personnalités plus contrastées, comme Sepp Dietrich,
nazi convaincu et qui doit son avancement à sa fidélité, et 4. Le Sturmgeschütz, d'abord prévu comme engin d'accompagnement d'infanterie, va en fait
bientôt se muer en redoutable chasseur de chars mais aussi en « ersatz » de char d'assaut.
non à son éducation comme Manteuffel. Le plan original

103
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE

 Passé le choc initial, la


bataille des Ardennes va
tourner au carnage pour
une Wehrmacht épuisée et
aux abois. Même le talent
d'un Manteuffel ne peut
résoudre une situation si
catastrophique avec une
armée de moins en moins
entraînée et surtout des
pénuries en cascade.

 La place du carré à
Bastogne , grouillant de
civils en fuite et de soldats
américains. La Jeep de
gauche a bénéficié d'un
pare-brise surblindé,
montage très certainement
réalisé par l'équipage.
Vu sur [Link]

RETOUR À L’EST
La progression en deux colonnes est aussi abandonnée
au profit d’un front très large ; le XXXXVII. Panzerkorps
a pour mission de traverser l’Our puis de s’emparer du
carrefour de Bastogne tandis que le LVIII. Panzerkorps À l’est, les Soviétiques progressent toujours aussi vite, bousculant les maigres
devra se charger de l’établissement d’une tête de pont tentatives allemandes de tenir la ligne défensive. La 3. Panzerarmee, à la tête
sur la Meuse près de Namur. Quand ces objectifs seront de laquelle Hitler place Manteuffel le 10 mars 1945, parvient à se stabiliser le
atteints, la progression pourra se faire plus aisément. Les long de l’Oder… pour recevoir l’ordre d’attaquer. Impossible pour le Prussien
Allemands n’ont pas droit à l’erreur car ils ne disposent qui n’a déjà pas assez de matériel pour la défensive. Une attaque soviétique le
que de peu de renforts – la Panzer-Lehr-Division et la 14 mars est repoussée de justesse, mais Hitler décide de retirer des moyens
Führer-Begleit-Brigade – et deux divisions pour couvrir à Manteuffel pour équiper la 9. Armee près de Küstrin. Deux jours plus tard,
le flanc gauche du Prussien. Manteuffel tire un rapport catastrophique : après les attaques soviétiques, ses
À partir du 5 décembre, les Allemands débutent leurs unités sont réduites à quelques hommes et certaines n’existent que sur le papier.
préparatifs. L’attaque en elle-même démarre le 16 avec Il fait évacuer la tête de pont de l’Oder le 20 mars puis fait sauter les ponts…
un barrage d’artillerie qui surprend les unités américaines. Manteuffel laisse 58 000 hommes sur le terrain. Devant la puissance et le nombre
Les premières heures sont sous le sceau du succès des Soviétiques, le Prussien ne peut rien faire et doit subir une nouvelle attaque
puisque Saint-Vith est bientôt atteint tandis que les en règle un mois plus tard. Les faibles lignes de défense sont anéanties en un
Américains y laissent des hommes, encerclés. Le secteur rien de temps par l’artillerie et l’aviation soviétiques, tandis que les fantassins
de Clervaux est le seul à résister vraiment ; même si les parviennent à capturer une tête de pont à Wilhelmshöhe. Faisant feu de tout
Américains replient, ils le font en infligeant de lourdes bois, Manteuffel jette ses maigres réserves dans la bataille et une vingtaine de
pertes aux assaillants. Au 18 décembre, Manteuffel contre-attaques permettent de réduire drastiquement la taille de la tête de pont. Les
dresse un bilan mitigé, puisque Saint-Vith est toujours jours suivants, des contre-attaques vont se succéder mais toutes vont échouer.
entre les mains des Américains qui se ressaisissent au
nord du Luxembourg, à Clervaux. Il faudra attendre
encore trois jours pour que Saint-Vith ne tombe, faisant
disparaître l’effet de surprise escompté par Manteuffel.
Pis, ses unités commencent à manquer de munitions
et de carburant, l’obligeant encore à repousser sa pro-
gression vers Bastogne… Le 22 décembre, les unités de
Manteuffel se heurtent aux troupes américaines main-
tenant prévenues et bien préparées. Même si Bastogne
est encerclée, elle est loin de tomber, et la Meuse, bien
qu’à portée de main des Allemands, est bien protégée
par la 2nd Armored Division… L’enchaînement d’échecs
pousse les commandants allemands à se mettre sur
la défensive après Noël ; ces derniers voient, horri-
fiés, la 4th AD de Patton remontant de Lorraine les
contre-attaquer de plein fouet. Au début du mois de
janvier, les Alliés contre-attaquent depuis Hotton, for-
çant Manteuffel à se replier derrière sa ligne de départ.
Pour ses actions dans les Ardennes, Manteuffel va alors
recevoir les diamants.

104
ANNEXE 2 HASSO ECCARD
VON MANTEUFFEL
 Les membres du
Volkssturm sont largement
mis à contribution sur le
front de l'est pour tenter
d'endiguer la marée
soviétique. Mais le niveau
de pugnacité de ces
troupes est au plus bas,
vétérans du premier conflit
mondial côtoyant jeunes
adolescents (quand ils
n'ont pas été enrôlés dans
des unités combattantes).
Au premier coup de feu,
la plupart de ces unités se
débanderont, emmenant
avec eux la ligne de front.
Bundesarchiv Bild 183-H28335

 Un char JS-2 soviétique


parade à Berlin avec des
T-34/85 en arrière-plan.
Vu sur [Link]

Sa pièce de 122 mm lui


permet de neutraliser la
plupart des chars alors Jusqu’au 26 avril, Manteuffel va tenter de sauver ce Manteuffel est rattrapé par les affaires judiciaires en
alignés par la Wehrmacht qui peut l’être mais devant l’ampleur du désastre, il 1959 lors qu’il est jugé à Düsseldorf pour avoir fait
tandis que ses obus
explosifs ont la puissance abandonne. Son seul objectif est de parvenir à ramener fusiller un de ses hommes pour lâcheté en janvier 1944.
suffisante pour détruire vers les lignes anglo-saxonnes le plus possible de ses Il est condamné à 18 mois de prison mais cette décision
les positions défensives
adverses. En bref, ce char hommes ; lui-même se rend aux Britanniques le 3 mai fait un tollé et l’homme est libéré sur l’intervention du
est l'un des plus efficaces 1945. Prisonnier, il va accepter de travailler avec les président ouest-allemand. Ses dernières années vont
de l'Armée rouge, qui peut
en aligner des centaines. historiens britanniques et américains afin de revenir être réservées à l’écriture d’un historique de la 7. Panzer-
Là encore Manteuffel ne sur la bataille des Ardennes, puis se lance dans la Division ainsi qu’à plusieurs autres ouvrages traitant du
fera aucun miracle avec
du matériel trop rare et vie politique en 1953 avec son élection en tant que second conflit mondial. Hasso Eccard von Manteuffel
surtout des fantassins député portant les couleurs du Freie Demokratische s’éteint le 24 septembre 1978 à Reith, en Autriche,
démoralisés. RIA-Novosti
Partei (FDP), d’alignement libéral-démocrate. puis est inhumé en Bavière, à Diessen-am-Ammersee. 

105
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE

 Manteuffel discutant tactique avec


un soldat roumain. Si ces troupes
ne sont pas mauvaises, c'est surtout
le matériel qui leur manque, et
l'encadrement qui va très vite basculer
dans le camp soviétique. NAC

 Manteuffel a eu le temps de se
coordonner avec ses homologues
roumains tout au long de son séjour
à l'est. Certaines unités de Budapest
sont ont combattu au côté des troupes
allemandes, parfois vaillamment,
gagnant le respect des officiers du
III. Reich. La chute de Budapest est
cependant inéluctable face aux troupes
soviétiques qui avancent inexorablement.

 La relative simplicité
Vu sur [Link]

d'utilisation du
Panzerschreck en fait
une arme utilisable par
toutes les personnes en
âge de porter une arme,
notamment les membres
du Volkssturm ; ces
derniers sont cependant
bien plus armés d'armes
du début du XXe siècle
et de rares Panzerfaust
que des Panzerschreck,
qui demeurent l'apanage
des troupes « de métier ».
Jusqu'au dernier jour
des combats, ces armes
feront des victimes
parmi les tankistes
alliés. Bundesarchiv
Bild 146-1985-092-29

 Même renommées
en Panzergrenadier-
Divisionen, certaines
unités en 1944-45 n'ont
plus le matériel qui doit
théoriquement composer
avec cette dénomination.
Les Sd. Kfz. 251, quand
ils ne manquent pas, n'ont
pas assez de carburant,
certains devant même
subir une transformation
en véhicules gazogènes.

 Ces Panzergrenadier
ont encore le sourire pour
le photographe, mais
ces troupes vont être
taillées en pièces par les
Soviétiques. De plus en
plus jeunes et de moins
en moins entraînés, les
fantassins allemands
n'ont plus la possibilité de
s'opposer sérieusement,
au début de l'année 1945,
à leurs adversaires. NAC

106
ANNEXE 2 HASSO ECCARD
VON MANTEUFFEL
Vu sur [Link]

 Port altier, visage taillé à la serpe, svelte et issu d'une


famille noble : Hasso von Manteuffel a tout du cliché de
l'officier prussien. Bundesarchiv Bild 146-1976-143-21

107
ANNEXE 3
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE

1
Vu sur [Link]

LA LIGNE SIEGFRIED
UNE MURAILLE PLEINE DE TROUS
Arme de propagande par excellence pour le Reich, ligne de protection pour ses territoires, la Ligne Siegfried
- ou Westwall en langue de Goethe - est édifiée à partir des années 1930 pour faire face à une possible
invasion franco-britannique. Ce Limes, terme choisi par Hitler pour camoufler la construction en recherches
archéologiques (le terme représentant la frontière de l'Empire romain d'Occident), tombera en désuétude à
partir de 1940 et, désossé au profit du mur de l'Atlantique, ne sera qu'une coquille vide quatre ans plus tard...

108
ANNEXE 3 LA LIGNE
SIEGFRIED
2 3

4 1. Le Westwall en lui-même se compose


principalement d'obstacles anti-char (les dents
de dragon et un fossé) ainsi que des réseaux
de barbelés contre l'infanterie. Son but n'est
pas d'arrêter une attaque mais de la ralentir,
au moyen notamment de ces obstacles et de
petits bunkers. Toutes photos éditions Caraktère

2. Qui pourrait deviner de loin que cette ferme


allemande typique est en fait un trompe-l'oeil
Vu sur [Link]

renfermant des pièces d'artillerie ? Il faut


camoufler la construction de cette ligne
aux alliés, d'où la réalisation de ces faux
bâtiments tout le long de la fortification.

3. Une Panzerturm (cloche cuirassée)


située sur un bunker parsemant le Westwall.
Ses créneaux peuvent être armés d'une
mitrailleuse, d'un fusil ou même d'un
lance-flammes dans certains cas.

4. La construction de la ligne devant se


faire dans la discrétion, de mystérieuses
granges sont apparues très vite le long du
futur Westwall au début des années 1930...
Une Panzerturm est ici visible en arrière-plan.

5. Les fameuses dents de dragon qui


sont rentrées dans l'imaginaire collectif
comme symbole même du Westwall.
Le franchissement ne peut se faire que via
des coupures dans ce réseau, coupures qui
ne seront presque plus défendues en 1944....

109
PATTON
L'OCCASION MANQUÉE

LORRAINE
DE

 Ultime résistance dans un village de l'est de la Lorraine :


une barricade sommaire faite de troncs d'arbres et de pavés
est renversée sans grande difficulté par un TD M10. Non
défendues, ces barricades n'ont aucune utilité et ne servent
qu'à freiner quelques heures les troupes américaines.
Vu sur [Link]

CONCLUSION
UN COUP D'ARRÊT INATTENDU...
Après avoir fait sauter le verrou de Metz, le général Walker a maintenant les mains libres pour reprendre
sa progression vers la Sarre, en tandem avec le XII Corps. La campagne de Lorraine touche à sa fin, les
Américains atteignant les frontières du III. Reich. Pour eux, cependant, il n’y a pas eu de campagne de
Lorraine, mais, en langue originale, la « Rhineland campaign »…

110
CONCLUSION
PAR LA FORCE DES CHOSES…
L’automne 1944 a mal débuté pour la Third Army de
Patton : le cocktail de pénurie et de défenseurs alle-
mands sous-estimés a été un coup d’arrêt pour son
armée. Jamais l’état-major américain n’aurait imaginé
que les Allemands installent une ligne de défense sur la
Moselle ; surtout, pour Patton, les Allemands allaient se
replier jusqu’au Westwall, qui offre une ligne de défense
toute prête (alors qu’en réalité, la fortification n’est
plus que l’ombre d’elle même). Sauf que la Lorraine se
trouvait être, pour les Allemands, le dernier territoire
avant le Reich à défendre – et qui plus est, la Moselle
est considérée comme appartenant pleinement à l’Alle-
magne nazie. Les XX, XII et XV Corps ont eu à affronter
des unités de qualités diverses, entre les bataillons de
convalescents ou de « bleus » inefficaces et d’autres
formations plus aguerries. Les Allemands ont compris
que leur seule solution pour freiner les chars de Patton
est d’utiliser à bon escient les obstacles du terrain ; or,
une fois la Moselle passée, c’est une grande plaine qui
s’offre à Patton.
Si Nancy est située trop au sud du dispositif allemand,
Metz et Thionville sont des positions optimales pour
Vu sur [Link]

mettre en place une défense le long de la Moselle.


Au contraire de la capitale des ducs de Lorraine, les
deux cités sont fortifiées – même si certains ouvrages
datent du XVIIe siècle – et permettent de s’appuyer
sur le fleuve qui les traverse. C’est cette disposition  George S. Patton (au fond), flanqué de son fidèle Eddy à la tête du XII Corps,
observe les positions allemandes au début de la campagne de Lorraine. Ce simple
qui va grandement nuire à l’efficacité des troupes trajet vers l'Allemagne s'est transformé en bourbier, dans tous les sens du terme,
de la Third Army : les têtes de pont sont chèrement pour la Third Army, et ce au grand désespoir du fougueux Californien !
payées dans le secteur du XX Corps, mais dès qu’elles  Les blindés des vaincus font la joie des vainqueurs. Ce Panzer IV a semble-t-il été abandonné
sont sécurisées, les Allemands sont incapables d’ar- par un équipage trop peu expérimenté ; maintenant, il est entre les mains des GIs qui vont le
ramener vers l'arrière pour comprendre sa mécanique et son mode de fonctionnement.
rêter les troupes américaines dans leur progression.

111
Vu sur [Link]

LORRAINE 1944 DE
PATTON
L'OCCASION MANQUÉE

Les deux photos de cette page


La fin des combats en Lorraine ne signifie pas pour autant la fin des morts et des blessés pour
les troupes américaines. Dans leur repli, les troupes allemandes ont disséminé plusieurs dizaines
de milliers de mines (antipersonnelles et antichar) qui vont prélever encore leur tribut macabre
Il est vrai qu’il ne faut pas négliger l’apport de l’avia- dans les populations après la guerre. Ici, dans le village de Bining près de Sarreguemines, un
tion et de l’artillerie américaine, qui sauvent certaines half-track en a fait les frais, tout comme le Stuart qui a été neutralisé. Il ne reste plus qu'à signaler
la position des mines n'ayant pas encore explosé et de laisser faire les équipes de déminage...
unités dans des occasions bien particulières. L’impact
est aussi moral : l’apparition des Jabos démoralise les
soldats allemands, et ce depuis la Normandie, tandis
que l’artillerie américaine, de par sa précision, émousse
la plupart des offensives allemandes.

… ET POURTANT !
Enfin, la Wehrmacht s’est certes arrêtée sur la Moselle,
mais l’intendance ne suit pas ; la plupart des unités n’ont
plus aucun véhicule, tandis que les Panzer-Divisionen
sont loin d’afficher le même potentiel que quatre mois
plus tôt. Le haut commandement est désorganisé mais
tente de faire de son mieux, malgré les inepties tactiques
du Führer ; alors qu’à Berlin on déplace des unités sur
le papier, la réalité est toute autre puisque quasiment
aucune n’est complète pour sa dotation de matériel.
C’est après-guerre, et notamment grâce au travail de
Hugh M. Cole, que la « campagne de Lorraine » a été
considérée distinctement de la « marche au Rhin ».
Les combats en eux-mêmes ne concerneront d’ailleurs
pas que cette région puisque l’aile gauche du XX Corps

112
CONCLUSION
va se porter dès septembre 1944 au Grand Duché du
Luxembourg ; l’offensive des Ardennes va contribuer à
faire oublier cette campagne qui pourtant a coûté cher
à l’US Army. Cette dernière va perdre 55 182 hommes
entre le 1er septembre et le 19 décembre 1944, dont
6 657 tués ; les pertes allemandes, de l’autre côté, sont
hélas difficilement mesurables à cause du délabrement
des lignes de communication et de la perte de certaines
archives. Impossible de mesurer aussi les pertes civiles,
car même si les populations ont quitté les zones de
combat dès qu’elles l’ont pu, d’autres individus atta-
chés à leur terre ont décidé de rester coûte que coûte.
La faible précision des bombardements américains sur
Metz ou la région de Thionville ont prélevé leur lot de
victimes civiles, tout comme les combats pour des
hameaux ou quelques villages dans l’est de la Moselle.
Impossible pourtant de nier que cette campagne a été
un choc pour Patton et les troupes américaines, qui ne
s’attendaient pas à trouver une résistance si vive à cet
endroit, mais qui ont activement été secondées par les
groupes de résistants locaux, FFI et FTP.
De nos jours, la Lorraine est redevenue une région pai-
sible, portant encore les stigmates des combats ayant
jalonné son Histoire. Les ouvrages autour de Metz et
ceux de la ligne Maginot sont pour encore beaucoup des
Vu sur [Link]

terrains militaires, même si certains comme le fort de


Metz-Queuleu sont maintenant aux mains d’associations
 Les combats retardateurs en forme de baroud d'honneur de la Wehrmacht continuent
qui font vivre la mémoire des hommes qui y sont tom- d'infliger des pertes, comme cette ambulance américaine qui semble avoir brûlé.
bés. Des monuments ont aussi été érigés, notamment à Un camion tractant un obusier de 105 mm passe à côté en montant vers le front.
Dornot, Metz, Thionville ou encore Cattenom, et chaque  Le cimetière américain de Saint-Avold regroupe la plupart des GIs tombés lors de la
année des vétérans viennent des États-Unis retrouver campagne de Lorraine. Les 10 489 soldats tués reposent sur un espace de 45 hectares, faisant
de cet endroit le plus grand cimetière militaire américain d'Europe. CC BY-SA 4.0 Notabene
les endroits où ils ont combattu. Le plus impressionnant
se trouve à Saint-Avold : le cimetière américain, avec

SOURCES
ses 10 489 stèles blanches, permet de ne pas oublier
ceux qui ont souffert dans la boue, la neige et la pluie
de ces mois d’automne 1944. 
Cole (H.), The Lorraine Campaign, Whitman Publishing Edition, 2012
Caboz (R.), La bataille de Metz, Pierron, Sarreguemines, 1984

L’auteur tient à remercier particulièrement l’associa-  Caboz (R.), La bataille de Thionville, Pierron, Sarreguemines, 1991

tion Moselle River 1944 et son président, M. Pascal  Caboz (R.), La bataille de la Moselle, Pierron, Sarreguemines, 1981
Moretti, pour l’aide apportée dans la recherche ico-  Petitdemange (F.), Genet (J-F.), Nos Libérateurs, Éditions de l’est, Nancy, 2004
nographique et le travail de mémoire.  Zaloga (S.), Lorraine 1944, éditions Osprey, 2000

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