Batailles Et Blindes HS40
Batailles Et Blindes HS40
com
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SOMMAIRE
INTRODUCTION P.4
PREMIÈRE PARTIE LE
XII CORPS P.10
DEUXIÈME PARTIE LE
XX CORPS P.44
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CHAPITRE 1 - VERS L'EST METZ ET LA MOSELLE P.44 CHAPITRE 4 - CAPTURER THIONVILLE... P.58
CHAPITRE 2 - AVANCER À TOUT PRIX P.50 CHAPITRE 5 - METZ ENCERCLÉE ! P.66
CHAPITRE 3 - SECTEUR DE METZ P.54
TROISIÈME PARTIE LE
XV CORPS P.76
ANNEXE 1 PATTON
LE « MAGNIFIQUE »
P.82
CONCLUSION P.110
PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
LORRAINE
DE
INTRODUCTION
« La campagne de Lorraine a-t-elle été une victoire ? Entre les mois de septembre et novembre (1944,
NDLR), la Third Army revendique la neutralisation de 180 000 soldats ennemis. Mais pour capturer la
Lorraine, pour faire un bond d’une centaine de kilomètres, la Third Army a eu besoin de trois mois et a
perdu 50 000 hommes, ce qui représente environ un tiers des pertes qu’elle a endurées tout au long de
la guerre en Europe [1]. » La réponse à cette question posée par Carlo d’Este, un des plus grands historiens
de l’US Army, en 1995 est complexe… car cette campagne menée par Patton l’est tout autant. La Lorraine
– plus particulièrement la Moselle et la région de Metz - est en fait la première ligne « d’arrêt » pour la
Wehrmacht. Territoire annexé au III. Reich depuis 1940, la Moselle n’est de facto plus, pour Berlin, un
territoire étranger mais bien une partie de l’Allemagne. De plus, y établir une ligne de défense permet de
gagner du temps : le Westwall [2], une ligne de fortifications allemandes s’étendant sur 630 kilomètres
entre la frontière des Pays-Bas est la frontière suisse, doit « recevoir » les divisions à Balkenkreuz en
retraite depuis la Normandie… et ainsi arrêter l’avance des Alliés occidentaux. C’est une course contre la
montre qui s’engage et qui va se dérouler dans des conditions météorologiques catastrophiques.
4
INTRODUCTION
VERS LE CŒUR DU REICH !
Du côté allié, la Third Army du fougueux (mais contro-
versé) général George S. Patton semble impossible à
arrêter. Au début du mois de septembre 1944, sa for-
mation a déjà atteint la Lorraine en formant un véritable
fer de lance ; au sud progressent à grande vitesse les
troupes franco-américaines ayant débarqué en Provence
lors de l’opération « Dragoon » du mois d’août 1944.
Comme ces deux unités n’ont pas encore effectué
leur jonction, Hitler y voit l’occasion de réaliser une
grande bataille d’encerclement en mobilisant de nom-
breux Panzer en Lorraine : frapper la Third Army sur son
flanc revient au très ambitieux General der Panzertruppe
Hasso von Manteuffel et sa 5. Panzerarmee. En pointe
du dispositif de Patton se trouvent les XII et XX Corps
américains, dont certaines divisions n’ont pas encore
totalement récupéré des dégâts subis depuis leur arrivée
en Normandie : les 90th et la 35th Infantry Division
manquent de personnels, tandis que la 4th Armored
Division, elle, a vu ses troupes subir de lourdes attaques
durant les mois de juillet et d’août. Ce n’est pas tant le
besoin de renforts qui inquiète Patton au début du mois Plus les Américains talonnent les Allemands, plus ces derniers oublient de faire sauter
les ponts qu'ils laissent derrière eux. Un mitrailleur ici pose pour le photographe sur
de septembre mais la baisse drastique des approvision- un pont alors que les hommes en arrière-plan ne semblent pas très menacés...
nements en carburant pour ses éléments motorisés.
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5
LORRAINE 1944
LA LORRAINE, À NOUVEAU
DE
PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
6
INTRODUCTION
l’OB West. Apprécié de ses subordonnés, bien introduit
à Berlin, von Rundstedt est aussi connu pour être un
bon tacticien ; depuis le 1er septembre, l’homme et son
chef d’état-major (le Generalleutnant Siegfried Westphal,
détaché de Kesselring) sont « briefés » sur la situation
par l’OKW et par Hitler. Ce dernier semble à nouveau
ne pas saisir la mesure du désastre à venir à l’Ouest,
car selon lui, les forces alliées devront bientôt s’arrêter
par manque de ravitaillement. Il n’y aurait plus qu’à
détruire les « fers de lance » par des contre-attaques…
aux alentours de Reims. Enfin, pour Hitler, le Westwall
est imprenable ; c’est surestimer l’état de ces fortifica-
tions, dont la plupart ont été « cannibalisées » au profit
du mur de l’Atlantique. Rundstedt ne reçoit qu’un seul
ordre : arrêter la progression alliée à l’Ouest.
Le nouveau chef de l’OB West hérite d’une situa-
tion catastrophique. La Ruhr est bien sûr menacée,
mais le maintien en réserve des unités parachutistes
alliées l’inquiète : et si les Américains menaient une
nouvelle opération aéroportée derrière le Westwall ?
Enfin, la fameuse contre-attaque du 12 septembre
risque d’être avortée compte-tenu du peu de troupes
disponibles. Cette dernière doit s’élancer sur trois axes
vers Reims : de Chaumont, de Nancy, et de Pont-à-
Mousson. La réussite de l’attaque empêchera à court
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7
LORRAINE 1944
La Luftwaffe fait elle aussi pâle figure : seuls
110 chasseurs-bombardiers du Jagdkorps II
DE
PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
LA VEILLÉE D’ARME
dispose de deux ceintures fortifiées, la pre-
mière datant d’avant la guerre de 1870 et
la seconde datant de l’annexion allemande
jusqu’en 1918. À ces ouvrages modernisés Le 7 septembre, von Rundstedt rédige son
s’ajoutent trois autres groupes fortifiés plus premier rapport sur la situation à l’Ouest, et
au nord, autour de Thionville, tous construits le tableau n’est pas différent de celui peint
par l’occupant allemand à partir de la fin du par Model quelques jours auparavant. Aix- du General der Infanterie Friedrich Wiese
XIXe siècle : la Feste Illingen (Illange), la Feste la-Chapelle (Aachen) est la plus exposée (autour de Langres), et plus au sud, entre les
Obergentringen (Guentrange, sur le massif au selon lui, et les renforts qui y sont envoyés Vosges et la Suisse, c’est le Generaloberst
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nord de Thionville) et la Feste Königsmachern ne sont pas suffisants. Mais Hitler ne bouge Johannes Blaskowitz qui commande un front
(Kœnigsmacker). Ces trois ouvrages armés pas d’un iota et ordonne toujours le lance- très décousu.
de quatre pièces de 100 mm (sauf pour le ment de l’attaque du 12 septembre. Face à Ce dernier est un personnage très particulier
second, armé de huit pièces de 105 mm) sont Patton se trouvent la 1. Armee du General qui dénote dans l’aréopage des généraux du
placées stratégiquement et peuvent battre der Infanterie Kurt von der Chevallerie (bientôt III. Reich. Né en Prusse, Blaskowitz a fait toute
efficacement les abords de la Moselle [5], remplacé par le General der Panzertruppen sa carrière dans l’armée et n’est pas un nazi
empêchant un hypothétique assaillant venu Otto von Knobelsdorff) ainsi que la 19. Armee convaincu ; pour lui, l’armée se doit d’être
neutre politiquement. Il est un des seuls géné-
SITUATION SUR LA MOSELLE, 6 SEPTEMBRE 1944 raux allemands à se plaindre des crimes de
guerre des SS lors de la campagne de Pologne,
et se fait relever de son commandement par
XX Hitler. En froid avec l’OKW, Blaskowitz est
LX XX ALLEMAGNE alors nommé chef de la 1. Armee, char-
X XII X
X LUX. gée de l’occupation en France, jusqu’en
LX 106 1944 ; son amitié avec von Rundstedt va
Longwy XX
lui valoir une protection, mais c’est surtout
Elms 48 Himmler qui va être son plus grand ennemi.
Thionville XX Blaskowitz n’hésite pas à contester un ordre
XX 26 VG du Reichsführer-SS le 3 septembre 1944 :
Briey Elms 559 VG ce dernier lui ordonnait d’établir une ligne de
XX défense derrière le front dans le secteur de
Nancy à Belfort, que ce Blaskowitz refuse. En
LXXXII
XX Corps No 462
réalité, l’homme est un organisateur hors-pair
Arnaville METZ XXX Sarreguemines et un commandant fiable, ce qui lui vaut le
z
XX
XX
XLVII P soutien de von Rundstedt mais une certaine
17 SS acrimonie de la part de l’OKW.
3 Au 1er septembre, entre Thionville et Nancy,
Pont-à-Mousson
XX Ligne de front la 1. Armee dispose de l’équivalent de trois
divisions et demi ; la 17. SS-Panzergrenadier-
XII Corps 15 (-) Avancées américaines Division « Götz von Berlichingen » est quant
XX
Westwall à elle en réserve à Metz, où elle a rencontré
553 VG à l’ouest des reconnaissances américaines.
NANCY Cependant, des divisions nouvellement for-
Toul
mées, les Volksgrenadier-Divisionen, sont
B en route : la 559. Volksgrenadier-Division
X
Bayon XXXX se trouve à l’est de Metz, tandis que la
G
FRANCE [4] Metz est une des villes ayant été les plus
fortifiées au monde au cours de son histoire.
Charmes
Neufchâteau [5] Fleuve impétueux au fort courant, la Moselle est
souvent en crue lors de l’automne et l’hiver. Les ouvrages
fortifiés perturbent encore plus une possible traversée.
8
INTRODUCTION
553. Volksgrenadier-Division se dirige vers Nancy et
que la 106. Panzer-Brigade est à la frontière sarroise.
Leur arrivée coïncidence avec l’ordre d’arrêt reçu par les
troupes américaines, qui leur confère un répit bienvenu
servant à terminer leur rassemblement. La 1. Armee, qui
doit protéger les bassins industriels de Longwy et Briey
ainsi que la Sarre, reçoit aussi l’ordre de reprendre le
contact avec la 19. Armee au sud de Nancy. Quelques
jours auparavant, les services administratifs allemands
ont quitté Metz, détruisant leurs archives et se dirigeant
vers l’Allemagne. Du côté allemand, chacun se prépare
à l’offensive du 12, et l’absence d’attaques américaines
confirme le jugement d’Hitler : la pénurie les frappe…
SOURCES
D’Este (C.), Patton : A Genius for War, HarperCollins,
New York, 1995.
9
XII CORPS
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
PREMIÈRE LE
PARTIE
Vu sur [Link]
NANCY
Landser et
Panzergrenadier en
CHAPITRE 1
Lorraine disposent
d'un avantage sur
les Américains : ils
connaissent pour la
plupart parfaitement
le terrain, sur lequel
ils se sont entraînés
les mois précédents.
FHM
10
XII CORPS NANCY
CHAPITRE 1
PREMIÈRE LE
D
PARTIE
11
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
Page de droite,
en bas :
Le général George
S. Patton vient d'arriver
à bord de son véhicule
dans un village français
où se trouve son poste
de commandement.
Le cavalier va
toujours chercher à
se rapprocher le plus
possible de la ligne de
front. Patton Museum
L'artillerie est le
point fort de l'US Army.
Le matériel est excellent
et les unités sont bien
dotées, permettant
d'annihiler les positions
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allemandes sous un
déluge de feu juste
avant l'assaut.
12
XII CORPS NANCY
CHAPITRE 1
PREMIÈRE LE
PARTIE
III Millery
CCA/4th
318 Marbache Armoured Division Chambrey Vic-
318th III sur-Seille
X
Inf. Moyenvic
A 4 92 Lw Field
Champenoux
Commercy III
319 Arracourt
M
NANCY XX
Void 553 VG
319th Inf.
Toul Maixe
Dombasle Crévic
Vaucouleurs XX
X
Flavigny 15
B 4
Damelevières
Mont
Colombey-
les-Belles
Lorey
Gerbeviller
Brémoncourt
Punerot
Bayon
Bainville-aux-Miroirs
13
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
DE DIEULOUARD
de repousser les Américains de leurs têtes de pont ; cependant, deux jours plus tard, les
assauts n’auront rien donné de particulier, le commandement allemand donnant l’ordre de
se replier vers Nancy.
Deux régiments de la 35th ID, les 137th IR
et 134th IR, reçoivent l’ordre de traverser la
14
XII CORPS NANCY
CHAPITRE 1
PREMIÈRE LE
PARTIE
Jeep Willys
42nd Cavalry Squadron
XII Corps
Xirocourt, France, 6 septembre 1944
fortifie sur la rive adverse, dans l’attente des renforts les blindés américains ont le champ libre pour soutenir
blindés. Mais cette manœuvre est éventée, et vers minuit leurs camarades du 137th IR depuis leurs positions
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des appareils allemands tentent de bombarder le pont, L'absence de la près de Brémoncourt. Les Engineers ont de leur côté
Luftwaffe dans le
sans succès ; l’artillerie parvient à démolir l’ouvrage ciel lorrain favorise
réussi à installer un pont flottant sur le fleuve à Bayon,
d’art, laissant à nouveau les GIs esseulés sur la rive. les reconnaissances permettant aux autres éléments du CCB et quelques
À nouveau, une contre-attaque allemande annihile le aériennes pour le
compte de l'US Army,
renforts, de rejoindre la tête de pont. Un détachement
2nd Battalion, et seuls quelques éléments parviennent les pilotes s'approchant allemand tente de détruire le pont, mais l’unité est ins-
à revenir sur la rive occidentale à la nage. parfois beaucoup des tantanément encerclée et éliminée méticuleusement par
objectifs à repérer.
Cependant, si un moment de flottement s’observe au Cette photographie de les blindés et l’infanterie américaine. La situation est
134th IR, le 137th IR a eu plus de succès même si début septembre 1944 alors désastreuse dans le secteur pour les défenseurs :
représente le secteur de
la résistance du Panzergrenadier-Regiment 104 est Dieulouard, avec la ville harcelés depuis les airs et incapables d’endiguer le flot
âpre. À la fin de la journée, les hommes de cette unité du même nom en premier de matériel américain, les hommes du Panzergrenadier-
plan. La Moselle se situe
contrôlent un petit territoire sur la rive orientale de la à quelques centaines Regiment 104 se replient au-delà de la Meurthe.
Moselle, et l’artillerie américaine pilonne les défen- de mètres plus loin. Le Le 11 septembre, le général Eddy dispose alors d’une solide
cliché permet d'observer
seurs allemands. Le CCB de la 4th AD est lui aussi la topographie de la tête de pont dans le secteur de Bayon ; son homologue,
parvenu à traverser le fleuve plus au sud, notamment à Lorraine : peu de reliefs, le général Walker à la tête du XX Corps, est lui aussi par-
de grandes plaines...
Bainville-aux-Miroirs puis en passant par Bayon. De là, venu à établir une tête de pont près de Metz, à Arnaville.
15
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
Page de droite,
en haut :
Cliché sûrement le
plus connu du Red Ball
Express, le service de
ravitaillement allié en
France. Au meilleur
de sa forme, le réseau
va convoyer plus de
12 tonnes de denrées
par jour sur une distance
de plusieurs centaines
de kilomètres. Les routes
empruntées par les
convois sont interdites à
la circulation civile et les
conducteurs n'hésitent
Vu sur [Link]
Page de droite,
en bas :
Le Tank Destroyer M10
est un très bon véhicule
antichar avec son canon
de 76,2 mm mais il est
bien souvent employé en
soutien des fantassins
pour museler des bunkers
ou autres positions
défensives allemandes.
L'obusier M114 de
155 mm est une pièce
d'artillerie répandue dans
l'US Army. Sa portée
de presque 15 km en
fait une arme efficace,
à même de neutraliser
les positions allemandes
grâce à la puissance de
sa munition de 155 mm.
Cette arme est encore
utilisée de nos jours par
certaines armées.
16
XII CORPS NANCY
CHAPITRE 1
PREMIÈRE LE
PARTIE
17
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
Vu sur [Link]
LE XII CORPS
EN AVANT TOUTE
Un char Sherman
(certainement un
CHAPITRE 2
CHÂTEAU-SALINS ET NANCY
La première partie de l’opération étant remplie – prendre pied sur la rive « occupée » de la Moselle – les blindés
peuvent foncer vers l’est et entamer leur progression à l’intérieur de la région. Le 13 septembre, avant la percée
du CCA au-delà du fleuve (le lieutenant-colonel Abrams, chef du 37th Tank Battalion, a peu de temps auparavant
pointé la Moselle du doigt en disant « c’est le plus court chemin vers la maison »). Officier distingué pour sa
pugnacité, Abrams décide de ne pas faire dans la demi-mesure : comme les routes sont goudronnées, autant
utiliser la totalité du potentiel de ses blindés. Les rares barrages allemands sont détruits dans la précipitation
et les éléments de tête du CCA se trouvent à seulement quelques kilomètres de Château-Salins à la tombée
de la nuit. C’est une quarantaine de kilomètres que les blindés américains ont parcouru dans la journée, sans
rencontrer de résistance valable : si 12 Américains ont été tués, 354 soldats allemands ont été faits prisonniers
et presque cent véhicules allemands – dont une quinzaine de chars – ont été détruits. Après une pause pour
attendre les éléments du train de la division, la progression du CCA reprend le 14 septembre à midi, et devant le
peu de résistance, les éléments sont invités à pousser jusqu’à Arracourt, à une quinzaine de kilomètres au sud de
Château-Salins, pour y saisir les hauteurs. Les blindés américains seront donc en position pour couper l’arrivée
de renforts allemands depuis l’est, mais aussi pour détruire les unités se repliant depuis Nancy… et faire la liaison
avec le CCB en provenance du sud.
18
XII CORPS LE XII CORPS
CHAPITRE 2
PREMIÈRE LE
PARTIE
EN AVANT TOUTE
Les Panzer-Brigaden en
Lorraine sont des unités
créées quelques semaines
auparavant sur ordre
de Hitler. Sur le papier,
elles sont très efficaces
car elles bénéficient
notamment des nouveaux
matériels comme ces
Panther (camouflés plus
ou moins bien pour tenter
d'échapper aux Jabos
omniprésents) mais en
réalité les équipages
ne sont pas ou peu
formées. De nombreux
tankistes américains
signaleront qu'utiliser des
obus explosifs sur un
Panther - qui n'ont pas la
possibilité d'endommager
le blindage - amène
très vite l'évacuation du
blindé par son équipage...
alors qu'il est bien
supérieur au Sherman !
©ECPAD/France/Scheck
EXPLOITER LA PERCÉE
loin de ses lignes, mais surtout, il sortirait de la zone d’action du
XII Corps. Si le zèle de Clarke est louable, Eddy n’oublie pas que
le rôle du XII Corps est de capturer et de nettoyer Nancy, pas de
Autour d’Arracourt, les avant-gardes américaines rencontrent le pousser si loin en Lorraine… de plus, le même Clarke n’a de cesse
14 septembre des colonnes de la 15. Panzergrenadier-Division, alors de requérir « urgemment » depuis le 13 septembre une intervention
en partance vers Nancy pour y renforcer les défenses. Les Allemands, de l’infanterie de la 80th ID afin de supprimer les dernières poches
peu préparés et pris par surprise, perdent 150 véhicules divers, 10 de résistance allemandes derrière ses lignes.
pièces de 8,8cm et 406 prisonniers… tandis que le CCA, lui, n’en-
registre que deux chars Sherman détruits et dix hommes blessés.
M8 Greyhound
Task Force Sebree
XII Corps
Nancy, 14 septembre 1944
19
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
Américains, mais ces dernières ne sont pas suffi- trois jours plus tard, le Generaloberst Blaskowitz donne l’ordre d’évacuer Nancy
santes et la traversée de la forêt de Haye, à l’ouest en conservant une petite tête de pont à l’ouest de la ville. Du côté américain,
de Nancy, fait craindre à au chef du XII Corps la perte c’est la Task Force Sebree qui va devoir s’occuper de la prise de la capitale.
20
XII CORPS LE XII CORPS
CHAPITRE 2
PREMIÈRE LE
PARTIE
EN AVANT TOUTE
Le StuG. demeure, en
1944, un canon d'assaut
très efficace pour la
TÊTE DE PONT DE DIEULOUARD, 12-16 SEPTEMBRE 1944
Wehrmacht. Son canon
de 75 mm lui permet 16/09 Lesménils
d'apporter un soutien non I II
négligeable à l'infanterie I 319
mais aussi d'engager des 80 Rcn Pont-à-
cibles blindées comme les Mousson 15/09
chars Sherman. Devant
12/09
le manque de chars, Port-sur-Seille
les unités allemandes 15/09
disposeront de beaucoup 16/09
de canons automoteurs II
en Lorraine, comme Nomény
I 318
les StuG. III ou encore
les Jagdpanzer IV. Atton 13/09 Bénicourt
Cependant, suite au peu Blénod-lès-Pont- 13/09
Vers Fresnes-en-Saulnois
de blindage dont ces
engins disposent sur le
à-Mousson
II
toit, ils sont des cibles 15/09
de choix détruites très 16/09
vite par les chasseurs- I 318 (+)
bombardiers américains. Loisy
II
Bézaumont I 317 14/09
X
Le Pont Jeandelincourt
de Mons Landremont 15/09
A 4 Serrières 15/09
Dieulouard
Morey Moivron
15/09
Vu sur [Link]
Millery
Dans la nuit du 13 au 14 septembre, les FFI préviennent les détruite par l’artillerie américaine, mais la ville de Nancy est prise,
Américains que la forêt de Haye est en train d’être évacuée. et seuls des éléments isolés allemands s’opposent tant bien que
Le 15 septembre, guidés par trois FFI de Nancy, la Task Force mal à la progression américaine.
Sebree entre dans la ville par la route de Toul et un bataillon du
314th IR traverse la ville d’ouest en est sans rencontrer de résis-
21
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
Jagdpanzer IV/L70
Unité inconnue
Wehrmacht
Secteur de Nancy, septembre 1944
22
XII CORPS LE XII CORPS
CHAPITRE 2
PREMIÈRE LE
PARTIE
EN AVANT TOUTE
blitz cette fois ». Rien de très contraignant cependant
puisque Wood donne l’ordre au CCB, alors à Delme,
de pousser vers Sarrebruck ; le CCA reçoit l’ordre de
partir de la zone d’Arracourt pour remonter vers le nord
près de Morhange et Sarreguemines. Cependant, le 18
septembre, le XLVII. Panzer-Korps du général Lüttwitz
se lance à l’assaut au sud-est de Lunéville, défendue
par le CCR de la 4th AD, et dispose notamment de la
nouvelle Panzer-Brigade 111 et de la 21. Panzer-Division.
À l’opposé, au nord-est, ce sont la Panzer-Brigade 113
et la 15. Panzergrenadier-Division qui attaquent la ville.
Si dans les premières heures de l’assaut les Allemands
parviennent à recapturer Lunéville, des renforts du
CCA et du CCB de la 4th AD interviennent rapidement
et repoussent les assaillants dans la soirée. Devant le
faible niveau de menace, Wood et Eddy décident de
conserver leur plan original… mais, autour d’Arracourt, l’artillerie et un peloton de Tank Destroyers. De l’autre
Le Sherman américain
de plus en plus de rapports alarmants parviennent au dispose d'un canon de côté, les Allemands ne parviennent pas à reprendre
QG. Les avant-postes du CCA près du village de Lezey, 75 mm plutôt tourné l’avantage en Lorraine, et les pertes grimpent en flèche.
vers la neutralisation
au nord-est d’Arracourt, signalent des bruits de véhicules de l'infanterie et des Pour arrêter les Américains, Blaskowitz propose à Hitler
se dirigeant vers eux. véhicules peu blindés de lancer une contre-attaque d’Épinal vers le nord-est
adverses. Face à ses
Le colonel Clarke, à la tête du CCA, dispose ses troupes homologues allemands, afin de « raboter » le front allié et isoler la 4th AD dans
de Chambrey (au sud de Château-Salins) jusqu’au ce cheval de bataille de le secteur d’Arracourt. L’avantage de cette offensive
l'US Army a plus de mal
canal de la Marne au Rhin, mais le peu d’effectifs l’in- à percer leur blindage, est principalement qu’elle permettrait de conserver une
quiète : il n’a que quatre compagnies blindées (deux d'où l'adoption sur les liaison entre les 1. et 19. Armee puis de récupérer
Vu sur [Link]
NANCY 553 VG
Void II
Toul Maixe
3 319
XX
Dombasle Crévic Elms 15
Pont St. Vincent St. Nicolas- CCB
III du-Pont Luneville Croismare
Vaucouleurs III
III 137
Flavigny 320(-)
CCB 134 Damelevières II
III Mont 42
13/09
XX 137
Colombey-
XX 1 13/09
4 les-Belles CCB
CCR 4
Lorey
Gerbeviller
11/09 CCR Brémoncourt
Punerot II
12/09 Bayon 25
11/09 Bainville-aux-Miroirs
1 Tête de pont 35th ID le 11/09
Gripport
2 Tête de pont 80th ID le 13/09
Vers Neufchâteau
23
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
Le Flakpanzer IV
Wirbelwind est une
réponse aux Jabos
alliés : disposant d'un
affût de 4 canons de
2cm, il est en mesure de
délivrer un feu soutenu
et de tenir les appareils
ennemis à distance.
©ECPAD/France/Scheck
Le Panzer IV reste
toujours d'actualité
pendant la campagne
de Lorraine et n'en est
pas moins un adversaire
dangereux pour les
tankistes américains.
©ECPAD/France/Scheck
24
XII CORPS LE XII CORPS
CHAPITRE 2
PREMIÈRE LE
PARTIE
EN AVANT TOUTE
BATAILLE D'ARRACOURT, DU 19 AU 21 SEPTEMBRE 1944
II Juvelize
37(-)
II Donnelay
53(-) Lezey Flott
ag
e de
Xanrey s Salines
Lout Juvrecourt
re N
oir
e
I II Bezange-
la-Petite
191(-) 66
X
Arracourt
113 Ommeray
3C 704
X
II 113
Rechicourt D 37
166 (-) II
II
Moncourt
E
Athienville 191(-)
94 (-) II
I C 24 (-) X
I
E
A 37
111
A 166
E
Routes
BLASKOWITZ ENRAGE
Le commandement allemand est très remonté de n’avoir pu percer les
lignes américaines. Blaskowitz ordonne, le 19 au soir, à Manteuffel
de reprendre l’attaque, quelque soient les pertes endurées. Le 20 sep-
tembre dans l’après-midi, les Américains sont bien décidés à réduire
Des Panther (encore une fois amplement camouflés) se déplacent
à néant le potentiel militaire allemand près d’Arracourt. Le colonel dans un village lorrain, très certainement aux alentours d'Arracourt.
Abrams ordonne à trois compagnies de Sherman du 37th Tank Il n'existe que peu de couverts pour ces blindés, qui sont de toute façon
maniés par des équipages inexpérimentés. ©ECPAD/France/Scheck
Battalion de se porter sur Ley, accompagnées de l’infanterie.
25
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
Vu sur [Link]
droite du LVIII. Panzerkorps d’attaquer le lendemain à Ce Panzer IV a subi une explosion interne de sa réserve de munitions aux
07h00 pour capturer le plateau au sud-est de Juvelize. alentours d'Arracourt, ne laissant aucune chance de survie à son équipage.
Le 21 septembre, le CCA soutenu par l’artillerie et l’avia- Page de droite, au milieu : Bures est un des villages de regroupement pour les Panther de la
tion continue d’attaquer derrières Bures et Coincourt ; Panzer-Brigade 111 juste avant qu'elle n'arrive au contact des Américains. ©ECPAD/France/Scheck
cependant, les Américains ne trouvent aucune résis- Page de droite, en bas : Les P-47 sont les alliés les plus fidèles des
tance viable, à leur grand étonnement. Wood donne divisions blindées américaines ; leur apparition terrifie bien souvent les
tankistes allemands qui n'ont quasiment aucun moyen de les contrer.
donc à la 4th AD l’ordre de prendre un jour de repos
26
XII CORPS LE XII CORPS
CHAPITRE 2
PREMIÈRE LE
PARTIE
EN AVANT TOUTE
27
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
ET GRÉMECEY
sont celles qui ont été les plus dévastatrices. Les équipages ont vite appelé cette
technique celle du « piège à souris » : laisser les Panzer s’engouffrer entre deux
élévations, puis les détruire par surprise sur les côtés.
Avant la bataille d’Arracourt, le général Eddy cherche
à pousser encore plus loin ses positions. Le 22 sep- compliquée, risquant l’encerclement total, et son commandant l’Oberst Löhr
tembre, le CCB se dirige vers la Seille et la traverse à ordonne un repli vers l’ouest de Château-Salins… vite refusé par la 1. Armee,
Han. Armaucourt est attaquée vers 10h15, mais les qui donne l’ordre de continuer les assauts vers la Moselle, ce qui est littérale-
Américains sont repoussés, et c’est seulement dans ment alors impossible à cause de l’état catastrophique de l’unité.
l’après-midi que les GIs y entreront, après avoir détruit Le 20 septembre, le général Patton décide de modifier la frontière entre les XII
plus de 160 véhicules. La forêt de Champenoux et et XV Corps, mais le général Eddy cherche à sécuriser ses lignes de ravitaille-
le bois de Faulx seront eux aussi capturés dans la ment. La voie principale à l’est de Nancy est surplombée par une petite forêt
journée. La 553. VG-D est alors dans une situation à l’ouest de Château-Salins, celle de Grémecey. La forêt est alors occupée,
Sherman M4A3
37th Tank Battalion, B Company
US Army
Ley, 20 septembre 1944
28
XII CORPS LE XII CORPS
CHAPITRE 2
PREMIÈRE LE
PARTIE
EN AVANT TOUTE
Des Landser font le
point dans un village
lorrain autour d'un
Sd. Kfz. 251 camouflé.
Le soldat de face porte
encore une tenue
tropicale adéquate avec
la météo relativement
clémente qui règne (pour
l'instant) en Lorraine.
©ECPAD/France/Scheck
En Lorraine, les
Volksgrenadier se
battent férocement,
même si certains n'ont
eux aussi pas subi un
entraînement aussi
poussé que d'habitude.
Les Volksgrenadier sont
en général de bonnes
troupes pour la défense
d'une position mais
rarement exceptionnelles
pour un assaut. ©ECPAD/
France/Scheck
Vu sur [Link]
29
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
REPARTIR À L'ASSAUT
CHAPITRE 3
30
XII CORPS REPARTIR
CHAPITRE 3
PREMIÈRE LE
PARTIE
À L'ASSAUT
MARLÈNE DIETRICH… ET PAIN FRAIS
Les soldats du XII Corps, en ligne depuis plus d’un mois
en ce début d’octobre, sont éprouvés et ont besoin de
se reposer. Afin de leur remonter le moral, certains sont
envoyés en casernement à Nancy où ils peuvent profiter
de bains chauds, de séances de cinéma et même de
la visite de Marlène Dietrich ou d’autres spectacles.
Le ravitaillement est à nouveau de bonne qualité, per-
mettant aux hommes de toucher du pain frais et du
café – leur permettant d’oublier la consommation de
l’insipide ration K pendant un mois ! De même, les
véhicules ont aussi droit à leur lot de maintenance et
de réparations, certains n’ayant pas été vérifiés depuis
le mois d’août. Les équipages en profitent aussi pour
équiper leurs chars des fameux « duck bills », des exten-
sions de chenilles destinées à donner à leur véhicule
une meilleure tenue de route sur sol boueux. Entre le
1er septembre et la mi-octobre, la Third Army a perdu
63 chars légers et 160 chars moyens et les armes
individuelles manquent dans certaines sections. Seule
la consommation de carburant reste contrôlée : chaque
véhicule en mouvement doit disposer d’une autorisation
de déplacement ; si non, les MP se chargent de punir
Vu sur [Link]
31
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
Loin de l'image
habituellement
retranscrite, Patton est
un officier proche de ses
hommes qui n'hésite
pas à se rendre à leur
contact pour « prendre le
pouls ». Ici, il s'adresse à
des membres d'une unité
d'Engineers, qui jouent
un rôle prépondérant
dans la campagne de
Lorraine en permettant
aux blindés et aux unités
de la Third Army de
franchir les cours d'eau,
dont les ponts ont souvent
été détruits par les unités
allemandes en retraite.
Vu sur [Link]
Du côté du SHAEF, Eisenhower n’a pas oublié son ambition de se Mais le front principal, celui de Montgomery plus au nord, n’est pas
rendre directement à Berlin. Dans un nouveau plan, la Third Army encore prêt pour l’assaut. Patton assure à Bradley qu’il peut démarrer
reçoit l’ordre de se porter vers le nord et d’attaquer depuis Nancy l’attaque dans un créneau de 24 heures, à condition que la météo soit
vers le secteur de Francfort. La date est, début octobre, inconnue ; au beau fixe pour la couverture aérienne. Le XII Corps reçoit la date
et elle le restera jusqu’à la fin du mois puisque Patton est le seul à ne du déclenchement de l’attaque : ce sera le 8 novembre.
pas avoir de date prédéfinie. La Third Army reprendra sa progression
quand la logistique le lui permettra. En fait, le 21 octobre, Bradley
32
XII CORPS REPARTIR
CHAPITRE 3
PREMIÈRE LE
PARTIE
À L'ASSAUT
Les Panzergrenadier
parviennent à infliger de
nombreuses pertes aux
troupes américaines en
établissant des points
fortifiés sur des élévations
au bord des routes.
Mitrailleuse MG42 et
Panzerschreck en main,
ces deux soldats sont
prêts à accueillir les
assaillants. Dans certains
villages, les blindés
américains trop avancés
et sans infanterie seront
ainsi pris à partie.
©ECPAD/France/
Photographe ibnconnu
L’OFFENSIVE DE NOVEMBRE 559. et 361. VG-Divisionen autour de Château-Salins et Moyenvic, mais qui ne
peuvent compter sur des fantassins homogènes ni sur une dotation complète
Le 3 novembre, lors d’une réunion, le général Eddy de blindés. Seule la 11. Panzer-Division est disponible à l’ouest de Saint-Avold,
publie son Field Order No. 10 dans lequel il désigne la rééquipée tant bien que mal après les affrontements de septembre, afin de fournir
ville de Faulquemont comme l’objectif principal pour un éventuel soutien. Là encore, le terrain sur lequel vont s’affronter les belligérants
la 80th ID. La capture de cette localité permettrait a déjà subi les affres de la guerre trente ans plus tôt, lors de la célèbre bataille de
ensuite de faire un bond vers le Rhin et ainsi s’insé- Morhange… où les Français ont subi les mêmes soucis tactiques que les Américains.
rer dans le Reich. Le XII Corps dispose d’une force Si l’endroit est un plateau, la crête de Delme, au nord-est de Château-Salins,
conséquente avec trois divisions d’infanterie (35th, permet de verrouiller la position et d’empêcher une progression en bon ordre,
80th et 26th ID) et deux divisions blindées (4th et tout comme les divers ruisseaux et autres forêts. C’est pourquoi Eddy décide,
6th AD), le tout étant soutenu par 17 bataillons d’ar- pour l’attaque, de laisser libres les commandants d’unités sur le terrain afin qu’ils
tillerie et bien sûr l’aviation. En face se trouvent les puissent improviser et tirer le meilleur profit de leur indépendance temporaire.
33
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
Panzer IV Ausf. G
Panzer-Regiment 15
Secteur de Guébling, novembre 1944
34
XII CORPS REPARTIR
CHAPITRE 3
PREMIÈRE LE
PARTIE
À L'ASSAUT
l’attaque de la 4th AD ; si l’objectif est capturé assez
vite, cette dernière peut pousser jusqu’à Sarre-Union et
la Sarre. Le CCA doit contourner Morhange et attaquer
au nord, tandis que le CCB reçoit l’ordre de capturer
la ville ; les premiers mouvements s’effectuent dès
l’assaut de l’infanterie. Le 10 novembre, Balck engage
ses réserves blindées qui remportent quelques succès
avant de se faire écharper par l’artillerie américaine.
Rodalbe est le théâtre de terribles combats, et le CCA
subit un coup d’arrêt.
La crête de Koecking s’avère être plus difficile à prendre,
notamment parce que le terrain est détrempé et que des
abris du premier conflit mondial sont réutilisés par les
Allemands. Le 12 novembre, le 328th IR commence
sa progression mais doit s’arrêter à cause de l’artillerie
adverse. Sous la neige, les GIs sont obligés de marquer
le pas tout en subissant les tirs des défenseurs. Un offi-
cier du 104th IR raconte après coup : « Nous prenions
plus de coups que les Allemands. Ils jouaient la montre,
tout le temps ; dès que nous tapions un peu fort, ils
se repliaient sur leur ligne de défense arrière. Et nous,
quand on prenait une pause, on se faisait matraquer [1]. »
Mais au contraire des Américains, les défenseurs n’ont
pas de renforts et prennent le risque de se faire contour- George S. Patton dans sa M20 Armored Utility Car aux alentours de Nancy,
en novembre 1944. Son fameux revolver est bien visible tandis qu'il prend place
ner. Occupant une position de plus en plus instable, les
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35
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
LA 35TH ID S’APPROCHE
DE CHÂTEAU-SALINS
Lors de sa progression, la 35th ID tombe face à un
nouveau cours d’eau : l’Osson, qui a vu son débit lar-
gement augmenter suite aux pluies torrentielles. Chars
et fantassins le traversent au sud de Jallaucourt et
progressent vers Château-Salins, faisant plus de 200
prisonniers. Sur le flanc droit, Fresnes est pris tout
comme une position dans la forêt de Château-Salins.
Partout les Allemands s’accrochent, notamment dans
les bois qu’ils connaissent par cœur, taillant en pièces
les groupes d’assaut américains. Heureusement pour
les GIs, la boue s’avère aussi être une alliée fidèle :
les artilleurs allemands utilisant des détonateurs à impact
pour leurs munitions, les pertes sont faibles et les obus se rendre, se replient en plus ou moins bon ordre. Après avoir nettoyé la forêt le
n’explosent souvent pas. Réseaux de barbelés bas, posi- 12, les GIs reprennent leur progression vers Morhange, vers laquelle le CCB est
tions de tirs repérées d’avance, champs de mines et la première unité à s’engager. Cette dernière contourne Morhange par le nord et
abris bétonnés : les Allemands ont transformé chaque doit continuer vers Sarreguemines… sauf que les pluies, à nouveau, contrarient les
étendue boisée en fortification solide. L’intervention plans américains. Eddy décide d’arrêter l’attaque le 15 novembre afin de rediriger
du CCB à partir du 10 novembre parvient à repousser le CCB vers la trouée de Dieuze plus au sud ; cependant, tout n’est pas perdu car
les Allemands, tout comme l’utilisation de napalm par la pression américaine sur Morhange est très forte. Un assaut américain au petit
les P-47 du XIX TAC. Ce n’est que le lendemain que matin du 13 novembre permet de s’approcher de la ville, les Allemands s’accrochant
Vu sur [Link]
la forêt de Château-Salins commence à être capturée notamment à Achain. Des deux côtés, aucun soldat ne souhaite reculer et tous
par les Américains, mais les défenseurs, loin de vouloir se font tuer sur place. Le Sgt Spurrier de la G Company, 2nd Battalion, 134th IR
36
XII CORPS REPARTIR
CHAPITRE 3
PREMIÈRE LE
PARTIE
À L'ASSAUT
Durant leur repli
depuis la Normandie, les
Allemands dynamitent
systématiquement les
ouvrages d'art afin de
ralentir les Américains.
Cette tactique n'est
cependant pas totalement
efficace car la pose d'un
pont Bailey sans menace
ennemie est réalisée en à
peine quelques heures.
Page de gauche,
en haut :
Les Panzer IV côtoient
les Panther au sein
des Panzer-Divisionen
présentes en Lorraine
en 1944. Amplement
camouflés, ils demeurent
des adversaires coriaces
pour les Sherman, mais
ne font pas le poids face
aux TD (notamment
les plus puissants).
Page de gauche,
en bas :
Le 9 novembre, des
véhicules blindés de la
Vu sur [Link]
décide de contourner seul Achain et parvient à neutraliser 25 soldats très vite à poser des ponts permettant d’amener des renforts
allemands avant d’en capturer 22. Le bond de plus d’un kilomètre blindés alors que les Allemands commencent déjà à lancer
pour atteindre le village a cependant coûté 106 tués à son unité… quelques contre-attaques locales : à la fin de la journée, ce ne
La garnison de Morhange, pilonnée par les 155 mm et 240 mm sont pas moins de dix ponts sur la Seille qui sont aux mains des
américains depuis le 11 novembre, se retire afin de ne pas subir plus Américains. Les SS, installés sur la crête de Delme, parviennent
de pertes quatre jours plus tard. La ville peut maintenant être prise, à tenir les Américains à distance et à leur infliger de lourdes pertes.
ouvrant la voie vers la Sarre. C’est à nouveau grâce aux P-47 et à l’artillerie que les GIs réus-
sissent à capturer l’élévation le lendemain ainsi que le village du
même nom ; les Allemands, eux, ont subi de nombreuses pertes,
37
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
Vu sur [Link]
La Nied française, autre cours d’eau situé plus à tentent de traverser le pont de bois sur la Nied, mais
Triste fin pour ce
l’est, devient le siège d’une nouvelle ligne de défense StuG. III qui a terminé sa un reçoit un tir direct qui l’enflamme instantanément,
allemande ; Balck ordonne à ses unités de se replier course dans un arbre. suivis par des fantassins qui parviennent à prendre pied
Ces canons d'assaut sont
lorsque leur situation est intenable, car il ne dispose très souvent victimes sur la rive adverse. Pourtant, la tête de pont est fragile
d’aucune réserve pour les soulager en cas d’encercle- des Jabos qui profitent puisque seuls quatorze GIs et trois chars ont pu tra-
de leur faible blindage de
ment. La Nied française ne pouvant se traverser qu’à toit pour les neutraliser. verser… avec les Allemands qui tentent de neutraliser
Han-sur-Nied, c’est vers ce village que CCB et CCA Dirigés par des équipages le pont de loin. À 17h15, provoquant l’admiration de
peu expérimentés,
se dirigent afin de l’attaquer depuis différentes posi- certains seront même ses hommes, le colonel Hines pourtant blessé traverse
tions. Le 11 novembre, deux têtes de pont sont abandonnés au premier le pont à pied sous une pluie d’éclats avec quelques
coup de feu, alors qu'ils
édifiées sur la Nied ; les Engineers sur les talons ont encore un potentiel soldats, puis fait le chemin inverse… pour aller chercher
des blindés mettent très vite en place des moyens militaire assez élevé. les compagnies B et C du 317th IR.
de franchissement. Le CCB, de son côté, remporte un autre succès aussi
Lorsque les premiers éléments atteignent Han-sur-Nied, important. Sa progression vers la Nied est interrompue
les GIs observent incrédules des dizaines de véhicules lorsque les ponts à Ancerville et Remilly sautent sous
allemands, certains tractant des pièces d’artillerie, les yeux des chefs de chars, mais un Lieutenant des
en train de se replier sur l’autre rive ; une frappe d’artil- Engineers parvient à découvrir un pont submergé par la
lerie est demandée et à la tombée des premiers obus, rivière à Sanry-sur-Nied. Après avoir amené un half-track
c’est la débandade. La panique est telle que les gardes pour s’approcher du pont, le Lieutenant Titterington s’en
allemands s’enfuient sans même faire sauter le pont, échappe puis parvient à couper les câbles des charges
amplement miné ! Les Américains ne perdent pas de de démolition. C’est à ce moment que des éléments
temps et se ruent vers le village, avant d’être arrêtés par du Combat Team 15 interviennent, passent le pont et
des tirs précis provenant d’une colline au nord-est du neutralisent les défenseurs. « L’hémorragie » de troupes
village. Des canons de Flak de 3,7cm clouent au sol les américaines est cependant beaucoup plus importante
GIs et l’intervention en urgence de l’artillerie n’arrange à Han-sur-Nied le 12 novembre puisque les officiers
pas la situation puisque malgré des coups au but, de tentent de faire entrer le plus de monde possible dans
nouveaux servants ne cessent d’arriver. Des Sherman la tête de pont. Si les Allemands résistent par endroits,
38
XII CORPS REPARTIR
CHAPITRE 3
PREMIÈRE LE
PARTIE
À L'ASSAUT
c’est un baroud d’honneur sans suites car les unités en avant de Faulquemont. À la capture du village de
américaines s’infiltrent partout. Mais la progression se Landroff par le CCA, l’état-major du XIII. SS-Armeekorps
réduit : en effet, la météo catastrophique et les renforts panique et ordonne à la 36. VG-D de contre-attaquer
allemands enraient l’avancée américaine, qui a cepen- immédiatement. Malgré son encadrement composé de
dant réussi un objectif : passer la Nied. cadres vétérans du front de l’Est, l’unité fuit dès que son
premier canon d’assaut est mis hors d’état au milieu du
village. Deux autres assauts sont arrêtés tant bien que
LE XIII. SS-ARMEEKORPS
mal par les Américains au milieu de la nuit ; ces der-
niers reçoivent des renforts à la faveur de l’obscurité.
EN MAUVAISE POSTURE
Les GIs changent de tactique pour le dernier assaut
allemand : ils laissent les Volksgrenadier s’approcher
à moins de 300 mètres du village… puis ordonnent aux
La prise de Han-sur-Nied est une mauvaise nouvelle huit bataillons d’artillerie disposées non loin d’effectuer
pour Balck qui voit sa route principale de ravitaillement un barrage sur des positions pré-repérées. Un massacre
menacée. De plus, le XIII. SS-Armeekorps (commandé s’ensuit, et même si certains Allemands parviennent
par le SS-Obergruppenführer Hermann Priess, ancien à atteindre les rues du village, le furieux corps-à-corps
commandant de la 3. SS-Panzer-Division « Totenkopf ») tourne en faveur des Américains. Landroff a saigné
avec un pied sur la rive droite de la Moselle et un autre à blanc les assaillants puisque ces derniers ont perdu
sur la Seille commence à sentir le « vent du boulet », plus d’une centaine d’hommes, alors que les GIs, au petit
puisque le XII Corps est en train de menacer ses flancs. À la mi-novembre matin, dénombrent moins de cent tués et blessés dans
1944, Patton visite le
Balck ordonne aux SS de monter une contre-attaque front du XII Corps dont
leurs rangs.
très rapidement avec notamment l’aide de la 21. Panzer- le chef, Manton S. Eddy, Faulquemont n’est alors pas si loin pour le CCA et la
Division… qui n’a que 19 chars et trois canons d’assaut se trouve à gauche sur la
photographie. L'homme
80th ID : le 16 novembre, l’infanterie atteint les hauteurs
à sa disposition ! sur la droite est le Major au sud de la ville. L’omniprésence de l’artillerie améri-
Le 13 novembre, la 21. Panzer-Division tombe sur le CCB General Horace L. caine et la rapidité de déplacement des GIs démoralise
Vu sur [Link]
McBride, à la tête de la
de la 6th AD près de Sanry. À Berlize, les Allemands 80th ID alors au combat les défenseurs allemands, qui quittent souvent sans
prennent par surprise les Américains qui doivent se dans le secteur de ordres leurs positions défensives ou se rendent dès
Faulquemont. Ce brillant
replier vers Bazoncourt, mais ne parviennent pas à officier remplacera Walker qu’ils aperçoivent le premier Sherman. À cette date,
exploiter leur premier succès. Balck, devant l’état de à la tête du XX Corps en Eddy est satisfait : son aile gauche a remporté un grand
1945 puis finira sa carrière
ses unités, décident d’ordonner la relève des troupes sur en tant que membre de succès en s’approchant ainsi de Faulquemont sans réels
place notamment par la 36. VG-D. Cette dernière établit l'US Southern Command problèmes. Et surtout, la Sarre est maintenant presque
dans les Caraïbes.
une série de points fortifiés autour de la forêt de Remilly, à un saut de puce pour ses unités.
39
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
Vu sur [Link]
LA SARRE
À PORTÉE DE MAINS
Des éléments blindés
américains traversent un
CHAPITRE 4
40
XII CORPS
PREMIÈRE LE
CHAPITRE 4
LA SARRE
PARTIE
À PORTÉE DE MAINS
Ce Panzer IV a lui aussi
été neutralisé en Lorraine
lors des offensives de
novembre 1944. La
résistance allemande
s'effrite sous les coups
de boutoir du XII Corps et
de ses pointes blindées.
Des GIs en M8
Greyhound se protègent
de l'ennemi devant le
bloc II du petit ouvrage
de Rohrbach, près du
village du même nom.
Construit entre 1934
et 1938, cet ouvrage
de la Ligne Maginot
sera abandonné
sans combats par les
Allemands en 1944 et
est aujourd'hui restauré
par une association.
41
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
réalité des « bleus » avec aucune expérience du feu et Le 25 novembre 1944, des tankistes américains de la 4th AD mettent en échec
subissent d’énormes pertes. Une autre colonne de la la Panzer-Lehr-Division, notamment ici dans le secteur du village de Gouberling.
Vu sur [Link]
42
XII CORPS
PREMIÈRE LE
CHAPITRE 4
LA SARRE
PARTIE
À PORTÉE DE MAINS
semble inarrêtable jusqu’à la fin du mois de novembre ;
Puttelange-aux-Lacs est atteinte le 25 et la 35th ID
peut s’enorgueillir d’un sacré bilan : avoir repoussé
les lignes allemandes de plus de 40 kilomètres vers
la Sarre tout en capturant plus de 2000 prisonniers.
La 6th AD a de son côté perdu une centaine de blindés
mais plus de la moitié pourra être réparée. Le bilan
est sans appel : avec moins de 500 tués et malgré
les conditions météorologiques, le XII Corps dispose
encore d’une force de frappe non négligeable face
à une Wehrmacht en totale déliquescence.
tenir tête à l’occupant ; la tension est telle que la petite Les fins rideaux de troupes allemandes stationnées plus au nord et à l’est ne
garnison allemande doit évacuer Faulquemont le 18 parviennent pas à arrêter les Américains qui s’approchent de Farébersviller pour
novembre. La Nied allemande qui coule à Faulquemont la fin du mois de novembre. C’est ainsi que le XII Corps se prépare à traverser la
est sécurisée à Pontpierre deux jours plus tard par les Sarre et à entrer réellement sur le territoire du Reich… avec le Westwall en ligne de
Américains, qui découvrent aussi qu’en se repliant les mire. Comme les autres formations, celle du général Eddy s’est montrée pugnace
Allemands ont oublié d’y faire sauter le pont. et malgré quelques difficultés sur la Moselle à la fin de l’été, sa progression a été
Le dispositif allemand autour de Faulquemont (Falk- des plus rapides. Même si les fortifications allemandes n’ont pas été atteintes
enberg Stellung) s’appuie sur quelques ouvrages de la dans les temps souhaités, les troupes allemandes ont été fortement malmenées
Ligne Maginot et plusieurs villages, dont Bambiderstroff par les pointes blindées des 4th et 6th AD mais surtout par l’omniprésence de
ainsi que Téting qui barre la route vers Saint-Avold. l’aviation américaine dans le ciel lorrain.
43
XX CORPS
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
DEUXIÈME LE
PARTIE
Vu sur [Link]
VERS L'EST
METZ ET LA MOSELLE
CHAPITRE 1
LE PREMIER VERROU
À la fin du mois d’août, la situation du XX Corps est tout autant problématique que les autres corps d’armée
américains. Verdun a bien été prise par le CCA de la 7th AD, mais en puisant dans les dernières réserves
de carburant ; d’ailleurs, sur les 17 blindés envoyés vers la ville meusienne, trois seulement ont pu y
parvenir. Le 1er septembre, le CCR de la 7th AD s’élance vers Metz et entre dans Étain. La veille, un raid du
3rd Cavalry Group y a capturé un dépôt de carburant allemand intact, mais ce réapprovisionnement est loin
d’être suffisant…
44
XX CORPS VERS L'EST
CHAPITRE 1
DEUXIÈME LE
METZ ET LA MOSELLE
Si
PARTIE
dans Longuyon, au nord, et y surprend les Allemands encore vivace. Le lendemain, les reconnaissances
avant de se replier ; un autre peloton parvient à atteindre le [1] Aujourd’hui nommé continuent, avec toujours aussi peu de succès ;
village de Haute-Kontz, près du Luxembourg et surplom- « pont des Alliés ». Walker commence cependant à visualiser la ligne
bant la Moselle, pour y établir un poste d’observation. de défense allemande entre Metz et Thionville.
FLANC DROIT DU XX CORPS, SECTEUR DES TÊTES DE PONT, 7-13 SEPTEMBRE 1944
II CCB, N Colm (-) Ars-sur-Moselle
6-7 Sept.
3 11 III
Elms
Fahnenjunker
Fort Driant
III
11
7 Sept.
II Ancy-sur-Moselle Jouy-aux-Arches
11th Inf. 2 11
Zone de Gorze
déchargement
II
II
Buxières I 23(-)
2 11 Fort St. Blaise
B 31
II Dornot
1 11 II II XX Fort Sommy
I
31(-) 3 11 Elms 17 SS
B 23
Nuit du
7 Sept. 6-7 Sept. Corny
CCB, S Colm
Zone de Fey
rassemblement II
3 11
Novéant II
Onville
II 2 10
1 11 II
XX
1 10
Arnaville II Elms 3
Axe de progression de l’infanterie américaine 31(+) Vezon
Axe de progression des unités blindées américaines II
45
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
1
Alors qu’il revient du briefing organisé par Patton, Walker
donne l’ordre à ses unités principales – les 7th AD, 5th ID
et 90th ID – de constituer une tête de pont sur la Moselle
à partir du lendemain. Walker, tout comme Patton, ne
s’attend pas à une résistance particulière et considère
que le franchissement de la Moselle se fera aisément
une fois la tête de pont acquise. Metz et Thionville ne
sont pas des objectifs prioritaires pour Walker : dès que
les blindés passeront la Moselle, leur rôle sera de foncer
vers la Sarre, et les deux cités devront être capturées
par la 90th ID et la 5th ID.
Reste une inconnue à élucider : l’effectif des forces
allemandes dans le secteur. Le 5 septembre, les recon-
naissances commencent à rencontrer une résistance
allemande sérieuse, et Metz et Thionville semblent
bien défendues – à Thionville, le dispositif allemand se
concentre autour du pont sur la Moselle. Les prisonniers
allemands se font de plus en plus rares, et leur moral
n’est plus à un niveau aussi catastrophique que pendant
le mois d’août. Le 6 septembre, juste avant l’offensive,
l’état des lieux effectué grâce aux recoupages d’informa-
tions est loin d’être optimiste : la 17. SS-Panzergrenadier-
Division « Götz von Berlichingen » est repérée, ainsi que
2 la 3. Panzergrenadier-Division. Les officiers du XX Corps
pensent aussi trouver en face d’eux la Panzer-Lehr-
Vu sur [Link]
46
XX CORPS VERS L'EST
CHAPITRE 1
DEUXIÈME LE
PARTIE
METZ ET LA MOSELLE
3
bien équipé et peut efficacement barrer la vallée de la
Moselle au sud-ouest de Metz.
Le matin du 6 septembre, des éléments américains par-
viennent à atteindre Arnaville et Ars-sur-Moselle, mais
en sont repoussés. Très vite, les Américains se rendent
compte qu’il ne reste aucun pont en état de ce côté ;
près de Mars-la-Tour, là où de durs combats ont eu lieu
en 1870, les élèves-officiers de la Fahnenjunkerschule
de Metz opposent une vive résistance aux éléments
avancés du XX Corps. La 7th AD rencontre elle une
opposition mesurée près de Sainte-Marie-aux-Chênes ;
son CCA ne parviendra à atteindre le fleuve que le len-
demain matin. Le CCB affronte des pièces de 8,8cm
à Gravelotte puis le 23rd Armored Infantry Battalion
parvient dans la nuit à approcher la Moselle au nord de
Dornot. Une première tentative de traversée le 7 sep-
tembre au soir tourne au désastre pour les GIs. 4
Le CCA, lui, parvient à Mondelange le 7 au matin pour
redescendre au sud vers Maizières-les-Metz ; les deux
colonnes se rejoignent à Talange, puis trouvent un site
de traversée à Hauconcourt… mais doivent attendre
l’arrivée des pontonniers. Le CCB, après avoir pris Gorze,
rejoint le même jour le reste de ses forces déjà près de
Dornot, la 5th ID sur ses pas.
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47
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
Pendant trois heures, les hommes vont se tailler un chemin à travers les contre-at-
taques allemandes, et la cruauté est à son comble : les infirmiers sont pris pour
cible par les SS qui les abattent parfois à bout portant [3]. Peu avant minuit, les GIs
sur la rive orientale de la Moselle installent leurs positions défensives en forme
de « U » - les Américains diront en forme de fer à cheval – afin de résister aux
attaques allemandes.
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48
XX CORPS VERS L'EST
CHAPITRE 1
DEUXIÈME LE
PARTIE
METZ ET LA MOSELLE
Observation aérienne
du secteur de la tête de
pont de Dornot : la Moselle
est visible au premier
plan tandis que sur le
document original figurent
les positions des forts,
notamment Saint-Blaise et
Sommy en arrière-plan.
L'obusier automoteur
M7 Priest permet
d'apporter un soutien
conséquent aux GIs
avec sa pièce de
105 mm. La mobilité de
l'artillerie américaine va
grandement jouer dans
son efficacité lors de la
campagne à l'ouest.
vants de mortiers sont obligés de se battre avec leurs L’intervention des P-47 du XIX Tactical Air Command pendant la campagne
de Lorraine n’est accordée à la Third Army qu’au prix de longues tractations.
carabines et un lieutenant ayant eu son radio tué à côté
L’état-major de la Ninth Air Force – tout comme la quasi-totalité des officiers
de lui continue de communiquer avec l’arrière tout en
américains – n’envisage pas une résistance accrue des Allemands en Lorraine
tirant de l’autre main avec son arme. Jusqu’à minuit, et octroie donc tous ses appareils à la réduction des défenses de Brest. Le 9
le 10 septembre, les Américains évacuent silencieuse- septembre 1944, la Ninth Air Force refuse d’envoyer des avions à Walker car
ment la tête de pont du fer à cheval sous la protection selon les aviateurs, l’artillerie dont dispose le XX Corps fait l’affaire pour sou-
de l’artillerie alliée. Peu d’embarcations sont disponibles tenir la tête de pont. Mais la résistance acharnée des Allemands face à la 5th
et elles sont réservées pour les blessés ne pouvant pas ID leur fait changer d’avis : le général Weyland, à la tête du XIX TAC, reçoit
nager : les blessés les moins graves se débarrassent l’autorisation d’utiliser autant d’appareils que besoin pour aider au maintien de
donc de leurs armes et de leurs équipements puis se la tête de pont le 10 septembre.
glissent dans le fleuve. Certains n’en ressortiront pas.
Pendant ces quelques jours à Dornot, ce sont plus de
300 GIs qui ont perdu la vie ou ont été blessés. Mais
maintenant, le XX Corps a enfin pris pied sur la rive
allemande de la Moselle…
49
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
Le
sont pas prêts à laisser les Américains en construire tranquillement.
10 septembre, alors que la tête de pont de passage des hommes est jeté sur un gué, mais le 11 septembre
Dornot est évacuée, le général Irwin ordonne à au matin, les Allemands redoublent d’activité et attaquent
ses hommes de la 5th ID de jeter un pont « à tout les flancs de la tête de pont. Ils sont repoussés alors qu’en
prix ». Mais au-delà des mots et de la formule même temps des renforts affluent pour élargir le périmètre
employée, encore faut-il avoir un pont de dispo- américain. Le 11th IR est envoyé par Irwin plus au nord, à
nible ! De plus, l’environnement autour d’Arnaville n’est pas l’est de Novéant, pour prendre le village de Corny et ainsi
favorable aux grandes manœuvres : les rives de la Moselle soulager le 10th IR. La traversée se passe sans trop d’accrocs
y sont bordées de retenues d’eau boueuse, d’un canal et – à l’exception d’une section antichar qui file directement sur
même de petits marais à l’ouest. Les Engineers sont donc Corny, s’y faisant tailler en pièces. Le 3rd Battalion du 11th
devant un double problème : il faut d’abord lancer un pont sur IR commence sa progression vers le village sous le feu des
le canal latéral puis la zone marécageuse pour enfin pouvoir batteries du Fort Driant puis parvient aux premières maisons
amener du matériel. Un premier pont flottant permettant le à la fin de la journée.
50
XX CORPS AVANCER
CHAPITRE 2
DEUXIÈME LE
PARTIE
À TOUT PRIX
LE RETOUR DES PÉNURIES
Si le ravitaillement en carburant est revenu à la normale, celui
en munitions ne suit toujours pas pour le XX Corps, dont
l’artillerie a consommé presque 20 000 obus par jour depuis
le 8 septembre. Cela se traduit par des tensions sur le terrain
avec les GIs qui ont passé la Moselle : ces derniers se voient
très souvent refuser des tirs d’artillerie de soutien alors que
les Allemands sont relativement proches. Les fantassins sont
donc de plus en plus liés à l’aviation, qui elle dispose de res-
sources presque illimitées : une sortie du 512th Squadron le
10 septembre a mis hors de combat une dizaine de Panzer
et de canons d’assaut dans le village d’Arry. La présence
des « Jugs [1] » dans le ciel lorrain remonte le moral des
GIs, et pas seulement à cause de la destruction des blindés
à Balkenkreuz, mais aussi parce qu’à chacune de leur sortie,
l’artillerie allemande se tait et arrête temporairement « d’ar-
roser » les positions de la 5th ID…
Petit-à-petit, dix Sherman et six TD sont amenés sur la tête
de pont, avec d’énormes problèmes mettant à l’épreuve les Un GIs inspecte le moteur d'un Sd. Kfz. 251/9 « Stummel ».
Engineers. Le 12 septembre, à 03h30, les Allemands lancent Le montage peut sembler sommaire, mais ce canon de 7,5cm court permet
une nouvelle attaque sur la tête de pont avec notamment des aux Panzergrenadier de bénéficier d'un soutien à tous moments.
éléments de la 17. SS-Panzergrenadier-Division « Götz von Les P-47 sont, depuis la campagne de Normandie, la terreur des équipages
Berlichingen » et des 3. et 15. Panzergrenadier-Divisionen. de blindés allemands, et vont conserver leur réputation en Lorraine.
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Half-track M3A1
5th ID
XX Corps
Secteur de Dornot, septembre 1944
51
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
1
Au nord de Metz, l’aile gauche du XX Corps est compo-
sée principalement du CCA de la 7th Armored Division
alors à Talange. La 90th ID se prépare à l’attaque sur
Thionville en arrivant depuis l’ouest. Le 8 septembre,
cette unité a subi de plein fouet l’attaque de la Panzer-
Brigade 106 qui tombe sur son poste de commande
près d’Aumetz. Mais l’unité allemande, mal entrainée et
incapable de s’orienter, n’a pas su exploiter sa percée ;
elle retourne dans ses lignes avec plus que quelques
blindés et quasiment plus aucun homme valide. Le même
jour, Briey capitule devant la 90th ID, mais la résistance
de la 559. VG-Division est illusoire et n’arrête pas la
progression des GIs de la « Tough Ombres [2] » qui sont
bientôt à quelques kilomètres de Thionville. Le 10 sep-
tembre, le 357th IR capture Hayange et Neufchef avant
d’en être repoussé ; le 3rd Battalion du 358th IR prend
Algrange mais à la tombée de la nuit, les Allemands
s’accrochent toujours au terrain.
Le général McLain, à la tête de la 90th ID, décide de
passer la Moselle près de Thionville le 11 septembre. 2
À Volkrange, les Allemands sont repoussés avec l’aide
de l’aviation : Thionville est à portée de main. Florange
est capturée par le 357th IR, et le lendemain, von
Knobelsdorff ordonne aux unités allemandes de se replier
derrière la Moselle. La voie est libre pour les Américains,
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52
XX CORPS AVANCER
CHAPITRE 2
DEUXIÈME LE
PARTIE
À TOUT PRIX
3 4
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à tout prix… avant de changer d’avis et d’ordonner à la 1. Armee À l’ouest de Metz, après avoir passé Gravelotte, les hommes de
de renforcer la ville et d’éviter son encerclement. Autour de Metz, la 90th ID tombent sur les premiers ouvrages défensifs – que les
Patton donne son feu vert à un nouveau plan, et le CCR s’engage GIs vont surnommer « les sept nains » en raison de leurs dimen-
vers Sillegny, au sud de la ville ; le prochain objectif avant Metz est sions et de leur nombre – et affrontent les Fahnenjunker de l’école
la traversée de la Seille, un cours d’eau qui se développe au sud de militaire de Metz. La tenue au feu de ces soldats impressionne
la cité. Les Allemands, eux, commencent à s’enfermer dans Metz les Américains mais ces derniers parviennent à les repousser.
et reçoivent des renforts tout en lançant des attaques localisées sur Les gains territoriaux ne sont cependant pas excessifs, et la météo
la tête de pont. ne s’améliore pas. Walker et McLain décident en conséquence
Le 18 septembre, le CCR lance son attaque vers Sillegny ; les défen- d’arrêter leur offensive et de donner le temps aux unités, notam-
seurs sont soutenus là encore par les batteries du groupe fortifié de ment à la 90th ID, de reprendre leur souffle… et de voir arriver
Verny. Les Américains manquent cependant de munitions et se replient le ravitaillement.
une première fois ; un second assaut parvient à atteindre les limites
du village mais l’attaque ne reprend que le lendemain. Là encore, 1. Bien que relativement fiable, le char Sherman n'en reste pas moins
un assemblement de mécaniques qui peut tomber en panne. La
les P-47 infligent de lourds dégâts aux Allemands mais les combats pénurie générale touche aussi le nombre de pièces détachées qui
sont acharnés. La Seille est atteinte à Longueville par le CCB qui la arrivent au compte-goutte au début du mois de septembre.
traverse le 21 septembre de nuit, mais l’offensive ne va pas plus
2. Le 12 septembre 1944, des GI's et leur canon antichar de 57 mm sont à
loin : la 7th AD est transférée au XIX Corps et quitte la Lorraine. l'affût dans la « Adolf-Hitler Straße » d'Algrange ; le risque de voir arriver des
La 5th ID essuie de lourdes pertes le 21 septembre à Coin-lès-Cuvry Allemands n'est jamais écarté car leurs troupes sont encore aux alentours.
et à Pournoy-la-Chétive (à l’est de la tête de pont), deux localités 3 et 4. La tête de pont à Arnaville photographiée depuis les airs. Le génie américain
sur lesquelles l’artillerie allemande se déchaîne. Les GIs doivent se est parvenu à poser un pont (photo 4) sur lequel passent des véhicules, alors que
les générateurs de fumée sont en pleine utilisation sur les deux rives de la Moselle.
replier dans la nuit du 23 a 24 septembre devant l’opiniâtreté des
attaques allemandes.
Panzer IV Ausf. H
Unité inconnue
Secteur de Metz, septembre 1944
53
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
Le chasseur de
chars TD M10 remplit
en Lorraine le rôle de
soutien pour l'infanterie
même si son canon est
d'abord destiné à lutter
contre ses homologues
blindés. La puissance de
sa munition lui permet
de détruire des points
d'appuis ennemis établis
dans des maisons, qui
disposent souvent de murs
épais à cause du climat.
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SECTEUR DE METZ
CHAPITRE 3
54
XX CORPS SECTEUR
CHAPITRE 3
DEUXIÈME LE
PARTIE
DE METZ
BREST-METZ, MÊME COMBAT ?
Lors de son arrivée en France, l’US Army n’a pas réel-
lement prévu d’affronter de solides fortifications en
France. Celles autour du port de Brest s’avèrent plus
résistantes que prévues, et la solution d’abord retenue
est l’utilisation massive de moyens aériens. Sauf que
les résultats sont très médiocres : malgré le rappel de
nombreuses unités comme le XIX TAC ou le IX Bomber
Command, les forts de Brest sont difficilement des-
tructibles par la voie aérienne. Devant ce semi-échec,
les commandants américains tirent des leçons mais
conservent le « matraquage » aérien pour neutraliser
les forts de Metz. Surtout, l’apparition de l’aviation
américaine a un effet psychologique sur les GIs : les
ouvrages fortifiés sont le plus souvent camouflés et
donc difficilement repérables dans un territoire vallonné
et très boisé. Dès le 17 septembre, la Ninth Air Force
commence à entrer en tractations avec le XX Corps. Le
général Walker met au point une opération (qu’il baptise
« Thunderbolt ») devant démarrer le 21 septembre, les
troupes américaines devant se ruer vers Metz en suivant
l’axe de la Moselle. La première phase – toutes sont
organisées de la même manière : bombardement aérien,
Vu sur [Link]
55
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
56
XX CORPS SECTEUR
CHAPITRE 3
DEUXIÈME LE
PARTIE
DE METZ
cependant, certaines casemates sont prises et des
tunnels découverts. Les Engineers s’y engouffrent et
tombent devant une porte blindée, qui est percée par une
charge explosive… mais qui est bloquée de l’autre côté. Il
faut donc découper la porte au chalumeau, outil qui n’est
pour l’instant pas en possession des GIs. Il faut attendre
la nuit pour que ce matériel soit amené et que la porte
commence à être découpée, mais les défenseurs sont
installés au bout du tunnel. Les Américains doivent édi-
fier à la hâte une barricade et commencent un échange
vain de coups de feu avec les Allemands à quelques
mètres. Au 9 octobre, les pertes s’élèvent à 21 officiers
et 485 hommes hors de combat, et ce en seulement
quelques jours. Dans la nuit du 12 au 3 octobre, les
troupes américaines dans le fort reçoivent l’ordre de se
replier. Mais si les assaillants doivent abandonner leurs
gains territoriaux, l’expérience de ces premiers combats
va être décisive dans les semaines à venir.
DERNIER BAROUD Un obusier automoteur M12 - en fait un canon Long Tom sur châssis de M3
À MAIZIÈRES-LES-METZ
Lee - ouvre le feu sur Maizières-les-Metz début octobre 1944. Les projectiles
de 155 mm vont parvenir à démolir les derniers abris des défenseurs.
Le fort Driant, photographié après les combats. Le nombre d'impacts est impressionnant,
Vu sur [Link]
tout comme l'absence totale d'arbres, ayant tous été détruits ou brûlés par le napalm
Les Américains ont vite vu le potentiel de Maizières-
les-Metz, située à mi-chemin entre Thionville et Metz
et disposant d’une « accroche » sur la Moselle.
Le 7 octobre, les Américains parviennent à entrer
dans la ville depuis le nord mais les défenseurs ont
transformé chaque maison en fortin qu’il faut réduire
au lance-flammes et au canon. L’hôtel de ville lui-
même est un véritable bastion constitué de pierres
de taille : les Américains devront le neutraliser en
ramenant un canon automoteur M12 de 155 mm
pour faire des tirs directs sur le bâtiment ! La bataille
pour Maizières continuera jusqu’au 30 octobre, les
combats les plus durs se déroulant dans l’hôtel de ville
qui sera finalement détruit par des tirs de 240 mm,
ensevelissant ses défenseurs sous les décombres.
Le reste du secteur est calme : la pénurie de carburant
oblige les deux belligérants à s’observer en chiens de
faïence de chaque côté de la Moselle…
57
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
Vu sur [Link]
CAPTURER THIONVILLE...
CHAPITRE 4
58
XX CORPS
DEUXIÈME LE
CHAPITRE 4
CAPTURER
PARTIE
THIONVILLE...
UNE PRÉPARATION…
Le secteur de Metz-Thionville est lui aussi touché par
les pluies torrentielles, la neige et la boue ; la Moselle
À LA MAISON PRÈS
sort de son lit, notamment dans le secteur allant de
Basse-Ham à Berg-sur-Moselle.
L’OFFENSIVE DE NOVEMBRE
Aucun cliché ne peut
suite au détournement des moyens vers le secteur mieux illustrer la météo
d’Aix-la-Chapelle, les plans pour la prise de Metz sont en Lorraine pendant
l'automne/hiver 1944
élaborés. Aucune composante n’est oubliée dans ce que celui-ci. Véhicules et
méticuleux travail : le plan destiné aux aviateurs pré- hommes sont pris dans Alors que le XII Corps s’élance vers Faulquemont
une gangue de boue
cise ainsi quels bâtiments sont occupés par les forces qui n'a rien à envier à sa après la première semaine de novembre, le XX Corps
allemandes grâce aux renseignements des FFI locaux. cousine de l'Ostfront, la commence ses opérations le 3, avec la capture de
raspoutitsa ! Dans une
Ce n’est que le 3 novembre que le Field Order No. 12 région où le réseau routier
Berg-sur-Moselle où les Allemands disposent d’ob-
est transmis aux subordonnés du XX Corps, et son n'est pas très développé, servateurs avancés. Les combats durent trois jours à
contenu change considérablement les plans : alors que chaque itinéraire devient
une gageure pour les
l’issue desquels le village et la colline le surplombant
Metz devait être encerclée par des troupes alors que véhicules blindés comme demeurent aux mains des GIs. Le 7 novembre, la 90th
d’autres devaient foncer vers la Sarre, la nouvelle pla- les chars. L'infanterie ID se prépare à la traversée de la Moselle au nord-est
est ainsi souvent obligée
nification rend prioritaire la destruction de la garnison de se démener seule, de Thionville, dans le secteur de Koenigsmacker, tan-
de Metz sans la neutralisation des ouvrages fortifiés. sans soutien direct à dis que la 95th ID doit établir une tête de pont entre
part celui de l'artillerie...
La ville en elle-même est déjà encerclée par les C'est une manière de Uckange et Bertrange, au sud de Thionville. De son
Américains : à l’ouest se trouve la 95th ID fraîchement combattre totalement côté, la 5th ID s’appuie maintenant sur la Seille et
différente de celle à
arrivée, tandis qu’au sud se déploie la 5th ID – épuisée laquelle sont habitués Walker prévoit pour cette dernière une attaque en
par les combats – et au nord la 90th ID, qui s’occupe les soldats américains même temps que le XII Corps avant de revenir sur
depuis leurs classes !
aussi de Thionville. La 95th ID est la seule division du sa décision.
secteur à disposer de tous ses effectifs et matériels : Le 8 novembre, un vacarme réveille les derniers habi-
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ce sera donc elle qui devra passer la Moselle à l’ouest tants sur place et les soldats transis de froid. Le bar-
de Metz et nettoyer la ville. Les abords orientaux de rage d’artillerie tiré pour soutenir le XII Corps est si
Metz seront eux sécurisés par la 10th AD, surnommée important que le grondement se fait entendre jusqu’à
la « Tiger Division », qui pourra pousser vers la Sarre. Thionville, à une quarantaine de kilomètres de là.
90th ID
Rassemblement Malling 19/11
8 novembre 17/11
III
Hettange- X Waldwisse
Grande Cattenom 359 15/11 Rémeling
18/11
B 10
Attaque du 12 mai Kerling Kirschnaumen
Zone de traversée X
16/11
B 10
X 17/11
Oudrenne 18/11
A 10
16/11 Laumesfeld
I Lemestroff
III Ste. Marguerite Schwerdorff
90 Rcn Colmen
Valmestroff 357
THIONVILLE III Inglange 18/11 19/11
II
358
2 378
Budling Monneren 19/11
Kuntzig 18/11
17/11
Buding Bibiche
Illange Distroff
Filstroff
Klang
17/11
Bertrange
Volstraff Metzervisse Dalstein
Imeldange 18/11
II 14/11
Uckange 1 Metzeresche 19/11
377
Bouzonville
III Freistroff
358
14/11 TF Bacon 18-19/11
16/11 Luttange Axes de progression de la 10th AD
I
Positions avancées américaines le 19/11
95 Rcn(+)
Tremery Drogny Ligne de front le 14/11
II Ligne Maginot
Ay-sur-Moselle
Bettlainville 3 357 Attaque allemande du 15/11
59
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
Vu sur [Link]
Mais ce n’est qu’à la tombée de la nuit que les et les champs de mines, puis les font explo- lâcher du ravitaillement. La Flak étant inexis-
hommes du XX Corps ne s’élancent, notam- ser après être retournés sur leur rive… sans tante, les appareils américains volent bas et
ment ceux du général Twaddle de la 95th aucun tué. Ce n’est qu’à 21h00 que les GIs lâchent vêtements secs, rations et matériel
ID. Une opération de diversion surnommée traversent la Moselle, alors que la 19. VG-D médical ; un pilote dira soulignera l’effet qu’a
« Casanova » est prévue sur le flanc nord de la en face n’a aucun avant-poste sur le fleuve. eu ce ravitaillement sur les troupes au sol :
division : une partie du 377th IR doit traverser Les batteries allemandes ouvrent le feu sur des « Les gars ont explosé de joie quand ils ont
la Moselle à Uckange et prendre le village de points prédéfinis, empêchant les Engineers aperçu le premier avion lâcher du ravitaille-
Bertrange tandis que le reste doit détruire une de jeter un pont et leur infligeant des pertes. ment. On a pu les voir en dessous de nous,
poche de résistance allemande plus au sud, Bertrange est dépassé le 9 novembre mais enterrés dans leurs foxholes, sales, affamés
à Maizières-les-Metz. Alors que l’obscurité les renforts ne peuvent parvenir à cause du et grelottants… mais tout sourire quand
vient de tomber, des Engineers traversent au niveau de la Moselle, qui a considérablement nous sommes arrivés [1]. » Mais il est tou-
sud d’Uckange sans bruit dans leurs canots augmenté pendant la nuit. Le ravitaillement jours impossible de traverser. Un infirmier
d’assaut. Sur la rive allemande, ils posent est impossible, et le chef de la 95th ID a alors américain tente par deux fois avec son petit
leurs charges dans les réseaux de barbelés une idée : utiliser les avions de liaison pour canot, mais par deux fois il est repoussé par
Un camion transportant
des jerrycans est en
[2] Ibid.
60
XX CORPS
DEUXIÈME LE
CHAPITRE 4
CAPTURER
PARTIE
THIONVILLE...
les Allemands… qui lui indiquent la direction des posi-
tions américaines du doigt [2] ! Ce n’est qu’à partir du 12
novembre que les GIs parviennent à traverser à Uckange
suite à la décrue. Du côté de Maizières-les-Metz, les GIs
tombent dans de vastes champs de mines et sont visés
par l’artillerie ennemie, les obligeant à cesser l’attaque,
tout comme l’épisode de crue de la Moselle.
CATTENOM, LA TRAVERSÉE
Plus au nord, les Américains – cette fois-ci de la
90th ID et de la 10th AD – se concentrent près de
Cattenom, au bord de la Moselle. Le général Van
Fleet à la tête de la 90th ID n’est pas convaincu par
la nécessité d’y traverser le fleuve, car le chemin
d’accès est inondé, et de l’autre côté se trouve le
fort de Koenisgmacker, autre ouvrage construit lors
de l’occupation allemande au début du XXe siècle.
Après un examen rapide, Van Fleet déduit qu’il n’y a
pas d’autres lieux de traversée ; il faudra donc le faire
sous le feu de l’ouvrage et le neutraliser assez vite.
Pour compliquer le tout, les Américains sont entrés
dans le secteur de la Ligne Maginot, notamment près
Vu sur [Link]
Pour s'approcher de
M5A1 Stuart
la Moselle et y déposer
des ponts, les Engineers
10th Armored Division doivent parfois rivaliser
XX Corps, Third Army d'ingéniosité comme ici
Secteur de Cattenom, novembre 1944 où ils sont en train de
fixer les éléments d'un
pont sur l'avant d'un char
Sherman de dépannage.
L'équipage d'un
Sherman neutralisé à
Metzervisse par un tir
inspecte l'endroit où
le projectile a percé le
blindage. Cependant, il
y a peu de chances que
le Panzerschreck tenu
par le tankiste de gauche
soit responsable de cet
impact ! Le dégât aurait
été bien plus important
et dans le cas d'une
attaque par charge
creuse, des « gerbes »
sont visibles de chaque
côté du lieu d'impact.
61
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
62
XX CORPS
DEUXIÈME LE
CHAPITRE 4
CAPTURER
PARTIE
THIONVILLE...
4
de tirer sur le lieu de la traversée, quelques mortiers
pilonnent les Américains qui s’approchent de l’ouvrage.
La garnison (alors composée d’hommes de l’Infante-
rie-Regiment 74, 19. VG-D) fait une sortie et parvient à
infliger quelques pertes aux Américains ; cependant, ces
derniers sont accompagnés d’Engineers qui parviennent,
avec l’aide de deux sections de fantassins, à s’appro-
cher des portes blindées. L’expérience de l’assaut sur
le Fort Driant sert alors : plutôt que de rentrer dans
l’ouvrage pour le nettoyer, les GIs « enferment » les
défenseurs, faisant sauter les escaliers et après avoir
localisé les bouches d’aération, en y versant de l’essence
enflammée par la suite par une grenade incendiaire.
La consommation d’explosifs est telle qu’un ravitaille-
ment par parachute est prévu pour la fin de la journée ;
les Américains ont avancé et contrôlent l’ouest du fort,
mais la partie est tient encore sous son feu la route
menant à Valmestroff. Du côté de la tête de pont de
Cattenom, le bilan est positif malgré les tirs incessants
de l’artillerie allemande puisque huit bataillons d’infan-
terie ont pu traverser. Du côté allemand, la surprise est
totale sur tous les points de traversée et les premières
tentatives de contre-attaques échouent à cause de la Kerling, Volksgrenadier et StuG. III partent à l’assaut et bousculent les Américains.
pénurie générale de carburant et de camions pour trans- Près du fort de Koenigsmacker, les Américains font prisonniers trois Allemands qui
porter les troupes. Une seule contre-attaque est lancée, leur indiquent que 145 hommes sont en train d’arriver pour renforcer l’ouvrage.
Vu sur [Link]
à Kerling, mais les Allemands épuisés ne parviennent Les GIs ont juste le temps de mettre en batterie cinq mitrailleuses avant d’ouvrir le
ici aussi pas à exploiter la percé. feu, détruisant la moitié de la colonne, le reste s’enfuyant. Un assaut américain à
Le 10 novembre est relativement calme sur tout le front la baïonnette dans le bois d’Elzange permet de capturer un point fortifié allemand,
de la 90th ID, sauf aux alentours de Koenisgmacker où tandis que le fort de Koenigsmacker est de plus en plus encerclé. Chaque entrée
l’ouvrage Maginot du Métrich se défend tant bien que ou point d’aération est aux mains des Américains, qui enfument les tunnels et donc
mal contre les Américains. À Basse-Ham, une contre-at- l’ouvrage ; incapable de tenir plus longtemps, la garnison fait agiter un drapeau
taque allemande est repoussée le même jour et la C blanc. Le fort de Koenigsmacker est pris : sa défense aura coûté plus de 300 tués,
Company est envoyée attaquer le fort de Koenigsmacker blessés ou disparus aux Allemands, tandis que les Américains dénombrent 111 GIs
depuis le sud. Mais bloquée par un fossé et des barbelés, tués et hors de combat. La prise des deux ouvrages, à Métrich et Koenigsmacker,
l’unité doit le longer vers l’ouest et rejoindre les deux est un sévère revers pour la ligne de défense allemande qui s’appuyait majori-
autres compagnies déjà sur les dessus de l’ouvrage. tairement dessus. Mais les canons maintenant se sont tus et le ravitaillement
Au même moment, Van Fleet décide de calmer le jeu commence à affluer.
et de stabiliser ses lignes : il ne sait pas que les unités
allemandes du secteur n’ont pas de quoi contre-attaquer,
LA RÉACTION ALLEMANDE
et le ravitaillement commence à manquer. Sur la rive
américaine, la Moselle a maintenant inondé Cattenom,
empêchant encore plus le transport de munitions et de
blessés, mais un pont est jeté dans le secteur de Malling. Le 12 novembre, vers 03h00, une Kampfgruppe de la 25. Panzergrenadier-Division
Le 11 novembre, l’attaque reprend, et l’ouvrage de attaque à nouveau Kerling, capture le village puis oblique au nord-ouest pour se rendre vers
Métrich est contourné, sa garnison enfermée ; mais à Petite-Hettange. L’objectif allemand est clair : capturer le pont de Malling et le faire sauter.
Sherman M4A3E8
712th Tank Battalion
XX Corps, Third Army
Metzervisse, 17 novembre 1944
63
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
allemande est brisée : plus de deux cent soldats allemands sont tombés, et seul le fleuve à Malling. Jusqu’au 18 novembre, la « Tiger
un StuG. III sur la dizaine employée parvient à se replier. Le repli allemand se fait Division » fonce vers l’est, capture des centaines de
d’abord dans le calme vers Kerling mais deux compagnies du 359th IR les prennent soldats allemands et atteint Bouzonville.
de flanc et transforment la retraite en déroute, les Panzergrenadier abandonnant
leurs armes et équipements.
« LA PIRE CONTRE-ATTAQUE
Le 358th IR, après avoir pris le fort de Koenigsmacker, progresse vers Valmestroff et
Elzange qui sont pris après de durs combats aux alentours. Les Allemands tiennent
DE TOUTE LA CAMPAGNE »
bon dans le bois, allant même jusqu’à tirer leurs Panzerfaust afin de provoquer
une pluie mortelle d’éclats de bois sur les GIs. La tête de pont est toutefois sau-
vée, et autant à Cattenom qu’à Malling, les ponts sont en train d’être aménagés
le 12 novembre. Au premier lieu de traversée les Engineers se rendent compte Cependant, des poches de résistance demeurent à
avec horreur que le pont mène directement dans un champ de mines allemand, l’est de Thionville, même si la quasi-totalité des uni-
auparavant caché sous l’eau… le déminage va nécessiter plus de cinq heures, tés allemandes du secteur sont en train de se replier.
mais à 17h00, le pont est prêt. Distroff et Inglange sont pris à la fin de la journée, La Kampfgruppe de la 25. Panzergrenadier-Division
malgré de durs combats. étrillée près de Kerling a reçu des renforts et est à la
La tête de pont d’Uckange, ayant fait office de diversion, n’est toujours pas tombée ; disposition de la 1. Armee pour lancer une nouvelle
cependant, les GIs y sont à l’étroit et cherchent à l’étendre. Walker, d’abord heureux contre-offensive. Le 14 novembre, ses trois bataillons
de la progression au-delà de la Moselle, veut capturer Thionville et ordonne au 2nd d’infanterie, son artillerie et ses blindés sont réunis dans
Battalion du 378th IR de trouver un endroit pour traverser dans le secteur. La veille, le bois de Stuckange, au sud-est de Thionville, avec pour
les Américains se sont approchés de Thionville par le sud, mais les Allemands mission de frapper le flanc droit du 358th IR alors installé
réfugiés dans le fort de Yutz (datant de l’époque de Vauban) sont parvenus à les à Distroff. À l’aube le 15 novembre, la Kampfgruppe
ralentir. La garnison est anéantie le 13 novembre et la nuit suivante les deux vil- s’élance à l’assaut de Distroff depuis Stuckange ;
lages attenants, Basse-Yutz et Haute-Yutz [3], sont capturés. La ville de Thionville le 2nd Battalion, 358th IR qui est retranché dans le
elle-même est libérée dans le courant de la journée. Cependant, au sud-ouest à village et soutenu par des TD du 773rd TDB reçoit une
64
XX CORPS
DEUXIÈME LE
CHAPITRE 4
CAPTURER
PARTIE
THIONVILLE...
grêle d’obus. Au bout de 20 minutes, le barrage d’artillerie alle-
mand se calme et une colonne de Panzer apparaît se dirigeant
vers le sud du village, depuis Metzervisse. En tout, ce sont trois
bataillons qui attaquent les Américains : un depuis Metzervisse,
un autre à l’est et un troisième à l’ouest – sauf que ce dernier
est immédiatement taillé en pièce par l’artillerie de la 90th ID.
Malgré la résistance acharnée des GIs, les Panzergrenadier
parviennent à infiltrer le village, leurs blindés les suivant de
près. Les fantassins américains, retranchés dans les maisons,
luttent bâtiment par bâtiment, tandis que les Sherman et TD
tirent obus sur obus tout en restant en mouvement. Le Major
Wallace commandant le dispositif américain demande alors
au QG de faire tirer toutes les pièces disponibles sur Distroff
afin de contrer l’attaque allemande et d’envoyer des renforts.
Après quatre heures de combats acharnés, les Allemands se
Ce GI's pose sur un StuG. III détruit sur la route de Metzervisse vers
replient, laissant sur le terrain 24 véhicules, dont huit blindés. Distroff, peu après l'offensive du 15 novembre. En arrière-plan se trouve
La Kampfgruppe a été saignée à blanc : plus de 150 un Sherman qui a été détourellé par l'explosion de ses munitions.
Panzergrenadier sont tombés devant Distroff. La situation a Vue aérienne du village de Distroff avant les combats ; l'offensive allemande
été si compliquée pour les unités américaines sur place que est venue depuis la route à droite sur le cliché, passant près de l'église.
la bataille sera évoquée dans le journal de marche de la 90th
ID comme la « pire contre-attaque de toute la campagne ».
En plus de l’ouvrage de Métrich, les Allemands ont mis la
main sur un autre ouvrage de la ligne Maginot, un des plus
importants : le fort du Hackenberg près de Veckring. Sa posi-
tion dominante permet à ses pièces – notamment de 75 mm
Vu sur [Link]
[4] Cole (H.), The Lorraine Campaign, 2012, Whitman Publishing, p. 379.
65
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
METZ ENCERCLÉE !
CHAPITRE 5
LE NETTOYAGE DE LA VILLE
Avant la fin du mois de novembre et malgré la météo catastrophique, le chef de la Third Army est satisfait : Metz,
la ville qui s’obstine à ne pas tomber, est maintenant encerclée. Les Allemands se replient vers la Sarre, enlevant
toute possibilité d’une contre-attaque pour soulager la pression sur la garnison de Metz. Toutefois, cette dernière
n’est pas décidée à se rendre : Hitler lui-même a déclaré que Metz était une « Festung », une forteresse qui doit
être défendue chèrement…
66
XX CORPS
DEUXIÈME LE
CHAPITRE 5
METZ
PARTIE
ENCERCLÉE !
METZ EN ÉTAT DE SIÈGE
La pause d’octobre a permis à l’OKW et aux défen-
seurs de Metz de mettre en place un plan de défense.
La 462. VG-D se voit ainsi remettre de nouveaux déta-
chements… de « Halb-Soldaten », terme péjoratif en
vogue dans la Wehrmacht signifiant « demi-soldats »
et qui caractérise les bataillons de convalescents ou
d’hommes âgés. L’OKW, tout au long du mois d’octobre,
se perd en débats sur l’importance ou non de Metz et la
462. VG-D est ainsi livrée à elle-même pour l’installation
des défenses. Balck souhaite livrer Metz aux Américains
sans combats et replier ses troupes pour se battre à un
endroit plus favorable, mais Hitler refuse tout abandon de
la ville. Les 11. et 21. Panzer-Divisionen sont rameutées
en Lorraine pour parer à toute éventualité d’encerclement
de Metz mais l’offensive du XII Corps début septembre
saigne déjà leurs effectifs. Si l’OKW estime que 14 000
soldats allemands sont prêts à défendre Metz, la vraie
valeur de la garnison tourne plutôt autour de 10 000
hommes, tandis que l’artillerie commence à accuser son
âge – notamment celle des forts. L’attaque américaine
sur la ville est divisée en plusieurs phases : l’envelop-
pement par le nord (90th ID et 10th AD), l’approche
Vu sur [Link]
Page de gauche :
Des GIs de la 5th ID
sont en train d'inspecter
les maisons de Metz
susceptibles de
renfermer des défenseurs
allemands. La vérification
est laborieuse mais
permet souvent de
faire des prisonniers.
67
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
1 2
3
Vu sur [Link]
À la place, ce sont les civils qui paient le prix fort, comme à Metz
ou encore à Valmestroff, petit village à l’est de Thionville… et cette 4
situation n’arrange en rien la situation du XII Corps dont les GIs
dépités voient les bombes atterrir ailleurs que sur les objectifs dési-
gnés. La 5th ID s’élance le long de la Seille, capture le verrou de
Cheminot et progresse vers Louvigny, et à la fin de la journée, la
tête de pont au-delà du cours d’eau est sécurisée. Les troupes alle-
mandes, complètement désorganisées, ne parviennent pas à établir
une ligne de défense correcte ; heureusement pour les Américains,
car ces derniers ont tellement progressé qu’au 12 novembre la 5th
ID reçoit l’ordre de s’arrêter afin sécuriser les lignes de ravitaillement
et de communication. Le lendemain, un pont sur la Nied est jeté
à Anceville tandis qu’une contre-attaque allemande est repoussée
à Sanry. Les groupes fortifiés les moins occupés tombent les uns
après les autres et le 15 novembre, les faubourgs de Metz sont en
vue pour la 5th ID.
68
XX CORPS
DEUXIÈME LE
CHAPITRE 5
METZ
PARTIE
ENCERCLÉE !
urbaine. Son plan est simple : il va demander à ses Dans le secteur de Metz, ces soldats américains traversent à toute vitesse une voie de
hommes de tenir les ouvrages fortifiés les plus adéquats chemin de fer ; au vu des précautions prises, les défenseurs ne doivent pas être bien loin.
à la défense, c’est-à-dire les forts Driant, Plappeville,
Saint-Quentin et Jeanne d’Arc. Mais avant de se
résoudre à la défensive, Kittel ordonne une contre-at-
taque pour le 15 novembre mais qui échoue lamenta-
blement, autant du côté de la 462. VG-D près du fort
Jeanne d’Arc que du SS-Panzergrenadier-Regiment 38
déjà bien éprouvé. Le responsable de la place décide
aussi de mettre à contribution la population en levant un
bataillon de Volkssturm, mais les habitants se rebiffent et
le lendemain de leur montée au front, tous ont regagné
leur domicile sans en être empêchés par les Allemands.
De son côté, Twaddle et sa 95th ID, à l’ouest de Metz
vont tenter de contourner le fort Jeanne d’Arc par le
nord et d’arriver jusqu’au fleuve. Il faut avant tout que
les GIs sécurisent les « Sept Nains » ; le 14 novembre,
le fort Jeanne d’Arc est encerclé à 11h tandis que trois
heures plus tard les forts Saint-Hubert et de Jussy sont
capturés. L’assaut se fait à nouveau sous le feu du fort
Driant dont les batteries sont toujours en activité, et
qui empêchent le ravitaillement des GIs. Il faut l’inter-
vention des Engineers et de leurs charges explosives à
la tombée de la nuit pour que le commandant du fort
consente à entamer des pourparlers. Mais la dégradation
Vu sur [Link]
Les Etangs
Fort Plappeville St. Julien-lès-Metz
Arry
Sillegny III
Pagny-sur-
Moselle
Mardigny 10
Bouxières-sous- Louvigny
Froidmont
Axes d’attaques du CCB, 6th AD
Ligne de front le 08/11
Positions américaines le 12/11
Cheminot Positions avancées américaines le 19/11
X
Poches de résistance allemandes le 19/11
B 6
69
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
Opel-Blitz
Unité inconnue
Wehrmacht
Metz, novembre 1944
GMC CCKW-353D
5th Infantry Division
XX Corps, Third Army
Metz, novembre 1944
Vu sur [Link]
Harley-Davidson 42WLA 45
90th Infantry Division
XX Corps, Third Army
Secteur de Metz-Thionville, novembre 1944
2cm Flak 30
Unité inconnue
Wehrmacht
Metz, novembre 1944
70
XX CORPS
DEUXIÈME LE
CHAPITRE 5
METZ
PARTIE
ENCERCLÉE !
Horch 108
462. Volksgrenadier-Division
Wehrmacht
Secteur de Metz-Thionville, novembre 1944
Sherman M4A3E8
10th Armored Division
XX Corps, Third Army
Secteur de Metz-Thionville, novembre 1944
Vu sur [Link]
71
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
72
XX CORPS
DEUXIÈME LE
CHAPITRE 5
METZ
PARTIE
ENCERCLÉE !
La résistance des forts de Metz est terminée : cet officier
allemand remet son arme de poing à un officier de la 5th ID.
LE NAVIRE COULE
Pendant que Kittel est averti du départ des SS, les appels
à l’aide et les rapports alarmistes ne cessent de parvenir
à son QG. Et pour cause : les faibles garnisons ont bien-
tôt tiré toutes leurs munitions et ne sont pas parvenues
à arrêter les Américains, qui ont simplement encerclé
les forts avant de continuer leur progression, faute de
troupes d’intervalles. Lors d’une réunion d’urgence, Kittel
donne l’ordre de faire sauter les ponts sur la Moselle dans
Metz et de se préparer au combat maison par maison ;
mais du côté de la 1. Armee, personne ne s’imagine
que la ville va tenir plus de trois jours… seul le Führer,
engoncé dans sa folie, y croit encore dur comme fer. Les les Américains, et le 22 novembre dans l’après-midi Metz est déclarée conquise.
unités allemandes sont maintenant obligées de se battre Devant la désorganisation totale, il est impossible de citer le nombre de défenseurs
en ordre dispersé, les dernières sections se regroupant morts lors de la défense de Metz, même si certaines études allemandes après-guerre
autour des ouvrages fortifiés. Kittel lui-même perd très donnent environ 400 tués pour les troupes de Kittel.
vite la main sur les défenseurs : le central téléphonique Seuls quelques forts continuent leur résistance futile pendant quelques jours :
reliant son PC aux différents secteurs est abandonné par le fort de Saint-Privat et ses 500 hommes capitulent le 29 novembre, mais il a
ses occupants sur l’île Chambière dans la matinée du fallu que les Américains amènent trois obusiers automoteurs de 155 mm pour
17 novembre. Les espoirs du commandement allemand obtenir cette reddition. Le 6 décembre, c’est au tour du fort de Saint-Quentin,
à Metz sont vite douchés : la garnison, sans contact puis de Plappeville le 7 ; Driant tombe le 8, et le fort Jeanne d’Arc est le dernier
avec les officiers, ne mène pas le combat jusqu’au bout à capituler le 13 décembre. Cependant, la capture de Metz débloque une situation
comme le souhaitait Kittel… lui-même étant obligé de assez malheureuse pour le XX Corps qui peut se porter maintenant vers la Sarre,
défendre le périmètre de son PC armes à la main. Le 21 mais qui a surtout su se débrouiller sans l’appui de l’aviation, clouée au sol à cause
novembre, blessé et sous morphine, il est capturé par d’une météo instable.
73
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
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XX CORPS
DEUXIÈME LE
CHAPITRE 5
METZ
PARTIE
ENCERCLÉE !
5
paquetage alors qu'ils tiennent des draps blancs. La grande flèche sur
le bâtiment indique un abri anti-aérien pour les civils des environs.
75
XV CORPS
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
TROISIÈME LE
PARTIE
Vu sur [Link]
AU SUD DE PATTON
de Normandie après être passée par Paris.
Son organisation à l'américaine avec Combat
Command - francisés en Groupements Tactiques
- est relativement nouvelle pour ses soldats.
CHAPITRE 1
76
XV CORPS AU SUD
CHAPITRE 1
TROISIÈME LE
DE PATTON
Le
PARTIE
« FRAPPER VITTEL »…
Langlade) sur Andelot s’émousse vite, et l’unité dépasse Les Stuart de la
la ville pour mener une reconnaissance plus à l’est. 2e DB sont des unités
polyvalentes mais
Langlade est alors en plein dans le dispositif allemand, qui servent surtout à
et quand la nuit tombe, il est déjà à Vittel. Le LXVI Korps la reconnaissance. C’est en substance l’ordre laconique que reçoit le
L'apparition de ces
allemand, face au XV Corps, est particulièrement en blindés devant les lignes
General der Panzertruppe von Lüttwitz à la tête de
mauvaise posture, ses unités n’étant pas au meilleur allemandes pousse son XLVII. Panzerkorps le 12 septembre, alors qu’il se
Vu sur [Link]
de leur forme. Charmes est prise le 12 septembre et souvent les défenseurs, trouve entre Épinal et Saint-Dié. Manteuffel, poussé
démoralisés, à se
les GIs traversent la Moselle malgré la destruction des rendre... ce qui explique par Blaskowitz, ne laisse aucun temps de préparation
ponts. Le CCV du colonel Billotte [1] capture Andelot, le nombre impressionnant à von Lüttwitz qui doit se contenter d’une simple direc-
de prisonniers qui sont
et le rapport est éloquent : le 12 au soir, le CCV estime faits par les Français tion d’attaque : enfoncer le flanc allié au nord-ouest de
avoir mis hors de combat 300 Allemands et en avoir Libres en Lorraine. Vittel… pour libérer en même temps le LXVI. Korps
capturé 800 ! Ces nombres ne sont pas à minimiser, encerclé dans la ville. Le XLVII. Panzerkorps dispose
mais la Kampfgruppe « Ottenbacher » est dans un état [1] Héros de la bataille de d’une puissante force de frappe avec la Panzer-
catastrophique puisque composée de troupes n’ayant Stonne en mai 1940 sur B1bis. Brigade 112, composée notamment de 96 blindés,
pas une bonne tenue au feu. divisés en deux groupes de Panzer IV et de Panther.
L'adoption du système de
fonctionnement américain - les
Groupements Tactiques - donne
une nouvelle dimension aux
stratégies militaires françaises ; les
hommes apprennent davantage
à travailler en coordination avec
les chars, l'artillerie et l'aviation.
77
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
… ET MOURIR À DOMPAIRE
Le groupement tactique Langlade est lui aussi placé aux alentours de
Dompaire et à Damas, un village au sud-est du premier. Mais Langlade a
un avantage sur ses adversaires : il est parfaitement au courant de l’arrivée
des Panzer grâce à des civils et connaît parfaitement le terrain – Dompaire
se trouvant dans une petite vallée. De plus, déplacer une Panzer-Brigade
sans bruit est impossible, et les « sonnettes » du GTL ont vite fait le
rapprochement avec les sons entendus dans la journée du 12 septembre.
Vu sur [Link]
78
XV CORPS AU SUD
CHAPITRE 1
TROISIÈME LE
PARTIE
DE PATTON
XV Corps
Secteur de Dompaire, septembre 1944
79
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
1
attaque dans l’espoir que les Panzer se ruent pour la
curée. La feinte fonctionne parfaitement et les blindés
de la Panzer-Brigade 112 tombent sous un feu d’enfer,
entre artillerie, pièces antichar et blindés de la 2e DB !
Langlade dispose d’un autre avantage : le XIX TAC
a pu lui détacher des chasseurs-bombardiers du 406th
Fighter Bomber Group alors stationnés à Rennes. Les
P-47 fondent sur leurs proies totalement à découvert
quatre fois au cours de la journée autour de Damas et
Dompaire, endommageant et détruisant plusieurs Panzer.
Massu et Minjonnet en profitent pour avancer par bonds,
neutralisant des Panther à courte portée, et à la fin de
la journée, une dernière tentative allemande se termine
dans le sang avec la destruction de sept Panzer IV. Sur
les 45 Panther engagés, 41 restent sur le terrain, tout
comme une vingtaine de Panzer IV ; les Français, eux,
ont perdu moins de sept chars. Haislip, lorsqu’il apprend
ce succès, envoie ses félicitations à Langlade devant
cette coordination parfaite entre aviation et blindés.
La Kampfgruppe « Ottenbacher » est détruite à Chaumont
par le Groupement Tactique Dio, et Neufchâteau est
pris après un combat maison par maison. Blaskowitz est
désespéré : le LXVI. Korps n’est plus en état d’opposer
une quelconque résistance et les troupes allemandes
transforment leur repli en sauve-qui-peut général.
Vu sur [Link]
80
XV CORPS AU SUD
CHAPITRE 1
TROISIÈME LE
PARTIE
DE PATTON
3
Vu sur [Link]
2. Des marins - reconnaissables à leur coiffe - font une pause à côté de leur véhicule dans
un village vosgien. À part dans les grandes localités, les Allemands n'ont pas les moyens de
Alors que démarre l’offensive allemande du 18 sep- 4. Des soldats américains traversent Gerbéviller fraîchement libéré. Là aussi le village
n'a pas subi de dégâts, les Allemands s'étant repliés sans mener de durs combats.
tembre, le XV Corps reçoit l’ordre de Patton de frapper
le flanc des unités adverses. Haislip fait donc traverser
la Moselle à ses troupes sans rencontrer de réelle résis- 4
tance. Le GTD de la 2e DB capture Châtel le 19 sep-
tembre, l’unité poursuivant sa cavalcade à travers les
Vosges ; Gerbéviller puis Vathiménil tombent dans les
heures qui suivent. Les Allemands ne parviennent pas
à rendre imperméable leur ligne défensive le long de la
Mortagne, qui est percée à six endroits différents par le
XV Corps en quelques jours. Le 20 septembre, Lunéville
est le théâtre de la rencontre entre les XV et XII Corps
tandis que Patton ordonne à Haislip de se porter au nord
du canal de la Marne au Rhin et de nettoyer Lunéville.
Le flanc sud de la Third Army est conservé et bien
protégé par le XV Corps, qui n’a en revanche pas eu à
affronter des unités de première catégorie comme dans
le secteur du XX Corps ou autour de Metz. Pourtant,
ce front n’est pas mineur, loin de là : toute offensive
allemande dans ce secteur aurait pu basculer en désastre
pour Patton et ses blindés… et enrayer la percée vers
le Reich. Pendant le reste de la campagne, le XV Corps
sera davantage porté vers l’Alsace, laissant le XII Corps
pousser vers Sarreguemines… opérant un redéploiement
tactique vers Strasbourg, mais conservant l’Allemagne
en ligne de mire.
81
ANNEXE 1
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
Vu sur [Link]
PATTON LE MAGNIFIQUE
est alors inéluctable mais il est loin de
se douter des problèmes à venir...
« »
Dire que le parcours militaire de George Patton Junior constitue une véritable légende à jamais associée à
l’histoire de la Seconde Guerre mondiale est une évidence. Si ses frasques et ses excès sont bien connus du
public, notamment grâce à un film américain réalisé en 1970 avec un George Scott plus vrai que nature en
général Patton, sa jeunesse et ses débuts de carrière le sont beaucoup moins. Au-delà de l’image d’Épinal
d’un officier un tantinet provocateur, bourru voire brutal, très directif et en même temps proche de ses
hommes, il convient de réaliser que George Patton est un personnage romanesque dont l’existence aura
tout été… sauf banale !
82
ANNEXE 1 PATTON
LE « MAGNIFIQUE »
G
eorge Smith Patton Junior voit le jour à
Saint-Gabriel, dans le Sud de la Californie,
au matin du 11 novembre 1885. Son père,
avocat et richissime propriétaire terrien,
est issu d’une famille de Virginie, un état
conservateur ayant rejoint le « vieux Sud » lors de la
guerre de Sécession. Lui-même ancien cadet de West
Point, fin lettré et cultivé, il a entamé avec succès une
carrière politique après avoir réussi dans le monde des
affaires. Non dénué d’une certaine ambition, il n’aura
de cesse de pousser son fils vers l’excellence en l’édu-
quant dans la notion de devoir, ne lui pardonnant
jamais ses erreurs et ne le félicitant que très rarement
pour ses réussites.
83
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
1 2
Vu sur [Link]
84
ANNEXE 1 PATTON
LE « MAGNIFIQUE »
1. Jeune conscrit, George
vie, il publiera nombre de notes, mémos, manuels, etc. Cette vie de paperasses ne lui convient guère, sans
S. Patton a déjà son Mais revenons en 1913 ! De retour d’Europe, où il sent compter que ses relations avec le généralissime améri-
port de tête altier qui
va lui demeurer tout au
qu’un conflit majeur est sur le point d’éclater, conflit cain tendent à se dégrader au fil des semaines. Patton
long de sa vie et surtout auquel il brûle d’envie de participer, il est affecté à Fort demande et obtient sa mutation au sein d’une unité
sa mine boudeuse et Riley puis Fort Bliss. Patton sert alors sous les ordres du combattante. Affecté à un régiment d’infanterie, il n’a
sérieuse ! Patton Museum
General John Pershing. George Smith Patton participe toutefois pas le temps de boucler ses malles puisqu’en
2. L'expédition au aux raids punitifs de l’US Army, en 1916, contre le novembre 1917 Pershing change son destin en le
Mexique est une
expérience fondatrice rebelle mexicain Pancho Villa qui multiplie les provoca- chargeant de mettre sur pied une unité d’un genre
pour de nombreux tions sur la frontière et surtout au Nouveau-Mexique où nouveau, le Tank Corps. Les chars, des Renault FT,
officiers américains,
dont beaucoup serviront il met à sac et pille plusieurs localités. C’est ainsi qu’en sont fournis par les alliés français. L’intendance
aux côtés de Patton mai, commandant une patrouille d’automitrailleuses, et une partie de la formation des équipages seront
lors des deux conflits
mondiaux. Patton Museum Patton abat au cours d’un accrochage l’un des bras- à la charge des Britanniques.
droits de Villa, ce qui lui vaut de faire la Une des journées George exulte car il a enfin l’opportunité de créer
3. Lors des Jeux
Olympiques de 1912, américains. La légende voudrait qu’il ait aussi organisé quelque chose de neuf ; et comme une bonne nou-
Patton s'inscrit au un duel aux pistolets digne des meilleurs westerns avec velle n’arrive jamais seule, il passe Lieutenant-Colonel
pentathlon mais il n'y
a cependant aucune l’un des seconds du Mexicain. Fait improbable pour ne à titre provisoire alors qu’il n’a que 32 ans ! De retour
preuve qu'il ait réellement pas dire farfelu, mais néanmoins utile pour se forger de sa formation à Bovington, en Grande-Bretagne,
lutté en escrime.
une réputation et alimenter sa légende personnelle… et Champlieu, dans l’Oise, il prend ses quartiers en
4. Certainement un des Haute-Marne, à Chaumont puis à Langres, où il installe
clichés les plus connus
son 1st light Tank Battalion. D’exercices dans la boue
L’ÉPREUVE DU FEU
de George S. Patton.
Photographié en France en démonstrations devant des parterres d’officiers,
devant un de ses chars FT,
l'homme ne se doute pas
l’action tarde à venir. En août 1918, notre bouillant
qu'il va être un des apôtres officier obtient le commandement de la 1st Tank Brigade
de l'arme blindée moins de Juin 1917 le voit revenir en France, conformément composée de deux Battalions. C’est avec cette unité
trente années plus tard...
à la décision du Congrès d’entrer en guerre contre qu’il est enfin engagé au front lors de la contre-offen-
Vu sur [Link]
les Empires germaniques. Le Captain Patton est versé sive du saillant de Saint-Mihiel. Malgré des conditions
à l’American Expeditionary Force commandée par météo épouvantables, Patton se montre énergique,
Pershing. Notre homme sert alors comme officier sautant d’un point du front à un autre, virevoltant,
d’état-major au quartier-général américain de Chaumont. encourageant ou encore bousculant ses équipages.
85
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
Le char FT est
révolutionnaire pour les
armées occidentales
modernes qui n'ont jamais
pu compter sur un tel
appui-feu. L'installation
de la tourelle - élément
novateur - est notamment
l'oeuvre d'ingénieurs
français permettant
ainsi au blindé de tirer
théoriquement sur 360°.
Dans l'entre-deux-
guerres, Patton est affecté
de casernes en casernes
dans un climat assez
morne pour l'US Army,
redevenue une armée à
dimension réduite. Ses
principales occupations
sont l'équitation (ce qui
lui permet de pratiquer
une de ses passions)
et surtout de passer du
temps avec sa famille.
Patton Museum
Vu sur [Link]
Il va même jusqu’à personnellement reconnaître des points de passage Mais une fois de retour au pays, il ne peut que constater le retour en
délicats comme par exemple à Pannes où il se retrouve nez-à-nez force de la doctrine isolationniste. L’opinion publique et le Congrès
avec des mitrailleuses allemandes qui manquent de le tuer ! Le Grand américain, ne veulent plus de guerres et la nation américaine se
Quartier Général américain le nomme Colonel à titre provisoire mais lui renferme sur elle-même. À quoi bon alors entretenir une Armée
reproche son excentricité et surtout ses multiples prises de risques ; puissante et innovante en termes de matériels et donc de doctrines
il faut dire que notre homme est passé maître dans l’art de s’infiltrer d’emploi ? En 1920, les effectifs de l’US Army chutent à moins de
dans les lignes ennemies, seul et à pieds, pour y déterminer les futurs 280 000 hommes. Dans les années qui suivent, les budgets fondent
axes de progression pour ses chars. C’est aussi à cette époque, en comme neige au soleil et les projets sont suspendus. Les Tanks
arpentant les champs de bataille sanglants de la Der des Ders, que passent aux oubliettes. Pis encore pour le Californien, l’état fédéral
Patton « l’écorché-vif » prend pleinement la mesure de ce que les américain commence « à laisser tomber » les anciens combattants de
pertes humaines et la mort représentent. Certes bourru et très direct, la Grande Guerre, allant jusqu’à réduire pensions et aides financières
malgré une idée fausse encore très tenace de nos jours, il aura tout au pour les plus démunis. Dégoûté par ces méthodes et cette situation,
long de sa vie le souci d’économiser la vie de ses hommes. Impétueux Patton envisage un temps de quitter l’Armée ; mais pour quoi faire ?
et toujours aussi déraisonnable, lui ne s’économise pas. Et Patton le Désabusé, il se rapproche de John Pershing qui lui refuse son aide
fonceur est gravement blessé à la jambe par une mitrailleuse enne- pour cause de retraite imminente ; telle est la version « officielle »
mie, en Argonne, le 26 septembre 1918. Il est évacué du front après car, bien qu’à la retraite, Pershing demeurera actif jusqu’à l’orée
avoir passé une nuit entière dans le no man’s land, abrité au fond de la Seconde Guerre mondiale et sera souvent consulté pour les
d’un cratère d’obus boueux. Terminera-t-il la guerre dans un hôpital questions liées à la Défense. Non, en réalité, le « vieux militaire »
militaire ? Non ! Il « s’évade » de son lit en soudoyant
un infirmier et fonce en voiture vers le front, mal remis
de sa blessure mais prêt à repartir au combat. Il retrouve
son unité près de Verdun et évite de peu une sanction
disciplinaire pour sa « disparition ».
Quelques jours plus tard, il fête ses 33 ans, nous
sommes le 11 novembre 1918. La guerre vient à
peine de s’achever et Patton marque l’événement à sa
manière, en écrivant une longue poésie dédiée à la paix.
En janvier 1919, il reçoit la Distinguished Service Cross
des mains de Pershing… tout en étant rétrogradé au
rang de Major, ses promotions provisoires obtenues au
cours de la Grande Guerre n’ayant pas été confirmées.
86
ANNEXE 1 PATTON
LE « MAGNIFIQUE »
n’a guère d’amitié pour le jeune officier qu’il perçoit
comme un arriviste manquant de diplomatie. Jugement
sévère et vraisemblablement influencé par les difficul-
tés relationnelles qui s’étaient posées entre les deux
hommes durant la Grande Guerre.
Tant pis, Patton subira, comme tant d’autres militaires
américains. Il « erre » de garnison en garnison, multi-
pliant les affectations y compris dans les bureaux à
Washington qui regorgent de « ronds de cuir » indignes
selon lui de porter l’uniforme. Sans budgets, point de
grandes manœuvres, aussi Patton s’occupe-t-il en lisant
énormément, notamment des ouvrages ayant trait à
l’histoire de cette Armée impériale allemande à laquelle
il a contribué à faire rendre les armes, en pratiquant
l’équitation et surtout en veillant à la bonne discipline
des troupes dont il a le commandement. L’homme ne
laisse rien passer, allant jusqu’à se montrer très sévère
avec des soldats faisant peu cas des règlements. Avec
lui, les chaussures sont cirées, les nœuds de cravate
réglementaires, les jugulaires attachées, les uniformes
impeccables et les effets soigneusement rangés dans les
casiers… Mais dans le fond, Patton s’ennuie, tourne en
rond, se morfond. Ironiquement, il se retrouve dans la Nimitz, lui aussi promis à un destin exceptionnel et dont il devient un ami proche.
même situation que ses adversaires d’hier, ces officiers C’est aussi à cette époque qu’il croise Dwight Eisenhower avec lequel – déjà –
allemands qui, au lendemain du traité de Versailles, les relations sont tendues pour ne pas dire houleuses. Patton est un homme de
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se retrouvent privés de moyens dans une Reichswehr terrain, d’action, alors que « Ike » est un planificateur, un officier d’état-major qui
limitée à 100 000 hommes. Comme eux, il réagit en met- travaille sur des statistiques et des données objectives. Bien qu’ayant mutuelle-
tant l’accent sur l’instruction des quelques troupes qui ment conscience de leur valeur respective, ils ne se comprennent guère et cela ne
servent sous ses ordres, en particulier les sous-officiers changera pas dans les années à venir. Patton fonctionne à l’affect et à l’instinct
et officiers. George Patton développe ainsi un certain alors qu’Eisenhower est pragmatique et réaliste. Et la valse des affectations de se
talent didactique et, partout où il passe, il met l’accent poursuivre pour notre homme…
sur la formation théorique et pratique des cadres ainsi L’année 1929 est marquée du sceau de la grande dépression aux États-Unis.
que l’entraînement des soldats qu’il emmène le plus L’économie s’effondre et des milliers de familles se retrouvent brutalement pri-
souvent possible sur le terrain. Les moyens manquent, vées de ressources. Désemparés, certains barons de l’industrie et magnas de la
alors il se débrouille avec rien ou presque. Malgré cela, finance se suicident. Les banques font faillite, entraînant avec elles leurs clients.
les années passent et se ressemblent. Des millions d’Américains perdent ainsi leurs économies et le flot des sans-abris
Dans les années 20, on le retrouve à Hawaii où il occupe ne cesse de grossir. Le pays ne peut plus venir en aide au nombre toujours
un poste d’état-major sans grand intérêt. Au moins croissant de chômeurs, hormis en ouvrant des « soupes populaires ». En 1932,
rencontre-t-il sur place un officier de la Navy nommé le désarroi social empire sans que le président Hoover ne prenne de mesures.
La crise de 1929
frappe durement les
pays occidentaux, mais
les États-Unis sont
les premiers à souffrir
réellement de cette
crise économique.
De nombreuses familles
se retrouvent sans le sou
en très peu de temps,
laissant la population
dans l'embarras. Il faudra
presque une dizaine
d'années et des milliards
de dollars investis
pour renverser enfin la
vapeur et résorber les
effets de cette crise.
Patton en tenue de
marin, cliché plutôt
inhabituel ! Ses fréquentes
excursions à Hawaï
lui donnent l'occasion
de se familiariser
avec la navigation à
la voile, discipline qu'il
apprécie aussi pour sa
propension à l'effort.
Patton Museum
87
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
La marche vers
Washington des vétérans
s'effectue dans des
conditions plus que
sommaires, certains
n'ayant plus que quelques
affaires. Contrairement
Vu sur [Link]
88
ANNEXE 1 PATTON
LE « MAGNIFIQUE »
faire car ils partent de zéro ou presque : développement
de nouveaux modèles de chars dont le M3 inspiré du
char B1bis français, structure des unités, organisation
de grandes manœuvres dans le Sud des États-Unis,
doctrines de combat, création de centres d’instruction,
dont un gigantesque dans le désert, à cheval entre la
Californie natale de Patton et l’Arizona, etc. Mais pour
notre homme, ce qui compte avant tout, c’est l’esprit
de corps. Pionnier dans son domaine, Patton redouble
de sévérité, notamment vis-à-vis de ses officiers aux-
quels il ne « passe » rien car devant montrer l’exemple.
C’est ce type de raisonnement qu’il lui fera dire en 1944,
en Lorraine, qu’il regrette le nombre peu élevé de pertes
au sein du corps des officiers, preuve selon lui de leur
manque de courage.
Le choix de Patton par Marshall n’est pas innocent car, au cœur du pouvoir améri- mand Guderian, l’Anglais Liddell Hart et même ce
cain, chacun s’attend désormais à ce que le pire n’arrive en Europe. Or, le président Français inconnu répondant au nom de Charles de
Roosevelt et ses conseillers proches savent pertinemment que l’US Army n’est Gaulle, Patton croit que cette guerre sera mécanique
pas prête à entrer en guerre et la nation encore moins. L’idée consiste donc à ne et que les offensives seront blindées. L’effondrement
pas perdre de temps et à se préparer au mieux et de la manière la plus discrète de la Pologne en quelques semaines puis la tragique
possible. Patton et d’autres officiers supérieurs sont chargés de jeter les bases campagne de France lui donnent totalement raison.
de l’Armored Force, une entité qui, enfin indépendante de l’Infanterie et de la Notre homme est désormais persuadé que sa nation
Cavalerie (ce qui n’était pas le cas du Tank Corps constitué lors de la Grande ne tardera plus à entrer en guerre. Mais l’Amérique
Guerre), encadrera les unités blindées américaines. Ces hommes, parmi lesquels le est plongée dans le désarroi de ses contradictions et
général Adna Chaffee qui sera le premier « patron » de l’Armored Force, ont tout à Washington réagit avec la plus grande des inerties !
Photographié à son
bureau lors d'une de
ses affectations dans les
États-Unis de l'entre-deux-
guerres, Patton semble
se réjouir. La réalité est
bien différente : l'homme
ronge son frein et la vie
de caserne en temps
de paix n'est pas pour
lui. Patton Museum
89
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
Vu sur [Link]
Il faut attendre juillet 1940 pour que le gouvernement fédéral autorise pays d’adoption se préparer à faire la guerre à leur pays d’origine...
enfin Marshall à créer deux Armored Divisions à partir d’éléments Tant pis, le Californien va jusqu’à payer avec ses propres deniers
épars. Patton organise une brigade blindée pour la 2nd Armored des pièces détachées pour ses chars. À l’orée de ses cinquante ans,
Division, la future « Hell on Wheels », mais les crédits font encore Patton est nommé Brigadier-General. Sa légende est définitivement
défaut car, empêtrés dans des problématiques électoralistes, les en marche, comme en témoignent les surnoms que ses hommes
sénateurs tardent à les faire débloquer ; certains, notamment dans lui donnent : le « Vieux », « Sang et tripes », « Flash Gordon » ou
le Nord-Est des États-Unis, ont été élus grâce aux voix des puissantes encore « le Frelon vert », sobriquets hérités de comics de l’époque.
et influentes minorités allemandes qui voient d’un mauvais œil leur Le quotidien de George consiste à former ses équipages pour qu’ils
Colonne de chars
légers M3 de l’US Army
photographiée durant
les grandes manoeuvres
de 1941 en Louisiane.
Exercices auxquels
Patton participera en
tant qu’arbitre entre les
« rouges » et les « bleus ».
90
ANNEXE 1 PATTON
LE « MAGNIFIQUE »
Vu sur [Link]
soient prêts à en découdre. Pour cela, point de secrets : que Patton soit relevé de son commandement : comment
Équipage américain
manœuvres épuisantes, exercices permanents et stricte d’unchar M3 pris en en effet faire confiance à un personnage qui porte deux
discipline sont de mise, sans oublier une « louche » de photo à Souk El-Arba, en colts à crosses de nacre tel un cow-boy, ce en lieux et
Tunisie, le 23 novembre
complicité avec les soldats. Ne se plaît-il pas à affirmer 1942. Débarqués en places d’une arme réglementaire ? Mais « Ike » soutient
qu’un « litre de sueur à l’entraînement économise un Afrique du Nord, les GI’s son turbulent subordonné et, le 8 octobre 1942, le débar-
partent rapidement se
litre de sang » ? Patton donne libre cours à son côté frotter aux Allemands et quement a bel et bien lieu. Après quelques accrochages,
théâtral, usant d’un langage de charretier, arpentant les aux Italiens en Tunisie. Les une fois passés les atermoiements des autorités mili-
premiers combats, dont
terrains de manœuvre à bord de divers engins qu’il a fait ceux pour le contrôle de la taires et politiques françaises à Alger, les choses rentrent
modifier dans ses ateliers régimentaires, dont un char passe de Kasserine, virent dans l’ordre. Patton reste au Maroc où il occupe des
à la catastrophe, ce qui
léger M3, équipés de sirènes surpuissantes. L’homme est provoquera la nomination fonctions politico-diplomatiques et militaires. Il profite
désormais un personnage public. En cela, il ne manque de Patton par « Ike » à la de son temps libre pour visiter les ruines romaines de
tête du II Corps. Il faudra
bien sûr pas d’intéresser la presse. C’est ainsi qu’il fera tout le talent mais aussi la région, dont celles de Volubilis, à côté de Meknès,
la couverture de « Life magazine » en juillet 1941. la poigne du Californien et les champs de bataille des guerres puniques. À la
pour rétablir la situation, à
Une couverture chasse l’autre et, en décembre 1941, commencer par redonner
surprise de ses officiers d’état-major, il retrouve l’en-
c’est l’attaque surprise des Japonais contre Pearl Harbor un moral de vainqueurs droit précis de ces combats pourtant vieux de plusieurs
à ses troupes. Cette
qui s’étale dans tous les kiosques américains ; tragé- reprise en mains passera
siècles, alors même qu’il n’avait jamais mis les pieds
die que Patton, maintenant divisionnaire, avait prédite aussi par une discipline dans la région. À ceux qui verbalisent leur étonnement,
dans un mémo extrêmement précis daté de son second stricte : « Malheur » au il répond : « mais voyons, j’y étais, oui, j’étais l’un des
soldat qui n’aurait pas
passage aux Hawaii ! Mais qu’importe, la nation est en boucler sa jugulaire ou légionnaires morts ici pour la grande Rome » ; croyance
guerre et Patton va pouvoir pleinement exprimer son rectifi er sa tenue en en la réincarnation encore et toujours.
présence de Patton !
talent. À l’automne 1942, les Alliés se préparent à lan- De son côté, Erwin Rommel chassé d’Égypte et
cer l’opération « Torch », le débarquement de troupes de Libye par la 8th Army de Monty est parvenu à
anglo-américaines en Afrique du Nord Française (Maroc ramener les restes de son Afrika-Korps jusqu’en
et Algérie). Le « Vieux », qui est parti prenant dans Tunisie, où il ne cesse de recevoir des renforts,
l’affaire, se frotte très vite au flegme des Britanniques dont une Tiger-Abteilung et la 10. Panzer-Division
qui voient en lui un général digne des pires produc- du Generalleutnant Friedrich Freiherr von Broich.
tions cinématographiques d’Hollywood. D’aucuns, dont Le « Renard du désert » donne une leçon aux GIs inex-
Alexander, feront même pression sur Eisenhower pour périmentés lors de la bataille de la passe de Kasserine.
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LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
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ANNEXE 1 PATTON
LE « MAGNIFIQUE »
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Mais la logistique ne suit plus et le Californien doit marquer le pas dans l’Est de la France, en
En Normandie, Patton n'est pas présent : craint
Lorraine. Sans essence, les chars du « Vieux » sont stoppés. Que fait le général ? Il fonce par les Allemands depuis quelques années, il joue
voir « Ike » qui lui explique que Monty a désormais la priorité en terme de ravitaillement le leurre en face du Pas de Calais à la tête d'une
armée fantôme... pour le meilleur résultat possible.
pour ses opérations en Belgique et aux Pays-Bas. Patton a beau faire, Eisenhower ne veut
rien entendre. La victoire par KO échappe au tumultueux Patton. Quand il reçoit de nouveau
Cliché des derniers jours de campagne pour les
de l’essence et l’appui de l’aviation tactique, il est trop tard. Certes, Nancy a été libérée, Américains : leurs chars et véhicules empruntant
mais les Américains sont sévèrement accrochés à Metz par les Allemands qui ont eu le une fameuse Autobahn nazie alors qu'une colonne
de prisonniers remonte vers la captivité.
temps de s’organiser. Il faudra un long siège pour que la ville fortifiée finisse par tomber.
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L'OCCASION MANQUÉE
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ANNEXE 1 PATTON
LE « MAGNIFIQUE »
3
les Américains lui font des ovations, les Français sont amusés par
ses manières rudes et même les Britanniques reconnaissent en lui
un stratège de grande valeur. Seul ombre au tableau, l’homme a
beau faire des efforts, il n’est guère apprécié par les Soviétiques,
ce qui est d’ailleurs réciproque. L’anticommunisme de Patton ne
s’accommode pas de ces temps de diplomatie…
3. Son sens de la formule et ses états de service vont valoir à Patton très
tôt les « feux des projecteurs », notamment de la presse américaine alors
à la recherche de héros. Il est ici photographié pour le magazine Life.
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LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
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LE « MAGNIFIQUE »
PATTON
ANNEXE 1
4
6
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ANNEXE 2
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
Vu sur [Link]
HASSO ECCARD
VON MANTEUFFEL
UN PRUSSIEN DANS LA WEHRMACHT Par Loïc Becker
Pur produit de la « vieille Prusse », Hasso Eccard von Manteuffel est relativement méconnu parmi les
généraux de la Wehrmacht. Pourtant il va souvent être choisi par Hitler pour s’occuper de situations
difficiles, notamment sur le front de l’est, ou en Lorraine en 1944. À chaque fois, le Prussien parviendra à
« sauver les meubles », mais il se heurtera aussi au manque croissant de matériel dans un III. Reich de plus
en plus aux abois entre les Ardennes et les derniers jours de la guerre.
98
ANNEXE 2 HASSO ECCARD
VON MANTEUFFEL
UNE JEUNESSE PRUSSIENNE Edwin von Manteuffel
est un officier prussien
de Uhlans qui a été
aide de camp du prince
Hasso Eccard von Manteuffel naît à Potsdam le 14 Albert de Prusse. Il a
janvier 1897 dans une famille noble prussienne, depuis participé à la guerre de
1870, mais concurrent
longtemps acquise à la cause des armes et au service de Bismarck et ami du
des têtes couronnées de Prusse. Sa destinée est toute Kaiser, il est éloigné du
pouvoir en prenant la tête
tracée : Hasso va suivre le même chemin que ses aïeux du Reichsland Elsaß-
et que les autres membres de l’aristocratie prussienne. Lothringen... où son
petit-fils viendra combattre
Enfant, il va se consacrer au sport et notamment à plus de cinquante après
l’équitation, dont il va devenir médaillé olympique, puis après. Domaine Public
intégrer en 1908 l’école des cadets de Naumburg-sur-la-
Saale. Cette première formation a pour rôle de lui faire
Page de gauche :
découvrir la vie militaire ; trois ans plus tard, c’est la très Hasso Eccard von
célèbre école de Berlin-Lichterfelde que rejoint Hasso. Manteuffel (à droite)
donne des ordres à
Il en sort le 22 février 1916 en plein milieu du premier un de ses officiers sur
conflit mondial pour rejoindre le Husaren-Regiment von le front de l'Est, ses
insignes et distinctions
Zieten (Brandeburgisches) Nr 3. Hasso von Manteuffel bien visibles. Sachant
fait ses premières armes à Verdun, où il est promu toujours s'entourer de ses
subordonnés, Manteuffel
Leutnant à la fin du mois d’avril 1916, son régiment est un officier capable
étant ensuite déplacé sur le front de la Somme. Le jeune et qui a totalement
intégré l'utilisation des
prussien y combat jusqu’au 12 octobre, date à laquelle blindés. Bundesarchiv
il est blessé grièvement aux alentours de Bapaume par Bild 101I-732-0132-43A
l’artillerie alliée.
Hospitalisé dans un établissement non loin de la ligne Ludendorff du printemps 1918. Au sein de la 7. Armee,
Vu sur [Link]
de front, son rétablissement prend quelques mois et Des membres des l’unité de von Manteuffel s’élance à l’assaut des
il est transféré à un poste administratif sur le front de Freikorps sont réunis à positions françaises lors de la seconde bataille de la
Berlin après le premier
l’est cette fois-ci. En février 1917, von Manteuffel conflit mondial. Tous sont Marne, sans succès. L’échec de cette opération pousse
rejoint ainsi l’état-major de la 6. Division aux prises d'anciens soldats de 1914- Ludendorff à se retirer de France afin de s’établir sur
1918 dont ils regrettent
avec les Russes, mais son temps sur ce front est la discipline et l'esprit de
des positions défensives proches du Reich. L’armistice
compté. Quand les Soviets et les Allemands signent corps. Ces hommes seront détruit les espoirs du jeune officier prussien et une
à l'origine ou participeront
l’armistice de Brest-Litovsk, le jeune officier retourne à de nombreux putschs.
seule phrase est sur toutes les lèvres en Allemagne :
en France juste à temps pour participer aux offensives comment une telle armée a pu perdre la guerre ?
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LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
La Wehrmacht ne
parviendra pas à équiper
totalement ses divisions
blindées de chars
purement sortis des
chaînes d'assemblage
allemands. L'invasion de
la Tchécoslovaquie va
permettre aux généraux
de Hitler de récupérer des
blindés assez efficaces.
Vu sur [Link]
De fait, le territoire allemand n’est pas envahi, confortant le Leutnant participe notamment Hasso von Manteuffel dans son Freikorps.
Manteuffel dans sa vision d’un conflit pas entièrement perdu. Mais Cependant, le traité de Versailles détruit tous les espoirs d’avan-
le jeune prussien voit tout son monde s’effondrer avec l’abdication cement du jeune prussien : la Reichswehr est réduite à peau de
du Kaiser Guillaume II et la création de la république de Weimar… chagrin. Il ne quitte pourtant pas le métier des armes et rejoint en
et l’arrivée tumultueuse de groupes d’inspiration marxiste et bol- mai 1919 le Kavalerie-Regiment 25 avant le Reiter-Regiment 3.
chevique dans les rues des villes allemandes n’arrange en rien la Hasso von Manteuffel se marie avec Armgard von Kleist [1] en 1921
situation. Certains anciens combattants – dont Hasso von Manteuffel mais n’obtiendra que deux promotions jusqu’en 1930. Ses talents
– décident de s’organiser en Freikorps et de combattre ces insurgés. de cavalier lui valent de devenir Rittmeister au Reiter-Regiment 17
L’homme fait d’abord le coup de feu à Cologne contre les révolu- au début des années 1930, mais c’est surtout l’arrivée au pouvoir
tionnaires, puis rejoint le Freikorps von Olen qui combat à Berlin. d’Adolf Hitler le 30 janvier 1933 qui va remettre sa carrière sur les
La république de Weimar, impuissante à juguler la révolte (dont les rails. Le nouveau chancelier du Reich s’inscrit dans une politique
spartakistes dans la capitale), a recours à ces formations paramili- de réarmement agressive qui plaît aux militaires comme Hasso von
taires souvent commandées par des anciens officiers conservateurs. Manteuffel. Le 1er octobre 1934, il est transféré au Reiter-Regiment
Les révoltés à Berlin sont écrasés dans un bain de sang, auquel « Erfürt » puis l’année suivante il est affecté au Füsilier-Bataillon
100
ANNEXE 2 HASSO ECCARD
VON MANTEUFFEL
2 (mot.) de la 2. Panzer-Division… commandée par
Heinz Guderian. Manteuffel, en bon aristocrate prussien,
s’attire les faveurs de son nouveau commandant et se
montre aussi très réceptif aux nouvelles tactiques de
combat des unités motorisées. Major en 1936, il s’oc-
cupe d’entraîner les recrues à Wünsdorf puis décroche
un poste de conseiller auprès de Guderian alors à la tête
des schnelle Truppen. Manteuffel passe Oberstleutnant
en février 1939 et dirige la Panzerschule II de Berlin-
Krampnitz, mais ce nouveau poste ne lui permettra pas
de participer à la campagne à l’Ouest de mai 1940.
… AU DJEBEL TUNISIEN
pour les Panzer-
plus, les Soviétiques sont enfin parvenus à constituer des Divisionen et surtout
lignes de défense efficaces qui freinent encore plus les des montures fiables
pour les Panzermänner.
Allemands. La pluie est bientôt remplacée par la neige Cependant, au fil des ans,
et le gel, les conditions météorologiques gênant encore ces blindés deviennent Alors qu’à l’est les Allemands commencent à reculer, les
obsolètes et n'ont plus de
davantage les assaillants… dont certaines formations, grosse capacité offensive, Alliés débarquent de leur côté en Afrique du Nord le 8
comme celle de Manteuffel, sont réduites à une simple les obligeant à être novembre 1942. Quelques mois plus tard, les Allemands
remplacés par du matériel
Kampfgruppe. Près d’Astrezevo, son unité parvient à bien plus moderne. sont à la peine en Tunisie, et Rommel demande des
prendre par surprise un point de passage sur le canal renforts. Manteuffel est envoyé en renfort le 5 février
de la Volga à Moscou à la fin du mois de novembre, ce 1943 à la tête d’une division hétéroclite avec notam-
qui vaut à Manteuffel la remise de la Ritterkreuz et sa ment un régiment de la Luftwaffe, le Panzergrenadier-
promotion au grade d’Oberst. Regiment 160 et des Bersaglieri italiens… le tout sous la
Mais le 6 décembre 1941, c’est au tour des Soviétiques coupe de la 5. Panzerarmee. L’opération « Ochsenkopf »
de passer à l’offensive pour dégager Moscou. Dans la est lancée trois semaines plus tard et bouscule les Alliés
neige, le froid (le mercure descendant même jusqu’à dans le secteur de Tunis ; Manteuffel lui-même, disposé
-52°C) et la glace, les Allemands sont obligés de céder sur le flanc droit des Allemands, sécurise quelques objec-
du terrain en résistant pied-à-pied. L’ordre de repli éma- tifs secondaires puis parvient à repousser une division
nant de Hitler n’arrive qu’à la mi-janvier 1942 mais britannique de 15 km. Cependant, ce sursaut n’est que
l’état des unités à Balkenkreuz est catastrophique. temporaire, et Manteuffel lui-même doit bientôt quit-
La 7. Panzer-Division – et Hasso von Manteuffel avec ter la Tunisie pour raisons de santé le 31 mars 1943.
– est redirigée vers la France pour y subir une refonte Ce n’est que lors de son hospitalisation qu’il apprend
et surtout y recevoir des renforts. Pendant tout l’été et sa promotion au grade de Generalmajor.
101
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
1
Vu sur [Link]
DE PANZER-DIVISION EN PANZER-DIVISION
Panzergrenadier-Division « Großdeutschland », transformée en Panzer-
Division au début de l’année 1944. À partir de ce moment, Manteuffel
est engagé dans de nombreuses batailles défensives notamment à
En août 1943, Hasso von Manteuffel est nommé à la tête de son Kirovograd et développe une image de tacticien hors-pair. Le Prussien
ancienne division, la 7. Panzer-Division, qui s’est vue étrillée lors de laisse avancer les avant-gardes soviétiques puis lance ses Panzer et
la sanglante bataille pour Koursk au début de l’été. Le lendemain de ses Landser sur les flancs des unités adverses, les coupant de tout
cette nomination, les Soviétiques passent à l’assaut de Smolensk soutien. Mais tout a une fin : la « Großdeutschland », qui a perdu
à la mer d’Azov cherchant à libérer l’Ukraine de la tutelle nazie. plus de la moitié de ses effectifs, doit se replier en mars 1944 vers
Le III. Panzerkorps dont fait partie la 7. Panzer-Division se défend la Roumanie pour affronter le 2e front d’Ukraine de Malinosvki. Lors
vaillamment face aux troupes soviétiques cherchant
à capturer les grandes localités, notamment Kharkov. 2
Véritables « pompiers du front », les Panzer sont envoyés
où leur soutien est nécessaire, mais ne parviennent pas
à enrayer la progression de l’Armée rouge. Manteuffel
y récolte une nouvelle blessure (cette fois-ci au dos)
le 26 août quand il subit le mitraillage d’un appareil
soviétique ; il refuse toutefois d’être évacué.
La machine de guerre soviétique semble ne jamais
s’enrayer. Le Dniepr est franchi à la fin de l’été et Kiev
tombe le 5 novembre, bientôt suivie par Jitomir, Fastiv
ou encore Korsonet. Le front est totalement enfoncé
par Koniev et Vatoutine, mais les Allemands n’ont pas
dit leur dernier mot : la 7. Panzer-Division attaque au
nord-est de Jitomir avec la 1. Panzer-Division et de la
« Leibstandarte ». C’est un succès puisque le Prussien
parvient à reprendre la ville aux Soviétiques tout en
libérant la pression sur une partie du front. Ce résultat
lui vaut la remise des feuilles de chêne, puis un mois
plus tard il passe Generalleutnant et prend la tête de la
102
ANNEXE 2 HASSO ECCARD
VON MANTEUFFEL
3
de l’opération « Iasi-Kichinev », qui a pour but de faire
passer aux troupes soviétiques le Danube, Manteuffel
ne parvient à nouveau pas à arrêter les unités à l’étoile
rouge. Sa division se replie en Prusse Orientale en juillet
1944, où là encore le Prussien se rue vers la Lituanie
et inflige à Tchernikhovsky, à la tête du 3e front de
Biélorussie, un coup d’arrêt.
Le destin va à nouveau placer Manteuffel à la tête d’une
nouvelle unité, la 5. Panzer-Division, qu’il reçoit des
mains de Hitler… tout comme sa promotion au grade
de General der Panzertruppen le 1er septembre. C’est en
Lorraine face à Patton que Manteuffel doit maintenant
établir une ligne de résistance. Mais le temps des moyens
adéquats est révolu : les Panzer ne sont pas présents en
nombre, tout comme les pièces d’artillerie, et l’infanterie
est de mauvaise qualité. La supériorité de l’artillerie et de
l’aviation américaine l’empêche de déplacer ses troupes
comme il le souhaite, mais il parvient quand même à
faire quelques dégâts aux Américains – qui n’auront
aucun impact futur sur la conduite de la guerre. de novembre, monté par Jodl, ne convient pas au Prussien qui parvient à convaincre
le Generalfeldmarschall Model (à la tête du Heeresgruppe B) d’en modifier certains
aspects. Le duo se rend au QG de Hitler à Rastenburg afin de faire entendre raison au
SUCCÈS IMPOSSIBLE
Führer – qui étonnement accepte certaines remises en question. Pour remplacer un
barrage d’artillerie (qui mettra l’ennemi en alerte), le Prussien propose l’utilisation de
103
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
La place du carré à
Bastogne , grouillant de
civils en fuite et de soldats
américains. La Jeep de
gauche a bénéficié d'un
pare-brise surblindé,
montage très certainement
réalisé par l'équipage.
Vu sur [Link]
RETOUR À L’EST
La progression en deux colonnes est aussi abandonnée
au profit d’un front très large ; le XXXXVII. Panzerkorps
a pour mission de traverser l’Our puis de s’emparer du
carrefour de Bastogne tandis que le LVIII. Panzerkorps À l’est, les Soviétiques progressent toujours aussi vite, bousculant les maigres
devra se charger de l’établissement d’une tête de pont tentatives allemandes de tenir la ligne défensive. La 3. Panzerarmee, à la tête
sur la Meuse près de Namur. Quand ces objectifs seront de laquelle Hitler place Manteuffel le 10 mars 1945, parvient à se stabiliser le
atteints, la progression pourra se faire plus aisément. Les long de l’Oder… pour recevoir l’ordre d’attaquer. Impossible pour le Prussien
Allemands n’ont pas droit à l’erreur car ils ne disposent qui n’a déjà pas assez de matériel pour la défensive. Une attaque soviétique le
que de peu de renforts – la Panzer-Lehr-Division et la 14 mars est repoussée de justesse, mais Hitler décide de retirer des moyens
Führer-Begleit-Brigade – et deux divisions pour couvrir à Manteuffel pour équiper la 9. Armee près de Küstrin. Deux jours plus tard,
le flanc gauche du Prussien. Manteuffel tire un rapport catastrophique : après les attaques soviétiques, ses
À partir du 5 décembre, les Allemands débutent leurs unités sont réduites à quelques hommes et certaines n’existent que sur le papier.
préparatifs. L’attaque en elle-même démarre le 16 avec Il fait évacuer la tête de pont de l’Oder le 20 mars puis fait sauter les ponts…
un barrage d’artillerie qui surprend les unités américaines. Manteuffel laisse 58 000 hommes sur le terrain. Devant la puissance et le nombre
Les premières heures sont sous le sceau du succès des Soviétiques, le Prussien ne peut rien faire et doit subir une nouvelle attaque
puisque Saint-Vith est bientôt atteint tandis que les en règle un mois plus tard. Les faibles lignes de défense sont anéanties en un
Américains y laissent des hommes, encerclés. Le secteur rien de temps par l’artillerie et l’aviation soviétiques, tandis que les fantassins
de Clervaux est le seul à résister vraiment ; même si les parviennent à capturer une tête de pont à Wilhelmshöhe. Faisant feu de tout
Américains replient, ils le font en infligeant de lourdes bois, Manteuffel jette ses maigres réserves dans la bataille et une vingtaine de
pertes aux assaillants. Au 18 décembre, Manteuffel contre-attaques permettent de réduire drastiquement la taille de la tête de pont. Les
dresse un bilan mitigé, puisque Saint-Vith est toujours jours suivants, des contre-attaques vont se succéder mais toutes vont échouer.
entre les mains des Américains qui se ressaisissent au
nord du Luxembourg, à Clervaux. Il faudra attendre
encore trois jours pour que Saint-Vith ne tombe, faisant
disparaître l’effet de surprise escompté par Manteuffel.
Pis, ses unités commencent à manquer de munitions
et de carburant, l’obligeant encore à repousser sa pro-
gression vers Bastogne… Le 22 décembre, les unités de
Manteuffel se heurtent aux troupes américaines main-
tenant prévenues et bien préparées. Même si Bastogne
est encerclée, elle est loin de tomber, et la Meuse, bien
qu’à portée de main des Allemands, est bien protégée
par la 2nd Armored Division… L’enchaînement d’échecs
pousse les commandants allemands à se mettre sur
la défensive après Noël ; ces derniers voient, horri-
fiés, la 4th AD de Patton remontant de Lorraine les
contre-attaquer de plein fouet. Au début du mois de
janvier, les Alliés contre-attaquent depuis Hotton, for-
çant Manteuffel à se replier derrière sa ligne de départ.
Pour ses actions dans les Ardennes, Manteuffel va alors
recevoir les diamants.
104
ANNEXE 2 HASSO ECCARD
VON MANTEUFFEL
Les membres du
Volkssturm sont largement
mis à contribution sur le
front de l'est pour tenter
d'endiguer la marée
soviétique. Mais le niveau
de pugnacité de ces
troupes est au plus bas,
vétérans du premier conflit
mondial côtoyant jeunes
adolescents (quand ils
n'ont pas été enrôlés dans
des unités combattantes).
Au premier coup de feu,
la plupart de ces unités se
débanderont, emmenant
avec eux la ligne de front.
Bundesarchiv Bild 183-H28335
105
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
Manteuffel a eu le temps de se
coordonner avec ses homologues
roumains tout au long de son séjour
à l'est. Certaines unités de Budapest
sont ont combattu au côté des troupes
allemandes, parfois vaillamment,
gagnant le respect des officiers du
III. Reich. La chute de Budapest est
cependant inéluctable face aux troupes
soviétiques qui avancent inexorablement.
La relative simplicité
Vu sur [Link]
d'utilisation du
Panzerschreck en fait
une arme utilisable par
toutes les personnes en
âge de porter une arme,
notamment les membres
du Volkssturm ; ces
derniers sont cependant
bien plus armés d'armes
du début du XXe siècle
et de rares Panzerfaust
que des Panzerschreck,
qui demeurent l'apanage
des troupes « de métier ».
Jusqu'au dernier jour
des combats, ces armes
feront des victimes
parmi les tankistes
alliés. Bundesarchiv
Bild 146-1985-092-29
Même renommées
en Panzergrenadier-
Divisionen, certaines
unités en 1944-45 n'ont
plus le matériel qui doit
théoriquement composer
avec cette dénomination.
Les Sd. Kfz. 251, quand
ils ne manquent pas, n'ont
pas assez de carburant,
certains devant même
subir une transformation
en véhicules gazogènes.
Ces Panzergrenadier
ont encore le sourire pour
le photographe, mais
ces troupes vont être
taillées en pièces par les
Soviétiques. De plus en
plus jeunes et de moins
en moins entraînés, les
fantassins allemands
n'ont plus la possibilité de
s'opposer sérieusement,
au début de l'année 1945,
à leurs adversaires. NAC
106
ANNEXE 2 HASSO ECCARD
VON MANTEUFFEL
Vu sur [Link]
107
ANNEXE 3
LORRAINE PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
DE
1
Vu sur [Link]
LA LIGNE SIEGFRIED
UNE MURAILLE PLEINE DE TROUS
Arme de propagande par excellence pour le Reich, ligne de protection pour ses territoires, la Ligne Siegfried
- ou Westwall en langue de Goethe - est édifiée à partir des années 1930 pour faire face à une possible
invasion franco-britannique. Ce Limes, terme choisi par Hitler pour camoufler la construction en recherches
archéologiques (le terme représentant la frontière de l'Empire romain d'Occident), tombera en désuétude à
partir de 1940 et, désossé au profit du mur de l'Atlantique, ne sera qu'une coquille vide quatre ans plus tard...
108
ANNEXE 3 LA LIGNE
SIEGFRIED
2 3
109
PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
LORRAINE
DE
CONCLUSION
UN COUP D'ARRÊT INATTENDU...
Après avoir fait sauter le verrou de Metz, le général Walker a maintenant les mains libres pour reprendre
sa progression vers la Sarre, en tandem avec le XII Corps. La campagne de Lorraine touche à sa fin, les
Américains atteignant les frontières du III. Reich. Pour eux, cependant, il n’y a pas eu de campagne de
Lorraine, mais, en langue originale, la « Rhineland campaign »…
110
CONCLUSION
PAR LA FORCE DES CHOSES…
L’automne 1944 a mal débuté pour la Third Army de
Patton : le cocktail de pénurie et de défenseurs alle-
mands sous-estimés a été un coup d’arrêt pour son
armée. Jamais l’état-major américain n’aurait imaginé
que les Allemands installent une ligne de défense sur la
Moselle ; surtout, pour Patton, les Allemands allaient se
replier jusqu’au Westwall, qui offre une ligne de défense
toute prête (alors qu’en réalité, la fortification n’est
plus que l’ombre d’elle même). Sauf que la Lorraine se
trouvait être, pour les Allemands, le dernier territoire
avant le Reich à défendre – et qui plus est, la Moselle
est considérée comme appartenant pleinement à l’Alle-
magne nazie. Les XX, XII et XV Corps ont eu à affronter
des unités de qualités diverses, entre les bataillons de
convalescents ou de « bleus » inefficaces et d’autres
formations plus aguerries. Les Allemands ont compris
que leur seule solution pour freiner les chars de Patton
est d’utiliser à bon escient les obstacles du terrain ; or,
une fois la Moselle passée, c’est une grande plaine qui
s’offre à Patton.
Si Nancy est située trop au sud du dispositif allemand,
Metz et Thionville sont des positions optimales pour
Vu sur [Link]
111
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LORRAINE 1944 DE
PATTON
L'OCCASION MANQUÉE
… ET POURTANT !
Enfin, la Wehrmacht s’est certes arrêtée sur la Moselle,
mais l’intendance ne suit pas ; la plupart des unités n’ont
plus aucun véhicule, tandis que les Panzer-Divisionen
sont loin d’afficher le même potentiel que quatre mois
plus tôt. Le haut commandement est désorganisé mais
tente de faire de son mieux, malgré les inepties tactiques
du Führer ; alors qu’à Berlin on déplace des unités sur
le papier, la réalité est toute autre puisque quasiment
aucune n’est complète pour sa dotation de matériel.
C’est après-guerre, et notamment grâce au travail de
Hugh M. Cole, que la « campagne de Lorraine » a été
considérée distinctement de la « marche au Rhin ».
Les combats en eux-mêmes ne concerneront d’ailleurs
pas que cette région puisque l’aile gauche du XX Corps
112
CONCLUSION
va se porter dès septembre 1944 au Grand Duché du
Luxembourg ; l’offensive des Ardennes va contribuer à
faire oublier cette campagne qui pourtant a coûté cher
à l’US Army. Cette dernière va perdre 55 182 hommes
entre le 1er septembre et le 19 décembre 1944, dont
6 657 tués ; les pertes allemandes, de l’autre côté, sont
hélas difficilement mesurables à cause du délabrement
des lignes de communication et de la perte de certaines
archives. Impossible de mesurer aussi les pertes civiles,
car même si les populations ont quitté les zones de
combat dès qu’elles l’ont pu, d’autres individus atta-
chés à leur terre ont décidé de rester coûte que coûte.
La faible précision des bombardements américains sur
Metz ou la région de Thionville ont prélevé leur lot de
victimes civiles, tout comme les combats pour des
hameaux ou quelques villages dans l’est de la Moselle.
Impossible pourtant de nier que cette campagne a été
un choc pour Patton et les troupes américaines, qui ne
s’attendaient pas à trouver une résistance si vive à cet
endroit, mais qui ont activement été secondées par les
groupes de résistants locaux, FFI et FTP.
De nos jours, la Lorraine est redevenue une région pai-
sible, portant encore les stigmates des combats ayant
jalonné son Histoire. Les ouvrages autour de Metz et
ceux de la ligne Maginot sont pour encore beaucoup des
Vu sur [Link]
SOURCES
ses 10 489 stèles blanches, permet de ne pas oublier
ceux qui ont souffert dans la boue, la neige et la pluie
de ces mois d’automne 1944.
Cole (H.), The Lorraine Campaign, Whitman Publishing Edition, 2012
Caboz (R.), La bataille de Metz, Pierron, Sarreguemines, 1984
L’auteur tient à remercier particulièrement l’associa- Caboz (R.), La bataille de Thionville, Pierron, Sarreguemines, 1991
tion Moselle River 1944 et son président, M. Pascal Caboz (R.), La bataille de la Moselle, Pierron, Sarreguemines, 1981
Moretti, pour l’aide apportée dans la recherche ico- Petitdemange (F.), Genet (J-F.), Nos Libérateurs, Éditions de l’est, Nancy, 2004
nographique et le travail de mémoire. Zaloga (S.), Lorraine 1944, éditions Osprey, 2000
113
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