Agriculture saharienne : défis et solutions
Agriculture saharienne : défis et solutions
Edition 2015
Ce recueil d'articles consacré à l'agriculture saharienne vise à mieux faire connaître différentes études mises en
ligne sur internet.
Nous avons choisi d'en sélectionner quelques unes dans le but d'apporter des éléments de réflexion et des éléments
pratiques à toute personne intéressée : agriculteurs, cadres, universitaires, étudiants ou le large publique. Nul doute
que face à l'extraordinaire ingéniosité des chercheurs, des agriculteurs et des cadres de terrain, cette compilation
évoluera progressivement vers un ouvrage plus structuré.
Pour le moment, revenons à la forme « Dossier ». Les articles et études proposés en lignes sont variés. Certains
sites sont particuliérement riches. C'est le cas de la revue Alternatives Rurales qui propose des articles sur le
développement agricole au Maghreb et notamment dans le grand sud algérien. Citons également la Banque
Africaine de Développement ou les actes des colloques relatifs à la Ground Water Economy ou la revue tunisienne
consacrée aux zones arides. De nombreux universitaires publient également dans des revues diverses.
L'idée de ce recueil en ligne est parti d'un constat. Certains documents mis en ligne sur internet sont parfois
indisponibles au bout de quelques années voire de quelques mois. Aussi, leur téléchargement et mise en forme en
dossier PDF peut permettre à tout un chacun de conserver ces documents de grande valeur.
Ce recueil est à sa première édition. Un appel est lancé à toutes les personnes souhaitant y contribuer d'une façon
ou d'une autre. Leurs contributions sont les bienvenus.
Le chapitre 1 est consacré à la fertilité des sols. En effet, en région saharienne, lorsqu'il s'agit d'une mise en valeur
les sols agricoles sont souvent à créeer. A cet égard différents articles apportent un éclairage nouveau.
Par exemple, la bentonite apportée à un sol sableux améliore la Capacité d'Echange Cathionique du sol. C'est le cas
avec l'article « EFFET DE LA BENTONITE SUR L’AZOTE ASSIMILABLE D’UN SOL SABLEUX CULTIVE EN
CEREALE ET EN LEGUMINEUSE ». Dès décembre 2008 des chercheurs de l'université Mentouri de Constantine ont montré
qu'il est possible d'améliorer les propriétés physico-chmimique d'un sol sableux. Reste à étudier qu'elles seraient les modalités
d'apports des quantités de bentonite.
Les essais réalisés à Laghouat montrent que l'apport de boues résiduelles de station d'épuration améliore
considérablement les rendements de l'orge .
En zone aride le facteur de base est l'eau. Face à l'extraordinaire essor du maraichage sous serre, il est intéressant de
constater que l'irrigation avec pilotage informatique permet une meilleure efficience de l'eau . L'article « GESTION
DE L’IRRIGATION LOCALISEE SOUS SERRE » de Saouli Kessai Abla et de Souici Djamel respectivement du
Département d’agronomie de l'Université de Biskra et de l'Institut Technique de Développement de l’Agronomie
Saharienne de Biskra est riche d'enseignements. Il confirme que non seulement il est possible de rationaliser l'eau
d'irrigation sous serre mais que des apports étudiés d'eau permettent de réduire les quantités de sels à proximité des
racines par un effet de lessivage. Ces auteurs notent : « l’accumulation des sels dans cette profondeur [1 mètre ndlr]
dans la serre pilotée par rapport à la serre témoin est due principalement au lessivage, conséquence des fréquences
d’irrigation rapprochées. En addition, le lessivage des sels est donc proportionnel aux fréquences d’irrigation et
non à la quantité d’eau supplémentaire ». C'est là un acquis fondamental. Le chemin à parcourir de l'essai en
station à un grand nombre d'exploitations peut être long, mais l'acquis technique est là. Reste à le diffuser.
Le chapitre consacré à l'élevage et notamment l'élevage avicole montre que la construction de bâtiments respectant
les normes d'isolation thermique locale peuvent permettre la poursuite d'un élevage même en été : « IMPACT DU
SAVOIR FAIRE LOCAL SUR LES PERFORMANCES DU POULET DE CHAIR EN MILIEU OASIEN » de
Adamou A., Bouzegag B. (Université Kasdi Merbah Ouargla - Laboratoire Protection des Ecosystèmes en Zones
Arides et Semi-arides).
Le chapitre consacré aux nappes phréatiques comporte une étude très documentée : « Usage agricole des eaux
souterraines et initiatives de gestion au Maghreb : Défis et opportunités pour un usage durable des aquifères ». Outre un
apperçu de la situation sur le terrain, elle présente l'avantage de proposer des solutions pour une gestion durable de cette
ressource.
L'article « Dégradation des palmeraies de la vallée d’oued Righ par les eaux usées » de Benguergoura Laradj
Samia et Remini Boualem, respectivement du Département de Chimie Industrielle, Faculté de Technologie,
Université Saad DAHLAB Blida, 09000 et du Département des sciences de l’eau et de l’environnement, Faculté de
Technologie, Université Saad DAHLAB Blida montre l'ampleur des dégats posés par la pollution. Mais l'article
« Sterilization of Naturally Contaminated Water with Solar Energy for remote villages » de Ridha Fethi
Mechlouch, Ahlem Ayedi de l'Institut superieur de Biologie Appliquée de Médenine en Tunisie ouvre des
perspectives nouvelles afin de lutter contre la pollution bactériologique en utilisant l'énergie solaire.
Dans le chapitre dédié aux ressources génétiques « Maintien de l’agriculture oasienne et préservation de
l’agrodiversité dans le Périmètre Public Irrigué d’El ferch » des chercheurs tunisiens Loumerem Mohamed,
Khorchani Samira, Bouaicha Ali,Jalouali Salma montrent qu'il existe des écotypes spécifiques aux oasis et
indiquent les moyens de les préserver.
Avertissement.
Ce recueil est composé de différents articles. Pour toute citation et afin de préserver la propriété intellectuelle des
auters, il est nécessaire de citer les références exactes de ces articles.
Sommaire
Chapitre 1
Fertilité du sol 5
Chapitre 2
Cultures maraichères sous serres 19
Chapitre 3
L'irrigation sous pivot 43
Chapitre 4
Salinité. Amélioration des propriétés du sol. 52
Chapitre 5
Le Palmier dattier 57
Chapitre 6
Elevage en milieu saharien 70
Chapitre 7
Ressources hydriques 81
Chapitre 8
Réalisations et Témoignages 93
Chapitre 9
Gestion des aquifères 98
Chapitre 10
Ressources génétiques 115
Chapitre 11
Liens et vidéos 118
CHAPITRE 1
FERTILITE DU SOL 5
La culture du blé dur se développe dans le Sud grâce à la possibilité de l'irrigation continue avec pivot et grâce aux
prix rémunérateurs consentis par les CCLS. Ce type de production présente cependant l'inconvénient de ne pas être
durable: il consomme trop d'eau (ETP de 2 000 mm) et il provoque la salinisation du sol. Existe-t-il réellement des
moyens pour pratiquer à une agriculture durable sous pivot? Nous en doutons. Cependant, nous nous proposons
d'examiner en l'état actuel des connaissances agronomiques, quelques pistes de réflexion pour le court et le moyen
terme.
Une première approche serait donc d'essayer de Une autre voie consiste à ne pas apporter de sources
trouver adaptées. Afin d'améliorer la CEC, en théorie, exogènes de matière organique mais de la produire in
il s'agit d'enrichir le sol en limons et argile. Dans la situ ou de conserver ce qui est produit à la surface ou
pratique, sauf à trouver quelques gisements locaux, sous le sol.
cette pratique s'avère difficile à mettre en œuvre sur
des surfaces étendues. Produire de la matière organique pourrait s'envisager
en adoptant la technique dite du semis sous-couvert.
Concernant la matière organique du sol, la question Avant la culture de la céréale, une culture serait
semble différente. On peut penser à des amendements produite pour son feuillage et ses racines. Elle ne
organiques. Différentes possibilités existent: fumier, serait pas récoltée. Comme variété à cycle court, on
boues résiduaires de station d'épuration, composts peut penser à des espèces de la famille des crucifères.
urbains ou verts notamment à base de Bois Raméal Mais d'autres voies sont à explorer telle celles des
Fragmenté (BRF). graminées originaires des zones tempérées ou
d'Afrique de l'Ouest. C'est aux techniciens sur place et
Avec le développement de l'élevage bovin laitier, le aux agriculteurs de procéder à des essais.
fumier est disponible en plus grande quantité. Il faut
cependant compter avec la demande des cultures Quant à conserver la matière organique produite sous
maraichères et de la phoeniculture1. la surface du sol, la voie royale est de bannir labour et
autres façons superficielles avec disques (cover-crop).
Les boues résiduaires constituent une ressource A la place il s'agit de valoriser le travail aux outils à
organique intéressante. Cependant, dans certains cas dents ou encore mieux à bannir tout travail du sol. Il
la technique retenue est celle du lagunage. De ce fait est en effet possible avec la technique du semis direct
les quantités de boues sont moins importantes qu'en de s'affranchir de tout remodelage des horizons
conventionnel. superficiel du sol. Cela présente l'intérêt de limiter la
minéralisation de la matière organique du sol. La
Les composts urbains représentent un gisement nature sableuse des sols milite par ailleurs pour ce
potentiel croissant qui mérite toute l'attention. Cette type d'approche. Il serait même imaginable d'essayer
fraction organique des déchets ménagers implique de transformer des semoirs conventionnels en semoirs
cependant la mise en place d'opérations de tri sélectif pour semis direct en leur rajoutant des disques ou des
et de plateformes de compostage. dents et en les alourdissant2.
A notre connaissance, il n'existe pas de références stations d'épuration. Mais à quel coût? Avec l'usage de
concernant le semis direct en zone aride sous pivot. l'énergie solaire, on peut également penser qu'il sera
Cette option représente l'avantage de développer un possible un jour d'utiliser au moins tous les 3 ou 5 ans
maillage racinaire sous la surface du sol. Cette de l'eau dessalée. Mais dans l'état actuel de nos
approche est mise en avant par Lucien Séguy du connaissances, ces solutions restent non
Cirad. Cet auteur a longtemps travaillé sur les envisageables.
question d'érosion en zone tropicale. Il nous semble
que cette façon de faire mérite d'être approfondie avec Restent les techniques conventionnelles. Ainsi,
l'utilisation de graminées tropicales à fort l'amélioration du taux de matière organique du sol
développement racinaire. Reste à étudier la place de permet une certaine amélioration des rendements en
telles espèces: en inter-culture (auront-elles le temps situation de faible salinité des sols.
de se développer?), comme couvert ou comme plantes
associées à la culture. On pourrait en effet imaginer Il existe par ailleurs des cultures moins sensibles au
des bandes de semis alternant blé dur et graminées. sel. C'est le cas du sorgho. Cette culture peut être
Une autre solution pourrait être de les intercaler dans récoltée en ensilage sous forme d'enrubannage
la rotation. Dans cette optique là, le choix peut se faire permettant la vente de la récolte en cas d'absence
sur des graminées à utilisation fourragère. d'élevage sur l'exploitation. Différents travaux
étrangers montrent le statut particulier de différentes
Certaines de ces solutions peuvent se heurter à la espèces de sorgho vis à vis du sel.
volonté de maximisation immédiate du profit de la
part d'investisseurs peu au fait de l'agronomie. L'eau enfin n'est pas une ressource inépuisable dans le
Sud. De nombreuses nappes sont en effet constituées
Cependant, il est illusoire de penser à une agriculture d'eau fossile. L'utilisation du goutte à goutte, voire du
durable sur sol sableux sans essayer un tant soit peu goutte à goutte enterré serait à privilégier.
améliorer le taux de matière organique du sol.
L'AGRICULTURE SOUS PIVOT EN ZONE ARIDE,
LE SEL, POISON DE L'EAU DES NAPPES UNE FOLLE AVENTURE
PHREATIQUES L'agriculture sous pivot en zone aride reste une folle
Un autre mal tout aussi insidieux peut contre-carrer aventure humaine. Il semble plus judicieux de lui
les projets d'investissement de l'agriculture sous pivot préférer l'agriculture oasienne à l'ombre des palmiers.
dans le Sud. Il s'agit du sel contenu dans les eaux Cette dernière a fait ses preuves depuis des
prélevées dans les nappes phréatiques. Au cours des millénaires.
arrosages successifs en 5 à 6 ans selon les lieux, la
salinité du sol est telle que les rendements en blé dur Pour les tenants des pivots des pivots, il reste à leur
deviennent insignifiants. La parade actuelle est de conseiller le semis direct. Il constitue une nécessité.
déplacer les pivots tous les 5 à 6 ans pour exploiter un Face au sel et au risque d'épuisement de la ressource
sol vierge. en eau, des solutions originales restent à trouver et à
mettre en oeuvre . Ce type de production peut
On peut se demander à ce propos si les sols ainsi convenir pour assurer certains besoins locaux tel un
abandonnés du fait de leur forte salinité évoluent approvisionnement local en céréales et en fourrages.
progressivement vers un état originel sous l'effet des En l'état actuel des connaissances agronomiques, il est
pluies (certes rares) pouvant lessiver le sel accumuler illusoire de penser produire sous pivots ce qu'une
dans les horizons supérieurs. imparfaite utilisation des moyens n'a su produire dans
des conditions plus clémentes au Nord.
Face à la salinisation, les solutions semblent
restreintes. L'idéal serait de pouvoir arroser 1Il faut apporter annuellement 100 kg de fumier par
épisodiquement le sol avec de l'eau douce afin de palmier-dattier.
lessiver le sel. Il tient aux pédologues de préciser la
faisabilité de telles techniques selon le contexte local. 2Voir à cet égard l'approche de l'ONG FERT sur la
L'effet des précipitations étant à priori très lent à conception de nouveaux semoirs demandant peu de
l'échelle du temps agricole, on peut penser à mobiliser force de traction.
d'autres sources d'eau telle celle recyclée au sein des
.
RÉSUMÉ : L’application de boues d’épuration agricole, et imposent des améliorations des sols. Si le
urbaines sur un sol sableux et sur la culture d’une fumier constitue l’amendement organique traditionnel,
céréale (orge) a été testée lors cette étude afin de cerner la régression de l’élevage, l’augmentation des surfaces
l’effet de cette technique après trois années. Nous cultivées et de leurs besoins en matières organiques fait
avons testé l’effet de quatre doses 6 à 30 tonnes de que la production de fumier est insuffisante pour
boues appliquées à l’hectare par rapport à un témoin restaurer et entretenir le stock humique des sols
sans application de boue.Les effets à court terme cultivés. Par ailleurs, l’augmentation importante des
étudiés dans cette expérimentation indiquent que quantités de déchets urbains (boues de station
l’épandage de la boue a eu un effet bénéfique sur les d’épuration, composts...etc.) oblige à trouver des
qualités fertilisantes du sol et par conséquent sur le solutions pour éliminer ces déchets dans les conditions
rendement de la culture. Les observations sur la les plus économiques tout en respectant les contraintes
culture, montrent que le meilleur rendement a été liées à la protection de l’environnement et à l’hygiène
obtenu avec le traitement D3 (30 t/ha). Mais après 3 publique. La valorisation agronomique des boues
ans nous avons remarqué que les meilleurs rendements d’épuration constitue une alternative qui permet à
sont obtenus avec le traitement D2 (10 t/ha). Excepté le l’agriculture de rendre service à la collectivité. En
pH et le taux de calcaire qui sont liés aux changements même temps elle tire profit de ces produits
des caractéristiques du site, il y a eu une amélioration organiques en améliorant la fertilité des sols cultivés.
de certaines qualités physiques et chimiques du sol. En effet, il est généralement admis que les boues
Les apports de boues ont modifié de façon plus d’épuration améliorent les propriétés physiques,
marquée la qualité biologique du sol en D2. chimiques et biologiques des sols (Dridi et Toumi,
L’augmentation de la conductivité électrique (0,18 1998; Korboulewsky et al., 2001; Igoud, 2001; Pernin,
μs/cm) dans le sol n’est significative que pour la dose 2003; Boutmedjet, 2004, Bipfubusa et al., 2006;
la plus élevée (30t/ha). La teneur en azote (N) Benterrouche, 2007; Amadou, 2007; Bahri et Annabi,
augmente moins que celle du carbone organique, ce qui 2011). Cependant, l’utilisation de ces boues ne peut se
se traduit par une augmentation du rapport C/N dans le pérenniser sans la garantie de leur innocuité (teneur en
traitement D2, justifiant une activité biologique micropolluants et en pathogènes).C’est dans ce
permettant la structuration du contexte que s’intègre notre travail expérimental, dont
sol, assurant sa protection contre le lessivage et les principaux objectifs sont:
stimulant la création des conditions favorables pour le • L’évaluation de l’efficacité des apports de
développement des cultures. boues d’épurations sur les rendements d’une culture
Mots-clefs: Boue d’épuration, épandage, doses, sol, céréalière;
érosion, zones arides, Algérie • L’évaluation de l’impact des apports de boues
d’épurations sur les caractéristiques physiques et
chimiques
du sol, ainsi que leur qualité biologique.
1. INTRODUCTION
En Algérie, 80% des terres sont arides, marquées par 2. MATÉRIELS ET MÉTHODES
une irrégularité des précipitations et des sols pauvres 2.1. Site d’étude
en matière organique. Cette fragilité des sols due La parcelle expérimentale est située à environ 4 km à
principalement aux conditions climatiques est l’ouest de la ville de Laghouat, dans un périmètre
accentuée par des pratiques anthropiques qui peuvent agricole nommé Mokrane (33°79’ N, 2°80’ E). Ce
êtres destructrices. A l’instar des sols des régions arides périmètre est localisé sur une formation sableuse, peu
et semi-arides d’Algérie, les sols de la région de végétalisée, appelée «Bled el Hirane». Celle-ci est
Laghouat présentent une texture sableuse qui induit un délimitée au nord par l’Oued M’ zi, au sud par le Bled
fort lessivage en éléments el Anngad, à l’ouest par le Djebel Deloua et à l’Est par
minéraux et en fertilisants. La fertilité des sols est très le Djebel Ahmar. Le périmètre de Mokrane se trouve
réduite et ils présentent une faible capacité de rétention dans, une zone à niveau moins elevé que les montagnes
en eau. A ceci, s’ajoute une structure très meuble assez qui l’entourent, cette zone est nommé «Theniete
sensible à l’érosion éolienne. Tous ces inconvénients Er’ml» qui signifie la zone de passage et
limitent d’une façon considérable la production d’accumulation de sable, la pluviométrie moyenne de
la région est de 162 mm/an Années d’expérimentation
2009 2010 2011
2.2. Protocole expérimental
Il s’agit d’un dispositif en blocs aléatoires sur une Hauteurs des plants (cm)
parcelle rectangulaire de dimension 240 m x 15 m. La D0 20,15 26,09 31,65
parcelle est divisée en 4 blocs de dimensions 60 m x D1 29,23 35,44 33,25
15 m, où chaque bloc est subdivisé en quatre sous D2 32,86 54,84 34,12
blocs de 15m x 15m. D3 35,07 56,02 39,68
L’application de la boue a été réalisée, avec les doses
de boue suivantes: Biomasse (g/m2)
• D0: Témoin, sol sans application de boue; D0 85,00 155,00 318,18
• D1: 6 tonnes de boue à l’hectare; D1 180.45 385,67 525,10
• D2:10 tonnes de boue à l’hectare; D2 230,17 380,00 784,65
• D3:30 tonnes de boue à l’hectare. D3 290,63 391,67 584,96
EFFET DE LA BENTONITE SUR L’AZOTE ASSIMILABLE D’UN SOL SABLEUX CULTIVE EN CEREALE ET
EN LEGUMINEUSE
Décembre 2008. Sciences & Technologie C – N°28 Décembre (2008), pp.53-58. Université Mentouri Constantine, Algérie.
Résumé Les sols sableux du plateau de Mostaganem présentent une texture légère, un très faible taux en argile, ce qui induit
un fort lessivage en éléments minéraux et en fertilisants. Ils sont caractérisés par une fertilité très réduite et une capacité de
rétention en eau faible. Cette faible fertilité des sols sableux est l’une des contraintes de la production agricole dans cette
région. L’addition de la bentonite dans ces sols et la mise en culture du blé dur, variété locale Waha, en association avec le pois
chiche, variété locale Ain Témouchent, constituent deux stratégies éco physiologiques intéressantes pour réhabiliter leur
aptitude agricole. Les variations des teneurs en azote assimilable du sol enrichi à 10% ou non en bentonite au cours du
développement de ces deux espèces sont analysées. Les résultats révèlent que la teneur en azote assimilable est nettement
élevée dans le sol portant l'association blé pois chiche quel que soit le stade et le traitement à la bentonite. Ces teneurs
augmentent davantage dans les substrats bentonisés à 10% au stade de tallage.
Mots clés: Sol sableux, Bentonite, Association pois chiche/blé dur, Azote assimilable du sol.
La faiblesse de la production céréalière en Algérie sol; par exemple, les engrais minéraux azotés sont
constitue une des principales contraintes pour répondre notamment acidifiants ce qui peut réduire la
aux besoins de la consommation. En effet, la pression disponibilité en éléments nutritifs pour la plante
démographique a entraîné la raréfaction des sols provoquant une baisse des rendements. En effet les
cultivés sur les terres de la région de Mostaganem avec moyens techniques pour améliorer le bilan azoté de ces
une diminution des jachères [1]. Le plateau de sols sont divers mais en pratique le choix est limité à
Mostaganem couvre 212.000 hectares de terres cause de la texture sableuse dominante à faible
cultivables dont 60% sont des sols à texture sableuse présence d’argile, de mauvaise structure et à propriétés
[2] caractérisés à la fois par une fertilité très réduite physico-chimiques défavorables à la nutrition minérale
induite par un fort lessivage en éléments minéraux et du blé notamment à l’azote [6,7]. Des études ont
en fertilisants, une capacité de rétention en eau faible conclu que l’azote est l’élément nutritif le plus limitant
[3] et une activité microbienne fortement limitée créant dans les sols sableux dans le Nord de l’Algérie et que
un appauvrissement en matière organique [4,5]. Cette la réponse des cultures aux éléments nutritifs est
faible fertilité des sols sableux est l’une des contraintes souvent limitée par l’absence de cet élément dans le sol
dans cette région limitant la production agricole à [8]. A ce constat, l’action du climat de cette région
dominance céréalière ce qui impose leur amélioration n’est pas à exclure, caractérisé par une longue période
par des apports d’engrais industriels ou des engrais de sécheresse où les réserves hydriques sont faibles
verts pour augmenter les rendements des cultures. dues à une pluviométrie annuelle insuffisante et
Néanmoins, si les engrais minéraux sont généralement irrégulière. A ces deux contraintes du milieu
efficaces pendant les premières années de culture, ils s’associent les pratiques culturales irrationnelles
modifient certaines propriétés physico-chimiques du influant manifestement sur la croissance et le
développement des plantes [9]. Pour une agriculture l’azote assimilable d’un sol sableux cultivé en
durable, il sera plus judicieux d’opter pour une gestion association légumineuse pois chiche et une céréale blé
rationnelle des terres cultivées basées sur une dur.
connaissance profonde des interactions biologiques et
en utilisant les ressources naturelles disponibles. Dans MATERIEL ET METHODES
cette perspective s’intègre la mise en valeur de ces sols Matériel Deux espèces sont expérimentées: une
en introduisant la bentonite riche en argile afin céréale, le blé dur variété locale (Waha) ayant un
d’améliorer leurs caractéristiques physico chimiques. pouvoir germinatif de 93% et une légumineuse, le
Cette action conduira à augmenter la capacité pois-chiche variété locale AinTémouchent de bonne
d’échange cationique [10,11] et à améliorer la structure résistance à la maladie du collet.
du sol impliquant une bonne rétention d’eau et Méthode Le substrat est préparé à partir de la
d’éléments nutritifs et une meilleure aération [12, 13, bentonite, préalablement broyée à l’aide d’un broyeur
14,15]. La plupart des systèmes de culture rencontrés électrique et tamisée au tamis à mailles de 2 mm pour
en agriculture dans la région sont basés sur une rotation obtenir une poudre fine afin de faciliter son
incluant les légumineuses. La pratique habituelle est de enfouissement et son mélange. Une dose de bentonite à
faire suivre une culture riche en azote par une culture 10 %est retenue, par rapport au poids sec du sol, soit
exigeante tel que le blé. Dans une rotation 500 g de bentonite par pot, correspondant à 277.77 qx
légumineuse/blé avec peu d’apport d’azote sous forme de bentonite/ha; le pot témoin contient seulement du
d’engrais, une étude néo-zélandaise menée par [16] a sol sableux. Des études phytotechniques réalisées sur
démontré que la plus grande source de nitrates perdus le blé, le maïs et certaines légumineuses ont permis à
par lessivage durant la rotation était l’enfouissement de El Sherif [13] de confirmer que les rendements
cette légumineuse. [17] ont démontré que les risques de enregistrés sont en progression au fur et à mesure que
lessivage des nitrates en provenance des résidus des la dose de bentonite incorporée au sol augmente, en
légumineuses annuelles étaient en général plus grands atteignant un optimum avec le traitement (10 %), puis
que pour les autres espèces végétales. Ces mêmes ils diminuent pour la dose finale de 15 % tout en
chercheurs suggèrent l’utilisation d’un engrais vert gardant des seuils supérieurs au témoin. En
après la récolte d’une légumineuse pour limiter les Tchécoslovaquie et en Hongrie, les expériences sur une
pertes par lessivage. Par ailleurs, [18] ont rapporté que longue durée ont prouvé que la courbe de production
les engrais verts de légumineuses peuvent conduire à avait un maximum pour le taux de 25 T/ha à la dose de
plus de lessivage si ces engrais verts ne sont pas 9 % de bentonite. Tandis que l’optimum économique
utilisés par d’autres plantes peu après. L’approche est situé entre 10 et 20 T/ha ; l’effet de l’application de
envisagée pour la mise en place d’un système de la bentonite a été vérifié durant une période de 7
cultures associant une légumineuse et une céréale dans années [20]. Ce substrat est vigoureusement mélangé
ces sols amendés en bentonite peut constituer un afin d’obtenir un milieu homogène. Les pots remplis
modèle agraire pour redresser leur stabilité structurale, chacun de 5 kg de substrat sont disposés selon la
améliorer leur fertilité et augmenter la production méthode des blocs aléatoires complets à trois
céréalière dans cette région. La mise en place d’une répétitions. Pour la conduite des cultures, dans une
stratégie d’association de la culture du blé dur avec le première phase, la germination des semences du blé
pois chiche au lieu d’une rotation blé/ pois chiche peut dur est réalisée dans des boîtes Pétri en verre de
faire bénéficier le blé de l'azote fixé par cette diamètre 20 cm, en plaçant deux couches de papier
légumineuse dans le but d'améliorer la production filtre stérile imbibé à l’eau distillée. 20 graines de blé
céréalière. Les sols du plateau de Mostaganem sont sont déposées dans chaque boîte de Pétri. Le tout est
manifestement très pauvres en azote [7] , principal déposé dans une chambre à germination réglée à 25°c
facteur limitant de la croissance des plantes. Toutefois, durant 3 jours. La même méthode est utilisée pour le
la surutilisation des engrais azotés industriels, pois-chiche où la phase de la germination s’est
notamment nitrates, reste non seulement une charge allongée jusqu'à 5 jours. Après germination, 4 à 5
élevée à cause de leur coût conjuguée à la texture plantules pour le blé sont repiquées soigneusement à
grossière des sols sableux dans cette région mais une profondeur de 1 cm dans les pots. Pour
provoque une pollution des sols et des nappes l’association blé dur et pois chiche, le repiquage est
phréatiques, ce qui constitue aujourd'hui une contrainte effectué à raison de 6 plantules /pot soit 3 plantules de
[19]. L’introduction des légumineuses fixatrices blé dur et 3 plantules de pois chiche. Les plantes sont
d’azote en association avec une céréale, grâce à arrosées à la solution nutritive de Hoagland [21] tous
l’association symbiotique avec les bactéries fixatrices les trois jours sur la base de la capacité de rétention du
d’azote, peut remplacer efficacement les engrais azotés substrat. Les volumes d’irrigation sont déterminés par
industriels et constitue un des moyens d’atténuer les différence entre les quantités d’eau apportées avant
pollutions terrestres. Cette étude se propose d’évaluer l’arrosage et celles récupérées après 24 heures de
l’effet d’un amendement en bentonite sur le bilan de décantation (Tableau 1). Tableau 1: Doses d’irrigations
appliquées dur au double sous la monoculture pois chiche (0.015
Les échantillons de sols à analyser sont prélevés, à ‰ contre 0.035 ‰); en revanche sous le système de
partir de chaque pot, au niveau de la rhizosphère aux cultures en associées, l’azote analysé dans le substrat
stades levée, 3 feuilles et début tallage. Les analyses présente une teneur environ trois fois plus élevée
de l’azote assimilable du sol sont réalisées selon la comparativement à la monoculture blé dur (0.04 ‰
méthode de Kjeldahl. Les résultats obtenus ont fait contre 0.015 ‰ d’azote). Lorsque les substrats sableux
l’objet d’une analyse de la variance à l’aide du test de sont additionnés à la bentonite à 10%, les teneurs en
Fisher à p=5%. La réserve facilement utilisable (RFU) azote doublent en monoculture pois chiche et
représente 30 % des volumes ainsi trouvés. Les doses atteignent 2.5 fois la valeur enregistrée dans le substrat
d’irrigation correspondant à 30 % et 60 % de la RFU cultivé en pois chiche blé dur par rapport au substrat
sont apportées respectivement pour les stades bentonisé cultivé en monoculture blé dur (0.04 et 0.05
végétatifs et le début floraison et montaison. ‰ contre 0.02 ‰ d’azote).
L'ENSA met actuellement en ligne sur son site les éléments d'une riche conférence donnée le 30 avril dernier par la
directrice du CRSTA de Biskra Mme Fatoum Lakhdari. Que cette chercheuse soit remerciée pour la qualité de ses
travaux. Un grand merci également au webmaster pour la mise en ligne de ce document de grande valeur.
Document qui pousse à nous interroger sur l'actuelle ruée d'investisseurs nationaux ou étrangers1 vers le Sud
Algérien. Telle à l'époque du Far-West, certains vont vers le far-South attiré par la « groundwater economy2 ».
LE PALMIER, PIVOT DE LA CONQUETE DU SUD originaire du milieu oasien rappelle que ces palmes,
S'il existe dans le Sud une agriculture, on le doit au une fois broyées, peuvent servir à produire un riche
palmier-dattier. Cet arbre est un géant. Quelques compost agricole. Chose actuellement pratiqué au
chiffres rappelés par la conférencière. Le palmier jardin d'Essais d'El Hamma à Alger sur l'une des
possède l'aptitude à se développer en milieu aride. Il premières plate-forme de compostage d'Algérie.
résiste à des évapo-transpiration de 2 000 mm. Ses
racines peuvent explorer le sol jusqu'à 17 mètres de Mais le palmier-dattier dépasse la simple production
profondeurs. Il résiste à un stress hydrique et de dattes. Il est « générateur de vie » non pas
notamment à une pression négative de 70 bars causée seulement par les fruits qu'il produit mais car la
par le manque d'eau. Il s'adapte également aux palmeraie constitue un écosystème unique. Elle seule
situations de salinité. permet l'installation d'autres espèces végétales ou
animale et la survie de l'homme en milieu aride.
Dans le palmier: tout est bon. Outre ses fruits qui
servent à l'alimentation humaine et animale les 50 à Le palmier permet la culture sous étage. La palmeraie
200 palmes de sa couronne foliaire permettent non abrite effectivement des arbres fruitiers puis des
seulement de construire des palissades contre le vent céréales, des cultures fourragères ou maraichères. La
mais également la toiture des maisons. Pierre Rabhi, pratique de la luzerne par exemple permet aux
palmiers de profiter de l 'azote de l'air fixé par les en activité on peut voir également des cercles bruns
racines de ce fourrage. Les racines des cultures visage hideux des parcelles sous pivot abandonnées
intercalaires et les amendements apportés permettent après quelques années d'exploitation pour cause de
de maintenir la fertilité du sol ce qui profite au salinisation extrême. Ce qui amène cette boutade
palmier. La plantation de sorgho, fourrage adapté aux désabusée de cet ingénieur pédologue « Comment
fortes températures et résistant au sel, contribue à désertifier un désertifier le désert5 ». Selon Mr Rabah
réduire la salinité. Lahmar « Cinq campagnes d’irrigation, dans les
fermes pilotes de Gassi-Touil, ont suffit à multiplier
Selon Mme Lakhdari: « le tout fonctionne comme un par six le niveau de salinité des 20 premiers cm du sol,
écosystème » avec « une diversité culturales, un pourtant sableux. Entre 20 et 80 cm de profondeur, la
maintien de la fertilité des sols et un auto-recyclage charge saline a pratiquement doublé. Ces niveaux de
des déchets ». A ces considérations agronomiques, il salinité sont largement suffisants pour provoquer une
faut rajouter « une organisation socio-économique et chute importante des rendements du blé dur. Les
culturelle avec une assise basée sur la datte ». Ainsi, a- rendements ont en effet baissé de près de la moitié ».
t-on ce qu'on pourrait appeler le système oasien.
D'autres études6 montrent la folie des hommes à
LE PIVOT, S'AFFRANCHIR DU PALMIER? vouloir s'affranchir de la protection du palmier. Il
Depuis les années 80 l'augmentation démographique suffit que le pivot ait une panne d'une journée pour
ainsi que l'augmentation du niveau de vie a amené à que le rendement chute de 10%. Certains tentent de
une plus grande recherche de sécurité alimentaire. A planter comme en Mitidja des brise-vent de casuarina
ce titre, différents programmes de développement de irrigués par goutte à goutte afin de lutter contre les
l'agriculture visent à la mise en valeur des terres des tempêtes de sable qui peuvent faire disparaître un
régions sahariennes. Il s'agissait également de créer champs en quelques jours. Mais quand ce n'est pas le
des emplois. Selon une étude concernant les oasis du vent desséchant, ce sont les sols sableux toujours
Touat-Gourara-Tidikelt, alors que de 1966 à 2008 la assoiffés car ne retenant ni l'eau, ni les engrais. Du fait
superficie des palmeraie stagnait, la population fut des apports d'eau permanents et du faible taux de
multipliée par quatre. matière organique des sols, les engrais sont vites
lessivés. Engrais et récolte qu'il faut d'ailleurs
On assiste à une extension des surfaces cultivées en transporter sur de longues distances; selon les
palmier dattiers, en produits maraichers ou fourragers. localités, Alger et Oran sont à 1500 km).
La disponibilité en produits agricoles des marchés
s'est accrue. Mais folie des hommes ou ambition En tenant compte d'un rendement de 45 qx/ha pour le
démesurée face à la nature, face au milieu hostile du nombre de pivots emblavés en blé, il est possible
grand Sud, des projets agricoles ambitionnent de d'estimer la production réelle. Or, pour la campagne
s'affranchir de la protection rassurante du palmier. 2002/2003, la CCLS d'Adrar n'a récolté que 50% de
C'est notamment le cas de la culture de céréales sous cette production. Recoupant ce calcul avec des
pivot. interview, des chercheurs sont arrivés à la conclusion
qu'une partie de la production locale part vers le
La presse nationale se gausse de ses récoltes Mali7.
miraculeuses de blé ou de maïs sous pivot. Mais il
faudrait également faire état des travaux des
hydrologues et agronomes qui notent la baisse du La nécessité d'irriguer en continu fait exploser les
niveau des nappes d'eau fossile du Continentale factures d'électricité de la Sonelgaz (à terme, il serait
intercalaire et du Complexe terminal, les risques de intéressant de voir ce que peut apporter des panneaux
pollution de ces eaux, de remontées3 des eaux et de solaires). Idem concernant les facturesde fertilisants
salinisation croissants des sols. pour ces sols sableux au pH élevés qui insolubilisent
rapidement le précieux phosphore des engrais.
Différents travaux montrent que sous pivots,
l'irrigation avec une eau même avec une salinité faible UNE "GROUNDWATER ECONOMY" AUX
s'accompagne campagnes agricoles après campagne à RESULTATS DIVERS
une accumulation du sel dans les 30 premiers cm du Les résultats de mise en valeur sont variables. Après
sol. Et inexorablement en même temps qu'augmentent trente ans de mise en valeur écrivent les chercheurs
ces dépôts les rendements de blé chutent Tayeb Otmane et Yaël Kouzmine « les résultats
dramatiquement. Le célèbre photographe Yann Arthus n'apparaissent pas à la hauteur de l'investissement
Bertrand montre dans son film « Home » et sur son réalisé; les effets conjugués des contraintes sociales,
site des photos aériennes des alentours d'El Oued4. Si économiques et écologiques ont entravé le bon
on observe de nombreux cercles verts liés aux pivots fonctionnement des exploitations ». Il est vrai que
quelques investisseurs du Sud ou venant du Nord ont qu'à Inzeghmir dans le Touat, une seule exploitation
abandonnés leurs parcelles laissant derrière eux les fait 1 500 ha. De même que les relations entre
carcasses métalliques aujourd'hui rouillées des propriétaires fonciers ou de part d'eau dans une
rampes-pivots8. foggara et ouvriers agricoles (harratines) ont été
redessinés par la mise en valeur. Suite aux aides des
Qui ont été les investisseurs à tenter l'aventure de ce pouvoirs publics, ceux-ci ont pu accéder à la terre. Il
type de mise en valeur? Il y a avant tout les en est de même de la main d'œuvre féminine très
populations locales mais également des investisseurs sollicités pour les travaux dans les serres ou le tri des
venus du Nord (Alger, Tizi-ouzou, Blida, Batna, dattes dont la production a augmenté et est pour une
Souk-Ahras). Leur arrivée a parfois suscité des part aujourd'hui exportée.
réticences. C'est le cas de cet entrepreneur et de son
épouse vétérinaire qui souhaitaient créer un ranch. Ils PENSER AGRICULTURE OASIENNE
virent leurs forages endommagés. Les agriculteurs Durant des siècles, l'agriculture oasienne a montré son
locaux étant mécontents du tarissement de leur côté durable à l'ombre des palmiers. S'inspirant de ce
foggara. qu'il avait pratiqué dans les oasis l'Algérien Pierre
Rabhi est même devenu aujourd'hui le chantre de
Parmi les locaux, il y a eu de nombreux jeunes sans l'agriculture respectueuse de l'environnent.
emploi. L'attribution de terres sous forme de groupes
d'entraide paysanne a parfois tourné court. Parmi les Si la demande en produits agricoles nécessite de
bénéficiaires d'attributions individuelles il y a eu « des produire plus au sud, il s'agit de ne pas délaisser le
élus communaux ou des personnes aisées modèle original. Loin de tomber dans un
financièrement proches de l'administration ». conservatisme béat, il s'agit de s'en inspirer et
pourquoi pas de le faire évoluer: irrigation par goutte
Le plus étonnant est l'origine du secteur d'activité des à goutte par exemple et lutte biologique contre les
entrepreneurs tentés par le Sud. Différentes enquêtes parasites du palmier ou de la tomate par exemple y ont
permettent de dénombrer 76 attributaires non issus du toute leur place. Le Sud algérien dispose de plus en
secteur agricole: 29 commerçants, 31 fonctionnaires plus de cadres dont des agronomes qualifiés.
dont 10 enseignants et 16 venant des professions L'agriculture saharienne dispose également d'un outil
libérales. précieux: le Centre de Recherche Scientifique et
Technique des Régions Arides9. Pour sa directrice,
Parfois les projets ont été pharaoniques. Tel le l'agriculture saharienne doit avant tout être une
complexe privé agro alimentaire du Sud (CAAS). Les agriculture oasienne.
sommes investies sont de 6 299 500 000 DA. Elles ont
permis d'irriguer 700 ha de cultures grâce à près de 38 Quant à l'agriculture sous pivot, elle mérite d'être plus
000 km linéaires de réseau de goutte à goutte enterrés. réfléchie afin d'assurer la pérennité des ressources en
Le tout alimenté par 15 forages alimentant 2 bassins eau et de tenir compte de la fragilité des sols. En effet,
de stockage de 20 mètres de profondeur. L'irrigation et cultiver sous pivot nécessite de tenir compte de la
la fertilisation étant piloté par ordinateur depuis une salinité de l'eau et du manque de fertilité des sols. Des
tour de contrôle centralisée. Après quelques années de pratiques raisonnées peuvent améliorer la situation
fonctionnement (production de tomate industrielle, de actuelle de la « groundwater economy ». Aux pivots
betterave à sucre, de maraichage et de céréales) trop gourmands en eau, que pourrait-on attendre du
l'exploitation croulant sous les dettes de la Sonelgaz et goutte à goutte et du goutte à goutte enterré?
des banques amenèrent à l'arrêt de l'entreprise. Ne Comment l'adapter à des cultures de céréales ou
recevant plus leurs salaires les employés avaient fourragères? Ces questions sont d'autant plus urgentes
déclenchés plusieurs mouvements de grève. que le relèvement des prix du blé dur a entrainé entre
2007 et 2008 un triplement des surfaces en céréales.
Ces échecs ne doivent pas cacher l'augmentation de la Les subventions à la production laitière constituent
production de céréales, de légumes, de dattes et de également un puissant motif d'augmentation des
fourrages. Certains exploitants de pivots se sont surfaces fourragères.
reconvertis ou affectent une part de leurs superficies à
des fourrages. A noter que les tentatives de production Car à trop vouloir s'affranchir de la protection du
de maïs grains sont difficilement justifiables étant palmier en climat aride, il y a un risque de se bruler
donnés les forts besoins en eau de cette culture. les ailes...
Des serres et des hommes : des exploitations motrices de l’expansion territoriale et de l’ascension
socioprofessionnelle sur un front pionnier de l’agriculture saharienne en Algérie - Organisation et rôle des acteurs
de la «groundwater economy» en amont et en aval de la production agricole – Cas des filières maraichères au
Maghreb - L’entrée des jeunes dans l’agriculture: cas du maraîchage sous serre dans les Ziban (Algérie) - DE
AGUELMOUS A BISKRA ET RETOUR: L’EXPERIENCE D’UN JEUNE MARAICHER -
Des serres et des hommes : des exploitations motrices de l’expansion territoriale et de l’ascension
socioprofessionnelle sur un front pionnier de l’agriculture saharienne en Algérie
Cahiers Agricultures Volume 24, numéro 1, Janvier-Février 2015
Farida Amichi 1 2 3 *Sami Bouarfa 4 Caroline Lejars 2 3 Marcel Kuper 2 3 Tarik Hartani 5 Ali Daoudi 5 6 Hichem Amichi 4 Mohamed
Belhamra 6
1 AgroParisTech 648, rue Jean François Breton 34090 Montpellier France
2 Cirad UMR GEAU 361, rue Jean-François Breton 34196 Montpellier Cedex 5 France
3 IAV Hassan II Madinat Al Irfane P 6202 10101 Rabat Maroc
4 IRSTEA UMR GEAU 361, rue Jean-François Breton 34196 Montpellier Cedex 5 France
5 ENSA Alger, Rue Hassen Badi Belfort El Harrach 16000 Alger Algérie
6 CRSTRA El Alia BP 1682 Biskra Algérie
* Tirés à part
Mots-clés : Algérie, arrangements contractuels, exploitation agricole, palmiers dattiers, maraîchage, oasis
Thèmes : économie et développement rural, systèmes agraires
DOI : 10.1684/agr.2015.0736
Page(s) : 11-9
Année de parution : 2015
Biskra est célèbre pour ses dattes qui représentent la principale production agricole. Au milieu des années 1980, des
serres sont apparues en marge des oasis, ouvrant la voie à de nouvelles dynamiques agraires. Ces dynamiques sont
portées par des arrangements entre différents acteurs qui mettent en commun leurs facteurs de production.
L’objectif de l’article est d’analyser les fondements constitutifs de ces dynamiques agricoles. Pour ce faire, nous
avons analysé le fonctionnement des exploitations agricoles, à partir de 77 enquêtes réalisées dans la commune
d’El Ghrouss. Nous montrons que le boom agricole dans la région est porté par deux principales logiques d’acteurs
ayant deux ambitions distinctes : celles des propriétaires visant à investir à moyen terme dans la phœniciculture, et
celles de locataires maraîchers associés à des métayers visant une ascension socioprofessionnelle. La culture sous
serre et les arrangements entre acteurs autour du maraîchage sont les moteurs de l’expansion territoriale et de
l’ascension socioprofessionnelle des agriculteurs.
L’exploitation agricole a longtemps été vue comme un l’agriculture irriguée reposant sur l’accès aux eaux
patrimoine transmis d’une génération à une autre, souterraines (Llamas et Martinez-Santos, 2005 ;
combinant force de travail, savoir-faire, droits d’accès Bouarfa et Kuper, 2012). Cette sécurisation de
à des ressources naturelles, bâtiments et cheptels. Elle l’irrigation a permis le développement de cultures à
s’inscrivait dans l’histoire de territoires ruraux en haute valeur ajoutée et la mise en valeur de nouveaux
évolution lente. Aujourd’hui, l’exploitation est territoires (Jamin et al., 2011 ; Kuper, 2011).
devenue un objet complexe, en mutation rapide
(Dufumier, 2006 ; Pichot, 2006), dont les contours Ces mutations et le développement de ces nouveaux
sont réinterrogés, notamment dans un contexte de territoires exigent la mobilisation de facteurs de
transformations majeures. Dans certains cas, production (travail, capital, intrants, foncier et savoir-
particulièrement dans les pays du Sud, ces faire) dont l’accès est de plus en plus difficile et le
transformations sont liées au développement de coût de plus en plus élevé. Les agriculteurs ont alors
recours à un ensemble d’arrangements, souvent ensuite amplifié cette dynamique à partir des années
informels, autour de l’accès à ces facteurs de 2000, notamment par l’appui à la plantation de
production. Ces arrangements jouent un rôle palmiers et l’aide à la mise en place de chambres
déterminant dans la mesure où ils permettent froides. Dubost (1998) montre ainsi que le paysage
d’améliorer l’allocation des facteurs lorsque les des Ziban a été transformé, passant d’une agriculture
dotations individuelles et les capacités de gestion sont oasienne à étages, à une agriculture combinant, à perte
hétérogènes (Otsuka, 1992 ; Dubois, 2000 ; Boudjellal de vue, des palmiers en monoculture et des serres
et al., 2011). Ces arrangements varient en fonction du tunnels en plastique qui se développent en marge des
facteur considéré (eau, terre, travail, etc.), du mode de palmeraies. Dans ce contexte de mutation rapide, il
faire-valoir (direct ou indirect), du caractère formel ou insiste sur la nécessité d’analyser les caractéristiques
informel des transactions et des logiques et des et le fonctionnement de l’exploitation agricole des
objectifs des acteurs. Colin (2003) a notamment fait le oasis pour mieux comprendre les dynamiques
lien entre les logiques d’agriculteurs et la nature des d’expansion et le changement de paysage.
arrangements, dans le cas du Mexique, où les contrats
de métayage permettent la mise en commun des L’objectif de notre article est d’analyser les
facteurs de production (« resource pooling »). exploitations agricoles responsables de l’essor
agricole de la région et plus particulièrement les
En Algérie, dans un contexte de libéralisation d’une facteurs favorisant l’intensification et l’extension
agriculture administrée, différents travaux ont montré géographique. Pour ce faire, nous analysons les
l’importance des arrangements pour la mise en caractéristiques et le fonctionnement des exploitations
commun des facteurs de production à la fois sur les agricoles pratiquant le maraîchage sous serre plastique
terres publiques et privées (Daoudi 2010 ; Imache et (ou plasticulture) en association ou non avec la
al., 2011). Des mouvements locatifs informels très phoeniciculture. Cette analyse est basée sur un
importants ont été observés dans le Nord du pays sur décryptage des arrangements contractuels informels
les terres publiques, dans la Mitidja (Imache et al., autour des serres permettant la mise en commun de
2009 ; Ammar Boudjellal et al., 2011) et dans le Bas- différentes ressources productives. Nous allons
Chélif (Amichi et al., 2011). Ces auteurs ont en montrer que dans un contexte de fortes mutations, ces
particulier montré que les locataires étaient porteurs arrangements facilitent l’intégration de nouveaux
de dynamisme économique, d’innovations techniques arrivants dans le système et leur ascension
telles que le recours au goutte à goutte en irrigation ou socioprofessionnelle, et sont ainsi porteurs de
la mise en place de forages privés pour accéder à l’expansion territoriale.
l’eau, et d’innovations institutionnelles par la mise en
place de marchés très actifs et informels autour de la El Ghrouss, un paysage agraire en expansion
terre et de l’eau. composé de serres tunnels et de palmiers
La région de Biskra ou la région des Ziban qui signifie
Dans cet article, nous avons étudié le cas d’El ensemble d’oasis représente un véritable espace
Ghrouss, commune située au sein de la wilaya de tampon entre le Nord et le Sud de l’Algérie. Le
Biskra (ou région des Ziban - oasis en berbère), à dynamisme agricole de la région est sous tendu par
environ 470 km au sud-est d’Alger. La superficie des conditions naturelles qui offrent un bioclimat
irriguée de Biskra a quintuplé en une décennie, favorable et des ressources naturelles suffisantes en
passant de 22 000 ha en 1998 à 101 000 ha en 2010. terre et en eau (souterraine essentiellement).
De plus, 94 % de l’eau d’irrigation est puisée dans les
nappes souterraines par 4 293 puits et 9 075 forages Les serres tunnels sont apparues à Biskra dans les
(Ministère des Ressources en eau - MRE, 2009). Cette années 1980 au sein de quelques fermes socialistes de
région connaît une forte mutation agricole depuis les l’État. Après le démembrement des domaines
années 1990, passant d’une agriculture oasienne agricoles socialistes en 1987 (Amara, 1992), les
exclusivement consacrée à la phœniciculture à une ouvriers de ces fermes, devenus agriculteurs, ont
production associant maraîchage intensif tout au long récupéré les serres. Ces quelques agriculteurs devaient
de l’année et phœniciculture commerciale (Khiari, s’approvisionner dans les régions littorales du Nord
2002 ; Bouammar, 2011). Le développement de cette pour les charpentes, le plastique, etc. Le
nouvelle « agriculture maraîchère saharienne » a été développement du maraîchage, associé plus tard à la
facilité par la mise en place de la loi 83-18 relative à technique du goutte à goutte, a progressivement attiré
l’accession à la propriété foncière agricole (APFA) qui des agriculteurs du Nord connus pour disposer d’une
permet d’acquérir des terres agricoles ou à vocation technicité et d’une ancienneté dans la pratique du
agricole, au prix du dinar symbolique sous condition maraîchage sous abris. Ces nouveaux agriculteurs se
de leur mise en valeur (Ben Hounet, 2011). Le sont progressivement installés en marge des
Programme national de développement agricole a palmeraies existantes, sur de nouvelles terres mises en
valeur grâce à l’accès à l’eau souterraine. Dans un second temps, nous avons réalisé des
enquêtes plus approfondies auprès de 77 acteurs (19
L’installation de ces nouveaux agriculteurs et le propriétaires, 31 locataires et 27 métayers) répartis de
développement du maraîchage sous serre ont manière homogène sur l’ensemble de la commune
transformé le paysage de la région de Biskra, passant d’El Ghrouss. À partir de nos données, nous avons
d’une oasis à étages (palmiers dattiers, arboriculture et élaboré une typologie d’acteurs sur la base des
maraîchage) à des cultures sous serres qui se dotations en facteurs de production : terre, eau, travail
développent à côté de plantations monospécifiques de et capital. Nous avons ensuite précisé la nature du
palmiers dattiers. Aujourd’hui, le paysage est ainsi rapport contractuel qui relie les acteurs entre eux :
composé, à perte de vue, de serres tunnels qui se sont rapport salarial, rapport au foncier, rapport à l’eau.
développées sur de nouvelles terres, conjointement à Nous avons analysé ces relations à partir du référentiel
la monoculture de palmiers. Ces serres disposées en théorique des contrats agraires qui se donne pour objet
rangées régulières s’étendaient sur plus de 2 700 ha en d’étude la logique des formes organisationnelles, sur
2010 (MADR, 2010), soit près de 67 000 serres (à la base de l’interaction de comportements individuels
raison de 25 serres/ha) dans la région de Biskra. Pour d’acteurs, de leur environnement et des
faire face à l’importante production maraîchère, de caractéristiques des biens et services échangés. Nous
l’ordre de deux millions et demi de quintaux (MADR, considérons ainsi que les contrats sont des
2010), deux grands marchés de gros de produits arrangements institutionnels composites, aux
maraîchers ont été créés. Ils alimentent aujourd’hui le dimensions contractuelles conventionnelle et
marché national en tomate, poivron, piment, réglementaire, en particulier pour la mise en commun
aubergine, melon et pastèque. Cette production est des différents facteurs de production (Colin, 2002).
devenue si importante, qu’on la retrouve sur les
multiples foires de la datte, organisées annuellement Résultats
dans plusieurs régions de la wilaya. Les agriculteurs Les productions : des cultures maraîchères sous
exposent fièrement leurs plus beaux régimes de dattes serres et des palmiers dattiers
mais aussi leurs diverses productions maraîchères. L’enchevêtrement de serres et de jeunes palmiers
constaté dans le paysage agraire d’El Ghrouss indique
Notre étude a été réalisée dans la commune d’El une organisation spatiale particulière. Des serres
Ghrouss (figure 1), qui constitue l’une des zones les tunnels au format standardisé (8 m x 50 m) sont
plus importantes en termes de production maraîchère disposées autour d’un forage, qui irrigue l’ensemble
et phœnicicole dans la région de Biskra. des serres mises en place avec un réseau de goutte à
goutte enterré. Le forage assure également
Méthode quelquefois l’irrigation de plantations de palmiers
Pour comprendre le fonctionnement des exploitations dattiers, quand elles existent. Ces palmiers sont
agricoles d’El Ghrouss, deux séries d’enquêtes ont été principalement de la variété « Deglet Nour », très
effectuées pendant la campagne agricole 2011-2012. demandée sur les marchés nationaux et
internationaux. Sous serre, les cultures les plus
Dans un premier temps, nous avons réalisé une série répandues sont la tomate, le poivron, le piment,
d’enquêtes exploratoires auprès d’une quinzaine de l’aubergine, le melon et la pastèque. Les agriculteurs
personnes ressources (institutionnels, présidents cultivent le poivron et le piment durant toute l’année
d’associations d’agriculteurs, techniciens, en avant-saison (entre août et janvier) puis en saison
vulgarisateurs, agriculteurs) à l’aide d’entretiens semi- (entre janvier et juillet), alors que la tomate est
ouverts. Les résultats de ces entretiens ont permis de cultivée principalement en primeur durant l’avant-
mettre en évidence l’interdépendance entre la saison. C’est au cours de cette période qu’elle est
phœniciculture et le maraîchage et entre les différents rémunératrice grâce à sa précocité sur le marché
types d’acteurs intervenant dans la production, à national. En saison, elle entre en concurrence avec la
savoir les propriétaires de la terre et de l’eau, les tomate du Nord du pays et est donc moins attractive
locataires de serres et les métayers. Ces entretiens ont au niveau économique. Les mois de juillet et août sont
orienté les enquêtes suivantes, autour de ces trois consacrés au démantèlement des serres. En effet, du
types d’acteurs, en se focalisant sur les modalités fait d’une pratique agricole intensive, les sols
d’accès aux facteurs de production et les relations s’épuisent rapidement et les agriculteurs déplacent
entre eux autour du maraîchage. Dans la mesure où le leurs serres au bout de trois ans, labourent et laissent
maraîchage sous abris est porteur des dynamiques la terre se reposer. Ils remettent en culture les terres
agricoles, y compris phœnicicole, nous nous sommes laissées en jachère après trois ans. Ils réalisent leur
concentrés plus particulièrement sur l’analyse des rotation en fonction du foncier disponible, soit autour
modalités d’exploitation des serres. du même forage, soit en se déplaçant vers d’autres
endroits, s’ils peuvent y obtenir un accès à l’eau et des
emplacements pour leurs serres. depuis trois ans. Je cultive de la tomate, du melon et
des aubergines. »
Différents statuts d’acteurs…
Le propriétaire ou el moul’chi Le “grand locataire” emploie un métayer et exploite
Il s’agit du propriétaire foncier. Il possède des serres un nombre de serres supérieur au seuil des six à huit.
et/ou des palmiers sur ses propres terres. Il gère ses Les grands locataires, de par le nombre important de
palmiers lui-même. Il peut également avoir des serres serres, louent souvent auprès de plusieurs moul’chi,
sur d’autres terres en location (il est alors aussi contrairement aux petits locataires.
locataire). Il possède généralement un forage ou, a
minima, une part d’eau issue d’un forage collectif ou Le métayer ou el fellah
d’un forage détenu par un propriétaire voisin. Il gère On nomme métayer (que les acteurs nomment fellah,
la distribution de l’eau entre les serres. ce qui veut dire cultivateur en arabe classique) toute
main-d’œuvre qui contribue au processus de
Dans l’ensemble des situations, les forages constituent production en apportant sa force de travail et, dans
un élément structurant de l’organisation des certains cas, son savoir-faire. Il peut travailler soit
exploitations. Le propriétaire installe le réseau pour un propriétaire soit pour un grand locataire. Sa
hydraulique sur sa propriété et achemine l’eau du rémunération se fait en part, préalablement définie, de
forage jusqu’aux serres. Un forage dédié la production réalisée.
exclusivement aux serres peut en alimenter près de
240 à son usage maximal, soit plus de dix ha de serres On distingue deux types de métayage qui rappellent
(à raison d’une demande en eau de trois heures pour les types décrits par Colin (2003) au Mexique. Le
dix serres pour un tour d’eau de deux fois par premier type concerne les métayers qui n’apportent
semaine). C’est l’accès à l’eau souterraine qui permet que leur force de travail. Généralement peu
au propriétaire de se lancer dans le maraîchage sous expérimentés, ils ne participent pas à la prise de
serre puis dans la plantation de palmiers. Avec cette décision relative aux choix culturaux et aux stratégies
capacité d’irrigation valorisant le foncier, le mises en œuvre durant la campagne agricole. À
propriétaire exploite pour partie lui-même ses terres l’inverse, en plus de leur force de travail, la deuxième
en mode de faire-valoir direct (FVD), mais a catégorie est dotée d’un savoir-faire diversifié. Ces
également recours au faire-valoir indirect (FVI) via le métayers sont très convoités par les grands locataires
métayage ou la location pour la mise en valeur du et les propriétaires car ils sont aptes à conduire les
foncier irrigué dont il ne peut se charger directement. opérations culturales, voire même à commercialiser la
production.
Le locataire ouel kari
La location concerne les emplacements de serres et L’ouvrier ou el kheddam
l’accès à une part d’eau qui lui est proportionnelle. El Il s’agit du travailleur journalier. Il est soit un ouvrier
kari ou le locataire détient un savoir-faire et un capital agricole qui travaille dans les palmeraies et qui vient
qui lui permettent d’investir dans les serres et de vendre sa force de travail durant les périodes de
financer les charges variables d’un cycle de récolte de produits maraîchers, soit un ouvrier venant
production. Nous avons distingué deux types de d’autres secteurs tels que le bâtiment, le transport ou
locataires selon l’importance des capitaux qu’ils autre. Il est rémunéré à la journée de travail.
mobilisent. Dans la région, un agriculteur ne peut
conduire seul qu’un nombre limité de serres, de six à Cette présentation des quatre types d’acteurs est très
huit en général, en particulier pour la culture de schématique dans la mesure où une même personne
tomate qui est la culture principale de ce modèle de peut appartenir à plusieurs types. Comme on le voit
maraîchage. sur le tableau de la figure 2, un même acteur peut
avoir des statuts différents : un propriétaire peut
Le “petit locataire” travaille ses quelques serres seul. également être locataire de serres, un métayer peut
Il a en général travaillé longtemps comme métayer ou également être petit locataire sous réserve de ne pas
dans d’autres secteurs économiques permettant de dépasser les six à huit serres. De plus, sur une même
constituer un capital de départ suffisant pour pouvoir propriété agricole (propriété foncière, ayant un accès à
louer des serres. Comme en a témoigné un petit l’eau et appartenant au même moul’chi), ces quatre
locataire (localité d’El Merhoum, commune d’El types d’acteurs peuvent être présents et peuvent
Ghrouss, 2011) : « Je suis venu au départ pour exercer leurs activités simultanément selon la
travailler dans les palmeraies. Je travaille encore chez disponibilité de la terre. Sur cette propriété, le
quelqu’un dans une palmeraie, c’est ce monsieur qui propriétaire peut interagir avec des grands locataires
m’a financé au départ, j’ai pu le rembourser après ma et des petits locataires, qui eux-mêmes emploient des
première récolte de tomate. Je possède ces deux serres métayers et des ouvriers. Enfin, une même personne
peut avoir des activités sur des propriétés différentes : DA/jour (1 € = 100 DA). Ce type d’arrangement est
un locataire peut notamment installer ses serres sur toutefois peu répandu dans la zone.
plusieurs propriétés agricoles en fonction des
disponibilités en terre et en eau, et de façon similaire, Location
un métayer peut travailler pour plusieurs locataires ou Les contrats de location s’établissent entre le
propriétaires différents. Il y a ainsi une importante propriétaire de la terre et le locataire pour une durée
mobilité spatiale mais aussi temporelle, car ces acteurs de trois ans, ce qui correspond, selon les normes
déplacent leurs serres au bout de trois ans au sein de la locales, à la durée d’exploitation d’un emplacement de
même propriété ou vers ou vers celle d’un autre serre. Le bail de location n’est déclaré auprès
propriétaire. d’aucune autorité, administrative ou autre, et n’est
… avec des ambitions différentes formalisé par aucun écrit. Le loyer est perçu au début
de chaque campagne pendant toute la durée du bail.
Sur une même propriété, deux logiques d’acteurs Tous les trois ans, le propriétaire laboure sa terre, trace
se rencontrent. les emplacements des serres et installe les conduites
L’ambition du locataire et celle du métayer sont de depuis le forage jusqu’aux serres. Le prix de la
réinvestir le capital acquis par le travail dans les location d’un emplacement de serre raccordé au
serres. Pour le locataire plus particulièrement, réseau d’irrigation diffère d’un endroit à une autre
l’objectif est de s’agrandir (investir dans de nouvelles selon la qualité du sol, la disponibilité en eau mais
serres ou dans la terre) ou de se lancer dans une autre surtout la proximité des routes et l’éloignement du
activité, agricole ou non, à Biskra ou dans sa région marché. Il varie entre 15 000 et 30 000 DA. Le
d’origine. Le maraîchage sous serres a en effet attiré propriétaire établit en général plusieurs contrats de
des agriculteurs venus de différentes régions d’Algérie location avec différents locataires sur l’ensemble de sa
(Tipaza, Djelfa, M'sila, Batna, etc.). Certains se propriété.
sédentarisent et deviennent phoeniciculteurs, d’autre
réinvestissent leur capital ailleurs. Le métayer Métayage
ambitionne souvent de devenir locataire. Le contrat de métayage s’établit entre le propriétaire
ou le locataire d’un côté, et le métayer de l’autre côté,
L’ambition du propriétaire à moyen terme est la pour une période d’un an, c’est à dire la saison et
reconversion de ses terres en palmeraie qui lui l’avant-saison. Cette période est déterminée avant le
garantirait une retraite. Le recours à la plasticulture démarrage de la campagne agricole, c’est-à-dire au
apparaît comme un élément d’une stratégie cours de l’été. Les arrangements sont oraux. En
d’accumulation de capitaux qu’il mobilise pour conséquence, le premier arrangement se fait souvent
accéder à l’eau et mettre en place une palmeraie qui en présence d’une tierce personne, en général celle qui
assurera la pérennité de son exploitation et sa retraite. est à l’origine de la rencontre. Lorsque les deux
« Je possédais 14 serres en 1989 et je louais par protagonistes décident de prolonger le contrat, la
ailleurs des emplacements de serres à 15 000 dinars relation de confiance créée leur permet en général de
algériens (DA) l’emplacement à des dizaines de traiter sans la caution d’une tierce personne. Dans la
locataires. C’est cela qui m’a permis de planter mes commune d’El Ghrouss, la rémunération des métayers
palmiers » (phoeniciculteur, 62 ans, localité d’El correspond au quart de la valeur brute de la
Amri, 2011). Il est un des premiers agriculteurs à production réalisée.
avoir eu des serres dans la commune d’El Ghrouss. Il
possède aujourd’hui une exploitation exclusivement Le moul’chi ou le locataire assure l’essentiel des
phœnicicole. charges aussi bien fixes (serre, plastique, goutte à
Diversité d’arrangements contractuels pour l’accès goutte, terre, eau, etc.) que variables (semences,
aux facteurs de production traitement et produits phytosanitaires). Le métayer
contribue uniquement aux charges induites par la
La relation entre ces acteurs nous révèle trois types commercialisation. Celles-ci englobent le coût lié au
d’arrangements contractuels bien distincts : le salariat, transport du produit et l’accès au marché qui est fixé à
la location et le métayage (figure 3). 100 DA pour une entrée. Le locataire supervise les
tâches et assume les risques liés aux aléas (maladie,
Salariat vent, etc.). Le métayer apporte sa force de travail et
Le salariat s’établit lorsque le moul’chi ou le locataire son savoir-faire. Il réalise l’installation des serres
font appel aux ouvriers pour des travaux très durant le mois d’août, la mise en place d’une
ponctuels (désherbage, récolte, installation de serres, pépinière, la plantation des jeunes plants et la conduite
etc.). Ces ouvriers viennent de différentes régions de la culture jusqu’à la récolte.
mais aussi de divers secteurs d’activités. Ils sont
rémunérés par journée de travail à hauteur de 600 Ces arrangements sont accessibles aux différents
groupes sociaux sans discrimination régionale. Les dattiers recouvrent alors le paysage des terres
agriculteurs originaires du Nord porteurs d’un savoir- anciennement cultivées sous serres (cas C).
faire, de capitaux et de main-d’œuvre, sont considérés
par les autochtones comme un atout pour le Une fois les terres reconverties en palmiers, les
développement économique de leur territoire, au locataires et les métayers qui travaillaient sur la
moins dans un premier temps. La location permet aux propriété quittent les terres reconverties en palmeraie
propriétaires de transférer tous les risques liés à la (cas C) à la recherche de nouveaux emplacements de
production aux locataires (notamment aléas serres (cas B) ou de foncier encore inexploité, sur
climatiques et disponibilité de la main-d’œuvre). Ces lesquels ils peuvent alors devenir propriétaires (cas
locataires et propriétaires peuvent également choisir A), repoussant ainsi les frontières agricoles.
de rentrer dans un contrat de métayage où les risques
sont partagés avec le métayer, et où l’incitation au Discussion
travail du métayer est supposée forte. Sur la commune d’El Ghrouss nous observons une
grande mobilité des acteurs, accompagnée de
Enfin, un même agriculteur peut effectuer un grand changements de production. Les exploitations sont
nombre d’arrangements différents, sur une ou ainsi en évolution constante, jusqu’à la mise en place
plusieurs propriétés, avec plusieurs autres et l’installation de palmiers, gage de pérennité. Les
agriculteurs. Par exemple, un propriétaire de près de divers arrangements contractuels entre les acteurs
40 ha dans la localité d’El Merhoum, qui possède favorisent ces conversions et permettent de distinguer
deux forages, met en location 445 emplacements de trois étapes dans la mutation des exploitations (A, B,
serres. Il traite avec 35 locataires, 21 petits locataires C, figure 4). Ces mutations passent par :
et 14 grands locataires dont un grand locataire qui -la combinaison de deux types de cultures, à savoir le
dispose à lui seul de 140 serres. Il a également installé maraîchage sous serres et le palmier dattier, le
33 serres qu’il travaille en métayage. L’ensemble des maraîchage étant une étape vers la mise en place et
métayers sur cette même propriété dépasse les 50, l’extension des palmiers ;
sous contrat avec les locataires ou le propriétaire lui- -l’association de deux types d’acteurs principaux
même. Le propriétaire vend également l’eau à 34 autour de l’accès à la terre et à l’eau, qui portent
serres installées sur la propriété foncière voisine. Ces chacun deux logiques et deux ambitions différentes ;
34 serres appartiennent à trois locataires (deux -enfin, comme nous allons le voir, deux types
locataires possèdent sept serres chacun en FVD et le d’extensions, l’une horizontale en augmentant les
dernier 20 serres en FVI, faisant appel à trois superficies phœnicicoles et l’autre verticale en
métayers). favorisant l’ascension socioprofessionnelle des
acteurs.
Des exploitations agricoles en mutation
Nous avons montré que plusieurs types d’acteurs se Ascension socioprofessionnelle des acteurs : hier
rencontrent sur une même propriété agricole pour la métayer, aujourd’hui propriétaire
mise en commun des facteurs de production (eau, L’alliance des deux types d’acteurs, propriétaires et
terre, travail, savoir-faire et capital financier), à locataires, associés tous les deux aux métayers est à la
travers des arrangements contractuels (salariat, base des dynamiques agricoles dans les oasis des
location et métayage). Ziban. Cette dynamique agricole a été décrite par
d’autres auteurs (Khiari, 2002 ; Bouammar ; 2011)
Comme le montre la figure 4, un propriétaire foncier mais très peu d’études se sont intéressées aux acteurs
commence par réunir les capitaux pour acquérir un qui portent cette dynamique et à leurs logiques. Or, la
forage au sein de son exploitation et démarre sa relation entre les acteurs s’établit grâce à des
production avec un nombre réduit de serres, en arrangements contractuels permettant l’expansion de
mobilisant sa force de travail, des salariés et/ou des l’oasis et l’ascension socioprofessionnelle (figure 2).
métayers, et/ou des petits locataires (cas A). Le Grâce à la flexibilité et la diversité de ces
propriétaire multiplie progressivement le nombre de arrangements, les nouveaux arrivants peuvent intégrer
serres et de fait, les arrangements avec un plus grand le système, quelle que soit leur dotation en facteurs de
nombre d’acteurs, et notamment les grands locataires. production et leur origine sociale. Cette perspective
L’augmentation de la production sur les terres du dynamique renvoie à ce que l’on désigne par la
propriétaire permet à celui-ci de planter petit à petit théorie de l’agricultural ladder (Spillman, 1919)que
ses terres en palmier dattier (cas B). À terme, soit Colin (2013) traduit par la “théorie des échelons
entre dix et quinze ans après le démarrage des agricoles”. Selon le même auteur (Colin, 2003) on
plantations, le propriétaire parvient à son objectif de verrait suivant cette théorie, « se succéder dans le
planter suffisamment de palmiers dattiers pour se temps les modes de faire-valoir, parallèlement au
satisfaire exclusivement de cette culture. Les palmiers cycle de vie de l’exploitation, en relation avec
l’accumulation du capital, l’évolution de la force de institutions. Dubost (1998) souligne que cet essor est
travail et l’amélioration des capacités de gestion du aussi rendu possible grâce à un certain laisser-faire de
producteur via un processus d’apprentissage ». À El l’État, qui laisse les forages illicites se développer,
Ghrouss, un métayer peut devenir locataire au bout de facilitant ainsi l’accès à l’eau qui reste une pièce
trois à quatre ans, puis propriétaire à partir de dix ans. maîtresse du développement économique de ces
Colin (2003) ajoute que « dans la forme la plus régions. Néanmoins, l’hypothèse d’un « État-tolérant
complète de l’hypothèse, l’exploitant évoluera » n’est pas exclue et se manifeste par la mise en place
progressivement du statut d’ouvrier salarié vers celui, des programmes d’accompagnement et de soutien aux
de métayer, de locataire, avant de devenir propriétaire investissements agricoles, par les infrastructures
et sur la fin de sa vie, de concéder à son tour des terres (routes, marchés, etc.) et par des projets
en faire-valoir indirect ». d’électrifications nécessaires à l’accès à l’eau
(Brochier-Puig, 2004).
L’expansion territoriale des palmeraies portée par
le maraîchage sous serres Dans ce contexte institutionnel, ces exploitations en
Ces mutations agricoles portent également la mutation permettent une expansion territoriale et la
dynamique d’expansion territoriale. Dans la mesure mise en culture de nouvelles terres. À El Ghrouss,
où la plasticulture peut permettre une ascension cette trajectoire des exploitations permet l’exploration
professionnelle, elle attire de nouveaux entrants, de nouvelles frontières agricoles. Derrière le front
favorise l’installation sur de nouvelles terres, et pionnier, le propriétaire reconvertit ses terres en
permet l’exploration de nouvelles frontières. À palmeraie alors que le maraîchage se déplace sur de
l’échelle du territoire, les exploitations composées nouvelles terres. Ce peuplement rapide de nouvelles
exclusivement de serres tunnels (A) se créent sur de terres a déjà été observé dans d’autres fronts pionniers
nouvelles terres plus particulièrement aux frontières en Afrique de l’Ouest pour la culture du coton et du
des territoires actuellement cultivés. Ainsi, on retrouve cacao (Dugué, 2007) notamment en Côte d’Ivoire
les exploitations du type (A) aux frontières externes pour l’agriculture de plantation de cacaoyers
des territoires cultivés, et les exploitations du type (C) (Léonard, 1996), et en Amazonie brésilienne pour la
dans des territoires mis en culture antérieurement mise en place des grandes cultures (Léna, 1986,
(figure 4). Les exploitations de type A et B bien Becker, 2006). Les limites de cette agriculture sur
qu’elles soient transitoires, permettent de conquérir front pionnier doivent être interrogées et analysées. La
des nouveaux territoires, à la condition que l’eau question qui se pose actuellement dans la région de
souterraine y soit accessible. Elles portent l’expansion Biskra est de savoir quelles sont les limites de cette
territoriale et la mise en place des palmeraies (type C). expansion dans un contexte de ressources en eau
certes fossiles mais très importantes, de foncier encore
Conclusion largement disponible et de marché qui ne présente pas
Nous avons montré comment les exploitations encore de signes d’essoufflement.
agricoles de ces nouvelles oasis, combinant des serres Remerciements : Cette étude a été réalisée dans le
et des palmiers dattiers, sont le moteur de l’essor cadre du projet Groundwater Arena (CEP S 11/09
agricole et de l’expansion territoriale de l’agriculture financé par l’ANR).
saharienne d’El Ghrouss. Nous avons expliqué le
boom agricole dans la commune par la combinaison Références :
de deux ambitions d’acteurs qui portent l’extension [Amara, 1992] Amara H.A. La terre et ses enjeux en Algérie.
territoriale. Nous avons démontré que, bien que la Revue du monde musulman et de la Méditerranée. 1992;65:186-
réunion de serres et de palmiers dattiers soit 196. 10.3406/remmm.1992.1564
[Amichi et al., 2011] Amichi H., Bazin G., Chehat F.,
temporaire, elle peut permettre à chaque acteur Ducourtieux O., Fusilier J.L., Hartani T. Enjeux de la
d’atteindre ses objectifs. L’existence d’une diversité recomposition des exploitations agricoles collectives des grands
d’arrangements contractuels autorise à chaque acteur à périmètres irrigués en Algérie : Le cas du Bas-Cheliff. Cahiers
intégrer le système de production en fonction de sa Agricultures. 2011;20:150-156. 10.1684/agr.2010.0459
[Becker, 2006] Becker B.K. Amazonie brésilienne, nouvelle
propre dotation. géographie, nouvelle politique régionale et nouvelle échelle
d’action. Géocarrefour. 2006;81:203-206. 3
Les résultats de nos travaux montrent que les [Ben Hounet et al., 2011] Ben Hounet Y., Casciarri B., Dupret
arrangements informels entre acteurs sont constitutifs B., Ireton F., Wilson A. Pratiques de l’appropriation foncière en
de cette dynamique, d’où l’intérêt de les intégrer dans contexte musulman. Transcontinentales. 201110-11. 7
[Bouammar et al., 2011] Bouammar B., Heloufi H., Aouidane
la caractérisation de l’exploitation agricole, en L. La dynamique agricole dans la zone d’El Ghrous (Biskra) :
particulier dans un contexte de fortes mutations. Ces Entre le boom maraîcher et la lente généralisation des systèmes de
arrangements entre acteurs dans un contexte informel production phœnicicoles. Annales des Sciences et Technologie.
correspondent aux ambitions des agriculteurs, mais 2011;3:141-148. 2
[Bouarfa et Kuper, 2012] Bouarfa S., Kuper M. Groundwater in
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A El Oued et Biskra, les maraîchages l’emportent sur la phœniciculture
L’agriculture saharienne fait sa mue
28/04/2013 El Watan
En dehors des quelques oasis et autres palmeraies dont l’existence remonte à plusieurs décennies, le Sud algérien était,
jusqu’ici, synonyme de désert inhospitalier, où l’activité agricole était quasi inexistante.
Aujourd’hui, urbanisées et traversées par un réseau de Déjà vue du ciel, lorsque l’avion amorce sa descente sur
routes et de pistes de plus en plus dense, les wilayas du Sud l’aéroport d’El Oued, la région fait rappeler les étendues
n’ont rien à envier aux régions rurales du nord du pays. désertiques des pays du Golfe, où d’immenses champs de
Bien au contraire, en matière de développement agricole, blé en forme de cercle y sont cultivés. Ici, même si leurs
ces wilayas sont en passe de devancer, de loin, les régions dimensions sont plus modestes, les champs circulaires verts
du Nord les plus réputées pour leur rendement dans observés, tout comme les cultures sous serre, commencent à
plusieurs filières agricoles. prendre le dessus sur l’ocre jaune du sable et de la pierre.
Deux wilayas, El Oued et Biskra, sont déjà classées Il faut savoir que la valeur de la production agricole d’El
championnes de par l’excellence des résultats qu’elles Oued, pour l’année 2012, est évaluée à 137,5 milliards de
réalisent. Elles ont, en effet, réussi à réaliser un vieux rêve, dinars.
celui de transformer le désert en terre agricole utile. En C’est un exploit qui représente plus de 34% de la valeur de
quelques années, elles sont devenues de véritables «paradis la production de 10 wilayas du Sud estimée à 404 milliards
verts», où l’on cultive toutes sortes de fruits et légumes. de dinars.
C’est lors d’une virée de quelques jours dans ces deux Parmi les exploitations agricoles qui ont contribué à ce
wilayas que nous avons découvert, non sans surprise, le résultat, celle située dans la commune de Trifaoui, à une
nouveau visage qu’offrent désormais ces terres, décrites par vingtaine de kilomètres du chef-lieu de la wilaya, en est
certains comme le futur eldorado de l’agriculture en l’exemple édifiant.
Algérie. S’étalant sur une superficie de 129 hectares dont 123 ha
irrigués, l’exploitation a bénéficié des subventions
accordées dans le cadre du Programme national de Cependant, quoi qu’on dise, toute cette performance
régulation et de développement agricole (FNRDA) et réussi réalisée par ces deux wilayas du Sud ne signifie pas que le
à assurer un bon système d’irrigation grâce à ses 31 forages vécu des agriculteurs est exempt d’embûches et de
et pivots. contraintes. Certes, les dispositifs d’accompagnement mis
en place par les pouvoirs publics, dans le cadre de la
La technique consiste à pomper l’eau à partir des forages, nouvelle politique du renouveau agricole et rural, ont fait
puis à la déverser dans un bassin. Une pompe de reprise du Sud l’un des principaux pourvoyeurs du pays en produits
alimente par la suite tous les pivots installés. agricoles. Il n’en demeure pas moins que beaucoup de
L’immense exploitation comprend cinq sortes de cultures : problèmes persistent. La plupart des agriculteurs rencontrés
19 hectares de maraîchages et de céréales, 10 hectares de étaient unanimes à dire que «beaucoup reste à réaliser si
pommes de terre, le reste consacré aux palmiers (1100 l’on veut faire de l’agriculture saharienne un cheval de
dattiers) et aux oliviers (1600 arbres). La plus grande bataille contre la dépendance alimentaire».
quantité de produits agricoles récoltée, en 2012, concerne la
pomme de terre (24 000 quintaux), suivie des dattes (770 Contraintes et préoccupations
quintaux), des olives (640 quintaux) et enfin des céréales Saisissant l’occasion de la visite du ministre de
(200 quintaux) pour une première expérience. l’Agriculture et du Développement rural, Rachid Benaïssa,
ces fellahs n’ont pas manqué d’interpeller le premier
Serres multichapelles : une expérience réussie responsable en charge du secteur sur les contraintes qui
Dans la commune d’El Meghaïer, toujours dans la wilaya empêchent l’agriculture dans cette région d’atteindre des
d’El Oued, une première expérience de culture sous serre, niveaux de performance encore plus élevés. Ils ont ainsi fait
menée avec succès, est devenue aujourd’hui un «objet de part au ministre, lors d’une rencontre regroupant tous les
curiosité». En effet, la serre agricole est réalisée en forme responsables du secteur, de certains problèmes liés,
de multichapelle, une technique nouvellement introduite essentiellement, à la nécessaire accélération de la
dans les régions du Sud pour encourager les cultures régularisation administrative du foncier agricole pour
maraîchères. Son plus grand intérêt est d’être en mesure de pouvoir, entre autres, ouvrir droit aux crédits prévus par les
créer des environnements artificiels et d’économiser l’eau. dispositifs d’aide et de soutien. L’ouverture de pistes
Initiée par l’Office national de l’irrigation et du drainage agricoles et le développement du réseau d’électricité pour
(ONID), la serre d’El Meghaïer a coûté 21 millions de renforcer l’irrigation agricole figurent également au cœur
dinars et couvre plus de 3000 mètres carrés. En une année, des préoccupations soulevées aux responsables locaux et
la valeur de sa production, si la conduite culturale est centraux du secteur. En guise d’explication, le ministre a
respectée, dépassera un peu plus le coût de indiqué, en ce qui concerne l’électrification, que des
l’investissement. Compte tenu de la rentabilité avérée de la programmes sont lancés pour rattraper l’énorme retard
serre multichapelle, les responsables locaux de la wilaya et accusé par le secteur de l’énergie, qui n’a pas su suivre
ceux du ministère de l’Agriculture insistent aujourd’hui sur l’évolution du secteur agricole sur le terrain.
la nécessité de veiller à une bonne information des
agriculteurs qui gagneraient à s’imprégner de ce système. Il D’ailleurs, un programme de 900 km d’électrification rurale
faut dire que la plasticulture dans les wilayas du Sud prend, sera bientôt lancé au profit des wilayas d’El Oued et de
de plus en plus, une importance particulière grâce au type Biskra. Mais comme l’a signifié le ministre, le problème
de sol (sablonneux) et à la disponibilité en eau. persistera tant que la production ne sera pas renforcée dans
la région. Selon lui, il faudra non seulement élargir le
A titre illustratif, la wilaya de Biskra compte à elle seule réseau d’électrification, mais aussi renforcer les capacités
plus de 100 000 serres. La production maraîchère y est de production électrique. Quant à la question du foncier,
largement développée sous serre et séduit, depuis quelque Rachid Benaïssa a indiqué que sur le plan politique, légal
temps, beaucoup de jeunes investisseurs. «Si pour une fois, et organisationnel, ce problème est aujourd’hui réglé.
la tomate n’a pas manqué cet hiver, c’est en grande partie Seulement, il y a une période de mise en œuvre qui est en
grâce à la disponibilité de ce fruit produit dans ces serres», cours d’exécution. «Nous sommes en train de faire en sorte
nous disent les agriculteurs de la région. La superficie que la dynamique soit plus rapide. Notre objectif est
réservée à ce type de culture est passée de 3000 ha en 2011 d’arriver à sécuriser les agriculteurs qui sont déjà en activité
à plus de 4000 en 2012, nous dit-on encore. En valeur, la et faciliter l’accès au foncier pour les jeunes qui veulent
production agricole dans cette wilaya, classée 2e au niveau venir au secteur et aux gens qui veulent y investir. Certes, il
national, est évaluée, en 2012, à 123,9 milliards de dinars. y a des difficultés locales et des incompréhensions, mais il
Sa production en tomates a atteint 2,8 millions de quintaux, faut qu’il y ait la communication nécessaire pour que ce
soit le quart de la production nationale estimée à 8,6 problème se règle de la manière la plus cohérente possible»,
millions de quintaux. Dans la filière dattes, Biskra occupe a expliqué le ministre.
la première place avec 37% de la production nationale. #Lyès Mechti
.
2éme séminaire ARENA sur la gouvernance des eaux souterraines au
Maghreb
Tunis/Kairouan, 3‐6 mars 2015
Organisation et rôle des acteurs de la «groundwater economy» en amont et en aval de la production agricole
– Cas des filières maraichères au Maghreb
Caroline Lejars1, Ali Daoudi 2 et Hichem Amichi 3 1 Cirad, Umr G‐Eau/ IAV Hassan II, DSH,
Maroc, 2 Ensa, El Harrach, Algérie 3 IRSTEA, UMR Geau, Montpellier, France
Introduction
Dansde nombreux pays du monde, l'exploitation et l’utilisation des eauxsouterraines a permis l'intensification
des systèmes agricoles existants, l'introduction de cultures à haute valeur ajoutée, l'augmentation des
rendements et des volumes de production (Shah, 2009). Ces changements d’assolement et de
production, associés au développement des forages et de nouvelles techniques
d'irrigation, ont eu un impact considérable sur les filières de production et de
commercialisation, ainsi que sur le secteur de l’agrofourniture, y compris
les activités de forage et toutes les activités indirectes liées à l'irrigation
(Llamas, 2010, Bouarfa et al, 2010,
Lejars et al 2012). Ils sont constitutifs de ce que Shah définit comme la groundwater economy.
Au Maghreb, ces changements s’opèrent souvent dans un contexte de
mutations rapides et de fortes informalités (Lejars et Courilleau, 2015, Daoudi et
Wampfler, 2010, Amichi F, 2015). Les acteurs de ces dynamiques, qui
interviennent souvent en marge des politiques publiques, sont ainsi mal connus,
soupçonnés de profiter «sur le dos» des consommateurs et des producteurs.
Cette communication a pour ambition de mettre en évidence la diversité des acteurs impliqués dans la
«groundwater economy » en amont et en aval des productions et leur organisation autour de l’explosion des
productions. Nous montrons que ces acteurs, à travers des activités informelles, contribuent largement à faciliter
l'accès au crédit et aux subventions (y compris les subventions à l'irrigation) ainsi qu’à diffuser les informations et
les innovations.
Méthodologie
L’étude a été réalisée sur trois zones irriguées: la nappe du Saïs au Maroc, Biskra en
Algérie et la nappe du Kairouanais en Tunisie. Elle se base sur
l’analyse des principales filières maraîchères irriguées qui se
sont développées grâce à l’accès à l’eau souterraine : l’oignon
dans le Sais, la plasticulture à Biskra et la tomate en Tunisie.
Notre analyse s’appuie deux séries d’enquêtes et d’analyse :
-Une « cartographie» des acteurs impliqués a été réalisées sur
la base d’une série d’études empiriques menées entre 2012 et 2014 portant sur les
filières de commercialisation et l’approvisionnement en intrants et en matériel agricole (Lejars et
Courilleau, 2014, Khalifa, 2012, Assassi, 2013, Laouar, 2014).
-Une analyse plus approfondie des rôles prépondérants de ces acteurs a été réalisée sur la base
d’une seconde série d’enquêtes, qui ont ciblé les fournisseurs d’intrants de ces filières, acteurs
clés du fonctionnement, en matière de diffusion de l’innovation et d’accès au crédit et
aux subventions.
Résultats
Des acteurs tirant profit d’opportunités liées à l’explosion des productions mais aussi à l’absence de structures
formelles comme les banques ou les institutions de conseil.
Cette organisation des acteurs est le résultat d’opportunités liées à l’explosiondes productions, mais aussi à
l’inaccessibilité du crédit bancaire, l’absence d’organisations de producteurs, de systèmes d’informations et de
conseil technique. Unexemple intéressant est celui des crédits fournisseurs. Sur les trois zones, les fournisseurs
d’intrants et équipements agricoles font du crédit fournisseur un service lié à lafourniture d’intrants (cf figure 2).
De même, la majorité d’entre eux fournissent du conseil technique, pouvant aller jusqu’à l’installation de parcelles
d’essais et l’animation de réseaux d’agriculteurs.
Zone d’étude Saïs El Ghrous Chbika
% des revendeurs offrant un crédit 57% des revendeurs de materiel d’irrigation
100% des grainetiers (polyvalents)
80% des revendeurs (polyvalents)
% des clients concernés 40% 100% 25%
% moyen du crédit dans le turnover des revendeurs 24 %
26%
Figure 2: Le crédit fournisseur en chiffres
Le conseil à la parcelle ou à l’exploitation, associé au crédit, est également une stratégie pour limiter les impayés.
Elle permet aux fournisseurs de mieux connaître leurs clients, notamment car le conseil justifie le déplacement
chez l’agriculteur et sur les parcelles, et permet d’«évaluer le sérieux de l’agriculteur et sa capacité de
remboursement». Le crédit et le conseil sont également vus comme des moyens de fidéliser les
clients.
Discussion et conclusion:
La GWE est‐elle une nouvelle «économie du bazar»?
L’organisation de ces filières et les liens entre les acteurs ne sont pas sans rappeler ce queGeertz (1963) appelaient
«l’économie du bazar». Le «bazar» un lieu où les capitaux sont dispersés dans une multitude de petits
échanges à faible rapports pour limiter les risques et entretenir les réseaux. Les contacts qu’entretiennent les
contractants les uns avec les autres ont pour vertu sociale d’établir des liens de confiance entre eux ou toutau moins
de permettre une relative prévisibilité de leurs horizons d’attentes mutuelles. Le bazar est notamment caractérisé
par un système de crédit et de dettes où débiteurs et créanciers passent leur temps à s’assurer de leur confiance
mutuelle et à trouver des arrangements. La quête de l’information est une activité économique en soi et les acteurs
capitalisent sur les dysfonctionnements du marché plutôt que sur leur réforme. La GWE est‐elle alors une
économie du bazar en construction, intégrant de nouveaux arrivants ?
Références bibliographiques
Amichi F., Bouarfa S, Lejars C, Kuper M, Hartani T, Amichi H, Daoudi A, Belhamra M, 2015, Des serres et des
hommes : des exploitations motrices de l’expansion territoriale et de l’ascension socioprofessionnelle sur un front
pionnier de l’agriculture saharienne en Algérie, Cahiers agricultures, vol 24, n°1
Daoudi A, Wampfler B, 2010. Le financement informel dans l’agriculture algérienne :
les principales pratiques et leurs déterminants. Cahiers Agricultures 19: 243‐8.
doi:10.1684/agr.2010.0414
Lejars C et Courilleau S, 2015. L’impact du développement de l’accès à l’eau souterraine
sur la dynamique d’une filière irriguée : Le cas de l’oignon d’été dans le Sais au Maroc.
Cahiers Agriculture, vol 24, N°1
Sources : 2éme séminaire ARENA sur la gouvernance des eaux souterraines au Maghreb Tunis/Kairouan, 3‐6
mars 2015
Résumé : En Algérie, l’approvisionnement des marchés de gros en fruits et légumes dépend quasi exclusivement de la
production locale. L’abondance et la régularité de ces productions constituent un enjeu important de sécurité alimentaire pour
l’Etat qui doit assurer un approvisionnement suffisant des villes, en forte croissance démographique. La plaine des Ziban tout
autour de la ville de Biskra connait une forte dynamique agricole. Située aux portes du Sahara, cette plaine se caractérise par
de vastes étendues de terres, un climat aride et de nombreux points d’eau.
Notre étude porte sur les trajectoires des nombreux jeunes algériens qui affluent dans cette plaine pour y trouver du
travail, plus particulièrement pour cultiver le maraîchage sous serre .Débutant en tant qu’ouvriers ou métayers, ils arrivent à
économiser et peuvent rapidement devenir métayers, locataires puis propriétaires. Leur projet correspond soit à un
investissement à moyen terme dans l’activité agricole localement ou dans leur région d’origine soit à quitter l’agriculture.
Nous nous interrogeons enfin sur la capacité des politiques publiques à intégrer ces nouveaux acteurs dans la profession
agricole.
Mots clés: dynamique agricole, ouvriers, migration, maraîchage, serres.
Introduction
La région de Biskra en Algérie est connue pour sa vocation phoénicicole, le palmier dattier constituant la
culture traditionnelle principale dans la région. Depuis le milieu des années 1980, la région a diversifié ses
productions, passant d'une production quasi-exclusive de dattes vers une production associant maraîchage tout
au long de l'année et phoéniciculture (Dubost, 1998).
La ville de Biskra , jadis connue pour ses stations thermales et ses sites touristiques, connait aujourd’hui
un développement massif du maraichage sous serre ou "plasticulture". Située aux portes du désert algérien ,
Biskra, capitale des Ziban, dispose de grandes étendues de sols potentiellement cultivables, d’eaux souterraines
abondantes et d’un climat saharien qui offrent des conditions favorables permettant la précocité des produits. La
plasticulture a ainsi pu trouver un terrain favorable pour se développer et attirer de nombreux jeunes
pour travailler et même investir dans l’agriculture.Ces jeunes sont porteurs d’innovations organisationnelles et
techniques, obtenues dans le nord du pays ou construites sur place grâce à leurs interactions au quotidien avec
l’ensemble des acteurs que l’on retrouve dans la plasticulture.
Ces nouvelles agriculturesse développent, en apparence, en marge de l’intervention de l'Etat. Si les facteurs
d’ordres physiques (abondance des ressources eau, sol et le climat favorable) sont souvent mis en avant
pour expliquer l’émergence de ces dynamiques, des innovations organisationnelles et techniques, portées par
ces jeunes, sont également constatées.
Dans un contexte où la question de la relève de trajectoire des "jeunes agriculteurs", nous nous
la profession agricole en Algérie se pose avec intéressons plus particulièrement aux jeunes
acuité, ce papier s’intéresse à l’entrée des jeunes en métayers,locataires et propriétaires.
agriculture par le biais du maraîchage sous serre et
leur contribution à cette nouvelle dynamique Figure 1: Situation des communes enquêtées dans les
agricole. A travers l’étude d’une vingtaine de Ziban
trajectoires d’acteurs âgés de moins de 35 ans, nous Enquêtes et choix de l'échantillon
discutons de la place qu’occupent ces jeunes dans les Nous avons opté pour une méthode d’analyse
Ziban d’aujourd’hui et de leur avenir au regard des qualitative sur la base d’un guide d'entretien qui
fragilités socio-économiques et s’articule autour de trois axes (Naouri et al., 2015):
environnementales que peut connaître ce -L'agriculteur et son parcours : âge, origine
développement agricole. Nous interrogeons ensuite géographique, niveau d'instruction, ancienneté;
les raisons pour lesquelles cette région attire tant -Les pratiques agricoles;
de jeunes et quels sont leurs projets -Le projet d'avenir.
socioprofessionnels.
Nous questionnons enfin le rôle joué par les L’identification des jeunes à enquêter était peu
politiques publiqes , celles concernant l’emploi de évidente initialement, car ces jeunes sont souvent
jeunes notamment, dans l’inscription de ces non reconnus par l’administration ou par les
dynamiques dans une perspective durable sur le vendeurs. Afin de s’assurer de la représentativité
plan économique et en vironnemental. de l’échantillon sélectionné, plusieurs entrées sur le
terrain ont été retenues:
Méthodologie -Entrée par la subdivision agricole: cette entrée
Les enquêtes se sont déroulées entre décembre permet de s’adresser aux agriculteurs qui ont un
2012 et juin 2013 dans les trois communes (El contact direct avec l’administration locale de
Ghrouss, M’ziraa et Ain Naga) qui connaissent le plus l’agriculture.
fort taux de développement de la plasticulture à Biskra -Entrée par les ingénieurs spécialisés dans
et ont concerné un échantillon de 22 agriculteurs l’installation des serres, des dispositifs d’irrigation et
(Naouri, 2014). de fertigation, en plus de la vente de matériel et
La classe d’âge ciblée est celle des moins de 35 d’intrants agricoles. Cette entrée permet de
ans en référence à la classification utilisée par s’adresser à des agriculteurs chez qui ces
l’Agence Nationale de Soutien à l’Emploi des ingénieurs effectuent des essais sur les nouveaux
Jeunes (ANSEJ) créée par le ministère du travail produits.
afin de venir en aide aux jeunes sans emploi. -Entrée par les vendeurs de semences
Zone d’étude La plaine des Ziban s’étend sur une (grainetiers) qui permettent un contact avec les
superficie de plus de 2 millions d’hectares. Les propriétaires et les locataires qui s’approvisionnent
communes agricoles où a été menée l’enquête ont chez eux.
une superficie totale de 1,74 km2 et sont connues
pour leur forte activité maraîchère sous serre Résultats
(Figure 1). La commune de Ghrouss située à l’Ouest Qui sont les jeunes travaillant dans les serres?
des Ziban est caractérisée par un système de Les 22 agriculteurs enquêtés sont âgés de 20 à
culture mixte: palmier dattier associé à du 35ans; ils peuvent être classés en fonction de leur
maraîchage sous serre irrigué par des installations statut entre propriétaires, locataires et métayers.
en goutte à goutte constituées de gaines souples Notre échantillon se compose de 11 propriétaires
perforées. de serres et de 11 locataires dont 3 sont en même
Les exploitations des communes situées à l’Est des temps métayers"fellah".
Ziban (M'ziraa et Ain Naga) sont exclusivement Concernant leur provenance, 11 proviennent
cultivées en maraîchage sous serre (peu d’une région"externe" aux Ziban (Batna, Oum
d’arboriculture) et sont aussi équipées en goutte à El Bouaghi, Blida, Tipaza, TiziOuzou) alors que
goutte. Il existe plusieurs appellations pour 11 autres, que nous appellerons "agriculteurs
l’agriculteur faisant référence à son statut locaux", sont originaires des communes
socioprofessionnel. L'ouvrier agricole est appelé agricoles des Ziban: Mziraa, Ain Naga, Draa El
"Kheddam", le métayer"Fellah", le locataire "Kerray" Amri, Ghrouss, El Marhoum. Il faut en outre
et le propriétaire"Moul'chi". Pour comprendre la relever que 8 des 11 "agriculteurs externes"
sont propriétaires de serres. En revanche, 2 3b).Outre ces adaptations aux conditions locales des
seulement parmi les 11 "agriculteurs locaux" sont systèmes de production, ces jeunes agriculteurs
des propriétaires. s’organisent autour des facteurs de production.
Dans les Ziban Est, 7 des 9 agriculteurs sont des Comme dans l’Est des Ziban, ces agriculteurs que l’on
"agriculteurs externes". Ces derniers sont connus rencontre à Draa El Amri ou à El Marhoum
pour leur savoir-faire dans la culture de la tomate s’orientent de plus en plus vers des rotations à 3
sous serre. Ils se sont spécialisés depuis leur cultures: aubergine-courgette-melon; concombre-
arrivée dans les serres multi chapelles, les serres tomate-piment, tomate-piment-melon, etc...
canariennes d’origine espagnole en s’appuyant sur
l’expertise technique marocaine (Figure 2). Il s’agit Figure 2.Origine des flux d’agriculteurs arrivant aux
dans ce cas d’un système de culture intensif basé Ziban
sur des cultures en primeurs. Ces agriculteurs
pratiquent généralement des rotations à deux ou trois Figure 3a. Dispositif de château d’eau en amont
cultures par année: tomate puis laitue ou tomate du réseau d’irrigation
puis courgette ou aubergine puis concombre puis Figure 3b. Dispositif de fertigation innovant dans les
melon. serres tunnels
.
GESTION DE L’IRRIGATION LOCALISEE SOUS SERRE
1Saouli Kessai Abla, 2 Souici Djamel 1Département d’agronomie, Université de Biskra, Algérie. E-mail :
[email protected] 2Institut Technique de Développement de l’Agronomie Saharienne, Ain Ben Naoui, Biskra,
Algérie
RESUME
Dans les régions sahariennes les nappes hydriques souterraines, qui sont en grande partie non renouvelables,
représentent la source principale d'approvisionnement en eau pour l’'irrigation. En outre, les conditions climatiques
de ces régions rendent l’irrigation nécessaire pour l'agriculture. L'agriculture irriguée dans ces régions est donc
confrontée à des problèmes majeurs tels que la salinité des eaux et des sols et la surexploitation des eaux
souterraines. Le recours à une meilleure gestion de l'irrigation représente une des stratégies principales pour le
développement durable de l'agriculture irriguée dans les régions sahariennes. L’objectif de cette étude s’inscrit dans
cette optique et consiste à évaluer un model de pilotage d’irrigation localisée sous serre sur une culture de Tomate
(Lycopersicum esculentum) par rapport à une serre témoin nom pilotée. Ce modèle a été testé par l’ITDAS
(Institut Technique de Développement de l’Agronomie Saharienne), au niveau du site d’El Outaya. Les résultats
ont montré que ce modèle de pilotage a permis une économie d’eau par rapport au témoin (irrigation aléatoire) : la
consommation totale de la culture dans la serre témoin était presque le double de celle pilotée. Il a aussi permis
l’obtention de rendements économiquement meilleurs : au niveau de la serre irriguée suivant le programme de
pilotage, le m3 d’eau a produit environ 19,62 kg de tomate, tandis que pour la serre témoin on a seulement 11,76
kg/m3. Cette étude a démontré comment la gestion rationnelle de l'irrigation contribue-elle à la préservation des
ressources vitales "eau" et "sol" et comment peut-elle être un outil d’aide à l’agriculteur pour l’amélioration de ses
revenus. Mots clés : Pilotage d’irrigation, tomate, salinité, rendement, efficience, durabilité.
SUMMARY In Saharan regions, groundwater, which The irrigation scheduling model is also more cost-
is mainly nonrenewable, is the main source of water effective than the farmer’s method: for the greenhouse
and therefore of irrigation. In addition, the climatic irrigated according to the scheduling program the cubic
conditions in these regions make irrigation necessary meter of water produces approximately 19.62 kg of
for agriculture. Irrigated agriculture in the Saharan tomato, whereas for the control greenhouse, we
regions is also facing many problems as water and soil obtained only 11.76 kg/m3. This study demonstrates
salinity and water wastage by over-exploitation of how the rational management of the irrigation
groundwater. The recourse to a better irrigation contributes to the preservation of vital resources:
management is one of the main strategies for a "water" and "soil" and how it can be a tool for farmers
sustainable development of the Saharan areas. The to improve their incomes. Keywords: Irrigation
goal of this study is the evaluation of a model for drip scheduling, tomato, salinity, yield, efficiency,
scheduling under greenhouse of a culture of tomato sustainability.
(Lycopersicum esculentum) compared to a witness
treatment (non-controlled greenhouse). This model was 1-INTRODUCTION
experienced by the Technical Institute for the Dans les régions sahariennes, la disponibilité limitée
Development of Saharan Agronomy (ITDAS) in the des eaux, leur salinité et celle des sols sont parmi les
region of El Outaya (Biskra). The results showed that facteurs limitant la productivité végétale. Dans ces
this model has allowed a saving in water: the water régions, les ressources en eau disponibles sont
consumption in the control greenhouse was nearly the constituées principalement par les eaux souterraines ;
double of that irrigated with the scheduling program. les nappes phréatiques et celles du complexe terminal
sont partiellement alimentées par les eaux des pluies
tandis que les eaux de la nappe du continental 2. MATERIELS ET METHODES
intercalaire (albien) est fossile. Mais leur prix de Conduite de l’essai L’expérimentation a été conduite à
revient et leur qualité constituent des contraintes la station de l’Outaya, au niveau de l’institut technique
majeures ; les nappes peu profondes sont très chargées de développement saharienne ITDAS, située à 7 Kmau
(3-7 g résidu sec par litres), l’eau de l’albien est mois Nord-ouest de la wilaya de Biskra, dans deux serres :
chargée mais relativement chaude (plus de 50° C) une témoin et l’autre pilotée. La dimension de chaque
(Djenane, 1990). Selon FAO, 2002, plusieurs pays serre est de 400m² (50m×8m), divisées en cinq
situés en zones arides utilisant plus d’eau que ne leur parcelles, et la superficie de chaque parcelle est
permet leur approvisionnement renouvelable, se 7,29m2. Lematériel végétal choisi dans notre étude est
trouvent en situation de déficit hydrique. C’est la la tomate de variété ''Sahra''. La transplantation des
conséquence majeure d’une surexploitation des eaux plants a été effectuée le 08 octobre 2006, avec une
souterraines. distance de 0,90 m entre les lignes et 0,35 m entre les
En Algérie et dans les régions du Sud de Oued-Righ, plants ; la densité de plantation est de 2.75 plant/m2.
Ouargla et Zibans le recours à l'eau salée et légèrement Le sol a une texture argileuse-limoneuse ayant les
salée est l’unique solution viable pour l'agriculture caractéristiques suivantes (CE = 1.9dS/m, Ph 7.2, Dr
irriguée. Mais les méthodes d’irrigation traditionnelles = 1.46 g/cm3, calcaire total = 47.38%). La réserve
dans ces régions épuisent de plus en plus les réserves utile est de l ‘ordre de 150mm/m. L’eau d’irrigation
d’eau des nappes fossiles et elles sont à l’origine d’un utilisée provient d’un forage mio-pliocène de 60m de
gaspillage d’eau à grande échelle. De plus, les sols profondeur ayant les caractéristiques suivantes (CE =
irrigués avec ces eaux ont subies une salinisation 4.9dS/m, Ph= 7.10, Na+ =49.50meq/l, Cl- =
croissante. À titre d’exemple les doses l’irrigation du 7.78meq/l). L’irrigation des plants est faite par le
palmier (Phoenix Dactylifera l.) sont de 400à 600 l /j et système de goutte à goutte, les fréquences d’irrigation
par palmier (Zella et Kettab, 2003). L’agriculture étant concernant la serre témoin étaient aléatoires et étaient
totalement tributaire de l'irrigation dans ces régions, il en moyenne chaque 5-7 jours, alors que pour la serre
ne s’agit pas de mettre en cause l’opportunité d’utiliser pilotée l’irrigation était déterminée par le model.
l'eau saumâtre/salée pour l'irrigation mais de Observations réalisées : Le cumul des quantités d’eau
rechercher comment utiliser au mieux cette données en m3 pour les deux serres sont mesurées à
"technologie" de manière durable afin de limiter le plus l’aide d’un compteur fixé pour chaque serre. Le suivi
possible les conséquences nocives pour la base de de la CE (dS/m) est fait chaque mois dans la serre
ressources naturelles (FIDA, 2000). Compte tenue de témoin et pilotée sur deux profondeurs (025Cm) et
toutes ces contraintes, l’adoption d’une approche (25-50Cm) et à la fin de récolte sur 1 mètre de
rationnelle dans la gestion de l’eau d’irrigation salée profondeur. le rendement total moyen de chaque serre
devient nécessaire et le pilotage d’irrigation représente en qx/serre et t/serre Efficience de l’irrigation (Kg/m3).
une des stratégies possibles pour une utilisation
efficace et durable des eaux. Les méthodes de pilotage Données relatives au model La démarche de la
existantes peuvent être classées soit par la mesure d’un méthode de pilotage se divise en trois parties :
paramètre indicateur climat- sol et plante ou soit par le l’évaluation des besoins en eau. La détermination des
suivi du bilan hydrique dans le sol (DECROIX et fréquences d'irrigation et enfin l'informatisation de la
PUCH, 1984). Tous ces modèles informatisés établis démarche.
par les chercheurs ont pour objectif la détermination Evaluation des besoins en eau Elle est faite selon la
des besoins en eau des cultures et le pilotage adéquat fiche technique de la société Tezier France, qui permet
de l’irrigation. Le travail réalisé s’inscrit dans cet de calculer les besoins en eau de trois espèces (tomate,
objectif de lutte contre le gaspillage des eaux, en melon et pastèque) cultivées sous abri dans la zone
proposant un model de pilotage en irrigation localisée sud-méditerranéenne, en fonction des conditions
sous serre sur une culture de Tomate (Lycopersicum climatiques et du stade culturale. La méthode de calcul
esculentum) par rapport à une serre témoin non pilotée, est élaborée dans le cadre du projet PUGA/Tunisie «
au niveau du site d’El Outaya. Ce model informatisé conduite de l’irrigation pour les cultures sous serre en
est divisé en deux parties à savoir : l’évaluation des régions sud- méditerranéenne ». Cette méthode de
besoins en eau ou le calcul des besoins en eau est basée calcul est basée sur la formule suivante : donne l’ETP
sur la détermination de l’ETP en fonction de la date, la en mm en utilisant une formule empirique qui est
nature et de l'âge du plastique. C’est une méthode qui fonction du rayonnement global extraterrestre et qui
a été élaborée dans le cadre du projet PUGA/Tunisie dépend de la latitude du lieu et de l'âge du plastique de
pour les cultures sous serres en région sud- couverture de la serre.
méditerranéennes. La deuxième partie consiste à la ETP0 = 0,0018 * Rg – 0,02 * M – 0,8
détermination des fréquences d’irrigation calculées Où : ETP0 = Evapotranspiration potentielle de
selon le suivi du bilan hydrique du sol. référence en mm Rg = Rayonnement global
extraterrestre en Joule/cm2 (indépendant du climat) M calculée à partir de la réserve utile RU de 150mm/m
= Age du plastique en mois (0, 1, 2, …). Pour suivant l'évolution de la profondeur des racines
adapter l’ETP0 en fonction du rayonnement global qui théoriques de la tomate qui est entre 5 à 70cm (FAO,
atteindrait le sol, il faut tenir compte de l'état du ciel. 1998). Le déclenchement de l’irrigation se fait lorsque
On détermine alors l’évapotranspiration potentielle la réserve du sol atteint son humidité critique (RFU =
corrigée appelée : O), ce qui revient à dire que la variation du stock d’eau
ETP corrigée (mm) = [(ETP0 + Tc) * CEC] – Tc dans le sol suivant la profondeur des racines est nul
Où CEC : le coefficient de l'état du ciel Tc : le terme (∆R = 0).
correctif qui est en relation avec la valeur du La dose d'irrigation (mm) I = ETR (cumulée) (mm)
rayonnement global multiplié par le coefficient de l'état Informatisation du modèle d'irrigation
du ciel (Rg x CEC). Le terme correctif Tc : Si L’informatisation de la méthode de pilotage est par
(Rg x CEC) > 900, Tc = 0,8 750 – 900, Tc = 0,7 (Excel), ceci exige l’'introduction quotidienne des
600 – 750, Tc = 0,6 450 – 600, Tc = paramètres culturaux et climatiques déjà cité. Une fois
0,45 300 – 450, Tc = 0,4 < 300, Tc = la réserve en eau est consommée, le programme
0,15 Le coefficient de l'état du ciel (CEC) Serein appelle au déclenchement de l'irrigation en indiquant la
: 1,0 Serein brumeux : 0,9 Légèrement nuageux dose à apporter. Le programme sous Excel comporte
: 0,8 Nuageux : 0,7 Très cinq feuilles de calcul : (Formules, Calcul, Résultats,
nuageux : 0,6 Couvert : 0,5 Suivi de l'irrigation et Graphe).
Couvert avec pluie : 0, Couvert et pluie dense : 0,3
ETR (mm) = ETP * Kc Où Kcreprésente le coefficient 3. RESULTATS ET DISCUSSION
cultural de la tomate. - Consommation en eau pour la culture sous abri et
Kc (Tomate) : Semis – début floraison fréquence d’irrigation Le cumul des quantités d’eau
: 0,5 Floraison 1er bouquet – floraison 2eme bouquet dans les deux serres durant le cycle cultural de la
: 0,65 Floraison 2eme bouquet – floraison 4eme culture de tomate sous serre, est présenté par le tableau
bouquet : 0,8 Floraison 4eme bouquet – début 1. On remarque qu’il existe une différence de
récolte : 1,1 Début récolte – mi-récolte consommation d’eau évaluée à 101,42 m3 entre les
: 1,0 Mi récolte – fin récolte deux serres. Ainsi la quantité d’eau donnée par le
: 0,9 modèle de pilotage est largement inférieure de 46,44%
et représente les besoins de la culture calculés par le
Les besoins en eau pour une serre Bs (litres) = ETR x modèle. Ceci montre, que la culture de tomate sous la
400,ou400 représente la superficie de la serre : mais serre témoin a consommé environ le double de la
Bs (litres) doit être majoré en cas d'aération excessive quantité d’eau consommée par la culture de tomate
ou en cas de forte température dans la serre + 10 %, pilotée par le logiciel.
soit : B (litres) = Bs * 1,1 En système d'irrigation Tableau 1. La consommation d’eau en m3/ serre Serre
goutte à goutte, les besoins en eau pour la serre sont en pilotée % Pratique de l’agriculteur (Témoin) %
relation avec un coefficient de réduction (Few) qui 116,97 53,5 218,39 100
varie selon les stades de développement de la culture
(FAO, 1998). B (litres) = Bs * 1.1 * Few Le Les fréquences d’irrigation pour la serre témoin
coefficient de réduction (FEW) par rapport au système l’irrigation a été donnée à intervalle moyen de 5 jours
goutte à goutte (FAO, 1988) est évalué comme suit selon le tableau suivant :
selon les décades : 1ére décade - 6eme décade : Tableau 2. Evolution des fréquences d’irrigation en
0,40 7eme décade - 15eme décade : 0,35 16eme fonction des stades de croissance de la culture Stades
décade - 21eme décade : 0,30 22eme décade et Initial développement végétative Mi-saison Final
23emedécade : 0,25 24eme décade - 28eme décade : Fréquences (jours) 4 6- 7 5 4-5
0,20 Pour la serre pilotée, les fréquences d’irrigation de la
Fréquences d'irrigation Pour les définir, nous avons serre pilotée au nombre de 38 irrigations sont
opté pour la méthode du bilan hydrique : représentées par la Figure 1. On note que le model
P + I + S – D - ∆ R – ETR = 0 Où : P = Pluie (0 permet des irrigations plus rapprochées, mais avec de
mm) I = Irrigation S = Ruissellement de faibles doses d’irrigation qui varient entre un minimum
surface (0 mm) D = Drainage ou apport d'eau par (04/11/2006) de 53 litres/serre, et un maximum
remontée de nappe (0 mm) ∆ R = Variation de la (16/04/2007) de 1229,72 litres /serre; par contre celles
réserve en eau du sol ETR = Evapotranspiration de la serre témoin sont aléatoires et plus espacées.
réelle Figure 1. Fréquences d’irrigation au niveau de la serre
∆ R = I – ETR pilotée
La première irrigation se fait à saturation, donc on Rendement total moyen La figure 2 montre que le
considère que les réserves en eau du sol sont à leur rendement total le plus élevé de l‘ordre 64.22 t/ha a été
maximum. La réserve facilement utilisable (RFU) est obtenudans la serre témoin par rapport à la serre pilotée
(57.37 t/ha). Mais l’analyse statistique a montré qu’il
n’y a pas de différence significative entre le rendement Figure 4. Evolution de CE (dS/m) dans le sol
obtenue à 1% et 5% pour les traitements témoin et La distribution de la salinité finale et son accumulation
piloté. dans 1 mètre de profondeur, est indique dans la figure
5.
Figure 2. Rendement total en t/ha pour les deux
traitements Figure 5. Distribution de la CEe (dS/m) finale dans le
Efficience de l’utilisation de l’eau (WIUE, kg/m3/ha) sol
L’Efficience de l’utilisation de l’eau pour la culture de On remarque que la CE diminue avec la profondeur, la
tomate représente le rapport entre le rendement et la valeur la plus élevée de la CEe est observée dans la
quantité d’eau consommée durant tout le cycle (WUE, couche superficielle (0-25cm) de la serre témoin: 5.7
kg/m3/ha). L’efficience d’utilisation de l’eau dS/m contre 4.5 ds/m dans la serre pilotée. Alors que
d’irrigation la plus élevée est au niveau de la serre dans une profondeur de 1 mètre, la valeur de CEe la
pilotée par le programme avec 19 ,62 kg/m3, alors plus élevée a été trouvée dans la serre pilotée de 3.5
que celle irriguée sans programme (pratique des dS/m par rapport a la serre témoin : 2.11 dS/m. Ceci
agriculteurs) elle est de 11,76 kg/m3, ces résultats montre que l’accumulation des sels dans cette
trouvés sont similaires que celle de BENOUNA et al. profondeur dans la serre pilotée par rapport à la serre
(2004) qui ont trouvées que l’efficience de témoin est due principalement au lessivage,
consommation de la tomate est entre 4 à 14 kg/m3. conséquence des fréquences d’irrigation rapprochées.
Le rapport entre des quantités d’eau donnée en m3 et En addition, le lessivage des sels est donc
le rendement obtenu en qx/serre pour les deux proportionnel aux fréquences d’irrigation et non à
traitements (serre pilotée et serre témoin) est illustré la quantité d’eau supplémentaire. L’utilisation des
dans la figure 3. eaux salées en irrigation en agriculture nécessite donc
un bon control de la salinité dans le sol. On note que la
Figure 3. La relation entre le rendement (qx/serre) et la détermination de l’effet des fréquences d’irrigation
quantité d’eau apportée pour les deux traitements salée sur la réponse des cultures a été déjà étudiée par
D’après la figure 3, on remarque qu’il y’a une plusieurs chercheurs, (Hamdy, 2002), (Katerji et al.,
augmentation de 101,42 m3 d’eau donnée pour la serre 1998). Simgah et Singh (1976) cités par Hamdy
témoin par rapport à la serre pilotée, mais l’analyse du (2002) affirment que maintenir le sol humide en
rendement obtenu par rapport à la consommation totale augmentant la fréquence d’irrigation peut changer
de chaque traitement, indique que le model de pilotage l’effet de la salinité sans la décroitre.
a donné un rendement économiquement meilleur. Au
niveau de la serre irriguée suivant le programme de 3. CONCLUSION
pilotage, le m3 d’eau a produit environ 19,62 kg de L’objectif de ce travail s’inscrit dans l‘évaluation de la
tomate, tandis que pour la serre témoin le m3 a donnée demande en eau d’une culture de tomate sous serre,
11,76 kg de tomate. Ainsi, 1 kg de tomate dans la serre pour une meilleure conduite d’irrigation localisée, et
pilotée consomme 51 litres d’eau, contre 85 litres d’eau dans l’analyse de l’effet des quantités d’eau données
en serre sans pilotage. Ces résultats montrent un sur le rendement. Ce travail s’est appuyé sur un modèle
intérêt incontestable de cette méthode, les besoins en de pilotage d’irrigation localisée ou les fréquences
eau par cette méthode font ressortir une économie d’irrigation sont déterminées par le control du stock
d’eau de 46,44% par rapport à la serre témoin qui d’eau dans le sol suivant la profondeur des racines de
représente la pratique de l’agriculteur (218.39 m3/ la tomate. Les résultats concernant la consommation
serre). en eau totale de la culture de tomate sous serre, a
Evolution de la salinité et sa distribution dans le sol montré que la culture de tomate sous serre sans
L’évolution de la CE dans le sol, durant le cycle de pilotage a consommé environ le double (218.39 m3) de
développement de la culture est indiquée dans la la quantité d’eau consommée par la culture de tomate
figure 4. On remarque que dans la profondeur (0 – 25 pilotée par le logiciel (116.97 m3). Le modéle a permis
Cm) de la serre pilotée, la CE a augmenté de 2.94 à de satisfaire les besoins de la tomate (ETM) selon des
4.5 dS/m à la fin du cycle, mais la valeur maximale de fréquences d’irrigation rapprochées. Ces fréquences
la CE à une profondeur comprise entre (0-25 Cm) est ont put contribuer à contrôler la salinité dans la zone
obtenue dans la serre témoin : 5.7dS/m à la fin du racinaire, cette technique de lessivage entre dans la
cycle. Dans la profondeur (25-50 Cm), la CE a gestion des eaux salées. Par ailleurs, l’analyse du
augmenté de (0.6à 5.8 dS/m) dans la serre pilotée et rendement par rapport aux quantités d’eau apportées a
(0.6 à 5.4 dS/m) dans la serre témoin. Cela indique monté que le model de pilotage a donné un rendement
qu’en serre pilotée les sels migrent de la zone racinaire économiquement meilleur. Un Kg de tomate
(0-25 cm) vers la profondeur du sol suite à l’irrigation consomme 51 litres d’eau en irrigation localisée et
rapprochée. piloté par le model contre 85 lires d’eau en irrigation
localisé sans pilotage. Le model de pilotage a ainsi nécessaires aux irrigations. Ministère de l’Agriculture. Groupement
donné la possibilité d’économiser l’eau en irrigation d’Aix-en-Provence. 204p -DECOIX M PEUCH J, (1985) : Pilotage
de l’irrigation à la parcelle. Conférence internationale, Paris.
localisée, pour la culture de la tomate sous serre et de -DJENANE A. (1990) :Constat de situation des zones sud des oasis
lutter contre le gaspillage d’eau dans les conditions de algériennes. Revue Option méditerranéenne, CIHEAM, série A, n°
disponibilité limitée en eau. En outre, ce modèle 11, pp 29-40. "la conduite de l'irrigation pour cultures sous serre en
informatisé de pilotage en irrigation localisée sous région sud - méditerranéenne" -FAO (1989) : Guidelines for
computing crop water requirements bulletin n° 56 de l'irrigation et
serre peut contribuer, à une meilleure maîtrise de la du drainage -FAO (2002) : Eau et agriculture, produire plus avec
demande en eau pour les cultures sous serre pour une moins d’eau. Journée mondiale de l’alimentation 16 octobre. -Fiche
meilleure économie d’eau et de conserver le sol contre technique. Conduite de l’irrigation pour cultures sous serre en
la salinisation due à l’utilisation non rationnelle des régions sud- méditerranéenne. Société tezier/ France.2p -FIDA
eaux salées ; on s'oriente ainsi vers une agriculture de (2000) : Programme de Recherche Appliquée sur l'utilisation de
l'eau saumâtre/ salé en Afrique .5p -KATERJI, N., VANHOOM,
conservation et durable. Il peut donc servir d’outil JW. HAMDY, A., MASTRORILI, M. (1998) : Response of
pour les agriculteurs dans la mesure où sa fiabilité est tomatoes, a crop of indeterminate growth, to soil salinity. Option
confirmée et améliorée par d’autres études sur ce volet. Méditerranéenne, Série B, n°38: Mediterranean crop responses to
water and soil salinity: Eco-physiological and agronomic
analyses .pp: 59-68. -HAMDY, A. (2002) : Saline irrigation
Enfin, on note que la recherche sur d’autres stratégies management for a sustainable use. Option Méditerranéenne, Série
d’utilisation des ressources hydriques dans les zones B, n°38: Mediterranean crop responses to water and soil salinity:
sahariennes restent essentielles pour le maintient d’une Ecophysiological and Agronomic Analyses.pp:185-230 -ZELLA. L,
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maroc -CTGREF (1979) : Evaluation des quantités d’eau
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Alternatives Rurales Hors Série Jeunes Ruraux
www.alternatives-rurales.org
DE AGUELMOUS A BISKRA ET RETOUR: L’EXPERIENCE D’UN JEUNE MARAICHER
Abderahim El Abdellaoui Entretien réalisé en janvier 2015 par Zhour Bouzidi
Pouvez –vous nous parler de votre parcours formés à la pratique de l’agriculture moderne. Pour
personnel et de comment vous avez eu l’idée de ma part, j’étais toujours à ses côtés pendant les
partir en Algérie ? opérations culturales. Entre 1993 et 2001, j’ai travaillé
Je suis issu de Aguelmous, un village dans la région chez plusieurs agriculteurs de la région du Souss. En
du Khénifra au Moyen Atlas. Je n’ai pas fait d’études. 2001, j’ai tenté une expérience d’émigration en
Depuis mon enfance j’aidais mon père qui était plus Espagne avec un groupe de jeunes mais nous
éleveur qu’agriculteur. Il pratiquait l’élevage sur un avons été refoulés par la police aux frontières. Je
petit lopin de terre en zone montagneuse. Nous suis retourné à Agadir et j’ai intégré la COPAG en
étions 3 frères et 5 sœurs et nous vivions tous avec le 2003, pour travailler dans les fermes gérées par
revenu faible de mon père. En 1993, je suis parti dans cette coopérative.
la région du Souss, à Khmiss Ait Amira, à la recherche J’étais un assistant du technicien responsable des
d’un travail dans les cultures maraichères. La cultures. J’ai suivi les premières expériences
plupart des jeunes de mon village partaient d’introduction de la culture de tomate chez la
travailler dans le Souss car notre région est très COPAG. J’assurais plusieurs tâches à la fois : le
pauvre et les jeunes étaient obligés d’aller travailler transport des ouvriers, l’irrigation,
là -bas. C’était un jeune technicien du bled, installé à la fertigation, le montage des serres etc. Je faisais
Khmiss Ait Amira, qui amenait les jeunes et pratiquement tout : le travail de six ouvriers à la fois.
formaient certains au montage des serres canariennes. En plus de la tomate, nous avons introduit aussi
Les jeunes qu’il a formés ont pu soit monter leur d’autres cultures sous serres, telles que le melon,
propre projet ici au Maroc, soit sont partis l’aubergine, le poivron et le haricot.
ailleurs pour travailler en agriculture. Certains sont Un jour, un investisseur algérien installé à Agadir
partis en Italie, d’autres au Canada, et deux sont m’a suggéré de partir travailler en Algérie, à Biskra.
en Tunisie. Ils ont tous continué à travailler Il avait croisé, dans un hôtel en France, un
dans l’agriculture. C’était cette personne qui nous a agriculteur algérien, D., qui voulait développer sa
société agricole à Biskra mais qui avait besoin d’une Le ministre a montré une grande satisfaction à l’égard
main d’œuvre expérimentée. En effet, en Algérie, il de cette expérience qu’il a qualifiée de réussie. Il a
y a un manque fort de main d’œuvre qualifiée en lancé ensuite un programme de subvention pour 400
agriculture et la formation professionnelle agricole ha destinés au montage de serres canariennes.
est peu développée, notamment dans le sud Cependant, ces incitations étaient contrariées par le
Algérien. De plus, quand cette formation existe, manque de main d’œuvre locale disposant d’un
elle est généralement très théorique et manque de savoir-faire dans le montage des serres. De plus, faire
pratique. La pratique est une condition essentielle venir des ouvriers du Maroc coûte cher aux
pour réussir tout projet agricole. Pour ma part, agriculteurs car il faut en plus du paiement du
comme pour d’autres ouvriers au Maroc, même si travail, payer des billets d’avions chers tous les trois
nous n’avons pas suivi de formation professionnelle, mois en absence de permis de travail.
nous avons appris par l’expérience dans tous les
domaines : les pépinières, l’installation des cultures, le Pouvez–vous nous expliquer un peu plus cette
tracteur, l’atomiseur... Tout devait être calculé et nous histoire de permis de travail?
payions la moindre erreur, mais c’est comme ça que C’est le plus gros problème ! En absence de permis,
nous avons appris. J’éprouvais beaucoup de respect nous sommes obligés de rentrer au Maroc tous les
pour cet investisseur algérien, c’est pourquoi j’ai trois mois et les billets allers/retours Biskra-Alger-
répondu favorablement à sa demande et, j’ai entamé Casa coûtent très cher. Mais le paiement
cette aventure sans être sûr de ce que je pouvais en des billets par le propriétaire n’est pas
tirer. Sans trop y réfléchir, j’ai pris l’avion en juillet systématique car tout dépend de l’arrangement conclu
2009 directement Casa-Alger-Biskra sans même avec les ouvriers. En général, le logement est
faire un passage par mon village. Au départ, c’était assuré par le propriétaire et les ouvriers sont
dur de m’adapter aux nouvelles conditions et à la forte payés à 500 euros/mois (5500dh/mois). C’est un
température (55 °C à l’approche du Ramadan). Juste prix qui reste relativement bas et les ouvriers
après mon arrivée, j’ai demandé à l’agriculteur D de préfèrent, de plus en plus travailler au Maroc à
repartir directement au Maroc. Mais D. m’a demandé 3000dh/ mois près de leur famille que d’aller en
de patienter au moins pendant deux mois le temps de Algérie. Ceux qui partent refusent de retourner en
rentabiliser le billet d’avion qu’il m’avait payé et de Algérie après quelques mois de travail. En effet,
leur enseigner la technique d’installation des serres notre idée de départ était de montrer un exemple
canariennes et des cultures maraichères. Et j’étais pour que les agriculteurs développent des serres
encore à Biskra en 2015 ! canariennes et passent un contrat avec nous: nous
aurions touché un pourcentage pour les installer et
Parlez-nous de votre expérience de travail en continuer à travailler avec eux. Mais en absence de
agriculture à Biskra permis de travail, les ouvriers marocains se
A mon arrivée, il y avait seulement les serres- retrouvent dans une relation de pouvoir
tunnels, il n’y avait pas de serres canariennes. J’ai dissymétrique avec les agriculteurs algériens qui,
commencé à convaincre les agriculteurs d’installer de ce fait, arrivent à imposer une faible
des serres canariennes chez eux dans la zone de rémunération aux Marocains. De plus, il est
Mzirâa à Biskra. J’étais le premier ouvrier agricole difficile pour les ouvriers de transférer ou de
marocain à Mzirâa. Au départ il y avait beaucoup de ramener l’argent au Maroc pour aider leurs familles.
réticences. Mais on a commencé par deux serres dans Ces conditions finissent par décourager la plupart des
la société de D. J’ai fixé avec D le programme ouvriers. De plus, c’est un travail incertain, on peut
d’installation et je suis reparti au Maroc pour faire par exemple travailler avec un agriculteur et dès
venir 4 ouvriers d’Agadir spécialistes dans le montage que les gendarmes arrivent, il peut nier nous
des serres canariennes pour installer les 2 connaitre par crainte de recevoir une amende.
premières serres. Je suis ensuite reparti au Maroc Lorsque cela arrive, l’ouvrier est présenté au
pour ramener les ouvriers pour travailler dans les tribunal, il doit s’acquitter d’une amende avant d’être
cultures maraichères, ces ouvriers sont venus renvoyé ensuite au Maroc. Cela est arrivé à un groupe
d’Agadir mais aussi de mon village. Dans les deux de mes amis après un mois et demi de travail.
premières serres, on a cultivé la tomate et on a battu Après sa visite à Biskra, le ministre de l’agriculture
le record national algérien en quantité et en qualité algérien s’est rendu au salon de l’agriculture au
dans cette production avec 230 T/ha. On a même eu Maroc accompagné d’une délégation de 15
un prix et une visite du ministre de l’agriculture agriculteurs. Il a invité à l’occasion le ministre
algérien en 2009/2010. Il y a eu beaucoup d’articles d’agriculture marocain qui s’est par la suite rendu à
dans les journaux algériens qui ont parlé de ce Biskra pour voir l’expérience des serres
succès. Un des titres nous qualifiait de « les djnouns canariennes. A l’issu de ces échanges, une convention
[diables] de la tomate à Biskra». a été signée pour donner aux ouvriers marocains des
permis de travail valables durant une année. Cette sollicités pour reproduire cela chez eux.
initiative m’a encouragé à amener 50 ouvriers du Aujourd’hui, il y a plus de 150 ha dans toute la zone
Maroc pour travailler dans une société agricole. Dès de Biskra couverts de serres canariennes, dont 30
que les ouvriers sont arrivés en Algérie, les appartient à D. Cette année, j’ai expérimenté la tomate
demandes de permis de travail ont été refusées. cerise, le piment en plus de la tomate, de l’aubergine,
Les gendarmes ont commencé à me mettre la pression et du melon. Nous nous attendons à un rendement
car j’étais considéré comme l’intermédiaire entre ces record cette année aussi.
ouvriers et la société de D. J’ai passé des nuits
entières d’interrogatoires à la gendarmerie pour Quels sont vos projets futurs ?
justifier que ces jeunes sont là seulement pour J’ai commencé à préparer mon retour définitif au
travailler en agriculture. J’ai depuis commencé à Maroc. J’ai constitué une association avec un ami
réduire l’effectif des ouvriers et cette année, j’ai qui possède de la terre pour installer des serres
décidé de préparer mon retour au Maroc. canariennes sur 2ha dans mon village à
Actuellement il y a entre 60 et 70 ouvriers marocains Aguelmous
à Biskra alors que ce chiffre dépassait 100 les années , comme nous l’avons fait à Biskra. Nous sommes
précédentes. Je pense que d’ici la fin de la campagne les premiers à introduire les serres dans cette
agricole, l’effectif de ceux qui vont rester ne région. Nous allons cultiver la tomate et le
dépassera pas 20 ouvriers car aujourd’hui c’est rare melon à partir de mars 2015. Nous allons
que des ouvriers reviennent en Algérie après avoir commencer avec 2 ha car nous n’avons pas beaucoup
vécu cette expérience. De plus, il y a un de moyens mais dès que nous les aurons, nous
manque de reconnaissance de la part des allons agrandir ce projet. Nous avons déjà installé le
agriculteurs qui ne récompensent pas l’effort des forage, préparé le terrain, construit le bassin et la
ouvriers, même quand la compagne est très rentable. station de pompage et de fertigation est en
De plus, ces agriculteurs ne dédommagent pas les cours d’installation. Nous avons installé aussi une
ouvriers en cas d’accident de travail. Une fois, l’œil serre d’aviculture sur un terrain accidenté
d’un ouvrier marocain a été blessé gravement pendant inapproprié pour l’agriculture et qui appartient à mon
l’installation d’une serre, mais le propriétaire a refusé père.
de prendre en charge les frais médicaux. Pour honorer
mon engagement moral vis-à-vis de cet ouvrier, car Pourquoi voulez-vous travailler à Aguelmous et
c’est moi qui l’avais incité de venir, j’ai pris en charge non pas à Agadir ou dans d’autres régions
le coût de deux opérations chirurgicales au Maroc agricoles au Maroc ?
dont chacune m’a coûté 40 000 dh. C’est parce que je veux travailler dans mon bled qui
est une zone très pauvre. Mon souhait est de
Par ailleurs, en plus de la main d’œuvre, il fallait développer l’agriculture au bled, pourquoi pas, tout
aussi faire face au manque de matériel agricole est possible avec le travail. Nous avons monté un
nécessaire pour l’installation des serres sur le marché dossier pour demander les subventions pour le bassin
algérien. Nous faisions parfois venir des semences et l’installation des serres. Marégion était au départ
et du matériel léger depuis le Maroc (par exemple une zone d’élevage extensif mais plus récemment, il y
des lances de pulvérisation, etc.) mais ce n’est pas a eu un développement de l’élevage avicole, bovin et
évident de les faire passer. Enfin, la convention ovin notamment grâce aux envois d’argent des
d’attribution de permis de travail d’un an aux ouvriers émigrés en France. Notre souk hebdomadaire
marocains n’a jamais vu le jour, ce qui nous expose de bétail est devenu aujourd’hui parmi les plus grands
toujours à de grands risques. au Maroc. Nous pouvons donc développer
Malgré ces difficultés, je continue à travailler avec l’agriculture de la même manière que l’élevage s’est
l’agriculteur D mais aussi dans toute la région chez développé, grâce au travail et à la bonne volonté. Dès
d’autres agriculteurs qui veulent installer les serres. que le projet se met en marche, je rentre au
J’ai aussi formé un groupe d’ouvriers algériens qui Maroc et si je reviens en Algérie, ce sera seulement
travaille avec moi depuis 4 ans. En fonction des pour rendre à visite à mes amis là-bas.
projets, je fais souvent des allers-retours Algérie
-Maroc pour amener des ouvriers. J’effectue Quel bilan tirez-vous de votre expérience de travail
pratiquement le suivi de l’installation et de la à Biskra ?
main d’œuvre chez la plupart des agriculteurs de De mon expérience en Algérie, j’ai beaucoup appris
la zone, soit environ 100 ha occupés par des en termes de gestion de problèmes difficiles, j’ai
serres canariennes et appartenant à une trentaine surtout appris la patience et la persévérance.
d’agriculteurs. En effet, dès que nous avons réussi Aujourd’hui, quels que soient les obstacles que je
l’expérience des serres canariennes chez croise ici, ils sont moins durs que ce que j’avais à
l’agriculteur D, les autres ont vu le résultat et nous ont gérer. On a aussi fait la connaissance de beaucoup
d’Algériens mais aussi de Français, d’Espagnols, et incertain et il y a de plus en plus de risques
d’Allemands qui nous ont rendu visite pour voir les climatiques. Au Maroc il faut miser sur le tonnage
serres à Biskra. pour faire face à tout cela.
Si le gouvernement algérien vous avait accordé les Existe-t-il une main d’œuvre qualifié dans votre
permis de travail, quels auraient été vos projets ? village avec une expérience dans le montage des
J’aurais installé mon projet à Biskra car en serres et les cultures maraichères pour mener votre
Algérie il y a beaucoup d’avantages. Le coût des projet ?
intrants agricoles est très bas (pétrole, électricité) Oui, la plupart des jeunes de mon village sont des
les sols sont de bonne qualité et les prix de ouvriers à Agadir. Deux autocars font des allers
vente des légumes sont très intéressants. Au Maroc, retours quotidiens à Agadir pour chercher la main
l’agriculture est plus difficile car les coûts de d’œuvre chez nous à Aguelmous. Ils ont une bonne
production sont plus élevés, le marché est très expérience dans la plasticulture.
CHAPITRE 3
L'IRRIGATION SOUS PIVOT DANS LE GRAND SUD. BILAN SPATIALISE DE LA MISE EN VALEUR
AGRICOLE AU SAHARA AGRICOLE
Tayeb Otmane and Yaël Kouzmine 2013
Pour faire face à cette situation préoccupante, les pouvoirs politiques successifs, imprégnés des propos tenus par
les firmes actives dans le Sud, se sont orientés vers le Sahara, riche en eau souterraine et en terres potentielles, pour
développer une nouvelle agriculture fondée sur la grande mise en valeur agricole. Celle-ci a été considérée
– non seulement comme un moyen de développement de régions sahariennes encore en marge de l’essor
économique,
– mais également comme une alternative pour assurer la production de ce que l’agriculture du Nord du pays
ne parvenait pas à produire ;
– bien qu’à ses prémices, était déjà évoqué « un paradoxe évident à vouloir retirer du désert les denrées
alimentaires qu’on a grand peine à obtenir dans les régions plus favorisées » (Dubost, 1986, p340).
Dès lors émergea un mythe du développement – Le tournant opéré par le programme de mise
agricole saharien, qui d’espace en marge et infertile en valeur agricole à partir des années 1980 a
devînt gisement de richesses, en particulier pour les engagé la paysannerie locale dans une logique
vergers et les champs de blé (Dubost, 2002). d’exploitation agricole marchande, mobilisant
– L’idée de transformer le Sahara algérien en un de grands capitaux et utilisant un matériel de
eldorado agricole s’est appuyée sur les haute technicité. Soutenue financièrement par
expériences diversement encourageantes l’État et mise en œuvre par des entrepreneurs
menées en Arabie Saoudite ou en Libye (Côte, privés, locaux et nationaux, cette action de
1993 ; Fontaine, 1999). développement et d’aménagement a
– Et c’est précisément dans ce contexte mêlant profondément marqué, dans ces trois « pays
mythologie du développement agricole et de foggaras », l’évolution du rapport des
pression sociale accrue que l’État s’est lancé sociétés rurales à leurs territoires, tout en
dans l’expérience de la mise en valeur composant une mosaïque de paysages agraires
saharienne pour tenter d’accroître rapidement, juxtaposant sur une courte distance les formes
et massivement, sa production céréalière agricoles les plus modernes et les plus
(Bisson, 2003). traditionnelles (Côte, 2002).
– Des périmètres de mise en valeur agricole ex
nihilo sortirent ainsi de terre au Sahara Territoires et méthodologie « Le pays des foggaras
algérien, à Gassi-Touil, dans le Souf, à El- » : un espace contraignant
Meniaa, à Zelfana, mais également dans la La zone, parmi les plus arides au monde, bénéficie
région du Touat-Gourara-Tidikelt. des ressources hydrauliques d’un immense réservoir
d’eau d’origine fossile, la nappe albienne.
À l’image des autres régions sahariennes, ces L’agriculture n’y est possible que par irrigation et, de
dernières oasis furent progressivement impliquées fait, les oasiens ont creusé aux bordures du plateau du
dans le déploiement d’un système agricole technicisé Tademaït des galeries souterraines drainantes
et capitalistique, visant la compétitivité et la (foggaras) pour conduire l’eau vers les palmeraies. Le
rationalisation. sol squelettique - son évolution ayant été arrêtée par
– Ces régions d’oasis à foggaras sont l’aridité et la déflation - nécessite un apport
traditionnellement caractérisées par une considérable en fumures (Dubost, 2002).
agriculture d’autosuffisance, quasi
autarcique (Dubost, 1986), basée sur de L’emprise de la grande mise en valeur agricole : un
modestes moyens de production et remodelage partiel des structures foncières
majoritairement centrée sur la production de agricoles
dattes, malgré une diversification réelle au
cours du XXe siècle. Le lancement de la mise en valeur agricole repose
sur la loi de 1983 relative à l’Accession à la propriété deux fois par an, en hiver et en été, ne pouvait
foncière agricole (APFA)6. Concrètement, cette loi suffire à la consommation locale que durant
autorisa la réalisation de programmes de mise en trois ou quatre mois ; le reste des besoins
valeur agricole sur les terres du domaine privé de étant couvert par les marchés extérieurs à la
l’État en zones sahariennes, steppiques et région (Hautes-Plaines et Tell algériens).
montagnardes.
15 Tandis que la superficie agricole des palmeraies
Trois éléments permettent de recontextualiser le stagnait entre 1966 et 2008, la population fut
développement de cette nouvelle forme de mise en multipliée par quatre, conduisant ainsi à une
valeur (Otmane, 2010 ; Kouzmine, 2012). atomisation du foncier agricole et à l’indivision (la
– Le premier réside dans le renchérissement du taille moyenne par exploitation était de 0,7 ha en 2001
prix des céréales sur les cours mondiaux et la et l’indivision concernait alors le quart des propriétés),
dépendance croissante de l’Algérie face aux et par conséquent à la remise en cause d’une
marchés extérieurs. économie agricole fragile.
– Second élément, cette loi, d’abord limitée au
seul Sahara, avait pour objectif subsidiaire le Dans l’ensemble des périmètres alloués se
développement de régions sahariennes, juxtaposent des exploitations agricoles de tailles très
caractérisées par des économies fragiles et variables, allant de 50 à 5 000 hectares.
dépendantes du Nord algérien.
– Enfin, d’un point de vue politique, cette loi La grande mise en valeur agricole s’est développée
s’inscrivait dans la logique de libéralisation selon deux types d’attribution foncière : collectif et
économique des années 1980, comme le individuel.
précise O. Bessaoud (2008b, p9) : « en – L’attribution collective fut réservée à des
Algérie, les réformes libérales du début des coopératives (groupes d’entraide paysanne).
années 1990 se sont traduites par un Cette forme d’organisation a été adoptée pour
désengagement de l’État – sinon un satisfaire simultanément des centaines de
redéploiement favorable au secteur privé – demandeurs, ainsi que pour réduire
qui a eu pour effet [… d’introduire] de l’investissement étatique d’équipement des
nouveaux principes de gestion du secteur exploitations.
agricole et rural. L’État algérien a opéré un – Elle s’est davantage destinée à la population
retrait de la sphère agricole, qui a été locale ; dans la pratique, les communes,
accompagné d’une plus grande autonomie soumises à une forte pression sociale, ont
des producteurs vis-à-vis de ses structures affecté des exploitations à des centaines de
administratives et de services ». (...) paysans et de jeunes demandeurs d’emploi.
220 groupes d’entraide paysanne étaient ainsi
Quelques années après le début de la mise en œuvre recensés fin 1992 (période des grandes
de l’APFA en 1983, les oasis du Touat-Gourara- attributions) et regroupaient alors 1 489
Tidikelt comptaient 14 000 ha de palmiers et de bénéficiaires.
cultures intercalaires (images Landsat, 1987). – C’est dans le Touat que le plus grand nombre
– La production était autoconsommée, mais de groupes fut créé - 70 % du total de la zone
également pour partie commercialisée ; les - se répartissant 29 167 ha. Dans le Tidikelt,
dattes ont toujours constitué un produit phare une trentaine de groupes d’entraide paysanne
d’échange, hier par le biais des caravanes qui fut mise en place pour une superficie totale
sillonnaient cette partie du Sahara, elles sont bien plus modeste de 3 726 ha. Les 57
aujourd’hui encore commercialisées dans le coopératives destinées à l’emploi des jeunes
Nord de l’Algérie comme dans les pays du ont bénéficié de 2 090 ha.
Sahel (dattes sèches). – Chacune d’entre elles regroupe 5 ou 6
– Le blé, qui a toujours été cultivé sur des personnes, la superficie de leurs exploitations
petites superficies dans les palmeraies, était variant de 50 à 1 500 ha, destinées à
jusque-là exclusivement destiné à l’irrigation par rampe-pivot ainsi qu’à la
l’autoconsommation (Bisson, 2004). Cette culture du palmier et du maraîchage.
culture complémentaire, mais essentielle, se
justifie du point de vue agronomique, car le Quant au type individuel, les attributions se sont
blé est l’une des cultures les mieux adaptées réalisées sur de grandes superficies, comprises entre
au climat saharien, et consomme trois fois 100 et 5000 ha, en mobilisant des entrepreneurs
moins d’eau que le palmier. agricoles originaires de la région ou exogènes.
– La récolte du blé dans les oasis, qui s’effectue – Chronologiquement, les premiers pionniers
sont originaires de la région (Ouaïna, Adrar d’un forage appartenant à un attributaire
et Inzeghmir dans la wilaya d’Adrar) ; des originaire de la même commune. Cela a
élus communaux ou des personnes aisées contraint les responsables administratifs à
financièrement proches de l’administration opérer des essais de contrôle sur le forage
sont les premiers à avoir tenté l’expérience pour évaluer son influence sur le débit des
pour tirer profit d’un projet fortement financé foggaras. Les résultats ont été en faveur du
par l’État. propriétaire du forage (Mabrouk, 2008).
– Par la suite, d’autres entrepreneurs sont venus – Les contestataires ont néanmoins eu gain
du Nord, notamment du Centre et de l’Est du de cause en acculant les autorités locales à
pays (Alger, Tizi-Ouzou, Blida, Batna, imposer des zones tampons pour le percement
Souk-Ahras). Une des spécificités de ces de forages d’irrigation à une distance
nouveaux entrepreneurs agricoles réside dans suffisante des sources d’alimentation des
le fait qu’ils sont généralement issus de foggaras. La commune, en collaboration avec
secteurs d’activités non agricoles. L’enquête les Directions des services agricoles et de
de terrain a ainsi dénombré que 76 l’hydraulique, a parfois réalisé des forages
attributaires de la grande mise en valeur pour renforcer le débit de foggaras menacées
n’étaient pas issus du secteur agricole : 29 par la mise en valeur.
étaient auparavant commerçants, 31
fonctionnaires dont 10 enseignants, et 16 11 La cession des terres d’APFA se faisait contre le
exerçaient des fonctions libérales. versement du dinar symbolique au Trésor public.
– La diversité des parcours professionnels de Cependant, si l’affaiblissement des foggaras -
ces nouveaux agriculteurs est révélatrice du mettant à mal les cultures oasiennes traditionnelles -
tropisme exercé alors par ce nouveau était le mobile officiel de contestation invoqué par
programme, permettant l’accès au foncier. certains, d’autres facteurs structurels révèlent
Détenteurs de capitaux, ces entrepreneurs ont, l’essence même de la fronde.
par ailleurs, bénéficié du soutien de l’État – La mise en valeur agricole dans le cadre de
(réalisation de forages et équipement l’APFA, en offrant de nouvelles opportunités
hydroagricole) et de crédits accordés par la économiques par l’accession au foncier, à
Banque de l’agriculture et du développement l’eau et aux investissements publics, a libéré
rural (BADR). la main-d’œuvre du secteur oasien
traditionnel des palmeraies, et mis sur un pied
Les périmètres ont été implantés à proximité des d’égalité toutes les catégories sociales10.
palmeraies historiques, afin de profiter des ressources Ainsi les harratine, qui constituaient
hydriques du système de nappe qui alimente les historiquement la main-d’œuvre agricole, sont
foggaras, le Continental intercalaire, ainsi que des devenus propriétaires de la terre et de l’eau,
réseaux de communications qui relient ces chapelets attribuées par l’État11.
d’oasis. Dans le Touat, ces exploitations se sont – La loi est donc venue contrecarrer l’ordre
localisées à l’est de la route nationale n° 6, à quelques social et s’est trouvée confrontée à une forme
kilomètres des palmeraies ; dans le Tidikelt à de résistance d’une classe sociale
proximité des oasis d’In-Salah, d’In-Ghar et aristocratique désormais dépourvue de main-
d’Aoulef ; tandis que le seul périmètre du Gourara d’œuvre et donc du savoir-faire agricole.
(Aoughrout) a été créé de part et d’autre de l’axe qui – Par ailleurs, l’immigration d’entrepreneurs
relie Adrar à Timimoun, non loin des palmeraies. originaires du Nord du pays a suscité bien des
réticences, qui se sont parfois traduites par des
Les localisations de périmètres ont parfois soulevé dommages sur les nouveaux forages12.
de vives contestations de la part des agriculteurs
oasiens exclus des projets, mais désireux de participer Les moyens mobilisés, du rationalisme oasien à la
au processus d’attribution de terres. démesure de l’APFA
– Ainsi, cette implantation a été contestée L’État a dépensé près de 350 millions de dinars
dans le Touat et le Gourara par les (DA) entre 1985 et 1989, période des grandes
propriétaires de foggaras directement affectés attributions de terres APFA, pour équiper les
par le rabaissement ou le tarissement de nouveaux périmètres (CENEAP, 1990). 629 forages
nappes phréatiques désormais mobilisées par ont été réalisés dans les trois sous-ensembles depuis le
la mise en valeur. lancement de cette action, dont 392 affectés à la
– Le premier conflit est survenu à Ouaïna, grande mise en valeur (ANRH, 2004) ; leur
dans la commune de Timmi. Les propriétaires profondeur varie entre 90 et 150 mètres, pour un
de foggaras ont ainsi refusé l’exploitation débit moyen de 25 L/s par forage.
ne représentaient que 6 % en 2003 et 4,5 % en 2005
Les exploitations ont bénéficié de plus d’une de la superficie totale attribuée ; les terres restantes
centaine de rampe-pivots ainsi que de centaines de étaient en jachère ou ne faisaient pas l’objet de mise
batteries de serres, et de toute la gamme du matériel en valeur.
agricole afférent, financées par l’État et des crédits
bancaires. La Banque de l’agriculture et du C’est dans le Touat que ce décalage apparaît
développement rural (BADR) a ainsi accordé aux comme le moins prégnant, puisque l’ensemble de ses
agriculteurs plus de 7 milliards DA au cours de la périmètres représente 94 % du total des superficies
période 1985-1889 (Mabrouk, 2008). L’investissement mises en culture, soit 2 774 ha (tableau 2). La
s’est ensuite focalisé sur l’électrification rurale et la situation est totalement différente dans le Tidikelt, où
réalisation des pistes agricoles au fur et à mesure de à l’exception d’un pivot, qui a été exploité dans le
l’aménagement des périmètres. Hautement mécanisée, périmètre de Mohamed Boudiaf à Aoulef, les autres
cette agriculture s’est orientée essentiellement vers la périmètres ont été progressivement abandonnés, le
céréaliculture, en mobilisant des capitaux matériel agricole a été vendu et ne subsistent plus que
inversement proportionnels aux moyens humains . les carcasses métalliques de quelques pivots, reliques
d’une activité abandonnée. Les données extraites à
Les cercles céréaliers ont redessiné le paysage partir de l’image satellitaire Landsat de 200113 ont
agricole de la région. La surface irriguée par une révélé une occupation de 329 ha dans la commune
seule rampe-pivot peut dépasser celle de plusieurs d’In-Salah et de 70 ha dans celle d’In-Ghar. L’eau -
palmeraies traditionnelles. Mais au-delà des caractères pourtant gratuite - des forages artésiens réalisés pour
paysagers, c’est bien la structure foncière des le périmètre de Taghbera, dans la commune d’In-Ghar,
exploitations qui constitue la réelle mutation. Si les n’a pas suffi à enrayer l’abandon des exploitations.
palmeraies traditionnelles peuvent concentrer un
grand nombre d’exploitants sur des superficies SALINISATION DU SOL ET DEPLACEMENT DES
réduites (ex : 78 exploitations sur 8,3 ha à PIVOTS
Tamassekhet), les grandes attributions de la mise en Les sols sahariens,
valeur peuvent, à l’inverse, n’appartenir qu’à un seul – très pauvres en matière organique,
exploitant (ex : une exploitation d’Inzeghmir dans le – de faible rétention hydrique,
Touat de 1 500 ha). – et fortement exposés au lessivage du fait de
l’irrigation intense, nécessitent des apports
Une évaluation du potentiel productif : des considérables en fertilisants.
pratiques agricoles aléatoires
Au cours des trois dernières décennies, l’occupation Pour y remédier, et afin d’améliorer les rendements,
par les cultures céréalières des superficies attribuées a les agriculteurs recourent au déplacement de la
été fluctuante. Jusqu’au début des années 1990, les rampe-pivot tous les cinq ou dix ans (Figure 2 : Les
exploitations agricoles des trois sous-ensembles, traces de déplacement des rampes-pivots). « Ceci est
équipées d’une centaine de rampes-pivots, pouvaient également lié à la salinisation du sol suite à l'irrigation
irriguer au maximum 5 000 ha dans les meilleures avec une eau chargée en sel. En 5 à 6 ans, la
conditions, ce qui ne représentait que 8 % environ de salinisation du sol peut faire chuter considérablement
la superficie totale attribuée. Ainsi, la majorité des les rendements » [ndlr].
terres réservées à la grande mise en valeur agricole
n’a été ni équipée ni exploitée. L’exemple du Les traces des anciens emplacements de pivots sont
périmètre d’Aïn El Feth (Touat) est particulièrement toujours visibles dans le Touat et le Gourara, en
évocateur : sur les 14 706 ha programmés, seulement revanche, ils ont quasiment disparu dans le Tidikelt du
4 961 ha furent attribués et subdivisés en 38 fait de l’intensité de l’ensablement dans cette partie du
exploitations agricoles, dont 29 collectives. Seules 9 Sahara qui, au-delà du seul fait de maquiller les traces
exploitations ont bénéficié de rampes-pivots pour de toute activité agricole, en explique l’abandon.
irriguer un total de 820 ha. Cela signifiait que si toutes – Les sites sur lesquels est implantée la grande
les conditions de travail étaient réunies et que toutes mise valeur agricole sont à découvert et
les rampes-pivots étaient mobilisées, le taux exposés au vent.
d’occupation de ce périmètre par la céréaliculture ne – Il suffit, en l’absence de brise-vents autour
pouvait dépasser 17 % de la superficie attribuée. des exploitations, d’une journée de vent de
sable ou de fortes chaleurs pour mettre en
Le traitement et l’interprétation des données des péril tout un champ de culture.
images satellitaires (Landsat 2003 et 2005) ont permis
de mesurer l’ampleur du décalage entre Quant au Gourara, le seul périmètre réservé à
programmation et réalisations. Les terres cultivées la grande mise en valeur agricole (Aoughrout)
est faiblement occupé, la superficie de 124 ha 000-60 000 qx entre 1997 et 2002, et a notablement
cultivée en 2003 s’est réduite à 92 ha en 2005. régressé à partir de 2004 pour chuter à 21 000 qx en
Il ne demeure que quatre exploitations 2008. Outre les difficultés liées aux spécificités du
agricoles encore fonctionnelles. milieu, l’indisponibilité des engrais sur le marché pour
des raisons sécuritaires pendant les années 1990 a
15 D’après les agriculteurs enquêtés, le rendement exacerbé la situation, sachant que leur apport est
en blé dur a atteint 60 et 70 qx/ha. indispensable au maintien des potentialités des sols.
16 Des agriculteurs interviewés en mars 2008
commercialisent une part de leurs productions de blé En 2004, la production du blé tendre a quasiment
et d (...) disparu alors que la récolte avait été sensiblement
égale en volume à celle du blé dur durant la campagne
DES CEREALES COMMERCIALISEE VERS LE 2001/2002, la faiblesse du rendement à l’hectare en
MALI est la cause principale. Un rendement de 20 qx/ha en
En matière de production, la Coopérative des blé tendre n’est économiquement pas rentable, même
céréales et des légumes secs d’Adrar (CCLS) a récolté s’il est deux fois et demie supérieur à celui obtenu
66 810 quintaux durant la saison 2002/2003. Cette dans le Nord du pays.
quantité est équivalente au rendement d’une
cinquantaine de pivots. 18 Les prix d’achat ont été fixés en juin 2008 à 4
-Ce qui ne correspond qu’aux deux tiers du nombre 500 DA le quintal pour le blé dur, 3 500 DA pour le
de pivots recensés à l’aide de l’image satellitaire du (...)
Touat et du Gourara à la même date (80 rampes- La revalorisation du prix d’achat des céréales par
pivots). l’État en 200818 a néanmoins induit une
-En effet, un rendement moyen15 de 45 qx/ha multiplication par trois de la superficie céréalière (1
rapporté à la superficie identifiée à partir de cette 847 ha) confirmant ainsi l’aspect fluctuant de cette
image (2 970 ha au Touat et au Gourara) donne une activité, fortement corrélée à la variabilité des prix.
quantité deux fois supérieure à celle récoltée par la
Coopérative. Les limites de la grande mise en valeur saharienne
-Cela implique qu’une part non négligeable de la Des freins multiformes
production ne transite pas par la coopérative, échappe Le différentiel, mesuré plus haut, entre superficies
à la statistique et se trouve commercialisée programmées et réellement cultivées donne un aperçu
directement sur le marché local et national, voire des limites et des insuffisances de ce projet de
international (Mali)16. développement. Les superficies attribuées sont
conséquentes, mais leur mise en culture concrète n’a
Le nombre de rampes-pivots exploité en 2005 pas été proportionnelle aux pressions exercées sur les
représente la moitié de celui de 2003 dans l’ensemble communes par les populations locales, en vue
de la région (tableau 3). Cela s’est très nettement d’obtenir une parcelle de terre, d’acquérir une eau de
ressenti au travers de la régression des récoltes forage et de bénéficier du soutien de l’État.
transitant par la CCLS. La superficie irriguée par
rampe-pivot dédiée aux céréales a également diminué Plusieurs exploitations attribuées au début de
de 2 999 à 1 817 ha, soit une réduction d’environ 40 l’opération n’ont jamais été cultivées du fait de leur
%. À l’inverse, les superficies réservées aux cultures éloignement. Un exemple d’échec de l’agri-business
du palmier et du maraîchage ont connu une nette saharien vient du manque de moyens, de la non-
augmentation de 862 ha en 2003 à 1 129 ha en 2005. réception du matériel agricole ou encore de l’absence
Cette superficie est irriguée par seguia ( conduit d’électrification. L’échec des attributions vouées à
d’irrigation) ou par réseau de goutte-à-goutte. Une l’emploi de jeunes a été patent. Nous avons recensé en
dizaine de coopératives situées dans les périmètres de 2008 plus d’une vingtaine d’exploitations agricoles
Stah Azzi et Aïn El Feth maintiennent, voire abandonnées. Ne demeurent que des squelettes de
développent, ce type de cultures relativement pivots et des serres exposées à la dégradation.
rémunératrices sur les marchés urbains locaux et
nationaux (essentiellement Alger et Oran). L’attribution collective sous forme de groupes
d’entraide paysanne a également constitué une source
L’analyse de la production de blé dur sous pivots sur de blocage et de conflits dans la gestion des
une quinzaine d’années (1994-2009) a révélé une forte exploitations et, parfois, en explique même
variabilité de la production entre les campagnes l’abandon ; il suffit d’une facture d’électricité
agricoles (figure 3). La quantité produite maximale a coûteuse ou d’un partage de tâches de travail
été récoltée durant la campagne 1995-1996 soit 86 insatisfaisant pour générer des tensions entre les
730 qx, elle s’est stabilisée par la suite autour de 55 membres, nous expliquait un chef d’exploitation à
Zaouiet-Kounta (Touat). Les conflits ont abouti, dans cœur des années 1980, puis la libéralisation, ont
le meilleur des cas, à l’éclatement des exploitations et fragilisé la politique agricole et, de fait, les structures
à l’essor du travail individuel. Depuis 2000, quelques chargées sur le terrain du développement rural :
exploitations abandonnées dans le périmètre de notamment les collectivités locales, les services
Baamer (Fenoughil) destinées initialement à l’emploi déconcentrés et les banques. Ce projet de
des jeunes locaux ont été démantelées par les développement a donc vu le jour dans un contexte
collectivités locales pour être réattribuées sous particulièrement peu favorable.
forme individuelle à des diplômés de l’université,
sans activité. Malgré des résultats en décalage avec les attentes,
les grandes exploitations agricoles font, depuis plus
Au-delà des moyens matériels dans lesquels l’État a d’une vingtaine d’années, partie du paysage oasien ;
fortement investi, l’environnement social et politico- elles occupent des superficies importantes, produisent
économique, ainsi que les contraintes pédoclimatiques entre 7000 et 9000 tonnes de blé exportées par an vers
sahariennes, ont joué en défaveur de l’ambition des les régions voisines, et participent de manière non
aménageurs. négligeable à dynamiser le tissu rural régional.
– Les sols, pratiquement inexistants, impliquent
un apport indispensable en fertilisants pour La revalorisation des prix des céréales par l’État,
développer des cultures et augmenter le cumulée à une hausse sur les marchés mondiaux,
rendement à l’hectare (Dubost, 2002). pourrait entraîner dans les années à venir une
– L’eau, certes abondante des nappes augmentation des superficies cultivées en blé. Ainsi,
souterraines, mais extraite par l’énergie plus récemment, la superficie emblavée de la
électrique, se trouve sur-tarifée, ce qui induit campagne 2008-2009 a triplé par rapport à celle de
un coût supplémentaire pour l’exploitant. la campagne précédente, passant de 600 à 1 847 ha.
D’autant plus que les distances qui séparent
les pôles de mise en valeur et les grands Un exemple d’échec de l’agri-business saharien
marchés de consommation du Nord (Oran et Un projet révélateur des ambitions suscitées par le
Alger sont à 1500 km) sont à l’origine de potentiel de la grande mise en valeur a pris place dans
surcoûts de transport. le Touat, à proximité de la ville d’Adrar, principal
– Enfin, les équipements d’irrigation importés marché urbain de la région avec 63 000 habitants en
de l’étranger impliquent une dépendance 2008 (Yousfi, 2011). Ce projet de développement
structurelle à une technicité extérieure qui d’une agriculture capitaliste, le Complexe
peut se traduire, en cas de panne, par une mise agroalimentaire du Sud (CAAS), a été initié par des
en péril de la récolte. promoteurs privés du Nord du pays, organisés en
société par actions (SPA). Il était prévu la réalisation
Quel est le coût de la production agricole au d’un complexe agroalimentaire ainsi que la mise en
Sahara ? La rentabilité s’est logiquement imposée valeur de 30 000 ha destinés à des cultures
comme un facteur décisif pour le devenir de la mise industrielles (tomates, betterave, oléagineux), des
en valeur agricole. céréales, des fourrages et de la semence de pomme de
– L’apport en engrais et l’énergie électrique terre. La fourniture et la mise en place des
consommée pour pomper l’eau et faire équipements du complexe ont été assurées par une
fonctionner la rampe-pivot ont rendu le coût société espagnole. L’entreprise a amorcé ses activités
de revient, en cas de faible production, égal par la mise en culture de 3 500 ha de cultures
ou supérieur au prix de vente du blé sur le maraîchères et en exploitant cinq rampes-pivots pour
marché ; d’autant que le prix du blé sur le la céréaliculture (photo 2). L’entreprise a également
marché mondial était bradé du fait de la construit une usine de concentré et de sauce tomate
monopolisation de la production des pays tels d’une capacité de 1 200 tonnes/jour dans la zone
que les États-Unis, le Canada ou encore la d’activité au nord de la ville d’Adrar. Le coût global
France (Dubost, 2002). de l’investissement, compte tenu des surcoûts liés aux
contraintes de l’environnement et aux conditions
– Cela a conduit à l’endettement des
locales de réalisation, s’est élevé à 72 millions
exploitants vis-à-vis de la SONELGAZ19 et
d’euros ;
de la CCLS, et, par conséquent, à l’abandon
progressif des exploitations, faute de pouvoir
Partout la démesure régnait :
dégager des revenus suffisants.
– deux bassins de stockage de 20 mètres de
À ce contexte peu favorable des prix est venue profondeur s’étalaient sur un hectare chacun,
s’ajouter une situation économique peu – alimentés par 15 forages et raccordés à des
encourageante. La crise économique qui émergea au stations fertilisantes pilotées par ordinateur
depuis une tour de contrôle centralisée. suffisent à garantir la réussite d’un projet
– L’ensemencement et la plantation étaient d’investissement ; l’environnement social et
assurés par des machines au sein de la économique pèse fortement, tout comme la rigueur
pépinière. Six serres, réservées au de gestion qui s’avère décisive (Otmane, 2010). (...)
maraîchage, couvraient 6 ha et s’ouvraient
mécaniquement pour l’aération. La diversification des cultures et des pratiques, une
– De plus, près de 38 000 kilomètres linéaires réponse à la crise d’un modèle ?
de réseau de goutte-à-goutte furent enterrés
pour irriguer 700 hectares de cultures. Il L’essor du maraîchage
s’agissait alors d’un dispositif de haute Pour faire face à la baisse de rentabilité des cultures
technicité doté d’un effectif réduit au strict céréalières sous pivot, comme à la variabilité des prix,
minimum, hormis pendant la récolte, durant les agriculteurs de la grande mise en valeur agricole se
laquelle le complexe employait une main- sont orientés vers le maraîchage irrigué par rampes-
d’œuvre saisonnière importante. pivots et la plasticulture. L’enquête effectuée au sein
– Cet effectif était géré par un responsable de d’une vingtaine d’exploitations en 2008 a permis de
Souk-Ahras (Nord-Est algérien) et un recenser 169 ha irrigués par rampes-pivots.
comptable originaire de Saïda (Nord-Ouest).
Les agriculteurs combinent plusieurs cultures dans le
Les résultats des premières années d’exploitation même cercle irrigué. Une autre superficie est cultivée
furent encourageants. d’une manière plus intensive sous serres et irriguée
-Le rendement du blé dur a atteint une moyenne de 55 par réseau de goutte-à-goutte, elle est réservée à des
qx/ha en 2004 et la production de tomates a permis de produits de contre-saison (tomate, haricot vert,
faire fonctionner l’usine de transformation implantée à concombre, aubergine, courgette) ou de spéculation
Adrar. (poivron, melon, piment, etc.).
-La betterave industrielle cultivée a donné des
résultats satisfaisants. La région profite ainsi du décalage saisonnier par
-D’autres cultures de rente étaient également produites rapport aux zones agricoles du Nord du pays, ce qui
telles que les piments, le melon ou la pastèque. lui offre l’opportunité de développer une
complémentarité en matière de production agricole.
En dépit des résultats obtenus, des facteurs ont
joué en défaveur de cette entreprise. La réorientation des agriculteurs vers ces cultures
– Outre le contexte économique et social est une tendance qui se généralise, du fait de
défavorable, la rentabilité économique d’une l’existence de marchés dans les centres urbains
entreprise exige une gestion rigoureuse sahariens (Adrar, Béchar, Ghardaïa) et plus lointains
permettant, a minima, d’amortir (Hautes-Plaines et Tell). Mais cette opportunité est
l’investissement et d’assurer le encore mal exploitée, malgré l’insertion croissante des
fonctionnement. productions dans les réseaux marchands. La région
– L’usine de conserve de tomates a cessé de des Ziban (environs de Biskra) qui s’est imposée
fonctionner après quelques années d’exercice comme un bassin de production maraîchère de
faute de matière première suffisante, malgré premier ordre en Algérie a servi d’exemple aux
l’apport complémentaire issu des palmeraies. agriculteurs du Touat et du Gourara. Les petits pivots
– Le prix d’achat des céréales n’a pas permis fabriqués dans le Souf à partir des tubulures des
d’amortir les charges et les autres productions, rampes-pivots abandonnées se sont diffusés dans le
maraîchères et spéculatives, demeuraient Touat.
tributaires de la demande des marchés
lointains au Nord du pays. Nb : « Dans une région comme le Souf, de vieille
– Les dettes contractées, auprès de la tradition paysanne, de modestes agriculteurs ont vite
SONELGAZ et de la banque, augmentèrent saisi l’intérêt qu’il y avait à récupérer les tubulures à
progressivement, tandis que les salaires sprinklers des rampes-pivots abandonnées ; des
impayés générèrent des conflits aboutissant ferronniers les ont raccourcis et ont coudé chacune
parfois à des procédures judiciaires. Le des extrémités : c’est en somme, la version agricole
complexe a ainsi cessé de fonctionner en du tourniquet de jardin […] ce bricolage peu coûteux,
2007. assure, entre autres, de belles récoltes » (M. Côte, cité
dans Bisson, 2003, p247).
Comme l’illustre cet exemple, les moyens – Leur intérêt réside dans la réduction de la
matériels seuls, même les plus performants, ne consommation d’énergie électrique et
l’irrigation possible de superficies plus
restreintes. harratine ayant migré dans les champs pétroliers, ou
– Dans un contexte d’incertitudes sur le au Nord, avec l’objectif de construire un capital et de
revenu, leur utilisation n’impliquant pas de revenir investir à l’oasis dans une part d’eau de
lourds investissements est un avantage. foggara (Bisson, 1957). L’APFA a ainsi permis aux
petits exploitants agricoles de gravir une partie de
Le recours à l’utilisation du réseau de goutte-à- l’échelle sociale - par l’accès à la propriété - qui leur
goutte pour l’irrigation du maraîchage est une restait jusqu’ici inaccessible. Et en conséquence, les
mutation non seulement technique, mais également autres groupes sociaux, bien qu’ayant parfois obtenu
sociale. de grandes superficies, se sont confrontés, de facto, à
– L’irrigation d’appoint rationalise la une carence de main d’œuvre agricole et furent
consommation de l’eau et de l’énergie, elle contraints de négocier des contrats de travail plus
évite le développement des mauvaises herbes favorables avec les ouvriers agricoles. Compte tenu de
qui, à l’inverse, poussent souvent dans les leur position de domination sociale traditionnelle dans
parcelles irriguées par seguia. la société oasienne, les chorfa et les mrabtine se sont
– De plus, elle réduit les effectifs employés et également investis dans les programmations de
offre à l’agriculteur la possibilité de cultiver l’APFA, tout en étant dépossédés du pouvoir de
des superficies plus étendues. décision, s’ils n’étaient pas élus ou administrateurs : la
commune étant seule à attribuer les exploitations
Les cultures fourragères et l’élevage, des activités agricoles. J. Bisson (2003, p396) résumait ainsi de
complémentaires manière synthétique l’évolution de ce jeu d’acteurs : «
Parallèlement, les producteurs démontrent un intérêt les Chorfa fortement mis à mal par la fuite de leurs
croissant pour les cultures fourragères, en lien avec anciens métayers, ne sont pas mécontents de les
l’essor de l’élevage à une plus grande échelle, récupérer aujourd’hui sur les périmètres des rampes-
jusqu’ici absent des modèles agricoles sahariens. pivots où le travail mécanisé et l’emploi salarié sont
Durant la campagne 2007-2008, une superficie de un puissant attrait pour des populations (les
306 ha irrigués était ainsi dédiée à ces cultures (orge, harratine) qui, autrefois, auraient émigré. De
sorgho, avoine, soja et triticale) dans les périmètres de surcroît, ces périmètres ont constitué pour les
grande mise en valeur. propriétaires des foggaras et des palmeraies une
position de repli confortable (du fait de la générosité
De plus, la CCLS a fourni les semences en orge de l’État) qui a compensé l’affaiblissement
pour 210 ha lors de la campagne agricole 2008-2009. économique de ces grandes familles du Touat et du
Illustration de ces nouvelles pratiques, deux Tidikelt ».
propriétaires enquêtés en 2008 réservaient la majorité
des rampes-pivots aux cultures fourragères pour Et des impacts sur l’emploi agricole
alimenter leurs cheptels : la première exploitation, de À une période où les populations, en croissance,
1 500 ha, située à Inzeghmir et la seconde, de 250 ha, cherchaient du travail à l’extérieur des palmeraies,
localisée à Sbaa. Le cheptel de chacun de ces parfois pour fuir l’inégalité sociale liée aux modes de
propriétaires atteignait alors 800 têtes ovines environ. faire valoir, l’APFA a contribué à l’absorption d’une
partie de cette demande. La petite mise en valeur
Dans ce contexte, ces cultures sont rentables et agricole de type paysan a offert une dizaine de
trouvent facilement des débouchés. Les besoins en milliers d’emplois au lancement des programmes.
produits fourragers sont également exprimés par la Mais ce nombre s’est réduit d’un tiers après l’abandon
population des oasis, où l’association de l’élevage de par des bénéficiaires non motivés ou ayant connu des
quelques têtes ovines à l’agriculture est devenue difficultés de mises en exploitation. La grande mise en
fréquente en raison de la demande croissante en valeur agricole a également offert près de 1 500
viande. emplois directs, mais l’abandon est plus important
dans cette seconde forme. À ces emplois directs,
Les impacts sociaux de la mise en valeur agricole s’ajoutent les emplois permanents et saisonniers,
offerts par les exploitations les plus dynamiques
Des paysanneries partiellement redessinées (Otmane, 2010).
Les différents groupes sociaux oasiens (harratine,
chorfa et mrabtine) furent mis sur un pied d’égalité Une mutation considérable de l’emploi s’est
par la loi de 1983 et se portèrent tous candidats aux opérée en passant d’une dominance du mode de faire-
nouvelles attributions de terres et d’eau. Les harratine, valoir indirect à une dominance du faire-valoir direct.
qui possédaient le savoir-faire agricole, furent -Les propriétaires de l’eau de foggaras qui se sont
privilégiés. Depuis les années 1950, et l’essor des trouvés privés de leur main d’œuvre harratine
activités d’hydrocarbures, nombreux furent les furent obligés d’apprendre le travail de la terre ou
d’accepter d’établir des contrats de travail plus des bénéfices, portés par le soutien de l’État et
avantageux pour les exploitants. inspirés par la mythologie de l’« eldorado saharien
-Par ailleurs, face à l’indisponibilité de la main ».
d’œuvre, de nombreuses familles oasiennes attachées -Ces entrepreneurs ont bénéficié à titre individuel ou
à leurs terres furent contraintes de prendre en charge collectif, sous forme de société à responsabilité
leurs jardins dans la palmeraie, en effectuant un limitée (SARL), d’exploitations quasiment équipées
partage des tâches entre les membres de la famille ou allant de 100 à 3 500 ha. Le faisceau de contraintes,
en externalisant la charge sur de la main-d’œuvre déjà évoqué, pesant sur ce type d’exploitation a rendu
journalière. ardue la tâche de ces nouveaux entrepreneurs
agricoles, dans un contexte de méfiance, voire de
Dans la petite mise en valeur agricole, le travail de défiance ouverte, de la part des populations locales.
la terre demeure manuel et exige au moins deux -Cependant, si les échecs furent nombreux, existent
personnes, eu égard à la taille des exploitations (2 ha aussi des cas de réussite. Une dizaine de ces
et plus) plus vastes que celles du secteur traditionnel entrepreneurs interviewés lors des enquêtes de terrain,
dans les palmeraies. originaires du Nord algérien (Alger, Tizi-Ouzou,
-Les exploitations enquêtées emploient en moyenne Batna ou Souk-Ahras), maintiennent leurs
deux personnes de manière permanente et font appel à exploitations agricoles dans des conditions de
une main d’œuvre saisonnière, au début et à la fin de rentabilité suffisante depuis près d’une vingtaine
la campagne agricole. d’années. Ils ont parfois su faire jouer les réseaux
-À l’inverse, l’emploi saisonnier est dominant dans les commerçants de leurs régions d’origine afin d’écouler
exploitations de la grande mise en valeur agricole, où des cultures spéculatives ou des produits issus de
la période de récolte mobilise la main-d’œuvre de la l’élevage.
région ; le travail étant davantage mécanisé en début
de campagne. Conclusion
Au vu des réserves d’eau importantes de la nappe du
L’emploi féminin a amplement participé au Continental intercalaire, des résultats obtenus par
maintien de l’agriculture dans les espaces oasiens de l’irrigation des céréales sous rampe-pivot dans
la région, et ce, en répondant au manque chronique de d’autres pays, et sous la pression sociale d’une
main-d’œuvre pour effectuer des tâches telles que demande alimentaire forte (notamment en céréales), le
l’irrigation, le désherbage, l’entretien et la récolte. pouvoir algérien a mis en œuvre un vaste programme
-La rareté de la main-d’œuvre dans les palmeraies de mise en valeur agricole dans le Sahara, y effectuant
est ancienne (Capot-Rey, 1953) et a été accentuée de lourds investissements. Le « pays des foggaras » a
après la mise en œuvre des programmes d’APFA. ainsi constitué un des laboratoires à ciel ouvert du
-La présence des femmes est devenue courante dans développement agricole saharien. Les communes de la
les exploitations familiales, mais le travail des région ont attribué 64 423 ha aux paysans des oasis
journalières rémunérées dans d’autres exploitations ainsi qu’à des entrepreneurs venus du Nord du pays.
est rare en Algérie, à l’exception de la Kabylie. Les Les attributions, et les créations de nouveaux
agriculteurs font appel à la main-d’œuvre féminine au périmètres ont été plus conséquentes dans le Touat
début de la saison agricole et au moment de la récolte que dans le Gourara et le Tidikelt.
dans les deux secteurs, traditionnel et de mise en
valeur agricole. Mais, après trois décennies, les résultats
-Le travail féminin est plus conséquent et fastidieux n’apparaissent pas à la hauteur de l’investissement
dans les grandes exploitations agricoles, les femmes réalisé ; les effets conjugués des contraintes sociales,
étant généralement en charge des travaux minutieux économiques et écologiques ont entravé le bon
qu’exigent les plantes cultivées sous les tunnels fonctionnement des exploitations.
plastiques (préparations des plants en pépinière, – En effet, la grande mise en valeur se maintient
replantation, mise en place du réseau de goutte à tant bien que mal dans le Touat, elle est
goutte, etc.). réduite dans le Gourara et a complètement
disparu dans le Tidikelt.
La grande mise en valeur agricole a également attiré – Toutefois, les exploitations de la grande mise
des Algériens du Nord. en valeur sont à présent ancrées dans
l’espace oasien et ses paysages. Ils sont à
La grande mise en valeur agricole a également compter au registre des facteurs récents
attiré des Algériens du Nord. De nombreux d’évolution économique et sociale de ces
entrepreneurs issus de secteurs d’activité non territoires.
agricoles (commerçants, fonctions libérales, retraités,
etc.) ont investi au Touat et au Gourara pour réaliser Concrètement, la superficie réellement cultivée de la
mise en valeur avoisine les 4 000 ha, qui produisent Tamassekhet), les grandes attributions de la mise en
quelques milliers de tonnes de blé dur par an. valeur peuvent, à l’inverse, n’appartenir qu’à un seul
– Face aux difficultés rencontrées par les exploitant (ex : une exploitation d’Inzeghmir dans le
formes d’organisation collective, les Touat de 1 500 ha).
attributions individuelles ont permis le
maintien de cette activité et la production http://cybergeo.revues.org/docannexe/image/25732/im
agricole est toujours assurée. g-7.jpg Fig2 : Les traces de déplacement des rampes-
– Pour surmonter les contraintes diverses pesant pivots
sur l’agriculture saharienne, des adaptations
ont été générées par les agriculteurs en Les traces des anciens emplacements de pivots
cherchant des activités agricoles sont toujours visibles dans le Touat et le Gourara, en
complémentaires à la production céréalière, revanche, ils ont quasiment disparu dans le Tidikelt du
comme les cultures de rente, les cultures fait de l’intensité de l’ensablement dans cette partie du
fourragères et l’élevage. Sahara qui, au-delà du seul fait de maquiller les traces
– La recherche de rentabilité constitue le moteur de toute activité agricole, en explique l’abandon. Les
premier de la motivation des agriculteurs à sites sur lesquels est implantée la grande mise valeur
réorienter leurs productions. agricole sont à découvert et exposés au vent. Il suffit,
– La revalorisation du prix d’achat des en l’absence de brise-vents autour des exploitations,
céréales par l’État en 2008 a ainsi entraîné d’une journée de vent de sable ou de fortes chaleurs
une multiplication par trois de la superficie pour mettre en péril tout un champ de culture. Quant
emblavée entre 2007 et 2008, ce qui ouvre de au Gourara, le seul périmètre réservé à la grande mise
réelles perspectives de relance de ces cultures en valeur agricole (Aoughrout) est faiblement occupé,
dans l’avenir, qui pourront ainsi répondre, de la superficie de 124 ha cultivée en 2003 s’est réduite à
manière certes marginale, à l’objectif premier 92 ha en 2005. Il ne demeure que quatre exploitations
de ce programme de développement agricole : agricoles encore fonctionnelles.
enrayer le déficit structurel algérien en
Electronic reference :
céréales. Tayeb Otmane and Yaël Kouzmine, « Bilan spatialisé de la mise
en valeur agricole au Sahara algérien », Cybergeo : European
Les cercles céréaliers ont redessiné le paysage Journal of Geography [Online], Space, Society,Territory,
agricole de la région. La surface irriguée par une seule document 632, Online since 19 February 2013, connection on 17
rampe-pivot peut dépasser celle de plusieurs August 2015. URL : http://cybergeo.revues.org/25732 ; DOI :
10.4000/cybergeo.25732
palmeraies traditionnelles. Mais au-delà des caractères
paysagers, c’est bien la structure foncière des Tayeb Otmane : Laboratoire EGEAT Université d’Oran (Algérie).
exploitations qui constitue la réelle mutation. Si les [email protected]
palmeraies traditionnelles peuvent concentrer un
Yaël Kouzmine : UMR 124 Centre INRA Toulouse Midi-Pyrénées
grand nombre d’exploitants sur des superficies [email protected]
réduites (ex : 78 exploitations sur 8,3 ha à
.
CHAPITRE 4
La caractérisation de l‘état de salinité des sols régions est généralement atteint pour la
appartenant à deux parcelles situées en milieu concentration saline initiale des eaux d‘irrigation.
saharien a mis en évidence que l‘irrigation par des
eaux diversement minéralisées provoque la Elle montre également que les pratiques actuelles
salinisation des sols, et en particulier des horizons de mises en œuvre dans les nouvelles exploitations
surface. En effet, les résultats montrent que : agricoles utilisent de manière irrationnelle les
– la salinité, qui était initialement inférieure à 2 ressources hydriques et foncières ; elles entraînent
dS\m dans les horizons de surface, – une multiplication des capacités de
– est passée à plus de 12 dS\m après 5 conservation
campagnes d‘irrigation. – et de prolifération de certains déprédateurs.
Kaddour Djili, Youcef Daoud, Abdelaziz Gaouar, Zineb Beldjoudi , Institut national agronomique (INA), El
Harrach, Alger, Algérie <k.djiliina.dz> ; <ka_djiliyahoo.fr> Centre de recherche scientifique et technique sur les
régions arides (CRSTRA), Front de l‘oued, BP n°1682 R. P 07000 Biskra, Algérie Institut national de la recherche
agronomique (INRA), Station de Mahdi Boualem Baraki, Alger, Algérie
La caractérisation de l‘état de salinité des sols qui était initialement inférieure à 2 dS\m dans les
appartenant à deux parcelles situées en milieu horizons de surface, est passée à plus de 12 dS\m
saharien a mis en évidence que l‘irrigation par des après 5 campagnes d‘irrigation. L‘intensité de la
eaux diversement minéralisées provoque la salinisation est en rapport avec la qualité des eaux
salinisation des sols, et en particulier des horizons de d‘irrigation utilisées. L‘étude de la distribution
surface. En effet, les résultats montrent que la salinité, spatiale de la salinité montre une hétérogénéité
variable selon la qualité des eaux d‘irrigation et les actuelles mises en œuvre dans les nouvelles
horizons considérés. Cette étude a permis de mettre en exploitations agricoles utilisent de manière
évidence que la salinisation secondaire constitue un irrationnelle les ressources hydriques et foncières ;
facteur de dégradation des sols qui se traduit par une elles entraînent une multiplication des capacités de
chute des rendements céréaliers. En effet, le seuil de conservation et de prolifération de certains
tolérance à la salinité des principaux cultivars de blé déprédateurs. Ces pratiques semblent donc inadaptées
dur utilisés dans ces régions est généralement atteint au milieu oasien et constituent une menace pour son
pour la concentration saline initiale des eaux avenir.
d‘irrigation. Elle montre également que les pratiques
.
Le développement de l'agriculture saharienne en Algérie par la création des périmètres irrigués s’est confronté
à d’énormes problèmes qui affectent la production agricole. Ces derniers sont directement liés à l’itinéraire
technique qui n’est pas maîtrisé et parfois non approprié au contexte pédoclimatique saharien. En effet, l'agriculture
moderne est introduite selon un modèle emprunté sans faculté d'adaptation. Il en résulte après quelques campagnes
d’irrigation, une salinisation des terres très significative dont le niveau atteint, dépasse largement le seuil de
tolérance de la culture.
L'objectif principal de ce travail est de faire une – la qualité médiocre des eaux d’irrigation,
analyse quantitative de l'évolution de la salinité des – le système de drainage souvent inexistant ou
sols irrigués par pivot depuis quelques années, et non fonctionnel,
d'évaluer son intensité sur la diminution des – et la conduite empirique des irrigations [1,2].
rendements du blé. Pour cela, trois périmètres irrigués
respectivement depuis 2, 3 et 4 années sont étudiés et Le développement de la céréaliculture dans les
comparés au sol témoin non irrigué. Pour chaque zones sahariennes a été lancé au début des années
parcelle, l'évolution de la salinité est étudiée entre quatre vingt. Son objectif est d’augmenter la
deux périodes du cycle végétatif du blé, l'état initial production céréalière dont les niveaux de rendement
correspond au stade tallage et l'état final correspond en agriculture pluviale sont faibles dans le Nord du
au stade maturation. L'irrigation se fait par aspersion pays. Dans ces zones sahariennes, le sol présente un
avec une eau minéralisée de la nappe albienne. Les faible niveau de fertilité, les réserves hydriques sont
résultats obtenus montrent que les eaux d'irrigation se importantes, non renouvelables et diversement
caractérisent par une forte salinité et un faible minéralisées, et les besoins en eau des cultures sont
danger de sodicité. Les teneurs en sodium et en élevés à cause d’une forte demande climatique [1].
chlorures sont excessives en mode d'irrigation par Les céréales, qui constituent la culture principale dans
aspersion. L'évolution de la salinité des sols irrigués les nouveaux périmètres, sont considérées comme
depuis 2, 3 et 4 ans à l'échelle d'une campagne modérément tolérantes à la salinité [3], se développent
agricole, est hautement significative à partir de la bien dans les sols à texture sableuse [4]. Cependant,
quatrième année et dépasse le seuil de tolérance à la l’effet cumulé des irrigations avec une eau d’irrigation
salinité du blé dur. présentant un fort danger de salinité et sous un climat
La salinisation constitue donc l’un des principaux très évaporant, conduit à une accumulation de sels
facteurs responsables de la diminution des solubles en surface qui affectent les rendements des
rendements en blé. En effet, une augmentation de 1 cultures. Dans ce travail, il s’agit:
dS/m provoque une chute du rendement en grains de 4 • d’analyser l’évolution de la salinité au début
q/ha. du cycle végétatif du blé variété waha qui
correspond au stade de tallage et à la fin du
Introduction cycle végétatif correspondant au stade
En Algérie, les facteurs qui contribuent à l’extension maturation. Les sols présentent différents
du phénomène de salinisation des terres sont liés à/ âges: 2,3 et 4 campagnes agricoles.
– l’aridité du climat qui porte sur plus de 95% • d’évaluer l’intensité de la salinité sur la
du territoire, diminution des rendements de la culture.
profondeurs correspondrait à une eau d’irrigation
2.3.- Effet des irrigations sur l’évolution de la concentrée, respectivement, 7.53 fois pour l’horizon
salinité des sols de surface et 6.1 fois pour l’horizon de subsurface.
L’évolution de la salinité des sols irrigués se
détermine entre l’état initial qui correspondant au Effet de la salinité sur la diminution des
stade tallage et l’état final qui correspond au stade rendements du blé
maturation. Chez les céréales, l’effet dépressif du sel se
L’analyse de la salinité des sols étudiés a été réalisée manifeste à partir d’un seuil critique de concentration
selon l’approche chimique des extraits aqueux (1/2), caractéristique de l’espèce et de la variété.
car la texture sableuse ne s’y prête pas à la préparation
de la pâte saturée. Néanmoins, une conversion des D’une manière générale, les céréales sont
valeurs de la CE des extraits aqueux (1/2) aux valeurs modérément tolérantes à la salinité [7]. Cette tolérance
correspondantes à la CE des extraits de pâtes saturées aux sels varie en fonction des stades de
est nécessaire. Car cette dernière constitue l’approche développement végétatif. Cependant, le stade le plus
agronomique de référence. Elle permet de mieux sensible est le stade germination où la conductivité
mettre en évidence l’état de salinité du sol d’une façon électrique ne doit pas dépasser 4 dS/m [5]. Le tableau
plus réaliste des conditions de croissance des plantes V montre la diminution du rendement en fonction de
[5,8,9,10]. la croissance de la salinité. Le seuil de tolérance pour
la culture du blé est de 6 dS/m.
A l’état initial, soit au stade tallage (fig. 1), la
salinité du site 1 irrigué pour la deuxième année varie La céréale cultivée au niveau des parcelles étudiées,
entre 2.5 et 4.5 dS/m. Elle correspond aux classes peu est la variété Waha, du blé dur, plus exigeant que le
salée et salée. Lors de la troisième année (site 2), la blé tendre, et donc relativement plus sensible à l’effet
CE diminue par rapport au site 1 et varie de 1.77 à de la salinité [11,12].
2.67 dS/m, ce qui correspond aux classes non salées et Des études de Daoud et Halitim (1994) [1] ont montré
peu salées, mais la comparaison des moyennes donne que pour cette céréale, le seuil critique est évalué à
une différence non significative (probabilité), et par une concentration entre 1.3 et 1.4 g/l, donc très
conséquent l’irrigation des sols cultivés pour les 2ème sensible. Pour une concentration de 2 g/l, il y a une
et 3ème années ne provoque pas une salinité diminution de 50% de matière sèche; alors que Mass
importante, les valeurs de la CE obtenues sont (1986) [11] montre que le seuil de sensibilité pour
comparables à celles du témoin. cette céréale est plus élevé, et il est de 4 g/l pour une
diminution du rendement de l’ordre de 10%.
C’est à partir de la quatrième année de mise en
culture que les irrigations conduisent à une Cependant, et afin de déterminer l’intensité de la
accumulation en sels solubles, dépassant largement le salinité, qui affecte une diminution des rendements au
seuil de tolérance du blé. En effet, le site 3 se niveau des parcelles étudiées, nous considérons la
différencie nettement du témoin et des deux autres moyenne de la conductivité électrique de l’extrait de
sites (1 et 2) par une forte concentration saline au la pâte saturée à 25°C obtenue aux stades tallage et
niveau du profil. Celle-ci a été multipliée par 3 dans maturation. Cette valeur est calculée sur une
l’horizon de surface, soit 7.45 dS/m et par 4.25 dans profondeur de 0-30 cm, car celle-ci correspond, d’une
l’horizon sous jacent, soit 10.6 dS/m, le profil salin part, à la profondeur utile d’enracinement maximum
appartient à la classe très salée. et où l’alimentation hydrique est la plus favorable en
irrigué [4,13], et d’autre part, à l’accumulation des
A la fin du cycle végétatif du blé (tab. IV), le sels solubles [14].
premier effet enregistré au niveau des trois parcelles Le calcul de la CE sur une profondeur utile de 0-30
étudiées est une salinisation secondaire des sols suite à cm
l’effet cumulé des irrigations sous pivot. (…) En [CE (H1) x 20 + CE (H2) x 10]/30
revanche, c’est lors de la quatrième année que CE (H1) : CE de l’horizon 1 sur une profondeur de 0-
l’augmentation de la salinité par rapport au témoin est 20 cm
très significative. Celle-ci est en fonction aussi du CE (H2) : CE de l’horizon 2 sur une profondeur de 0-
nombre d’années de mise en culture. Les valeurs de la 20 cm
CE sont comprises entre 12.5 dS/m et 10.1 dS/m dans 30 : Profondeur utile d’enracinement en cm
les l’horizon de surface et sous jacent, ils Les résultats montrent que l’état de salinité est
appartiennent à la classe très salée. Cette salinisation comparable à celui du témoin pour les sites 1 et 2. A
trouve son origine dans l’eau d’irrigation, la nappe ce stade, la salinité ne peut constituer une contrainte à
albienne et dans la non maîtrise des irrigations (doses l’élaboration des composantes du rendement, car elle
et fréquences). En effet, la solution du sol des deux est inférieure à 4 dS/m au niveau de l’horizon de
surface (0-30 cm). Par contre, pour le site 3, la valeur Le rendement du site 3 = 8 q/ha.
moyenne est égale à 8.53 dS/m, est suffisamment
élevée pour affecter le rendement. Le niveau de rendement entre les sites 1 et 2 non salés
En revanche, au stade maturation, les irrigations ont et le site 3 salé a diminué de 24 - 8 = 16 q/ha
favorisé une faible augmentation de la salinité dans les Cette diminution du rendement est provoquée par une
sites 1 et 2, et une augmentation significative dans le augmentation de la salinité de 10.11 - 6 = 4.11 dS/m.
site 3 où la valeur de la CE est égale à 10.11 dS /m.
D’autre part, les composantes du rendement se Ce résultat signifie qu’une augmentation de la
forment pendant des phases du cycle bien délimitées. salinité de 4.11dS /m provoque une chute de
Chaque composante est influencée par les facteurs du rendement de 16 q/ha, soit une chute de rendement
milieu [15]. Dans le cas étudié, la salinité est le de 3.89 q/ha pour une augmentation de la salinité de
principal facteur limitant la phase de formation des 1 dS/m.
composantes du rendement. En effet, pour le blé, le
nombre de grains /m2 est déterminé à quelques jours Chaque 1 dS/m provoque une chute de rendement de 3.89
près de l’anthèse. Le poids moyen du grain se q/ha.
détermine entre l’anthèse et la maturité (fig. 3) - CE < 6 dS/m → Rendement = 24 q/ha
- CE = 7. dS/m → Rendement = 24 - 3.89 = 21.2 q / ha
Rendement = Nombre de grain /m2 * Poids moyen - CE = 8. dS/m → Rendement = 21.20 - 3.89 = 18.4 q / ha
d’un grain - CE = 9. dS/m → Rendement = 18.40 - 3.89 = 15.6 q / ha
- CE = 10. dS/m → Rendement = 15.60 - 3.89 = 12.8 q / ha
Semis début montaison Floraison Maturité - CE = 10.11dS/m→ Rendement = 12.80 - 3.89 (2.8 x 0.11)
Tallage CE = 3.16dS /m < 4 dS/m (Site1) CE =5.7 = 11.61
dS/m
Pour une CE = 10.11 dS/m à 25°C, il y a une diminution de
CE = 2.07 dS/m < 4 dS/m (Site2) CE =5.3 dS/m rendement = 11.61 q/ha.
CE = 8.53 dS/m > 4 dS/m (Site3) CE =11.7dS/m
Nombre de grains /m2 Poids du grain
D’autre part, les résultats présentés relatifs à l’état Pour la plupart des plantes étudiées, elle peut être
de salinité moyenne des trois parcelles (moyenne de la exprimée par une équation linéaire simple de type :
CE correspondant à l’extrait de pâte saturée entre les 2 Y = 100 – B (CEe – A) 100 : Rendement maximum
horizons et entre le stade tallage et le stade
maturation), et aux rendements obtenus en grains de Y: Rendement CEe : CE de l’extrait de pâte
blé (l’information est collectée auprès du producteur) saturée de la zone racinaire de la culture A : Seuil
sont présentés dans le tableau VI. de tolérance de la culture, égal à 6 dS/m B : Le
pourcentage de réduction de la croissance par unité
Pour les deux sites cultivés pendant 2 et 3 années, ils d’augmentation de la CE au-delà du seuil de
présentent une salinité qui est en moyenne tolérance A.
respectivement, de 4.33 et 3.87 dS/m au niveau de
l’horizon 0-30 cm. Les rendements obtenus sont de Conclusion
l’ordre de 26 et 22 q/ha. Bien que les deux sites L’effet cumulé des irrigations avec une eau de
présentent un même niveau de salinité, les rendements qualité médiocre et sous un climat très évaporant
obtenus différent d’une parcelle à une autre. Cette engendre une salinisation des terres agricoles. En
différence est attribuée en partie, à l’hétérogénéité au effet, les résultats obtenus relatifs aux caractéristiques
niveau de la parcelle et entre les parcelles [16]. En chimiques des eaux d’irrigation de la nappe albienne
effet, des études ont montré que quelque soit la mettent en évidence un fort risque de salinité et un
culture, la quantité du produit récolté est extrêmement faible danger de sodicité. Les teneurs en sodium et en
variable d’une parcelle à l’autre, d’une année à l’autre chlorures contenus dans ces eaux sont excessives en
et d’un agriculteur à l’autre [17]. mode d’irrigation par aspersion. L’évolution de la
salinité des sols au début et à la fin du cycle végétatif
Pour le site cultivé pendant 4 années, la salinité est dans les trois parcelles montre une nette
en moyenne de 10.11dS/m (extrait de la pâte saturée), accumulation significative des sels solubles dans le
affecte fortement le rendement du site 3 qui est évalué sol à partir de la quatrième année de mise en
à 8 q/ha. irrigation.
Pour les sites 1 et 2, la CE < 6 dS/m ne provoque pas
de chute de rendements. En effet, dans l’horizon de surface, la salinité passe
Le rendement moyen des sites 1 et 2 = (26 + 22) / 2 = de 2.55 dS/m dans le site témoin à 12.5 dS/m au
24 q /h niveau du site cultivé pour la quatrième année. La
salinité augmente en fonction du nombre d’années facteurs responsables de la diminution des rendements en
d’irrigation au niveau de l’horizon de surface. Par blé, généralement observés après quelques années
contre, au niveau du second horizon, le nombre d’irrigation dans la région d’Adrar.
d’années d’irrigation n’affecte pas de façon
significative le niveau de salinité de la solution du sol. Sources : « Evolution de la salinité dans les périmètres de
Le niveau de salinité atteint après 4 années mise en valeur et conséquences sur la diminution des
d’irrigation au niveau de l’horizon de surface dépasse rendements du blé dans une région saharienne: cas de la
le seuil de tolérance à la salinité du blé dur. région d’Adrar » ISSN 2170-1318 Algerian journal of arid
environment vol. 2, n° 2, Décembre 2012 :4-15
La salinisation constituerait donc l’un des principaux
CHAPITRE 5
LE PALMIER DATTIER 57
La Conduite du Palmier Dattier Dans les Palmeraies des Zibans (Algérie). Quelques éléments d’analyse
European Journal of Scientific Research
ISSN 1450-216X Vol.42 No.4 (2010), pp.644-660 © EuroJournals Publishing, Inc. 2010
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La Conduite du Palmier Dattier Dans les Palmeraies des Zibans (Algérie) Quelques éléments d’analyse Benziouche
Salah Eddine Département des sciences agronomiques, Université Mohamed Khider de Biskra BP 145 RP Biskra
07000 Algérie E-mail: [email protected] Tél: +213 698388942
Chehat Foued Département d’économie rurale, Ecole National Supérieur Agronomique (ENSA) El Harrach Alger
Algérie E-mail: [email protected] Tel: + 21521987
Résumé : La région des Ziban fait partie des régions phoenicicoles les plus importantes du pays de point de vie patrimoine et
qualité de production. Le palmier dattier constitue le pivot central du système oasien. Dans l’étude que nous avons fait dans
certaines palmeraies de la région de Tolga, à travers une enquête sur terrain auprès de 4% des agriculteurs de la région , Nous
avons constaté que la conduite culturale de cette culture dans les palmeraies de cette région, bien qu’elle soit la meilleure au
niveau national, reste parfois très loin des normes préconisées par l’itinéraire technique spécifique à cette culture dans
plusieurs opérations. En effet le degré de respects de ces normes varie d’une région à une autre, d’une opération à une autre,
voire d’une palmeraie à une autre et d’une parcelle à une autre dans une même propriété. Les causes qui expliquent le faible
degré d’efficacité de cette conduite culturale sont multiples et nombreuses. Il s’agit des contraintes, d’ordre technique et
socioéconomique. Par conséquent, les effets sont néfastes et très appréciables sur les performances techniques et économiques
de cette culture.
Motsclé: Conduite culturale, performance technique, normes, palmiers dattiers, contraintes.
«Peut être Dieu a-t-il créé le désert pour que l’homme puisse se réjouir à la vue des palmiers» avait écrit Paulo Coelho dans
son roman «l’alchimiste», néanmoins, selon des «biologistes» la désertification sonne la fin des réjouissances. Le coupable : un
redoutable nuisible nommé « bayoud » et qui semble bien se réjouir de ces nourritures terrestres au risque d’en priver les
mortels. Nadia BouguerOuda, auteur de plusieurs ouvrages sur le palmier dattier et les zones arides se pose, quant à elle des
questions moins «existentielles», mais o combien «vitales». Visite au laboratoire régional des zones arides (LRZA) .
Il est de coutume de considérer les zones arides comme des depuis l’an 2000.
zones où l’eau est un trésor rare et où la vie et minimaliste.
L’insuffisance des précipitations, moins de 300 mm par an, Nadia Bouguedoura, professeur en biologie végétale à la
induit un déficit considérable du développement des Faculté des sciences biologiques de l’USTHB et directrice
espèces végétales et animales. En Algérie, les régions les du labo assure que les pratiques biologiques et
plus touchées par l’aridité sont celles du Sahara. Or, biotechnologiques jouent un rôle fondamental dans la
l’intelligence humaine a continuellement affronté protection et la préservation des espèces végétales et
l’inclémence de Dame nature qui impose des rudes animales vivant dans ces contrées inhospitalières. «En tant
conditions climatiques. Le génie humain est donc le que chercheurs, nous travaillons sur les aspects biologiques
rempart contre le fléau de la désertification. Le LRZA, sis à du développement des plantes et des animaux des terres
l’université d’Alger 1, est un laboratoire biologique actif arides», explique la Pre Bouguedoura.
l’appauvrissement de la phoeniciculture, voire même une
De nombreuses recherches sont menées par six équipes désertification plus grave des régions sahariennes. Pour
exerçant dans différents domaines de la biologie des zones prévenir ce drame, les chercheurs du LRZA ont réussi à
arides (biotechnologie, biologie, faune et flore des mettre en évidence trois notions-clés en matière
environnements naturels et oasiens). Leurs objectifs sont d’amélioration et de conservation de cette plante par
multiples. Il s’agit d’abord de promouvoir la recherche l’application de techniques biologiques modernes. Ces
pluridisciplinaire en zones arides ; comprendre les procédés comprennent la multiplication du palmier, la
mécanismes d’adaptation et de résistance des organismes production de protoplastes (fusion de deux variétés
vivants dans des conditions extrêmes ; ainsi que différentes), et la caractérisation des cultivars (plantes
l’élaboration de nouvelles stratégies de développement pour obtenues en culture) du palmier dattier.
améliorer les conditions de vie des populations de ces
régions et préserver ces dernières des conséquences de la La première technique : la multiplication des variétés est
désertification. réalisée par la culture in vitro, appelée aussi
l’embryogenèse somatique. C’est une forme de
Palmier dattier, objet d’une recherche biologique multiplication végétative permettant la production d’un
nombre illimité d’embryons somatiques à partir d’un rejet.
Le palmier dattier ou Phoenix dactylifera est considéré «Nous avons fait la découverte de variétés rares du palmier
depuis des millénaires comme la plante reine la plus résistantes à la maladie du Bayoud, et il fallait les
appréciée et cultivée par les populations des terres sèches. multiplier. Cependant, la multiplication traditionnelle ne
Aussi connu pour ses bienfaits et ses fruits, les dattes, le permettait pas d’aller rapidement ; ainsi, il fallait introduire
palmier dattier est en outre le symbole de la résistance par la biotechnologie pour procéder à la multiplication»,
sa structure et ses caractéristiques uniques. Il affronte indique la Pre Bouguedoura. Elle ajoute qu’au moyen de
victorieusement les aléas du climat désertique. Il est clair cette technique biotechnologique, quelques variétés ont
aussi que cette plante suscite un intérêt écologique, bien été multipliées.
économique et social crucial pour les régions sahariennes.
Le développement de la phoeniciculture ou culture du La deuxième technique : la production de protoplastes, ou
palmier dattier en Algérie permet de lutter contre la fusion des variétés. «Notre équipe a mis au point la
l’insécurité alimentaire étant donné qu’elle constitue la technique de production de protoplastes (cellules
ressource principale des habitants des régions sahariennes. dépourvues de paroi) à partir d’une variété résistante au
Bayoud et d’une autre sensible mais de bonne qualité
Au-delà des bienfaits que procure le palmier, que ce soit dattière telle que Deglet Nour», précise la directrice. Cette
pour l’organisation sociale des habitants de ces régions ou technique permet la fusion de ces deux types de
pour l’activité économique du pays, cette plante a fait protoplastes afin d’obtenir des hybrides de dattes qui allient
l’objet de plusieurs travaux de recherche dirigés par la Pre à la fois la qualité dattière et la résistance au Bayoud. Cela a
Bouguedoura, spécialiste justement du palmier dattier. «Les pris huit années de recherche. «Nous sommes les seuls au
travaux de recherches sur la biologie du palmier dattier ont monde à avoir mis au point la technique chez une famille de
pris de l’importance à partir des années1970 autour de la plantes très difficiles que sont les palmiers»,
problématique du ‘‘Bayoud’’, une maladie qui attaque la s’enthousiasme la professeure. Troisième technique : la
plante menant parfois à sa destruction», déclare-t-elle. caractérisation des cultivars du palmier dattier. Celle-ci
constitue une analyse biochimique qui se sert des
Si des recherches ont été jadis effectuées sur le palmier, marqueurs moléculaires. Ces derniers sont utilisés pour
pourquoi nos chercheurs persistent-ils à l’étudier d’aussi étudier la diversité génétique du palmier dattier. «Nous
près ? La Pre Bouguedoura nous explique clairement et pouvons connaître grâce à cette technique la variété du
sans détour qu’auparavant les connaissances sur le palmier palmier à partir d’une feuille du rejet, sans attendre que la
étaient étroites. «On connaissait le palmier dattier pour ses plante donne des fleurs, puis des dattes», explique-t-elle.
bienfaits écologiques et nutritifs. Or, on ignorait comment il
fonctionnait et comment la maladie du Bayoud attaquait le Enfin, on peut conclure que la biotechnologie au service de
palmier», explique-t-elle. Depuis, l’approche la flore du Sud algérien en général et du palmier dattier en
biotechnologique a été de mise pour étudier profondément particulier marche à grands pas. C’est d’ailleurs l’un des
la plante. Elle est consolidée par la réalisation de multiples rares moyens d’arrêter le tsunami de la désertification.
travaux sur les spécificités biologiques du palmier dattier, à D’autre part, le LRZA travaille sur les plantes médicinales
l’instar des deux doctorats de la directrice du LRZA portant dans la région du Hoggar qui sont douées de propriétés
sur les ressources génétiques et le développement du thérapeutiques, utilisées comme source principale de
palmier dattier. médicaments, ainsi que quelques animaux tel le
dromadaire. Espérons que les efforts du laboratoire LRZA
Biotechnologie, une méthode de lutte contre le Bayoud dans les années à venir réaliseront cet exploit titanesque et
feront profiter les générations futures de la beauté de la
Le Bayoud, connu sous le nom de Fusariose Vasculaire, est flore et de la faune de notre grand Sud algérien.
une maladie causée par un champignon entraînant le Fatma Zohra Fodil
dépérissement du palmier dattier. Ce mal peut provoquer
.
Un workshop sur l’agriculture saharienne souligne l’ingéniosité des ghouts
le 16/11/2013 El-Watan
Le troisième workshop sur l’agriculture saharienne, qui vient de se dérouler à l’université de Ouargla sous le slogan :
«Situation actuelle et contraintes», qui a connu la présentation d’une quinzaine de communications orales et une vingtaine de
communications par affiches, s’est donné pour objectif de mettre en exergue un débat sur la situation actuelle et les
perspectives de l’agriculture saharienne, ainsi que les contraintes à travers la politique agricole et son impact sur la production
végétale, sur la production animale et sur les ressources naturelles.
Tout au long de la journée du 12 novembre, les intervenants autre exemple, concernant l’amélioration de la production
ont débattu des méthodologies d’étude et de travail, des des cultures maraîchères, est celui de l’utilisation des serres
systèmes de production, des systèmes d’irrigation, des multichapelles, expérience réussie dans plusieurs
méthodes de gestion et d’exploitation, de la réhabilitation communes, telles que Hassi Ben Abdallah (wilaya de
des anciennes palmeraies et du système oasien «ghout», Ouargla), El Meghaïer (wilaya d’El Oued), etc. En effet, la
ainsi que l’aménagement de nouveaux périmètres agricoles. serre agricole est réalisée en forme de multichapelles, une
L’application du projet Sipam, initié par la FAO, dans la technique nouvellement introduite dans les régions du Sud
région d’El Oued en est l’exemple édifiant. C’est un projet pour encourager les cultures maraîchères. Son plus grand
qui vise l’inscription des palmeraies traditionnelles de la intérêt est d’être en mesure de créer des environnements
région du Souf, appelées ghouts, au patrimoine mondial artificiels et d’économiser l’eau.
agricole en tant que système ingénieux (projet Sipam).
Sa production, en quantité et en qualité, sera en nette
Les résultats des enquêtes, menées auprès des agriculteurs, augmentation si la conduite culturale est respectée et
ont montré que le système traditionnel préserve la diversité surtout si elle est implantée dans une région contenant les
variétale des palmiers dattiers, assure la sécurité alimentaire eaux chaudes du continental intercalaire. Ces eaux chaudes
de la famille exploitante et offre un lieu de cohésion sociale seraient exploitées pour le chauffage des serres, c’est
pour l’ensemble de la famille. Ainsi, ce mode de production l’application du chauffage par géothermie, énergie gratuite
peut être qualifié de durable, car il est socialement et non polluante, permettant une augmentation appréciable
performant et répond parfaitement aux besoins des du rendement ainsi qu’une amélioration du produit par un
populations sahariennes les plus fragiles. Ce mode de meilleur calibre et un gain en précocité, d’où la nécessité de
production est pourtant mis en danger par l’agriculture veiller à une bonne information des agriculteurs qui
intensive et le développement incontrôlé des villes, ce qui gagneraient à s’imprégner de ce système.
justifie un programme d’aide spécifique pour les ghouts. Un Bachir Bouchekima
Lorsque le palmier dattier a été introduit sur la plaine d’Abadla, ils ne sont pas peu nombreux ceux qui ont cru que c’était la
panacée pour sauver la plaine d’Abadla du dépérissement.
A partir de 2001, en deux espaces distincts, 23 383 qu’extérieur. Il fallait éviter les variétés de la vallée de la
palmiers, soit 1170 ha, et 16 900 autres sur 432 ha ont été Saoura et du Touat et Gourara qui ne s’écoulent que sur le
plantés avec des taux de réussite respectivement de 20% et marché local.»
40%, des chiffres exagérément gonflés, selon d’aucuns, au
regard de la désolation que laisse voir une visite in situ. C’était effectivement une nouvelle chimère comme les
précédentes qui voulaient faire de la plaine un éden vert au
«Vous rappelez-vous tout le mal que je vous ai dit de ce plein Sahara sur le modèle de la Mitidja : «Une fumisterie,
programme en 2002 lorsque vous êtes venu en reportage ? oui ! » Suite aux précédents échecs, les experts avaient
Vous admettrez aujourd’hui que les faits m’ont, hélas, conclu qu’il fallait constituer une serre naturelle sur la
donné raison.» C’est par ces mots que nous a accueillis tout plaine avec la multiplication du palmier. De la sorte, on
de go Baba Belkacem, lui, dont la demi-douzaine de serres reviendrait à l’agriculture oasienne plus conforme au climat
tranche par la profusion de leur production de maraîchage saharien. On cultiverait des maraîchages et des céréales à
avec la stérilité des centaines d’hectares aux alentours. De- l’ombre des dattiers. Et puis, pérorait-on, le palmier, cela
ci, de-là, un, deux ou trois palmiers sont ceinturés par la résiste à la mortelle remontée des sels : «Si on voulait
broussaille formée par le tamarix et le roseau qui ont réellement tenir compte de l’expérience locale, c’est qu’en
colonisé les parcelles connues autrefois riantes de la la vallée du Guir, les autochtones qui avaient des
verdure des céréales. Des vaches paissent sous les maigres palmeraies ailleurs n’ont jamais voulu y planter un seul
ombrages, d’autres s’abreuvent aux fuites d’eau des palmier ! Simplement parce que ce sont des sols lourds, de
canalisations d’un système d’irrigation qui a rendu l’âme en surcroît chargés de sel. C’est pour cela que les Doui Mni les
maints endroits. Belkacem, lui, a opté pour la plasticulture ont toujours cultivés en céréales dont le développement
en 2002 lorsque la mode était au palmier : «Je vous avais racinaires n’atteint pas les couches touchées par le sel.»
dit que si la phœniciculture n’apportait pas une conséquente
plus-value, elle échouerait. Car la logique voulait que l’on L’ingénieur qui parle ainsi cite a contrario l’exemple de la
favorise la plantation de variétés qui trouvent un débouché réussite de la phœniciculture observable le long de la
véritablement rémunérateur sur les marchés tant intérieur vingtaine de kilomètres entre Béchar et Kenadsa. Là,
explique-t-il, le sol est léger avec des eaux superficielles
renouvelables : «Le palmier, il est vrai, résiste au sel mais La plupart des bénéficiaires étaient de prétendus fellahs qui
pas au-delà d’un certain seuil. Pis, celui-ci à Abadla s’est ont profité de l’aubaine : «Imaginez, sur les 1500 DA
aggravé en l’absence d’un système de drainage en alloués par plants, certains ont utilisé à peine le tiers pour
remplacement du travail qu’effectuaient en surface les crues assurer les plantations puis les abandonner à leur sort.
de l’oued qui, avant l’érection du barrage de Djorf Torba, Pensez, le gain réalisé sur 200 à 500 plants accordés à un
épandaient et ressuyaient le sol. Mais, attention, je ne faux fellah au début des années 2000 ! Les plus malins
prétends nullement que le palmier ne puisse pas réussir sur savaient que cela ne réussirait pas. D’autres se sont
le Guir ! Il fallait soit réaliser le drainage, soit créer des bravement échinés sur le sol mais leur pugnacité ne pouvait
pièges à sels. D’autre part, le système du goutte-à-goutte rien contre la salinité des sols et la sécheresse survenue
qui a été utilisé était inapproprié. En effet, sa seule qualité entre 2009 et 2011, avec de dérisoires lâchers d’eau vers la
est d’être économiseur d’eau. Or, le plant mis en terre a plaine concédés par l’Agence nationale des barrages.» #
besoin de beaucoup d’eau pendant ses premières années de
croissance !» Au lieu de cela, des crédits, la plupart non Mohamed Kali
remboursables, ont été libérés.
.
CHAPITRE 6
.
NOURRIR LES VACHES AVEC DES REBUS DE DATTES?
Situation de l’élevage bovin laitier dans la région de Guerrara (Sahara Septentrional Algérien)
Résumé : Dans les régions sahariennes, le palmier dattier qui constitue le pivot de l’agriculture, offre une large
gamme de sous-produits agricoles, utilisés traditionnellement à des fins domestiques. L’estimation du tonnage des
sous-produits pouvant être utilisés en alimentation du bétail (rebuts de dattes, pédicelles de dattes et palmes
sèches), nous a montré que ces derniers soin disponibles avec des tonnages annuels appréciables, de l’ordre de
135000 tonnes de folioles de palmes sèches, 67500 tonnes pour les rebuts de dattes et 5000 tonnes pour les
pédicelles de dattes. L’étude qu’on a faite sur la valeur alimentaire de ces sous-produit, chez le dromadaire et le
mouton, nous a donné des résultats montrant que ces sous-produits peuvent être largement utilisés en alimentation
du bétail dans le sens où les palmes sèches et les pédicelles de datte peuvent être utilisés comme aliment grossier, et
les rebuts de dattes comme aliment concentré. Contribuant ainsi à amoindrir la facture d’importation alimentaire
que l’état paye en devise.
Mots clés: Valorisation - Sous-produits - Palmier dattier - Tonnage - Valeur alimentaire - Bétail.
Résumé : Le palmier dattier offre des quantités appréciables de sous produits pouvant être valorisés en
alimentation du bétail. Parmi eux, les rebuts de dattes sont classés parmi les aliments énergétiques caractérisés par
leur richesse en sucres cytoplasmiques et leur déficience en azote, rendant leur utilisation par les ruminants plus ou
moins compromettante quant aux risques d’indigestions et de météorisations. Pour palier à cela, la fabrication de
blocs multi nutritionnels (BMN) à base de rebuts de dattes présente les avantages de pallier à la déficience en azote
par l’adjonction d’urée et d’équilibrer les sucres simples par la cellulose fournie par l’aliment grossier, en plus du
mode de présentation de ces blocs, beaucoup plus pratique à l’utilisation. Pour ce faire, notre travail consiste en la
fabrication de blocs multi nutritionnels, à travers différentes formules, à base de rebuts de dattes et d’urée,
additionnés à un aliment grossier (paille et pédicelles de dattes), du sel, de l’eau et du liant. Les premiers résultats
obtenus sont encourageants: nous avons enregistré de fortes valeurs énergétiques atteignant 0,92 UFL/ kg de MS et
d’appréciables valeurs azotées atteignant les 100 g de MAD /kg de MS.
On a aussi observé une bonne réponse des animaux d’élevage (ovins et caprins) quant à son utilisation comme
aliment concentré, avec une tendance d’une utilisation beaucoup plus efficace par les caprins que les ovins. A cet
effet, nous avons enregistré des quantités journalières ingérées atteignant les 47,836 g /kg P0.75 pour les caprins et
15,414 g / kg P0.75
Mot clés: Aliment, azote, bétail, énergie, valorisation pour les ovins.
IMPACT DU SAVOIR FAIRE LOCAL SUR LES PERFORMANCES DU POUET DE CHAIR EN MILIEU
OASIEN
Adamou A., Bouzegag B. Université Kasdi Merbah Ouargla # Laboratoire Protection des Ecosystèmes en Zones
Arides et Semi#arides#
Faculté des Sciences de la Nature et de la Vie, et Sciences de la Terre et de l’Univers 30000 Ouargla Algérie
RESUME
Les spécificités des régions sahariennes font que les produits animauxsont globalement moins disponibles et
plus coûteux qu’ailleurs, ce qui a encouragé certains autochtones à investir dans les élevages notamment
ceux qui ne nécessitent pas de gros investissements à l’image de l’élevage du poulet de chair. Malheureusement, les
initiatives prises ont été vouées à l’échec car non adaptées aux conditions climatiques et écologiques locales ce
qui a contraint la plupart de ces aviculteurs à s’orienter vers d’autres créneaux plus porteurs. Seuls
quelques#uns, grâce à leur savoir empirique, ont pu faire face aux contraintes du milieu en continuant à produire
même en période estivale. C’est dans cette optique que nous avons suivi pendant une année dans la région du Souf
(Sud#est algérien) l’un de ces « innovateurs » en analysant ses pratiques notamment en matière d’alimentation et
de régulation de la température. Les résultats obtenus sont plus qu’encourageants. En effet, non seulement,
l’aviculteur n’est pas contraint à la trêve estivale forcée mais il arrive à produire en 56 jours des poulets
d’un poids vif moyen de 2640 grammes avec un rendement moyen de la carcasse commerciale de 68%, un
rendement moyen des abats consommable de 6.6% et un rapport viande/os de 2.
L’aviculteur a pu contourner les contraintes du milieu et a pu s’imposer sur un marché de concurrence grâce à son
savoir local.
Mots clés : poulet de chair, performances, savoir faire, oasis
LAIT A GHARDAIA
Algérie
Les 55 éleveursdu territoire de Ghardaïa, disposant d’un cheptel bovin de 1000 têtes avec une production de lait de
18000 l/jour, sont constitués en association : Chebka. La culture communautaire du M’Zab est fortement
inspiratrice de travail en coopération. La laiterie industriellequi traite toute leur production de lait cru joue un rôle
deleader dans l’initiative de regroupement des producteurs. L’enjeu est de couvrir tous les besoins en lait et dérivés
de la Wilaya de Ghardaïa et 30 % des besoins des Wilayas limitrophes. La filière bénéficie de l’appui de la
Chambre d’Agriculture, d’un programme de coopération avec la Bretagne et de diverses assistances technologiques
RESSOURCES HYDRIQUES 81
Une journée d’étude consacrée à la restitution du plan de l’eau sur l’état et la qualité des eaux souterraines, de
directeur d’aménagement des ressources en eau (PDARE), détecter les signes de surexploitation et de pollution et de
lequel plan a été réalisé par les techniciens de l’agence du déterminer les zones à protéger en priorité. «Ce plan était
bassin hydrographique-Sahara (ABHS) en coopération avec nécessaire pour déterminer les quantités des eaux utilisées
un organisme allemand spécialisé en système aquifère, s’est et celles disponibles, pour analyser la qualité des eaux ainsi
dernièrement déroulée à la maison de l’enseignant de que les besoins futurs en eau potable domestique,
Biskra. Les représentants des usagers et intervenants dans le industrielle ou agricole et les causes de pollution de cette
secteur de l’eau (DSA, CRSTRA, ADE, DRH…) ont eu matière vitale», a confié le directeur des ressources en eaux,
droit à une description complète des ressources hydriques Abdenour Sellam. Biskra, wilaya de 21.509 km², comptant
disponibles pour la wilaya de Biskra, de la qualité des eaux 775.000 habitants, totalise 90.000 ha de terres agricoles
de surface et de celles dites souterraines, et des dangers irriguées sans véritable comptage.
guettant cette ressource. Un film retraçant les réalisations
du secteur de l’hydraulique durant la dernière décennie, a En 2011, elle a utilisé 1 milliard de m3 d’eau rien que pour
été projeté. les cultures. Même si elle est bien dotée en ressources
hydriques vu que l’ensemble de sa superficie repose sur
«Si la wilaya de Biskra est en passe de devenir un grenier à l’immense bassin hydrographique de Chott Melghir qui est
blé, il est nécessaire de rappeler que cela est possible grâce un des grands bassins versants de l’Algérie, «le secteur de
à la disponibilité de l’eau puisée dans les nappes l’eau pâtit néanmoins d’un déséquilibre au niveau de la
phréatiques puisque l’eau de pluie y est réduite à sa plus distribution; celle-ci a ses différents utilisateurs dont la
simple expression», a rappelé le directeur de l’ABH Sahara, plupart en profitent sans comptage mais aussi des centaines
Abderrazak Khadraoui. Cet établissement a chapeauté les de puits non autorisés constellant la région», selon le
trois missions du PDARE dont la réalisation en trois étapes responsable local du secteur.
s’est étalée sur quatre années. A cet effet, un réseau
piézométrique de surveillance comptant 358 points de Couvrant 68.750 km², soit 3,4% du bassin saharien, le
mesures et d’observations couvrant la totalité de la wilaya Chott Melghir englobe entièrement la wilaya de Biskra et
de Biskra, a été mis en place. Cette carte a permis de une partie des wilayas de Batna, M’Sila, Tébessa,
déterminer le sens de l’écoulement des eaux de Chott Khenchela, Laghouat et El Oued, où une population de
Melghir, sa zone d’alimentation, son degré de salinité, sa 1.522.732 habitants répartis sur 110 communes, est
conductivité électrique et sa teneur en nitrate et chlorures, essentiellement alimentée par ses eaux accumulées dans 30
ont expliqué les intervenants. sous-bassins contenant des milliards de m3 d’eau. Avec la
finalisation de cette étude, l’ensemble des 5 bassins
La finalité du PDARE est de permettre un suivi annuel et hydrographiques couvrant le pays est identifié, cartographié
saisonnier du niveau hydrostatique de chaque nappe, de et minutieusement suivi.
fournir des informations concrètes et fiables aux utilisateurs
.
Baisse du niveau des forages à Meziraâ (Biskra). Les agriculteurs réclament la réalisation d’un barrage
le 09/10/2014 El Watan
L’exploitation des eaux de l’oued Mestaoua, qui se perdent inutilement dans le désert, est l’unique solution pour sauver les
exploitations agricoles.
Avec ses 2.000 ha de cultures céréalières et maraîchères de rendement. On vient de tout le pays pour s’y approvisionner
saison et ses 20.000 serres classiques, la commune de en produits frais. Confrontés depuis des années à des
Meziraâ, située à 100 km à l’est de Biskra dans la daïra de conditions de travail difficiles et à un cruel manque de main
Zeribet El Oued, est un pôle de production agricole d’œuvre agricole, les agriculteurs de Meziraâ font face, ces
d’envergure nationale, avec surtout ses 340 tonnes de derniers temps, à une nouvelle menace autrement plus
tomate produites par an. Adossées au mont aurésien de préoccupante ; une dramatique baisse du niveau des eaux
Lahmar Khadou, ses terres fertiles ont d’excellents taux de des quelques 700 forages actifs qu’ils exploitent.
à la barbe de toute cette population agricole, pour aller
«Le mode d’exploitation des ressources hydriques est de mourir dans un chott ou se perdre inutilement dans les
plus en plus compliqué car les nappes souterraines en immensités désertiques improductives. Soutenant que ce
exploitation actuellement baissent, atteignant souvent la futur barrage permettra de poursuivre l’essor agricole et
profondeur fatidique des 250 mètres», précise un économique de la région et qu’il contribuera à
agriculteur. Pour remédier à cette situation pouvant l’amélioration du niveau des eaux souterraines,
hypothéquer leur avenir, les agriculteurs de Meziraâ en ont actuellement surexploitées, ce projet est hautement
appelé, à travers une requête officielle, au ministre des stratégique pour leur survie, disent-ils, et son abandon ou
Ressources hydriques afin qu’il intervienne, auprès des son annulation «sera le prélude à une catastrophe agricole,
services compétents relevant de son département et des écologique et économique sans pareille pour toute la
organismes d’études et de réalisation des ouvrages région», prédisent nos interlocuteurs. Ces derniers ont
hydrauliques, pour relancer, activer et dynamiser un ancien appris qu’un bureau d’études algéro-portugais allait
projet de réalisation d’un barrage sur l’oued Mestaoua. incessamment entreprendre les études de faisabilité de ce
barrage tant attendu. Une nouvelle qu’ils saluent en
La seule et unique solution, d’après eux, pour prémunir remerciant le ministre des Ressources hydrique qui aura
leurs exploitations agricoles contre les affres d’une crise entendu leur cri de détresse, semble-t-il.
hydrique se profilant à l’horizon, alors que des centaines de
millions de m3 d’eau traversent l’oued Mestaoua, au nez et Hafedh Moussaoui
Dégradation des palmeraies de la vallée d’oued Righ par les eaux usées
Benguergoura Laradj Samia* et Remini Boualem** * Département de Chimie Industrielle, Faculté de Technologie,
Université Saad DAHLAB Blida, 09000, Algérie. [email protected], ** Département des sciences de l’eau et
de l’environnement, Faculté de Technologie, Université Saad DAHLAB Blida, 09000, Algérie. [email protected]
RESUME
Depuis les années quatre vingt, les excédents hydriques causés par les rejets des eaux usées urbaines sans aucun
traitement au préalable, rejoint le canal ancestral d’oued Righ qui rejoint la dépression naturelle du chott Melghir,
et Merouane. L’absence d’un système de drainage adéquat et efficace et la surexploitation des eaux des nappes
profondes ont provoqué la remontée des eaux qui a causé un déséquilibre dans la vallée. La stérilisation de
plusieurs zones agricoles a été observée. Les eaux du canal collecteur sont de très mauvaise qualité, très
dures, de salinité très élevée (classe C5 ), une conductivité électrique très élevée, un SAR > 28 ( classe S4 ),
une valeur des TDS importante, des teneurs en MES élevées. En majorité l’eau du canal est chargée en sels
minéraux, c’est une eau saumâtre de faciès chloruré sodique. Mots clés : Algérie - Eau - Détérioration - Palmier
dattier - Sol - Vallée de Oued Righ
SUMMARY Since eighty years ago, the excess water traduit par l’asphyxie de certaines palmeraies, et la
caused by discharges of urban sewage, some of this suralimentation de la nappe phréatique .Le rejet des
wastewater without pre-treatment joins the ancestral eaux usées urbains se fait en plusieurs points ,d’une
channel of wadi Righ, which is join the natural manière anarchique, certain se trouvent à proximité de
depression of chott Melghir et Merouane. The lack of la palmeraie (Figure 1).Une partie de ces eaux usées
an adequate and effective drainage system combined est sans aucun traitement au préalable l’absence d’un
with overexploitation of deep groundwater caused the système de drainage adéquat et efficace ont eu des
upwelling of groundwater which led to an imbalance conséquences très néfastes tant sur le plan écologique
in the valley. The sterilization of several agricultural que sur le plan économique ,notamment la palmeraie
areas has been observed. The canal water are much de l’Oued Righ, de nombreuses palmeraies sont
degraded, very hard, having very high salinity (class inondés en hiver (palmeraie de Tinedla , Djamaa,
C5), SAR > 28 (class S4), and high value of T.D.S Ferdjaouenne ,el Goug …etc) cette remontée de la
with very high MES content. Thus canal water is nappe provoque l’accumulation des sels ou le degré
mostly of very poor quality, charged with mineral de salure de la nappe phréatique varie de 6 à 7 g /l
salts; it is a brackish water of the sodium chloride dans l’oued Righ (Simonneau P, Aubert G. 1963). La
facies. KEYWORDS: Algeria – Deterioration - Date salinisation secondaire à la suite de l’irrigation avec
palm – Soil – Water - Wadi Righ valley des eaux très minéralisées, une dureté permanente a
entrainé l’extension de la salure par le dépôt d’une
1. INTRODUCTION croute blanchâtre à la surface du sol. Dans cette
Aujourd’hui vu la multiplications des points de rejets perspective nous nous somme fixées comme
des eaux usées et de drainage dans le canal, plusieurs objective l’analyse des eaux en différents points de
oasis connaissent des remontées des eaux qui se rejets des effluents des quartiers avoisinants dans le
canal collecteur qui communique avec la nappe obtenus lors de nos analyses pour les 9 stations
phréatique. Suite à cela nous nous somme orientés parcourant le canal durant la période (2009-2010)
vers l’impact des eaux du canal et la nappe phréatique montrent les variations suivantes, allant du minima au
sur le palmier dattier qui connait actuellement une maxima et sont consignées dans le Tableau 1.
dégradation dans le rendement des cultures (Figure 2). Concernant les analyses effectuées sur les 5 points
piézométriques de la nappe phréatique avoisinant le
Figure 1. Point de déversement d’eaux usées avec canal durant la période d’octobre 2010, les résultats
Figure 2. Représentation d’une palmeraie dégradée sont dans le Tableau 2.
dépôt de salinité sur les bords du canal suite à la Tableau 1. Paramètres de qualité des eaux du canal
salinité et la pollution des eaux d’oued Righ pH 7.3 à 8.3 C.E (ms/cm) 1500 à
26300 T.H (°f) 73 à 582 T.A.C (°f) 17 à 34 M.E.S
2. PRESENTATION DE LA REGION D’ETUDE (mg/l) 210.7 à 4158.3
La région d’Oued Righ est située dans le Sud Est Tableau 2. Paramètres de qualité des eaux de la nappe
Algérien (Figure 3). Elle s’étale sur 150 Km de phréatique d’oued Righ pH 7 à 7.71 C.E (ms/cm)
longueur et 20 à 30 Km de largeur, à cheval sur deux 6.04 à 17.90 T.H (°f) 219 à 408 T.A.C (°f) 10 à 32
wilayas entre El Goug (w.Ouargla) et Oum El Thiour Turbidité (N.T.U) 6.97 à 1000
(w.d’El Oued),Elle se distingue en tant que zone Figure.4 : Evolution spatio-temporelle des M.E.S
dépressionnaire à écoulement d’eau permanent vers le des eaux du canal
collecteur principal de drainage (canal) qui s’étale sur Figure 5. Evolution des paramètres de pollution des
une longueur de 136 km. Le canal fait transiter un eaux de la nappe phréatique
débit moyen d’environs 5m3/s, soit plus de 150
millions de m3/an (Khadraoui A, 2005). L’activité Le pH varie entre 7,3 à 8,3 et la C.E est très élevée
principale de la vallée est axée sur la phoéniculture, la (Benguergoura et Remini, 2013). On relève aussi des
région dite "Oued Righ " dans le Sahara septentrional valeurs relatives à la dureté dans les eaux du canal
est une entité économique bien précise qui regroupe très importante (Tableau 1) et ceux de la nappe
près de 50 oasis alignées sur un axe nord-sud, et phréatique (Tableau 2). Les valeurs des MES des eaux
couvre environs 25.000 ha de palmeraies (Dubost D, du canal montre des fortes charges variant de (166,5
1991). mg/l à 4158,3 mg/l) (Figure 4), les valeurs enregistrés
Figure3. Situation de la vallée d’Oued Righ sont nettement supérieurs aux normes des eaux usées
destinées à des fins d’arrosage et d’irrigation et qui
3. MATERIELS ET METHODES sont de 150 mg/l (Rodier et al., 2009). Cependant, vu
Des prélèvements d’eau ont été effectués durant la qu’à un certain niveau il y a contamination des eaux
période de (février 2009 et Mai, octobre 2010) sur 9 de la nappe par ceux du canal, et cela à la ST :12, ou
stations déversant dans le canal, sur un tronçon les la turbidité arrive à 1000 (NTU) (Figure 5) et que
d’environ 30 km. On à orienter notre recherche sur les par la suite cette eau est absorbée par les racines du
eaux de 5 stations de la nappe phréatique moyennant palmier alors il faudrait qu’il y’ ai un traitement à la
des piézomètres, sur un tronçon d’environ 46 km ; source avant le rejet dans le canal, vu que la présence
partant de la station Kerdeche jusqu'à Sidi Slimane. des MES dans les différents rejets peut compromettre
Les prélèvements ont été effectués manuellement dans de manière sensible le système agricole et peut causer
des flacons en matière plastique, portant des nuisances tels que des déports de boue et le
identification de chaque point. Les procédures de colmatage des fonds aquatiques récepteurs. Ces boues
dosage sont déduites des méthodes d’analyse décantées sont néfastes au maintien des édifices
standard , une gamme variée de méthodes biologiques naturels (Meinck et al., 1977).
analytiques a du donc être utilisé pour les Etude de l’évolution de l’analyse hydro-chimique des
différents essais expérimentaux , en passant des eaux du canal et de la nappe Les concentrations des
méthodes titré métriques , aux méthodes éléments Majeurs naturels (Ca2+ ; Mg2+ ; Na+ ; K+ ;
électrochimiques ou spectroscopiques. Cl- ; SO42- ; HCO32-…) sont conditionnées par
divers facteurs tels que les paramètres climatiques,
4. RESULTATS ET DISCUSSION l’activité anthropique, les échanges entre aquifères et
Etude des paramètres physico-chimique et de les eaux de surface, ainsi que celle des systèmes de
pollution dans les eaux du canal La température a un transfert et de dilution. Le diagramme de PIPER est
rôle important dans la variation des composantes du adapté à l’étude de l’évolution des faciès des eaux, et
bilan hydrologique. Elle influe sur le degré pour indiquer les types de cations et anions
d’évapotranspiration et par conséquent elle agit sur le dominants.
taux de salinité des eaux.Dans la présente étudeelle est Figure 6. Diagrammes de PIPER pour les eaux du
généralement variable de 12°C en hiver à 38°Cen été, canal et les eaux de la nappe
soit une moyenne annuelle de 22,5°C. Les résultats
En conclusion la majorité des eaux du canal sont pluviométrie, une forte évaporation et une eau
concentré en Na+ et Cl- ; les ions SO42- supérieur aux souterraine trop chargée en chlorures, et en sulfates, le
ions Ca2+, presque la totalité des eaux sont risque de salinisation secondaire des sols se fait bien
relativement beaucoup plus concentrées en Cl- qu’en sentir.
SO42-. Le Faciès chloruré-sodique apparait dans la Figure 7. Evolution spatio-temporelle du S A R des
majorité des eaux parcourant le canal avec des eaux du canal
conductivités très élevée qui coïncide ici avec la Figure.8 : Evolution spatio-temporelle du S A R et
présence de terrains très conducteurs, du %Na des eaux de la nappe
vraisemblablement des argiles gypsifères triasiques. Dans notre étude on a put évaluer les risques qui sont
On signale la présence d’un Faciès de type chloruré- du aux paramètres suivant : Le SAR des eaux du canal
calcique 11,1%des cas, le faciès sulfaté sodique qui varie entre 6,16< SAR < 28,30 (Figure 7). Donc, les
apparait avec 22,2% des cas, résulte de l’altération eaux du canal sont très fortement sodiques à usage
provenant de l’oxydation des sulfures dans la frange exceptionnelle. Le SAR des eaux de la nappe
supérieure de l’écorce terrestre surtout dans les phréatique varie entre 9,12< SAR< 27,32 (Figure 8)
régions à climat aride qui permet la concentration du ce qui nous permet de conclure qu’il peut y avoir une
sel, et sa précipitation qui est produite au cours des contamination des eaux de la nappe par celle du canal.
temps géologiques. En l’absence du faciès bicarbonaté
toutes les eaux apparaissent extrêmement minéralisées Etude des paramètres des eaux à usage agricole Les
et riches en ions chlorures ; sulfates ; calcium et principaux facteurs qui peuvent dégrader la qualité
surtout sodium, les eaux les plus concentrées des eaux destinées à l’irrigation se résument par les
correspondent donc au faciès chloruré sodique ; T.D.S (Totale des Sels Dissous) car l’excès de sels
sulfaté sodique et chloruré calcique (Figure 6), donc à attirent l’eau loin des racines des arbustes de palmiers,
la dissolution d’halite (sel gemme NaCl) où de ces derniers peuvent flétrir due stress hydrique, même
gypse.Du fait des fortes teneurs en gypse (40% en lorsque le sol à beaucoup d’humidité. La teneur élevée
moyenne). Le gypse est une fraction constitutive du en sel augmente la pression osmotique (P.O) dans la
sol et qu’à ce titre il contribue à celui-ci ses propriétés solution du sol qui entraine la diminution
physiques et chimiques (CSerni, 2002). Pour les concomitante de l’eau disponible pour les palmiers.
analyses des eaux de la nappe phréatique, la totalité Figure 9. Evolution spatio-temporelle des différents
des eaux de celle-ci présente un type de faciès paramètres reliant l’eau au sol des eaux du canal
chloruré-sodique, les ions chlorures et sodium sont d’oued RIGH
majoritaire surtout à la ST-12, suivit des ions sulfates. Les cultures absorbant l’eau par osmose, la première
On peut donc dire que les propriétés chimiques des conséquence de la salinisation tient à la modification
eaux du canal puissent leur caractère des propriétés du du potentiel osmotique de la solution du sol lorsque la
sol. Et que toutes ces accumulations gypseuses teneur en sels croit (Braudeau et Hachicha, 1998)
représentent une contrainte majeure aussi bien sur le alors plus il y’ a du sel dans l’eau et moins il peut
plan physique que chimique pour une meilleure pénétrer d’eau dans la plante. Les valeurs de la (P.O)
gestion des sols et pour une agriculture durable et des eaux du canal varient de 8,78 et 9 atm à la ST-
productive (Mashali, 1996). L’action conjuguée d’un 3- et ST-9-arrivant même jusqu’à 94,68 atm à la ST-
climat caractérisé par une évapotranspiration intense 1- (Figure 9). Le palmier dattier est parmi les
et la présence d’une nappe peu profonde fait que la végétaux les plus tolérants aux sels (Magistad et
plupart des sols subissent le phénomène de Reitmeir, 1943) signalent une croissance des dattiers
salinisation secondaire. Le type de salure est sulfaté- dans la vallée de Coachella en Californie à une
sodique et sulfaté-calcique et magnésique en concentration osmotique de 7 atm, Les valeurs du
moyenne, et chloruré sodique en générale. T.D.S des eaux du canal varient de 3,20 Kg/l à la ST-
Relation eau-sol et son impact sur la culture du 5- ; ST-7- et ST-8- en (Février2009-) et allant jusqu’à
palmier dattier La salinisation peut exercer une action 20 Kg/l à la ST-3- et ST-9- en( Mai-2010-)(figure.9),
néfaste sur la végétation et le sol, ce risque est ceux de la nappe phréatique paraissent très importante
déterminé à l’aide du SAR (Sodium Absorption à la ST :12 (Figure 10) ce qui traduit une forte
Ratio). L’accumulation des sels hydrosolubles dans le accumulation de sels qui peu nuire à la croissance des
sol influe négativement sur la croissance des palmiers. En effet, toutes les cultures irriguées avec de
palmiers, on a recensé deux séries d’effets de la l’eau à 5000 ppm finissent par mourir et seulement un
salinité (Gouaidia, 2008) ces sels causent des petit nombre survécurent au teneur de 2500 ppm
changements de la perméabilité et de l’aération du sol (UNESCO, 1957)d’où le dépérissement des palmiers,
d’une part, et d’autre part ils provoquent des sous stress hydrique. Il faut donc prévoir un excellent
perturbations du métabolisme des plantes et du drainage suivi d’un programme de lixiviation, et plus
processus osmotiques de ces derniers. Comme la attentivement d’irrigation, car la salinité cause
région d’oued Righ se caractérise par une faible généralement une réduction de la taille des produits
agricoles, des brûlures sur les feuilles et une perte des s’avèrent aussi très polluées surtout à la ST -12-
propriétés organoleptiques dans les fruits. certainement due à une éventuelle contamination par
les eaux du canal. Ces problèmes conjugué à une
Figure 10. Evolution des paramètres reliant l’eau au faible pente du canal, avec un excès d’eau d’irrigation
sol de la nappe phréatique de mauvaise qualité, et l’inefficacité du réseau de
drainage font que les palmeraies de Sidi Slimane
5. CONCLUSION subissent un détériorement dans l’espace et dans le
Les résultats obtenus montrent que les eaux du canal temps. La pollution n’est pas une fatalité, même dans
sont de qualité assez dégradée, La pollution est les milieux arides, il reste donc à mètre en perspective
beaucoup plus ressentie à la station -1- qui est la La limitation des rejets d’eaux usées qui réduira la
station Kerdéche, en amont du canal et aussi à la remontée des nappes phréatiques et permettra de
station-2- qui est toujours la station Kerdéche préserver les palmeraies anciennes des processus de
représentant les eaux de drainage en aval du canal. On salinisation et d’hydromorphie, et de conserver une
constate une augmentation des paramètres de ressource économique fondamentale dans ces zones
pollution à la station- 4- ou le lac Temacine sahariennes. Il faut donc insister sur l’urgence qu’il y
communique avec le canal, et la pollution se propage a de former des spécialistes et des équipes qui
à la station-5- qui est la station Rannou , la pollution puissent traiter ce problème localement, car chaque
s’accentue aussi à la station-9- qui est la station situation présente des caractéristiques différentes et
Zaouïa EL Abidia et la ST-7- qui est l’amont de la appelle des solutions adaptées.
STEP du rejet de Touggourt. Les eaux du canal sont
très dures et présentant une pollution à prendre en RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES -Benguergoura
considération, et une minéralisation très élevée .Les Laradj,S et Remini B. (2013) :The releases of wastewater in the
Oued Righ valley: the palm groves in decline, publisher,
valeurs en M.E.S permettent de dire que les eaux du Taylor& Francis,London,3p. -Braudeau E, et Hachicha M.
canal sont très chargées ,de ce fait ont peu classer (1998) : Projet d’irrigation de la basse vallée de la Medjerda et de
cette eau de mauvaises, à très mauvaise qualité , et Ras Djebel, Orstom-Inrrgref guide du suivi de la salinité des eaux
permet d’avancer que la charge polluante est et du sol (avec la collaboration d’AHT international), Tunis, 37 p.
-CSerni I. (2002) : Analysis of hydraulic conductivity in palm
représentative d’une eutrophisation possible du milieu plantation in the saline soils of the oued righ. -Dubost D. (1991) :
récepteur (canal). L’évolution des éléments chimiques Ecologie, aménagement et développement agricole des oasis
(Na+ ; Cl- ; Ca2+ ; SO42- ; HCO3-) qui caractérisent Algérienne, Thèse de doctorat en géographie et aménagement du
les formations géologiques principal de la région monde arabe, université François Rabellais-tours, tomme .2.
d’oued Righ, a montré la dominance des ions salifères Revue des Régions Arides - Numéro Spécial - n° 35 (3/2014) -
Actes du 4ème Meeting International ‘’Aridoculture et Cultures
(Na+ ; Cl-) et des gypsifères (Ca2+;SO42-) par Oasisennes : Gestion des Ressources et Applications
rapport à ceux carbonatés (Ca2+ ; HCO3-) dans Biotechnologiques en Aridoculture et Cultures Sahariennes :
l’acquisition de la salinité. Les analyses des perspectives pour un développement durable des zones arides,17-
paramètres de pollution effectuée sur les eaux de la 19/12/2013
965-972
nappe phréatique des terrains avoisinant le canal,
.
Sterilization of Naturally Contaminated Water with Solar Energy for remote villages
Ridha Fethi Mechlouch, Ahlem Ayedi Institut superieur de Biologie Appliquée Medenine, Médenine, Tunisia
SUMMARY
To investigate the potential of using solar energy to pasteurize naturally contaminated water, two processes have
been studied: the use of solar pasteurizer and the use of a cardboard box reflector. The experimentation was done
on ambient air temperature ranged from 30 to 45°C and global solar radiation from 200 to 900 W/m². The
pasteurizer temperature attained in 2 to 3 hours, and the maximum is 92°C. Well water was heated by solar
pasteurizer at 71°C for 1 h. The microbiology water quality tests showed no presence of tolerant coliforms,
thermotolerant coliforms and faecal streptococci in the solar pasteurized water samples. Well water was also heated
directly by the solar reflector at 51°C during 4 h and the test showed no presence of thermotolerant coliforms,
faecal streptococci and the presence of tolerant coliforms 6 and 10 UFC/100mL respectively for S2 and S3 in
pasteurized water. On the basis of the results, it can be seen that the solar pasteurization system developed provides
a cheaper alternative for water disinfection in developing countries. Key word: solar energy, sterilization, water,
microbiological analyses
RESUME tons of wet wood during the estimated useful life span
L’objectif de ce travail est de tester la stérilisation of 20 years. A recent study (Mhazo et al., 2010),
solaire de l’eau de puits contaminés. Deux procédés demonstrated the potential of the cookit in reducing E.
ont été utilisés : un pasteurisateur solaire indirect et un coli. Count when water temperature reached about
réflecteur solaire en carton. L’expérience a été menée 55°C, with 2 h of exposure to solar radiation. The
dans des jours à ciel clair, à une température ambiante present research deals with the feasibility of using
de 30 à 45°C et une à une radiation solaire comprise Solar Pasteurizer (SP) and a Solar reflector (SR) to
entre 200 et 900 W/m². La température de pasteurize contaminated water for remote areas in
pasteurisation est atteinte en 2 à 3 heures, la sunny developping countries.
température maximale étant 92°C. En utilisant le
pasteurisateur solaire, l’eau contaminée a été traitée à 2. MATERIALS AND PROCEDURES
71°C pendant une heure. Les résultats montrent This study was conducted at the Department of
l’absence totale des coliformes tolérants, thermo- Bioindustry, Institute of Applied Biology, University
tolérants et des streptocoques fécaux dans tous les of Gabès (Tunisia, Latitude: 33°21’N ,Longitude:
échantillons d’eau traitées par le pasteurisateur solaire 10°29’E), during april and mai 2012. The minimum
indirect. Nos résultats ont également montré qu’après and maximum of ambiant air temperature were around
4h de stérilisation par le réflecteur solaire à 51°C, 30 and 45°C. The hourly global solar radiation
aucune présence de thermotolérants et streptocoques varying between 200 and 950 W/m².
fécaux n’a été détectée mais la présence de coliformes 2.1. Processes of pasteurization
tolérants, 6 et 10 UFC/100mL respectivement pour les The pasteurization solar panel consists of a
échantillons S2 et S3. A la base de ces résultats on pasteurising chamber, solar collector oriented facing
peut déduire que l’utilisation de l’énergie solaire south and inclined at 30° to the horizontal (Mechlouch
constitue un procédé efficace et non couteux pour le et Ben brahim, 2003), and two exchangers. This
traitement des eaux de puits contaminés prototype were conceived, developed and tested in
essentiellement pour les pays en voie de order to pasteurize milk in the desert of Tunisia.
développement. Mots clés : énergie solaire, Pasteurizing chamber is 0.222 m3, connected to 4 m²
stérilisation, eau, analyses microbiologiques solair collector. Thanks to heat stocking the (SP) is
functional at night. During days of the experiment,
1. INTRODUCTION meteorological information such as global solar
Water from unprotected sites is often contaminated irradiation on inclined and horizontal surface, ambient
with pathogens that cause water borne diseases and temperature and pasteurizer temperature are collected
cholera (Elkarmi et al., 2008). In the world about 1.1 by data acquisition system (data logger) and then
bilion people not having access to microbiologically transmitted to a personal computer. The information
safe drinking water (UNICEF and WHO, 2004). from the data logger will be transmitted to the PC at
Chlorine water disinfection technology is costly in anytime via GSM modem, where they are processed
terms of installation and operational costs in remote using the HOBOWARE data acquisition software. The
areas for developping countries. More advanced water HOBOWARE program is used to further process,
disinfection technologies including Mixed Oxidant display and store the collected data in the PC disk.
Gas, ozonz gas, and UV System exists, but they are Figure 3 shows the interface of HOBOWARE data
too expensive for rural communities in developping acquisition software. The second application of
countries. Using solar energy to pasteurize sterilization is the use of Solar Reflector (SR) 4h of
contaminated water has potential to provide a new exposure to solar radiation. The reflector used, two-
approach to reduce water borne diseases (Sommer et sided reflector was made from a card board box and
al., 1997; Walker et al., 2004; Caslake et al., 2004). foiled on the inside and was 30 cm high with sides 30
Previous researches indicate that there is potential to cm and 40 cm wide. A card board reflector directs
harness solar energy in improving the quality of sunshine onto a raw water jar (bottle). This reflector
drinking water in the regions endowed with sunny was included in the study to compare the effect of
climate (Joyce et al., 1996; Safapour and Metcalf, direct solar radiation with that on solar pasteurizer
1999; Yukselen et al., 2003). The study of (Onyango (SP).
et al.), demonstrated that solar heating of
contaminated water could be achieved through a 2m² Figure 1. Schemas of Solar Pasteurizer
flat plat collector with mounted with a 2-element Figure 2. Interface of HOBOWARE data acquisition
plane mirror reflector with an aperture area of 4m². software
The economic analysis (reference ) has also indicated
that solar pasteurization system with an outpout of 2.2. Raw water samples
100Lday-1 at a discharge temperature of 83.5 ± 0.2°C Water sample were collected from for (S1, S2, S3 and
could save up to 300 S4) selected wells along Medenine city. All water
samples were subjected to presumptive coliform test 15 mn.
to detect presence of coliform bacterie in water. The samples
microbiology testing of water was undertaken using Tolerant Coliforms (UFC/100mL)
the standard presumptive coliform test (WHO, 1997) Thermotolerant Coliforms (UFC/100mL)
and confirmed by Eijkman test ( WHO, 1993-1998) Faecal Streptococci (UFC/100mL)
for presence of E. coli in water. Tests performed under Raw water
clear sky conditions starting 10:00 am to 4:00 pm Pasteurized water
were selected for analysis. In each case tests were Raw water
conducted with solar pasteurizer (SP) and also with Pasteurized water
Solar Reflector (SR). Raw water
Pasteurized water S1 7 0 2 0 7 0 S2 54 0 54 0 8 0 S3
2.3 Microbiology water analyzes 154 0 9 0 46 0 S4 86 0 8 0 65 0
The best indicator of human or animal fecal Table 2. Inactivation of coliforms in contamineted
contamination of water is the bacterium Escherichia water heated with concentrator solar radiation (SR)
coli, which is always present in human feces, at a for 4 hours, ambient température 23 to 39°C, global
level of about one hundred million E. coli per gram. solar radiation 200 to 900W/m² and water temperature
The presence of E. coli in water indicates recent fecal 23 to 51°C.
pollution and a public health threat. Water containing samples
one E. coli per milliliter is considered heavily Tolerant Coliforms (UFC/100mL)
contaminated. Thermotolerant Coliforms (UFC/100mL)
Faecal Streptococci (UFC/100mL)
3. RESULTS AND DISCUSSION Raw water Pasteurized water
The solar pasteurizing process was conducted under S1 7 0 2 0 7 0
the local weather conditions of the south of Tunisia S2 54 6 54 0 8 0
(Tunisia, Latitude: 33°21’N ,Longitude: 10°29’E). S3 154 10 9 0 46 0
The pasteurizer was observed three months during S4 86 0 8 0 65 0
summer season. Global solar radiation, pasteurizer
and ambient temperature were recorded at one hour 4. CONCLUSIONS
intervals between 7 to 17h local time. Figure 3 shows Chlorine water disinfection technology is costly in
the variation of global solar radiation and pasteurizer terms of installation and operational costs in remote
temperature for a typical day. From this figure we areas. More advanced water disinfection technologies
found that the maximum of hourly radiation is 900 including ozonz gas, UV and Mixed Oxidant Gas
W/m² at noon and the maximum of pasteurizer System exists, but they are too expensive for rural
temperature occurs at 17h (88.5°C). communities in developping countries. Using solar
energy to pasteurize contaminated water has potential
Figure 3. Global solar radiation (W/m²) and to provide a new approach to reduce water borne
pasteurizer temperature (°C) with heat stocking, diseases. The minimum and the maximum of ambient
function of time for a typical day (17/04/2012) temperature were around 30 and 45°C, the hourly
Tables 1 and 2 shows summary of selected solar global solar radiation varied from 200 to 900W/m².
pasteurization experiments conducted under clear sky For the solar pasteurizer (SP), the pasteurization
conditions in the south of Tunisia at april and mai temperature were attained in 2 to 3 hours and the
2012 using solar pasteurizer (SP) and Solar Reflector maximum is 92°C. The analysis of the hourly
(SR). A sample of raw water is pasteurized by the (SP) pasteurizer temperature frequency distribution shows
at 70°C for 1h, then cooled to 4°C. Microbiolgical that the most probable pasteurizer temperature were
examination were carried out and the table 1 shows ranged between 64 and 87°C, and the higher
the results. It can be seen that the quality of production rate was possibly due to frequent sunny
pasteurized water was signficantly affected. The tests periods. From the results it can be seen that the quality
showed no presence of tolerant coliforms, of pasteurized water was signficantly affected and
thermotolerant coliforms and faecal streptococci in the tests showed: - no presence of tolerant coliforms,
solar pasteurized water samples. Water was also thermotolerant coliforms and faecal streptococci in the
heated directly by the solar reflector (SR) at 51°C Solar Pasteurized (SP) water samples. - no presence of
during 4 hand the test showed no presence of thermotolerant coliforms, faecal streptococci but the
thermotolerant coliforms, faecal streptococci but the presence of tolerant coliforms 6 and 10 UFC/100mL
presence of tolerant coliforms 6 and 10 UFC/100mL respectively for S2 and S3 in the Solar Reflector (SR)
respectively for S2 and S3 in pasteurized water. pasteurized water samples. On the basis of the results,
Table 1. Inactivation of coliforms in contamineted it was concluded that the solar water pasteurization
water heated with Solar Pasteurizer (SP) at 70°C for system developed provides a cheaper alternative for
water disinfection in remote areas in the south of (1999) : Enhancement of solar water pasteurization with
Tunisia. reflectors. Appl. Environ. Microbiol., 65(2):859-861. -Sommer B.,
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T.F.N., Thoruwa, S.M. Maingi and E.M., Njagi, (2009) : Cultures Oasisennes : Gestion des Ressources et Applications
Performance of a 2- Element Plane Reflector Augmented Biotechnologiques en Aridoculture et Cultures Sahariennes :
Galvanised Pipe Flate Collector for Solar Water Pasteurization. J. perspectives pour un développement durable des zones arides,17-
Food Technol., 7(1): 12-19. -Safapour, N. and R.H. Metcalf. 19/12/2013
.
RECOMMANDATIONS POUR L’UTILISATION D’UN SYSTEME D’IRRIGATION LOCALISE ET
ECONOMIE D’EAU DANS LA VELLE D’OUED RIGH
Laouisset M.B., Koull N., Helimi S., Lakhdari K., Kherraze M.H., Bougafla A., Kherfi Y., Benzaoui T. 2014
Centre de la Recherche Scientifique et Technique des Régions Arides BP 1682 RP, 07000 Biskra, Algérie Email :
[email protected]
Revue des Régions Arides - Numéro Spécial - n° 35 (3/2014) 851-858 - Actes du 4ème Meeting International
‘’Aridoculture et Cultures Oasisennes : Gestion des Ressources et Applications Biotechnologiques en Aridoculture
et Cultures Sahariennes : perspectives pour un développement durable des zones arides,17-19/12/2013
RESUME La Vallée d’Oued-Righ représente l’une des plus grandes palmeraies d’Algérie où l’agriculture
oasienne est tributaire de la disponibilité de l’eau en quantité et qualité. Le problème réside au niveau de la qualité
de cette eau, qui est excessivement minéralisée. Suite aux conditions agropédoclimatiques qui caractérisent cette
région, l’utilisation irrationnelle de l’eau d’irrigation a engendré des problèmes environnementaux graves, en
particulier la salinisation et une réduction des rendements en dattes. Dans le cadre d’adopter un modèle de gestion
des oasis de la vallée d’Oued Righ, et pour remédier au phénomène de salinité, on propose de miser sur l’utilisation
rationnelle de l’eau d’irrigation. Parmi les systèmes d’irrigation moderne économisatrices de l’eau est l’irrigation
localisée, en particulier le système de distribution par ajutage, ce système peut être adapté convenablement dans la
Région de Oued-Righ. Mots clés : Oued-Righ, salinisation, gestion de l’eau, irrigation localisée, économie d’eau,
amélioration des rendements
SUMMARY The valley of Oued-Righ represents one Righ. Key words: Oued-Righ, salinization, water
of the largest palms plantations of Algeria, where management, localized system, water saving, yield
oasis agriculture is dependent on the availability of improvement
water in quantity and quality. The problem resides at
the quality of this water, which is highly mineralised. 1. INTRODUCTION
Following the agro-ecosystem conditions which La gestion des eaux dans les régions sahariennes
characterize this region, the irrational use of the water demeure une référence historique et culturelle des
irrigation generated serious environmental problems, populations des oasis. Une eau rare associée à un
in particular the raises soil salinity and a reduction of climat aride et un environnement hostile sont les
the date yields. Within the framework to adopt a facteurs principaux ayant participé à forger un
model of management of the oasis of the valley of comportement, une gestion et des techniques
Oued-Righ, and to treat the phenomenon of salinity, d’irrigations spécifiques. A la large panoplie de
one suggests to count on the rational use of the water techniques hydrauliques correspond une grande
irrigation. Among the ssustainability of irrigation variété de territoires oasiens et de paysages agraires
systems is the drip irrigation, in particular the drip [3, 12]. Les puits à balanciers (Touat, Ouargla), la
irrigation system of distribution per capillary, this noryia ou saniya (M’zab, Oued-Righ), les fougarat ou
system can be adapted suitably in the Area of Oued- Qanate (Adrar) et les Ghouts (Oued Souf) sont autant
d’exemples symboliques d’ingéniosité, d’organisation, Figure 2.Image satellite des 50 Oasis d’OuedRigh
et d’utilisation rationnelles d’une ressource rare et
précieuse [6]. Vu le manque quasi-totale et 2. MATERIELS ET METHODES
l’inefficacité des précipitations dans la vallée d’Oued- Dans le cadre d’adopter un modèle de gestion des
Righ [5], cette région qui représente l’une des plus oasis de la vallée d’Oued Righ, et pour remédier aux
grandes palmeraies d’Algérie (Fgure 1) et qui problèmes cités ci-dessus, on propose de miser sur
renferme 50 oasis (Figure 2), l’agriculture oasienne l’utilisation rationnelle de l’eau d’irrigation. Les
est tributaire de la disponibilité de l’eau en quantité et statistiques de l’office national de l’irrigation et du
qualité. Le problème réside au niveau de la qualité de drainage (ONID) de 2008 comptent une superficie
cette eau, dont presque sa totalité est pompée des irriguée de palmier dattierde 27 853 ha avec un
formations hydrogéologiques, le Complexe Terminal volume d'eau alloué de plus 574 hm3 (Figure 4). On
(CT) et l’Intercalaire Continental (IC) (Figure 3), qui compte un nombre d’hectares négligeable qui sont
sont excessivement minéralisées. Suite aux conditions irrigués par le système d’irrigation localisé. Parmi
agropédoclimatiques qui caractérisent cette région et les systèmes d’irrigation moderne économisatrices
qui présente un écosystème très fragile, l’utilisation d’eau, le système de distribution par ajutage (Figure
irrationnelle (abusive) de l’eau d’irrigation a engendré 5), ce système peut être adapté convenablement dans
des problèmes environnementaux graves : une baisse les conditions agropédoclimatiques de la Région de
du niveau piézométrique de la nappe du CT, la Oued-Righ (Figure 6).
disparition de l’artésianisme, la remontée des nappes
phréatiques, le drainage déficient, en particulier la 2.1. Description de l’exploitation lamine hafouda
salinisation des sols, limitation des espèces cultivées La figure 6 contient une photo prise en date du
sous palmiers et réduction des rendements en dattes. 06/06/2013 qui représente une partie de l’exploitation
expérimentale ex-situe « Lamine Hafouda » où nous
Les oasis ont toujours été perçues comme symboles de sommes entrain de mener nos investigations. Cette
gestion d’une eau rare, les techniques hydrauliques palmeraie se situe en haut d’Oued Righ, sa superficie
adoptées ont créée un paradoxe au Sahara : des oasis est de 4 hectares de palmier dattier, composée de plus
malades de trop d’eau [5,7]. Pour mieux s’adapter de 70% de la variété Deglet Nour, le reste de la
dans ces conditions sévères et afin d’atteindre une superficie est partagé entre Ghars,Degla Beida
agriculture durable, il est impératif d’opter pour une etTantboucht. L’âge moyen de cette palmeraie est de 8
maîtrise de l’eau d’irrigation. Donc la gestion de l’eau ans. Cette palmeraie est irriguée complètement par le
d’irrigation est la clé principale pour mieux exploiter système d’irrigation localisé (ajutage), l’orifice des
les sols de la vallée d’Oued-Righ. L’approche proposé ajutages est de 6 mm. Relativement aux normes des
dans cette vallée, c’est de promouvoir les systèmes diamètres des ajutages, on peut confirmer que ces
d’irrigations ancestrales et/ou adapter les systèmes ajutages sont surdimensionnés. Comme l’indique la
d’irrigation modernes telle que l’irrigation localisée, même figure, chaque hectare est divisé en quatre
sujet de cette étude. Cette proposition fait l’objet d’un microparcelle, contient chacune 30 palmier. Donc, on
projet de recherche au sein du centre de recherche compte 480 palmiers dattier implantées dans cette
scientifique et technique des régions arides exploitation. Chaque micro-parcelle est irriguée
(CRSTRA), ce projet s’étale sur trois ans (2013- séparément des autres. L’eau utilisée pour l’irrigation
2015). Le système d’irrigation localisée peut être provienne d’un forage creusé dans la nappe du
applicable dans d’autre écosystème aride. Si on arrive Complexe Terminal, les caractéristiques
à généraliser se système d’irrigation à travers cette physicochimiques de cette eau sont décrites ci-dessus.
vallée, on peut économiser annuellement un volume Chaque micro-parcelle est dotée de deux drains
d’eau considérable. Concernant les aménagements primaires creusés le long de celles-ci et d’une
hydro-agricole des oasis, ne jamais perdre de vue profondeur d’un mètre. L’inconvénient majeur réside
qu’ils ne sont qu’un moyen, un outil, au service de la dans la topographie de cette exploitation qui est sous
mise en valeur par le palmier dattier et non l’inverse, forme d’une dépression.Cette situation a engendrée,
et que leur réussite est conditionnée par la prise en en plus de l’obstruction fréquente du drain tertiaire
compte de l’ensemble des relations qui lient (collecteur principal), une stagnation de l’eau dans les
l’aménagement et le type de mise en valeur projeté drains. En conséquence on a observé la formation
[11]. d’une boue noire (bourbe) à une profondeur de 70
Continental intercalaire CI Complexe terminal Cm, qui risque plus tard, le pourrissement et
CT Région d’Oued-Righ l’asphyxie des racines. Malgré cette anomalie, qu’on
Figure 3. Carte des ressources en eaux : aquifères CT peut remédier par l’entretient permanent des drains,
et CI. (UNESCO, 1972). on a enregistré cette saison (2013) une bonne
Figure 1. Carte topographique de la vallée d’Oued production. Les deux petites photos (deux régimes de
-Righ datte), prisent en date du 12/09/2013, qui sont collées
à l’intérieur de la photo de droite représentent un 100 l/h sous une pression de 1 bar au niveau des
échantillon étalent de cette production. Celle de droite rampes [4].
montre un régime de Deglet Nour à moitie mûrit, la Figure 7. Culture associée (luzerne) au palmier dattier
deuxième photo montre un régime de Ghars
complètement mûrit. 3. RESULTATS ET DISCUTIONS
Figure 4. Evolution du volume d’eau pompé dans la 3.1. Analyses physico-chimiques de l’eau d’irrigation
vallée d'Oued-Righ Les analyses physico-chimiques de l’eau d’irrigation
que nous avons effectuées au niveau de cette région,
2.2. Equipement et dimensionnement d’un hectare nous a permis les résultats suivants. Les lettres H, M
de palmier dattier par le système d’irrigation par et B signifiés respectivement Haut, Moyen et Bas
ajutage Théoriquement l’efficience de ce système est Oued-Righ et ils sont indiquées ci-dessus dans la carte
de 90%. D’après Gilles Peyron, ce système peut réduit topographique, les numéros indiquent les parcelles
les besoins en eau du palmier dattier de 25 à 50% sélectionnées : D’après le diagramme de Piper (Figure
selon les situations [8]. Le principe de base est 8), les facies chimique de l’eau d’irrigation du Haut,
l’apport localisé de l’eau directement au pied du moyen et Bas Oued-Righ sont respectivement sulfaté
palmier. L’inconvénient de se système c’est le coût sodique, sulfaté chloruré calcique et sulfatée calcique,
d’investissement en infrastructure et en entretient très donc l’eau d’irrigation de la vallée de Oued-Righ est
important. D’après les travaux de (Monciero, 1950), excessivement minéralisées. En conséquence nous
les besoins d’irrigations annuelles du palmier dattier avons obtenus des valeurs du SAR (Sodium
dans la vallée d’Oued-Righ sont compris entre 25000 Adsorption Ratio) comprises entre 7.42 et 12.14, alors
et 28000 m3/ha pour une parcelle de 123 palmiers [1], si le SAR est supérieur à 9 l’eau cause des dommages
ces besoins étaient déterminés en utilisant le système sévères, si le SAR est inférieur à 9, donc il faut utiliser
d’irrigation par submersion. Ces besoins sont répartis cette eau avec précaution [2].
comme suit : - En deux irrigations par semaine, en Figure 6. Image satellite de la station biophysique
période chaude (avril à septembre), de 0.70 m3/jour et Touggourt (CRSTRA) ainsi que l’exploitation agricole
par palmier) - En une seule irrigation par semaine, en Hafouda Lamine «périmètre Elmahjoub Touggourt»
période fraiche (octobre à mars), de 0.47m3/jour et 06/06/2013. 12/09/2013
par palmier. Afin d’optimiser un réseau d’irrigation
localisée, nous devons considérer la diversité des La conductivité électrique CE de ces eaux varie de
paramètres (sol, climat, plante, eau), pour avoir une 6.23 à 13.83 dS/m. Ces valeurs confirment les
installation adaptée aux conditions de la parcelle à résultats obtenus par le diagramme de Piper. Le PH de
irriguer [9] ; pour cela, il est utile de procéder comme ces eaux compris entre 7.04 et 7.69. D’après le
suit : connaitre la source d’eau et le débit à extraire ; diagramme de Riverside (Figure 9) les eaux
connaitre les dimensions et la topographie de la d’irrigation de la vallée d’Oued-Righ sont classées à
parcelle ; connaitre le type de sol de la parcelle ; faire la classe C5 S3. Cette classe indique des eaux de
le choix de la culture à irriguer ; calcul des besoins en mauvaise qualité, fortement minéralisées, qui ne
eau de la culture ; dimensionnement du réseau peuvent convenir qu'à des espèces bien tolérantes aux
‘irrigation. En respectant ces exigences on peut sels et sur des sols bien drainés et lessivés[2]. Tel que
préconiser un équipement et un dimensionnement le cas de la région d’Oued-Righ.
typique d’une parcelle d’un hectare de palmier dattier
(Figure 5) installée dans les conditions 3.2. Détermination du nombre d’ajutage par arbre
agropédoclimatiques de la région d’Oued-Righ : et nombre d’heures d’irrigation par jour
Forage : il faut avoir un débit de 6 l/s au minimum On opte pour les ajutages qui débitent 100 l/h
Groupe de pompage Filtre à tamis Bâche d’eau de 150 (diamètre 2.1 mm). Donc, avec l’utilisation de ce
m3 Conduite d’amené d’eau ∅110 Porte rampe ∅75 système d’irrigation moderne on peut réduire ces
mm Rampe ∅ 20-25 mm Ajutage (distributeur) ∅ besoins à 14000 m3/ha, si on prend la dose
(1.1-2.1mm) Débit d’ajutage (35-100 l/heure) Culture d’irrigation par submersion annuelle maximale (28000
associe (luzerne) (Figure 7). m3/ha) et avec une efficience de 50%. Ces besoins
sont répartis comme suit : En période fraiche (octobre
2.3. Les ajutages calibrés à mars), deux irrigations par semaine, 0.24
Les ajutages sont constitués d’orifices calibrés (1.2 à m3/palmier/jour En période chaude (avril à
2.1 mm de diamètre) fixés en dérivation sur la rampe septembre), trois irrigations par semaine, 0.35
à intervalles réguliers (Figure 5). L’eau distribuée par m3/palmier/jour Selon le partage de l’eau dans les
les ajutages ne s’infiltre pas ponctuellement. Elle palmeraies et pour la période fraiche on a préconisé
s’écoule dans une cuvette autour du pied de l’arbre. une fréquence d’irrigation de 2 fois par semaine
Chaque arbre est asservi par un seul ou deux ajutages. (Tableau 1). Pour la période chaude on a recommandé
Selon le diamètre de l’ajutage, le débit varie de 35 à la fréquence d’irrigation de 3 fois par semaine
(Tableau 2). D’après ces résultats on peut doter un 0.47m3/jour et par palmier) Durée d’irrigation (h) 1 2
arbre de deux ajutages qui débitent 100 l/h. Avec … 5 … 19 Débit (l/s/ha) 112.4 56.2 … 22.5 … 5.9
l’utilisation du système d’irrigation localisé qui utilise Tableau 6. Débit disponible (pour deux irrigation par
come organes de distribution les ajutages, on peut semaine, en période sèche (avril à septembre), de
réduire le débit qui sera disponible à la tête de la 0.70m3/jour et par palmier) Durée d’irrigation (h) 1 2
parcelle. Les tableaux 3 et 4 indiquent la disponibilité … 5 … 14 Débit (l/s/ha) 84 16.7 … 16.8 … 6.0
du débit au niveau de la parcelle agricole. Par
exemple, pour la période fraiche et pour une irrigation 4. CONCLUSION
de 5 heures, il faut avoir un débit de 5.7 l/s. on peut Le système d’irrigation localisée (ajutage) peut être
majorer ce débit à 6 l/s. Suite aux tableaux 5 et 6 et adapté convenablement dans les conditions
pour une irrigation de 5 heures (fixé selon l’utilisation agropédoclimatiques de la Région de Oued-Righ.
du débit des ajutages) il faut disposer d’un débit de 6 Cette réalité est confirmée par la production
l/s/ha au minimum. satisfaisante des dates au niveau de l’exploitation
Tableau 1. Nombre d’heures d’irrigation et nombre expérimentale. Donc, avec l’utilisation de ce système
des ajutages recommandés par arbre en période on peut réduire ces besoins à 14000 m3/ha, si on
fraiche Durée d’irrigation (h/j) 1 2 3 4 5 Somme des prend la dose d’irrigation annuelle maximale (28000
débits des ajutages (l/h) 840 420 280 210 168 m3/ha) et avec un taux de réduction de 50 %. Si on
Nombre des ajutages/arbre 9 5 3 3 2 arrive à généralisé l’utilisation de se système
Tableau 2. Nombre d’heures d’irrigation et nombre d’irrigation dans la vallée d'Oued-Righ, on peut
des ajutages recommandés par arbre en période économiser annuellement un volume d’eau potable
chaude Durée d’irrigation (h/j) 1 2 3 4 5 Somme des considérable, l’équivalent d’un barrage d’eau potable
débits des ajutages (l/h) 817 409 272 204 163 de plus de 200 millions de mètres cube. On peut
Nombre des ajutages/arbre 9 4 3 3 2 atteindre ce résultat en associant les efforts, des
Figure 8. Diagramme de Piper des eaux souterraines différents partenaires socio-économique et
de la vallée d’Oued-Righ administratifs, c'est-à-dire de créer une synergie entre
Figure 9. Diagramme Riverside des eaux d’irrigation ces derniers… Il est donc nécessaire de mettre en
de la vallée d’Oued-Righ place une culture pérenne associe au palmier dattier
(en particulier la luzerne) dans les planches, d’un coté
Tableau 3. Débit disponible en période fraiche on crée une résistance au flux d’évaporation par
Tableau 4. Débit disponible en période chaude conséquent on minimise la demande climatique, ceci
nous évite l’accélération de la concentration des sels
3.3. Comparaison entre les deux systèmes surtout dans les horizons supérieurs du sol, d’autre
d’irrigation localisée et par submersion part on profite de l’apport en azote atmosphérique fixé
Afin de comparer le système d’irrigation localisé à par cette plante et qui est nécessaire pour le palmier. Il
celui par submersion, on a essai de déterminer le débit faut ajouter que les essais effectués en différents
qui doit être disponible au niveau de la même parcelle endroits par SOGREAH en 1969 prouvent notamment
irriguée par submersion ainsi que le temps d’irrigation que l’apport de l’azote peut améliorer les
(Tableaux 5 et 6). Si on compare les deux tableaux 3 Durée d’irrigation (h) 1 2 3 4 5 Débit (l/s/ha) 28.7
et 5, ces tableaux qui concernent la période fraiche, on 14.4 9.6 7.2 5.7
constate que pour le même nombre d’heure Durée d’irrigation (h) 1 2 3 4 5 Débit (l/s/ha) 28.0
d’irrigation (par exemple 5 heures d’irrigation), il faut 14.0 9.3 7.0 5.6
disposer d’un débit de 5.7 l/s pour le système
d’irrigation localisé, alors que pour le deuxième rendements jusqu’à 20% en plus. Dans cette situation
système, c'est-à-dire par submersion, il faut disposer il ne faut pas oublier d’ajouter la dose d’irrigation de
d’un débit de 22.5 l/s. En outre si on fixe le débit à 6 la culture associé.
l/s, on constate que le temps d’irrigation par
submersion est de 19 heures. En revanche, le temps REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES -Armand-
d’irrigation par le système d’irrigation localisé est de Dominique Monciero (1950) : Contribution à l'étude du palmier
5 heures. Mêmes remarques faites si on compare les dattier. -Ayers R.S. et Westcot D.W. (1988) : la qualité de l’eau en
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conclusion à cette paragraphe, on remarque que le Un quart de siècle d’évolution au Sahara algérien. Maghreb-
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avec de faibles pressions, d’où une très grande l’irrigation,3eme édition. -Côte M. (1998)) : Des oasis malades de
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-Philippe Jouve (1999) : Un modèle d'aménagement hydro- pédologique, Participation à la mise en valeur d’Oued Righ.
agricole à l'épreuve du temps et de l'évolution des systèmes de .
production, le cas des grands périmètres irrigués marocains,
CHAPITRE 8
REALISATIONS ET TEMOIGNAGES 93
Ils ont investi des milliards pour lancer leur exploitation, croyant qu’au bout de cinq ans, l’Etat leur céderait la
terre. Etranglés par les coûts de production et saignés par les grossistes, les agriculteurs de la région de Biskra
peinent à vivre de leurs récoltes. Paradoxe d’une économie qui voudrait vivre de sa production.
Une piste de 20 km sépare la route de sa ferme. Des ferme. Celle de Ferhat, 33 ans. Lui aussi cultive des
pneus à changer presque chaque mois. Plusieurs courgettes et emploie sept ouvriers. Son terrain, qui
trajets par jour pour s’approvisionner en eau potable. compte une quarantaine de serres, s’étend sur
Après trois ans d’efforts pour rendre rentables ses 94 plusieurs hectares. Des tuyaux d’eau sont branchés un
serres de courgettes, Belkacem baisse les bras. A 25 peu partout, des générateurs d’électricité aussi. Près
ans, l’entrepreneur plein d’espoir est devenu un du réservoir d’eau se trouvent les cabanes où dorment
agriculteur usé. «Je compte tout vendre et repartir, les employés, et des tracteurs garés devant les serres.
confie-t-il. Les autorités nous ont promis la lune et
puis nous ont abandonnés. Dès la nuit tombée, les générateurs d’électricité se
mettent en marche, avec un bruit assourdissant.
Aucune promesse n’a été tenue.» Rien que dans la «L’Etat a promis de nous brancher de l’électricité
daïra de Ourllal (Biskra), ils sont plus de 4500 avant même notre venue. Il a tout fait pour nous
agriculteurs à agoniser. Dans le cadre du programme convaincre avant de venir, mais rien n’est concrétisé,
sur la propriété foncière agricole – dans lequel l’Etat dénonce le jeune agriculteur. C’est vrai, une grande
s’engageait à céder une terre agricole à un privé au ligne d’électricité a été installée à peine à deux
bout de cinq ans d’exploitation – ils avaient tout kilomètres d’ici, cependant les services de l’APC et de
investi pour se lancer dans la culture maraîchère. Plus la wilaya nous disent à chaque fois que l’appel
de dix ans plus tard, ils ne sont toujours pas d’offres est lancé, mais il n’y a jamais de suite.»
propriétaires.
20 km/h
Des serres jaunes où poussent tomates, poivrons, Vers 23h, Ferhat et Rabah, un de ses ouvriers, vont se
aubergines…, de petites cabanes d’agriculteurs, de coucher. Deux heures plus tard, le réveil sonne. La
l’ebguel (plante locale) à profusion : ici, entre camionnette, chargée le soir, est prête à démarrer. Le
Oumache et Oued Souf, pourtant, tout promet la froid est glacial. La nuit impénétrable. Seules les
réussite de celui qui investit dans la terre. Belkacem, lumières des cabanes d’agriculteurs apparaissent,
les traits fatigués, conduit sa Peugeot 404 bâchée comme des lucioles, dans le noir.
pleine de vivres pour ses voisins et sa consommation
personnelle. Il revient du marché de gros de Leghrous, Pour ne pas s’assoupir, ils écoutent un peu la radio et
à une cinquantaine de kilomètres de chez lui et à plus discutent du marché. Et font des paris sur le prix
de deux heures de route. auquel ils pourront vendre le kilo de courgettes. Cette
nuit-là, ils le vendront à 70 DA. Pas mal, sachant
Pour avoir une chance de trouver une place, il s’y est qu’une courgette pousse tous les trois jours. Il faut
rendu la veille et y a passé la nuit. Pour affronter le deux heures pour y arriver. Impossible de rouler à plus
froid, il s’est glissé dans sa kechabia. Au bout de la de 20 km/heure : la route est trop mauvaise et les
route, l’attendent une quinzaine de salariés qui secousses pourraient abîmer la marchandise. Là
l’aident à décharger ses cageots. Jusqu’au soir venu, encore, Ferhat a quoi dire : «Les services de l’APC
Belkacem reprend la route pour le marché de gros. nous promettent toujours de goudronner cette piste…
Son quotidien.
Mais rien ne se fait.» Safia, 29 ans, est venue ici avec
A quelques kilomètres de chez lui, se trouve une autre son père de Batna. Diplômée en techniques bancaires,
elle voulait «s’éloigner des chiffres, rester la raison pour laquelle nous avons refusé de signer le
indépendante des patrons et des pressions», et a choisi cahier des charges.» Ammi Rachid en a gros sur le
de se tourner vers la terre pour cultiver des carottes en cœur. Pour s’en sortir, il a loué une partie de ses terres
plein air. Elle a bénéficié d’une autorisation à d’autres agriculteurs. Légalement, il n’en a pas le
d’exploitation en son nom en 2008. droit, mais il n’a pas d’autre choix pour survivre. Les
responsables ? «Ils ne sont jamais venus nous
El Djamaï, son père, accueille les arrivants dans sa demander comment on s’en sort. Si c’est difficile ou
kechabia, une main devant les yeux pour se protéger pas.
du soleil, suivi par trois chiens qui accourent en
aboyant. La ferme est un îlot de verdure au milieu du Mais à chaque début de récolte, ils viennent pour
désert. Un foulard sur la tête, vêtue d’une robe noire, qu’on leur donne gratuitement des légumes et des
Safia nous offre des oranges. «Nous avons construit dattes !». Une tradition dont certains profitent.
un rideau avec plus de 5000 sapins afin de diminuer la Maintenant les agriculteurs se sont entendus pour ne
puissance des vents qui soufflent ici très forts, plus leur rien donner. «D’après ce que j’ai compris, ils
explique-t-elle. Cette année, nous avons planté veulent nous décourager et nous faire partir. Moi, j’y
uniquement des carottes en plein air, car le rideau pense vraiment. Même les oliviers qui m’ont coûté
nous a pris tout notre temps. une fortune, je les ai abandonnés il y a deux ans…»,
se désole-t-il, les larmes aux yeux, en nous montrant
A partir du mois de février, nous allons remettre en les arbres desséchés, vaincus par le désert.
place les serres pour semer des pastèques et des
melons pour l’été prochain.» Safia rencontre Noyés
«beaucoup de problèmes comme tous les Un autre agriculteur de la région explique qu’en 2009,
agriculteurs», mais son cas est encore plus sensible Issad Rebrab s’était déplacé à Biskra pour investir
«car je suis une femme», tient-elle à souligner. «Une dans l’agriculture. «Il a pris attache avec les autorités
fois, je me souviens m’être déplacée au siège de locales pour obtenir une parcelle de terrain. Dans la
l’APC de Oumache afin de rencontrer le président. Il a commission chargée d’étudier les demandes, il y avait
dit à sa secrétaire, qu’il ne voulait pas me recevoir, car toutes les autorités de la wilaya de Biskra. Le
je suis une femme !» Pourtant, Safia en est convaincue président de l’APC de Mlili a accepté de lui céder une
: «Cette zone agricole à elle seule peut ramener le taux parcelle de terrain de 7000 hectares. Il allait investir
de chômage dans la wilaya de Biskra à zéro. Nous 1500 milliards de centimes dans des serres en
avons besoin de commerciaux, d’ingénieurs, etc., car plexiglas, se souvient-il.
le métier d’agriculteur a évolué. Mais pour réussir, il
faut nous assurer un minimum de moyens.» Il était prêt à créer 50 000 emplois directs et offrir 50
000 vaches pour les éleveurs à qui il aurait acheté le
Brebis lait produit. Les autorités de la wilaya de Biskra ont
Ammi Rachid, l’un des premiers à s’être installé dans alors saisi le ministère de l’Agriculture pour avoir son
la région il y a dix ans, n’est pas mieux loti. La autorisation. Il ne l’a jamais obtenue.» Perdus entre
soixantaine, le visage inquiet, il raconte : «J’ai planté les administrations, les programmes de mise en valeur,
plus de 1000 oliviers, plus de 200 palmiers et nous les promesses des campagnes électorales, les
avons plus de 70 serres de cultures maraîchères.» Sa agriculteurs se disent «désespérés».
ferme ressemble à celle que l’on a tous en tête : dans
la cour, se promènent des poules, des brebis, des A la direction des services agricoles de la wilaya de
chiens et des chats. «J’ai sacrifié dix ans de ma vie Biskra, Fatah Lehlali, le directeur, essaie en vain de se
pour développer mon activité, et au final, les services défendre : «C’est la faute des agriculteurs. Ce sont eux
agricoles de la wilaya de Biskra refusent de nous qui se sont noyés dans leurs investissements et ont
délivrer un acte de propriété ! totalement négligé le côté administratif. Après cinq
ans d’exploitation, l’investissement agricole donne
Les autorités peuvent à tout moment nous expulser, droit à un acte de propriété, mais il faut pour cela
alors qu’elles nous avaient promis de nous les céder établir une demande de levée de la condition
au bout de cinq ans.» Et de dénoncer : «La direction réquisitoire.» En clair : que l’Etat renonce à la
des services agricoles a essayé de nous manipuler ! propriété au profit de l’agriculteur.
Elle a voulu nous faire signer des papiers où il était
écrit que des forages et des terrassements ont été Ammi Rachid, sur place, ne veut plus écouter son
effectués par l’Etat. interlocuteur. «Je te défie de jeter un coup d’œil sur
mon dossier !, s’emporte-t-il. Et si on trouve qu’une
Ce qui est faux. Quand nous sommes arrivés, il n’y seule pièce manque, je vais tout de suite te céder tout
avait rien et c’est nous qui avons tout construit. C’est mon investissement !» En sortant du bureau de la
DSA, Ammi Rachid est encore plus abattu. «Nous, les administratives, le gouvernement se lance dans
agriculteurs, sommes capables de satisfaire la l’importation d’oignons et l’exploitation du gaz de
demande nationale en fruits et légumes. Au lieu de schiste.»
nous aider et de nous faciliter les démarches Bouzid Ichalalene.
Il y a beaucoup d’eau ici. Et avec l’aide de Dieu je Les fruits et légumes poussent en grande quantité »,
compte transformer cette terre aride en un vaste ajoute M. Djkaoua, natif de Sebseb et fellah comme la
champ céréalier », souligne, satisfait, Mohamed, majorité de ses concitoyens. Pas moins de mille
ancien ingénieur du nord reconverti en agriculteur d’exploitations agricoles sont recensées dans cette
dans la région de Hassi Lef’hel. Et d’ajouter avec belle oasis. Plusieurs exploitations limitées à deux
fierté : « Je pense pouvoir obtenir un bon rendement. hectares par exploitant, notamment les jeunes,
Peut-être 50 quintaux de blé à l’hectare si Dieu le viennent d’être mises en valeur.
veut. Dans ces localités qui s’étendent à perte de vue,
l’on peut constater qu’un nombre appréciable de « De véritables petits îlots verdoyants perdus dans
pionniers » y a élu domicile. l’immensité désertique. De nombreuses variétés de
fruits et légumes sont produites dans ces exploitations.
En effet de nombreux agriculteurs ont obtenu des Tout y pousse. Piments, poivrons, fèves, pois,
terres dans le cadre de la mise en valeur, en plusieurs pommes de terre, carottes oranges, citrons, dattes,
endroits tels Hassi Lefhel, Mansoura, Guerrara, pommes… Et la liste n’est pas close. Sebseb, connue
Métlili, Zelfana ou encore Sebseb où nous avons été aussi pour ses cultures de cacahuètes, a enregistré, en
accueilli par son maire, M. Abdallah Djkaoua. « Nous cette campagne de 2011, une très bonne récolte de
avons honoré un grand nombre de demandes dattes. « Allah nous a accordé une bonne récolte
d’obtention de terres agricoles dans le cadre de la dattière. La variété produite chez nous est l’une des
mise en valeur. Certains d’entre eux sont déjà meilleures au monde. Seulement, nos palmiers ont
opérationnels, alors que d’autres doivent patienter un tendance à vieillir. Nous ferons tout pour renouveler le
petit peu. Mais je pense que d’ici quelques mois, parc. On aimerait bien que les investisseurs
toutes les demandes, si elles répondent aux critères s’intéressent aussi au palmier dattier », ajoute notre
bien sûr, seront honorées.», nous dit le P/APC de hôte. Et d’enchaîner : « Il faut booster la filière
Sebseb, une commune dépendant de la daïra de dattière.
Metlili.
Pour ce faire, les autorités devront s’y impliquer
La Thomson, les cacahuètes et la Deglet nour… notamment le secteur des Ressources hydriques qui a
Lors d’une mission effectuée dans cette région en réalisé plusieurs forages dans la région mais qui
novembre 2011, nous avons été agréablement surpris restent depuis des années non exploités. C’est
du nombre croissant de ces « nordistes » à jeter leur dommage que cet investissement ne fasse pas profiter
dévolu pour le travail de la terre, notamment à Sebseb. l’agriculture dans notre région ».
« La commune de Sebseb a une superficie de 7 400 Nous avons besoin de goudronner une piste de 12 km
kilomètres carrés pour une population de seulement 4
Sur le terrain, nous avons pu remarquer que cette terre problèmes » qui, dit-il, « tendent à freiner l’élan du
était si généreuse qu’on se croirait en pleine Mitidja. développement agricole de la région de Sebseb ».
L’exemple en est donné par ces dizaines de fellahs qui « Nos fellahs rencontrent souvent des problèmes
exploitent des vergers d’agrumes dont la qualité n’a d’écoulement de la récolte. Parfois la production est
rien à envier à celle produite dans la région du Tell. telle que le prix au kilogramme proposé au client local
est carrément sacrifié. Nous avons connu il y a deux
A Sebseb l’orange, de la meilleure qualité qui soit, est ou trois ans ce problème avec la pomme de terre dont
labellisée « Thomson », cette célèbre variété connue le prix avait atteint la barre fatidique de 5 DA le
mondialement et produite depuis plus d’un siècle et kilogramme, tandis qu’à Alger le même produit était
demi dans les environs de Blida et de Boufarik. Alors vendu à 30 DA le kg », indique le P/APC.
que le prix affichait entre 100 et 120 DA le
kilogramme à Alger et d’autres villes du nord du pays, Et d’enchaîner : « La solution ne relève pas du
la « Thomson » de Sebseb s’écoulait à 60 DA, voire à miracle. Nous lançons un appel solennel à nos
50 DA le kilogramme dans les « environs immédiats opérateurs qui veulent investir dans la chaîne du froid.
», c’est-à-dire chez les commerçants de cette Ainsi, nos fellahs continueront à produire sans se
commune et chez ceux de Metlili, chef lieu de daïra à soucier des problèmes de la commercialisation. Nous
laquelle dépend Sebseb et distante de seulement 20 sommes disposés à assister tout investisseur dans ce
km de la magique oasis. créneau. L’appel est lancé !». Il faut dire que Sebseb,
où l’on cultive tous les légumes à n’importe quelle
Outre l’orange, le citron « Quatre saisons » de Sebseb période de l’année a le profil idéal pour être le potager
est en passe aussi de détrôner celui du nord. La de plusieurs wilayas du centre du pays y compris la
production de cette année a dépassé les prévisions. capitale. Pour ce faire, un « coup de pouce » de la part
Des centaines de quintaux sont enregistrés dans les des autorités serait nécessaire pour que cette vaste
vergers d’agrumiculture, au point où certains commune puisse atteindre ses objectifs.
exploitants ne savent plus où écouler la production. «
Ce n’est pas le cas de tout le monde. « Nous sommes sur le point d’accorder plusieurs sites
dans le cadre de la mise en valeur, et ce sans compter
C’est vrai que certains agriculteurs arrivent à placer ces exploitants qui sont déjà en activité dans une zone
leur production sur le marché, mais une bonne partie mitoyenne au chef lieu de la commune. Nous aurions
de nos fellahs peinent à commercialiser leurs récoltes besoin de goudronner une piste de 12 kilomètres, car
», nous indique Abdallah Djraoua au moment nous étant la seule voie de communication pour ces champs
visitions un champ d’arboriculture de la région. Notre agricoles », souligne Abddallah Djaroua à l’adresse
hôte qui n’a ménagé aucun effort pour rendre notre des décideurs.
mission agréable, a tenu à citer « certains petits Source : Algeria Invest
.
«L’Algérie de demain reposera sur l’agriculture saharienne»
Fatma Mokhtari.Sous-directrice chargée du développement de l’agriculture saharienne au ministère de l’Agriculture. Archives
édition du 14/04/2014 El-Watan
L’atelier sur le dromadaire, organisé la semaine dernière par le Commissariat au développement de l’agriculture des régions
sahariennes (CDARS ) a porté sur la deuxième phase de l’étude de l’amélioration de l’élevage dans les parcours sahariens,
lancée il y a deux ans.
Cette nouvelle étape intervient après l’achèvement d’une dans les zones steppiques.
première phase, qui a dressé le diagnostic et la délimitation
des parcours sahariens. L’expérience acquise par les Mlle Fatma Mokhtari, sous-directrice chargée du
différents acteurs, association d’éleveurs, la profession, le développement de l’agriculture saharienne au ministère de
corps technique et administratif devrait permettre d’avoir l’Agriculture, a bien voulu nous entretenir sur les objectifs
plus d’éléments d’orientation pour le CDARS et pour les actuels et futurs de l’étude en cours, mais aussi ceux de
experts en charge de l’étude, un acquis et des atouts l’agriculture saharienne, qui participe déjà à hauteur de
nouveaux enrichis par un débat à bâtons rompus autour de 18% dans la production agricole nationale. Elle nous
ces thématiques. parlera des enjeux et du devenir de cette agriculture
spécifique aux multiples contraintes.
Le Haut commissariat au développement de la steppe
(HCDS), sis à Djelfa, a, pour sa part, donné une idée de -Pouvez-vous nous donner une idée sur les résultats de
toutes les contraintes rencontrées dans ces parcours la première phase de l’étude ?
steppiques si précieux pour notre pays, mais aussi les Ils nous ont permis d’avoir une idée précise des surfaces en
difficultés actuelles de la filière animale, y compris ovine, termes de parcours sahariens, de sols cultivés et de sols nus.
caprine et justement de camelidés, dont les effectifs ont Ces données précieuses sont primordiales pour les futurs
régressé et le champ d’intervention complètement changé aménagements en hydraulique agricole ou de parcours
sahariens. Il s’agit effectivement de la première délimitation L’idée est maintenue avec la concertation de tous les acteurs
géographique aussi précise de ces espaces dans chaque et nous pensons la remettre à l’ordre du jour avec la
wilaya. La seconde englobera l’étude des espèces végétales validation de la seconde phase de l’étude des parcours
et animales du Sahara algérien qui concernent 20% de sahariens. La création de cette instance est effectivement
l’étude qui compte sept phases. Nous recherchions des d’une grande importance, elle a été annoncée il y a deux
éléments concrets sur la base de données réelles du terrain, années lors d’un atelier semblable et on avait même
du vécu des acteurs afin d’en tirer les leçons et de remédier proposé un observatoire inter- régional du Maghreb. Je
aux aspects négatifs. souligne toutefois la création d’un observatoire agricole et
rural au niveau de l’INRA, qui a ses structures
-Peut-on parler d’un regain d’intérêt des pouvoirs décentralisées sur le territoire national, et parmi les filières
publics pour le dromadaire au vu des observations faites arrêtées il y a celle animale, donc cameline aussi. Mais pour
par les experts quant à la menace de disparition de cet la particularité du camelin et afin de le rehausser en tant que
animal rustique ? filière d’avenir pour les régions sahariennes, il faut un
A ma connaissance et à l’heure actuelle, l’animal, la filière observatoire particulier au dromadaire.
des camelidés en général, a toujours bénéficié d’une
attention particulière de la part des pouvoirs publics, mais -Quels sont les enjeux futurs de l’agriculture saharienne
je pense que la formulation ou la prise en charge au niveau ?
local n’ont pas été perçues par le ministère. En 2012, nous L’Algérie de demain reposera sur l’agriculture saharienne,
avions dressé tout un programme pour améliorer le nous voulons mettre le paquet sur les régions sahariennes,
parcours saharien ainsi que le développement de la filière bien sûr dans un esprit de préservation des ressources
cameline en créant des centres d’insémination artificielle, naturelles et de l’écosystème saharien très fragile,
en essayant de créer des fermes camelines pilotes, notamment pour ce qui est de la ressource en eau, puisque
moderniser la filière, aider par le biais d’actions concrètes. l’agriculture saharienne consomme beaucoup d’eau. Encore
Mais nous butons sur l’espace saharien, très grand, chacune une fois, la concertation, la rationalisation, la préservation
des dix wilayas du Sud a un programme arrêté adapté à sa de l’eau et du sol sont nécessaires. Evidemment, nous
réalité avec d’importantes enveloppes financières. C’est un pensons à l’extension des superficies cultivées et à la
programme qui touche 4 grandes rubriques, dont la contribution de ces régions à la production nationale qui
première concerne la préservation et l’aménagement des fournissent déjà plus de 18% des besoins agricoles du pays
parcours sahariens avec l’élevage de dromadaires et les et nous parlons d’un objectif de 30% à l’horizon 2019. Le
petits ruminants. Au ministère, notre idée est de renforcer développement durable, dans la concertation, la
en actions et en finances cet espace saharien qui mérite préservation des ressources naturelles et le développement
d’être pris en charge par l’Etat. de l’introduction des énergies renouvelables sont des volets
pris en charge actuellement par les ministres de
-Quel est le bilan d’activité de ces deux années ? l’Agriculture et des Ressources en eau. Reste la grande
Il s’agit d’un programme dressé et mis en place, thématique qui nous préoccupe et qui est celle de la
partiellement financé par le fonds du Sud qui est sous création d’une agriculture fondée sur la préservation des
l’autorité des walis des régions sahariennes lesquels veillent ressources naturelles dans le cadre d’une stratégie
à son application. Un retard dans les financements est permettant la pérennité du système oasien avec la
accusé par le programme, vu que les décisions de la protection de tous les espaces et exploitations agricoles, le
notification de l’enveloppe sur le fonds du Sud n’ont été développement et l’aménagement réfléchis avec des
effectuées qu’en fin 2012 donc le démarrage n’a pu se faire techniques et des notions de protection.
qu’en 2013. Ce qui a déjà été concrétisé en une année c’est
l’amenée d’énergie par des ressources renouvelables, -Cultures stratégiques et phœniciculture. Parlera-t-on
éolienne ou solaire, et la réalisation de points d’eau. Les de la datte comme produit stratégique dans le cadre de
contraintes d’éloignement dans l’extrême Sud se posent cette approche ?
avec acuité et les délais de réalisation ne sont pas les Le palmier et la filière datte sont les piliers de l’agriculture
mêmes. Ce sont des wilayas où l’élevage de dromadaires saharienne qui ont permis sa création et la durabilité de ce
est prédominant, mais où les entreprises de réalisation sont patrimoine phœnicicole ancestral qui a ses propres
peu enclines à s’installer, donc même un forage, un point caractéristiques. Et nous avons là tout un programme de
d’eau ou la mise en place d’un équipement solaire pour revalorisation de ce patrimoine avec une consolidation de
l’abreuvement du cheptel accusent du retard. Encore une l’existant. Pour toutes les nouvelles palmeraies créées
fois, les wilayas du nord du Sahara réalisent plus depuis 1983 avec un plan de renforcement et de
rapidement leurs programmes, mais nous atteignons notre consolidation de systèmes économiseurs d’eau, l’aide de
vitesse de croisière et je suis très optimiste quant à l’Etat est mise en place. Nous avons aussi le secteur
l’achèvement de l’ensemble du programme d’ici fin 2014 traditionnel de plus de 60 000 ha qu’on va rajeunir avec
dans l’ensemble des dix wilayas du Sud. Nous tenons l’introduction d’une réglementation spécifique, de procédés
régulièrement des ateliers pour activer et donner de réglementaires pour la régularisation. On souhaite qu’à la
l’enthousiasme aux représentants locaux et pour les aider fin de l’année 2014, nous aurons plus de clarté en matière
dans la concertation. de foncier agricole et que tous les agriculteurs auront leurs
-Une préoccupation majeure des caméléologues en documents authentiques et là les actions du secteur seront
Algérie : la création d’un observatoire du camelin ; est- plus fiables et mieux concrétisées sur le terrain.
ce à l’ordre du jour ? Houria Alioua
CHAPITRE 9
Usage agricole des eaux souterraines et initiatives de gestion au Maghreb : Défis et opportunités pour un usage durable
des aquifères
Banque Africaine de Développement 2011
www.afdb.org
Note Economique
Résumé
1 – Introduction
2 –Utilisation des nappes pour l’agriculture
3 –Stratégie des agriculteurs face aux impacts de l’usage non durable des nappes
4 –Risques associés à l’usage non durable des nappes
5 –Dispositifs institutionnels et initiatives locales
6 –Une large gamme d’instruments mis en œuvre et envisagés
7 –Pistes de réflexion pour une économie agricole fondée sur l’usage durable des nappes et qui prenne en compte la diversité
des types d’agriculture
8 –Conclusion
9 –Références
Ce rapport a été produit par Nicolas Faysse (Consultant, ORNA, G-Eau/Cirad, ENA de Meknes), Tarik Hartani (ENSA
d’Alger), Aymen Frija (ENA de Moghrane), Serge Marlet (G-Eau/Cirad, INRGREF), Idir Tazekrit (ENSA d’Alger), Choukri
Zaïri (ENA de Moghrane) and Azza Challouf (G-Eau/Cirad, INRGREF) sous la supervision de Vincent Castel Coordinateur de
programme principal, ORNA), avec l’appui de Paula Ximena Mejia (Consultante, ORNA) et sous la supervision générale de
Jacob Kolster (Directeur, ORNA) et Nono Matondo-Fundani (Directeur, ORNB). Sont remerciés pour leur contribution:
François Bougaire (Ingénieur eu et aissainissement principal, AWF), Ibrahima Amadou Traore (Consultant, OWAS), Mamadou
Samba Ba (Agronomiste en Chef, OSAN), Mamadou Kane (Ingénieur infrastructure rural, OSAN1) and Belgacem Bensassi
(Chargéeau et aissainissment, OWAS2).
Résumé : L’usage intensif des ressources naturelles au leurs systèmes de cultures pour s’adapter à cette baisse.
Maghreb, en particulier par le secteur agricole, conduit à En absence de politiques spécifiques, les différences
une nécessité accrue de concevoir des mécanismes de s’accroissent entre les exploitations agricoles qui ont les
gouvernance, à la fois au niveau local et national. Les eaux moyens d’investir toujours plus pour avoir suffisamment
souterraines sont une de ces ressources les plus fragilisées. d’eau et celles qui doivent adapter leurs cultures à la
Le développement rapide de l’usage des eaux souterraines pénurie. Des cadres légaux posent les fondements d’une
pour l’irrigation au Maghreb a en effet permis une gestion, mais ils n’ont qu’un impact limité, en particulier du
croissance agricole considérable, mais dans de nombreuses fait de la nature généralement informelle des usages.
régions un tel développement devient non durable, du fait Différentes stratégies sont actuellement discutées au niveau
de la surexploitation des aquifères ou de la salinisation des national, et souvent mettent en avant des approches
eaux et des sols. Les instruments adéquats pour faire face à contractuelles avec les agriculteurs. Parallèlement, certaines
cet usage non durable ne sont pas simples à concevoir et initiatives collectives ont été conçues au niveau local. La
mettre en œuvre, car les prélèvements d’eau souterraine par gamme des politiques mises en œuvre pour faire face à cet
les agriculteurs sont très nombreux et informels, et les usage non durable est très large, et concerne à la fois
organisations de gestion de la ressource en eau ont des l’augmentation des ressources en eau, et l’utilisation
capacités d’intervention limitées. Le document analyse d’instruments pour limiter l’augmentation des
l’usage et la gestion des eaux souterraines de l’eau au prélèvements. Ces derniers sont fondés sur des mécanismes
Maroc, en Algérie et en Tunisie, à partir d’une étude de régulation et d’incitation. Sur les cas étudiés, des
des dispositifs institutionnels et politiques au niveau instruments utilisés de façon conjointe ont permis de limiter
national et de 9 cas d’étude locaux. l’augmentation des prélèvements et de mieux valoriser
La surexploitation conduit à des risques l’eau, sans pour autant permettre de rétablir un équilibre
environnementaux, économiques et sociaux, et des impacts entre ressources et usages. La conception et la mise en
importants sont déjà identifiables sur plusieurs des cas œuvre de stratégies d’usage durable des aquifères
d’étude. Les agriculteurs font face à la baisse des débits de nécessitent le développement de coalitions d’acteurs, qui
leur forage (ou la salinisation des eaux) soit en investissant devront inclure les organisations en charge de la ressource
toujours plus pour continuer de disposer d’eau douce en en eau, celles de l’agriculture, mais aussi et surtout les
quantité suffisante pour leurs cultures, soit en modifiant agriculteurs. La constitution de ces coalitions pourrait faire
l’objet d’un accompagnement, tout comme les réflexions dans d’autres régions, sont les plus vulnérables à de tels
qu’elles auront à mener sur les options possibles pour usages non durables des eaux et des sols. En l’absence
accompagner une économie agricole fondée sur l’usage d’une gestion de cet usage non durable, c’est toute
durable des aquifères. l’économie agricole locale qui est fragilisée, avec des effets
en cascade sur le développement rural, les filières agricoles,
1. Introduction et in fine la sécurité alimentaire des pays concernés.
La croissance du secteur agricole au Maghreb a conduit à Dans les pays où :
une pression croissante sur les ressources naturelles, telles i) les organisations en charge de la gestion des ressources
que les eaux, les sols ou les forêts. Faire face à la en eaux souterraines ont des moyens conséquents,
surexploitation de ces ressources nécessite des mécanismes financiers comme humains ;
innovants de gouvernance. Ces mécanismes de ii) les usagers de l’eau souterraine sont formellement
gouvernance sont de moins en moins conçus et pilotés enregistrés auprès de ces organisations, différentes
uniquement au niveau national, mais s’appuient de façon approches ont été testées pour faire face à la
accrue sur le niveau local. Les eaux souterraines sont une surexploitation des aquifères.
de ces ressources les plus fragilisées par le développement Dans ces pays, le cadre législatif et les moyens
agricole. En effet, depuis une soixantaine d’année, la institutionnels ont permis de concevoir et mettre en œuvre
diffusion de techniques de forage et de pompage a des stratégies concertées de contrôle des pratiques agricoles
permis un développement rapide de l’usage des eaux pour assurer la viabilité de tels usages. Ces approches ont
souterraines pour l’irrigation au Maghreb. Ces pays sont souvent fait appel aux instruments standards de la Gestion
devenus une des principales régions d’utilisation intensive Intégrée des Ressources en Eau, tels que la tarification et
des eaux souterraines pour l’agriculture dans le monde les quotas (Montginoul et Lenouvel, 2009). Une telle
(Siebert, 2010). Cette révolution, « silencieuse » car approche est ainsi entérinée dans la Directive Cadre
opérée souvent par les agriculteurs de façon informelle, Européenne sur l’Eau. En France en particulier, cette
hors du champ des politiques publiques (Llamas, 2008), a approche est mise en œuvre à travers des contrats de nappe
permis une croissance agricole considérable. ou dans le cadre de Schémas d’Aménagement et de Gestion
Cependant, ce développement a conduit à une pression très des Eaux au niveau des aquifères. C’est le cas dans la
forte sur les ressources en eau. En Afrique du Nord, le taux plaine de la Beauce, où chaque agriculteur dispose d’un
de mobilisation des ressources souterraines renouvelables quota pluriannuel (Petit, 2009). Ces approches se fondent
(rapport entre les prélèvements et la recharge) est élevé sur la capacité de contrôler et de mesurer les prélèvements
(Bzioui, 2005). Pour les nappes du Nord de l’Algérie, le effectués par les utilisateurs d’eau souterraine. De telles
taux d’exploitation moyen est ainsi de 80%. En Tunisie, le approches contractuelles ont aussi été appliquées pour
nombre total des aquifères est estimé à 273, dont 71 sont limiter et maîtriser les pollutions diffuses des aquifères
surexploités à un taux moyen de 146% (TICET, 2009). Le (Barbier et Chia, 2001). Cependant, dans de nombreux
constat est aussi fait d’une surexploitation de la plupart des autres pays, les deux conditions précédentes de capacités
grands aquifères d’Afrique du Nord, tels que les aquifères des organisations de gestion de la ressource et
du Souss, du Tadla, de Berrechid et du Saïss au Maroc, d’enregistrement formel des usages ne sont pas satisfaites
ceux du Bas-Cheliff, de la plaine de Mascara et du (Mukherji et Shah, 2005). Si bien des systèmes
plateau de Mostaganem en Algérie, et l’aquifère de Sisseb communautaires de gestion de nappes existent dans ces
el Alem en Tunisie (Bahir et Mennani, 2002 ; Boudjadja et pays, ils ne concernent généralement que des zones petites
al., 2003 ; Loucif, 2003). Ces déséquilibres vont être et limitées en nombre (van Steenbergen, 2006). Au
accentués dans le futur, selon les prévisions des modèles de Maghreb en particulier, le grand nombre des agriculteurs
changement climatique. En effet, outre l’augmentation utilisant les eaux souterraines, l’informalité de leur usage de
prévue de température, qui conduit à une augmentation de la nappe et la faiblesse du dispositif institutionnel de
l’évapotranspiration, en zone méditerranéenne la gestion rendent difficiles un contrôle direct des usages, tout
pluviométrie devrait décroître (Christensen et al., 2007). au moins à moyen terme. De plus, la conception et
Ceci pourrait conduire à la fois à une moindre recharge des mise en œuvre de stratégies permettant d’assurer la
aquifères et à une utilisation accrue de ces aquifères par les viabilité du système agriculture/aquifère/sol sont difficiles,
agriculteurs pour compenser la croissance du déficit entre pour plusieurs raisons.
évapotranspiration et pluviométrie. Dans un nombre
croissant de régions, un tel développement agricole devient D’abord, les dynamiques de la ressource hydrique et des
non durable, du fait de la surexploitation des aquifères mais impacts des usages sont complexes. Ensuite, il y a un
aussi de la salinisation des sols, lorsque l’eau souterraine manque de cadre de concertation entre les acteurs de
est salée. Les impacts de cette exploitation non durable l’agriculture irriguée et ceux de la ressource en eau.
commencent à être visibles. Enfin, en Algérie, au Maroc et en Tunisie, de
Il s’agit ainsi de la salinisation des sols dans le Bas-Cheliff nombreuses terres sont exploitées par des agriculteurs
en Algérie, ou de la forte baisse de l’agriculture irriguée en locataires qui utilisent les ressources en eau et en sols de
Chaouia côtière au Maroc.De plus, cette mise en irrigation à façon intensive et qui quittent la zone pour s’installer
partir d’eau souterraine est souvent effectuée pour une ailleurs une fois ces ressources dégradées, comportement
agriculture intensive, exigeante en intrants, et conduisantà que l’on peut qualifier de minier. Des voies alternatives
des risques de pollution des nappes par les engrais azotés. doivent donc être trouvées, à la fois en termes de stratégies,
Les petites exploitations familiales, qui ont des capacités mais aussi pour faire participer les différents acteurs à la
limitées de creuser toujours plus profond ou de partir pour conception de ces stratégies. L’objectif de ce document est
continuer leur activité d’analyser la situation actuelle de surexploitation des
nappes au Maroc, en Algérie et en Tunisie: les stratégies des aussi continué durant les dix dernières années (Ben
agriculteurs, les risques que cette surexploitation entraîne, Boubaker, 2010). Les eaux souterraines représentent
mais aussi et surtout les différentes initiatives publiques et désormais environ 52% des eaux utilisées en Algérie, 44%
privées prises pour chercher à faire face à cette en Tunisie et 14% au Maroc (voir Tableau 1). La baisse des
surexploitation. Cette analyse permet de proposer quelques coûts de forage a été le facteur principal de cette croissance.
pistes de réflexion pour rendre possible une gestion durable Il est à noter que, dans les trois pays, les agriculteurs ont
du système formé par les aquifères et les agricultures qui en mentionné que la forte diminution des coûts de forage a été
dépendent. Les cas étudiés sont des aquifères en situation permise par l’arrivée de foreuses d’origine syrienne.
de surexploitation, et où les pouvoirs publics cherchent à D’autres facteurs sont aussi intervenus dans ce te croissance
assurer une durabilité des systèmes aquifère-agriculture rapide de l’irrigation à partir d’eaux souterraines. Ainsi, la
irriguée. Le document analysera de façon plus concise les baisse des surfaces moyennes par exploitation a conduit à
nappes que les politiques publiques prévoient d’exploiter de une pression pour intensifier les systèmes de culture. De
façon minière, sans volonté d’équilibrer ressource et usage. plus, en Algérie, au début des années 2000, la sécheresse a
Ainsi, dans le sud algérien et tunisien, les gouvernements conduit à réorienter, dans l’urgence, l’eau des barrages
ne sont pas dans une logique de préservation des aquifères destinée à l’agriculture vers les villes, pour répondre au
du Système Aquifère du Sahara Septentrional, mais plutôt manque d’eau potable. Beaucoup d’agriculteurs, qui ont vu
dans celle d’un accompagnement à leur exploitation. Dans leur allocation en eau de barrage réduite ou annulée, ont
les cas étudiés, on s’intéressera principalement à l’usage alors creusé des puits et forages.
agricole, puisqu’il s’agit de l’usage de loin le plus
important (par exemple, 95% des volumes prélevés dans la 2.2 Mais des ressources fragiles
nappe du Souss le sont pour l’agriculture), et aussi parce L’impact principal de la surexploitation est la baisse des
que les autres usages sont d’un contrôle bien plus aisé. niveaux des aquifères. Au Maroc, la nappe profonde de
L’étude a porté sur plusieurs niveaux. D’une part, les l’aquifère du Saïss a baissé en moyenne de 3 mètres par an
politiques publiques au niveau national ont été analysées, à dans les 20 dernières années. Le volume stocké dans
la fois celles déjà officiellement définies voire mises en l’aquifère de Berrchid est passé de 1500 millions de m3 en
œuvre et les discussions en cours. Ensuite, différents cas 1980 à 800 millions de m3 en 2009, selon l’agence de
d’étude locaux ont été étudiés, de façon à analyser les bassin de Bouregreg-Chaouia. Le dénoyage est déjà
impacts locaux de l’usage non durable des nappes, la mise observé dans les zones périphériques de cette nappe.
en œuvre des politiques publiques nationales, et les L’agence de bassin du Bouregreg-Chaouia prévoit que la
éventuelles initiatives locales pour faire face à cet usage nappe pourrait être complètement dénoyée en 2025.
non durable des nappes. Les critères de choix des cas De plus, lorsque la nappe est située en zone côtière, la
d’étude ont été la présence d’un enjeu fort d’usage non surexploitation peut conduire à l’intrusion saline. C’est le
durable des nappes et l’objectif d’une diversité des cas de la zone littorale de la Chaouia côtière au Maroc, où,
situations. Il s’agit: des régions du Souss (aquifères du suite à la forte augmentation de la salinité, les agriculteurs
Souss et de Chtouka), Saïss, Berrchid et de la Chaouia ont dû revenir à l’agriculture pluviale. Ce biseau salin,
côtière au Maroc, des régions du plateau de Mostaganem, causé par la surexploitation des nappes, est aussi présent
du Bas-Cheliff et de la zone centrale de la Mitidja en pour de nombreux aquifères côtiers algériens (Boudjadja et
Algérie, et des régions de Nadhour et de Ras Jebel en al., 2003) et tunisiens (zone côtière du Cap Bon au nord-est
Tunisie (Fig. 1). Les informations présentées ont été soit le de la Tunisie). Enfin, dans tout le nord ouest algérien et
fruit de travaux précédents de l’équipe, soit recueillies par dans de nombreuses zones oasiennes des 3 pays, les eaux
des entretiens spécifiques avec les organisations nationales, souterraines sont naturellement salées : leur usage pour
et dans chaque cas d’étude, avec les organisations locales et l’irrigation conduit à un risque de salinisation des sols
une dizaine d’agriculteurs dans chaque cas. (Trabelsi et al., 2007 ; Gaaloul, 2008). Dans le cas de la
Le document présente d’abord l’évolution de l’usage des zone de Nefzawa en Tunisie, la salinisation augmente ainsi
ressources en eau souterraine au niveau des trois pays, sous l’influence de la surexploitation (Zammouri et al,
puis les stratégies individuelles (et parfois collectives) 2007). Dans la vallée du Cheliff en Algérie, cette irrigation
mises en œuvre par les agriculteurs pour faire face à la avec des eaux souterraines salées a conduit à une
baisse des niveaux de nappe. Ensuite, les risques liés à des augmentation de la salinisation secondaire des sols qui a
usages non durables de ces nappes sont examinés. Les progressé de 35 % entre les années 1950 et les années 2000
différentes initiatives locales et politiques publiques mises (Douaoui et al., 2005). Dans le cas du Bas-Cheliff, la
en œuvre sont analysées, suivies par quelques pistes de sodification en cours des sols conduit à leur déstructuration
réflexion pour permettre la durabilité des systèmes formés progressive (Bouarfa et al., 2009).
par les aquifères et les agricultures irriguées qui en En ce qui concerne les aquifères partagés entre les trois
dépendent. pays, le principal est le Système Aquifère du Sahara
Occidental, étendus entre l’Algérie, la Tunisie et la Lybie.
Figure 1 : Répartition géographique des cas étudiés Cet aquifère est prélevé à hauteur de 2,2 milliards de mètres
cubes par an, soit un volume supérieur à la recharge de 1
2. Utilisation des nappes pour l’agriculture milliard de mètres cubes (Bzioui, 2005). Bien que les
2.1 Des ressources devenues d’importance volumes stockés soient très importants, la concentration des
majeure points de prélèvements conduit à un fort rabattement des
niveaux piézométriques dans certaines zones. Le niveau
En Tunisie, le nombre de puits de surface a doublé en 20 piézométrique a ainsi baissé de plus de 100 mètres dans la
ans, de 60000 en 1980 à 120000 en 2000. Cette croissance a zone de Ghadames (Horriche et Besbes, 2008) et a causé la
disparition de l’artésianisme dans de nombreuses régions collectives. Dans le Souss, des groupes d’agriculteurs
(Mamou et al ., 2006). Il existe aussi différentes nappes gèrent collectivement des périmètres irrigués à partir des
communes entre le Maroc et l’Algérie, dont certaines sont eaux souterraines. Face à la baisse des débits des forages
aussi surexploitées, mais de taille et d’importance collectifs, certains de ces groupes ont collectivement
économique relativement moindres (UNESCO, 2011). converti leur système d’irrigation en irrigation localisée.
Pour les agriculteurs suivant cette stratégie, lorsque l’eau
Source : Agoussine et Bouchaou (2004) ; Bzioui (2005) ; devient trop rare ou trop salée, les choix ultimes sont de
Ministère des Ressources en Eau d’Algérie (2011) ; Plan revenir à des cultures pluviales, et souvent alors de
Bleu (2007) complémenter les revenus agricoles par un travail hors
Tableau 1 : Ressources en eau renouvelables et utilisées au exploitation, pouvant conduire à une émigration vers les
Maghreb villes.
Maroc Algérie Tunisie
Ressources mobilisables Le critère principal de choix d’une ou l’autre stratégie est
Ressources utilisées (tous usages confondus) l’accès au capital (Berrahmani et al., soumis). De plus, les
Volume total (Milliards de m3/an) agriculteurs qui sont capables de trouver les sommes
23,0 19,2 18,9 6,4 4,8 2,4 nécessaires au creusement de forages disposent aussi
Dont eaux de surface souvent des réseaux sociaux nécessaires pour pouvoir
83% 86% 65% 48% 56% 22% creuser malgré les interdictions administratives. La baisse
Dont eaux souterraines des niveaux de nappe implique ainsi une différenciation
17% 14% 35% 52% 44% 78% accrue entre les exploitations agricoles, avec des
conséquences directes sur le territoire et le développement
3. Stratégie des agriculteurs face aux impacts de rural.
l’usage non durable des nappes Dans la majeure partie de la Tunisie (à l’exception des
zones d’oasis), les périmètres irrigués à partir d’eaux
Il est possible de distinguer deux groupes de stratégies que souterraines sont généralement gérés par des groupements
suivent les exploitations agricoles pour faire face aux d’agriculteurs, les Groupements de Développement
impacts de l’usage non durable des nappes décrits ci-dessus Agricole (GDA). Les agriculteurs de certains GDA ont
(Bekkar et al., 2009 ; Berrahmani et al., soumis). défini collectivement quelques stratégies d’adaptation. Des
Un premier groupe rassemble des stratégies que l’on peut GDA de la région de Nadhour arrêtent ainsi de donner de
qualifier de « stratégies de chasse ». Ces stratégies l’eau à des exploitations agricoles situées hors du périmètre,
consistent à investir pour acquérir de l’eau douce suffisante ou bien, en début d’année, limitent les superficies irriguées
pour maintenir le système de production de l’exploitation. par agriculteur pour diminuer les tensions sur le tour d’eau.
Lorsque l’aquifère est profond, les agriculteurs essaient Dans cette zone de Nadhour cependant, dans les GDA
dans un premier temps des stratégies « verticales » en étudiés, les agriculteurs n’arrivent pas à se coordonner pour
forant plus profondément. Cette stratégie demande des diversifier leurs productions et les dates et horaires
moyens pour investir. Elle implique aussi souvent le d’irrigation. La spécialisation de tous les agriculteurs dans
contournement des dispositifs légaux de contrôle des les mêmes cultures irriguées financièrement rentables
forages. En Tunisie, des agriculteurs déclarent des forages provoque des pics de consommation d’eau, à la fois durant
pour usage domestique ou non agricole de façon à obtenir l’année et durant la journée.
une connexion électrique légale, puis demandent le
changement vers la catégorie « usage agricole », de façon à 4. Risques associés à l’usage non durable des nappes
obtenir une baisse de la tarification. Lorsque l’aquifère est 4.1 Des évolutions liées à la profondeur des
peu profond, et que les forages atteignent déjà le substrat de aquifères
la nappe, les agriculteurs mobilisent des stratégies « Lorsque les aquifères sont surexploités, les types de risques
horizontales », en allant chercher l’eau plus loin (jusqu’à et la rapidité avec laquelle ils apparaissent dépendent avant
quelques kilomètres) et en la ramenant sur l’exploitation tout de la profondeur des aquifères.
grâce à des conduites. Dans quelques périmètres de la On peut considérer un premier groupe d’aquifères
région du Cap Bon en Tunisie, face à la salinisation des superficiels, dont le substrat se trouve à moins de 150 m du
eaux, les agriculteurs mélangent l’eau souterraine avec niveau du sol. Il s’agit, parmi les cas étudiés, de la Chaouia,
l’eau du réseau public, de meilleure qualité, mais d’un coût des régions de Berrchid et de Nadhour et du plateau de
plus élevé. Enfin, lorsque il est devenu trop coûteux Mostaganem. Dans ces cas, les agriculteurs doivent souvent
d’apporter l’eau nécessaire au système de culture mis en gérer une baisse rapide des débits de nappe, en particulier
place, le choix fait souvent (lorsque l’agriculteur en a les lorsque celle-ci est peu productive (comme dans le cas de la
moyens) est de se déplacer dans d’autres zones où l’eau est région de Nadhour). Il s’est écoulé moins de 30 années,
encore accessible, pour continuer avec le même système de dans le cas de la Chaouia, et des régions de Berrchid et de
culture, en particulier du maraîchage. Nadhour, entre le début d’une utilisation intensive des eaux
souterraines et l’apparition d’une crise agricole due à une
Le deuxième groupe réunit des stratégies que l’on peut eau devenue insuffisante. A plus long terme, le risque est
qualifier « d’adaptatives », c'est-à-dire que l’agriculteur va celui d’un dénoyage et, pour la majorité des agriculteurs, un
chercher à adapter son système de culture et ses itinéraires retour vers l’agriculture pluviale.
culturaux à la baisse des ressources en eau disponibles, en
termes de qualité et/ou de quantité (Hartani et al., 2009). Le deuxième groupe correspond aux aquifères profonds
Dans quelques cas, ces stratégies d’adaptation peuvent être tels que le Souss et le Saïss au Maroc, les aquifères du Bas-
Cheliff et de la Mitidja en Algérie et les aquifères situés à d’agriculteurs qui ont des moyens d’investissement et qui
l’ouest de Kairouan dans la plaine du Merguellil en Tunisie. vont continuer leur stratégie « de chasse » dans d’autres
Dans ces cas, la baisse des niveaux des nappes entraîne zones, ce qui peut augmenter alors aussi la pression sur les
d’abord une augmentation des coûts de forage et d’exhaure. eaux souterraines dans ces autres régions.
Déjà, des exploitations de petite taille dans les plaines du La surexploitation va enfin avoir un impact sur la sécurité
Souss et du Saïss n’ont plus les moyens de creuser des alimentaire des trois pays. Il n’existe cependant pas
forages individuels. Les exploitations les plus petites qui d’estimation chiffrée de ce risque pour le Maghreb. Postel
n’auront pas réussi à trouver une autre forme (1999) propose une estimation de 10% de la production
d’approvisionnement (forage collectif, entente avec des mondiale agricole fondée sur une surexploitation des
propriétaires de forage, approvisionnement à partir de nappes.
ressources en eau superficielles) devront revenir à une
agriculture pluviale. Pour ces aquifères profonds, les 5. Dispositifs institutionnels et initiatives locales
dynamiques d’évolution sont plus lentes que pour les 5.1 Des stratégies en cours de conception au niveau
aquifères superficiels : les risques pourront n’apparaître que national
dans plusieurs années, et par exemple ne concerner que les
générations Dispositif légal et institutionnel
suivantes d’agriculteurs. Les trois pays se sont dotés d’une loi sur l’eau, qui inclue
des clauses spécifiques aux eaux souterraines : le code des
4.2 Risques au niveau local eaux de 1975 en Tunisie, la loi sur l’eau de 2005 en Algérie
Le développement économique local est affecté par la et la loi sur l’eau de 1995 au Maroc. Tous ces codes
surexploitation lorsque les agriculteurs, soit n’arrivent plus prévoient la délivrance d’autorisation pour l’utilisation
à maintenir des stratégies de chasse en restant sur place, soit d’eaux souterraine, de façon systématique en Algérie, pour
n’arrivent pas à définir des stratégies adaptatives locales qui des forages supérieurs à 50m en Tunisie, et pour des forages
leurs assureraient des revenus suffisants. En particulier, la supérieurs à des seuils définis localement au Maroc. Les
baisse des activités des exploitations agricoles entraîne avec codes des eaux des trois pays prévoient l’établissement de
elle la baisse de toutes les autres activités qui y sont liées, périmètres de protection quantitative, où le creusement de
en particulier en amont (intrants) et en aval nouveaux puits et forages est soit soumis à autorisation
(commercialisation). La Chaouia côtière au Maroc (périmètres de sauvegarde en Tunisie et au Maroc) soit
représente un exemple d’impact fort de surexploitation sur complètement interdit (périmètre de protection en Algérie et
les dynamiques agricoles et l’économie locale. L’eau d’interdiction en Tunisie).
souterraine a été utilisée de façon intensive à partir des Les dispositifs institutionnels de gestion des eaux
années 1970, initialement pour la production d’agrumes souterraines sont très différents d’un pays à l’autre. Au
puis pour la production de cultures maraîchères Maroc, les agences de bassin sont les acteurs centraux de la
(principalement tomate et pomme de terre) et de fourrages. gestion des nappes, sous la responsabilité du Secrétariat
La surexploitation des eaux souterraines a causé l’intrusion d’Etat chargé de l’Eau et de l’Environnement. Elles sont en
des eaux de mer sur la zone littoral, et la baisse des niveaux charge des études sur la ressource en eau souterraine, de la
piézométriques plus à l’intérieur des terres. Depuis les mise en œuvre de politiques d’augmentation de la ressource
années 1980, les agriculteurs se sont retrouvés devant en eau, et de la mise en œuvre de la régulation. En Tunisie,
l’obligation de s’adapter à la situation de manque d’eau, le Ministère de l’Agriculture et de l’Environnement avec
avec des actions telles qu’approfondir les forages, apporter ses différentes directions nationales et ses administrations
de l’eau sur leur exploitation à partir de puits forés dans régionales (surtout les Commissariats Régionaux de
d’autres zones, ou louer les terres soit en amont de la même Développement Agricole) est chargé du suivi et du contrôle
zone soit dans d’autres régions. Sur la zone littorale, les de l’exploitation des eaux souterraines. Ces organisations
agrumes, très sensibles à la salinité, ont laissé la place au gèrent en particulier un réseau de mesures et d’observation
maraîchage, qui lui-même plus tard a largement diminué au concernant les différentes nappes d’eau du pays. Elles
profit de cultures tolérant encore mieux le sel (telles que le élaborent aussi les études d’évaluation et d’établissement
chou-fleur ou le maïs) mais bien moins rentables. La des bilans généraux de ces ressources.
pénurie d’eau souterraine de bonne qualité a été le principal En Algérie, les rôles sont bien plus séparés. L’Agence
facteur qui a conduit la zone à passer d’une agriculture Nationale des Ressources Hydriques (ANRH) est en charge
intensive et tournée vers l’export à la situation actuelle de des études sur les aquifères, les Agences de Bassin sont
crise et de fragilité des exploitations agricoles. C’est toute principalement responsables du cadastre des usagers et les
la filière agricole aval qui a été complètement déstabilisée Directions de l’Hydraulique des Wilayas (DHW) sont en
par cette crise : le nombre de coopératives pour l’export du charge de la police de l’eau. Cette différence entre les trois
maraîchage est passé de 120 dans les années 1980 à 3 pays conduit à des différences dans la conception des
aujourd’hui. De nombreux agriculteurs, à la fois sur la zone dispositifs de gestion : Au Maroc, c’est à l’agence de bassin
côtière et à l’intérieur des terres, partent chaque année de mener la concertation entre les acteurs, tandis qu’en
chercher du travail en ville et ne cultivent plus que des Tunisie, la question est vue avant tout comme une affaire
céréales en pluvial sur leurs parcelles. interne au Ministère de l’Agriculture et de
l’Environnement. En Algérie, le Ministère des Ressources
4.3 Risques au niveau national en Eau organise la concertation inter institutionnelle entre
La « crise agricole » telle que l’a connue la Chaouia côtière agences de bassin, ANRH et DHW. Les activités que
peut conduire à des exodes de personnes à la recherche de mènent en pratique ces organisations peuvent varier d’une
travail. Elle conduit aussi à un autre exode : celui région à l’autre. L’intégration entre les administrations en
charge du développement de l’agriculture et celles en souterraines. Une politique générale du Ministère de
charge de la protection de la ressource, de façon à l’Agriculture, depuis ces années 1990, a été d’appuyer la
coordonner les politiques publiques, se fait à la fois au formation de groupes d’agriculteurs, nommés GDA, et
niveau national et localement. Au niveau national, des amenés à être partenaires au niveau local de la mise en
commissions de travail mixtes entre les différents œuvre de politiques publiques. En cohérence avec cette
ministères existent en Algérie et au Maroc, pour chercher à approche générale, l’idée est de confier à des GDA la
harmoniser les politiques respectives. Au niveau local, des gestion des eaux souterraines dans leur zone de
discussions plus ou moins formalisées ont lieu entre les fonctionnement et en particulier le contrôle des forages. Un
différentes administrations et les acteurs (voir exemples seul cas existe actuellement où une telle approche a été
ci-dessous). Cette intégration n’est en tout cas pas aisée, initiée en pratique, celui du GDA de Bsissi dans le
comme le montre, en Tunisie et au Maroc, la mise en Gouvernorat de Gabès.
concession des terres d’entreprise publique agricole à des Les approches contractuelles ainsi proposées au Maroc et
entrepreneurs privés, dans une logique d’intensification en Tunisie sont différentes : celle au Maroc s’est dès le
agricole, avec une difficile prise en compte des ressources départ focalisée sur de grands aquifères, alors que celle en
en eau souterraines disponibles lors de la définition des Tunisie s’appliquera a priori plus facilement sur des nappes
plans de développement. de dimension plus réduite. Dans le cas de la Tunisie, si
Dans l’ensemble, les agences de bassin marocaines, l’échelle locale du GDA fait bien sens pour les acteurs, la
l’ANRH et les DHW en Algérie, et la Direction Générale question de choix du niveau pertinent de définition de la
des Ressources en Eau du Ministère de l’Agriculture et de concertation entre acteurs et de définition de politiques
l’Environnement en Tunisie ont toutes une culture publiques à une échelle plus élevée (nappe, bassin versant,
professionnelle fondée sur une expertise hydrologique et voire niveau national) n’est pas évidente, du fait de
hydrogéologique. Elles donnent beaucoup d’importance à l’existence de nombreux transferts entre bassins.
l’acquisition de données et au fonctionnement de modèles
permettant d’effectuer les bilans hydriques. Ces 5.2 Négociations locales
organisations ont une moindre connaissance du monde Au Maroc, des initiatives polarisées autour de l’agence de
agricole, et en particulier n’ont que des informations bassin Au Maroc, les initiatives de dispositifs de gestion
limitées sur les usagers des aquifères. De plus, elles n’ont sont souvent prises au niveau régional (agence de bassin,
que des ressources humaines limitées dans le domaine de conseil régional), avec une intervention faible du niveau
l’animation de processus de concertation multi-acteurs. Ces national, qui en particulier ne propose pas encore de
dernières taches sont souvent attribuées à des bureaux canevas méthodologique pour l’élaboration des contrats de
d’étude privés en Tunisie et au Maroc, et ce pour des délais nappe. Des coopérations horizontales se mettent en place :
limités. Par ailleurs, l’Algérie, la Tunisie et la Lybie ont les agences échangent des informations directement entre
confié à l’Observatoire du Sahara et du Sahel la charge pour elles sur comment mettre en place les saisies de foreuses.
coordonner l’exploitation des eaux du système aquifère du L’exemple le plus marquant de cette initiative au niveau
Sahara Septentrional. L’observatoire est chargé local est celui des aquifères du Souss et de Chtouka.
principalement de réaliser des études hydrogéologiques En 2004, le conseil régional du Souss-Massa lança une
et de communiquer les prévisions de projets de creusement étude pour définir une stratégie de développement régional.
de forage de chaque pays aux autres pays membres. L’agriculture apparut comme un élément clé, avec pour
talon d’Achille la surexploitation des nappes. En effet, dès
Des orientations novatrices au niveau national, mais 2003, la surexploitation avait conduit dans le secteur de
encore peu formalisées Guerdane à des niveaux de nappe à plus de 300m de la
Dans les trois pays, diverses politiques sont discutées afin surface du sol et de très faibles productivités des forages,
d’assurer une gestion durable des aquifères. En Tunisie et conduisant à l’abandon de 11,900 ha d’orangers dans cette
au Maroc, une stratégie spécifique de gestion des nappes est région (Houdret, 2008). En 2005, l’agence de bassin du
en cours de conception. Dans ces stratégies, la réflexion Souss-Massa lança une initiative pour contrôler le
porte en particulier sur des dispositifs contractuels au creusement de forages. En 2006, 70 foreuses furent mises
niveau local, qui permettraient une intégration entre les en fourrière. Dans la même année, à l’initiative du conseil
différentes politiques, notamment celles relatives à la régional, une convention cadre fut signée entre ce conseil,
gestion de l’offre et de la demande. l’office de mise en valeur agricole, l’agence de bassin, les
Au Maroc, le Secrétariat chargé de l’Eau et de chambres d’agricultures, la fédération régionale des
l’Environnement propose ainsi la mise en place de contrats associations d’usagers de l’eau et trois organisations
de nappe pour les principaux aquifères surexploités. Ces professionnelles agricoles pour la commercialisation du
contrats de nappe, appelés à être signés entre les différentes maraîchage et des agrumes. Cette convention comprend 4
administrations publiques et les associations d’usagers, axes :
devraient intégrer l’ensemble des mesures à prendre dans 1) des actions pour diminuer la consommation d’eau et
une zone pour sauvegarder la ressource et les usages qui en augmenter la productivité de l’eau, en particulier avec
dépendent. De tels contrats sont prévus ou en cours de l’appui à la reconversion de l’irrigation gravitaire et en
réalisation pour une dizaine de nappes. En 2011, le seul cas aspersif vers l’irrigation localisée, et le renforcement de la
de contrat de nappe signé est la Convention Cadre pour la police de l’eau ;
nappe du Souss-Massa. 2) des recherches pour une utilisation plus efficiente de
En Tunisie, il existe une longue réflexion, commencée l’eau d’irrigation et l’évaluation du potentiel de réutilisation
depuis la fin des années 1990 (étude secteur eau) sur des eaux usées ;
l’opportunité d’une gestion participative des eaux 3) des recherches pour utiliser des aquifères profonds ; et
4) la construction de quelques petits barrages. Mitidja, dans la région de Chebli, des bassins de recharge
Chaque axe doit être décliné en conventions spécifiques. Le ont été construits en 2004. Ces bassins ont cessé d’être
financement requis pour mettre en place cette convention alimentés en 2008, du fait de la construction d’un seuil de
cadre est évalué à approximativement 3,5 million de dérivation pour amener l’eau de l’oued El Harrach vers le
dirhams marocains (environ 310000 euros). Ce financement nouveau barrage de Douira. Les agriculteurs se sont
doit provenir de la contribution des exploitations agricoles mobilisés pour demander une reprise des opérations de
de plus de 15 ha. Cette catégorie d’exploitations regroupe recharge de nappe (qui a finalement eu lieu en avril 2011)
en effet approximativement 20% des exploitations contre mais aussi ont discuté avec les autorités publiques d’une
80% des prélèvements d’eau souterraine. Même si future répartition des eaux de la source en amont de l’oued
officiellement, cette convention cadre n’est pas un contrat entre la quantité prise pour l’alimentation du barrage et
de nappe, elle en joue le rôle en pratique. celle dédiée à la réalimentation de la nappe.
La mise en œuvre de la convention a principalement
concerné le premier axe. La coordination entre l’agence du 5.3 Points de vue et initiatives collectives des
Souss-Massa, l’office de mise en valeur agricole, et les agriculteurs
antennes locales du Ministère de l’intérieur ont permis la Les agriculteurs interagissent avant tout pour organiser un
saisie de nombreuses foreuses illégales. Le contrôle est mis usage partagé des forages. Il existe de nombreuses formes
en œuvre par des agents de l’agence et de l’office de mise d’arrangements informels au Maroc et en Algérie, entre
en valeur, à partir d’appels des autorités locales ou agriculteurs pour obtenir cet accès. Si ces formes sont
d’agriculteurs. Entre 2006 et 2009, 120 machines ont été variées (depuis un don de solidarité à un partenariat pour la
saisies. En 2010, aucune machine n’a été saisie, ce qui est production agricole) (Boudjelal et al., 2011), elles
considéré par l’agence de bassin comme un signe de la très n’incluent pas la présence de marchés de l’eau souterraine
forte baisse des activités de forage illégales. Cette tels qu’identifiés en Inde (Shah, 2009), où des agriculteurs
expérience montre l’importance du travail de construction n’ayant pas accès à l’eau souterraine peuvent s’adresser à
de coalitions d’acteurs. Cependant, indépendamment de la plusieurs autres ayant un forage pour leur acheter de l’eau.
possibilité que de nouveaux forages illégaux soient encore Les points de vue des agriculteurs sur la pertinence et la
creusés, le creusement de forage continue de façon légale. légitimité d’un contrôle des creusements de puits et forages
En effet, les agriculteurs peuvent demander de remplacer un varient beaucoup d’une situation à l’autre. Le contrôle mis
forage qui s’est asséché par un autre plus profond. en œuvre par les agriculteurs eux-mêmes existe dans
L’autre composante importante de cet axe est le passage à certains systèmes traditionnels, tels que les khettara
l’irrigation localisée. En 2010, 16000 ha étaient équipés de (galeries souterraines drainantes) au Maroc, où les
cette technique, sur les 30000 ha à équiper sur la période communautés interdisent la présence de forage dans les
2008-2012. La troisième initiative importante est l’étude zones de captation des khettara. Cependant, ce contrôle
d’un périmètre irrigué de 10000 ha à partir d’eau de mer se fonde sur une légitimité historiquement constituée des
dessalée dans la zone de Chtouka. communautés à recueillir et gérer l’eau souterraine pour le
En revanche, sur la zone du Saïss au Maroc, où l’aquifère collectif d’agriculteurs. Dans les autres régions, les
est profond et où la baisse des niveaux de nappe n’a agriculteurs interrogés soulignent l’égalité de droit que
pas encore eu de conséquences économiques, l’agence de tous les agriculteurs ont pour creuser (Bento et al., 2009).
bassin peine à convaincre les autres organisations publiques Hors de ces zones de khettara, les agriculteurs estiment que
de limiter les prélèvements, et en particulier de ne pas la mise en œuvre d’un contrôle des forages est avant tout du
accorder de nouvelles autorisations. Cette différence de ressort de l’Etat (Bekkar et al., 2009). Cependant, la
points de vue est une des contraintes majeures qui entravent prédisposition des agriculteurs à un tel contrôle là aussi
la définition d’un contrat de gestion pour la nappe du Saïss. peut différer d’une zone à l’autre. Ainsi, au Maroc,
différentes enquêtes ont montré que la moitié des
Des négociations hors de cadres formalisés en Algérie agriculteurs interrogés du Souss et du Saïss citent, comme
Dans deux des cas d’étude en Algérie, des négociations ont solutions possibles à la surexploitation, un tel contrôle. En
réuni les acteurs locaux, quoiqu’elles n’aient pas eu lieu revanche, seulement 8% des agriculteurs de Berrchid, et
dans un cadre formalisé. En 2010, la Chambre aucun de la Chaouia ne mentionne une telle politique de
d’Agriculture de Mostaganem prit l’initiative de demander régulation de la demande (Faysse et al., 2011). De même,
l’autorisation de creuser de nouveaux forages sur le plateau les 30 agriculteurs interrogés sur les trois sites d’étude en
de Mostaganem, dans la perspective de la mise en Algérie évoquent la pertinence d’augmenter les ressources,
fonctionnement de l’usine de dessalement de Mostaganem. mais aucun ne mentionne la nécessité d’un contrôle plus
Elle proposa d’établir un ordre de priorité pour ces strict des forages. A Nadhour en Tunisie, ce sont 15% des
autorisations, en mettant en avant les forages destinés à 33 agriculteurs interrogés qui mentionnent, parmi les
l’élevage, à la pomme de terre et aux agrumes. Cette solutions possibles à la surexploitation, un meilleur contrôle
initiative fut appuyée par la DHW et la Délégation des des forages illégaux. Il existe ainsi dans quelques zones une
Services Agricoles de la Wilaya de Mostaganem, et 3 prédisposition des agriculteurs à des mécanismes de
associations professionnelles pour les 3 secteurs concernés. régulation, si ces derniers sont mis en œuvre de façon
La préfecture a finalement décidé de reporter la décision de équitable et transparente.
délivrer des autorisations après l’évaluation des ressources
disponibles suite à la mise en fonction de l’usine. Cette 6. Une large gamme d’instruments mis en œuvre et
initiative est cependant un exemple novateur d’une envisagés
coalition locale impliquant administrations et associations Les différents instruments utilisés ou envisagés pour faire
d’agriculteurs. De même, dans la zone centrale de la face à l’usage non durable des nappes peuvent être
regroupés en trois au fait que les eaux de cet oued sont déjà sur-allouées.
catégories : ceux visant à augmenter la ressource en eau,
ceux visant à inciter à une baisse des prélèvements, et ceux Ressources en eau non conventionnelles
visant à imposer aux agriculteurs de ne pas augmenter les Différents projets sont en cours pour créer des ressources en
prélèvements. eau non conventionnelles, qui devraient, de façon indirecte,
limiter la pression des usages agricoles sur la nappe. Ainsi,
6.1 Politiques d’augmentation des ressources en eau deux périmètres d’irrigation vont être construits avec les
Pour faire face à la surexploitation des nappes, la Tunisie a eaux usées des villes de Berrchid et Settat, dans la même
été le pays qui a le plus tôt mis en œuvre des politiques de région. En Algérie, une réflexion est en cours pour utiliser
gestion par l’offre, c’est-à-dire l’augmentation de la de f çon systématique les eaux usées traitées des grandes
ressource en eau disponible. En Algérie et au Maroc, si bien villes pour l’irrigation. L’administration tunisienne a
des politiques d’augmentation des ressources en eau ont été développé depuis longtemps cette réutilisation des eaux
depuis longtemps suivies, elles n’ont que très récemment usées traitées. Force est de constater que les succès sont
été conçues spécifiquement pour faire face à cette mitigés ; les agriculteurs rechignent à utiliser ces eaux dont
surexploitation des nappes. l’usage ne permet pas de cultiver des cultures maraichères à
forte valeur ajoutée. L’administration tunisienne est
Recharge de nappe et création de périmètre irrigué maintenant engagée dans des programmes de recharge des
utilisant des eaux superficielles nappes à partir des eaux usées traitées. L’autre ressource
Des initiatives de recharge de nappe existent depuis 1992 non conventionnelle est le dessalement d’eau de mer. En
en Tunisie, représentant 64 million de m3 en 2006 sur 21 Algérie, plus de 20 stations ont été conçues pour les
nappes souterraines selon le Rapport National sur l’Etat de principales villes. L’objectif est qu’une fois que ces stations
l’Environnement de 2007. Des lâchers du barrage Nebhana fonctionnent, l’eau des barrages puisse être réorientée vers
sur des plaines d’inondation ont ainsi permis de réalimenter l’agriculture. Dans le Souss, comme indiqué ci-dessus, un
la nappe de Kairouan. Dans le Nord, l’eau de la vallée de la périmètre de 10000 ha irrigués avec des eaux de mer
Medjerda est transférée jusqu’à la zone côtière de Ras El dessalées est à l’étude pour l’irrigation de maraîchage et
Jebel, puis infiltrée dans la nappe à travers une dizaine de agrumes d’exportation. Ces approches par l’offre devraient
sites, qui sont d’anciennes carrières ou des puits. Dans ce permettre d’apporter un « bol d’air» bienvenu. Cependant,
dernier cas, si l’impact des recharges est très visible en aval les volumes générés sont souvent relativement faibles par
des zones d’infiltration, les volumes infiltrés (environ 500 rapport aux déficits des nappes. Il n’existe pas d’exemple,
000 m 3 par an) ne sont pas suffisants pour avoir un impact parmi les cas étudiés, où une politique par l’offre ait été
sur l’ensemble de la nappe. Une telle recharge se fait aussi suffisante seule pour revenir à un équilibre entre ressource
avec des eaux usées traitées dans la région de Korba. En et usage, d’où l’intérêt de combiner de telles politiques avec
Algérie, des bassins de recharge ont été utilisés dans la zone des approches de gestion de la demande.
centrale de la Mitidja (voir ci-dessus). Enfin, au Maroc, des
seuils sur les oueds ont été construits pour favoriser 6.2 Politiques incitatives de gestion de la demande en
l’infiltration des eaux de crue sur les oueds Ghmat (dans le eau agricole
Haouz) et Souss. Appui à la reconversion vers l’irrigation localisée La
principale politique incitative est l’appui à la reconversion
L’autre politique d’augmentation des ressources est la des exploitations vers des techniques d’irrigations plus
conception de périmètres irrigués qui utilisent des eaux efficientes, et en particulier l’irrigation localisée. Il s’agit
superficielles provenant d’un bassin voisin. C’est le cas de la mesure phare des programmes nationaux
du périmètre de Ras El Jebel cité précédemment, ainsi d’économie en eau dans les trois pays, avec des dispositifs
que de plusieurs périmètres irrigués de la région du Cap de subvention spécifiques. Au Maroc, les taux de
Bon en Tunisie, où un réseau distribue de l’eau transférée subvention ont augmenté progressivement, atteignant 80 à
depuis l’oued Medjerda. Au Maroc, le périmètre de 100% des coûts d’investissement (avec des plafonds par
Guerdane est alimenté à partir d’un barrage en amont du équipement). En Algérie, les équipements ont été financés à
bassin du Souss. D’autres projets sont aussi à l’étude au 100% au début du Plan National de Développement
Maroc : un périmètre irrigué dans la plaine du Saïss à partir Agricole en 2000 puis le financement est redescendu à
du barrage Mdez en construction, un périmètre dans la environ 50%. En Tunisie, les subventions sont de l’ordre de
Chaouia côtière à partir des eaux de l’Oum Rbia, et à plus 40 à 60% du montant total de l’investissement. La diffusion
long terme, le transfert des eaux stockées dans le Nord de cette innovation est cependant variable d’une région à
(principalement du barrage El Wahda) vers le centre du l’autre. Si le taux d’équipement est élevé en Tunisie, il est
Maroc, ce qui permettrait à la fois d’apporter de l’eau encore faible dans de nombreuses régions du Maroc et
potable et d’alimenter de nouveaux périmètres irrigués. d’Algérie. Il n’est ainsi que de 40% dans la plaine de
Que ce soit la recharge de nappe ou la création de périmètre Berrchid au Maroc. Parmi les contraintes principales, on
irrigué par transfert d’eau, ces politiques font face à la peut mentionner la lourdeur des procédures administratives
difficulté que, dans un nombre croissant de bassins (Bekkar et al., 2007). Une autre contrainte est que, dans les
versants, les principales ressources en eau superficielles trois pays, pour déposer le dossier de demande de
sont déjà mobilisées, conduisant à des volumes régularisés subvention, il est nécessaire d’avoir une autorisation de
de plus en plus faibles pour de futurs aménagements. Ainsi, prélèvement des eaux souterraines. Certains acteurs, et
le projet de périmètre irrigué dans la zone de la Chaouia notamment des chambres d’agriculture au Maroc,
alimenté par les eaux de l’oued Oum Rbia existe depuis les demandent de ne plus faire ce lien, argumentant qu’il est
années 1990, mais ce projet se heurte depuis sa conception préférable pour la collectivité qu’un agriculteur, bien qu’il
irrigue sans autorisation, le fasse en irrigation localisée D’autres politiques incitatives existent, bien que de moindre
plutôt qu’en gravitaire. Une telle conversion permet un gain ampleur. Dans le Souss, les services du Ministère de
d’efficience de l’ordre de 40% au niveau de la parcelle, l’Agriculture diffusent des données climatiques de façon à
mais ce gain baisse à l’échelle du bassin versant, car une accompagner les exploitations (en pratique les plus
partie de l’eau d’irrigation gravitaire percolait, réalimentant grandes) à mieux piloter l’irrigation. En effet, de
la nappe. En fait, le principal intérêt de l’irrigation nombreuses études faites au Maroc montrent un fort
localisée est l’augmentation de la valorisation de l’eau potentiel d’économie d’eau par le biais de meilleures
consommée, du fait d’une baisse des coûts de main installations et un meilleur pilotage de l’irrigation localisée,
d’œuvre et d’une augmentation des rendements. qui parfois utilisent plus du double des quantités d’eau
Cependant, sans appui technique, les performances de nécessaires (El Fanani, 2009). Enfin, certaines politiques
l’irrigation localisée peuvent être bien inférieures au sont proposées par certains acteurs. Des agriculteurs de
potentiel théorique (Vidal et al., 2001). De plus lorsque des Nadhour proposent de diminuer le tarif de l’électricité de
agriculteurs passent d’une irrigation gravitaire en irrigation nuit, de façon à inciter les agriculteurs à irriguer pendant
localisée, on assiste souvent à une extension des cette période. Un mécanisme d’assurance a été proposé par
superficies irriguées, en relation avec une nette des agriculteurs de Berrchid : l’assurance serait accordée
augmentation de la productivité des facteurs de production aux agriculteurs faisant le choix de ne pas forer, de façon à
(capital, travail), plutôt qu’à une diminution des volumes ce que leur revenu de culture conduite en pluvial
pompés (Bachta et al., 2004 ; Al Atiri, 2007). La conversion (notamment le blé) soit assuré même en cas d’année sèche.
à l’irrigation localisée se traduit parfois par une activité Dans le Souss, l’agence de bassin a lancé une étude sur la
agricole plus intensive, et in fine une plus grande valorisation de l’eau de façon à terme à orienter les
consommation en eau (Bouarfa, 2004 ; Molle et al., 2006). productions agricoles vers celles qui valorisent mieux l’eau.
Ainsi, dans la Chaouia côtière, le taux d’équipement en
irrigation localisée est de l’ordre de 90%, cependant la 6.3 Politiques de régulation de la demande en eau
nappe reste en situation de forte surexploitation. La agricole
reconversion à l’irrigation localisée apparaît alors plus un Dans les trois pays d’étude, il serait extrêmement coûteux
instrument pour accompagner des agriculteurs à s’adapter à de contrôler le volume prélevé dans tous les puits et forages
une crise de pénurie d’eau (car on augmente la valeur existants. Les administrations se sont donc orientées plutôt
ajoutée par m3) que comme un instrument pour diminuer vers un contrôle des nouveaux creusements et de
les prélèvements. l’approfondissement des points de prélèvement existants.
Ceci est plus aisé lorsque le toit de la nappe est à plus de
Tarification du prélèvement individuel en nappe 70m de profondeur, car il n’est alors plus possible pour les
La tarification peut permettre en théorie à la fois agriculteurs de creuser des puits à la main. Ils doivent alors
d’inciter à un comportement d’économie d’eau et de recourir à l’utilisation de foreuses, dont il est possible de
financer des actions de développement des infrastructures et contrôler l’activité.
d’accompagnement à l’agriculture. Cette tarification est Les politiques de contrôle des forages ont été mises en
prévue par la loi en Tunisie et au Maroc (par exemple en œuvre dès la fin des années 1980 en Algérie, avec en
Tunisie, elle est de 2 millimes par m3, soit environ 1 € particulier l’interdiction de nouveaux forages dans les
pour 1000 m3 pour l’eau souterraine) mais elle n’est pas Exploitations Agricoles Collectives (EAC) alors créées lors
appliquée. Des tentatives de tarification locale pour de la division des domaines autogérés. En Tunisie, les
financer des opérations de financement de politiques d’offre forages sont interdits à la fois en zone d’interdiction et en
ont aussi été conçues, mais avec une mise en œuvre jusqu’à zone de périmètre irrigué. Au Maroc, l’interdiction de
maintenant limitée. Dans la région de Ras El Jbel, forage est définie par les agences sur des nappes
l’administration a tenté de faire payer les agriculteurs considérées comme surexploitées. La définition prochaine
bénéficiant de la recharge de nappe, sans succès. Dans le de zones de surexploitation, prévue par la loi de 1995,
Souss, la convention cadre a prévu que les agriculteurs de devrait renforcer la légalité d’une telle action.
plus de 15 ha financent la mise en œuvre des différentes La mise en œuvre des interdictions de forage est très
actions définies dans cette convention, mais le taux actuel inégale. Dans la Chaouia, bien que les forages soient
de recouvrement est faible (environ 15% en 2011). Dans officiellement interdits, il n’y a en pratique pas de contrôle.
l’étude portant sur le projet de dessalement d’eau de mer Dans les autres cas étudiés au Maroc, un intérêt croissant
dans la plaine du Massa, une option discutée est d’opérer est porté au contrôle des forages. Dans le Souss, le Saïss et
une péréquation : quelle que soit la source d’eau des la région de Berrchid, les administrations commencent à
agriculteurs (barrage, nappe ou usine de dessalement), ces contrôler ces forages, notamment par la mise en fourrière
derniers paieraient le même prix. De façon semblable, en des foreuses. L’Agence du Souss cherche aussi à organiser
Tunisie, l’administration réfléchit à une tarification « le secteur des foreuses, avec notamment la création d’une
trinôme » dans les GDA, qui prendrait en compte les association professionnelle, qui pourrait devenir un
charges fixes et variables du fonctionnement du GDA, et interlocuteur pour la gestion. En Algérie, certains
l’utilisation des eaux souterraines. Les administrations agriculteurs ont effectué des peines de prison pour avoir
essaient de trouver des méthodes plus efficaces pour obtenir creusé de façon illégale. En Tunisie, les contrôles ont été
le paiement de ces redevances. Ainsi, au Maroc, un décret moins forts. De plus, depuis les événements de janvier
de 2010 permet de considérer les redevances émises par les 2011, les administrations publiques ont une présence et une
agences de l’eau comme des impôts. En Tunisie, une activité bien plus faibles dans les zones rurales. Dans la
réflexion est en cours pour collecter ces redevances à région de Nadhour, un responsable local estimait au
travers la facture d’électricité. printemps 2011 que sur les 210 forages illégaux existants,
70 avaient été créés après janvier 2011. surexploitation des nappes, même si pour l’instant, ces
initiatives n’ont pas encore permis de restaurer l’équilibre
La mise en œuvre du contrôle des forages dans certaines entre ressource et usage dans les aquifères étudiés. Ces
régions des trois pays a conduit à restreindre les initiatives prometteuses montrent en tout cas l’intérêt d’une
agriculteurs dans leur course au creusement. Cependant, il approche intégrative, qui d’une part associe actions de
existe toujours un enjeu, en grande partie non résolu, d’une régulation et actions d’appui, et d’autre part est portée par
mise en œuvre transparente et équitable de cette régulation. des coalitions d’acteurs locaux.
Les agriculteurs n’ont pas les mêmes ressources pour
pouvoir contourner les réglementations : le renforcement de 7.1 Utiliser une gamme plus large d’instruments et
la police de l’eau, s’il n’est pas spécifiquement accompagné veiller à leurs impacts
d’une politique en faveur des petites exploitations, pourrait
entraîner une différenciation encore plus forte entre les Efficience et l’équité des instruments de régulation
exploitations à même de continuer à creuser et celles utilisés
contraintes d’adopter des stratégies adaptatives. Finalement, Le contrôle des creusements de puits et forages apparaît
le contrôle des volumes prélevés par le biais de la souvent comme une mesure nécessaire pour assurer la
consommation électrique est envisagé en Tunisie, mais non durabilité de l’usage des aquifères. Contrairement à
encore mis en œuvre. d’autres cas décrits en Inde par exemple (Shah, 2009), la
principale contrainte à la mise en œuvre d’un tel contrôle au
Au Maroc, dans le Saïss, le Souss et la région de Berrchid, Maghreb n’est pas celle du coût de contrôle, du fait de la
les agences de bassin suivent une méthode commune pour présence assez forte des autorités locales en zone rurale.
obtenir un enregistrement des forages existants. Les Cette contrainte est avant tout celle d’une volonté et
agriculteurs sont invités à venir déclarer leur forage durant implication forte des autorités locales dans ce contrôle. Ces
une période donnée, durant laquelle les demandes de autorités ont souvent en effet l’impression d’avoir à arbitrer
régularisation font l’objet d’une enquête sur le terrain et en entre une « paix sociale » à court terme et la viabilité du
général acceptées. Puis, à la fin de la période, l’agence système agriculture – aquifère, moins visible, à moyen
déclarera un arrêt qui se veut définitif des autorisations de terme. De plus, il existe un enjeu d’équité, car les
prélèvements. Une telle période de régularisation est en agriculteurs ne disposent pas des mêmes ressources pour
cours en 2011 et doit s’achever en février 2012 dans les cas contourner les dispositifs institutionnels de contrôle
étudiés au Maroc. Par le passé, les agriculteurs sont restés existants. Ainsi, 70% des agriculteurs interrogés sur les
prudents par rapport à ce type d’initiative, et ne venaient trois sites étudiés en Algérie soulignent l’importance
déclarer le forage que s’ils avaient besoin d’une d’avoir des « réseaux » pour obtenir le droit de forer. Enfin,
autorisation d’approfondissement ou bien d’une en Tunisie, il y a un enjeu de la constitution d’une autorité
subvention pour l’irrigation localisée. Il se pourrait que la légitime pour effectuer ce contrôle, depuis les événements
menace d’une agence de bassin fermant des forages de janvier 2011. Il existe en Tunisie et en Algérie, du fait
illégaux devienne plus crédible, car dans la région de des taux élevés de forages connectés au réseau électrique, la
Berrchid, les demandes de légalisation atteignaient environ possibilité de contrôler l’usage de l’eau par le biais de la
la moitié des forages que l’agence estimait exister en avril consommation électrique, comme cela se fait en Inde.
2011.
Tableau 2. Impacts attendus des différents instruments mis
Le Tableau 2 présente les impacts attendus des différents en œuvre et considérés
instruments discutés (augmentation de l’offre, incitation, et
régulation), au regard de trois critères : augmentation de la Pour faire face à ce problème de mise en œuvre et d’équité,
ressource, impact attendu sur les prélèvements en nappe et une solution en cours d’élaboration par l’administration en
valorisation de l’eau. Il n’apparaît pas d’instrument qui, Tunisie est de confier, sur des petites nappes, le contrôle
seul, permette à la fois de mieux valoriser l’eau et de des forages à des associations d’agriculteurs. Les
diminuer les prélèvements sur la nappe. Par ailleurs, ces résultats d’expériences semblables au niveau international
instruments diffèrent aussi par la rapidité avec laquelle ils sur une telle approche ne sont pas univoques. Cette
peuvent être mis en œuvre : des politiques de subvention, approche a été jusqu’à maintenant un échec au Mexique
voire de régulation peuvent être mises en œuvre sur un (Wester et al., 2009). En Espagne, elle n’a fonctionné que
horizon bien plus court qu’une reconversion d’une partie de lorsque les associations d’usagers de l’eau ont émané d’un
l’économie locale vers des activités non agricoles. projet porté par les agriculteurs et non lorsqu’elles ont été
Ceci montre la nécessité de combiner les approches, pour créées par l’administration (Rica et al., 2011).
limiter l’augmentation des prélèvements sur les nappes tout De plus, en France, si les agriculteurs reconnaissent parfois
en maintenant le revenu des agriculteurs. C’est bien un la pertinence d’une régulation des forages, ils ne souhaitent
ensemble d’actions combinées de régulation et d’appui qui souvent pas gérer directement le contrôle de l’usage des
structure la convention cadre dans le Souss. eaux souterraines et préfèrent en confier la responsabilité à
l’Etat (entretiens dans la Beauce et pour le cas du
7. Pistes de réflexion pour une économie agricole Roussillon, Rinaudo et al., 2011). Si la possibilité d’un
fondée sur l’usage durable des nappes et qui prenne autocontrôle semble possible sur des zones de dimensions
en compte la diversité des types d’agriculture limitées, car les agriculteurs se connaissent entre eux, elle
L’analyse précédente montre que des politiques publiques et ne semble pas pertinente pour les plus grandes aquifères,
des mécanismes de coordination sont initiés, et sont la comme celui de Sisseb El Alem. Sur de tels grands
preuve d’un intérêt croissant porté à la question de la aquifères, la mise à disposition au niveau d’organisations
professionnelles agricoles locales de cartes indiquant les d’instruments coordonnés au niveau local ;
positions des puits et forages régularisés pourrait cependant ii) certains instruments nécessitent de raisonner au niveau
permettre aux agriculteurs, à défaut de faire le contrôle eux- du développement local, et non plus seulement dans un
mêmes, tout au moins de contrôler la mise en œuvre cadre restreint aux domaines de l’agriculture et des
équitable et transparente de la police de l’eau. ressources en eau ;
iii) il faut rassembler suffisamment d’acteurs pour que les
Vers un éventail plus large et intégré d’instruments choix effectués puissent être mis en œuvre.
mobilisables
L’ensemble des actions pour améliorer la valorisation de Dans de nombreux cas, tels que ceux de la Chaouia côtière
l’eau au niveau individuel (meilleur accès au marché, ou de la nappe du Saïss, les coalitions existantes ne
meilleurs rendements, etc.) comme collectif (meilleur réunissent pas suffisamment d’acteurs, et n’arrivent pas à
fonctionnement des GDA, etc.) permettra d’améliorer la définir et mettre en œuvre une stratégie qui permettrait
capacité d’adaptation des exploitations agricoles. d’assurer à la fois la durabilité des aquifères et des
Cependant, en absence d’action de régulation, de telles agricultures qui en dépendent. De telles coalitions
politiques pourraient contribuer à maintenir une pression pourraient inclure les administrations en charge de
forte sur la ressource. Ainsi, il serait possible d’appuyer la l’agriculture, celles en charge de la ressource en eau, mais
production de chou-fleur ou d’artichaut dans la zone côtière aussi et surtout les agriculteurs qui, localement, sont prêts à
de la Chaouia, car ces plantes sont tolérantes à la salinité. faire des propositions pour que leur activité puisse
Cependant, un tel accompagnement pourrait conduire à continuer de façon pérenne dans leur région. Si Shah (2009)
maintenir une situation où les prélèvements restent bien affirme que les agriculteurs des nappes alluviales en Inde ne
supérieurs à la recharge de la nappe. Un tel sont pas intéressés par participer à la gestion des aquifères,
accompagnement serait alors utilement combiné avec des les expériences menées à Berrchid et dans la Chaouia
mesures de restriction de l’augmentation des prélèvements. (Faysse et al., soumis) montrent que les agriculteurs
Différentes actions ont été identifiées précédemment peuvent être intéressés à participer
comme potentiellement intéressantes, mais encore peu à la conception des instruments de gestion. Ces coalitions
explorées. Il sera ainsi utile d’identifier les cultures et peuvent aussi inclure les collectivités locales (cf. le rôle
filières permettant une meilleure valorisation, de façon à moteur du conseil régional du Souss-Massa), de façon à
concevoir des politiques appuyant une réorientation d’une considérer éventuellement des solutions au niveau des
partie des exploitations vers ce type de cultures. Il s’agirait territoires locaux, telles que la création d’emploi non
de politiques probablement incitatives : les administrations agricoles. Les instances locales du Ministère de l’intérieur
n’ont pas de contrôle direct sur les cultures produites avec pourraient aussi y jouer un rôle, pour pouvoir assurer un «
de l’eau souterraine, et aucune des administrations portage » local de la police de l’eau, en particulier au
publiques rencontrées n’a émis le souhait de mettre en Maroc. Ces coalitions peuvent aussi être plus larges,
œuvre une régulation des productions agricoles. De même, comme le montre la pertinence d’associer la société de
les opportunités de politiques de développement local production et de distribution d’électricité (STEG) en
favorisant des emplois non agricoles (tourisme rural, Tunisie, à la fois pour relier électrification et autorisations
industrie) pourraient être mieux intégrées aux discussions de forage et pour éventuellement la mise en place de
locales. nouvelles formes de tarifications et de quotas.
7.2 Catalyser la création de coalitions, au niveau local et Opportunités d’un accompagnement à la formation de
national, de façon à concevoir, coordonner et mettre en coalitions
œuvre des politiques La constitution de ces coalitions n’est cependant pas chose
Des réflexions au niveau national dans chacun des pays facile et pourrait être appuyée de plusieurs façons.
sont en cours et essaient de tisser des liens lien entre Premièrement, un acteur peut accompagner la formation
politique agricole et politique de l’eau, en prenant en de ces coalitions. Au Maroc, ce sont les agences de bassin
compte des enjeux tels la sécurité alimentaire ou une qui ont la responsabilité de concevoir les contrats de nappe,
comptabilité des ressources en eau prenant en compte les qui sont une opportunité pour la construction de telles
eaux virtuelles transitées à travers les importations de coalitions. C’est ce que propose l’agence du Bouregreg
produits agricoles (Chahed et al., 2007). Ces études Chaouia qui, au printemps 2011 a pris l’initiative de
gagneront à être discutées entre les ministères concernées, réunions avec des Gouvernorats et des Tribunaux, pour
pour définir des politiques publiques plus intégrées. expliquer l’importance de l’enjeu de la surexploitation et
Parallèlement à ce travail, il paraît important de continuer demander à ces acteurs de collaborer pour, mettre en œuvre
d’expérimenter de nouvelles approches au niveau local. une régulation des forages, ou appuyer la conception des
périmètres irrigués à partir d’eau usée traitée. Cependant,
Pertinence des coalitions de façon générale, les agences de bassin au Maroc
manquent de ressources humaines pour prendre en charge
La constitution de coalitions d’acteurs capables d’agir une telle animation. D’autre part, elles ont une
ensemble (Mollinga et al., 2007) semble une étape responsabilité de protéger la ressource en eau qui peut nuire
importante pour la conception et la mise en œuvre de à leur capacité à être reconnues comme une entité
politiques pour faire face à l’usage non durable des nappes, d’animation du débat (en France, ce rôle d’animation du
pour plusieurs raisons : débat est parfois confié à des structures locales, par
i) il n’apparaît pas d’instruments qui soient valables partout, exemple des syndicats de pays).
mais il semble plus pertinent de concevoir des ensembles Deuxièmement, il est souvent affirmé la nécessité de
sensibiliser les agriculteurs à l’enjeu de la surexploitation sur l’usage des eaux souterraines, notamment pour évaluer
des nappes. Si bien un tel travail est utile, notamment dans les coûts d’un scénario de surexploitation et d’absence de
l’acquisition par les agriculteurs de connaissances sur le gestion, mais aussi pour mettre en regard une telle
fonctionnement des aquifères, la sensibilisation au estimation avec les coûts de possibles options de gestion.
problème et l’intégration dans le débat doivent aussi
concerner les autres organisations concernées, que cela soit De plus, au niveau national et au niveau local, les
d’autres administrations publiques, des collectivités locales, administrations avancent à la fois avec des politiques
voire des compagnies publiques comme les sociétés d’offre et des politiques de demande, sans avoir
d’électricité. formellement défini quel effort relatif donner à ces deux
types de politiques. Il n’existe encore pas, à notre
Troisièmement, il n’existe que peu d’associations connaissance, d’estimation sur un cas d’étude donné au
professionnelles réunissant spécifiquement les usagers des Maghreb,
eaux souterraines (les GDA tunisiens et les Associations des coûts et impacts prévisibles des différents instruments
d’Usagers d’Eau Agricole du Souss fonctionnant à partir de envisagés, en termes par exemple d’usage des ressources,
forages pourraient être considérés comme de telles de valorisation de l’eau, et d’impact sur les dynamiques des
associations). Cependant, notamment dans les régions de exploitations agricoles. Il apparaît ainsi utile de pouvoir
Berrchid ou de la Chaouia côtière, il n’existe pas accompagner la discussion des options proposées, depuis la
d’associations professionnelles entretenant des liens forts construction d’un cadre de compréhension et de diagnostic
avec les agriculteurs exploitant la nappe. Dans ces cas, il commun entre les acteurs, jusqu’à l’évaluation des coûts et
sera nécessaire d’identifier d’autres mécanismes de impacts des différentes options considérées, en particulier
participation des agriculteurs, par exemple à travers les sur les différents types d’exploitation existants.
associations professionnelles existantes, même si ces
dernières n’ont pas de responsabilité officielle vis-à-vis de 8. Conclusion
la gestion de l’eau. De plus, à Berrchid, 42% de la terre est Malgré l’urbanisation des sociétés au Maghreb, les zones
cultivée par des locataires, qui donnent bien moins rurales vont rester de première importance dans les années à
d’importance à l’usage durable des terres qu’ils utilisent. Il venir. L’effectif des populations rurales des trois pays
sera alors utile de développer des démarches spécifiques étudiés devrait rester stable d’ici à 2020 (Abis, 2007). De
pour intégrer les propriétaires aux discussions. De plus, les plus, le secteur agricole reste un secteur fondamental de
grandes exploitations ont souvent plus de capacités que les l’économie du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie, avec un
plus petites, pour participer à des coalitions d’acteurs, pour PIB agricole respectivement de 18%, 11% et 13% (Hervieu
contourner la mise en œuvre des instruments de régulation et al., 2006). Comme ailleurs dans le monde, ce secteur
de l’accès à l’eau, et pour bénéficier des instruments agricole reprend une importance croissante dans les
incitatifs, tels que les subventions pour la conversion à politiques publiques. Le Maroc a ainsi, avec le Plan Maroc
l’irrigation localisée. Il y aura un intérêt particulier à Vert, conçu une politique de grande envergure pour
s’assurer que les discussions l’agriculture.
incluent ces petites exploitations. La mise en exploitation des eaux souterraines a été un des
facteurs clés de la croissance de l’agriculture en Afrique du
Quatrièmement, la diversité des initiatives prises dans les Nord durant ces dernières décennies, après la phase
pays du Maghreb mais aussi au niveau international, montre d’investissements publics dans des réseaux irrigués à partir
l’intérêt d’échanger autour de ces expériences. Ces des eaux superficielles. Cependant, cette utilisation est
échanges gagneront à être organisés autour d’initiatives devenue aussi le principal risque de non-durabilité des
locales concrètes plutôt que de se limiter aux aspects usages de l’eau pour le Maroc, l’Algérie et la Tunisie, et
légaux, et à s’ouvrir à des pays offrant des caractéristiques une des principales fragilités des économies agricoles de
institutionnelles et d’exploitations agricoles proches, ces pays. Les trois pays du Maghreb ont historiquement
comme l’Inde ou le Mexique. Il sera enfin utile qu’un cadre développé des stratégies différenciées pour faire face à la
formalisé permette de structurer et de faire reconnaître par surexploitation des nappes. Ainsi, au Maroc et en Tunisie,
les gouvernements au niveau national, les éventuels accords l’approche choisie a d’abord été une mobilisation des
passés au niveau local (suivant en cela la logique prônée ressources en eau, et plus récemment la recherche d’un
par Ostrom, 1990). Le contrat de nappe, tel qu’envisagé contrôle de la demande en eau d’irrigation, notamment au
actuellement au Maroc, pourrait être l’opportunité d’une Maroc, par une volonté de mettre en œuvre de façon plus
telle reconnaissance de la capacité d’initiative des acteurs active la régulation prévue dans les textes. En Algérie en
locaux, à condition qu’il soit bien le résultat d’une co- revanche, une politique de régulation est en place depuis les
construction entre tous les acteurs. années 1980, et ce n’est qu’au cours des années 2000 que le
Se doter des connaissances nécessaires pour comprendre les gouvernement a donné plus d’importance à une
dynamiques en cours et analyser les options disponibles politique d’augmentation des ressources en eau.
Comme indiqué en introduction, l’usage des eaux Dans l’ensemble, les politiques mises en œuvre étaient
souterraines a été jusque là largement une révolution « sectorielles, peu coordonnées, et n’appréhendaient pas de
silencieuse ». Pour comprendre les dynamiques en cours au façon conjointe les différents risques liés à l’usage non
niveau local, il serait nécessaire d’analyser l’évolution durable des nappes sur un territoire donné. Ce manque de
passée et actuelle des territoires où est apparu cet usage vision intégrée correspondait aussi à l’absence, au niveau
intensif des eaux souterraines, à la fois en termes international, de modèles cautionnés par les bailleurs de
hydrologiques, sociaux et économiques. Il serait notamment fonds pour faire face à la baisse des niveaux de nappe, dans
utile d’estimer quel est le volume de cette économie fondée les situations où les usagers sont informels et les
organisations de gestion de la ressource ont des moyens Al Atiri R., 2007. Evolution institutionnelle et réglementaire de la
limités (Mukherji et Shah, 2005). gestion de l’eau en Tunisie, Vers une participation accrue des
Plus récemment, différentes initiatives ont vu le jour, à la usagers de l’eau ; in Sami Bouarfa, Marcel Kuper, Abdelhafid
Debbarh (éditeurs scientifiques) 2007.
fois pour chercher des façons innovantes de mobiliser de
L’avenir de l’agriculture irriguée en Méditerranée. Nouveaux
nouvelles ressources en eau, mais aussi en associant les arrangements institutionnels pour une gestion de la demande en
différents acteurs locaux à la conception de « paquets » eau. Actes du séminaire Wademed, Cahors, France, 6 et 7
alliant instruments de création de ressource et de régulation novembre 2006. Cirad, Montpellier, France.
des usages. Dans ce contexte où il n’est pas imaginable à Bachta M.S., Le Goulven P., Le Grusse P., Luc J.P. 2000.
court terme d’envisager un mécanisme de gestion comme Environnement institutionnel et relations physiques pour une
celui utilisé dans la Beauce, avec mise en place de gestion intégrée de l’eau dans le milieu semi-aride méditerranéen.
compteurs et de quotas pour chaque agriculteur, différentes Le cas tunisien. In : Séminaire international Montpellier 2000,
approches innovantes ont été testées. Hydrologie des régions méditerranéennes, Montpellier, 11-13
octobre 2000. Paris, Unesco, PHI-V/Documents techniques en
Ces expériences ont souvent été conçues au niveau local,
hydrologie, n° 51, p. 177-186.
celui du territoire de l’aquifère. Quoique plusieurs des Bahir, M., Mennani, A. 2002. Problématique de la gestion des
initiatives analysées apparaissent prometteuses, aucune eaux souterraines au Maroc. Estudios Geologicos, 58 : 103-108.
d’entre elles n’a jusqu’à maintenant permis d’assurer un Barbier, M., Chia, E. 2001. Negotiated agreements on
retour à l’équilibre entre usage et ressource. Pour atteindre Groundwater quality management: a case study of private
le double objectif d’une activité agricole et d’une utilisation contractual framework for sustainable farming practices. In:
des ressources souterraines durables, l’analyse présentée ici C.Dosi (ed.), Agriculture use of groundwater. Towards Integration
argumente la nécessité de combiner différents instruments. Between Agricultural Policy and Water Resources Management,
Cette contrainte est aussi une opportunité, car ce type de Dodrecht: Kluwer Academic Publishers.
Bekkar Y., Kuper M., Errahj, M., Faysse, N., Gafsi, M. 2009. On
combinaisons d’instruments sera bien plus acceptable par the difficulty of managing an invisible resource: the use of
les agriculteurs que des instruments seulement orientés vers groundwater for irrigation. Irrigation and Drainage, 58: S252–
la conservation de la nappe. C’est autour de ce type de S263.
combinaisons qu’un consensus entre les différents acteurs Bekkar, Y., Kuper, M., Hammani, A., Dionet, M., Eliamani, A.
concernés pourra se produire. Cette combinaison 2007. Reconversion vers des systèmes d’irrigation localisée au
d’instruments peut être à la fois l’objet et la motivation de Maroc quels enseignements pour l’agriculture familiale ?
création de « communautés locales d’acteurs » qui puissent Hommes, terres et eaux, 137: 38: 51.
prendre l’initiative de développer de tels instruments vers Ben Boubaker, H. 2010. Changement climatique ressources en eau
et développement durable en Tunisie quels défis quelles réponses?
une gestion durable du système agriculture-aquifère-sol.
6ème colloque international du PS2D, Hammamet, 21-23 juin
La constitution de ces coalitions pourrait faire l’objet d’un 2010.
accompagnement, tout comme les réflexions qu’elles auront Bento S, Driouech F, Errahj M, Faysse N, Garin P, Richard
à mener sur les options possibles pour accompagner une Ferroudji A, Rinaudo JD, Rollin D, Schmidt L, Varanda M. 2009.
économie agricole fondée sur l’usage durable des aquifères. Farmers' relations to climate variability and changes: the case of
La gestion des eaux souterraines nécessite la conception de groundwater users of coastal aquifers in France, Portugal and
politiques territoriales innovantes, tout autant dans les Morocco. Paper presented at the 9th conference of the European
instruments à utiliser que dans la manière de les concevoir Sociological Association, Lisbon, Sept, 3rd.
et de les mettre en œuvre. Berrahmani A, Faysse N, Errahj M, Gafsi M. submitted. Chasing
water: Diverging farmers' strategies to face the groundwater crisis
in the coastal Chaouia region in Morocco. Submitted to Irrigation
De nombreuses ressources naturelles surexploitées au and Drainage.
Maghreb partagent des caractéristiques similaires à celles Bouarfa, S. 2004. La reconversion à la micro irrigation n'est pas la
des eaux souterraines, telles que la difficulté de solution miracle ! Message de conclusion du séminaire Wademed.
contrôler individuellement les prélèvements de très www.eau-sirma.net.
nombreux usagers informels, la complexité des Bouarfa, S., Marlet, S., Douaoui, A., Hartani, T., Mekki, I.,
dynamiques de ces ressources naturelles, et les moyens Ghazouani. W., Ben Aissa, I., Vincent, B., Hassani, F., Kuper, M.
limités des organisations publiques en charge de la gestion 2009. Salinity patterns in irrigation systems, a threat to be
de ces ressources. C’est par exemple le cas des forêts et des demystified, a constraint to be managed: Field evidence from
Algeria and Tunisia. Irrigation and Drainage, 58, 273 - 284.
zones steppiques utilisées comme parcours pour l’élevage. Boudjadja, A., Messahel, M., Pauc, H. 2003. Ressources
Les principaux principes de gestion présentés dans cette hydriques en Algérie du Nord. Revues des sciences de l’eau, 16
étude, telle que l’opportunité de combiner les approches, (3) : 285-304.
ou de construire des coalitions pour la réflexion et la Boudjellal, A., Bekkar, Y., Kuper, M., Errahj, M., Hammani, A.,
gestion qui englobent des acteurs au-delà du couple Hartani, T. 2011. Analyse des arrangements informels pour l'accès
agriculture-ressource naturelle, seront aussi des éléments à l'eau souterraine sur les périmètres irrigués de la Mitidja
importants de réflexion pour se donner les moyens d’une (Algérie) et du Tadla (Maroc). Cahier Agricultures, 20 (1-2) : 85-
gouvernance effective, alliant niveaux local et national, 91.
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.
«IL FAUT UNE AGRICULTURE DURABLE ET NON ITINERANTE»
11/11/2013 El Watan
Hakim Senoussi est directeur de recherche au sein du laboratoire «Bio-Ressources sahariennes : préservation et valorisation » à
l’université Kasdi Merbah de Ouargla
-On pense aujourd’hui au Sud comme une région où doit être replacé dans son contexte. Il faut une agriculture
l’agriculture a autant de chances de prospérer que durable et non itinérante, qui change de place dès que les
d’autres régions du pays au climat plus favorable. conditions d’exploitation changent.
Qu’en pensez-vous ? L’agriculture durable doit impérativement concilier les
Ils sont nombreux ceux qui pensent que les régions sphères écologique, sociologique, économique et
sahariennes et arides sont des espaces répulsifs, alors qu’en l’innovation agricole. Ce qui fait défaut dans les régions
réalité, ce sont des espaces qui grouillent de vie et recèlent sahariennes, ce sont les sols fertiles, nous avons affaire à
une dynamique. En Algérie, on est dans une situation où il des sols dominés par le minéral sableux. Mais, lorsqu’une
faut se demander si aujourd’hui la surface agricole utile du économie est basée sur une seule richesse comme les
pays pourra satisfaire une population en croissance. Dans le hydrocarbures, nous vivons avec la peur au ventre. Il ne
contexte saharien, on disait souvent «on n’a rien, en termes faut pas oublier non plus que nous payons une facture très
de moyens, mais on ne manque de rien en termes de lourde en matière d’importations, notamment alimentaires.
richesses extraites du milieu oasien productif». Il y a lieu Or, nous avons un très grand pays, où nous avons la
par conséquent de voir les différentes régions possibilité de développer également une dimension
agroécologiques qui sont nées çà et là (oued Righ, El touristique au Sud et de la concilier avec ce que nous avons
Goléa, le Touat, la Saoura, etc), pour se rendre compte que comme produits du terroir. Nous sommes condamnés à
nous avons affaire à des contrées qui, non seulement ont produire bien et suffisamment pour répondre à une
permis de produire, mais également de sédentariser la demande de la population qui ne cesse de croître.
population.
-Comment concilier une telle orientation agricole avec la
Le contexte, aujourd’hui, du Sahara, n’est plus celui d’il y a situation hydrique de la région ?
50 ans, parce qu’on est passés d’une agriculture Cela pose problème, car ces régions sont par essence arides.
d’autosubsistance (ménagère) à une agriculture L’eau est une ressource rare, certes, mais il y a des réserves
entrepreneuriale. Il y a donc possibilité de situer les souterraines. Il est vrai qu’il y a le problème de l’
différentes vocations régionales. Vous n’avez qu’à prendre, exploitation des nappes du continental intercalaire du
par exemple, la wilaya de Biskra, qui est la première du complexe terminal, mais l’eau est un patrimoine qu’on doit
pays du point de vue de la production maraîchère, El Oued, veiller à préserver, mais également à exploiter. Rien ne nous
qui a fini par devenir une véritable région pour la filière empêche de l’économiser en introduisant de nouvelles
pomme de terre, le M’zab, en matière d’élevage du bovin techniques, telles que l’irrigation localisée ou le système du
laitier et qui est devenu un bassin laitier ravitaillant d’autres goutte-à-goutte, c’est-à-dire en répondant de manière
wilayas. Ce sont des exemples frappants et des indices qui précise aux besoins de la culture. Les exemples que je vous
nous situent par rapport à cette dynamique rurale qu’on a ai cités plus haut montrent qu’ on peut produire même dans
observée ces dernières années, notamment avec le PNDA, des régions arides et avec des quantités honorables,
rebaptisé par la suite, qui reflète la contribution des notamment dans le cas du lait. Il s’agit de concilier la
pouvoirs publics en matière d’incitation et ressource eau avec les autres sphères qu’on doit prendre en
d’encouragement. considération. Le paradoxe en Algérie est que 20 % de la
superficie du pays sont occupés par 80% de la population. Il
-Pensez-vous qu’en matière d’encouragement de est grand temps de penser à mettre en place un véritable
l’investissement dans le Sud, il est plus judicieux de plan d’occupation spatiale et lorsqu’on parle de fixation et
miser sur l’agriculture aujourd’hui ? de sédentarisation de la population, c’est en assurant toutes
Il faut d’abord définir les objectifs et les impacts des les commodités de vie.
actions qu’on veut entreprendre. Il y a certes un impact Safia Berkouk
marchand qui est recherché, c’est-à-dire le profit, mais il
.
.
292 Séminaire International sur l'Amélioration des Productions Végétales (APV 2005)-LRGB-INA-ALGER
LES RESSOURCES FOURRAGÈRES DES OASIS DU TOU AT, GOURARA ET TIDIKEI I
HISTORIQUE, INVENTAIRE ET UTILISATION
H. Rahal-Bouziane1, K. Mossab-Bouaboub2, A.Blama3, S. Hamdi41Laboratoire des Ressources Phytogénétiques
-INRAA -Mehdi Boualem, B.P. 37,E-mail: [email protected]
2. 3. Station expérimentale INRAA d’Adrar, Tél. : 049 96 83 85 4. Station expérimentale INRAA de Bejaia, Tél.:
030 43 33 20
Le Jardin d'Essais d'El Hama produit un compost à partir de branchages. Voir la vidéo ci-dessous (à la fin).
www.youtube.com/watch?v=pZnyY0tuplM
OLIVERAIE A EL OUED.
Une très belle réalisaton. Vous remarquerez:
- l'utilisation du goutte à goutte,
- la récolte, qui pourrait être facilitée par l'utilisation de peignes mécaniques..
Algerie Agriculture au Sahara
www.youtube.com/watch?v=cyI1RnNzRJE