Partie intro ( constat)
De nos jours, l’humanité fait face à un paradoxe inédit. D’un côté nous observons que
la croissance économique mondiale a permis une grande amélioration des conditions
de vie tels que: la réduction de la pauvreté, l’accès à la santé et l’éducation,
innovation technologiques etc. Nous avons aussi observé que le PIB mondial a
multiplié par plus de 10 depuis 1950 (Banque mondiale, 2022).
Mais d’un autre côté, toute cette amélioration spectaculaire, toute cette prospérité a un
prix exorbitant pour la planète. Selon le Global Carbon Project, les émissions de gaz à
effet de serre (CO2) ont atteint 36,8 milliards de tonnes en 2023, et la température
moyenne a augmenté de 1,1• C depuis l’ère préindustrielle ( GIEC,2023), et 75% des
écosystèmes terrestres sont dégradés (IPBES, 2019). Sans oublier que chaque année,
l’humanité consomme à peu près 1,5 fois les ressources renouvelables de la planète,
ce qui creuse une dette écologique qui menace considérablement les équilibres
climatiques et la biodiversité.
Le modèle de développement utilisé depuis toujours, fondé sur l’exploitation
intensive des ressources et les énergies fossiles, présente aujourd’hui ses limites. Les
catastrophes climatiques c’est-à-dire les incendies, les inondations, la sécheresse,
coûtent déjà 280 milliards de dollars par an (ONU, 2022), tandis que, selon l’OMS la
pollution de l’air cause 7 millions de décès prématurés annuels. Donc face à ce bilan,
il est impératif de se poser la question: comment concilier la nécessité de croissance et
de développement économique, qui d’ailleurs est essentielle pour l’emploi,
l’innovation et la réduction des inégalités, avec l’environnement ?
pendant longtemps on a considéré croissance économique et protection de
l’environnement comme incompatibles. Dès 1972, après la publication du rapport
Meadows intitulé Les limites à la croissance (dans un monde fini), on alertait déjà sur
les dangers d’une expansion infinie dans un monde fini et de nombreuses
organisations et commissions mondiales ont élaboré un argumentaire solide pour
permettre une transition vers un modèle de production et de consommation qui sépare
la croissance économique de la consommation des ressources et des répercussions
environnementales. Ainsi nous pouvons constater que certains pays démontrent que
cet dissociation est possible. Le Danemark, par exemple, a réduit ses émissions de
CO2 de 30% depuis 1990 tout en augmentant son PIB de 40% (OCDE, 2021),
l’Union européenne a diminué ses émissions de 23% entre 1990 et 2020, malgré une
croissance économique de 60% selon Eurostat.
Tous ces exemples nous montrent comment il est possible, avec des bonnes politiques,
technologies et modes de consommation, de repenser la croissance et le
développement économique pour la rendre compatible avec les limites de la planète.
I. Les limites du modèle économique traditionnel
a) limite du modèle économique linéaire et ses impact environnementaux.
L’économie linéaire est un modèle traditionnel de production et de consommation
basé sur le schéma « extraire-fabriquer-jeter ». Ce modèle extractiviste et
productiviste, dominant, hérité de la révolution industrielle, a permis une croissance
sans précédent, mais il atteint aujourd’hui ses limites, tant sur le plan environnemental
qu’économique et social.
• D’abord sur le plan environnemental, il y a l’épuisement des ressources naturelles.
L’humanité consomme 1,7 fois ce que la Terre peut régénérer en un an (Global
Footprint Network). On constate aussi une exploitation intensive, l’économie linéaire
qui lui se repose sur l’extraction massive de matières premières, c’est-à-dire les
minéraux, le pétrole, le bois, l’eau etc, souvent ne tient compte d’aucune
considération pour leur renouvelabilité. Il y a aussi la réfraction des matériaux où
certaines ressources, comme les terres rares ou les métaux précieux, deviennent de
plus en plus difficiles et coûteuses à extraire. De plus, il y a la pollution et la
dégradation de l’environnement: des déchets non recyclés, une grande partie des
produits finissent en décharge ou sont incinérés, générant la pollution des sols et de
l’eau ( plastique, produits chimiques), des émissions de CO2 ( liées à la production et
à l’incinération). Selon l’ONU Environnement chaque année, 400 millions de tonnes
de plastique sont produites, dont 11 millions finissent dans les océans. Encore plus, il
y a le suremballage où beaucoup de produits sont sûr-emballés, ce qui aggrave le
gaspillage, et enfin, ça a un impact sur la biodiversité, la destruction des écosystèmes
( déforestation, exploitation minière) qui menace de nombreuses espèces (68% des
populations d’animaux sauvages ont disparu depuis 1970 selon le WWF).
• Sur le plan économique, ce modèle est un gaspi économique et inefficace. D’abord,
on note la perte des valeurs des matériaux : dans un modèle linéaire, les matières
premières jetées après usage, alors qu’elles pourraient être réutilisées ou recyclées.
Ensuite, on a les coûts cachés, c’est-à-dire les entreprises et les États doivent assumer
des dépenses liées à la gestion des déchets et à la dépollution. Puis on a une
obsolescence programmé, c’est-à-dire, certains produits sont conçus pour avoir une
durée de vie limitée, ce qui force les consommateurs à racheter fréquemment.
• Sur le plan social, on constate une exploitation des travailleurs, l’extraction des
ressources se fait souvent dans des pays en développement , où les conditions de
travail sont précaires, de plus, on constate des inégalités d’accès aux ressources, les
pays riches consomment disproportionnellement plus de matières que les pays
pauvres. Puis la pollution liée aux déchets ( métaux lourds, particules fines) affecte les
populations vulnérables.
Face à ces constats, de nouveaux modèles économiques émergent pour concilier
prospérité et durabilité.
II. Stratégies économiques pour un développement durable
Le développement durable ne concerne pas seulement l’environnement. Ce n’est
qu’une finalité qui nécessite un changement de stratégie dans de nombreux secteurs et
cela demande aussi une cohérence parfaite des politiques menées dans les différents
domaines. C’est une recherche constante d’équilibre entre les objectifs économiques,
sociaux et environnementaux. Cela implique aussi une prise en compte des
répercussions des décisions prises pour apporter des solutions aux générations futures.
Donc, réconcilier économie et écologie nécessite une profonde transformation de nos
modèles, en ce sens plus pistes émergent :
a) L’économie circulaire
selon l’ADEME ( agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie),
l’économie circulaire peut se définir comme un système économique d’échange et de
production qui, à tous les stades du cycles de vies des produits ( biens et services),
vise à augmenter l’efficacité de l’utilisation des ressources et à diminuer l’impact sur
l’environnement. Elle doit viser globalement à diminuer drastiquement le gaspillage
des ressources afin de découper la consommation des ressources de la croissance du
PIB tout en assurant la réduction des impacts environnementaux et l’augmentation du
bien-être. Il s’agit de faire plus et mieux avec moins ( ADEME, économie circulaire,
octobre 2013).
L’économie circulaire constitue une rupture radicale avec le modèle linéaire
traditionnel, elle a des principes surtout sur la conception de produits durables, la
réduction de la consommation d’énergie et de ressources, et la mise en place de
systèmes de recyclage et de réutilisation efficaces. Et elle se repose aussi sur:
• L’eco-conception: c’est l’intégration des contraintes environnementales dès la phase
de conception ( la réparabilité, la modularité), on prend on compte les matériaux
utilisés (cela nous permet de diminuer la quantité de matière), la facilité de réparation
et la durée de vie du produit (permet d’allonger la durée). Cette démarche permet aux
entreprises, non seulement de protéger l’environnement mais, de renforcer leur
compétitivité en économisant des achats, de prendre un avantage concurrentiel en
répondant à des attentes du marché ou d’en ouvrir de nouveaux (ADEME, 2013).
• La réutilisation et le recyclage: Les déchets sont recyclés et le marché de la seconde
main a progressé de 30% en 5 ans selon un rapport du groupe ThredUp, de plus
comme exemple concret, en 2020 la France a adopté une loi anti gaspillage, imposant
le recyclage des invendus que ce soit dans la production textile ou électronique.
• La symbiose industrielle : appelée aussi Ecologie Industrielle et Territoriale,
constitue un mode d’organisation inter-entreprises par des échanges de flux ou une
mutualisation des besoins. A titre d’exemple on peut considérer Kalunborg au
Danemark, qui a débuté 30 ans à utiliser cette démarche, qui a réalisé ainsi 20
millions d’euros d’économies annuelles.
b) La transition énergétique
La transition énergétique désigne le passage d’un système énergétique largement
dépendant des énergies fossiles et émetteur de gaz à effet de serre vers un mix
énergétique plus durable, basé sur les énergies renouvelables et une meilleure
efficacité énergétique. C’est un changement systématique, à la fois technologique,
économique et social, essentiel pour un avenir durable.
Les énergies fossiles (charbon, pétrole) représentent encore 80% du mix énergétique
mondial et pourtant les alternatives propres se développent, particulièrement l’énergie
verte appelée aussi énergie renouvelable. Cette dernière est une énergie produite à
partie de sources naturelles et inépuisables, qui n’émettent pas ou très peu de gaz à
effet de serre et de polluants. Notamment on a:
• Le développement du solaire, de l’éolien, de l’hydrogène vert.
- L’énergie solaire: les panneaux solaires convertissent la lumière du soleil en énergie
électrique, offrant une alternative propre et durable aux sources d’énergie
traditionnelles, les systèmes de chauffe-eau solaire réduisent les coûts et les émissions
de carbone liés au chauffage de l’eau et l’architecture solaire permet d’intégrer les
principes de l’énergie solaire dans la conception des bâtiments, améliorant ainsi
l’efficacité énergétique et la durabilité.
- L’énergie éolienne: les éoliennes convertissent l’énergie cinétique du vent en énergie
électrique, offrant une source d’énergie renouvelable et non polluante, les fermes
éoliennes regroupent plusieurs éoliennes pour produire de l’énergie électrique à
grande échelle, contribuant à la réduction des émissions de carbone et les turbines
éoliennes sont conçues pour optimiser la conversion de l’énergie éolienne en énergie
électrique, avec des matériaux et des designs innovants pour améliorer leur efficacité.
- L’hydrogène vert peut être perçu comme une solution technologique majeure pour
atteindre la neutralité carbone, notamment dans les secteurs difficiles à décarboner
tels que, l’industrie lourde et le transport longue distance. Donc l’hydrogène est dit
« vert » lorsqu’il est produit par électrolyse de l’eau en utilisant de l’électricité issue
d’énergies renouvelables. Il est crucial pour la transition parce qu’il peut décarboner
des secteurs où l’électrification directe est difficile et c’est zéro émission lors de don
utilisation, il est stockable et transportable contrairement à l’électricité et enfin il est
complémentaire aux batteries ce qui le rend meilleur pour les usages intensifs.
Comme nous pouvons le voir une transition vers un modèle économique plus propre
nous conviendrait mieux et déjà, il y a des pays où ces changements sont visibles, le
Danemark produit 50% de son électricité via l’éolien et le Costa Rica utilise 98 %
d’énergies renouvelables grâce à l’hydraulique et la géothermie.
Il faut dire aussi que, ces solutions techniques ne suffiront pas à elles seules pour
avoir une transition satisfaisante, donc il nous faut prendre en compte un cadre
politique fort.
Importance d’avoir une transition économique
Avoir une économie respectueuse de l’environnement n’est plus une simple option,
mais cela devient une nécessité vitale pour assurer la pérennité des sociétés humaines
et des écosystèmes. D’abord cela va nous permettre de préserver les ressources
naturelles et éviter l’effondrement écologique. Selon l’ONU 60% des sols mondiaux
sont dégradés, et d’après la Banque Mondiale les réserves de certains métaux
critiques, comme le lithium et le cobalt, pourraient être épuisées d’ici 2070. De ce fait
la nécessité est plus que nécessaire de nous accrocher à un modèle économique plus
écologique. De plus, cette transition va nous permettre de pallier aux problèmes
d’effondrement de la biodiversité, 1 million d’espèces menacées d’extinction (IPBES,
2019) et 75% des récoltes dépendent des pollinisateurs ( abeilles, papillons). Donc
sans une économie durable, les systèmes naturels qui soutiennent la vie humaine
pourraient s’effondrer. Et enfin, nous diriger vers une transition pareille, nous
ouvrirait beaucoup plus d’opportunités économiques et engendrait beaucoup plus de
création d’emplois, on pourrait avoir des marchés en croissance exponentielle grâce
aux énergies renouvelables et de l’économie circulaire. De même que l’innovation et
la compétitivité augmenteraient car les entreprises durables résisteront mieux aux
crises. Donc, passer à une économie respectueuse de l’environnement est impératif
économique, un calcul économique rationnel et une opportunité de progrès social.
Mais maintenant une grande interrogation survient : Comment exécuter ou accélérer
cette transition sans exclure les populations vulnérables comme Haïti?