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Ironie et Inquisition dans Candide 6

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Composante didactique

Niveau : 2bac
Activité : lecture
Capacité : Etre capable d’’étudier méthodiquement les thèmes en présence dans l’œuvre.
Durée :2h
Passage 3 : chapitre 6
Déroulement de la séance
I-Situation du passage
La scène se passe au Portugal, à Lisbonne, après un tremblement de terre. Candide et
Pangloss vont être exécutés. Candide a déjà été confronté à un certain nombre de situations douloureuses
comme l'enrôlement, la guerre, la cruauté humaine, les retrouvailles avec un Pangloss défiguré, la tempête,
le tremblement de terre de Lisbonne. On le retrouve ici aux prises avec l'inquisition.
II- identification du texte
Type : narratif descriptif
Personnages : candide, Pangloss, les deux portugais, un biscayen, les sages
Temps verbaux : imparfait, passé simple
Tonalité : ironique, satirique, tragique, pathétique
III- Formulation des axes de lecture
Un autodafé mis en scène comme un spectacle cruel.
Une condamnation du fanatisme religieux
Le tremblement de terre n'est qu'un prétexte pour satisfaire aux superstitions.
Une nouvelle étape dans la remise en cause de la philosophie optimiste
IV- Définition des axes de lecture
L’ASPECT SPECTACULAIRE DE LA SCENE
a) L’aspect rituel de la scène
D’emblée, on note une insistance sur la justification de l’événement et son apparente rationalité, les
décisionnaires sont des « sages », la décision est appuyée par des instances sérieuses : « l’université de
Coïmbre », le mot université renvoie bien sûr au règne de la raison et du savoir. Efficacité assurée, ton de
la certitude : « moyen plus efficace »/ « secret infaillible ».
Lexique religieux (spécialisé) : « san-benito », « mitres », « procession », « sermon », « faux-bourdon », «
prêché », « absous », « béni ».
L’événement est présenté comme habituel et rituel : « quoique cela ne soit pas la coutume ».
b) Un spectacle
Dimension spectaculaire donnée à l’événement : « en grande cérémonie »/ « le spectacle de quelques
personnes brûlées à petit feu ».
Valorisation par adjectifs mélioratifs : « bel autodafé »/ « grande cérémonie »/ « belle musique ».
Opposition entre la rapidité de l’évocation de la prison (« huit jours après ») et le ralentissement mettant en
valeur la cérémonie, notamment du fait des précisions données sur son déroulement et sur les vêtements.
Des tenues ressemblants à des déguisements : « la mitre et le san-benito de Candide étaient peints de
flammes renversées et de diables qui n’avaient ni queues ni griffes ; mais les diables de Pangloss portaient
griffes et queues, et les flammes étaient droites ».
Arrivée théâtrale : « Ils marchèrent en procession ainsi vêtus ».
Présence de la musique : « une belle musique en faux-bourdon », « fessé en cadence, pendant qu’on
chantait ».
Des personnages transformés en objets, en pantins : « on vint lier après le dîner le docteur Pangloss et son
disciple Candide »/ « tous deux furent menés »/ « ils furent tous deux revêtus d’un san-benito, et on orna
leurs têtes de mitres de papiers »/ « Candide fut fessé »/ « Pangloss fut pendu ».
Décalage entre l’esthétisme de la cérémonie et la cruauté des pratiques comme c’était déjà le cas dans le
chapitre III sur la guerre, ce qui indique la présence d’ironie.
II. UNE DENONCIATION VIOLENTE ET IRONIQUE
a) Dénonciation des superstitions
Disproportion entre les fautes et les peines : « un Biscayen convaincu d’avoir épousé sa commère », « deux
portugais qui en mangeant du poulet en avaient arraché le lard »/ « le Biscayen et les deux hommes qui
n’avaient point voulu manger de lard furent brûlés » et « on vint lier après le dîner le docteur Pangloss et
son disciple Candide, l’un pour avoir parlé, et l’autre pour avoir écouté avec un air d’approbation »/ «
Candide fut fessé en cadence »/ « Pangloss fut pendu ».
Coïncidence entre le sacrifice inutile d’innocents et d’un second tremblement de terre, souligné par le
complément circonstanciel de temps : « Le même jour la terre trembla de nouveau avec un fracs
épouvantable ».
b) La mise en cause de la religion
« donner au peuple un bel autodafé » : qu’importe l’efficacité réelle des moyens employés, ce qu’il compte
c’est de donner un spectacle au peuple pour lui faire oublier les circonstances et lui donner l’impression
que la religion n’est pas impuissante.
Des punitions qui se veulent justifiée mais on nous laisse entendre l’arbitraire des décisions prises et des
éventuelles interprétations des faits : « avec un air d’approbation »/ « les sages du pays n’avaient pas trouvé
un moyen plus efficace pour prévenir une ruine totale » a priori certitude mais surtout c’est tout ce qu’ils
ont trouvé !
Des pratiques codées mais ridicules symbolisées par les peintures sur les mitres et les san-benito et leur
naïveté (« flammes », « diables »).
Absence de justification soulignée par Candide : « sans que je sache pourquoi ».
L’inclusion de la violence comme naturelle dans les pratiques religieuses : prêché, fessé, absous et bénis .
c) Le réveil du naïf : remise en cause de la philosophie
Si le regard de Candide semble encore être notre prisme au départ de la scène, puisque le récit qui nous en
est fait est neutre, la fin nous suggère que Candide pour la première fois remet en question le bien fondé
des préceptes qui lui ont été inculqués.
Périphrase pour prison : « des appartements d’une extrême fraîcheur, dans lesquels on n’était jamais
incommodé par le soleil »
« on n’était jamais incommodé par le soleil » : euphémisme pour dire l’obscurité du cachot et donner un
aspect positif au texte pour mieux laisser entendre le contraire.
Souffrance de Candide soulignée par la répétition de l’adverbe « tout » : « épouvanté, interdit, éperdu, tout
sanglant, tout palpitant ». gradation
Candide après avoir vécu un certain nombre d’épreuves (l’enrôlement, la guerre, la tempête, la mort de
Jacques et le tremblement de terre) commence à s’interroger sur la nécessité d’autant de souffrances et sur
leur bien fondé. Ce doute est mis en scène et est souligné par le choix du discours direct qui laisse entendre
les mots de Candide et donne à voir ses émotions qui sont traduites notamment par des phrases
interrogatives (« Si c’est ici le meilleur des mondes possibles, que sont donc les autres ?) et exclamatives
accompagnées d’apostrophes oratoires (« ô mon cher Pangloss »/ Ô mon cher anabaptiste »/ « Ô Mlle
Cunégonde »).
De plus, sont mis en parallèle les qualités des personnes dont il déplore la perte et les souffrances
injustifiées qu’ils ont subi, ce qui montre l’absurdité du destin qui semble frapper davantage au hasard que
selon un plan bien déterminé : usage du superlatif « le plus grand des philosophes »/ « le meilleur des
hommes »/ « la perle des filles » (+ formules hypocoristiques : « mon cher Pangloss »/ « mon cher
anabaptiste ») et « pendre »/ « noyé », « fendu le ventre ».
V-Synthèse
Le chapitre raconte avec une tonalité ironique une cérémonie, un autodafé dont Candide et Pangloss sont
les involontaires victimes. Nous comprenons vite les objectifs de Voltaire qui sont la lutte contre
l'intolérance, la dénonciation de la superstition et la dénonciation de l'optimisme.
Un autodafé est une cérémonie ou l'on brûlait les hérétiques.
L'inquisition est un tribunal religieux ou l'on proclamait les autodafés.
Candide, Chapitre 6
La scène se passe au Portugal, à Lisbonne, après un tremblement de terre. Candide et
Pangloss vont être exécutés. Candide a déjà été confronté à un certain nombre de situations douloureuses
comme l'enrôlement, la guerre, la cruauté humaine, les retrouvailles avec un Pangloss défiguré, la tempête,
le tremblement de terre de Lisbonne. On le retrouve ici aux prises avec l'inquisition.

Le chapitre raconte avec une tonalité ironique une cérémonie, un autodafé dont Candide et Pangloss sont
les involontaires victimes. Nous comprenons vite les objectifs de Voltaire qui sont la lutte contre
l'intolérance, la dénonciation de la superstition et la dénonciation de l'optimisme.
Un autodafé est une cérémonie ou l'on brûlait les hérétiques.
L'inquisition est un tribunal religieux ou l'on proclamait les autodafés.

I. La tonalité ironique
II. Les cibles de la dénonciation

I. LA TONALITE IRONIQUE

- Ce qui touche à la décision d'organisation de la cérémonie est présentée de manière apparemment


élogieuse, instance particulièrement admirative sur ce qui précisément ne mérite aucune admiration.
- insistance sur la sagesse et le savoir ("les sages", "moyen plus efficace", "université de Coïmbre", "il était
décidé", "secret infaillible").

- Les quatre raisons données ne sont pas acceptables mais s'intègrent dans un système de relation de cause à
effets : après avoir épousé sa commère, avoir arraché le lard d'un poulet, avoir parlé et avoir écouté, sont
présentés comme des raisons suffisantes pour condamner à mort les 5 victimes.
- Décalage ironique propre à attirer l'attention du lecteur. L'autodafé qui est une exécution est présenté sur
le mode du spectacle. Champ lexical d'esthétique : "bel autodafé", "spectacle", "grande cérémonie", "belle
musique", "cadence".
- Bcp de détails esthétiques sur les habits des condamnés.
- précisions concernant les mitres (qui servent à orner) et les san-benito insistent sur des détails présentés
comme importants sur le plan visuel alors que leur signification est autre. => Processus de détournement :
consiste à valoriser ce qui est en réalité horrible en attirant l'attention sur ce qui n'est pas l'essentiel mais
l'essentiel est également donné ("furent brûlés, fut pendus").

Enfin, l'ironie passe par la rupture des lignes. En effet, sur un ton très détaché, et comme en passant, avec
beaucoup de désinvolture, Voltaire rappelle que tout le cérémonial n'a servi à rien ("le même jour, la terre
trembla de nouveau"). L'ironie Voltairienne correspond tout à fait à la définition qui la présente comme
l'affirmation du contraire de ce que l'on veut faire entendre. Il est donc utile de se demander ce que Voltaire
veut faire ici comprendre.
II. LES CIBLES DE LA DENONCIATION

- Croyances irraisonnées et irrationnelles qui établissent des liens entre des éléments qui n'ont rien à voir
entre eux.
- rapprochement entre le tremblement de terre, les sages, l'université, et la décision de condamner les gens
au bûcher souligne un raisonnement faussement scientifique qui relève en réalité de la croyance magique.
=> Voltaire dénonce l'amalgame entre science et croyance, comme l'avait fait avant lui Bayle et
Fontenelle.

- rapprochement entre les termes "spectacles", "brûler à petit feu", "secret infaillible" et "tremblé". Rien de
logique, superstition.
=> La critique menée ici s'inscrit tout à fait dans le combat philosophique de la superstition et des préjugés.

- dénonciation de l'intolérance : relation incohérente établie entre la cérémonie et sa raison officielle (1er
paragraphe et liaison "logique" de "en conséquence"). La raison donnée cache en fait la lutte contre
l'hérésie.

- Dénonciation de l'arbitraire des raisons invoquées pour chaque condamnation : disproportion entre la
châtiment (la mort) et le chef d'accusation (non respect d'une pratique imposée par le catholicisme, retour à
des pratiques traditionnelles pour deux Portugais issus du Judaïsme, propos prétendument dangereux tenus
par Pangloss, attitude simplement attentive du disciple)

- Dénonciation de l'horreur du châtiment et le caractère spectaculaire donné à la cérémonie. -=> Une


condamnation à mort est transformée en sacrifice magique, lui-même organisé comme un spectacle.

L'optimisme est l'objectif essentiel du conte. Les aventures dans lesquelles Voltaire place son héros ont
pour finalité de lui faire comprendre que tout n'est pas pour le mieux.

La découverte de l'arbitraire religieux et l'absurdité destructrice des superstitions doivent conduire Candide
vers le doute. Candide s'interroge sur l'absence de relation de cause à effet dans ce qui lui arrive.

CONCLUSION
Chapitre 6 est important sur plusieurs plans :
- l'histoire elle-même, son contexte.
- Voltaire vs intolérance et superstition qui s'inscrivent dans le combat philosophique et prenne tout leur
sens et leur poids dans la bataille du 18ème siècle, pour les Droits de l'Homme, pour la tolérance et la
raison.

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