Document Reference TRACC
Document Reference TRACC
réchauffement
de référence
POUR
L’ADAPTATION
AU CHANGEMENT
CLIMATIQUE
(TRACC)
La Trajectoire de réchauffement de référence
pour l’adaptation au changement climatique
(TRACC)
2022 est l’année la plus chaude jamais enregistrée sur le pays depuis le début des relevés
en 1900. Sur l’ensemble de l’année, la température moyenne sur la France métropolitaine
a été 3 °C plus chaude qu’elle n’était au début du 20e siècle (1901-1930). 2022 se classe
ainsi au premier rang des années les plus chaudes, très loin devant 2020 qui détenait
jusqu’à présent le record. Les années les plus chaudes sont majoritairement des années
très récentes : 8 des 10 années les plus chaudes depuis le début du 20e siècle sont
postérieures à 2010.
Le constat est clair : les effets du réchauffement climatique sont déjà à l’œuvre sur notre
territoire, d’où la nécessité de renforcer notre politique d’adaptation.
L'Accord de Paris fixe l'objectif de rester bien en-dessous de 2 °C de réchauffement
mondial par rapport à l'ère préindustrielle et de poursuivre les efforts pour ne pas
dépasser 1,5 °C. Cependant nous ne sommes collectivement pas sur la bonne trajectoire :
les émissions mondiales de gaz à effet de serre continuent d’augmenter alors qu’il
faudrait qu’elles baissent rapidement et fortement pour freiner le changement
climatique. Dans un objectif de protection de la population et de résilience de
l’économie française, nous ne pouvons donc pas ignorer la tendance actuelle des
émissions de gaz à effet de serre mondiales : l’hypothèse d’un réchauffement mondial
supérieur à 2 °C d’ici la fin du siècle ne peut pas être exclue, même si l’atteinte des
objectifs de l’Accord de Paris reste notre priorité et notre combat. En effet, les
engagements pris à ce jour par les États lors des COP climat, bien qu’ils se renforcent
régulièrement, nous conduisent vers un réchauffement mondial de l’ordre de 3 °C ; et
quand bien même l’objectif de 2 °C serait atteint, les impacts du changement climatique
resteront significatifs. Sur les continents et en particulier en Europe, le réchauffement
constaté est plus important que la moyenne mondiale. En France métropolitaine, le
réchauffement est environ 50 % plus élevé.
Le rapport de l’Inspection générale de l’environnement et du développement durable,
publié en février, effectue une comparaison internationale des politiques d’adaptation
au changement climatique mises en place dans 8 pays et recommande que la France se
dote d’une trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement
climatique.
C’est l’ambition de cette consultation. Pour avancer de manière coordonnée sur ce sujet,
il est en effet nécessaire de se doter d’une trajectoire de réchauffement, définie à partir
de scénarios optimistes et pessimistes, qui servira de référence à toutes les actions
d’adaptation menées en France. Il pourra s’agir de distinguer un niveau général de
réchauffement à prendre en compte et un niveau plus élevé, utilisé pour des enjeux
1
critiques, comme certaines infrastructures. Il s’agit de répondre à la question : « Quel
niveau de protection souhaitons-nous atteindre ? ».
Ce document propose ainsi la définition de la trajectoire de réchauffement climatique.
Cela permettra de calibrer et d’harmoniser l’ampleur des dispositifs d’adaptation au
changement climatique et de les décliner localement. Ce travail enrichira la mise à jour
du Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC), bien sûr, qui devra
comporter des actions très concrètes cohérentes avec cette trajectoire.
2
1. Pourquoi et comment fixer une trajectoire de réchauffement de référence ? .. 4
1.1 Les effets du réchauffement climatique se font sentir dès maintenant ............................. 4
1.2 Réduire les émissions de gaz à effet de serre pour limiter le réchauffement climatique
est la priorité de l’action climatique ....................................................................................................... 5
1.3 Mais tant que la neutralité carbone ne sera pas atteinte au niveau mondial, le climat
continuera de se réchauffer et les impacts du réchauffement climatique s’aggraveront ........... 6
1.4 Le climat futur est directement dépendant des émissions au niveau mondial. Il est
nécessaire de se fixer un objectif d’adaptation qui intègre l’incertitude sur le niveau des
émissions futures ......................................................................................................................................... 7
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1. Pourquoi et comment fixer une trajectoire de
réchauffement de référence ?
1.1 Les effets du réchauffement climatique se font sentir dès
maintenant
4
Concernant la sécheresse des sols, l’année 2022 est également illustrative de
conditions amenées à se reproduire de plus en plus souvent. Un record historique de
sécheresse des sols s’est étendu de mi-juillet à mi-août 2022 et prolongé tout au long
de l’automne dans les régions les plus méridionales. L’ensemble des composantes de
la ressource en eau (débit des cours d’eau, niveau des nappes et des retenues) ont été
fortement affectées par cet événement.
Cet état de sécheresse et les situations météorologiques rencontrées ont entraîné des
feux de forêts d’une ampleur inégalée au 21e siècle, notamment dans le Sud-Ouest.
Leur extension sur le territoire a aussi été inédite, atteignant la Bretagne, les Alpes du
Nord ainsi notamment que le Jura.
Enfin, le changement climatique aura, et a déjà, un impact particulièrement fort sur
les territoires ultra-marins, souvent plus exposés et disposant de moins de marges
naturelles de résilience. Les impacts très concrets sont déjà visibles sur l'évolution des
précipitations, la hausse du niveau de la mer, l'intensité des cyclones, les dégradations
des écosystèmes naturels ou encore les difficultés rencontrées par la pêche et par
l’agriculture.
Afin de limiter les impacts du changement climatique, l’Accord de Paris, signé en 2015,
prévoit de contenir l'élévation de la température moyenne de la planète nettement
en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels et de poursuivre l'action
menée pour limiter cette élévation à 1,5 °C.
L’origine humaine du changement climatique ne fait plus aucun doute : ce sont nos
émissions de gaz à effet de serre qui font augmenter la température sur Terre. Pour
stabiliser le réchauffement climatique, il faut donc au minimum arriver à la neutralité
carbone à échéance désormais rapprochée, c’est-à-dire ne pas émettre plus de gaz
carbonique que ce que nous sommes capables d’absorber par des actions humaines
visant notamment à renforcer les puits de carbone (sols, forêts, produits bois, zones
humides…).
La France s’est engagée à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Afin d’y parvenir,
le code de l’énergie fixe un objectif de division de nos émissions de gaz à effet de serre
par un facteur supérieur à six entre 1990 et 2050. La deuxième Stratégie nationale bas-
carbone (SNBC), adoptée en 2020, détaille la feuille de route de la France pour
atteindre la neutralité carbone en 2050 et réduire l’empreinte carbone1 de la
consommation des Français. La SNBC donne des orientations pour mettre en œuvre,
1
L'empreinte carbone représente la quantité de gaz à effet de serre induite par la demande finale intérieure
d'un pays (consommation des ménages, des administrations publiques et des organismes à but non lucratif et
les investissements), que les biens ou services consommés soient produits sur le territoire national ou importés.
En tenant compte du contenu en gaz à effet de serre des importations, l'empreinte carbone permet d'apprécier
les pressions sur le climat de la demande intérieure française quelle que soit l'origine géographique des produits
consommés.
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dans tous les secteurs d’activité, la transition vers une économie bas-carbone,
circulaire et durable. Elle définit une trajectoire de réduction des émissions de gaz à
effet de serre jusqu’à 2050 et fixe des objectifs à court et moyen termes à travers les
budgets carbone pour les périodes 2019-2023, 2024-2028 et 2029-2033. La France n’a
jamais réduit aussi rapidement ses émissions de gaz à effet de serre que ces cinq
dernières années. Ainsi, depuis 2017, la baisse a atteint 9,6 %.
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Cela concerne notamment les extrêmes de températures, l’intensité des pluies
extrêmes 2, la sévérité des sécheresses, l’augmentation en fréquence et l’intensité des
évènements climatiques rares. Par ailleurs, la fonte des glaciers et la hausse du niveau
des mers se poursuivront pendant plusieurs siècles.
Le changement climatique impactera également la santé humaine (augmentation des
maladies vectorielles transmises par les moustiques, hausse de la mortalité liée aux
vagues de chaleur, augmentation des maladies respiratoires et cardiovasculaires,
allergies, maladies animales et humaines, y compris les zoonoses, apparaissant dans
de nouvelles zones…), en sus de ses impacts sur l’accès à l’eau et à l’alimentation et sur
la recrudescence des évènements extrêmes avec les risques de décès associés.
Que ce soit dans le monde ou en France, la plupart des secteurs seront touchés et
certains le seront très gravement. En parallèle de nos efforts pour réduire nos
émissions de gaz à effet de serre, il est donc nécessaire de s’adapter au changement
climatique, c’est-à-dire se préparer et anticiper les risques qui y sont liés.
Afin d’identifier les impacts futurs du changement climatique et les risques associés
sur notre territoire et de définir les actions qui devront être mises en place pour les
anticiper et les minimiser, il est nécessaire de savoir à quoi ressemblera le climat de la
France à l’avenir. Les impacts apparaîtront et s’aggraveront au fur et à mesure que la
température augmentera. Il s’agit donc de planifier en amont les efforts plus ou moins
rapides qui devront être faits.
Du fait de la longue durée de vie de certains gaz à effet de serre dans l’atmosphère, le
climat à horizon 2050 est déjà globalement connu. Au-delà, le climat sera déterminé
par les futures émissions mondiales de gaz à effet de serre. Pour le moyen et le long
termes, il faut donc prendre des décisions dans un contexte d’incertitude de
l’évolution du climat.
Pour assurer la cohérence des actions d’adaptation au changement climatique et
avancer de manière coordonnée, il est proposé d’avoir un référentiel commun, pour
tous les secteurs et territoires de notre pays : à quel climat doit-on se préparer à quel
horizon temporel ?
2
Le GIEC considère le plus souvent comme extrêmes les précipitations quotidiennes maximales au cours d’une
année. Ce résultat est considéré comme très probable sur la plupart des régions du monde.
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modèles qui produisent des projections climatiques et d’en déduire de nombreux
impacts à des échelles mondiale ou régionale.
Depuis quelques années, les connaissances scientifiques ont progressé et il est
désormais établi que les climats régionaux et leurs impacts dépendent essentiellement
du niveau de réchauffement mondial atteint, c’est-à-dire de l’ampleur du changement
climatique et non pas de la vitesse de ce réchauffement. La hausse du niveau des mers
et les risques associés (submersions…) font exception à ce constat, car la hausse du
niveau des mers présente une inertie importante et dépend également de la vitesse à
laquelle se produit le réchauffement.
Fort de ce résultat, le GIEC présente désormais la plupart des impacts du changement
climatique en fonction du niveau de réchauffement mondial qui serait atteint. Les
valeurs les plus utilisées sont +1,5 °C, +2 °C, +3 °C et +4 °C par rapport à la température
mondiale durant l’ère préindustrielle, estimée comme la moyenne entre 1850 et 1900.
Cette présentation des impacts à attendre du changement climatique par rapport à
un réchauffement mondial présente de nombreux avantages :
- il n’est plus nécessaire de choisir un scénario de concentration ou d’émissions,
aux hypothèses sous-jacentes complexes pour connaître les impacts auxquels
s’adapter ;
- lorsque le GIEC met à jour tous les 7 ans en moyenne ces hypothèses, il crée
un nouveau jeu de scénarios qui n’est pas parfaitement compatible avec le
précédent. L’ancien jeu de scénarios devient alors très vite obsolète de même
que les études menées précédemment avec celui-ci ;
- le GIEC n’associe aucune probabilité de réalisation à ses scénarios alors qu’il
fournit désormais des estimations du réchauffement à attendre en fonction des
politiques en place et des engagements des États, en lien notamment avec les
objectifs de température de l’Accord de Paris qui sont eux aussi exprimés sous
forme de niveau de réchauffement mondial ;
- le changement climatique est un phénomène mondial et partager un
référentiel s’appuyant sur une élévation de la température moyenne mondiale
permettra de débattre sur les mêmes bases que d’autres pays et d’adopter une
démarche compréhensible par la communauté scientifique internationale ;
- il est beaucoup plus facile de communiquer sur les risques à attendre du
changement climatique en fonction des niveaux de réchauffement qu’en
fonction de scénarios d’émissions de GES, comme l’illustre la figure suivante
publiée sur le site internet de Météo-France et adaptée d’un des derniers
rapports du GIEC. Les chiffres qui y sont donnés correspondent à des
phénomènes observés et projetés en moyenne sur le globe.
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Infographie Météo-France, selon GIEC
Question 1
La France doit-elle se doter d’une trajectoire de réchauffement de référence d’ici la
fin du siècle pour l’adaptation de la France, tout en poursuivant ses efforts pour
réduire les émissions de gaz à effet de serre en ligne avec les objectifs de l’Accord
de Paris ?
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2. Quels sont les deux scénarios de réchauffement
envisagés ?
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2.2 À 1,5° C de réchauffement climatique mondial, de nombreux impacts
seront déjà constatés en France métropolitaine
Dans un scénario de réchauffement mondial à 1,5 °C par rapport à l’ère
préindustrielle, la hausse moyenne de la température annuelle sur la France
métropolitaine s’élève à environ 2 °C par rapport à la période préindustrielle.
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écosystèmes. Couplé à des températures plus élevées, ce manque d’eau impactera la
production agricole et la production d’énergie.
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évolutions décrites ici ne sont pas représentatives des épisodes méditerranéens
pouvant dépasser souvent 150 mm de précipitations en un jour, et non représentées
dans les projections climatiques actuellement disponibles.
Le contraste Nord-Sud de l’évolution du cumul annuel de précipitation est plus
marqué dans ce scénario, avec une légère baisse sur la moitié Sud accentuée aux
abords des Pyrénées et une légère hausse sur la moitié Nord, notamment vers les
frontières Nord-Est. Comme dans le scénario optimiste, l’incertitude reste cependant
forte sur le signe de l’évolution du cumul annuel (baisse ou hausse du cumul).
L’évolution attendue de la durée des épisodes de sécheresses météorologiques
(absence ou faibles précipitations) est plus forte dans ce scénario. La moitié Sud et la
façade Ouest du pays restent les régions les plus concernées par ces évolutions, avec
des épisodes secs de plus d’un mois l’été.
Les sécheresses agricoles et hydrologiques deviendront extrêmement préoccupantes
du fait de l’augmentation considérable de l’évapotranspiration, avec des
conséquences très importantes sur l’agriculture, la forêt et la biodiversité.
Le stock de neige faiblira drastiquement au printemps dans les Pyrénées comme dans
les Alpes, et les cours d’eau connaitront des niveaux très bas en été. Les situations de
pénurie d’eau se multiplieront. La quasi-totalité des glaciers français auront disparu.
A l’inverse, une augmentation de la fréquence des inondations pourrait impacter les
choix d’aménagement du territoire, les capacités assurantielles, la sécurité des
personnes et leur capacité à se déplacer.
iii) Effets territoriaux et sectoriels
A 3 °C de réchauffement climatique mondial, l’intensité et la fréquence des impacts
du changement climatique vont fortement augmenter. Les bâtiments (logements,
bureaux, établissements scolaires et de santé), les services et infrastructures de
transport, les réseaux d’énergie, d’eau et de télécommunication devront être en
capacité de continuer à fonctionner malgré de longs épisodes de fortes chaleurs.
La hausse du niveau des mers accélèrera le phénomène d’érosion du trait de côte et
les submersions marines seront plus fréquentes, menaçant les infrastructures côtières
(logements, infrastructures portuaires et touristiques…).
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Les simulations climatiques et informations sur le climat futur disponibles sur les
régions d’Outre-mer sont beaucoup plus limitées à ce jour qu’en métropole. Pour
rattraper ce retard, Météo-France réalisera des simulations climatiques à échelle fine
permettant de disposer de la description détaillée des deux scénarios de
réchauffement dans un délai rallongé (environ 2 ans) ainsi que de développer des
services climatiques adaptés aux enjeux et vulnérabilités des territoires.
Martinique-Guadeloupe
• 1,3°C [ 1,1 ; 1,5 ] • 2.5°C [ 2,3 ; 2,9 ]
(référence Caraïbes)
Nouvelle Calédonie-
Polynésie
• 0,9°C [ 0,7 ; 1,1 ] • 1,9 °C [ 1,6 ; 2,1 ]
(référence Océan Pacifique
Sud)
La Réunion-Mayotte
• 1,3°C [ 1,1 ; 1,5 ] • 2,6°C [ 2,3 ; 2,8 ]
(référence Madagascar)
Guyane
(Référence Nord de • 1,7°C [1,3 : 2,2] • 3,5°C [ 2,8 ; 4,2 ]
l’Amérique du Sud)
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2.5 La trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation de la
France pourrait s’appuyer sur le scénario plus pessimiste
Comme le montre la figure ci-dessous, on ne peut pas affirmer que le monde s’est
placé sur une trajectoire permettant de ne pas dépasser 1,5 °C de réchauffement
global par rapport à l’ère pré-industrielle. En effet, si les émissions françaises sont en
baisse et que la France s’est engagée dans une trajectoire de neutralité carbone en
2050, les émissions mondiales de gaz à effet de serre ont continué à augmenter
fortement entre 2010 et 2019. Après une baisse significative en 2020 suite à la crise
sanitaire, elles ont retrouvé en 2021 et 2022 des niveaux équivalents, voire supérieurs
à 2019. Or, pour respecter l’objectif de l’Accord de Paris de limiter le réchauffement
climatique mondial à 1,5°C par rapport à l’ère pré-industrielle, il aurait fallu que les
émissions mondiales de gaz à effet de serre aient déjà commencé à diminuer.
Compte-tenu des difficultés à stabiliser puis réduire les émissions mondiales de gaz à
effet de serre, ce qui est indispensable pour atteindre les objectifs de l’Accord de
Paris, et afin de s’assurer que les Français soient bien protégés des impacts du
changement climatique, il est proposé que la trajectoire de réchauffement de
référence pour l’adaptation de la France soit basée sur l’hypothèse plus pessimiste. Il
s’agirait ainsi de s’adapter progressivement à un niveau de réchauffement mondial de
1,5 °C en 2030, 2 °C en 2050 et 3 °C en 2100 par rapport à l’ère pré-industrielle, soit un
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niveau de réchauffement France métropolitaine d’environ 2 °C en 2030, 2,7 °C en
2050 et 4 °C en 2100.
Question 2 :
Que pensez-vous d’une trajectoire de réchauffement de référence pour
l’adaptation de la France (TRACC) dont les niveaux de réchauffement de référence
seraient : +1,5°C en 2030, +2°C en 2050 et +3°C en 2100 au niveau mondial, soit un
niveau de réchauffement France métropolitaine de +2° en 2030, +2,7°C en 2050 et
+4°C en 2100 par rapport à l’ère pré-industrielle ?
3.1 Des outils sont mis à la disposition des différents acteurs pour identifier les
conséquences locales du changement climatique
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de la Cohésion des Territoires. Ce site est organisé autour de trois espaces distincts
qui permettent aux usagers de s’approprier progressivement les données disponibles
sur le portail. L’espace dit ‘Découverte’ permet ainsi une découverte interactive des
projections climatiques via de la visualisation cartographique, en choisissant différents
critères de sélection, les modèles, les scénarios d’émission, les variables/indicateurs,
les horizons temporels. Les données sont téléchargeables gratuitement dans l’espace
dit ‘Données et produits’.
Le Portail DRIAS-Eau, construit selon les principes du portail DRIAS, répond à la
demande des gestionnaires de l'eau de pouvoir accéder facilement aux données de
simulations hydrologiques sur leurs bassins (résultats du projet national Explore 2) afin
de prendre en compte le changement climatique, notamment dans leurs Schémas
d'Aménagement et de Gestion des Eaux (SAGE). Ce portail s’adresse également aux
élus locaux, bureaux d’étude et professionnels d’une activité en rapport avec la
gestion de l’eau.
Outil de vulgarisation, l’application Climat HD donne accès à des informations simples
sur le changement climatique à l’échelle régionale : graphiques et messages clés pour
prendre la mesure des évolutions en cours et à venir. Elle permet de visualiser les
évolutions du climat passées et futures à l'échelle nationale et pour les régions
françaises. Elle est alimentée par des observations pour le climat passé et par les
projections climatiques menées par Météo-France et l'ensemble de la communauté
scientifique internationale pour le climat futur. Climat HD intègre des données issues
du portail DRIAS.
L’application Climadiag Commune a été mise au point par Météo-France avec
l’objectif de mettre à disposition un diagnostic simple d’évolution du climat à l’horizon
2050 à l’échelle de son territoire. Cette application propose ainsi un accès direct et
instantané aux principales évolutions attendues pour une commune ou
intercommunalité à l’horizon du milieu du siècle. Les données utilisées sont issues du
portail DRIAS (sélection de quelques indicateurs climatiques) et bénéficient de modes
de visualisation simplifiés.
Les différents services climatiques précités devront être progressivement mis à jour
afin d’intégrer les niveaux de réchauffement de la TRACC comme hypothèses de
calcul pour mettre à disposition des collectivités locales, des entreprises et du grand
public des outils simples et faciles d’utilisation.
En premier lieu, les données climatiques et informations de référence sur la TRACC
seront accessibles sur le portail DRIAS à l’horizon de la fin d’année 2023. Ces jeux de
données à haute résolution spatiale (8 km) seront libres d’accès au téléchargement
sous forme de données quotidiennes représentatives du climat moyen (température,
précipitation et autres variables) correspondant aux niveaux de réchauffement
retenus. Ces données seront complétées par différents indicateurs représentatifs
notamment des extrêmes climatiques attendus pour ces références. Des cartes
téléchargeables et zoomables à l’échelle régionale ou départementale seront
proposées ainsi qu’un ensemble d’informations décrivant les jeux de données mis à
disposition, les diagnostics associés et les retours d’expérience de leur utilisation.
Les données de référence de la TRACC seront aussi déclinées en 2024 sur le portail
DRIAS_Eau à travers l’ensemble des simulations hydrologiques produites par le projet
Explore 2, tant pour des variables de surface telles que l’humidité du sol ou l’équivalent
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en eau du manteau neigeux que pour la ressource en eau souterraine (niveaux des
nappes) ou les eaux de surface (débits).
Les données de référence de la TRACC auront également vocation à être prises en
compte par des services comme Climadiag Commune.
Un travail similaire va être lancé par le BRGM pour déterminer le niveau de la mer pour
les côtes françaises pour les différents niveaux de réchauffement et horizons
temporels de la TRACC. Les processus océaniques et géodynamiques plus locaux
pouvant affecter la justesse de ces projections seront décrits, ainsi que l’état des
connaissances sur le sujet. Les résultats de ces travaux devraient être disponibles à
l’automne et seront mis gratuitement à la disposition du public.
Ces données permettront aux différents acteurs locaux d’estimer les impacts attendus
du changement climatique sur leur territoire.
De très nombreux secteurs d’activités s’appuient sur des référentiels, des normes ou
des réglementations techniques permettant de spécifier le cadre à respecter pour
exercer leurs pratiques, construire, gérer et entretenir leurs réseaux, infrastructures,
matériels. Beaucoup de ces référentiels ont une composante climatique, c’est-à-dire
qu’ils spécifient les conditions climatiques dans lesquelles doivent pouvoir
fonctionner nominalement les matériels, les infrastructures ou les processus
contribuant à ces activités. Il peut s’agir par exemple de plages de température
extérieure, d’intensité de précipitation, de force de vent, de débit d’une rivière, de
poids de la neige sur les toits, de niveau de la mer ou de hauteur des vagues. On trouve
ces référentiels et réglementations techniques à composante climatique notamment
pour les secteurs suivants : bâtiment, urbanisme, transports, production et transport
d’énergie, réseaux et infrastructures, prévention des risques naturels.
Dans le passé, ces référentiels et réglementations techniques étaient établis sur la base
de la climatologie locale, déduite des données climatiques observées ou analysées sur
une période idéalement des 30 dernières années. Les effets du changement climatique
étant désormais clairement visibles, il n’est plus raisonnable de s’appuyer uniquement
sur des référentiels et réglementations ne tenant pas compte du changement
climatique déjà constaté, ni même des changements futurs pour les activités
s’appuyant sur des infrastructures ou des matériels de longue durée de vie. Par
exemple, les travaux du GIEC indiquent que, à l’échelle mondiale, pour chaque degré
de réchauffement, l’intensité des pluies extrêmes augmente d’environ 7%. A titre
d’illustration, s’adapter à + 3°C de réchauffement mondial impliquerait donc que tous
les réseaux pluviaux soient conçus de manière à évacuer environ 20% de pluie en plus
que sous le climat passé.
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Faire évoluer, pour tenir compte du climat futur, l’ensemble des référentiels, normes
et réglementations techniques qui ont une composante climatique serait une mesure
particulièrement efficace pour garantir une adaptation au changement climatique
systématique et pertinente d’un nombre considérable de secteurs, y compris pour les
activités les plus essentielles. Cette évolution devra tenir compte de la durée de vie
des pratiques, réseaux, infrastructures et matériels concernés et des impacts associés
aux niveaux de réchauffement de la TRACC. Elle devra être également adaptée en tant
que de besoin aux spécificités des Outre-mer pour prendre en compte les éventuels
enjeux de rattrapage.
Cela concernerait à la fois des réglementations d’application obligatoire et des
normes. Des travaux par secteur seront donc nécessaires pour définir, en concertation
avec les parties prenantes, le niveau de protection à atteindre et selon quel calendrier,
en prenant en compte les dimensions de faisabilité technique, économique, etc. Cette
évolution ne se bornera pas à la mise à jour des variables climatiques mentionnées
dans les référentiels en fonction de leur évolution conformément à la TRACC, mais
nécessitera aussi de réinterroger la pertinence même des variables climatiques
utilisées dans les référentiels concernés.
Pour les infrastructures les plus critiques, par exemple nécessaires pour l’accès des
secours au territoire en cas de crise, l’approvisionnement en énergie du territoire, la
desserte et l’approvisionnement des territoires insulaires, le niveau de prise en compte
des phénomènes peu probables mais à fort impact, tels que des changements
importants dans les précipitations, des changements brusques de la circulation
océanique ou un effondrement de calottes glaciaires (qui entraînerait une élévation
beaucoup plus importante et plus rapide du niveau de la mer) devra être
particulièrement étudié. Les interdépendances entre les infrastructures devront
également être prises en compte.
Au niveau local, les collectivités sont en première ligne pour mettre en œuvre les
actions d'adaptation au changement climatique qui permettront d'améliorer la
résilience de leur territoire tout en créant des emplois locaux. L’adaptation est donc
un volet obligatoire des schémas régionaux d'aménagement, de développement
durable et d'égalité des territoires (SRADDET) et des plans climat-air-énergie
territoriaux (PCAET) pour les territoires métropolitains et des schémas régionaux
d'aménagement (SAR) des territoires ultramarins. Les études de vulnérabilité
préalables à l’élaboration de ces documents devront prendre la TRACC comme
hypothèse d’entrée d’évolution du climat.
La TRACC serait également intégrée dans les autres documents de planification
encadrant l’action des collectivités territoriales ayant une composante climatique
(SCoT, PLUi, SDAGE…). L’accompagnement devra être adapté aux capacités de mise
en œuvre des collectivités, en métropole comme en outre-mer.
Le changement climatique aura des conséquences très différentes selon les territoires
et les activités économiques concernées mais ses impacts seront partout majeurs.
Swiss-Re anticipe ainsi une baisse du produit intérieur brut (PIB) de la France qui
pourrait atteindre 13,1% à +3° C de réchauffement mondial. Du côté des assurances,
les dégâts pourraient augmenter de 30% à horizon 2050. S’agissant de l’agriculture,
des pertes de récolte de 7,4% pour le blé et de 9,5% pour l’orge sont attendues en
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2050. Pour la forêt, la perte de rendement est évaluée entre 4,6 % à 11,6% pour le pin.
Sur le réseau routier, les rénovations rendues nécessaires par les dégâts causés par le
changement climatique entraîneraient un surcoût de 5%, soit 22 Mds€ d’ici 2050.
Question 3 :
Quels outils et quel accompagnement technique et financier devraient être mis à la
disposition des collectivités, des acteurs économiques et du public pour qu’ils
puissent prendre en compte les impacts envisagés dans le futur du réchauffement
climatique ?
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Estimez-vous que la mise à jour des normes, référentiels et réglementions
techniques serait une action efficace à mener pour décliner la TRACC ? Quels
seraient les points clés à respecter dans cette action ? Voyez-vous des obstacles
possibles à l’adaptation des référentiels techniques (technologiques, juridiques,
financiers, organisationnels...) ?
Quelles sont vos attentes par rapport aux modalités de concertation pour la
définition collective des niveaux de protection à atteindre ?
Comment intégrer au niveau local la TRACC dans les plans d’actions des collectivités
locales ?
Comment la TRACC peut être un outil pour adapter les filières économiques au
réchauffement climatique ?
21
4. Annexe I - Tableau de correspondance entre scénarios
du GIEC et niveaux de réchauffement
Dans le rapport de son Groupe de Travail 1 publié en 2021, le GIEC a décrit dans le
tableau ci-dessous les niveaux de réchauffement mondial simulés pour ses 5 scénarios
et pour 3 échéances à court, moyen et long termes. Pour chaque échéance, les
« meilleures estimations » et les fourchettes de valeurs très probables, correspondant
à l’intervalle de confiance 90%, sont calculées sur les 3 périodes de 20 ans indiquées
dans le tableau.
Le GIEC présente ainsi ces scénarios dans le résumé pour décideurs du Groupe de
Travail 1 : la réponse du climat à cinq scénarios illustratifs qui couvrent l'éventail des
évolutions futures possibles des facteurs anthropiques du changement climatique
disponibles dans la littérature scientifique a été évaluée. Ces scénarios débutent en
2015 et incluent des scénarios d’émissions de gaz à effet de serre (GES) élevées et très
élevées (SSP3-7.0 et SSP5-8.5), avec des émissions de CO2 atteignant près du double
des niveaux actuels d'ici à 2100 et 2050, respectivement, des scénarios d’émissions de
GES intermédiaires (SSP2-4.5) avec des émissions de CO2 qui restent proches des
niveaux actuels jusqu'au milieu du siècle, et des scénarios d’émissions très basses et
basses de GES, avec des émissions de CO2 diminuant jusqu'à des émissions nettes
égales à zéro vers ou après 2050, suivies de niveaux variables d’émissions nettes
négatives de CO2 (SSP1-1.9 et SSP1-2.6), comme l'illustre la figure 4 de son résumé pour
décideurs.
Il n’y a pas de correspondance parfaite entre ce nouveau jeu de scénarios SSPx-y avec
la génération précédente de scénarios RCPy développée il y a près d’une quinzaine
d’années. Les hypothèses sous-jacentes sont plus riches dans les scénarios récents et
sont donc différentes des précédents. Certains de ces scénarios présentent
cependant un même niveau de forçage radiatif en 2100 d’une génération à l’autre,
donné en W/m² par le chiffre « y » à la fin du nom du scénario. C’est le cas des RCP 2.6,
RCP 4.5 et RCP 8.5 mais les SSP1-1.9 et SSP3-7.0 n’avaient pas d’équivalent en termes
de forçage radiatif dans la génération des RCP, et le scénario RCP 6.0 n’a pas
d’équivalent dans la génération des scénarios SSP.
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5. Annexe II – Cartes
Les impacts sur la France du scénario “Accord de Paris” sont illustrés en s’appuyant sur
des indicateurs issus du jeu de données DRIAS-2020 avec un scénario de
réchauffement national de +1,3°C [0,9°C;1,9°C] par rapport à la référence 1976-2005,
cohérent avec un réchauffement de +2°C par rapport à l'ère pré-industrielle.
Le scénario “pessimiste” est illustré avec un scénario de réchauffement national de
+3,9°C [3,2°C;4,7°C] par rapport à la référence 1976-2005, soit un peu plus que +4°C
par rapport à l'ère-pré industrielle.
Toutes les cartes sont présentées en anomalie par rapport à la référence 1976-2005.
Elles sont produites à partir d’un ensemble de projections climatiques, ce qui permet
de décrire le champ des possibles en encadrant la valeur médiane par une fourchette
correspondant à un intervalle de confiance à 90%.
A ce stade, seules les données pour la Métropole sont disponibles, mais un travail
complémentaire pour les territoires ultra-marins sera effectué.
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Température moyenne annuelle
Cartes des écarts de température moyenne annuelle pour les scénarios « Accord de
Paris » (en haut) et « pessimiste » (en bas) : enveloppes basses (à gauche), médianes (au
centre) et enveloppes hautes (à droite) de l’ensemble des projections.
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Nombre de jours de vagues de chaleur
Cartes des écarts de nombre de jours de vagues de chaleur (nombre de jours des
évènements anormalement chauds [anomalie de +5 °C] durant au moins 5 jours
consécutifs) pour les scénarios “Accord de Paris” (en haut) et “pessimiste” (en bas) :
enveloppes basses (à gauche), médianes (au centre) et enveloppes hautes (à droite).
En gris, les zones de relief au-dessus de 1 000m pour lesquelles l’indicateur n’est pas
pertinent.
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Nombre de nuits tropicales
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Cumul annuel de précipitations
Cartes des écarts de cumul annuel de précipitation pour les scénarios “Accord de
Paris” (en haut) et “pessimiste” (en bas) : enveloppes basses (à gauche), médianes (au
centre) et enveloppes hautes (à droite).
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Intensité de pluies quotidiennes fortes
Cartes des écarts de l’intensité des pluies quotidiennes fortes (centile 99 du cumul
quotidien de précipitation) pour les scénarios “Accord de Paris” (en haut) et
“pessimiste” (en bas) : enveloppes basses (à gauche), médianes (au centre) et
enveloppes hautes (à droite).
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Durée des sécheresses météorologiques estivales
Cartes des écarts de la durée des sécheresse (maximum de nombre de jours sans pluie
consécutifs) en été pour les scénarios “Accord de Paris” (en haut) et “pessimiste” (en
bas) : enveloppes basses (à gauche), médianes (au centre) et enveloppes hautes (à
droite).
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