Note technique
sur les Protocoles du 8 juin 1977
additionnels aux Conventions de Geneve
La premiere Convention de Geneve date de 1864. Elle traite de
la protection des militaires blesses et malades sur le champ de
bataille.
En 1899, par les Conventions de La Haye, la protection fut
etendue aux militaires blesses, malades et naufrages dans la guerre
maritime.
En 1929, lors d'une revision et d'un elargissement des Conven-
tions, les prisonniers de guerre dans les conflits armes internatio-
naux furent places sous la protection du droit de Geneve.
En 1949, les quatre Conventions de Geneve, en vigueur
aujourd'hui, furent adoptees, traitant chacune de la protection
d'une categorie de victimes en temps de conflit arme internatio-
nal:
I re Convention: blesses et malades des forces armees en cam-
pagne
II e Convention: blesses, malades et naufrages des forces ar-
mees sur mer
IIP Convention: prisonniers de guerre
IVe Convention: population civile
II faut noter que l'article 3 commun aux quatre Conventions
accorde une protection de base a toutes les personnes qui ne
participent pas directement aux hostilites lors des conflits armes
non internationaux.
Actuellement, a la date du 30 septembre 1984, 160 Etats etaient
parties aux Conventions de Geneve.
De 1974 a 1977, a la suite de travaux preparatories approfondis,
la Conference diplomatique sur la reaffirmation et le developpe-
ment du droit international humanitaire applicable dans les conflits
armes a examine, durant quatre sessions de deux mois chacune
environ, les projets de deux Protocoles additionnels aux Conven-
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tions de Geneve, dont le texte fut finalement adopte par consensus
le 8 juin 1977. L'Acte final de la Conference a ete signe par 102
Etats, de meme que par trois mouvements de liberation.
Actuellement, au 30 septembre 1984, 46 Etats etaient parties au
Protocole I et 39 au Protocole II.
Chacun de ces protocoles apporte une contribution importante
a l'adaptation du droit international humanitaire aux problemes
actuels.
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Protocole I: Protection des victimes
des conflits armes internationaux
Ce Protocole, qui complete l'ensemble des quatre Conventions
de Geneve s'appliquant aux conflits armes internationaux, marque
un grand progres du droit international humanitaire sur deux
plans: d'une part, il developpe la protection de la population civile,
d'autre part, prenant en consideration les problemes de l'ensemble
des Etats actuels, il rend le droit international humanitaire plus
universel dans sa conception et sa formulation.
En ce qui concerne le developpement de la protection des civils,
les points suivants sont a relever:
— Le personnel sanitaire civil jouit desormais, s'il est dument
reconnu et autorise par la Partie au conflit dont il depend, d'une
protection similaire a celle reservee jusqu'ici au personnel sani-
taire militaire. Dans le meme sens, la mission medicate elle-meme
est protegee d'une maniere accrue et les transports sanitaires
(notamment aeriens) peuvent etre utilises plus et mieux, qu'ils
soient civils ou militaires. En outre, la signalisation protectrice a
ete amelioree et fait l'objet d'une annexe au Protocole.
— Pour la premiere fois, le principe a ete clairement pose que les
families ont le droit de connaitre le sort de leurs membres dont
elles sont separees, et de nouvelles dispositions sur les personnes
disparues et sur les restes des personnes decedees ont ete adop-
tees en vertu de ce principe.
— La population civile et les personnes civiles jouissent desormais
d'une protection generate contre les effets des hostilites. (Rappe-
lons que la IVe Convention protege les personnes civiles essen-
tiellement lorsqu'elles se trouvent au pouvoir de l'ennemi.) A
cette fin, diverses regies concernant la conduite des hostilites,
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dont certaines ont ete reprises des Conventions de La Haye
adoptees au debut de ce siecle, ont ete introduites dans le
Protocole. La reaffirmation du principe selon lequel le droit de
choisir des methodes ou moyens de guerre n'est pas illimite,
l'interdiction des attaques contre la population civile ou des
attaques aux effets indiscrimines, la protection des biens de
caractere civil, des biens culturels et des lieux de culte, des biens
indispensables a la population civile, des ouvrages et installa-
tions contenant des forces dangereuses, de meme que l'interdic-
tion des represailles contre de telles personnes ou biens consti-
tuent les elements essentiels de la protection generale des civils
contre les effets des hostilites, qui peut etre consideree comme le
progres le plus substantiel du Protocole I.
— Respect et protection sont accordes aux organismes de protec-
tion civile, dont l'intervention, notamment en cas de bombarde-
ments, peut sauver d'innombrables vies humaines.
— La possibilite d'envoyer des secours en faveur de la population
civile est elargie.
Lors de l'elaboration des Conventions de 1949, de nombreux
Etats ne jouissaient pas encore de l'independance. Ces Etats ont pu
faire entendre leur voix lors de la Conference de 1974-1977, ce qui a
favorise un developpement de I'universalite du droit international
humanitaire. Des resultats tangibles ont ete notamment obtenus sur
les questions suivantes:
— L'ensemble du droit international humanitaire pourra desor-
mais s'appliquer lors des guerres de liberation nationale.
— Le guerillero est reconnu comme combattant et comme prison-
nier de guerre en cas de capture a des conditions qui ont ete
allegees par rapport aux textes anterieurs.
— Le mercenaire se voit decerner le droit au statut de prisonnier de
guerre.
Protocole II: Protection des victimes
des conflits armes non internationaux
Ce Protocole complete l'article 3 commun aux quatre Conven-
tions de Geneve par des regies plus detaillees. II s'applique dans les
conflits armes, non couverts par le Protocole I, «qui se deroulent
sur le territoire d'une Haute Partie contractante entre ses forces
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armees et des forces armees dissidentes ou des groupes armes
organises qui, sous la conduite d'un commandement responsable,
exercent sur une partie de son territoire un controle tel qu'il leur
permette de mener des operations militaires continues et concertees
et d'appliquer le present Protocole».
Les progres essentiels apportes par ce Protocole sont les sui-
vants:
— Des garanties fondamentales sont accordees a toute personne ne
participant pas directement aux hostilites, des dispositions spe-
ciales etant prevues pour les personnes privees de liberte et en ce
qui concerne les poursuites penales.
— Des regies detaillees sont introduites pour proteger les blesses,
malades et naufrages, completees notamment par la protection
du personnel sanitaire et religieux et des unites et moyens de
transport sanitaires, qui peuvent arborer le signe distinctifde la
croix rouge ou du croissant rouge, et la protection generale de la
mission medicale.
— La population civile jouit d'une protection generale contre les
effets des hostilites, qui comprend notamment l'interdiction
d'attaquer la population civile en tant que telle ou d'utiliser la
famine a son encontre comme methode de combat, la protection
des biens indispensables a la survie de la population civile, des
ouvrages et installations contenant des forces dangereuses, des
biens culturels et des lieux de culte, ainsi que l'interdiction des
deplacements forces et des facilites pour les actions de secours
qui lui sont destinees.
En bref, tout en tenant dument compte des imperatifs de secu-
rite des Etats, les Protocoles du 8 juin 1977 assurent, lors des
conflits armes, une meilleure protection, notamment a la popula-
tion civile, et adaptent le droit international humanitaire aux rea-
lites contemporaines.
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